
Qui sont ces irréductibles Québécois ?
Sabrina ROUILLÉ
Ouest-France Mardi 9 août 2005
Valérie Lion tente de remettre les clichés à leur place dans son dernier livre
Le Québec est chaque été à l'honneur à Saint-Malo. De nombreux Québécois viennent visiter la ville de Jacques Cartier, tandis que la Maison du Québec invite des artistes de la Belle Province. Valérie Lion y dédicaçait samedi son livre « Irréductibles Québécois », dans lequel elle cherche à comprendre pourquoi ils surprennent au-delà des clichés qui persistent.
Elle est tombée en amour, un mois de juin 1992. Cette année-là, Valérie Lion, jeune journaliste fraîchement diplômée, obtient une bourse de l'Office franco-québécois pour la jeunesse et s'installe un mois à Montréal. En cette année de 350e anniversaire de la ville, elle découvre une cité qui déborde d'énergie. « A chacun de mes voyages, je retrouve ce dynamisme extraordinaire qui anime les Québécois. » Car depuis ce mois de juin 1992, elle est retournée souvent pendant dix ans. Elle a parcouru la belle Province en long, en large et en travers, pour comprendre qui sont ceux que les Français considèrent « souvent à tort comme de simples « cousins » ». Comprendre le pourquoi du comment de cette « attraction québécoise ».
Journaliste à L'Express, elle a écrit « Irréductibles Québécois », qui vient de paraître aux éditions Des Syrtes, dans la collection Terres d'aujourd'hui. « Cette collection s'intéresse aux identités qui subsistent malgré la mondialisation. On s'aperçoit qu'il n'y a pratiquement pas de livres sur le Québec d'aujourd'hui, à part des guides touristiques, des beaux livres et quelques romans. »
Valérie Lion l'assure: « Le Québec ? Ce n'est pas un morceau de France en Amérique. C'est beaucoup plus complexe que ça. Pour la plupart des quelque 100 000 Français installés là-bas, la découverte a été surprenante. Beaucoup pensent que tout va être simple dans une société qu'ils pensent déjà connaître. » Cette terre d'immigration qui prône la diversité culturelle ne se résume pas « au sirop d'érable, à la motoneige et aux grands espaces ».
Mais pourquoi donc sont-ils irréductibles ? « Ils ne se résoudront jamais à être vaincus par la culture américaine, même si celle-ci a largement pénétré leurs mentalités et leurs modes de vie. Ils n'abandonneront jamais les armes pour défendre la langue française. Le Québec est-il un village qui résiste vaillamment à l'envahisseur ? L'analogie fait sourire les Québécois [...] mais elle est si juste qu'ils n'y résistent pas ! »

Wall Street a le Québec à l'oeil :
Notre dette inquiète les agences de crédit
Michel Hébert
Le Journal de Québec mercredi 10 août 2005
Les marchés financiers de Wall Street ont le Québec à l'oeil. Inquiètes du poids de la dette et de la masse salariale des employés du secteur public, les agences de crédit ont les finances du gouvernement « sous observation ». Fin juin, le ministre des Finances, Michel Audet, a été prévenu qu'une décote était possible si la dette continuait d'augmenter.
« Nous sommes sous observation depuis trois ans parce qu'ils sont préoccupés par notre dette et le fait qu'on doit régler nos conventions collectives; alors, il faut le faire de façon responsable. J'ai pas envie de me faire dicter des politiques budgétaires par des agences de crédit », a confié le ministre Audet au Journal hier.
C'est la prestigieuse agence Moody's qui a passé le message au gouvernement et signalé que l'endettement du Québec commençait à provoquer la nervosité sur les marchés financiers. La dette directe du Québec est de 120 milliards et coûte sept milliards par année. C'est le troisième poste budgétaire du Québec après la Santé et l'Éducation. Si la cote du Québec devait glisser de A2 à A3, ses emprunts coûteraient au moins 1 % de plus, soit 300 millions. « La marge de man_uvre est étroite et tout ce monde-là en est conscient », signale le ministre.
Régimes de retraite
Mais pourquoi les agences de crédit s'intéressent-elles aux conventions collectives du secteur public? Parce que la dette est constituée en grande partie des charges imputables aux régimes de retraite des employés de l'État. Elles sont passées de 25 milliards à 57 milliards, entre 1995 et aujourd'hui. Mais le gouvernement n'a provisionné que 19,5 milliards dans un « fonds de stabilisation ». Ça veut dire que, pour des dépenses de 57 milliards, il a mis de côté moins de 20 milliards. Mais on ne rembourse pas notre dette, on la refinance.
