Épilogue sur une polémique

Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 19 août 2005

La controverse autour des positions (ou devrait-on parler de sentiments) politiques de notre futur couple vice-royal semble terminée. Celle-ci était née des questions posées par quelques personnes qui, ayant côtoyé Michaëlle Jean et Jean-Daniel Lafond dans une vie antérieure, soutenaient que leurs convictions politiques ne semblaient plus correspondre à celles qu'ils avaient déjà affichées. La réponse est venue mercredi, tous deux assurant n'avoir jamais adhéré à l'idéologie souverainiste. À travers les lignes de leur brève déclaration, on comprend que leur pensée a évolué. Cela ne diminue en rien la sincérité de leur engagement passé, présent ou à venir. Il était important de savoir clairement où ils logent.

Ce chapitre clos, il faut maintenant jeter un regard sur le processus de nomination des titulaires de la fonction de gouverneur général. Cette prérogative appartient en principe à la reine du Canada, Élisabeth II, qui ne fait, en réalité, qu'entériner la proposition que lui soumet le premier ministre. C'est ainsi depuis 1930. Les premiers ministres ont toute discrétion de choisir qui ils veulent. Ils ne sont tenus à aucune consultation. Quant à savoir si la personne désignée est apte à remplir la fonction de gouverneur général, on a dû se contenter dans le cas présent des assurances données par Paul Martin qui nous a dit : «prenez ma parole».

La controverse des derniers jours aura fait ressortir l'incongruité de ce processus de nomination où le premier ministre choisit celui ou celle qui sera appelé(e) à désigner le premier ministre. Si cela fait un peu beaucoup guignol, un tel processus confirme que le personnage central de notre régime politique n'est pas le gouverneur général. Même si juridiquement celui-ci est le chef de l'État, c'est le premier ministre qui détient toute l'autorité. Ses pouvoirs sont quasi impériaux. Il nomme les sénateurs, les ambassadeurs, les lieutenants-gouverneurs des provinces, les juges de la Cour suprême, les présidents des sociétés d'État, les ministres.

Ce pouvoir de nomination du premier ministre est excessif. Il arrive souvent que les choix qu'il fait sont douteux, ou perçus comme tel parce que répondant à des considérations politiques partisanes. Pour atténuer cette perception, Paul Martin s'était engagé à soumettre à un examen public certaines nominations, notamment celles à la Cour suprême. Dans le cas du gouverneur général, il n'en fut jamais question. Il serait temps qu'on y vienne.

Les actes qu'est appelé à poser le gouverneur général sont essentiellement des actes de solennité servant à authentifier les décisions du gouvernement. Il est un personnage de parade, mais il pourrait arriver, en cas de crise gouvernementale, qu'il ait à intervenir, ce qui n'est pas à exclure dans le contexte actuel. Même s'il lui faudra alors suivre les conventions, il aura à agir en toute indépendance, ce que le processus de nomination actuel ne garantit pas. Il aurait davantage de légitimité si le candidat retenu par le premier ministre obtenait, avant d'être soumis à la reine, l'appui du Parlement par un vote des deux tiers des Communes et du Sénat. Nous donnerions ainsi un petit air républicain à notre monarchie.

bdescoteaux@ledevoir.ca




For queen-but for which country?

Questions about a new governor-general's past
The Economist Aug 18th 2005

TIME was when the Queen of Canada, who lives in Britain, sent an ageing noble to be her governor-general in Canada. Nowadays the job is in the gift of Canada's prime minister. And the selection criteria appear to be governed by political correctness-or at least politics.

The outgoing governor-general, Adrienne Clarkson, had arrived as a child immigrant from wartime Hong Kong. On August 4th, Paul Martin, the prime minister, nominated Michaëlle Jean to succeed Ms Clarkson. She seemed to press all the right buttons. Ms Jean is a young, multilingual, black immigrant from Haiti, and like her predecessor, a former television journalist. Most important of all, she is from Quebec, where support for the ruling Liberals has slumped because of a corruption scandal. Mr Martin denied that this was the reason for his choice, but it looked a shrewd one.

Yet Mr Martin's calculations seemingly failed to consider Ms Jean's position on the great Canadian political question: the independence of Quebec. Le Quebecois, a separatist magazine, claims that Ms Jean and her French film-maker husband, Jean-Daniel Lafond, had supported Quebec separatism. Film clips purporting to show the couple toasting the cause then emerged.

The Conservative opposition wants guarantees that Ms Jean is a committed federalist. Mr Martin says she is, and that she was carefully vetted. On August 17th, after several days of silence, Ms Jean issued a statement saying she and her husband were "fully committed to Canada". Barring further revelations, that may be enough to blunt the criticisms.




Souveraineté, sors de ce corps!

Vincent Marissal
La Presse vendredi 19 août 2005

Ce qu'il s'en est dit et écrit des bêtises sur l'" affaire " Michaëlle Jean depuis quelques jours, et des deux côtés de la rivière des Outaouais.

Du côté est, d'abord, cette idée selon laquelle Michaëlle Jean et Jean-Daniel Lafond doivent absolument nous dire de quel bord ils sont- pire encore: de quel bord ils étaient peut-être il y a 10 ans- par respect pour les contribuables canadiens qui payent leur salaire. " Transparence élémentaire ", clame-t-on, après tout le couple Jean-Lafond occupe le trône de chef de l'État canadien et on est en droit de savoir ce qu'il pense puisqu'il nous représentera ici et à l'étranger.

Comme si le simple fait que Mme Jean (et par extension son mari) ait accepté de devenir la représentante de la reine au Canada n'est pas, en soi, un acte de foi fédéraliste. La description de tâche d'un gouverneur général est assez simple à comprendre. Il semble évident que toute personne saine d'esprit qui accepte d'occuper ce poste accepte aussi les responsabilités qui vont avec.

