Michaëlle Jean et les felquistes

René Boulanger, Écrivain
Texte à paraître dans le journal Le Québécois, vol. 5 # 4 (septembre / octobre 2005)

Dans les milieux indépendantistes, plusieurs réactions à la fois de lassitude et d'admiration se sont manifestées à la suite du « bon coup » de Paul Martin qui a sollicité Michaëlle Jean pour le poste de Gouverneur Général. Paul Martin ne cache pas qu'il veut ainsi faire progresser le camp fédéraliste au Québec prenant le risque comme avec le revirement de Jean Lapierre de s'aliéner une partie de l'électorat anglophone. Michaëlle Jean est un simple pion dans un jeu d'échecs mais Paul Martin doit miser là-dessus parce qu'il n'a plus grand-chose à offrir au peuple québécois. La promesse d'un nouveau style, voire d'un nouveau fédéralisme, ne s'est jamais concrétisée et pour peu que le mouvement indépendantiste retrouve un peu d'élan, l'édifice bureaucratique canadien risque bien de s'effondrer d'un seul coup. Mais il reste la campagne d'images, il peut encore repeindre la façade lézardée. À cause de la faiblesse des indépendantistes au niveau du contrôle des organes d'information, il peut encore retarder l'échéance.

Incapables de riposte, les indépendantistes se contentent d'encaisser le coup. Il faut bien admettre que Michaëlle Jean, à la figure angélique, au charme enjôleur est une figure inattaquable. D'abord, elle n'a jamais fait de politique, peut-on lui reprocher d'avoir changé de camp, d'avoir tourné le dos aux siens? D'autant plus que le prestige de la fonction a permis de domestiquer toute la mouvance intellectuelle québécoise autour des prix du Gouverneur Général. Quel récipiendaire de ce prix, tout indépendantiste soit-il, peut reprocher à cette amante des Arts, d'occuper le poste qui permet d'attribuer ce prix si convoité? Bref, face à cette nouvelle représentante de la monarchie, du colonialisme archaïque, les intellectuels québécois sont déculottés. S'ils s'étaient tenus debout dans les dernières années face à cette politique de domestication, Paul Martin ne pavoiserait pas autant. Il reste que Michaëlle Jean a fait un choix en toute connaissance de cause. Elle a beau être animatrice de Radio-Canada, elle baigne depuis des lustres dans l'atmosphère indépendantiste qui caractérise le milieu intellectuel qu'elle fréquente. Elle sait ce qu'elle fait et contre qui elle le fait. Elle n'est pas apolitique, elle sait qu'elle est au coeur d'un lutte politique cruciale et historique et que le camp qu'elle favorise désormais n'aura de cesse d'affaiblir, voire de détruire le mouvement indépendantiste dans une stratégie de mise au pas de la nation québécoise.

Ceux qui aimaient Michaëlle Jean ont bien raison d'être déçus. Et je suis un de ceux-là. Mais je me console vite parce que je sais que l'image de ce nouveau couple royal qu'elle fait avec le cinéaste Jean-Daniel Lafond sera bientôt écorchée au Canada anglais et que nous risquons d'assister à une superbe dégringolade qui risque d'être étonnante dans ses conséquences politiques.

Déjà Odile Tremblay, la chroniqueuse cinéma du Devoir, qui connaît bien Michaëlle et Jean-Daniel décrit bien l'impossible situation qu'ils risquent de vivre : « Or Jean-Daniel Lafond est ce documentariste qui a consacré un film à Pierre Perreault, un autre à Jacques Ferron, un autre encore aux felquistes Pierres Vallières et Charles Gagnon : des êtres purs attelés à un rêve d'indépendance. Son nationalisme, Jean-Daniel l'a exprimé à la radio, à travers ses films, ses écrits. Difficile de l'imaginer dans le rôle du prince consort fédéraliste qui retiendra sa langue. Il aime tant parler et le fait si bien. »

Bref, le mari de la Gouverneure Générale est un pur indépendantiste qu'une enquête de sécurité n'a pu ignorer. Paul Martin, sachant la chose, a cru jouer un coup de maître en le ralliant, le temps d'un mandat protocolaire. Sauf que Jean-Daniel Lafond n'est pas une Belinda Stronach ou un Jean Lapierre. Il ne frayait pas avec des politiciens de pacotille mais avec de purs révolutionnaires. Ceux-là même qui ont provoqué le pouvoir d'Ottawa jusqu'à instaurer la loi martiale et l'occupation militaire du Québec.

Le Canada anglais ne semble pas avoir remarqué encore qu'il ait fait un film sur le FLQ, avec comme scénariste Francis Simard, l'un des membres les plus en vue de la cellule qui a enlevé le ministre Pierre Laporte lors de la célèbre Crise d'octobre. Jean-Daniel Lafond l'a probablement connu lors d'un lancement des éditions VLB qui appartenaient dans les années 90 à Jacques Lanctôt, autre membre très connu du FLQ, qui avait enlevé le consul britannique James Richard Cross, déclenchant ainsi l'engrenage des événements d'octobre.

C'est à l'un de ces lancements que j'ai connu Jean-Daniel Lafond. Je ne doutais pas qu'il fût indépendantiste, tous les intellectuels québécois, le sont à différents degrés. Après la parution de mon premier roman, sachant que je travaillais aussi comme scénariste, il m'a proposé de travailler avec lui sur un film. Je ne suis allé qu'une fois à son appartement de la Petite Bourgogne mais la visite fut mémorable. Michaëlle Jean travaillait dans le salon-bureau, elle avait ce sourire si avenant qui la caractérise, et ce jour-là, elle révélait une grâce que l'écran télé ne peut rendre. Bref, elle est encore mieux dans la vie comme dirait la tribune populaire. Elle se retire pour nous laisser travailler et Jean-Daniel avant d'attaquer le sujet, me fait une petite visite des lieux. Il est très fier de sa nouvelle bibliothèque. Il me confie que c'est Jacques Rose qui a fait les dernières rénovations chez lui. Jacques Rose, le deuxième felquiste sur les lieux du drame qui a vu la mort du ministre Pierre Laporte. Comme quoi Jean-Daniel Lafond ne se tient pas avec n'importe qui!

