
La langue sale
Michel David
Le Devoir samedi 10 septembre 2005
Dans la cacophonie qui régnait au Point jeudi soir, Richard Legendre avait un peu de mal à se faire entendre au départ, mais c'est finalement lui qui a eu la phrase la plus assassine: «André, ça ressemble beaucoup aux conditions gagnantes.»
C'est bien la pire étiquette qu'un aspirant au poste de chef du PQ puisse se faire accoler. Pourtant, quand André Boisclair affirme que le PQ ne sera pas prêt à tenir un référendum au lendemain des prochaines élections, il ne fait que répéter ce que Jacques Parizeau a dit à maintes reprises.
Après le congrès de juin dernier, l'ancien premier ministre n'avait pas caché son exaspération face à ce qu'il appelait le «zigonnage» autour de la date du référendum. «On détermine une date quand on est prêt. Actuellement, ils ne le sont pas. Il va bien falloir, à un moment donné, qu'ils se préparent, disait M. Parizeau. On a des croûtes à manger.»
Il y a deux poids et deux mesures selon qu'on s'appelle Parizeau ou Boisclair. Même Pauline Marois qui, il n'y a pas si longtemps, n'imaginait pas un référendum avant la deuxième moitié du mandat fait maintenant grief à son rival de sa lenteur.
Dans l'état d'esprit actuel au PQ, où il faut absolument faire vite, simple et court, il est également très suspect de suggérer que la question référendaire devrait agréer aux éventuels partenaires de l'ADQ et de l'UFP, que M. Boisclair souhaite inclure dans une vaste coalition souverainiste. Sans doute y a-t-il un risque de dilution, mais c'est exactement ce que M. Parizeau a fait en 1995. S'il ne s'était pas plié aux exigences de Lucien Bouchard et de Mario Dumont, le camp du OUI se serait fait massacrer. En fait, il n'y aurait même pas eu de référendum.
«On ne veut pas de la langue de bois. Et on ne veut pas de la langue de Boisclair non plus», a lancé mercredi le candidat du SPQ libre, Pierre Dubuc. Le jeu de mots était un peu facile, mais il est tout à fait normal que les attaques des autres candidats se concentrent sur celui qui mène le peloton. Encore faut-il être un peu conséquent. C'est bien beau de reprocher à M. Boisclair sa langue de bois, mais si on le stigmatise chaque fois qu'il dit quelque chose d'un peu conséquent, il va s'empresser de retourner à ses lieux communs.
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Une course au leadership, où les amis d'hier sont les ennemis d'aujourd'hui, peut être beaucoup plus déchirante qu'une campagne électorale, qui oppose des adversaires de toujours, auxquels on n'en veut pas vraiment.
Il y a 20 ans, la course à la succession de René Lévesque s'était déroulée dans un climat relativement serein dans la mesure où les «orthodoxes» avaient déjà quitté le parti pour protester contre le «beau risque». C'est seulement après la défaite de décembre 1985, quand Pierre Marc Johnson avait mis le cap sur l'«affirmation nationale», que les choses s'étaient détériorées. Le putsch contre M. Johnson s'était déroulé dans un climat de guerre civile.
Quand Lucien Bouchard avait annoncé sa démission, en janvier 2001, le PQ avait pu éviter ces empoignades fratricides. Bernard Landry avait réussi à décourager ses rivaux potentiels avant même qu'ils ne se lancent dans la mêlée. Le tordage de bras en coulisse n'est guère plus élégant que l'invective publique, mais les apparences sont sauves.
Si une course avait eu lieu, l'équipe de M. Landry aurait déjà eu quelques flèches bien aiguisées dans son carquois. Sachant que ses adversaires n'auraient pas manqué de le présenter comme un adversaire de la social-démocratie, on s'en serait pris au «club des millionnaires» auquel appartenaient François Legault et Pauline Marois.
Voyant le ton monter, Louise Harel, qui doit maintenir un minimum de cohésion au sein de l'équipe péquiste à un mois de la rentrée parlementaire, a senti le besoin de faire un rappel à l'ordre. «Débat ne veut pas dire combat», a-elle dit. La ligne qui sépare les deux est cependant très fine, surtout dans un parti idéologique comme le PQ, où une simple divergence de vues peut être assimilée à de la traîtrise.
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La langue de bois est sans doute regrettable, mais la langue sale ne vaut certainement pas mieux. Dans la bouche d'un péquiste, qualifier quelqu'un d'«homme de Gesca», comme l'a fait le député de L'Assomption, Jean-Claude Saint-André, est carrément injurieux. Remarquez, M. Saint-André n'est pas le seul candidat à penser que M. Boisclair est le favori de Power Corporation et du camp fédéraliste, mais personne d'autre n'avait encore osé le dire ouvertement.
Un collègue de La Presse, Denis Lessard, reconnu pour être particulièrement fouineur, a brossé un portrait percutant de M. Boisclair quand il a annoncé sa candidature, en juin dernier. Il y évoquait la colère «titanesque» que Lucien Bouchard avait faite en 1997 quand on l'avait mis au courant des frasques de son jeune ministre : «Cocaïne, excès d'alcool, fins de semaine exaltées au terme desquelles on ne sait plus où se trouve l'auto qu'on a louée... Immature et arrogant, le jeune politicien roulait à tombeau ouvert.»
L'équipe d'un des adversaires de M. Boisclair -- il ne s'agit pas de M. Saint-André -- a remarqué que ce passage, publié dans Le Droit, également propriété de Gesca, avait été coupé dans La Presse. De là à conclure qu'il bénéficie de protection en haut lieu, il n'y avait qu'un pas. Le milieu politique a souvent des réflexes paranoïaques face aux médias, dont il comprend mal le fonctionnement.
Il demeure qu'un homme averti en vaut deux : certains estiment que l'élection de M. Boisclair serait une véritable catastrophe pour le PQ et le mouvement souverainiste en général. Ils ne feront pas de quartier.
mdavid@ledevoir.com

Pédagogues de la résignation
Robert Laplante
L'Action nationale, lundi 12 septembre 2005
C’est donc de Val d’Or que nous seront venues les premières grandes incantations de la rentrée. Le pays de Raoul Duguay a toujours été une terre hospitalière pour le délire et la fièvre des chercheurs d’or. Il s’en est effondré des rêves dans les bars de la ville de toutes les spéculations ! L’or des fous !, disaient les prospecteurs, pour excuser ceux-là qui avaient fini par s’abîmer dans les mirages. C’est donc par une bien ironique filiation que Jean Charest a renoué avec le terrain, avec « le monde des régions », comme ils disent dans les officines.
Et on l’aura bien compris, les libéraux ne lâcheront pas le filon. Le travail de sape, ils s’y connaissent. Ils vont nous expliquer, nous faire comprendre.
Nous faire comprendre que rien n’aura jamais assez d’importance pour que cela vaille la peine de dire : « assez, c’est assez ! »
Nous expliquer que, pour le gouvernement libéral, négocier veut dire consentir.
Nous faire comprendre qu’il s’attend à ce que les syndicats se comportent vis-à-vis de lui comme lui-même se comporte devant Ottawa. Soumis, toujours imaginatif lorsqu’il s’agit de maquiller un recul en percée historique.
Nous expliquer que le Québec n’a plus les moyens d’être ce qu’il est, de vivre avec ses choix et son héritage.
Nous faire comprendre que le Québec n’a pas d’argent et que c’est ainsi, comme une fatalité. Parce qu’il faut bien vivre avec les moyens que le Canada nous laisse. Parce qu’il n’y a rien d’odieux à piétiner nos acquis pour continuer de vivre sous l’empire d’un régime qui n’a que faire de ce que nous sommes, de nos priorités et de nos besoins.
Nous expliquer qu’il vaut toujours mieux ajuster ses ambitions, se contenter de son petit pain pour éviter de s’attirer la colère de ceux-là qui nous confisquent la boulangerie.
Nous faire comprendre que les congés parentaux mal ficelés dans un compromis bancal avec Ottawa devront continuer de se financer dans un cadre inéquitable parce que nous n’avons pas la maîtrise d’œuvre de nos politiques sociales. Nous faire comprendre que les Michèle Courchesne de ce monde coulent dans la démission comme le sophisme dans leur théorie des vases communicants.
Nous expliquer que l’État du Québec est un luxe. Qu’il faut vivre selon nos moyens provinciaux parce c’est cela notre destin canadian.
Nous faire comprendre qu’il vaut mieux s’en prendre aux syndiqués du secteur public pour fabriquer une crise sociale qui permettra à ce gouvernement de faire semblant qu’il a du courage en s’en prenant à ses propres commettants plutôt qu’en confrontant les maîtres canadian.
