
L'énigme Duceppe
Alain Dubuc
La Presse samedi 11 juin 2005
L'histoire se répète. C'est encore vers Ottawa que les yeux de bien des Québécois se tournent pour trouver un leader capable de redonner un élan à la vie politique québécoise.
Après Lucien Bouchard et Jean Charest, c'est maintenant vers Gilles Duceppe que l'on fait de la sollicitation, cette fois-ci pour combler le vide laissé par le départ de Bernard Landry. Et encore une fois, dans cet appel, on sent les mêmes déclencheurs, les sondages, la popularité, et la recherche du sauveur. Avec les risques que l'on sait: regardons la trajectoire de Jean Charest.
Il est vrai que Gilles Duceppe est très populaire. Imbattable dans une élection fédérale, premier choix des Québécois pour remporter les prochaines élections québécoises. C'est le leader souverainiste le plus en vue, et on comprend que bien des péquistes pensent à lui.
Cependant, une élection et un référendum ne sont pas seulement un concours de popularité. Gilles Duceppe est un politicien aguerri, mais c'est d'abord et avant tout un tribun. Aurait-il les talents pour diriger un gouvernement, et à plus forte raison un pays, puisque c'est là le voeu du Parti québécois?
Bien sur, ce sont les militants du Parti québécois qui devront poser ces questions. Mais il est clair que le choix qu'ils feront touche tous les Québécois, puisqu'il mènera à désigner celui ou celle qui sera premier ministre des tous les Québécois. Et à cet égard, nous avons tous intérêt, au delà des désaccords politiques, à ce que les leaders des partis soient de la plus grande compétence. À cet égard, trois questions se posent.
Premièrement, comment Gilles Duceppe se comportera-t-il dans l'adversité? Son succès récent est en effet tout à fait fortuit. Il y a un an et demi, le Bloc québécois, et son chef, s'enfonçaient dans l'oubli. Ils ont été sauvés de la débâcle par le scandale des commandites, qui a affaibli les libéraux et donné au Bloc une vocation nouvelle, celle de servir de canal d'expression à la colère des Québécois. Dans ce contexte nouveau, Gilles Duceppe s'est avéré être un excellent politicien. Mais son succès repose essentiellement sur une seule cause, et dépend encore largement de l'effondrement de son principal adversaire. Ce sont des bases très fragiles. Comment résistera-il au choc dans une lutte au leadership contre des adversaires coriaces et articulés, ou contre Jean Charest, redoutable en campagne?
Deuxièmement, avant de devenir député, Gilles Duceppe était un leader syndical, conseiller à la CSN, où il a oeuvré toute sa vie professionnelle. Une activité tout à fait honorable, mais aussi une démarche qui façonne certainement ses perceptions et ses valeurs. Cela ne changeait pas grand-chose dans l'exercice de ses fonctions à Ottawa. Mais il imposerait au Parti québécois un virage à gauche marqué. Est-ce que c'est cela que veulent les militants péquistes?
Troisièmement, le Bloc québécois est un parti virtuel, en constante situation de porte-à-faux. Tout cela lui donne l'extériorité de ceux qui critiquent sans jamais être confrontés aux responsabilités et aux exigences de la prise de décision. Gilles Duceppe dirige, par définition, un parti d'éternels observateurs, de critiqueurs professionnels qui n'ont jamais à mettre la main à la pâte ou même à se demander ce qu'ils feraient s'ils étaient au pouvoir. Cela a développé une culture de gérants d'estrade, prompts à dénoncer et à s'indigner.
Gilles Duceppe n'a jamais été aux commandes dans sa vie politique, n'a jamais été ministre, n'a jamais eu à prendre des décisions impopulaires. A-t-il développé les compétences nécessaires à l'exercice du pouvoir, qui consiste à faire des choix, à trancher, à faire des arbitrage, à se mouiller?
Ce sont là des aptitudes qui sont essentielles pour tous ceux qui veulent diriger un gouvernement. Mais elles sont également nécessaires dans un cadre référendaire. Nous savons tous que Gilles Duceppe excelle pour critiquer Ottawa et dénoncer le fédéralisme. Mais le leader du camp du Oui, dans un éventuel référendum, devra aussi être capable de proposer un projet crédible et structuré.
Ces questions n'enlèvent pas à Gilles Duceppe ses nombreuses qualités. Notamment une droiture intellectuelle. Un sens de l'ouverture qui a amené le Bloc québécois à être un terrain bien plus fertile aux débats d'idées que le PQ. Les valeurs d'inclusion qu'il a défendues avec constance. La compétence qu'il a acquise dans de nombreux dossiers. Le travail très efficace d'opposition que le Bloc a assuré sous sa gouverne.
Mais cela montre que le Parti québécois a besoin d'une véritable course au leadership qui ne se transforme pas en plébiscite. Ne serait-ce que pour qu'un candidat comme M. Duceppe puisse être testé dans l'action et puisse montrer qu'il dispose des talents qu'il n'a pas pu exprimer comme chef du Bloc.

Limiter les dégâts
Michel David
Le Devoir mardi 14 juin 2005
Jean Lapierre et Pierre Pettigrew auraient dû accorder leurs violons. Alors que M. Lapierre répétait depuis des jours que Gilles Duceppe ferait preuve de lâcheté en renonçant à la succession de Bernard Landry, son collègue Pettigrew aurait plutôt vu dans son saut sur la scène québécoise une démonstration de carriérisme.
Chose certaine, déclarer que l'actuelle popularité du Bloc québécois n'était qu'une «petite balloune» gonflée par le scandale des commandites, comme l'a soutenu M. Pettigrew, n'avait rien pour inciter M. Duceppe à quitter Ottawa.
S'il l'avait fait, M. Lapierre, qui mourait visiblement d'envie de le voir partir, aurait probablement dit qu'il avait eu peur de l'affronter dans un match revanche ! La période de transition s'éternise pour le député d'Outremont, qui continue de confondre ses nouvelles fonctions avec son ancien rôle d'amuseur public.
Remarquez, il est vrai qu'il faut un certain courage pour accepter de diriger le PQ. Quand Lucien Bouchard avait annoncé sa démission, Mario Dumont s'était montré très compréhensif, qualifiant les militants péquistes de «gang de malades». Le congrès d'il y a dix jours n'a certainement rien fait pour infirmer ce diagnostic. Pour une raison qui m'a toujours échappé, le bonheur au PQ semble consister à voir un chef le plus affaibli possible.