Vous avez peur de quoi, au juste? Que Michaëlle Jean et son mari accueillent les chefs d'État étrangers avec une ceinture fléchée en jouant de la cuillère et en chantant du Vigneault? Mais non, ne vous inquiétez pas: ils vont très bien faire ça. Même que ça va venir tout seul, vous verrez. L'habit fait parfois le moine ou, si vous préférez, le décorum, le titre et la fonction font la gouverneure générale. Peut-être que les futurs occupants de Rideau Hall ne pousseront pas la feuille d'érable jusqu'à remplir les caves de l'auguste demeure de vins canadiens comme l'a fait le couple Adrienne Clarkson-John Ralston Saul, mais ils ne serviront pas non plus de la grosse 50 tablette à leurs illustres invités.

Le plus comique, c'est que les gens qui ont lancé cette brillante idée de respect envers les contribuables canadiens sont les mêmes qui grimpent dans les rideaux quand quelques red neck affirment qu'il est scandaleux que les fonds publics fédéraux servent à payer le salaire et la pension des députés du Bloc québécois.

L'autre ânerie de la semaine, elle nous vient des responsables de la polémique eux-mêmes, les gens du journal Le Québécois, selon qui toute cette affaire en est une de sécurité nationale. Eh oui!, ne souriez pas, le fait que les services secrets canadiens n'aient pas su déterrer le passé du couple Jean-Lafond laisse croire qu'ils ne sauraient non plus garantir notre sécurité contre les terroristes... En ces temps violents, non mais vous imaginez un peu les périls qui nous guettent? expliquait l'autre midi le rédacteur de la feuille de chou à Radio-Canada. Gouverneure générale, terroristes, services du renseignement, menace à la sécurité du pays... Du vrai délire.

Côté ouest de la rivière des Outaouais, ce n'est pas beaucoup plus brillant. Après avoir réclamé et obtenu- par écrit en plus- des éclaircissements de Michaëlle Jean sur son amour du Canada, on rechigne encore parce que le communiqué n'est pas assez long, pas assez explicite. Il subsiste un doute, dit même le chef conservateur Stephen Harper. Un doute de quoi? Répétons: elle a accepté de devenir la représentante de la reine au Canada. Il vous faut quoi de plus? Qu'elle marche sur les genoux, drapée de l'unifolié, de Québec à Ottawa? Peut-être pourriez-vous aussi lui faire chanter le Ô Canada dans les six amphithéâtres du pays, en octobre, à la reprise de la saison de hockey professionnel.

Cette hantise toujours aussi présente de l'" ennemi " souverainiste (ou même seulement quelqu'un qui a osé réfléchir à la question) est probablement ce qui est le plus déplorable dans toute cette histoire. En particulier dans quelques médias anglophones, qui ont étalé encore ces jours derniers leur méconnaissance crasse du Québec et tous les clichés sur la " menace séparatiste ". Trop heureux, sans doute, de lancer une polémique, ils ont présenté un groupuscule d'extrémistes à la Gilles Rhéaume comme de " prominent souveraignist in Québec ". C'est vrai que Gilles Rhéaume prend beaucoup de place quand il beugle dans un débat télévisé contre Sheila Copps, mais laisser croire qu'il est un porte-parole crédible du mouvement souverainiste est aussi absurde que de dire que Diane Francis représente la majorité des Canadiens anglais sur les questions d'unité nationale. Et puis, tant qu'à faire dans les nuances, les mêmes médias ont amalgamé FLQ, RIN, PQ, allez hop! tout le monde dans le même panier.

Le collègue Lawrence Martin écrivait hier dans The Globe and Mail que la profession de foi de Mme Jean n'est pas suffisamment claire (ce qui est un non-sens en soi: on ne peut pas avoir une moitié de foi) parce que, notamment, le pays ne peut se permettre, à l'approche du 10e anniversaire du référendum de 1995, de suspecter que sa gouverneure générale soit une sympathisante séparatiste.

Comme si Paul Martin, victime innocente d'une machination diabolique, avait nommé sans s'en rendre compte une cellule séparatiste dormante à Rideau Hall!

Pourtant, les médias anglophones ont adoré Michaëlle Jean quand elle a été nommée. Ils ont été charmés (bien sûr, vous avez vu ce sourire?), mais peut-être, après tout, aimaient-ils surtout le fait que Mme Jean, en tant qu'immigrante, épouse aveuglément le Canada. La réalité québécoise est tellement plus complexe et il se trouve que Mme Jean est québécoise. Il est donc fort possible qu'à un moment ou à un autre, elle ait soupesé les options, comme la majorité de ses concitoyens l'ont fait et le feront encore. Faut-il rappeler que 50 % des Québécois ont voté OUI en 1995? On parle ici de citoyens normaux, s'exprimant démocratiquement, pas de dangereux agents subversifs bons à être emprisonnés.

Et à supposer qu'elle se soit déjà, effectivement, montrée ouverte à l'option souverainiste, ce serait plutôt une bonne nouvelle pour les fédéralistes. Voilà une jeune Québécoise, moderne, branchée sur sa société, connue et respectée qui a fait résolument le choix du Canada. C'est justement pour cette raison que les libéraux de Paul Martin pensaient avoir fait un bon coup dans la cour des souverainistes.

S'il y a une chose que l'" affaire Jean " a clairement démontré au cours des derniers jours, c'est que malgré les beaux discours, les deux solitudes sont toujours bien intactes. Deux solitudes qui auraient bien besoin d'un pont pour se rapprocher, un rôle, justement, qu'aurait pu jouer Michaëlle Jean.

" Aurait pu jouer ", parce que, dorénavant, partout où elle ira au Canada, Mme Jean sera accueillie par cet insidieux doute quant à ses réelles allégeances. Et on scrutera chacun des mouvements de ses lèvres pour s'assurer qu'elle ne saute pas une seule parole du Ô Canada.

vincent.marissal@lapresse.ca






Gilles Rhéaume porte plainte contre La Presse et le journaliste Vincent Marissal

Gilles Rhéaume
TRIBUNE LIBRE 19.8.2005

La Ligue québécoise contre la propagande et la corruption canadiennes
Le porte-parole

Le 19 août 2005-08-19

Conseil de presse du Québec
A/S du secrétaire du Conseil

Monsieur,

Au nom de la Ligue et en mon nom personnel, je porte plainte contre La Presse et le journaliste Vincent Marissal, suite la parution dans l'édition de ce jour, en page A 5, dans le sillon des révélations entourant le passé de la Gouverneure générale désignée et de son conjoint, d'une chronique intitulée «Souveraineté, sors de ce corps».

