
André Boisclair plus populaire que jamais
PC
La Presse mercredi 21 septembre 2005
Éclaboussé par une histoire de consommation de cocaïne, le candidat à la direction du Parti québécois André Boisclair est plus populaire que jamais, selon un sondage Léger Marketing diffusé hier soir par le réseau TVA.
Pas moins de 71% des Québécois interrogés accorderaient leur appui à M. Boisclair comme premier ministre même s'il a déjà consommé de la cocaïne alors qu'il était ministre. Seulement 23% de la population voteraient contre lui, alors que 5% demeurent indécis.
Chez les supporteurs péquistes, le soutien est encore plus marqué: 86% des sondés donneraient leur voix à l'aspirant à la direction de leur parti, tandis que 11% lui refuseraient.
À la question: "Si vous aviez à choisir le chef du Parti québécois...", les partisans du PQ interrogés ont répondu pour près des deux tiers (64%) en choisissant André Boisclair, tandis que moins d'un répondant sur cinq optaient pour Pauline Marois (18%). Richard Legendre n'obtenait que de 5% et Louis Bernard 2%.
Par rapport au dernier sondage effectué le 13 septembre, André Boisclair récolte ainsi 11 points de plus, tandis que Mme Marois a perdu six points.
L'enquête a été menée hier de 16h à 19h45, auprès de 700 Québécois. La marge d'erreur est de 3,7 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Pendant ce temps, quelque part entre Montréal et Pékin...
Vincent Marissal
La Presse mercredi 21 septembre 2005
Si vous croyez entendre ce matin un grand rire venant des nuages au-dessus de Montréal, c'est celui de Jean Charest, qui quitte aujourd'hui le Québec pour une mission commerciale de huit jours en Chine.
Avez-vous vu le sourire du premier ministre récemment? La dernière fois qu'on l'a vu d'aussi bonne humeur, c'était le soir du 14 avril 2003. À le voir ces jours-ci, c'est à croire qu'il consomme lui aussi quelque substance illicite pour être si joyeux.
Blague à part, il a de quoi rigoler ces temps-ci, ce mal-aimé de premier ministre. Les sondages ont cessé de descendre (dans son cas, c'est déjà ça), et les négociations avec le secteur public n'ont pas dégénéré au chaos, du moins pour le moment, ce qui laisse croire que l'automne sera moins chaud que prévu. Bref, les affaires de Jean Charest vont plutôt bien pour quelqu'un qui devait être, selon les prédictions du printemps, retranché dans un bureau fortifié pendant que le Québec était à feu et à sang.
En plus, voilà que la course à la direction du Parti québécois tourne au désastre, au grand plaisir des libéraux, qui peuvent vaquer tranquillement à leurs affaires en attendant la reprise des travaux à l'Assemblée nationale, le 18 octobre.
Et dire qu'il y a quelques semaines à peine, des ministres de Jean Charest profitaient d'un repas avec des collaborateurs de Paul Martin pour leur demander- ils s'y connaissent- comment on dégomme un chef politique dans l'exercice de ses fonctions de premier ministre. Il semble bien qu'ils vont devoir ranger leurs couteaux pour le moment.
À tout prendre, Jean Charest préférerait affronter André Boisclair durant la prochaine campagne électorale (parce qu'il est moins expérimenté que Pauline Marois). Mais, même sans M. Boisclair, un PQ déchiré par une campagne à la direction sanglante n'est pas non plus un mauvais scénario. Et à moins d'un grand coup de barre bien improbable, c'est ce scénario que sont en train d'écrire les candidats à la succession de Bernard Landry.
On l'avait dit ce printemps: la pire chose qui puisse arriver au PQ, c'est que la course à la direction vire à la guerre fratricide. On connaissait les talents des péquistes pour ce genre de sport, mais là, vraiment, ils y vont fort. La chef par intérim du PQ, Louise Harel, qui demandait il y a quelques semaines à ses collègues de faire preuve de discipline, doit être désespérée aujourd'hui.
Sentant André Boisclair vulnérable, Pauline Marois et Richard Legendre ne lui font pas de cadeau. Le jeune favori a déjà un genou à terre, aussi bien en profiter pour l'envoyer au tapis. Depuis quelques semaines, les deux camps se contentaient d'entretenir les rumeurs. Depuis lundi, ils tapent directement. Hier, c'est le doyen des députés péquistes, François Gendron, le plus récent supporteur de Richard Legendre, qui a cogné en affirmant que les collègues ministres d'André Boisclair étaient au courant des rumeurs de consommation de cocaïne à son sujet. Et vlan, dans les dents!
On verra ce soir à Sherbrooke (le fief de Jean Charest!), à l'occasion du premier débat, si les adversaires de M. Boisclair auront l'audace de l'attaquer directement sur la question de la cocaïne.
Dans cette atmosphère de crise, André Boisclair tente péniblement de poursuivre sa campagne comme si de rien n'était, mais il a de plus en plus l'air d'une bête traquée. Après avoir accusé ses adversaires de répandre les pires horreurs sur son compte, il s'en est pris hier aux journalistes de la tribune parlementaire de Québec, leur reprochant leur trop grande agressivité. C'est vrai que le scrum brassait un peu, mais on est tout de même loin de l'agression physique dont s'est plaint M. Boisclair. Visiblement, ça commence à bouillir dans la marmite.
La question sur toutes les lèvres, hier, était de savoir si M. Boisclair peut continuer comme ça, s'il peut mener sa campagne dans les circonstances. On voit mal, si la tempête ne se calme pas, comment il y parviendra. Les prochains jours seront cruciaux pour lui. S'il devait perdre un ou deux supporteurs de gros calibre, André Boisclair serait incapable d'empêcher la débâcle.
Les problèmes d'André Boisclair sont sérieux, mais c'est le PQ qui risque le plus de souffrir d'une guerre interne. Une campagne à la direction devrait être le moment idéal pour créer un " momentum ", pour faire le plein de membres, pour huiler la machine électorale. Rien de tout cela ne se passe en ce moment au PQ, qui se dirige plutôt vers une sale guerre intestine.
Chose certaine, peu importe l'issue de la course, on sait déjà que Pauline Marois et André Boisclair ne pourront plus jamais travailler ensemble.
Il y en a un des deux qui partira, emportant avec lui ses supporteurs.

L'affaire Boisclair - Quand l'intérêt public se frotte à la méfiance du public
Marc-François Bernier, Professeur au département de communication de l'Université d'Ottawa et auteur de l'ouvrage Éthique et déontologie du journalisme (Presses de l'Université Laval, 2004)
Le Devoir mercredi 21 septembre 2005
Les journalistes ont raison de s'intéresser à la consommation de cocaïne du candidat André Boisclair mais ils ne peuvent tout se permettre face à un public qui se méfie d'eux et doute qu'ils soient motivés uniquement par la «noble» mission de servir l'intérêt public.
La possession de cocaïne est un acte illégal en vertu du Code criminel canadien. Un des critères de l'intérêt public reconnus de longue date en journalisme concerne justement la légalité des comportements de nos concitoyens. On estime que la société a intérêt à savoir qui enfreint les lois qui doivent s'appliquer à tous. Cet intérêt est encore plus grand en ce qui concerne ceux qui aspirent à nous gouverner. On aurait donc tort d'inciter les journalistes à respecter la vie privée du candidat Boisclair alors que l'enjeu n'est pas de cette nature.
Une autre question que doivent se poser les journalistes dans leur sélection des événements dont ils vont parler est de savoir si l'information est utile pour éclairer les choix des citoyens quant à leurs comportements politiques, sociaux, économiques, religieux, etc.
Une fois encore, on peut difficilement nier que les membres du Parti québécois et, le cas échéant, l'ensemble des électeurs du Québec aient intérêt à connaître cette information pour les aider dans leurs choix politiques. Peu importe le poids qu'ils peuvent accorder à de telles révélations, il leur revient, justement, de décider si elle est pertinente ou non dans leur décision individuelle, ce qu'ils ne peuvent pas faire si une telle information ne circule pas au sein de la société.
Motivations multiples
Ceci étant dit, les choix quotidiens que les journalistes et les entreprises de presse font quant aux questions d'intérêt public qu'ils traiteront soulèvent deux remarques importantes. Premièrement, la sélection de certains enjeux fait en sorte que des dizaines d'autres questions d'intérêt public seront laissées de côté et passées sous silence. Cela indique que d'autres considérations entrent en ligne de compte puisque toutes les informations n'ont pas la même valeur commerciale pour les médias.
Cela conduit à la deuxième considération, soit la façon de traiter l'information ou, littéralement, d'en tirer profit. C'est souvent dans l'exploitation des informations que les entreprises de presse et leurs journalistes cherchent à se démarquer de la concurrence, surtout quand, paradoxalement, ils décident tous de s'intéresser à la même histoire au même moment !
Bien entendu, les motivations qui pèsent sur les choix et le traitement sont multiples, mais certaines pèsent plus lourd que d'autres. La rentabilité économique des entreprises de presse, la notoriété personnelle des journalistes qui peut éventuellement avoir une valeur marchande et, il faut bien le dire, certains biais idéologiques sont à l'oeuvre dans ces décisions.
La sélection et le traitement des «histoires» qui seront diffusées obéissent donc aussi à des critères qu'on ne retrouve jamais dans les codes de déontologie ou les politiques éditoriales mais qui ont tout à voir avec la promotion des intérêts (commerciaux ou politiques) des médias et de leurs journalistes.
Dans les faits, la mission «noble» du journalisme, qui prétend au rôle de chien de garde de la démocratie, pèse beaucoup moins que ne veulent généralement le reconnaître les professionnels de l'information, lesquels mettent toujours en avant cette mission démocratique pour justifier leur travail.
Public méfiant
Heureusement, le public québécois n'est pas dupe de cette rhétorique, comme l'a révélé il y a quelques années un sondage Léger Marketing réalisé pour le compte de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Selon cette enquête, seulement 26 % des répondants disaient que les journalistes sont avant tout au service du public alors que 39 % disaient qu'ils étaient avant tout au service de l'entreprise de presse et 29 % au service de leurs propres intérêts.
Cette enquête révélait l'existence d'une suspicion envers les médias, laquelle se manifeste notamment par une crédibilité chancelante ainsi qu'une méfiance quant aux intérêts véritables que défendent les journalistes et les entreprises de presse. Bref, plusieurs doutent que les décisions comme celle concernant le passé de M. Boisclair soient prises uniquement dans un esprit de service public.
Dans l'affaire en cours, on retrouve trois aspects qui s'entremêlent, soit l'intérêt public de l'information, la méfiance du public face aux médias et le niveau de partisanerie des citoyens. Puisque le débat porte sur une personnalité politique, il va de soi que la partisanerie influencera l'opinion que plusieurs se font du travail journalistique. Certains trouveront que les médias vont trop loin, qu'ils en font trop, alors que d'autres estiment qu'ils pourraient aller encore plus loin.
Cette partisanerie teinte donc leur évaluation du travail journalistique et amplifiera ou atténuera, le cas échéant, la méfiance ou la suspicion que d'aucuns entretiennent envers les médias et leurs journalistes. Chez certains, cela ira même jusqu'à nier que l'information ait quelque intérêt public que ce soit, et on prétendra plutôt qu'il s'agit de la vie privée de M. Boisclair afin de combattre la tension que crée une vérité déplaisante.
Le fait que la critique de certains citoyens repose en partie sur une posture partisane ne doit pas nécessairement soulager les journalistes. En effet, une évaluation n'est pas automatiquement dénuée de toute valeur du simple fait qu'elle est aussi partagée par des gens biaisés. Si tel était le cas, quelle valeur devrait-on accorder aux journalistes qui sont juge et partie quand ils défendent la qualité de leur travail sur la place publique ?
Vérité et équité
Les journalistes et les entreprises de presse doivent demeurer conscients que bien des pièges attendent ceux qui se croient tout permis à partir du moment où ils s'intéressent à un enjeu d'intérêt public. La qualité de l'information à laquelle le public a droit a aussi ses exigences.
En effet, si la question de la consommation de cocaïne de M. Boisclair est d'intérêt public, cela ne libère aucunement les journalistes de leurs autres devoirs professionnels les plus pertinents dans l'affaire en cours, à savoir la vérité et l'équité. Le public n'a aucun intérêt à ce qu'on lui présente des informations fausses sur un sujet d'intérêt public s'il veut pouvoir se faire une bonne idée de la situation. En fait, la diffusion de faussetés sur des sujets importants est presque toujours de la mésinformation, parfois même de la désinformation quand cela est volontaire. La norme de la vérité impose à son tour des obligations en matière de rigueur intellectuelle (dans le raisonnement et l'argumentation notamment) et d'exactitude (les faits sont réels).
Quant à l'équité, elle prescrit aux journalistes d'éviter l'hyperbole, l'exagération, le sensationnalisme, les procédés clandestins et même le recours à des sources anonymes lorsque celles-ci veulent en profiter pour attaquer une personne.
Ces normes sont conformes aux attentes du public telles que mises en évidence dans diverses enquêtes sociologiques, si bien qu'une importante exploitation médiatique d'un événement d'intérêt public peut éveiller chez les citoyens un questionnement quant aux motivations réelles des journalistes.
Peut-on reprocher au public de faire preuve d'une saine méfiance ou d'esprit critique à l'endroit des médias et de leurs journalistes alors qu'il se doute bien que la sélection et le traitement d'une information ne sont pas des décisions désintéressées ou orientées uniquement en fonction d'une certaine mission démocratique et de l'intérêt public ?

