Les Québécois de Paris célèbrent aussi la Fête nationale

Michel Dolbec
Presse Canadienne vendredi 24 juin 2005

Paris - Fidèle à la tradition, les Québécois de Paris ont célébré leur Fête nationale, vendredi soir, dans la bonne humeur, la canicule n'incitant guère à refuser une bière fraîche.

Québécois ou «québécophiles», ils se sont massés par centaines en shorts et en robes d'été dans la cour de la Délégation générale du Québec (à deux pas de l'Arc de Triomphe), envahissant au passage la rue Pergolèse fermée pour l'occasion.

Au fil des années, la Délégation est devenue l'incontournable lieu de rendez-vous du 24 juin. Mais l'époque où on y discutait fébrilement de l'avenir de la Nation ou du prochain référendum en agitant le drapeau du Québec semble bien loin.

Désormais, rue Pergolèse, on croise de tout: des étudiants, des touristes, mais aussi beaucoup de jeunes, avocats ou informaticiens, travaillant à Paris, voire des couples mixtes avec enfants, dansant au son des grands classiques de la chanson québécoise.

«Cela reflète l'évolution du Québec et des relations franco-québécoises, a noté le délégué général, Clément Duhaime. Le 24 juin est l'occasion de retrouvailles. Sans être nécessairement rattaché à une option politique, tout le monde se retrouve autour d'une identité commune, qui s'épanouit à l'intérieur d'une relation particulière avec la France.»

En cela, le 24 juin est aussi l'occasion de célébrer l'amitié franco-québécoise, voire la place du Québec sur la scène internationale. La réception donnée, comme chaque année, par le délégué général à sa résidence de l'avenue Foch, en présence du ministre des Finances, Michel Audet, en témoigne.

Malgré la chaleur, environ 350 invités y ont pris part, confirme-t-on. On relève dans la liste établie par la délégation les noms de 25 ambassadeurs, de plusieurs députés, de quelques sénateurs, de l'ancien président de l'Assemblée nationale Philippe Séguin et des représentants de nombreux cabinets ministériels.

«Quarante pays étaient représentés. Pour le Québec, c'est une reconnaissance», note Clément Duhaime.

Dans l'après-midi, on a par ailleurs souligné la Fête nationale sur la Place du Québec, en plein coeur de Saint-Germain-des-Prés, où s'est déroulée, sous un soleil de plomb, toujours, une cérémonie de levée du drapeau québécois.

Une cinquantaine de personnes, dont le délégué général, ont pris part à cette manifestation.




UNE BIÈRE ONTARIENNE ET DES PEANUTS AVEC ÇA?

Ginette Leroux
L'aut'courriel n° 147, 29 juin 2005

« Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour Québec.» Québec, répondait en écho la foule massée dans la cour intérieure de la Délégation générale du Québec à Paris, le soir du 24 juin, jour de notre Fête nationale. Oui, nous avions envie de repartir pour Québec devant la réception sans charme ni élégance préparée à l’intention des ressortissants québécois habitant Paris ou de passage, comme nous.

Comment pouvions-nous apprécier cet «air de fête», comment pouvions-nous célébrer fièrement notre Fête nationale lorsque nos belles chansons québécoises s’abîmaient au fond des bouteilles de bières anciennement regroupées sous la marque Unibroue, maintenant propriété de Sleeman.

Si bien qu’au 66, rue Pergolèse, dans le 16e arrondissement, les invités devisaient avec, dans une main, une bière ontarienne et, dans l’autre, chips et peanuts. Bière à 4 euros (7$) servie dans un grand gobelet de plastique et, bien entendu, les peanuts étaient gratuites.

Dans la cour, le trio Deraspe des Iles-de-la-Madeleine, un groupe de musique traditionnelle, promettait une soirée endiablée. Pourtant Jean-Guy, le leader du groupe, semblait mal à l’aise. Et pour cause. Le délégué, dont il n’a pas voulu mentionner le nom, lui avait donné le mandat, non seulement d’animer la soirée, mais, en quelque sorte, de faire sa job soit de souhaiter à tous les Québécois et Québécoises la bienvenue et une bonne Saint-Jean-Baptiste.

