Congédiement de François Parenteau - Un équilibre à respecter

Louise Carrière, Directrice générale de la Première Chaîne radio
Alain Saulnier, Directeur général de l'information radio
Pour le comité des programmes de la radio de Radio-Canada
Le Devoir mercredi 11 janvier 2006

Devant les nombreuses lettres sur le départ de François Parenteau de l'émission Samedi et rien d'autre, le comité des programmes de la radio de Radio-Canada tient à publier la mise au point suivante.

Nous avons mis fin au contrat du chroniqueur dans un contexte très particulier, nous en convenons. Toutefois, il faut préciser que cette remise en question d'un contrat n'équivaut pas à un bannissement des ondes à vie. Le comité des programmes, qui a la responsabilité d'évaluer tous les contenus à l'antenne, a tout simplement estimé que M. Parenteau ne remplissait plus le mandat qui lui avait été confié.

Il incombe aux dirigeants de la radio de trouver un juste équilibre entre le respect de politiques journalistiques exigeantes et l'aménagement d'un espace de liberté pour les créateurs. Depuis toujours, la direction fait en sorte que cet espace de liberté soit le plus large possible, ce qui permet d'offrir une radio vivante et intéressante qui plaît aux auditeurs et les incite à s'informer. Pour cette raison, l'humour, même audacieux et provocateur, a toujours été bienvenu et l'est toujours à l'antenne de Radio-Canada. Et la direction respecte entièrement la liberté nécessaire au travail des humoristes. À l'écoute, on constatera aisément que le but de leur humour est de faire rire, avec les sujets qui s'y prêtent.

Un mandat qui n'était plus respecté

Voici un extrait des normes et pratiques de Radio-Canada qui traite de la question de l'humour : «La qualité de la satire joue beaucoup dans la décision de l'utiliser. Les propos et les images satiriques devraient être présentés de façon à ce qu'ils soient aisément identifiés comme tels par l'auditoire.»

On dit aussi dans la politique des programmes de Radio-Canada : «La tendance à mêler l'information et le divertissement dans les émissions est de plus en plus courante. Radio-Canada n'entend pas freiner cette évolution, mais lorsque des éléments d'information sont introduits dans un programme de divertissement, la politique journalistique touchant le pluralisme et l'équilibre des opinions s'applique, surtout si des questions controversées sont abordées.»

Ces extraits donnent une bonne idée des balises qui doivent inspirer les réflexions du comité des programmes.

M. Parenteau a été embauché comme humoriste à l'émission Samedi et rien d'autre afin de livrer des billets d'humour où il analysait l'actualité sociale et politique avec esprit et fantaisie. Avec le temps, M. Parenteau s'est cependant écarté de cette approche humoristique. Ses billets se sont transformés en éditoriaux, voire en pamphlets, deux genres très éloignés du mandat qui lui était donné et qui ont semé la confusion dans l'esprit de plusieurs auditeurs.

Des discussions ont eu lieu avec M. Parenteau afin que ses billets retrouvent leur mandat premier. Nous avons constaté que les changements souhaités n'avaient pas été apportés, et Radio-Canada a décidé fin décembre de mettre fin à son contrat. La pause des Fêtes est le moment naturel pour faire le point sur les formules d'émissions et faire les ajustements nécessaires.

Plusieurs voix

La diffusion des opinions en ondes est régie par la politique journalistique de Radio-Canada, notamment dans cet extrait : «La société s'efforce de "choisir des commentateurs et commentatrices aptes, de par leurs antécédents, à donner une opinion d'expert fondée sur de l'information exacte".» C'est pourquoi les chroniques éditoriales sont livrées par des experts extérieurs reconnus du monde de l'information, par exemple : Michel C. Auger, du Journal de Montréal, Don McPherson, de la Gazette, André Pratte, de La Presse, Michel David, du Devoir, ou Chantal Hébert, du Devoir et du Toronto Star, qu'on peut entendre à l'émission montréalaise C'est bien meilleur le matin.

À l'émission Samedi et rien d'autre, la «Bourse de l'actualité» est livrée sur un ton humoristique évident mais fait quand même appel à des journalistes, columnists ou éditorialistes de plusieurs médias, dont le métier est justement l'observation quotidienne de la scène politique. Les journalistes qui participent à cette bourse de l'actualité sont nombreux et leur participation alterne. Ce sont en ce moment Manon Cornellier, Antoine Robitaille et Josée Boileau, du Devoir, Michel Vastel, de L'Actualité, Vincent Marissal et Katia Gagnon, de La Presse, et Pierre Dubuc, de L'Aut' Journal. De nombreux autres ont aussi participé à cette chronique par le passé, selon leurs disponibilités.

Notre politique journalistique exige qu'on présente de façon équitable un éventail complet des opinions pertinentes sur les sujets controversés. Et c'est pour ça que, tous les jours, des experts de tous les horizons et des acteurs de l'actualité sont aussi conviés à expliquer leurs points de vue sur les grands enjeux politiques, économiques et sociaux.

Nous faisons aussi une large place aux opinions des non-spécialistes. Le public est invité à s'exprimer dans plusieurs émissions, et les gens sont tout à fait libres de livrer des opinions semblables à celles proposées dans les billets de François Parenteau.

Nous invitons aussi des personnalités de différents milieux ou des artistes comme M. Parenteau à discuter librement des sujets qui les intéressent, politiques ou autres. Mais aucun d'entre eux ne dispose d'une tribune hebdomadaire de façon automatique. Ils sont invités occasionnellement, en alternance ou à plusieurs. Nous misons résolument sur la diversité d'opinions à Radio-Canada.

Maintenir l'équilibre entre la liberté d'expression, la présentation d'émissions modernes et stimulantes et l'application de normes et pratiques journalistiques parmi les plus exigeantes au monde n'a jamais été un exercice facile et ne le sera jamais. Surtout pas pour une radio et une télévision publiques dans un pays démocratique. La Société Radio-Canada croit à l'importance primordiale du rôle qui lui est confié et entend assumer pleinement la responsabilité de son mandat. Jusqu'à maintenant, les auditeurs font confiance au sérieux et à la crédibilité de leur radio et de leur télévision publiques, et nous ferons tout pour continuer à mériter cette confiance.