La perspective de débarquer dans cet asile ne devait pas enthousiasmer beaucoup le chef du Bloc québécois. Le PQ est sans doute le seul parti politique du Canada, sinon du monde entier, où aucun député ne semblait souhaiter avoir comme chef le leader politique de loin le plus populaire de l'heure. Tous les signaux qui lui ont été envoyés allaient dans le sens contraire.
Il ne faut pas confondre le courage avec l'inconscience et la lâcheté avec le sens des responsabilités. Malgré le peu d'enthousiasme que suscitait son éventuelle candidature, M. Duceppe aurait probablement gagné la course, mais son départ d'Ottawa aurait causé plus de tort au Bloc qu'il n'aurait fait de bien au PQ.
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Dans les circonstances, M. Duceppe a pris la meilleure décision, mais il ne faut pas s'y tromper : au total, le PQ et le mouvement souverainiste en général vont sortir affaiblis de ce triste vaudeville. Pour le chef bloquiste, il s'agissait surtout de savoir quel était la meilleure façon de limiter les dégâts.
Dans l'immédiat, son désistement ouvre toute grande la porte à André Boisclair, dont la réflexion de plus en «intense et positive» ne peut se conclure que par sa candidature.
À moins, bien entendu, que Bernard Landry ne décide d'affronter le ridicule que lui vaudrait, au moins temporairement, une tentative de retour après un départ qui semblait définitif. Pour le mouvement souverainiste, la combinaison Landry-Duceppe demeure malgré tout la plus avantageuse et, contrairement à Pauline Marois, M. Boisclair, qui entrevoyait son avenir immédiat à Toronto, pourrait se permettre de passer un tour.
Si Pauline Marois, dont c'est la dernière chance, est la seule autre candidate de poids, la partie sera d'autant plus jouable pour M. Boisclair que M. Landry fera des pieds et des mains pour empêcher la victoire de son éternelle rivale. Mme Marois n'a surtout pas à s'inquiéter : il verra à ce qu'elle ait au moins un adversaire.
Paradoxalement, que M. Boisclair ou Mme Marois l'emporte, les «purs et durs» qui ont puissamment contribué au départ de M. Landry devront composer avec un chef dont les positions seront nettement plus modérées que les siennes. L'un et l'autre se disent enchantés du nouveau programme, mais l'expérience montre qu'un chef du PQ peut prendre une singulière distance avec le programme quand vient le temps de rédiger la plate-forme électorale ou la question référendaire.
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Alors que Mme Marois est en campagne depuis deux ans, seulement deux députés lui ont officiellement donné leur appui, Nicole Léger et Jocelyne Caron, qui ne comptent pas parmi les plus influentes du caucus. Sans même être officiellement candidat, M. Boisclair peut déjà compter sur quatre députés et on peut parier que d'autres n'attendent que son signal pour lui prêter allégeance.
Mme Caron a crié au sexisme la semaine dernière, sous le curieux prétexte que certains auraient déclaré que Mme Marois «ne fait pas le poids». Comme si cette expression ne s'appliquait pas aussi bien aux hommes ! Force est toutefois de constater qu'encore une fois l'ancienne vice-première ministre ne pourra pas compter sur la solidarité féminine au sein du caucus.
Pourtant, ses états de service sont beaucoup plus impressionnants que ceux de M. Boisclair. Jamais au PQ, un homme ou une femme n'a été successivement titulaire du Conseil du trésor, de l'Éducation, de la Santé et des Finances. Pendant ce temps, son rival a été ministre des Affaires municipales, de la Solidarité sociale et de l'Environnement.
Au cours de la dernière année, Mme Marois a toutefois indisposé plusieurs de ses collègues des deux sexes par ce qui a été perçu comme un manque de solidarité, non seulement envers Bernard Landry, quand elle a réclamé une course au leadership à la toute veille d'un conseil national, mais également envers le caucus, quand elle s'est prononcée en faveur de l'établissement du CHUM à Outremont.
Clairement, Mme Marois mise moins sur l'appui de ses collègues que sur les membres du PQ, qui éliront le nouveau chef au suffrage universel. L'exemple de 1985 montre toutefois qu'il existe un lien étroit entre les deux. Pierre Marc Johnson avait l'appui de la très grande majorité des députés et il a terminé bon premier devant... Pauline Marois.

Le bon choix
Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 14 juin 2005
La décision de Gilles Duceppe de rejeter les invitations à se porter candidat à la direction du Parti québécois n'aura surpris personne. Si les partisans de sa candidature à la succession de Bernard Landry seront déçus, ils ne le seront jamais autant que les libéraux de Paul Martin de le voir rester à Ottawa. Son départ pour Québec leur aurait permis d'occuper le terrain électoral québécois pendant que le Bloc se serait dispersé dans une deuxième course au leadership.
Gilles Duceppe avait plusieurs bonnes raisons pour expliquer sa décision de demeurer à la tête du Bloc québécois. La seule qu'il n'a pas exposée expressément hier tient au calendrier qu'a imposé le départ inattendu de M. Landry à l'issue du vote de confiance insatisfaisant obtenu au congrès du Parti québécois il y a 10 jours. Spontanément, il avait alors invité ce dernier à reconsidérer sa démission, ce qu'il avait été le seul à faire. Cette réaction laissait entrevoir qu'il se sentirait obligé de rester à Ottawa pour faire la prochaine élection.
S'il est vrai que personne n'est irremplaçable, le moment aurait été mal choisi pour laisser vacant le poste de chef du Bloc à l'heure où s'amorce la dernière ligne droite avant la campagne électorale fédérale. On peut penser que Michel Gauthier aurait pu reprendre du service en acceptant d'agir comme chef intérimaire, mais on ne fait pas une campagne électorale avec un leader au statut incertain. Il aurait fallu tenir une course au leadership avec le risque de se perdre dans des luttes intestines et d'envoyer un nouveau chef au front sans préparation aucune.
Cette prochaine campagne électorale est cruciale pour le Bloc québécois qui n'a pas le luxe de laisser le Parti libéral du Canada regagner le terrain perdu lors de la dernière élection. Pour reprendre l'image désormais classique de Jacques Parizeau évoquant les trois périodes d'un match de hockey, le mouvement souverainiste doit d'abord l'emporter de façon décisive lors de ce premier rendez-vous électoral pour pouvoir se présenter en bonne position à l'élection québécoise. Une mauvaise performance du Bloc créerait une nouvelle dynamique favorable aux fédéralistes qui cherchent désespérément à reprendre l'initiative du jeu tant à Ottawa qu'à Québec.