Pauline Marois, un choix déterminant
Pierre Paquette
Député du Bloc Québécois de Joliette
TRIBUNE LIBRE mercredi 21 septembre 2005
J’ai attendu la fin des mises en candidature officielle afin de faire part de mes intentions quant à la course à la chefferie du Parti québécois. À la lumière des rencontres, des discussions que j’ai eues avec plusieurs candidats ainsi qu'avec de nombreux militants et militantes dont les membres de mon association de circonscription, je choisis d’appuyer Pauline Marois.
Plusieurs raisons ont déterminé mon choix. Il est impératif d’établir cette décision d’abord et avant tout en fonction de notre objectif commun : la souveraineté du Québec. Certes, tous les autres candidats en lice sont des hommes de grande qualité qui ont tous cet intérêt à cœur, chacun d’eux a su nous en faire part. Mais selon moi, madame Marois est la mieux placée afin de nous y conduire rapidement et sereinement. Son expérience au sein de plusieurs ministères d’importance devient un avantage significatif. De plus, son militantisme au sein des instances du Parti québécois apporte également une connaissance nécessaire pour la prochaine cheffe de notre parti. Elle a cette force et cette capacité de rétablir les ponts au lendemain de cette course afin d’unir les troupes pour les victoires qui nous seront nécessaires afin d'accéder rapidement à l'indépendance nationale. J'ai acquis la conviction que Pauline Marois a la détermination nécessaire pour, dès le 16 novembre prochain, mettre en marche la campagne qui nous mènera à la souveraineté. Cette campagne sera ponctuée bientôt par l’élection fédérale, il nous faut élire le plus grand nombre possible de députés et de députées pour le Bloc Québécois, viendra ensuite les élections au Québec et la victoire du Parti québécois avec également un très grand nombre de députés et de députées élus et enfin, rapidement, la tenue d’un référendum gagnant.
Par ses responsabilités aux ministères de la Santé, de l’Éducation, des Finances, au Conseil du trésor et au sein du Parti québécois, elle a établit un impressionnant réseau de contacts au Québec et hors Québec pour le travail à venir. Cette femme possède une connaissance extraordinaire du Québec dans toutes ses dimensions. Elle est la plus à même de recréer la coalition indispensable de toutes les composantes du mouvement souverainiste, en particulier au sein de la société civile, parce qu'elle sait que la souveraineté du Québec est le projet d'une nation et que le Parti québécois comme le Bloc Québécois ne sont que les véhicules politiques indispensables à sa réalisation. Sa crédibilité n’est pas à faire, son sens de la diplomatie et de la démocratie non plus. Il nous faut miser maintenant sur une personne capable de prendre en main le parti dès maintenant, chaque semaine et chaque mois devient déterminant. À tout moment, des élections pourraient survenir à Québec, Pauline Marois a toutes les qualités pour se lancer dès maintenant dans ce décompte vers la souveraineté.
Pauline Marois défend depuis plus de vingt ans sur la place publique des valeurs de progrès au plan social, culturel, environnemental et économique. J'ai eu l'occasion de la côtoyer comme secrétaire général de la CSN, comme vice-président du Bloc Québécois, comme député et comme militant et je peux témoigner de la profondeur des convictions progressistes qui animent son action et sa pensée. Elle a compris qu'il faut dès maintenant commencer à imaginer le Québec souverain comme le propose la démarche de préparation du prochain congrès du Bloc Québécois. Cette vision saura répondre aux interrogations légitimes de toutes les générations, en particulier des jeunes, qui veulent savoir ce que la souveraineté peut améliorer dans notre destin personnel et collectif. Pour elle, la souveraineté du Québec, c'est fondamentalement un objectif de liberté, mais c'est aussi un moyen extraordinaire de créer un nouveau pays plus prospère, plus juste, plus démocratique, plus respectueux de l'environnement qui sera une voix de plus au plan international en faveur de la paix et de la coopération.
Le 15 novembre prochain, mon vote ira donc à Pauline Marois parce que c'est une progressiste, une femme qui a l'expérience et les connaissances nécessaires, mais surtout parce que c'est une militante avec la détermination et le leadership indispensables à la réalisation de notre projet commun: la souveraineté du Québec.

Louis Bernard, Daniel Turp, le mode d’accession à la souveraineté
Jean-Claude St-André
Candidat à la direction du Parti Québécois
TRIBUNE LIBRE mercredi 21 septembre 2005
J’ai lu et relu les lettres de MM. Louis Bernard et Daniel Turp publiées dans Le Devoir du jeudi 15 septembre ainsi que du vendredi 16 septembre derniers. Disons-le franchement : jamais nous ne parviendrons à construire le pays avec les plans et les démarches proposés par Louis Bernard et Daniel Turp.
Pourquoi? Parce que les deux hommes refusent tout simplement de prendre acte des gestes de ruptures posés par le gouvernement fédéral depuis 1982 et surtout depuis 1995…
Louis Bernard me fait penser à l’entraîneur en chef d’une équipe de hockey en finale de la Coupe Stanley. Imaginons un peu… c’est la septième partie, la partie décisive, deux périodes sont jouées. En première période, nous avons marqué un but, l’adversaire deux buts. Nous avons bien vu que l’adversaire a triché, mais nous fermons les yeux… En deuxième période, nous marquons un but et nos adversaires aussi. Cette fois, c’est clair… l’équipe des rouges a triché. L’équipe des rouges a joué avec deux fois plus de joueurs que ce que le règlement permet. L’arbitre ferme les yeux, il a été acheté par l’équipe des rouges. Qu’importe! notre entraîneur en chef va garder le même plan de match pour la troisième période que pour la deuxième. Et si, par miracle, nous parvenons à gagner la partie, notre entraîneur en chef prendra le temps de négocier la Coupe avec l’équipe des rouges plutôt que de se proclamer vainqueur. Deux mots me viennent à l’esprit pour décrire le plan de Louis Bernard… irresponsable et suicidaire!
Je suis étonné, estomaqué renversé même, de lire dans le texte de Louis Bernard l’affirmation suivante et je cite : dans l’éventualité d’une déclaration unilatérale d’indépendance « il sera impossible pour le Québec de prendre la relève et d’assurer la continuité des programmes et des services fédéraux puisqu’il n’aura ni l’information, ni les fonctionnaires, ni l’argent pour le faire. » Vraiment? J’ai peine à croire que c’est celui qui a exercé les fonctions de secrétaire général du gouvernement du Québec qui tient un pareil discours, un discours qui soulève des peurs et des craintes dans la population.
Il faut le dire haut et fort! Le Québec a la capacité d’assurer et aussi de mettre en œuvre tous les programmes et tous les services que la population du Québec aura décidé de se donner! Le Québec dispose d’une fonction publique compétente et de toutes les informations nécessaires en plus d’une organisation étatique capable de financer et de prendre en charge tous les programmes et les services fédéraux avant, pendant ou après la proclamation d’indépendance.
Je suis toutefois d’accord avec Louis Bernard sur un point : les juges de la Cour suprême stipulent clairement qu’avant de procéder à une déclaration d’indépendance, le gouvernement du Québec a l’obligation constitutionnelle de négocier.
Pour le reste, nous sommes totalement en désaccord. La même obligation est faite au gouvernement fédéral, mais il a déjà répondu par sa Loi sur la clarté référendaire : il ne reconnaîtra pas le résultat du référendum, et donc il ne négociera pas! J’en ai pris acte. Louis Bernard devrait avoir le courage d’en prendre acte comme tous les candidats à la direction du Parti Québécois.
Quant à mon collègue Daniel Turp, il reconnaît que le contexte politique a radicalement changé depuis 1995. Tout de même! C’est vrai! Le gouvernement fédéral a posé des gestes de ruptures pour contrer la volonté démocratique du peuple québécois d’accéder à son indépendance! Le gouvernement fédéral a violé les règles de la démocratie québécoise au référendum de 1995. Avec le scandale des commandites, le gouvernement fédéral a eu recours au détournement de fonds public, à la fraude et à la corruption pour empêcher l’expression démocratique des Québécois d’accéder à l’indépendance! Avec l’avis de la Cour suprême sur la sécession et la Loi sur la clarté référendaire, le gouvernement fédéral s’est donné un arsenal juridique pour contester la légitimité d’un référendum avant même la tenue de celui-ci. Est-ce que M. Turp et M. Boisclair en ont pris acte? Pas du tout!
Je m’explique. Revenons à la finale de la Coupe Stanley. Nous sommes au début de la troisième période. Nous savons que l’équipe des rouges a joué avec deux fois plus de joueurs que nous. Notre entraîneur en chef décide de garder le même plan de match. Nous savons que nous ne pouvons pas gagner. Quel risque y a-t-il à crier haut et fort devant les partisans que nous nous proclamerons vainqueur si nous gagnons la partie alors que nous savons d’avance que nous allons perdre…
M. Turp nous propose de poser des gestes avant le référendum qui n’auront aucun effet juridique ni aucune effectivité avant le référendum. Des lois seront adoptées par l’Assemblée nationale, mais ne seront pas appliquées. M. Turp nous propose de faire de la « parlotte » jusqu’au référendum, laissant ainsi tout le champ libre à Ottawa pour violer les lois de la démocratie québécoise.
Je suis le seul candidat à proposer un plan, une démarche d’accession démocratique à l’indépendance qui nous permettra de contourner et de faire face à l’appareil financier, législatif et juridique mis en place par le gouvernement fédéral pour écraser le Québec. Soyons sérieux. Si on veut faire respecter la démocratie au Québec, il faut que l’Assemblée nationale assume ses responsabilités. Un gouvernement issu du Parti Québécois devra, aussitôt élu, faire adopter par l’Assemblée nationale une Constitution provisoire et des lois qu’il mettra en application bien avant la tenue du prochain référendum. Cette constitution et ses lois édicteront des règles démocratiques claires qui devront s’appliquer lors de la campagne référendaire. Il appartient à l’Assemblée nationale du Québec de faire en sorte que les Québécoises et les Québécois pourront s’exprimer librement sur l’avenir de notre pays.

