
La partie sans arbitre
Michel David
Le Devoir jeudi 22 septembre 2005
En février 2001, Lucien Bouchard avait dû interrompre une visite officielle en Chine et rentrer précipitamment au Québec pour arbitrer une chicane d'ordre budgétaire entre Bernard Landry et François Legault, qui commençait à ébranler sérieusement la cohésion du gouvernement.
M. Bouchard avait déjà annoncé son départ depuis un mois, mais son successeur n'allait être officiellement couronné que quelques semaines plus tard. Entre-temps, il fallait bien que quelqu'un maintienne un peu d'ordre.
Présentement, il n'y a personne au PQ qui soit en mesure de le faire. Malgré toutes ses qualités, Louise Harel n'a pas l'autorité morale nécessaire. Elle a fait une première tentative, il y a deux semaines, mais personne n'a tenu compte de ses avertissements. De toute manière, le clan Boisclair ne croit pas à sa neutralité. La nouvelle présidente, Monique Richard, est également une femme de valeur et elle a été à la bonne école à la CSQ, mais elle n'a aucune racine au sein du parti.
En 1987, Pierre Marc Johnson avait aussi abandonné le navire, mais l'avènement de Jacques Parizeau était pratiquement chose acquise dès le départ. Il y a bien eu quelques échauffourées entre «modérés» et «orthodoxes», auxquelles Mme Harel elle-même n'était pas étrangère, mais rien d'irréparable ne s'était produit. Cette fois-ci, Bernard Landry a laissé à son parti tout le loisir de s'entre-déchirer et celui-ci semble bien décidé à en profiter.
Le PQ peut sans doute s'offrir le luxe de laisser le champ libre au gouvernement Charest jusqu'au 15 novembre, mais pas celui de passer des mois à panser ses plaies, sans parler de celles qui ne se cicatriseront peut-être jamais.
***
Acculé au mur, André Boisclair s'est mis à tirer dans toutes les directions. Pauline Marois aura beau jurer sur la tête de ses enfants qu'elle n'y est pour rien dans les révélations sur sa consommation de cocaïne, tous les soupçons convergeront immanquablement vers elle.
Même si elle n'y est pour rien, Mme Marois s'est elle-même enfermée dans le rôle de Brutus au cours de la dernière année en insistant pour que Bernard Landry déclenche une course au leadership, quitte à être candidat à sa propre succession. Inutile de dire que les fidèles de M. Landry n'ont manqué aucune occasion de la noircir auprès des militants péquistes.
Sa réputation de délatrice remonte à encore plus loin. À tort ou à raison, elle avait déjà été montrée du doigt en 2002, quand des informations concernant les relations de l'ancien ministre Gilles Baril avec la firme de lobbying Oxygène 9 s'étaient retrouvées à la une des journaux.
Le résultat est qu'elle passe aujourd'hui pour la méchante fée Carabosse qui a jeté un sort au charmant jeune prince. Or qui voudrait de la fée Carabosse pour chef, n'est-ce pas ?
En revanche, personne n'irait soupçonner un homme aussi sympathique que Richard Legendre de faire un coup bas. Alors que Mme Marois est condamnée à marcher sur des oeufs, M. Legendre peut se permettre des réflexions parfaitement assassines sans choquer qui que ce soit.
Si Mme Marois avait déclaré que, en tant que mère de famille, la dernière chose qu'elle voudrait faire serait de banaliser la consommation de cocaïne, certains lui auraient sans doute reproché d'avoir voulu souligner perfidement qu'elle avait quatre enfants, alors que M. Boisclair est un homosexuel qui n'en aura jamais.
Dans la bouche de M. Legendre, cela a été perçu comme la simple expression du sens des responsabilités dont doit faire preuve tout bon père de famille. Décidément, M. Legendre surprend depuis le début de la campagne. En quelques semaines, il a démontré un potentiel que rien n'a laissé soupçonner durant ses deux années passées au conseil des ministres.
Quand l'ancien chef de cabinet adjoint de Mme Marois, Maxime Barakat, a déclaré que, en sa qualité de pharmacologue, il pouvait attester l'influence que la cocaïne pouvait avoir sur le comportement d'un individu, personne n'a douté un seul instant qu'il était en mission commandée.
M. Legendre, lui, a pu opiner impunément du bonnet quand sa nouvelle recrue, François Gendron, a déclaré aux journalistes qu'il souhaitait voir M. Boisclair nettoyer lui-même ce qu'il pouvait encore y avoir à nettoyer, laissant entendre qu'on ne savait peut-être pas tout.
S'il s'agit de trouver à qui le crime profite, c'est peut-être de ce côté qu'il faudrait orienter les recherches. Si de nouvelles révélations provoquaient l'effondrement de la campagne de M. Boisclair, c'est M. Legendre qui pourrait tirer les marrons du feu.
***
Peu importe qui est responsable de l'indiscrétion qui est à l'origine de l'affaire, M. Boisclair devrait lui en être reconnaissant, si on se fie au dernier sondage de Léger Marketing.
Encore une fois, il ne faut en tirer aucune conclusion trop hâtive sur ce que pensent les membres du PQ, qui sont les seuls habilités à choisir leur chef, mais les événements des derniers jours semblent avoir provoqué un mouvement de sympathie pour M. Boisclair dans l'ensemble de la population et plus encore chez les électeurs péquistes.