Dans ce texte, on peut lire : «ils ont présenté un groupe d'extrémistes à la Gilles Rhéaume.». D'une part je ne suis pas un extrémiste et d'autre part le Conseil de presse, dans le dossier Bill Johnson vs Le Devoir et Pierre O'Neill, a déjà statué sur l'utilisation de ce concept. Ce qui fut vrai pour monsieur Johnson, devrait aussi l'être pour moi.

Monsieur Marissal écrit aussi : «C'est vrai que Gilles Rhéaume prend beaucoup de place lorsqu'il beugle dans un débat télévisé». Je ne suis pas un animal, seuls le taureau, le boeuf et la vache peuvent beugler. Le respect de l'intégrité de la personne est une des colonnes de la pratique journalistique, m'ont appris mes professeurs à l'École supérieure du journalisme à Paris. Les scoops concernant Mme Jean et son conjoint n'auraient-ils pas été salués comme exemplaires s'ils avaient été faits par un grand quotidien.

Il y a aussi des erreurs de faits, comme la traduction en français du concept anglais de «prominent souveraignist in Québec», par «porte-parole crédible». «Prominent» se traduit en français par «bien connu», ce qui n'est pas du tout la même chose.

Nous comprenons que le groupe qui publie La Presse est fédéraliste et qu'il a bénéficié de plusieurs millions dans le programme des commandites et ce, pendant des années mais ce n'est pas une raison ni pour me comparer à un animal ni pour me qualifier d'extrémiste.

J'ai bien l'intention d'utiliser mon droit de réplique dans ce journal qui me met en cause ainsi que lors de la procédure enclenchée par cette plainte auprès de vous.

Bien vôtre,

Gilles Rhéaume







Nomination de Michaëlle Jean

Un député conservateur invite les Canadiens à se plaindre à la reine

Patrice Gaudreault (Le Droit) et Hugo Meunier (La Presse)
La Presse vendredi 19 août 2005

Insatisfait de la profession de foi fédéraliste de la prochaine gouverneure générale, Michaëlle Jean, un député conservateur de la région d'Ottawa invite les Canadiens à s'adresser directement à la reine Élisabeth II.

Le site Web du député fédéral de Nepean-Carleton, Pierre Poilievre, propose aux internautes un hyperlien direct avec le courrier électronique de Sa Majesté, à Buckingham Palace.

«Étant donné que Paul Martin n'a rien fait pour s'assurer du patriotisme de la nouvelle gouverneure générale, les Canadiens doivent passer au-dessus de sa tête et contacter la reine directement», affirme le député conservateur.

Au cours des 48 dernières heures, plus de 5000 personnes ont visité le site www.fightingforyou.ca, une hausse de près de 700 %.

La récente déclaration de Michaëlle Jean, qui assure qu'elle et son mari, le cinéaste Jean-Daniel Lafond, sont «fiers d'être Canadiens», n'a pas suffi à refroidir les ardeurs du député de 26 ans. Il aurait voulu que Mme Jean éclaircisse les propos qui sont attribués au couple dans un livre paru en 1993 sur un film réalisé par son mari et intitulé La Manière nègre ou Aimé Césaire, chemin faisant : genèse d'un film.

M. Poilievre dit souhaiter que la reine entre en contact avec le premier ministre Martin, quand Buckingham Palace aura eu vent de l'affaire.

La controverse soulevée par la nomination de Michaëlle Jean a déjà traversé l'Atlantique. Selon ce qu'a appris La Presse, la reine d'Angleterre s'en remet entièrement au premier ministre Paul Martin. «La reine est au courant. Elle nomme toujours un gouverneur général selon ses recommandations», a indiqué hier un porte-parole du palais de Buckingham.

Enquête

Au moment où le passé du couple Jean-Lafond refait surface, certains se demandent si le cabinet du premier ministre avait bien fait ses devoirs avant de désigner sa nouvelle gouverneure générale.

La Presse a révélé hier que les fréquentations du nouveau couple vice-royal étaient connues au 24, promenade Sussex.

«On était au courant de leur travail», a répété hier l'attachée de presse de Paul Martin, Mélanie Gruer, qualifiant le processus d'enquête de «rigoureux».

Avare de commentaires, elle a cependant révélé que le premier ministre avait rencontré le couple Jean-Lafond à deux reprises avant d'annoncer publiquement la nomination de l'ancienne chef d'antenne. On ignore si M. Martin s'est enquis des antécédents politiques des nouveaux résidants de Rideau Hall.

Comme c'est le cas pour l'ensemble des quelque 250000 employés du gouvernement fédéral, la future gouverneure générale et son mari ont été soumis à une enquête en règle, menée par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Cette recherche, nommée Enquête sur l'habilitation sécuritaire, se déroule en plusieurs étapes. Chaque nouveau venu doit d'abord dûment remplir un formulaire remis par l'employeur, avec preuves d'adresse, anciens emplois, références, état du crédit et dossier criminel. Par la suite, le type d'enquête préconisé pour chacun est déterminé par un code de sécurité prédéfini. Selon leurs fonctions, les employés sont triés en trois codes ou catégories : confidentiel, secret et très secret.

Dans le premier cas, les enquêtes sont effectuées de manière plus superficielle. Tout au plus, on appelle un ancien employeur pour obtenir des références.

Les dossiers dits «secrets» nécessitent une fouille plus exhaustive. Les limiers de l'État peuvent remonter jusqu'à 10 ans dans le passé de l'employé. Anciennes adresses, écoles, employeurs, familles, voisins : s'il le faut, les enquêteurs valident ces informations sur le terrain.

Pour les candidats codés «très secrets», on répète le même manège que les «secrets», sauf qu'on ratisse jusqu'à 20 ans en arrière.

Même s'il n'a jamais travaillé de près à ce type de recherches, Michel Juneau-Katsuya, ancien agent du SCRS, a déjà eu vent d'enquêtes un peu bâclées pour une nomination politique. «De bonne foi, Mme Jean a probablement répondu par la négative lorsqu'on lui a demandé si quelque chose clochait dans son passé», souligne, sous toute réserve, celui qui a passé 21 ans au SCRS.