Je me souviens

Joseph Facal
Journal de Montréal 11 janvier 2006

Les libéraux fédéraux viennent peut-être de heurter l'iceberg qui les coulera. On verra. Chose certaine, les révélations de Normand Lester établissent au moins que dans les bureaux libéraux, à Ottawa, il n'y avait pas de limites au mépris de la démocratie québécoise.

Pour aller à l'essentiel, Option Canada était un organisme doont on nous a caché l'existence pendant la campagne référendaire de 1995. Financé par le gouvernement fédéral, donc pas nos impôts, Option Canada a dépendé des millions de dollars en faveur du camp du NON, de façon clandestine, en violation de la loi québécoise, qui prévoit évidemment que les deux camps doivent lutter à armes égales.

La défense de Paul Martin consiste à dire que le gouvernement fédéral devait défendre le Canada à tout prix et que, bien sûr, seules les valeurs libérales sont de vraies valeurs canadiennes. C'était parfaitement prévisible, totalement minable et complètement inacceptable. Non, la fin ne justifie pas tous les moyens.

Mais si nous avions davantage de mémoire, nous nous rappellerions qu'il n'y a là rien de nouveau. L'occupation du Québec par l'armée canadienne en 1970, l'emprisonnement de centaines d'innocents qui ne furent jamais accusés, l'infiltration du gouvernement Lévesque par la GRC, le vol des listes de membres du PQ, vous vous en souvenez? Et le rapatriement unilatéral de la Constitution par Trudeau? Et le rejet méprisant des microscopiques demandes québécoises lors de l'épisode du lac Meech ? (...)

Qui sommes-nous ?

Un jour, j'ai demandé à mes étudiants s'ils savaient ce qu'avait été la crise d'Octobre 1970. Le plus allumé d'entre eux a levé la main et risqué une réponse: une récession économique? Les jeunes sont ce que nous en faisons. Si l'enseignement de l'histoire n'était pas aussi catastrophique, ils verraient aussi le fil qui relie ce qui se passe aujourd'hui à l'écrasement des Patriotes de 1838, au Rapport Durham, à la minorisation planifiée des francophones par l'Acte d'Union de 1840.

Mais nous sommes un peuple tellement engourdi, si anesthésié que nous trouvons quétaines ceux qui évoquent ce passé et un peu extrémistes ceux qui appellent au réveil collectif. Et puis, nous n'avons pas le temps de nous occuper de ces vieilleries. Nous sommes trop pris par des questions fondamentales comme les déboires de José Théodore ou les peines d'amour des adolescents de la téléréalité.

Parfois, je me pose des questions sur nous. Je me dis qu'un peuple fier, un peuple sérieux, s'il veut vraiment s'émanciper, doit être prêt à l'effort, au courage, à l'abnégation, comme les Irlandais, dont la situation historique est très similaire à la nôtre. Un peuple conscient de sa valeur est un peuple qui veut durer, qui veut se perpétuer.

Il doit donc regarder avec lucidité et force morale ce que nous préférons cacher : notre taux de natalité chétif, notre taux de suicide, la dette que nous léguerons aux travailleurs de demain pour avoir financé à crédit notre jouissance du présent. Mais nous regardons tout sous l'angle exclusif du plaisir immédiat et de la rentabilité matérielle.

Nous sommes devenus les champions incontestés des petites colères sans lendemain, du patriotisme une journée par année, de cette impuissante collective dont nous ne tirons aucune conclusion politique. Pour nous calmer, un petit chèque d'Ottawa suffit habituellement.

De toute façon, nous n'avons pas de temps pour ces futilités Tout le monde en parle commence dans quinze minutes. Il faut dire qu'on ne peut demander à un peuple d'être plus courageux que ses élites. Or, depuis trop longtemps, nos chefs nous tranquillisent au lieu de nous mobiliser, nous divisent au lieu de nous rassembler, nous séduisent au lieu de nous convaincre.




L'appui à la souveraineté

Joseph Facal
Journal de Montréal 28 décembre 2005

(Extraits)

(…) « Dans ma chronique du 21 décembre, je faisais valoir qu'en transformant l'actuelle élection fédérale en référendum sur la souveraineté, Paul Martin joue un jeu qui pourrait se retourner contre lui, en plus de miner la crédibilité de Jean Charest, que les libéraux d'Ottawa traitent comme s'il était déjà battu.

Une lectrice, dont nous avons publié la lettre le 23 décembre, Mme Maria Laflèche, me répondit que l'actuelle remontée dans les sondages de l'appui à la souveraineté n'était que circonstancielle, liée essentiellement au mécontentement provoqué par le scandale des commandites. Peut-être, mais il faudrait des études très fines pour mesurer l'impact précis de cette affaire. Mais, que cela plaise ou non, les facteurs conjoncturels ont souvent joué des rôles fondamentaux dans l'histoire. L'assassinat de l'archiduc d'Autriche précipita le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le décès de Duplessis accéléra la Révolution tranquille. Mais plus souvent qu'autrement, ces événements circonstanciels viennent accélérer ce que des raisons plus fondamentales avaient déjà mis en place.

Il est donc raisonnable de ne pas donner trop d'importance à des variations de trois ou quatre points de l'appui à la souveraineté entre deux sondages. Mais il est absolument indéniable que depuis 40 ans, l'appui à la souveraineté du Québec est progressivement passé d'une poignée de supporters à environ la moitié des Québécois. Si le niveau de l'eau monte tranquillement depuis si longtemps, il est strictement impossible de n'y voir que l'effet d'une suite d'accidents. C'est simplement que l'échec de toutes les tentatives pour réformer le fédéralisme canadien, dans le sens des demandes de tous les gouvernements du Québec, conduit de plus en plus de Québécois à tirer des conclusions.

