
PQ: neuf candidats sur la ligne de départ
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 16 septembre 2005
La période des mises en candidature pour la course à la direction du Parti québécois s'est terminée hier.
Le Devoir présente un bref portrait des neufs candidats en lice.
Louis Bernard: la surprise
Grand mandarin et homme de l'ombre, Louis Bernard a créé toute une surprise en se présentant comme candidat, d'autant plus que c'était pour gagner. Âgé de 68 ans, cet ancien secrétaire général du Conseil exécutif a conseillé les Lévesque, Parizeau, Bouchard et même Bourassa. De son propre aveu, il a un problème d'image, mais au delà de ce handicap esthétique qui émoustille les caricaturistes, l'homme se présente comme le plus compétent pour réaliser la souveraineté de façon ordonnée. Le plus vite sur la gâchette, il compte tenir un référendum trois mois seulement après la victoire électorale. En revanche, il promet de respecter à la lettre l'avis de la Cour suprême sur la sécession du Québec: question claire, majorité claire (qui facilitera la suite des choses) et négociations avec le Canada pendant un an avant de déclarer l'indépendance du Québec. Il s'oppose à une déclaration d'indépendance au lendemain d'un référendum gagnant. Louis Bernard se dit attaché au Canada et vante le sens démocratique des Canadiens. Le candidat est persuadé qu'après un OUI à un référendum, le Canada négocierait de bonne foi un accord douanier et monétaire avec le Québec.
Grand mandarin et homme de l'ombre, Louis Bernard a créé toute une surprise en se présentant comme candidat, d'autant plus que c'était pour gagner. Âgé de 68 ans, cet ancien secrétaire général du Conseil exécutif a conseillé les Lévesque, Parizeau, Bouchard et même Bourassa. De son propre aveu, il a un problème d'image, mais au delà de ce handicap esthétique qui émoustille les caricaturistes, l'homme se présente comme le plus compétent pour réaliser la souveraineté de façon ordonnée. Le plus vite sur la gâchette, il compte tenir un référendum trois mois seulement après la victoire électorale. En revanche, il promet de respecter à la lettre l'avis de la Cour suprême sur la sécession du Québec: question claire, majorité claire (qui facilitera la suite des choses) et négociations avec le Canada pendant un an avant de déclarer l'indépendance du Québec. Il s'oppose à une déclaration d'indépendance au lendemain d'un référendum gagnant. Louis Bernard se dit attaché au Canada et vante le sens démocratique des Canadiens. Le candidat est persuadé qu'après un OUI à un référendum, le Canada négocierait de bonne foi un accord douanier et monétaire avec le Québec.
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André Boisclair: le jeune premier
Âgé de 39 ans, André Boisclair est le plus jeune des candidats mais, avec Pauline Marois, il est un des plus aguerris en politique. Quand il a quitté ses fonctions de député à l'été 2004 pour un passage studieux à la Kennedy School de Harvard, il avait tout de même 15 ans de parlementarisme derrière la cravate, dont sept ans à titre de ministre. C'est pourquoi certains de ses détracteurs le qualifient de «jeune vieux». Les sondages lui confèrent une forte avance: c'est son organisation qui a vendu le plus de cartes de membre et c'est lui aussi qui recueille l'appui du plus grand nombre d'élus et de présidents d'associations péquistes. André Boisclair passe très bien à la télévision et, pour ce qui est des idées, le candidat, prudent jusqu'à la fadeur, s'en tient à la stricte observance du programme du PQ. Le parti ne sera pas prêt à tenir un référendum au lendemain de la victoire électorale, a-t-il prévenu. Quant à la population, c'est mue par un mouvement naturel qu'elle choisira la souveraineté, a dit ce «fiduciaire» autoproclamé de l'option.
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Pierre Dubuc: à gauche toute!
Candidat choisi par le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre, le directeur de la revue de gauche L'Aut'Journal, Pierre Dubuc, est passé rapidement à l'attaque en comparant André Boisclair à Mario Dumont. Selon lui, M. Boisclair, tout comme Louis Bernard, représente la vieille garde du PQ, dont ils freinent le renouveau. Le PQ doit revenir à ses positions progressistes des années 70, et ce, pour rallier davantage d'électeurs. Si le parti a perdu les élections en 2003, ce n'est pas à cause de l'ADQ mais bien en raison de l'abstention d'électeurs progressistes, avance le candidat. Il s'en prend aussi à la proposition de M. Boisclair de faire rédiger la question référendaire par une coalition où figurerait l'ADQ; ce serait accorder un droit de veto aux adéquistes, croit Pierre Dubuc. Au lendemain d'une victoire électorale, un gouvernement du PQ devrait transformer Télé-Québec en une chaîne d'information continue et créer une radio souverainiste afin de contrer l'influence des médias fédéralistes contrôlés par Ottawa ou par le grand capital.
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Ghislain Lebel: brasser la cage
Son modèle, c'est Jacques Parizeau, un chef qui a préparé systématiquement le référendum de 1995 sans attendre de conditions gagnantes, une expression que M. Lebel honnit. Rappelons que M. Lebel s'était opposé à l'Approche commune négociée avec les Innus par nul autre que Louis Bernard, une entente qui amorçait, selon lui, la partition du territoire québécois. Comme cette entente était appuyée par le Bloc et son chef, Gilles Duceppe, M. Lebel avait démissionné de son parti en 2002.
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Richard Legendre: le discret
Richard Legendre semble prendre goût aux projecteurs que son organisation dynamique, mise sur pied par François Legault, attire sur lui. Âgé de 52 ans, ce candidat-vedette élu dans Blainville à l'élection partielle de 2001 avait été nommé ministre de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport par Bernard Landry. Mais l'ancien tennisman, sans doute en raison de son inexpérience politique, s'est fait discret. Comme André Boisclair, il se veut le candidat du renouveau. Mais contrairement à celui-ci, M. Legendre est un souverainiste pressé qui promet de préparer le prochain référendum et l'accession à l'indépendance dès sa victoire, le 15 novembre. Avec lui, il est certain que la plate-forme électorale du PQ ne portera que sur le «Québec pays», comme le veut le programme du parti, une disposition que les partisans de M. Legault ont réussi à faire inscrire. Il entend présenter aux Québécois une «maquette» de pays, selon son expression, un projet détaillé et chiffré. Un peu moins empressé que Louis Bernard, le candidat prédit qu'en cas de victoire électorale du PQ, le Québec ne connaîtra qu'un seul autre budget de province.
Richard Legendre semble prendre goût aux projecteurs que son organisation dynamique, mise sur pied par François Legault, attire sur lui. Âgé de 52 ans, ce candidat-vedette élu dans Blainville à l'élection partielle de 2001 avait été nommé ministre de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport par Bernard Landry. Mais l'ancien tennisman, sans doute en raison de son inexpérience politique, s'est fait discret. Comme André Boisclair, il se veut le candidat du renouveau. Mais contrairement à celui-ci, M. Legendre est un souverainiste pressé qui promet de préparer le prochain référendum et l'accession à l'indépendance dès sa victoire, le 15 novembre. Avec lui, il est certain que la plate-forme électorale du PQ ne portera que sur le «Québec pays», comme le veut le programme du parti, une disposition que les partisans de M. Legault ont réussi à faire inscrire. Il entend présenter aux Québécois une «maquette» de pays, selon son expression, un projet détaillé et chiffré. Un peu moins empressé que Louis Bernard, le candidat prédit qu'en cas de victoire électorale du PQ, le Québec ne connaîtra qu'un seul autre budget de province.
