
Elle ne peut plaider ignorance...
Yves Rocheleau, ex-député du Bloc québécois dans Trois-Rivières.
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) mercredi 24 août 2005
"Si elle n'était pas souverainiste, que faisait-elle avec les Gérald Godin, Pierre Vallières, etc.?"
Il y a plusieurs points de vue à partir desquels l'on peut réagir face à une affaire comme celle de Michaëlle Jean. Nombreux parmi les souverainistes se sont béatement réjouis de l'événement, d'autres s'en sont pris à Paul Martin, d'autres à son conjoint, M. Lafond, le grand nombre affirmant qu'il ne fallait pas s'en prendre à Madame, comme si dans cette affaire celle-ci n'y avait aucun rôle!
La grande responsable de toute cette polémique est Mme Jean elle-même. Sans doute s'est-elle livrée, et le contraire serait fort inquiétant, à une profonde réflexion sur la portée éminemment politique du fait d'accepter l'offre de Paul Martin. Celui-ci ne fait alors que son travail... soit de préserver et de mousser l'unité canadienne, de maintenir le statut provincial du Québec et de tenter de conserver le pouvoir aux mains du Parti libéral du Canada. Après Jean Lapierre, en 2004, et Belinda Stronach, au printemps 2005, il procède maintenant au repêchage de Mme Jean.
Il a approché notre belle Haïtienne que les Québécois ont accueillie avec sa famille dans sa tendre enfance; c'est ce même peuple québécois qui fut séduit par ses charmes et qui l'a choyée, et à qui cette jeune journaliste a eu le privilège de s'adresser, ce qui lui permit de déployer ses talents de communicatrice et de poursuivre une carrière d'une visibilité exceptionnelle. Choyée au Québec, elle est pourtant une nobody dans l'autre solitude canadienne... Ce sont donc "les gens du pays" qui lui ont permis un tel cheminement. Elle ne peut ignorer les tiraillements politiques qui assaillent ses compatriotes québécois, sa nomination étant à l'évidence de nature hautement politique. Ayant ainsi accepté, après mûre réflexion, l'offre de Paul Martin, elle endosse l'ordre constitutionnel établi au Canada de même que certains faits historiques incontournables.
Elle ne peut plaider ignorance face au fait qu'elle a accepté de chapeauter l'État fédéral canadien, dont la Constitution ne reconnaît même pas l'existence du peuple québécois, Constitution que tous les gouvernements québécois se sont refusés à signer depuis son rapatriement en 1982.
Elle ne peut plaider ignorance face au fait que la Chambre des Communes ait refusé, par un vote très majoritaire, l'adoption d'une motion portant sur la reconnaissance de la nation québécoise.
Elle ne peut plaider ignorance face au fait que, exilée politique opposée à la domination du régime Duvalier, plus tard intégrée à la nation québécoise, elle même soumise à un carcan colonial, elle préfère aujourd'hui passer dans l'autre camp, celui du colonisateur fédéral, acceptant ainsi de jouer le jeu du pouvoir et du régime fédéral canadien, établi et dominant.
Elle ne peut plaider ignorance face aux résultats combien serrés du référendum de 95, face au love in et autres manoeuvres et malversations du gouvernement canadien, face aux initiatives douteuses de dirigeants de certaines communautés culturelles les incitant à voter non sur une base ethnique, le tout ayant comme objectif et conséquence d'empêcher le Québec, la seule autre nation francophone de deux Amériques avec Haïti, d'assumer pleinement son existence.
Elle ne peut plaider ignorance face à l'odieuse et controversée loi C-20 sur la clarté, qui réduit les pouvoirs de l'Assemblée nationale et qui ridiculise la démocratie québécoise.
Elle ne peut plaider ignorance face aux scandales du programme des commandites à l'égard duquel elle servira elle-même d'instrument visant à distraire l'opinion, programme dont l'objectif premier était, comme l'a avoué Chuck Guité, de "faire la guerre aux séparatistes".