Cette lectrice soutient aussi que plusieurs leaders souverainistes présentent aux Québécois une vision jovialiste de la souveraineté de Québec. Elle a parfaitement raison. La souveraineté, si elle se réalise, ne sera ni un cauchemar ni un jardin de roses. Je pense simplement que si la souveraineté ne vous rend pas meilleur par enchantement, elle vous force cependant à assumer toutes vos responsabilités, ce qui fait grandir un peuple. Il ne faut pas non plus faire soi-même ce que l'on reproche aux autres, soit regarder le Canada à travers des lunettes roses : le Canada réel est un pays dans lequel les Québécois sont condamnés à être une minorité ethnique déclinante dont la différence sera essentiellement folklorique.

Ma correspondante prédit enfin que les Québécois regretteront amèrement leur décision si jamais ils choisissent la souveraineté. Je ne m'aventurerai pas pour ma part à prédire l'avenir. Mais je mets quiconque au défi de me nommer un seul peuple devenu souverain qui l'ait regretté au point de vouloir revenir en arrière.

Quand l'Organisation des Nations Unies est née au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, 51 pays en faisaient partie. Au milieu des années 1960, ils étaient 120. Aujourd'hui, ils sont près de 200 pays à en faire partie. Bref, le nombre de pays à travers le monde ne cesse d'augmenter, et rien ne permet de prédire la fin de cette tendance. On se demande donc sur quoi s'appuient ceux qui disent trouver dépassée cette idée de vouloir avoir son pays. Quant aux pays qui choisissent de mettre en commun une partie de leur souveraineté avec le pays voisin, ils ne vont jamais jusqu'à renoncer à leur souveraineté. Cela doit vouloir dire qu'ils sont conscients de sa valeur.




Option Canada fait des vagues à Québec: André Boisclair demande des comptes à Jean Charest, qui refuse d'être mêlé à l'affaire

Lessard, Denis; Morissette, Nathaëlle
La Presse mercredi 11 janvier 2006

Québec - Jean Charest et André Boisclair ont sorti les gants hier et échangé des coups percutants dans le match déclenché par la publication de l'ouvrage Les Secrets d'Option Canada par Normand Lester et Robin Philpot.

Au référendum de 1995, " il est vrai que j'étais vice-président du comité du NON, mais je n'ai jamais été consulté sur la création d'Option Canada, je ne connaissais pas son existence ", a soutenu hier le premier ministre à l'issue de la réunion du Conseil des ministres.

Jean Charest a été particulièrement acerbe à l'endroit d'André Boisclair qui, plus tôt à Montréal, avait soutenu que M. Charest ne pouvait plaider l'ignorance. " Je suis plutôt choqué de l'attitude de M. Boisclair qui m'accuse aujourd'hui d'être complice d'Option Canada. C'est faux, malveillant et malhonnête. La sortie de M. Boisclair, qui tente aujourd'hui de m'associer à une chose illégale, est un mensonge. Et s'il veut agir ainsi politiquement, il aura à en répondre ", a menacé M. Charest.

Ancien patron du Conseil de l'unité canadienne (CUC), Jocelyn Beaudoin - qui facturait aussi Option Canada, créature du CUC -, aura à s'expliquer devant son patron, le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier. M. Beaudoin est maintenant représentant du Québec à Toronto.

Selon M. Charest, il faut se garder de faire des procès d'intention aux nombreux organisateurs et membres de cabinets libéraux provinciaux qui ont obtenu des fonds ou qui ont vu leurs dépenses remboursées par Option Canada.

Chef de cabinet de M. Charest de 1998 à 2000, Alfred Pilon a été directeur pour le Québec du Conseil de l'unité canadienne pendant quatre ans (1994 à 1998), juste avant son arrivée au cabinet du nouveau chef libéral. Hier, M. Charest a soutenu que son ancien collaborateur, dont le nom apparaît fréquemment sur les factures payées par Option Canada, ne lui avait jamais parlé de cette société. Peu après l'élection du PLQ, M. Pilon, d'abord ami avec le frère de M. Charest, avait été nommé à la présidence de l'Office franco-québécois pour la jeunesse.

Beaucoup d'autres employés politiques du gouvernement Charest ont vu leurs dépenses remboursées par Option Canada: Daniel Lord, actuellement chef de cabinet du whip libéral; Chantale Landry, aujourd'hui responsable des nominations au cabinet de M. Charest; Jean-Luc Trahan, autre permanent du PLQ, devenu depuis chef de cabinet du maire Gérald Tremblay; et Louis Pichette, responsable de la logistique au cabinet du premier ministre, selon les listes de factures que compte mettre en ligne aujourd'hui le journal MIR sur son site Internet. On retrouve aussi Bruno Lortie, actuel chef de cabinet de Nathalie Normandeau qui, comme Pierre Tapin, aujourd'hui décédé, étaient des disciples de l'ex-ministre Marc-Yvan Côté. Le nom d'une autre employée du cabinet de M. Charest dans l'opposition, venue aussi du CUC, Josée Noreau, se retrouve dans les factures payées par Option Canada, la " caisse occulte " du camp fédéraliste en 1995, selon l'ouvrage de MM. Lester et Philpot.

On y retrouve encore la conjointe du directeur général du PLQ, Benoît Savard, Katya Parysée, qui s'était fait rembourser des dépenses faites pour aller assister aux commissions régionales du PQ sur la souveraineté au printemps 1995. Josée Guillemette, la conjointe de Pietro Perrino, homme de confiance de Daniel Johnson, alors président du comité du NON, fut aussi rétribuée pour de l'animation sur les valeurs canadiennes.

Option Canada a aussi remboursé 400 $ à Jean-Marc Fournier, alors député de l'opposition libérale pour un voyage à Halifax en 1997.

" Je vois mal comment avec un voyage en 1997 j'aurais pu influencer le vote de 1995 ", ironise M. Fournier. Il soutient ne pas avoir remarqué que ses notes de frais, transmises au CUC, avaient été remboursées par Option Canada. " Admettez que c'est un peu la même chose ", a-t-il dit...