Un party sans hôte. En effet, Clément Duhaime, notre délégué général, brillait par son absence. Peut-être avait-il cru bon de profiter du long week-end pour aller se reposer sur la Côte et fêter, entre amis, sa fête nationale ?

Jean-Guy s’en est bien tiré. Bien qu’il n’ait pu s’empêcher, en présentant sa troisième chanson, d’origine irlandaise, de nous rappeler que oui, oui, nous faisons toujours partie du Canada.

Plus colonisé que ça, tu meurs!

Le carton d’invitation nous conviait à «une note de fierté». Oui, nous l’avons payée cher la «note de fierté» nationale!





SONDAGE CROP - LA PRESSE

Chauvins, les Québécois?

Denis Lessard
La Presse jeudi 30 juin 2005

Un anglophone? Euh!: Femmes, Noirs et homosexuels pourraient devenir premier ministre

Québec - Les Québécois ne voient guère de problèmes à ce qu'une femme, un Noir ou un homosexuel deviennent premier ministre. Mais dès qu'on parle d'un anglophone, tout à coup, les choses se compliquent...

À la veille de la fête du Canada, un tout récent sondage CROP révèle que plus d'un électeur sur trois s'opposerait à ce qu'un anglophone dirige le Québec.

Constat plutôt surprenant dans le récent coup de sonde de la maison de sondage, une enquête réalisée pour La Presse du 16 au 27 juin dernier. Après avoir compilé les 1001 questionnaires, CROP constate qu'en apparence tout au moins, le fait d'être une femme, un Noir, ou un homosexuel ne constitue pas un handicap aux yeux de la vaste majorité des électeurs.

Ce constat écarte, s'il le fallait encore, certaines incertitudes dans la course au leadership du PQ; il était difficile d'évaluer si le fait d'être une femme- pour Pauline Marois- ou homosexuel- pour André Boisclair- aurait des conséquences sur les chances d'être choisi chef du parti puis élu premier ministre.

" Au Québec, tout cela fait partie des courants sociaux; monsieur et madame Tout-le-Monde vont en groupe au défilé de la fierté gaie avec leurs chaises pliantes... Nos enquêtes plus fouillées montrent que vivre et laisser vivre est un principe bien enraciné chez nous ", résume Claude Gauthier, de la maison CROP. " Sur ces questions en général, le Québec est en avance sur le Canada anglais et encore davantage sur les États-Unis ", ajoute-t-il.

Bonne nouvelle pour Pauline Marois, 88 % des répondants s'estiment " favorables " à ce qu'une femme puisse diriger le Québec, et seulement 4 % y sont opposés. Les résultats sont les mêmes, compte tenu des marges d'erreur, chez les électeurs péquistes: 87 % sont favorables contre 6 % opposés. Huit pour cent des gens refusent de répondre.

Ceux qui sont opposés se trouvent surtout chez les gens moins scolarisés- 22 % des gens qui ont moins de sept ans de scolarité voient un problème à l'élection d'une femme. Les gens âgés sont aussi plus réticents; 7 % des gens de plus de 55 ans ont des réserves. Fait à signaler, les femmes ne sont pas davantage favorables que les hommes à cette idée.

Comme Pauline Marois, André Boisclair trouvera de bonnes nouvelles dans cette enquête. Seulement 11 % des gens se disent opposés à l'idée qu'un homosexuel puisse diriger le gouvernement du Québec. Ici, toutefois, l'appui est moins net: 76 % des gens sont favorables à cette idée. Mais tout à coup, le nombre des indécis et des refus de répondre grimpe à 13 %.

" Ici, il faut se méfier: ces indécis peuvent facilement être des gens opposés qui savent que ce n'est pas politically corrrect de s'opposer à un gai ", relève M. Gauthier.

Chez les jeunes, on est favorable à l'élection d'un gai à 81 %, tendance qui diminue avec l'âge- on tombe à 61 % au-delà de 55 ans. Mais chez les gens moins scolarisés, l'opposition grimpe à 27 %.