Cela rappelle la réaction qu'avait suscitée le film de Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme. En voyant Bernard Landry assailli quotidiennement par une meute de journalistes qui semblaient prendre plaisir à le torturer, la population s'était solidarisée avec un homme qu'elle souhaitait jusque-là voir prendre sa retraite.
On a généralement vu un geste de panique dans la crise que M. Boisclair a piquée au cégep de Sainte-Foy, mardi, quand il a sommé les journalistes de «respecter son intégrité physique», mais c'était peut-être son meilleur coup de la semaine.
M. Landry pourrait toutefois témoigner du caractère éphémère de ces mouvements de sympathie. Autrement, il serait toujours là.

Le PQ en débat: Boisclair fait les frais de plusieurs attaques
Michel Corbeil
Le Soleil jeudi 22 septembre 2005
Sherbrooke - C'est parti, hier soir, à Sherbrooke. Le premier des débats entre les neuf aspirants à la direction du Parti québécois a fait salle comble. De rares attaques incisives, peu de divergences sur les idées, quelques bons mots et l'éloge de la souveraineté pour concilier finances publiques et solidarité sociale ont marqué la soirée entre partisans.
Ce premier affrontement s'est déroulé devant une foule enthousiaste. Le millier de militants - 1650 précisément, selon l'organisation péquiste - n'a pas manqué de réagir aux charges, aux esquives et aux blagues des uns et des autres. "C'est plein, plein, plein", s'est félicité le directeur général du PQ, Pierre Châteauvert.
La confrontation a démarré tout doucement. Gilbert Paquette a ouvert les échanges en s'abstenant de glisser des commentaires sur ses adversaires. Le ton a radicalement changé lorsque le député Jean-Claude St-André, candidat issu de l'aile radicale du PQ, a pris la parole pour commencer ses attaques contre André Boisclair.
M. Boisclair a joué de prudence avec ses promesses. Il a eu droit au traitement réservé à un meneur. Celui que les sondages donnent en tête pour remporter la course à la direction du PQ s'est fait servir de virulentes critiques par M. St-André.
M. Boisclair a écopé de la première salve de mécontentement, une des très rares, lors d'un échange avec Jean-Claude St-André.
"Il faut taxer à la bonne place, avait d'abord lancé M. St-André.
- C'est sympathique ton discours, mais combien de fois t'es-tu levé de ton siège à l'Assemblée nationale (lorsqu'il était question du déficit zéro) ?, a répliqué, sous les huées, M. Boisclair.
- J'ai prononcé des discours, en 1998, sur ça, a relancé M. St-André. Je ne sais pas où tu étais. Probablement que tu étais absent", a conclu le "pur et dur".
Le format des échanges a cependant limité au minimum le tir ennemi entre candidats. Ils étaient regroupés trois par trois à la suite d'un tirage au sort, et l'intensité a largement varié d'un trio à l'autre.
Pauline Marois, considérée deuxième selon les enquêtes d'opinion et les observateurs, a été favorisée. Les choses ont été corsées pour André Boisclair. Et Richard Legendre, qui apparaît troisième dans la course, a participé à des échanges plus éparpillés dans son groupe.
Les trois favoris sont tombés d'accord sur un point. Leur priorité dans un Québec indépendant serait l'éducation. L'ex-haut fonctionnaire Louis Bernard a promis de réinvestir d'abord dans les centres de la petite enfance et de geler, lorsque la conjoncture le permettra, les frais de scolarité.
Haro sur la dette
Sur la question de la dette, Mme Marois a préconisé qu'il ne faut pas viser à la réduire, mais à plafonner le niveau d'endettement. André Boisclair a réservé son engagement le plus précis à ce domaine : il faut créer un fonds de remboursement de la dette. Richard Legendre a indiqué qu'il préfère créer une réserve pour absorber la hausse des coûts de la santé. "C'est mieux que de planifier une simple réduction de la dette."
Le thème de la répartition de la richesse a opposé certains candidats. Jean-Claude St-André a martelé que la chose première à faire est de "taxer à la bonne place", en s'en prenant au portefeuille des plus fortunés et des multinationales. Sa solution a reçu l'endossement du candidat Pierre Dubuc. "Je trouve trop facile, lui a reproché Louis Bernard, de dire que les gros méchants sont les riches."
Pauline Marois s'est posée en femme d'État sur les possibilités qu'offrira un Québec indépendant. "Vous avez (comme gouvernement) de l'argent. C'est pour soutenir les parents des enfants autistes ou pour donner un bain de plus aux personnes âgées en foyer d'accueil ? Ce sont des choix difficiles" auxquels n'échappera pas un Québec souverain.
L'ex-député bloquiste Ghislain Lebel a fait rigoler la foule à quelques reprises. Même s'il se dit plus pressé que les autres d'accéder à l'indépendance, il a fait valoir qu'il faut mieux préparer son avènement. "Je constate une espèce de "va-vite" référendaire." Pendant que ses adversaires donnaient l'éducation comme priorité, il a décrété que "pour les éduquer, il faut qu'ils naissent. Il faut donc une politique familiale et nataliste".
L'ancien chef du Parti vert s'est montré le plus flou. Il a insisté sur le renouvellement d'un contrat social qui passe par le développement durable.