Du côté fédéral, on retrouve à plusieurs reprises le nom de Claude Dauphin, qui allait devenir conseiller politique de Paul Martin, mais aussi des proches de Jean Chrétien comme Léonce Mercier et la firme Pluri Design, propriété de Jacques Corriveau, mis sur la sellette par la commission Gomery.

Boisclair réclame une enquête

Pour André Boisclair, le premier ministre Charest doit rendre des comptes au sujet des dépenses faites par Option Canada pendant la campagne référendaire de 1995 et ne peut prétendre qu'il n'était pas au courant du rôle joué par Option Canada à cette époque.

André Boisclair réclame également la tenue d'une enquête publique afin de faire la lumière sur cette affaire. " M. Charest était au coeur de l'action, a déclaré le chef péquiste, hier à Montréal. Il a joué un rôle déterminant pendant cette campagne. Si les faits aujourd'hui connus avaient été connus à l'intérieur des délais de prescription, il est clair que le vice-président du comité du NON aurait été interpellé par le directeur général des élections pour rendre compte de ses gestes. "

M. Charest répond qu'il appartiendra au DGE de décider si l'enquête doit être publique. Il pourrait déjà y avoir trois enquêtes, celle de la GRC, celle de la vérificatrice générale à Ottawa et celle du DGE. " En attendant, évitons de porter des accusations en vrac sur tous ceux qui ont pu participer au référendum de 1995 ", a lancé M. Charest.

Mais pour le chef péquiste, la filiation entre le Parti libéral du Québec et Option Canada ne fait aucun doute.




Duceppe en plein contrôle

Giroux, Raymond
Le Soleil mercredi 11 janvier 2006

Ses opposants mal à l'aise au cours d'un débat qui n'a pas levé

Montréal - Libéraux et conservateurs, même corruption : Gilles Duceppe a attaqué dès le départ ses deux adversaires sur l'affaire Option Canada, et le coup a porté.

"Le scandale d'Option Canada", voilà les cinq premiers mots prononcés par le chef du Bloc québécois lors du dernier débat des chefs, hier, à Montréal.

Et la table était mise pour deux heures de débat où les trois leaders anglophones ont souvent paru mal dans leur peau dans un combat qui n'a pas vraiment levé, et où M. Duceppe a finalement eu une soirée relativement facile qui ne menace pas son avance dans les intentions de vote.

"Les libéraux et les conservateurs ne sont pas différents, a dit M. Duceppe. Ils ont délibérément violé la loi de René Lévesque sur la consultation populaire", une attaque directe contre Stephen Harper qui invoquait la veille, comme plus tard dans le débat, la mémoire du fondateur du Parti québécois.

"Lorsque les aspirations du Québec sont en jeu, a-t-il lancé dans sa déclaration d'ouverture, pour les libéraux et les conservateurs, tous les moyens sont bons".

Paul Martin, de son côté, n'a rien dit de sa proposition à la fois surprenante et étonnante de la veille sur l'abolition de la clause dérogatoire pour les lois fédérales jusqu'à ce que l'animatrice Sophie Thibault lui pose la question, après 75 minutes de débat.

Ce qui se voulait le coup d'éclat de sa campagne difficile s'est finalement effiloché après 24 heures, et le chef du Parti libéral n'a fait aucun effort pour vendre sa salade, hier. Cette initiative aura eu son 15 minutes de célébrité, sans plus.

De son côté, après avoir entendu M. Duceppe citer les noms de conservateurs réputés comme Peter White, Michael Meighen, Yves Fortier et le sénateur Pierre-Claude Nolin, M. Harper, sur la défensive, a répliqué que "ce n'est pas un crime de promouvoir le fédéralisme au Québec".

Mais hormis cette sortie, le chef conservateur n'a pu vraiment transmettre son message à son auditoire francophone, et se retrouve finalement à la case départ. Il veut corriger le déséquilibre fiscal et reconnaître la place du Québec sur la scène internationale, mais n'a rien offert de concret.

Ainsi, M. Harper n'a pas expliqué à M. Duceppe que son gouvernement compenserait les 200 millions $ que le Québec perdra à la suite de sa promesse de baisser le taux de la TPS de 7 à 5 % au cours de son mandat.

Belle occasion perdue, puisque son leader québécois, Lawrence Cannon, avait pris cet engagement lors d'une entrevue télévisée une heure avant le débat.

Consolation pour le chef du PCC, toutefois, le premier ministre, Paul Martin, n'a pas écrasé les autres dirigeants fédéralistes comme il aurait dû le faire pour renverser la tendance.

M. Harper a d'ailleurs marqué des points sur la question du bois d'oeuvre, à la défense de l'industrie québécoise, et le hasard du tirage au choix lui a donné priorité sur M. Duceppe qui disait la même chose.

Au total, le chef conservateur s'est dit enchanté par la suite, en point de presse, que son parti "fasse maintenant partie de la scène politique au Québec", surtout devant une "population francophone qui ne comprend pas bien" nos politiques.

À certains moments, après 20 minutes de débat à peine, MM. Harper et Layton avaient d'ailleurs peine à combler leurs 30 secondes de réponses en français. La performance de M. Harper dans ce dernier débat des chefs a montré qu'il ne maîtrise pas vraiment le français, surtout en situation de stress.

Le chef conservateur a même sauté son tour sur les questions de santé, à un certain moment, parce qu'il ne s'attendait pas à un droit de réplique, lire qu'il n'avait pas compris la question.

Et de plus, qui sait ce qu'est "mon table de cabinet", comme il l'a dit au cours du débat ? Réponse, pour les intéressés : c'est le Conseil des ministres. Encore un effort, donc !

Les quatre chefs donnaient d'ailleurs l'impression de s'ennuyer par moments, le débat ne levant pas vraiment du fait que trois d'entre eux sont anglophones.

M. Harper a finalement eu le réflexe de terminer la soirée en disant que "je sais que le français n'est pas ma première langue", un bon point pour lui, au total.

Mais nombre de sujets choisis par les décideurs de Radio-Canada et de TVA comme les drogues douces et l'immigration sont tombés à plat, les chefs n'étant de toute évidence pas personnellement intéressés par des sujets qui n'auront aucun impact sur les résultats des élections au Québec.