Qui aurait dit que la future Gouverneure Générale du Canada ait accueilli dans ses murs l'un des révolutionnaires les plus recherchés avec son frère Paul par toutes les polices canadiennes. Je ne suis pas certain qu'elle se sentait à l'aise avec toutes les fréquentationsde son mari mais en même temps je présume qu'elle a assez de grandeur pour ne pas désavouer cette période de leur vie commune. Toujours est-il que c'est Jacques Rose, l'habile menuisier qui avait conçu la cache de la rue Queen Mary qui lui a refait son bureau avec sa précieuse bibliothèque. Jean-Daniel Lafond en était si fier qu'il me confie que Jacques Rose, qui n'avait pas perdu la main pour les cachettes mystérieuses, avait fait un double-fond au cas où Jean-Daniel voudrait y cacher des armes. Évidemment, Jean-Daniel en était ravi même s'il doutait d'avoir un jour à se servir de ce double-fond. Mais enfin, ça met tout de même du piquant dans la vie.

Pourquoi je dis tout ça, en sachant que toute la presse anglophone va s'emparer de cette histoire et se mettre à charcuter le couple princier? Parce qu'il le faut, simplement. Paul Martin avait besoin de la pureté et de la naïveté pour l'immoler sur l'autel de l'unité canadienne. Un bel ange nous a été enlevé et sera demain livré aux vautours. Nous devons démasquer la combine de Paul Martin et pour ce faire, nous servir de la vérité qui est parfois si cruelle.

Mais elle n'était pas cruelle avant ce jour, elle était même sympathique. Nous savions que là-haut dans la tour de Radio-Canada, derrière son interdit de parole, une superbe conscience, héritière des grandes littératures de son pays, voyait notre combat et attendait son heure pour venir nous rejoindre. Au lieu de cela, elle se retrouvera seule à lutter contre une mer démontée et nous ne pourrons rien pour elle, sauf attendre que la vague la repousse sur nos rivages. Je pense qu'il faudra alors la recueillir et lui ouvrir à nouveau les bras. Car la haine de notre liberté que révélera la campagne anti-québécoise qu'elle aura suscitée suffira peut-être autant que tous les lacs Meech à nous souder ensemble dans un même et seul destin, nous les Québécois de la séculaire résistance.

Mais peut-être que je me trompe, que Paul Martin dans l'espoir d'arrêter la marche de l'indépendance réussira à imposer son choix de Michaëlle Jean comme Gouverneure Générale et commandant en chef des forces armées canadiennes. Alors, c'est bien vrai qu'il aura réussi un bon coup. Mais j'ai comme un doute! J'ai l'impression que dans cette histoire, à double-fond, le dernier mot appartiendra à d'illustres revenants politiques que sont les militants du FLQ. Je suis sûr que Paul Martin ne l'attendait pas celle-là.




Un visage neuf

André Pratte
La Presse vendredi 5 août 2005

Éditorial - En choisissant la journaliste Michaëlle Jean pour occuper le poste de gouverneur général, Paul Martin a fait le premier pas dans une démarche qui s'impose: le renouvellement et le renforcement de la représentation québécoise au sein des institutions fédérales.

Il n'y a rien à ajouter au concert d'éloges que l'on a entendu depuis que la rumeur de sa nomination a commencé à courir: tous connaissent et reconnaissent les grandes qualités humaines et intellectuelles de Mme Jean. Il ne fait aucun doute qu'elle représentera efficacement et dignement l'idéal canadien, autant au pays qu'à l'étranger.

Au milieu de ce concert, quelques fausses notes. Certains dénigrent la fonction de gouverneur général, la trouvant inutile ou anachronique. Pour beaucoup de Canadiens, le pays aurait dû depuis longtemps couper tous ses liens avec la monarchie britannique. Au-delà de cette question pourtant, il faut reconnaître que ceux qui ont occupé le poste de gouverneur général au cours des dernières années, et en particulier Mme Adrienne Clarkson, ont été bien davantage que de simples représentants d'Élisabeth II. Le gouverneur général est devenu, dans les faits, un chef d'État canadien.

Ce chef d'État n'a pas de pouvoirs réels; c'est pourquoi le fait qu'il ne soit pas élu n'a pas l'importance que lui attribuait hier le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui a qualifié l'institution du gouverneur général de " non démocratique " et d'" archaïque ". La fonction fait partie d'un délicat équilibre institutionnel qui a contribué au développement du Canada, développement dont les Québécois ont grandement profité.

Cela dit, le gouverneur général peut exercer une subtile influence. Il personnifie, par ce qu'il est, par ce qu'il dit, par ce qu'il fait, la pertinence et la pérennité des valeurs canadiennes. Responsable d'une intense activité sociale, le représentant de la Couronne déleste le premier ministre de tâches protocolaires accaparantes mais inévitables. Enfin, le gouverneur général est à même d'appuyer des causes négligées par les élus. Mme Clarkson et son conjoint John Ralston Saul, par exemple, ont été particulièrement dynamiques dans la promotion des arts et dans la diffusion des préoccupations autochtones. Mme Jean portera sans doute une attention particulière à la situation des femmes violentées et à celle de minorités culturelles, qui ne pourront que bénéficier de ce coup de pouce supplémentaire.

Le choix de Michaëlle Jean est excellent en soi, compte tenu des qualités de la personne. Il est d'autant plus avisé dans le contexte actuel. Depuis l'éclatement du scandale des commandites, les Canadiens observent le monde politique avec beaucoup de cynisme. L'idéalisme de la journaliste et militante mettra un baume sur cette plaie.

