
À surveiller, dans la course du PQ
Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est vendredi 2 septembre 2005
Éditorial - La course à la direction du Parti québécois n'intéresse, en principe, que ses membres. Mais parfois, un événement peut survenir et signifier que toute la population du Québec devrait jeter un coup d'oeil sur ce qui se passe dans ce parti qui, en prenant le pouvoir, doit proposer un projet qui nous concerne tous. Un tel événement vient de se produire.
Le programme du parti "s'en va vers une déclaration unilatérale d'indépendance le lendemain d'un référendum. Je pense que c'est irresponsable." Qui a dit cela? Pas Jean Charest; non, plutôt Louis Bernard, un des très nombreux candidats à la succession de Bernard Landry. L'affirmation est très importante; il faut la regarder de près.
La prochaine élection provinciale sera référendaire, qu'on le veuille ou non. C'est-à-dire que si le PQ renverse les libéraux (comme cela peut se produire si le gouvernement actuel ne s'ouvre pas les yeux), son chef devra annoncer la tenue d'un référendum. À court ou à long terme, peu importe: les militants n'accepteront pas une attente indéfinie, qui dépasserait un terme normal de quatre ans. L'élection du PQ signifiera donc le début de la marche vers le but ultime.
Or, il semblerait que les démarches varieront beaucoup selon les candidats. On devine que certains seraient prêts à immédiatement poser des gestes de souveraineté nationale et internationale face à Ottawa: on n'attend pas de demander l'avis des Québécois, on se lance tout de suite dans l'aventure. D'autres, plus lents, attendront le référendum. Mais sans définir les relations d'un Québec indépendant avec ses partenaires. Ils sont convaincus qu'ils auront le droit de faire une déclaration unilatérale d'indépendance au lendemain d'un référendum gagnant. Réaction de Louis Bernard: "Je pense que les Québécois ne voteront pas pour la souveraineté s'ils ne sont pas rassurés sur ce qui va suivre après le OUI."
Ce qui veut dire que les Québécois ont tous besoin de connaître les "prétentions" des candidats actuellement en lice pour diriger le PQ. Car le projet politique du chef du parti influencera considérablement le vote de tous les électeurs aux élections générales. Ils devront savoir si leur vote pour le PQ les conduit obligatoirement et inexorablement vers la séparation du Québec.
Déjà, on peut dire que le jeu d'une telle élection serait en partie faussé: on ne voterait pas sur la compétence ou la performance d'un gouvernement mais sur le choix d'un pays. Décider d'un tel choix dans l'intention de punir une administration jugée déficiente, c'est changer le sens d'un geste démocratique.
Triste, mais on en est là, au Québec: mis à part un tiers parti qui n'a pas encore réussi à se bâtir une crédibilité, les deux forces politiques en présence n'offrent pas un choix "normal" de vote. Répétons-le: les élections provinciales vont viser beaucoup plus que la qualité de gouvernance des élus. Si on n'aime pas le gouvernement des libéraux, il faudra opter pour l'indépendance...
C'est pourquoi les discours, les engagements, les styles des candidats à la tête du PQ commencent à prendre de l'importance. Il est évident que la position explicite du futur chef quant à l'indépendance va conditionner le vote des Québécois. Pour la simple raison que l'enjeu de la prochaine élection va de beaucoup dépasser celui d'une élection "normale". Les électeurs vont devoir se demander s'ils veulent assez punir les libéraux pour vouloir séparer le Québec du reste du Canada.
À regarder la liste de candidats qui s'allonge, il est évident qu'il va y avoir tout un brassage d'idées au PQ dans les semaines qui suivent. À suivre de près, pour connaître non seulement les personnes, mais aussi le type de proposition qu'ils voudront nous faire, deux ans plus tard.

«Le Canada doit parler d'une seule voix»
Pettigrew relègue aux oubliettes la doctrine Gérin-Lajoie
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 2 septembre 2005
Québec - Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, relègue aux oubliettes la doctrine Gérin-Lajoie, la pierre d'assise des relations internationales du Québec depuis 40 ans, qu'il juge dépassée. En cette ère de mondialisation, il importe plus que jamais que le Canada parle d'une seule voix sur la scène internationale.
«Nous sommes dans une ère de mondialisation. Cette doctrine date de l'ère de l'internationalisation», a affirmé M. Pettigrew au cours d'un point de presse qui a suivi son allocution devant les membres de la Chambre de commerce de Québec.
«On va essayer de trouver une façon de travailler avec le gouvernement du Québec de 2005 vers 2010 et 2020 plutôt que de prendre une doctrine qui a été passée [sic] par un homme pour qui j'ai la plus grande estime [Paul Gérin-Lajoie] mais qui date d'une autre époque», a dit M. Pettigrew.
Cette remise en question de la doctrine Gérin-Lajoie par un ministre des Affaires étrangères du Canada - la première qui soit aussi clairement exprimée de mémoire d'homme - survient au moment où Ottawa vient d'accepter de tenir une rencontre avec Québec pour discuter du rôle accru de la province sur certaines tribunes internationales, comme l'UNESCO. Comme le premier ministre Paul Martin s'y était engagé au printemps, M. Pettigrew et la ministre des Affaires intergouvernementales Lucienne Robillard rencontreront en octobre leurs vis-à-vis québécois, soit la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, et le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, chargé de ces négociations.
Le premier ministre Jean Charest ambitionne d'élargir le rayonnement du Québec à l'étranger en s'appuyant sur la doctrine Gérin-Lajoie. «Ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout», avait-il déclaré dans cette optique l'an dernier. La doctrine Gérin-Lajoie veut que les compétences du Québec se prolongent sur la scène internationale. Le Québec peut ainsi signer des ententes internationales visant ses compétences de façon autonome, sans se soucier de l'imprimatur d'Ottawa. Le Canada n'a pas l'exclusivité des relations internationales, a déjà affirmé M. Charest, une conception reprise par le ministre Pelletier.
Mais hier, Pierre Pettigrew a clairement contredit cette vision des choses. Dans son allocution devant les membres de la Chambre de commerce de Québec, le ministre a abordé la question du «rôle international des provinces». Si une province veut intervenir sur la scène internationale, elle doit le «faire de manière coordonnée et avoir l'appui du gouvernement canadien. Mon ministère, Affaires étrangères Canada, aura donc un mandat de pilier, de pivot central, pour la coordination de l'action et de la planification gouvernementales canadiennes dans les affaires internationales».
«Il est important et même essentiel que le Canada parle d'une seule voix sur la scène internationale», a poursuivi M. Pettigrew. Les provinces et territoires «jouent un rôle important au sein des délégations canadiennes» dans les organisations internationales qui traitent de santé publique, de culture, des droits de la personne, du travail et de l'environnement, a-t-il mentionné.
Pour M. Pettigrew, le Québec possède certaines «expertises» qui pourraient l'amener à s'exprimer sur des tribunes internationales comme l'UNESCO en collaboration avec le Canada. «Il est intéressant que se développe entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec une façon de collaborer où le Québec pourra renforcer la voix canadienne», a-t-il dit.
Le ministre a bon espoir de s'entendre avec Québec. «Soyons clairs: le gouvernement Charest ne veut pas faire la promotion de l'indépendance et veut faire progresser le Québec dans le Canada.» Ce gouvernement n'utilisera pas les tribunes internationales «pour faire des points de politique constitutionnelle ou pour miner la crédibilité du Canada au plan international, comme ç'a été le cas dans le passé», croit M. Pettigrew. Il s'agit donc «d'une occasion historique de renforcer la voix canadienne dans le monde», estime-t-il.
La voix du Québec à l'étranger devra donc se fondre dans celle du Canada. «Les Québécois sont très bien servis par une voix canadienne forte au plan international», a fait valoir M. Pettigrew. Une grande majorité de Québécois sont d'accord avec la politique étrangère du Canada, que ce soit sur la guerre en Irak ou sur le bouclier antimissile, a-t-il souligné, De plus, il est lui-même québécois et ministre des Affaires étrangères, a-t-il rappelé. «Moi, quand je parle, je suis parfaitement conscient de parler également au nom des Québécois.»
Singulièrement, l'argument de la mondialisation est invoqué tant par M. Pettigrew pour justifier que le Canada parle d'une seul voix à l'étranger que par M. Pelletier, qui souhaite que le Québec puisse s'exprimer sur les tribunes internationales. L'internationalisation des années 60 et la mondialisation des années 2000, ce sont des phénomènes très différents, a expliqué M. Pettigrew. Auparavant, ce sont les États qui entretenaient des rapports «inter-nationaux». Or les choses sont beaucoup plus complexes avec la mondialisation: les acteurs ne sont plus seulement des États souverains. «Il y a beaucoup de non-États qui interviennent de toutes sortes de manières», a avancé le ministre fédéral. C'est justement un des arguments avancés par Benoît Pelletier pour défendre la position du Québec.