Signal concret de la menace conservatrice au Québec, toutefois, M. Duceppe consacre sa première activité politique au lendemain du débat, cet après-midi, à une visite à Bernard Cleary dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent.

Cet appui au seul député bloquiste réellement menacé de perdre son siège pour l'instant sera suivi de deux journées complètes de campagne dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, là où le parti de M. Harper représente une sérieuse menace.

RGiroux@lesoleil.com




Deux débats, deux solitudes

Dubuc, Alain
La Presse mercredi 11 janvier 2006

Le débat des chefs d'hier soir a illustré, à sa façon, l'existence des deux solitudes. Autant le débat en anglais de lundi était vif, agressif et intéressant, autant le débat en français a été soporifique, assez pour qu'on se demande comment les électeurs, sauf les plus passionnés, ont pu résister jusqu'au bout.

Cette absence d'élan s'expliquait sans doute par le fait que trois des protagonistes ne s'exprimaient pas dans leur langue. Mais il manquait manifestement de passion, comme si ce débat ne revêtait pas vraiment d'enjeu. Même Gilles Duceppe, pourtant sur son terrain, a semblé emporté par la narcose de ses adversaires. Comme il se doit, le chef bloquiste a dominé un débat qui état fait sur mesure pour lui. Mais personne n'a vraiment perdu, sauf le chef néo-démocrate Jack Layton, désespérément marginal. Paul Martin n'a pas été trop malmené.

Mais ce débat pouvait avoir une utilité et un intérêt. Et c'est le fait que la prestation de Stephen Harper revêtait une importance nouvelle, parce que les sondages, dans un revirement spectaculaire, annoncent maintenant sa victoire. On voulait certainement scruter un peu plus celui qui sera peut-être le premier ministre du Canada.

À cet égard, Stephen Harper avait un défi à relever. Mais ce défi n'était pas vraiment considérable. La nature même de cette campagne électorale fait en sorte que M. Harper n'avait pas grand chose à faire dans ces deux débats. Le chef conservateur ne devait pas démontrer qu'il serait un premier ministre exceptionnel, ni même qu'il serait meilleur que Paul Martin, ni que son programme correspondait aux voeux des électeurs. Son défi, plus modeste, consistait plutôt à montrer qu'il pouvait être un candidat acceptable pour le poste de premier ministre.

Tout cela est lié à ce qui est l'élément central de cette campagne électorale, tout comme celle d'il y a deux ans, et c'est le fait qu'en toute logique, les libéraux ne devraient plus être au pouvoir, qu'ils sont pour ainsi dire " passés dus ". L'usure du pouvoir, les scandales, la rupture avec les règles normales de l'alternance ont affaibli les libéraux, assez pour les empêcher de gouverner avec sérénité et de réagir avec crédibilité aux crises qui les assaillent.

On peut soupçonner qu'un nombre très important de Canadiens, et à plus forte raison de Québécois, plus que ce que montrent les sondages, souhaitent le départ des libéraux. Ce qui protégeait l'équipe de Paul Martin de cette issue inéluctable, c'était l'absence d'alternative, le fait que les conservateurs, en raison de leurs orientations idéologiques, n'étaient pas aptes à former un gouvernement acceptable pour les Canadiens.

Ce qui s'est passé depuis décembre, c'est que Stephen Harper, en adoucissant ses politiques, en maîtrisant ses élans, en présentant un programme clair, a réussi à surmonter les réflexes de rejet dont il était l'objet, à apprivoiser les électeurs, réduire leurs peurs, et à les convaincre qu'il pourrait être ce candidat.

On a pu voir ce qui s'est passé en moins d'un mois. Au Canada anglais, et même au Québec, bien des électeurs, qui n'auraient jamais imaginé pouvoir voter pour un candidat conservateur issu de la droite albertaine, se sont progressivement habitués à l'idée, quitte à minimiser les éléments du programme conservateur avec lesquels ils sont moins à l'aise. Petit à petit, le " jamais " s'est transformé en " pourquoi pas ". Et le " pourquoi pas " est devenu un " peut-être ", qui se transforme chez certains en " probablement ".

Les sondages montrent que ce même processus semble être à l'oeuvre au Québec, à plus petite échelle, à mesure que des Québécois estiment maintenant que voter pour les conservateurs peut être une bonne façon de rejeter les libéraux.

On accorde sans doute trop d'importance à ces débats des chefs. Il est rare que ces échanges comportent des moments assez forts pour provoquer un revirement. En général, un débat est moins un révélateur qu'un miroir, qui permet aux électeurs de confirmer, de visu, les impressions qu'ils se sont faites au cours de la campagne.

Dans ce contexte, lors des deux débats, Stephen Harper devait surtout confirmer les électeurs dans leur impression nouvelle qu'un monstre ne se cache pas derrière le chef conservateur. Dans le débat anglais, il y est parvenu, de façon peu spectaculaire, en résistant bien aux attaques et en réussissant à vendre son programme.

Dans le débat français, M. Harper devait en plus convaincre que son ouverture aux provinces était sincère et crédible, qu'il pouvait exprimer une compréhension du Québec et fonctionner correctement en français. Il y est parvenu, encore là sans panache. Il a réussi à désamorcer les peurs, mais certainement sans susciter la moindre espèce de passion.

Adubuc@lapresse.ca




Is Paul Martin losing it?

Anthony Westell
The Globe and Mail Wednesday, January 11, 2006

Reopening the Constitution just to stay in office is like pulling a dead rabbit out of a hat, says ANTHONY WESTELL

Any lingering doubts there may have been about Paul Martin's poor political instincts -- some might say stupidity, but that would be rude -- were surely removed during the party leaders' English-language debate on Monday when the Prime Minister suddenly announced that a new Liberal government would move at once to reopen the constitutional package negotiated with such difficulty a quarter of a century ago to remove the so-called notwithstanding clause as it applies to the federal government. If he thought he was pulling a vote-winning rabbit out of the hat, he probably will find that it is dead and smelly -- a vote-losing trick.