« J'ai 10 % à refinancer par année. Ça veut dire que, à chaque mois, je dois aller chercher un milliard. Il faut que les marchés financiers aient confiance en notre capacité de remboursement. Ils ont confiance parce qu'on leur a dit qu'on aurait une gestion responsable des finances publiques; alors, il faut être cohérent et on ne peut risquer d'être décotés en se montrant irresponsables », soutient le ministre.
Pour Michel Audet, ce n'est pas de la provocation que de dire les choses simplement : les Québécois étant les plus taxés, ils ne peuvent payer davantage d'impôt tandis que les marchés financiers refusent de creuser la dette. Les employés de l'État devront donc se contenter de 12,6 % sur six ans, incluant l'équité salariale. La liste de paye du gouvernement passerait ainsi de 26,5 milliards à 29,7 milliards.
« Les contribuables québécois ne peuvent pas payer plus et les gens ne peuvent nous prêter plus; alors, il faut gérer avec l'argent qu'on a. On ne peut compter qu'une manne va nous tomber du ciel et on a pas de pétrole. Notre offre aux employés de l'État est toujours la même. Ce sera 12,6 %, ça doit être le cadre dans lequel se fera le règlement avec le secteur public », dit le ministre des Finances en terminant. (Michel Hébert, Le Journal de Québec)

Le fédéral s'engraisse
Raymond Giroux
Le Soleil mercredi 10 août 2005
Heureux problème, diront les partisans libéraux au su des milliards de dollars imprévus qui arrosent les coffres du gouvernement fédéral. L'économie roule malgré tous les accidents de parcours, et le ministre des Finances, Ralph Goodale, a bien de la misère à tenir ses collègues en laisse.
Les premiers ministres des provinces, qui se retrouvent à Calgary puis à Banff, en Alberta, à partir d'aujourd'hui, ont sûrement lu avec attention la dernière "revue financière" rendue publique à Ottawa, la semaine dernière.
Ils y ont notamment appris, en même temps que les contribuables canadiens, qu'en avril et mai 2005, les revenus budgétaires du gouvernement ont progressé de 3,4 milliards $, soit 11,2 %, sur la même période, l'année précédente.
Explication laconique, presque banale : "Cette hausse est principalement attribuable à la poussée des rentrées d'impôt sur le revenu des particuliers et sur l'impôt des sociétés", lit-on dans le document officiel.
Même la caisse de l'assurance-emploi continue d'engraisser malgré une diminution des contributions : plus de travailleurs, moins de chômeurs, et c'est ainsi que la caisse augmente son excédent de 766 à 935 millions $ pour les deux premiers mois de la nouvelle année fiscale.
En bref, cela fera encore plus d'argent que les chômeurs ne verront pas, et encore moins d'argent que les contribuables pourront dépenser à leur guise.
Ajoutons à cette réalité bien chiffrée les informations publiées par le Globe and Mail, avant-hier, à l'effet que le bilan final de 2004-2005 révélera un excédent total de quelque 8 milliards de dollars.
M. Goodale soutenait pourtant dans son budget de février qu'il ne disposerait en tout et pour tout de sa réserve de prudence de 3 milliards de dollars, lui qui avait ouvert les vannes pour une série de programmes à long terme.
Comment expliquera-t-il aux provinces qui demandent 4 milliards $ supplémentaires pour l'enseignement supérieur qu'il n'a pas un sou de plus à y consacrer, alors que les soi-disant imprévus iront automatiquement au service de la dette ?
Nouvelle intervention fédérale
Ottawa pourrait régler cette question liée au déséquilibre fiscal de trois manières : diminuer ses impôts pour laisser le champ libre aux provinces, de qui relèvent l'éducation et la formation professionnelle, transférer les points d'impôts équivalents, ou augmenter sa contribution sans imposer ses normes.
Si le passé est garant de l'avenir, le fédéral n'a aucune intention de suivre une de ces trois voies. Il inventera plutôt un nouveau programme de formation doté de cibles et d'objectifs mesurables et créera un comité national pour en valider les résultats.
