Landry démissionne pour de bon

Guillaume Bourgault-Côté
Le Devoir mercredi 17 août 2005

La course à la direction du PQ se jouera sans lui: il reste un «militant dévoué»

Bernard Landry pourra regarder couler son bout de fleuve à Verchères aussi souvent qu'il le voudra dans les prochains mois. L'ancien chef du Parti québécois (PQ) a en effet mis un terme aux rumeurs insistantes qui évoquaient son envie de faire le saut dans la course à sa propre succession en diffusant hier un bref communiqué dans lequel il confirme qu'il maintient sa décision prise au dernier congrès du PQ. À défaut de redevenir chef du parti, il entend ainsi demeurer un simple «militant dévoué», une décision saluée par plusieurs souverainistes.

Depuis sa démission-surprise du 4 juin, à la suite d'un vote de confiance où il avait récolté 76 % d'appuis de la part des délégués, Bernard Landry n'avait jamais personnellement démenti la possibilité d'un retour : aux médias, il indiquait qu'il réfléchissait et qu'il était à l'écoute de ceux qui lui demandaient de reconsidérer sa décision. M. Landry avait fixé à vendredi la date-butoir pour annoncer ses intentions, ceci malgré les pressions exercées par des péquistes pour qu'il donne une réponse rapide -- et que son ombre soit levée sur la campagne en cours.

«Plusieurs militantes et militants m'ont demandé de réévaluer [mon] choix et m'ont sollicité de diverses manières pour me présenter à la direction du parti, écrit M. Landry dans sa lettre, reproduite en page A 7 de ce journal. C'est au nom du respect de ces personnes que j'ai analysé soigneusement la situation et accepté de réfléchir à la possibilité de répondre à ces appels.» Le constat final est que, «dans l'intérêt supérieur du Québec et du Parti québécois», il vaut mieux respecter l'annonce faite en juin.

«J'ai été extrêmement touché par les témoignages d'estime et de sympathie qui m'ont été adressés, poursuit M. Landry, qui n'a pas parlé autrement aux médias hier. Je tâcherai de ne pas les décevoir dans mes actions futures en faveur de l'indépendance du Québec.» Il conclut en soulignant qu'il sera un militant actif qui cherchera «de toutes [ses] forces à contribuer à l'atteinte de l'idéal» de la souveraineté. M. Landry devrait aussi retourner enseigner à l'Université du Québec à Montréal, où il est en congé sans traitement depuis plusieurs années.

Manque d'appuis

Les rumeurs les plus contradictoires ont entouré ces dernières semaines l'état de la réflexion de M. Landry. Il y a 10 jours, plusieurs de ses proches avaient confié au Devoir qu'il n'allait pas revenir et que la décision était scellée. Mais le politicien affirmait lui-même quelques jours plus tard qu'il était encore en réflexion et que rien n'était décidé.

«Je suis extrêmement déçue et surprise, a commenté hier la militante péquiste et candidate bloquiste dans Ahuntsic, Maria Mourani, qui appuyait son retour. Nous pensions vraiment qu'il allait revenir. On avait monté une organisation pour lui. Mais j'ai l'impression qu'il s'attendait à voir un appui massif des députés, et ça n'a pas fonctionné.» Yves Michaud, vieil ami de Bernard Landry, tirait les mêmes conclusions. «C'est très décevant, mais je le subodorais depuis longtemps», dit-il. Selon M. Michaud, c'est «l'apathie, le silence, le désintéressement de tous ses collègues à l'Assemblée nationale» qui expliquent en grande partie la décision d'un homme qui «aime toujours la politique».

Aucun des membres de la députation péquiste ne s'est manifesté en faveur du retour de l'ancien chef. Plusieurs ont au contraire signifié à M. Landry qu'il ne devait pas revenir. Et si des militants avaient mis sur pied un site Internet pro-Landry, d'autres avaient créé un pendant à l'opposé cette semaine, en même temps que les jeunes péquistes lui enjoignaient de rester en dehors de la course. «Ça n'a jamais levé», résumait hier un proche en parlant du «mouvement» en faveur de son retour.

Trop tard

La décision attendue de Bernard Landry n'a donc pas causé de grande surprise hier dans les rangs souverainistes. «J'aurais espéré qu'il change d'avis le soir même, quand il a décidé de partir, a commenté Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois. Mais là, les semaines ont passé et une course s'est mise en marche. Je comprends sa décision. [...] Ce qui est important maintenant, c'est le rôle qu'il va jouer dans le mouvement souverainiste. Il a un rôle pédagogique à jouer, estime-t-il. Il sera au-dessus de la mêlée, sans toucher directement à l'administration publique. Ça lui donnera encore la chance de jouer un rôle dans la société, avec un regard extérieur.»

Candidat à la chefferie et favori dans les sondages, André Boisclair s'est de son côté dit «content de voir que M. Landry demeurera un militant passionné de la souveraineté. Tous les souverainistes auront besoin de son énergie et de ses compétences». Il a refusé de préciser quel rôle il souhaiterait que Bernard Landry tienne au sein du PQ, advenant qu'il remporte la course. «Je ne commencerai pas à jouer au chef de l'opposition et à faire des nominations en pleine course à la direction.»

S'il est élu chef, Richard Legendre promet pour sa part de réserver une place de choix à Bernard Landry au sein d'une «équipe du OUI» qui préparerait la souveraineté. «Monsieur Landry serait un excellent premier co-équipier pour moi, le 16 novembre. Bien entendu, s'il veut le faire avant, il est plus que le bienvenu», a déclaré M. Legendre, qui prévoit solliciter prochainement l'appui de celui qu'il qualifie de «père politique». Estimant avoir été fréquemment sur la même «longueur d'onde» que M. Landry, il croit que des militants en attente de sa décision pourraient maintenant se retourner vers lui pour présider aux destinées du parti.

Longtemps rivale de l'ancien premier ministre, Pauline Marois a fait état hier d'une décision déchirante pour M. Landry, lui qui est profondément «attaché à une cause qui habite nos vies». En lui rendant hommage, elle a indiqué respecter «évidemment la décision prise aujourd'hui par Bernard. [...] Je souhaite que celui-ci continue, au cours des prochaines années, à mettre son intelligence, sa compétence, sa force de conviction et ses talents de pédagogue au service du Québec.» Selon Louis Bernard, autre candidat à la direction, la décision de Bernard Landry «reflète la nature de l'homme qui a toujours été au service de la nation québécoise».

Paquette se lance

Par ailleurs, Le Devoir a appris qu'un ancien ministre du gouvernement Lévesque, Gilbert Paquette, devrait annoncer demain qu'il se présente aux côtés des 12 candidats déclarés dans la course à la succession de Bernard Landry. M. Paquette avait fait part de ses intentions en juillet, mais il attendait la décision de M. Landry avant de se lancer. Élu dans Rosemont en 1976 et en 1981, il a été ministre de la Science et de la Technologie entre 1983 et 1984, avant de démissionner du PQ.

Autrement, les membres du club politique SPQ Libre ont entériné lundi la candidature de Pierre Dubuc en tant que candidat officiel du club dans la course à la chefferie.

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy et d'Alec Castonguay




Changement de génération

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 17 août 2005

ÉDITORIAL - Bernard Landry ne sera pas candidat à sa propre succession à la tête du Parti québécois. Par un bref communiqué, l'ancien premier ministre a mis fin hier au suspense. Il restera simple militant, comme promis lors de sa démission survenue à la suite d'un vote de confiance insatisfaisant lors du dernier congrès de son parti en juin dernier. Sage décision que celle-là.

Son engagement politique est ce qui définit d'abord Bernard Landry. Ces 40 dernières années, il les aura consacrées presque entièrement à la construction d'un Québec moderne et à la défense de l'idée de souveraineté. Le moins qu'on lui devait était de lui laisser cette période de réflexion alors que ses amis le pressaient de revenir sur sa résolution première.

Décidée impulsivement, sa démission était inattendue. À peine 24 heures s'étaient-elles écoulées que l'ancien chef péquiste s'était mis à douter de la sagesse de son geste qui aurait été, a-t-on fait valoir en guise d'excuse, inspiré par des conseillers mal avisés. La suite des événements devait confirmer que son instinct l'avait malgré tout bien guidé.

Au fil des conversations et des coups de sonde, Bernard Landry a ainsi pu constater cet été que ses appuis étaient plus que fragiles. Nombre de militants, y compris les députés, lui avaient déjà tourné le dos sans attendre qu'il ait terminé sa période de réflexion. Conclusion: être candidat dans de telles circonstances ne pouvait le conduire qu'à une défaite humiliante qu'il ne méritait pas après toutes ces années de militantisme ou, tout au mieux, à une victoire si serrée qu'il n'aurait pas eu de véritable autorité sur le parti.

La décision que vient de prendre l'ancien premier ministre est saine. En se retirant définitivement, il permet au Parti québécois de vivre son premier véritable changement générationnel. À une exception près, celle du bref passage à la tête du parti de Pierre Marc Johnson, qui était issu de la génération de la prise du pouvoir le 15 novembre 1976, le Parti québécois a toujours préféré faire confiance à des leaders de la génération de la Révolution tranquille, dont ont été, chacun à leur manière, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry.

Un tel changement était de plus en plus souhaité parmi les militants ainsi que les partisans du Parti québécois, qui s'est transformé ces dernières années sous l'impulsion tout particulièrement, il faut le souligner, de M. Landry. Ceux qui croient que ce parti est un parti de têtes grises se trompent. On y trouve des gens de toutes les générations et de toutes les couleurs aussi qui aujourd'hui veulent que leur chef ressemble davantage à ce que leur parti est devenu.

Passer la main à une autre génération n'est jamais facile. Rares sont les chefs politiques qui le font de bonne grâce. La résistance dans le cas présent n'est pas venue que de Bernard Landry. Elle fut aussi le fait des militants de sa génération, qui croyaient savoir et pouvoir mieux que les plus jeunes. Hier, on a assisté à la fin heureuse de ce sociodrame.

Ce moment, le Parti québécois l'attendait depuis déjà quelques années. Depuis au moins la défaite d'avril 2003 aux mains des libéraux de Jean Charest, si ce n'est depuis la démission de Lucien Bouchard, qui n'avait pas donné lieu, comme le souhaitaient plusieurs, à une course au leadership. En témoigne la multitude de candidats qui se bousculent pour succéder à Bernard Landry. Ce sera bientôt treize à la douzaine. Qu'ils soient aussi nombreux illustre le bouillonnement d'idées, d'ambitions, d'expériences et de volontés qui animent le parti. Cela fait partie du processus de changement en cours. Reste à voir ce que chacun des candidats a dans la tête et dans le ventre.