Nous expliquer que le réalisme nous impose de réduire nos aspirations. De vivoter à la petite semaine pour mieux s’accorder à l’heure du Canada dont les commis comme Jean Lapierre bombent le torse en promettent qu’ils vont, eux, restructurer l’économie du Québec. Ottawa knows best! Et il le dira au monde d’une seule voix…
Nous faire comprendre qu’il n’y a pas de lien entre notre situation nationale et l’état des finances publiques.
Nous expliquer qu’il vaudra toujours mieux niveler par le bas que de reprendre l’argent avec lequel on nous fait chanter.
Nous faire comprendre que le mal vient du syndicalisme plutôt que du fédéralisme rampant.
Il va s’en faire de la pédagogie cet automne ! Ce gouvernement tente par tous les moyens de mettre en scène le consentement à l’indigence, à le travestir en problématique de relations de travail pour mieux se ménager un espace électoral démagogique. C’est la désinformation qui lui fournit ses principaux outils.
Les syndicats le sentent bien que la gestion provinciale les condamne à devenir des boucs émissaires. Ils tentent, tant bien que mal, de composer, de ruser avec les traquenards de la propagande et de la manipulation de l’opinion dans lesquels ce gouvernement veut les faire tomber. Pour l’instant, ils savent que les moyens durs sont ceux-là que les libéraux veulent les voir prendre et ils y résistent. C’est tant mieux.
Mais le monde syndical a bien du mal à comprendre que cette crise n’est pas comme celles qu’il a déjà connues. Elle ne se dénouera pas de la même manière et ne se combattra pas par les mêmes moyens. C’est une crise nationale, celle du rétrécissement des aspirations et du ratatinement de l’État du Québec dans laquelle le syndicalisme et les syndiqués sont instrumentalisés. Ils n’en sortiront que par la voie nationale ou se retrouveront enfermés dans la régression provinciale. Ou bien ils s’emparent de la question nationale pour la mettre au cœur du rapport des forces ou bien ils sont condamnés à se replier dans le désordre en se faisant enfermer dans la logique du démembrement maquillé en décroissance.
Tel est le sens profond de la conjoncture dans laquelle ils se débattent sans la saisir. Le Québec est réellement dans une impasse. Mais cette impasse est politique avant d’être financière. Le monde syndical, pour l’instant, reste prisonnier de l’état général de l’opinion publique : les Québécois refusent encore de voir qu’il n’y a plus moyen de moyenner. Les choix réels qui s’offrent à nous sont désormais d’une évidence radicale que toute la classe politique aussi bien que les barons médiatiques se refusent à regarder en face.
Ou bien le Québec s’émancipe ou bien il se canadianise dans le renoncement et la résignation. Monique Jérôme-Forget pose en zélote du marché pour mieux lancer des leurres, pour faire croire que tout cela n’est qu’affaire de rigueur administrative et d’ode à la privatisation. Notre Premier sous-ministre lui donne la réplique pour mieux faire la paire dans le numéro que ce gouvernement nous met en scène pour oblitérer le réel. Tout est en place pour le Bal de l’Halloween. Au royaume des dupes les pédagogues seront rois.

Le masochiste
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 12 septembre 2005
Qui peut expliquer pourquoi le gouvernement Charest est incapable de se libérer de l'image conservatrice qu'il a lui-même contribué à répandre, alors qu'il ne fait rien pour l'alimenter, rien pour diminuer les impôts, rien pour réduire la taille de l'État? Au rythme où vont les choses, M. Charest terminera son premier mandat en ayant tout au plus respecté la marche à suivre tracée par le gouvernement précédent, mais sans en tirer quelque profit pour lui-même.
Si les libéraux provinciaux avaient suivi leur propre programme, les familles québécoises auraient profité depuis deux ans de trois milliards de dollars d'allégement fiscal. Qui plus est, le Québec serait plongé dans une vaste révision des institutions et des programmes qui en ferait l'un des chantiers les plus actifs du pays en matière de réingénierie. À l'instar de la Grande-Bretagne, on ne compterait plus le nombre de projets de partenariat public-privé destinés à réduire les coûts tout en améliorant la qualité des services publics.
Voilà pour les si. En réalité, ce qu'on ne compte plus, ce sont les augmentations de tarifs, de taxes et d'impôt accumulées au fil des mois. Garderies, transports en commun, électricité, taxes scolaires, taxes municipales... même l'impôt des particuliers a subi une hausse lorsqu'on a modifié la méthode de calcul de l'indexation au coût de la vie.
Ainsi, pour une famille de la classe moyenne dont les deux parents travaillent, sont propriétaires d'une maison chauffée à l'électricité et ont des enfants en garderie, la note atteint quelques milliers de dollars de plus par année. Qui plus est, elle augmentera de nouveau le premier janvier prochain avec l'entrée en vigueur du régime de congés parentaux : 107 $ de plus par année pour un revenu de travail de 60 000 $ et de 424 $ dans le cas d'un travailleur autonome.
Qu'on nous comprenne bien : plusieurs sinon toutes ces augmentations de tarifs, de taxes ou d'impôts trouvent leur explication dans la poursuite ou l'introduction de programmes indispensables. Mais cela étant admis, on a peine à suivre le raisonnement du gouvernement Charest qui, en dépit de sa promesse de modifier la façon de rendre les services, n'a même pas jugé bon revoir les paramètres de ce futur régime de congés parentaux... pourtant modelé à son image par le gouvernement du Parti québécois.
Nul doute que ce régime est une bonne nouvelle pour les jeunes familles, mais jamais il n'avait été dit que sa mise en place coûterait 300 millions de plus que le programme fédéral. En outre, qui a démontré qu'il fallait 50 semaines et non 35, 40 ou 45 pour aider les parents après l'accouchement? En apprenant quel serait le coût réel du nouveau régime, pourquoi ne pas avoir fait preuve de réalisme en offrant un congé à la mesure des moyens des travailleurs et des entreprises du Québec qui sont de loin plus pauvres que les autres Nord-Américains? D'où nous vient cette obsession de toujours vouloir faire plus vite, plus gros, plus chic et plus cher que nos voisins qui sont tous pourtant plus riches que nous?
En imposant davantage les contribuables au lieu de revoir la façon de faire comme il en exprimait l'intention, le gouvernement Charest se satisfait de marcher sur les traces de ses prédécesseurs. Malheureusement pour lui, il n'en tire aucun bénéfice politique puisque, même en faisant le contraire de ce qu'il a annoncé, il continue de camper le rôle du méchant conservateur qu'il se révèle pourtant incapable d'interpréter. Cela s'appelle du masochisme.

Québec hausse le ton
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 10 et dimanche 11 septembre 2005
Benoît Pelletier accuse Pettigrew de s'appuyer sur de fausses prémisses
Québec -- Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, accuse le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, de s'appuyer sur de fausses prémisses pour refuser l'accroissement de la présence du Québec sur la scène internationale en niant la pertinence de la doctrine Gérin-Lajoie.
«La première fausse prémisse, c'est que toute la question des relations internationales relève exclusivement d'Ottawa», a indiqué Benoît Pelletier au cours d'un entretien téléphonique.
Tout en qualifiant de dépassée la doctrine Gérin-Lajoie, qui veut que les compétences du Québec se prolongent sur la scène internationale, ce qui permet à la province de signer des ententes avec des pays souverains, Pierre Pettigrew a déclaré qu'il refusait de répondre favorablement aux demandes du gouvernement de Jean Charest. Il ne veut pas créer de «précédents» qui pourrait éventuellement être utilisé par «un fanatique de l'indépendance du Québec au gouvernement».
«C'est la théorie de la stagnation», a fait remarquer M. Pelletier. Ou bien c'est un gouvernement souverainiste qui est au pouvoir et Ottawa n'est pas prêt à lui céder un pouce, ou bien c'est un gouvernement fédéraliste, auquel Ottawa dit non par crainte des précédents. Le ministre québécois a invité M. Pettigrew à moderniser sa conception des relations internationales à la lumière de la mondialisation, qui fait en sorte que des compétences réservées aux États fédérés deviennent l'enjeu de négociations internationales.
Dans une lettre au ton très ferme qu'ils ont fait parvenir au Devoir, M. Pelletier et la ministre des Relations internationales du Québec, Monique Gagnon-Tremblay, soulignent que la position, exprimée par M. Pettigrew, de l'unicité de la voix canadienne à l'étranger, une thèse développée dans les années 60, était purement défensive et déjà sans fondement à cette époque. «Aujourd'hui, nombre d'États fédérés ou non souverains, un peu partout dans le monde, voient de plus en plus la nécessité d'être présents sur la scène internationale», écrivent-ils.
Jean Charest a par ailleurs profité de sa rencontre d'une vingtaine de minutes avec le président chinnois hier pour répliquer à Pierre Pettigrew.
