
Boisclair veut rajeunir le Parti québécois
Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 23 septembre 2005
Le candidat attire 1400 étudiants lors d'une conférence à l'Université de Montréal
Soucieux du vieillissement du membership au sein du Parti québécois, André Boisclair a lancé hier un appel à la jeunesse afin qu'elle se lève et marche à ses côtés dans la course à la chefferie péquiste.
Bien qu'ils ne représentent que 15 % des membres du PQ, comme Le Devoir le révélait hier, les jeunes ont massivement montré leur intérêt pour ce parti en général et pour un des aspirants à sa direction en particulier. Quelque 1400 étudiants de l'Université de Montréal se sont pressés pour entendre la conférence d'André Boisclair. Un auditorium de 1000 places n'a pas suffi. La longue file d'attente a été détournée vers une autre salle où les jeunes ont pu entendre le discours du favori dans cette course, que d'aucuns associent à la génération montante compte tenu de ses 39 ans.
Cette présence a semblé ragaillardir M. Boisclair, dont les aspirations ont été secouées depuis une semaine par sa confession forcée au sujet de sa consommation passée de cocaïne. «Je veux faire appel à votre énergie. Je fais un gros saut en me lançant dans cette campagne. Je vous invite à en faire un avec moi. [...] Est-ce trop vous demander, dans la prochaine année, de consacrer l'équivalent d'une journée ou deux pour réfléchir au Québec, pour vous faire votre propre idée du genre de société dans laquelle vous voulez vivre ?», a-t-il demandé à la foule.
André Boisclair a même émaillé son discours de quelques phrases au ton modeste alors qu'il est souvent critiqué pour son arrogance. «[J'exercerai] un leadership où je ne jouerai pas le curé en chaire qui vient annoncer la bonne nouvelle chaque semaine. [Je serai] un gars qui va se tromper, un gars qui n'aura pas toutes les réponses aux questions, un gars qui n'est pas celui qui va marcher en avant pour porter la croix», a-t-il expliqué.
Mais le naturel est vite revenu. Emporté par l'enthousiasme que lui communiquaient les gens dans la salle, André Boisclair a parlé de lui à la troisième personne, soulignant même qu'il était en «campagne électorale». Mais ce petit lapsus a surtout fait sourire le principal intéressé et suscité les rires d'une salle visiblement prête à tout lui pardonner.
Aux journalistes qui l'attendaient à la sortie, M. Boisclair s'est dit ému par l'accueil reçu. «Au-delà de ma personne, je vois des jeunes qui sont prêts à se mobiliser pour la souveraineté du Québec», a-t-il commenté.
Le candidat à la direction du PQ se montre confiant de conquérir les jeunes afin qu'ils deviennent membres du Parti québécois. Selon son entourage, environ 300 cartes de membre ont été vendues après le discours de M. Boisclair.
Selon les données obtenues par Le Devoir et confirmées par M. Boisclair, l'âge moyen des péquistes à l'heure actuelle est de 54 ans. En fait, ce sont les gens âgés de plus de 50 ans qui représentent la large majorité (59 %) du membership péquiste.
«J'ai confiance qu'on est capables de faire un bond considérable dans le membership du Parti québécois. Je suis déjà allé chercher plus 10 000 nouveaux membres. [...] La campagne que je fais sur le terrain, avec un appui fantastique de jeunes de partout dans les régions du Québec, porte fruits et va se traduire de façon concrète sur le membership du parti, qui doit être redressé», a-t-il affirmé.
M. Boisclair a toutefois reconnu que remplir une salle (voire deux) et faire le plein de membres sont deux choses fort différentes. «C'est pourquoi je veux passer du temps auprès des jeunes pour essayer de les convaincre de faire le pas. Les chiffres sont justes, et c'est pour cette raison que je veux agir», a expliqué M. Boisclair, qui bénéficie de l'appui de 13 leaders, anciens et actuels, du mouvement étudiant.
Parmi les parti politiques du Québec, c'est l'Union des forces progressistes (UFP) qui a la plus importante proportion de jeunes dans ses rangs : en effet, 56 % des quelque 2900 membres ont moins de 35 ans alors que seulement 18 % d'entre eux ont 55 ans et plus. «Une courbe inversée à celle du PQ», fait remarquer le porte-parole de l'UFP, le médecin Amir Khadir. Le profil de l'UFP, «en rupture avec un certain modèle économique, un modèle de croissance, très soucieux de l'environnement, qui rompt avec la vieille façon de faire de la politique», convient à plusieurs jeunes, dit M. Khadir. Autre avantage, poursuit-il : beaucoup d'artistes très engagés et très en vue chez les jeunes, comme Les Cowboys Fringants et Loco Locass (qui parlent même de M. Khadir dans une de leurs chansons), logent à la même enseigne idéologique que l'UFP. Par ailleurs, l'UFP est «un parti de la rue autant que des urnes», actif là où beaucoup de jeunes se trouvent : le mouvement antiguerre, la défense des sans-papiers, etc.
À l'Action démocratique du Québec, «le tiers» des membres auraient moins de 30 ans. Au Parti libéral du Québec, on évalue la proportion des «moins de 26 ans» à 8,5 % des membres. Mais on fait remarquer que la Commission jeunesse y est la plus puissante de ce type au sein des formations politiques au Canada puisqu'elle possède 33 % des voix lors des congrès du parti. Quant au Bloc québécois, il ne compilerait pas de données sur l'âge de ses membres.
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille

La semaine du pardon
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 24 septembre 2005
Le premier débat officiel de la course à la direction du PQ a été occulté par les aveux d'André Boisclair
Québec - De la première semaine de la course à la direction du Parti québécois se dégage une impression d'irréalité alors que le demi-aveu d'André Boisclair au sujet de sa consommation de cocaïne lui aurait valu l'appui spontané d'une grande majorité de Québécois, selon un sondage, et, surtout, aurait suscité un engouement palpable chez les jeunes devant lesquels le candidat de 39 ans a prononcé trois allocutions très courues au cégep et à l'université.
Ce fut aussi l'occasion du premier débat officiel, à Sherbrooke, auquel ont participé les neuf candidats. Tout s'est déroulé dans l'ordre serré décidé par la direction du parti. La formule n'a pas permis de faire de gagnants, mais l'exercice n'a pas sombré dans la cacophonie et toute amorce d'attaque personnelle a été prestement réprimée.
Lundi au cégep de Lévis-Lauzon, alors qu'il s'apprêtait à s'adresser aux étudiants, André Boisclair, pressé de questions, a avoué qu'il avait consommé à quelques reprises, alors qu'il était ministre, de la cocaïne, sans toutefois prononcer le mot. Le vendredi précédent, il avait vaguement reconnu avoir commis des «erreurs de jeunesse». Malgré l'insistance des médias, que ces demi-aveux ne satisfont pas, le candidat n'a rien voulu ajouter alors que, dans l'intérêt public, des précisions s'imposaient: sur quelle période cette consommation s'est-elle étendue? Dans quelles circonstances est-elle survenue? Est-il vrai qu'il n'en a jamais acheté? Pourrait-il un jour faire l'objet d'une forme de chantage?
André Boisclair a brisé une règle de base en politique: lorsqu'un politicien fait l'objet de rumeurs sur les écarts de conduite qu'il a vraiment commis, il est préférable qu'il s'explique, sans laisser de zones grises. Gilles Baril a même écrit un livre sur ses abus de drogue et d'alcool, Claude Charron a raconté les circonstances entourant le vol d'un veston chez Eaton, sans parler d'Yvon Picotte, cet alcoolique repenti qui a poursuivi une deuxième carrière dans le traitement des alcooliques. Les comparaisons s'arrêtent là puisque André Boisclair, contrairement aux exemples cités, a de bonnes chances de devenir chef d'un parti politique et d'aspirer à devenir premier ministre.