Pierre Pettigrew a beau dire
- Québec entend renforcer la doctrine Gérin-Lajoie
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 septembre 2005
Québec -- Loin de la croire dépassée, comme le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, l'affirmait jeudi, le gouvernement Charest tient mordicus à la doctrine Gérin-Lajoie et entend renforcer son application dans le contexte de la mondialisation.
C'est par la voix de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, que le gouvernement du Québec a réagi aux propos tenus la veille par Pierre Pettigrew. Le ministre des Affaires étrangères a déclaré lors d'un point de presse à Québec que cette doctrine, qui veut que les compétences du Québec se prolongent sur le plan international, datait d'une autre époque et n'avait plus cours. «Non seulement la doctrine Gérin-Lajoie est toujours d'actualité, mais elle doit être renforcée», a indiqué hier au Devoir Mme Gagnon-Tremblay.
Énoncée la première fois en 1965 par Paul Gérin-Lajoie, alors ministre dans le cabinet de Jean Lesage, cette doctrine, sur laquelle s'appuient les relations internationales du Québec, stipule que le gouvernement fédéral n'a pas l'exclusivité constitutionnelle des relations internationales. Aussi, le Québec peut signer des ententes internationales avec des pays souverains dans des matières touchant ses champs de compétence. «Le Québec n'a pas de permission à demander à Ottawa pour conclure des ententes internationales dans les domaines de sa juridiction», affirmait à l'époque M. Gérin-Lajoie.
Tout en réitérant la position de son gouvernement, Mme Gagnon-Tremblay a tenté de minimiser les divergences de vue entre Ottawa et Québec sur le rôle que peut jouer la province sur la scène internationale. «Je ne suis pas sûr qu'il y ait divergence, a-t-elle dit. Je pense qu'on veut la même chose mais dans des mots différents.» Ce n'est donc qu'une question de mots ? «Non, ce n'est pas juste une question de mots», a-t-elle dit en se reprenant.
En juillet dernier, Ottawa avait exigé que le Québec modifie une entente sur l'adoption internationale avec le Vietnam pour en réduire la portée juridique. Le premier ministre Jean Charest avait refusé d'obtempérer et l'entente, qui rendait possible l'adoption d'enfants vietnamiens par des familles québécoises, n'a pas été conclue. «C'étaient des enfantillages», juge Mme Gagnon-Tremblay. L'important à ses yeux, «c'est que les familles commencent à adopter des enfants».
Il y a deux semaines, Ottawa et Québec sont parvenus à s'entendre. L'entente doit être ratifiée par le Vietnam sous peu. Le Québec a fait des compromis mineurs «sur la forme», a dit la ministre. «Le mot "article" pour désigner les articles de l'entente -- cette désignation fait trop "traité international" pour Ottawa -- a disparu, mais le mot "paragraphe" que voulait imposer le ministère des Affaires étrangères du Canada n'y figure pas. Le compromis : les articles de l'entente ne porteront qu'un titre», a-t-elle relaté.
Les négociations sur le rôle du Québec sur la scène internationale débuteront en octobre. Pierre Pettigrew et Lucienne Robillard, la ministre des Affaires intergouvernementales, auront une première rencontre avec Mme Gagnon-Tremblay et Benoît Pelletier, le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes. Le gouvernement Charest réclame que le Québec obtienne un statut à l'UNESCO semblable à celui de gouvernement participant dont il jouit au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie. Pour les autres organisations internationales dont la vocation touche aux compétences du Québec -- on pense notamment à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et à l'Organisation internationale du travail (OIT), le Québec veut avoir la possibilité d'intervenir au sein de la délégation canadienne. Le Québec veut devenir «un véritable partenaire pour renforcer l'image du Canada», a dit Mme Gagnon-Tremblay.

Let Canada speak with one voice
EDITORIALS
National Post September 2, 2005 Friday
For nearly a year, the federal government has been virtually silent on the issue of broadening Quebec's role on the international stage. So we had hoped that, after last fall's curious flirtation with giving the province clearance to dabble in foreign relations normally reserved for national governments, Paul Martin had come to his senses on the matter. (This dabbling even included federal Heritage Minister Liza Frulla publicly musing about letting her Quebec counterpart represent her at international meetings she was unable to attend.)
Sadly, that does not appear to be the case. This week, Quebec Intergovernmental Affairs Minister Benoit Pelletier revealed to the Ottawa Citizen that Premier Jean Charest received a letter from Mr. Martin this past May assuring him that Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew and Intergovernmental Affairs Minister Lucienne Robillard would sit down with Mr. Pelletier and provincial International Affairs Minister Monique Gagnon-Tremblay to discuss these matters. And while Mr. Pelletier complained this week that Ottawa had done nothing to follow up on the letter, a representative of Mr. Pettigrew subsequently announced that his office had contacted Mr. Pelletier's to set up a meeting.
That Mr. Martin and his ministers have any interest whatsoever in opening this door is baffling. Even in Quebec, it is hardly a matter of pressing demand. Given Quebec governments' history of constantly seeking broader powers and jurisdiction, this is unlikely to buy Ottawa any lasting peace with Quebec City. On the contrary, it threatens to severely undermine Canada's international stature.
For a nation to be well-represented abroad, it must speak with one voice. If Quebec gets its wish to have standing at international negotiations relevant to areas of provincial jurisdiction -- UNESCO, which deals with education and cultural affairs, is one of its preferred examples -- Canada's official position will become incomprehensible on any issue on which the federal government and the province are not in full agreement.
Equally troubling is the message that giving Quebec a role on the global stage which national governments normally perform would send to the other provinces. Presumably, Mr. Martin is not trying to suggest that only Quebec has its own cultural identity, while the rest of the country -- from Newfoundland to British Columbia -- shares a monolithic one. So would every other province, too, eventually be allowed to dabble beyond its jurisdiction by sending delegations to international meetings?
Federal-provincial relations are already complicated enough without Ottawa making more headaches for itself. With all the worthy endeavours for Mr. Martin to undertake heading into this fall's parliamentary sitting, why on earth would he turn his attention to expanding the powers of the Quebec government?

In Véro veritas !
Michèle Bourgon, Professeure de littérature au cégep de l'Outaouais
Le Devoir vendredi 2 septembre 2005
Libre opinion: Paul Cauchon écrivait samedi dernier dans Le Devoir que le changement le plus important de la rentrée télévisuelle est l'abandon des nouvelles de 18h. Une véritable révolution. Le paysage radio-canadien est en mutation. In Véro veritas, pense Mario Clément. In Véro pesetas itou, pense-je... À l'heure où la plupart des gens arrivent à la maison, nous aurons droit à une Véro frétillante, pétulante, sémillante. Foin des nouvelles d'ici et d'ailleurs. D'ailleurs, à quoi bon? C'est sérieux, déprimant.
Véro fera-t-elle fureur ? Hélas... probablement. Non pas que la jeune dame ne possède pas bien son métier, mais j'aimais bien prendre des nouvelles de la planète en rentrant chez moi. C'est une question de case horaire.
Je peux toujours me rabattre sur une autre chaîne mais, souvent, la qualité de la langue utilisée me décourage. Il y a deux semaines, un journaliste parlait des «hypnoptiseurs» (sic)... Je n'aime pas ça, moi, être «hypnoptisée».
On doit pourtant être à la veille de faire lire et commenter les nouvelles par Janette. Non pas que Mme Bertrand soit idiote et inculte, loin de là, mais elle n'y occuperait pas le bon créneau.
Les Nadeau, Saint-Pierre, Viroli, Galipeau, Poirier et les autres, vont-elles devoir se recycler dans les variétés ? Jean-François Lépine a-t-il intérêt à prendre des cours de claquettes ? Là est la question.
Les variéto-actualités
Oui, depuis au moins deux années, une révolution s'opère dans le domaine télévisuel. Révolution d'abord amorcée par les émissions de télé-réalité. Là, on en est aux variéto-actualités.
«On veut pas le sawoère, on veut le woère», dixit Deschamps, jadis. Depuis, les présentateurs météo tiennent courageusement leur parapluie d'une main et leur micro de l'autre pour nous prouver que c'est bien vrai qu'il pleut. Les journalistes attendent à la porte de leur foyer des parents éplorés par la mort de leur enfant pour qu'on voie que c'est bien vrai qu'ils ont une peine effrayante. Effrayant ! Effarant !
Une autre façon de traiter l'actualité est apparue. Certains artistes sont devenus des figures de proue de la Vérité. Guy A. Lepage est l'incarnation de ce phénomène. Provocateur de première, grande gueule. Deux critères maintenant essentiels pour travailler à la télévision. Jean Charest a compris l'énorme capital politique qu'il y avait à participer à une telle émission.