Avec la fin, cette semaine, des audiences de la commission Gomery sur le scandale des commandites, le Bloc québécois devra être présent plus que jamais sur le terrain, où il aura davantage de concurrence. Réduits au silence par les révélations presque quotidiennes d'une commission élevée au rang de psychodrame national, les libéraux de Paul Martin profiteront de la période d'accalmie, qui durera jusqu'à ce que M. Gomery remette son rapport, pour reprendre la parole. Le lieutenant de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, a déjà donné le mot d'ordre à ses collègues ministres de sillonner le Québec cet été pour annoncer une deuxième fois toutes les bonnes nouvelles que le scandale des commandites a occultées. Parions que les difficultés qui retardent la conclusion des ententes sur le transfert au Québec des budgets dévolus aux services de garde et au financement des infrastructures urbaines seront bientôt aplanies pour s'ajouter à cette litanie.
Gilles Duceppe aura à subir, ces prochaines semaines, quelques quolibets qui témoigneront qu'il a fait le bon choix. Mieux que quiconque, il peut piloter cet instrument qu'est le Bloc québécois pour le mouvement souverainiste. À la tête d'un Bloc, qui aurait accru sa majorité au lendemain des prochaines élections, il sera en mesure d'exercer autant d'influence sur ce mouvement qu'en se faisant élire chef du Parti québécois. En restant à Ottawa, il marque que ces deux «partis frères» sont deux partis distincts qui suivent chacun leur voie. Somme toute, il a fait le bon choix.

Parti québécois - Le spectre de la pensée radicale
Jocelyn Létourneau
Titulaire, Chaire de recherche du Canada en histoire contemporaine du Québec, Université Laval
Le Devoir mardi 14 juin 2005
Lire les textes que Pierre Graveline et Robert Laplante ont publiés dans Le Devoir des 2 et 3 juin dans le premier cas, du 7 juin dans le deuxième, donne froid dans le dos. Il serait dommage que le mouvement souverainiste, commis à l'éthique démocratique depuis toujours, soit investi ou influencé par de pareils idéologues.
Ces deux hommes, et ceux qui les accompagnent dans leur volonté d'enrégimenter la société québécoise dans une démarche radicale et tous azimuts de combat national, comme si notre situation était comparable à celle des damnés de la Terre, auraient intérêt à créer leur propre parti politique plutôt que d'en parasiter un autre pour exister. Ils seraient rapidement mis à leur place -- celle de la marge -- par une population qui ne se reconnaît pas dans la culture politique de l'hostilité, de l'intransigeance ou du ressentiment, ni n'entend jouer son destin collectif comme on parie à la roulette russe.
Condescendance
Ce que Graveline et Laplante, parmi d'autres, appellent -- en dénonçant la chose de haut -- les tergiversations des élus devant l'enclenchement du processus de sécession du Québec traduit au fond leur irrespect du politique dans une société complexe et diversifiée comme la nôtre.
Le ridicule dont ils affublent la sagesse réflexive des Québécois concernant leur avenir (de l'attentisme pathétique selon eux) témoigne de leur méconnaissance de ce que fut jusqu'ici l'expérience historique québécoise. Il marque leur volonté d'ignorer ce qui définit peut-être le mieux l'horizon politique de la majorité des Québécois : le réformisme, le pragmatisme, l'avancement graduel, le progressisme mesuré, la révolution tranquille, la stabilité dans la transformation, l'assurance dans le changement.
Que la délibération, la négociation, l'accommodement, le compromis, bref l'«étapisme» et le donnant-donnant, aient si souvent animé la pratique politique des parlementaires québécois, depuis les représentants des anciens Canadiens jusqu'à Lucien Bouchard en passant par René Lévesque, signifie une chose que Graveline et Laplante refusent d'admettre : la culture politique des Québécois est d'inspiration et de tradition britanniques bien davantage que française, états-unienne, sud-américaine ou autre.
Cette culture politique n'est ni radicale ni révolutionnaire. Elle est centriste, empiriste et opportuniste. Elle tend fréquemment à l'éclectisme. L'habit du Patriote embrigadé, mû par une cause univoque et se comportant tel un zouave protégeant aveuglément son pape, est l'un de ceux qui sied le moins aux Québécois. Il serait temps de cesser de vouloir les en revêtir.
Le PQ et le radicalisme politique
Je trouverais regrettable que la démission de Bernard Landry, qui crée une situation d'ouverture politique au sein du PQ, permette aux radicaux d'orienter le programme du parti vers des avenues qui ne croisent pas les aspirations raisonnables des Québécois. Le PQ semble pris au piège d'une dynamique vicieuse : il ne peut espérer la fortune politique que s'il se fait réaliste dans sa gestion (bonne gouvernance), dans sa promotion des intérêts des Québécois (affirmationnisme appuyé) et dans l'énoncé de son idéal national (souveraineté-partenariat).
Paradoxalement, les conditions de ce succès n'ont de cesse d'être dénoncées par une fraction de ses militants qui, en chassant le(ur) chef à coup de vote minoritaire, précipitent le parti dans l'eau trouble. Or, pour maximiser ses chances d'élection et répondre aux attentes de l'électorat, le PQ, grâce à la voix majoritaire de ses membres, n'a d'autre choix que de se redonner un leader tempéré !
Pour sortir de cette situation où une majorité subit épisodiquement le césarisme d'une minorité radicale qui doit néanmoins s'en remettre au courant modéré pour replacer le parti sur la voie du pouvoir, le PQ devra un jour trancher le noeud gordien de son ambivalence constitutive. Peut-être en se refondant comme parti résolument autonomiste, mais non pas indépendantiste à tout prix -- ce qui lui permettrait de se délester de sa clique de doctrinaires incurables et de son corps de Vestales zélées.
À l'encontre de ce que l'on pourrait croire, ce choix ne relèverait pas du suicide politique pour le parti émergeant qui se donnerait un nouveau nom. Le cas échéant, son programme serait centré sur les idées de développement économique, d'équité sociale, de gouvernance responsable et d'in(ter)dépendance politique -- des thèmes chers à beaucoup de péquistes.
