La tentation totalitariste

Pierre MacDuff, Directeur général de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes
Le Devoir lundi 4 juillet 2005

Libre opinion: La censure exercée par l'administration de l'arrondissement Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest à l'endroit d'une exposition de photos de la photojournaliste Zahra Kazemi à la suite de plaintes de quelques citoyens est un acte grave.

Cette censure, dont je pensais Montréal dorénavant exempte depuis le démantèlement nocturne, en 1976, de l'exposition Corridart par les services municipaux du maire Drapeau avec l'aval de ce dernier qui considérait que cela n'était pas de l'art, me stupéfie tout autant que le silence des artistes, des organismes culturels et des intellectuels.

Tout aussi graves sont les propos du maire de l'arrondissement, M. Robert Libman, tenus dans ces pages sous forme de lettre ouverte parue le 18 juin dernier lorsque, pour expliquer les véritables intentions qui ont prévalu dans cette affaire (ces mots sont de lui) et évoquant les conflits au Moyen-Orient, il écrit qu'«au lendemain des assassinats suicide, c'est la photo de l'assassin dans ses plus beaux atours qu'on publie dans tous les médias et de façon quasi systématique, les victimes civiles décédées ou mutilées étant ignorées à un point tel qu'elles finissent par devenir des entités abstraites» !

Pour Robert Libman, «la bibliothèque et la mairie de Côte-Saint-Luc se sont préoccupées [dans les circonstances] de faire correctement la part des choses entre l'art et la politique», car, toujours selon lui, «il va de soi que la création artistique doit rester libre et être tenue à l'abri de l'ingérence. Mais il est clair que si le message artistique se fait militant, il devient dénaturé et ne relève plus d'une exposition d'art» !

Ce discours lénifiant et, au demeurant, caractéristique des régimes totalitaires, ne saurait masquer la réalité brute du geste de censure exercé à l'endroit de cette exposition et pose une question, simple mais fondamentale : l'arrondissement Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest partage-t-il les valeurs démocratiques des Montréalais et du Québec ?

Étape suivante

M. Libman ne le sait peut-être pas, mais la bibliothèque de son arrondissement recèle vraisemblablement des ouvrages qui, pour des raisons politiques, esthétiques ou morales, risquent de déplaire à un citoyen ou l'autre de son arrondissement. L'étape suivante sera-t-elle pour lui d'expurger tous les titres susceptibles de déranger ?

À ce rythme, la bibliothèque de son arrondissement risque de n'être bientôt plus dépositaire que des collections du Reader's Digest... Au fait, qui a le pouvoir de décider de ce qui doit être offert ou non aux citoyens de Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest : les conseillers municipaux, le maire de l'arrondissement, un comité de citoyens un sous-comité de citoyens offensés ou susceptibles de l'être, un groupe de pression, les journaux locaux ?

À quoi servent les beaux discours des élus sur l'importance de l'art et la liberté d'expression dont ceux de M. Libman si, sur le terrain du réel, une manifestation artistique ne peut qu'être subordonnée aux diktats de la magistrature et se voir interdite par les édiles municipaux sous prétexte que des citoyens la trouvent dérangeante ? Et les citoyens de Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest qui ne trouvaient pas dérangeante l'exposition des photos de Zahra Kazemi ? Et ceux pour qui la fonction de l'art est précisément de remettre en question, d'interroger, d'être dérangeant ?

Seule une politique culturelle comme celle en voie d'adoption à Montréal peut être garante (et encore !) du respect de certains principes fondamentaux. Il faut toutefois rappeler ici que Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest est une municipalité qui a opté pour la défusion et qui ne sera justement pas concernée par la politique culturelle de Montréal. Quelle sera sa politique culturelle ? Celle du bon vouloir de Robert Libman en matière de culture ? C'est prometteur !

À quoi s'attendait donc l'administration de l'arrondissement en demandant une exposition des photos de Zahra Kazemi : à des paysages ?

À moins qu'elle n'ait inconsciemment souhaité rassurer les citoyens de Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest en leur montrant l'oppression qui sévit ailleurs, dans de vagues contrées à l'autre bout du monde et qui n'ont pour eux de réalité que télévisuelle ?

Par son implication citoyenne et par la conscience politique que traduisait son travail de photojournaliste qu'elle a souhaité exercer dans son pays d'origine, Mme Zahra Kazemi s'est posée avec courage comme un témoin critique des forces qui traversent le monde d'aujourd'hui. Le prix qu'elle en a payé dépasse notre entendement de ce coin de la planète bercé par le confort et commande le respect le plus total. Écrire, comme M. Robert Libman le fait, que «les photos de Mme Kazemi façonnent l'espace et le temps et se passent de tout habillage politique» est une insulte et à la mémoire de Mme Kazemi et à l'intelligence de ses contemporains.

Insulte aux citoyens

La décision de l'administration de M. Robert Libman constitue aussi une insulte aux citoyens de son arrondissement. Ceux-ci devraient exiger de voir dans leur bibliothèque l'exposition en cause ou exiger la démission d'un maire qui n'a pas su être garant du principe fondamental de liberté d'expression. Si des citoyens de son arrondissement sont mécontents, ils ont le droit de le manifester, ils peuvent organiser un débat, voire même tenir une exposition ou une autre manifestation artistique traduisant un point de vue contraire. C'est cela la vie dans une société démocratique. Et c'est aussi le rôle de l'art que d'interroger le monde tel qu'il est.

Pour ma part, je fonde le souhait que les autorités montréalaises se sentiront l'obligation de présenter cette exposition dans le réseau des maisons de la culture, en n'oubliant pas de faire mention de la censure dont elle a fait l'objet et qui est dorénavant partie intégrante de son histoire.

À son insu, l'administration de Côte-Saint-Luc-Hampstead-Montréal-Ouest nous aura permis de constater la fragilité de nos acquis en matière de démocratie et de liberté d'expression, et de voir que les tentations totalitaristes n'ont pas cours que dans des contrées lointaines.




L'alibi du doyen

Yves Laberge, Professeur en éducation retraité, UQAM
Le Devoir lundi 4 juillet 2005

Lettres: Dans un texte intitulé «Le crime parfait», le professeur Normand Baillargeon dénonçait l'erreur boréale de la forêt éducative actuelle et les scientologues de l'éducation qui en sont les bûcherons. Dans sa réponse, le doyen Marc Turgeon qui, de son propre aveu, s'est senti visé par les propos de son «cher collègue», se contente de tirer sur le messager en recourant au mépris, à la condescendance et au ridicule. Confronté au crime parfait que déplore le professeur Baillargeon, le doyen, coiffé de son titre ronflant de président de l'Association des doyens, doyennes et autres éminences, tente de noyer le poisson par une tentative de meurtre.

Par ailleurs, il écrit : «Au fil de mes années universitaires, malgré la lente décomposition de mon esprit consécutive à mon association aux sciences de l'éducation, j'ai conservé un certain nombre de repères sur lesquels je m'appuie du mieux que je peux dans les jugements que je porte.» Il est donc compréhensible que son esprit décomposé ne puisse alors que se référer aux généralités mal digérées de son cours philo 101 pour tenter de remplir la vacuité de son discours.

Ne pas être capable d'être présent intellectuellement dans un débat universitaire et social aussi crucial que l'éducation est un alibi qui ne tient pas la route surtout lorsqu'on est doyen d'une faculté des sciences de l'éducation. Qui plus est, contre-attaquer ad hominem plutôt que de soutenir ce débat, c'est ajouter au crime parfait un irrespect total du discours universitaire et prouver par le fait même que le crime intellectuel dont il est ici question est plus que parfait.




Pourquoi un cours de culture religieuse?

Daniel Baril, Président, Mouvement laïque québécois
Le Devoir mardi 5 juillet 2005

Libre opinion: C'est maintenant officiel: le gouvernement du Québec abandonnera en 2008 le recours aux clauses dérogatoires des chartes canadienne et québécoise qui protègent les privilèges discriminatoires liés à l'enseignement religieux à l'école.