Boisclair's drug use shows poor judgment
The Gazette Wednesday, September 21, 2005
Last Friday, Jose Borges, 37, and Kevin Borges, 25, appeared in Quebec Court on charges of drug trafficking. They were arrested Sept. 15 as part of a police sweep aimed at dismantling a drug network linked to organized crime.
Montreal police seized at the same time 2,100 hits of cocaine with an estimated street value of $51,000 - about $24 a pop. The two men could well end up in prison if they are found guilty of the charges.
If Quebec society took a coherent view of the illegal drug market, those who consume cocaine would also face serious legal sanctions. Instead, we actually are in a position where a man who has admitted to consuming cocaine on more than one occasion, while he was a provincial cabinet minister, is still the front-runner to assume the leadership of a major political party.
Andre Boisclair, meanwhile, has the gall to be angry because he is asked by the media to answer questions about his cocaine use. First, he said it was a youthful error. Then, he admitted it had been more than once, it had happened not when he was 18, but in his 30s, and while he was a cabinet minister.
He would not say under what circumstances he consumed cocaine, a hard, judgment-impairing drug. Nor would he say with whom he took the drug. Was he ever vulnerable to blackmail? Quebecers have a right to this information. He was an elected official in their government. That makes him accountable to the electorate for any criminal acts he committed while in office.
However anodyne he might feel cocaine consumption is, it remains a criminal act under the Criminal Code. It is not on its way to being decriminalized like marijuana. Nor is it in common use: A tiny minority of Quebecers consume it. According to a Health Department survey, less than than two per cent of Quebecers age 15 and over consume cocaine on an occasional or regular basis.
More important yet is the question of his judgment. Let's put Boisclair in the right political context: He wants to be the premier of Quebec. He wants to surpass the achievements of Rene Levesque, the province's first separatist premier. This means Boisclair, 39, envisions himself negotiating the separation of Quebec from Canada. A more tension-filled, demanding undertaking is hard to imagine.
How well does he handle pressure? This week, when the question of his cocaine use first surfaced, he refused to answer questions and walked out. It was not an auspicious move. The premier's job places enormous demands on the holder. Could Boisclair handle it?
Doubts about his ability to take the heat add a large additional burden onto his already fragile claim to have the experience, imagination, intellect and political savvy to lead a party to victory.
In terms of the leadership race, it is up to his party members what to make of his past errors and his future promise. They will decide what they believe, on both scores. If Boisclair wins the Parti Quebecois leadership, then the voters of Quebec will decide his fate. They might not be as live-and-let-live as Boisclair evidently hopes.

Boisclair's evasiveness keeps coke issue alive
DON MACPHERSON
The Gazette Wednesday, September 21, 2005
Andre Boisclair almost lost it yesterday - his grip, if not the Parti Quebecois leadership. After a year spent in Boston perfecting his English as well as acquiring academic credentials he previously lacked, he declined to answer reporters' questions in that language.
And accidentally struck by a hand-held microphone while trying to flee the scrum, he complained at excessive length about being "physically assaulted" by unappreciative reporters after he had answered "all questions." It seemed as though he might burst into tears.
Watching the television footage of the incident, how many people asked themselves the following question: If this is how close Boisclair is to cracking on only a second bad day in a row, how would he stand up to an October or an Oka crisis as premier?
And how many Pequistes asked themselves this additional question: Does this look as though the front-runner in their party's leadership election has the nerve of a Jacques Parizeau to lead Quebec to independence, unilaterally if necessary, as provided in the party program he supports?
After the past two days, the issue is no longer just about the perhaps not-so-distant past when Boisclair, as he has finally admitted, used cocaine, first while he was a member of the National Assembly and then as a cabinet minister.
And that still is an issue, for the very least we should expect from those who make our laws - even if they are in their early 20s, as Boisclair was when he was first elected - is that they also obey them.
But now the issue is also about the present, about what kind of candidate for leadership Boisclair is now, as he has revealed in recent days.
We know he is deceitful, though that hardly makes him unique in politics (or, for that matter, society). Last Friday, he implied he had used cocaine only in his 20s. On Monday, he admitted he had done so as a minister, meaning when he was in his 30s.
He says he has stopped, but - contrary to his assertion he has answered "all questions" - won't say when he stopped.
The question matters. If he did not stop using cocaine until he also stopped being a minister two years ago, then maybe his use of the drug is related to the stress of that job. And if so, then how will he cope with the greater pressure of being premier of Canada's most difficult province to govern, let alone leading it through secession?
Yesterday's papers were full of sound advice from editorialists, columnists and others that Boisclair answer that question and many others and put them behind him once and for all. But he did not heed that advice.
Why he did not do so, in either interviews or a detailed written statement, is a mystery. For it meant the questions will follow him into this evening's first all-candidates' meeting in the leadership campaign. And at least one of the minor pretenders, sovereignist hard-liner Jean-Claude St-Andre, is clearly out to get Boisclair.
In fact, it's Boisclair himself who is largely responsible for keeping the story alive, through his evasiveness and grudging admissions. Again yesterday, he said he had nothing more to say "for the moment," which is hardly likely to discourage further questions.
Maybe Boisclair has nothing left to hide. But he has been acting as though he does, stonewalling and carefully avoiding outright or sweeping denials he might not be able to make truthfully, as though he's not certain how much others know and might be willing to tell.
The issue of Boisclair's cocaine use was raised by a three-month-old regional newspaper story drawn to the attention of Le Devoir columnist Michel David last week by a rival candidate's organization (that of Pauline Marois is widely suspected).
It alluded mysteriously and luridly to "cocaine, drinking to excess and weekends of excitement at the end of which one cannot find the car one has rented" in Boisclair's past. So far, all he has admitted is about the cocaine, and not everything about that.

The Boisclair blowback
National Post Wednesday, September 21, 2005
Andre Boisclair, the leading candidate to succeed Bernard Landry as Parti Quebecois leader, has been exposed as someone who has used recreational drugs in the past. The nature of the drug in question -- cocaine -- does raise fair and obvious questions about Mr. Boisclair's judgment. Cocaine is a far more dangerous and addictive substance than the drug that politicians are normally forced to admit using: marijuana.
Still, there is nothing to suggest this is anything other than how Mr. Boisclair has characterized it: an error of his (comparative) youth.
That is not to say he was a teenager when he experimented with cocaine. He was a PQ MNA and cabinet minister at the time. And while there is no evidence the drug ever affected his performance as a minister of the Crown in Quebec, Mr. Boisclair goes too far when he declares, "I always behaved responsibly."
Still, there is no evidence that Mr. Boisclair was anything more than a casual user. And there is no evidence, as he says with respect to his political career, that "I found myself in a situation where I was not in full possession of my faculties." Nor is there any evidence that he has used the drug in years.
In other words, there is no reason for the revelations to end Mr. Boisclair's quest for the Parti Quebecois leadership, and indeed this should not be the issue upon which his ultimate success is decided.
What many Quebecers find appealing about Mr. Boisclair is the fact that he comes from a generation younger than the PQ warhorses who have dominated the separatist camp in Quebec for years. One consequence of that is that he was exposed to a different pharmacology than his older compatriots. PQ supporters, and Quebecers in general, should be sophisticated enough to understand that.
Mr. Boisclair has owned up to his past. Like those of most human beings, it is not one of unadulterated purity and light. Some observers suggest that he could actually be helped politically by his frank admission. That is going too far. Former cocaine use is not an asset in a party leadership candidate, but so long as it is something that is consigned to the past, then neither should it be a candidate's undoing. If there are questions about Mr. Boisclair's judgment, then they should be focused where it matters: on his determined separatism.

PQ leadership race in disarray
CHANTAL HÉBERT
Toronto Star, 21 Sept.
Anywhere else in Canada, André Boisclair's leadership campaign would already be history. The Parti Québécois front-runner's admission this week that he used cocaine when he was a provincial minister in the late '90s would disqualify him from leading a major party in most mature democracies.
Even in Quebec, where attitudes toward recreational drugs are more liberal than the Canadian average, the live-and-let-live approach of many voters is unlikely to extend from marijuana to cocaine.
It does not help that Boisclair's confession took place in stages.
His initial answer to queries about his drug use last week was unacceptably vague, leaving the impression that what was at issue was an adolescent episode.
Prodded further on Monday, the former environment minister admitted he had used cocaine during his tenure as a minister in Lucien Bouchard's cabinet.
In any cabinet, this would be a firing offence. Still, contrition was not uppermost in Boisclair's mind Monday; he petulantly accused his rivals of digging up dirt to sabotage his campaign.
In this case, precious little digging was involved. In the small world of Quebec politics, Boisclair's forays into the world of hard drugs were a poorly kept secret. For weeks, political observers and apparatchiks alike had privately been wondering not if, but when the ticking bomb would blow up on his leadership campaign.
If that had happened during an election, the PQ would not have recovered from the revelations or from the less-than-transparent manner Boisclair has handled them to date.
For the PQ, this is only the latest twist in a campaign from hell.
First, Gilles Duceppe — the brightest star on the sovereignist horizon — decided to take a pass on Bernard Landry's succession and stick to federal politics. (With hindsight, many of those who originally supported Duceppe's call have come to regret his decision.)
Then the campaign was stuck in a time warp for the best part of the summer as Landry underwent a change of heart and pondered running for his old job. It was only when the ex-premier failed to convince any of his former cabinet colleagues to support him that he finally gave up on the idea. Now, the party is overrun with fringe candidates.
Psychiatrist Hugues Cormier had to pull out after it was found that he had asked patients at a mental health institution to sign his nomination papers.
Cormier is also a charter member of the Laurier Club. Earlier this month, he attended a reception hosted by Prime Minister Paul Martin for big donors to the Liberal party. PQ conspiracy theorists are now convinced he was on a federalist mission to get his hands on the party's precious membership list.
Another leadership candidate, Gilbert Paquette, is facing drunk driving charges.
With nine bodies on stage, no one expects the debates staged by the PQ between now and mid-November to result in meaningful discussions.
As a result, the media have taken matters into their own hands, using their discretion to limit radio and television debates to the four main candidates. The other five are predictably crying foul.
Until this week, Boisclair was the clear front-runner in the race.
His strategists maintain he can recover from this crisis and still win. But if he does, the PQ will present Quebecers with a flawed leader whose judgment and fortitude under fire are open to question.
If Boisclair's campaign stalls — it showed early signs of doing just that yesterday — former finance minister Pauline Marois stands to leap to the front of the pack.
If that happens, the PQ campaign could get even more bitter. There may be more resistance within the party to serving under a woman than to going the rest of the way behind someone with cocaine in his recent ministerial past.