Sage décision

Vincent Marissal
La Presse mercredi 17 août 2005

Le bilan de la longue carrière de Bernard Landry et les explications de son départ ayant été longuement étalés il y a à peine trois mois lors de sa première sortie de scène, il ne s'agit pas ici de refaire l'exercice.

Il faut néanmoins souligner la sagesse de sa décision- finale?- de rester à la retraite. La seule décision logique, quoi qu'en dise Yves Michaud, qui, hier encore, disait que la démission définitive de Bernard Landry était une grande perte pour le Québec et pour le Parti québécois. La plus grande perte, c'est son ami Bernard Landry qui risquait de l'essuyer en écoutant ses conseils.

Quel bien Bernard Landry se serait-il fait- et quel bien aurait-il fait au PQ- en se lançant dans une course qu'il aurait perdue au terme de pénibles affrontements avec ses trois anciens ministres Pauline Marois, André Boisclair et Richard Legendre?

Les amis de Bernard Landry qui lui faisaient miroiter un retour triomphal au PQ, une victoire électorale et une marche victorieuse vers la souveraineté lui ont rendu un bien vilain service en n'ayant pas le courage de lui dire franchement que sa décision du 4 juin, toute douloureuse puisse-t-elle être, était la bonne et reste la bonne. M. Landry s'est rendu à l'évidence: il n'y avait pas de mouvement de foule dans les rangs péquistes en faveur de son retour.

Le train de Bernard Landry entrant définitivement en gare, un autre train, celui de la course à sa succession peut enfin se mettre en route. Ça tombe à pic puisque Pauline Marois se lancera à son tour officiellement dans la course aujourd'hui.

Si vous avez entendu deux gros ouf! hier en début d'après-midi, ils venaient probablement d'André Boisclair et de Richard Legendre, deux hommes soulagés de voir leur ancien chef et mentor jeter pour de bon l'éponge.

Les parricides, même dans le monde coupe-gorge de la politique, sont généralement mal vus des électeurs et contre-productifs pour un parti politique. Or MM. Boisclair et Legendre doivent tous les deux une bonne partie de leur carrière politique à Bernard Landry. Dans les moments les plus difficiles de sa jeune et parfois tumultueuse carrière, André Boisclair a toujours pu se réfugier sous l'aile protectrice de Bernard Landry.

Quant à Richard Legendre, il ne serait pas allé en politique sans Bernard Landry, qui en avait fait une recrue-vedette quand il était premier ministre. M. Landry n'a jamais demandé directement ou indirectement l'appui de l'ancien tennisman, mais celui-ci avoue que l'ombre de Bernard Landry lui pesait.

«Je lui ai dit cet été que je me présentais pour gagner et que je ne me retirerais pas s'il décidait de revenir. C'est comme quand je jouais au tennis comme professionnel, je ne contrôlais pas qui s'inscrivait dans les tournois, je jouais pour gagner peu importe qui était là. Mais c'est certain que j'ai le plus grand respect pour M. Landry et que je lui dois beaucoup», dit Richard Legendre.

Le retour de Bernard Landry aurait sérieusement embêté André Boisclair, surtout. On l'a vu quand M. Boisclair s'est mis les pieds dans le plat en parlant du rôle indispensable des aînés, dont Bernard Landry, mais en ajoutant que le temps du renouveau est néanmoins venu... Il y a des fois comme ça dans la vie où on a du mal à se dépêtrer d'une situation et où on se cale un peu plus chaque fois que l'on essaye de s'en sortir.

Imaginez deux mois de campagne sur fond de guerre de générations entre MM. Landry et Boisclair. Imaginez Bernard Landry, dans un sursaut d'orgueil, mettre tout le poids de son expérience et de son érudition contre la jeunesse et l'inexpérience d'André Boisclair. Il y a là risque de dérapage, c'est le moins que l'on puisse dire, des dérapages qui feraient plus de mal que de bien au PQ et qui ne feraient en rien avancer les vrais débats.

C'est la grâce que l'on se souhaite maintenant que tout est en place pour le début de cette course à la direction: de vrais débats.

Déjà, on peut entendre dans les principaux camps le bruit des couteaux que l'on affûte. De Richard Legendre, on dit déjà qu'il n'est pas de la «race des faiseurs de pays», qu'il est bien gentil avec son projet de Québec en forme, mais qu'il y a un monde de différences entre bâtir un stade de tennis et ériger un pays.

De Pauline Marois, on dit qu'elle n'a que très peu d'appuis pour une femme de son expérience. On avance aussi qu'elle a été invisible tout l'été parce que sa campagne ne lève pas, qu'elle s'est fait trop d'ennemis et que les Québécois la trouvent trop snob. On dit enfin que sa position sur la stratégie référendaire est molle et imprécise.

De Louis Bernard, on souligne la grande intelligence, mais, s'empresse-t-on d'ajouter, il faut aussi d'autres qualités pour être chef d'un parti. Le charisme, notamment, ce dont il ne semble pas particulièrement pourvu.

Quant à Ghislain Lebel, on attend avec impatience le moment où il critiquera publiquement la paix des Braves, un symbole des nouvelles relations entre Blancs et autochtones qui fait la fierté des péquistes.

Évidemment, comme dans toutes les courses à la direction de n'importe quel parti, les couteaux les plus longs sont destinés au meneur de la course, dans ce cas-ci André Boisclair, s'il faut en croire les sondages.

Le jeune premier de classe, qui a toujours pu s'en remettre à sa grande aisance avec les médias et à ses élégantes circonvolutions verbales, a intérêt à bien faire ses devoirs avant le véritable début de la course parce que tout le monde, ses adversaires comme les médias, l'attend de pied ferme. Dans le camp Legendre, par exemple, on murmure déjà que M. Boisclair serait plutôt en faveur d'une plus grande place du privé en santé. De beaux débats en perspective, d'autant que l'on peut toujours compter sur le PQ pour de beaux feux d'artifice quand ça se met à chauffer.

Reste à savoir, pour boucler la boucle, quelle influence pourrait avoir Bernard Landry sur la course. Observera-t-il une neutralité d'usage ou fera-t-il sentir sa présence? Que veut-il dire quand il écrit, hier dans son communiqué: «Je resterai donc un militant dévoué et chercherai de toutes mes forces à contribuer à l'atteinte de cet idéal essentiel pour notre nation»? Ou encore: «(...) Je tâcherai de ne pas les décevoir (les gens qui l'ont appuyé) dans mes actions futures en faveur de l'indépendance du Québec.»

En d'autres mots: Bernard Landry tournera-t-il la page sur 40 ans de politique ou sera-t-il tenté de jouer les «belles-mères», comme un certain Jacques Parizeau, lui aussi ancien chef du PQ, qui ne s'est jamais privé de jeter des pavés dans la mare de ses successeurs.




La confiance de Bernard Landry

Yves Boisvert
La Presse mercredi 17 août 2005

Il faut le souligner, car les nouvelles passent très vite sur l'essentiel: Bernard Landry fait «pleinement confiance à la capacité du Parti québécois de se renouveler».

J'en entends qui ricanent, et ce n'est pas poli. Ne mettons pas en doute la confiance de M. Landry dans ses possibles successeurs. Il lui a fallu tellement de temps pour la trouver!

Ce n'est pas qu'il les croyait si mauvais, les futurs Lui-Même. À 12, en fait, en y regardant de près, ils réunissent même presque toutes ses exquises qualités. Il fallait le temps de le réaliser.

Et puis, il y avait tous les vieux camarades qui le faisaient douter. Qui le suppliaient.

Parmi eux, l'ancien ministre redevenu psychiatre à temps plein, Denis Lazure, à qui on doit la citation de l'été: «À l'hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine, où je travaille, les gens me demandent à tout bout de champ si M. Landry voudrait revenir.»-

Merci pour l'appui, Denis, ce n'était vraiment pas nécessaire.

Qu'on répande maintenant la nouvelle avec professionnalisme à tous les étages: il ne reviendra pas.

Et André Boisclair qui dit que Bernard Landry ne doit pas partir car «le Québec a toujours besoin de ses aînés». Oh, celle-là, elle était en-dessous de la ceinture, et elle donnait le goût de se battre, mettez-vous à sa place - qui n'est pas au centre d'accueil, quoi qu'en pense ce nouveau diplômé qui, il y a à peine un an, reconnaissait qu'il avait quelques croûtes à manger pour servir utilement son pays comme politicien. Il apprend vite, avouons-le.

Ce sera donc un des 12 (ou sont-ils 24?) aspirants. Ils aspirent fort. Pas de problème de ce côté, l'aspiration est au rendez-vous. C'est juste pour l'inspiration qu'il semble y avoir une interrogation. Surtout chez les anciens combattants, des gens qui n'aiment pas la nouveauté. Au moment d'aller au front, les vieux guerriers n'ont pas le goût de l'inconnu. De Bernard Landry, ils appréciaient les qualités, mais aussi, ils savaient à peu près quoi attendre et quoi craindre. Ils étaient à la maison. Plus maintenant.

Il y a un an, à peu près à la même date, je rentrais de vacances au moment où Jacques Parizeau publiait sa fameuse suggestion d'enclencher le processus d'accession à la souveraineté dès le lendemain d'une élection du PQ, selon l'idée de Robert Laplante.

Je rentre cette semaine pour voir Bernard Landry renoncer cette semaine définitivement à la direction du Parti québécois, et je ne peux m'empêcher de voir un lien direct avec l'opuscule de Monsieur, qui attaquait de front les idées du chef.

Jacques Parizeau a délogé Pierre Marc Johnson, il a sapé le leadership de son successeur, Lucien Bouchard, et il a aussi atteint Bernard Landry. Oh, bien sûr, rien de personnel, un pur débat d'idées!- même s'il ridiculisait sa stratégie de la «souveraineté dans 1000 jours» en la taxant, non sans raison mais avec mépris, de «divination numérique». Difficile de prétendre que Jacques Parizeau n'a pas alimenté l'hostilité de certains militants envers Bernard Landry. Il n'était pas le seul bien entendu, mais tous les autres avaient donné le mot d'ordre du ralliement avant le vote, au congrès du mois de juin.

C'est le droit le plus strict d'un ancien chef de contredire ses successeurs et même de les emmerder, bien entendu. Mais la Cause s'en trouve-t-elle avancée?

Car la question se pose tout de même pour le militant péquiste, je suppose, de savoir si, après ces simagrées, après ces «Ne me quitte pas», ces «Je t'aime, moi non plus», après toute cette drôle de course qui s'annonce, le Parti québécois sera plus fort ou plus faible qu'il ne l'était le 4 juin, avant la démission de Bernard Landry.

Il est tout de même assez stupéfiant de constater que les militants du PQ qui ont congédié leur chef l'ont fait sans le savoir, sans solution de rechange. Les mutineries politiques ne sont pas toujours exemptes d'improvisation, mais en général, les mutins savent ce qu'ils font, veulent un résultat précis et ont un plan pour la suite des choses.