Visiblement, les organisateurs du PQ étaient ravis que les affrontements débutent enfin. "Ça va, c'est l'enfer, a lancé le directeur général Châteauvert. Les journalistes qui disent que la campagne ne lève pas, ils verront bien. Il y a de l'ambiance."
À l'extérieur du centre culturel de l'Université de Sherbrooke, les partisans des différents candidats ont commencé à arriver à compter de 17 h. Les plus visibles ont été ceux de Pauline Marois, portant un dossard jaune et arborant un parapluie bleu.
Au lendemain d'un sondage - désastreux pour leur favorite - ,qui donne Mme Marois loin derrière André Boisclair dans cette course, ses partisans ont tenu à afficher leur optimisme. Ils ont débarqué avec fanfare sur le campus. Les supporteurs de la seule femme dans cette course à la direction ont improvisé un tailgate party, barbecue et musique compris.
Les pancartes en faveur de Richard Legendre étaient relativement nombreuses. Un des piliers de l'organisation s'est dit surpris que Léger Marketing indique que la population semble avoir pardonné la consommation de cocaïne du ministre André Boisclair. "C'est fort, le syndrome de la victime. Mais ça ne dure pas", s'est-il consolé.
Le clan d'André Boisclair, lui, a fait dans la discrétion. Tous ceux qui sont engagés dans son organisation affichaient un sourire grand comme ça. L'enquête d'opinion de Léger Marketing, même si elle ne peut avoir la prétention de représenter l'opinion des membres de la formation politique, les a convaincus que la crise médiatique entourant la consommation de drogue est chose du passé.
Au terme de la soirée, Jean-Claude St-André s'est félicité que "le débat d'idées a enfin démarré. C'est prometteur. (...) Je vais continuer de poser des questions à André Boisclair. Il est manifestement le candidat qui veut le moins s'exprimer". La prochaine ronde d'échanges a lieu à Montréal, dans une semaine.

L'affaire André Boisclair - C'est ma génération que vous attaquez!
Louise Caroline Bergeron, Montréal
Le Devoir jeudi 22 septembre 2005
Je vous écris une longue lettre car j'en ai gros sur le coeur à propos des politiciens en général et de l'attitude mesquine envers André Boisclair depuis quelques jours en particulier. Je ne m'identifie ni comme péquiste ni comme souverainiste mais comme étant de la génération d'André Boisclair, et je me sens piquée au vif par l'inquisition qu'on lui fait subir à propos de prétendus écarts de jeunesse et de consommation de drogue.
Les mêmes gens qui se rappellent avec nostalgie le gros party des années 60-70 (Révolution tranquille, Jeux olympiques, Expo 67 et autres excès auxquels ma génération n'a pas participé mais pour lesquels elle paye encore... ) voudraient maintenant que ma génération se repente à leur place et soit plus pure que pure ! Non mais ça va faire, se payer toutes les expériences, tous les plaisirs, puis les refuser à ceux qui suivent, voire remettre en question leurs compétences d'adulte pour les mêmes comportements de jeunesse que ceux avec lesquels on a défini toute une génération, celle des baby-boomers !
Je me sens piquée par cette attitude envers M. Boisclair parce que moi, ça me rassure de voir un homme qui sait vivre et s'amuser faire de la politique. Dans mon entourage, cet homme fait l'effet d'un vent de fraîcheur et de renouveau de confiance dans la classe politique. Je regrette d'ailleurs que la politique n'ait pas encore assez évolué pour pouvoir faire de la place aux Joseph Facal et autres personnes qui ont les priorités à la bonne place pour leur permettre de s'investir à la fois dans leur famille et dans leur société (semaine de quatre jours, quelqu'un ?).
J'aimerais que ce soit ces gars-là, André, Joseph, avec des citoyens bioniques comme une certaine Françoise D. ou un Amir K., ou encore des sages aînés, comme Janette B. et Jacques L., qui dirigent ma nation, et non des puritains qui ne connaissent rien du plaisir ni de la tolérance, qui n'ont pas assez vécu pour prétendre représenter toute une nation, avec ses grandeurs, ses excès, ses plaisirs.
Qui n'a jamais fait d'essais et d'erreurs, qui se croit parfait ou en position de faire la leçon n'a justement pas, à mon avis, les compétences pour gérer une société. En effet, comment comprendre la nature humaine, ses besoins et ses richesses, son instinct festif, sa soif de justice et de bonheur, quand on est un automate de pureté ? Qui veut d'un monde pur et plat ?
La soupape pour faire «votre» ménage
Et puis, en définitive, faut-il ne pas savoir où mettre son attention et ses priorités pour considérer que cette tempête dans un verre d'eau est importante ! Moi, je vois dans cette histoire l'annonce en douceur du début de la deuxième phase de la Révolution tranquille : son aboutissement !
Ceux qui fumaient du pot (tellement moins fort qu'aujourd'hui, essaie-t-on de nous faire croire pour avoir bonne conscience) sur le parvis de l'UQAM en 1972 doivent comprendre qu'ils ont vieilli; ça arrive à tout le monde, et la trentaine, en 2005, c'est nous qui l'avons. Leur Botox, leurs véhicules utilitaires sport et leur préretraite à frigo en inox n'y changeront rien.