When politicians start talking about the Constitution, most Canadians stop listening. It's a foreign language and seemingly unrelated to their daily concerns. Talk about jobs or prices or the housing market and they will listen. Talk about the notwithstanding clause and, at best, they may have a vague notion of what it is.

In reality, it was the essential compromise that made it possible for Pierre Trudeau and nine of the 10 premiers -- Quebec was the holdout -- to approve the package "patriating" from Britain the basic constitution, the BNA Act, by which the British Parliament had established Confederation, and adding the Charter of Rights and Freedoms.

Up to that point, Canada had been a parliamentary democracy -- Parliament was the supreme authority and the courts were deferential, except on rare occasions. The Charter, however, set out rights that were to be beyond the power of Parliament to change. In the first draft, the Supreme Court of Canada was to have absolute authority to define those rights in practice.

The court, for example, could interpret the Charter to guarantee the right to abortion -- although the word never appears in the document -- and there was nothing Parliament could have done about it, even had it wished to do so.

Mr. Trudeau, the principal author of the Charter, was a political theorist and had studied in the United States and France, where this form of government prevails, and he was happy to make a fundamental change in the Canadian system. But several of the premiers raised in the British parliamentary tradition were uneasy to the point at which they would not approve the package. The compromise was to add a clause providing that Parliament and legislatures could adopt a special procedure that would override the Supreme Court.

The safeguard was the Charter's popularity: Governments would dare to invoke the procedure to override it only when confident of popular approval. That has proved to be correct: Parliament has never sought to override the Charter. When Conservative Leader Stephen Harper talked of reversing the law permitting gay marriage, he was warned that he would have to use the dreaded override power.

It was this issue that prompted Mr. Martin to announce the new Liberal policy, and to challenge Mr. Harper to join him in abolishing the federal right to override. He hoped to cast himself as the champion of the Charter -- the Charter pure and simple, with no political override -- and Mr. Harper as the villain who would override civil rights.

Mr. Harper wisely said he was happy with the original compromise, which placed Canada somewhere between the Westminster and Washington models -- just where most Canadians want to be. Certainly, they do not want to see their federal government focused on a constitutional issue irrelevant to most of them.

If they care to think about it at all, they will know that Mr. Martin, even if he is returned to office on Jan. 23, would face a long fight in the House of Commons that he probably could not win unless he had a majority -- an increasingly unlikely prospect. It does appear that Parliament could amend the Constitution to surrender its override power without the consent of the provinces, but there might be a protracted dispute about that.

And all for what? "I think governance says that the courts shouldn't be overturned by politicians," said Mr. Martin. Why not? In a democracy, it is politicians who make policy, not judges.

Anthony Westell has been reporting and commenting on Canadian politics for more than 40 years.




Canada: les conservateurs en bonne voie pour prendre le pouvoir

Belga (Bruxelles) 10 janvier 2006

(AFP) = Les conservateurs canadiens ont le vent en poupe semblant plus que jamais, mardi, en mesure de mettre fin à 12 ans de pouvoir du parti libéral, alors que les leaders politiques s'affrontent dans les derniers débats télévisés de la campagne avant le vote du 23 janvier.

Un sondage de l'institut Ekos, publié par les quotidiens Toronto Star et La Presse les crédite d'une avance record de 12 points sur les libéraux du Premier ministre sortant Paul Martin, leur faisant même miroiter pour la première fois la possibilité de pouvoir former un gouvernement majoritaire.

Les conservateurs de Stephen Harper n'ont cessé de progresser ces derniers jours et la dernière enquête d'opinion leur accorde un score de 39,1%, contre 26,8% à leurs rivaux libéraux.

Les analystes situent traditionnellement autour de 40% le score nécessaire pour qu'un parti atteigne la majorité absolue à la Chambre des Communes.

"Les conservateurs vers un gouvernement majoritaire", proclamait en Une le quotidien libéral Toronto Star, notant que le parti de M. Harper a enregistré des gains importants dans la province d'Ontario, qui envoie le plus grand nombre de députés à la Chambre, ainsi qu'au Québec où ils n'ont pas d'élus actuellement.

The Globe and Mail considère lui aussi que la possibilité de voir les conservateurs revenir au pouvoir est désormais bien réelle, même si on ne peut exclure un retournement de situation.

"La partie n'est pas finie, mais M. Harper a la possession du ballon et il évolue méthodiquement en direction des buts", écrit le journal dans une métaphore sportive.

Lors de la précédente élection en juin 2004, M. Harper avait un moment dominé dans les sondages, mais les libéraux avaient fini par l'emporter de justesse, formant un gouvernement minoritaire.

Les libéraux avaient alors réussi à faire craindre à une partie de l'électorat que l'arrivée de M. Harper au pouvoir ne se traduise par un violent coup de barre à droite.

Mais cette fois-ci, l'avance des conservateurs est beaucoup plus nette et leur position paraît plus solide. "Les gains des conservateurs semblent démontrer que M. Harper a réussi à se montrer sous un nouveau jour", plus consensuel, a déclaré à La Presse, Frank Graves, président d'Ekos.

Le nouveau sondage ne tient pas compte de l'impact de la dernière série de deux débats télévisés des chefs des quatre principaux partis, qui a commencé lundi soir et se poursuit mardi.

Mais la plupart des commentateurs jugeaient que la performance de M. Martin lundi soir, lors d'un débat en anglais, n'est pas susceptible de renverser la tendance, même si celui-ci s'est montré combatif et passionné par moments.

"Le débat d'hier a surtout servi à conforter les gens dans l'opinion que M. Harper est plus raisonnable qu'ils ne le pensaient et peut-être prêt à gouverner", a déclaré à l'AFP Luc Juillet, professeur de sciences politiques à l'université d'Ottawa.

M. Martin a attaqué bille en tête son rival, l'accusant de vouloir tailler dans les programmes sociaux pour financer ses promesses électorales et de vouloir s'inspirer des conservateurs américains.

M. Harper est pour sa part demeuré posé et souriant pendant les deux heures du débat, réitérant ses accusations de corruption contre le parti libéral.