Un tel programme rallierait de larges segments de la population québécoise -- coalition de libéraux, de socio-démocrates et de nationalistes -- qui ne se reconnaissent pas dans l'administration actuelle du PLQ, qui n'appuieront jamais l'ADQ, qui n'épousent pas les positions de l'UFP ou celles d'Option citoyenne et qui sont étrangers au jusqu'au-boutisme des Graveline et Laplante.
Advenant la naissance d'un tel parti, et si les formations politiques existantes ne leur plaisaient pas, ceux qui s'inscrivent dans une mouvance franchement indépendantiste ou «à gauche toute» pourraient créer sans ambages leur propre parti. À leur guise et sans compromission, ils en orienteraient le programme dans l'idéalisme de leurs aspirations. Ils verraient, sans possibilité de se dérober devant le verdict populaire, comment l'électorat sanctionnerait leur entreprise...
Contre la raison univoque
Je sais bien que pareil scénario n'est pas à l'ordre du jour. À l'évidence, les gens du PQ entendent gérer la divergence au sein de leur parti en ménageant la chèvre et le chou, de manière à éviter la déchirure ou la scission. Pauline Marois rappelait récemment à quel point elle entendait concilier les velléités pourtant irréductibles des membres de son parti, et ce, pour créer l'apparence d'un consensus au PQ et élargir sa base électorale.
Aucun doute que ses concurrents auront la même intention. Pour accéder au pouvoir, on est prêt au PQ à ouvrir la porte à bien des genres de militants et tolérer toutes sortes de positions, quitte à marginaliser les radicaux au fil d'arrivée. De bonne guerre politique, sans doute. Mais un jeu dangereux, surtout lors d'une course ouverte et implacable à la chefferie.
Il est essentiel que les adeptes de la pensée radicale, qui aiment emballer leurs initiatives dans les oripeaux de la «nécessité historique d'agir» et dans ceux des «intérêts supérieurs de la patrie», soient respectueusement écartés de la détermination des politiques et stratégies du PQ. Par l'intransigeance et la furie dont elles sont porteuses, les positions d'un Graveline ou d'un Laplante rappellent qu'au sein du mouvement souverainiste, comme ailleurs dans la société québécoise, il faut faire acte de vigilance contre les manifestations de la raison acariâtre et de la pensée radicale.

L'apport des radicaux a toujours été essentiel
Hugo Vaillancourt
TRIBUNE LIBRE mardi 14 juin 2005
En réponse au texte de Jocelyn Létourneau paru dans Le Devoir, édition du 14
juin 2005.
Mais pour qui vous prenez-vous, M. Létourneau, pour demander que «les
adeptes de la pensée radicale [...] soient respectueusement écartés de la
détermination des politiques et stratégies du PQ»? Les «radicaux» n'ont pas
le droit de participer au débat démocratique dans une société? Sachez, M.
Létourneau, que bien que leurs positions puissent vous déplaire, l'apport
des radicaux a toujours été essentiel à l'évolution d'un regroupement et
d'une société.
Les radicaux, étant en rupture avec l'axiome idéologique dominant, amènent
des idées forçant constamment l'establishment et les gens plus modérés à se
remettre en question. Les idées sont comme les êtres vivants: si elles sont
bien adaptées au contexte, si elles répondent à des besoins, elles sont en
mesure de s'épandre et de prospérer. Si un aspect du discours radical est
séduisant pour les «modérés», s'il commence à prendre pied et à sortir de la
marginalité, c'est que de toute évidence, l'idéologie dominante commence à
créer des insatisfactions au sein de sa base. L'establishment rétablit
alors, en général, sa force en assimilant une partie du discours radical,
ce qui fait évoluer ses valeurs et ses stratégies; s'il s'obstine à ne pas
le faire et que le mécontentement se propage, l'axiome idéologique principal
finit par s'écrouler et un autre vient le remplacer.
Ce sont les délégués du Parti québécois en congrès qui votent
démocratiquement sur les orientations du programme du parti. Ce sont ses
membres qui choisissent leur chef, démocratiquement encore une fois. Si le
courant radical passe, c'est qu'il n'est pas aussi marginal que vous le
croyez. En bout de ligne, ce sont les Québécois-es qui choisiront d'adhérer
ou non au nouveau discours péquiste et s'il ne les satisfait pas, la scène
politique québécoise est assez variée pour leur permettre un autre choix:
UFP pour la gauche, libéraux et ADQ pour la droite. Ne présumez pas des
attentes politiques des Québécois-es: ce n'est pas parce que nous avons une
réputation de centristes incurables que nous ne choisirons pas un jour une
voie qui nous satisfasse davantage, écoeuré-es de ne plus sortir de la ronde
sans fin qu'est le réformisme. La Révolution tranquille n'avait après tout
rien d'une simple réformette ultra-modérée...

Assez!
Alexandre Brousseau
Le Devoir mardi 14 juin 2005
Lettres: Québec, le 9 juin 2005 - Depuis près d'une semaine, on entend bon nombre de militants, de députés et de journalistes mettre sur le dos de l'aile radicale du PQ la démission de monsieur Landry le 4 juin dernier. Ça suffit! Faisant moi-même partie du PQ et de cette fameuse appellation de «pur et dur» ou encore de «faucon», j'en ai assez que ce soient les modérés du PQ qui nous montrent du doigt à chaque fois que ça va mal.
La démission de Bernard Landry a été sa décision, et je ne crois pas que les quelque 24 % de «radicaux» ont poussé dehors cet homme politique d'expérience. J'étais et je suis encore un «anti-Landry», sans en avoir contre sa personne et ses réalisations, mais plutôt contre son quiétisme politique. Mais vous savez, comme l'a dit René Lévesque en 1963 à l'émission Les Couche-Tard : «Il n'y a rien de plus difficile que de faire venir un gars en politique dont on a vraiment besoin, excepté de le faire sortir quand c'est le temps qu'il s'en aille.». Plus ça change et plus c'est pareil ! Alors qu'il s'est accroché à la tête du PQ sans aucune légitimité à la suite du départ de Lucien Bouchard, il n'a cessé de faire des manoeuvres électoralistes visant le pouvoir plutôt que l'indépendance. «La liberté n'est pas une marque de yogourt», disait Falardeau... Eh bien, l'indépendance n'est pas une nouvelle loterie, monsieur Landry ! Les conditions gagnantes, l'assurance morale et autres répliques de bas étage ont fait que les radicaux et moi-même en avons eu assez de Bernard Landry et de sa quête interminable et lente de l'indépendance du Québec... Refusant de faire des gestes de souveraineté, refusant de renforcer le fait français au Québec, refusant d'établir un calendrier serré du prochain rendez-vous avec l'histoire, refusant l'élection référendaire, Bernard Landry aura couru à sa perte ! Landry est parti, vive Landry !