Pour leur part, les électeurs québécois sont furieux contre les politiciens fédéraux, voire contre la politique fédérale elle-même. Ils ont aussi du mal à se reconnaître dans un gouvernement Martin au sein duquel, outre Jean Lapierre, ministres et conseillers québécois sont effacés ou peu influents. La nouvelle gouverneure générale proposera aux Québécois un visage neuf de ce qu'est et ce que peut être le Canada. Sa présence et son action démontreront qu'on peut être profondément Québécois tout en adhérant avec conviction et réalisme à l'aventure canadienne, à ce que Mme Jean a appelé hier les " valeurs fondatrices de ce pays ". Comme elle l'a souligné, les Canadiens doivent " préserver " ces valeurs, mais aussi " faire évoluer ".

De même, Michaëlle Jean offrira au Canada anglophone une image du Québec qu'il ne connaît pas encore suffisamment, celle d'une société moderne, diverse et ouverte sur le monde. Celle d'une société, aussi, qui plus que tout chérit sa langue, non seulement parce que c'est la sienne et qu'elle a fondé ce pays, mais parce qu'elle est belle, riche et actuelle.

La nouvelle gouverneure générale jouera plus efficacement son rôle si elle dépouille la fonction de son faste superflu, coûteux en fonds publics et rebutant pour beaucoup de citoyens. L'élégance doit demeurer, mais le luxe excessif n'a pas sa place dans une démocratie moderne. Michaëlle Jean a parfaitement raison de vouloir rapprocher la fonction des gens: " Cette institution se doit d'être à la portée de toutes et de tous dans ce pays, sans distinction. "

Malgré ses qualités et sa détermination, ce n'est pas Michaëlle Jean qui va défendre le fédéralisme contre l'argumentaire souverainiste. Ce n'est pas elle qui va s'attaquer au problème du déséquilibre fiscal (un problème réel, bien que sa gravité soit grossièrement exagérée par plusieurs). Ce n'est pas la nouvelle gouverneure générale qui va rétablir la crédibilité des politiciens fédéraux au Québec, ou convaincre les jeunes que la souveraineté n'est pas la seule voie de progrès social.

C'est pourquoi il faut espérer que les dirigeants de grands partis fédéraux sauront convaincre d'autres Québécois de talent de se joindre à eux. De sorte que les citoyens d'ici voudront délaisser leur présent attentisme sur la scène fédérale et reprendre la place qui est la leur dans la gouverne du Canada.

apratte@lapresse.ca




Liberals hope G-G to play well in Quebec

Josée Legault
The Montréal Gazette August 5, 2005 Friday

What a surprise it was. Smack in the middle of summer, while no one was looking, Prime Minister Paul Martin pulled Michaelle Jean out of her news anchor's seat at Radio-Canada's Telejournal.

Making the 48-year-old woman of Haitian origin the governor- general of Canada is no small appointment. In our political system, as her majesty's representative, Jean will stand in for the queen as Canada's head of state, no less.

The surprise comes mainly from the fact because of what this role entails, both here and abroad, prime ministers tend to choose someone who, in his or her own field of work, has made a major contribution to the image of Canada.

This is not the case for Jean. First, although she's a household name in Quebec, few in English Canada know her, outside of those who assiduously watch Newsworld where she introduced prime-time documentaries.

Second, the nature of her work didn't allow her to be associated with the "image" of Canada or to openly promote national unity. As a news anchor, Jean could not and would not voice her political convictions, which, considering she agreed to be Canada's head of state, surely must be of the federalist kind.

All of her personal qualities aside, chances are this is a politically motivated nomination that is clearly aimed at the Quebec electorate. Michaelle Jean is a Quebec television personality. She's highly recognizable here and most people respect her work as an anchor. In a world where image matters a lot, she's amazingly photogenic and her command of the French language is remarkable.

Jean's surprise nomination comes a few months before the next federal election. According to Martin's promise, the election should be within 30 days of the tabling of the Gomery report on the sponsorship scandal. With the volatility of the House of Commons these days, the election could come even as early as this fall.

With Liberal support improving in Ontario, Jean's home province might hold the key for a majority government for Martin. But with polls showing the Bloc Quebecois still poised to sweep most of Quebec, Martin must hope the appointment of a woman who belongs to one of Quebec's largest and most integrated minorities would help the Liberals lessen the impact of the sponsorship scandal and recapture some of the votes the Bloc has started to harvest in cultural communities.

In some crucial Montreal ridings where even prominent Liberals such as Pierre Pettigrew and Liza Frulla came close to losing to the Bloc the last time, precious votes from cultural communities could make a huge difference.

Then, there's the issue of national unity. With the federal Liberals having all but given up on Jean Charest's chances of getting a second mandate, Martin knows there's a real danger of a Parti Quebecois victory in the next provincial election.

With a new Parti Quebecois leader and support for sovereignty at its highest since the failure of the Meech Lake Accord, the threat of a third referendum is being felt in Ottawa. With Jean, a Quebecer willing to become a symbol of Canadian unity and cultural diversity, federal Liberals are trying to gain one more advantage.

After all, since the close 1995 referendum, federal Liberals have left nothing to chance - to no avail, according to the polls. But what else is a federal government to do?

If push comes to shove, as governor-general, Jean could play a crucial constitutional role should the Yes side win the next time. In 1996, faced with Lucien Bouchard who was thought to be the one who would hold and win that third referendum, Jean Chretien named actor Jean-Louis Roux as Quebec lieutenant-governor.

Chretien might have hoped this high-profile Quebecer would use his constitutional powers to thwart any close Yes victory. But Bouchard preferred to concentrate on other things while Roux was forced to resign after l'Actualitie revealed he had once worn a swastika on his student lab coat in 1932.

Today, the possibility of another referendum is uncertain. But should the PQ return to power, who knows what might happen? Perhaps nothing. Perhaps another referendum.

Still, it might take a lot more than a Quebec, media-savvy, black, female governor-general to make Quebecers forget the sponsorship scandal or convince them to stay in Canada.