À ses yeux, le poste de gouverneur général mérite le sceau «très secret» ou au moins «secret». «Ces personnes auront accès à des informations confidentielles et à des personnes importantes comme le président américain ou la reine», explique l'ancien agent du SCRS.

Les ministres auraient droit au traitement «très secret», les député et sous-ministres, au «secret» et la plupart des fonctionnaires méritent le code «confidentiel».

Ces normes sont établies par le Conseil du Trésor.

Avec la Presse Canadienne




Lafond's denials sad to see

Josée Legault
The Montréal Gazette August 19, 2005 Friday

It's perfectly legitimate for Jean's husband to change his mind and become a federalist - so why not say so?

The future governor-general, Michaelle Jean, and her husband, Jean-Daniel Lafond, finally came clean. Well, at least, one of them did, for sure.

To kill the controversy surrounding their alleged past sovereignist beliefs, Jean issued a press release saying they're "proud to be Canadians" and are "fully committed to Canada."

Oddly, the English and the French versions differed on a major point. In English, she wrote they never belonged to the "separatist movement." True enough.

But in French, Jean wrote they never adhered to the "sovereignist ideology." Belonging to a "movement," which implies political action, or simply believing in an ideology are two very different things. When it comes to beliefs, Jean can argue while she anchored Radio-Canada's news broadcast, she had to keep her beliefs private.

In Lafond's case, it's another story. As people who knew him well reported, Lafond, a philosopher and documentary filmmaker, came off with most colleagues and friends as someone who believed in Quebec's sovereignty.

What he wrote about Quebec independence in his 1993 book La maniere negre is unequivocal: "Yes, I applaud with both hands and I promise to attend all the St. Jean Baptiste parades." That's why in Lafond's case, many question the part in Jean's release about never adhering to the "sovereignist ideology."

But why say that? It's perfectly legitimate for Lafond to change his mind and become a federalist. And it would have been perfectly honest for him to say so. This would have allowed him to fulfill his future duty with serenity.

Surprisingly, he chose the revisionist route, to put it mildly. His denial of his past, as if there were anything wrong with having believed in Quebec sovereignty, is sure to leave negative traces. The saddest part is that it's sure to reflect on their work together as the vice-regal couple.

This point is important and it explains why the questions about his convictions are legitimate. Lafond isn't "just" a husband anymore. His duties will be very public. He, like his wife, will have to promote Canadian unity, sovereignty and diversity. That's part of the official job description.

If Lafond's political beliefs should have been considered private, as many commentators argued, then why did the Department of Canadian Heritage post both Jean's and Lafond's biographical notes as well as a picture of the happy couple under the heading "governor-general"?

It's because the role of the spouse is, in reality, as public and as official as that of the governor-general. That's why his choice to deny what was otherwise clear enough in La maniere negre will leave many who knew him with a feeling of sadness and great disappointment.

It's one thing to lie in the bed of Canadian unity and do it proudly. That's his right. But it's another to deny he never even came close to sleeping in the sovereignist one when the sheets are still ruffled.

In 2003, Lafond said this on Radio-Canada: "There should be an encyclopedia on lies in politics. The dialectical game is almost immediate between truth and lie. The strange part is the public suspects it's there. But it doesn't preclude lies from governing. It's that paradox I would like to understand."

It now looks as if Lafond has become part of that paradox.

This didn't stop such prominent sovereignists as Gilles Duceppe, Louise Harel and Pauline Marois from belatedly defending the couple's honour. Only one thing can explain their concerted statements. On Tuesday, well-known Haitian-born author Dany Laferriere published a scathing piece in La Presse. He warned of a major anti-sovereignist backlash in the Haitian community should Jean ever be forced to resign.

The fact that, unlike some English-Canadians, no credible public figure in Quebec asked for her removal - they only requested Jean and Lafond clarify their true convictions - seems to have escaped many people. But it's obvious sovereignist leaders hit the panic button that afternoon. They probably feared the support the Bloc Quebecois had finally harvested in various cultural communities would vanish before the next federal election.

Although keeping quiet would have been more appropriate than doing as their Liberal counterparts did and demonizing anyone who wanted this question to be clarified, the sovereignist leaders' panic was a testimony to the cynical brilliance of Jean's nomination in the first place.

Martin knew any sovereignist who would dare question anything at all about Jean, a prominent symbol for Quebecers of Haitian origin, or about her husband, could pay a high political price, including being labelled racist and intolerant.

Lafond's denials are a sad thing to watch. But so is the ease with which some sovereignist leaders bowed to Martin's strategy.




L'engagement intellectuel

Denise Bombardier
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 août 2005

La polémique installée au sujet de la nomination de Michaëlle Jean permet un débat nécessaire et, hélas, si rare sur l'engagement intellectuel, ses conséquences, ses limites, ses ambiguïtés, ses contradictions et son éthique.

D'abord, la chasse aux sorcières est inutile. Qu'est-ce donc que ces enflures verbales où l'on dénonce les ayatollahs, banalisant de ce fait les vrais, substituts, tortures et censures. Les souverainistes «purs et durs», comme on les appelle, qui dénoncent ce qu'ils estiment être la trahison d'un des leurs, en l'occurrence Jean-Daniel Lafond l'époux de Michaëlle Jean, ne sont pas des fascistes, même si leur manière outrancière n'est guère du meilleur goût.

Compte tenu des prises de position du cinéaste, de sa fascination pour le problème identitaire québécois jusque dans son expression la plus extrême, à savoir le FLQ, il est légitime qu'ils s'interrogent publiquement sur le revirement apparent de celui qu'ils considèrent comme un de leurs frères de combat. Il n'y a ni scandale ni coup fourré là-dedans. On peut imaginer vraisemblable que Jean-Daniel Lafond ait lui-même adhéré intellectuellement à la famille souverainiste. Qu'il ait eu une sympathie engagée à l'endroit de cette cause pour laquelle le militantisme ne passe pas nécessairement par une carte de membre d'un parti politique. Les thématiques de ses films l'installent dans la sensibilité de la gauche nationaliste non pas canadienne, à la manière de John Raston Saul, mais québécoise. Une gauche qui revendique l'indépendance du Québec jusqu'à la nomination de sa femme, ses apparences professionnelles qui incluent ses commentaires à la radio de Radio-Canada pouvaient le laisser croire, alors que des intellectuels cherchent à le mettre en contradiction avec lui-même, cela est inévitable. Pour comprendre une démarche intellectuelle, il faut faire oeuvre d'ethnologue et retourner dans le passé intellectuel de la personne, savoir ce qu'il a dit, écrit ou filmé. Ça n'est pas ce qui s'appelle la chasse aux sorcières.