Même tendance pour un premier ministre de couleur; 81 % des répondants sont favorables à ce qu'un Noir puisse devenir premier ministre, contre seulement 9 % qui s'y opposent.

Les non-francophones s'opposent plus nettement à un gai, à 21 %. Les allophones au Québec se rangent souvent chez les plus conservateurs, observe M. Gauthier, citant d'autres sondages sur les mariages gais ou l'euthanasie.

Une grosse surprise dans l'écran radar de CROP, la proportion importante de Québécois qui sont réticents à ce qu'un anglophone puisse diriger le Québec. Pas moins de 35 % des gens sont opposés à cette idée, réticence qui atteint 49 % chez les électeurs péquistes. Ceux qui votent OUI au référendum sont opposés à 43 % à être dirigés par un anglophone.

Pour M. Gauthier, ces résultats restent " étonnants ". On aurait pu préciser un " anglophone bilingue ", mais il allait de soi, selon lui, qu'un candidat au poste de premier ministre pourrait s'exprimer en français. " Il y a le clivage anglais-français. Mais aussi il y a le fait qu'il y a un seul lieu de pouvoir francophone au Canada, le gouvernement du Québec. C'est comme si les gens disaient: Laissez-nous au moins ça! ", explique M. Gauthier. " Les batailles historiques laissent des traces qui ont la vie dure ", croit-il.

Quand on considère les répondants francophones, 52 % estiment qu'un anglophone peut devenir premier ministre, et pas moins de 40 % s'y opposent. Inversement, 80 % des non-francophones estiment qu'un anglophone peut aspirer à devenir premier ministre.

Autre particularité, plus on est jeune, moins on voit d'un bon oeil l'élection d'un anglophone à la barre du Québec. Chez les moins de 34 ans, on atteint 40 % d'opposition. " Cela va à l'encontre de ce qu'on pourrait croire avec les tendances à la mondialisation, et à l'impression que les jeunes sont plus ouverts ", note M. Gauthier. Le succès des LocoLocass et des Cowboys fringants montre un fort courant nationaliste chez les jeunes, observe-t-il.





SONDAGE CROP - LA PRESSE

Chauvins, les Québécois? - Des réticences liées à l'histoire

Denis Lessard
La Presse jeudi 30 juin 2005

La réticence des Québécois à voir un anglophone devenir premier ministre du Québec n'étonne guère dans les milieux nationalistes. Chez les politologues toutefois, on y voit surtout le prolongement du constant clivage entre fédéralistes et souverainistes au Québec.

«Historiquement, cela a été toujours la majorité canadienne anglaise qui a assimilé et même déporté les Canadiens français. Historiquement, la nation canadienne anglaise a été un adversaire», résume Mario Beaulieu, vice-président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. «Je pense que ce serait légitime qu'un anglophone puisse devenir premier ministre, mais je comprends la réaction des gens. Le clivage existe toujours», résume-t-il.

«Les iniquités sociolinguistiques sont en partie réglées, mais il en reste; l'ouest du centre-ville est passablement anglicisé», dit-il. Il se dit surpris «pas mal» que les jeunes soient le plus opposés à l'élection d'un premier ministre anglophone.

Un peu amusé par ce constat, le ministre Thomas Mulcair souligne ne pas croire que sa langue empêcherait un anglophone de devenir premier ministre au Québec. «Quand on regarde la carrière politique d'un Brian Mulroney, je ne crois pas du tout que d'être anglophone puisse être un handicap en politique au Québec. À la condition bien sûr de pouvoir s'exprimer auprès de la majorité», souligne-t-il.

Il souligne «n'avoir jamais senti de clivage, de réserves à son endroit parce qu'il était anglophone. Une seule fois j'ai entendu quelque chose de désagréable sur mes origines, en 25 ans. Le Québec est à mon point de vue une des société les plus ouvertes et tolérante au monde», affirme Thomas Mulcair. «Ces résultats (sur les anglophones) me surprennent un peu. Un sondage est une photo à un moment donné et je ne pense pas que cela reflète la réalité du Québec», ajoute-t-il.