This is especially true in a province that sees the role of governor-general as a mostly useless, costly, even undemocratic institution; one that many consider to be an outdated symbol of the rather unpopular British monarchy.




La séparation gagne en popularité dans l'Ouest

SRC
mardi 9 août 2005

Un sondage mené par une équipe du Collège communautaire de Lethbridge, en Alberta, révèle que 35 % des Canadiens dans les quatre provinces de l'Ouest envisagent la séparation de leur province d'avec le reste du Canada.

Le sondage a été réalisé pour le magazine Western Standard, basé à Calgary. Les citoyens de l'Alberta sont les plus nombreux à admettre qu'ils songent à cette option politique, avec une proportion de 42 %. Suivent les citoyens de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique, à 31 % chacun.

C'est au Manitoba que l'option de la séparation recueille le moins d'appuis, à 27 %. Malgré ces résultats, les partis sécessionnistes de l'Ouest n'ont recueilli que des appuis marginaux jusqu'ici.

Les répondants de l'Ouest disent éprouver un sentiment d'aliénation dans la fédération canadienne. Et 64 % d'entre eux croient que le premier ministre du Canada, Paul Martin, est inefficace pour abattre ce sentiment.

L'enquête a été menée auprès de 1448 personnes entre le 29 juin et le 5 juillet. Sa marge d'erreur est de 2,6 %, 19 fois sur 20.




The West's separatist warning

Cathy Gulli
National Post Tuesday, August 09, 2005

Poll finds 35% of Westerners think splitting from Canada should be explored

More than one-third of Westerners younger than 30 think their provinces should consider quitting Canada, showing the strongest support for sovereignty among all ages, a recent poll reveals.

Fully 36.4% of people between 18 and 29 in British Columbia, Alberta, Saskatchewan and Manitoba agree "Western Canadians should begin to explore the idea of forming their own country."

The sentiment is not exclusive to youth.

Across all age groups, 35.6% of Westerners favour debating sovereignty.

Albertans lead with 41.9% support, compared to 31.9% in Saskatchewan, 30.8% in British Columbia, and 27.5% in Manitoba.

"Westerners are very frustrated with their position in Confederation," said Faron Ellis, a political science professor at Lethbridge Community College, who conducted the poll for Western Standard magazine.

He warns that, at a time when Canada is not facing a major national crisis, this level of dissatisfaction could be a sign of worse things to come.

''There's really nothing aside from the ongoing institutionalized grievances to be angry about, and for the most part in all four provinces the economy is going fairly well,'' Mr. Ellis said.

''Canadians across the country should be aware that if these are the bedrock levels of frustration without a crisis, the next crisis [will have] Westerners at least debating the concept,'' he added.

Even though most young people were not alive during divisive political crises such as the National Energy Program, "they register among the highest levels of support for discussing independence," Mr. Ellis said.

Mr. Ellis believes young people are aware of both modern and historical difficulties affecting the West.

"They hear from their parents. They hear it daily on the streets. They know about current injustices. When federal issues come up, this group sees themselves outside of the debate, their opinions marginalized," Mr. Ellis said.

Gerald Baier, a University of British Columbia professor of political science, said young people are more likely to support the idea of sovereignty because they are often more open-minded than older generations.

"The question doesn't ask them to state support for the idea of sovereignty but for the idea of exploring it. Why shouldn't you look into all ideas? It might even be a matter of idealism," Mr. Baier added.

The poll also shows 64% of Westerners think Prime Minister Paul Martin is doing a poor job of ending Western alienation.

Another 40.4% say that if the Liberal party wins the next election they will be more in favour of exploring independence.

Mr. Ellis believes these Westerners feel they have exhausted every possible solution to improve their standing in Ottawa, citing the failures of the Reform and Canadian Alliance parties to gain power.

"It's hard for any new party in Canada to do well," Mr. Baier said.

The Western Canada Concept Party registered with Elections Canada 25 years ago with a platform calling for separation of the four Western provinces, but never came close to electing an MP.

Neither have the Separation Party of Alberta or the Western Independence Party of Saskatchewan managed to win more than marginal popular votes in recent years.

Doug Christie, the free speech lawyer for Holocaust deniers Jim Keegstra and Ernst Zundel who co-founded the Western Canada Concept, announced in January the formation of yet another separatist party, the Western Block. Anne McLellan, deputy prime minister at the time, disputed any hopes for this federal party, saying, "I don't think Mr. Christie will find a very welcoming audience in this province, in Newfoundland or anywhere else for his separatist rhetoric," she said.

Bruce Hutton, leader of the Alberta separatist party, told the Western Standard: "One of the things that makes separation a hard sell is that we have to get people to think of the future, not the present, to sell our message."

Despite Western frustration, Mr. Baier said, to voters there "these parties have been perceived as fringe parties."

Mr. Ellis said the dissatisfaction felt among residents of these provinces runs deep, and should be taken seriously.

The poll was conducted by telephone between June 29 and July 5, 2005, and involved 1,448 randomly selected Western residents.

The margin of error was plus or minus 2.6%, 19 times out of 20.




Charest considers fall vote

DON MACPHERSON
The Gazette Tuesday, August 09, 2005

Premier Jean Charest has begun to lay the groundwork for a possible fall election.

And the campaign for a quick vote could be as divisive as anything in Quebec's public life since the 1995 referendum.

It would pit Charest's government against the public-sector unions and, by extension, the latter's Parti Quebecois ally. It would catch the PQ at the end of a leadership election dominated by talk of sovereignty. The PQ would be tired, internally divided and financially strapped.

The pretext for calling an election nearly two years ahead of schedule would be the anticipated disruptions and disturbances this fall arising from contract negotiations between the government and the unions.

Voters would be asked to decide who's in charge in Quebec: the government or the unions. And they would be asked to give the government a mandate to impose a settlement that is all that the government, and they, can afford.

These conclusions are drawn from public remarks by Charest last weekend and previous conversations with members of his party.

Last June, when the National Assembly adjourned for the summer recess, Charest confirmed that he had told his caucus of Liberal MNAs to be ready for a possible fall election.