Ce qui le devient par contre, c'est d'interdire à cette personne de changer d'opinions et même de cause car, dans l'optique indépendantiste, se retrouver prince consort de la représentante en titre de la reine, chef de l'État canadien, ce serait un changement de cause. On ne peut pas prôner sa foi dans le Canada et ses institutions si l'on appelle de ses voeux la séparation du Québec.

Jean-Daniel Lafond et sa femme adhèrent au Canada et croient à son unité. Ils l'ont affirmé cette semaine par voie de communiqué. Alors que veut-on de plus ? Il faut en prendre acte. Toute spéculation supplémentaire relèverait du procès d'intention.

Cela étant, sachant que la très grande majorité des Québécois considère dépassée et inutile cette fonction de gouverneure générale, on peut se surprendre de l'intérêt porté à cette nomination. Les statistiques québécoises incluent aussi, cela va de soi, un grand nombre de fédéralistes, convaincus de la désuétude d'une telle fonction. Sans doute, dans cette polémique, les sceptiques classaient-ils les Jean-Lafond, compte tenu de leurs engagements sociaux et professionnels, parmi cette majorité. Erreur des sens abusés, donc. Nous sommes ici plutôt face à un problème de perception qui déborde le cadre de la nomination de Michaëlle Jean.

S'il faut tirer une leçon de tout cela, c'est bien de cesser de classer les gens selon des catégories plus théoriques que réelles. Qu'est-ce donc qu'être de gauche ou de droite par exemple ? Il y a des gens de gauche qui vivent selon leurs principes mais il y a aussi ce que l'on nomme avec bonheur, la «gauche caviar». Une gauche dont l'élitisme est la marque de commerce. Il y a une droite égoïste, insensible aux injustices sociales, mais il y a aussi une droite libérale, se portant à la défense des faibles, des minoritaires, anti-élitiste. Classer les gens non pas en fonction de ce qu'ils sont mais en fonction de ce que l'on croit qu'ils sont ou devraient être peut être un signe d'aveuglément idéologique.

De plus, être fidèle à soi-même n'est pas obligatoirement être fidèle à ce que l'on a cru à 20 ans. C'est s'assurer de ne jamais prêcher ce que l'on ne vit pas. Il y a les baby-boomers souverainistes qui défendent aujourd'hui une indépendance du Québec en ayant perdu la foi dans celle-ci. Il y a les fédéralistes qui jurent leur foi canadienne alors que leur coeur ne vibre qu'au rêve québécois. Les choix des uns et des autres sont plus complexes, plus touffus, plus contradictoires et paradoxaux que plusieurs aimeraient le croire.

Enfin, faut-il répéter encore une fois à quel point cette société a de la difficulté à accepter le débat. Que René Boulanger, personnage sans aménité par qui l'unanimité des éloges fut brisée, soit traîné dans la boue, que Jacques Lanctôt, le trouble-fête hyperbolique et indélicat, soit de nouveau désigné à la vindicte publique montre bien que contrairement à ce que l'on affiche, la tolérance n'est qu'une réalité en devenir. Elle démontre également que le choc des idées choque davantage les gens qu'il ne les incite à réfléchir.

denbombardier@videotron.ca




Un geste opportuniste

Normand Bélair, Saint-Lambert
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 août 2005

Lettres: Michaëlle Jean a enfin brisé son silence, sous la pression, je dois dire, une pression un peu gênante de quelques souverainistes. Mais même madame trouve la situation assez importante pour répondre et clarifier la chose.

Je brise mon silence devant cette chose qui me rend mal à l'aise depuis le début.

Je dois dire que depuis quelques semaines je regarde la chose évoluer. J'écoute les extraits de films de son conjoint; j'admire la beauté de la femme, j'écoute le propos.

J'arrive à un constat pour le moins troublant. Mme Jean affirme ne jamais avoir été souverainiste, pas plus que son mari; donc elle peut (et veut) occuper le poste de gouverneur général du Canada.

Si c'est le cas, ils auraient berné le mouvement souverainiste pendant des années en étant dans leur cercle intime, en faisant film après film avec eux pour faire connaître leur thèse ?

Je suis mal à l'aise devant cette situation, car j'aime bien Mme Jean. Mais je dois dire, par contre, que je sens de l'opportunisme à plein nez. Pensez pour un moment que, si le Québec avait atteint son statut de souveraineté quelque part dans les dix dernières années, aujourd'hui Mme Jean, accédant au poste de lieutenant général du Québec, nous dirait que depuis toujours elle est souverainiste, ayant les films et les déclarations de son mari comme preuve.

Je suis mal à l'aise.




Persécution déguisée de Mme Jean?

Houchang Hassan-Yari, Professeur au Collège militaire royal du Canada Kingston, Ontario
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 août 2005

Lettres: Le genre de débat qui a présentement cours au Québec et dans le reste du Canada concernant la pensée politico-idéologique de Michaëlle Jean et de son époux Jean-Daniel Lafond est digne des jours noirs des pays non démocratiques du Tiers-Monde, où des individus et des groupes sont persécutés pour avoir pensé en dehors des normes imposées par certains cercles. Soulever des controverses pour manifester son existence ne devrait pas exister dans les pays démocratiques.

Ce qui se passe aujourd'hui est une tentative malsaine de certaines personnes pour limiter deux individus dans l'exercice de leur droit fondamental en tant que citoyen. Comment peut-on célébrer l'anniversaire de la victoire sur les idéologies fascistes en Europe, notamment, et poursuivre une chasse aux sorcières ici ? S'il doit y avoir critique à l'endroit de Mme Jean et de M. Lafond, que ce soit en fonction de leurs actions publiques et de leurs engagements sociaux.