Entre confiance et méfiance
Michel Venne
Le Devoir 19.9.2005
Pierre S. Pettigrew fait flèche de tout bois. Il s'aventure même sur le terrain intellectuel. Dans La Presse de jeudi dernier, il publiait un texte intitulé «Être libéral», dans lequel il voulait expliquer les fondements philosophiques de son discours de Trois-Rivières, celui dans lequel il comparait Gilles Duceppe à Maurice Duplessis.
Il fallait du toupet pour comparer les deux hommes. Duceppe ancien dirigeant de la CSN, défenseur des droits des minorités et du pluralisme culturel et religieux. Duplessis l'antisyndicaliste notoire qui emprisonnait les Témoins de Jéhovah et pourchassait les communistes. Face à Duplessis, Duceppe et Pettigrew seraient des alliés, comme l'étaient à l'époque Michel Chartrand et Pierre Elliott Trudeau.
Sauf peut-être sur un point. Duplessis a construit sa carrière politique sur le favoritisme. M. Pettigrew se porte maintenant à la défense du programme des commandites.
Mais revenons aux arguments sur le fond. Selon M. Pettigrew, depuis 150 ans, deux courants s'affrontent au Québec, le rouge et le bleu. «Les bleus qui se nourrissent de méfiance et les rouges qui embrassent la confiance.» On comprend à la lecture du texte que le courant rouge n'est pas seulement un courant philosophique libéral mais qu'il est littéralement incarné par le Parti libéral, autant celui du Québec que celui du Canada.
Le courant bleu, selon lui, serait aujourd'hui l'affaire des partis souverainistes: «Le courant bleu est essentiellement centré sur la protection des valeurs québécoises, se nourrissant d'une certaine méfiance à l'endroit des étrangers, des voisins, d'Ottawa. C'est le courant frileux, la peur de disparaître.»
Cette distinction entre bleus et rouges valait peut-être quelque chose il y a 50 ans. Elle n'a pas résisté à l'évolution du Québec. Les jeunes sont ailleurs. De toute manière, c'est une distinction qui ne résiste pas à l'analyse. Car en toute personne il y a une dose de confiance et une dose de méfiance. En toute personne, comme dans tout mouvement politique, on trouve une volonté de protéger certaines choses et d'en promouvoir de nouvelles.
Je présume que pour M. Pettigrew la loi 101 était inspirée par la méfiance et le désir de «protéger» la langue française. Or la Charte est un instrument qui a servi à «promouvoir» l'usage de cette langue. Et c'est sans nul doute l'une des décisions politiques qui ont le plus contribué à donner confiance aux Québécois francophones qui, depuis, deviennent bilingues, accueillent chaque année entre 30 000 et 40 000 immigrants et partent à la conquête du monde.
Un libéral, écrit-il, est avant tout un être épris de liberté. Qui ne l'est pas? Mais chacun sait qu'il n'y a pas de liberté sans sécurité.
Le libéral est ouvert aux idées nouvelles, écrit-il. Les sociaux-démocrates aussi, qui furent certes les plus grands réformateurs de l'humanité.
D'ailleurs, voilà un autre problème du classement proposé par M. Pettigrew. Non seulement les valeurs libérales n'appartiennent pas au Parti libéral, mais où se situe désormais le courant bleu par rapport au PLC et par rapport au PLQ? Est-il à sa gauche, ou à sa droite?
Les libéraux d'aujourd'hui, que l'on qualifie souvent de néolibéraux, sont de plus en plus identifiés au conservatisme fiscal. George W. Bush prétend d'ailleurs lui aussi être un défenseur des valeurs libérales. M. Pettigrew écrit: «le libéral, dans notre tradition nord-américaine, manifeste une grande sensibilité aux besoins des êtres plus faibles». Au Québec, quel parti répond le mieux à ce critère?
Le militant Pettigrew attribue aux libéraux des réformes importantes. Il ne mentionne pas celles adoptées par les gouvernements du Parti québécois actuellement reprises au fédéral (congés parentaux, centres de la petite enfance, financement des partis politiques, etc.)
Il souligne le fait que c'est le gouvernement Martin qui reconnaît enfin les mariages homosexuels, oubliant de dire que c'est une réforme exigée par les tribunaux, contestée de manière rancunière par des députés libéraux mais appuyée par le Bloc québécois et précédée par la loi sur l'union civile, adoptée à Québec sous l'impulsion du gouvernement du Parti québécois.
Aux yeux de M. Pettigrew, le courant rouge soutient que notre avenir doit être ouvert sur de plus grands ensembles. Justement, l'objectif des souverainistes est d'inscrire le Québec dans le grand ensemble que constitue la communauté internationale.
Au fait, c'est un autre bleu, Brian Mulroney, avec l'appui d'un bleu du Québec, Bernard Landry, qui a fait adhérer le Canada au libre-échange nord-américain, une vieille idée d'abord avancée par un libéral d'autrefois, Wilfrid Laurier.
Après Duplessis, les rouges et les bleus d'alors se sont répartis autrement dans la sphère politique, et leurs héritiers n'ont pas reproduit ce clivage. René Lévesque, rouge en 1960, a fondé le Parti québécois avec un contingent de libéraux. En 1994, un autre libéral, Mario Dumont, a fondé l'Action démocratique du Québec. Et c'est un ancien chef conservateur qui dirige le PLQ.
Dans tous les partis, on trouve des progressistes et des rétrogrades. L'important, c'est le résultat: quelles sont les réalisations des partis concernés lorsqu'ils sont au pouvoir? Les libéraux ne détiennent pas le monopole des réussites et ils ont leur lot de déboires.
Si M. Pettigrew veut débattre des mérites respectifs de la social-démocratie et du néolibéralisme, de la souveraineté du Québec et du fédéralisme, qu'il le fasse en discutant des faits. Pour l'heure, ses tentatives relèvent d'une forme d'intégrisme. Bientôt, on le prendra pour un fanatique.

La bonne vieille méthode
Hélène Buzzetti
Le Devoir mercredi 21 septembre 2005
Vous vous rappelez? C'était il y a deux ans, Jean Chrétien préparait son départ et les libéraux du Québec attendaient avec impatience la venue de Paul Martin. On lui prédisait un succès monstre car on voyait en lui un premier ministre plus flexible sur le front des relations fédérales-provinciales. Deux ans plus tard, qu'est-il advenu de ces espoirs? Pas grand-chose, malheureusement.
Ottawa - Le sujet est tellement suranné qu'on en est rendu à se demander s'il s'agit bien de «nouvelles». Ottawa et Québec se chamaillent sur le front des garderies. Ils s'obstinent encore à propos du protocole de Kyoto. Ils s'invectivent par médias interposés au sujet de la place de la province sur la scène internationale. Où est donc la nouvelle approche de Paul Martin qu'on nous promettait?
La plus récente confrontation Québec-Ottawa se joue pour l'instant dans les coulisses et porte sur les garderies. Ottawa a décidé de présider à la mise en place d'un réseau pancanadien de places abordables en octroyant 5 milliards de dollars sur cinq ans. L'argent serait, ô surprise!, conditionnel au respect d'un certain nombre de conditions telle que rendre des comptes à la population. Le pépin, c'est que le Québec dépense déjà 1,7 milliard par année pour financer ses places populaires à 7 $. La province ne l'a jamais dit franchement, mais elle voudrait rediriger le 1,25 milliard qui lui revient vers d'autres secteurs négligés. Ottawa ne veut rien entendre.
Sur le front environnemental, Ottawa ne s'est toujours pas entendu avec Québec sur sa part de réduction des gaz à effet de serre en vertu du protocole de Kyoto. Le Québec estime qu'il a déjà fait largement sa part en adoptant l'hydroélectricité et qu'il devrait avoir des cibles moins élevées que dans le reste du pays. Les négociations sont bloquées.
Plus ouverte est cette guerre à propos de la place du Québec sur la scène internationale. Le Québec veut obtenir un statut d'intervenant lorsque le Canada discute ou négocie des sujets relevant des compétences provinciales comme la culture ou l'éducation. En janvier 2004, Paul Martin avait affiché son ouverture à cette demande. «Oui, je vais mandater [Pierre] Pettigrew de rencontrer les ministres responsables et de tenter de conclure une entente.»
Près de deux ans plus tard, les discussions sont à la veille de commencer, mais leur issue semble déjà compromise tant M. Pettigrew a multiplié les déclarations publiques incendiaires. Il s'est empressé d'enterrer la doctrine Gérin-Lajoie qu'il juge «dépassée». Puis, il en a remis dans une entrevue en affirmant qu'il ne faut pas faire trop de concessions de crainte qu'un «fanatique de l'indépendance» revienne en poste à Québec.
Bien sûr, le Québec joue lui aussi une joute politique: pour un gouvernement malmené, il est toujours rentable de casser du sucre sur le dos d'Ottawa. Ainsi, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, et celui des Infrastructures, John Godfrey, s'étaient entendus sur la place à accorder au Québec lors de la conférence internationale de l'OCDE à Montréal. Puis, sans crier gare, Québec est revenu sur sa parole en parlant d'un «accrochage». À Ottawa, on s'expliquait mal ce revirement de position.
Ce sont ces guerres de clocher que les libéraux du Québec pensaient reléguer au rang de l'histoire en élisant Paul Martin à la tête de leur parti. Ils le percevaient comme plus flexible que Jean Chrétien parce qu'il avait appuyé l'accord du lac Meech en 1990. N'est-ce pas la raison évoquée par Jean Lapierre pour effectuer un retour en politique après avoir «boudé» M. Chrétien?
Cette semaine, en ces pages, nous publiions une entrevue avec deux anciens candidats libéraux à l'élection partielle de 2002. Ils avaient voté «oui» aux référendums sur la souveraineté du Québec, mais avaient eu envie de donner une chance à Paul Martin en conciliateur. Aujourd'hui, ils se disent eux aussi déçus du peu de résultats de son approche.
Le premier ministre a bien joué la carte du fédéralisme asymétrique l'automne passé, en signant avec le Québec une entente distincte sur la santé selon laquelle la province n'avait pas à rendre de comptes à Ottawa sur l'utilisation de sa part des 18 milliards. Mal lui en pris. M. Martin a été vertement dénoncé par ses propres troupes, dont deux anciens ministres libéraux, et un sondage a déterminé que 79 % de la population hors Québec était contre.
Peut-être faut-il en tirer enfin les conclusions qui s'imposent, à savoir qu'il n'est pas payant pour un premier ministre canadien d'avoir l'air de trop céder aux demandes du Québec. Si la publication des conversations à chaud de Brian Mulroney nous a appris quelque chose, c'est qu'un politicien peut payer très cher, et très longtemps, sa trop grande complicité avec le Québec.

Get a grip, Mr. Pettigrew
L. Ian MacDonald
The Gazette (Montreal) September 19, 2005 Monday
The foreign minister's arrogant speech to young Liberals shows why the Martin government should be put out to pasture
When someone puts himself on a pedestal, as Pierre Pettigrew has, he's almost begging to be knocked off it.
In a speech to young Quebec Liberals the weekend before last, the foreign affairs minister accused the Bloc Quebecois and the Parti Quebecois of intolerance, the one thing both parties are most sensitive about. As an example, he cited the separatist hard-liners trying to torpedo the nomination of Michaelle Jean as governor-general, not because she's black, but because she and her husband, Daniel Lafond, had apparently forsaken the cause of sovereignty for the comforts of Rideau Hall.
He called the treatment of Jean "shameful," and later said the Bloc and PQ were intolerant. In baseball, this is called a purpose pitch. In politics it's known as the surrogate speech, whereby the leader sends out someone else to do a dirty job on his behalf.
In this case, both the Bloc and PQ had been making significant inroads among ethnic voters, particularly in the Haitian community, until the understandable blowback from the attempt by les purs et durs to sabotage the Jean appointment. Among the ridings previously thought to be in jeopardy were Pettigrew's own Montreal seat of Papineau. Bloc leader Gilles Duceppe, understandably proud of his outreach to ethnic voters, fell into an eloquent silence during the summer storm that nearly engulfed Jean, and that did not pass unnoticed among Montreal's Haitian community - a huge bloc of voters.
Pettigrew's speech to the young Liberals was really about opinion reinforcement outside the room in Trois Rivieres, intended as a reminder to a larger audience back in Montreal. The accusation of intolerance is the one that always gets under the separatist skin, prompting reflex overreactions such as Bloc House leader Michel Gauthier denouncing Pettigrew as a traitor to the Liberal tradition.
This has been going on for decades. Any francophone who disagrees with the sovereignist viewpoint is either a traitor or a sellout. It's as tiresome as it is predictable.
But Pettigrew was not content to leave it at that. He wrote an opinion piece in La Presse last Thursday in which he concluded: "For 150 years in Quebec, there are les bleus who feed off distrust, and les rouges who embrace confidence."
That's a pretty sweeping statement about the societal values of political parties. In Quebec, long before the PQ and Bloc appropriated light blue colours, and even before the Union Nationale, there were les bleus of a darker hue in Ottawa - the Conservatives.
And the suggestion that les rouges in Ottawa and Quebec are the sole source of progressive ideas, reminds voters of why the Liberals should be sent to the showers. Occasionally, their moral corruption is surpassed by their intellectual arrogance.
Consider this: "We owe the Liberal Party in Quebec and in Ottawa for the vast majority of reforms adopted in our society." He went on to cite the Charter of Rights and Freedoms under Pierre Trudeau in 1981, the Quebec charter under Robert Bourassa in 1975, the abolition of capital punishment, the legalization of homosexuality, unemployment insurance, health care, child benefits and even "a foreign policy that led us to say no to the war in Iraq, and the anti-missile shield, while ratifying Kyoto."
Most of the time, achievements of one government are a continuum with those of its predecessors.
For example, it was a bleu, John Diefenbaker, who first enacted the Bill of Rights in 1960, which was the forerunner of Trudeau's charter. The difference? The charter was entrenched in the Constitution.
It was Diefenbaker who appointed Judge Emmett Hall, the father of medicare, whose recommendations were later adopted by the Liberal government of Lester Pearson. For that matter, it was the Dief-appointed royal commission on the automotive industry that led to the Auto Pact, which Pearson signed with U.S. president Lyndon B. Johnson in 1965.
Similarly, it was the recommendation by a Trudeau-appointed royal commission for a "leap of faith" that emboldened a Conservative prime minister, Brian Mulroney, to negotiate free trade with the Americans in 1987 and sell it to the voters in 1988.
However, it was the Trudeau wing of the Liberal Party, aided and abetted by Liberal governments in New Brunswick and Newfoundland, that first delayed and then killed the Meech Lake Accord in 1990. Does Pettigrew really want to go down that road?
On the provincial side, the first PQ government of Rene Levesque was extremely progressive on social policy, enacting such reforms as auto insurance and rental controls.
Whenever a government party claims a monopoly on political wisdom, it usually needs to be sent on vacation. Perhaps Pettigrew needs a holiday in Paris. Perhaps next time, he should leave the driver at home.
ian-macdonald@sympatico.ca