Nous qui sommes nés à l'époque de la Révolution tranquille ne sommes plus des enfants à qui vous pouvez donner des leçons. Nous avons grandi dans un monde en transformation constante, sans repères, à l'ombre d'une génération qui refusait de devenir adulte (et on s'étonne d'être dans une société infantiliste... ).
Parfois, il me semble que nous sommes devenus adultes avant eux, nous qui avons eu à forger notre identité individuelle et collective pendant que nos parents étaient occupés à divorcer, à exploiter les richesses naturelles du Québec et à se bronzer le nombril en Floride au lieu de nous transmettre notre héritage culturel, les contes de nos grands-parents, les légendes des régions et villages, bref, tout ce que Fred Pellerin, Simon Gauthier et autres Volées d'Castors ou Bottine Souriante font à leur place.
Sans parler qu'il m'arrive des écoeurantites au cours desquelles je donnerais l'Assemblée nationale aux Cowboys Fringants qui, eux, semblent davantage se préoccuper des vrais problèmes et de l'état du monde dans lequel on voudrait faire un pays que la plupart de ceux qui y siègent !
Forts de nos crises et de s'être bâti nos propres repères, nous sommes collectivement plus responsables que ceux-là parce que, de toute façon, on n'a pas le choix : vous nous avez laissé une société en crise spirituelle, en crise sociale et environnementale, surendettée et confuse dans sa modernité. Et, en plus, vous vous attendez à ce qu'on se tape tout ce ménage sans quelques soupapes de relaxation, sans faire la moindre coquinerie ?
Nous n'avons pas été élevés à respirer l'odeur de sainteté ni à croire aux vertus de l'eau bénite, alors votre perfection angélique, de grâce, ne l'attendez pas de ma génération ni de ses représentants ! Nous sommes trop réalistes et trop rationnels pour entretenir une image aussi fausse de la nature humaine et croire que c'est dans le puritanisme qu'on trouve les meilleurs hommes et femmes d'État.
Au lieu de s'inquiéter de quelques lignes de cocaïne, peut-on s'inquiéter de l'état de nos forêts ? De nos rivières ? De l'air, des sols, de nos rapports avec les Innus ? Le Québec est-il toujours trop minable pour mettre ses priorités et son attention aux bons endroits ?
Adolescents attardés ?
En 1970, on était adulte à 22 ans. De nos jours, il semble que les rédacteurs de journaux nous considèrent encore comme des adolescents à la veille de nos 40 ans...
André Boisclair est un homme responsable, il n'a pas à se faire réprimander comme un enfant. Si on veut faire dans le procès de mode de vie, j'ai de mauvaises nouvelles : notre société est pluraliste et se dirige vers une plus grande ouverture aux modes de vie variés. Et j'ai une mauvaise nouvelle pour ceux qui s'adonnent à cette politique du passé : c'est vous que vous discréditez avec votre attitude car vous révélez à quel point vous ne voyez pas les problèmes criants de notre société, préférant vous complaire dans des rumeurs de «drogues». Pourquoi ne pas plutôt appliquer cette mentalité puritaine envers les buveurs d'alcool malgré que leur drogue soit légale, ou encore envers ceux qui négligent leur famille, leurs enfants, pour la cause publique ?
Nos valeurs et nos priorités sont différentes, et nous voilà dans la force de l'âge (endettés mais enthousiastes malgré tout), prêts à prendre notre place et à marquer de notre mentalité l'évolution du Québec.
Cet enthousiasme, cette confiance en soi qu'a ma génération, il est clair que plusieurs ne la comprennent pas car je vois qu'on la confond avec de l'arrogance, et on va jusqu'à la reprocher à André Boisclair ! On dirait que certains ne peuvent pas croire que nous sommes toute une génération à n'avoir jamais cru que nous étions nés pour un p'tit pain ! Nous avons de l'ambition, des rêves différents des vôtres et adéquats pour notre réalité actuelle et l'avenir, que nous voulons paisible, ouvert et affectueux pour nos enfants. Ce ne sera pas quelques lignes de cocaïne, quelques joints de cannabis, l'orientation sexuelle, l'origine ethnique, un casier judiciaire pour activisme humanitaire, ni même l'attitude «p'tit pain» de nos aînés qui nous décourageront de refaire le monde à notre tour !
Et la ZLEA, et les réfugiés, et l'eau potable ?
Je ne connais personne de mon âge qui n'ait pas voulu, à l'instar des baby-boomers, à l'instar de tous les humains depuis la nuit des temps, explorer des états altérés de la conscience. Un chef d'État doit aussi gérer ce genre de choses, aussi bien qu'il sache de quoi il parle lorsqu'il fait (ou défait... ) des lois ou des principes prohibitionnistes.
Ce qui me préoccupe, ce n'est pas si André Boisclair a pris de la cocaïne mais plutôt s'il a constaté comme moi que, l'an dernier, 60 millions de dollars sont allés dans des chicanes à propos de l'endroit où ériger le CHUM au lieu d'aller directement aux médecins des cliniques en région. Ce qui me préoccupe, c'est où il met ses priorités sociales, pas ce qu'il fait dans ses moments de détente (l'important, pour moi, c'est de m'assurer qu'il en ait, comme tout le monde, pour avoir une vie équilibrée et rester sain d'esprit lorsqu'il arrivera au pouvoir).