Indépendamment des accusations politiques à l'endroit des motifs du premier ministre dans la sélection de Mme Jean pour le poste de gouverneur général, ce choix est judicieux et à saluer. Le parcours de Mme Jean peut nous donner des leçons inestimables. Son choix n'est que la poursuite d'une politique exercée au Canada depuis sa conception comme entité politique. L'apport des immigrants dans la construction du Canada, et ce depuis les premiers colons, est reconnu, même si tout n'est pas toujours juste.

Espérons que le remplaçant de Mme Jean, après la fin du mandat de celle-ci, sera une personne issue des Premières Nations !




Petite leçon d'histoire

Jacques Rivet
Professeur titulaire, département d'information et de communication, Université Laval
Le Devoir vendredi 19 août 2005

Leadership du PQ de 1985: un rappel du début de la course

La relecture des quotidiens Le Devoir, Le Journal de Québec, La Presse et Le Soleil à propos de la course à la direction du Parti québécois de 1985 située dans le contexte de celle d'aujourd'hui permet un rappel de faits dominants, possiblement analogues ou distincts.

L'information de presse se produit généralement dans un contexte institutionnel qui en colore la nature. En 1985, le Parti québécois forme le gouvernement et non l'opposition officielle. Le premier ministre démissionnaire, René Lévesque, attend l'élection de son successeur pour tirer sa révérence. En janvier, un congrès spécial du parti décida de mettre en veilleuse le thème de la souveraineté lors des élections québécoises du 2 décembre. Aujourd'hui, il y a une situation contraire : la souveraineté sera mise en valeur lors des prochaines élections québécoises.

Une première

Le 29 septembre 1985, pour la première fois dans l'histoire du Québec, un parti politique élira son chef au suffrage universel de ses membres.

Bernard Landry est le premier à faire acte de candidature en tant que «souverainiste et progressiste». Alors que Pierre-Marc Johnson pose le même geste le 5 juillet, jour de son 39e anniversaire. Landry va insister sur «l'économie». Johnson sera le candidat de «la voie concrète et pratique» (La Presse). Gilles Lesage, du Devoir, avait émis l'hypothèse qu'un désaccord existait entre ces deux aspirants à la chefferie : Landry serait prêt à revenir sur la mise en veilleuse de la souveraineté alors que Johnson considérait le débat clos. Mais Landry affaiblit momentanément cette hypothèse en faisant acte de candidature. «Il ne remettra pas en question le virage du PQ», atteste La Presse.

Pauline Marois donne naissance à un garçon. Elle se fait évidemment attendre. Comme Jean Garon d'ailleurs, qui laisse des appuis s'activer en sa faveur sur la scène médiatique tout en s'y manifestant par des déclarations ministérielles en guise de «coucous».

Le grain de sel de Bourassa

Le chef du Parti libéral du Québec, Robert Bourassa, fin politicien, s'introduit dans le discours public de cette course péquiste à la faveur d'une entrevue exclusive avec Pierre O'Neill du Devoir. Il met en garde les candidats-ministres contre l'usage de fonds publics qu'ils pourraient faire en profitant du soutien partisan de leur personnel de bureau ministériel.

Pierre Marc Johnson, également homme politique rusé, va lui servir une réplique détournée : il l'enjoint de veiller à ce que les libéraux n'envahissent pas les rangs du PQ en profitant du mode de scrutin universel retenu pour cette élection.

Un sondage de l'Institut québécois de l'opinion publique (IQOP) commandé par Le Journal de Montréal souligne la popularité de la candidature éventuelle de Marois. «Contre Bourassa, proclame en manchette, le mardi 16 juillet, Le Journal de Québec à la suite de l'IQOP, Pauline Marois aussi forte que Johnson». Le vendredi suivant, les journaux devancent Marois de quelques jours et annoncent sa candidature et celle d'un «pur et dur», Guy Bertrand.

Johnson en tête

Dès le début de cette course, Pierre Marc Johnson, se place au-dessus de la mêlée. Le Devoir rapporte, le 30 juillet, qu'il invite ses collègues à «faire preuve de retenue» dans les promesses que ceux-ci seraient tentés de faire, croyant être élu chef et... premier ministre.

Jean Garon, s'affirmant candidat de la continuité et du changement, considère que le PQ «doit prouver concrètement que la souveraineté est possible sans le séparatisme» (Le Devoir). Johnson, le meneur, déclare son accord avec Garon... «sur le fond» (La Presse).

La veille, Pauline Marois estimait que le pouvoir féminin serait différent de celui des hommes si elle accédait à la tête des affaires de l'État. La résolution qu'elle a prise publiquement de déranger en posant sa candidature fut mise en pratique par une déclaration à propos de l'échec du PQ en matière économique. Bernard Landry la contredit instantanément, grâce à la dynamique de communication publique des quotidiens.

En effet, la ministre-candidate fait sa déclaration le matin du 9 août en inaugurant son comité d'organisation à Montréal. Dans l'après-midi, Bernard Landry est interrogé par les journalistes à ce propos en conférence de presse. La Presse accorde simultanément la plus grande visibilité à cette déclaration et à cette réplique : au bas de la une, avec un article sur Marois accompagné d'un titre référant à un article sur Landry. Elle place ces adversaires de la course en coprésence dans cette page, comme s'ils avaient participé à un débat en un même lieu. Les autres quotidiens feront de même mais dans une page intérieure.

Le Devoir accordera la plus faible visibilité à la réplique de Landry en l'intégrant dans l'article de Pierre O'Neill sur la déclaration de Marois.

Francine Lalonde, ayant fait acte de candidature le 1er août, affirme dans une entrevue exclusive au Soleil rechercher la participation de la base. Alors que Guy Bertrand multiplie les interventions incendiaires à l'endroit du PQ; par exemple, en singeant le chef du PLQ, Robert Bourassa, qui dénonçait l'emploi de fonds publics par les ministres-candidats pour leur campagne. Ce dernier n'est pas ménagé par les caricaturistes de ces quotidiens tels que Chapleau du Devoir et Girard de La Presse. Ils le représentent fréquemment comme un politicien oublié en raison de la grande visibilité momentanée des candidats de cette course, dont le candidat notoire, Pierre-Marc Johnson.