L'opposition avait fait chuter le gouvernement minoritaire de M. Martin fin novembre, en partie à cause d'un scandale de pots-de-vin dans une campagne de publicité visant à promouvoir l'unité canadienne après le referendum de 1995 sur l'indépendance du Québec, au cours duquel la province francophone avait rejeté de justesse la séparation d'avec le Canada.

Les chefs des principaux partis s'affrontent mardi soir dans un dernier débat, en français cette fois.




Tories' support shoots up ahead of Canada polls

BERNARD SIMON
Financial Times (London, England) January 7, 2006 Saturday

Canada's election campaign has taken a dramatic turn with several opinion polls suggesting that the opposition Conservatives could supplant the Liberals in a minority government.

Political analysts have cautioned that much could change by polling day on January 23. At least a third of voters either remain undecided or have indicated they could change their minds. The final series of party leaders' TV debates early next week could produce new shifts in public opinion.

Nonetheless, the latest polls confirm signs of growing confidence in the Conservative camp and rising frustration among Liberals. The Toronto Star speculated yesterday on the composition of a Conservative cabinet.

"This will be a remarkable shock for a lot of folks," said Michael Adams, president of Environics, a polling firm. He says the Conservative leader Stephen Harper "has been very deft in moderating his policies to the point where there's some differentiation with the Liberals, but not so much as to turn off risk-averse Canadians".

One big surprise has been a rise in Conservative support in Quebec, putting the separatist Bloc Quebecois on the defensive for the first time in the six-week campaign. According to Leger Marketing, support for the Conservatives has grown from 7 to 16 per cent over the past fortnight.

The Tories will be lucky to win a single seat in the French-speaking province. But, if their current support holds, they could stymie the separatists' goal of garnering more than half the votes for the first time. The Tories have gained attention in the province by pledging to devolve more federal taxation powers and to give Quebec a bigger say on the international stage.

Meanwhile, the Liberals have been dogged by a series of mishaps, ranging from technical problems with their campaign aircraft to a police investigation into insider trading ahead of a government announcement last November on the tax treatment of income trusts, a popular investment vehicle.

Paul Martin, prime minister, on Thursday acknowledged his campaign had suffered setbacks, but expressed confidence the Liberals would bounce back, as they did in the final weeks before the last election in June 2004.

Mr Harper has seized the initiative from the outset of the campaign with a series of eye-catching policy announcements, notably a proposed cut in the goods and services tax from 7 per cent to 5 per cent.

The Conservatives have also generally steered clear of divisive social issues, such as abortion and same-sex marriage. But by taking a tougher line on law enforcement than other parties, they have benefited from a surge in public concern about gun violence in the wake of a spate of shootings in Toronto and Vancouver over the Christmas holidays.

The odds remain slim that either of the main parties will win enough of the 308 seats in parliament to form a majority government.

Mr Adams said even the Tories' recent surge was unlikely to gain them more than a handful of seats in Toronto, Montreal and Vancouver, the three biggest cities. The Bloc is still set to win an overwhelming majority of Quebec's 75 seats.




Le péril bleu

David, Michel
Le Devoir mercredi 11 janvier 2006

Ceux qui se demandaient à quel parti la remontée conservatrice risque de nuire le plus au Québec savent maintenant à quoi s'en tenir. Hier soir, Gilles Duceppe a carrément tourné ses canons vers Stephen Harper.

Il y a déjà un bon moment que le Bloc québécois a fait le plein des voix qu'il pouvait espérer enlever aux libéraux grâce au scandale des commandites. Utiliser les récentes révélations sur les activités illicites d'Option Canada contre le PLC serait presque du gaspillage.

M. Duceppe a bien vu qu'il valait mieux en profiter pour conjurer le péril bleu. Il s'était un peu retenu lors du débat en anglais, lundi, mais il s'est déchaîné hier. À l'entendre énumérer les personnalités conservatrices éminentes siégeant au Conseil de l'unité canadienne, dont Option Canada était une simple créature, on avait presque l'impression que les libéraux ont joué un rôle mineur dans cette sombre affaire.

Les noms de Peter White, Michael Meehan, Jean Bazin, Yves Fortier, Pierre Claude Nolin n'apparaissent nulle part dans le livre de Normand Lester et Robin Philpot, mais le chef du Bloc n'avait que ceux-là à la bouche.

Dans un de ces accès de triomphalisme auxquels il a succombé plus d'une fois depuis le début de la campagne, M. Duceppe a commis l'imprudence de fixer à son parti l'objectif de 50 % des voix plus une. La nouvelle popularité des conservateurs risque maintenant de freiner non seulement l'élan du Bloc, mais celui de tout le mouvement souverainiste.

Au printemps 2004, plusieurs rêvaient de l'élection d'un gouvernement Harper, qui achèverait de convaincre les Québécois que le Canada est devenu un pays étranger à leurs valeurs. Aujourd'hui, il semble moins évident que cela constituerait une «condition gagnante».

Il ne servirait à rien au Bloc de gagner la période s'il fallait que le PQ perde la deuxième. Les libéraux de Jean Charest sont présentement dans les câbles, mais ils pourraient très bien en sortir si un gouvernement conservateur entreprenait réellement de régler le déséquilibre fiscal et accordait au Québec une certaine marge de manoeuvre sur la scène internationale.

***

En tout cas, M. Duceppe pourra compter sur les libéraux pour l'aider à bloquer la route aux conservateurs. Dès son introduction, Paul Martin a fait écho à la nouvelle publicité ultra négative sur laquelle misent les libéraux pour le dernier droit de la campagne. Si négative qu'un des messages a dû être retiré sur-le-champ à la suite d'une plainte de... l'armée canadienne.

En moins d'une minute, tous les torts de M. Harper y sont passés: son opposition au protocole de Kyoto, son appui à la guerre en Irak, son opposition à l'accord du Lac-Meech, le milliard que son programme sur les garderies fera perdre au Québec. Bref, a résumé M. Martin, le programme conservateur est «contraire aux valeurs des Québécois».