"We have to be ready to go into an election when we think the people of Quebec are ready to make a choice," he said. "I want the party and the caucus to be alert and to be prepared for every scenario."

And though he didn't mention an election in his closing speech Sunday to the Liberal youth commission meeting, which traditionally kicks off the political season, he did say the fall would be "decisive."

Liberal MNAs said privately that the fall, and the negotiations with the public-sector unions, could make or break the government politically. And that last chance is one more than some observers are willing to give the government as long as Charest is at its head.

Dissatisfaction with the government as measured by the polls has held steady at record heights for more than a year and a half. And on the eve of the Liberal youth meeting, Finance Minister Michel Audet told the party's MNAs again that money is so tight that the government can't afford to spend its way out of the hole.

On that score, the provincial Liberals are frustrated with the refusal of their federal cousins to bail them out, even at the risk of handing over the province to a sovereignist government in the next election .

Prime Minister Paul Martin's Quebec lieutenant, Jean Lapierre, told The Gazette yesterday that "nobody is talking about the fiscal imbalance in the shopping centres." He was referring to the Charest government's position that Ottawa takes a larger slice of the tax pie than it needs to meet its responsibilities, leaving Quebec and the other provinces too little to meet theirs.

Charest, in his speech to the young Liberals preparing public opinion for a showdown with the unions, used a conciliatory tone, and refrained from the provocative taunting of the unions he has indulged in before.

But he was trying to isolate the public-sector unions by placing the interests of their members in opposition to those of other Quebecers. He noted that unlike their counterparts in the private sector, government employees have "guaranteed jobs." He said the government has made a "reasonable" offer considering Quebecers' capacity to pay, and couldn't afford to sweeten it without jeopardizing public services.

Campaigning against the unions would be risky. Liberal MNAs complain that although voters want the government to stand up to the unions, they also want it to preserve "social peace" at all costs.

And if voters continue to blame the government for causing social disturbances and divisions, or if they think it is cynically using the negotiations as a pretext to serve its own partisan purposes, then a fall election call could backfire.

But the Liberals, who are facing a wipeout in French Quebec, have nothing to lose. And the fall may be the last chance for Charest's leadership. He may feel he can't afford to play it safe.





Rencontre du Conseil de la Fédération

Éducation post-secondaire :
Québec entend réclamer quatre milliards d'Ottawa pour les provinces

Antoine Robitaille
Le Devoir mardi 9 août 2005

Ottawa devrait verser plus de quatre milliards de dollars annuellement aux provinces pour faire sa part dans le financement de l'éducation post-secondaire. C'est la position à laquelle le Québec tentera de rallier les provinces et les territoires dans le cadre du Conseil de la fédération, à Banff en Alberta, dès demain et jusqu'à vendredi.

Le premier ministre Jean Charest a déjà avancé le chiffre de quatre milliards dimanche, lors d'un point de presse à Sherbrooke, au terme du congrès des jeunes libéraux. Il y a 10 ans, a-t-il rappelé, lorsque Paul Martin était ministre des Finances, le fédéral avait coupé «unilatéralement» les paiements de transfert aux provinces dans trois domaines: santé, aide sociale et éducation post-secondaire. Or en septembre 2004, en matière de santé, «le financement a été rétabli au niveau où il était avant 1995». Mais il ne s'agissait que d'une première étape, car l'entente sur la santé prévoyait que la portion assumée par le fédéral s'approcherait graduellement du seuil de 25 % des coûts de la santé, puisque c'était là, avant l'époque Martin, la portion qu'il acquittait. Pour l'éducation post-secondaire, le premier ministre espère le même scénario. Là aussi, «tout ne se ferait pas du jour au lendemain», a-t-il précisé. La première étape consisterait à ramener le financement au taux d'avant 1995, soit environ deux milliards.

Le ministre des Affaires intergouvernementales Benoît Pelletier estime que le Québec a de bonnes chances de convaincre les autres provinces et territoires. «En tout cas, l'appui du Nouveau-Brunswick est tout à fait envisageable.» Le premier ministre Bernard Lord affirmait récemment que c'est même 4,7 milliards que le fédéral devrait envoyer aux provinces. Selon M. Pelletier, la thèse du déséquilibre fiscal est de plus en plus confirmée par le fait que «les surplus s'accumulent dans les coffres fédéraux» et dans le ROC (rest of Canada), on y adhère comme jamais.

FEUQ et FECQ d'accord

Réclamer plus de quatre milliards au fédéral pour l'éducation post-secondaire, c'est précisément ce que les militants étudiants ont réclamé hier, en conférence de presse à Montréal. Des représentants de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ont souligné qu'avec le milliard que le Québec irait chercher annuellement, de façon récurrente, on réglerait plusieurs problèmes: «Le sous-financement des universités est évalué à 375 millions. Bref, régler les paiements de transfert en matière d'éducation post-secondaire solutionnerait au moins ça», a déclaré François Vincent, de la FEUQ. Aussi, ont-ils fait valoir, on pourrait ainsi éviter de dégeler les frais de scolarité.

Méfiance

S'ils poussent pour que le Québec réclame une bonification des paiements de transfert, les étudiants se montrent toutefois très méfiants à l'égard du gouvernement Charest. Ils réclament des engagements de sa part avant même que les provinces aient accepté de mener le combat et que le fédéral n'ait consenti un sou. Et promettent d'être vigilants. Chat échaudé... «Lors des dernières négociations avec le gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec avait réussi à augmenter le financement du système de santé. Toutefois, après l'entente, le premier ministre avait affirmé que toutes les sommes gagnées ne seraient pas toutes investies dans le système de santé.»

Outre l'éducation post-secondaire, plusieurs autres questions sont inscrites à l'ordre du jour de la réunion du Conseil de la fédération à Banff: notamment l'énergie, la compétitivité, le transport et le déséquilibre fiscal. Créé le 5 décembre 2003 à Charlottetown sous l'impulsion du Québec, le Conseil a tenu sa dernière réunion à Ottawa en octobre 2004.