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Pauline Marois: la deuxième
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Jean Ouimet: l'idéaliste
Dernier candidat à déposer son bulletin de candidature, Jean Ouimet a recueilli les signatures requises en faisant le tour du Québec en vélo, parcourant ainsi 1800 kilomètres. Ancien chef du Parti vert, Jean Ouimet avait failli forcer la tenue d'une course à la chefferie en 2001 - à moins de 200 signatures du compte -, ce qui aurait compromis le couronnement bien huilé de Bernard Landry. Jean Ouimet, c'est le candidat de la démocratie participative et du «contrat social», une idée concoctée avec Jean-Pierre Charbonneau et inscrite dans le programme du PQ. La mobilisation de la population en vue du référendum se fera autour d'un contrat social appelé à remplacer celui, implicite, de la Révolution tranquille. Les Québécois ne donneront pas de chèque en blanc aux dirigeants pour réaliser la souveraineté. Axé sur le développement durable, ce contrat social établira les responsabilités collectives au regard des changements climatiques et du partage des richesses. Avec la fin du pétrole bon marché, «l'humanité est à la croisée des chemins» et doit modifier ses comportements axés sur la domination de la nature, fait valoir l'écologiste.
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Gilbert Paquette: une volonté inébranlable
Âgé de 62 ans, Gilbert Paquette a fait partie du gouvernement Lévesque, dont il a démissionné en 1984 pour s'opposer au «beau risque» que proposait Brian Mulroney. On peut certes le classer parmi les purs et durs, mais il préfère les mots «passionné et déterminé». Bernard Landry avait recours à l'occasion aux conseils de ce cadre de la Télé-Université. Renversé par la démission de ce dernier, Gilbert Paquette revient à la politique parce qu'il estime que la souveraineté est à portée de la main, dans la mesure toutefois où on ne tergiverse pas. En ce sens, il se méfie des Boisclair et Marois. Le programme adopté en juin par les militants lui convient parfaitement, mais il lui donne un tour plus volontaire. Ainsi, le candidat souhaite que le prochain référendum soit décisionnel et soit suivi, en cas de victoire, par une déclaration d'indépendance. Il s'oppose à Louis Bernard, soulignant que le gouvernement du Québec, au lendemain d'un référendum gagnant, devra faire montre «d'une volonté inébranlable, sinon Ottawa ne bougera pas». Il importe avant tout de négocier de pays à pays avec le Canada et non pas en tant que province.
Âgé de 62 ans, Gilbert Paquette a fait partie du gouvernement Lévesque, dont il a démissionné en 1984 pour s'opposer au «beau risque» que proposait Brian Mulroney. On peut certes le classer parmi les purs et durs, mais il préfère les mots «passionné et déterminé». Bernard Landry avait recours à l'occasion aux conseils de ce cadre de la Télé-Université. Renversé par la démission de ce dernier, Gilbert Paquette revient à la politique parce qu'il estime que la souveraineté est à portée de la main, dans la mesure toutefois où on ne tergiverse pas. En ce sens, il se méfie des Boisclair et Marois. Le programme adopté en juin par les militants lui convient parfaitement, mais il lui donne un tour plus volontaire. Ainsi, le candidat souhaite que le prochain référendum soit décisionnel et soit suivi, en cas de victoire, par une déclaration d'indépendance. Il s'oppose à Louis Bernard, soulignant que le gouvernement du Québec, au lendemain d'un référendum gagnant, devra faire montre «d'une volonté inébranlable, sinon Ottawa ne bougera pas». Il importe avant tout de négocier de pays à pays avec le Canada et non pas en tant que province.
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Jean-Claude St-André: pur et dur

PQ voting mechanics will produce majority
The Gazette Friday, September 16, 2005
Here is how the Parti Quebecois leadership voting process is to work:
- Unlike in other political parties, all rank-and-file members of the PQ will get to vote for their new leader. In order to avoid the cost of a full convention, members will be voting by phone. The party has hired the telephone-voting tabulation firm that counts the votes for television entertainment shows like Star Academie. That company is Multicom, a Quebecor Media affiliate.
- The party has allocated a $100,000 budget for voting.
- Voting will take place over 57 hours, from 8 a.m. Sunday Nov. 13 to 5 p.m. Tuesday Nov. 15. Anyone who becomes a member of the party or renews his or her membership card by Oct. 14 is eligible to vote. The party has about 80,000 members and another 20,000 who would have to renew their cards before voting.
- Party members will vote by calling a single toll-free number and identifying themselves using their membership number and an additional personal information number (PIN) to be issued to them.
- They vote by selecting candidates from the menu in order of preference - first, second, third and fourth. The members vote only once, which means they cannot change their minds after they hang up the phone.
- The winning candidate will be the first to obtain an absolute majority. If no candidate receives a majority of first-choice votes, the candidate receiving the fewest votes is eliminated, along with any other receiving fewer than than 15 per cent.
- The second-choice votes of the eliminated candidates will then be added to the first-choice votes of the survivors - and so on until a candidate obtains a majority.
- Candidates may withdraw at any time, even after the voting begins.
- The results will be announced at the Centre de foires de Quebec on the evening of Nov. 15.

Le PQ tel qu'il est
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 16 septembre 2005
ÉDITORIAL - D'une course au leadership, on attend toujours beaucoup. On imagine que le parti où elle se déroule s'en trouvera transformé et que, porté par un vent de renouveau, il gagnera les prochaines élections de façon éclatante. Au Parti québécois, on n'échappe pas à cet espoir, mais n'attendons pas de la course qui s'est amorcée officiellement hier qu'elle mène à de grands changements. Le 16 novembre, ce parti sera à peu de chose près le parti qu'on connaît aujourd'hui, l'accent nouveau provenant de la personnalité du chef qui aura été élu.
Les conditions dans lesquelles se déroulera la campagne pour trouver un successeur à Bernard Landry au cours des deux prochains mois sont particulières puisque le débat d'idées qui accompagne normalement un tel événement a déjà eu lieu. Le programme du parti a été fixé, sinon coulé dans le béton, lors du congrès national de juin dernier, ce qui laisse bien peu d'espace aux candidats qui auraient une vision ne serait-ce qu'un peu différente de ce qui a été adopté par les militants.
L'impression qui se dégage des débats qui ont eu lieu jusqu'ici entre les candidats est que le prochain chef du Parti québécois devra être un simple exécuteur de la volonté exprimée par les membres. La seule liberté de penser que ceux-ci semblent pouvoir s'autoriser a trait à la manière de mettre en application les divers articles du programme. Déjà, quelques candidats ont commencé à rédiger ce qui sera leur plan d'action, l'un prônant de porter le taux de réussite scolaire de 85 à 90 %, un autre de réduire les listes d'attente des salles d'urgence, un troisième de fermer la centrale nucléaire de Gentilly. On sera dans le détail plutôt que sur le fond, si on devait en rester là.
Le seul candidat qui a osé remettre franchement en cause un des préceptes du programme est Louis Bernard. Il conteste le bien-fondé de l'article qui prévoit qu'une déclaration unilatérale d'indépendance suivra immédiatement une victoire du OUI à un prochain référendum. Il prône plutôt de négocier d'abord la transition avec le reste du Canada, comme on peut le lire dans la page ci-contre.