Sympathie
Certains péquistes appréhendent même que d'autres révélations sur le passé d'André Boisclair ne surgissent un jour ou l'autre après son élection comme chef du PQ, au moment le plus opportun pour ses adversaires politiques: pendant une campagne électorale ou référendaire.
Mais voilà, même si André Boisclair a enfreint les règles, il semble pour l'heure en profiter miraculeusement. Un étonnant sondage Léger Marketing effectué mardi, soit le lendemain du deuxième aveu du candidat, suggère que 71 % des Québécois l'appuieraient comme premier ministre. Chez les sympathisants péquistes, cette proportion grimpe à 86 %. Ces résultats sont à prendre avec des pincettes mais traduisent «un courant de sympathie» des Québécois envers M. Boisclair, «l'émotion du moment», a indiqué hier le président de cette firme de sondage, Jean-Marc Léger.
Ce phénomène ressemble à l'élan de sympathie dont Bernard Landry avait été l'objet après la diffusion du documentaire À hauteur d'homme sur la campagne électorale de 2003 du chef péquiste. Pour d'aucuns, André Boisclair est la victime de la meute de journalistes qui le traquent injustement. De façon calculée ou non, le candidat a exploité ce filon mardi au cégep de Sainte-Foy lors d'un point de presse au cours duquel il a demandé aux journalistes de cesser de le bousculer, de mettre un terme à «ces agressions physiques» et de respecter «l'intégrité» de sa personne. Le tout devant les caméras.
Ce phénomène s'est transporté sur le plan générationnel. Quand vous attaquez André Boisclair, «c'est ma génération que vous attaquez», écrivait avec émotion Louise Caroline Bergeron dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir. «Les baby-boomers qui fumaient du pot sur le parvis de l'UQAM en 1972 doivent comprendre qu'ils ont vieilli. Leur Botox, leurs véhicules utilitaires sport et leur préretraite à frigo en inox n'y changeront rien», prévenait-elle. Qu'ils laissent donc la place à la génération d'André Boisclair.
Devant les cégépiens et les étudiants universitaires, André Boisclair a fait un tabac cette semaine. Au cégep de Sainte-Foy, la salle était comble et près d'une centaine de personnes ont dû être refoulées. Même engouement à l'Université de Montréal, où le candidat a attiré 1400 personnes. Qui plus est, les jeunes accueillent chaleureusement son discours dans lequel il lance un appel à la jeunesse. «Ç'a été une bonne semaine», a livré au Devoir André Boisclair, ragaillardi par l'accueil reçu à l'Université de Montréal et par les courriels de sympathie qu'il dit voir affluer.
Or, aussi enthousiastes qu'ils soient, la plupart de ces jeunes ne sont pas membres du PQ et ne pourront donc pas voter pour le plus jeune des candidats dans cette course. Le Devoir révélait que le PQ est un parti de baby-boomers vieillissants: il compte 59 % de gens âgés de plus de 50 ans et la moyenne d'âge des membres est de 54 ans. Dans les rangs péquistes, la proportion des 18-30 ans ne s'élève qu'à 15 %. C'est donc dire que les membres du PQ pourraient avoir une appréciation des candidats différente de celle de la population en général et des jeunes en particulier.
Pauline Marois
À l'ouverture du premier débat officiel, mercredi à Sherbrooke, c'est tout de même André Boisclair qui a été accueilli par les applaudissements les plus nourris, suivi de Pauline Marois. À cette tribune, la candidate a réussi à bien se tirer d'affaire. Lors de la période des débats à trois - les neufs candidats avaient été répartis en trois groupes pour faciliter les échanges -, le hasard, qui fait bien les choses, a voulu qu'elle soit opposée au candidat du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), Pierre Dubuc, et à l'environnementaliste Jean Ouimet. Ce fut un jeu d'enfant pour la politicienne aguerrie, qui a donné son accord aux généreuses propositions de ses collègues tout en évoquant les contraintes du pouvoir.
Mais pour bien des militants péquistes, à commencer - on le comprend facilement - par les partisans du chef démissionnaire Bernard Landry, Mme Marois apparaît comme celle qui a porté un dur coup au chef en réclamant une course à la chefferie, comme la Brutus aux tactiques machiavéliques. Tellement que, lorsqu'il a été question d'identifier le camp qui a rappelé à un chroniqueur les «erreurs de jeunesse» d'André Boisclair, c'est tout de suite sur Mme Marois et son entourage que les soupçons ont pesé. Bien injustement, il faut le dire.
La direction du PQ est satisfaite de la formule retenue pour les débats. Malgré certaines appréhensions, la soirée n'a pas été assommante. Chacun des candidats a pu exposer ses idées. Le candidat Jean-Claude St-André s'est montré incisif à l'endroit d'André Boisclair tandis que l'ancien bloquiste Ghislain Lebel a eu de la couleur à défaut d'afficher la cohérence la plus étanche.
Se présentant comme le candidat qui parle des vrais enjeux, M. Lebel a mis en garde les péquistes contre un excès d'optimisme: il ne faut pas tenir pour battus les libéraux de Jean Charest, qui pourrait céder sa place à Philippe Couillard. Il a aussi rappelé que le PQ comptait 325 000 membres en 1981 et qu'ils ne sont que 83 000 aujourd'hui.
De son côté, Jean-Claude St-André n'a pas caché que non seulement il n'a pas d'atomes crochus avec André Boisclair mais qu'il le considère comme l'ennemi à abattre. M. St-André a tenté de s'en prendre personnellement à M. Boisclair, critiquant ses positions lorsqu'il était au gouvernement et mettant en doute sa crédibilité. Il a été prestement muselé par la modératrice, Lyne Marcoux, et, au surplus, il a été hué par l'assistance. André Boisclair, lui qui avait été chaudement applaudi, a eu lui aussi à essuyer des huées pour des propos jugés un peu trop forts à l'endroit de M. St-André.
Cette première semaine déconcertante dans cette course officiellement lancée sera-t-elle vue, avec le recul, comme celle du pardon? Peut-être. Mais on peut s'attendre à des rebondissements. On l'a bien vu: la politique est faite de surprises.
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille

Pourquoi pas Pauline?
Vincent Marissal
La Presse samedi 24 septembre 2005
Compte tenu du genre de semaine qu'AndréBois clair vient de connaître, on peut s'étonner de le voir remonter dans les sondages. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est de constater que ses adversaires reculent.
Surtout Pauline Marois. Dans les circonstances, une femme d'une telle expérience, qui a dirigé les ministères les plus importants et qui a 30 ans de militantisme dans le corps, devrait s'imposer comme un choix logique. Elle devrait au moins remonter un peu dans les sondages. Eh non! Elle a même perdu des plumes cette semaine.
Pourquoi? La question se pose. Après tout, elle est moins loin de la direction du Parti québécois que ne le laissent croire les sondages. Tout ce qu'il y a entre elle et le trône, c'est une nouvelle révélation embarrassante sur André Boisclair, ce qui, sans vilain jeu de mots, lui pend au bout du nez, selon ses détracteurs.
Les péquistes, qu'ils le veuillent ou non, pourraient donc se retrouver avec Pauline Marois. André Boisclair n'a pas réussi à éteindre complètement le feu et il y a pas mal de monde dans son propre parti qui souffle sur les braises.
Mercredi, ce sont des péquistes qui ont appelé les journalistes pour les mettre sur une " nouvelle piste ": si André Boisclair a consommé de la cocaïne, c'est donc qu'il en a acheté et, par conséquent, qu'il a eu affaire au crime organisé. D'autres " amis " de M. Boisclair ont rappelé aux médias que son ancien chef de cabinet avait été accusé de fraude et avait reconnu en cours de procès qu'il était cocaïnomane au moment du méfait.