Mieux vaut tard que jamais, pourrait-on dire, et pour les défenseurs des droits et libertés, il s'agit là d'un pas important qui mettra fin à une situation qui n'aurait jamais dû exister. Mais cela ne signifie pas que nous en aurons pour autant terminé avec la religion à l'école. Le communiqué du ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier clame explicitement «qu'il ne s'agit pas de sortir la religion des écoles».

Le projet ministériel prévoit en effet le remplacement du cours d'enseignement religieux confessionnel par un cours d'éthique et de culture religieuse. Ce cours serait offert à tous les élèves, et ce, apparemment, de la première année du primaire jusqu'à la dernière du secondaire. Selon le document du ministre, le volet éthique vise à favoriser le vivre-ensemble et la cohésion sociale, alors que le volet culture religieuse vise manifestement à assurer la continuité avec la tradition de l'enseignement religieux à l'école. On y lit en effet que le cours veut «contribuer à l'appropriation de la culture québécoise façonnée notamment par les traditions catholiques et protestantes».

Mais pourquoi mettre ces deux dimensions dans le même programme ? Parce qu'il est «pédagogiquement souhaitable de faciliter la compréhension du monde par l'élève en n'érigeant pas de cloisons entre des univers qui, bien que spécifiques, peuvent être complémentaires», estiment les concepteurs du projet. Autrement dit, conserver aux religions la mainmise sur la formation morale, l'éthique et l'éducation civique. Amalgamer éthique et culture religieuse dans un même cours aura inévitablement pour effet d'amener l'école à traiter des questions morales sous l'éclairage religieux. On mélange les objectifs de socialisation et de respect des différences avec les objectifs de cheminement spirituel et de quête de sens qui eux ne devraient pas relever de l'école.

Il importe d'éviter le relativisme culturel qui place sur un même pied les diverses options dans le domaine des valeurs sociales, ce qu'un environnement pédagogique axé sur les cultures religieuses ne pourra pas éviter. Si l'élève devrait pouvoir librement exprimer ses convictions religieuses lorsque des questions morales et éthiques sont abordées, il ne revient pas à l'école de situer la réflexion dans cet axe par la présentation des us et coutumes que chaque religion considère comme étant de vérité divine. Les questions éthiques à l'école doivent être examinées à la lumière des considérations sociales et des valeurs fondamentales communes qui sont à la base de la démocratie et qui sont incarnées dans la notion de droits fondamentaux sous-tendant les chartes.

Le ministre Fournier a donc retenu l'orientation proposée par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) en février dernier, proposition que le CSE avait lui-même puisée dans l'avis du Comité sur les affaires religieuses (CAR). Le CSE écrivait en effet qu'il privilégiait le concept d'«éducation à la religion» proposé par le CAR et dont le but est de contribuer «à la formation de la personne et à l'éducation à la citoyenneté». Ça ne peut pas être plus clair : on confie aux religions le soin de former le citoyen.

Même en abordant la question religieuse du strict point de vue culturel comme semble l'indiquer le document du ministre, on ne voit pas en quoi la «culture religieuse» pourra servir le vivre-ensemble. Le document indique que le programme devra partir des réalités concrètes vécues par le jeune pour lui faire découvrir les diverses réponses apportées par les religions et les courants séculiers. Lorsqu'un enfant du primaire sera confronté, par exemple, au décès d'un proche, l'enseignante devra-t-elle lui parler du ciel et de l'enfer des chrétiens, de la réincarnation des bouddhistes, des clones extraterrestres de Raël et des perspectives matérialistes des humanistes ?

Une idée reçue

L'idée voulant que l'information sur la religion de l'autre favorise un mieux vivre-ensemble est une idée reçue. La plupart des juifs et des musulmans connaissent fort bien les fondements de la religion de l'autre, et cela n'empêche pas les violences entre ces communautés. Informer les élèves sur les prétendues origines coraniques du hidjab ne rendra pas ce vêtement plus conforme à nos valeurs. Connaître l'histoire guerrière des sikhs ne rendra pas le port du kirpan plus acceptable dans les écoles. Aligner l'ensemble des mythologies de l'humanité ne contribuera pas à former l'esprit critique au sujet des sectes.

L'idée de contrer l'ignorance religieuse par un cours de culture religieuse vient de ceux qui s'offusquent du fait que les jeunes ne savent pas ce qu'est censée être la Sainte Trinité ou confondent Moïse avec Saint-Joseph. Si toute ignorance est à combattre, il est difficile d'admettre que la non-connaissance de ces mythes pose un problème social si épineux que l'école doive recourir à un cours de culture religieuse pendant toute la durée du primaire et du secondaire. Pour certains théologiens confessionnalistes, il en irait même de la sauvegarde du patrimoine national. Rien de moins ! Pour le CAR, le manque de culture religieuse des élèves en formation morale conduit au déficit démocratique ! À entendre ces arguments, la religion serait le seul véritable véhicule de la culture et de l'identité collective.

L'idée du cours de culture religieuse est en fait d'améliorer l'enseignement religieux. En ce sens, un tel cours s'inscrit davantage en continuité avec le contexte confessionnel qu'en rupture. Ce cours ne répond pas à la question «comment l'école peut-elle contribuer à l'éducation à la citoyenneté», mais plutôt à la question «comment une école laïque peut-elle parler de religion».

Quoi qu'il en soit; il est difficile d'imaginer comment un tel cours pourrait se donner au primaire et au premier cycle du secondaire. On ne fait pas de la sociologie de la religion avec des enfants et un cours qui transformerait l'école en Wal-Mart de la religion ne respecterait pas les stades du développement cognitif de l'enfant : entre six et neuf ans, l'enfant considère que toutes les affirmations d'adultes sont véridiques et se valent. Le même argument vaut contre l'endoctrinement dans une religion dès les premiers âges de la vie. Si par ailleurs on veut atténuer la crise existentielle de l'adolescent et nourrir sa quête de sens, un cours de philosophie ferait mieux l'affaire.

Même offert en secondaire 4 ou 5, le cours de culture religieuse risquera d'ouvrir une boîte de Pandore. Les représentants des diverses religions voudront avoir le contrôle de la partie qui les concerne et il deviendra impossible d'établir une délimitation entre religions et sectes. Lors de sa conférence de presse, le ministre Fournier a affirmé que les groupes «qui se disent prétendument religieux» ne font pas partie de ce qu'il entend par religion, mais nous lui soumettons qu'au Canada et au Québec la scientologie et le mouvement raélien, entre autres, sont reconnus comme des religions. Il est même à prévoir que certains groupes religieux voudront être exemptés de l'enseignement portant sur d'autres religions que la leur.

Dans le contexte social actuel, le rôle primordial de l'école est de former la pensée critique devant les fondamentalismes qui surgissent de toute part et qui, pour l'un, veut instaurer la charia et, pour l'autre, enseigner le créationnisme. L'école ne peut demeurer complaisante devant ces forces qui menacent nos valeurs démocratiques et les acquis scientifiques et encore moins leur servir de courroie de transmission. En cas de contradiction entre valeurs civiques communes et valeurs religieuses, l'école doit afficher clairement son choix en faveur des premières. Ces valeurs sont celles issues de l'humanisme du siècle des Lumières et non du christianisme comme beaucoup aiment le croire.





Éthique religieuse

Le MLQ a mal lu la position du CSE

Jean-Pierre Proulx, Président du Conseil supérieur de l'éducation
Le Devoir jeudi 14 juillet 2005

Dans un texte publié lundi dans ces pages, Daniel Baril, président du Mouvement laïque québécois, conteste l'orientation annoncée du futur programme d'éthique et de culture religieuse au motif précisément qu'il met ensemble ces deux dimensions: «Amalgamer éthique et culture religieuse dans un même cours, écrit-il, aura inévitablement pour effet d'amener l'école à traiter des questions morales sous l'éclairage religieux.»

M. Baril écrit plus loin : «Le ministre Fournier a donc retenu l'orientation proposée par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) en février dernier, proposition que le CSE avait lui-même puisée dans l'avis du Comité sur les affaires religieuses (CAR). Le CSE écrivait en effet qu'il privilégiait le concept d'"éducation à la religion" proposé par le CAR et dont le but est de contribuer "à la formation de la personne et à l'éducation à la citoyenneté". Ça ne peut pas être plus clair : on confie aux religions le soin de former le citoyen.»