Charest et Martin: rien ne va plus!
Patrice Roy
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 15 - 1 octobre 2005
Le courant ne passe plus entre Québec et Ottawa. Au début de juillet, le premier ministre du Canada, Paul Martin, a mis sept jours à rappeler son homologue provincial Jean Charest! Un affront qui a presque fait regretter à un proche du premier ministre du Québec le style de Jean Chrétien: "On aimait rarement ses réponses, mais au moins elles nous arrivaient d'Ottawa rapidement!"
Des deux côtés, on n'hésite plus à parler de froid, d'incompréhension, de manque de souplesse. Les ministres du gouvernement Charest accumulent les frustrations vis-à-vis du fédéral, alors qu'à Ottawa on dit que Québec joue les enfants gâtés dans bien des dossiers.
Un des derniers accrochages en date est arrivé en juin, quand Ottawa et Québec se sont entendus sur le transfert vers les villes d'une partie de la taxe fédérale sur l'essence. Lors de l'annonce de cette entente, à Montréal, le climat était tendu. On se souviendra longtemps à Ottawa du discours du ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui rappelait au gratin fédéral que les municipalités relèvent de la compétence provinciale et que le transfert de la taxe ne devait pas faire oublier le drame du déséquilibre fiscal.
"Les maires étaient mal à l'aise et nous passions encore pour les méchants, alors que nous étions en train d'annoncer un transfert d'un milliard de dollars pour les villes! C'est comme pisser sur la parade... Quoi que nous fassions, ils [les ministres du cabinet Charest] ne seront jamais contents", lance un conseiller de Paul Martin.
Pourtant, lors de la conclusion de la conférence sur la santé, en septembre 2004, Jean Charest et Paul Martin jubilaient. Pendant plusieurs jours, on allait louanger la ténacité de Jean Charest, qui, en plus d'une entente particulière pour le Québec, avait arraché quelques milliards de plus pour la santé. Louanges au Québec aussi pour Paul Martin, qui n'avait pas hésité à imposer à la machine fédérale - laquelle s'y opposait -, le concept d'asymétrie, inscrit pour la première fois officiellement dans un accord. Un accord "made in Québec" fortement dénoncé dans le reste du Canada.
"Même dans ce mauvais climat, nous avons tout de même réalisé plusieurs choses avec le fédéral", souligne Benoît Pelletier. On serait à deux doigts de s'entendre sur le transfert au Québec des fonds fédéraux pour les garderies. Et après avoir traîné pendant 25 ans, le dossier des congés parentaux a été définitivement réglé.
L'entente sur la péréquation d'octobre 2004 viendra jeter un premier froid. Paul Martin n'aurait pas encore digéré les sorties alarmistes de l'ex-ministre québécois des Finances, Yves Séguin, qui comparait le gouvernement Martin à un Dracula qui saigne les provinces.
Voilà le noeud du problème: Ottawa est profondément convaincu d'avoir été énormément prodigue envers le Québec au cours de la dernière année. D'autre part, à Québec, on juge que depuis le généreux accord sur la santé, le gouvernement fédéral a versé davantage à d'autres provinces, au moyen d'ententes particulières.
C'est dans cette atmosphère tendue que devront néanmoins se régler prochainement deux dossiers jugés extrêmement importants pour le Québec: sa place dans les forums internationaux et le financement de l'éducation postsecondaire.
Le climat s'est dégradé au point que, dans l'entourage de Martin et de Charest, on songe à une réunion forcée cet automne: enfermer les deux premiers ministres dans une pièce pour qu'ils puissent exprimer leurs frustrations respectives. Et si personne ne croit plus à une relation idyllique, des deux côtés on sait bien qu'on a grandement besoin l'un de l'autre pour remporter les prochaines élections. Et le premier à passer ce test sera Paul Martin.

Quebec, Ottawa spar over foreign affairs
Don MacPherson
The Gazette (Montreal) September 17, 2005 Saturday
As if federalists in this province didn't have enough problems, Liberals in Quebec City now are fighting publicly with those in Ottawa.
The issue is Quebec' s place in international affairs. Pierre Pettigrew, the federal minister of foreign affairs, is vehemently opposed to the Charest government's proposal on Quebec's place in international relations.
Not only that, Pettigrew wants to roll back gains Quebec has already made, scrapping the 40-year-old "Gerin-Lajoie doctrine."
The doctrine is named for its proponent, Paul Gerin-Lajoie, who was education minister in the Lesage Liberal government.
It holds that Quebec is entitled to represent itself abroad and conclude international agreements in fields of exclusive provincial jurisdiction such as education.
As for the Charest government's proposal that the federal government accept rules regularizing Quebec's participation in international negotiations, here it is in a nutshell:
"The federal government should continue to conclude international treaties, except that in matters pertaining to provincial jurisdiction, the treaties concluded by the central government should only take effect with the consent of the provinces concerned ...
"The provinces should be adequately represented in Canadian delegations to international organizations dealing with matters falling within their jurisdiction.
"For their own purposes and provided they act in accordance with the federal government's diplomatic policy, the provinces should be entitled to establish delegations or foreign offices abroad and should be able to conclude international agreements relating to matters within their jurisdiction."
Except that those excerpts aren't from the speech last May in which International Relations Minister Monique Gagnon-Tremblay outlined the principles underlying the policy, or the statement this week in which she fleshed them out.
Rather, they are taken from Recommendation 27 in the Quebec Liberal Party's 1980 "beige paper" on constitutional reform. At the time, the Liberal leader was the nationalist Claude Ryan - whose executive assistant was one Pierre Pettigrew.
Actually, the Charest government is asking for significantly less than Ryan did; it's asking for administrative changes rather than constitutional ones. This is in keeping with the "functional" approach to federal-provincial relations of Canadian Intergovernmental Affairs Minister Benoit Pelletier.
Pettigrew seems to be trying to live down his association with Ryan. In Pettigrew's biography on the prime minister's website, Ryan is not even mentioned by name (though his name does appear in Pettigrew's bio on his own site).
But what Quebec is proposing actually seems to be in the interests of the federal government, and to make such good sense that Pettigrew's resistance to it seems downright irrational.
For once, Quebec has considerable bargaining power in a dispute with Ottawa. Gagnon-Tremblay explained to me this week that the British Privy Council ruled in 1937 that the provinces are not bound to apply international agreements in their jurisdictions concluded by Ottawa without their consent.
While Quebec has never had occasion to refuse to apply such an agreement, Gagnon-Tremblay would not exclude the possibility that it might exercise that right in the future. If it did, it would embarrass Canada internationally and damage its credibility as a negotiating partner.
And, the minister pointed out, Canada's international negotiations increasingly touch on areas where it's up to the provinces to apply the resulting agreements, of which security is just one example.
But if the provinces were regularly involved from the start in such negotiations, as Quebec is requesting, the process would be more efficient, and the provinces would be bound to apply the resulting agreements.
Quebec's proposal looks like a winner for both levels of government, including all the other provinces as well as itself. Prime Minister Martin keeps saying he wants to improve the functioning of the federation. This looks like an opportunity for him to do something about it.
dmacpher@thegazette.canwest.com

What regional tensions?
Peter Donolo; Allan Gregg
The Globe and Mail Wednesday, September 21, 2005
Even Albertans Quebeckers are showing a profound commitment to the nation, say politicos
From the Manitoba schools question in the 1890s to the 1995 Quebec referendum, Canada's peaceable history has been punctuated by regional conflicts that threatened to tear the country apart. Such tensions are evident to this day and often dominate the national agenda. Whether it is Newfoundland's Premier, Danny Williams, banishing the Canadian flag to protest Ottawa's "betrayal" over offshore resources or Alberta Premier Ralph Klein telling the rest of Canada to "keep your hands off" his province's oil, regional grievances have come to be accepted as a permanent part of the Canadian condition.
It's high time Canadians see past the clichés and recognize that when these grievances surface, they are often a function of self-serving sabre-rattling rather than a lack of commitment to the nation; a misconstrued stereotype rather than any deep animosity by citizens in one region toward those in another.
A good example is the most recent survey we conducted for The Globe and Mail and CTV, released last week. It reveals a reality -- particularly regarding Alberta and Quebec -- that is much more nuanced than the rhetoric we often hear from politicians and political commentators. The results show a level of commitment to Canada by those provinces that belies the long-held view of Quebec and Alberta as the "crybabies" of Confederation.
One of the first casualties should be the old notion that Alberta's prevalent attitude is "let the Eastern bastards freeze in the dark." In fact, our survey shows that Albertans could more likely vie with Ontarians for the title of "Most Generous Canadians." When they were asked about the principle of sharing resource royalties with other Canadians, almost half (47 per cent) felt that at least some of the royalties should be shared nationally and 13 per cent even felt the proceeds should be shared equally with other Canadians. All told, almost two-thirds of Albertans were in a sharing mood -- even with a question that specifically reminded them that the Constitution gave their province exclusive rights to those royalties.
Not surprisingly, two-thirds of Albertans did agree with the statement that their province "contributes more to the rest of Canada than it gets back in return." However, fewer than half of those said they thought this was a "bad thing" -- hardly reflective of an aggrieved population.
The survey also raises a number of interesting points about Quebec attitudes. A solid majority of Quebeckers believe their province contributes the same or less to the rest of Canada than it gets back, while only 37 per cent say their province contributes more than it gets back.
Proof that Quebeckers recognize that their province is a recipient of equalization payments? Perhaps, but it also flies in the face of arguments that prevailed among those on the Yes side in the 1995 referendum that claimed Quebec was the "cash cow" of Confederation, and is at odds with the current Quebec government's position on the "fiscal gap."
Also noteworthy is the identification with Canada expressed by a large majority of Quebeckers. Fully 58 per cent said they thought of themselves either equally as Quebeckers and Canadians or as Canadians first, while 40 per cent said they thought of themselves as Quebeckers first. This attachment to Canada also shows up when asked about reactions to the handling of natural disasters. A majority of all Canadians felt "the Canadian government would have responded better" to a Katrina-like situation than the U.S. government did.
The region that holds this view most broadly (58 per cent) was Quebec. One reason may be its experience with the 1998 ice storm, in which the Canadian Armed Forces carried out highly visible disaster work, and national institutions came to be appreciated.
These results should not be overstated. The survey still shows that a sizable majority (60 per cent) of Quebeckers support "opting out" of national programs such as health and education (unlike the majority of other Canadians), and it shows that two-thirds of Albertans specifically oppose using their budget surplus to offset rising energy costs elsewhere in Canada. But such attitudes don't add up to conflicts, and don't need to rend the national fabric -- unless politicians pursue that approach.
No one should be surprised that Albertans would resist an assault on their treasury, when their Premier is making incendiary claims that is about to happen. (Never mind that he is the only one suggesting it.) And why would many Quebeckers not express a loyalty to their region when they have been told for four decades that their needs are so distinct? Equally, it would defy logic if the majority of Ontarians didn't believe there was a fiscal imbalance in the national accounts, considering their Premier's campaign on the subject.
What is surprising is that even in the face of exhortations from their leaders, a majority of Albertans believe provincial natural resources "belong to all Canadians," that Ontarians are the most likely to say they see themselves as "Canadians first" and that 60 per cent of Quebeckers report a continuing affinity to Canada. The bottom line is that Canadians -- even in the most "alienated" regions -- view their country as something more than a balance sheet or chequebook.
Peter Donolo and Allan Gregg are executive vice-president and chairman of The Strategic Counsel, a public-opinion research firm based in Toronto.