Decision reveals PQ's emptiness
Éditorial
The Gazette Tuesday, June 14, 2005
The next leader of the Parti Quebecois could be perfectly positioned to make the dream of independence come true. So why does nobody want the job? Why doesn't Gilles Duceppe, who was the landslide front-runner until he took himself out of the running yesterday?
Not quite nobody: Pauline Marois, who ran for the leadership two long decades ago, is still trying. Her polar opposite, the under-experienced Andre Boisclair, has not formally declared but is now industriously organizing the PQ's numerous anybody-but-Marois elements.
If Marois has too much baggage to be leader, Boisclair might be said to have too little. He didn't accomplish much as a minister. Nor can he claim that the passion for Quebec and its independence burns unquenchably in his soul: He's just back from Harvard, where he earned an MBA after dropping out of politics in 2003; and in September, he's supposed to start work with a multinational consulting company - in Toronto. And that, for now, is the whole field. Heartening for federalism, isn't it?
With the prize of Quebec independence apparently so tantalizingly close, candidates for the PQ job should be everywhere. After all, the next leader could be the one who leads Quebec to the Glorious Day, winning an eternal place in the separatist pantheon and maybe even getting his or her face on the currency of the new nation.
Duceppe's decision suggests he believes, deep down, that there won't be any glorious day anytime soon. And so, weighing the rigours of Quebec City against his sinecure in eternal opposition, he chose, like a First World War general, to remain prudently far behind the lines, in an unscarred chateau with soft beds and a good chef.
It's not as if the Bloc were accomplishing anything; it is politically impotent and shunned by other parties. Where Jack Layton and the NDP pried billions out of the minority Liberal government, Duceppe has gained nothing.
We will, however, give him credit for prudence, rather than cowardice. Moving from BQ to PQ is not a simple exercise, as Lucien Bouchard could - and perhaps did - tell him. Any political caucus is wary of saviours from outside. Another Ottawa transplant, Jean Charest, took years to win over some elements of the Quebec Liberal Party.
And the PQ is worse than most. The pur-et-dur high command, that kernel of hard-line purists who exercise such disproportionate control over the movement, will never be content with any leader, until the day after independence. Under their malign and unreasoning influence, the PQ is an ungovernable party. The same party convention at which Bernard Landry quit also saw the adoption of a hard-line measure committing a future PQ government to a unilateral declaration of independence after winning a referendum. Only somebody with his ceinture flechee tied too tightly could believe voters will welcome such madness.
The PQ leadership is a poisoned chalice. Many in the movement - quite possibly including Duceppe - no longer really believe in real independence. Until the party as a whole figures out what it believes, and rebuilds itself accordingly, it will remain incoherent and ungovernable.

The heir apparent?
Miro Cernetig
Toronto Star June 14, 2005
The job of heading Quebec's sovereignty movement is likely his if he wants it.
But will Gilles Duceppe join the PQ leadership race? Miro Cernetig reports
MONTREAL—Just over a year ago, Gilles Duceppe was an embattled man, his leadership skills questioned, a politician on the verge of becoming a has-been.
Quebec's sovereignty movement seemed in dire straights. The Liberals under Jean Charest had trounced the Parti Québécois in April 2003. The Bloc Québécois was foundering in the polls and there was talk of replacing Duceppe, to find another leader who would be the voice of Quebec's sovereignists in Ottawa.
But Duceppe soldiered on, and in June 2004, the Bloc under his leadership won 54 of Quebec's 75 federal seats. Now, following that amazing political turnaround, the 57-year-old faces one of the toughest and most important choices of his life.
Will he leave Ottawa and take over the leadership of the PQ, giving him the chance to translate his enormous popularity into votes to beat the embattled Charest government in the next Quebec election? Then, he would get to call a third referendum on his dream of a sovereign Quebec.
Or will Quebec's most powerful sovereignist stay the course in Ottawa, and hand the PQ job to someone else?
Duceppe has called a news conference for Monday to announce his decision. Whether he's in or whether he's out, he will be a towering figure in the years ahead, either taking over the PQ's top job or playing kingmaker in the House of Commons with 50 or 60 Bloc MPs who may hold the balance of power in the years to come.
Even Quebecers are torn about what their most popular leader should do. A poll in La Presse published today finds that 47 per cent want him to stay in Ottawa while 34 per cent want him to come to Quebec.
"People are so unhappy with the federal Liberal government they will vote for the Bloc with Gilles Duceppe or without Gilles Duceppe," says pollster Jean-Marc Léger.
Ten years ago, Canadians from across the country flocked to Place du Canada in downtown Montreal to sing "Oh Canada" and wave Canadian flags and the fleur-de-lis in a tearful love-fest designed to convince Quebecers not to leave the country. Federalist eked out a narrow victory of 50,000 in that stomach-churning referendum.
In the months and years that followed, many federalists dared to think it was the last gasp by sovereignists.
PQ Premier Jacques Parizeau had resigned, after his comments about victory being stolen by "money and the ethnic vote." Support for separation dropped down to about 40 per cent. Lucien Bouchard, who succeeded Parizeau as premier, never dared call another referendum. Many speculated there might not be another one for a generation, if ever.
But now the spectre of a unity crisis is once again rising. And the sovereignists' new champion is Duceppe, the fiery, blue-eyed Quebecer in Ottawa who is unknown to many outside his home province.
The PQ was tossed into turmoil last week by the surprise departure of Bernard Landry, who called it quits after getting only 76.2 per cent in a confidence vote from his own party.
Duceppe, the most popular politician in Quebec, is the favourite to win the leadership — if he wants it. But André Boisclair, a former PQ cabinet minister considered a golden boy at 39, would be a frontrunner if Duceppe says no. Boisclair's main adversary would be former finance minister Pauline Marois, who has already declared.
The La Presse poll shows that 43 per cent of Quebecers think Duceppe would have the best chance of winning an election as PQ leader. Boisclair and Marois are far behind, tied at 16 per cent.