M. Charest a déclaré qu'aucune thèse n'empêchera le Québec d'occuper la place qui lui revient. Le premier ministre du Québec a souligné que «la réalité dépasse les discours», comme en fait foi son tête-à-tête avec le président chinois.
«La tendance, c'est que les États fédérés occupent de plus en plus de place, a défendu M. Charest. En Europe ou ailleurs, les États ou provinces ont une volonté d'être de plus en plus présents dans les forums internationaux pour défendre leurs compétences, parce que la mondialisation fait en sorte que nos compétences sont de plus en plus "interpellées" dans les accords internationaux.»
M. Pettigrew justifiait sa position en disant craindre de créer un précédent qui pourrait être réutilisé par un «fanatique de l'indépendance».
Jean Charest estime que les appréhensions de M. Pettigrew ne sont pas légitimes. Il affirme que le Québec a sa place dans les institutions internationales et a l'intention d'être très présent au cours des prochaines années. «Le Québec s'assume sur le plan international, on ne reculera jamais là-dessus, a commenté M. Charest. On ne veut pas en faire moins, on veut en faire plus. Et on va en faire plus. M. Pettigrew s'expliquera. On va s'asseoir bientôt avec nos vis-à-vis fédéraux pour discuter de la place que le Québec doit occuper dans les institutions internationales, comme M. Martin l'avait promis.» Il a ajouté qu'il ne reculera pas d'un iota sur cette question et que, au contraire, il a l'intention de faire des gains.
Du côté de l'opposition officielle, on soutient que les «fanatiques» se trouvent à Ottawa. «Le Québec est autonome dans ses relations internationales dans les matières qui relèvent de sa compétence constitutionnelle. C'est un fait établi et ce n'est pas une affaire d'indépendantistes ou de fédéralistes», a dit le porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales, Daniel Turp.

La semonce de Pierre Pettigrew ou la complainte du roi nu
Nelson Michaud, Ph.D. Professeur agrégé, directeur du GERFI et directeur du Laboratoire d'étude sur les politiques publiques et la mondialisation à l'ENAP
Le Soleil lundi 12 septembre 2005
La déclaration du ministre Pierre Pettigrew à l'effet que le Québec est mieux servi sur la scène internationale lorsque le Canada ne parle que d'une seule voix et que la doctrine Gérin-Lajoie est dépassée, peut étonner. Pourquoi remettre en question une pratique établie depuis 40 ans et qui n'a pas terni l'image internationale du Canada tout en servant les intérêts du Québec ?
Désarroi Outaouais
Plusieurs réponses peuvent être avancées : c'est l'habitude des libéraux fédéraux, depuis Pierre Trudeau, de "remettre le Québec à sa place" ; ou, plus largement, c'est l'esprit centralisateur du gouvernement Martin qui s'exprime ici comme il l'a fait en santé, en éducation ou dans le domaine municipal, faisant fi des champs de responsabilité des provinces ; ou, enfin, c'est pour empêcher que le Québec se serve de ses relations internationales pour promouvoir la souveraineté.
Chacune de ces réponses peut trouver certains fondements, quoique inégalement : prétendre que Jean Charest, Benoît Pelletier et Monique Gagnon-Tremblay sont des séparatistes déguisés relève d'une imagination un peu trop fertile. La véritable raison se trouve à l'intérieur même du ministère dont Pierre Pettigrew est responsable.
Certes, il y a là la tradition où, depuis que Paul Martin père s'est opposé à Gérin-Lajoie dans les années 60, le seul slogan qui trouve grâce, c'est "Un pays, une voix". L'ancien ambassadeur Paul Heinbecker l'a servi en public à la suite d'un discours de Benoît Pelletier et c'est ce que le ministre Pettigrew a réitéré.
Mais il y a davantage. Le ministère fédéral des Affaires étrangères est un ministère à la dérive. Le manque d'intérêt de Jean Chrétien pour les questions internationales a imposé au ministère des pressions financières majeures et difficilement justifiables à la lumière des surplus fédéraux. De plus, le ministère n'a pas reçu de mandat ou de direction politique claire, si ce n'est quelques actions isolées, mises de l'avant pendant l'intermède Axworthy. Mais surtout, le ministère s'est vu vider de son essence et cherche à se redéfinir à tout prix.
Un ministère exsangue
On conviendra facilement que le commerce international est un élément clé des relations du Canada avec le reste du monde et ce, depuis que la Compagnie des cent associés et sa rivale, la Compagnie de la baie d'Hudson, cherchaient à occuper le territoire. On conviendra aussi que les relations canado-américaines, étant donné la géographie continentale et leur poids économique et en matière de sécurité, sont de première importance. Les autres questions internationales ne sont pas négligeables, mais il s'agit de préoccupations de second niveau. Or, comment ces dossiers sont-ils répartis à Ottawa ?
Aucun ne relève désormais de Pierre Pettigrew et de son ministère. Celui-ci a été amputé de sa section commerce à qui Paul Martin a voulu donner son autonomie. Mais bien que la loi nécessaire pour mettre en place cette modification majeure ait été rejetée par le Parlement, le site Web du ministère continue d'afficher deux entités distinctes, le gouvernement agissant à l'encontre des législateurs (c'est Howe, Papineau et Mackenzie qui doivent se retourner dans leur tombe !).
Il en résulte un imbroglio, soit deux organisations dont le cadre légal sur lequel s'appuient leurs actions ne correspond pas au cadre administratif auquel elles doivent répondre. Du côté des relations canado-américaines, le premier ministre et le Conseil privé ont rapatrié l'essentiel des dossiers, laissant à la ministre de la Sécurité publique le soin de gérer les composantes liées aux questions de sécurité, domaine où le ministère de la Défense intervient aussi. Que reste-t-il à Pierre Pettigrew ? Relativement bien peu de chose pour un ministère que l'on dit prestigieux.
Il ne faut donc pas se surprendre que des fonctionnaires et un ministre, héritiers de la gloire de l'âge d'or pearsonien, cherchent par tous les moyens à récupérer des bouts de territoire sur lesquels ils pourraient agir. En fait, il faut lire le dernier énoncé de politique internationale du gouvernement Martin, pour s'apercevoir que les provinces ne sont pas les seules à se voir dépouiller de leur action internationale. Il y est en effet clairement indiqué que les autres ministères fédéraux devront désormais considérer Affaires étrangères Canada comme le seul interlocuteur autorisé à défendre leurs dossiers à l'étranger.
Réaction québécoise
Certains pourraient voir dans cette sortie du ministre Pettigrew l'occasion en or pour jeter le bébé avec l'eau du bain et rompre toute discussion avec Ottawa. Ce serait mal avisé. Non que le Québec ne peut s'affirmer seul. Non que les actions du Québec doivent recevoir, dans ses champs de compétence propre, la "bénédiction" d'Ottawa. C'est simplement que maints forums internationaux, où le Québec veut et doit intervenir, fonctionnent à partir de règles et, sans un appui d'Ottawa, le Québec ne pourra simplement pas s'approcher de la salle de réunion.
Le gouvernement Charest et ses émissaires, les ministres Gagnon-Tremblay et Pelletier, doivent donc garder le cap et poursuivre sur la lancée des revendications et des négociations dont ils ont défini les paramètres dans le cadre de discours livrés au printemps. Les justifications pour la négociation menée par M. Pelletier existent et doivent clairement être énoncées. L'action internationale du Québec doit aussi faire l'objet d'un document d'orientation et la ministre Gagnon-Tremblay devra respecter son échéancier de l'automne pour le rendre public.
Une erreur majeure
En voulant rejeter du revers de la main la doctrine Gérin-Lajoie, Pierre Pettigrew a fait une erreur majeure. Cette doctrine, il est vrai, date de 40 ans. Il est tout aussi exact qu'elle doit être revue à la lumière d'un monde qui a changé. Cette révision doit toutefois s'effectuer en considérant que de plus en plus de questions débattues sur la scène internationale relèvent des compétences exclusives des entités fédérées, ce que le ministre feint d'ignorer.
La Belgique, la Suisse ou l'Allemagne ont-elles perdu de la crédibilité au niveau international parce que leurs gouvernements fédérés y ont voix au chapitre ? Bien au contraire ! Il est nécessaire que les mandarins d'Ottawa et leur ministre s'ouvrent à cette réalité et acceptent les orientations qu'un régime fédéral inspire. Si le ministre veut remplumer son ministère sur le dos du Québec, il fera là une autre erreur et celle-là pourrait être la plus importante de sa carrière.

Pierre Pettigrew, kamikaze!
Chantal Hébert
Le Devoir lundi 12 septembre 2005
S'il faut en croire Paul Martin, la politique étrangère aura une place de premier plan dans l'action de son gouvernement d'ici au déclenchement des prochaines élections dans quelques mois. Le premier ministre, qui recevait la presse parlementaire au 24 Sussex mardi dernier, n'a pas caché qu'il voulait s'investir encore davantage sur un front dont il a abondamment parlé depuis qu'il est au pouvoir, mais sur lequel il n'a somme toute pas encore vraiment brillé.