Politologue à l'ENAP, Christian Dufour voit une réaction bien normale dans ces réponses. «Le Québec est le seul gouvernement qui représente les francophones au Canada. Les gens estiment qu'il doit rester à un francophone qui représente cette majorité», souligne-t-il. Il se dit surpris toutefois du niveau d'opposition à un premier ministre anglophone.

Pour Réjean Pelletier, politologue à l'Université Laval, la réaction mitigée quant à un premier ministre anglophone traduit le clivage traditionnel entre souverainistes et fédéralistes au Québec.

«Selon moi, les 35 % de gens opposés à un anglophone viennent des souverainistes. Ils se disent qu'un anglophone serait obligatoirement libéral et fédéraliste. Ils ont des problèmes à distinguer leurs convictions sur la question nationale d'un candidat au poste de premier ministre», explique-t-il.

Inversement les 24 % d'électeurs libéraux opposés à l'idée qu'un anglophone soit élu «craignent que leur parti soit ainsi identifié aux anglophones», risque M. Pelletier.

SONDAGE CROP - LA PRESSE

LES QUÉBÉCOIS ET LE CHOIX D'UN PREMIER MINISTRE

Personnellement, seriez-vous favorable ou opposé à ce qu'une FEMME devienne premier ministre du Québec?

Total Québec (n=1001) % / Électeurs PQ (n=426) %

> Favorable 88 % / 87 %
> Opposé 4 % / 6 %
> NSP/Refus/Indifférent 8 % / 7 %

Personnellement, seriez-vous favorable ou opposé à ce qu'un(e) NOIR(E) devienne premier ministre du Québec?

Total Québec (n=1001) % / Électeurs PQ (n=426) %

> Favorable 81 % / 83 %
> Opposé 9 % / 8 %
> NSP/Refus/Indifférent 10 % / 9 %

Personnellement, seriez-vous favorable ou opposé à ce qu'une personne HOMOSEXUELLE devienne premier ministre du Québec?

Total Québec (n=1001) % / Électeurs PQ (n=426) %

> Favorable 76 % / 81 %
> Opposé 11 % / 9 %
> NSP/Refus/Indifférent 13 % / 10 %

Personnellement, seriez-vous favorable ou opposé à ce qu'un(e) ANGLOPHONE devienne premier ministre du Québec?

Total Québec (n=1001) % / Électeurs PQ (n=426) %

> Favorable 57 % / 46 %
> Opposé 35 % / 49 %
> NSP/Refus/Indifférent 8 % / 5 %

MÉTHODOLOGIE : Les résultats du sondage reposent sur 1001 entrevues téléphoniques effectuées du 16 au 27 juin 2005 dans le cadre du sondage omnibus CROP-express. D'un point de vue statistique, un échantillon de cette taille (n=1001) est précis à 3 points près, 19 fois sur 20. La marge d'erreur augmente lorsque les résultats portent sur des sous-groupes de l'échantillon.

(...)





SONDAGE CROP - LA PRESSE

Chauvins, les Québécois? - On va les avoir, les Anglais !

Yves Boisvert
La Presse jeudi 30 juin 2005

Une femme première ministre ? Seulement 4 % des Québécois s'y opposent, nous dit CROP. Un Noir premier ministre ? Pas de problème: seulement 9 % des Québécois disent s'opposer à cette idée. Un gai à la tête du gouvernement du Québec ? Pas trop de souci non plus: 11 % se disent opposés, contre 76 % qui sont favorables.

Mais un Anglais... C'est moins sûr. Certes, une bonne majorité (57 %) se montrent favorables. Mais un solide bloc de 35 % des répondants ne se gênent pas pour se dire opposés à l'idée.

Avant de sauter aux conclusions, souvenons-nous qu'il faut se méfier des sondages au moins autant que des Anglais.

Vous voyez, on peut faire des blagues sur les Anglais sans le moindre complexe. Quand j'étais enfant, mon père et mes oncles se saluaient à la fin des réunions de famille en se lançant, en riant: «On va les avoir, les Anglais !» Phrase dite en dérision, vidée de son sens premier, sans aucun contenu politique réel mais qui, même à contresens, résonne loin dans la psyché nationale. Celle des descendants des Canadiens, j'entends: ce peuple français d'Amérique, vaincu précisément par «les Anglais» en 1759.