Il faut avoir confiance, en effet.




Des réactions unanimes

Sara Champagne
La Presse mercredi 17 août 2005

Les quatre candidats engagés officiellement dans la course, de même que Pauline Marois, qui devrait déposer son bulletin de candidature à la direction du Parti québécois aujourd'hui, ont réagi au départ du chef démissionnaire, Bernard Landry.

Les candidats témoignent à l'unanimité de leur respect envers l'homme politique, et ils se réjouissent de constater que Bernard Landry restera un militant dévoué, qui cherchera « de toutes ses forces » à contribuer à l'atteinte de la souveraineté pour le Québec.

RICHARD LEGENDRE

«Je ne suis pas surpris, même si j'étais comme tout le monde, dans l'attente de sa décision. Je suis certain qu'il a fait son choix avec les mêmes motivations que toujours, c'est-à-dire pour le Québec, la souveraineté et le parti.»

«Je suis heureux de constater qu'il va continuer à agir activement en tant que militant. J'espère qu'il sera mon premier grand coéquipier au lendemain du jour du scrutin, le 16 novembre. Je ne lui ai pas parlé au cours des derniers jours, mais j'ai l'intention de le faire très prochainement.»

ANDRÉ BOISCLAIR

«Je suis convaincu que M. Landry estime qu'il a pris la meilleure décision dans l'intérêt du parti, de la souveraineté et du Québec. Je suis ravi de sa décision de demeurer militant, cela démontre qu'il a conservé la même énergie.»

M. Boisclair dit qu'il n'a pas eu l'occasion de parler à Bernard Landry au cours des derniers jours et qu'il ne le fera pas. «La décision lui appartient», dit-il.

«Je me souviens de lui, en 1985, alors que j'étais impliqué dans le mouvement étudiant et qu'il m'avait vendu ma carte de parti. Il était alors en pleine course à la direction.»

GHISLAIN LEBEL

«J'ai déjà eu de solides prises de bec avec M. Landry dans le passé, mais j'ai un grand respect pour lui. Il avait les défauts de ses qualités», dit M. Lebel, qui a déposé lundi son bulletin de mise en candidature.

«J'avais hâte qu'il se positionne, c'est certain que c'était un bon politicien, mais sa décision de ne pas se présenter va peut-être inciter des jeunes qui étaient découragés de voir le peu de place que le parti leur faisait.»

LOUIS BERNARD

Par voie de communiqué, M. Bernard dit être certain que M. Landry, comme il l'a lui-même déclaré, a pris sa décision dans l'intérêt supérieur du Québec.

«Cela reflète la nature de l'homme qui a toujours été au service de la nation québécoise. Personnellement, je suis particulièrement heureux de l'engagement que M. Landry a pris de continuer à contribuer de toutes ses forces à l'atteinte de la souveraineté pour le Québec. Je pense que cette contribution sera essentielle dans notre marche vers le pays.»

PAULINE MAROIS

«Je sais que la décision annoncée aujourd'hui par Bernard Landry est une décision douloureuse», a affirmé Mme Marois dans un communiqué.

«Je respecte évidemment la décision prise aujourd'hui par Bernard. Je souhaite sincèrement que le long combat qu'il a entrepris pour faire du Québec un pays souverain ne s'arrête pas là. Je souhaite que celui-ci continue, au cours des prochaines années, à mettre son intelligence, sa compétence, sa force de conviction et ses talents de pédagogue au service du Québec.»

«J'espère le retrouver, plus tôt que tard, au sein de la large coalition qui mènera les forces souverainistes lors de la prochaine campagne référendaire. Nous avons besoin de lui comme militant et comme grand défenseur de la cause souverainiste.»




Faute d'appuis, Landry reste à la maison

Tommy Chouinard
La Presse mercredi 17 août 2005

Après plus de deux mois de tergiversations, le chef démissionnaire du Parti québécois, Bernard Landry, renonce finalement à se porter candidat à sa propre succession.

«La réflexion que j'avais le devoir de mener est maintenant terminée et toujours dans l'intérêt supérieur du Québec et du Parti québécois, je maintiens ma décision de juin dernier», affirme M. Landry dans un communiqué de presse laconique qu'il a diffusé en début d'après-midi, hier.

Tiraillé depuis des semaines par les avis divergents des uns et des autres sur son retour à la vie politique active, sommé de toutes parts de prendre une décision au plus tôt, l'homme de 68 ans a fini par se brancher, mais en fournissant toutefois bien peu d'explications sur ses motifs.

Or, un proche collaborateur de l'ex-chef a confié à La Presse que l'absence d'un «mouvement imposant» en faveur de son retour aux affaires est en partie à l'origine de sa décision. «Il n'y a pas eu un engouement suffisamment important», a-t-il noté.

Un ami de Bernard Landry a souligné que le refus d'André Boisclair de laisser la voie libre au chef démissionnaire si celui-ci tentait un retour «a pesé lourd dans la balance».

Dans son communiqué, Bernard Landry se dit «persuadé que l'actuelle course permettra (...) d'élire comme chef la personne qui nous conduira à la victoire électorale et, surtout, référendaire». «Je fais pleinement confiance à la capacité du Parti québécois de se renouveler», ajoute-t-il, soulignant qu'il restera un «militant dévoué».

Les partisans de son retour à la vie politique active se disent unanimement «déçus». L'ancien ministre Denis Lazure se doutait déjà au cours du week-end, après avoir discuté avec Bernard Landry, que le sort en était jeté. «Ça m'attriste comme souverainiste. C'était la candidature la plus apte à mener le Québec à l'indépendance», a laissé tomber cet ami de longue date de Bernard Landry. M. Lazure blâme «l'opposition très stratégique» au retour de M. Landry provenant des camps des différents candidats déclarés, dont celui d'André Boisclair. «Cela a eu pour effet de minimiser les appuis de M. Landry», a-t-il indiqué.

«Le Québec est perdant. Le Parti québécois est perdant», a lancé pour sa part Yves Michaud, militant de longue date et ami de Bernard Landry. Il déplore qu'aucun député péquiste n'ait eu le courage d'appuyer ouvertement une éventuelle mise en candidature de l'ex-chef. «Ce silence inexplicable l'a chagriné. Ça démontre la profonde ingratitude de la politique», a souligné M. Michaud. Il songe maintenant à appuyer Jean-Claude St-André ou Ghislain Lebel, tous deux associés à l'aile orthodoxe du PQ.

«Je respecte sa décision même si j'aurais aimé le voir revenir», a expliqué Francine Montpetit, la militante de Verchères qui a créé le site Internet demandant à Bernard Landry de présenter sa candidature dans la course à la direction. La semaine dernière, elle lui a remis une pétition de 5000 signatures, un appui manifestement insuffisant aux yeux de l'ex-chef. «On peut dire que, au moins, tout ça aura servi à lui rendre hommage», a-t-elle dit.

Dans son communiqué, Bernard Landry se dit «extrêmement touché par les témoignages d'estime et de sympathie» qui lui ont été adressés. Il note d'ailleurs que ce sont les «appels» de plusieurs militants qui l'ont mené à «réévaluer» sa démission au cours des dernières semaines.

Une bonne décision, selon Duceppe

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a salué la décision de Bernard Landry, affirmant qu'il pourra maintenant consacrer ses énergies au rôle d'elder statesman qui l'attend au sein du mouvement souverainiste.

«Je pense qu'il a pris une bonne décision. Dans les premières minutes qui ont suivi sa décision de quitter au congrès, je l'avais appelé pour lui demander de reconsidérer. Je pense qu'il aurait pu la reconsidérer à ce moment-là. Mais maintenant que la course est entamée, qu'il y a plusieurs candidats et candidate, ça devenait très difficile. Il a un rôle important à jouer dans le mouvement souverainiste», a dit le chef bloquiste.

M. Duceppe a d'ailleurs téléphoné à M. Landry hier après-midi quelques minutes après que ce dernier eut fait connaître ses intentions par voie de communiqué. Il a indiqué que M. Landry pourra jouer le rôle de pédagogue durant un prochain référendum.

Les proches de Bernard Landry qui lui conseillaient de ne pas se lancer dans la course poussent aujourd'hui un soupir de soulagement. «C'était la seule décision à prendre», a lancé un ami de longue date, l'ancien ministre Yves Duhaime.

Bernard Landry aurait eu du mal selon lui à expliquer sa mise en candidature après ce qu'il a dit aux militants péquistes réunis en congrès le soir du 4 juin. Après avoir obtenu la confiance de seulement 76,2 % des délégués, il avait en effet justifié sa démission en invoquant «l'intérêt national» et «le respect de la démocratie».

Un proche de Bernard Landry considère que celui-ci a pris sa décision en raison de «l'essoufflement» du mouvement en faveur de son retour. «Il n'y a pas eu un véritable engouement. À l'interne, ça se constatait. Je pense qu'il n'aurait pas fallu qu'il attende aussi longtemps. S'il avait bougé plus rapidement, ç'aurait pu être différent», a-t-il souligné.




Landry part pour de bon : Une course automnale

Nathaëlle Morissette
La Presse mercredi 17 août 2005

Bernard Landry renonce peut-être à redevenir chef du Parti québécois, mais ce ne sont pas les remplaçants potentiels qui manquent. Avec 11 aspirants leaders, on s'attend même à des débats cacophoniques, sinon explosifs. La Presse fait le point, en vue de cette course à la direction, qui ne s'annonce ni ennuyeuse ni très évidente...

Au moins 11 candidats rêvent de porter le chapeau de chef du Parti québécois. Toutefois ils seront probablement seulement cinq ou six à se bousculer dans les blocs de départ lorsque le coup d'envoi officiel de la course sera donné le 15 septembre. La raison : tout candidat déclaré doit recueillir 1 000 signatures provenant d'au moins 40 circonscriptions de membres en règle du PQ d'ici cette date. Jusqu'à maintenant, seuls le député de Blainville, Richard Legendre, l'ancien haut fonctionnaire, Louis Bernard, l'ex-député de Gouin, André Boisclair et l'ancien député bloquiste Ghislain Lebel ont réussi à relever le défi. M. Boisclair, grand favori de cette course, a même réussi à recueillir 3720 signatures provenant de 125 circonscriptions électorales.

Quant à l'ancienne ministre Pauline Marois, elle doit déposer son bulletin de mise en candidature aujourd'hui. Les autres candidats parviendront ils à aller chercher autant d'appuis ? "Ils ne réussiront pas tous à obtenir les 1000 signatures, estime Guy Lachapelle, professeur titulaire au département de sciences politiques de l'Université Concordia. Peut-être que certains vont y arriver à l'arraché, mais les autres..." Selon M. Lachapelle, six aspirants franchiront la ligne de départ le 15 septembre. Outre Mme Marois et les quatre candidats officiels, il a du mal à prédire qui pourrait réussir le "test de classification." Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke, confirme que tous ne réussiront pas à se qualifier. "Les candidats ont besoin de deux atouts pour aller de l'avant : il leur faut un réseau de contacts et il leur faut de l'argent." Pour ces raisons, M. Guay est convaincu que plusieurs baisseront les bras. "Je pense par exemple que Jean Ouimet et Pierre Dubuc n'iront pas jusqu'au bout car ils sont en marge du parti. Ils représentent des tendances complémentaires. Et il y a tous les autres qu'on connaît peu."