Certains autres sévissent par courriel: " Est-ce que les contribuables du Québec peuvent être assurés qu'aucuns frais de consommation de cocaïne de Boisclair n'ont été payés à même le budget d'exploitation du ministre de l'Environnement quand il occupait ces fonctions? " demande un lecteur.
On peut continuer de gratter le bobo jusqu'à l'os, on revient toujours au même point: André Boisclair a admis avoir pris de la cocaïne et il a plaidé le droit à l'erreur. Ou bien on accepte ses explications et on passe à autre chose, ou bien on ne lui accorde pas ce droit à l'erreur et on raye son nom de la liste des premiers ministres potentiels.
Les premiers pensent que l'on juge un homme non pas à partir de ses erreurs, mais plutôt à la façon dont il s'en sort. Les seconds jugent au contraire qu'une telle erreur est fatale. On peut en débattre pendant des jours. Pendant ce temps, les militants découvrent d'autres raisons d'avoir quelques doutes sur le jeune politicien.
Outre la cocaïne, André Boisclair a deux autres handicaps majeurs: l'arrogance et un don inné pour la langue de bois. Voici comment un jeune couple a résumé le problème mercredi soir, à l'Université de Sherbrooke, pendant le débat des neuf:
- André Boisclair, c'est une coquille vide, a lancé un étudiant à sa copine après une déclaration de M. Boisclair.
- Ouais, c'est une coquille vide pleine de clichés, a renchéri la jeune fille.
Un sentiment de plus en plus répandu au PQ. Tout comme cette image de jeune fendant. Les députés qui ont travaillé avec André Boisclair le décrivent comme hautain et méprisant. " C'est drôle, Pauline ne passe pas parce que les gens la trouvent snob, mais ce n'est pourtant pas elle la plus snob d'entre nous ", confiait cette semaine un autre candidat à la direction du PQ.
Ce qui nous ramène à Pauline Marois. On vient de mettre le doigt sur le principal boulet à sa candidature: cette image tenace de grande dame. Les bijoux, les manteaux de fourrure, la grande maison et même son mari, Claude Blanchet, qui a quitté la SGF avec un parachute doré... ses détracteurs n'en manquent pas une.
" Tant qu'à être dans les bitcheries, écrit une lectrice dans un courriel, j'aimerais bien que l'on me confirme une fois pour toute s'il est vrai que Mme Pauline Marois a dépensé 30 000 $ de fonds publics pour la rénovation des toilettes à son bureau. Si c'est vrai, une telle gestion irresponsable est, à mon avis, plus dérangeante qu'une consommation personnelle occasionnelle de cocaïne. " Rien de moins.
Le fait que Mme Marois manque de chaleur et de passion dans ses discours et qu'elle soit vue par bon nombre de péquistes comme la " Brutus " de Bernard Landry ne l'aideront pas non plus à devenir la première femme chef de parti (élue) au Québec.
Vincent.marissal@lapresse.ca

André Boisclair a-t-il mis un X sur son passé?
Sébastien Émard, Étudiant, Montréal
Le Devoir samedi 24 septembre 2005
Ce qui me dérange le plus dans ce qu'on appelle l'affaire Boisclair, ce n'est pas qu'un politicien se soit compromis dans une situation à la fois illégale et immorale, chose qui ne souligne que la sempiternelle faiblesse humaine elle-même, trop souvent balayée sous le tapis quand il est question des «grands» de ce bas monde. Errare humanum est, n'est-il pas?
Mais au-delà du pardon public, de la repentance feinte ou sincère du candidat à la chefferie du Parti québécois et du battage médiatique actuel, c'est tout un phénomène générationnel (subsomption précaire mais parfois éclairante) qui devrait nous interpeller. Ne parle-t-on pas jusqu'à plus soif du film Horloge biologique, de l'émission Les Invincibles et du mal-être, supposé, des mâles du Québec ? À écouter les Richard Martineau et Josée Blanchette, voire les «masculinistes» et les «logues» à tout crin, malgré d'évidentes divergences quant aux causes et aux remèdes que ces moliéresques médecins de la civilisation prescrivent, l'homme de la génération X est en manque de liberté.
De grands adolescents prennent petit à petit la place qu'on leur a longtemps refusée à cause des clauses de disparité de traitement et de la masse démographique des baby-boomers. D'éternels pigistes se demandent s'ils devraient se reproduire et donc risquer de perdre leur belle liberté. Des yuppies veulent gagner de l'argent même si c'est au détriment du bonheur général et ne reculent devant aucune vieille morale pour réussir leur vie.
Ce sont des hommes qui sont plus ou moins ce que les médias désignent sous le terme génériques de «jeunes», malgré leur trentaine ou même leur quarantaine mal assumée, et auxquels appartient André Boisclair. Celui-ci n'a-t-il pas déclaré que la consommation de cocaïne durant son ministère était une erreur de «jeunesse» ?
S'excuser ? Sermonner ?
J'oubliais : tout le monde est jeune. Dans son coeur, s'entend. Et, bien sûr, être jeune excuse tout. Vraiment ? Mais qu'est-ce qu'il y a à excuser, au juste ? D'avoir festoyé innocemment avec des amis, probablement aussi respectables que M. Boisclair ? D'avoir brisé un tabou social ? D'avoir heurté la pudibonderie, la tartufferie du bon peuple ? D'avoir dévoilé un accroc dans un parcours sans tache et sans pareil ? Il n'y a rien à excuser !
Car ce que demandent les hommes (et aussi les femmes) de la génération X, c'est de ne plus se faire sermonner, de ne plus se faire imposer une morale, quelle qu'elle soit. Je ne veux pas être fidèle, je ne veux pas être jugé par autrui, je ne veux pas payer pour les autres (que ce soient des impôts ou des contributions syndicales), je ne veux surtout pas être enchaîné pour la vie dans une entreprise, dans un couple ou dans une idéologie, et je ne veux pas du tout subir les conséquences de mes actes car je suis dorénavant ailleurs. James Joyce disait à ses créanciers : hélas, je ne suis plus l'homme à qui vous avez prêté de l'argent car, depuis, chaque molécule de mon corps a changé.
Sartrien
Ce n'est pas qu'André Boisclair soit malgré tout un lépreux infâme ou un «dangereux criminel», avec ce que cela comporte d'essentialisme et de sensationnalisme. Mais pourquoi devrait-il s'excuser, et être puni de surcroît, puisque c'est passé, fini, terminé ? Car il est sartrien, voilà.
André Boisclair n'est pas de mauvaise foi (il a tout avoué, pardi, et faute avouée est immédiatement pardonnée), et il n'est pas un salaud (il n'a quand même pas volé des millions au trésor public dans le cadre d'un programme national de commandites et il n'a pas trempé dans une affaire d'emplois fictifs dans une mairie frauduleusement attribués à des membres de son parti).
Il a bâti sa propre morale comme il a bâti sa propre existence : de lui-même, par son seul mérite et malgré l'absurdité inhérente à notre humaine condition. Qui donc pourrait le juger ? Seul Sartre le pourrait, mais il consommait lui-même des amphétamines comme un forcené...
Les hommes de la génération X s'expriment (dans les arts, à la radio ou dans la rue) et, dans le flot de leurs jérémiades, ce qui devrait nous interpeller, c'est une certaine direction qu'ils tentent de donner à la société : un égoïsme qui ne tolère aucune limite, aucun reproche, aucune abnégation et aucune conséquence des paroles et des gestes faits «il y a longtemps» ou «dans le feu de l'action».
Cet égoïsme tranche avec l'héritage contrasté que nous laisseront les baby-boomers et, sous le prétexte fallacieux d'un changement sociétal, cache mal l'individualisme primaire d'enfants rois qui auraient mal vieilli.