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy




Les étudiants réclament 4 milliards $ d'Ottawa

Violaine Ballivy
Le Soleil mardi 9 août 2005

L'année scolaire n'est pas encore commencée que les Fédérations étudiantes universitaires et collégiales (FEUQ et FECQ) fourbissent déjà les armes. Fortes d'avoir récupéré ce printemps les 103 millions $ coupés au régime de prêts et bourses provincial, elles réclament désormais qu'Ottawa réinvestisse 4 milliards $ en éducation postsecondaire - dont le quart au Québec - pour, entre autres, éviter la hausse des frais de scolarité proposée par les jeunes libéraux en fin de semaine.

À 48 heures du début de la rencontre du Conseil de la fédération à Banff, la FEUQ et la FECQ ont lancé hier matin un appel à Jean Charest et à ses homologues de toutes les provinces pour qu'ils fassent de l'éducation postsecondaire le principal enjeu de leurs discussions sur le déséquilibre fiscal. La FEUQ et la FECQ estiment que la diminution des transferts fédéraux prive chaque année les universités et collèges du Québec de 1 milliard $, provoquant un manque à gagner récurrent de 375 millions $ dans le budget de fonctionnement des universités, et de 125 millions $ dans les cégeps.

La semaine dernière, en prévision de la rencontre, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, se montrait encore plus gourmand, et chiffrait à 4,74 milliards $ les surplus amassés par Ottawa au détriment des provinces.

"Tout le monde s'entend pour dire qu'on a besoin d'un réinvestissement massif en éducation postsecondaire au pays. Il y a de l'argent à Ottawa, et les ministres des provinces sont les mieux placés pour aller le chercher", a indiqué en entrevue François Vincent, président de la FEUQ.

Alléchées par les gains réalisés l'an dernier lors de la première rencontre du Conseil de la fédération, qui avait alors permis la signature d'une entente entre Ottawa et les provinces dans le domaine de la santé, les Fédérations étudiantes s'en remettent donc à Jean Charest pour défendre leurs intérêts auprès de Paul Martin. Toutefois, même si les ministres des provinces ont déjà confirmé que la formation des travailleurs sera leur nouveau cheval de bataille, les Fédérations restent méfiantes. Jean Charest devra leur promettre que l'argent redistribué par le fédéral sera bel et bien réinvesti dans les universités et les cégeps, et ne servira pas à d'autres fins, comme ce fut le cas pour les 700 millions $ récupérés l'an dernier, et qui n'ont jamais regarni les coffres du ministère de la Santé. "Nous devrons être vigilants. Tant que Jean Charest n'aura pas pris un engagement clair, nous n'aurons pas la certitude que l'argent sera injecté là où il doit l'être", a noté François Vincent.

D'Ottawa, les Fédérations demandent aussi que les sommes soient versées sans condition, respectant l'éducation comme champ de compétente provinciale et non fédérale.

Les Fédérations ont ainsi voulu clouer le bec à l'aile jeunesse du Parti libéral qui a proposé en congrès de rehausser les frais de scolarité (fixes depuis 1996) lors d'un éventuel second mandat du Parti, une possibilité qui n'a pas été écartée par le premier ministre, Jean Charest. "Simon Bégin (le président de l'aile jeunesse du Parti libéral) est complètement détaché de sa génération", a dénoncé Étienne Hudon-Gagnon, président de la FECQ. "La grève de l'an passé a démontré que l'accès égalitaire à l'éducation est au coeur des préoccupations des jeunes, et passe impérativement par un gel des frais."

Le Québec a pu maintenir les frais les plus bas de tout le pays en sabrant dans les budgets des établissements, dit-il : "et une augmentation encouragerait simplement un désengagement de l'État encore plus important".

Prévoyant une rentrée plus calme que la dernière, les Fédérations ont néanmoins évoqué la possibilité d'appuyer les employés de la fonction publique dans leurs négociations avec le gouvernement, sans toutefois préciser comment.

VBallivy@lesoleil.com




La ligne dure

André Pratte
La Presse mardi 9 août 2005

Éditorial - "Charest maintient la ligne dure ", titrait hier La Presse, à la suite des déclarations faites la veille par le premier ministre, Jean Charest, au sujet des négociations avec les syndicats du secteur public. Des porte-parole syndicaux se sont empressés d'accuser M. Charest de " chercher la confrontation ". Pourtant, la " ligne dure " dont il est question, c'est la ligne de la raison.

Dans le Petit Robert, le premier sens attribué à l'adjectif " dur " est: " Qui résiste à la pression. " Résister à la pression: c'est exactement l'attitude qu'a tenu à annoncer le premier ministre. Il faut un certain culot pour l'accuser de jeter de l'huile sur le feu; il y a des semaines que les syndicats remplissent leurs bidons en prévision d'un automne chaud!

La population ne doit pas être dupe: il ne s'agira pas d'un combat entre les bons " progressistes " et les méchants " néolibéraux ". Le conflit de travail qui s'annonce est tout ce qu'il y a de plus traditionnel: d'un côté des syndicats qui veulent obtenir des meilleurs salaires pour leurs membres, de l'autre un employeur qui cherche à préserver sa situation financière.

Les employés du secteur public ont droit à des hausses de salaire raisonnables. La comparaison que faisait dimanche le premier ministre entre les conditions de travail des fonctionnaires et celles des travailleurs touchés par la fermeture de la Smurfit-Stone de New Richmond est démagogique: la fonction publique n'est pas une usine de carton. Les comparaisons faites par l'Institut statistique du Québec montrent d'ailleurs que les travailleurs de l'administration publique québécoise sont loin d'être les mieux rémunérés.