Début de la course

Bien que plusieurs aient manifesté publiquement le désir de tenir les rênes du parti et que certains s'affairent déjà à serrer des mains et à participer à des barbecues, la vraie course ne sera entamée quà automne. "Au Québec, la vie politique s'estompe pendant l'été. En ce moment, on est en période de réchauffement, on n'est pas dans la vraie course", souligne Jean-Herman Guay. "Il y a une course, mais elle se fait sur le terrain et non pas dans les médias", croit au contraire Guy Lachapelle. Selon lui, les candidats sont loin de chômer. À preuve, sa boîte de courriels est déjà inondée de messages provenant de plusieurs aspirants à la succession de Bernard Landry.

Candidats officiels

ANDRÉ BOISCLAIR

Élu pour la première fois en 1989 à l'âge de 23 ans, il est entré au Conseil des ministres le lendemain du référendum de 1995. Il a été tour à tour ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, de la Solidarité sociale, de l'Environnement et des Affaires municipales. Il a démissionné de son poste de député de Gouin le 17 août 2004 pour poursuivre des études supérieures à la John F. Kennedy School of Governement de l'Université Harvard.

RICHARD LEGENDRE

L'homme de 52 ans a été élu député de Blainville lors des élections partielles d'octobre 2001. Ancien tennisman, il a également été directeur de Tennis Canada entre 1988 et 2001. Il a été ministre responsable de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport entre 2001 et 2003. Lorsque François Legault a décidé de renoncer à la course à la succession de Bernard Landry pour des raisons familiales, Richard Legendre, lui-même lieutenant du député de Rousseau, a décidé de sauter dans la mêlée.

LOUIS BERNARD

Louis Bernard, 68 ans, a une feuille de route impressionnante dans la fonction publique du Québec. Cet ancien mandarin a notamment été sous-ministre dans le gouvernement Bourassa pour devenir ensuite, à la surprise générale, chef de cabinet de Camille Laurin, leader des sept députés péquistes au début des années 70. Avec l'élection du PQ en 1976, René Lévesque le recrute comme chef de cabinet, puis comme secrétaire général du gouvernement. Il occupera cette fonction de 1978 à 1985, puis de 1994 à 1995. Entre 1987 et 1998, il est vice-président de la Banque Laurentienne. Il est toujours conseiller des premiers ministres péquistes dans des dossiers épineux, comme les fusions municipales.

GHISLAIN LEBEL

Ancien député bloquiste, âgé de 59 ans. Il est devenu membre du Rassemblement pour l'indépendance nationale à 17 ans avant de devenir membre du Parti québécois dès sa création. En octobre 1993, il est élu député du Bloc québécois dans la circonscription de Chambly. Il a décidé de sortir des rangs de son parti à l'été 2002 pour manifester son désaccord sur l'entente de principe conclue avec les Innus. Il est considéré comme un "pur et dur".

PAULINE MAROIS (à partir d'aujourd'hui)

La députée de Taillon, âgée de 56 ans, caresse l'idée de devenir chef du PQ depuis bien longtemps. Elle avait été candidate lors de la course à la direction de 1985, remportée par Pierre Marc Johnson. Au lendemain du départ de Lucien Bouchard, en janvier 2001, elle avait hésité à se présenter à sa succession, si bien que Bernard Landry avait été couronné. À l'automne 2004, elle avait causé toute une surprise en contestant ouvertement le leadership de Bernard Landry et en réclamant une course à la direction à laquelle elle serait candidate.

CANDIDATS ASPIRANTS

JEAN-CLAUDE ST-ANDRÉ

Candidat de l'aile orthodoxe du Parti québécois. Élu pour la première fois lors d'une élection partielle en 1996, Jean-Claude St-André, 42 ans, fait partie de l'aile orthodoxe du Parti québécois, ces "purs et durs" qui préconisent une démarche radicale d'accession à la souveraineté. Le député de L'Assomption, dans Lanaudière, est notamment favorable à ce qu'un prochain gouvernement péquiste fasse des "gestes de rupture" contraires à la Constitution canadienne dès le lendemain de son élection.

JEAN OUIMET

Jean Ouimet, 50 ans, a commencé à militer au Parti québécois en 1976 pour ensuite se tourner vers le Parti vert du Québec, dont il est devenu le président en 1989. Il a occupé cette fonction jusqu'en 1993. Depuis novembre 2004, il milite au sein de l'association péquiste de la circonscription de Viau. Dès l'annonce de sa candidature et pendant tout l'été, M. Ouimet a parcouru le Québec à vélo afin de récolter des appuis. Développement durable et démocratie participative sont ses deux principaux thèmes de campagne.

PIERRE DUBUC

Candidat de l'aile progressiste du Parti québécois. L'homme de 58 ans sera le représentant officiel des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), un club politique du PQ dont il est l'instigateur et le secrétaire. Pierre Dubuc n'est membre du Parti québécois que depuis un an et demi, c'est-à-dire depuis que le SPQ libre, qui compte 500 membres, a intégré la formation souverainiste. Le rédacteur en chef et directeur de L'Aut'journal, un mensuel de gauche créé il y a 21 ans et distribué à 35 000 exemplaires.

HUGUES CORMIER

M. Cormier, psychiatre âgé de 51 ans, a multiplié les démarches au cours des dernières années pour se lancer en politique sous la bannière de diverses formations. Il a été candidat du PQ en 2003 dans Crémazie. Puis, il a milité au sein d'Option citoyenne pendant un an avant de courtiser le PLQ pour devenir candidat lors de l'élection partielle dans Outremont qui aura lieu cet automne en raison du départ d'Yves Séguin. Quelques jours avant d'annoncer son intention de succéder à Bernard Landry à la tête du PQ, M. Cormier était à la fois membre du PQ et du PLQ. Il a finalement déchiré sa carte du Parti libéral.

GILLES HÉBERT

Économiste et juriste de formation, Gilles Hébert est peu connu même s'il milite au Parti québécois depuis une trentaine d'années. M. Hébert a été fonctionnaire au ministère du Revenu, et représentant syndical au Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ).

GILLES PAQUETTE

Peu connu, ce résidant de L'Île-Perrot a tenté à deux reprises de devenir candidat du PQ, notamment lors des élections partielles dans Nelligan en septembre 2004. Il se présente comme le président-fondateur de plusieurs sociétés, telles Bio Végétal, entreprise spécialisée dans l'entretien des arbres et des pelouses, et Pierre Renov, spécialisée dans le domaine de la maçonnerie.

EN RÉFLEXION?

DANIEL TURP

Daniel Turp, 50 ans, songe toujours à se porter candidat à la direction du PQ. Il souhaite faire la promotion de son idée : une constitution initiale du Québec serait faite dès le retour au pouvoir du PQ. Daniel Turp a été élu député de Mercier en 2003, reprenant ce bastion péquiste que les libéraux avaient gagné lors d'élections partielles. Il a également été député du Bloc québécois de 1997 à 2000. Avant de se lancer en politique, il était professeur à la faculté de droit de l'Université de Montréal.

GILBERT PAQUETTE

L'ancien ministre de la Science et de la Technologie est aujourd'hui cadre supérieur à la Télé-Université et directeur de recherche sur les technologies d'apprentissage. Âgé de 62 ans, M. Paquette a commencé à militer au Parti québécois en 1970. Six ans plus tard, il a été élu député. Il a démissionné en 1984 avec notamment Jacques Parizeau parce qu'il refusait le "beau risque" de René Lévesque.




La vraie question: qui ralliera les non-péquistes?

Louis Fortier, Montréal
Le Devoir mercredi 17 août 2005

La course à la chefferie du Parti québécois met en lumière le malaise de plus en plus profond de nombreux souverainistes face à leurs représentants. De nombreux sympathisants à la souveraineté du Québec ont été, à l'origine, séduits par René Lévesque et son projet qui, en clair, consiste à faire du Québec une nation à part entière en bâtissant une société en pleine possession de ses leviers de développement et tournée vers l'avenir.

Aujourd'hui, il faut s'interroger sur le laconisme des candidats aspirant à la chefferie sur les questions de fond qui présideront à l'adhésion du plus grand nombre au projet de souveraineté pour le Québec.

Pour ma part, je crois qu'aucun des candidats en lice n'a su, jusqu'à présent, démontrer sa capacité à rallier les non-péquistes à un projet fédérateur et, quoi que les «purs et durs» en disent, il n'y aura pas de souveraineté réussie sans que celle-ci soit jugée pertinente et préférable par un nombre significatif de non-péquistes.

Le PQ n'est pas le Québec et, une fois l'heure de notre séparation sonnée, il y a fort à parier que celui-ci implosera pour refléter la pluralité des opinions politiques et idéologiques de ses membres actuels. Le parti de René Lévesque entretient une image de lui-même et du pays en devenir encore trop idyllique. La souveraineté est, à long terme, préférable au statu quo d'un point de vue économique, social et culturel, mais ne représente que l'étape initiale de changements profonds à opérer pour faire du Québec un modèle envié de tous.

Après le jour 1

Le Parti québécois et son chef doivent avoir le courage d'annoncer la transformation qui suivra le jour 1. François Legault avait jeté les bases de cette réflexion avec son budget virtuel de l'an 1.

Lequel des candidats actuels a osé exprimer ses idées sur ce Québec que nous désirons construire avec une majorité de Québécois encore sceptiques et opposés au projet de souveraineté ? Aucun. Lequel des candidats apporte une saveur et un contenu modernes et porteurs au projet ? Aucun. Lequel des candidats a osé s'adresser aux minorités en leur apportant une réponse claire à la question «What's in it for us ?». Aucun. Lequel des candidats a, jusqu'ici, évoqué une seule des grandes réalités qui devraient légitimer le projet national ? Aucun, à ma connaissance.