En cela, M. Martin demeure fidèle à un créneau qui lui était déjà cher lorsqu'il était aux Finances. À l'époque où Jean Chrétien semblait impossible à déloger, l'idée qu'il serait forcé de renoncer à jouer un rôle de leadership au sein d'un G20 embryonnaire s'il quittait la politique active sur un coup de tête avait été pour beaucoup dans la décision du ministre de rester encore un peu.
Contrairement à ses prédécesseurs qui s'intéressaient surtout à la macro-économie de la politique internationale, Paul Martin est un homme de détails. Sa fascination pour les rouages des politiques qu'il avance fait parfois le désespoir de ses conseillers et de ses ministres. À force de vouloir s'assurer personnellement que tout tourne rond, le premier ministre finit souvent par tourner en rond, et son gouvernement avec lui.
C'est ainsi que M. Martin avait été la mouche du coche de la redéfinition de la politique étrangère canadienne l'an dernier. En intervenant sur chaque virgule et chaque point, il était passé près de faire dérailler le train qu'il avait d'ailleurs suffisamment retardé pour qu'il quitte la gare au beau milieu de la crise des commandites.
L'interventionnisme brouillon du premier ministre n'a rien pour faciliter la tâche de son ministre des Affaires étrangères. Jusqu'à présent, Pierre Pettigrew n'a jamais réussi à jouer le rôle auquel il aspirait au moment de son assermentation. Cela explique-t-il sa décision de s'investir si publiquement dans un affrontement Ottawa-Québec? Et si oui, est-il en mission commandée par le premier ministre ou fait-il cavalier seul?
Ce qui est certain, c'est que quand Paul Martin parle de donner une place encore plus grande à la politique étrangère dans son bilan de premier ministre, ce n'est pas l'ouverture d'un nouveau champ de bataille préélectoral Ottawa-Québec qu'il a en tête. Connaissant la courte portée des antennes québécoises de sa garde rapprochée, on peut même se demander si le premier ministre a complètement conscience de l'ampleur grandissante de la querelle publique qui s'envenime entre le gouvernement de Jean Charest et le ministre Pettigrew sur la place du Québec sur la scène internationale.
Car si la démarche de M. Pettigrew s'inscrit dans un plan de match agréé au plus haut niveau du gouvernement Martin, le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle est menée sur le mode kamikaze. À Ottawa, le réflexe de soutenir que chaque ouverture faite à un gouvernement fédéraliste québécois constitue un précédent susceptible de se retourner contre le Canada sous la gouverne d'un premier ministre souverainiste est inscrit dans le code génétique de la machine fédérale.
Il est cependant rare, pour ne pas dire sans précédent, d'entendre un ministre québécois faire sien publiquement un argument qui justifie tous les blocages. Il est d'autant plus spécieux qu'il revient à dire que le Canada à intérêt à garder le Québec dans une camisole de force pour mieux empêcher un futur gouvernement souverainiste de convaincre les Québécois de l'importance de s'en libérer.
La charge de M. Pettigrew sur un terrain aussi miné au Québec survient au moment où il a bien besoin de redorer son blason auprès de ses propres fonctionnaires et des médias anglophones. Dans la capitale fédérale, plusieurs lui tiennent en effet rigueur de ses fréquentes absences. Ce sentiment a des échos récurrents dans la presse anglophone qui fait régulièrement grand cas du temps que le ministre passe à Paris.
Ce n'est pas que la présence physique de M. Pettigrew soit à ce point indispensable au bon fonctionnement de son ministère. Mais, à Ottawa, les fonctionnaires mesurent souvent leur importance à la quantité d'air que déplace leur ministre dans le rayon immédiat de la colline parlementaire. À ce chapitre, exception faite peut-être des Finances, les Affaires étrangères sont sans doute le plus orgueilleux des ministères fédéraux. La gestion distante de M. Pettigrew est une source constante d'humiliation pour une partie de son état-major. Surtout qu'il ne manque pas de collègues fonctionnaires pour en faire des gorges chaudes dans les ministères concurrents de la Défense nationale ou du Commerce international.
Aux Affaires étrangères, la greffe entre M. Pettigrew et l'intelligentsia canadienne semble ne jamais vouloir prendre. La proximité d'élections générales est actuellement la meilleure garantie de son maintien dans un poste ministériel qu'il a longtemps convoité. Il fut un temps où certains prédisaient à M. Pettigrew un avenir à Québec. La trajectoire montante de l'étoile de Philippe Couillard, le spectacle d'un Jean Charest qui traîne comme un boulet son bagage fédéral depuis son arrivée sur la scène québécoise ont largement eu raison de cette idée.
La croisade actuelle de Pierre Pettigrew, menée comme elle l'est avec des sabots dignes d'un touriste égaré en sol québécois, règle définitivement le cas. Curieusement, elle survient à un moment où l'avenir politique de M. Pettigrew commence à être derrière lui à Ottawa. Encore plus curieusement, ce disciple de Claude Ryan fait pour Paul Martin une besogne que Jean Chrétien ne lui aurait jamais demandée.
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

Who may speak for Canada?
Lorne Gunter, National Post
National Post September 12, 2005 Monday
Quebec has recently been agitating for a greater role on the world stage, for its own seat at international summits, its own membership in multilateral agencies and an independent ability to negotiate treaties with other countries.
While this demand has barely rippled the surface in English Canada, it has been roiling the pond in Quebec, especially since Pierre Pettigrew, Ottawa's foreign affairs minister, recently told the provincial Liberal government its demand was without merit. The op-ed pages of Le Devoir and other French-language papers have been filled with indignant commentaries defending Quebec's belief -- now 40 years old -- that its power extends into the international arena in those jurisdictions assigned to it by the Constitution: How dare Pettigrew and Ottawa declare the so-called Gerin-Lajoie doctrine null and void when everyone knows it to be a fact?
Paul Gerin-Lajoie was education minister during Quebec's Quiet Revolution, when Quebecers set out to become maitres chez nous. In March, 1965, he created a minor firestorm by flying to Paris without the consent of Paul Martin, Sr. -- then federal external affairs minister -- to sign an education co-operation agreement with the French government.
In April of that year, while the embers of his France trip still smoldered, Gerin-Lajoie very publicly poured gasoline on them when he told the Montreal consular corps that "Quebec ... constitutes a state. [It] belongs to a cultural universe having its axis in Europe and not in America. By virtue of this fact, Quebec is more than a simple, federated state among other federated states. It is the political instrument of a cultural group, distinct and unique." The time had come, he added, for the province to take "its rightful place ... in external as well as internal affairs."
To the extent this international role was forbidden by the Canadian constitution, he added, "it must not be thought ... that any evolution is impossible until such time as the necessary constitutional changes have been determined." Quebec should start acting immediately as a sovereign state within the jurisdictions assigned by the Fathers of Confederation.
For four decades, successive Quebec governments -- Liberal, Pequiste and Union Nationale alike -- repeated the Gerin-Lajoie doctrine until the principle earned the status of receive wisdom. Few Quebec nationalists -- be they Liberal or PQ -- remember that the doctrine was just an opinion. It was not delivered from on high on stone tablets.
On the other hand, few in Ottawa will acknowledge that the federal counter-contention embraced by Pettigrew -- that only Ottawa may speak on Canada's behalf outside the country -- is every bit as much a mere opinion.
It doesn't matter that every poli-sci undergrad is taught that the BNA Act put foreign relations in the hands of the federal government. Our constitution is in fact silent on which level of government -- federal or provincial -- should have authority in this area. Indeed, its authors seem never to have entertained the possibility that a day would come when Canada might want a foreign policy independent of Britain's. Why would they need to worry whether Ottawa or the provinces, or both, should have sway over international affairs when London's Foreign Office could always be trusted to set policy in our best interests, and the best interests of the Empire? It is a mere constitutional convention, in operation only since the time Canada took its first tentative steps away from the mother country in the early part of the 20th Century, that Ottawa and Ottawa alone should be Canada's face to the world.
For more than 80 years after Confederation, the final court of appeal for Canadians was the judicial committee of Britain's Privy Council. As long ago as 1883, the Privy Council declared that "within the limits prescribed by Article 92" -- the section of our constitution enumerating provincial jurisdictions -- the provinces "exercise a sovereign power and possess the same authority as the Imperial Parliament [Westminster] or the Dominion Parliament [Ottawa] would have."
Sounds a lot more like Gerin-Lajoie than it does Pierre Pettigrew's position.