Who speaks for Canada? Take a number
Jeffrey Simpson
The Globe and Mail Wednesday, September 21, 2005
In the jumble, and sometimes jungle, that is Canadian federalism, a few things are clear.
As in: provinces run the school systems and hospitals; Ottawa handles the post office, defence and foreign affairs. After all, if a country doesn't speak with one voice in international matters, other countries get confused. From confusion sometimes comes trouble, including if others try to play off one voice against another.
Clarity is therefore essential in conducting foreign policy. We've seen how the lack of domestic consensus hurt when negotiating softwood lumber with the U.S.
This cardinal principle of clarity, however, is again being contested by Quebec. Resurrecting an old doctrine, the Quebec government of Premier Jean Charest now wants an international voice for Quebec in all matters that relate to its domestic jurisdictions. And since Quebec governments tend to have expansionist interpretations of what those domestic jurisdictions are, the doctrine conceivably could extend very widely indeed.
Quebec has laid down its demands for foreign policy. It wants the right to speak for itself in international organizations if the province's interests are at stake. It seeks to approve treaties in areas of its responsibilities before Canada can sign them.
It wants membership status inside Canadian delegations at international meetings. It wishes to speak freely at such international organizations as UNESCO, the World Health Organization and the International Labour Organization.
According to Quebec's Minister of International Affairs (please note the title), Monique Gagnon-Tremblay, this Quebec participation will "enrich the Canadian government's voice."
Enriching? Maybe. Potentially confusing, definitely. A federalist government now rules in Quebec City, so the potential for confusion might be somewhat limited. Imagine, though, what a secessionist government would do with this power, should Ottawa concede it. Every time the Bloc Québécois sends an MP on a parliamentary trip, he or she makes the secession pitch overseas in the presence of the other Canadian MPs.
How Ottawa will officially respond to this Quebec demand remains murky. Not long ago, Canada's Foreign Affairs Minister, Pierre Pettigrew, appeared to throw cold water on Quebec's proposed approach. But his boss, Prime Minister Paul Martin, is seldom one to take a firm stance, especially when it comes to accommodating Quebec. He's said he remains open to discussing a wider field for Quebec.
On Oct. 7, a meeting it set among four Quebeckers -- two Quebec ministers and two federal ministers from Quebec -- to discuss these demands. If Ottawa had a clear vision of foreign policy, and a strong sense of its own responsibilities, the meeting would be courteous but brief. The federal answer should be: Canada speaks with one voice overseas, thank you. Consultation with provinces before taking a formal position, of course. Anything else, forget it.
The governor of New York doesn't share international platforms with President George W. Bush, nor does a Russian provincial leader go around with President Vladimir Putin.
It's easy to see where this Quebec demand comes from. Back in the 1960s, a Quebec Liberal minister, Paul Gérin-Lajoie, developed this doctrine of Quebec's domestic responsibilities extending into international affairs. The Gérin-Lajoie approach produced conflicts with various federal governments, just as it might today.
Quebec (and New Brunswick) enjoy status as a sort of associate member of La Francophonie, the association of countries that have some connection, sometimes exceedingly tenuous, with French.
Quebec's premier speaks at sessions dealing with culture and language, but not foreign policy. Having conceded that power, Ottawa might find it hard to draw the line within other organizations.
Mr. Charest also heard nothing critical from Ottawa when Quebec joined a joint trade mission with France to Mexico. Nor does Mr. Charest mind chirping periodically about what Ottawa should say to Washington or other foreign governments. (Mind you, other premiers like to offer their unsolicited advice on foreign policy, too.) Quebec can also use a tit-for-tat argument. The Martin government has big-footed its way into all sorts of provincial jurisdictions using Ottawa's constitutional power to spend as justification. Health care, cities, daycare are all provincial responsibilities into which the Martin government has moved with multibillion-dollar spending commitments.
If Ottawa can barge into provincial jurisdiction, Quebec might say: Why can't we play in foreign affairs? And given the federal Liberals' political weakness in Quebec, now is a good time to press them to the wall.
For once, it would be nice if the federal government just said no.
jsimpson@globeandmail.ca

Le retour de la politique nationale de l'énergie
Éric Desrosiers
Le Devoir mercredi 21 septembre 2005
Après des années de profil bas, des voix pressent Ottawa de revenir dans la mêlée
La dernière fois qu'Ottawa a voulu se montrer interventionniste dans le domaine, cela a été si traumatisant que même l'expression «politique énergétique nationale» a été rayée de son vocabulaire. Vingt ans plus tard, des voix le pressent pourtant de retourner dans la mêlée. On voudrait qu'il aide les uns à profiter de la flambée des prix et les autres à ne pas trop en souffrir. On voudrait qu'il augmente la production tout en réduisant la pollution. On voudrait aussi qu'il établisse une stratégie commune, mais en respectant l'autonomie des provinces.
On s'attend au cours des prochains jours à ce que le gouvernement fédéral annonce des mesures visant à atténuer un peu la récente augmentation spectaculaire des prix de l'essence. On évoque une aide ponctuelle qui pourrait ressembler aux chèques de quelques centaines de dollars qui, au début des années 2000, avaient été envoyés aux ménages les plus modestes à l'occasion d'une autre flambée des prix.
D'aucuns voudraient qu'on aille plus loin et que le gouvernement mette enfin au pas les compagnies pétrolières, voire qu'Ottawa prenne les dispositions nécessaires pour que les Albertains ne soient pas les seuls à tirer profit des ressources pétrolières du pays. Un récent sondage de la firme Léger Marketing révèle même que 49 % des Canadiens seraient favorables à une nationalisation des ressources pétrolières mais que la même proportion d'Albertains serait contre tandis que 54 % des citoyens du pays voudraient au moins que le gouvernement plafonne les prix de l'essence à la pompe.
Il fut une époque où le Canada n'hésitait pas à flirter avec ce genre de politique. C'était au temps du Programme énergétique national (PEN, ou National Energy Policy en anglais) du gouvernement Trudeau, de la création des sociétés d'État Pétro-Canada et Dome Petroleum, du plafonnement des prix des carburants et de l'Agence de tamisage des investissements étrangers, qui empêchait ces derniers de prendre trop de place dans l'économie canadienne.
Le PEN allait être abandonné à peine quelques années plus tard, non sans avoir laissé au passage une colère tenace dans le coeur des Canadiens de l'Ouest. Depuis 1985, il a été remplacé non pas par une «politique» mais par une «stratégie énergétique canadienne» au profil bas, qui a adopté une position presque contraire et dont les quatre «piliers» sont l'application stricte des règles du marché, le respect des pouvoirs des provinces sur leurs ressources naturelles, le droit d'Ottawa de procéder à des interventions ciblées visant à palier les déficiences du marché, notamment en recherche-développement, ainsi que le rôle de l'État dans la réglementation en matière de sécurité, d'environnement et de stabilité économique.
Nouvelle stratégie
Cette stratégie, le gouvernement de Paul Martin a fait savoir, dans son dernier discours du Trône, qu'il voulait la mettre à jour. On visera notamment à augmenter la production d'énergie afin de répondre aux besoins intérieurs et à ceux des marchés d'exportation. On cherchera également à accroître l'efficacité énergétique et la conversion à des sources d'énergie moins polluantes.
Les fonctionnaires chargés de ce travail sont d'ailleurs déjà à pied d'oeuvre, affirme le ministère canadien des Ressources naturelles. «Le cadre énergétique du Canada doit établir un équilibre entre les enjeux économiques, sécuritaires, sociaux et environnementaux», déclare leur patron, le ministre John Efford. «Notre politique actuelle est fondée sur les lois du marché, et je ne crois pas que cela changera. Mais la politique doit évoluer avec les marchés, les ressources et les technologies.» Il promet d'en arriver à des propositions «au cours des prochains mois» après consultation auprès de l'industrie, des provinces et des Canadiens.
La démarche est applaudie, aussi bien par l'industrie que par les environnementalistes.
«Il est absolument essentiel qu'on tienne un débat national sur nos priorités énergétiques à long terme», dit Marlo Raynolds, directeur général de l'Institut Pembina, un groupe de recherche écologiste. «Le Canada est un des rares pays de l'OCDE qui n'ont pas encore été capables d'exprimer clairement leur stratégie énergétique. Si cela ne change pas, je crains qu'on ne fasse que réagir aux événements et aux pressions étrangères.»
Environnementet flambée des prix
La question environnementale promet d'ailleurs d'être un des principaux enjeux de la nouvelle stratégie énergétique canadienne. «En fait, ce qui a tenu lieu de politique énergétique au cours des deux ou trois dernières années au fédéral a été l'implantation du protocole de Kyoto», note Jean-Thomas Bernard, professeur spécialisé en économie des ressources naturelles à l'Université Laval.
La nouvelle politique de l'énergie serait, selon lui, une bonne occasion pour Ottawa de reconnaître que son Plan vert n'a d'ores et déjà aucune chance d'atteindre les objectifs fixés. «C'est dommage, poursuit-il, parce que les sources de gaz à effet de serre sont relativement simples à déterminer et que, à la place de ce système de permis d'émission boiteux et d'approches interventionnistes, on aurait pu établir une taxe ou un véritable système de permis échangeables pour obtenir des résultats.»
L'augmentation fulgurante des prix de l'énergie ne manquera pas non plus d'être au centre des réflexions. On essaiera de réconcilier les priorités environnementales avec la volonté d'assurer un approvisionnement stable et abordable aux Canadiens ainsi que le désir de tirer le maximum de profit des exportations.
Un des objectifs déclarés est la mise en place, en collaboration avec les différents ordres de gouvernement, d'une «réglementation intelligente» visant officiellement «à réduire au minimum les retards, accroître la prévisibilité et rationaliser la procédure» mais consistant, en clair, à accélérer l'examen, notamment d'ordre environnemental, des nouveaux projets d'investissement dans le secteur.
«À l'heure actuelle, ces processus sont extrêmement compliqués et impliquent plusieurs ministères et toutes sortes d'organismes publics et parapublics», déplore George Eynon, vice-président au Canadian Energy Research Institute, basé à Calgary. «Ça prend un temps fou et ça coûte très cher au moment même où la demande en énergie ne cesse de croître et où les projets d'investissement se multiplient. On espère qu'une nouvelle politique nationale permettra au moins au ministère des Ressources naturelles de reprendre le contrôle là-dessus.»
La proposition fait frissonner Marlo Raynolds, de l'Institut Pembina. «Les délais sont loin d'être aussi longs que l'industrie le dit, assure-t-il. Et il est important de faire attention parce qu'il en va, dans le cas du gaz et du pétrole, non seulement de l'environnement mais aussi d'un patrimoine collectif qu'on ne pourra extraire qu'une seule fois.»
Ottawa cherchera d'autre part à accroître la recherche et le développement de moyens d'exploitation plus efficaces des ressources traditionnelles ainsi que de sources alternatives d'énergie, dit André Plourde, directeur du département de sciences économiques de l'université de l'Alberta. «C'est quelque chose que le marché a du mal à faire tout seul et que les provinces ont laissé à Ottawa ces dernières années.»
Le gouvernement fédéral ne manquera pas non plus de faire la promotion de l'énergie nucléaire, à laquelle il prend une part active par le truchement de l'Agence atomique du Canada. «L'avenir réserve de belles occasions pour le Canada et l'industrie nucléaire canadienne», a répété le ministre John Efford cet été.
Il sera peut-être de nouveau question de cette ligne électrique qui traverserait le pays d'est en ouest. Le projet a maintes fois été évoqué comme un moyen de faire profiter tout le monde des ressources hydroélectriques du Labrador, du Québec ou du Manitoba et de se prémunir contre une autre grande panne comme celle qui a frappé le Nord-Est américain en 2003. «Il est facile de deviner d'où ce projet vient, raille Jean-Thomas Bernard. L'Ontario a de très grandes difficultés à trouver comment il assurera son approvisionnement en énergie au cours des prochaines années. Mais ce projet n'est pas viable économiquement. L'axe naturel d'échanges va du nord au sud, et l'intérêt pour le Québec est de vendre aux États-Unis. Mais le projet pourrait quand même se réaliser si Ottawa est prêt à le financer.»
Propriété étrangère et contrôle des prix
Le Canada, déjà fortement intégré au marché américain en vertu de l'organisation des réseaux de transport d'énergie et de son titre de premier fournisseur étranger de pétrole (16 % des importations aux États-Unis), de gaz naturel (87 %) et d'électricité (presque 100 %), devra vraisemblablement se faire à l'idée de l'être encore plus à l'avenir. L'administration Bush a répété plus d'une fois, depuis le 11 septembre 2001, qu'il en allait de la sécurité énergétique de son pays.
Les Américains ne sont toutefois pas les seuls à s'intéresser aux ressources canadiennes. La française Total a maintenant pignon sur rue à Calgary. Une entreprise chinoise a quant à elle acheté, cet été, la canadienne PetroKazakhstan pour 4,2 milliards $US. Une autre négocie en ce moment la construction d'un oléoduc de 2,5 milliards qui relierait l'Alberta à la côte du Pacifique.
Les règles de l'ALENA ne permettent plus au Canada de s'interposer aux investisseurs américains ou mexicains sur la seule base de leur nationalité. Le pays aura de toute manière besoin de capitaux étrangers pour l'aider à développer ses ressources, dit Gilles Rhéaume, vice-président et spécialiste des politiques publiques au Conference Board. «On parle d'investissements considérables que les Canadiens ne semblent avoir ni le souhait ni les moyens de faire.»
Le cas de la Chine est différent, dit M. Rhéaume. Il n'est pas exclu que le Canada adopte un jour, pour des raisons de sécurité énergétique, la même attitude défensive que les Américains ont affichée cet été lorsqu'une société d'État chinoise a voulu acheter la pétrolière californienne Unocal. On pourrait dans ce cas invoquer des conditions liées à la nature et aux règles de gouvernance des entreprises chinoises pour bloquer les transactions.
Est-il envisageable que le gouvernement s'avise un jour de plafonner de nouveau le prix des carburants? Les experts en doutent fortement. «Ces marchés sont beaucoup plus intégrés qu'ils ne l'étaient dans le temps, note le professeur André Plourde. On parle aujourd'hui de prix mondiaux. Le coût économique d'une politique qui les maintiendrait artificiellement bas au pays sauterait immédiatement aux yeux des investisseurs étrangers et des provinces productrices.»
Une politique modeste
Reste maintenant à voir quel moment le gouvernement Martin jugera le plus opportun de soulever publiquement ces enjeux à la fois brûlants d'actualité et extrêmement délicats d'un point de vue politique. Avant ou après les élections?
Quoi qu'il en soit, il semble certain qu'il devra faire preuve d'une bonne dose de modestie et de diplomatie. Après tout, les ressources naturelles relèvent principalement des compétences constitutionnelles des provinces, et plusieurs d'entres elles, dont le Québec et l'Ontario, sont justement en train de réviser leurs propres politiques en la matière. L'ancienne politique nationale de l'énergie des années 80 leur a appris à se méfier d'Ottawa.
«La nature de la production et de la consommation énergétiques est beaucoup trop différente d'une province à l'autre pour qu'on puisse espérer qu'elles s'entendent avec le gouvernement fédéral sur une politique commune», estime Gilles Rhéaume. Entre l'Alberta, qui est exportatrice de pétrole, le Québec, qui dépend de l'hydroélectricité, et l'Ontario, qui a d'énormes besoins énergétiques, l'entente ne peut être que superficielle. Il y aura de la bagarre dès qu'on touchera à l'essentiel. Le mieux qu'on puisse espérer, dit-il, serait l'adoption d'une série d'objectifs nationaux ou internationaux qui seraient assez généraux et que chacun pourrait ensuite poursuivre à sa manière.»
«Le gouvernement fédéral n'a plus les moyens d'imposer ses vues d'un océan à l'autre comme il l'a fait dans les années 80, confirme Jean-Thomas Bernard. L'Alberta n'est plus la seule de son camp, et le contexte international a changé. Ottawa doit composer avec ça.»