Ce qui me ramène au sondage et à la méfiance. Méfions-nous des résultats, mais surtout des résultats concernant les gais, les Noirs et les femmes. Certes, la société a évolué considérablement. De fait, la vaste majorité des gens sont prêts à avoir un premier ministre ouvertement gai, un Noir et encore plus clairement une femme. Mon hypothèse, cependant, est que cette superbe majorité est surestimée dans ce genre de sondage.

Un peu comme les sondages sur le bonheur ou la vie sexuelle, il faut creuser un peu.

Tout le monde sait quelle est la bonne réponse à donner à ces questions. Vous êtes le sondeur et vous appelez chez M. Bigras un dimanche après-midi et vous lui demandez si un Noir peut être premier ministre. «Ben là! Vous me prenez pour un raciste, ou quoi? Pas de problème, amenez-en des Noirs premiers ministres !»

Et des femmes, M. Bigras ? «Franchement! En 2005! Excusez-moi, monsieur le sondeur, je vais demander à ma femme. Minou, est-ce que les femmes peuvent être premier ministre ? A dit oui.»

Et des gais, M. Bigras ? «Mais voyons, je suis un homme moderne et ouvert d'esprit! Je ne vois pas pourquoi un fif... je veux dire une personne de même sexe, euh, je veux dire un homosexuel, en tout cas, je suis pour !»

Ça ne coûte rien de se dire pour dans un sondage et ça fait tellement de bien.

Entendons-nous bien. Je ne remets pas en cause notre merveilleuse ouverture d'esprit. Je dis qu'à la marge d'erreur habituelle, il faut en ajouter une deuxième, celle de la rectitude politique, qui gonfle les chiffres. La plupart des gens sont ouverts « pour vrai », une minorité ne le sont pas et le disent ouvertement... et une autre catégorie ne l'est pas vraiment, mais sent que ce n'est pas bien d'avoir des doutes.

Tandis que les Anglais... Les Anglo-Québécois ne sont pas une catégorie de personnes protégées par la political correctness. On peut dire ouvertement son hostilité aux anglophones du Québec, personne, ou presque, ne va vous dénoncer sur la place publique, vous n'aurez pas la commission des droits sur le dos, peut-être quelques lignes dans un livre de Bill Johnson sur l'anglophobie.

Il existe, de fait, dans un courant marginal de l'opinion québécoise, une anglophobie bien palpable, c'est-à-dire une hostilité viscérale.

Mais mon explication est ailleurs. Si un tiers des Québécois se disent opposés à la venue d'un premier ministre anglophone, c'est aussi parce que le Québec est le seul gouvernement d'un peuple majoritairement francophone en Amérique du Nord. Peuple longtemps dominé, précisément par des maîtres anglophones. Il n'y a rien de stupéfiant, ni de scandaleux, à ce qu'un fort pourcentage de la population ait grand peine à imaginer, dans l'abstrait, que le premier représentant politique du Québec ne soit pas un francophone. Le nationalisme est après tout le grand moteur de la politique québécoise.

Reste la question de la présence des anglophones à l'intérieur de cette politique québécoise, dans la formation de ce nationalisme, tous partis confondus. Place à faire. Mais place à prendre aussi. Y a-t-il preneur, au fait ?





SONDAGE CROP - LA PRESSE

Légère remontée pour Charest

Denis Lessard
La Presse samedi 02 juillet 2005

Les caméras sont braquées sur la course à la succession de Bernard Landry, la commission Gomery a cessé de faire le procès quotidien des libéraux; le gouvernement Charest a repris un peu du terrain perdu au cours des derniers mois.

Les libéraux provinciaux ne s'en portent pas mieux, toutefois: si des élections avaient eu lieu la semaine dernière, elles se seraient soldées par un balayage du Parti québécois, même sans chef.