Les débats sont à venir et il serait souhaitable que les candidats puissent, tour à tour, faire valoir une vision du Québec et non celle d'un parti. Je crois que la majorité silencieuse du Parti québécois s'attend à ce que le leader choisi parle du Québec en des termes non partisans et tende sans attendre la main aux «autres» qui nous aideront à réaliser ce grand projet de société :

- un Québec pluriel, ce qui constitue sa force et son avenir dans un monde en voie de mondialisation;

- une nation au concert des nations, ce qui lui permet de mieux matérialiser ses choix et de définir ses politiques en fonction des intérêts de sa population, dont les caractéristiques culturelles et socioéconomiques sont distinctes des autres régions nord-américaines. Ce rapprochement des forums de décisions internationaux est essentiel pour notre développement;

- un Québec en concurrence avec les autres nations, Canada y compris, ce qui le force à prendre lui-même les décisions qui concourent à le rendre plus compétitif que ses concurrents. Cela renforce l'importance d'être maîtres chez nous; - un Québec plus éveillé que d'autres aux enjeux environnementaux et aux questions de partage de la richesse à l'échelle internationale. Les élans -- tant spontanés qu'orchestrés -- vers le mouvement d'altermondialisation en témoignent;

- un Québec incarné dans ses institutions démocratiques d'inspiration britannique, mais soucieux de se réinventer pour être continuellement plus performant;

- un Québec ouvert à toute forme de partenariat, si celui-ci ouvre des voies positives pour lui et sa population. Il est notoire que le Québec est une société ouverte sur le monde, instigatrice du libre-échange nord-américain et constituée d'entreprises qui ont une optique transnationale.

En marge des congrès, des réunions d'exécutifs, des coteries qui s'organisent dans différents camps, nous sommes de nombreux péquistes à attendre que se présente un vrai leader potentiel. Celui ou celle qui saura, en dehors de toutes considérations politiciennes, nous parler comme si nous n'étions pas des péquistes mais des Québécois rassemblera le plus grand nombre, à l'intérieur comme à l'extérieur du parti.





Polémique sur ses convictions politiques

Michaëlle Jean fait une mise au point

Sylvain Larocque
Presse Canadienne mercredi 17 août 2005

Face à la pression sans cesse croissante, la gouverneure générale désignée, Michaëlle Jean, a émis mercredi une déclaration dans laquelle elle affirme qu'elle et son mari, Jean-Daniel Lafond, sont «fiers d'être canadiens».

«Soyons clairs: nous n'avons jamais adhéré à un parti politique ou à l'idéologie souverainiste», a-t-elle écrit dans un communiqué laconique.

«Je suis très touchée et je remercie tous ceux qui ont si chaleureusement reçu la nouvelle de ma récente nomination à titre de gouverneure générale du Canada», ajoute l'ancienne animatrice. «D'autres ont jeté le doute sur mon attachement au Canada et sur celui de mon mari, Jean-Daniel Lafond.

«Je tiens à vous dire sans équivoque que lui et moi sommes fiers d'être canadiens et que nous avons le plus grand des respects pour les institutions de ce pays. Notre engagement envers le Canada est donc entier. Je n'aurais jamais accepté ce poste autrement.»

Mme Jean souligne également qu'elle et M. Lafond sont «fiers de cet attachement pour le Québec que nous avons toujours démontré et ce, au-delà de toute considération partisane».

La gouverneure générale désignée, qui doit prendre ses fonctions le 27 septembre, assure avoir «très hâte d'aller à la rencontre des hommes, des femmes et des enfants d'un bout à l'autre de ce pays».




La pression monte d'un cran sur la nouvelle gouverneure générale

Joël-Denis Bellavance
La Presse mercredi 17 août 2005

Il faut que le chef d'État appuie l'État canadien, affirme Stephen Harper

Ottawa - La pression s'accentue sur la nouvelle gouverneure générale, Michaëlle Jean, pour qu'elle fasse une profession de foi fédéraliste avant d'entreprendre ses fonctions le 27 septembre.

Hier, le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, des députés de l'opposition et le président de la Ligue monarchiste du Canada, John Aimers, ont pressé Mme Jean de mettre fin au mutisme qu'elle observe depuis quelques jours afin de répondre aux informations selon lesquelles elle a déjà appuyé l'indépendance du Québec.

En tournée en Nouvelle-Écosse, M. Harper a affirmé qu'une telle mise au point s'impose plus que jamais après que le journal Le Québécois eut relevé des déclarations de Mme Jean contenues dans un livre publié en 1993 sur un film réalisé par son mari, le cinéaste Jean-Daniel Lafond, et intitulé La Manière nègre ou Aimé Césaire, chemin faisant: genèse d'un film.

Dans ce livre, Mme Jean affirme que " l'indépendance, ça ne se donne pas, ça se prend ". De son côté, M. Lafond prend clairement position en faveur de l'indépendance. " Alors, un Québec souverain? Un Québec indépendant? Oui, et j'applaudis des deux mains et je promets d'être de tous les défilés de toutes les Saint-Jean ", écrit le cinéaste.

Dans le film, on voit aussi Michaëlle Jean porter un toast à l'indépendance au cours d'une rencontre avec des indépendantistes comme l'ex-felquiste Pierre Vallières et les poètes Gérald Godin et Paul Chamberland.

"Je suis inquiet de voir que ces affirmations n'ont pas encore été réfutées, a déclaré hier Stephen Harper. Je n'ai aucun désir de politiser le poste de gouverneur général. Mais je souhaite seulement que ces informations soient clarifiées et que la nouvelle gouverneure générale ait beaucoup de succès durant son mandat. "

M.Harper a rappelé que le premier ministre Paul Martin lui avait téléphoné la semaine dernière pour lui dire que Mme Jean et son mari " sont des fédéralistes et ont toujours été des fédéralistes ".

Dénoncer le mouvement souverainiste

" Je m'attends à ce que cela soit vrai. C'est à partir de ces informations qu'il a fait cette nomination. Il faut que le chef d'État appuie l'État canadien. Le bureau du premier ministre doit pouvoir réfuter ces affirmations ou il devra faire certains gestes ", a dit le chef conservateur.

D'autres députés, dont le néo-démocrate manitobain Pat Martin, ont affirmé que la nouvelle représentante de la reine Élisabeth II au Canada doit non seulement faire une profession de foi fédéraliste, mais elle doit aussi dénoncer le mouvement souverainiste, à défaut de quoi elle sera inapte à exercer ses fonctions de gardienne de l'unité nationale.

" Je suis prêt à donner une chance à Mme Jean, mais les propos qui lui sont prêtés sont très troublants. Je crois qu'il est devenu nécessaire de faire une déclaration sans équivoque qu'elle rejette la souveraineté du Québec et qu'elle épouse le fédéralisme ", a déclaré M. Martin.

Le député conservateur de Nepean-Carleton, Pierre Poilievre, a abondé dans le même sens. " Mme Jean doit s'expliquer sur son passé souverainiste avant d'entreprendre son mandat, sinon elle devra renoncer au poste de gouverneure générale ", a dit M. Poilievre, qui a mis sur pied un site Internet encourageant les gens à faire part de leurs doléances à la reine Élisabeth II.

Le président de la Ligue monarchiste du Canada, John Aimers, qui avait salué la nomination de Mme Jean il y a deux semaines, exige maintenant que la nouvelle gouverneure générale et son mari déclarent " leur loyauté envers le Canada d'une manière sans équivoque " à la lumière des dernières révélations.

Les quotidiens anglophones de la capitale nationale, The Ottawa Citizen et The Ottawa Sun, ont aussi imploré Mme Jean dans leur page éditoriale respective hier de mettre fin au mutisme qu'elle observe depuis que la controverse a éclaté la semaine dernière.

Des échos en Grande-Bretagne

Cette polémique, provoquée par des souverainistes dits purs et durs qui ont fait état des liens qu'a entretenus M. Lafond avec d'anciens membres du FLQ dans les années 90, a maintenant des échos jusqu'en Grande-Bretagne où l'influent quotidien The Daily Telegraph a repris les grandes lignes des accusations lancées par l'écrivain René Boulanger dans le journal Le Québécois.

Dans un texte à paraître en septembre, M. Boulanger affirme que M. Lafond est " un pur indépendantiste qu'une enquête de sécurité n'a pu ignorer " et souligne que le cinéaste a réalisé un film sur le FLQ avec comme scénariste Francis Simard, qui était l'un des membres de la cellule qui a enlevé le ministre Pierre Laporte, assassiné durant la crise d'Octobre.

Cette controverse a pris une nouvelle tournure hier après que les dirigeants du journal Le Québécois eurent fait état des propos de Mme Jean.

Mais Mme Jean, qui était de passage à Ottawa lundi où son mari et elle ont dîné avec l'actuelle gouverneure générale Adrienne Clarkson et son mari John Ralston Saul, n'a toujours pas l'intention d'accorder d'entrevue aux médias avant son entrée en fonction. Sa porte-parole, Catherine Gagnaire, n'a pas donné suite aux appels de La Presse hier.

Au bureau du premier ministre, un porte-parole, Scott Reid, a répété que Mme Jean et son mari sont " des Canadiens convaincus " et qu'ils font l'objet d'une campagne de dénigrement. Il a affirmé que Mme Jean faisait allusion à l'indépendance de la Martinique, et non du Québec, dans le film.

Chasse aux sorcières

De son côté, la ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, a dénoncé " la chasse aux sorcières " menée par certains souverainistes. " C'est une sorte d'inquisition sur le passé des gens. On vit dans un système démocratique et on peut le faire, mais je trouve cela très dommage ", a-t-elle déclaré sur les ondes de la radio de Radio-Canada.

" Mme Jean a choisi, d'ici la date officielle de son entrée en fonction, de demeurer silencieuse. Sûrement, quand elle sera officiellement notre gouverneure générale, qu'elle répondra à tous ses détracteurs qui vont fouiller dans sa vie passée, à elle et à son conjoint ", a-t-elle déclaré.

Mme Robillard a répété que Mme Jean a été choisie à la suite d'un " processus très rigoureux ". Elle a aussi affirmé que les commentaires formulés par Mme Jean dans le documentaire ont été pris hors contexte.

" J'espère que les gens sont assez intelligents pour voir quelle est la stratégie derrière le journal Le Québécois qui veut essayer de déstabiliser au fond Mme Jean. Mais Mme Jean est une femme de tête, une femme engagée et elle sera là comme gouverneure générale le 27 septembre ", a-t-elle ajouté.




Duceppe désapprouve l'attitude de certains souverainistes

Nathaëlle Morissette
La Presse mercredi 17 août 2005

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, désapprouve totalement l'attitude des souverainistes qui ont critiqué avec virulence dans les médias la future gouverneure générale, Michaëlle Jean et son mari, Jean-Daniel Lafond.

La semaine dernière, l'ancien éditeur Jacques Lanctôt- membre de la cellule du FLQ qui a enlevé le diplomate britannique James Richard Cross- et l'écrivain René Boulanger y sont allés d'une charge à fond de train contre le couple vice-royal en mettant en doute sa ferveur fédéraliste. Dans un texte à paraître en septembre dans le journal Le Québécois, M. Boulanger a notamment qualifié M. Lafond de " pur indépendantiste qu'une enquête de sécurité n'a pu ignorer ".