Elle ne peut plaider ignorance qu'en 1970, l'État canadien a appliqué la loi des mesures de guerre et que les Forces armées canadiennes, dont elle sera bientôt le commandant en chef, ont alors envahi les rues de Montréal, emprisonnant arbitrairement des centaines de citoyens québécois, dont certains parmi eux deviendront éventuellement de ses amis au cours des années subséquentes...
Elle ne peut plaider ignorance face au malaise que son acceptation pouvait susciter dans son réseau d'amis actuels et passés. Si elle n'était pas souverainiste, que faisait-elle avec les Gérald Godin, Pierre Vallières, etc. Je suppose qu'il nous faudrait croire qu'ils étaient tous membres d'un club de bridge! Les aurait-elle dupés? "Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es" comme disait l'autre... Heureusement sans doute pour elle que ces deux-là ne sont plus de ce monde.
Elle ne peut plaider ignorance face à la solidarité et à l'aide humanitaire remarquable manifestées par le peuple québécois envers le peuple haïtien lors des récentes inondations catastrophiques. Il y a fort à parier que l'effort collectif des Québécois représente un pourcentage très élevé de l'aide en provenance de la population du Canada.
Elle ne peut plaider ignorance qu'ayant obtenu la citoyenneté française, elle est sensée croire, en le véhiculant, au principe républicain qui affirme que l'autorité vient du peuple et non de Dieu ou du roi. Au contraire, va-t-elle bientôt occuper le trône monarchique, institution inutile, archaïque et au budget proprement scandaleux, d'ailleurs répudiée par une majorité de Québécois, dont elle est.
Elle ne peut plaider ignorance face à l'immense opération de manipulation qui est sous-jacente à cette offre et à son acceptation... opération machiavélique qui pourrait bien avoir été concoctée par le sympathique Marc Lalonde, cet ex-ministre et conseiller de P. E. Trudeau et l'un des principaux acteurs de la nébuleuse Crise d'octobre.
Michaëlle Jean ne peut donc plaider ignorance, et comme tout individu responsable, elle doit assumer les conséquences de son geste, soit d'avoir dit oui à l'offre empoisonnée de Paul Martin.
Je suis un Québécois qui se sent comme trahi...

Elle ne peut plaider ignorance...
Yves Rocheleau, ex-député du Bloc québécois dans Trois-Rivières.
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) mercredi 24 août 2005
* Étant donné que le Nouvelliste de Trois-Rivières a jugé bon couper certains passages du texte de M. Rocheleau, nous vous faisons parvenir la version intégrale. Bonne lecture !
***
MICHAËLLE JEAN NE PEUT PLAIDER IGNORANCE.
Il y a plusieurs points de vue à partir desquels l'on peut réagir face à une affaire comme celle de Michaëlle Jean. Nombreux parmi les souverainistes se sont béatement réjouis de l'événement, d'autres s'en sont pris à Paul Martin, d'autres à son conjoint M. Lafond, le grand nombre affirmant qu'il ne fallait pas s'en prendre à Madame, comme si dans cette affaire celle-ci n'y avait aucun rôle!
À mon avis, la grande responsable de toute cette polémique est Mme Jean elle-même, qui ne peut plaider ignorance quant à la portée de son geste, compte tenu de ses qualités intellectuelles personnelles et de son métier de journaliste professionnelle, donc de spécialiste de l'information.
Sans doute s'est-elle livrée, et le contraire serait par ailleurs fort inquiétant, à une profonde réflexion sur la portée éminemment politique du fait d'accepter éventuellement l'offre de Paul Martin.
Celui-ci ne fait alors que son travail, soit de préserver et de mousser l'unité canadienne, de maintenir le statut provincial du Québec et de tenter de conserver le pouvoir aux mains du parti libéral du Canada. Après Jean Lapierre, en 2004 et Bélinda Stronach, au printemps 2005, il procède maintenant au repêchage de Mme Jean. Paul Martin n'a fait que son boulot.