Pettigrew's opposition to Quebec expanding its international role is particularly disingenuous because he actually insisted last week that the increasing globalization of life and economics made Gerin-Lajoie obsolete.
As developments elsewhere have more and more impact on provincial policies, it has become more necessary than ever, according to Pettigrew, to leave international relations entirely to Ottawa.
That's counterintuitive to say the least. In fact, the trends set in motion by globalization actually bolster Quebec's contention that it needs its own international presence.
Pettigrew should be less arrogant. He and the federal government would do well to find an accommodation with Quebec City rather than dismiss its claims with dubious pronouncements.

Le Canada, indéfendable pour les libéraux ?
Journal Le Québécois
lundi 12 septembre 2005
Québec, le 10 septembre 2005 - L'équipe du Journal Le Québécois a été des plus étonnées d'apprendre, vendredi en toute fin de journée, le désistement subit de Dennis Dawson, sénateur libéral, quant à son engagement de participer lundi prochain au débat de Participe Présent au Musée de la Civilisation.
Ce débat organisé par Le Soleil, Radio-Canada, l'Université Laval et la Librairie Pantoute portera sur la pertinence de la souveraineté du Québec en 2005. Or, après avoir accepté d'y participer plusieurs semaines à l'avance, M. Dawson s'est ravisé et renia son engagement et ce, a-t-il dit aux organisateurs, parce qu'il craint d'affronter le directeur du Journal Le Québécois, Patrick Bourgeois. Celui-ci participera en effet au débat pour représenter le camp indépendantiste aux côtés de l'ex-députée bloquiste Suzanne Tremblay.
Non satisfait de renier seulement sa propre parole, M. Dawson a également imposé à Brigitte Legault, présidente des jeunes libéraux du Canada, d'annuler elle aussi sa participation à ce débat. Ainsi, en plus de leur couardise, cela démontre avec éloquence l'impossibilité manifeste pour les libéraux de défendre le fédéralisme canadien. Et pour cause!
Par ailleurs, et qui plus est, les organisateurs ont cherché en vain pendant de nombreuses heures des fédéralistes libéraux pour remplacer les démissionnaires Dawson et Legault. Malgré des dizaines d'approches, aucun libéral ne voulut aller défendre le Canada à la place de leurs collègues.
Finalement, il incombera à la conservatrice Josée Verner et à M. Pierre Roy (monarchiste et défenseur du régime Pinochet au Chili !), de défendre les couleurs du Canada, faute de fédéralistes plus en vue prêts à le faire.
Rappelons que ce débat aura lieu lundi prochain, le 12 septembre, à 19h30 au Musée de la Civilisation. L'entrée est de seulement 3$ pour les adultes et de 1$ pour les étudiants. Le Journal Le Québécois invite ses lecteurs à y assister.

Impôts fonciers - Les défusions viennent hanter les libéraux
Denis Lessard
La Presse vendredi 09 septembre 2005
Le gouvernement Charest risque de se retrouver au banc des accusés dans son bastion de l'ouest de Montréal. Conséquence des défusions, les impôts fonciers vont y exploser dès 2006.
Dans une atmosphère fébrile, lors d'une réunion tenue secrète le 29 août, le président du Comité de transition, Pierre Lortie, a révélé à l'ensemble des élus libéraux de l'île de Montréal les résultats des simulations faites par ses employés sur l'impact du «démembrement» du Grand Montréal sur les impôts fonciers.
Dans quatre municipalités sur les 15 qui seront reconstituées le 1er janvier 2006, les propriétaires doivent s'attendre à des majorations de plus de 20 % de leurs impôts fonciers, a révélé M. Lortie, soulignant toutefois que ses chiffres n'étaient pas définitifs.
Au palmarès des villes le plus lourdement frappées, on retrouve Beaconsfield, Baie-d'Urfé, Senneville et Dollard-des-Ormeaux, qui écopent toutes d'une majoration largement au-dessus de 20 %, a appris La Presse.
Inquiets, les députés ont en vain réclamé des explications sur ces prévisions surprenantes. Dans la plupart des cas, les prévisions de hausses sont plus importantes que celles déposées par la firme SECOR, dans un mandat réalisé pour le gouvernement au printemps 2004. Les élus ont aussi exigé que le gouvernement rétablisse une forme d'étalement pour lisser ces augmentations de factures. Cette exigence sera lourde de conséquences pour le gouvernement Charest.
Pendant toute la durée du débat sur les défusions, Québec avait martelé que les citoyens allaient se prononcer en connaissant toutes les conséquences de leur vote aux référendums de mai 2004. Québec avait même tenu à préciser, dans un article spécifique de la loi 75, que les villes défusionnées renonçaient au mécanisme d'étalement des hausses prévu lors des fusions. Tout étalement implique que la facture devra être épongée à même la taxe uniforme d'agglomération, explique-t-on. Les citoyens qui ont décidé de rester dans le Grand Montréal paieraient alors une partie de la note de ceux qui ont quitté le navire.
Nouvelle titulaire du portefeuille, Nathalie Normandeau était absente de cette rencontre, et son chef de cabinet, Bruno Lortie, n'a pu s'engager sur des amendements législatifs.
Dans d'autres villes défusionnées, la hausse des impôts fonciers sera plus modérée. Elle sera par exemple d'un peu plus de 9 % à Dorval, grosso modo le chiffre prévu par SECOR il y a 18 mois. Les résidants de Westmount devront accepter une hausse de 7 % en 2006, selon ces simulations, deux fois moins que ne le prévoyait SECOR qui avait établi ses calculs sur la base d'une défusion de toutes les villes réunies en 2001. Montréal-Ouest aurait une majoration de 5 %, soit ce qui était prévu par SECOR.
L'ensemble des députés libéraux touchés par les défusions s'étaient déplacés pour la rencontre de deux heures au bureau du comité dans la tour de la Bourse, sauf le ministre Philippe Couillard, représentant de Mont-Royal.
Rive-Sud
Sur la Rive-Sud, le président du comité de transition, Yves Ryan, n'a pas encore divulgué de chiffres aux élus locaux. Les calculs sont en cours, explique-t-on. À Québec, la présentation n'a pas eu lieu encore, mais tout indique que l'on sera beaucoup plus près des prévisions faites par les spécialistes de KPMG au printemps 2004.
Dans les coulisses, plusieurs élus montréalais ne cachent pas leur inquiétude devant une nouvelle susceptible de soulever davantage de mécontentement à l'endroit d'un gouvernement déjà malmené dans les sondages.
Raisons multiples
Les raisons de ces augmentations sont multiples. Une bonne partie de la hausse, près de la moitié en fait, vient des bonifications des conditions de travail des employés municipaux -dont près de 300 cadres- lors de leur transfert dans les effectifs du Grand Montréal. Pas question de rogner sur les salaires des employés qui retournent chez leurs employeurs d'origine, mais ces conditions de travail étaient au-dessus des moyens de ces villes moins riches
Autre élément, conséquence de l'éphémère fusion, quelques municipalités se retrouvent dotées de services permanents, pour des responsabilités qu'elles remplissaient à moindre coût auparavant. Par exemple, des villes de l'ouest de Montréal, notamment, n'avaient, par exemple, que des services d'incendie bénévoles, et se retrouvent désormais dotées de pompiers salariés.
À ces obstacles bien tangibles et quantifiables, s'en ajoute un autre, plus embarrassant. À deux semaines de l'ouverture des candidatures pour les postes de maire et de conseiller, le gouvernement Charest tergiverse toujours sur les pouvoirs et les mécanismes des nouveaux conseils d'agglomération, où on devra trouver un équilibre entre les villes-centres et les satellites recréés.
La proposition du Comité de transition présentée à la ministre Normandeau est sur son bureau à Québec depuis le printemps, mais aucune décision n'est prise.
Essentiellement, les décisions se prendront en tenant compte du poids démographique des différentes villes. La ville de Montréal l'emportera toujours avec 87 % de la population. Cette disposition se trouve d'ailleurs dans les lois qu'avait fait adopter le ministre Jean-Marc Fournier.
La situation se gâte sur la Rive-Sud où le partage est moins net entre l'ancien Longueuil et les villes défusionnées. La ministre Normandeau a, confie-t-on, cautionné l'idée d'un mécanisme de double majorité où les décisions devraient être entérinées à la fois par une majorité de conseillers de la ville-centre et des villes défusionnées.
La richesse foncière est grosso modo égale entre Longueuil et les villes reconstituées. Sur le plan démographique les jeux sont différents : Longueuil a 230000 habitants dans une agglomération de 380000 personnes.
À Montréal, on est perplexe devant la possibilité que deux conseils d'agglomération voisins puissent avoir des modes de fonctionnement aussi différents.

La charia en Ontario: Est-ce la faute au multiculturalisme ?