Soit dit avec respect, M. Baril a mal lu l'avis. Le Conseil a d'abord pris position sur la pertinence d'un «enseignement non confessionnel de la religion» sachant qu'il existait deux courants à cet égard, l'un prônant un «enseignement culturel» de la religion, l'autre, une «éducation à la religion», voie préconisée par le Comité sur les affaires religieuses du MEQ. À ce sujet, le Conseil écrivait :

«La présente intervention du Conseil ne vise aucunement à trancher les débats en cours sur les orientations les meilleures au regard d'un programme d'enseignement non confessionnel de la religion. Pour l'heure, il prend tout simplement acte de la position que le Comité sur les affaires religieuses a prise à cet égard [...]. Le Conseil aura ultérieurement à se prononcer sur d'éventuelles orientations à cet égard dans le cadre des avis sur le régime pédagogique qu'il doit, en vertu de la loi, transmettre au ministre de l'Éducation.

«Le présent avis se situe donc en amont des questions précises sur la nature des programmes et constitue une contribution à la réflexion sur les principes et les enjeux plus généraux touchant les programmes d'enseignement de la religion.»

S'agissant par ailleurs de la place de l'éthique dans le programme scolaire, le Conseil a rappelé qu'il s'était fait l'ardent promoteur d'une solide formation en éthique à l'école. En 1990, il a en effet consacré son rapport annuel à montrer que «développer une compétence éthique pour aujourd'hui [constitue] une tâche éducative essentielle».

Dans les établissements, rappelait-il en février dernier, «le développement de cette compétence doit certes passer par les programmes de formation mais aussi par une pédagogie ajustée à cette exigence, de même que par les activités parascolaires, la culture institutionnelle et le projet d'établissement lui-même. Le débat sur les clauses dérogatoires oriente les projecteurs sur l'enseignement de la religion, mais cela ne doit pas, le Conseil insiste, faire oublier cette dimension essentielle de la mission de l'école qu'est le développement des compétences en éthique des jeunes».

En conclusion de son avis de février dernier, le Conseil recommandait au ministre d'adopter un programme d'enseignement non confessionnel de la religion (sur les orientations duquel, je le rappelle, il ne s'est pas prononcé) et «de développer dans ce nouveau programme une dimension éthique forte pour l'ensemble des élèves». Mais il suffit de relire l'ensemble de l'avis et les réflexions que le Conseil y fait sur la formation éthique pour constater que celui-ci n'a jamais eu la volonté, cachée ou non, de «confier aux religions le soin de former le citoyen» à l'école.

Cela étant, il convient aussi de reconnaître la contribution passée et actuelle des diverses traditions religieuses à la conscience éthique des hommes et des sociétés, même les plus séculières. Au surplus, la culture comprend une dimension éthique car, comme le dit opportunément Le Petit Robert, elle est faite de «l'ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement».




Au Québec, la sélection des immigrés fait l'objet d'un consensus politique

Montréal : de notre envoyée spéciale Marie-Christine Tabet
Le Figaro lundi, 11 juillet 2005

Jeune, diplômé, en bonne santé : tel est le profil idéal du migrant selon les normes québécoises

«Fait-il vraiment très froid en hiver ?», s'enquiert dans un anglais parfait Tatiana Guttirez auprès de la fonctionnaire chargée de faciliter son installation à Montréal . Débarquée depuis trois semaines, la jeune femme s'étonne de la clémence estivale. En prenant son avion, cette Colombienne de 30 ans s'était préparée à un climat plus rigoureux.

«Cela viendra toujours assez tôt», plaisante son interlocutrice. L'entretien dure 45 minutes, pendant lesquelles son hôte lui présente la géographie de la ville, le sens de numérotation des rues, les grandes artères, les principales administrations, le plan du métro. Elle prodigue aussi des conseils sur le choix de l'opérateur téléphonique ou de la compagnie d'assurance et ponctue l'entretien d'un «c'est ce que font majoritairement les gens ici».

Tatiana va devoir prendre des cours de français. Le gouvernement lui versera une allocation pendant toute la durée de sa formation. Elle a droit à trois sessions de onze semaines, à raison de 30 heures par semaine.

Ensuite, elle devra trouver du travail. La fonctionnaire la rassure : l'aide sociale lui permettra de faire la jointure... Les services de l'immigration ont fixé à Tatiana ce rendez-vous de «premier accueil» à l'aéroport, lors de sa descente d'avion.

La jeune femme, ingénieur diplômé de l'une des meilleures écoles de son pays, fait partie des quelque 30 000 immigrants que le Québec a sélectionnés à travers le monde pour 2005. Fille unique, elle avait un bon job à Bogota, chez Mitsubishi electronics. Mais elle a préféré quitter la Colombie, qu'elle juge trop instable.

Jeune, en bonne santé, diplômée et avec une solide expérience professionnelle, Tatiana est une candidate idéale pour le Québec . Sans aucun complexe, la Belle Province se donne les moyens de recruter les «meilleurs» partout dans le monde. Le service de l'immigration dispose de neuf bureaux répartis sur les cinq continents, de Buenos Aires à Hongkong en passant par Mexico, New York, Paris, Bruxelles, Vienne et Damas.

Ces offices ont la responsabilité de la sélection sur l'ensemble de leur zone géographique. Ils reçoivent les candidats qui ont été présélectionnés sur Internet. Le tri est très sélectif : sur les quelque 340 000 prises de contact en 2004, moins de 10% ont obtenu le certificat de résident permanent.

Ce sésame leur donne tous les droits dont jouissent les citoyens canadiens, à l'exception du droit de vote. Mais trois ans après leur arrivée, ils peuvent obtenir la nationalité canadienne. Des missions se déplacent pour auditionner les candidats dans les pays trop éloignés des représentations permanentes.

«Nous attendons d'avoir suffisamment de requérants pour mettre en place ce type d'opération», raconte Monique Proulx, directrice générale de l'immigration familiale, sociale et humanitaire. Dans ce cas, les postulants peuvent attendre plus de deux ans pour être convoqués. D'autres auront un rendez-vous au bout de quelques semaines seulement.

Cet entretien a pour objectif de vérifier les informations fournies par l'étranger et de vérifier son niveau de français. Depuis 1991, le Québec a obtenu du gouvernement fédéral de pouvoir choisir son immigration. Les règles du jeu sont fixées dans un accord bilatéral.

L'Etat canadien accorde les visas et contrôle la demande d'asile. Le Québec choisit ses candidats et planifie les entrées. Pour le Québec , cette maîtrise des flux répond à deux objectifs : la protection de la langue française - 50% des immigrés doivent parler la langue de Molière et les autres sont vivement incités à l'apprendre - et, surtout, le peuplement.

Avec un taux de fécondité inférieur à 1,2 enfant par femme, le renouvellement des générations n'est plus assuré. Les immigrés représentent d'ailleurs 63% de la croissance de la population active. Le nombre d'immigrés autorisés à venir s'installer au Québec est fixé tous les trois ans.

Le ministre de l'Immigration présente son projet au Parlement. Tous les acteurs de la société civile (chefs d'entreprise, associations, organisations politiques, collectivités locales) remettent des mémoires pour tenter de faire entendre leurs intérêts. Un récent sondage montre que le sujet fait l'objet d'un véritable consensus national : 77% des citoyens considèrent que la politique d'immigration active est bonne.

Ils n'étaient que 61% à partager cette opinion en 1994. En bout de course, le plan triennal est établi en Conseil des ministres. Les différentes administrations font valoir leurs besoins et leurs possibilités.

«L'économie pourrait absorber plusieurs milliers de personnes supplémentaires, remarque Lise Thériaut, ministre de l'Immigration, mais nous traversons une grave crise du logement. Nous avons volontairement ralenti les arrivées.» Le programme d'immigration comprend trois grandes catégories d'étrangers : les immigrés économiques, sélectionnés en fonction de leur CV et de leur âge, les candidats au regroupement familial et les réfugiés. En 2004, les immigrants économiques, sélectionnés sur leur potentiel professionnel, représentaient 55% de l'ensemble des nouveaux venus contre moins de 30% en 1996.