Whoever triumphs, Canadian federalists will soon be facing a reinvigorated PQ with a leader who will be bound by a sobering new party policy passed at last week's convention: the next PQ government is obligated, for the first time, to call a referendum within its first five years in power and it must immediately begin spending money and changing laws to get ready for the day the province separates.
Many believe that this time sovereignists — particularly if they are led by Duceppe — could pull out a victory.
"This is a wake-up call for Canada," warns Léger, who has taken hundreds of polls on Quebec's public opinion. "The next PQ leader will have the winning conditions."
Winning conditions. That has been the Holy Grail for every PQ leader from René Lévesque onward. Simply put, it means that getting a Yes vote in a referendum needs the confluence of three essential conditions in Quebec: wide-spread anger at Ottawa that pushes separatist support above 50 per cent, the absence of a strong federalist leader to fight back in defence of Canada and a popular PQ leader.
The No forces should take note: The first two elements are clearly present.
Thanks to the sponsorship scandal, anger at Ottawa is palpable in Quebec, pushing support for separation to levels not seen in years: 54 per cent in recent polls, the highest since the defeat of the Meech Lake accord.
Federalist forces are also indisputably at a nadir: The NDP and Conservatives barely hit Quebec's political radar screen. As for the Liberals, both Charest and Prime Minister Paul Martin — Quebec federalists who were supposed to steer the province away from another crisis — have, instead, led their respective parties to historic lows in the polls.
And Duceppe now looks like he could be the all-important third element: a widely popular leader. If he chooses to run for the leadership and wins, he would be a formidable adversary for the federalists.
Polls show over and over again that Duceppe is the most popular politician in Quebec. If a federal election were held today, the Bloc would sweep Quebec again, likely exceeding the 54 seats it won a year ago.
"I think he can reasonably predict if he decides to go to the PQ, he would have sufficient support to win," says Pierre Martin, a political scientist at the Université de Montréal. "There's always a risk. But I think it's a fairly safe bet."
In fact, it may be dangerous for Duceppe to resist the call even if he prefers it would come later.
He is said to have been surprised, even angered, by Landry's sudden departure at a time when the Bloc is getting ready for the next federal election. But most discount the speculation that Landry's resignation could hurt the Bloc's chances.
Some sovereignists also fret that simultaneous leadership contests — in the Bloc and the PQ — might be a drain on their movement. But Martin notes that Duceppe now faces a similar dilemma to one that confronted Charest when he was dragooned by federalist forces to leave his job as Tory leader in Ottawa to take over the Quebec Liberals: Saying no to the higher calling could hurt a leader's political mystique.
"If Duceppe chooses to stay with the Bloc, it would be something of the same thing," Martin says. "I don't know if he would have as much political capital afterwards. Listen to (Liberal Transport Minister) Jean Lapierre and you can get an idea of what would be said: `You didn't have the guts to go, eh? You were afraid to really put yourself on the line.'"
This is the first time in 20 years that the PQ is having a full-blown leadership race. After Pierre Marc Johnson's victory in 1985, the PQ essentially drafted and crowned future leaders: Parizeau, Bouchard and Landry all faced an empty field. Not today.
Marois entered the race the day after Landry resigned. The dark horse is Boisclair, who has finished a fellowship at Harvard University and is seen as a member of the next generation of sovereignists.
This week, another top contender for the job — François Legault, the millionaire airline entrepreneur turned MNA — surprised most observers by bowing out, saying he wanted to spend more time with his children.
If Duceppe doesn't run, the PQ will lose a man who has the ability to unite the party. There's a lot in Duceppe's history to suggest he's a man who can win over the PQ grassroots.
To begin with, he is from a respected "pure laine" family, the son of the beloved actor Jean Duceppe. This gives him added heft with the PQ's intellectuals.
As a young man, Duceppe was also a Communist, which he calls a youthful experiment. He gave that up to become a committed trade unionist, something that appeals to the social democratic wing of the party and augers well for discussions with Quebec's union movement, perhaps the most powerful in Canada.
Finally, Duceppe also lives in Montreal's poorer — and very francophone — east end, where he became the first elected Bloc MP in 1990. Despite his stern demeanour in the House of Commons, he actually has the common touch on the hustings, something that no PQ leader since Lévesque could really claim.
These days, Duceppe consistently attempts to bring in non-francophones into the sovereignist fold, reaching out to allophones with some success.
He attracted a record — though still only a handful — of minority candidates into the Bloc in the last election. Yet, his story, well known within the PQ and Bloc ranks, also supplies the requisite chapters of injustice at the hands of "les anglos," helpful when rallying the militant sovereignists.
One favourite anecdote, rarely mentioned now, is that as a boy he was slapped by an anglo teacher after asking why he was forced to stand up on a school bus for English students.
"If you're talking about social justice, that event marked me," he told the Ottawa Citizen.
In eight years as leader of the Bloc in Ottawa, Duceppe has gone from the shower-cap geek, the deadly image error in the 1997 campaign when he put on a hair net in a cheese factory, to a seasoned pro. In the last election, he didn't make a single error on the stump, and in the leaders' debate, many ranked him the best in both languages.
On the stump, he has played down the threat of economic dislocation after separation. The rest of Canada, he says, will have to do business with Quebec whether it likes it or not, pleasing words to true believers.
"Tell western farmers," he has said, "they will have to eat all their beef or watch the carcasses rot, instead of selling them to Quebec, (or) go to Oshawa and explain to workers in the automobile industry that they will have to go on unemployment insurance out of patriotism, because Canada cannot sell any more cars to those poor Quebecers."
So, can federalists beat a resurgent PQ under Duceppe or any other leader?
"There's really no one on the federalist side right now," says Antonia Maioni, the director of McGill's Institute for the Study of Canada. "Federalists need to articulate a vision."
"Charest's got two years to come back," counters a senior federal Liberal organizer, noting the next election doesn't need to be called until 2007 or 2008. "And don't forget, Jean Charest is a very, very, very good campaigner."
And Charest may have a great point of attack. Given the PQ's promise to hold a referendum in its first mandate, the Liberals would be able to warn Quebecers that a vote for the PQ would be a vote for another unity crisis.

Separatist wunderkind touted as PQ leader
MIRO CERNETIG
Toronto Star June 14, 2005
He's young, Harvard educated and gay
Could André Boisclair revive the party?