Est-ce là une analyse sérieuse de la situation que nous vivons en 2005 ? Probablement pas. Mais je crois quand même qu'André Boisclair a de très bonnes chances d'accéder à la tête du Parti québécois, ce qui, convenons-en, n'est pas très sérieux non plus.

Questions
Denise Bombardier
Le Devoir samedi 24 septembre 2005
Que faut-il penser d'un homme de quarante ans qui ambitionne de diriger le Québec un jour et de le mener à sa souveraineté et qui explique, comme excuse à sa consommation de cocaïne alors qu'il occupait des fonctions ministérielles, qu'il aime le plaisir, qu'il adore s'amuser et que son aveu indique qu'il est «généreux de sa vie privée»? Que penser d'un futur président d'un Québec indépendant qui considère une atteinte à son «intégrité physique» une bousculade, inélégante certes, avec les journalistes qui veulent l'interroger? Comment doit-on réagir lorsqu'on le voit, le regard noir, accuser ses adversaires, compagnons d'armes de la souveraineté, de délation se transformant de la sorte en victime de ces méchants alors qu'il est coupable de ses propres errements?
Que dire d'un État de droit où l'on découvre soudain dans la population une permissivité élastique face à un geste condamné lourdement par le Code criminel au prétexte que «la cocaïne, tout le monde le fun en a pris un jour» ?
Comment réagir devant tant de gens qui refusent désormais de juger une personne publique à ses actes afin, suppose-t-on, qu'on leur rende éventuellement la pareille, créant par le fait même un nouveau concept, celui de l'impunité à tout prix ?
Que dire de ceux qui crient haut et fort qu'une attaque à l'endroit d'André Boisclair est une attaque contre la génération à laquelle il appartient, comme si le candidat à la direction de son parti incarnait les valeurs, les croyances et les idéaux de toute sa classe d'âge ?
Que penser d'un parti politique dont l'arrogance s'est souvent drapée de vertus, qui n'a que le mot liberté à la bouche et qui organise un débat, mercredi dernier, au cours duquel un lourd silence sera de mise sur l'événement majeur de la semaine ?
Que penser des citoyens qui traitent de puritains et de Mère Teresa les journalistes exerçant leur rôle de «chiens de garde» de la démocratie qui continuent de poser des questions pour que la vérité soit faite ?
Dans quelle société vivons-nous pour que l'aveu d'un geste de nature criminelle propulse la personne qui l'a posé plus avant dans le concours de popularité et que celle dont on suppose l'entourage d'avoir laissé filtrer la nouvelle perde des appuis ?
La loi du nombre serait-elle à ce point incontournable que les principes, les valeurs et la morale devraient désormais être définis par cette loi du plus grand nombre ? De même qu'il faudrait en parler parce que «tout le monde en parle», il faudrait effacer cet égarement ministériel parce que tout le monde, apparemment, a consommé de la drogue. On est ahuri lorsqu'on entend des adversaires haineux de George W. Bush, le citer comme exemple de consommation de drogue pour excuser la consommation de M. Boisclair. On demeure éberlué devant l'incapacité à distinguer une activité illicite privée d'une activité illégale exercée dans une fonction publique, et qui plus est, alors qu'on est membre d'un gouvernement. Oublie-t-on que l'élu est le seul représentant du peuple et que ce titre lui confère une responsabilité unique, lui assure une immunité à l'intérieur de l'Assemblée nationale mais l'oblige à une rectitude morale ? Qu'est-ce donc que cet argument foutaise exprimé par certains esprits plus fêlés qu'affranchis selon lequel ceux qui nous gouvernent ne doivent pas être des saints ou des Mères Teresa auquel cas ils seraient dangereux. Que ceux-là n'aient crainte. Moult dictateurs et tyrans sont des partouzards redoutables, pratiquant le droit de cuissage, l'élimination physique des adversaires et qui se défoncent à l'alcool et aux drogues dont ils contrôlent souvent eux-mêmes le commerce. Exiger d'être gouverné par des gens responsables et respectueux des lois ne va-t-il pas de soi en démocratie ?
Toute cette histoire, encore une fois, nous renvoie à nos démons, nos faiblesses et surtout notre désarroi lorsqu'il s'agit d'établir des règles éthiques. À vrai dire, l'on constate une réticence non seulement à juger mais à évaluer, à hiérarchiser et en fin de compte à condamner, sauf en matière de crimes crapuleux ou dans les domaines recouverts par la rectitude politique. La génération de la grande récréation des années soixante qui a brisé tous les tabous, a fait éclater les interdits, s'est soûlée au sens propre comme au figuré, a vécu sous influence psychédélique, a erré sexuellement, cette génération ne veut pas se faire juger rétrospectivement. Elle absout pour être absoute elle-même des dérapages dont elle n'est pas nécessairement fière. Cette génération a produit des enfants orphelins de repères, on ne le soulignera jamais assez. Ajoutons à cela le vieux traumatisme de la culpabilité dont on observe aujourd'hui les ravages. À lutter contre la culpabilité, on en arrive à nier son effet de catharsis. Se sentir coupable, n'est-ce pas reconnaître qu'on a été dans l'erreur ? Et l'erreur ne se répare pas par la seule volonté de celui qui l'a commise. Cela s'appelle assumer ses actes. Avec l'état d'esprit qui prévaut actuellement, ce genre de réflexion renvoie celui qui l'exprime dans un camp où l'on ne risque pas de gagner le concours de popularité.
denbombardier@videotron.ca

Pierre Dubuc, candidat à la direction du Parti québécois
- Le PQ doit s'allier aux syndicats
Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 23 septembre 2005
Le mouvement syndical constitue la planche de salut pour la réélection du Parti québécois, les syndicats offrant une structure et une organisation bien rodées, estime Pierre Dubuc, l'un des neuf candidats à la direction du Parti québécois.
«Comment le Parti québécois pourrait faire autrement ? C'est la principale force organisée au Québec. C'est aussi dans l'intérêt du mouvement syndical. [...] À chaque fois que le mouvement souverainiste et le mouvement syndical ont travaillé ensemble, ils ont été gagnants. Quand les deux ont été dissociés, les deux ont reculé», a expliqué hier M. Dubuc lors d'une rencontre éditoriale au Devoir.
Directeur de l'aut'journal, fondateur du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), Pierre Dubuc souhaite un virage à gauche au sein du PQ. Pour y parvenir, le PQ doit s'appuyer sur les syndicats et leurs ressources étendues dans chaque recoin du Québec. Les progressistes, que l'aspirant chef péquiste associe uniquement au milieu syndical et communautaire, doivent constater une véritable ouverture de la part du Parti québécois. Et qu'importe si le PQ se retrouve obligé de retourner l'ascenseur.
«Ça s'est fait dans les années 1970. Les principales lois progressistes qu'on a eues, la formule Rand, la loi anti-scab, sont venues à cause de cette unité-là. Effectivement, on espère qu'il y aura des lois progressistes. Regardez les sondages, les chefs syndicaux sont plus populaires que les politiciens», a soutenu M. Dubuc, qui a tout d'un représentant informel du monde syndical.
Ce dernier ne s'émeut guère qu'il y ait des souverainistes de droite qui puissent être effrayés par un tel changement, d'autant plus que les syndicalistes sont les grands absents de l'arène politique, a souligné Pierre Dubuc. «Aucun député de l'Assemblée nationale ne peut légitimement se réclamer du mouvement syndical. C'est extraordinaire : on a 40 % de syndiqués. Le Brésil a un président ouvrier. Cette image du PQ à gauche n'est pas vraie, comparativement aux années 1970», a-t-il rappelé.