Va-t-il y régler les négos en direct ? Annoncer des élections ? Non. Il va paraître et vendre une image. Guy A. va l'écorcher un peu, mais le premier ministre a tout à y gagner, rien à y perdre. M. Clément, dans sa chaumière, doit s'en taper les cuisses. Guy A. doit s'en frotter les mains. Il ouvrira peut-être un dom Pérignon, qui sait ?
À 16h, trois drôles de dames dans La Fosse aux lionnes commenteront l'actualité et la culture à leur façon. Une répétition de L'enfer, c'est nous autres ? Les verra-t-on interviewer le juge Gomery dans son bain-tourbillon personnel ou encore suivre en Harley pétaradante l'entraînement de Lance Armstrong ? On verra. Il ne nous manquera plus que Bernard Derome façon Naked News...
Jadis, à 16h, c'était Bobino. L'heure où les enfants arrivent de l'école ou de la garderie. Qu'est-ce que Radio-Canada offre aux enfants ? C'est vrai qu'il n'y en a plus beaucoup, des enfants...
Ailleurs, Stéphane Gendron, le maire d'Huntingdon, aura aussi son émission. Pourquoi ? Parce qu'il a une grande gueule et qu'il sait provoquer. Le doc Mailloux est partout ? Pourquoi ? A-t-il plus de connaissances que les autres psys ? Non, lui aussi a une grande gueule et sait provoquer. En plus, il a un animus-animé... tout comme Jean-Luc Mongrain.
Le traitement et la présentation de l'actualité prennent une étrange tournure. On ne veut plus être informé, on veut être diverti, provoqué. N'y a-t-il pas un grand danger à imposer à la société un tel théâtre de variétés ?
La télévision vit sa révolution tranquille, mais si c'est vrai qu'elle est le nouvel opium du peuple, on va tous passer l'année ben gelés.

Télévision - Guerre d'écoute en vue!
Paul Cauchon
Le Devoir samedi 27 et dimanche 28 août 2005
On ne s'ennuie jamais dans le merveilleux monde de la télévision. La majorité des employés de Radio-Canada sont en lock-out et la télé française attend un nouveau patron, pendant qu'à Télé-Québec on se prépare à accueillir une nouvelle patronne, Michèle Fortin.
Mais pour le grand public, une seule question essentielle : que regarder le dimanche soir ? Tout le monde en parle, l'émission-vedette de l'année dernière, ou Star Académie 3, la nouvelle édition de l'émission la plus populaire des cinq dernières années, qui viendra hanter cet automne Guy A. Lepage ? Grosse guerre d'écoute en vue.
Radio-Canada : du direct de 16h à 19h
Les employés de l'ensemble du télédiffuseur public sont actuellement en lock-out, à l'exception de ceux du Québec et des Maritimes, dans un conflit qui risque de pourrir et qui pourrait potentiellement s'étendre au réseau français l'année prochaine. C'est donc un télédiffuseur sous forte houle qui entreprend sa nouvelle saison.
En fait, même si le conflit se réglait rapidement, Radio-Canada continuerait à faire la manchette cet automne, car à certaines heures de la journée vous aurez de la difficulté à reconnaître la chaîne publique. Les changements sont assez spectaculaires, fruit des cogitations du directeur des programmes Mario Clément.
Ainsi, on comptera deux nouveaux magazines le matin, respectivement présentés par Élaine Ayotte et France Castel. De plus, Radio-Canada reprend le flambeau du sport tous les soirs à 23h, avec un nouveau magazine sportif présenté par Mario Langlois (contre le 110% de TQS).
Mais le changement le plus important est l'abandon des nouvelles de 18h, une véritable révolution. La soirée commence carrément à 16h avec La Fosse aux lionnes, magazine d'actualités et de culture, suivi du Montréal ce soir à 17h, et enfin, à 18h, d'un nouveau show de variétés présenté par Véronique Cloutier. L'idée consiste à créer un grand bloc en direct autour du souper.
Vous trouvez que ça commence à faire pas mal de magazines de variétés ? Radio-Canada lancera également de nouveaux magazines hebdomadaires animés successivement par Patrice L'Écuyer, Normand Brathwaite et Réal Béland. Sans parler du retour de Janette Bertrand le vendredi soir dans une série d'entrevues.
Quant aux fictions, la télévision publique dose savamment valeurs sûres et nouveautés. De nouveaux épisodes de Rumeurs, de L'Auberge du chien noir, de Providence, de Cover Girl, de Smash, et l'arrivée de deux nouvelles séries, Au nom de la loi, un suspense psychologique de Michèle Allen, et Les Invincibles, série sur les trentenaires qui semble très proche de L'Horloge biologique. En attendant la dernière saison des Bougon cet hiver.
TVA : le pari Star Académie et les nouvelles prolongées
L'automne de TVA porte un nom : Star Académie. Pour la troisième fois. Et la dernière ? Plusieurs doutaient du succès de la deuxième édition de Star Académie il y a un an et demi. Star Académie 2 n'a pas créé la même frénésie médiatique que le premier (et on ne peut pas dire que ses participants se sont particulièrement distingués... ), mais les cotes d'écoute furent supérieures à la première mouture.
Alors ? Alors Quebecor mettra encore une fois sa redoutable machine promotionnelle derrière l'émission, les unes des magazines artistiques se chargeront de rappeler à nos mémoires tous les participants et TVA prolongera la vie de ces mêmes participants avec Demandes spéciales.
Pour le reste, TVA a toujours un beau problème à gérer : ses émissions marchent très bien, et on serait fou de défaire une formule gagnante. Au moment de mettre sous presse, il y avait peu de réelles nouveautés cet automne (mais il y aura plus de nouveautés cet hiver, comme à toutes les chaînes d'ailleurs), et TVA a appris à étaler ses productions sur une plus longue période. Au printemps dernier, le succès d'un titre comme Nos étés a prouvé que la saison de télévision ne s'arrêtait plus au mois de mars.
Notons quand même une nouvelle émission d'entrevues avec Claire Lamarche le vendredi soir, et l'arrivée de La Promesse, un nouveau téléroman de Danielle Trottier, l'auteure de Emma. Notons surtout que le bulletin d'information de 22h est prolongé de 30 minutes, TVA abandonnant le traditionnel talk-show de fin de soirée.
TQS : débats et télé-réalité
La deuxième chaîne privée est déterminée à ne plus faire du surplace. Et pour ce faire elle veut pousser encore plus loin son concept de nouvelles commentées et de débats.
Jean-Luc Mongrain a ébranlé il y a quelques années la domination de TVA sur l'heure du souper avec son émission qui mélangeait information, affaires publiques et commentaires personnalisés. Puis la chaîne a découvert les vertus des débats (certains diront de la foire d'empoigne), débats sportifs à 110% mais également débats dans le cadre du Grand journal de fin de soirée.
Alors cet automne ça déferle : Gilles Proulx et Stéphane Gendron se prendront aux cheveux pendant une heure tous les matins, et sur l'heure du midi Benoît Dutrizac pourra éditorialiser au Grand journal d'Isabelle Vachon. Le soir, Isabelle Maréchal nous abreuvera de ses commentaires personnalisés dans le cadre du Grand journal présenté par Martin Robert. On peut en rire, on peut s'en plaindre, il reste que cette refonte du téléjournal traditionnel effectuée par TQS finit par secouer tous les autres réseaux.
Par ailleurs, tout en maintenant les grands éléments de sa grille-horaire, TQS brandit le flambeau de la télé-réalité en proposant cet automne une version québécoise de The Bachelor et cet hiver une deuxième mouture de Loft Story.
Télé-Québec : passer à travers l'orage
À Télé-Québec, les fonds sont rares et on s'accroche aux succès actuels pour traverser l'orage. Car orage il y a. La p.-d.g. Paule Beaugrand-Champagne a été «démissionnée» ce printemps, rapidement remplacée par Michèle Fortin, ancienne patronne de Radio-Canada, qui a la lourde tâche de disposer du rapport Bédard. Ce groupe de travail propose d'abandonner les productions maison pour tout confier au privé, ce qui permettrait, selon ses prétentions, de réinjecter des fonds dans la programmation mais en se séparant d'une bonne centaine d'employés. De sérieux maux de tête pour Mme Fortin.
L'automne de Télé-Québec sera donc axé sur l'avenir de la chaîne elle-même (quoique ni le gouvernement actuel ni le rapport Bédard ne remettent en question l'existence d'une télévision éducative et culturelle publique en soi). On risque de moins parler de programmation. C'est dommage. Parce que la programmation de Télé-Québec comporte de véritables bijoux, les documentaires par exemple, et on attend avec impatience les nouveaux épisodes de la série La Boîte noire.