Le Québec de Jean Charest veut l'argent sans condition, et tentera de convaincre les autres premiers ministres de le suivre dans cette direction.
Mais ces derniers justement, n'ont rien contre la présence fédérale dans le monde de l'éducation. Ils veulent profiter de la manne, certes, mais ne rechignent pas à rendre des comptes.
Le coup de l'entente asymétrique réalisé par M. Charest et le premier ministre, Paul Martin, sur la question de la santé ne pourra être répété, si jamais Ottawa acceptait un sommet fédéral-provincial sur l'enseignement supérieur.
L'opinion anglo-canadienne, les bonzes de la haute fonction publique et les libéraux en général ont rejeté ce fédéralisme à deux vitesses qui leur a été imposé par M. Martin.
Ce qui laisse à M. Charest bien du pain sur la planche, à Banff, lui qui veut absolument baisser les impôts des Québécois avant de revenir en élections.
RGiroux@lesoleil.com

Pas si simples, les relations avec les Innus...
Jean-Marie Bélisle : Président du Groupement agro-forestier et touristique de la Côte-Nord
Le Devoir mercredi 10 août 2005
Lettre à Josée Boileau
Mme Boileau, j'ai lu avec intérêt votre éditorial dans Le Devoir du jeudi 4 août: «Qui provoque?», et j'aimerais vous faire part de mes commentaires d'individu vivant en région et très impliqué dans les questions qui touchent le développement régional et la gestion des ressources naturelles.
Quand le chef des Betsiamites, M. Raphaël Picard, exprime sa volonté de négocier de «nation à nation», qu'il met de coté ses concitoyens nord-côtiers et part s'adresser aux politiciens et médias de la métropole et de la capitale, il n'est pas facile de rester calme en région. Quand il dit vouloir établir des partenariats et qu'il refuse de rencontrer ou d'écouter les instances locales directement concernées par ses projets, il n'est pas très facile de rester calme non plus.
Quand les gens des régions voient que la plus forte proportion des appuis à «la cause» de M. Picard viennent des zones urbaines, peu ou pas concernées par les enjeux en cause, encore une fois, nous trouvons la situation difficile.
Je suis président du Groupement agro-forestier et touristique de la Côte-Nord, qui regroupe environ 350 des 800 propriétaires de boisés privés de la Côte-Nord. L'hiver dernier, M. Picard nous a fait parvenir une mise en demeure (non justifiée puisque nous n'avons plus de CAAF [contrat d'aménagement et d'approvisionnement forestier] depuis que la MRC a obtenu la gestion des lots intramunicipaux) et dans ma réponse je lui demandais une rencontre pour échanger sur les impacts possibles sur nos membres de certains aspects de l'approche commune. Nous n'avons même pas eu droit à un accusé de réception...
Inquiétudes
À mon avis, et je suis d'accord avec vous sur ce point, nos politiciens ne font pas mieux. Je pense que ceux-ci commencent à comprendre la nécessité d'arriver à une entente, mais qu'il faudra aussi mettre une limite aux demandes et revendications autochtones. Ce n'est jamais facile de dire non, surtout à un groupe qui est défavorisé et qui jouit de l'appui de la majorité des citoyens.
Je suis pour ma part très inquiet du déroulement des événements et j'espère que tous comprendront qu'il ne faudrait pas un très grand dérapage pour perdre complètement le contrôle et en arriver à des affrontements, non plus devant les cours de justice, mais dans les rues.
Le jour où les gens des grands centres accorderont aux Innus le droit de venir chez moi faire la cueillette, chasser et camper, je ne suis pas non plus certain de rester calme et plusieurs des propriétaires que je tente de représenter sont beaucoup plus agressifs que moi à ce sujet.
Quand M. Picard réclame le respect et qu'il ne considère pas ses voisins, j'ai un peu de difficulté. Bien conseillé par M. Éric Cardinal (du personnel de M. Rémy Trudel lorsque celui-ci était ministre des Affaires autochtones), qui est basé sur une réserve mohawk de la région de Montréal, et une batterie d'avocats, M. Picard est en effet en train de gagner l'opinion publique. Mais en région, il risque fort d'y avoir d'autres batailles et je ne suis pas certain qu'il y aura des gagnants (sauf pour les vautours, qui savent bien sûr profiter de tels champs de bataille).