À cette époque, le PQ pouvait compter sur les Robert Burns, Guy Chevrette et plus tard Robert Dean, tous issus du monde syndical. Il faut toutefois noté que le PQ est présidé depuis le printemps par Monique Richard, l'ancienne présidente de la CEQ. L'ancien président de la CSN, Marc Laviolette, qui siège au club politique SPQ Libre, pourrait briguer les suffrages lors d'un prochain scrutin général.
Pour l'instant, le recrutement dans le monde syndical se limite au SPQ Libre, soit quelque 500 membres. M. Dubuc déplore d'ailleurs que les organisations syndicales ne soient pas très «combattantes» sur la question nationale. «Ce serait souhaitable qu'elles s'impliquent davantage en politique», a déclaré M. Dubuc.
Depuis le référendum de 1995, où des syndicats avaient pris part à la table des Partenaires pour la souveraineté, ils se montrent aujourd'hui plus réticents à intervenir. Les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) ainsi que les cols bleus de Montréal (SCFP-FTQ) sont parmi les rares syndicats à avoir une tradition et des mandats d'engagement politique.
M. Dubuc, que les sondages effectués auprès de la population tendent à laisser dans la marge, ne ferme pas la porte à un mouvement d'appui en faveur d'un autre candidat dans la course. Le SPQ Libre se réunira sur la question en temps et lieu, en fonction de l'évolution de la campagne au leadership. D'ores et déjà, il semble acquis que M. Dubuc ne favoriserait pas André Boisclair ni Louis Bernard, qu'il associe à la vieille garde.

Conférence sur le logement en Nouvelle-Écosse :
la part du Québec ou l'oeuvre d'Ottawa ?
Christian Simard, Député de Beauport-Limoilou et porte-parole du Bloc québécois en matière de logement
Le Soleil vendredi 23 septembre 2005
Une conférence fédérale-provinciale des ministres du Logement se tient actuellement au White Point Beach Resort en Nouvelle-Écosse. Cette conférence risque peu de faire la manchette, en raison du lock-out au réseau anglais de Radio-Canada et de l'endroit isolé où elle se tient, à deux heures de route d'Halifax.
Les montants qui sont en jeu - plus de 5 milliards $ - , le rôle que seront appelés à jouer ou à ne pas jouer le Québec et les provinces, les conditions de logement très difficiles que connaissent toujours 1,7 million de ménages au Canada, dont 393 000 au Québec, devraient pourtant aviver notre intérêt.
Assisterons-nous à de nouvelles manoeuvres du gouvernement fédéral pour dépenser à la pièce dans des programmes de visibilité ou au transfert des sommes disponibles au Québec et aux provinces pour résoudre des problèmes de logement qui sont de leurs compétences ? La part du Québec ou l'oeuvre d'Ottawa ?
Surplus de 4,2 milliards $ à la SCHL
La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) affichera des surplus de 4,2 milliards $ en 2005. Si la tendance se maintient, ces surplus se chiffreront à 8,3 milliards $ en 2008 ! Ce n'est pas banal, mais plutôt immoral, considérant le mandat même de la SCHL. D'autant plus que ces surplus proviennent d'une surestimation des coûts d'emprunt ; de tarifs trop élevés chargés aux citoyens pour garantir leur prêt et même de la gestion des programmes de logement social qui a coûté moins cher compte tenu des bas taux d'intérêt.
Aux surplus de 3,4 milliards $ déjà dans les coffres de la SCHL s'ajoute le 1,6 milliard $ d'argent neuf pour le logement social (inclus dans le projet de loi C-48 présenté par les libéraux le printemps dernier). Cette somme a été promise dans le cadre du deal fait avec le Nouveau Parti démocratique pour que le gouvernement se maintienne au pouvoir malgré la corruption révélée à la Commission Gomery.
Comment se fait-il qu'il y ait encore des problèmes de logement au Canada, au Québec et dans les provinces avec autant d'argent disponible ? Une bonne partie de la réponse réside sans doute dans l'incurie de gestion, dans les dédoublements, dans le manque de sensibilité à l'égard des plus démunis et dans la tentation sans doute très grande de détourner les surplus de la SCHL pour financer des baisses d'impôt aux entreprises ou d'autres dépenses gouvernementales. Cela s'est vu. On n'a qu'à se rappeler le détournement de la caisse de l'assurance-emploi !
L'aide aux sans-abri
Il est intéressant de mettre en parallèle, ou plutôt en paradoxe, les milliards de dollars dont dispose le fédéral en logement et l'engagement tant attendu pour le renouvellement du programme d'aide aux sans-abri (connu sous le nom d'IPAC).
Le 12 septembre dernier, les organismes membres du Réseau Solidarité Itinérance ont mis en demeure le premier ministre Paul Martin de renouveler et de bonifier le programme IPAC d'ici 10 jours. Ce n'est pas un hasard si ce délai correspond au début de la conférence fédérale-provinciale au White Point Beach Resort. Les militants et les travailleurs sociaux qui oeuvrent auprès des sans-abri sont à bout. On leur a promis le renouvellement du programme aux élections de 2004, dans le discours du Trône, lors des débats sur le budget, mais sans jamais passer aux actes. C-48 étant maintenant adopté, l'argent doit dès maintenant être transféré au Québec.
Dans la campagne de sauvetage du gouvernement, en mai dernier, le ministre du Logement, Joe Fontana, est allé annoncer pour la troisième fois le même projet à la Old Mission Brewery à Montréal, sans s'engager plus avant. Le stratagème a d'ailleurs été dénoncé par Pierre Gaudreau, le porte-parole des organismes montréalais pour les sans-abri, qui a alors déclaré que le ministre traitait les sans-abri comme s'il s'agissait de "bouts de routes".
Il faut comprendre que, même en votant immédiatement les sommes nécessaires, il y a de fortes chances que des services d'hébergement, des soupes populaires, des programmes d'aide aux toxicomanes doivent fermer leurs portes d'ici 200 jours tant les délais administratifs d'approbation de projets sont longs et pénibles. À l'échelle canadienne, on parle d'un montant d'environ 500 millions $ pour un programme de trois ans et les demandes des groupes du Québec atteignent 150 millions $. Les groupes québécois souhaitent que le programme soit reconduit pour cinq ans afin d'assurer plus de stabilité dans les services aux sans-abri. Notons au passage que le Québec ne reçoit actuellement que 14 % des sommes consacrées à ce programme à l'échelle canadienne alors que son poids démographique est de 24 %.
1,6 milliard $ : quelle sera la part du Québec ?
La conférence de la Nouvelle-Écosse devrait également nous éclairer sur la manière dont sera dépensé le 1,6 milliard $ réservé dans le projet de loi C-48 pour "le logement à prix modique".
Il y a lieu de craindre, comme le soulignait le FRAPRU, que des élections générales ne soient déclenchées avant que le gouvernement Martin n'ait commencé à utiliser le 1,6 milliard $ voté pour une période de deux ans. Pour le FRAPRU : "Il serait scandaleux que cette somme n'ait servi qu'à maintenir Paul Martin au pouvoir quelques mois de plus et qu'elle ne réponde pas immédiatement aux besoins urgents des mal-logés et des sans-abri du Canada et du Québec".
Le gouvernement fédéral peut également être tenté de saupoudrer l'argent dans une foule d'initiatives ou même en créant une autre fondation en ayant plus en tête sa propre visibilité qu'une véritable efficacité.
Le Québec a toutes les compétences et l'expertise pour soutenir la réalisation de logements sociaux, de coopératives d'habitation et d'habitations à but non lucratif. Il doit recevoir sa juste part (24 % des sommes annoncées) dans le respect de ses compétences. Cela n'a malheureusement pas toujours été dans le passé, même aujourd'hui avec les surplus de la SCHL dont une part importante provient des Québécois.