Tout en s'appuyant sur ses titres forts (À la di Stasio, Belle et Bum, Ramdam... ), Télé-Québec apporte quand même quelques modifications. Marie-France Bazzo prend de l'expansion, puisque son émission comportera maintenant 90 minutes. Les Citadins du rebut global risque d'être fort suivie. Anne-Marie Dussault proposera une fois par mois un grand débat. Et tout le monde se demande quelle sera la dynamique entre les animateurs des Francs-tireurs, Richard Martineau et Patrick Lagacé.
Partout à la télé les nouveautés de l'hiver prochain sont tellement abondantes (Stéphan Bureau dans trois émissions sur deux réseaux, une nouvelle série de Fabienne Larouche, la série dramatique sur René Lévesque, Le Fric show avec Marc Labrèche, et ainsi de suite) que nous y reviendrons avec un autre texte en janvier.
En attendant, aux États-Unis, de récentes analyses économiques prédisent que les sorties des consommateurs seront en diminution cet automne, à cause de l'augmentation du prix du pétrole et de la crise économique qui se profile. L'activité qui devrait profiter le plus de cette baisse ? La télé, évidemment. La même chose ici ?

Canada needs a new deal for the modern age
DALTON MCGUINTY, Freelance
The Gazette September 2, 2005 Friday
Ontario Premier says Canadians need to rethink the nation's financial arrangements
How do we build a stronger Canada for all Canadians?
How can we help Canadians compete and win in the rapidly changing world of the 21st century?
And how can we ensure their governments are equipped to speak to their aspirations for themselves, their families and their country?
These questions lie at the heart of the debate that's raging over Canada's fiscal architecture - whether the topic at hand is the $23-billion gap between what Ontario contributes to the federation and what it gets back in services, or the difference in the financial capacity of provinces, or the fiscal imbalance between the federal government and the provinces.
And yet the search for long-term solutions to these questions is often lost in the politics of the moment, the heat of the debate, or the emotional impact of that day's headline.
I am writing today to put forward a proposal to remedy this situation, motivated by what I feel is the desire of Ontarians and all Canadians to invoke a thoughtful process, one that will do justice to the complexity of the issues and our shared obligation to one another, one that will look at the big picture.
It is time for a Canadian commission to examine Canada's fiscal architecture.
Like my fellow premiers, I believe passionately in Canada. I believe in federalism. But I am equally convinced that the fiscal arrangements designed to support it are terribly outmoded and in need of significant reform.
Ontario's issue with the $23-billion gap is just one example. Quebec has made an eloquent case for addressing the fiscal imbalance. Newfoundland and Saskatchewan have argued for more favourable treatment of their energy resources. Each province and territory has a real financial issue related to its relationship with the federal government.
My proposal for a commission would not preclude immediate remedial action to address these issues. The excellent work being done by the Council of the Federation's panel on the fiscal imbalance, the federal panel on equalization, and the ongoing bilateral discussions between governments, should and must continue.
But a commission would provide a broader forum - one designed to modernize our fiscal arrangements to ensure they best serve Canadians in the 21st century. Only a commission will look at the big picture over the long term.
We have reached this point before. In 1937, after we had outgrown the financial architecture built during the confederation period, Prime Minister Mackenzie King charged the Rowell-Sirois Commission to "re-examine the economic and financial basis of confederation and of the distribution of legislative powers in light of the social and economic developments of the last 70 years."
Well, another 70 years have passed and much has changed. In 1937, half of the country was rural, immigration was insignificant and tariff barriers hemmed in our economy from east to west. Today, more than
80 per cent of the country is urban, immigration is responsible for the lion's share of our population growth, our current economic activity runs north-south, and our greatest economic potential might lie in emerging economies beyond our continent. It is time to create fiscal arrangements that help Canadians compete and thrive in this new reality.
While the commission does its long-term work, Ontario would certainly continue to campaign on the $23-billion gap.
Far from abandoning Ontario's traditional role in Confederation, we believe the gap needs to be reduced so we can play that role with renewed vigour.
Far from being reluctant to share the wealth with our fellow Canadians, we want the gap reduced so we can afford to invest in the services, such as higher education, that help create the wealth in the first place.
And far from being jealous of the increased strength of other provinces, including Alberta, we simply want to keep more of our own wealth here in Ontario, so we can strengthen our country by strengthening our province.
Ontarians want a stronger Canada for all Canadians - and that's why I'm putting forward this proposal.

Alberta can save us all
Todd Hirsch
The Globe and Mail Friday, September 2, 2005
Don't even think about another national energy program. The province's wealth is not the 'elephant in the room,' says TODD HIRSCH
Fireworks and birthday cake marked the 100th anniversary of Alberta yesterday. It was a chance to celebrate a century of a great province in a great country.
But this year marks another milestone in Alberta -- one that will not be marked with cake or parties: the 25th anniversary of the despised national energy program, a set of policies conceived by the Trudeau government to address soaring energy prices and the growing imbalance of resource wealth among the country's regions.
Sound familiar? Fast forward to 2005. As Albertans dance under the fireworks of their 100th year in Confederation, the national news headlines moan and groan: Oil hits $70 (U.S.); hurricane Katrina drives up gasoline prices; Ontario fears "have-not" status; Alberta debt-free, surplus to run into the billions; expert says Alberta will have to share its wealth.
It is eerie that Alberta's projected surplus is precisely the size of Ontario's projected deficit -- $2.8-billion. Of course, the $2.8-billion surplus in Alberta is the government's laughably low official forecast. Assuming that the bottom doesn't fall out of oil and gas prices -- which is always possible -- the surplus will be much higher.
All of these events point ominously toward disaster. Could Ottawa really be contemplating another raid on Alberta's riches? Is Ontario Premier Dalton McGuinty correct in calling Alberta's surplus the "elephant in the room?" Should we listen to the Timmins, Ont., city councillor who's called on Ottawa to reactivate the NEP?
For Alberta, another national energy program would be the equivalent of Central Canada's watching Ottawa close down every auto plant from Windsor to Quebec City. So hated is the NEP in Alberta that it has become entrenched in the province's psyche, an epic chapter of biblical proportions in its 100-year history. And while support for Alberta's secession from Canada is still quite low, the embers are hot. A NEP redux would be a litre of gasoline (even at $1.25 a litre) thrown on the smouldering anger of Albertans.
There are other ways to solve the dual problems of an impending energy crisis and a crisis of national unity. Over the course of this fall, the Canada West Foundation will explore creative ideas for managing Alberta's resource wealth. These ideas require uncommon political leadership -- not from Ottawa, but from Alberta.
For example, instead of painting a target on itself and waiting for another NEP, Alberta could initiate its own program -- call it the Western Energy Accord -- to partner with the other three western provinces. The idea would be to create a dedicated pool of energy revenue for strategic investment in energy resources throughout the West. This would increase the supply of energy for markets in Central Canada, the United States and around the world.
The catch is that this accord would not be limited to Alberta's oil and gas. It must include all of Western Canada's energy resources -- Manitoba's vast hydro power, Saskatchewan's powerhouse uranium deposits, B.C.'s coal and (yet to be developed) offshore oil, Arctic gas, coal-bed methane, wind energy -- the list of energy resources in the West goes on and on.
Through the accord, a portion of the cash derived from energy resources would be pooled and redistributed among the western provinces for investment in major energy projects. The concept is to broaden and expand energy production throughout the West to help meet national demand.
For example, a portion of Alberta's oil sands royalty money could help finance the construction of the Conawapa hydro dam in northern Manitoba, including the billions required for transmission lines to Ontario. This could go a long way to help meet Ontario's soaring demand for electricity.
A portion of the hydro revenues from Manitoba could then be funnelled back to Alberta to fund research and development in coal-bed methane. Revenue from southeastern B.C.'s coal deposits could help Saskatchewan invest in wind-power research or enhanced crude-oil recovery techniques. Energy revenue from Saskatchewan, in turn, would help fund energy projects elsewhere in the West, and so on.
The agreement should also see major investments in research and development in fledgling energy industries such as wind, solar, tidal, biomass, and hydrogen-cell energy. They may not all be economically viable today, but they are likely to be some day. Alberta and the West have a chance to be world leaders in clean, renewable energy research.
In the short run, Alberta would certainly be the primary contributor to the revenue pool. But, in the long run, it has the most to gain. The province is blessed with massive hydrocarbon resources, and prices are currently high. But the party cannot last forever. By forging an energy accord that includes all of Western Canada's energy resources -- many of which are clean and renewable -- Alberta would greatly strengthen its own long-term energy position.
Alberta has some pretty good cards in its hand at the moment. Spearheading this idea would show goodwill to its neighbouring provinces, hopefully abort any potential NEP from Ottawa, and provide Ontario with massive new amounts of hydro-electricity and other energy sources. It's a win-win solution based on long-term vision and co-operation.
Energy resources will continue to create wealth for Albertans. Other western provinces will develop their own resources. New sources of energy will be developed. Central Canada will gain access to greatly increased energy capacity. Confederation will be strengthened. And it will start with Alberta.