Une telle liberté de penser et de parler ouvertement pourra faire la différence entre une campagne au leadership réussie ou une campagne tout simplement banale. Un chef de parti a bien sûr le mandat de porter le programme de son parti, mais il doit pouvoir l'inspirer. On ne pourra pas mesurer les qualités de leadership des candidats si, dans les semaines qui viennent, ils choisissent de se limiter à nous entretenir de leurs qualités personnelles et des défauts des autres. Ce qu'on voudra savoir, c'est davantage ce qu'ils entendent faire à l'avenir que ce qu'ils ont fait par le passé.
L'idée voulant que le programme voté en juin est un cadre dont les candidats ne doivent pas sortir ne doit pas être vue comme une règle immuable. Certes, ce programme est le fruit d'une démarche à laquelle ont participé de nombreux militants, et cela doit être respecté. Par contre, le prochain chef du Parti québécois aura sa propre légitimité. Dans cette course, les candidats s'adressent à l'ensemble des membres du parti et, l'élection se faisant au suffrage universel, ils peuvent se permettre de sortir de l'orthodoxie du programme, d'y apporter des nuances, de proposer des orientations nouvelles.
Aux candidats comme aux membres du parti, il faut par ailleurs rappeler que cette course concerne l'ensemble des Québécois. Ceux-ci ne voteront pas le 15 novembre, mais plus tard, lors des prochaines élections générales, ils choisiront un premier ministre. Ce qui comptera alors sera non pas l'engagement du nouveau chef péquiste à respecter un programme mais son aptitude à faire progresser le Québec à tous égards. Ce premier ministre aura d'abord à gouverner avant de faire la souveraineté.

Qu'est-ce qu'une déclaration de souveraineté?
Louis Bernard, Candidat à la direction du Parti québécois
Le Devoir vendredi 16 septembre 2005
Dans une lettre publiée hier dans Le Devoir, Daniel Turp soulève une question très importante non seulement pour la course à la direction du Parti québécois mais pour le résultat du prochain référendum sur l'avenir du Québec. Il s'agit, en effet, de déterminer ce qui va arriver à la suite d'une victoire du OUI. C'est une question, on le pense bien, à laquelle les membres du PQ et les citoyens voudront avoir une réponse claire avant de décider de leur vote.
Lors du dernier référendum, le projet de loi sur l'avenir du Québec présenté par Jacques Parizeau prévoyait que le Québec ne proclamerait son indépendance qu'après une période d'un an de négociations avec le gouvernement du Canada. Ce n'est qu'en cas d'échec de ces négociations que le Québec pouvait déclarer unilatéralement son indépendance.
Le nouveau programme du PQ -- qui n'a pas encore été publié -- prévoit que la victoire référendaire «entraînera l'Assemblée nationale à déclarer la souveraineté du Québec et à donner des effets immédiats à celle-ci en posant des gestes de souveraineté nationale et internationale». Il s'agit donc de proclamer l'indépendance du Québec immédiatement après le référendum, sans négociations préalables avec le Canada.
Or une déclaration de souveraineté ou d'indépendance est un geste solennel que fait un pays pour proclamer que, dorénavant, son gouvernement exerce une autorité complète et souveraine sur son territoire, à l'exclusion de toute autre autorité, et qu'il n'acceptera aucune intervention étrangère dans ses affaires internes.
Dans le cas du Québec, une déclaration de souveraineté signifierait que, à partir de ce moment, les lois fédérales cesseraient de s'appliquer au Québec puisque le Québec ne ferait plus partie du Canada. Il y aurait rupture et bris de continuité.
Une situation intenable
L'inconvénient majeur de cette façon de procéder est que la transition entre le statut de province et le statut de pays sera inévitablement chaotique. D'abord parce que le gouvernement fédéral refusera de reconnaître une déclaration unilatérale d'indépendance et soutiendra que ses lois continuent de s'appliquer au Québec. Ensuite parce qu'il sera impossible pour le Québec de prendre la relève et d'assurer la continuité des programmes et des services fédéraux puisqu'il n'aura ni l'information, ni les fonctionnaires, ni l'argent pour le faire.
Enfin parce que les pays étrangers, même les plus amis, ne voudront pas s'aliéner le Canada en reconnaissant immédiatement le Québec souverain.
Une déclaration immédiate de souveraineté mettrait les députés du Bloc québécois dans une situation intenable. Ou bien ils accepteraient la déclaration de souveraineté et remettraient immédiatement leur démission puisque le Québec ne ferait plus partie du Canada et que les lois fédérales ne s'appliqueraient plus au Québec, ou bien ils continueraient de siéger à Ottawa, soutenant ainsi le gouvernement fédéral dans sa décision de ne pas reconnaître la déclaration de souveraineté du Québec.
Or, s'il y a un moment où le Québec aura besoin de la présence du Bloc québécois à Ottawa, c'est bien après la victoire référendaire.
Une transition à préparer
Depuis sa fondation, le Parti québécois a toujours promis aux hommes et aux femmes du Québec que l'indépendance se ferait en préservant la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux entre le Québec et le Canada, en conservant la même monnaie, en garantissant la continuité des programmes et des services fédéraux de façon que les pensions de vieillesse, l'assurance-emploi et les autres prestations fédérales continuent d'être payées sans interruption. Cela ne peut se faire que si la transition a été bien préparée à la suite de discussions avec le Canada. Il n'est pas nécessaire et encore moins souhaitable que l'indépendance du Québec soit déclarée immédiatement et unilatéralement après la victoire référendaire.
Bien sûr, dès après le référendum, l'Assemblée nationale prendra acte de la volonté exprimée par les Québécois de se donner un pays, définira clairement et juridiquement le cadre et la durée de la période de négociations avec le Canada et fixera une date pour la déclaration formelle d'indépendance, laquelle pourra intervenir à tout moment si les négociations échouent ou si le gouvernement fédéral n'agit pas de bonne foi. Car il n'est pas question que ces négociations se fassent à rabais et aboutissent à d'autre chose qu'à la pleine et entière souveraineté du Québec, telle que décidée par la majorité des citoyens du Québec.
Un pays est souverain ou ne l'est pas. Penser que le Québec pourrait se déclarer souverain tout en permettant que les lois fédérales puissent continuer à s'y appliquer et que les députés du Bloc québécois puissent continuer à siéger à Ottawa, ce serait faire rire de nous par le reste du monde. Et ce serait tromper nos concitoyens.

En terminer avec l'aveuglement référendaire
Claude Bariteau, Anthropologue à l'Université Laval et auteur de "Pour sortir de l'impasse référendaire" (Les Éditions des intouchables, 2005).
Le Soleil samedi 17 septembre 2005
Pour l'anthropologue québécois Éric Schwimmer, la construction de l'idéologie, chez les peuples dominés, inverse les relations de pouvoir. Tout se passe comme dans les histoires de miracles : les dominés deviennent des vainqueurs mais vivent dans un monde en marge des pouvoirs institués, soit un monde utopique.
En commémorant les deux défaites référendaires, le Conseil de la souveraineté participera, cet automne, à l'édification de l'imaginaire victorieux du peuple québécois. Ces défaites se muteront en un réveil puis une marche vers une victoire usurpée qui adviendra un jour. De son côté, Radio-Canada, là où s'étale l'idéologie dominante, aura déjà montré, avec Point de rupture les 7 et 8 septembre, qu'en 1995 le gouvernement Chrétien et les fédéralistes furent fragilisés, justifiant implicitement la loi sur la clarté.