Si le Bloc québécois s'est opposé au projet de loi C-48 (mieux connu comme étant le budget NPD), ce n'est pas en raison des investissements en logement social, mais bien parce que le projet de loi était flou quant à son application, qu'il ne corrigeait en rien le déséquilibre fiscal et qu'il ne contenait rien pour les chômeurs. On s'aperçoit aujourd'hui que le gouvernement peut retarder au-delà des élections ses obligations budgétaires et refaire un chantage à l'élection sur le dos des sans-abri et des mal-logés. Si telle est son intention, cela ne passerait pas comme une lettre à la poste.
Le transfert au Québec
La conférence de White Point devrait également permettre aux ministres Nathalie Normandeau et Joe Fontana de faire le point publiquement sur l'état des négociations concernant le transfert au Québec des responsabilités en matière de logement social. Ces négociations, commencées et interrompues à plusieurs reprises depuis 1997, ont, semble-t-il, repris depuis l'automne 2004.
Il serait plus que temps que le Québec rapatrie complètement la gestion des programmes de logements sociaux avec les budgets correspondants. Comme le Québec a reçu pendant plus d'une décennie moins que sa part des investissements en habitation, il importe également que ce transfert inclue des montants compensatoires importants. Ces sommes serviront notamment à remettre en état l'important parc de logements coopératifs et à but non lucratif que compte le Québec.
Mais il faut aller plus loin que cela. Il ne faut pas seulement rapatrier la gestion des programmes sociaux mais également notre part des surplus de la SCHL et, à terme, les activités rentables de cette agence. J'ai déposé le projet de loi C-363 qui vise à transférer les surplus de la SCHL au Québec et aux provinces, en proportion de leur population. Ceci voudrait dire plus de 500 millions $ pour le Québec.
Aujourd'hui encore, plus de 110 000 ménages québécois consacrent plus de 80 % de leurs revenus pour se loger, et ce, malgré la construction récente de milliers de logements coopératifs et sociaux. Avec cet argent, le Québec et les provinces pourraient répondre aux besoins sans avoir à négocier continuellement avec un gouvernement fédéral arrogant et inefficace.
J'espère sincèrement que cette conférence réussisse, que le Québec et les provinces y fassent d'importants gains pour répondre aux besoins de logement de leur population respective.

Martin le magicien
Alain Dubuc
La Presse vendredi 23 septembre 2005
Ceux qui s'égosillaient tant à dénoncer l'existence d'un déséquilibre fiscal - que ce soit Yves Séguin, Jean Charest, Bernard Landry, ou encore moi-même - avaient-ils tout faux?
Si l'on en croit les chiffres, le déséquilibre fiscal, ça n'existe pas. Le rapport financier annuel du gouvernement du Canada, rendu public lundi, le démontre bien. Les données financières définitives pour l'année 2004-2005, qui s'est terminée le 31 mars, nous apprennent que le surplus budgétaire n'aura finalement été que de 1,6 milliard. Le surplus? Il n'y en a pas. Pfouitt! Disparu. Et s'il n'y a pas de surplus, il n'y a donc pas de déséquilibre fiscal...
Mais comment se fait-il que les analystes, qui s'attendaient à un surplus de 6 ou 7 milliards, ou même plus, se soient à ce point trompés? Comment se fait-il que le surplus, substantiel année après année, ait fondu comme neige au soleil, ou plutôt, pour utiliser une image plus empreinte de modernité, ait été aspiré comme une ligne de " coke " dans un party? Grâce aux talents de magicien du gouvernement Martin et de son ministre des Finances, Ralph Goodale.
D'abord grâce à des manoeuvres comptables qui ont permis au gouvernement fédéral d'inscrire d'importantes dépenses à son budget de l'année précédente: les 2,7 milliards du cadeau à Terre-Neuve et à la Nouvelle-Écosse, un passif de 800 millions à Énergie atomique du Canada, une aide d'un milliard aux agriculteurs. Sans ces jeux d'écriture, le surplus aurait été de 6,1 milliards. M. Goodale a expliqué que ceux-ci ont été exigés par le vérificateur général. Une obligation bien commode.
Mais aussi grâce à une nouvelle stratégie. Le gouvernement Martin a manifestement découvert les vertus de la prévention. La meilleure façon de disposer des surplus, et donc de s'éviter de pénibles débats sur le déséquilibre fiscal, c'est de dépenser l'argent avant, pour être bien sûr qu'il ne reste plus un sou en fin d'année et qu'il n'y ait donc pas de surplus.
Dans le débat sur le déséquilibre fiscal, les provinces dénoncent d'habitude deux choses: le fait que l'abondance dans laquelle vit le gouvernement fédéral les prive de ressources et les plonge dans la précarité, et le fait que les moyens dont dispose le gouvernement central lui permet de s'imposer dans des domaines de juridiction provinciale, avec toutes les tensions et les dysfonctions que cela provoque.
Mais il y a un autre effet, plus puissant et plus pervers, et c'est la transformation de la culture du gouvernement fédéral, intoxiqué par sa prospérité. L'existence d'une marge de manoeuvre substantielle crée de forte pressions pour dépenser plus, réduit la capacité de dire non. Cette mécanique a été renforcée par le débat sur le déséquilibre fiscal, qui a certainement poussé Ottawa à vouloir dépenser l'argent avant que les provinces ne réussissent à mettre la main dessus, ainsi que par la situation minoritaire du gouvernement Martin, forcé de plaire à tout le monde pour conserver le pouvoir. On l'a vu avec le coûteux budget supplémentaire déposé par M. Goodale pour obtenir l'appui du NPD.
Tous ces facteurs ont amené, en 2004-2005, à une véritable orgie de dépenses fédérales. Le mot n'est vraiment pas trop fort. Les dépenses de programmes, qui excluent le service de la dette, sont passées de 141, 4 milliards, en 2003-2004, à 162,7 milliards, en 2004-2005. 21,3 milliards de plus, ce qui correspond à une augmentation, hallucinante, de 15,1 %.
Une telle explosion, qui équivaut à une hausse de 12,7 % en termes réels, soit au-dessus de l'inflation, on n'avait pas vu cela depuis trente ans, quand, au milieu des années soixante-dix, la spirale des prix et la perte de contrôle des dépenses publiques nous ont plongés dans la crise.
Ottawa explique que presque la moitié de ces dépenses, 10,6 milliards, n'est pas récurrente, comme les montants versés à Terre-Neuve, ou encore les fonds mis à la disposition des provinces pour réduire les délais en santé. Mais cela n'empêche pas le fait que, même sans tenir compte de ces postes non récurrents, la hausse des dépenses, à 7,5 %, est la plus élevée depuis deux décennies.
À la décharge du gouvernement fédéral, il faut noter qu'une bonne partie de ces fonds retourne aux provinces, notamment avec l'entente sur la santé. Mais d'une façon pas toujours efficace, souvent arbitraire, politiquement désastreuse pour la santé de la fédération.
Et cela nous rappelle encore une fois à quel point il est important de trouver une solution à la crise que provoque l'existence du déséquilibre fiscal, pour donner aux provinces les moyens dont elles ont besoin, mais aussi pour protéger le gouvernement fédéral contre lui-même et le mettre à l'abri de la tentation la plus terrible qui guette les politiciens, celle de dépenser l'argent des autres.

C'est la meilleure entente qui soit !
Monique Gagnon-Tremblay : Ministre des Relations internationales du Québec
Le Devoir vendredi 23 septembre 2005
Encore une fois, je me vois dans l'obligation de rectifier les propos du journaliste Michel David qui, dans sa chronique du 18 septembre, qualifie d'«entente à rabais» celle que le gouvernement du Québec a signée avec le gouvernement vietnamien en matière d'adoption internationale.
M. David soutient également que, «par des dispositions conciliantes», la ministre des Relations internationales ne sera pas d'un grand secours dans les négociations avec Ottawa portant sur la place du Québec au sein des organisations internationales.