Mais en ce qui concerne l'aspect satisfaction, le gouvernement Charest bénéficie d'une «correction», estime Claude Gauthier. Le spécialiste de CROP commente les résultats de l'enquête menée du 16 au 27 juin derniers auprès de 1001 personnes, un coup de sonde précis à trois points de pourcentage près.

En juin, 70 % des personnes interrogées se disaient insatisfaites du gouvernement Charest, soit 7 % de moins que le mois précédent. La proportion des gens «très ou plutôt satisfaits» du gouvernement a quant à elle augmenté de 7 %, passant de 20 à 27 %. Le gouvernement Charest a perdu quatre points par rapport aux résultats obtenu au mois d'avril alors que 31 % des gens se disaient satisfaits de ses décisions.

«Peut-être que les libéraux avaient atteint le fond du baril: 27 % de gens satisfaits, ce n'est pas le Pérou en termes de popularité!» observe M. Gauthier.

Pour lui, il faut parler de «redressement» plutôt que d'embellie: les très insatisfaits sont toujours 10 fois plus nombreux que les très satisfaits, et trois francophones sur quatre (74 %) sont toujours mécontents du gouvernement du Québec (la proportion était de 81 % en mai).

Au mois de juin, le gouvernement Charest a retrouvé le degré d'insatisfaction qu'il connaissait depuis janvier. L'équipe Charest avait accusé une baisse de sept points au mois de mai. «C'était dans la foulée des grèves étudiantes et au début du mouvement dans les CPE», explique Claude Gauthier.

Les non-francophones mécontents

La satisfaction envers le gouvernement est revenue, en fait, à ce qu'elle était en mars, après le remaniement ministériel.

Parmi les non-francophones, 42 % seulement se disent satisfaits du gouvernement libéral et 53 % sont insatisfaits. «Ce n'est pas fréquent», commente Claude Gauthier.

Le répit des libéraux, en ce qui a trait à l'insatisfaction, ne s'est pas reflété dans les intentions de vote. Si des élections générales avaient eu lieu la semaine dernière, les péquistes, même sans chef, auraient balayé le Québec. Un dur coup pour Bernard Landry, qui constate que, en dépit de son départ, l'appui au PQ n'a pas fléchi d'un iota.

En fait, il a même augmenté d'un point - il est de l'ordre de 47 % -, ce qui est trop faible pour être significatif. «Depuis qu'il a annoncé son départ, il n'y a guère de journée où les médias ne parlent pas du PQ», ajoute M. Gauthier.

Les libéraux restent à 27 % d'intentions de vote, comme en mai, et l'ADQ récolte 23 % des intentions de vote après que CROP eut réparti les 16 % d'indécis selon leur réponse à la question référendaire.

Chez les francophones, les résultats sont toujours désastreux pour les libéraux: seulement 16 % d'appuis. Cet électorat, qui décide de la majorité des circonscriptions, est massivement du côté du PQ, qui obtient 57 % d'appuis, soit une hausse de 2 % par rapport au mois précédent.

L'ADQ recule d'un point, avec 24 %, chez les francophones. Avant la répartition des 15 % d'indécis francophones, le PLQ récolte 14 % des appuis, son score le plus faible depuis deux ans. Les chiffres bruts donnent 48 % d'appuis au PQ, soit un point de moins que le mois dernier. Chez les allophones, le PLQ perd six points, avec 62 %, et l'ADQ passe de 5 à 17 %.

À Montréal, l'avance du Parti québécois se confirme: le PQ obtient l'appui de 47 % des Montréalais. Les libéraux récoltent 28 % et l'ADQ, 20 %.

Avec un échantillon de 200 répondants, la région de Québec accuse des déplacements importants. En effet, le PQ y gagne six points, avec 48 %, les libéraux voient leur résultat augmenter de 3 à 19 % et l'ADQ paye la note en passant de 10 à 30 %.

Dans les régions, les forces ne bougent guère: le PQ obtient 53 %, l'ADQ, 24 % et les libéraux de Jean Charest, 20 %.