Du coup, l'idéologie référendaire aura deux sens, l'un pour les dominants, l'autre pour les dominés. Le philosophe Mikhail Bakhtine a montré que ces sens opposés sont travaillés par l'idéologie dominante qui tend à imposer sa version dont la portée, à cause de l'inversion pratiquée chez les dominés, n'est perçue par eux qu'en périodes de crise ou de commotion révolutionnaire.
Bernard Landry, lorsqu'il était chef du Parti québécois, a contribué à inverser la relation de pouvoir engendrée par la loi sur la clarté en soutenant qu'un référendum serait plus tranchant qu'une élection, ce que reconnaîtraient plusieurs États souverains du monde occidental. Sa position conduisit à la refonte du programme du PQ en juin 2005. Il y est dit : a) que la loi canadienne, votée pour empêcher la réplication du référendum de 1995, ne fera pas le poids face aux lois de la province de Québec ; b) que des organismes internationaux accepteraient de superviser le déroulement du prochain référendum ; c) que des États tiers pourraient faciliter l'accession du peuple québécois à la souveraineté si le Canada se révèle mauvais joueur.
À leur face même, ces énoncés propulsent cette refonte dans le monde de l'utopie. D'aucune façon, ils ne permettront d'infléchir la portée de la loi canadienne. Lors d'un prochain référendum, la province de Québec, qui n'est pas un État souverain, sera toujours une province. Ses prétentions seront sans effet face aux pouvoirs institués au Canada et ceux du monde réel des relations internationales. Les thèses de Schwimmer et de Bakhtine paraîtront alors d'une actualité déconcertante.
Hélas, c'est là que réside le problème. La voie référendaire, de stratégique qu'elle était en 1973 et en 1994 pour le PQ, est aujourd'hui idéologique. Depuis, la questionner tombe à plat. Quant à l'alternative, une élection décisionnelle, avancée par Guillaume Rousseau et Alexis Gagné-LeBrun, J. René-Marcel Sauvé, Patrice Boileau et le Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIQ), elle n'a guère d'écho.
Quand un État souverain a voté une loi pour encadrer un référendum sur la sécession d'une de ses provinces, les promoteurs de cette sécession ont l'obligation de chercher une voie alternative. C'est ce qui s'est fait dans les pays baltes. Ici, on s'est contenté de correctifs secondaires. Pourtant, il est reconnu qu'une élection décisionnelle, mis à part le recours aux armes, est une voie dont le recours se justifie si la tenue d'un référendum est encadrée par le pays que veulent quitter les promoteurs du pays à fonder.
De tels correctifs banalisent les relations de pouvoir en cause. Dans le monde des relations internationales, une sécession conduit à la confirmation d'une nouvelle autorité sur un territoire. Elle est, par définition, génératrice de tensions. En votant la loi sur la clarté, les Canadiens se sont placés dans une position leur permettant de hausser les tensions au Québec. Aussi, pour que les leaders indépendantistes mènent ce projet à terme, il leur faut avant tout neutraliser ces tensions, car elles engendreront une crise ou une commotion chez les dominés.
Tel est leur principal défi. Or, y faire face ne semble pas la préoccupation des personnes qui aspirent à devenir chef du PQ. Presque toutes, lorsqu'elles parlent du référendum et de ses suites, elles avancent que les choses se tasseront comme par magie. Voilà pourquoi il importe de penser que les dieux ne seront pas avec nous pour fonder, par référendum, le pays du Québec.
Comment faire pour contrer ces tensions et fonder le pays du Québec dans le contexte de la loi sur la clarté ? La réponse : investir le pouvoir réel et s'y installer. Cela se fait en inversant, en toute légitimité politique, les rapports actuels de pouvoir. Comme ces rapports se retrouvent maintenant dans la démarche référendaire, c'est par elle qu'il faut commencer.
C'est ici qu'une élection décisionnelle fait sens. Hautement démocratique, elle permet d'installer une autorité légitime sur un territoire. Un pacte entre partis et groupes porteurs du pays sur les contours essentiels du pays à fonder y conduit. Alors, si les Québécois et les Québécoises votent pour des candidats et des candidates ayant comme plate-forme partagée celle de faire le pays et que ces derniers obtiennent la majorité des votes exprimés, il y aura inversion légitime des rapports de pouvoir.
Lorsqu'on veut une maison, on ne cherche pas, comme les péquistes, un appartement, qui est la prise du pouvoir provincial, pour dire au propriétaire, après consultation, qu'on veut l'acheter pour conserver les aménagements (division, tapis, couleurs des pièces, etc.) faits. Si on veut une maison, cet objectif a priorité. On élabore un plan, qu'on discute, et, s'il y a accord, on procède. Élaborer un plan, c'est définir le "vivre ensemble" grâce auquel on pourra, au Québec, réaliser des projets de sociétés, qui sont des aménagements circonstanciels.
Ce plan, c'est la plate-forme pour inverser les rapports de pouvoir par une élection décisionnelle. C'est ce qu'il faut faire maintenant. Pas dans deux ans où, locataire, on voudra colmater des fuites d'eau avant de décider si on veut être propriétaire. Si on ne le fait pas et si on n'inverse pas les rapports, on se retrouvera une fois de plus écartelé dans l'accessoire et invité à croire à de nouveaux miracles. Les forces opposées à l'indépendance du Québec travaillent déjà en ce sens. Voilà pourquoi il faut en terminer avec l'aveuglement référendaire.

Le Bloc répond à Pettigrew
Le Parti libéral du Canada n'a de leçons à donner à personne
Paule Brunelle et Michel Gauthier
Mme Brunelle est députée de Trois-Rivières et M. Gauthier est député de Roberval-Lac-Saint-Jean et leader parlementaire du Bloc québécois.
La Presse vendredi 16 septembre 2005
M. Pierre Pettigrew,
Nous nous étonnons que vous ayez encore une fois voulu, dans La Presse d'hier, donner une leçon d'histoire politique aux Québécois.
Ainsi, voilà que lors du récent Congrès de jeunes libéraux à Trois-Rivières, vous avez comparé les agissements et les interventions de Gilles Duceppe à ceux de Maurice Duplessis et avez relégué la députation bloquiste à l'électorat traditionnel de l'Union nationale; un électorat souvent reconnu pour sa captivité idéologique à l'égard d'un parti politique responsable d'une période sombre de l'histoire québécoise, un période grandement associée au patronage.
Nous vous rappelons humblement qu'au chapitre du patronage politique, avec le Programme des commandites, le Parti libéral du Canada n'a de leçons à donner à personne, surtout pas à M. Duceppe ni au Bloc québécois.
Par vos déclarations, M. Pettigrew, vous faites fi du choix démocratique de la population du Québec qui accorde sa confiance au Bloc pour réclamer le règlement du déséquilibre fiscal dont le gouvernement libéral nie toujours l'existence, le remboursement des 46 milliards $ de la caisse d'assurance emploi qui ont été volés aux travailleuses et au travailleurs, pour éliminer le gaspillage et la corruption qui ont marqué le passage au pouvoir des libéraux, et pour défendre les consensus québécois à la Chambre des communes. Pour ne mentionner que ces dossiers.
Leçon d'histoire pour leçon d'histoire, M. Pettigrew, vous devriez prendre bonne note de la devise du Québec: Je me souviens. Car le Québec se souvient de vos propos prononcés, le 13 novembre 2000, alors que vous logiez à l'antenne du Québec profond les électeurs qui, à toutes fins pratiques, habitent hors de l'île de Montréal et qui ne se reconnaissaient pas dans le Parti libéral du Canada.