Tout cela est faux. En ce qui concerne l'entente Québec-Vietnam, il y a maintien des acquis. L'entente respecte totalement la pratique suivie par les gouvernements québécois successifs depuis une quarantaine d'années en matière d'ententes internationales.
D'abord, elle comporte les garanties nécessaires pour nous permettre d'assurer la protection tant des enfants que des parents adoptifs. Ensuite, l'accord canadien ne réduit pas notre entente à un simple «arrangement administratif». Enfin, notre entente établit clairement qu'elle constitue le cadre juridique par lequel s'effectueront les adoptions entre le Vietnam et le Québec. Nous avons atteint tous les buts visés.
Pour ce qui est de la négociation avec le gouvernement fédéral sur la place du Québec au sein des organisations internationales, s'il est vrai que mon collègue Benoît Pelletier en a reçu le mandat, pour ma part, il m'appartenait d'en définir le cadre. C'est pourquoi j'ai rendu public la semaine dernière, devant la presse parlementaire, un document qui résume les revendications québécoises. Pour la première fois, le gouvernement expose, par écrit et en détail, sa demande de participation auprès des organisations internationales. Le gouvernement précédent n'était jamais allé plus loin qu'une simple déclaration d'intention visant à négocier avec Ottawa.
Négociation plutôt que confrontation
Le premier ministre Charest a affirmé encore récemment que le gouvernement québécois ne reculera pas. Au contraire, à l'heure de la mondialisation, il entend de plus faire entendre sa voix au sein des organisations internationales lorsque ses intérêts sont en jeu. C'est le mandat qui m'a été confié et j'entends l'assumer pleinement.
N'en déplaise à M. David, nous avons réussi et réussirons encore par la négociation ce que n'a pas réussi le gouvernement du Parti québécois par la confrontation.
En attendant, nous maintiendrons un réseau de représentations qui puisse assurer au mieux la promotion des intérêts québécois. Nous continuerons à signer des ententes dans les champs de nos compétences et à parler de notre propre voix au sein des instances de la Francophonie.
Le gouvernement libéral de Jean Charest peut se vanter d'être l'un des gouvernements québécois les plus dynamiques en ce qui a trait à la présence du Québec sur la scène internationale. Il a démontré sa capacité à promouvoir le Québec auprès des grands décideurs mondiaux, le dernier exemple étant la rencontre de M. Charest, la semaine dernière, avec le président de la Chine. Les rapports avec les États-Unis n'ont jamais été aussi étroits grâce à un dialogue soutenu avec les autorités américaines. Il en est de même avec les partenaires européens et asiatiques du Québec.
Je peux assurer M. David que je ne ménagerai aucun effort pour faire la promotion de la position du gouvernement du Québec. Je tiens à ce que le consensus dans la société québécoise pour que nous soyons présents dans les organisations internationales trouve une traduction concrète. Je compte y consacrer mon temps et mon énergie pour ce faire.

Pelletier craint la montée de l'Alberta
Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 23 septembre 2005
Avec un surplus prévu de 7 milliards $ pour l'année, la province détonne au milieu de ses neuf consoeurs
Riche à craquer, l'Alberta pourrait faire la pluie et le beau temps au Canada, craint le ministre des Relations intergouvernementales, Benoît Pelletier.
Avec un surplus prévu de 7 milliards $ pour l'année, la province de Ralph Klein détonne au milieu de ses neuf consoeurs, qui tirent le diable par la queue pour boucler leur budget. Au cours des prochaines semaines, chaque Albertain recevra un chèque de 400 $, à titre de "prime à la prospérité".
Aux yeux du ministre Pelletier, il est évident "qu'il y a un déséquilibre qui s'installe au point de vue financier entre les provinces canadiennes. Éventuellement, ça va avoir un impact sur la dynamique entre les provinces. C'est encore difficile de mesurer quel sera cet impact, mais honnêtement, il y aura un impact et ce sera un impact politique".
À mesure que le fossé se creusera, les Albertains "seront sûrement plus revendicateurs et autonomistes", prédit M. Pelletier, espérant du même souffle qu'ils deviennent ainsi "des alliés du Québec dans un nombre accru de dossiers". Et, même s'"ils demeurent encore foncièrement Canadiens", ils sont "aux prises avec une espèce de dilemme existentiel qui va s'accentuer au cours des années", analyse le député de Chapleau.
Début septembre, un sondage mené auprès de 1448 personnes par le magazine Western Standard montrait que 41 % des Albertains étaient prêts à envisager l'option séparatiste. Conjugué au sentiment d'aliénation de l'Ouest, la présence de surplus de cette ampleur pourrait donc convaincre les résidants de l'Alberta qu'ils n'ont plus besoin du Canada.
Pour remédier à la situation, M. Pelletier s'en remet au "sens du partage" des Albertains. "Ils croient dans la valeur du partage, les sondages le démontrent. Ça veut dire qu'en soi, il y a une ouverture pour un renforcement de la péréquation."
Si la volonté ne venait pas de l'Ouest, elle ne viendra pas plus d'Ottawa, déplore M. Pelletier. "Paul Martin a promis qu'il ferait la réforme la plus importante dans l'histoire de la péréquation, nous l'attendons encore. Je n'ai pas beaucoup d'espoir qu'il le fasse d'ici les prochaines élections. À quelque part à Ottawa, on continue à plafonner les paiements de péréquation, ce qui illustre bien que, pour eux, l'équité entre les provinces a une limite alors que, pour nous, elle ne doit pas en avoir."
Pire encore, "beaucoup de dépenses qui ont été faites au Canada ont eu pour but de démontrer que le déséquilibre fiscal n'existe pas. On dépense et, de cette façon-là, on se trouve à diminuer les surplus budgétaires. Et en plus, on dépense dans les champs de compétence provinciaux. Tout ça est très choquant pour la population québécoise". M. Pelletier faisait référence à l'annonce faite récemment par Ottawa que les surplus seraient moins importants que prévus en raison des dépenses supplémentaires encourues pendant l'année.
MMoisan@lesoleil.com

Pelletier slams feds on daycare
KEVIN DOUGHERTY
The Gazette September 23, 2005 Friday
PM wants to use Quebec system as model; provincial minister opposes national norms
Prime Minister Paul Martin's vision of a national daycare program, intended as an element of Canadian "nation-building," is unacceptable to Quebec.
"I don't intend to get down on my knees to Ottawa," Benoit Pelletier, Quebec's intergovernmental affairs minister, said yesterday.
Pelletier said that negotiations between the province and the federal government over Quebec's share of a $5-billion federal fund set aside for daycare are stalled over Ottawa's insistence on pan-Canadian norms.
"We haven't reached an agreement in this file," Pelletier told reporters. "That means they are trying to make us accept proposals that we find unacceptable."
Martin committed himself to work with the provinces and territories to develop a national daycare plan modelled on Quebec's $7-a-day program, initiated by the previous Parti Quebecois government.
"It is true we are ahead," Pelletier said. "It is true we are the model."
But for Quebec, tailoring its daycare program to match federal criteria is "not negotiable," Pelletier said.
"All the more reason to have a right to opt out with full financial compensation, unconditionally," he added.
In a speech this week to senior federal public servants in Gatineau, Martin said the plan his government is developing will be about more than quality care for children.
"I am convinced that when future generations look back they will recognize, in our pan-Canadian approach to early learning, a project of nation-building in the same sense as universal medicare," Martin said.
Pelletier said Martin's approach is not surprising, and he recalled that the prime minister committed himself in the 2004 federal election campaign to a national daycare program.
"However, the intentions of Quebec have not changed," the Quebec minister said. "For us, it is very clear that there is no question that we will submit to national norms, to national constraints in the matter."
Negotiations between Ottawa and Quebec on transferring federal money for Quebec's daycare plan were suspended for the summer. Pelletier said he expects they will resume soon.