Il a approché notre belle Haïtienne que les Québécois ont accueillie avec sa famille dans sa tendre enfance; c'est ce même peuple québécois qui fut séduit par ses charmes et qui l'a choyée, et à qui cette jeune journaliste a eu le privilège de s'adresser à des centaines de reprises, ce qui lui permit de déployer ses talents de communicatrice et de poursuivre une carrière d'une visibilité exceptionnelle.
Choyée au Québec, elle est pourtant une « nobody » dans l'autre solitude canadienne. Qui, le mois dernier, connaissait Michaëlle Who? à Halifax, à Vancouver, à Moose Jaw, à Toronto ou à Kamloops?
Ce sont donc «les gens du pays» qui lui ont permis un tel cheminement. Elle ne peut ignorer les tiraillements politiques qui assaillent les gens d'ici, ses compatriotes québécois, sa nomination étant à l'évidence de nature hautement politique.
Ayant ainsi accepté, après mûre réflexion, l'offre de Paul Martin, elle endosse l'ordre constitutionnel établi au Canada de même que certains faits historiques incontournables et face auxquels elle ne peut plaider ignorance.
Elle ne peut plaider ignorance face au fait qu'elle a accepté de chapeauter une institution, l'État fédéral canadien, dont la constitution ne reconnaît même pas l'existence du peuple québécois, constitution que tous les gouvernement québécois se sont refusés à signer depuis son rapatriement en 1982.
Elle ne peut plaider ignorance face au fait que la Chambre des Communes ait refusé, par un vote très majoritaire, tenu à l'automne 2003, l'adoption d'une motion portant sur la reconnaissance de la nation québécoise.
Elle ne peut plaider ignorance face au fait que, exilée politique opposée à la domination du régime Duvalier, plus tard intégrée à la nation québécoise, elle même soumise à un carcan colonial, elle préfère aujourd'hui passer dans l'autre camp, celui du colonisateur fédéral, acceptant ainsi de jouer le jeu du pouvoir et du régime fédéral canadien, établi et dominant.
Elle ne peut plaider ignorance face aux résultats combien serrés du référendum de '95, face au « love in » et autres manoeuvres et malversations du gouvernement canadien, face aux initiatives douteuses de dirigeants de certaines communautés culturellesles incitant à voter « non » sur une base ethnique, le tout ayant comme objectif et conséquence d'empêcher le Québec, la seule autre nation francophone de deux Amériques avec Haïti, d'assumer pleinement son existence.
Elle ne peut plaider ignorance face à l'odieuse et controversée loi C-20 sur la Clarté, qui réduit les pouvoirs de l'Assemblée Nationale et qui ridiculise la démocratie québécoise.
Elle ne peut plaider ignorance face aux scandales du programme des commandites à l'égard duquel elle servira elle-même d'instrument visant à distraire l'opinion, programme dont l'objectif premier était, comme l'a avoué Chuck Guité, de « faire la guerre aux séparatistes ».
Elle ne peut plaider ignorance qu'en 1970, l'État canadien a appliqué «la loi des mesures de guerre» et que les Forces armées canadiennes, dont elle sera bientôt le commandant en chef, ont alors envahi les rues de Montréal, emprisonnant arbitrairement des centaines de citoyens québécois, dont certains parmi eux deviendront éventuellement de ses amis au cours des années subséquentes.
Elle ne peut plaider ignorance face au malaise que son acceptation pouvait susciter dans son réseau d'amis actuels et passés. Si elle n'était pas souverainiste, que faisait-elle avec les Gérald Godin, Pierre Vallières, etc. Je suppose qu'il nous faudrait croire qu'ils étaient tous membres d'un club de bridge ou d'échecs! Les aurait-elle dupés? « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es » comme disait l'autre. Heureusement sans doute pour elle que ces deux-là ne sont plus de ce monde!