Lundi, ce même journal, faisait état de certains propos tenus dans un film de Jean-Daniel Lafond intitulé La Manière nègre ou Aimé Césaire, chemin faisant: genèse d'un film. Présente dans ce documentaire, Mme Jean y affirme notamment que " l'indépendance, ça se donne pas, ça se prend ".

Bien qu'il estime que le poste de gouverneur général n'ait plus sa place dans un pays comme le Canada, Gilles Duceppe est toutefois en désaccord avec l'offensive menée par des souverainistes " purs et durs ". " (Jean-Daniel Lafond) avait le droit de penser ce qu'il pensait (à l'époque), a-t-il déclaré en entrevue à La Presse. Il a le droit de le penser encore ou de ne pas le penser. En démocratie, on a le droit de changer d'idée. Je ne veux pas savoir comment il a voté le jour du référendum, c'est son droit ", ajoute-t-il.

Le chef bloquiste refuse de casser du sucre sur le dos de Mme Jean même s'il ne partage pas ses opinions sur la monarchie. " La monarchie n'a aucune instance démocratique, c'est de la loterie génétique. C'est le poste qu'on critique, pas la dame. Je ne sais pas si elle a été souverainiste ou fédéraliste. Mais je respecte la personne énormément. "

Mécontentement dans la communauté haïtienne

Heureux que l'un de leurs représentants ait obtenu ce poste prestigieux, les Haïtiens craignent par-dessus tout que les critiques formulées à l'endroit de Michaëlle Jean la poussent à renoncer à sa nouvelle fonction.

Dans une lettre publiée hier dans La Presse, l'écrivain Dany Laferrière n'a pas mâché ses mots pour exprimer la colère des Haïtiens. " Si un petit groupe de gens croit qu'il peut changer les choses et pousser Michaëlle Jean à la démission, je tiens à les avertir que les Haïtiens et leurs nombreux amis sortiront pour la première fois dans les rues de Montréal pour défendre leur fierté bafouée, comme on l'a déjà fait au Québec lors de l'affaire Maurice Richard ", écrit-il.

" Je ne peux pas empêcher un dérapage, a-t-il ajouté en entrevue. Je crains que ça finisse par un mouvement antisouverainiste. Je crains que les Haïtiens aient l'impression qu'on ne leur fait pas confiance, qu'on ne les respecte pas. "

Plus modérée, la présidente de la Jeune Chambre de commerce haïtienne, Mélissa Dorsaint, ne partage pas les propos de Dany Laferrière quant à la réaction de sa communauté si Michaëlle Jean en venait à démissionner. Selon elle, une telle décision n'engendrerait pas d'émeute. " Je ne pense pas que la communauté va faire ça ", indique la jeune femme, qui a également signé une lettre ouverte hier matin. " Ça ne serait pas une bonne idée que les gens sortent dans la rue, dit-elle. Je pense que les Haïtiens peuvent manifester autrement leur mécontentement en appelant aux tribunes téléphoniques à la radio, par exemple. "

D'ailleurs, depuis la nomination de Michaëlle Jean, le 4 août, la station de radio haïtienne CPAM, située à Montréal, y a consacré plusieurs émissions. Hier après-midi, les auditeurs ont pu exprimer sur les ondes leur crainte de voir Mme Jean quitter son poste si des souverainistes continuent d'enfoncer le clou sur le couple vice-royal.




The separatists want a scapegoat G-G

André Pratte
The Globe and Mail Wednesday, August 17, 2005

Don't fall into the trap of Canadian McCarthyism, warns ANDRÉ PRATTE

Falling into the trap set by radical Quebec separatists, some English-Canadian politicians and commentators have asked the next governor-general, Michaëlle Jean, to publicly "renounce separatism" or even to reveal how she voted in the 1995 Quebec referendum. The Prime Minister's nominee will have many occasions to express her faith in the country once she is officially governor-general. To force her to disclose her past leanings and votes would serve no useful purpose. In fact, it would set a dangerous precedent and could have damaging consequences for the unity of Canada.

If we demand that Ms. Jean state how she voted in 1995, this will set the new standard for the required job application. Canada will slip into its own version of McCarthyism. Before Ottawa appoints any other Quebecker to a high post, it will make sure it knows her or his voting history. It may ask Albertans whether they are part of the 42 per cent who believe the West should consider separating from the rest of Canada.

Provincial governments will be tempted to follow suit, defeating the purpose of the secret ballot: When entering the polling booth, citizens will worry about the consequences they would suffer should their vote become public.

Asking Ms. Jean to reveal how she voted 10 years ago also risks provoking a destructive political debate of the kind we don't need, especially in postsponsorship-scandal Quebec. The fact that no one knows for sure how she voted indicates that, whatever her views were, she mostly kept them to herself and never used her access to the airwaves to advance a political agenda.

Now suppose the next governor-general did vote Yes in 1995, and is forced to admit it. That would immediately create an uproar in English Canada. She would have to renounce the post to which the Prime Minister has appointed her. This would not only play into the hands of separatists; it would be terribly unfair.

Although I know how difficult it is for English Canadians to understand this, Quebeckers who voted Yes are not all committed separatists. Alberta Premier Ralph Klein was wrong when he said last week that, for anyone who voted for sovereignty, "that is an anti-Canadian move. That is a vote to separate from Canada." Poll after poll has found many Quebeckers who voted Yes in 1980 and 1995 wished not for separation, but for a new arrangement between Quebec and the rest of the country.

That might not have been a smart political strategy, but it was certainly chosen in good faith by many voters who wanted a better Canada, not a Canada in pieces. You cannot neatly divide Quebeckers into pro-Canada and anti-Canada camps. Many are somewhere in the middle, and would vote Yes or No depending on the circumstances. What if Ms. Jean were in the "Yes, maybe" group in 1995? Or in the "Yes to a renewed federalism" group?

And what if, after voting Yes, her views changed? Certainly, many Quebeckers' opinion about their province's future have evolved over the years. If we learned that Ms. Jean voted Yes in 1995 and has since embraced federalism, would we think her suited to become the Queen's representative in Canada? I fear that probably a majority of Canadians outside Quebec would not. What a strange signal that would send Quebeckers: If you were once a separatist and have since been convinced that Quebec should remain part of Canada, don't be under any illusions that we will forgive or ever trust you. What a great way to make converts.

For all these reasons, I believe Ms. Jean should keep her old views to herself. What counts is what she thinks today. The mere fact that Ms. Jean accepted Paul Martin's invitation is clear enough. But, obviously, it's not enough to calm the storm. The governor-general- designate, therefore, should put out a short statement stating unequivocally that she strongly believes in a united Canada, and thinks Quebec's interests are best served inside the federation. Period. No long explanation, no apology, no apostasy.

Her separatist attackers' purpose will then be defeated: Michaëlle Jean will become the strongest symbol in recent years of Canadian democracy's inclusiveness. If, on the contrary, she is forced to leave Ottawa before even moving officially to Rideau Hall, a new Quebec/Rest-of-Canada crisis will erupt, a crisis from which only separatists can emerge as winners.

André Pratte is editorial page editor of La Presse.




Michaëlle Jean is our postnationalist future

John Ibbitson
The Globe and Mail Wednesday, August 17, 2005

Tired old men with tired old arguments seek to discredit the governor-general-designate, citing dogmas of the tired past.

No wonder the young feel such contempt for politics.

Michaëlle Jean has been accused of consorting with separatists. She might even have raised her glass in a toast to Quebec independence.

In what must surely qualify as a winning act of political irony, certain hard-line separatists have publicized Ms. Jean's allegedly sovereigntist past, hoping that it will excite so much outrage in the rest of Canada that Prime Minister Paul Martin will be forced to withdraw the appointment, which, in turn, would infuriate Quebeckers, furthering the separatist cause.

Before this goes any further, please consider a few facts. (Well, all right, they're just strong assertions.) Ms. Jean's husband, Jean-Daniel Lafond, has clearly sympathized in the past with the sovereigntist cause. This is hardly surprising. Mr. Lafond considers himself to be an intellectual, and intellectuals -- especially of the French variety -- habitually gravitate toward bold and dangerous ideas that the rest of us sensibly avoid. That is why the world outside the university has healthily ignored Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Jacques Derrida and the editorial board of Le Devoir.

Besides, Mr. Lafond is not the governor-general-designate. If the Department of International Trade is prepared to tolerate John Ralston Saul's views on globalization, then federalists can surely withstand Mr. Lafond's speculations on Quebec nationalism.

Ms. Jean apparently raised her glass in celebration of Québec libre in 1991, in the midst of the failures of the Meech Lake and Charlottetown accords, when feelings were running high in Quebec. Don't forget that almost half the province voted Yes in the 1995 referendum. A cabinet minister with impeccable federalist credentials in Jean Charest's government once described Quebec to this writer as "a nation struggling within the confines of provincehood." Virtually all Quebeckers over a certain age are nationalists. Some of them believe that the Quebec nation can be accommodated within the Canadian state; others do not; and others just aren't sure. The rest of the country needs to accept this fact and move on.

What matters is that Ms. Jean personifies a contemporary reality that goes beyond arguments of nationalism and cultural sovereignty. She came here from Haiti. She married someone who came here from France. Their union is increasingly typical of the cosmopolitan, polyglot and outward-looking Canada of today. Ms. Jean represents our postnationalist future.

This controversy, however, has focused attention on another, more contemporary, problem: the selection process for the governor-general. The Prime Minister's advisers have assured us, for reasons that had nothing to do with shoring up Liberal support in Quebec, that they chose Ms. Jean to represent the Queen in Canada.

They assure us as well that the security apparatus has determined that she poses no threat. As for any other considerations, the Prime Minister's Office alone is privy to the relevant information, which it chooses not to discuss.

This sort of thing just doesn't cut it any more. Canadians long ago ceased to defer to the wisdom of mediating elites. They no longer trust the church to root out sexually abusive priests; they expect their doctor to explain and defend his proposed course of treatment; they question teachers on how their daughter is doing in school; and they don't trust politicians as far as they can throw them, which they would rather like to do, especially when the politicians say: "Just trust us on this."

They demand openness, transparency and accountability, which is why this must be the very last governor-general chosen by prime ministerial discretion, without consultation and without parliamentary scrutiny. If so, then something good will have come out of this after all.

Rounding error: Yesterday's column pegged the combined Ontario and Quebec population and share of the economy at 70 per cent. In both cases, the figure is now closer to 60 per cent.

jibbitson@globeandmail.ca




G-G must declare her loyalty: top monarchist: 'Separatist a troubling word'

Graeme Hamilton; with files from Jack Aubry, National Post; with files from CanWest News Service
National Post August 17, 2005 Wednesday

MONTREAL - The head of the Monarchist League of Canada said yesterday that time is running out for governor-general designate Michaelle Jean and her husband, filmmaker Jean-Daniel Lafond, to profess their loyalty to Canada.