Pour nombre d'observateurs avisés et pour une portion grandissante de la population, il est évident que votre formation politique a fait une croix sur le Québec et maintenant, pour faire les matamores devant l'électorat canadien-anglais que vous courtisez à nos dépends, vous donnez dans le " Québec Bashing ".
Nous vous offrons une explication succincte et simple pour étayer le désoeuvrement du PLC au Québec: le Québec se souvient que le Parti libéral du Canada a rapatrié la Constitution sans le consentement du Québec et que Jean Chrétien s'est battu pour faire échouer l'accord du lac Meech. Le Québec se souvient aussi que par la Loi sur la clarté référendaire, les libéraux fédéraux ont nié le droit fondamental des Québécois de décider seuls de leur avenir, qu'en 1995 ils ont contourné la loi référendaire du Québec en dépensant des millions de dollars que n'a pu comptabiliser le Directeur général des élections du Québec et, pour couronner le tout, que c'est votre parti politique, M. Pettigrew, qui a mis sur pied le Programme des commandites qui est devenu le pire scandale politique canadien depuis l'affaire du Canadien pacifique. Voilà l'essence de la sanction du peuple québécois à l'égard du Parti libéral du Canada.
C'est parce que le Québec a confiance en lui-même qu'il souhaite avoir une voix sur la scène internationale, et c'est vous, M. Pettigrew, qui faites preuve d'obscurantisme en lui refusant cette voix.
Il n'existe pas une voix du Québec profond. Il existe un peuple québécois que, de toute évidence M. Pettigrew, vous et votre parti n'arrivez toujours pas à comprendre et, pire, que vous vous refusez à entendre.

Pettigrew is on a political roller coaster
Campbell Clark And Brian Laghi
The Globe and Mail Friday, September 16, 2005
Minister once rarely hurt by controversy now a target of rumours, allegations
Ottawa ONT - Pierre Pettigrew always seemed to walk away from political disaster without rumpling his suit or getting a hair out of place, airily asserting it was all overblown. Now, the harried Foreign Affairs Minister seems under siege.
Mr. Pettigrew's stock in cabinet, and with the Prime Minister's Office, has fallen steeply in the past 18 months over failures on policy initiatives and in staying on message.
In recent reports, unnamed foreign-service officials say he spends too much time at the Paris apartment he has owned for 20 years. The Globe and Mail reported this week on documents that show he took his chauffeur with him to Paris, Madrid and Lima, where no driver was needed, at a cost of $10,000.
All that has been accompanied by a less visible burst of rumours, stories and allegations -- some substantiated and some not -- circulating in Ottawa as a variety of critics apparently feel the time is ripe to target Mr. Pettigrew.
"There's blood in the water," a senior Liberal conceded to The Globe and Mail this week.
Many of the rumours and allegations revolve around a similar storyline: that he enjoys high-living travel too much, and hard desk-work too little. Defenders who have worked with him call this a misperception of his style as a macro-manager who focuses on broad principles, not details, and wants time alone to think things through.
Mr. Pettigrew's staff don't hide that they feel under attack from anonymous critics.
"I think there's no coincidence in these events being so close to one another, and personal," said Sébastien Théberge, Mr. Pettigrew's communications director. "But this is the life of a politician."
It's a far cry from the political life Pierre Pettigrew used to lead, rarely suffering a scratch even in a serious political smash-up.
As human resources minister from 1996 to 1999, Mr. Pettigrew presided over mismanagement in job-grant funds that became the first major scandal to shake Jean Chrétien's government: the so-called "billion-dollar boondoggle."
But Mr. Pettigrew was shuffled out of the portfolio six months before a damning audit was released in January, 2000. The new human-resources minister, Jane Stewart, took a beating from the opposition and the press over the issue.
Months later, as the Liberals were still smarting from the scandal, Mr. Pettigrew told journalists he would have quelled the controversy more quickly by explaining the value of the job-grant programs.
Whether by accident or design, the timing of things just seemed to go his way. Raids of government offices to investigate allegations that Liberal fundraiser Pierre Corbeil was hitting up Human Resources Development Canada job-grant recipients for big donations -- which later led to an influence-peddling conviction -- occurred just after the 1997 election, when the Liberals were safely back in office.
Mr. Pettigrew joined the cabinet in 1996 when Mr. Chrétien, shopping around for a new generation of Quebec ministers in the post-referendum period, recruited both him and Stéphane Dion.
He went virtually unnoticed as international co-operation minister at first, and as international trade minister from 1999 to 2003, was unscathed by never-settled issues like the softwood-lumber dispute. In between, as human-resources minister, he received kudos for warming the provinces to joint programs with Ottawa.
"I liked his style. I found him to be very open. He didn't try -- as federal ministers often do with provincial ministers -- the divide and conquer strategy," said Conservative MP Stockwell Day, then Mr. Pettigrew's Alberta counterpart and now his Opposition critic.
But his fortunes started to decline when friend Paul Martin became prime minister and he was handed, not the foreign minister's job he coveted, but the health and intergovernmental affairs portfolios. When he expressed disappointment, he annoyed many in the PMO, insiders said.
As health minister, Mr. Pettigrew's mistimed expression of tolerance for the idea of privately delivered health care upset the PMO because the Liberals were planning an election campaign that focused on health care.
Mr. Pettigrew got the foreign minister's job after the 2004 election, annoying friends of Bill Graham, who was shuffled to defence.
And while he was given some credit in Liberal circles for a role in keeping Canada out of the U.S. missile-defence shield, Mr. Martin last winter judged his department's work on a major review of foreign, defence and trade policy to be weak, and the PMO took control.
"It's the internal siege that has intrigued me," Mr. Day said. "I think he's a frustrated minister."
Other missteps also rankled. He bore some public criticism for being invisible after tsunamis ravaged Asia, but, according to sources, won more enemies inside the Liberal government by fuelling suggestions he might leave to head the Organization of American States just as the government was teetering on the edge of defeat because of sponsorship-scandal revelations.
But Mr. Pettigrew's standing with the government, and the PMO, had recently risen again, insiders say. A speech in Montreal last weekend, in which he characterized the Bloc Québécois as intolerant of minorities, won him "some fairly significant kudos" one senior Liberal said.

Pettigrew makes me pine for the Stephane Dion days
Josée Legault
The Gazette 16.9.2005
The Pettigrew file is getting thicker and stranger by the minute. Pierre Pettïgrew, federal foreign affairs minister, has managed to dethrone Jean Lapierre in the "hyperbole and provocative statements" categorie - a highty coveted prize in federal Liberal circles.
He recently killed and buried the "Gérin-Lajoie" doctrine, according to which Quebec is deemed to exercise its constitutional jurisdiction in international relations. Canada, he said, must speak with only one voice: the federal one.
He pronounced the Gérin-Lajoie doctrine "dépassée" and dangerous. You never know what could happen, he said ominously, should the government of Quebec be headed by an "independance fanatic."
Monique Gagnon-Tremblay, Quebec's international relations minister, sounded almost as pathetic when she trivialized Quebec's traditional demands on this question as mere federal-provincial chicanes.
Then sounding in a way that would have made Mordecai Richler proud, Pettigrew called sovereignists "intolerant" - which probably explains why he also loves to refer to them as "fundamentalists." He went on to compare sovereignists to Maurice Duplessis's Union Nationale and the Great Darkness. What? No Mussolini, no Stalin?