Un des candidats au leadership du PQ courtisait le PLQ

Jocelyne Richer
Presse Canadienne vendredi 1er juillet 2005

Un des candidats à la direction du Parti québécois courtisait ouvertement le Parti libéral du Québec quelques jours seulement avant d'annoncer qu'il voulait succéder à Bernard Landry, a appris la Presse Canadienne.

En mai dernier, le Dr Hugues Cormier a sollicité des organisateurs du PLQ en vue d'obtenir l'investiture libérale lors de l'élection complémentaire à venir cet automne dans Outremont, laissée vacante par Yves Séguin.

En fait, tout en étant membre du PQ, M. Cormier était membre du PLQ jusqu'au 20 juin, soit trois jours avant de rendre publique son intention de devenir chef du Parti québécois.

La démission de Bernard Landry, le 4 juin, a bousculé ses plans. Deux jours plus tôt, le psychiatre avait expédié ses notes biographiques aux dirigeants du PLQ, dans lesquelles il se montre partisan du «fédéralisme équitable», et il avait exprimé ouvertement son «appui à M. Charest».

Partisan de «l'observation participante», il n'en éprouve d'ailleurs aucun malaise, prétendant vouloir «jeter des ponts» entre les deux partis, pour faire avancer ses idées.

«C'est tout le contraire de s'injurier et de se confronter, a déclaré M. Cormier, jeudi, lors d'un long entretien téléphonique visant à connaître son cheminement politique. Je parle avec les deux.»

Si M. Landry était toujours chef de l'opposition, il aurait continué, dit-il, à cultiver ses contacts avec le PLQ, où il aurait aimé promouvoir la souveraineté du Québec, même si le parti est ouvertement fédéraliste.

«Je suis très ouvert à promouvoir la souveraineté du Québec dans quelque parti que ce soit», dit-il.

Aux organisateurs libéraux, «je leur aurais dit que j'étais leur homme» dans Outremont, affirme M. Cormier, quand on lui demande ce qu'il aurait fait si M. Landry était resté en poste. Il aurait mis la condition de se prononcer pour l'indépendance du Québec.

Mais son projet était loin d'être réaliste, car l'accueil a été froid au Parti libéral.

Il est vrai que son cheminement politique peut surprendre. Souverainiste convaincu, M. Cormier, âgé de 51 ans, soutient qu'il était militant du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), ancêtre du PQ, dès 1966, quand il n'avait que 13 ans.

En 1979, il est devenu membre du PQ, et fait partie de l'équipe de campagne entourant Pierre Marc Johnson, dont il se dit très proche à l'époque, lors de la course à la direction de l'été 1985.

Mais au début des années 90, après l'échec de l'accord du lac Meech, il passe au PLQ. Il se lie d'amitié avec Gil Rémillard, alors ministre des Affaires intergouvernementales aux «sympathies péquistes», selon lui. De plus, il milite dans l'association libérale de Bourget.

Cependant, en 1995, lors de la campagne référendaire, il fait bande à part et milite «avec beaucoup d'intensité» dans le camp du Oui.

Entre-temps, il s'éloigne des libéraux, mais ne redevient membre du Parti québécois qu'au début de 2003, juste à temps pour se porter candidat de cette formation politique dans Crémazie, où il mordra la poussière au profit de la libérale Michèle Lamquin-Ethier, lors du scrutin du 14 avril.

Malgré son appartenance au PQ, il redevient membre du PLQ à l'automne 2004 et le demeure jusqu'au 20 juin 2005, jour où il signifie au parti qu'il déchire sa carte.

Le 23 juin, il annonce qu'il se porte candidat à la direction du PQ et entend faire la promotion du bien commun et de la simplicité volontaire.

Sur le plan consitutionnel, il se dit favorable à un Québec souverain, qui serait «membre d'un pacte, d'un ensemble canadien». Il rêve d'un fédéralisme à l'image de l'Union européenne et se dit persuadé que ses idées vont triompher.

«Les gros canons du parti, les gros canons candidats, pensent comme moi. Mais il ne peuvent pas le dire car ils vont se faire crucifier par les purs et durs», selon lui. Il croit à l'avènement prochain d'une coalition de plusieurs partis qui feront du Québec un pays.