Le regroupement familial a été cantonné autour de 20%, tout comme le niveau des titres délivrés aux réfugiés. Pour freiner le développement du regroupement familial, le Québec dispose de différents leviers. Depuis 2002, les bénéficiaires de l'aide sociale doivent trouver un emploi avant de pouvoir faire venir leurs enfants.

Pour demander le rattachement des parents, il faut avoir les moyens financiers de subvenir à leurs besoins pendant dix ans. «Nous fonctionnons sur un système d'objectifs à atteindre et non de quotas, explique la ministre de l'Immigration, chaque personne qui remplit les critères a le droit de rentrer, mais si le nombre d'entrées prévues est atteint, elle devra patienter dans son pays d'origine.» Le modèle de l'immigration canadien, avec des candidats triés sur le volet, n'évite pas les pièges de l'intégration. Le niveau de chômage des immigrés atteint 12%, soit 4 points de plus que celui de l'ensemble de la population.

Pis, chez les «minorités visibles», notamment chez les Noirs, il peut atteindre 20%.




La tiédeur de Québec par rapport aux immigrants

Pierre Boucher
Le Soleil lundi 11 juillet 2005

À quelques occasions au cours de l'été, l'ancien président de la Commission de la capitale nationale, Pierre Boucher, propose une réflexion sur des enjeux régionaux et interpelle les candidats à la mairie de Québec. Aujourd'hui, il s'intéresse à l'immigration.

Se pourrait-il que les citoyens de Québec soient xénophobes ? Il s'en trouve pour le penser. La majorité n'apprécie guère un tel opprobre. Drapée d'orgueil, elle se croit et se voit ouverte à ceux qui viennent d'ailleurs, perméable aux cultures étrangères, tolérante devant les us et coutumes qui risquent pourtant d'entamer l'homogénéité blanche, francophone et judéo-chrétienne.

De leur côté, les nouveaux arrivants portent sur nous un regard plus critique. Nombreux sont-ils à sentir, dans la communauté de Québec, sinon le rejet et le mépris, quelque chose comme une réserve, un quant-à-soi, une froideur même à leur égard.

En mesurant le piètre bilan migratoire de Québec, on serait tenté de donner raison aux seconds. En effet, la deuxième plus grande agglomération du Québec et de surcroît la capitale ne parvient pas à attirer plus de 3 % à 5 % des immigrants qui s'installent au Québec chaque année. Si on connaît les raisons qui incitent les nouveaux venus à s'agglutiner autour des poches d'immigration montréalaises, on connaît mal celles qui freinent le choix de Québec. Souffrirait-elle, hors ses murs, d'une réputation de milieu xénophobe ? La réussite de Québec n'étant guère plus reluisante quant à son pouvoir de rétention des immigrants (cinq ans après leur arrivée, près de 40 % des nouveaux venus sont repartis), la thèse de la xénophobie s'accrédite.

Un mot trop fort

Le mot "xénophobe" est trop fort car synonyme d'hostile aux étrangers ou à ce qui est étranger. Xénophobe, la population de Québec serait antipathique, inamicale, malveillante ou même haineuse par rapport à ceux qui ont choisi de vivre ici. Ouf ! Si le qualificatif est impropre, cherchons à comprendre ce qui donne à penser que la xénophobie, tare ignoble, rôde dans les parages.

Au cours de son histoire, la ville de Québec a su accueillir : la révolution tranquille des décennies 60 et 70 l'a enrichie de nombreux diplômés, séduits par des perspectives d'emploi fabuleuses dans l'administration publique ; les jeunes viennent des régions excentrées étudier dans ses collèges et son université ; aujourd'hui, plus que jamais, les retraités s'y installent, en quête d'un milieu urbain agréable et sécuritaire, où les plaisirs culturels assortissent des services de santé rassurants et des centres de consommation attrayants.

Résultat de ce flux migratoire : Québec est restée, à l'intérieur de ses fortifications sociologiques et culturelles, homogène, une, sans fissures. Le "village" s'est agrandi, mais il n'a pas changé : ses citoyens sont blancs et catholiques (ou identifiés comme tels), de culture française. Ils vivent en français et proviennent de la même souche mère. Certes, les gens d'ici sont perméables aux influences étrangères, particulièrement celles qui viennent des "States", mais, à leurs yeux, ces influences ont la vertu d'entraîner dans leur cour une sorte de bonheur ajouté et elles ne menacent pas, en apparence, l'intégrité monolithique du "village".

Comme si l'art culinaire (sic) américain, la mode vestimentaire, le cinéma, la musique, la télévision, l'information et les chaînes commerciales américaines n'étaient pas assez envahissantes et sournoises pour ébranler les fondements de notre identité collective. En revanche, le boubou africain, le foulard iranien, le sari indien, ou encore l'accent sud-américain, la religion musulmane et la synagogue constitueraient une menace, à telle enseigne qu'on les tolérera pourvu qu'ils ne troublent pas la tranquille cohésion d'une majorité tricotée serré.

Les couleurs de Québec

De quelles couleurs le Québec de l'avenir doit-il s'iriser ? De celles de Montréal dont les citoyens ont fait du caractère multiethnique de leur ville une marque de commerce et une source de fierté ? De celles de "Québec en province" où l'immigration, lente et retenue, est soumise au filtre serré de l'intégration aux valeurs communes ?

Et si la réponse se situait à mi-chemin entre les unes et les autres, au point d'équilibre entre le généreux partage de notre qualité de vie en commun et l'inaliénable désir de conserver l'âme qu'une histoire de quatre cents ans nous a léguée en héritage !

Les candidats à la mairie de Québec ont-ils un plan de match pour convertir la tiédeur affichée de leurs commettants à l'égard de l'immigration et des communautés culturelles en une chaleureuse invitation au maillage des joies de vie en commun ?





Pierre boucher et les immigrants:

La seule attraction, c'est le travail

Graciela Miguens. L'auteure possède une école de langues. Elle habite Québec.
Le Soleil lundi 18 juillet 2005

(À Pierre Boucher, LE SOLEIL, 11 juillet 2005)

J'aimerais répondre à votre théorie selon laquelle la xénophobie est la cause de la non-rétention des immigrants à Québec. Je ne suis pas du tout d'accord avec vous. En qualité d'immigrante qui demeure et travaille dans la capitale nationale depuis 1991, je sais de quoi je parle. La principale raison pour laquelle les nouveaux arrivants s'éparpillent dans toutes les provinces est très simple : le manque de travail ici même.

Pourquoi ? Parce que notre belle ville est une ville stagnante, condamnée à rester un pas en arrière de n'importe quelle autre ville, même d'un village (des usines, des casinos, des entreprises, des stades, il y en a partout, mais jamais à Québec). Parce que nos autorités ne veulent pas le progrès, parce qu'au lieu de laisser s'épanouir d'autres secteurs, (à part le tourisme ou la fonction publique), ils préfèrent que nous restions sous l'impression que nous sommes une société paroissiale, fermée et, finalement, si ça vous fait plaisir, xénophobe. Or, tout cela est loin d'être la réalité.

D'ailleurs, j'aimerais vous faire remarquer ceci : depuis 1991, combien de premiers ministres ont vécu à Québec ? La réponse : un seul. Et il s'agit de Jacques Parizeau !

Tant que la ville de Québec ne pourra offrir des opportunités d'emploi aux immigrants, ces derniers partiront. Vous pensez que Toronto est une ville plus accueillante que Québec ? Avez-vous la moindre idée de la façon dont les choses se passent là-bas, avec les immigrants pour l'apprentissage de la langue et l'intégration? Ce sont des mots qui n'existent pas en Ontario ! La seule attraction, c'est le travail. Quarante pour cent des immigrants qui nous quittent auront un emploi en Ontario uniquement parce qu'ils parlent français (il y aura toujours un service à la clientèle pour les engager).

Selon moi, je crois que vous avez perdu une opportunité de faire bouger la capitale nationale. Si vous souhaitez vraiment garder les immigrants ici, vous devez parler afin de favoriser l'emploi.