Montreal - For years the Parti Québécois has been an aging movement, its conventions dominated by hard-core militants who have literally gone grey waiting for a leader to bring them a referendum victory to separate from Canada.
But it now seems an unexpected wind of generational change is blowing through its ranks.
Yesterday, 57-year-old Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe announced he was refusing entreaties to take over the PQ leadership, vacated by 68-year-old Bernard Landry nine days ago. Suddenly, a 39-year-old, who is openly gay, telegenic and a Harvard graduate, is being touted as a potential sovereignist premier.
André Boisclair is a former environment minister who was elected to the National Assembly at the tender age of 23. He's a professional pol, having served as house leader, and has taken a cautious approach to calling another referendum.
But he quit politics about a year ago, when it seemed likely Landry might hang on or hand the PQ over to the popular Duceppe. Instead, Boisclair earned a masters in public administration from Harvard's John F. Kennedy School of Government, graduating last week.
Now he is facing immense pressure to run for the leadership, a race many expect he will enter. He certainly hasn't said no. "If you want to contribute concretely to my reflection, buy your membership card in the PQ," he exhorts supporters on his blog, where he writes pensées on politics and his experience at Harvard.
So far, there have been more than 370 messages from people — many of them seasoned party workers — who are urging him to forget about his newest job in Toronto, at the business consulting firm McKinsey and Co. where he was expected to start in the fall.
Boisclair was viewed as being on hiatus, taking a few years to perfect his English and his understanding of the rest of Canada in preparation for an eventual run at the top party job.
Now, however, he is spoken of as the main competition to former PQ finance minister Pauline Marois, who earned the wrath of many in the party by declaring her candidacy a mere 24 hours after Landry's surprise resignation on June 4.
Landry stepped down after receiving only a 76.2 per cent confidence vote at the PQ convention.
"There seems to be an anything-but-Pauline movement building," said Pierre Martin, a political scientist at the University of Montreal. "Boisclair seems to be itching to go."
For the first time since 1985, the PQ seems to be gearing up for an all-out leadership race, which has been scheduled for Nov. 15. Numerous other candidates are likely to be running.
***
`There seems to be an anything-but-Pauline (Marois) movement building.
André Boisclair seems to be itching to go.'
Pierre Martin, political scientist
Former cabinet minister Richard Legendre, a former professional tennis player recruited by Landry, is seen as a possibility. So is hardliner Joseph Facal, another ex-cabinet minister.
Jean-Marc Léger, one of Quebec's leading pollsters, expects there will likely be a candidate from the PQ's left wing, as well as a social democrat and a candidate who would make separation a top priority.
But he says the party could well make a big breakthrough.
"Will they choose a young man or a woman?" he said.
"Either way, something new will be happening in the Parti Québécois."
Another unknown, though, is whether the PQ, which counts on deep support from rural Quebec, where voters tend to be socially conservative, is ready to embrace an openly gay leader, such as Boisclair.
"In the party itself, I don't think it's a major concern," said Martin.
"For the electorate at large, it's (in) my view not a major obstacle, but (it) may be a minor obstacle. The true answer is I don't know, but I don't think it's a plus."
If Boisclair doesn't run, however, there may be another unexpected twist. Landry is so worried that Marois might coast to victory because she won't have a strong competitor like Duceppe or Boisclair that the former leader has been musing about a possible return.
"It's possible Landry will come back," said Guy Laforest, a political scientist at the University of Laval.
"Yes, Landry is older. Yes, he is 68. Yes, it could hurt the chance for generational change," said Laforest. "But he doesn't think Marois has the goods."
A senior PQ organizer, however, expects Boisclair to eventually enter the race and give Marois a run for her money.
"If Boisclair comes in, then Landry won't come in," he said. "This is going to be a good race for sure."

Why the Bloc head didn't jump
EDITORIAL
Toronto Sun Tue, June 14, 2005
Ask yourself this: If Quebec's separation from Canada is inevitable, as the separatists insist, why didn't Bloc Quebecoi Leader Gilles Duceppe jump at the chance to lead the Parti Quebecois yesterday?
Why did he instead announce -- revealing Ottawa's worst-kept secret -- that he will lead the Bloc into the next federal election and continue his 15-year career as an MP?
After all, if his goal is to take Quebec out of Canada, then Duceppe belongs in Quebec City with the PQ, not in Ottawa with the Bloc. Separation can only be achieved by a PQ leader who wins a (third) referendum after becoming Quebec premier.
We think Duceppe's reasons for staying put are obvious.
First, he's a realist. Second, like his caucus, Duceppe has grown comfortable in Ottawa, where the separatists make a good living (courtesy of Canadian taxpayers!) criticizing the government, without ever having to run one -- either in Ottawa or Quebec.
Third, Duceppe knows that in addition to the full-time job of running Quebec, a PQ leader who becomes premier also has to start plotting the next referendum from the moment he takes office, or the party's hardliners will inevitably turn on him, as they did Lucien Bouchard. Former PQ leader Bernard Landry, who surprised everyone when he resigned earlier this month, also faced this same unrelenting pressure from hard-core separatists.
Fourth, Duceppe realizes that, contrary to separatist boasting, the next PQ leader and premier will face a tough hurdle in winning a subsequent referendum.
Much has been made of a recent Leger poll showing support for separatism in Quebec soared to 54% in the wake of AdScam.
But the poll didn't ask Quebecers if they wanted to separate. It asked them whether they would support sovereignty "with an offer of economic and political partnership" with Canada, the same weasel-worded question the separatists posed in the 1995 referendum, which they also lost, albeit barely.
But even with that misleading question, 56% of those who supported sovereignty still said they also wanted Quebec to remain a part of Canada. Try to figure that one out!
Duceppe also knows that thanks to Jean Chretien's Clarity Act (one of the best ideas he stole from the old Reform party) the next referendum question must be a clear one.
Canadians can never afford to take the threat posed by Quebec separatists for granted, particularly not with a corrupt and incompetent Liberal government in Ottawa constantly undermining the case for federalism. But that doesn't mean separation is just around the corner.
If it was, Duceppe would have been in Quebec City yesterday announcing his run for the PQ leadership, not in Ottawa announcing he's staying right where he is.