In response to reports that Ms. Jean had joined prominent Quebec separatists in a toast to independence in a 1991 film by Mr. Lafond, John Aimers, an enthusiastic supporter of Ms. Jean's appointment when it was made, said the air needs to be cleared quickly. In the same film, La maniere negre, Mr. Lafond offered an enthusiastic "yes" to Quebec independence.

His comments echoed a call by opposition leader Stephen Harper for the Prime Minister's Office to refute media reports of the couple's link to prominent separatists. "If this information is untrue, I think it's up to the Prime Minister's office who made this prospective appointment to clarify why this isn't true," Mr. Harper said. "I've made an attempt through my office to get a copy of this documentary. We've been unable to. Suddenly, it's unavailable in the Library of Parliament.

"I think the Prime Minister's Office should put out the information that corrects the record, otherwise take some action."

Yesterday Mr. Aimers called for an "unambiguous assurance" from Ms. Jean of her loyalty to Canada.

"It is becoming increasingly evident that for the many positive attributes of Mme. Jean to be placed at the service of [Her Majesty] and all Canadians during a successful time as Governor General, an early and unambiguous assurance of her and her husband's current loyalty to Canada and its institutions needs to be made in personal and direct terms," Mr. Aimers wrote on the Monarchist League's Web site. "Otherwise, we run the risk of a Governor-General taking office amidst profound disquiet even amongst those who would otherwise most wish her success."

Conservative Senator Marjorie LeBreton, who was director of appointments under former prime minister Brian Mulroney, said yesterday that the documentary featuring the toast to "independence" would have resulted "in a huge red flag being run up the pole" when she was on the job.

She said it appeared Mr. Martin had rushed the appointment through without proper background checks and vetting.

The controversy began with revelations that Mr. Lafond had associated with former members of an FLQ cell that kidnapped and killed Quebec cabinet minister Pierre Laporte in 1970. The subsequent stream of reports questioning the allegiance of Ms. Jean and Mr. Lafond has inflamed passions among many of the Monarchist League's 16,000 members, leading Mr. Aimers on Sunday to warn message-board participants to tone down their language.

"Civil language, as expected on this Board, does not include epithets and their derivatives such as 'traitor,' 'republican scum,' 'treason' and others of their ilk," he wrote.

The Prime Minister's Office has said Ms. Jean will not respond to the accusations before she is made Governor General on Sept. 27. In an interview yesterday, Mr. Aimers said he has warned federal officials that it would be unwise to let the insinuations about Ms. Jean and her husband linger until her installation.

"Mud sticks, and those words like 'separatist' and 'kidnapper,' those are troubling words, and people want to hear from the person herself that they have no foundation in terms of who she is and her total commitment," he said. "Obviously she didn't express her willingness to take up this job without being committed to Canada. This is not some elaborate separatist plot. But it is being exploited."

Most of the revelations about Ms. Jean and Mr. Lafond's past come from hard-line Quebec sovereigntists, who feel betrayed and hope to create division between Quebec and the rest of Canada.

"It is now time for Canadians to re-engage with Mme. Jean, and I think she is so good at doing it," Mr. Aimers said. "People had very favourable first impressions, and I think they will have very favourable third impressions, but this has been a glitch in the middle of it all."

For some in Mr. Aimers organization, however, it is too late. "Our incompetent Prime Minister needs to make the right decision and withdraw the appointment immediately," one message-board participant wrote yesterday. "There are many deserving Canadian citizens who could fill this role without the taint of bias on their resume."

The Prime Minister's Office continued yesterday to maintain "there was a rigorous screening process in advance of Madame Jean's appointment that departed in no way from the norm and involved the Privy Council Office, RCMP and Canadian Security Intelligence Service."

Spokesman Scott Reid reiterated that Ms. Jean and Mr. Lafond are "committed Canadians."

"Sadly, their belief in Canada has made them targets of a deliberate and orchestrated smear campaign by hardline separatists," he said. But the PMO is no longer dismissing any possibility of a statement from Ms. Jean before the swearing-in ceremony in late September.

The couple has arrived in Ottawa and Ms. Jean is preparing for her job through daily briefings at Rideau Hall.




Governor General 'smeared' in row over her loyalty

Francis Harris in Washington
Daily Telegraph (Londres) 16/08/2005

Canada's new Governor General, who holds dual French nationality, has been accused of divided loyalties and her husband of having ties to French-speaking separatists in a bitter row that has exposed the country's historical fault line.

Haitian-born Michaelle Jean, a broadcast journalist, was appointed by the Queen as her representative in Canada on the recommendation of the government, led by the prime minister Paul Martin. She is due to be sworn in next month, the first time that a black woman has held the post.

But the decision has dredged up the ghosts of Canada's troubled past, in particular the sometimes bloody campaign by French-speaking separatists for an independent Quebec.

The nationwide political fracas has been fuelled in part by the revelation that Ms Jean holds dual French nationality through her husband, a documentary maker called Jean-Daniel Lafond.

That provoked some to call for the renunciation of her French passport. Canadian MP Pierre Poilievre said Ms Jean should either "disavow" her French citizenship, or renounce Quebec separatism to prove she is willing to stand up for Canada.

But the most explosive allegation appeared in Quebec publications, where hardline separatists claimed that Ms Jean's husband was a secret supporter. One alleged he was a "declared sovereigntist".

They also alleged that Canada's most senior couple had backed independence for Quebec in the referendum on the issue 10 years ago. The vote was defeated by a razor-thin one per cent margin. Some politicians and commentators are now calling for the couple to reveal how they voted.

The allegations have prompted a furious fight-back from Mr Martin's office, which accused the separatists of a smear campaign to discredit Ms Jean.

"We're not about to start turning over their underwear drawer. When the prime minister says that Madame Jean and her husband are committed Canadians, you can rest assured that they are committed Canadians," said Scott Reid, the premier's spokesman.

But three of Canada's powerful regional premiers and Conservative opposition leader Stephen Harper waded into the debate.

Mr Harper said Ms Jean should declare to Canadians that she and her husband are not separatists.

The Conservative leader was phoned by Mr Martin, who offered assurances that the Governor General had been properly vetted by the security services.

His spokesman later added: "Understand this: the Governor General is not selected from a scratch-and-win ticket."

One diplomatic observer of the row said that it separated Canadians suspecting that the appointment had been made for reasons of political correctness, against those who saw it as a triumphant tale of the new Canada.

"A lot of Canadians feel that it's a good thing that an attractive black woman who started life in a poor country has risen to become the Governor General," he said.




Could be a riot, author warns

KEVIN DOUGHERTY
The Gazette August 17, 2005 Wednesday

Haitian-born Montreal author Dany Laferriere said yesterday if governor- general designate Michaelle Jean is forced to resign, there could be the same kind of rioting in the Haitian community that ripped through downtown Montreal in 1955 when Canadiens great Maurice (Rocket) Richard was suspended for the rest of the National Hockey League regular season and the playoffs.

Laferriere participated in a 1990 film with Jean, also Haitian-born, that hard-line sovereignists say proves she is one of them.

"If a small group of people believe they can change things and force Michaelle Jean to quit, I warn them that Haitians and their many friends will take to the streets of Montreal for the first time to defend their battered pride," Laferriere wrote on the opinion page of La Presse newspaper. He said it would be "like what was already done in Quebec in the Maurice Richard affair."

"In the 30 years I have been in Quebec, I have never felt such a swell of pride as a Quebecer, followed by such disappointment in the Haitian population - a disappointment that could well turn to anger," he wrote.

"For the first time in North America, there is a black, and a woman as well, who becomes head of state," Laferriere told the LCN TV news channel yesterday, describing the controversy as "a wrestling match between Martin a small group of sovereignists."




L'affaire Michaëlle Jean: tout excuser pour un conte de fées

Jean Pierre Desaulniers, Professeur, département des communications, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mercredi 17 août 2005

Les indigènes des îles Salomon exposaient en proue de leurs pirogues un musumusu, une petite sculpture au visage prognathe et aux poings fermés censée personnifier le Kesoko, un esprit lié à la guerre et à la pêche en haute mer. À mi-chemin entre le visage humain et la face de chien, l'effigie servait à effrayer l'ennemi et à éloigner les mauvais esprits.

Les libéraux fédéraux vont naviguer bientôt dans les courants tumultueux d'une nouvelle campagne électorale, tenter d'abattre l'ennemi et de pêcher le plus d'électeurs possible. Ils ont fixé bien en vue leur musumusu, histoire d'éloigner les fantômes surgis de la commission Gomery, ces personnages aux sourires véreux, aux mémoires douteuses, aux moustaches mafieuses et aux regrets hypocrites.

Michaëlle Jean, avec son air de franchise spontanée, sa simplicité courtoise, son amabilité naturelle, son intelligence va exprimer tout le contraire et dissiper de la tête des électeurs les spectres troublants des commandites.

La commandite

Libre de tout engagement, les accointances séparatistes de son mari accentuant sa propre «pureté» politique, elle est une sorte d'«intouchable». Elle a tout d'un ange, d'une apparition, d'une émissaire de la bonne nouvelle : «Le Canada est un beau pays, riche, généreux et foncièrement honnête.» Elle va accrocher des boutons, des rubans et distribuer des milliers de dollars à des milliers de personnes. On reste dans la bonne cause, celle du Canada, le vrai. On est toujours dans la commandite, mais redevenue légitime et protocolaire.

Personne ne fait de lien entre Michaëlle Jean et la reine Élisabeth : on se convainc que c'est du folklore. Personne ne s'intéresse aux documentaires de son mari : de toute façon, nul ne les a vus. Ou à ses commentaires : nul ne les a retenus.

Personne ne remet en question la compétence de Mme Jean pour une telle fonction; ça lui est accordé d'avance, comme un don venu du ciel. La douceur de sa voix, les lueurs d'intelligence dans ses yeux, sa jeunesse immuable, l'harmonie de ses traits négroïdes qu'elle n'a jamais atténués, en faisaient preuve et l'ont métamorphosée en Esprit du bon droit, du mérite et de la récompense. Exactement le contraire des Guité, Corriveau, Lafleur ou Morselli et autres comparses qui vont paniquer en apercevant la pirogue pointer vers eux et courir se dissimuler dans l'obscurité des sous-bois, la honte au front. À notre grand soulagement, tellement nous préférons les happy-end.

Deux morales à cette histoire :

- deux cents ans plus tard, nous restons proches parents des indigènes des îles Salomon pagayant tout nus dans leurs pirogues. Une effigie suffit pour changer nos perceptions et brouiller nos mémoires;

- pour un conte de fées, nous sommes prêts à tout excuser. Rien ne nous séduit autant.