Pettigrew is quite a phenomenon. The former chief-of-staff to former Quebec Liberal leader Claude Ryan from 1978 to 1981, he was brought to Ottawa by Jean Chrétien in 1996 along with Stéphane Dion. This duo was an attempt to boost federalist and Liberal presence in Quebec after the referendum.
There was another purpose to the creation of this dynamic duo. Dion was supposed to be the hawk, the bad cop, Mr. Plan-B. Pettigrew was to be the dove, the good cop - a softer, innocuous and - some would say - vacuous Quebec voice in cabinet.
But the dove has turned into a condescending hawk, making the now-quieter Dion look positively charming and civilized in comparison.
Pettigrew also likes to fancy himself as an intellectual, a kind of historian and political scientist rolled up into one. For years, he's been repeating his own little theory about Quebec.
In Quebec, Pettigrew says, there have always been two political ideologies, or distinct sets of values: the red, Liberal one, made of reason, intelligence, tolerance, openness, confidence, sensitivity to the poor and love for all of mankind.
Then there is the blue, conservative (read also sovereignist) ideology. This one is ugly. Very ugly. It's made of intolerance, fear of differences, protectionism and closed-mindedness.
Yesterday, in La Presse, he revived his favoured gospel, where all that is good on Earth is Liberal - as in federal Liberal. He even took his theory to the absurd level of referring to the Canadian Charter of Rights as the "Liberal charter."
But - surprise! - not a word in his article about that other federal Liberal value of patronage and dilapidation of public funds in the sponsorship, human resources or fire-arms registry scandals. Not a word about those juicy contracts to Liberal-friendly ad firms or expensive fishing trips where Liberal ministers were invited by the heads of those same firms.
Not a word on how Liberals' behaved during the 1995 referendum, spending way more than the Yes side did. Nor was here a single mention of Wednesday's front page story in the Globe and Mail about Pettigrew spending $10,000 of taxpayers' money to take his personal chauffeur on foreign trips where no driver of his own was required.
I guess she forgot.
In April 2002 - in one of his many keen observations - Pettigrew pronounced these pearls of wisdom: "We are at the end of an era - an era dominated by the question of separatism and Quebec independence, and I think we are at the end of an important period in our history."
It's clear, he added, that Quebecers have moved "beyond separation." He also predicted the Action Démocratique Party would become the alternative to the Parti Québécois "in a way that could spell the end of the PQ as we know it."
Of course, Pettigrew is not alone in the long list of Cassandras who end up with quite a bit of egg on their faces. A few days after Pettigrew's prediction, La Presse's editorial André Pratte agreed and wrote that "it seems probable that
idea of sovereignty will remain dormant for many years to come." Today's polls would beg to differ.
Pettigrew's many prononcements on so-called Liberal values and the outdated, intellectually dishonest picture he pay
of the sovereignist camp haye grown insufferable.
His ineptitude is such that in last year's election, he came within a hair of losing his riding to the Bloc, with rumours this spring of his trying to get the posh posting of head of the Organization of American States.
Now, Liberal arrogance is one thing. Quebecers have grown used to it. But must we also put up with Pettigrew's musings?
Please, can't someone bring back Stéphane Dion instead?

Les clones de Stéphane Dion
Michel David
Le Devoir samedi 17 septembre 2005
La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, a montré ses crocs jeudi: «Si le gouvernement fédéral décide de ne pas donner suite à ce que nous demandons, alors nous continuerons à faire ce que nous faisons maintenant.»
Une telle férocité a dû faire trembler à Ottawa. On doit sympathiser avec Benoît Pelletier, à qui le conseil des ministres a confié le mandat de négocier la place du Québec au sein des organismes internationaux avec le gouvernement fédéral. Dans les dispositions conciliantes où elle se trouve, Mme Gagnon-Tremblay ne lui sera pas d'un grand secours.
L'entente à rabais sur l'adoption internationale qu'elle a accepté de signer constitue en soi un reniement de la doctrine Gérin-Lajoie, dont tous les gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis 40 ans avaient fait une sorte de bible.
Depuis son entrée en politique, la députée de Saint-François n'a jamais été associée de près ou de loin à l'aile nationaliste du PLQ, aujourd'hui moribonde il est vrai. Si certains ont pu flirter avec la souveraineté après l'échec de l'accord du Lac-Meech, cela n'a pas été son cas. Dans sa nouvelle croisade contre les «fanatiques de l'indépendance», Pierre Pettigrew trouvera en elle une alliée fidèle.
Certains ont paru surpris de voir le ministre des Affaires étrangères se transformer soudainement en incroyable Hulk. Ou, si on préfère, en clone de Stéphane Dion. À leur arrivée à Ottawa, M. Dion avait immédiatement été perçu comme le méchant qui brandissait le bâton du plan B tandis que M. Pettigrew agitait plutôt la carotte de l'ouverture aux revendications du Québec.
Il avait été chef de cabinet de Claude Ryan à l'époque où le Livre beige affirmait que «le partage des compétences éliminera toute subordination des gouvernements provinciaux vis-à-vis du gouvernement central». À respirer l'air d'Ottawa, il en est toutefois venu très rapidement à considérer ces débats comme autant d'«avocasseries» qui n'ont plus leur place dans le monde d'aujourd'hui.
***
Au cours des années qui ont suivi le référendum de 1995, M. Pettigrew est resté dans l'ombre de son collègue Dion, qui était devenu la bête noire du gouvernement Bouchard et le nouveau héros du ROC, mais il n'attendait que l'occasion d'en découdre à son tour.
En janvier 2001, il était affairé à installer une bibliothèque dans son sous-sol en écoutant distraitement la télévision lorsqu'il a entendu Bernard Landry évoquer l'exemple de l'Union européenne à l'appui de la souveraineté-partenariat. Son sang n'a fait qu'un tour et il a aussitôt rédigé -- en 20 minutes, s'il vous plaît -- une réplique de trois pages intitulée «L'erreur européenne de Bernard Landry», qu'il a fait publier dans les journaux. À l'époque, M. Pettigrew était ministre du Commerce extérieur et, fort de son expérience de consultant, il se piquait d'être un spécialiste du modèle européen.
Maintenant que M. Dion en est réduit à faire damner les écologistes, M. Pettigrew a toute la patinoire pour lui, mais son action s'inscrit dans une parfaite continuité avec celle de son collègue. Sa dénonciation de la doctrine Gérin-Lajoie est en quelque sorte le prolongement à l'extérieur du pays de l'entreprise d'endiguement que la loi (C-20 - ndlr) sur la clarté avait si brillamment amorcée à l'intérieur.
Il ne s'en est d'ailleurs pas caché : son but est d'empêcher un gouvernement souverainiste d'utiliser les tribunes internationales dont il pourrait disposer pour faire mousser son projet. Jacques Parizeau a très bien expliqué comment il comptait s'y prendre pour obtenir la reconnaissance de la communauté internationale si le OUI l'avait emporté en 1995. Mme Gagnon-Tremblay semble croire que la «menace séparatiste, c'est terminé», mais M. Pettigrew n'entend courir aucun risque.
L'hypothèse d'une initiative personnelle du ministre des Affaires étrangères paraît assez improbable. Même s'il a senti le besoin de rehausser sa cote, que les dernières révélations sur ses voyages à l'étranger en compagnie de son chauffeur n'amélioreront en rien, il n'aurait pas pu revenir aussi brutalement sur une promesse faite par le premier ministre Paul Martin lui-même sans son accord.