Donc, des hausses de salaire raisonnables. Le mot clé ici, c'est " raisonnables ". Le gouvernement a proposé aux syndicats un " cadre financier " de 12,6 % sur six ans. Cela ne signifie pas des hausses de salaires de 12,6 % sur six ans. Dans l'esprit du gouvernement, le cadre inclut les centaines de millions qu'il devra verser pour respecter la loi sur l'équité salariale, de même que les autres demandes syndicales à incidence financière. Comme telle, l'augmentation des salaires proposée par le gouvernement est de 8 % sur six ans. C'est moins que l'inflation.

Les syndicats ont raison de demander plus; ils ont tort de demander la lune. Les hausses de salaires exigées- plus de 4 % par an pour trois ans- sont nettement excessives. Rappelons que chaque hausse d'un point de pourcentage coûte au gouvernement 265 millions par année; 4 % égale 1 milliard 60 millions.

De plus, les centrales syndicales feignent de croire qu'on peut séparer le dossier de l'équité salariale- un enjeu de quelques centaines de millions- et celui de la rémunération. " L'équité salariale, c'est un droit ", clament-elles. Bien sûr. Mais l'argent qui finance ce droit vient des mêmes coffres que celui qui paiera pour les augmentations de salaires. Or, quoi qu'en disent les représentants syndicaux, ces coffres-là sont à sec. Les syndicats devront donc choisir: ou bien ils donnent priorité à l'équité salariale et à d'autres améliorations de leurs conditions de travail, ou bien ils privilégient les hausses de salaires.

Il y aura un affrontement cet automne. On peut s'attendre à ce que les services offerts par les secteurs public et parapublic soient perturbés, voire paralysés pendant plusieurs semaines. Les syndicats espèrent que la population, qui s'est rangée de leur côté depuis l'élection du gouvernement libéral, fera de même cet automne, forçant le premier ministre à " acheter la paix ".

Cette fois-ci, pourtant, il ne fait pas de doute que si les syndicats défendent l'intérêt de leurs membres, le gouvernement, lui, défend l'intérêt public. Les Québécois l'appuieront s'il négocie de bonne foi. Et si, plutôt que de se contenter de jouer au dur comme il l'a fait dans le passé, il prend la peine de bien expliquer son point de vue.




Chaud, chaud, l'automne?

Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 9 août 2005

Les vacances sont terminées pour Jean Charest. Profitant des assises annuelles de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, le premier ministre en a profité dimanche pour nous rappeler qu'un affrontement se prépare entre les syndicats du secteur public et le gouvernement. Si de part et d'autre les positions sont fermes, le pire n'est pas sûr. Du moins pas encore.

L'affrontement n'est pour l'instant que verbal. Devant les menaces syndicales - ce sera le bordel dans les garderies et dans les écoles à la rentrée, prédisaient en juin aussi bien la CSN que la CSQ -, le premier ministre se devait de répliquer. Il n'achètera pas la paix avec les syndicats et n'offrira pas plus que les trois milliards qui sont déjà sur la table et qui équivalent à 12,6 % d'augmentation sur six ans. Point à la ligne.

De l'argent, le gouvernement du Québec n'en a pas... ou bien peu. Cela, les syndicats le savent bien malgré des demandes initiales excessives visant, pour une bonne part, à établir un rapport de force. La partie syndicale sera d'ailleurs la première à reconnaître qu'il ne servirait à rien de décrocher la lune pour se la voir retirer par la suite, comme le leur rappelait M. Charest en évoquant la crise survenue en 1981. Néanmoins, leur objectif, légitime, demeure d'obtenir mieux que ce qui est sur la table, ce à quoi ils croient possible d'arriver en raison de l'impopularité du gouvernement libéral.

Cette impopularité fait certes partie de la toile de fond de la négociation, mais pourrait avoir l'effet inverse à celui recherché par les syndicats. Dans son discours devant les jeunes libéraux, M. Charest ne cherchait d'ailleurs rien d'autre que de retourner la situation en se posant comme le défenseur du bien commun face aux nantis du secteur public dont l'«emploi garanti, les bonnes conditions de travail» ne se comparent pas à ce que vivent les autres travailleurs québécois soumis «à la farouche concurrence internationale».

Ce discours a été reçu comme une déclaration de guerre par les syndicats. Pourtant, ils savent depuis longtemps que cette négociation sera difficile. Dès son arrivée à la tête du Parti libéral, Jean Charest indiquait que ces derniers ne seraient pas les partenaires qu'ils pouvaient être pour les gouvernements péquistes, ce qui serait d'ailleurs impossible puisqu'il n'y a pas entre eux de vision commune du développement de la société québécoise.

De fait, il n'y a pas que l'argent et les conditions de travail qui sont en jeu dans cette négociation. Il y a tout ce qui relève de ces «grands bonds en avant» que le gouvernement Charest veut faire franchir à l'État québécois. Or, en ce domaine, les libéraux avancent sur un terrain fragile. Ce qui est perçu comme une volonté de leur part de démembrer l'État québécois demeure l'une des causes de leur impopularité, d'où la bataille syndicale contre les PPP, en santé comme ailleurs.

Dans la partie de bras de fer qui se joue, rien n'est définitivement arrêté. On est encore dans la période de réchauffement où chacun cherche à prendre la mesure de l'autre. C'est lorsque les deux parties se reverront à la table de négociation que l'on pourra voir la distance réelle qui les sépare. À cet égard, de part et d'autre, on sait qu'un règlement négocié vaut toujours mieux qu'un règlement imposé par une loi spéciale. On ne tardera pas à savoir si des compromis sont possibles, ou si l'automne sera chaud ou très chaud.




Premier Charest picks a fight

EDITORIAL
The Montréal Gazette August 9, 2005 Tuesday

Jean Charest, facing a confrontation with Quebec's public-service unions, landed the first punch last weekend, and in the process he offered a tantalizing hint of what could even prove to be a strategy.

"Be reasonable," Charest told the unions. He was speaking to a convention of his Liberal Party's youth wing, actually, but the message was carried across Quebec in the media.