Psychiatre et professeur agrégé à l'Université de Montréal, M. Cormier, qui habite Outremont, insiste pour dire que son épouse — qui est comme lui médecin spécialiste et professeure d'université — sont d'importants contributeurs à la caisse du PQ.

En 2004, il a donné 2600 $ au PQ et son épouse, Hélène Boisjoly, tout autant. Le maximum autorisé est de 3000 $ par personne. En revanche, il n'a pas donné un sou au Parti libéral cette année-là.

Signe à ses yeux d'ouverture aux autres, M. Cormier fait aussi partie du Club Laurier, réservé aux personnes qui versent plus de 1000 $ par année au Parti libéral du Canada.





SONDAGE CROP - LA PRESSE

La souveraineté à son plus haut niveau depuis 1995

Denis Lessard
La Presse samedi 02 juillet 2005

La souveraineté a le vent dans les voiles.

La plus récente enquête de la maison CROP réalisée pour La Presse indique que l'appui à la souveraineté atteint un record historique depuis le référendum de 1995. En mars 1996, dans le bouillonnement postréférendaire après l'arrivée de Lucien Bouchard à Québec, la souveraineté avait atteint un niveau de popularité comparable.

En juin dernier, 55 % des Québécois auraient voté OUI après répartition des 6 % d'indécis. Même dans les résultats bruts, avant toute répartition des non-répondants, la souveraineté atteint désormais 52 % d'appuis quand on repose la question du référendum de 1995, qui prévoyait un partenariat politique et économique avec le reste du Canada. Les fédéralistes comptent pour 41 % de la population.

Chez les électeurs péquistes, l'appui à la souveraineté atteint 83 %.

«La grogne des gens contre les libéraux à Québec et à Ottawa, donc les fédéralistes, conjuguée à la popularité des partis souverainistes à Québec comme à Ottawa, peut expliquer cette tendance», selon Claude Gauthier, de la maison CROP.

M. Gauthier fait aussi remarquer qu'une nouvelle génération de jeunes souverainistes, inspirée par les Cowboys fringants et Loco Locass, commence à apparaître dans les sondages. Néanmoins, ce sont encore les 35-54 ans qui sont le plus souverainistes au Québec: ils sont plus de 56 %, dans ce groupe d'âge, à être en faveur de la souveraineté, contre 52 % pour les 18-34 ans et 44 % pour les 55 ans et plus.

Moins d'adhésions au nouveau programme du PQ

La souveraineté a le vent dans les voiles, mais les changements apportés par le Parti québécois à la plateforme référendaire réduisent de quelques points les chances que le OUI l'emporte à un éventuel référendum, montre le sondage CROP.

La maison de sondages a vérifié l'appui qu'obtiendrait la nouvelle mouture du programme péquiste adoptée au congrès de juin, dans laquelle le PQ a mis de côté son engagement à conclure des ententes avec le reste du pays.

Un tel référendum demanderait: «Désirez-vous que le Québec accède au statut de pays souverain, sans offre de partenariat, mais quitte à proposer par la suite un accord de libre-échange au reste du Canada?» - un reflet fidèle de la stratégie discutée au dernier congrès péquiste.

Quand on pose cette question aux Québécois, la souveraineté obtient 45 % d'appuis et le camp fédéraliste obtient 49 %. «Cette formulation fait baisser les appuis à la souveraineté mais, quand même, 45 % des gens disent oui à un Québec souverain», observe Claude Gauthier. Ce score est à peu près celui qu'obtenait la souveraineté-association au début de la campagne référendaire de 1995: «Le nouveau concept du programme péquiste n'est pas si perdant que ça», conclut-il.

Quant à la tenue d'un référendum si le Parti québécois reprenait le pouvoir, c'est le scénario privilégié par 53 % des électeurs, qui se diraient alors favorables à «la tenue d'un référendum sur la souveraineté au cours du prochain mandat de ce gouvernement». Inversement, 42 % des gens seraient défavorables à cette consultation.

«Le climat a passablement changé, tranche le spécialiste de CROP. On est désormais ouvert à un référendum, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années.»