La région se sent bien dépourvue dans tout cela et nous n'avons pas l'impression d'avoir l'appui de beaucoup de monde. Après tout, peut-être que Michel Chartand a raison et que si les Innus sont chez eux sur la Côte-Nord, nous n'y sommes peut-être pas chez nous, et que si nous ne sommes pas contents, nous n'avons qu'à partir. [...]
Comment maintenir le dialogue?
L'engagement des Innus réclamé par M. Picard dans la gestion des ressources naturelles se traduira comment? En a-t-il une idée? Comment fera-t-il pour rétablir avec les gens de Kruger un semblant de confiance?
Saviez-vous que Kruger a réengagé un ingénieur forestier qui travaillait pour le conseil de bande afin de mener les consultations auprès des divers groupes d'intérêts concernant les interventions de la compagnie? Sans vouloir prendre partie pour Kruger, je crois sincèrement qu'elle a fait des efforts pour s'entendre avec les Innus de Betsiamites. Mais ce n'est pas ce que veut M. Picard.
Je crois que M. Picard aurait pu obtenir plus de Kruger en maintenant le dialogue et les échanges. Ce n'est pas vrai, quoiqu'en ait dit la juge Grenier dans son jugement de juin et ce que vous en avez compris, que les Innus ne sont pas plus considérés que le premier club de chasseurs venus. En région, les fonctionnaires, les organismes de développement, les compagnies et les élus essaient d'établir des ponts avec les Innus et d'obtenir leur engagement. Mais ce n'est vraiment pas facile d'obtenir des positions concrètes ou même une simple participation à l'élaboration de stratégie de développement ou d'exploitation.
À mon avis, les consultants en communications et les avocats font beaucoup trop d'argent avec les négociations pour suggérer aux Innus de régler et de s'engager dans les collectivités locales. Je crois qu'on craint de perdre des points de négociations.
Les Innus n'occupent presque plus le territoire et la vaste majorité d'entre eux vit bien misérablement sur la réserve et c'est dommage, mais ils n'ont pas nécessairement envie de retourner sur le territoire. Alors, d'autres occupent ce territoire à leur place et il faudra bien que les urbains et les Innus le considèrent aussi, un jour ou l'autre.
Je n'ai malheureusement pas de solution pour régler l'ensemble des problèmes sociaux chez les Innus mais je suis certain que ce n'est pas d'argent dont ils ont le plus besoin, alors que nous donnons déjà plus de 30 millions par année à Betsiamites afin de pourvoir aux besoins d'un peu moins de 4000 personnes...

Martin's positive move on unity
CHANTAL HÉBERT
The Toronto Star Aug. 10, 2005
When it comes to Quebec, there is intelligent life on planet Martin after all. The appointment of broadcaster Michaëlle Jean as the next governor general is the best evidence of it to date.
Over the past decade, successive Liberal governments have relied on mostly defensive moves to try to prevent a repeat of the 1995 Quebec nail-biter. As a result, the Clarity Act has emerged as the main federal post-referendum initiative. But that is ultimately only an insurance policy, for use to mitigate a disaster.
On the positive front, the record is less than impressive. When Liberals have not been shooting blanks with parliamentary declarations such as the one affirming Quebec as a distinct society, they have been shooting federalism in the foot with the infamous sponsorship program.
The outstanding exception was Jean Chrétien's 2003 decision to keep Canada out of Iraq, probably the most significant — as well as the most underrated — boost to federalism in Quebec since Brian Mulroney's initial negotiation of the Meech Lake Accord in 1987.
Jean's elevation to governor general will do little for an institution that inspires widespread indifference in Quebec. But it does go some way to positioning the federal government nicely on the checkerboard on which future unity episodes are bound to play out.
While much of the commentary outside Quebec has focused on what is, for all to see, an immigration success story, for many Quebecers Jean's appointment is primarily a timely recognition of Quebec's emergence as an increasingly diverse French-speaking society.
There is more to this than politically correct lip service to inclusiveness.
If there ever is another referendum on sovereignty, and that remains a big if at this point, the cultural communities — as the groups that make up the multi-ethnic fabric of the province are called here — are likely to make the difference.
The first reason for this is sheer weight of numbers.
Although sovereignists have made modest inroads in some cultural communities, in particular those that are French-speaking, one need only glance at the Quebec election map to see that the multi-ethnic ridings of Montreal still largely belong to the federalist parties.