Les garderies, «symbole canadien»: La vision de Paul Martin ne plaît pas du tout au Québec
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 21 septembre 2005
Ottawa - Le premier ministre Paul Martin a affirmé hier que son idée de financer un service de garderie à la grandeur du pays allait constituer le prochain symbole de «l'édification de la nation canadienne», au même titre que le système de santé universel. Une déclaration «insultante» et «prétentieuse», ont aussitôt répliqué les partis d'opposition à la Chambre des communes, alors qu'à Québec, le gouvernement Charest a avalé de travers cette tirade, lui qui attend justement avec impatience des progrès dans le dossier du financement des garderies.
Le premier ministre s'est adressé hier matin à ses hauts fonctionnaires réunis pour l'occasion au théâtre du Musée canadien des civilisations, à Gatineau. Au milieu d'un long discours d'environ 45 minutes, Paul Martin a démontré pour la première fois à quel point il tient à un service de garde pour enfants qui soit universel et de bonne qualité. De l'aveu même de son entourage, jamais le premier ministre n'était allé aussi loin.
«Lorsque les prochaines générations se tourneront vers le passé, elles reconnaîtront, dans notre approche pancanadienne d'apprentissage en bas âge, un projet d'édification de la nation aussi important que l'universalité des soins de santé, j'en suis convaincu», a soutenu le premier ministre.
Paul Martin avance même que ce système de garderie, financé par le fédéral à hauteur de cinq milliards de dollars sur cinq ans, est plus important que l'enseignement postsecondaire. «Nous pourrions cibler avoir le meilleur système d'enseignement postsecondaire du monde, mais si nous ne nous occupons pas des enfants dès leur plus jeune âge, non seulement seront-ils lésés, mais l'avenir du Canada sera également compromis», a-t-il affirmé.
«Le programme que nous mettons en place avec les provinces et les territoires ne porte pas seulement sur des services de garde de qualité, a-t-il poursuivi. En effet, il s'agit essentiellement du développement et de l'apprentissage des jeunes enfants pendant les années cruciales de la petite enfance, alors que l'acquisition et le développement de capacités sont en mode accéléré.»
Ce discours a fait bondir les partis d'opposition à Ottawa. «Ce sont des mots ambitieux, mais complètement creux. C'est ronflant et prétentieux de dire que c'est possible de bâtir un service aussi fort que le système de santé avec seulement cinq milliards sur cinq ans pour tout le pays. C'est carrément impossible, ça ne tient pas la route», a lancé Christiane Gagnon, porte-parole du Bloc québécois en matière de développement social.
Cette dernière rappelle que le Québec et son système de garderie, que le gouvernement fédéral cite abondamment en exemple, coûte 1,4 milliard de dollars par année à lui seul et que, une fois le programme arrivé à maturité, les Québécois sortiront de leur poche 1,7 milliard pour s'offrir le système dont rêve Paul Martin.
Pour le Parti conservateur, les libéraux essayent de faire du «mur à mur» sans tenir compte des réels besoins des parents à travers le pays. «C'est encore de l'arrogance!, tonne Josée Verner, lieutenante de Stephen Harper pour le Québec. Pour les libéraux, tous les Canadiens doivent avoir un seul mode de vie, alors qu'il y a des différences dans chaque région du pays.» Les conservateurs souhaitent plutôt que l'argent soit redistribué aux parents pour que ces derniers choisissent en fin de compte ce qui est bon pour leurs enfants: garderie privée, système de CPE comme au Québec ou encore présence d'un parent à la maison. Pas question d'en faire un symbole canadien, affirme le PC.
Le chef du NPD, Jack Layton, a également abordé le sujet hier, lors d'un discours prononcé à Ottawa, sachant que l'idée d'un système pancanadien avec à la clé des normes nationales ne plairait pas au Québec. «Les Canadiens qui appuient des normes nationales ne doivent pas avoir peur de l'asymétrie pour le Québec, a-t-il dit. Le Québec est à l'avant-garde dans plusieurs innovations progressistes, comme le programme de garderie, un des derniers-nés parmi les piliers du Québec moderne. Le respect que nous démontrons envers la culture du Québec, nous devons aussi le démontrer pour sa politique sociale.»
Négociations Ottawa-Québec
À Québec, dans les entrailles du gouvernement Charest, ce discours de Paul Martin sur l'approche «pancanadienne» qui vise une «édification de la nation» a été très mal reçu, selon les informations obtenues par Le Devoir. Il a été impossible hier de joindre le ministre des Relations intergouvernementales du Québec, Benoît Pelletier, qui pilote les négociations avec le gouvernement fédéral sur le financement des garderies, occupé en réunion pour la journée.
Toutefois, une source près des négociations à Québec a confié que le gouvernement Charest était «très méfiant» devant cette entreprise de «nation building» faite sous le couvert des services de garde. C'est d'ailleurs l'une des principales raisons qui minent les pourparlers entre les deux capitales, explique-t-on. «Le fédéral veut une reddition de comptes, il veut qu'on lui dise ce qu'on va faire avec l'argent en suivant des normes nationales. Mais on est très mal à l'aise avec ça», a soutenu cette source.
Même si les politiciens fédéraux ne cessent de répéter en public que le Québec aura sa part sans condition, la réalité à la table de négociation est tout autre. «Il y a un décalage entre ce que les politiciens disent et ce que les fonctionnaires amènent comme propositions», continue cette source gouvernementale. Les pourparlers ont repris cette semaine, mais «ça stagne, aucun progrès n'a été réalisé depuis juin», explique-t-on.
Dans la machine politique à Québec, on avance que le gouvernement fédéral pourrait éventuellement proposer une loi canadienne sur les services de garde à l'image de la Loi canadienne sur la santé, question de renforcer le caractère «unificateur» du concept. «S'il fait ça, il va frapper un mur au Québec. Il n'en est pas question. C'est directement dans nos champs de compétence», soutient cette source bien placée au sein du gouvernement Charest.
Québec est particulièrement ulcéré d'entendre le fédéral exiger que les sommes soient seulement injectées dans le système de garderies. «On aura un système mature dans quelques années et il coûtera 1,7 milliard. C'est déjà prévu dans les budgets, on ne va pas en rajouter pour le fun sur le dessus de la pile! C'est illogique», souligne-t-on à Québec.
Réaction inverse à Ottawa, où l'on affirme que les négociations progressent bien avec le Québec, alors que la Colombie-Britannique devrait signer son entente d'ici quelques semaines. Elle deviendra alors la septième et dernière grosse province à s'entendre avec Ottawa. Il ne restera plus que le Québec, le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard et les territoires.
«C'est clair qu'on veut créer un système, on est rentré dans ce domaine pour ça, explique Sarah Bain, porte-parole du ministre du Développement social, Ken Dryden. Peut-être qu'un jour il va y avoir un système pareil d'un bout à l'autre du pays, mais pour l'instant, on sait que les provinces ne sont pas toutes au même niveau, alors les ententes ne sont pas identiques.»
L'entente sur les garderies rapportera 1,25 milliard sur cinq ans au Québec, dont 165 millions ont déjà été versés sans condition cette année. C'est donc sur les quatre années restantes que Québec et Ottawa ont maille à partir. Le gouvernement Charest pense que tout sera bouclé avant Noël... si tout va bien.