Le jour où la ville de Québec fera des activités internationales, sportives et culturelles, des événements comme la Formule 1, qu'elle possédera un casino avec toutes les retombées économiques que cela implique, qu'elle aura des entreprises et des usines en plus grand nombre, ce jour-là sera celui où nous cesserons de dire que "tout se passe à Montréal".

Ce jour-là, les immigrants seront avec nous pour de bon et non seulement de passage.




Québec est fauché

André Pratte
La Presse dimanche 10 juillet 2005

Éditorial - C'est devenu une tradition: ayant créé un programme social " le plus généreux en Amérique du Nord ", le gouvernement du Québec réalise que celui-ci coûtera beaucoup plus cher que prévu. Le conseil des ministres voudrait faire payer la facture par les bénéficiaires, mais ceux-ci se rebiffent: que Québec paye!

Il en fut ainsi pour les garderies et l'assurance-médicaments; voilà que le gouvernement est à court de 300 millions pour son nouveau régime d'assurance parentale. Lorsque l'idée a été lancée par Pauline Marois en 1997, on parlait d'un programme de 450 millions, essentiellement financé par le rapatriement d'une partie de cotisations payées par les Québécois au programme fédéral d'assurance-emploi. Après moult péripéties, Québec et Ottawa se sont finalement entendus cette année. Mais le coût du programme est passé à plus d'un milliard!

Le gouvernement du Québec récupérera 750 millions de cotisations à l'assurance-emploi. Il manque donc 300 millions. Québec veut que cette somme soit payée par les employeurs et employés, au moyen de cotisations plus élevées. Patrons et syndicats estiment que le gouvernement devrait payer une partie de la somme, autour de 100 millions. Le représentant de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante vient de démissionner du Conseil de gestion de l'assurance parentale pour protester contre l'" inflexibilité du gouvernement ".

Les syndicats et le Parti québécois soutiennent que le gouvernement doit payer " sa part " des coûts du régime puisqu'il s'agit d'un programme social et non, comme le dit le gouvernement, d'un programme d'assurance. Le patronat adopte une autre approche, mais qui revient au même. Il estime que le nouveau régime permettra au gouvernement d'économiser des millions parce qu'il n'aura plus à débourser autant pour le programme complémentaire de congés parentaux qu'il offre à ses employés. Les gens d'affaires soulignent aussi que les femmes représentent une plus forte proportion de la main-d'oeuvre du secteur public que du privé; par conséquent, le gouvernement devrait payer des cotisations plus élevées.

Cette logique patronale, selon laquelle l'État devrait payer davantage parce qu'il représente un " risque " plus grand pour le régime d'assurance, ne tient que sur papier. Ajuster les cotisations aux programmes d'assurance sociale en fonction du " risque " générerait des effets pervers. Dans le cas de l'assurance parentale en particulier, cela pourrait inciter les employeurs à embaucher moins de femmes.

De toute façon, patrons et syndicats agissent ici comme si le gouvernement du Québec avait des centaines de millions à sa disposition. Or, combien de fois faudra-t-il le répéter: Québec est fauché! On sait ce qui arriverait si le gouvernement acceptait de dépanner le régime d'assurance parentale: dès que les coûts augmenteraient, on demanderait à l'État de casquer à nouveau.

Entreprises et travailleurs peuvent fort bien assumer les 300 millions de plus que coûtera le programme d'assurance parentale. Une entreprise employant 10 personnes à 40 000 $ par an devra payer 480 $ de plus par an qu'en vertu de l'assurance-emploi; l'employé gagnant 40 000 $ par an devra payer 34 $ de plus par année. Il n'y a pas de quoi claquer la porte.

Néanmoins, si les Québécois trouvent ces augmentations de primes trop onéreuses, il existe une autre solution. Une solution qu'évidemment, modèle québécois oblige, personne n'a envisagée: rendre le programme un peu moins généreux, de sorte que son coût corresponde à notre capacité de payer.





Choc 2013 - LE GRAND DÉFI DÉMOGRAPHIQUE

Le ministre Claude Béchard vous répond

Claude Béchard
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 12, 1 août 2005

Comme l'ensemble du Québec, les régions font face au vieillissement de la population, résultat de la dénatalité et de la croissance de l'espérance de vie. Certaines d'entre elles sont confrontées au phénomène du dépeuplement. Pour atténuer ce phénomène et, à terme, le renverser, nous devons miser sur des actions qui créeront le meilleur environnement possible pour les familles et pour le développement économique de nos régions.

Créer de la richesse dans chacune des régions

Pour notre gouvernement, la meilleure façon d'inverser les tendances actuelles et de bâtir l'avenir est de créer de la richesse dans chacune de nos régions. Cet avenir passe par une diversification des activités et une transformation plus complète des ressources, comme le souligne à juste titre Mme Sandy Lachapelle, de Ville-Marie.

Au cours de la dernière session, plusieurs initiatives d'importance destinées à soutenir la création de richesse par les régions ont été amorcées. Par exemple, dans le dernier budget, notre gouvernement a ajouté 78 millions de dollars aux 200 millions déjà engagés dans les fonds d'intervention économique régionaux (FIER). Les FIER mettent à la disposition des entrepreneurs locaux un financement dont ils ont besoin pour lancer leurs projets. Ces fonds sont gérés localement ou régionalement. Six FIER ont déjà été créés dans autant de régions et plusieurs autres seront annoncés d'ici peu.

Dans le secteur de la forêt, notre gouvernement consacrera 205 millions de dollars en trois ans pour protéger et assurer la pérennité de la ressource et, en particulier, favoriser le développement de la deuxième et de la troisième transformation du bois. La nouvelle politique touristique et l'adoption du projet de loi sur les appellations réservées fourniront aux régions de nouveaux outils de développement.

Des mesures fiscales favorables peuvent donner le coup de pouce supplémentaire qui incitera davantage de jeunes à faire leur vie en région. C'est le sens du crédit d'impôt remboursable pour les nouveaux diplômés allant travailler en région, mis en place par notre gouvernement dans le budget de l'année dernière. Cette mesure fiscale ne va peut-être pas aussi loin que ce que suggère M. Rosaire Cloutier, de Val-d'Or. Elle a cependant l'avantage d'être ciblée vers les jeunes diplômés, que le gouvernement veut inciter à rester ou à s'installer en région. Selon les dernières données du ministère du Revenu, près de 2 000 nouveaux diplômés s'en sont déjà prévalus.

Déposer une politique de développement économique pour le Québec

Au cours des prochaines semaines, notre gouvernement déposera une politique de développement économique visant à favoriser la création de la richesse au Québec. Cette politique sera le fruit des gestes déjà faits depuis un peu plus de deux ans par notre gouvernement. Surtout, elle préparera les actions à venir pour garantir un développement économique durable.

Son succès reposera en particulier sur la reconnaissance et la diffusion de "l'avantage québécois", c'est-à-dire de ce qui distingue le Québec sur les plans économique et social.

Favoriser la conciliation travail-famille

Une meilleure conciliation travail-famille favorisera l'accroissement des taux d'emploi et de fécondité. Par exemple, d'ici mars 2006, le réseau des services de garde pour les enfants de moins de cinq ans comptera 200 000 places. De plus, le nouveau régime québécois d'assurance parentale offrira une compensation financière plus généreuse que celle accordée maintenant par le régime fédéral d'assurance-emploi, tout en laissant aux parents plus de flexibilité. Il couvrira les travailleurs autonomes et sera mis en oeuvre le 1er janvier 2006.

Rénover et améliorer les infrastructures

M. Michel Lasalle, de Saint-Jérôme, a raison d'insister sur l'importance des infrastructures pour le développement des régions, surtout des infrastructures routières. Notre gouvernement a fait de la rénovation des infrastructures l'une de ses priorités. Pour l'année 2005-2006, des investissements de 4,9 milliards de dollars seront réalisés. Il est déjà prévu que d'autres investissements seront réalisés au cours des prochaines années. Par exemple, nous accélérons de façon spectaculaire les travaux routiers, en y affectant en moyenne 1,3 milliard de dollars par an au cours des trois prochaines années.