Elle ne peut plaider ignorance face à la solidarité et à l'aide humanitaire remarquable manifestées par le peuple québécois envers le peuple haïtien lors des récentes inondations catastrophiques. Il y a fort à parier que l'effort collectif des Québécois représente un pourcentage très élevé de l'aide en provenance de la population du Canada.
Elle ne peut plaider ignorance qu'ayant obtenu la citoyenneté française, elle est sensée croire, en le véhiculant, au principe républicainqui affirme que l'Autorité vient du Peuple et non de Dieu ou du Roi. Au contraire, va-t-elle bientôt occuper le trône monarchique, institution inutile, archaïque et au budget proprement scandaleux, d'ailleurs répudiée par une majorité de Québécois, dont elle est.
Elle ne peut plaider ignorance face à l'immense opération de manipulation qui est sous-jacente à cette offre et à son acceptation, opération machiavélique qui pourrait bien avoir été concoctée par le sympathique Marc Lalonde, cet ex-ministre et conseiller de P.E. Trudeau et l'un des principaux acteurs de la nébuleuse Crise d'Octobre '70.
Michaëlle Jean ne peut donc plaider ignorance, et comme tout individu responsable, elle doit assumer les conséquences de son geste, soit d'avoir dit « oui » à l'offre empoisonnée de Paul Martin, comme un Gilles Rhéaume devrait répondre de son geste si, par exemple, il acceptait un jour une offre « qu'il ne pourrait refuser » de présider aux destinées d'Alliance-Québec, avec le cachet s'harmonisant au caractère spectaculaire du geste. Comme elle, il aurait à vivre avec!
Un Québécois qui se sent comme trahi.
YVES ROCHELEAU
Ex-député de Trois-Rivières à la Chambre des Communes (Bloc québécois)
Trois-Rivières 21-08-05

Quel pays!
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 24 août 2005
Grâce à la flambée du prix du pétrole, l'argent coule comme par magie dans les coffres du gouvernement de l'Alberta, déjà la province la plus riche du pays. La situation économique y est à ce point florissante qu'il devient inacceptable et révoltant qu'Ottawa n'en fasse pas davantage pour réduire les inégalités entre les différentes régions canadiennes.
Selon certaines prévisions, le gouvernement de Ralph Klein encaisserait cette année des revenus de près de 12 milliards au seul chapitre des droits sur l'exploitation des richesses pétrolières sur son territoire. Il s'agirait alors d'une année record dans l'histoire de la province.
Pour avoir une idée de l'importance de cette entrée d'argent, précisons que les dépenses totales projetées par le gouvernement albertain pour l'année en cours sont de l'ordre de 25 milliards, soit la moitié de celles du gouvernement du Québec, pour une population totale d'à peine trois millions d'habitants, soit 42 % de la nôtre.
Résultat : les Albertains, qui sont déjà les Canadiens dont le revenu individuel est le plus élevé, sont aussi ceux qui paient le moins d'impôts pour s'offrir des services publics de qualité. On comprend pourquoi quand on sait que 12 des 25 milliards de dollars en dépenses engagées cette année par le gouvernement Klein proviendront des redevances sur le pétrole. C'est dire que si le gouvernement Klein choisissait de seulement équilibrer les comptes au lieu d'engranger la majeure partie des quelque sept milliards de dollars d'excédents prévus dans un fonds du patrimoine, il pourrait baisser les impôts de façon encore plus importante. N'oublions pas que l'Alberta n'a déjà plus aucune dette...
Personne ne sait à quoi l'argent du pétrole servira à l'avenir. Ce qu'on sait en revanche, c'est qu'il a pour conséquence d'accroître de façon aussi dramatique que rapide l'écart de richesse qui sépare l'Alberta des autres provinces. À l'heure actuelle, le PIB annuel albertain atteint les 60 000 $ par habitant alors qu'il frôle tout juste la moitié de cette somme à l'Île-du-Prince-Édouard et ne dépasse pas 37 000 $ au Québec. Déjà, en 2004, la capacité de lever des impôts du gouvernement albertain équivalait à 1,6 fois celle de l'Ontario, à 1,8 fois celle du Québec et à... 2,3 fois celles du Nouveau-Brunswick et de l'Î.-P.-E.