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 10 septembre 2005
Le philosophe Will Kymlicka ne croit pas que cette politique puisse servir d'argument aux anti ou aux pro-charia
Est-ce la faute au multiculturalisme si on est, en 2005, à débattre de la possibilité de créer des tribunaux islamiques au Canada?
Pour plusieurs, la réponse, affirmative, va de soi. Du côté des opposants comme chez les promoteurs de la charia, d'ailleurs. Dans le premier camp, la députée québécoise de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, affirmait cette semaine que les islamistes «ont ciblé le Canada comme le ventre mou de l'Occident» entre autres à cause «de la loi sur le multiculturalisme, qui leur permet de faire avancer cette revendication-là sous couvert des droits de la personne». D'autres vont plus loin: les tribunaux islamiques, ce serait du «multiculturalisme devenu fou», selon les mots de Tarik Fatah, du Congrès musulman du Canada. Dans le camp des promoteurs de la charia, le militant islamiste ontarien Syed Mumtaz Ali affirme pour sa part que «quiconque appuie la politique de multiculturalisme devrait reconnaître la légitimité de l'arbitrage islamique en droit familial».
Mais l'expert en multiculturalisme de l'université Queen's en Ontario, le philosophe Will Kymlicka, ne croit pas que le multiculturalisme puisse servir d'argument ni aux anti ni aux pro-charia. Kymlicka défend depuis longtemps cette politique contre ses critiques les plus durs, notamment le romancier Neil Bissoondath et le journaliste Richard Gwyn.
Ici, son argument principal, qu'il a présenté lors d'une conférence devant le Conseil canadien des femmes musulmanes du Canada en avril dernier à Toronto, est que le multiculturalisme canadien est une politique fédérale adoptée par Pierre Elliott Trudeau en 1971. Bien sûr, cette politique a eu un «effet symbolique énorme» et a servi à donner une nouvelle définition de ce qu'être canadien signifie. Mais dans le cas des tribunaux islamiques, rien ne se passe au niveau fédéral. C'est en Ontario que la charia pourrait servir de règle aux différends en matière de droit familial.
Aussi souligne-t-il que l'adoption de la loi ontarienne sur l'arbitrage, celle, précisément, qui pourrait permettre l'instauration de tel tribunaux islamiques, ne répondait à aucune revendication de la part d'aucun groupe d'immigrants. De même, rien dans les politiques de multiculturalisme n'imposait ce type de mécanisme.
«Au contraire, la loi sur l'arbitrage a été conçue pour des membres non immigrants de la société qui l'avaient eux-mêmes réclamée et qui souhaitaient avoir une méthode de résolution de conflits moins chère, plus rapide et moins litigieuse.» La tendance à la création de tels tribunaux est très courante dans le monde occidental, fait-il remarquer, même dans les pays qui n'ont aucune politique de multiculturalisme. La droite et la gauche étaient même d'accord pour créer de tels tribunaux. C'est un gouvernement de gauche, celui de Bob Rae, du Nouveau Parti démocratique, qui a promulgué la loi sur l'arbitrage en Ontario, dont le but était de rendre la résolution de conflits plus accessible aux gens qui n'ont pas les moyens d'avoir recours au système judiciaire.
Kymlicka insiste pour dire que cette loi n'accorde aucun droit spécial ni aucun privilège à la communauté musulmane ou à quelque autre groupe religieux que ce soit. «C'est simplement un cadre juridique au sein duquel quiconque, religieux ou non, peut accepter d'utiliser l'arbitrage privé pour résoudre des différends. [...] Les musulmans n'y ont pas plus ou moins de liberté d'utiliser cette méthode d'arbitrage privé que les athées, les environnementalistes ou les membres du club Rotary.»
Aussi, souligne-t-il, l'adoption de cette loi n'a été recommandée ou financée par aucun programme de multiculturalisme ni par le gouvernement fédéral. Personne non plus n'a jamais suggéré que cette loi visait à accommoder la diversité et personne n'a dit qu'elle était conforme à la loi sur le multiculturalisme ou à l'article de la Charte des droits et libertés sur le multiculturalisme.
Autrement dit, la création d'une occasion juridique de mettre sur pied des tribunaux de droit familial de nature religieuse n'était aucunement liée à un processus de réforme d'inspiration multiculturaliste, fait-il valoir. «C'est la conséquence accidentelle d'une réforme de l'environnement juridique.»
Certes, mais ne peut-on pas dire que ces tribunaux, s'ils venaient à voir le jour, seraient conformes à un certain esprit du multiculturalisme canadien? Au contraire, répond-t-il: c'est la loi sur l'arbitrage qui viole l'esprit de la loi sur le multiculturalisme. En effet, il fait valoir qu'un des principes cardinaux de cette loi est que tous ceux qui adoptent des mesures multiculturalistes doivent prendre en compte la façon dont leur action se répercutera sur les membres les plus vulnérables des groupes ethniques. Autrement dit, si on s'était conformé à l'esprit du multiculturalisme canadien - «qui est clairement libéral» sur le plan philosophique, insiste Kymlicka -, on aurait pris soin d'adopter des mesures de protection pour les femmes immigrantes.
«La loi de 1991 sur l'arbitrage peut bien fonctionner pour la résolution de conflits commerciaux entre des gens d'affaires indépendants - ce qui était son but à l'origine -, mais en la concevant, on n'a pas tenu compte des intérêts des immigrants et des autres groupes vulnérables.» En somme, affirme Kymlicka, ce n'est pas le multiculturalisme qui est «devenu fou» dans cette affaire mais bien le système d'arbitrage privé. Le philosophe prône une refonte complète de cette loi pour protéger les intérêts des gens les plus vulnérables.
«Mais cette refonte ne commande aucun amendement à la politique de multiculturalisme.» Kymlicka étoffe son argument: «Imaginons un instant que la loi sur l'arbitrage n'existe pas en Ontario. Les leaders musulmans comme Mumtaz Ali auraient-ils pu aller devant les tribunaux et invoquer la loi sur le multiculturalisme ou la Charte des droits pour créer leurs tribunaux islamiques? Les tribunaux auraient-ils alors affirmé que les provinces ont une obligation juridique de créer de tels tribunaux? Je crois sans l'ombre d'un doute que la réponse est non.»
Déjà, soutient le philosophe, le multiculturalisme a montré qu'il avait de sérieuses limites: les tribunaux au Canada n'ont jamais interprété la loi sur le multiculturalisme ou la Charte des droits comme une autorisation d'enfreindre les droits des individus.
En somme, le multiculturalisme n'est pas à la source de la question des tribunaux islamiques, répète Kymlicka. À preuve: l'abolir ne changerait rien au débat actuel en Ontario.
La Voie canadienne - Repenser le multiculturalisme au Canada, paru au Boréal en 2003, a été traduit de l'anglais par Antoine Robitaille.

Rule changes keep students out of schools in Quebec
Eligibility to study in English disputed
Allison Lampert
The Ottawa Citizen Monday, September 12, 2005
MONTREAL - Every day, Shakithyan Muttiah wishes he could attend elementary school with the other seven-year-olds from his Montreal neighbourhood.
Instead, more than a week into the school year, Shakithyan spends his days at home, watching television and playing on the computer.
Had Shakithyan's parents requested eligibility for their son to study in English under Quebec's old rules, their son would have easily made it to his first day of classes, school board officials say. Although his parents are originally from Sri Lanka and would normally be told to send their child to French school, Shakithyan completed Grade 1 in Ontario in English.
But a March 31 decision by the Supreme Court of Canada has dramatically complicated the procedure Quebec's Education Ministry uses to decide if a child is eligible to study in English. The new process, which requires parents to supply the academic history of all of their children -- not just the child applying for eligibility -- has left some English school boards baffled and almost 70 Montreal-area children like Shakithyan in limbo as their files are processed.
"All the children are going to school but my son stays at home," Shakithyan's father, Umathandran Muttiah, lamented. "He asks me everyday, 'When do I start school?' "
In March, the Supreme Court directed Quebec to do more than simply tally the number of years a child or parent attended school in English. Rather, all of the family's circumstances should be taken into account, including time spent studying each language, at what stage the choice of language was made, what linguistic programs were available and whether learning difficulties exist.
"Since the judgment, we can no longer analyse cases in the same way," said Johanne Methot, a spokeswoman from Quebec's Education Ministry.
Quebec now evaluates applicants on a case-by-case basis, to see whether the family is truly adopting English as its language of instruction.
Of the 12,000 eligibility requests the department receives a year, about 150 remain incomplete, Ms. Methot said.
Not a single case of a child studying in another province has been rejected, she added.
But critics charge the ministry's subjective new process is neither clear for parents, nor congruous with Quebec's own language laws. For example, families are being asked to prove residency outside Quebec and produce a written explanation of why they want their child educated in English -- documents not referred to in the law.