But that has been changing recently. In a provincial by-election last year, the Parti Québécois snatched one of Montreal's ethnically diverse ridings from the provincial Liberals.
At the federal level, the Bloc Québécois ran a handful of candidates from the cultural communities in the last election and managed to get two elected to the House of Commons.
Expanding that base is the sovereignist party's priority in the upcoming federal campaign. To do so, the Bloc will notably be running high-profile candidates from visible minorities in some of the Liberal strongholds rendered fragile by the sponsorship scandal.
But numbers tell only one side of the story.
In theory, sovereignists would not have to reach out too far outside the ranks of their more traditional supporters to get over the 50 per cent threshold in another referendum.
For instance, if the tightly-knit civil servant bastion of Quebec City had supported sovereignty with the same gusto as the rest of francophone Quebec in the last referendum, the Yes faction would have won.
But the relative absence of the cultural communities from the sovereignty frontline is increasingly becoming an impediment to the growth of support for sovereignty among pure laine francophones.
To a growing number of Quebecers, it is no longer conceivable to move forward on sovereignty without significant multi-ethnic support. That is too much like old Quebec trying to drag new Quebec into an unwanted future.
The need to diversify their coalition along the lines of ethnic and visible minorities has become acutely obvious to forward-looking sovereignist strategists.
Last week, Prime Minister Paul Martin signalled that he, too, is aware of the fast-changing make-up of francophone Quebec.

Michaëlle Jean a la nationalité française
André Noël
La Presse mercredi 10 août 2005
L'Angleterre et la France se sont tirées par la manche pendant des siècles. Ici même, leurs soldats se sont carrément tiré dessus, abreuvant de sang les sillons des plaines d'Abraham. Autres temps, autre moeurs: la future représentante de la reine d'Angleterre au Canada a la nationalité... française.
Michaëlle Jean, qui deviendra gouverneure générale le 27 septembre, a en effet adopté la citoyenneté de la République française après avoir épousé le cinéaste français Jean-Daniel Lafond il y a une quinzaine d'années.
«Mme Jean a la double nationalité: canadienne et française», a confirmé Catherine Gagnaire, porte-parole de la gouverneure générale désignée. Le fait est original, mais, souligne-t-elle, il ne pose aucun problème constitutionnel.
«Mme Jean n'a pas obtenu la citoyenneté française de façon automatique lors de son mariage; elle a entrepris de longues démarches administratives auprès du consulat de Montréal pour l'avoir. Mme Gagnaire ignorait si elle a fini par l'obtenir il y a 15 ans ou récemment.»
Randy Mylyk, secrétaire de presse auprès de la gouverneure générale actuelle, Adrienne Clarkson, a dit qu'il ignorait si d'autres gouverneurs généraux ont déjà eu la double nationalité au Canada. Jusqu'en 1952, ils devaient avoir la citoyenneté britannique.
Le dernier gouverneur français du Canada fut Pierre de Rigaud de Vaudreuil, qui a quitté le Québec en septembre 1760 sur un navire anglais, après la capitulation de la Nouvelle-France. Fâché d'avoir perdu son empire en Amérique du Nord, le roi Louis XV l'a emprisonné à la Bastille, puis lui a intenté un procès.
Son propre fils, Louis XVI, a perdu plus qu'un empire: il a perdu sa tête sur la place de la Révolution à Paris. La première constitution de la République stipulait qu'elle ne reconnaissait «ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires... (ni) distinctions de naissance».
L'actuelle constitution se veut toujours résolument antimonarchique: «La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.»
Mme Jean a adhéré à ces valeurs très peu royalistes en adoptant la citoyenneté de la République française à l'âge adulte, a souligné Éric Debargis, président de l'Union française de Montréal. «Il y a une certaine contradiction avec l'allégeance à la reine d'Angleterre», a dit M. Debargis, qui se réjouit par ailleurs qu'une citoyenne française devienne le chef de l'État canadien.
Mme Jean, qui refuse d'accorder des entrevues jusqu'à son entrée en fonction, est née à Port-au-Prince, en Haïti, en 1957. «En 1968, alors qu'elle était enfant, elle a été chassée de son pays, avec sa famille, signale sa biographie officielle. L'exil l'a conduite au Canada.» Le président à vie François Papa Doc Duvalier a alors retiré leur nationalité haïtienne à tous les membres de sa famille.