Ce n'est pas un conte de fées

René Depestre, Écrivain franco-haïtien
Le Devoir mercredi 17 août 2005

Le jeudi 4 août 2005, à cinq heures trente du soir, un appel téléphonique de Montréal m'apprend que ma nièce du Canada, Michaëlle Jean, a été désignée gouverneure générale de son pays d'adoption. Transmise ainsi, sans préambule, la nouvelle m'a semblé l'incipit d'un conte de fées. Les explications du journaliste Sébastien Béranger m'ont vite convaincu qu'il ne me jetait pas à la tête le songe d'une fin d'après-midi d'été. La fille aînée de ma soeur Luce est, bel et bien, élevée à la haute dignité de gouverneure générale du Canada.

Dans un monde hérissé d'incertitudes -- quant aux nouveaux repères existentiels dont a besoin l'universalisation de la démocratie -- la désignation d'une femme, journaliste d'origine haïtienne, à ce poste honorifique considérable est un fait culturel de civilisation qui honore le Canada du premier ministre Paul Martin.

C'est le signe fort, exaltant, étincelant, du haut niveau de civilité démocratique qui marque l'évolution des institutions politiques canadiennes. Voici le Canada décidé à faire avancer le processus de redressement du cours chaotique de la mondialisation. La promotion extraordinaire d'une femme émigrée de la première génération, fille d'une infirmière originaire d'Haïti, incarne avec éclat la réussite de l'intégration à la canadienne.

Michaëlle Jean, grâce à ses dons de journaliste de radio et de télévision, grâce à la rigueur de sa parole d'information, à sa connaissance des redoutables réalités de la vie sur la planète, bénéficie aujourd'hui de l'estime, de la confiance, de l'affection des téléspectatrices et des téléspectateurs du Québec.

Mais sa popularité -- son audience de bel aloi -- s'est étendue, en quelques années, au-delà des clivages de langue et de culture. Les mérites de Michaëlle sont connus et célébrés aussi au Canada anglophone.

La descendante des esclaves de Saint-Domingue a tout pour étoffer et panifier de ses qualités, de sa bonté, de son parcours singulier, de sa beauté, l'apport culturel des humanités anglo-saxonnes -- métissées bellement de francophonie et de créolité -- à la société civile internationale en formation. N'est-ce pas celle-ci qui est appelée -- l'action civilisatrice des Nations unies aidant -- à sauver les États-nations, et la diversité de leurs cultures, des barbaries qui, par le sang qui court autour de la terre, humilient et profanent violemment le processus de concertation et de «savoir-vivre-ensemble» des multiples civilisations de la scène mondiale ?

Associé à la Couronne britannique et au Commonwealth, membre écouté du G8, le Canada est bien placé pour faire prospérer, sur les bases d'un consensus jamais vu, l'idée d'une vie démocratique internationale qui serait pour les peuples du monde tout un «art-d'être-ensemble», dans le respect réciproque et selon une éthique de solidarité sans précédent, au service des idéaux les plus élevés de la démocratie et de la civilisation universelle.

L'arrivée spectaculaire de Michaëlle Jean à Rideau Hall permet de rêver, sans toutefois verser béatement dans une énième utopie historique.

Dans les conditions de cette nouvelle donne, on comprend pourquoi en Haïti -- au berceau désolé de la famille de Michaëlle Jean --, la bonne et formidable nouvelle de sa nomination de gouverneure générale du Canada est accueillie et intensément vécue comme un phare d'espérance et d'allégresse à l'horizon d'attente d'un Sud au bord du désespoir. Vive le libre Canada !




La profession de foi fédéraliste de Michaëlle Jean

Journal Le Québécois www.lequebecois.org
mercredi 17 août 2005

Québec, le 17 août 2005 - Le Journal Le Québécois prend bonne note de la sortie publique de la nouvelle gouverneure générale, Michaëlle Jean, pour établir clairement qu'elle, et son mari, sont et ont toujours été fédéralistes.

N'ayant jamais eu autre objectif dans cette affaire que de cibler Paul Martin pour sa nomination malhabile et le mettre ainsi dans l'embarras, le Journal Le Québécois considère aujourd'hui que malgré la profession de foi fédéraliste du couple, il a atteint ses objectifs. Il est maintenant clair, et ce, d'un océan à l'autre, que l'entourage de Paul Martin de même que les services de renseignement ont fait preuve dans ce dossier d'un amateurisme et d'une incompétence sans nom. Car, peu importe les allégeances politiques de Michaëlle Jean et du nouveau prince consort, Jean-Daniel Lafond, il est clair qu'une simple enquête de routine aurait permis de faire toute la lumière sur le passé du couple qui est, tous l'admettront, fort particulier lorsqu'on aspire à occuper Rideau Hall.

Si la petite équipe de recherchistes du Journal Le Québécois a pu découvrir tout ce qu'elle a découvert dans ce dossier, il est clair que le Service canadien de renseignement de sécurité, que la Gendarmerie royale du Canada et tous les journalistes du Québec et du Canada le pouvaient également. Étant donné que l'information a été rendue publique par le Journal Le Québécois, et par lui seul, la direction de ce même journal engagé fermement en faveur de l'indépendance politique du Québec considère que bien des gens au Québec et au Canada n'ont pas fait leur devoir. «Dans toute cette affaire, peu importe les reproches qu'on peut adresser au Journal Le Québécois, il est clair que notre petite équipe a fort bien servi le droit du public à l'information. Qui, le plus sérieusement du monde, peut venir nous dire que tout ce que nous avons révélé à propos de la nomination de Paul Martin n'était pas d'intérêt public ?», de dire Pierre-Luc Bégin, directeur des Éditions du Québécois et Patrick Bourgeois, directeur du Journal Le Québécois.

Sans ambages, certaines personnes ont reproché au Journal Le Québécois d'avoir diffusé les informations qu'il avait en sa possession. Certains ministres libéraux ont parlé d'une chasse aux sorcières orchestrée par Le Québécois. Or, il faut savoir que de telles attitudes relèvent d'un autoritarisme tout à fait malsain. Le Québécois considère que le peuple du Québec et le peuple canadien sont assez intelligents pour prendre connaissance de tous les tenants et aboutissants d'un dossier pour se faire par la suite leur propre opinion. De tels reproches deviennent carrément scandaleux lorsqu'ils proviennent de journalistes ou de chroniqueurs. Cela démontre trop bien que pour certains d'entre eux, le droit du public à l'information n'est rien en regard de la nécessité de protéger l'unité canadienne. «Nous sommes convaincus que bien des Québécois se posent aujourd'hui des questions sur la façon dont fonctionnent les médias au Québec. Plusieurs ont très certainement dû être fort surpris de découvrir que de telles informations avaient été révélées par un simple journal alternatif aux modestes moyens. Assurément, ils ne regarderont jamais plus les médias de la même façon après cet épisode délicat», ont déclaré messieurs Bégin et Bourgeois

«Nous n'avons jamais adhéré à l'idéologie souverainiste»

Dans cette affaire, le Journal Le Québécois n'a jamais réclamé de savoir ce que Mme Jean ou son mari ont voté en 1995. Nous avons toujours considéré que le vote était du domaine privé et que ce droit leur appartenait autant qu'il appartient aux autres citoyens. Nous avons toujours dit que nous respecterions Mme Jean et son mari si ceux-ci devaient admettre qu'ils avaient changé d'allégeance en cours de route. Cela est tout à fait leur droit. Ce qui est par contre particulier dans la déclaration publique de Mme Jean, c'est lorsqu'elle dit qu'elle n'a jamais été souverainiste, comme son mari ne l'a jamais été. Le Journal Le Québécois se dit bien prêt à croire que Mme Jean n'a jamais été souverainiste, mais soutient du même souffle qu'il est beaucoup plus difficile de prétendre la même chose de son mari. Après tout, qu'a voulu dire le prince consort lorsqu'il a écrit :

«Un Québec souverain ? Un Québec indépendant ? Oui, et j'applaudis des deux mains et je promets d'être de tous les défilés de toutes les Saint-Jean»

«Le prince consort devait très certainement parler de la Martinique lorsqu'il parlait d'un Québec indépendant dans cette citation. Ça tombe sous le sens. Comme il devait parler de la Martinique lorsqu'il parlait de la Saint-Jean. Après tout, il est de notoriété publique que la Fête nationale des Martiniquais a lieu elle aussi à la Saint-Jean-Baptiste?», de répondre messieurs Bégin et Bourgeois.

Pour notre part, il nous semble qu'il aurait été plus honnête que le couple admette leur passé souverainiste et qu'il dise qu'il a depuis changé d'idée. Tout individu a droit à ses opinions politiques. Et tout individu a droit de changer d'idée. Cela, le Journal Le Québécois l'a toujours reconnu. «En préférant nier l'évidence, cela n'est certes pas à leur honneur. Mais est-ce que le Canada anglais aurait accepté la moindre ouverture envers le mouvement indépendantiste dans la déclaration publique de Mme Jean ? Nous ne le croyons pas et à l'évidence, le couple vice-royal pas davantage. Et cela démontre que le couple est maintenant tout à fait sous le contrôle de Paul Martin qui lui met des mots dans la bouche qui ne convaincront personne. Enfin, c'est leur choix», de déplorer Bégin et Bourgeois.

Un fédéralisme de quelle nature ?

Toute cette affaire a clairement démontré que les médias du Canada anglais n'étaient nullement prêts à poser les questions que se posent leurs citoyens. Il est vrai que la situation précaire dans laquelle se trouve présentement le Canada (gouvernement fédéral minoritaire et appui à la souveraineté du Québec à environ 55 %) les pousse à la plus grande prudence, eux qui ne veulent très certainement pas donner des munitions aux indépendantistes québécois. Cela se comprend. De leur côté, les médias du Québec ont beaucoup de difficulté à adresser les critiques qui doivent être adressées à Paul Martin dans ce dossier. Par conséquent, et pour poursuivre sa mission d'information, les journalistes du Québécois aimeraient que Mme Michaëlle Jean, qui acceptera à l'évidence de jouer le rôle de gouverneure générale, précise sa vision politique du Canada et du Québec. Pour ce faire, nous aimerions qu'elle réponde, au cours de son mandat, aux quelques questions suivantes :

1- Est-ce qu'elle reconnaît l'existence du peuple québécois, ce que nie l'État qu'elle représente?

2- Est-ce que le peuple québécois jouit du droit à l'autodétermination et à l'indépendance comme les autres peuples ?

3- Sinon, est-ce que le Québec constitue à tout le moins une société distincte?

Finalement, le Journal Le Québécois tient à préciser qu'il prend l'entière responsabilité pour toute cette affaire. C'est l'équipe de ce journal, et elle seule, qui a poussé l'actualité politique à emprunter cette avenue. Elle en accepte donc toutes les conséquences. Que Jean Lapierre cesse de faire dévier le débat vers Gilles Duceppe et le Parti Québécois.