Todd Hirsch is chief economist at the Calgary-based Canada West Foundation.

You can’t swat allegations
Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday August 25, 2005
Ah, Georgian Bay. Wonderful place to unwind and make a resourceful attempt at inner peace, if only for a few days. Oh, and make countless flesh offerings to the Deer-Fly Gods. These things never seem content just to eat you alive; they have to start by driving you insane first by flying in endless circles around your head. How I wish the ghastly beasts didn’t exist.
At this juncture I am inclined to make a connection between these pesky insects and the weeks of nonsense we’ve just had over Michaëlle Jean’s secret thoughts and voting pattern. I was hoping to come back from the cottage to find my newspapers discussing something of superior importance, like the prohibitive costs of school supplies and why it is that iPods should be considered part of same anyway.
No such luck. And though, when I left for the distant wilderness I was quite determined not to comment on the affair further and launch myself straight into Jean Charest’s fall-season troubles, thanks to Jacques Parizeau and Brian Mulroney I changed my mind.
No, wait! Don’t go away; you’ll see, it all makes sense.
I was taking advantage of our little electricity-deprived retreat at the lake to get some reading done, including the third tome of Pierre Duchesne’s magisterial biography of former Quebec premier Parizeau. I’d had it in my to-read pile since the spring of 2004 (I had rushed out to buy my copy in order to scan a few juicy details after its release created a major ado, then filed it on the highest shelf in my study). Perusing it last week, my eyes fell on a tidbit I had noted earlier and promptly forgotten: On page 82, there’s Mr. Parizeau claiming former prime minister Mulroney offered him a Senate seat in 1987 – Mr. Mulroney could see Mr. Parizeau was about to make a political comeback and, Mr. Parizeau’s story goes, tried to prevent it by filing the legendary separatist on the highest shelf in Parliament. (Mr. Parizeau says he turned down the offer.)
Serious Googling ensued when I got back home. To my surprise, I found most people had followed my example and clean forgotten this revelation. I could not find anything resembling a denial from any of Mr. Mulroney’s entourage and I have no idea whether the story is true. All we have, as far as I know, is Mr. Parizeau’s word. But ask yourself this: Wouldn’t it be just like Brian Mulroney to appoint a clear-cut secessionist to the Senate? Dashed tempting to let forth a heartfelt “Yeah!” to that one, uh?
See, that’s how we get into a nasty procès d’intention, in which people are presumed guilty of some nefarious deeds based on little more than some guy’s say-so and our belief that it’s just the sort of thing they would do because they’re the sort of person who would do just that sort of thing. Round and round and round we go, dissecting every syllable and dismissing denials as predictable attempts to hide the skeleton in the closet – or bookcase. I understand why most Canadians don’t want a separatist in Rideau Hall. Neither do I. But golly, how much is it going to take to be satisfied of Ms. Jean’s loyalty to this country?
For some, the episode is scandalous enough that making a fool of oneself trying to alarm the Queen seems warranted. Memo to Pierre Poilievre: Her Majesty knows all about the affair, and does not appear to mind. You can stop pestering her staff.
For others, including myself, there isn’t really all that much to be worried about. Ms. Jean’s short statement seems clear enough. Her taking the job, in and of itself, is also a pretty good indication (keep in mind that it will cost her big time in Quebec’s intellectual circles – she is now marked as a pro-monarchy federalist and they will not welcome her back once her term is up). So what if she raised her glass to independence in the early 1990s? Then-Liberal premier Robert Bourassa was considering holding a referendum on sovereignty back then. In this context, which admittedly looks funny seen from Lethbridge, Michaëlle Jean’s alleged past behaviour doesn’t exactly stand out.
Besides, can’t a girl change her mind? Isn’t that what you want Quebecers to do, especially those who voted Yes in either referendum? So do I. We could then move on to some topics that have nothing to do with national unity like, oh I don’t know, finding a way to eradicate deer flies from the face of the earth. Or at least the face of the vacationing scribe.

Call it for the fall, Jean
Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday September 1, 2005
If I were advising Jean Charest, I’d tell him to go for an early election this fall – or the spring, at the very latest.
For a few days last month, it looked like it might happen. On August 9, Montreal Gazette columnist Don MacPherson ran a piece saying the premier “has begun to lay the groundwork for a possible fall election.” Why? So “voters would be asked to decide who’s in charge in Quebec: the government or the unions. And they would be asked to give the government a mandate to impose a settlement that is all that the government, and they, can afford.”
Ah, finally, a smart move on Mr. Charest’s part. That’s what I thought when I read the column (although to be absolutely honest, my very first reaction was “drat, Don beat me to it”). I know, the British Conservatives called a “who governs the country” election against militant unions in 1974 and lost. But stay with me.
The obvious advantage of having an election nowish, as opposed to late 2007 or early 2008, is that if Mr. Charest won, he would avoid being unceremoniously booted from the leadership by his increasingly disgruntled party. Unfortunately, the premier’s office denied he was contemplating such a scenario. Mr. Charest, while in Calgary for a premiers’ meeting, even said “there has never been a question of calling elections.” It doesn’t happen much, but in this case I sure hope he was fibbing; the option should certainly have been discussed. Not only that, but I believe Mr. Charest should do it. He’s got nothing to lose, and a little something to gain.
I realize it may look like a risky gamble. But consider the alternatives: First, remaining in power without an election and second calling an election and losing.
As to the first, the public-sector unions never took to Mr. Charest. They have been waging an open campaign against him personally as well as his policies pretty much since day one. Most of the province’s 500,000 public-sector employees have been in a contract-renewal dispute with their employer for the last two years, seeking concessions the government claims it can’t afford.
According to a June editorial in Le Devoir (not exactly a hot-bed of anti-unionism), Quebec’s public employees already cost about $25 billion a year in salaries and benefits. The government has made an offer that would cost another $8 billion over six years, whereas Le Devoir estimates the price tag on the unions’ demands at about $27 billion over the same period.
Mr. Charest recently asked public employees to “be reasonable” and think about private-sector workers who don’t have job security and must deal with international competition. Union representatives declared themselves insulted by such a request.
You can see where this is going. Already, the back-to-school season has been disrupted by rotating strikes, and union leaders are promising more, in what they call un automne chaud, or a hot fall season. If history is any guide, eventually the government will legislate them back to work, and of course the unions will use this “affront” to justify yet more street protests and other public manifestations of unhappiness.
So weeks, perhaps months of disruptions in schools, day-care centres and other public services, a legislated settlement that isn’t free, and then more union troubles down the road. Geez, what a deal. Who do you think Quebecers will blame? Jean Charest, of course. And not without reason.
For he could try something new and daring instead of what everybody has done without success before him: Launch an early election asking Quebecers to decide. Make it clear that if they vote with the unions, they’ll have to make sacrifices elsewhere or see their taxes rise sharply. If Quebecers chose to change the historical pattern and send the unions packing, then it’d be tough for them to keep protesting against the clearly-expressed will of the people.
If Quebecers choose to pay up, Mr. Charest wouldn’t lose anything but a program of “re-engineering” the state which he pretty much gave up 18 months ago anyway. He might lose, but given the futility and misery that awaits him if he clings to office without a fresh mandate, and the minimal likelihood of his achieving anything worth sacrificing two more years of his life, he’d probably be happier anyway. And remember: The union “victory” in Britain in 1974 was followed, after five years of economic decay, by the victory of Margaret Thatcher.
Pessimistic scenario: Jean Charest is personally better off than he is today. Optimistic scenario? He is personally and politically better off. Time for a call in the fall, mesays.

Essais québécois - Grosse saison pour les essais québécois
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 27 et dimanche 28 août 2005
Grosse, grosse saison à venir, d'ici Noël, tant en qualité qu'en quantité, dans le domaine de l'essai québécois. Voici donc un aperçu, forcément fragmentaire, des plaisirs et des chocs à venir pour les amateurs de prose d'idée nationale.
Politique et société
Au Boréal, on sort les gros canons de la chronique en publiant trois recueils attendus. D'abord, celui de François Ricard, Chroniques d'un temps loufoque, qui radiographie l'époque à partir d'un regard littéraire. Ensuite, celui de Christian Rioux, Carnets d'Amérique, qui présente une vision personnelle des États-Unis. Enfin, celui de Serge Bouchard, Les corneilles ne sont pas les épouses des corbeaux, qui met l'anthropologie au service d'une sagesse pour aujourd'hui. Chez VLB, c'est Denise Bombardier qui, dans Sans complaisance, reprend ses chroniques du Devoir pour critiquer nos travers.
Nouvelles venues dans le monde de l'édition québécois, les Éditions Sisyphe lanceront trois petits ouvrages à saveur féministe : La Sexualisation précoce des filles, du trio Bouchard, Bouchard et Boily, Prostitution - Perspectives féministes, d'Élaine Audet, et Des tribunaux islamiques au Canada ?, signé par un collectif de cinq femmes dont Élaine Audet et Fatima Houda-Pépin.