Décentraliser et régionaliser

Le développement économique des régions doit être défini par les régions elles-mêmes. C'est là tout le sens de la décentralisation et de la régionalisation, engagées avec détermination par notre gouvernement. Comme l'indique Mme Hélène Bélanger, d'Alma, la décentralisation permettra de plus de conserver en région des emplois bien rémunérés. Le 14 octobre 2004, lors du Forum des générations, le premier ministre Jean Charest signait deux protocoles d'entente sur la décentralisation et la régionalisation avec les représentants des municipalités et les présidents des Conférences régionales des élus (CRÉ).

M. Simon Beaulieu, de Gatineau, souligne à juste titre le rôle que doit jouer l'éducation dans la lutte contre le dépeuplement des régions. Plusieurs programmes existent déjà afin de faciliter la découverte des richesses de nos régions par les jeunes Québécois des villes. Par ailleurs, de nombreuses initiatives sont prises par notre gouvernement pour contrer les répercussions de la diminution des effectifs scolaires en région. Je fais référence au maintien de l'école de village, au développement de l'école communautaire et à la mise en réseau des écoles éloignées.

Attirer et intégrer les immigrants

En soulevant toute la question de l'intégration des immigrants en région, MM. Jean-Pierre Gagnon, de Beloeil, et Michel Lasalle abordent l'une des meilleures façons de contrer le dépeuplement. Pour réussir l'intégration d'immigrants, il faut s'adapter aux réalités régionales. C'est effectivement la voie qu'a choisie notre gouvernement, en mettant en oeuvre son plan d'action Des valeurs partagées, des intérêts communs. Trois plans d'action régionaux ont déjà été rendus publics, soit ceux de la Capitale-Nationale, de l'Estrie et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Travailler ensemble

Face au dépeuplement des régions, notre gouvernement envoie donc un message constructif et mobilisateur: des stratégies sont déjà en cours pour l'atténuer. La réponse à cette situation doit cependant d'abord venir des régions elles-mêmes. Notre gouvernement poursuit son travail pour mettre un certain nombre d'outils à la disposition des régions, qu'il leur revient d'utiliser et d'exploiter pleinement.

Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard





Négociations avec les Innus

Pas de traité final de sitôt

Tommy Chouinard
La Presse mardi 12 juillet 2005

Le traité final entre les Innus, Québec et Ottawa ne pourra être conclu au printemps 2006 comme prévu. Le négociateur par intérim des Innus, Carl Nepton, estime qu'il faudra encore au moins deux ans avant d'arriver à un accord, alors que le représentant des régions, l'ancien ministre conservateur Benoît Bouchard, croit que les négociations pourraient même durer jusqu'en 2010.

«On n'avance pas du tout. On n'est pas rendu plus loin qu'on était il y a un an et demi au moment de la signature de l'entente de principe. Il faut oublier la date de 2006», a affirmé M. Bouchard, en entrevue téléphonique, hier.

Le conflit entre Québec et la communauté innue de Betsiamites au sujet de l'île René-Levasseur a remis à plus tard des négociations qui n'avançaient déjà pratiquement plus depuis des mois. Des rencontres prévues à l'agenda ont été annulées au cours des dernières semaines. Les pourparlers sont maintenant rompus. «Le processus de négociation a été retardé», a confirmé Carl Nepton hier, soulignant qu'une reprise des pourparlers pourrait ne survenir qu'à l'automne.

En juin, la Cour supérieure a donné gain de cause aux Innus de Betsiamites et a ordonné l'arrêt de la coupe forestière sur l'île René-Levasseur, au nord de Baie-Comeau. Le gouvernement Charest et la compagnie Kruger ont décidé d'interjeter appel de cette décision, ce qui a soulevé l'ire de la communauté autochtone. Québec et Betsiamites ne se parlent plus.

Qui plus est, les trois principaux négociateurs dans la préparation du traité final ont quitté leurs fonctions coup sur coup. Le négociateur des Innus, Rémy Kurtness, a remis sa démission en mai. Un mois plus tard, le négociateur du gouvernement Charest, Louis Bernard, a décidé de se lancer dans la course à la direction du Parti québécois. Et Ottawa n'a pas renouvelé le contrat de son négociateur, André Maltais. Ces trois représentants sont les artisans de l'entente de principe intervenue en 2002 et ratifiée deux ans plus tard par les trois parties après plus de 20 ans de laborieuses négociations.

«Il n'y a rien qui favorise un règlement rapide», a reconnu Benoît Bouchard, précisant qu'au moins de deux à cinq ans seront nécessaires pour parvenir à un traité final. Selon lui, le récent jugement de la Cour supérieure a miné les efforts qu'il a déployés depuis un an et demi pour convaincre les populations régionales du bien-fondé de la conclusion d'un traité avec les Innus. « On était arrivé à apprivoiser davantage les communautés blanches. Et tout à coup, ça nous pète dans le visage», a-t-il lancé.

L'ordonnance interdisant l'exploitation forestière sur l'île René-Levasseur a en effet provoqué la colère des travailleurs forestiers de la Côte-Nord. Une centaine d'entre eux ont même bloqué la route 138 à la fin de juin.

Le gouvernement Charest voulait également négocier un traité final autour d'une seule et même table avec les neuf communautés innues du Québec, alors que l'entente de principe ne concernait que quatre d'entre elles (Betsiamites, Essipit, Nutashkuan et Mashteuiatsh). Or, l'intégration des cinq autres communautés tarde toujours. Une rencontre entre les chefs des neuf communautés, qui visait la création d'un seul conseil de négociations, s'est soldée par un échec il y a un mois.

L'entente de principe, qui avait soulevé la controverse à l'été 2002, accorde en pleine propriété aux Innus un territoire deux fois plus grand que leurs réserves actuelles. Ils se font aussi reconnaître des droits ancestraux de chasse, de pêche, de trappe et de cueillette sur une zone plus vaste couvrant une partie de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Québec accorde aux Innus au moins 3 % des redevances tirées de l'exploitation des ressources naturelles sur sur ce territoire. Ces mesures n'entreront en vigueur qu'à la suite de la ratification d'un traité final.





Adoption au Vietnam

Les parents québécois sont traités injustement

Nicole Nadeau
Médecin et pédopsychiatre, Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine de Montréal, membre du conseil d'administration de Terre des hommes et porte-parole de la communauté des parents québécois adoptants et en attente d'adoption au Vietnam
Cosignataires *
Le Devoir vendredi 15 juillet 2005

Le 27 juin dernier, le gouvernement fédéral signait enfin le traité international sur l'adoption avec le Vietnam après deux années et demie d'attente, une attente interminable pour les parents québécois comme pour les enfants du Vietnam. Tout semblait en place pour que le Québec signe dès le lendemain sa propre entente avec le Vietnam, comme chacune des provinces doit le faire afin de permettre l'application du traité.

Le 28 juin, un groupe de familles québécoises s'est rendu à Québec rencontrer la délégation vietnamienne afin de lui présenter leurs enfants adoptés au Vietnam : des enfants magnifiques, débordants de vie et de santé, que le premier ministre du Vietnam a pris dans ses bras, leur serrant les joues avec beaucoup d'affection. Un moment de grand bonheur pour nous tous.

Quelques heures plus tard, alors que nous attendions sur la colline parlementaire le résultat de la rencontre entre le premier ministre Jean Charest et le premier ministre vietnamien, ce sont les journalistes qui sont venus à notre rencontre nous annoncer que M. Charest avait refusé de signer l'entente Québec-Vietnam. Partagés entre la colère et l'incrédulité, nous avons appris dans les heures et les jours qui ont suivi, toujours de la bouche des journalistes, que le gouvernement fédéral avait imposé des changements de dernière minute à cette entente provinciale, provoquant du même coup la colère du gouvernement du Québec et son refus de signer.

L'adoption au Vietnam, une histoire d'abord et avant tout québécoise

On connaît bien les nombreux liens tissés entre le Québec et le Vietnam sur la base d'une culture francophone commune, d'une importante immigration et d'une intégration sociale particulièrement réussie chez cette communauté culturelle. On connaît peut-être moins bien le fait que l'adoption au Vietnam est d'abord et avant tout un fait québécois.