Referendum too close for comfort
Norman Webster
Toronto Star Sep. 20, 2005
Talk about reality TV. Quebecers got a jolting dose a week ago from Point de Rupture, a four-hour Radio-Canada special on the referendum of 1995. The English version, Breaking Point, seems to have had little impact outside Quebec because of disruptions at the CBC, but it's bound to come its stomach-turning way again as Canada approaches the 10th anniversary of the day the music almost died. Or, if you prefer, the day a new country was almost born.
The memories came flooding back.
Most potent were the images of Lucien Bouchard, the bull from the Saguenay — another Rocket Richard sweeping in, eyes burning, on a terrified goaltender.
It may have been the most extraordinary performance in Canadian political history. Bouchard took over a failing campaign from Jacques Parizeau and transformed it into a thrilling crusade by sheer power of oratory.
The man who lost his leg — and almost his life — to flesh-eating disease forged an emotional bond with audiences that had to be felt to be believed. People literally clutched at his hem as he passed.
The only federalist champion who came close was Jean Charest. Point de Rupture/Breaking Point reminds us how very good Charest can be on the hustings.
Federalists need that reassurance, for Charest faces the fight of his life to win re-election as Quebec's premier in about two years. If he fails, then we're all likely in for another bitter, divisive, nation-cracking contest, courtesy of the Parti Québécois.
Once in a lifetime is too often. Twice is ridiculous. Three times? Aaargh.
I think myself that Charest is in better shape than his detractors allow. But that's for another day.
Charest was the happy warrior of the referendum campaign, brandishing his Canadian passport and vowing no sovereignist was going to take it away from him.
He was, oddly, the only leader on the federalist side who played the Canada card effectively. Mostly, it was the secessionists who did so, promising a glowing future including Canadian citizenship, the Canadian dollar, Canadian trade treaties, even a renewed Canadian Parliament. It was a fantasy world, but damnably enticing.
Another image: the huge flag at the Canada rally that jammed downtown Montreal three days before the vote.
We still can't be sure the giant love-in actually garnered more votes than it lost. Many Quebecers resented the "interference" by the rest of Canada — as if people from other provinces had no right to participate in the breakup or preservation of their country.
Then came the hours of tension as the results rolled in on referendum night.
A friend in Paris kept phoning for news. I was talking to him at the precise moment the No side took the lead.
"Jake! Jake!" I shrieked, almost hysterically. "We're eight votes ahead!" In the end, we didn't win by much more. ¸
Then Parizeau came on for his concession speech. I had half-tuned him out when suddenly something twigged.
"Did he just say what I think he said?" I asked my daughter. "Yep," she replied, as I scribbled down the words "money and ethnic votes."
In a strange way, Parizeau's sally calmed the atmosphere. It took the shine off the Yes side's moral victory, appalling fair-minded sovereignists who had been trying to move beyond the old appeals to blood and race. The next day, Quebecers were united in their desire to see the back of Parizeau.
There is a signal piece of unfinished business from the referendum of 1995: the matter of the stolen votes.
Thousands upon thousands of legitimate No votes were thrown out by scrutineers appointed by the Parti Québécois. Many more would have been if people on the scene had not protested vigorously.
It was an obvious, organized attempt to tip the balance in a vote that everyone knew would be scarily close. It almost cost us our country.
How close to the top of the Parti Québécois did the scandal reach? Some of us have our suspicions, but we'll likely never know.
The politicos let it go. There was no one with the zeal of Maximum John Sirica, the hanging judge who broke open Watergate in Washington. The matter got mired in the courts, and Quebec's journalism fraternity, with the honourable exception of the Montreal Gazette, has given it a big yawn. Point de Rupture/Breaking Point ignores the matter entirely.
Just an amazing scandal, all of it. Maybe we should adopt former premier Bernard Landry's suggestion and invite outside observers to monitor the next referendum. A few Cubans, Burmese and North Koreans ought to show us the way.
Sep. 20, 2005. 02:35 PM

TV 5, outil de diversité culturelle
JEAN-JACQUES AILLAGON *
Le Figaro mercredi, 21 septembre 2005
Dans quelques jours, la Conférence générale de l'Unesco va délibérer de l'avant-projet de convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Puisse l'Unesco saisir l'occasion de son 60 e anniversaire pour, enfin, fournir à la défense de l'exception culturelle une base juridique internationale incontestable, à laquelle d'autres accords comme ceux de l'OMC ne sauraient être opposés à part bien entendu la Déclaration universelle des droits de l'homme. Entre la Conférence générale de l'automne 2003 et celle-ci, un immense travail aura été accompli.
Il a conclu celui que j'avais, en ma qualité de ministre de la Culture et de la Communication, mis en oeuvre avec Sheila Copps, alors ministre canadien du Patrimoine, coalisant dans ce combat, les uns après les autres, nos collègues ministres de la Culture, ceux notamment réunis au sein du réseau international sur la politique culturelle. En amont de la table ronde de Johannesbourg sur la diversité culturelle, présidée par le président de la République française, je présentais, le 29 août 2002, en Conseil des ministres, une communication inscrivant ce combat au centre de l'engagement du gouvernement français et de mon ministère. C'est cet objectif qui nous conduisit à imposer la protection de la diversité culturelle dans le projet de constitution européenne.
Plus tard, au début de 2004, cette communication fut la matrice du mémorandum de la France sur la coopération culturelle européenne que j'avais rédigée et, les circonstances en ayant décidé ainsi, que mon successeur, Renaud Donnedieu de Vabres, présenta en Conseil des ministres et lors des Rencontres pour l'Europe de la culture qu'il organisa, en mai dernier. Comment ne pas être fier du travail accompli et de la continuité que la France a manifestée sur ce dossier ? Son aboutissement doit beaucoup à la conviction personnelle du président de la République et à l'engagement de celui qui était alors mon collègue des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.
Aujourd'hui, c'est à la tête de TV 5 Monde, dont je suis le président depuis le mois d'avril, que j'ai la certitude de servir d'une autre façon ce combat pour la diversité culturelle. Il y a deux jours, à Bruxelles, la conférence des ministres de tutelle a adopté la charte de TV 5 et approuvé les orientations du plan stratégique que j'ai proposé pour assurer le développement de la chaîne au cours des quatre prochaines années. Ainsi, a été réaffirmé la volonté conjointe de la France, de la Communauté française de Belgique, de la Suisse, du Canada et du Québec d'unir leur conviction et leurs moyens pour permettre la production de cette chaîne et sa réception par plus de 160 millions de foyers, dans plus de deux cents pays.
La programmation de TV5, chaîne unique au monde parce que francophone, généraliste et internationale, bénéficie des offres de programmes de dix chaînes francophones, françaises et étrangères, et de celles du Conseil international des radios télévisions d'expression française qui s'ajoutent à sa production propre dont celle de quatre heures d'information en direct par jour. Sans renier sa vocation de chaîne généraliste, TV 5 a su faire de l'information la colonne vertébrale de ses grilles avec quatorze journaux maison par jour, auxquels s'ajoutent la rediffusion de journaux de France 2, de la RTBF, de la TSR, de Radio Canada, et de France 3. Sans être une chaîne d'information internationale et sans prétendre vouloir l'être, TV 5 offre ainsi au monde entier d'autres points de vue sur l'actualité internationale que ceux des médias locaux ou des médias anglo-saxons à vocation globale.
Les analyses de sa rédaction où se côtoient une vingtaine de nationalités et qui s'appuient sur le concours de rédactions de huit télévisions partenaires, ainsi que sur un réseau de trois cents correspondants, sont, j'ai pu le constater, tout particulièrement attendus et appréciés dans le monde entier. TV 5 concourt ainsi à la diversité mondiale de l'information, expression et condition de la diversité culturelle. La France n'est donc pas absente de la scène internationale de l'information.
Elle y est également présente par l'Agence France presse, deuxième agence de presse, par le volume de ses informations et par le nombre de ses clients. Elle y est encore présente par Radio France internationale et ses équipes formant un exceptionnel réseau de correspondants. Elle y est enfin présente à travers Euronews qui rassemble vingt opérateurs européens de télévision et dont France Télévisions est l'actionnaire principal.
Euronews, chaîne d'information tout-image est diffusée aujourd'hui dans plus de cent pays et en huit langues. Peut on faire remarquer que la multilatéralité qui caractérise la situation tant de TV 5 que d'Euronews présente l'immense avantage de mettre d'emblée leurs informations à l'abri du soupçon de partialité ou de soumission aux considérations d'intérêt exclusif de tel ou tel Etat ? C'est la raison pour laquelle, et quelles que soient les conclusions des réflexions actuelles sur la création éventuelle d'une chaîne française d'information internationale, il faudrait se garder de prétendre qu'on créerait ainsi la «voix de la France».
La voix de la France dans le monde c'est celle du président de la République. C'est celle du gouvernement. C'est celle de la loi quand le Parlement lui donne forme.
On ne peut en revanche imaginer qu'aujourd'hui, sur la scène intérieure ou sur la scène extérieure, un média puisse être réputé être «la voix de la France». Son autorité éditoriale serait bien improbable et son information, de fait inévitablement et heureusement indépendante, exposerait pourtant le gouvernement et sa diplomatie à des protestations régulières, voire à des mesures de rétorsion. Quelles que soient les précautions prises pour assurer l'indépendance éditoriale de la chaîne, et quels que soient spontanément les réflexes d'impartialité qui animeraient les rédactions et leur encadrement, la rumeur d'une possible instrumentalisation du média par l'Etat qui en est promoteur serait bien difficile à dissiper.
TV 5, quand elle fait entendre sa voix, celle qu'a entendue Florence Aubenas dans sa captivité, fait entendre celle d'une communauté de femmes et d'hommes qui ont en partage le français et la conviction que les valeurs de fraternité, d'égalité et de liberté doivent s'imposer à la force et à la violence de l'ordre matériel des choses, que l'empire de la raison et de la tolérance peut vaincre les peurs, les archaïsmes, les fanatismes. N'est-ce pas ainsi une bonne façon de faire entendre une voix de la France ? L'existence de TV 5 démontre aussi de façon concrète que la diversité culturelle peut être une réalité et qu'il est essentiel que sur la scène internationale on puisse donner à voir des oeuvres françaises, belges, suisses, canado-québéquoises, africaines, et que l'intérêt qu'on saura susciter pour nos paysages, nos monuments, nos villes, nos idées, nos festivals, nos écrivains, nos films, nos créateurs, nos cuisines, notre langue, est une pierre apportée à l'édifice de la diversité culturelle.
La tour de Babel n'est une malédiction que si chacun y reste enfermé dans sa chambre. Quand chacun peut en sortir pour découvrir les richesses des autres, l'aventure devient une formidable invitation à la curiosité, ce beau défaut, au partage, cette nécessaire prodigalité, et à la tolérance, cette excellence de l'intelligence. Voilà à quoi sert TV 5, voilà à quoi TV 5 veut continuer à servir.
Une supplique alors. Qu'au moment d'engager de nouveau projets on n'oublie pas ceux qui déjà ont su convaincre et qu'on ne leur compte pas les moyens pour continuer à le faire.

TV5 veut renforcer son réseau mondial face à la concurrence
Le Monde mercredi, 21 septembre 2005
Le président de la chaîne internationale présente son plan stratégique 2006-2009
JEAN-JACQUES AILLAGON, président de TV5 Monde, a présenté, lundi 19 septembre à Bruxelles, son plan stratégique 2006-2009 à la conférence des ministres de tutelle des différents gouvernements (Suisse, France, Communauté française de Belgique, Canada et Québec), bailleurs de fonds de la chaîne. Les ministres ont approuvé ce plan quadriennal qui repose sur quatre grands objectifs : consolider la diffusion et la distribution de TV5 dans le monde ; diffuser des programmes plus accessibles et plus conformes aux singularités des publics de la chaîne ; renforcer l'identité éditoriale ; amplifier l'action éducative de TV5.
La France, qui assure 84 % du budget actuel de 9 millions d'euros, a lancé un appel à ses partenaires, qui ont déjà indiqué qu'ils reverraient leurs engagements à la hausse dès l'année prochaine.
160 MILLIONS DE FOYERS
Ainsi, dès janvier 2006, la grille de programmes devrait être profondément remaniée. " Il s'agira de mieux prendre en compte la très grande variété des modes de consommation de la télévision ainsi que les particularismes géographiques, climatiques, culturels qui caractérisent les comportements et les attentes des publics dans chacune des zones », dit M. Aillagon. Pour renforcer la fidélisation du public, les 18 séquences quotidiennes d'information seront programmées à horaire fixe, et le volume de sous-titrage des productions françaises sera augmenté. Selon les études de la chaîne, le sous-titrage permet de multiplier par 4,5 l'audience en zone non francophone. Nommé à la tête de TV5 il y a près de six mois, l'ex-ministre de la culture et de la communication de Jean-Pierre Raffarin n'hésite pas à parler du " miracle TV5 » à propos de cette chaîne diffusée dans 200 pays et reçue par 160 millions de foyers. " Avec une économie de moyens, la chaîne a réussi à bâtir en vingt ans une formidable présence mondiale », dit-il, en soulignant que " le coût annuel de TV5 pour le contribuable français est de 42 centimes d'euro par foyer ».
Deuxième réseau mondial de distribution derrière MTV, TV5 est aujourd'hui menacée par la Chaîne française d'informations internationales (CFII), qui sera sa plus sérieuse concurrente. " En tant que chaîne généraliste, TV5 ne prétend pas remplir toutes les fonctions d'une chaîne d'information internationale, mais elle est incontestablement une chaîne internationale dont l'information fait autorité », prévient M. Aillagon. De son côté, Brigitte Girardin, la ministre française de la coopération, s'est employée à rassurer ses homologues, en soulignant que la France n'allait pas " détruire » ou " faire disparaître » cet outil. Une déclaration qui a " satisfait » ses collègues.
En attendant la nouvelle grille de programmes, TV5 mise sur l'information en lançant de nouveaux magazines et en développant son site Internet (www.TV5.org).