Ce qui me dérange, c'est qu'on perde du temps à se préoccuper de savoir si une décision de l'ancien ministre de l'Environnement a été prise ou non sous l'effet de la cocaïne alors qu'on reste tout à fait silencieux sur l'érosion des berges du fleuve ou les dangers de la ZLEA et des accords bilatéraux pour notre souveraineté et notre eau potable.
On est en train d'oubler les atteintes à la démocratie du dernier référendum, le racisme systémique envers les autochtones, les procès secrets au Canada, les réfugiés qui font des grèves de la faim à qui on interdit les visites médicales, la couche d'ozone qui a eu un trou record cette année, le scandale des commandites, l'absence totale de politique régionale pertinente au Québec, l'iniquité entre la valorisation du travail traditionnellement attribué aux hommes et celui des femmes ainsi que la façon dont le Québec pourrait, en tant que pays, tenir tête aux États-Unis et sauvegarder le français en Amérique.
Le premier ministre idéal, pour moi, a essayé des cuisines et des «drogues» de partout dans le monde, a fait du back-packing ou de la coopération internationale, a milité dans des groupes radicaux ou fait du bénévolat en centre d'accueil, a fait un ou deux burn-outs et connaît maintenant ses limites, a connu des succès mais a surtout su se relever d'échecs cuisants, est humble face à ses concitoyens mais fier devant ses détracteurs, n'a pas peur de se salir, de prendre position, de suer ou d'éclater de rire, a confiance en lui, est honnête, ouvert d'esprit et sais être à l'aise autant dans un shaputuan à Mani-Utenam, dans une délégation diplomatique à Prague et au Conseil de sécurité de l'ONU (ambition, je vous dis !) que dans un de ces incontournables soupers spaghetti de circonscription !
Je ne suis pas péquiste, je ne suis même pas intéressée par la chicane à savoir si le Canada ou le Québec est le plus «mon pays», mais je suis convaincue d'une chose : André Boisclair est à prendre au sérieux, il fait partie d'une nouvelle génération qui s'en vient vers le pouvoir et qui n'a pas besoin de recycler les rêves d'il y a 35 ans : nous avons les nôtres !
Le monde est peut-être à pleurer, mais ça ne nous fait pas peur, nous sommes déterminés et compétents (vous dites arrogants ou prétentieux), nous sommes ouverts d'esprit et acceptants (vous dites dissolus ou sans repères moraux), nous n'avons pas peur d'essayer et préférons comprendre que juger (vous appelez cela des «écarts» et nous les reprochez) !
Et nous avons trop de travail à faire ensemble, pour notre bien commun, pour perdre du temps à se critiquer entre nous sur nos choix personnels ou pour répondre à vos critiques qui n'ont même pas le mérite d'être constructives !
Les Kennedy étaient petits-fils de bootlegger, hommes à femmes et fêtards. René Lévesque a été un fumeur invétéré et un séducteur avéré. Les plus grands personnages de l'histoire ont eu des défauts et des «écarts» à la hauteur de leur grandeur, car c'est ça, la nature humaine, et qui le nie me ment. Assez d'automates à langue de bois à Québec : vivement des êtres vivants, imaginatifs, intelligents, respectueux et responsables, s'il vous plaît...

Cocaine in the cabinet
Editorial
The Globe and Mail Thursday, September 22, 2005
André Boisclair doesn't like being questioned about his past cocaine use, an issue that has dogged him during his campaign to lead the separatist Parti Québécois. After admitting he had used the drug while a Quebec cabinet minister in the late 1990s, he asked: "Can't we just move on? What more do you want from me than a confession?"
If Mr. Boisclair had smoked a few joints in his student days, that would be a fair question. Most Quebeckers would consider it a youthful indiscretion with no bearing on his fitness to be premier. But this is something different. Cocaine is a dangerous, addictive drug. He indulged it not as a shaggy youth but as a mature adult who held a leading position in Canadian society: minister of the Crown. That was not only illegal -- cocaine possession brings a penalty of up to seven years in jail -- it was a severe lapse in judgment. If he had been unveiled as a drug user at the time, he would surely have been forced to resign. Is a man who would do something so irresponsible while serving in cabinet steady enough to lead the provincial government? The question is hardly trivial.
Mr. Boisclair argues that he used cocaine on only a few occasions and that he was never under its influence on the job. "I never had a drug problem," he insists. But according to at least one cabinet colleague, his drug use was regular enough to be a subject of chatter within the party, leading "authorities" (it's not clear what kind) to confront him about it.
He may not like it, but Mr. Boisclair has some explaining to do. Did he merely dabble with cocaine as an experiment, or was he a more frequent user? Did party leaders have to intervene to make him stop? Did police ever investigate?
To ask such questions is not an invasion of his privacy. Nor is it a conspiracy by his opponents to sabotage him, as he has tried to suggest. Mr. Boisclair is putting himself forward for a post that could place him in the highest public office in the province. If he used illegal drugs while he was a cabinet minister, people at least have a right to know the circumstances. More answers, please.

Quand les fédéralistes négocient ensemble!
Michel Gourd
Le Devoir jeudi 22 septembre 2005
Lettres: L'Ascension-de-Patapédia, le 15 septembre 2005 - Au cours des dernières semaines, de nombreux articles intrigants ont été publiés dans votre journal. On peut y lire que le gouvernement provincial dénonce le fédéral pour ne pas collaborer. La dernière chicane touche les négociations entre les fonctionnaires des deux ordres de gouvernement sur le programme national de garderie. La signature d'une entente permettant au Québec de toucher sa part traîne.