***
Son attitude intransigeante va directement à l'encontre du programme du PLQ, qui promettait de faire en sorte que le Québec puisse «parler de sa propre voix et participer directement à un plus grand nombre de tribunes, de forums ou d'organismes internationaux».
Depuis quelques mois, chaque occasion d'une nouvelle vexation semble bonne. En juin dernier, à Shanghaï, Mme Gagnon-Tremblay elle-même s'était rebiffée devant le rôle de potiche qu'on voulait lui faire jouer au sein de la délégation canadienne. La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, fait des pieds et des mains, sans grand succès jusqu'à présent, pour qu'on lui fasse une place décente à la conférence de l'OCDE sur les villes, qui aura lieu le mois prochain à Montréal.
Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, n'est pas reconnu pour être un matamore, mais son refus réitéré de laisser le Québec participer au processus de nomination des juges de la Cour suprême s'inscrit également dans la logique du plan B.
L'accord du Lac-Meech prévoyait déjà que trois des neuf juges de ce tribunal soient nommés sur la recommandation du gouvernement du Québec. Dans son programme, le PLQ avait adouci cette demande en proposant qu'en cas d'impasse, on prévoie un mécanisme qui permettrait quand même à Ottawa de combler une vacance.
La perspective qu'un gouvernement souverainiste s'entête à faire entrer des «fanatiques de l'indépendance» à la Cour suprême a sans doute de quoi inquiéter Ottawa. Après un référendum gagnant, on peut facilement imaginer diverses situations dans lesquelles la Cour suprême serait appelée à jouer un rôle déterminant.
Le tollé que les propos du juge en chef de la Cour d'appel du Québec, Michel Robert, ont soulevé au printemps dernier n'a donné qu'un faible aperçu de la crise que provoquerait un refus de nommer un candidat proposé par le gouvernement du Québec en raison de ses convictions souverainistes.
Le documentaire de Radio-Canada Point de rupture a révélé l'état d'impréparation dans lequel se trouvait le gouvernement fédéral à la veille du référendum de 1995. Il faudrait être bien naïf pour ne pas imaginer que, dans tous les ministères fédéraux, on élabore en ce moment des plans pour riposter à un éventuel OUI. Si la menace se précise, les clones de Stéphane Dion pourraient se multiplier.

Radio par satellite : un dangereux précédent
Pierre Trudel : Professeur à la faculté de droit de l'Université de Montréal
Le Devoir vendredi 16 septembre 2005
Libre opinion - Réaction à l'éditorial de Josée Boileau, «Un bon pari» (Le Devoir, 12 septembre 2005)
Votre conclusion au sujet du refus du gouvernement de renverser la décision du CRTC relative aux services de radio par abonnement me paraît quelque peu jovialiste. J'ai hâte de vous lire lorsque d'autres entreprises invoqueront ce malheureux précédent afin de réclamer, au nom d'arguments technologiques et autres «logiques commerciales», une réduction des exigences en teneur canadienne. Au nom de quelle logique devra-t-on alors leur dire non?
Certes, la radio par satellite par abonnement semble promise à une place marginale. C'est bien pour cela qu'il n'aurait pas été dramatique d'en reporter l'implantation! Par contre, l'influence de telles décisions sur les stations de radio conventionnelles et les autres composantes du système de radiodiffusion risque d'être très important à moyen terme.
Le signal que cela envoie est qu'il ne faut pas trop s'en faire avec les exigences de la politique canadienne de radiodiffusion: c'est bon pour les colloques et les conférences diplomatiques, dans la vraie vie, c'est un détail!
Dans ces décisions, le CRTC a imposé des niveaux de contenu canadien et francophone fort éloignés des exigences les plus fondamentales de la Loi sur la radiodiffusion et de celles régissant les radios commerciales qui réclament déjà la mise en place d'un «marché équitable».
Avec ce genre de décision, on est en droit de se demander si les principes de la loi au sujet du recours à des ressources canadiennes signifient quelque chose!
Diversité culturelle de cocktails
En dehors des cocktails de l'UNESCO, la promotion de la diversité des expressions culturelles suppose le maintien d'une capacité canadienne à exercer une influence sur les voies par lesquelles les émissions seront acheminées. Or les décisions visées ici consacrent un modèle de diffusion dont les principaux éléments échappent au contrôle canadien: sauf pour quelques canaux à teneur canadienne, les satellites utilisés sont américains: ils sont programmés aux États-Unis et diffusent des contenus américains.
Le modèle sous-jacent aux services autorisés par le CRTC dans ces décisions revient à ignorer le fait que le Canada est un marché distinct sur le plan des droits de diffusion: tout est envisagé sur une base continentale. Le Canada n'est rien de plus que son poids démographique face aux États-Unis, soit 10 %, et les francophones n'ont droit qu'à 2,5 % des contenus.
Vous invoquez le coût trop élevé d'un satellite pour offrir ces services, que cela forcerait à la «collaboration» avec les Américains. Dans la réalité, le modèle retenu par CSR et Sirius assujettit leur capacité d'offrir des services canadiens aux impératifs des plans d'affaires de leurs partenaires américains: voilà toute perspective pour une collaboration!
Ainsi, même s'il y avait techniquement plus de possibilités d'accroître les espaces disponibles sur les installations satellitaires américaines utilisées, rien n'indique, bien au contraire, que cela se ferait dans le sens d'un accroissement de l'offre de canaux programmés au Canada.
C'est précisément pour prévenir ce type de dérapage fondé sur un déterminisme technologique à courte vue que la Loi sur la radiodiffusion existe: encore faudrait-il avoir le courage de l'appliquer. À défaut, qu'on cesse de nous faire croire qu'on prend au sérieux la diversité culturelle!

Radio par satellite : Coderre sonne la charge contre le CRTC
Raymond Giroux
Le Soleil vendredi 16 septembre 2005
L'ancien ministre réclame une révision totale du mandat de l'organisme, quitte à devoir considérer son abolition
Ottawa - La décision du CRTC d'autoriser la radio par satellite provoque toujours la colère dans les rangs de la députation libérale du Québec, et l'ancien ministre Denis Coderre parle même d'une "profonde crise de conscience" envers cet organisme réglementaire.
Choqué du fait que le CRTC n'a pas accompli son devoir premier de promouvoir l'identité canadienne dans ce dossier, en approuvant un véritable projet de "dumping culturel", M. Coderre en appelle à une révision totale de son mandat qui pourrait même mener à son abolition, le cas échéant.
Ne mâchant pas ses mots en entrevue au SOLEIL, hier, alors qu'il se rendait au caucus des parlementaires québécois du PLC, à Orford, le député de Bourassa croit qu'il "faut reconsidérer tous nos organismes, au plan canadien".
"À la lumière de ce qui s'est passé sur la question de la radio par satellite, dit-il, on doit se questionner sur la pertinence du CRTC et avoir un débat de fond sur nos institutions" culturelles.
Si le débat sur la radio a été réglé par la décision du gouvernement de ne pas retourner le CRTC à ses devoirs, la semaine dernière, il a néanmoins été "l'élément déclencheur" de sa réflexion publique.
"Le rôle d'un tel organisme est de trouver un équilibre entre la sécurité culturelle et la sécurité économique, dit-il. Je me suis battu pour la diversité culturelle et j'approuve l'exemption culturelle de l'ALENA."