"We're greatly disappointed that the spirit of the law is not being respected," said Michael Cohen, spokesman from the English Montreal School Board, where 55 children have been refused certificates of eligibility. "There's nothing in the law that prevents these people from getting an English education."

Years later, 'he bugs us still'
Roy MacGregor
The Globe and Mail Monday, September 12, 2005
Peter C. Newman's explosive new book on Brian Mulroney presents the ex-PM as he was in office, warts all, ROY MacGREGOR writes
MULRONEY UNMASKED
He believes he will go down in Canadian history as the best prime minister since Sir John A. Macdonald.
He most certainly will go down as the most profane.
And perhaps even, much to Brian Mulroney's regret, as the least believable of the 17 prime ministers who came before his arrival in 1984 and the three since he left in 1993 -- a master and victim of hyperbole who is described by one premier who consistently stood by him as "a pathological liar" who didn't know he was lying and who simply could not be trusted.
As author Peter C. Newman writes in an explosive new book: "He bugs us still."
The Secret Mulroney Tapes: Unguarded Confessions of a Prime Minister has been the most closely guarded story of the Canadian fall publishing season. Neither its author, its subject nor even its publisher were at first revealed to those given early hints that incendiary political material was about to be unleashed -- Toronto-based publisher Random House fearing a court injunction before the first revelations would appear today.
And such revelations they are:
*Mr. Mulroney's absolute conviction that former prime minister Pierre Trudeau was behind the undermining of the Meech Lake constitutional accord, a conspiracy that included then-Newfoundland-premier Clyde Wells -- "nothing has ever compared to the lack of principle of this son of a bitch" -- and lawyer Deborah Coyne, who later had a child with Mr. Trudeau. "Trudeau wound up persuading her," Mr. Mulroney tells Mr. Newman at one point, "and that's when she became pregnant, exactly at that time."
*Mr. Trudeau's motivation, according to Mr. Mulroney, was that "He didn't want anybody to succeed where he had failed. Trudeau's contribution was not to build Canada but to destroy it, and I had to come in and save it. Three times I've achieved unanimity. In 16 years, he couldn't do it once, the 'great statesman.' "
*A hatred for the media that verges on paranoia. "Business is booming," the prime minister says at one point, "our jobs are up and everything is going fine. But the Toronto Star says Brian Mulroney is a shit. So I change newspapers. I went to The Globe and Mail, which says I'm a spendthrift and an asshole. So I decided to go to the Sun, a real conservative paper run by Paul Godfrey. I read Claire Hoy's column, and I'm a thief and a murderer."
*According to Mila Mulroney, a willing co-conspirator in the plot to kill the constitutional accord was the negative Canadian press. "Meech," she says, "was treated as a holdup in a gas station at 6 o'clock in the morning."
*The failure of the constitutional accords, of course, led to the departure of Mr. Mulroney's lifelong friend, Lucien Bouchard, who went off to lead the fight for Quebec separation. "I have never known," says a crushed Mr. Mulroney, "a more vulgar expression of betrayal and deceit." Adds Mr. Mulroney's then chief of staff Stanley Hartt: "Lucien turned himself into a human car bomb designed to go off at a time and place where it would do the most damage. . . . He saw a chance to make himself both a hero and a martyr at the same time, and the opportunity to catapult himself into being Jacques Parizeau's successor as Quebec premier. And that is exactly what he did. I don't know anybody else like that. And I'm glad."
*A secret memorandum that passed between the Progressive Conservative leader and future deputy prime minister Erik Nielsen on May 25, 1984, containing details of party appointments -- a patronage plan carefully laid out weeks before the leadership debate where Mr. Mulroney destroyed then-prime-minister John Turner with his famous "You had an option, sir" lecture on this very topic.
*Mr. Mulroney's accusation that his short-lived successor, Kim Campbell -- "a very vain person" -- blew the 1993 election because she was too busy "screwing around" with her Russian boyfriend, resulting in "the most incompetent campaign I've seen in my life."
*Outrage that the tainted-tuna scandal of 1985 could ever have reached the heights it did. "You would think that 10,000 people had died because of rancid tuna," Mr. Mulroney says. "No one was even sick. . . . The media gave more publicity to tuna than to the Gulf War."
*Mr. Mulroney's hatred of the Ottawa press corps -- "a phony bunch of bastards" -- so visceral that he claims they refused to give him the credit he was due for "brokering" the deal between Russian leader Mikhail Gorbachev and then-U.S.-president George Bush that led to the fall of the Berlin Wall. Only then-German-chancellor Helmut Kohl understood Canada's pivotal role, Mr. Mulroney says, and gave Mr. Mulroney his due credit. Mr. Mulroney claims that then-British-prime-minister Margaret Thatcher once showed then-U.S.-president Ronald Reagan a copy of The Globe and Mail to show "what Brian has to put up with. Look at this disgrace. This is Canadian journalism. Look at this disgraceful, putrid newspaper."
*"By the time history is done looking at this," says Mr. Mulroney in a moment of self-praise, "and you look at my achievements as opposed to any others, certainly no one will be in Sir John A.'s league -- but my nose will be a little ahead of most in terms of achievements. Nobody has achievements like this, Peter. I can say that to you objectively. You cannot name a Canadian prime minister who has done as many significant things as I did, because there are none."
*Former Ontario premier David Peterson, who stood by Mr. Mulroney through all the constitutional wrangling, says he truly likes the former prime minister, "But to be perfectly honest, Peter, I would never trust or respect him. He is a pathological liar. In fairness, I don't believe he knows he's lying. . . . Oh God, you couldn't take anything he said at face value. His essential Achilles heel is his baloney."
Mr. Peterson's assessment is clearly one shared by others who have been close to Mr. Mulroney over the years. Nor is it an assessment that came later in his career. During the 1984 campaign, when Mr. Mulroney claimed that the day after his party was elected, "there will be tens upon tens of thousands of new jobs," he was taken aside by party guru Dalton Camp.
"Damn it, Brian," Mr. Camp told the new leader, "you cold-turkeyed on smoking. You cold-turkeyed on drinking. Why can't you cold-turkey on hyperbole?"
It was not to happen.
Maclean's magazine is publishing an excerpt of two chapters in which Mr. Mulroney claims he got worse press than Adolf Hitler. At one point in those chapters, the former prime minister angrily dismisses as meaningless the "distinct society" clause that was supposedly the sacred core of the constitutional accord that Mr. Mulroney fought for and, ultimately, failed to sell to Canadians.
The chapters also have Mr. Mulroney's unexpurgated thoughts on those he intensely disliked, such as Mr. Trudeau, former CBC head Patrick Watson, Citizens' Forum chair Keith Spicer, Joe Clark's wife, Maureen McTeer, as well as many of the journalists who covered him during those years -- and even contains a surprising attack on his deputy prime minister and right-hand man, Mr. Nielsen.
He is not as hard, however, on his second-in-command as he is on the leader who took over the party from him, Ms. Campbell. Mr. Mulroney thought it outrageous that she seemed more concerned about her relationship with Russian-born entrepreneur Gregory Lakhtman than she did with winning the next election.
"Throughout the whole goddam thing," he tells Mr. Newman during the 1993 summer campaign, "she's been screwing around with this Russian guy. The guy was sneaking into hotel rooms and the campaign bus. If I'm in an election and you bring Marilyn Monroe and 15 others into my hotel room, I'd throw them out. You have no time for that stuff. If you have 15 minutes, you phone some of your candidates."
The 462-page Secret Mulroney Tapes is likely to soar straight to the top of the bestseller lists, something fully anticipated years ago by Mr. Mulroney -- though he could not possibly have envisioned the book that has come of it.
"The publishers don't have to worry about whether this thing is going to sell," he told Mr. Newman some 20 years ago. "The only question they're going to have to wonder about is whether they've got enough paper in the forest to print the fucking books.
"That's all they have to worry about. I'll tell you this, if there ain't a good book in this, there's not a good book in Canadian history."
The book arrives, ironically, at a time when there has been a significant softening of public opinion toward the once hugely unpopular Mr. Mulroney. His recent illness, the passage of time and a growing longing for leaders who actually do something had somewhat polished the 66-year-old former prime minister's tarnished image.
In many sections of the book, Mr. Mulroney comes across as charming and likeable and, often, the reader is sympathetic to him as he comes to terms with those who have let him down or even betrayed him.
Mr. Newman, certainly, is not without some continuing admiration for Mr. Mulroney, calling him "the most radical prime minister in Canadian history." He shares some of Mr. Mulroney's disdain for the media that covered his years in office and is clearly an affectionate champion of Mr. Mulroney's wife, Mila.