Afin de permettre aux provinces moins fortunées d'offrir des services de qualité équivalente à leurs citoyens, la Constitution canadienne force Ottawa à maintenir un programme de péréquation. Malheureusement, Ottawa décide seul du montant qu'il entend consacrer à ce programme pourtant fondamental ainsi que de la méthode de calcul qui sera utilisée pour répartir cette somme. Or, pour le moment, ni l'un ni l'autre ne permettent de corriger le déséquilibre, au contraire. Cette année par exemple, Ottawa ne redistribue que 11 milliards en péréquation sur des dépenses de programmes de 160 milliards. C'est à peine 7 %, alors qu'il faudrait fixer la barre à au moins 10 %, ou 16 milliards par année, pour que chaque province rejoigne seulement la capacité moyenne des dix provinces d'offrir des services de qualité équivalente sans s'endetter.
L'an dernier, le gouvernement de Jean Charest avait frappé un mur en voulant renégocier les termes de la péréquation, le premier ministre Paul Martin préférant acheter le silence de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse avec une entente qui leur concède plus d'argent au chapitre des redevances sur l'exploitation des ressources au large de leurs côtes. Cette entente, rappelons-le, comporte une clause qui exclut la valeur de ces revenus pétroliers du calcul des droits de péréquation. Exactement le contraire d'une formule équitable en matière de péréquation.
Décidément, cette fédération a de plus en plus des airs de tour de Babel !

La place du Québec sur la scène internationale
- Qu'en est-il des droits de la personne?
Lucie Lamarche
Professeure à la faculté de science politique et de droit de l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir mercredi 24 août 2005
Dans une entrevue qu'il accordait à la Presse canadienne le 9 août dernier et dont Le Devoir faisait état, le ministre des Affaires intergouvernementales du Québec, Benoît Pelletier, affirmait que le Québec s'apprête à réclamer d'Ottawa une place accrue sur la scène internationale. Il s'agirait d'enrichir la célèbre doctrine Gérin-Lajoie (1965) en vertu de laquelle ce qui relève de la compétence exclusive du Québec au Québec relève aussi de la compétence exclusive québécoise à l'étranger.
À ce jour, le Québec a déjà conclu environ 550 engagements internationaux ou bilatéraux dans des domaines très variés, dont la sécurité sociale, la culture, l'environnement et le développement économique. D'autres ententes sont en cours de discussion, notamment en ce qui concerne les ressources durables en eaux du bassin des Grands Lacs.
L'enrichissement de la doctrine Gérin-Lajoie ne concerne donc pas tant la capacité du Québec de conclure des ententes internationales dans ses champs de compétence que celle de parler de sa propre voix sur la scène internationale, voire d'occuper un siège au sein des grandes organisations internationales ou régionales. De plus, le Québec revendique le droit à la consultation et au partenariat effectif avec le gouvernement d'Ottawa en matière internationale. On pensera ici au cas de l'UNESCO.
Un partenariat plus efficace
Le 19 mai 2005, Monique Gagnon-Tremblay, ministre des Relations internationales du Québec, a prononcé devant le Conseil des relations internationales de Montréal une allocution intitulée «Vers une politique d'affaires internationales». La ministre a alors esquissé à grands traits la politique québécoise en gestation, qui serait fondée sur un partenariat intergouvernemental plus efficace.
Ce partenariat reposerait notamment sur le respect des revendications suivantes :
- un statut de membre à part entière au sein des délégations canadiennes;
- un accès à toute l'information relative à l'élaboration de la position canadienne;
- un droit de s'exprimer de sa propre voix à l'intérieur des forums;
- le droit d'exprimer ses positions lors des comparutions du Canada devant les instances de contrôle des organisations internationales lorsqu'il est mis en cause ou lorsque ses intérêts sont visés.