Monsieur Pettigrew avait affirmé, il y a quelques jours, qu'il ne voulait pas céder aux Québécois par peur des réactions des séparatistes. Est-ce ce que Paul Martin voulait dire lorsqu'il parlait de fédéralisme asymétrique ? Donner aux autres provinces et affamer le Québec ? Nous sommes pénalisés d'avoir mis sur pied un système de garderie qui fonctionne bien. Cette politique de Pauline Marois fait-elle peur aux fédéralistes ? Est-ce madame Marois qui bouleverse le gouvernement fédéral ? Même dans l'opposition, les souverainistes font suffisamment peur pour empêcher le Québec de faire des gains !
Le tableau qui nous est présenté a de quoi faire rire. Ce gouvernement fédéral s'est fait réélire en promettant de faire une place au Québec. Il la refuse à un gouvernement provincial, qui s'est fait élire en promettant qu'il négocierait mieux que les méchants séparatistes avec ses alliés fédéralistes. Le général Charles de Gaulle savait ce qu'il disait quand il a lancé «Vive le Québec libre !» Comment le Québec pourra-t-il se faire respecter autrement dans cette «fédération» ?

Absurdistan, Canada
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 22 septembre 2005
Le dollar canadien a franchi cette semaine la barre des 85 ¢US, ce qui ne s'était pas vu depuis le début de la décennie précédente. C'est la hausse du prix du pétrole qui explique cette montée. Pendant que l'Alberta s'apprête à distribuer un chèque de 400 $ à chaque citoyen de la province en plus de réinvestir dans la qualité des services publics, les neuf autres provinces du pays doivent s'attendre à affronter les effets négatifs des hausses combinées du dollar, du prix du pétrole et des taux d'intérêt sur la croissance.
Le Canada est un bien curieux pays : alors que la plupart des provinces se débattent avec des difficultés financières sans nom, deux gouvernements, celui de l'Alberta et Ottawa, nagent dans l'argent au point de ne plus savoir qu'en faire. Cette semaine, le premier ministre Ralph Klein a annoncé que son gouvernement distribuera bientôt un chèque de 1600 $ en moyenne par famille, ou 400 $ par personne, en guise de dividende spécial sur les revenus gaziers et pétroliers.
On sait maintenant que la province enregistrera des excédents budgétaires de près de sept milliards de dollars cette année. Or, comme elle n'a plus aucune dette et que l'idéologie de son gouvernement lui interdit de créer de nouveaux programmes sociaux, une partie de l'argent sera réinvestie dans les services existants, une autre sera économisée et le reste redistribué aux quelque trois millions d'habitants.
Tout cet argent, l'Alberta le tire des redevances sur l'exploitation du gaz naturel et du pétrole, dont le prix a grimpé de façon vertigineuse depuis le début de l'année. C'est d'ailleurs à cause de cette augmentation qu'on assiste à l'heure actuelle à la hausse du dollar canadien par rapport au dollar américain mais aussi par rapport aux autres monnaies comme l'euro.
Malgré la transformation de l'économie canadienne au cours des dernières décennies, le pays est toujours perçu comme un producteur de ressources. Il en découle que toute diminution de la demande pour les matières premières dans le monde influence à la baisse la valeur du dollar canadien. Au contraire, lorsque le prix des matières premières est à la hausse à cause d'une demande plus forte des pays consommateurs, notre monnaie se remet à grimper.
Résultat : l'économie canadienne, qui est d'abord une économie d'exportation, de ressources, certes, mais surtout de biens manufacturés, subit les contrecoups de cette force du dollar. Depuis le début de l'année, 100 000 emplois ont disparu dans le secteur manufacturier à cause de la hausse du dollar.
Or voilà qu'à cette augmentation de la devise vient s'ajouter celle de l'énergie, qui forcera les ménages à réduire d'autant leurs achats de biens et de services, un mouvement qui risque d'être accentué par la décision récente de la Banque du Canada de hausser les taux d'intérêt.
Nous voilà donc dans la situation absurde où ce qui fait la prospérité d'une région au point de creuser irrémédiablement l'écart qui la sépare du reste du pays est en train de menacer la santé économique de l'ensemble du Canada. Les Albertains eux-mêmes n'y sont pour rien, cela s'entend, mais ne pourrait-on pas au moins s'attendre à ce que celui dont c'est la responsabilité constitutionnelle d'atténuer le déséquilibre entre les régions, soit Ottawa, présente une analyse pertinente de la situation et un plan d'action réfléchi pour corriger le problème ?

Le malaise
André Pratte
La Presse jeudi 22 septembre 2005
Le monde politique canadien attend avec impatience les rapports que le commissaire John Gomery doit rendre publics au cours des prochains mois. Il est à souhaiter que nos élus se penchent également avec attention sur deux autres rapports, ceux que rédigera le juge Dennis O'Connor, président de la commission d'enquête sur l'affaire Arar.
Le juge O'Connor fera sans doute des recommandations utiles sur l'attitude que devrait adopter le Canada face à des questions aussi délicates que:
la détention de Canadiens soupçonnés de terrorisme par un pays pratiquant la torture; l'utilisation d'informations relatives au terrorisme fournies par des pays qui pratiquent la torture.