Chez Varia, on publiera, entre autres, L'Économique de la santé et l'État providence, de Gérard Bélanger, et Babel Québec, une réflexion sur la démocratie, la citoyenneté et le mode de scrutin menée par Marc Brière. Chez Bayard, Point de rupture, un collectif dirigé par Mario Cardinal, reviendra sur le référendum de 1995. Aux Intouchables, on fera dans le pamphlet avec Le Référendum volé, de Robin Philpot, Les Québécois au volant, c'est mortel, de Richard Bergeron, et We are Québécois when ça nous arrange, un brûlot de l'indépendantiste Patrick Bourgeois contre certains Québécois célèbres qui se servent de leur identité composite pour jouer sur deux tableaux. Un débat acrimonieux, voire disgracieux, en perspective.
Chez Lanctôt, une maison récemment acquise par Les Intouchables, un seul titre : Futur imparfait, de l'historien militaire canadien Gwynne Dyer, qui annonce une troisième guerre mondiale si les États-Unis ne perdent pas la guerre en Irak ! Dans un style plus mesuré, on attend, chez Athéna, Diplomaties en guerre - Sept États face à la crise irakienne, un collectif dirigé par Alex MacLeod et David Morin.
Aux Éditions Écosociété, un titre à retenir : Repenser l'action politique de gauche, du philosophe et militant Pierre Mouterde. Chez Trécarré, Joseph Heath et Andrew Potter explorent le même terrain en publiant Révolte consommée, une critique de l'idéologie rebelle. Chez Lux, deux titres militants : Éducation et liberté, une anthologie de textes anarchistes sur l'éducation réalisée par Normand Baillargeon, et George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984, de Louis Gill.
Aux Éditions Québec Amérique, Ginette Pelland lancera L'Homophobie, un comportement hétérosexuel contre nature et Marie-Éva de Villers nous offrira Le Vif Désir de durer - Illustration de la norme réelle du français québécois. Toujours dans le domaine de la sociolinguistique, au Boréal, Mark Abley publiera Spoken there - Voyage parmi les langues menacées et Jean Paré s'amusera de nos tics langagiers dans un Petit dico de travers.
Enfin, aux Éditions L'Interligne, Antonio D'Alfonso livrera ses réflexions sur l'ethnicité dans En italiques et, aux Éditions Logiques, le journaliste sportif Robert Froisy signera Dope Story.
Philosophie
Fidèles au poste, les Éditions Liber annoncent plusieurs titres dans ce domaine dont Introduction à la lecture de Jean-Paul Sartre, de Jacques Marchand, Une petite fin du monde - Carnet devant la mort, du regretté Laurent-Michel Vacher, La Conversion du regard, de Pierre Bertrand, et Comenius - Combattre la pauvreté par l'éducation de tous, de Jean Bédard.
Aux PUM, on attend Condamner à mort, une réflexion sur la peine de mort menée par Catherine Mavrikakis. Chez Nota bene, la mort est aussi au coeur de l'essai du psychologue Nicolas Lévesque intitulé Le Deuil impossible nécessaire. Chez Triptyque, le psychiatre Marc-Alain Wolf fait paraître Dialogue avec le sujet psychotique. Pierre Vadeboncoeur, chez Fides, explorera la réalité de la foi dans Croyance et incroyance - Ce que les yeux ne voient pas.
Littérature
Trois titres sont attendus aux Éditions Nota bene : Que faire de la littérature - L'exemple de Hermann Broch, de Jacques Pelletier, Écrire à bout portant - Les lettres de Gaston Miron à Claude Haeffely (1954-1965), de Mariloue Sainte Marie, et La Littérature par elle-même, un collectif d'écrivains sur l'avenir de la littérature québécoise dirigé par Catherine Morency.
Chez VLB, trois titres enrichiront la collection «Le soi et l'autre» : Objets du monde, de Louise Warren, L'Esprit migrateur - Essai sur le non-sens commun, de Pierre Ouellet, et Le Chant des paroxysmes, de Marcel Moreau. Chez Fides, Roch Côté signe Anton Tchekhov - Une vie illustrée.
Trois vétérans de la critique littéraire publieront aussi des ouvrages attendus : Noël Audet, chez XYZ, nous offrira une édition mise à jour de son Écrire de la fiction au Québec, Laurent Mailhot, aux PUM, partagera avec nous les Plaisirs de la prose et François Charron, aux Herbes Rouges, explorera La Part incertaine -- poésie et expérience intérieure chez de Saint-Denys Garneau.
Retenons, enfin, trois livres d'entretiens : Rencontres et entretiens avec Gabrielle Roy, au Boréal, Entretiens avec Naïm Kattan, de Sophie Jama, chez Liber, et Mordecai Richler, le franc-tireur, de Michael Posner, chez XYZ.
Biographies
En ce domaine, c'est l'avalanche. Au Boréal, on attend Edmond de Nevers, par Jean-Philippe Warren, La Vie ouverte, une biographie du journaliste culturel Maurice Tourigny par Hélène de Billy, et Rebelle sans frontières, le récit de la vie de Marc Vachon, un délinquant devenu logisticien de choc pour Médecins sans frontières, par François Bugingo.
Chez Stanké, deux titres : Jacques Demers en toutes lettres, de Mario Leclerc, et Oliver Jones, le musicien et l'homme, de Marthe Sansregret. Chez Libre Expression, trois titres populaires aussi : Rock ma vie, une autobiographie de Pierre Harel, Hé, boule de gomme ! S'rais-tu dev'nu un homme, un album de Sophie Durocher consacré à Jean-Pierre Ferland, et la biographie de Nathalie Simard par Michel Vastel.
Dans le registre historique, on attend, chez Septentrion, Le Soldat Stanislas Tougas, une biographie de ce membre fondateur du 22e bataillon par Rémi Tougas, et Marie-Catherine Peuvret - Veuve et seigneuresse en Nouvelle-France, 1667-1739, de Benoît Grenier.
Chez Varia, Richard Foisy poursuivra sa biographie d'Émile Coderre avec Jean Narrache et son double, pendant que, chez XYZ, Pierre Couture racontera Guillaume Couture, le roturier bâtisseur.
Chez Écosociété, Serge Mongeau se racontera lui-même dans Non, je n'accepte pas, le premier tome de son autobiographie. Max et Monique Nemni, eux, aux Éditions de l'Homme, feront l'éloge de Trudeau, fils du Québec, père du Canada - À la recherche de la vérité. Chez Fides, le même homme sera au coeur de deux projets : Pierre Elliott Trudeau - L'intellectuel et le politique, d'André Burelle, et Pierre Trudeau par ceux qui l'ont connu, sous la direction de Nancy Southam. Enfin, au Boréal, Pierre Godin, avec L'Homme brisé, mettra le point final à sa monumentale biographie de René Lévesque.
Histoire
En ce domaine, les Éditions du Septentrion sont tellement prolifiques que leur seule production pourrait occuper presque tout l'espace. Retenons, au moins, quelques titres : Feu, fourrures, fléaux et foi foudroyèrent les Montagnais, de Nelson-Martin Dawson, La Négation de la nation - L'identité culturelle québécoise et le fédéralisme canadien, de la jeune historienne Eugénie Brouillet, L'Éclosion - De l'ethni-cité canadienne-française à la société québécoise, du sociologue Jean-Jacques Simard, et Monuments intellectuels québécois du XXe siècle, un collectif sous la direction de Claude Corbo. Quelques romans historiques, ou docu-romans, seront aussi publiés à cette enseigne.
Chez VLB, on retiendra deux titres prometteurs : Dans l'oeil du Sphinx - Claude Morin et les relations internationales du Québec, de Jean Décary, et Lionel Groulx et l'Action française, de Susan Mann.
Chez Triptyque, on attend le tome 2 de La Terreur à l'occidentale - Dresde ou le XXe siècle et la diabolisation de l'Allemagne, de Jean Forest, alors que, chez Athéna, seront publiés Billet pour le front - Le soldat canadien et la Première Guerre mondiale, de Desmond Morton, mais aussi, et pour finir sur une bonne note, le Guide du maintien de la paix 2006, sous la direction de Jocelyn Coulon.
Collaborateur du Devoir

Les essais saisis par les peurs contemporaines
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 27 et dimanche 28 août 2005
La Société de la peur: le voilà, le titre de la rentrée! Quel portrait juste de notre temps: nous avons toujours peur aujourd'hui. Peur des OGM, des substances cancérigènes, du terrorisme, etc.