Charest "invited" the civil servants to "think about the fate of all workers in Quebec." He cited the hundreds of unionized workers who now face joblessness in New Richmond, a Gaspe town hit by a mill closing. Next, Charest cited private-sector workers who "face the daily pressure of ferocious international competition."

By comparison, he said, bureaucrats with guaranteed jobs, reasonable paycheques and good working conditions are "the envy of the majority of Quebec workers."

This patent effort to divide Quebec's fiercely anti-Liberal union movement has its roots in desperation, but that does not mean the plan is doomed.

Low in the popularity polls and with no money to spare for buying off the public servants, Charest is making a virtue out of a necessity by coming out swinging.

There are even hints, Gazette columnist Don Macpherson found last weekend, that Charest may be ready to force a quick election, not so much against the opposition Parti Quebecois, leaderless though it is, as against the public-service unions.

That would be a long-odds gamble indeed. It might be easy to turn many over-taxed voters, even some private-sector union members, against a stereotype of pencil-pushing swivel-chair-bound deadbeat bureaucrats, but the public sector's estimated 500,000 members also include nurses and teachers. We defy Charest to find a Quebecer anywhere who wants to vote against nurses.

It's worth noting that Charest artfully worked into his Sunday speech the 1981 reopening, by the otherwise beloved Premier Rene Levesque, of existing contracts with public servants.

Levesque, facing a budget crisis, cut pay across the board by 20 per cent. Invoking that unhappy memory was Charest's way of noting that even the PQ can't protect the unions from cold balance-sheet reality.

The Charest government's pay offer - 12.6 per cent over six years - is just about half the union's demand, of 12.5 per cent over three years. Less than half, really, because the offer includes make-up raises under pay equity; the union demands pay-equity money on top of the 12.5 per cent. And the government cannot in decency stall any longer, because the last contract expired in 2003.

We'll find out this fall, through union pressure tactics and the public reaction to them, which numbers Quebecers consider more reasonable.




Un canular vite rectifié

Jean Pelletier
Premier directeur, Contenus, affaires publiques, reportages et documentaires, Radio-Canada*
Le Devoir mardi 9 août 2005

Libre opinion: Réponse à André Sormany Monsieur, En lisant votre lettre dans Le Devoir du 4 août [«Crash journalistique à RDI?»], je me suis rendu à l'évidence que votre intention n'était pas seulement de relever le fait que nous ayons été victimes d'un imposteur dans notre couverture de l'atterrissage raté d'un Airbus à l'aéroport Pearson à Toronto mardi dernier, mais de profiter de l'occasion pour dénigrer malicieusement le travail du journaliste Christian Latreille et d'imputer sans fondement des intentions machiavéliques au Service de l'information de Radio-Canada.

Les faits

Rappelons les faits : nous avons, mardi soir dernier vers 20h55, à quelques minutes de la fin de notre tribune téléphonique La Part des choses, été victimes d'un canular du plus mauvais goût. Un certain Michel Poitras (vous en cherchiez le nom exact dans votre lettre) s'est fait passer pour un passager rescapé dont la voisine de siège aurait subi l'ablation d'un bras dans la catastrophe.

Nous avons pris son numéro de téléphone avant de le mettre en ondes. Il nous a raconté sa version de l'accident. Notre animateur, Christian Latreille, étonné certes par la nature du propos, a tenté d'en savoir plus dans le temps qui lui restait. L'émission s'est terminée sans qu'il puisse aller au fond des choses et surtout, démasquer le personnage dont le récit, plus il le débitait, suscitait les plus sombres suspicions autant chez l'animateur que nos recherchistes. À preuve, nous n'y avons fait aucun écho dans aucun des bulletins qui ont suivi.

Mais voilà ! Être victime d'un canular dans le cadre d'une ligne ouverte menace les télévisions et les radios les plus rigoureuses, comme au reste les politiciens les mieux entourés sont susceptibles d'être victimes d'un entarteur téméraire ou qui sait, cela s'est vu, d'un imitateur habile du pape ou de la reine d'Angleterre. Michel Poitras s'est cru bien drôle d'abuser de la bonne foi des gens dans des moments tragiques, c'est son affaire.

Ça se traite.

Mise au point faite

Le quotidien La Presse qui avait repris à partir du RDI les propos de cet individu dans sa première page de mercredi a tiré la conclusion juste de ce canular. La mise au point du vice-président à l'information et éditeur adjoint, Philippe Cantin, relevait aussi que Radio-Canada avait fait la correction publique nécessaire dès mercredi.

Comme par ailleurs vous ne nous prêtez aucune bonne foi dans cette histoire, vous concluez avec un sens marqué de la conspiration que, s'il n'y a pas eu reprise à 22h de La Part des choses au RDI, c'est que nous voulions ainsi camoufler subtilement notre erreur. Pour votre gouverne, nous avions décidé dès le début de la soirée de diffuser sur les deux chaînes notre Téléjournal de 22h compte tenu de l'évolution rapide des événements. C'est d'ailleurs là la mission première de tout réseau d'information en continu.

Le 3 août, après avoir fait les recherches qui s'imposaient, nous avons diffusé la mise au point suivante : «Hier soir, dans la tribune téléphonique de l'émission La Part des choses, nous avons diffusé l'appel d'un téléspectateur, Michel Poitras, qui prétendait avoir été à bord de l'avion d'Air France qui venait de sortir de piste à Toronto. Nous avons immédiatement voulu vérifier son histoire. Malheureusement, il s'avère que cette personne n'a jamais été à bord de l'avion en question. Nous regrettons les inconvénients que la diffusion des propos de cet imposteur ont pu causer.»

Nos collègues des télévisions et journaux concurrents ont pour leur part compris que nous courons tous le risque un jour d'être victime d'une telle arnaque. Ils ont pris dans cette affaire la juste mesure des choses en ne s'évertuant pas à nous affubler des pires suspicions.

Je vous prie de croire, M. Sormany, à nos sentiments les meilleurs.

* Par intérim pour Louis Lalande, directeur général des programmes, Information télévision