Essoufflement de Landry

Durant le démarrage de cette course, Bernard Landry a multiplié les attaques contre Pierre Marc Johnson, confirmant ainsi la position avantageuse de ce dernier. Il a de plus fait des déclarations ambiguës sur le respect du virage de son parti concernant la mise en veilleuse de l'option de la souveraineté, virage que Gilles Lesage du Devoir avait précédemment évoqué dans un de ses reportages. S'il devient chef, il convoquerait un congrès d'orientation et il rajeunirait l'Option Québec (Le Journal de Québec, les 1er et 8 août).

Le 16 août, la journaliste Ghislaine Rheault du Soleil, faisant preuve de perspicacité, note dans son reportage au sujet de la campagne de Landry qu'«on perçoit déjà un certain essoufflement»; ce qui justifie le journal de titrer : «L'organisation Landry montre des signes d'essoufflement.» Le lendemain, tous les journaux annoncent son retrait de la course au leadership. Au même moment, Pauline Marois nuance ses propos sur le bilan économique du gouvernement du PQ.

Les assemblées régionales du Parti québécois débuteront le 18 août 1985. Les candidats n'auront pas le droit de s'interpeller mutuellement et les auditoires ne pourront pas les interroger directement.




Vache sacrée ou mouton noir?

Julius Grey
La Presse vendredi 19 août 2005

Des deux côtés, les chevaliers de la langue semblent avoir réussi à transformer la loi 101 en cheval de bataille

La tentative par des militants du Parti québécois de faire voter une résolution à leur convention limitant l'accès des non-francophones aux cégeps anglais remet en question la légitimité de la loi 101. La Charte de la langue française, généralement connue sous le nom de la loi 101, approche de son 28e anniversaire, est-ce que nous devrions nous en réjouir?

Manifestement injuste et exagérée lors de sa promulgation en 1977, cette loi a été modifiée et améliorée à tous les niveaux des cours de justice, y compris celles des Nations unies, ainsi que par le législateur. Devant la nécessité inébranlable de protéger et de promouvoir la langue française, et le besoin aussi impérieux de respecter les limites de la démocratie libérale et de préserver une place honorable pour la partie anglaise de notre héritage, cette loi, telle qu'amendée, constitue un compromis raisonnable, même si on peut continuer à discuter de certains détails et de son application.

Ce qui devrait nous assombrir n'est donc pas notre politique linguistique comme telle, mais l'aspect symbolique et même mythologique de la loi 101. En effet, les chevaliers de la langue des deux côtés semblent avoir réussi à transformer une loi relativement équilibrée en cheval de bataille: dans le cas des francophones, en vache sacrée, et dans le cas de leurs analogues anglophones, en bête noire. Ces deux fausses perceptions creusent un fossé entre les citoyens.

Chez les francophones

Prenons les francophones d'abord. Les chevaliers de la langue française ont fait preuve d'une facilité troublante à convaincre la majorité que la loi 101 constitue un grand sommet parmi les acquis de la Révolution tranquille. En semant un peu de confusion entre la loi de 1977 et celle d'aujourd'hui, ils ont propagé la légende du charcutage juridique de la loi au détriment de la majorité.

Le slogan " Ne touchez pas à la loi 101 " est donc devenu un outil puissant pour rallier les citoyens et pour substituer une loyauté collective à une analyse que chacun devrait entreprendre des dispositions actuellement en vigueur. Les chevaliers francophones refusent de commenter les motifs qui ont amené pratiquement tous ceux qui ont étudié la loi de 1977 de l'extérieur du Québec à la condamner. Ils se cachent derrière une autre idée fixe, celle de " la minorité la mieux traitée au monde ", pour rejeter toutes les revendications et plaintes des anglophones du revers de la main. Finalement, plusieurs d'entre eux proposent un retour aux dispositions de 1977, ce qui serait à la fois une honte et un désastre puisque les injustices envers les francophones, qui pouvaient servir d'excuse sinon de justification en 1977, ont complètement disparu.

Chevaliers anglophones

Moins efficaces, les chevaliers anglophones ont néanmoins eu beaucoup de succès également et, grâce à leurs efforts, la loi 101 a pris les allures d'un épouvantail pour une partie importante de la population. Pour eux, cette loi est un cauchemar et une explication de toutes les difficultés que les anglophones ont vécues depuis 1977, y compris la saignée qui leur a coûté le tiers de leur nombre.

Les chevaliers anglophones font abstraction de l'histoire du Québec d'avant la Révolution tranquille et des injustices économiques et sociales que la majorité se devait de corriger. Ils mettent l'accent sur les aspects coercitifs de la loi pour conclure qu'il s'agit d'un instrument fait dans le seul but d'opprimer la minorité, oubliant ainsi les buts avoués d'intégration et donc d'élimination des frontières et des barrières. (...)

Les succès des chevaliers masquent la réalité d'un consensus très général. Malgré l'appui massif pour la loi 101 en tant que symbole, les sondages, plus subtils, montrent que la grande majorité des francophones se range du côté de l'affichage bilingue, l'accès libre à l'école anglaise pour ceux qui se qualifient pour la clause Canada ainsi que pour une attitude libérale et ouverte en matière de santé et de justice. Au même titre, la grande majorité des anglophones reconnaissent la nécessité de protéger le français et de réglementer l'accès à l'école anglaise malgré leur répugnance instinctive pour le symbolisme de la loi 101.

Il serait naïf de conclure que les deux groupes veulent exactement la même chose, mais le fossé entre eux n'est pas trop profond, les communautés sont loin d'être étanches et, n'eût été des chevaliers, une paix linguistique aurait dû être établie depuis longtemps. (...)

Il est donc faux de prétendre que l'égalité et la dignité des francophones sont le résultat direct de la loi 101. Au contraire, il s'agissait d'un processus historique de longue durée, dont la loi 101, telle que rédigée en 1977, était un épisode peu glorieux. C'est la Révolution tranquille qu'il faut fêter et non pas la loi 101.