À l'heure actuelle, il ne semble pas exister au gouvernement fédéral une politique claire sur ces questions, de même que de façon générale, sur l'équilibre délicat entre les droits de la personne et la sécurité nationale. Dans des témoignages présentés devant la commission O'Connor, des représentants gouvernementaux ont laissé entendre qu'en certaines circonstances, le Canada pourrait accepter d'un pays étranger des renseignements obtenus grâce à la torture. Par contre, dans une lettre envoyée à Amnistie Internationale, la ministre de la Sécurité publique, Anne McLellan, a soutenu que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) n'utilisait jamais d'informations obtenues " à la suite de gestes qui seraient considérés comme des violations des droits de la personne. " Cette confusion s'ajoute au malaise provoqué par l'affaire Kazemi, par les allégations d'autres Canadiens musulmans sur de mauvais traitements subis en Syrie, et par la détention au Canada de personnes non accusées. Effrayé par la menace terroriste, le Canada est-il en train de perdre de vue ses valeurs fondamentales?
Quatre immigrants de religion musulmane sont détenus depuis des mois après que le gouvernement canadien eut émis contre eux un certificat de sécurité. Un résident permanent, Adil Charkaoui, a récemment été libéré, mais est soumis à une surveillance étroite dans l'attente de la fin des procédures. Le processus entraînant l'émission de certificats de sécurité a été dénoncé par plusieurs organisations de défense des droits de la personne. Ces certificats concernent les très rares immigrants qui, selon le gouvernement, représentent une menace pour la sécurité du Canada, au point qu'ils doivent être déportés. L'État estimant qu'une partie des informations en sa possession doivent demeurer confidentielles, on ne remet pas à la personne concernée toute la preuve qui a entraîné l'émission du certificat.
Beaucoup de Canadiens sont inconfortables devant le fait que leur gouvernement interne en territoire canadien des personnes pendant des mois, voire des années alors qu'aucune accusation n'a été portée contre elles et en plus donne l'impression de cautionner la torture à l'étranger. Avec la publication du rapport sur l'affaire Arar, de même que celle du rapport d'un comité du Sénat sur la Loi antiterroriste, le gouvernement et ses agences (GRC, SCRS) ont l'occasion de préciser leur politique sur ces questions fondamentales. Il est urgent qu'ils le fassent.

Les services de garde en milieu familial et les cachotteries de la ministre
Théberge - "UN GOUVERNEMENT D'AMATEURS!" - Camil Bouchard
CNW Telbec
21 septembre 2005
QUÉBEC, le 21 sept. /CNW Telbec/ - "Alors qu'elle accuse les CPE de
désinformation, la ministre Carole Théberge se prépare secrètement à
apporter des modifications majeures au réseau des services de garde du Québec en
disant que c'est pour en améliorer la qualité et l'accessibilité. La vérité, c'est
que ces modifications sont commandées par un manque de budget qui découle
d'un choix politique : on déshabille les services de garde à but non lucratif
pour soutenir les garderies privées et pour saupoudrer de l'argent dans d'autres
programmes", a déclaré le député de Vachon et porte-parole de l'opposition
officielle en matière de famille, M. Camil Bouchard.
Selon le député, la ministre Théberge ne fait que camoufler son échec à
défendre et développer le réseau correctement. Depuis qu'elle est en poste,
la ministre a coupé plus de 100 M$ dans le budget de fonctionnement des CPE.
Elle s'apprêterait maintenant à déstructurer le réseau en réduisant de 900 à 150
le nombre de CPE auxquels sont rattachés les responsables de service de garde
en milieu familial. "Si la ministre poursuit dans cette voie, elle va me
trouver sur son chemin", a affirmé M. Bouchard.
En réduisant ainsi le nombre de CPE de rattachement, la ministre
Théberge affaiblirait le soutien nécessaire à ces milliers d'intervenantes et
d'intervenants travaillant en milieu familial et menacerait directement la
qualité des services. "La ministre n'a rien compris de la philosophie qui
anime le réseau depuis ses tout débuts. Le réseau est d'abord et avant tout
un outil collectif que les Québécoises et les Québécois se sont donnés pour
assurer le développement de tous les jeunes enfants. Ce n'est pas un simple
service de garde, ce n'est pas un stationnement pour enfants", a tenu à
rappeler M. Bouchard.
"Les services de conseillères et conseillers pédagogiques offerts par
les CPE à proximité des milieux de garde familiaux ne sont pas un luxe. Ils sont
absolument nécessaires. Si on affaiblit ces liens entre les CPE et les
services de garde familiaux, on diminue la capacité de ces milieux à
recevoir des enfants qui présentent des besoins particuliers, et on encourage de ce
fait la sélection d'enfants plus faciles à intégrer. C'est l'égalité des
chances au coeur même de la création du réseau qui est menacée. Les
éducatrices et éducateurs de ces milieux travaillent fort et ont besoin d'un
lien direct, accessible et familier avec les ressources des CPE. Comment la
création de méga-CPE peut-elle améliorer ce qui existe déjà? Cela relève du
mystère et de la pensée magique", a souligné M. Bouchard.