Mr. Newman and Mr. Mulroney had been friends since early 1961, when the rising young Ottawa journalist happened to meet, and become entranced with, a skinny law student who had a special knack for explaining the intricacies of Quebec politics. Mr. Newman had been a key sounding board through both of Mr. Mulroney's leadership campaigns, failure in 1976, victory in 1983, and following Mr. Mulroney's dramatic election win over John Turner's Liberals in 1984, they struck a remarkable deal.
Mr. Newman would have unbridled access to Mr. Mulroney for however long Mr. Mulroney stayed in office. He would have access to cabinet documents and memoranda and he would be given unprecedented access to interviewing, with tape recorder, Mr. Mulroney, his family, his friends and his advisers over that time -- so long as Mr. Newman agreed not to publish while Mr. Mulroney remained prime minister.
Mr. Mulroney wanted to come across as he was, warts and all, convinced that in all of this country's history only one prime minister, Sir John A., had come across as "real."
"I don't want a puff job," Mr. Mulroney told Mr. Newman.
He didn't get one.
Over the years, Mr. Newman conducted 330 formal interviews, 98 of them with Mr. Mulroney. He ended up with 7,400 pages of transcripts containing an exhausting 1.8 million words - many of which Mr. Mulroney might today like to have taken back.
At one point in their discussions, Mr. Mulroney begins talking about his great and troubled friend, Michel Cogger, and suddenly stops and points to Mr. Newman's tape recorder.
"That's thing is not running, is it?"
"Yes it is."
The deal between friends gradually fell apart. Mr. Newman and Mila Mulroney had a great falling out that was later somewhat patched but will, likely, begin anew with this publication. In the end, Mr. Newman was unable to get access to all the documentation and he concluded that the book he had planned was now lost, impossible to complete with any accuracy.
The original concept for the book, a definitive analysis of the Mulroney years, is not to be found here and Mr. Newman is adamant that it not been seen as such. "This," he writes, "is not a history of the Mulroney years but rather an impressionistic journey through a prime minister's mind and temper." Mr. Newman has arranged that the entire tape collection will become available to future scholars who will do the deeper analysis he himself once intended.
The Canadian public, however, will likely be far more interested in the personality that emerges today than in the legacy that may one day be defined. Readers will find what Mr. Newman found, that Mr. Mulroney is an extraordinary conversationalist capable of side-splitting humour -- a mischievous side that comes through at times on the tapes but can also come through as cruel, malicious and certainly politically incorrect.
One long-time aide recounts a phone call to a holidaying Mr. Mulroney to inform him of the latest troubles caused by stumbling cabinet minister Suzanne Blais-Grenier. The prime minister's solution: "Slit her throat."
"Much of what he told me was crude and vicious," Mr. Newman writes. "Yet during our interviews another Mulroney emerged: warm, witty, street-smart, yet kind and considerate."
Mr. Mulroney spoke always with "an eye to history." Mr. Newman found him a "backwoods combination of Machiavelli, leprechaun and Dr. Phil. Yet Mr. Mulroney's impact was enormous. He deconstructed the country's economy through free trade with the Americans, seriously rejigged our tax system with the introduction of the GST, deregulated the transportation and energy sectors, privatized dozens of Crown corporations and revolutionized social policy with precedent-shattering budgets."
His deal-making, on the other hand, upset people. And that, combined with a presidential style that offended many Canadians, "triggered the rise of the Bloc Québécois and Reform parties, fatally weakening his traditional power bases in French and Western Canada."
Mr. Mulroney emerges as someone who simply cannot leave certain matters alone: his obsession with Mr. Trudeau, his hatred of Mr. Wells, his desperation to explain the explosive "roll the dice" comment that appeared in this newspaper and, many believe, began the ultimate unravelling of Mr. Mulroney's beloved Meech Lake accord.
Stanley Hartt, who appears time and time again as the voice of reason, remembers being driven to work by his wife the morning the story appeared and the CBC radio news picked up the prime minister's cynical suggestion that the future of a country was something that could be gambled. "It was instant," Mr. Hartt tells Mr. Newman. "I mean, it didn't take me half a millisecond. I asked her to pull the car over, stopped and said, 'He's finished. It's over. I think he blew it. I really do.' " According to Mr. Hartt, he had quietly been meeting in secret negotiations with Jean Chrétien, at that point only weeks away from winning the Liberal leadership, and Mr. Chrétien, in Mr. Hartt's eyes, was on the verge of coming onside and going public with what would have proved crucial support for Meech. After this, however, Mr. Chrétien backed off, according to Mr. Hartt.
As for Mr. Wells, he held the dice story as proof that he and others had been manipulated, and so began the long, agonizing march toward June 22, 1990, when both Newfoundland and Manitoba backed off on their votes, thereby killing the accord. Mr. Newman writes that Mr. Mulroney flew into a blind rage over Mr. Wells's decision. "You know all politicians take liberties," Mr. Mulroney later told Mr. Newman, "That's the nature of the beast, getting kicked around and trying to get things done in an imperfect system. But nothing has ever compared to the lack of principle of this son of a bitch. Lookit, on the night before the vote I was standing in the rain on the doorstep of his house and asked him what the odds were. He told me that after my speech, they were good -- at least 50-50. This was after he had already made up his mind to cancel the vote."
Mr. Mulroney says that Meech was "the sweetest deal ever known to man and it was thrown away."
He also suggests that his most disturbing memory of that time came when Mr. Wells arrived, triumphantly, at the Liberal leadership convention in Calgary and was hugged by Mr. Chrétien. "That," a bitter Mr. Mulroney tells Mr. Newman, "was the modern equivalent of hugging Macdonald for hanging Louis Riel. This is like the hanging of Louis Riel on videotape."
The book goes some distance toward countering the Mulroneys' reputation for overspending at 24 Sussex Dr. Mr. Newman gives them the opportunity to explain, in detail, the story of the closet filled with Gucci shoes, which they claim was "preposterous," a complete misunderstanding, but which set in stone their image as spendthrifts.
The author reproduces documentation that shows Mr. Mulroney sent a cheque for $211,796.68 to the P.C. Canada Fund to cover furniture and interior decorating carried out at the official residence, which had become considerably rundown in previous years. There is also a copy of a letter from Mila to Marcel Beaudry, head of the National Capital Commission, in which she bequeaths $100,000 worth of personal furnishings at 24 Sussex and the Harrington Lake retreat and adds: "I shall not be requesting a tax receipt for any of these items that I hope future prime ministers and their families may enjoy."
But it will not likely be those points that resonate as Canadians hear, once again, the familiar voice -- as Mr. Newman says, not so much "Mulroney Unplugged" as "Mulroney Undressed."
Brian Mulroney, Mr. Newman eventually came to believe, was simply someone who could not help himself.
"The secret of governing Canada," Mr. Newman writes after a career that saw him cover every prime minister from Louis St. Laurent on, "is knowing what not to touch."
Mr. Mulroney not only not could resist touching, ". . . he behaved like an obsessive beekeeper, patrolling the buzzing apiary that Canada had become, punching holes into every hive he could find. More often than not, the liberated bees stung the man who had set them free."
Background
Meech Lake: Prime minister Brian Mulroney's first effort to bring Quebec into the constitutional fold culminated in the signing of the Meech Lake Accord by the first ministers on April 30, 1987 at Meech Lake, Que. Each province and the House of Commons were given a deadline to ratify the deal. Manitoba was going through the process just before the June, 1990, deadline when MLA Elijah Harper refused to allow the legislature to extend its hours. The deadline passed without Manitoba's approval and the deal was dead.
Mr. Mulroney blamed Newfoundland premier Clyde Wells for scuttling Meech Lake after Mr. Wells chose not to hold a vote on the accord. Mr. Wells responded that the deal was already effectively dead because the Manitoba Legislature was unable to vote.
"Roll the dice": Mr. Mulroney discussed Meech Lake in an interview June 12, 1990 with The Globe and Mail. The story quoted the prime minister (referring to his advisers) as saying, "Right here, I told them when it would be. I told them a month ago when we were going to [meet]. It's like an election campaign; you count backward. [I said], 'That's the day we're going to roll the dice.' " The quote prompted a national controversy on how he had envisioned the negotiations would proceed.
Tainted tuna: One year after being swept into power, the Mulroney government was rocked by scandal when it was discovered in 1985 that one million cans of rancid tuna were allowed to be sold, despite being declared unfit for human consumption. Minister of fisheries John Fraser and Mr. Mulroney had a very public debate about when the Prime Minister's Office knew about the situation. Mr. Fraser resigned.
Gucci shoes: The "Gucci shoe" story, published in April, 1987 said that Progressive Conservative finances had been used for renovations and decorating at 24 Sussex Dr. -- including building a closet to store the expansive supply of shoes the Mulroneys owned. Mr. Mulroney was alleged to own "at least 50 pairs of Gucci loafers."
He denied that he owned that many shoes or that party finances were used improperly.
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