Ces revendications ne manquent pas de légitimité. Nombreux seront les gens qui penseront immédiatement aux enjeux liés au commerce international, à la culture, à la sécurité transfrontalière ou à l'environnement.
Quel suivi ?
Nous aimerions toutefois attirer l'attention sur la question particulière des droits de la personne et sur celle des engagements internationaux du Québec à ce chapitre.
Le Québec a adhéré aux grands traités des Nations unies en la matière et, dans ce cas, les pratiques tant fédérales que québécoises surprennent par leur manque de sérieux lorsqu'il s'agit de l'obligation qui est faite aux États de faire rapport aux organes de traités des Nations unies au sujet du suivi, du respect et de la mise en oeuvre de tels engagements.
En l'espèce, on aurait plutôt l'impression qu'il sied au Québec de se réfugier derrière le paravent du fédéralisme. En effet, en ces matières, le Québec ne peut se contenter de revendiquer le droit d'être entendu. Il a aussi le devoir et l'obligation de respecter et de promouvoir les droits dont la mise en oeuvre relève de ses domaines de compétence. Utilisons un exemple pour illustrer notre propos.
Le Comité d'experts des Nations unies est l'organe des Nations unies responsable de la supervision du Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels que le Canada a ratifié et auquel le Québec a adhéré en 1976. Le Comité du pacte a récemment fourni au Québec une occasion de s'affirmer sur le plan international. En effet, plusieurs des droits garantis par ce pacte relèvent des champs de compétence des provinces et donc du Québec : la santé, l'éducation, le travail ainsi que la sécurité et l'assistance sociale.
En mai 2006, le comité examinera le quatrième rapport périodique de mise en oeuvre du pacte déposé par le Canada. Ce rapport, disponible sur le site du ministère du Patrimoine canadien, contient des informations relatives à la mise en oeuvre du pacte pour chaque province et territoire du Canada, y compris le Québec.
Aux fins du dialogue prévu pour mai 2006, le comité a adopté, le 20 mai 2005, une liste de questions qu'il destine tant au gouvernement fédéral qu'à ceux des provinces et des territoires du Canada (voir Doc NU E/C.12/Q/Can/2). Certaines de ces questions concernent spécifiquement la mise en oeuvre des droits économiques et sociaux au Québec. C'est en vain que nous attendons depuis que s'exprime la «voix» du Québec à cet égard !
Sur la pauvreté
Le comité des Nations unies s'inquiète notamment de la privatisation de la santé, du sort des sans-abri, de l'endettement croissant des étudiants du postsecondaire et du retard dans la mise en oeuvre de la Loi sur l'équité salariale.
Plus important encore, le comité pose bon nombre de questions concernant la protection sociale au Québec et le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Le comité veut aussi savoir pourquoi la loi visant à combattre la pauvreté, adoptée en 2003, tarde à se concrétiser, tant au chapitre des actions qu'elle énonce qu'à celui de la venue des institutions dont elle prévoit la création.
Enfin, le comité demande au gouvernement du Québec comment il entend donner suite au bilan des 25 années de la Charte des droits et libertés de la personne. Ce bilan est très important. Il propose des amendements à la Charte, lesquels sont destinés à garantir une protection effective des droits économiques et sociaux au bénéfice des Québécois.
Le comité est particulièrement préoccupé de l'absence de mécanismes en vertu desquels l'intergouvernementalisme souhaité par les ministres Gagnon-Tremblay et Pelletier ferait oeuvre utile en ce qui concerne le respect, au Québec comme dans les autres provinces, des droits garantis par le pacte.