Selon le député de Vachon, on ne répare pas ce qui n'est pas brisé! La
ministre n'a jamais fait la preuve que l'organisation du réseau dans la
forme où elle l'a trouvée en début du mandat de son gouvernement était déficiente.
Mais à force d'amateurisme et de tripotages de toutes sortes, elle pourrait
bien trouver une raison pour réparer un réseau qu'elle aura elle-même
endommagé sérieusement. "Tout cela est d'une grande tristesse! Ce réseau,
qui fait l'envie de tous nos voisins d'Amérique du Nord, est systématiquement
envisagé comme un problème par le gouvernement Charest. Ce qui est vu comme
le meilleur investissement qu'un pays puisse se donner, même par le
gouvernement fédéral, est vu comme une dépense comme une autre par ce gouvernement
d'amateurs", a conclu M. Bouchard.

Charest en mission économique en Chine
Le Québec et la Chine ont un passé commun riche mais méconnu
Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 22 septembre 2005
L'auteur de Le Lys et le lotus note l'importance de créer des relations plus intimes
Les relations Québec-Chine ne datent pas d'hier, rappelle l'historien Serge Granger, au moment où le premier ministre Jean Charest arrive à Pékin pour une mission d'une semaine, avec une délégation de 155 Québécois issus des milieux des affaires, de l'éducation, du tourisme et de la culture.
«Nous avons une relation historique très riche avec la Chine, le problème est que les historiens québécois ont oublié de l'étudier», affirme M. Granger, qui a publié il y a quelques mois Le Lys et le lotus - le Québec et la Chine de 1650 à 1950 (VLB éditeur). Le Devoir l'a joint à New Delhi, en Inde, où il effectue des recherches au Centre d'études françaises et francophones de l'université Jawaharlal Nehru.
Il fait remarquer que l'intérêt du Québec pour la Chine remonte au début de la colonie. L'explorateur Cavelier de La Salle croyait fermement que la Chine se trouvait en amont des rapides jouxtant Montréal, d'où la dénomination de rapides de Lachine! Plus sérieusement, Serge Granger rappelle que «le Chinatown de Montréal [et celui de la ville de Québec] ont plus d'un siècle» et que «la communauté chinoise est le premier groupe non judéo-chrétien à venir s'installer au Québec».
Petits Chinois
Aussi, «quel Québécois d'avant les années soixante n'avait pas acheté un petit Chinois?», lance M. Granger. Longtemps, le Québec a surtout exporté des missionnaires vers l'empire du Milieu. En 1941, les Québécois deviendront même les premiers contributeurs per capita à la Sainte-Enfance, dépassant les Italiens et les Français. Pratiquement toutes les écoles catholiques du Québec furent enrôlées dans ce type de campagne.
Au fond, c'est la Révolution tranquille, en laïcisant la société québécoise, qui a «coupé le cordon missionnaire avec la Chine, détruisant au passage cet acquis», semble déplorer M. Granger. «Ce n'est qu'en 1975 que la sinophilie revient réellement au Québec, avec la création du Centre d'études de l'Asie de l'Est (CETASE) à l'UdeM, sans oublier les efforts continus de McGill et Concordia.» Cela renouait avec l'intérêt séculaire que plusieurs personnages de l'histoire du Québec ont montré pour la Chine, tels Honoré Beaugrand, ancien maire de Montréal, l'écrivain Alain Grandbois et le politicien Wilfrid Laurier, sans compter Norman Bethune, Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque. Il note que «tous les réformistes chinois du XXe siècle, notamment Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek et Mao Zedong, se sont sentis concernés par des institutions ou des individus liés au Québec».
Se faire connaître
Malgré tout, M. Granger estime que le Québec doit se faire connaître davantage en Chine. «Peu de Chinois savent que la langue du Québec est le français, et, lorsque vient le temps de recruter les immigrants, le gouvernement du Québec a la fâcheuse habitude de le faire par le biais des Alliances françaises, qui n'enseignent aucunement le Québec à leurs étudiants.» Il voit d'un bon oeil le fait que des délégations d'établissements d'enseignement fassent partie de la présente mission du gouvernement du Québec, car elles favoriseront le recrutement d'étudiants chinois, qui serviront à terme de pont entre le Québec et la Chine et qui assureront ainsi une meilleure compréhension entre les deux mondes et, potentiellement, des relations plus intimes.
«Si le Québec échoue à se tailler une place en Chine, le Québec aura de la difficulté à faire sa place au soleil dans l'économie mondiale», note M. Granger. Dès son arrivée en sol chinois aujourd'hui, le premier ministre Charest aura un entretien avec le vice-premier ministre Zeng Peiyan. Demain, M. Charest rencontrera deux autres ministres, soit Zhou Ji (Éducation) et Xu Guonhua (Science et Technologie), pendant que se déroulera un séminaire sur le multimédia. La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, et le ministre du Développement économique, Claude Béchard, sont aussi du voyage.
Et l'Inde?
Par ailleurs, M. Granger se demande pourquoi le Québec est toujours absent dans le géant voisin de la Chine, l'Inde. Elle aussi, après tout, est en voie de devenir un autre géant économique. «Si j'enseigne l'histoire québécoise à l'université Nehru, c'est pour démontrer que la francophonie indienne s'intéresse à nous. Malheureusement, l'indifférence du Québec au progrès indien m'inquiète.»
Avec PC