"Mais le CRTC vient de définir le contenu canadien dans un contexte nord-américain, et c'est totalement inacceptable, lance M. Coderre. Nous sommes maintenant 10 % de la population, et les francophones ne comptent plus que pour 2,5 %."
"Nous avons créé le CRTC après la Deuxième Guerre mondiale pour ne pas se laisser envahir par les ondes américaines, dit le député. Quel est le changement en 2005 ?"
"C'est au fond un débat sur l'identité canadienne, croit-il, et non un débat réducteur opposant la technologie à la culture alors que les deux doivent être complémentaires."
Autre preuve de la faiblesse du CRTC, ce n'est même pas lui qui a exigé une augmentation du contenu francophone, mais plutôt les demandeurs de licence eux-mêmes qui l'ont offert en constatant les réactions négatives, soutient-il.
"Si eux ont eu cette sensibilité-là, pourquoi le CRTC ne se posait pas cette question dès le début du processus, demande M. Coderre. C'est un problème sérieux quand je dois me fier au secteur privé pour assurer le fait français, et on doit réévaluer la façon d'agir du CRTC. Est-ce de l'insensibilité, de l'incompétence, ou les deux ?" ajoute-t-il.
Le député griffe au passage CBC-Radio-Canada, "qui a fait trois lock-out en cinq ans", car la chaîne publique fait partie d'un des deux consortiums qui ont obtenu des permis, et la société d'État n'a pas songé elle non plus à défendre la diversité culturelle.
"Je suis toutefois d'accord avec l'existence d'un organisme pour régler les cas de liberté d'expression, dit-il. Quand cela va trop loin, on a besoin de paramètres, d'une coordination nationale, on ne peut pas toujours retourner devant la législature."
Si M. Coderre aurait apprécié un délai de six mois avant de prendre la décision finale, le Bloc québécois, de son côté, exige que le fédéral établisse un moratoire sur l'adoption du décret visant la radio satellitaire "jusqu'à ce qu'une étude d'impact soit menée en bonne et due forme".
"Croire que la radio par satellite est un phénomène marginal mineur dont il n'y a pas lieu de s'inquiéter serait nier, à toutes fins utiles, l'histoire de la technologie" , soutient le critique officiel du parti, le député Maka Kotto, dans une lettre envoyée hier à la ministre du Patrimoine, Liza Frulla.
"Nos politiques en matière de radiodiffusion doivent obligatoirement tenir compte de la présence du voisin américain, qui impose sa culture au monde entier, ajoute-t-il. Il est donc essentiel d'avoir des balises afin d'assurer la survie de la musique québécoise sur nos ondes.
"En piétinant sa propre politique canadienne de radiodiffusion, ajoute-t-il, le gouvernement agit au détriment de l'expression culturelle canadienne et québécoise, au détriment de nos valeurs et de cette créativité phénoménale propre aux Québécois, au détriment du milieu artistique."
RGiroux@lesoleil.com

Et maintenant, la frappe nucléaire préventive
Jooneed Khan
La Presse vendredi 16 septembre 2005
AFP; AP; WPost; Seattle Times; GlobalSecurity.org; commondreams.org
Le document, encore inachevé, est daté du 15 mars, mais son existence a été révélée le 11 septembre, jour du quatrième anniversaire des attentats de New York: les États-Unis doivent se réserver le droit de recourir à des frappes nucléaires préventives contre toute menace réelle ou perçue.
" C'est encore un projet qui fait l'objet de consultations entre les services et le Pentagone, et il doit être signé par le général Norton Schwartz ", directeur de l'état-major interarmes, a indiqué la commandante Dawn Cutler, du bureau du général Richard Myers, le chef de l'état-major interarmes.
" Le document, intitulé Doctrine for Joint Nuclear Operations et préparé sous la direction du général Myers, était disponible sur le site Web du Pentagone où un chercheur du Natural Resources Defense Council l'a vu ", a rapporté dimanche le Washington Post.
Les divers scénarios
Arguant qu'il est nécessaire d'adapter la stratégie nucléaire des États-Unis à la doctrine de la guerre préventive de l'administration Bush, le rapport de 69 pages établit divers scénarios pour le recours à l'arme nucléaire de manière préventive:
Contre un ennemi qui utilise ou qui a l'intention d'utiliser des armes de destruction massive contre les États-Unis, leurs alliés, des forces multinationales ou contre des populations civiles;
Face à l'imminence d'une attaque chimique ou biologique que seules des armes nucléaires peuvent détruire;
Pour détruire les arsenaux biologiques et chimiques d'un adversaire, y compris ceux qui sont entreposés dans des bunkers souterrains;
Contre des États soupçonnés d'alimenter des groupes terroristes en armes de destruction massive pour attaquer les États-Unis ou leurs alliés;
Contre des États conventionnels dont les forces représentent une menace écrasante;
Pour précipiter la fin d'une guerre aux conditions des États-Unis ou, simplement, pour " assurer le succès d'opérations états-uniennes et multinationales ".
L'Iran dénonce
La nouvelle était reprise le même jour par les agences de presse, mais sans faire de bruit dans le contexte du 11 septembre et dans la foulée de la catastrophe causée par le cyclone Katrina dans le sud des États-Unis.
À l'ONU, où s'ouvrait en même temps un Sommet extraordinaire réunissant plus de 150 chefs d'État et de gouvernement, le nouveau virage nucléaire états-unien n'a pas fait de vagues. Le président George W. Bush y a même fait une prestation jugée " modeste ", qui contrastait avec ses critiques et ses menaces précédentes.
Mais le secrétaire général Kofi Annan, virulent critique de l'invasion " préventive " de l'Irak, a dit son amertume en qualifiant de " honteux " l'échec des pays membres à s'entendre sur la question brûlante de la prolifération nucléaire.
Le nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad, dont le pays est engagé dans une épreuve de force avec les États-Unis sur la question nucléaire, a carrément dénoncé la nouvelle doctrine nucléaire de Washington, affirmant qu'elle " est en contradiction flagrante avec les fondements de l'ONU et avec la lettre et l'esprit de sa charte ".
Déplorant de son côté l'échec du Sommet sur la réforme de l'ONU, autre sujet brûlant, le premier ministre indien Manmohan Singh a appelé à " la nécessité d'un multilatéralisme réel et agissant et d'un système international fondé sur des règles ".
Le plus important arsenal au monde
Selon un recoupement effectué à partir de diverses sources spécialisées, les États-Unis détiennent le plus important arsenal au monde d'armes nucléaires et de missiles pour les transporter jusqu'à leurs cibles, devant la Russie. Sur les 31 000 ogives déployées ou stockées dans les huit États nucléaires (les autres sont la France, la Grande- Bretagne, la Chine, Israël, l'Inde et le Pakistan), les États-Unis en détiennent près des deux tiers. Le nombre compte moins que la puissance, et les États- Unis mènent aussi dans les domaines de la recherche et du développement d'ogives plus petites et plus puissantes. Ils ont en outre la capacité de lancer des armes nucléaires multiples par des missiles de longue, moyenne et courte portées, ainsi qu'à partir de sous- marins et d'avions. Avec plus de 400 milliards de dollars par an, les États-Unis consacrent autant d'argent que l'ensemble du reste du monde à ses dépenses militaires. La mise en place d'un " bouclier spatial antimissiles " et celui d'une bombe nucléaire capable de frapper des bunkers souterrains sont parmi les projets prioritaires du Pentagone.