Ici, évidemment, l'auteur, Christophe Lambert (pas l'acteur de cinéma mais un consultant), s'attarde spécifiquement aux peurs de la France, qui a selon lui «les nerfs à vif». Mais le propos se veut plus large : «Partout, éprouvée par tous, la peur dicte nos comportements individuels et collectifs, conditionne notre avenir.» Le sociologue allemand Ulrich Beck, lui, qualifiait notre société de «société du risque». On verra dans le livre de Lambert si les deux lectures se recoupent. En fait, Lambert pose une question fondamentale : «Comment a-t-on basculé en si peu de temps d'une société de l'espoir à une société de la peur, à qui la faute ?» On promet non pas un livre «fataliste», mais un ouvrage qui «propose des solutions pour guérir la France de ses phobies». Ambitieux...
Autre peur très française : le communautarisme. C'est à ce démon du fractionnement des nations et des sociétés que s'attaque le brillant essayiste et politologue Alain-Gérard Slama dans Le Siècle de monsieur Pétain (Perrin). Slama y montre en actes le développement de cette passion «totalisante et totalitaire» de l'identité, qui «enferme l'individu» dans une définition, en contradiction flagrante avec «l'ambition des Lumières», dit Slama.
Dangers atomiques et fanatiques
Mais toute peur qui nous tenaille aujourd'hui ne provient-elle pas en grande partie de la première explosion atomique, il y a 60 ans ? De ce sentiment que ces moyens techniques que nous raffinons et accroissons constamment pourraient, non pas uniquement servir le progrès, mais nous mener à notre perte ? Les Éditions du Seuil ont la bonne idée de rééditer un texte de Gunter Anders (premier mari de la grande philosophe Hannah Arendt) portant sur ces questions, sous le titre Hiroshima est partout. Anders y relatait sa visite au Japon, quelques années après l'explosion de la bombe, accompagné du pilote qui l'avait larguée. «Une réflexion propre à alimenter les interrogations contemporaines sur le risque», nous dit l'éditeur. Sur un sujet connexe, on lira L'Engrenage de la technique d'André Lebeau, chez Gallimard.
Autre titre traversé par la peur : Une si proche catastrophe (Plon). Laquelle ? L'épuisement des sources pétrolières, que nous semblons ressentir jusqu'à la pompe ces jours-ci. L'auteur est le chercheur bien connu James Howard Kunstler, aussi vedette du documentaire canadien The End of Suburbia. La perspective de Kunstler : après deux siècles marqués par un progrès et un accroissement des richesses sans précédent, nous nous apprêtons à vivre, avec la fin de l'ère du pétrole, des transformations radicales de nos conditions de vie. Scénario possible : «chaos, transformations climatiques et leurs conséquences environnementales, exaspération des conflits entre les nations autour du contrôle et de la possession des ressources énergétiques, dérives de l'économie de marché régie par la finance, surplus de population». Aïe.
Comme si ce n'était pas assez, nous vivons aussi sous la menace des fanatismes. Dans La Force de conviction (Seuil), Jean-Claude Guillebaud s'y attarde. Nous croyions avoir chassé «dieux et diables, idéologies et gourous, pour leur préférer la société du vide et la postmodernité légère et joueuse». Mais cette période est bel et bien terminée, car «les croyances, crédulités et religions de tous ordres sont revenues par la fenêtre». Résultats : fanatisme et massacres aveugles, dit Guillebaud. Faut-il alors condamner tout sentiment religieux ? Certes non, semble répondre l'essayiste, lui-même chrétien, qui, dit-on, plaide dans ce livre «pour une croyance vivante et non dogmatique qui permette de passer du vertige de l'adhésion irréfléchie à la force de la conviction». Encore une fois, audacieux...
Pour une autre perspective sur la religion, on lira plutôt Le Saint-Piège (HugoDoc), de Bruno Fouchereau. On promet «une enquête captivante sur l'Église catholique d'aujourd'hui».
Amour
Mais il n'y a pas que la peur, il y a l'amour. Et cette année encore, on enrichira cette nouvelle tradition des «dictionnaires amoureux». Après des dictionnaires sur les pôles de notre époque -- l'Islam et l'Amérique --, il faudra lire le très libéral Mario Vargas Llosa sur sa vision de son continent d'origine : Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine (Plon). «De Quito à Madrid, de Don Quichotte à Che Guevara, d'Eldorado à Inca, un des plus grands auteurs sud-américains chante les fulgurantes contradictions d'un continent à l'âme écartelée, pour le meilleur de la littérature», dit l'éditeur.
Autre amoureux, autre pays : Olivier Barrot propose Mon Angleterre, précis d'anglopathie (Perrin), néologisme pour désigner cette sensibilité pour tout ce qui vient d'outre-Manche. «Il faut, pour y succomber, préférer l'impair au pair, l'asymétrie à la symétrie, le non-dit à l'explicite, la pluie au soleil. On joue à 11 au football, à 7, 13 ou 15 au rugby, les jardins anglais refusent l'ordonnancement géométrique.»
Notons que, pour les États-Unis, un auteur, Roger Martin, a toutefois fait un «dictionnaire iconoclaste» : L'Empire du mal ? (Cherche midi). Il s'y élève contre le mythe de la «république démocratique généreuse» et démontre prétendument «que l'histoire américaine baigne dans une tradition dominée par l'idéologie du sang». C'est là, autrement dit, un «dictionnaire» amoureux de l'antiaméricanisme. Une Amérique qui fait si peur...

All spin all the time
JOSÉE LEGAULT
The Montréal Gazette 3.9.2005
André Boisclair is so sure of victory in the PQ leadership race, he hasn't bothered to put much content in his campaign
There might be no real debate yet between Parti Québécois leadership candidates, but there sure is a whole lot of spinning going on. And no clan is spinning harder than André Boisclair's.
Listening to his organizers, you'd think his victory is a done deal. They say he's unbeatable, unstoppable, unavoidable. Even some high-ranking PQ apparatchiks have their own insistent spin: Boisclair will win; he'll do it at the first ballot; he'll win the election and he'll win the referendum. End of story.
Oops. I meant. "End of spin."
The smugness of that spin is getting on the nerves of other contenders and many PQ members. It also worries those who feel the party hierarchy might be tipping the scales too heavily in Boisclair's favour, giving him an undue advantage at party headquarters where neutrality should be the rule, both in appearance and in fact.
That spin is so strong - and what media can resist a good spin? - that Boisclair has zoomed through this campaign so far with precious little content.
His website has a forum for his supporters to write in. They can even download his official picture. But ideas and concrete proposals are conspicuously absent.
Still, Boisclair has made a few revealing statements about those darned hard-liners. At the launch of his campaign, he said in an esoteric sort of way: "I'm not of the hard-line school. I think sovereignity must happen naturally." Many péquistes are still wondering what "naturally" means.
This week, he called for the end of ideological differences in the PQ and added that he didn't quite understand "who those people we call hard-liners are." The end of ideological differences in the PQ? Surely, he can't be serious.
But maybe he is. That's why some péquistes now fear that if Boisclair is elected, there could be a new purge of the hard-line faction. Sources say that MNA Jean-Claude St-André, a leadership candidate who shares former leader Jacques Parizeau's vision, would be the first to be asked to toe the line or leave the party.
The problem is that even the charismatic Lucien Bouchard, who despised hard-liners with a passion, failed to purge
all of them. After the PQ lost the election, hard-liners came back, fighting for a clearer plan of action on sovereignty that anything Bouchard or Bernard Landry had proposed.
The result of this is that there are, in fact, a few contenders who, along with St-André, defend varying shades of the Parizeau vision. Former PQ minister Richard Legendre called for a quick referendum with a clear mandate. Gilbert Paquette, a former PQ minister who'll soon be an official candidate, outlined a coherent vision both on sovereignty and social issues.
This week, he took on Louis Bernard's claim that a unilateral declaration of independence, or UDI, would be irresponsible. Bernard, also a candidate, wants to follow up a referendum victory with a full year of negotiations with Ottawa. This, he says, is the "normal way, the Suprem Court's way," as outlined in ist reference on secession.
Paquette replied that a UDI cannot be irresponsible if it's made after a majority of Quebecers vote Yes. Following Bernard, Paquette said, means obeying the Clarity Act. It could also be added that Bernard's ways means doing what the Supremes asked: that Quebec negotiate its sovereignty with Ottawa as a province by trying to amend the 1982 Canadian constitution, which it never even signed.
On a number of novel websites, many péquistes pointed out that even the governor-general designate, Michaëlle
Jean, said in that famed documentary made by her husband that "independence is not something we ask for, it is taken."
They ask: Could the next governor general be more of a hardliner than Bernard? Perish the thought.
Leadership campaign notes:
Hugues Cormier wanted to be a candidate, but will not be. As a man who ran for the PQ in 2003, tried to run for the Quebec Liberals and Option Citoyenne while giving money to the federal Liberals, Cormier would have gone down in history as the only péquiste who belonged to more political parties than Bouchard did.