But Quebec insisted it will not conform to federal guidelines.
"We will not accept targeted money," he said.
"It has to respect our objectives, that's clear."
kdougherty@thegazette.canwest.com

Garderies: Québec sera intraitable face à Ottawa
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 23 septembre 2005
Québec - Le gouvernement du Québec n'a aucune intention de se plier à quelque norme pancanadienne que ce soit en matière de services de garde malgré la volonté d'Ottawa d'instaurer un réseau «national» de garderies, nouveau symbole de «l'édification de la nation canadienne», selon le premier ministre Paul Martin.
Le gouvernement Charest exige un droit de retrait avec pleine compensation financière, a affirmé hier le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. «Là-dessus, on est non négociables, on est complètement inflexibles», a-t-il dit.
Le ministre Pelletier n'est aucunement surpris des propos qu'a tenus Paul Martin dans un discours devant ses hauts fonctionnaires à Gatineau mardi dernier, selon lesquels l'«approche pancanadienne d'apprentissage en bas âge [est] un projet d'édification de la nation aussi important que l'universalité des soins de santé». M. Pelletier estime que ce programme «national» est conforme à ce que M. Martin avait annoncé lors des dernières élections fédérales. «Il en fait un enjeu pour le gouvernement fédéral mais, pour nous, c'est clair qu'on veut préserver tel quel notre programme, d'une part, et, d'autre part, on n'acceptera pas de se soumettre à des conditions fixées par Ottawa», a souligné le ministre.
Après la pause estivale, les négociations entre les fonctionnaires du ministère de la Famille et du ministère fédéral du Développement social ont repris. Mais au cabinet de M. Pelletier, on a rappelé qu'il s'agit pour le Québec de convaincre Ottawa de la justesse de sa position. «Eux, ils essaient de nous faire des propositions qui, à notre avis, sont inacceptables», a indiqué le ministre.
En revanche, M. Pelletier n'a pas mis son optimisme au rancart. Il a signalé qu'il n'y avait pas d'urgence à parvenir à une entente puisque Ottawa a garanti le versement de la part du Québec des 700 millions qu'il consacre cette année à cette initiative, soit 165 millions. «Il n'y a pas de pénalité pour les citoyens du Québec. Alors, je dis: il n'y a pas d'urgence nationale non plus. Je n'ai pas l'intention de créer une situation d'urgence et de me mettre à genoux devant Ottawa», a expliqué M. Pelletier.
L'an dernier, en campagne électorale, Paul Martin avait promis d'allouer cinq milliards en cinq ans aux services de garde provinciaux en prenant pour modèle le réseau québécois. Le gouvernement du Québec s'attend à recevoir 1,25 milliard de cette manne.

Multiculturalism keeps people in ghettos: Jean
KATE JAIMET
The Gazette September 23, 2005 Friday
The government's policy of multiculturalism encourages people to stay in ethnic ghettos and leads to "all sorts of absurdities," according to governor-general designate Michaelle Jean.
Jean made the comments in French at a colloquium in Montreal last April, before she was named to be the country's next governor-general.
They were reported in the Canadian Jewish News.
"Citizenship means living together. ... But does 'multiculturalism' really propose us living together? We are even given money so that we will each stay in our own separate enclosure," she said.
"There's a kind of proposition of ghettoization that is there, and that is financed. Yet 'multiculturalism' is proposed as a founding model of Canada," she said at the colloquium, held by the Institut de Judaisme Quebecois.
Jean went on to criticize the leaders of organizations who make their living off multiculturalism.
"It's terrible, when you think about it. My dream is that we reflect much more deeply on citizenship, on belonging, which is not a negation of where we come from or our heritage, whether we are from Abitibi or Haiti or somewhere else. It's not that. But what are we doing together?
"Right now, we are living through all kinds of absurdities surrounding this separate development. There are even values that we would profoundly like to adhere to, here in Quebec, and also in the rest of Canada, that are undermined in the name of this separate development and 'multiculturalism.' "
Jean, who emigrated from Haiti as a child, will become Canada's first black governor-general when she assumes her post next week.
She is not granting interviews before her swearing-in.
Melanie Gruer, a spokesperson for Prime Minister Paul Martin, refused to respond to Jean's comments, saying they were made before she was selected for the position.
"I would just say it should not come as a surprise to people that she held views on public policy prior to being appointed," Gruer said.
The federal government spends about $20 million a year specifically on multiculturalism. Of that, $13 million is handed out in the form of grants and contributions to various community groups.
Bev Oda, the Heritage critic for the Conservative Party, said she believes Jean meant that multiculturalism might potentially cause ghettoization - not that it necessarily does.
Oda said she believes that multiculturalism works well in Canada.
"Most of the grants are for cultural activities. So if you wanted your children to learn the traditional dances, or whatever, there was a place for that," said Oda, who is of Japanese heritage.
"We had different activities, community activities, but it didn't mean I was living in a ghetto."
Jean has been dogged by controversy since her appointment was announced in August. A dual Canadian-French citizen, she has been accused of holding sympathetic views toward Quebec separation, joining several prominent sovereignists in toasting independence for the province in the early 1990s.
Questions also have been raised about the connections of her husband, Jean-Daniel Lafond, a documentary filmmaker and writer, to hard-line Quebec separatists.

Un nouveau squelette sort du placard de Michaëlle Jean...
Caroline Touzin
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) samedi 24 septembre 2005
Un nouveau squelette est sorti du placard de la future gouverneure générale, Michaëlle Jean, à quelques jours de sa prestation de serment.
Elle a en effet affirmé en avril dernier, durant un débat auquel elle participait à l'invitation de l'Institut du judaïsme québécois, que la politique du gouvernement canadien en matière de multiculturalisme maintient les gens dans des ghettos ethniques.
"La citoyenneté, c'est le vivre-ensemble. (...) Mais le multiculturalisme propose-t-il vraiment un vivre-ensemble? On nous donne même des moyens financiers pour que nous restions chacun dans notre enclos. Il y a une espèce de proposition de ghettoïsation qui est là et qui est financée. Or, le multiculturalisme est proposé comme un modèle fondateur du Canada." Les propos de Mme Jean ont d'abord été publiés par The Canadian Jewish News en août, et The Gazette les a repris hier.
Durant son allocution, elle a reproché aux organisations et aux leaders des communautés culturelles de "mettre du beurre sur leur tartine grâce au multiculturalisme".
"En ce moment, autour de ce développement séparé, nous sommes en train de vivre toutes les aberrations possibles", a-t-elle ajouté. Selon la prochaine gouverneure générale, une réflexion plus solide sur la citoyenneté et sur l'appartenance s'impose. Sa porte-parole, Catherine Gagnaire, a indiqué hier à La Presse qu'il n'y avait rien à dire de plus sur ces propos.
Le gouvernement fédéral consacre 20 millions de dollars par an au multiculturalisme, dont 13 millions sous forme de bourses et de subventions.
Le ministre d'État au Multiculturalisme et à la Citoyenneté, Raymond Chang, a refusé de commenter les propos de Mme Jean. "On peut seulement s'attendre à ce qu'un journaliste exprime certaines opinions durant sa carrière. Je pense que c'est tout à fait normal. Ce n'est pas perçu comme déplacé selon le bureau du premier ministre", a indiqué pour sa part Marc Roy, porte-parole du cabinet du premier ministre.
Depuis l'annonce de sa nomination, Mme Jean et son mari, Jean-Daniel Lafond, ont fait l'objet de critiques tant de la part de souverainistes convaincus que de fédéralistes, en raison de leur amitié avec d'ex-membres du FLQ dans le passé. Ils ont dû diffuser un communiqué de presse dans lequel ils niaient avoir déjà endossé l'idéologie souverainiste.
(...)