M. Debargis comprend et approuve les démarches entreprises il y a plusieurs années par Mme Jean pour obtenir la citoyenneté française. «Quand ils épousent un Français, rares sont les gens qui ne sont pas intéressés à devenir eux-mêmes français, a-t-il dit. En devenant français, on devient aussi européen. On allie le meilleur des deux mondes.»
Plusieurs Québécois connus ont fait comme Mme Jean et obtenu la nationalité française. C'est le cas de l'ancienne ministre péquiste Louise Beaudoin, du ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, du ministre de l'Environnement du Québec, Thomas Mulcair, et du ministre québécois de la Santé, Philippe Couillard.

À propos de Michaëlle Jean et de l’époux de la nouvelle Gouverneur général du Canada
Jacques Lanctôt
TRIBUNE LIBRE mercredi 10 août 2005
« Cette nuit-là, la première du blocus, il y avait à Cuba quelque 485 550 voitures, 343 300 réfrigérateurs, 549 700 postes de radio, 303 500 téléviseurs, 352 900 fers à repasser, 288 400 ventilateurs, 41 800 machines à laver, 3 510 000 montres, 63 locomotives et 12 paquebots. Tout, à l'exception des montres suisses, avait été fabriqué aux États-Unis. » (Gabriel Garcia Marquez)
J’étais à La Havane lorsque j’ai appris la nouvelle de la nomination de Michaëlle Jean au poste de Gouverneur général du Canada. C’est un ami qui me l’a appris, Jean-Guy Allard, qui travaille comme traducteur et journaliste pour l’hebdomadaire cubain Granma Internacional, cet « outil de propagande communiste du gouvernement cubain » aux dires de la CIA, du gouvernement étatsunien et d’une certaine gauche bien-pensante.
Du coup, je me suis souvenu du film qu’elle et son mari cinéaste, Jean-Daniel Lafond, ont fait en 1999, l’un le réalisant pour le compte de l’ONF, l’autre agissant à titre de journaliste de Radio-Canada, la convergence parfaite. Un film minable portant sur Cuba et intitulé L’heure de Cuba. J’avais été appelé à le commenter en direct sur les ondes de Radio-Canada (ou de RDI, je ne me souviens plus très bien), et j’avais été indigné du traitement que Michaëlle Jean et son mari avaient apporté à la Révolution cubaine. Elle avait été visiblement insultée du fait que le président de la République cubaine n’avait pas daigné accepter d’être interviewé par cette journaliste somme toute bien ordinaire pour le commun des mortels cubains. Comme si, à l’époque, le premier journaliste venu de France, quelques années après l’élection de René Lévesque en 1976, s’était vu fermer la porte par un premier ministre aux prises avec des problèmes autrement plus importants et que, frustré, le journaliste en question s’en était pris par la suite aux non-réalisations des promesses électorales pour dénigrer le Parti québécois. Il y a encore et souvent, chez certains Français qui se disent progressistes (issus de la Métropole ou des anciennes colonies), des relents de colonialisme qui consistent à se croire porteurs de la vérité absolue sur ces terrains où se joue le sort des peuples et à vouloir donner à tout prix de grandes leçons aux indigènes de l’endroit.
En spécialiste autoproclamée des Caraïbes, Michaëlle Jean s’est donc acharnée à humilier le président cubain en s’interrogeant tout au long du film sur le pourquoi des nombreuses queues devant certains commerces, sur les innombrables pénuries qui sévissent toujours plus de trente ans après la Révolution, sur la dégradation des conditions de vie à Cuba après l’abandon dramatique du bloc soviétique, etc. Comme si la réponse ne coulait pas de source pour tout bon journaliste qui se donne la peine de chercher un tant soit peu, oh pas bien loin, à quatre-vingt-dix milles des côtes cubaines. Comme si la journaliste d’origine haïtienne avait oublié qu’à quelques centaines de kilomètres de La Havane, dans les rues de Port-au-Prince ou des autres villes de ce petit pays exsangue, la guerre civile et le chaos perdurent toujours, la majorité de la population vit dans l’indigence la plus totale, l’éducation est à son degré zéro, des enfants meurent de faim, l’espérance de vie est une des plus basses de la région, la population étant victime non pas d’un régime communiste mais d’un capitalisme on ne peut plus honteux et sauvage.