Il est aussi faux d'attribuer à la loi 101 un effet dévastateur sur la minorité. L'exode avait commencé plusieurs années auparavant et il s'explique mieux par un autre phénomène. Partout au Canada, les années 60 et 70 étaient une époque d'expansion dans le secteur public, et plusieurs des meilleurs emplois pour les jeunes se trouvaient effectivement dans ce secteur. Or, le Québec excluait systématiquement les membres de la minorité et cette politique était à son apogée sous le premier gouvernement de Robert Bourassa, entre 1970 et 1976. Peut-on blâmer surtout la loi 101 pour l'exode quand il existe une explication beaucoup plus convaincante? (...)

En réalité, la grande partie du problème se situe au plan de l'aliénation. Les Anglo-Québécois se sentent exclus de la vie publique et ils considèrent, à tort ou à raison, que leurs opinions et leurs aspirations ne comptent pas au Québec. La première version très mesquine de la loi 101 a provoqué le réveil justifié des anglophones qui, auparavant, avaient accepté la francisation de bon gré.

Même si la loi 101 n'a pas besoin d'amendements majeurs, il est urgent de déclencher sans délai un processus majeur de démystification. Si, en 2007, cette loi n'est plus perçue comme une vache sacrée ou comme une bête noire mais plutôt comme une législation ordinaire, on pourra fêter son trentième anniversaire avec plaisir.

Avocat de renom et ardent défenseur des droits fondamentaux l'auteur a enseigné le droit à l'Université McGill pendant de nombreuses années. Nous publions ici un extrait d'un texte qu'il signe dans la revue " Barricades " une publication de l'Institut des affaires publiques de Montréal.




Ottawa promouvra l'entrée d'Israël et de la Palestine dans la francophonie

Joël-Denis Bellavance
La Presse vendredi 19 août 2005

Ottawa - Désirant contribuer à sa manière aux efforts de paix au Proche-Orient, le Canada se fait le promoteur de l'élargissement de la francophonie afin d'accueillir Israël et l'Autorité palestinienne au sein de cette organisation internationale.

Le ministre responsable de la francophonie, Jacques Saada, a proposé l'idée de cet élargissement au secrétaire générale de la Francophonie, Abdou Diouf, en novembre dernier à l'occasion du dernier Sommet de la francophonie, à Ouagadougou, au Burkina Faso, a appris La Presse. Il a également discuté de cette proposition avec ses homologues de la France et de la Roumanie, pays hôte du prochain Sommet, au cours des derniers mois. La proposition a été bien accueillie.

M. Saada, aussi ministre responsable de l'Agence de développement économique pour le Québec, n'écarte pas l'idée d'entreprendre une tournée de certains pays dans ce coin chaud du globe afin de faire la promotion de son projet, le ministre ayant l'appui du premier ministre Paul Martin à cet égard.

" La francophonie a une vocation politique depuis 1997. Je crois donc que l'une des fonctions essentielles de la francophonie, c'est d'apporter sa plus-value dans la pacification et la résolution des conflits ", a déclaré M. Saada en entrevue dans son bureau de la colline parlementaire.

" L'un des conflits les plus aigus de la planète, c'est bien sûr celui du Proche-Orient. Il se trouve que deux des pays de la région sont membres de la francophonie, le Liban et l'Égypte, sans compter que d'autres pays arabes font aussi partie de l'organisation ", a ajouté le ministre.

Francophones en Israël

M. Saada a souligné qu'Israël, dont 25 % de la population est francophone, a déjà cogné à la porte de l'Organisation internationale de la francophonie à quelques reprises dans le passé, mais que sa requête n'a pas été acceptée jusqu'ici.

Quant à l'Autorité palestinienne, elle pourrait faire partie de la francophonie même si l'État de la Palestine n'a pas encore vu le jour, compte tenu que les règles de l'Organisation permettent à des membres associés d'y participer. À titre d'exemple, le Québec et le Nouveau-Brunswick font partie de cette organisation, même s'ils ne sont pas reconnus comme des pays.

" J'ai suivi de très près le conflit du Proche-Orient depuis longtemps. Ce qui m'a toujours frappé, c'est le fait que la toute première résolution des Nations unies, celle de novembre 1947 qui prévoyait la création d'un pays d'Israël, prévoyait aussi en même temps la création d'un État palestinien, donc deux États, vivant côte à côte en toute sécurité ", a expliqué le ministre.

" Comment est-ce que la francophonie peut jouer un rôle aujourd'hui dans le cadre de cette résolution fondamentale? Je crois que l'une des façons de le faire, c'est d'une part d'effectivement reconnaître la légitimité d'Israël à aspirer à la francophonie. Il y a quand même 25 % de francophones en Israël, comme au Canada. Et d'autre part, de préparer sur le plan international l'accession de l'Autorité palestinienne au statut souhaitable de pays de plein droit ", a-t-il enchaîné.

Pour devenir membre de l'Organisation, le chef de l'État ou du gouvernement intéressé doit faire parvenir une lettre à cette fin au pays hôte du prochain sommet de l'organisation au moins six mois avant le début de la rencontre. Ensuite, les membres de l'organisation décident par consensus d'accepter ou de rejeter cette demande.

Pas du jour au lendemain

Ayant grandi dans un milieu juif en Afrique du Nord (Tunisie) avant d'immigrer au Canada, M. Saada a une compréhension unique des événements qui ont lieu au Proche-Orient.

Il croit qu'il subsiste beaucoup d'embûches à surmonter avant de voir Israël et l'Autorité palestinienne se côtoyer au sein d'une même organisation internationale telle que la francophonie.

" Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il y a de nombreux obstacles. Mais si le Canada n'entreprend pas ce travail-là, il ne se fera pas ", a-t-il affirmé, rappelant que le Canada, hormis la France, est le pays le plus important de la francophonie.

L'un de ces obstacles, c'est que le Liban a toujours aligné sa politique étrangère envers Israël sur celle de la Syrie, Or, la Syrie et Israël demeurent des ennemis jurés.

Cela dit, M. Saada estime que le contexte est de plus en plus favorable. Il a donné en exemple l'élection du nouveau président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le démantèlement des colonies juives dans la bande de Gaza et l'élection en juin du parti de Saad Hariri, fils de l'ancien premier ministre du Liban Rafic Hariri, assassiné en février.