Depuis le début des années 90 jusqu'au moratoire imposé en janvier 2003, on compte au Québec 520 adoptions d'enfants vietnamiens, constituant environ 75 % de toutes les adoptions d'enfants vietnamiens réalisées au Canada au cours de la même période.

C'est au Québec qu'est basé Terre des hommes pour les enfants, l'organisme d'adoption internationale le plus important au Canada en ce qui concerne le Vietnam.

Terre des hommes est aussi un organisme de développement humanitaire et soutient des programmes médicaux, sociaux et éducatifs destinés aux enfants orphelins qui ne seront pas adoptés. Cet organisme collabore aussi à des projets de recherche portant sur l'adoption et l'enfance abandonnée, en lien avec les milieux scolaires québécois.

Étant donné l'importance et la durée de son implication dans le pays, Terre des hommes pour les enfants a tissé des liens approfondis avec le Vietnam, s'assurant ainsi de réaliser chacune de ses adoptions en respectant les règles d'éthique et de droit.

Contrairement à des adoptions réalisées au Vietnam par d'autres pays, aucune des adoptions réalisées par Terre des hommes pour les enfants n'a fait l'objet de suspicion de fraude ou de corruption. On parle ici de près de 450 adoptions réalisées avec succès par ce seul organisme. Comme l'organisme a oeuvré principalement au Vietnam depuis le début des années 90, le moratoire sur les adoptions qui se prolonge maintenant depuis plus de 20 ans menace sa survie même ainsi que la poursuite de nombreux projets humanitaires amorcés au Vietnam en collaboration avec des autorités médicales québécoises.

Au cours des trois dernières années, ce sont les parents et les organismes québécois, appuyés par leurs partenaires institutionnels, qui ont été les plus ardents défenseurs du dossier de l'adoption au Vietnam auprès des autorités fédérales. Nous avons assuré un suivi constant de la situation auprès du ministère des Affaires extérieures du Canada au moyen de contacts téléphoniques très réguliers, d'envoi de lettres, de pétitions, etc.

Une délégation de Terre des hommes pour les enfants s'est rendue à Ottawa en avril dernier afin de rencontrer le fonctionnaire responsable du dossier.

Tout au long de ces démarches auprès du ministère des Affaires extérieures, nous avons été maintenus dans une position d'ignorance et traités avec condescendance, voire avec insensibilité. On nous a dit que notre dossier n'était pas jugé prioritaire et que les délais à conclure les négociations entre le Canada et le Vietnam étaient tout à fait normaux, faisant fi de la dimension humaine du dossier et des multiples conséquences de la prolongation de ces délais. On nous a même laissé entendre que notre décision de porter notre cause devant les médias et l'opinion publique pourrait se retourner contre nous.

Malgré notre présence très active et nos demandes pressantes à cet effet, jamais nous n'avons été informés directement par le ministère des Affaires extérieures de l'évolution du dossier. Au cours des dernières semaines et même dans les dernières heures précédant la signature du traité entre le Vietnam et le Canada, c'est l'ambassade du Vietnam qui nous a informés de l'évolution de la situation et de la signature imminente, le ministère des Affaires extérieures continuant de maintenir à notre égard une attitude hermétique frôlant par moments la cruauté mentale.

Le Canada indifférent à son propre avenir ?

Et pendant tout ce temps, qu'essayons-nous de faire ? Nous voulons bâtir des familles, contribuer à l'édification de la société de demain. Ces enfants abandonnés que nous allons adopter au Vietnam constituent un apport social et démographique inestimable pour une société en déclin comme la nôtre. D'ailleurs, des pays scandinaves auxquels nous aimons bien nous comparer (quand ça fait notre affaire... ) ont reconnu ce fait et subventionnent directement les frais d'adoption internationale encourus par les familles.

La démographie mondiale évolue à très grande vitesse. Les sociétés de l'avenir seront des sociétés de métissage, des sociétés ouvertes sur le monde; ceux parmi nos dirigeants qui veulent continuer d'ignorer cette réalité condamnent notre propre société à une mort lente et inéluctable. Et l'avenir, ça commence aujourd'hui.

Les gouvernements fédéral et provincial ont le devoir absolu de négocier maintenant l'entente Québec-Vietnam jusqu'à la résolution du litige, et ce, avant la fin du mois de juillet. En tant que citoyens, après tout ce que nous avons fait et voulons continuer de faire pour donner un avenir à notre pays, nous sommes en droit de l'exiger.

***

* Dorinda Cavanaugh, directrice, Terre des hommes; Denise Deakin, membre du conseil d'administration de Terre des hommes; Charo Rodríguez, médecin, Ph.D., Division des services et politiques de santé, département de médecine familiale, université McGill; Jean-François Chicoine, médecin, pédiatre, Clinique de santé internationale, Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine de Montréal, professeur de pédiatrie, Université de Montréal.





Adoption au Vietnam

Le chat et la souris

François Mathys
Le Devoir lundi 18 juillet 2005

Lettres Oka, le 4 juillet 2005 : La récente série d'articles parus dans Le Devoir suscite chez moi la réaction suivante. Ancien ambassadeur et diplomate, ayant oeuvré comme juriste et avocat pendant de longues années au bureau des affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, je trouve consternant qu'on continue à se chicaner entre Ottawa et Québec sur la question de la signature, par le Québec, d'ententes avec un État étranger dans les domaines qui relèvent de sa compétence constitutionnelle.

La situation est très claire : en droit international, une entente signée par le gouvernement du Québec avec un État étranger (qu'on l'appelle traité, convention, pacte ou entente importe peu) n'a pas de valeur juridique en ce sens strict que tout différend qui naîtrait de la mise en oeuvre ou de l'interprétation du texte ne saurait être porté devant une instance internationale pour adjudication. La Cour internationale de justice ne pourrait donc pas être saisie de l'affaire car le Québec n'est pas un État en droit international, et seuls les États peuvent se présenter devant la cour. Simple, n'est-ce-pas ? Cette situation explique pourquoi le gouvernement fédéral, responsable des affaires internationales pour le Canada, est appelé quelque fois ou suscite le plus souvent une entente distincte avec le gouvernement étranger, en l'occurrence le Vietnam, de sorte que son entente avec le Québec ait pleine valeur juridique en droit international. [...]

Que le Québec puisse signer ou pas des ententes avec un État étranger dans ses sphères de compétence constitutionnelle (doctrine Gérin-Lajoie) n'a donc rien à voir avec cette situation de fait en droit international. Autrement dit, le sujet de l'entente importe peu.

Pourquoi alors toutes ces chinoiseries ? Parce que des fonctionnaires de mon ancien ministère insistent sans raison pour que les termes du texte convenu par le Québec et l'État étranger ne soient pas ceux normalement utilisés dans un traité ou une convention entre États. [...] Qu'on se réfère aux «hautes parties contractantes» ne modifie pas non plus la situation juridique d'une partie qui n'est pas un État. Et, pour leur part, les fonctionnaires du Québec prennent un malin plaisir à utiliser les termes et les expressions normalement réservés aux traités ou aux conventions. Et le chat, ainsi, joue avec la souris. Cela fait 40 ans que ça dure...

En résumé, le Canada est le seul à pouvoir conclure avec un autre État une entente qui ait une valeur juridique irréprochable en droit international. Le Québec peut le faire aussi et l'a fait très souvent en matière d'éducation, de culture, de sécurité sociale, par exemple, mais, sans un texte parallèle d'Ottawa avec le gouvernement étranger, l'entente conclue par le Québec et ce gouvernement n'en est pas une au sens du droit international. Que les termes employés dans le texte liant le Québec et l'État étranger soient ceux normalement utilisés dans des traités ou des conventions et que le gouvernement fédéral s'y oppose pour cette seule raison relèvent d'un chipotage juridique de bas aloi qui ne devrait pas avoir place entre gouvernements et acteurs responsables.




Régime d'assurance parentale : les patrons demandent à Québec d'être moins généreux

Simon Boivin
Le Soleil vendredi 15 juillet 2005

Le Conseil du patronat (CPQ) exhorte Québec à se faire moins généreux dans son nouveau régime d'assurance parentale pour en réduire les coûts.