Ne sait-elle pas, la nouvelle Gouverneur général du Canada, comment on appelle un médecin à Port-au-Prince? Quand les gens veulent consulter un médecin, ils disent : « Je vais voir le Cubain », car Cuba a envoyé, à titre bénévole, des centaines de médecins en Haïti, et ce sont ceux-là qui soignent gratuitement la population. Un autre outil de propagande du régime communiste, sans doute.
Quant à son mari, Jean-Daniel Lafond, cet autoproclamé cinéaste du tiers-monde, est même allé jusqu’à personnifier le docteur Jacques Ferron dans un film triste à mourir où la figure de l’écrivain, loin d’être magnifiée, apparaît comme un être dépourvu d’envergure, la figure du perdant désolant trop souvent accolé à l’homme québécois. Il n’a visiblement rien compris aux secrets et astuces de l’écrivain longueuillois. Quant à ses autres films, ils sont de la même eau, enflure verbale, absence totale de réserve et de sens critique, désir incessant de se mettre en évidence et de faire la leçon.
Quel pauvre journalisme ont pratiqué ces deux prétentieux. Les voilà maintenant très haut perchés. Si haut si haut qu’on les verra à peine faire quelques génuflexions accommodantes et autres baise-main, s’autoproclamant modestement sauveurs de la nation en péril en se regardant candidement dans les eaux du canal Rideau. Loin de célébrer cette nomination, je m’attriste de voir encore une fois le crétinisme triompher.

Governor general a French citizen
Jack Aubry
The Ottawa Citizen Wednesday, August 10, 2005
Michaelle Jean became dual citizen by marriage
Canadians will not only have a new governor general when Michaelle Jean moves into Rideau Hall -- they'll also have a new French governor.
That's one possible conclusion Canadians may reach after a spokesperson for Canada's future representative of the British monarchy confirmed that Ms. Jean holds dual citizenship, and is a French citizen through her marriage to filmmaker Jean-Daniel Lafond.
"I will represent the Crown in Canada and I believe in that institution -- the oldest in our history.
"From Samuel de Champlain to Michaelle Jean, we went a long way," said Ms. Jean last week when asked for her thoughts on the monarchy.
Champlain, who is considered the founder of Quebec, was Canada's first French governor. In a curious way, Ms. Jean's dual citizenship will make her the country's latest French governor when she takes up her post in September.
The Prime Minister's Office says the dual citizenship held by Ms. Jean was not an issue in her selection as governor general, pointing out she and her husband are Canadian citizens "by choice" and they brought their adopted six-year-old daughter, Marie-Eden, to Canada from Haiti to become a citizen.
Ms. Jean, who fled from Haiti to Canada in 1968 with her family, became a French citizen when she married Mr. Lafond, who holds dual citizenship, in a civil ceremony in 1990. Mr. Lafond, who left France for Canada in 1974, became a Canadian citizen in 1981.
Fluent in five languages, the 48-year-old former CBC broadcaster was approached recently to replace Governor General Adrienne Clarkson.
Prime Minister Paul Martin was following the tradition of alternating the post between English- and French-Canadians.
With her daughter and husband by her side, Ms. Jean also told a press conference last week: "You know I know exactly where I was born. I know exactly where I'm from ...
"Having a person like me as governor general of Canada will mean a lot, not only to Canadians, but all abroad.
"I think it will mean a lot for humanity."
Ms. Jean was on a retreat this week preparing for her new duties.
Ms. Jean's biography, which is posted on the prime minister's website, listed among her awards the Ordre des Chevaliers de La Pleiade by the Assemblee internationale des parlementaires de langue francaise.
Mr. Lafond's bio, meanwhile, mentions that he is a former professor of philosophy in France who worked closely in his homeland with the research branches of the Service de radiodiffusion television francaise, the Institut National de la Recherche Pedagogique and the Atelier de Creation Radiophonique de Radio-France before leaving for Quebec in 1974.
Mr. Lafond indicated at the press conference last week that he intends to stay active while living at Rideau Hall: "I am who I am. I'm like that. You know I stay myself. That's important and not to leave my place, my seat, my films and so on."
Mr. Lafond, a filmmaker, has never shied away from controversy, including his work on a documentary in 1994 on the 25th anniversary of the October crisis and the FLQ murder of Quebec labour minister Pierre Laporte.