How the Bloc Québécois came to love Ottawa
EDITORIAL
G&M Tuesday, June 14, 2005
Why does the most popular leader of the separatist movement turn down the chance to be the flag carrier in its home province? Gilles Duceppe's decision not to run for leader of the Parti Québécois is curious no matter how you look at it. If he had chosen to move from Ottawa to Quebec City, Mr. Duceppe could have waltzed into the job once held by separatist greats René Lévesque and Lucien Bouchard. Within two or three years, he could probably have become premier, too. Jean Charest, the incumbent, is deeply unpopular.
Yesterday Mr. Duceppe said he is staying on as leader of the Bloc Québécois because to leave now would mean putting the movement through two consecutive leadership campaigns, one to replace him and one (in which he would run) to replace Bernard Landry as PQ leader. That is hardly convincing. Mr. Bouchard went from Bloc leader to PQ leader in 1996 without visibly hurting the movement. In fact, leadership campaigns are a great time to drum up support for the cause.
Mr. Duceppe also argued that he had to stay around for the next federal election, expected early next year. That election, he said, is "the next step in the long march for Quebec and for sovereigntists. If I weakened the front in Ottawa, would it serve the sovereigntist movement?"
That justification, too, seems questionable. The Bloc stands to do very well in the coming election, taking quite a few seats from their rivals the Liberals if the anger over the sponsorship scandal holds. But, then, the Bloc is already the dominant federal party in Quebec, holding 54 seats to the Liberals' 21. Would gaining another, say, 10 seats really be such a coup for the Bloc? And how, exactly, would it advance the "long march" that Mr. Duceppe, a former Maoist, speaks of?
The simple matter is that nobody much seems to want to lead the PQ, with its vicious internal politics and its dubious prospects. François Legault, considered a top contender, ruled himself out last week. Others are thinking it over. Anyone who takes the job will have to contend with the fact that, despite a recent surge attributable mainly to sponsorship, the separatist movement does not have the momentum to make another big push for independence, and no one knows whether it ever will. No wonder Mr. Duceppe wants to say in Ottawa.
Still, his attachment to the federal capital seems odd in a man whose life dream is to break Ottawa's hold on Quebec and make Quebeckers "maîtres chez nous." The Bloc finds itself in an anomalous position, arguing that federalism does not work but helping to show, day after day, that it does by dealing with the nation's business in Parliament. In its 15 years in Ottawa, which began with Mr. Duceppe's victory in a 1990 by-election, the Bloc has become institutionalized in a way its firebrand founders could not have imagined. The whole idea of the Bloc was to achieve a great leap forward for the sovereignty movement by sending its shock troops to the heart of the enemy capital.
But, like the invading Manchus in imperial China, they have stayed on to enjoy the comforts of civilization, becoming more and more like the locals the longer they stay. By a supreme irony, the movement that swore that French Canadians would never be welcomed as full partners in confederation have ended up proving Pierre Trudeau's argument that they could thrive on the federal stage, obviating the need to retreat to fortress Quebec. Though the Bloc's basic tune hasn't changed -- a whining lament about how Ottawa ignores and disfavours Quebec interests -- the party finds itself taking part in issues like same-sex marriage or health-care financing that affect the whole country. Prime Minister Paul Martin was archly on point when he expressed the hope that now Mr. Duceppe has chosen Canada, "he will make the same recommendation to other Quebeckers."

Le mythe Duceppe
André Pratte
La Presse mardi 14 juin 2005
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a annoncé hier qu'il ne sera pas candidat à la succession de Bernard Landry. Cette décision est en partie fondée sur l'idée que son départ aurait considérablement affaibli le Bloc. Or, cette thèse, partagée autant par les députés bloquistes que par leurs adversaires libéraux, ne tient pas la route.
La popularité actuelle du Bloc québécois n'est pas attribuable à Gilles Duceppe. La relation va dans l'autre sens: c'est M. Duceppe qui doit sa popularité au Bloc. Le député de Laurier-Sainte-Marie dirige le Bloc depuis huit ans, et son bilan est loin d'être reluisant. En 1997, sa campagne électorale fut rien moins que catastrophique. En 2000, il a su éviter les pelures de bananes; néanmoins, le Bloc a obtenu une part moins importante du vote que les libéraux de Jean Chrétien. À l'automne de 2003, les bloquistes étaient au plus bas dans les sondages et semblaient se diriger vers une cuisante défaite. Or, qui était chef? Gilles Duceppe, dont les observateurs déploraient le peu de charisme.
Puis, il y a eu le rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser sur le scandales de commandites. Furieux, les Québécois avaient besoin d'une soupape pour exprimer leur colère; ce fut, comme en 1993, le Bloc québécois. Le Bloc aurait été dirigé par à peu près n'importe qui, il en aurait été de même. Les électeurs québécois se posent beaucoup moins de questions sur le chef du Bloc que sur celui d'un parti provincial. Rien de plus normal: dans ce dernier cas, ils choisissent un premier ministre, dans le premier, un simple contradicteur.
Rien de cela n'enlève à M. Duceppe les qualités qui sont les siennes. Il est désormais un chef et un parlementaire efficace. Il a su maintenir une discipline exemplaire dans son parti. On vante sa rigueur. Mais il demeure qu'il est surtout fort de la faiblesse de ses adversaires. Cette faiblesse a été mise en évidence encore une fois en fin de semaine, lorsque le ministre Jean Lapierre a qualifié M. Duceppe de "lâche". On sait de qui l'insulte est l'arme.
Il reste qu'à la suite du désistement du chef bloquiste, un doute subsistera dans l'esprit de bien des Québécois: pourquoi donc a-t-il préféré l'opposition perpétuelle à une chance de gouverner le Québec? Gilles Duceppe a expliqué qu'il voulait éviter de plonger le mouvement souverainiste dans la tourmente en forçant la tenue de deux courses à la direction simultanées. L'argument se tient. Mais confronté à un dilemme similaire, Lucien Bouchard a choisi de venir à Québec, même si son départ constituait évidemment une perte immense pour le Bloc. De même, Jean Charest, alors chef du Parti conservateur, a fini par abandonner la scène fédérale qu'il chérissait, sachant que c'est à Québec que se déciderait l'avenir du Québec.
Il faut dire que dans les cas de MM. Bouchard et Charest, le parti provincial les suppliait littéralement de quitter Ottawa. On n'a pas vu de tel mouvement pro-Duceppe au Parti québécois au cours des derniers jours. Comme si les députés péquistes savaient, dans leur for intérieur, que la grande popularité de Gilles Duceppe tient en partie du mythe.
apratte@lapresse.ca