Après avoir "tout tenté" pour convaincre le gouvernement Charest d'assumer une part des 300 millions $ supplémentaires du régime québécois, les patrons reviennent à la charge avec une ultime proposition.

Mardi, une lettre du CPQ a été envoyée à la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Michelle Courchesne, lui demandant de surseoir à l'application de la moitié des bénéfices additionnels promis.

Le CPQ accepte que le plafond salarial assurable passe de 37 000 $ à 57 500 $. Il demande toutefois de reporter l'application des autres avantages, tels l'augmentation de la prestation de 55 % à 75 % du salaire et les semaines de congé non transférables pour les pères.

"On ne dit pas que ce n'est pas bon, mais qu'il faudrait y aller progressivement, indique le président du CPQ, Gilles Taillon. On en avait parlé au tout début, mais comme le gouvernement se pétait un peu les bretelles avec ce régime avantageux, on ne voulait pas refroidir ses ardeurs."

La bonification du régime par la hausse du salaire assurable entraîne de nouvelles dépenses de 115 millions $. L'autre partie des bénéfices, que patrons et employés assumeront également seuls, engendre des coûts de 185 millions $. Le CPQ juge que ces évaluations sont conservatrices et craint que la facture soit plus lourde.

Il y a 10 jours, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a claqué la porte du Conseil de gestion de l'assurance parentale, déplorant que le gouvernement Charest refuse de payer "sa juste part". Le Conseil du patronat est bien près de faire de même. "C'est sûr que si la ministre reste aussi ferme sur ses positions, on va démissionner quelques jours après", indique M. Taillon, qui juge que Mme Courchesne a été "inflexible" jusqu'ici. "C'est clair qu'on ne traînera pas dans le paysage s'il n'y a rien à faire. (...) On ne va pas mettre notre nom au bas de la facture qui va être envoyée aux entreprises."

"C'est non"

Hier, lorsque jointe par LE SOLEIL, la ministre Courchesne s'apprêtait à signer la réponse du gouvernement à la lettre du CPQ. Et la décision ne laisse pas beaucoup de place à l'équivoque. "La réponse est non, a-t-elle tranché. Cette loi a fait l'objet d'un vote unanime en 2001 et c'est ce à quoi s'attendent les familles québécoises. On ne réduira pas les paramètres."

Quant à la possibilité de voir un deuxième groupe de patrons quitter le Conseil de gestion, cela ne semble pas trop l'émouvoir. "À chacun ses choix, dit-elle. Les démissionnaires seront remplacés."

En tant qu'employeur important, le gouvernement du Québec estime qu'il paiera sa juste part du régime d'assurance en cotisant pour ses fonctionnaires. Les patrons, eux, déplorent que la hausse des bénéfices vienne annuler les effets de l'allégement fiscal de 159 millions $ accordé aux entreprises par le budget Audet. Ils jugent aussi que l'État devrait investir les 60 millions $ que le nouveau régime lui permettra d'économiser, selon le CPQ. "À la limite, si le gouvernement met 60 millions $, on va y aller, affirme Gilles Taillon. On va dire go" à l'ensemble des avantages du nouveau régime.

"Les gens voient un beau programme généreux, mais le 15 janvier, quand ils vont voir la déduction sur le chèque de paie, ils vont déchanter", croit Richard Fahey, vice-président de la FCEI.

De son côté, la CSN, qui n'a pas l'intention de quitter le Conseil de gestion, trouve que la partie patronale exagère les coûts du régime. "On ne parle pas de sommes astronomiques, a commenté Claudette Carbonneau, hier. Au contraire, quand on considère le nombre d'entreprises et les bénéfices pour les familles, ce sont des sommes relativement peu importantes. On ne fera pas fermer d'entreprises avec ça."

D'après Mme Carbonneau, la hausse de cotisation patronale représente annuellement moins de 100 $ par employé. Même si elle continue à dire que le gouvernement devrait investir 100 millions $ dans ce régime, tel que recommandé par le Conseil de gestion, Mme Carbonneau ne compte pas s'insurger comme les patrons.

Instauré au terme de négociations longues et ardues avec Ottawa, le régime québécois de congés parentaux doit être appliqué au 1er janvier. Il coûtera un peu plus d'un milliard de dollars par année, comparativement aux 765 millions $ du régime fédéral. "On n'a pas fait une bataille de 10 ans juste pour changer la feuille d'érable pour une fleur de lys sur le chèque, ajoute Mme Carbonneau. Ce serait aberrant."

SBoivin@lesoleil.com




Considérations sur l'extrémisme laïque

Olivier Ménard, Enseignant laïque au collège Montmorency
Le Devoir vendredi 15 juillet 2005

Libre opinion: Depuis le Refus global de Paul Émile Borduas et la Révolution tranquille, le Québec est devenu incontestablement laïque dans tous les domaines de la société, y compris le domaine spirituel. Aujourd'hui, ce qui reste de l'Église catholique se trouve principalement à l'oratoire Saint-Joseph. Les autres églises sont en ruine et il n'y a plus qu'un prêtre pour plusieurs paroisses. Lorsque deux personnes se marient à l'église, on les perçoit comme des hérétiques ayant vendu leur âme au diable car ils se sont soumis au dogme catholique.

De ce fait, il y a matière à réflexion lorsqu'on se braque contre la volonté de vouloir instruire les enfants du primaire et du secondaire sur l'éthique et la culture religieuses. Devant ce projet ministériel, Daniel Baril brandit l'argument selon lequel on assujettira les enfants aux dogmes raéliens ou aux avantages de la scientologie, voire, pire encore, aux valeurs catholiques. L'Église aura de nouveau la mainmise sur l'éducation au Québec, tonne-t-il. Pourtant, il est évident que, vu le milieu scolaire fortement laïcisé, aucun élève ne sera directement sollicité à s'enrôler dans une religion ou dans une secte. Également, les prêtres catholiques ne seront pas plus présents qu'avant dans les classes, et il n'a jamais été question de multiplier le nombre de cours de religion.

L'école, écrit M. Baril, n'est pas le lieu où l'enfant doit apprendre ce que sont les religions du monde. Mais où donc l'apprendra-t-il ? Sûrement pas à la télévision... Si la connaissance de base des autres croyances n'empêche pas les guerres de religion, l'ignorance ne peut qu'aggraver les choses. Il n'est vraiment pas sérieux de croire qu'un élève sera tenté par l'enrôlement dans une secte lorsque son enseignant de culture religieuse lui parlera de réincarnation. Cet argument fait preuve d'une mauvaise foi qui témoigne paradoxalement d'une intolérance rappelant celle de l'Église d'autrefois. Par exemple, on ne parle pas de faire accepter le port du kirpan à l'école mais de faire comprendre aux élèves ce que cela symbolise.

Si la religion n'est pas le seul véhicule identitaire, il en reste tout de même un, et cela fait partie de l'histoire du Québec d'abord, puis de celle de l'humanité. En effet, aucune civilisation n'a vécu sans la religion. Et la religion est justement une forme de philosophie qui contribue à véhiculer des valeurs, parfois meilleures que les valeurs laïques. Faire connaître les différentes religions ne peut qu'aider l'élève à se forger une pensée critique face à celles-ci, bien plus qu'en le contraignant à l'ignorance. Dans un contexte multiculturel, un tel apport à la connaissance des futurs citoyens peut difficilement nuire à la démocratie et à la science, trop bien ancrées dans les moeurs pour être délogées par un simple cours de culture religieuse. Cela constitue une bonne solution médiane entre le retour en force de la religion à l'école et l'éradication totale de celle-ci de la surface du Québec. La religion est toujours bien présente dans la vie de nombreux Québécois et partout ailleurs dans le monde. Il est tout de même étrange que M. Baril utilise le mythe de la boîte de Pandore, une histoire bien religieuse, en guise d'argument pour faire disparaître toute connaissance religieuse dans notre province qui se prétend ouverte d'esprit et respectueuse des différences.

Lettre en réponse au texte de Daniel Baril publié dans Le Devoir du 5 juillet 2005