De plus, et si, comme le propose le gouvernement québécois et le comité des Nations unies, l'intergouvernementalisme est souhaitable et nécessaire en matière de suivi des engagements internationaux du Canada et des provinces en ce qui a trait aux droits de la personne, il ne faut pas pour autant négliger la dimension de l'intragouvernementalisme. Car la ministre des Relations internationales et le ministre des Affaires intergouvernementales ne sauraient ignorer le fait que d'autres ministères de ce même gouvernement font peu de cas des engagements internationaux du Québec au chapitre des droits économiques et sociaux de la personne.
Des explications attendues
En 1998, le Québec était présent lors des audiences tenues par le comité des Nations unies sur les droits économiques et sociaux. Il n'a cependant pas dit un mot ! Si on se fie aux récentes déclarations de la ministre Gagnon-Tremblay, il faut s'attendre à ce que, lors de l'examen de 2006, le gouvernement du Québec soit prêt à expliquer pourquoi il fait peu de cas de ces droits. Cependant, cela ne suffira pas. En effet, ces droits ont été adoptés pour être respectés et non pour servir de caution au droit du Québec d'être entendu sur la scène internationale. [...]
Nous saluons la volonté exprimée du gouvernement québécois de vouloir consolider sa place sur le plan international. Cette volonté, toutefois, n'est pas uniquement fondée sur les droits du Québec, dont celui d'être entendu. Elle est aussi accompagnée d'obligations, dont celle d'expliquer comment le Québec respecte les engagements internationaux auxquels il a adhéré en matière de droits de la personne.
Il serait en effet ironique que cette tâche soit assignée par défaut au gouvernement fédéral alors que les organes de traités des Nations unies supplient les États fédérés d'innover au chapitre de la voix et de la responsabilité internationales des entités constituant de telles fédérations en matière de droits de la personne.

La fin de l'ALENA
Une opinion de David Orchard
La Presse mercredi 24 août 2005
Depuis 20 ans, ceux d'entre nous qui critiquent l'Accord du libre échange (ALE) et son héritier l'ALENA, ont montré que ces accords ne nous ont pas donné le libre échange, mais nous ont coûté une bonne partie de notre souveraineté et de notre bien-être national.
De nos jours, même ceux qui défendent l'ALE comme le nirvana "de toutes les règles de base" au droit d'accès au marché américain - et comme une étape essentielle pour arriver au libre-échange mondial - ont été obligés de faire face à de dures réalités.
Deux exemples récents méritent d'être analysés. La Compagnie Nationale de Pétrole Offshore de Chine (CNOOC) s'est récemment vue obligée de retirer son offre d'acheter la Compagnie Union Oil de Californie (Unocal) sur le marché libre à la suite d'une opposition politique, sans précédent selon elle, de Washington. Le Congrès américain a vu cette transaction comme une menace à la sécurité de son énergie. La compagnie Chevron, basée aux États-Unis, est certaine maintenant d'acquérir Unocal - pour une offre bien inférieure à celle de CNOOC.
Par contre, aux Canadiens, qui vivent dans un pays plus grand et plus froid, qui dépendent de façon critique de leur énergie et qui ont renoncé à la sécurité de leur énergie en signant les accords du libre-échange - même si notre industrie est beaucoup plus contrôlée que celle des États-Unis par les investissements étrangers -, le gouvernement ne cesse de répéter que nous n'avons plus besoin de posséder ou contrôler nos réserves de pétrole ou de gaz.
Tandis que les deux autres pays de l'ALENA ont des politiques nationales d'énergie centrées sur le soutien du contrôle domestique, notre ministre des finances, Ralph Goodale, nous faisait savoir l'automne dernier qu'il était temps pour le Canada de se retirer des affaires d'énergie. Le gouvernement annonça la vente des dernières devises de Petro Canada au prix imbattable de 64,50 $ l'action.