On a serious note, respected former PQ minister Jean Campeau was said to be among Cormier's sponsors. In an exclusive interview, he said: "I signed Cormier's candidacy petition for the same reason Legendre and Marois did, out of respect for the democratic process, but I told Cormier in all honesty that I will not vote for him as leader".
In the spin department, and in the hope of regaining some of the visibility she has lost, a special prize also goes to Pauline
Marois. She said her numbers tell her there are only two real contenders in this race: Boisclair and herself.
Nice try. But Richard Legendre and other candidates might beg to differ.

Les poils de grenouille
Michel David
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 septembre 2005
Quand Louis Bernard a annoncé, à la surprise générale, qu'il se lançait dans la course à la direction du Parti québécois, ceux qui le connaissaient le moindrement savaient qu'il ne se laisserait pas museler par la rectitude politique. La langue de bois n'est pas son rayon.
Pour le commun des mortels, les sempiternels débats sur les modalités d'accession à la souveraineté relèvent ce que Jacques Parizeau appelait le «gossage de poils de grenouille». Ceux qui n'apprécient pas cette spécialité péquiste risquent de trouver la course passablement ennuyeuse. En effet, on risque de beaucoup «gosser» au cours des prochaines semaines.
En remettant ouvertement en cause la démarche que le congrès de juin a arrêtée pour donner suite à une victoire du OUI, M. Bernard n'en soulève pas moins une question cruciale, dont pourrait dépendre le succès ou l'échec du projet souverainiste.
Ayant joué un rôle déterminant dans la préparation du référendum de 1995, M. Bernard estime que les Québécois ne seront pas davantage disposés à accorder une majorité au OUI la prochaine fois s'ils craignent d'être précipités du jour au lendemain dans un inconnu trop hasardeux d'un point de vue politique, économique et social. D'où la nécessité, selon lui, de prévoir à nouveau une période de négociations d'un an avec le Canada, pendant laquelle il n'y aurait aucun geste de rupture, de manière à assurer une transition aussi ordonnée que possible vers la souveraineté.
Les délégués au congrès de juin dernier ont plutôt résolu qu'un OUI serait immédiatement suivi d'une déclaration d'indépendance et d'une série de «gestes de souveraineté nationale et internationale» qui ne seraient sans doute pas de nature à faciliter les discussions avec nos futurs «partenaires».
***
M. Bernard fait une lecture lucide de l'opinion publique : il y a certainement des souverainistes inconditionnels, prêts à vivre avec les conséquences d'un OUI, peu importe lesquelles, mais il serait illusoire de croire qu'ils constituent la majorité de la population. Si le niveau d'insécurité est trop élevé, plusieurs préféreront voter NON.
Le problème est qu'au lendemain d'un OUI, il serait très risqué de laisser s'écouler une période d'un an pendant laquelle le camp fédéraliste ferait tout en son pouvoir pour contrer le verdict référendaire, surtout si les résultats sont serrés, comme on peut le prévoir.
En 1995, le gouvernement fédéral avait été pris de court, mais on ne l'y reprendra plus. Le scandale des commandites a clairement démontré qu'Ottawa ne reculera devant aucun moyen. En vertu de la loi sur la clarté, il est très probable que le gouvernement fédéral refusera d'en reconnaître la validité, et il lui serait facile de provoquer un désordre tel que bon nombre d'électeurs pourraient en venir à regretter leur choix.
Il est loin d'être certain que le PLQ et l'ADQ accepteraient de participer à un gouvernement d'union nationale. Pour empêcher que la crise dégénère, le gouvernement péquiste pourrait être forcé de déclencher des élections anticipées dont l'issue serait très incertaine. À moins que le gouvernement fédéral ne prenne l'initiative de tenir un autre référendum dans le but d'annuler les résultats du premier.
L'intervention de Louis Bernard pose très bien le dilemme : vaut-il mieux handicaper les chances du OUI, mais s'assurer de pouvoir le concrétiser en cas de victoire, ou maximiser ses chances tout en prenant le risque qu'il demeure sans suite ?
Il est peu probable que les militants péquistes soient prêts à courir ce risque. Le scandale des commandites a ruiné le peu de confiance qu'ils pouvaient encore avoir dans le sens démocratique qui prévaudra à Ottawa si le OUI l'emporte. M. Bernard plaide que l'avis rendu par la Cour suprême en 1998 fera obligation au gouvernement fédéral de négocier les modalités de la sécession, mais il ne manifestera aucun empressement.
***
À peine trois mois après le congrès, on ne doit pas s'attendre à ce que les candidats les plus sérieux se risquent à des remises en question aussi fondamentales que celles de M. Bernard. Les «purs et durs» comme Jean-Claude Saint-André et Ghislain Lebel, dont les chances sont nulles, ne s'en priveront pas, mais André Boisclair et Pauline Marois se disent à l'aise avec le programme adopté en juin tandis que Richard Legendre propose simplement l'ajout de diverses mesures à mettre en oeuvre d'ici les prochaines élections.
En y regardant de plus près, le programme offre néanmoins d'intéressantes possibilités à qui voudrait gosser des poils de grenouille. Par exemple, il est prévu qu'un gouvernement péquiste ferait rapidement adopter par l'Assemblée nationale une constitution temporaire. Il n'est cependant précisé nulle part si, en vertu de cette constitution, les lois québécoises auraient préséance ou non sur les lois canadiennes.
La question est loin d'être anodine. Si elles ont préséance, il s'agirait d'un geste de rupture avant même la tenue du référendum, ce qui irait à l'encontre de la démarche étapiste officiellement préconisée par le PQ. Sinon, le geste serait purement symbolique et cette constitution n'aurait pas plus de portée que la loi 99 «sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec», que le gouvernement Bouchard avait fait adopter en décembre 2000.
On peut cependant lire dans la version préliminaire du programme une petite phrase qui, dans le brouhaha de la démission de Bernard Landry, a sans doute échappé à plusieurs : «Au lendemain de son élection, le gouvernement du Parti québécois se limitera à poser uniquement les gestes absolument indispensables pour donner suite à son engagement de réaliser la souveraineté.»
Ce qui est «absolument indispensable» peut être évalué de façon très différente, selon le point de vue. En définitive, le prochain chef agira selon son appréciation du moment.
mdavid@ledevoir.com

Le «pur et dur» St-André s'attaque aux «sourds et aveugles»
Martin Ouellet
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 septembre 2005
Québec -- La campagne à la direction du Parti québécois est noyautée par des «sourds et aveugles», dénonce le représentant de l'aile radicale souverainiste dans la course, Jean-Claude St-André.
Le député de L'Assomption a profité du lancement de sa campagne, hier à Québec, pour passer aussitôt en mode attaque, s'en prenant à ses collègues André Boisclair, Pauline Marois et Richard Legendre, trois des candidats-vedettes dans la campagne au leadership.
Ces derniers ne valent pas mieux que l'ensemble de la classe politique québécoise et sont «sourds et aveugles» devant les préoccupations des citoyens, a-t-il accusé.
Les politiciens traditionnels n'ont pas le courage de mettre en oeuvre les changements souhaités par la population, soutient M. St-André, pour qui toute réforme passe nécessairement par l'accession rapide du Québec à la souveraineté.
Ainsi, contrairement aux autres candidats en lice, Jean-Claude St-André se targue de présenter «une démarche claire et catégorique» en faveur de l'indépendance.
Aussitôt élu, un gouvernement péquiste dirigé par M. St-André adopterait les lois nécessaires pour enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté.
Le premier geste fondateur fait par l'Assemblée nationale serait d'adopter une constitution provisoire, prévoyant entre autres le transfert des pouvoirs dévolus au lieutenant-gouverneur au président de l'Assemblée.
Une commission parlementaire serait par la suite chargée de rédiger un projet de constitution, qui devrait ensuite être soumis à l'approbation de la population par référendum. Si le OUI l'emportait, l'indépendance du Québec serait aussitôt proclamée.
«Il faut que le Parti québécois ait le courage de dire les choses clairement, dit le candidat "pur et dur". Il doit être limpide qu'à la prochaine élection un vote pour le PQ sera un vote pour la souveraineté, pour l'indépendance, pour faire le pays. Il faut l'établir clairement.»
De fait, M. St-André entend solliciter «un mandat pour agir, non pour parler», et pense que sa proposition fera revenir bon nombre de souverainistes déçus dans le giron péquiste.
Mais si la démarche a le mérite d'être claire et limpide, elle risque néanmoins d'alimenter la méfiance sinon les craintes d'une certaine partie de la population à l'égard du PQ, reconnaît le député.
«Il y a des citoyens qui sont craintifs face à l'indépendance, mais ce n'est pas en cachant notre option que l'on va les rassurer. Le meilleur antidote contre la peur, c'est la clarté. Les gens doivent savoir pourquoi ils vont voter aux prochaines élections», a-t-il fait valoir.