La semaine dernière, en Colombie Britannique, le plus gros rachat étranger après l'acquisition en 2002 de Westcoast Transmission par Duke Energy de la Caroline du Sud a eu lieu lorsque la compagnie Kinder Morgan, basée au Texas, a acquis Terasen - Gaz C.B. avant sa privatisation - la plus grosse compagnie de distribution de gaz naturel et le plus vaste secteur privé de services d'eau de l'Ouest du Canada. Tous les acquis de Terasen, pipelines, raffineries, pétrole, gaz et services d'eau sont inclus dans cette transaction, ce qui essentiellement prive la Colombie Britannique de tout contrôle domestique de son énergie.
Alors que nous vivons à une époque unique caractérisée par une soif insatiable d'énergie, entourés de pays qui se débattent pour s'approvisionner en énergie et que nous voyons nos prix monter, les Canadiens sont continuellement soumis à cette litanie que nous devrions être très contents du fait que les étrangers achètent nos industries et réserves d'énergie. Le ministre fédéral du Commerce, Jim Peterson, a récemment exprimé sa satisfaction en disant : "Je ne serais pas surpris de voir les populations du monde vouloir accéder à notre énergie et de vouloir considérer nos compagnies comme d'excellents investissements."
Pendant que le gouvernement dépense des milliards et passe des lois extraordinaires pour soi-disant nous protéger des menaces terroristes, réelles ou fictives, il ne fait rien pour garder le contrôle domestique de nos réserves de pétrole et de gaz, non renouvelables et en baisse rapide, ce qui va nous mener à une inflation en flèche des prix d'énergie, situation menaçante pour l'industrie, l'agriculture et la consommation canadiennes.
Tandis que les accords du soi-disant libre-échange ont permis à l'industrie américaine de pomper l'énergie canadienne de plus en plus précieuse grâce aux clauses de l'ALE sur l'obligation du partage proportionnel et de la fixation des prix - clauses que les Mexicains ont refusé de signer -, avons-nous obtenu un régime garantissant l'accès et l'application des règlements qui valait tout cela ?
Il faudrait poser la question à l'industrie du bois. Après maints jugements, d'ailleurs ignorés, en faveur du Canada par l'ALE et l'ALENA, où en sommes-nous ? Cinq milliards $ net pour les États-Unis avec leur tarif. Le dernier ordre, donné par le jury de l'ALENA, d'annuler le tarif et de restituer les 5 milliards $, a été reçu avec un bâillement et un refus catégorique des Américains.
Raillerie plus profonde encore à l'égard du libre-échange lorsque l'argent récolté de ce tarif, selon la loi américaine, par les autorités américaines a été distribué aux compagnies qui en premier lieu avaient lancé ces défis contre les industries du Canada - un encouragement continuel pour les compagnies américaines de cibler l'exportation canadienne et de tenter de lui imposer des tarifs.
Il suffit que les États-Unis mentionnent leur sécurité nationale pour que le gouvernement canadien se mette automatiquement au garde-à-vous. Mais qui protège l'intérêt national du Canada ?
La poursuite de ce rêve utopique d'obtenir un accès sécurisé à l'économie américaine a ruiné l'industrie du bétail, a abouti à la quasi-totalité du contrôle américain de notre industrie d'abattage, nous a laissé avec des défis commerciaux continuels et avec des tarifs sans précèdent de la part des Américains sur notre blé et bois, a fait passer près de 20 000 compagnies canadiennes (y compris le contrôle d'entières industries) aux mains des Américains en l'espace de 20 ans et nous nous retrouvons avec en main un sac plein de cendres au lieu d'un sac plein de pièces d'or de nos revenus de nos abondantes sources d'énergie.
Il est évident que les États-Unis se sont retirés de l'ALENA. Cela signifie que nos ressources d'énergie nous appartiennent à nouveau ainsi que le pouvoir de déterminer notre cours à suivre dans le monde. Tout ce qui nous manque seulement ce sont des leaders politiques capables d'oser de donner aux Canadiens une voie à suivre dont nous serions tous fiers et de vraies garanties pour la sécurité de notre avenir.
David Orchard,
candidat à l'investiture du Parti progressiste conservateur, 1998 et 2003,
Borden, Saskatchewan