MM. Duceppe et Martin sont également tombés d'accord pour voir de simples voeux pieux dans la prétendue ouverture de M. Harper aux demandes du Québec, notamment en ce qui concerne le déséquilibre fiscal.

Il est vrai qu'il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Encore une fois, le chef conservateur a été incapable d'avancer la moindre solution concrète, même s'il a dit que le rapport Séguin «l'intéresse beaucoup», mais il y a si longtemps que les Québécois n'ont pas entendu un discours aussi positif de la part d'un homme qui pourrait très bien devenir premier ministre du Canada dans moins de deux semaines. Hier soir encore, M. Martin a ramené le déséquilibre fiscal à une question de sémantique.

Dans cette alliance conjoncturelle avec ses nouveaux amis libéraux, M. Duceppe a laissé à Jack Layton le soin de dire tout haut ce que lui-même pensait sans doute tout bas: «Les promesses vides des libéraux sont une insulte à l'intelligence qui s'ajoute à celle des scandales.» Cela a été un des très rares bons moments de la soirée pour le chef du NPD, qui semblait complètement ailleurs par moments.

Pour des raisons évidentes, les trois chefs anglophones ont été nettement moins bons que lors du débat de lundi. Une soirée bien facile pour Gilles Duceppe, presque trop. Encore une fois, M. Harper en a perdu des bouts, mais il avait l'air si inoffensif qu'il fallait faire un gros effort pour voir en lui le dangereux personnage qu'a tenté de dépeindre M. Martin. Pour conjurer un péril, il faut au moins que celui-ci ait l'air un peu menaçant.

mdavid@ledevoir




Savais pas...

Boileau, Josée
Le Devoir mercredi 11 janvier 2006

ÉDITORIAL - S'il est un mérite à tous les récents scandales politiques, ce sont les deux ou trois leçons que l'on peut en tirer. D'abord, qu'on ne peut se fier à aucun «je n'étais pas au courant» ou toute autre variation sur le même thème. Après les révélations de la commission Gomery, la caisse de documents rendus publics par le duo Lester-Philpot démontre bien que les mots n'ont aucune importance. Nous sommes collectivement las de tous ces «je ne sais pas» alors que tant de chèques, de reçus, de contrats, de révélations nous sont mis sous le nez.

D'ailleurs, ne sont-ils pas choqués, tous ces mis en cause qui plaident leur intégrité personnelle, d'apprendre que des histoires pas nettes se déroulaient dans leur dos de politiciens honnêtes? Pourquoi alors ne pas réclamer eux aussi une enquête publique? Dix ans d'omerta, n'est-ce pas assez?

Hier, le premier ministre Jean Charest se réfugiait derrière les trois enquêtes prévues, celle de la Gendarmerie royale du Canada, celle de la vérificatrice générale à Ottawa et celle du directeur général des élections à Québec (DGE). Beau tableau! Une enquête criminelle qui ne saura rien dire des gestes qui relèvent de l'illégitimité démocratique; une enquête fédérale sur l'utilisation des fonds publics par un ministère, celui du Patrimoine, mais qui n'arrivera pas à toucher cet organisme privé qu'était Option Canada; une enquête du DGE que rien n'annonce comme allant être publique, alors que les citoyens ont besoin de bien plus qu'un rapport sur la manière dont la loi référendaire aurait été bafouée.

La commission Gomery nous a en effet démontré l'importance de considérer les responsabilités politiques dans leur ensemble - pas seulement celles de quelques boucs émissaires -, publiquement, afin que tous voient les liens. Pour ce faire, il faut une enquête au mandat large: pour le dossier d'Option Canada, cela n'est pas encore au programme. Faudra-t-il donc se contenter de révélations éparses que les journalistes tenteront de mettre bout à bout jusqu'à se faire accuser par les mis en cause et leurs alliés de manquer d'objectivité? De faire de l'éditorial? De déformer les faits?

Nous en avons d'ailleurs assez des leçons de morale comme nous en a servi hier le premier ministre Charest sur ces «gens honnêtes» et ces méchantes «accusations par association». Ça fait 10 ans que toute cette histoire fonctionne sur le mode de la présomption d'innocence: une caisse de documents sauvés de la déchiqueteuse vient contredire aujourd'hui bien des déclarations de «gens honnêtes». Qu'on nous laisse au moins en prendre acte! Et quoi de mieux qu'une enquête devant tout le Québec si le premier ministre a vraiment envie de mettre un terme aux «accusations par association» qu'on trouverait dans Les Secrets d'Option Canada.

Entre-temps, il faudrait quand même arrêter de prendre les Québécois pour des imbéciles: la thèse du référendum volé serait une «insulte à l'intelligence», a aussi dit M. Charest. Corollaire: les dépenses extraordinaires du camp du NON ne pouvaient avoir aucun impact sur le résultat référendaire. Question: pourquoi donc les avoir faites? Quel ténor du NON ou quel obscur responsable des opérations secrètes nous donnera la réponse?




Réécrire l'histoire?

Pratte, André
La Presse mercredi 11 janvier 2006

Au lendemain de la publication du livre des essayistes Normand Lester et Robin Philpot, le chef du Parti québécois, André Boisclair, s'est joint à eux pour réclamer la tenue d'une enquête publique sur les dépenses présumées illicites du camp du NON lors du référendum de 1995. À notre avis, une telle enquête serait futile, coûteuse et néfaste.

MM. Lester et Philpot exposent plusieurs documents troublants, notamment des factures pour des campagnes de publicité, factures datées d'octobre 1995 et payées par Option Canada. Des contrats, aussi, en vertu desquels Option Canada a payé des gens qui ont, selon toute apparence, fait du travail pour le NON pendant la campagne référendaire. Ce sont les faits.

Le livre propose aussi une interprétation de ces faits. MM. Lester et Philpot sont des militants souverainistes durs. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire ce qu'ils disent sur la commission Gomery (" une opération destinée à camoufler le fond du scandale " des commandites) ou sur la série Point de rupture de Radio-Canada (une " émission de propagande "). On ne s'étonnera pas qu'ils voient dans la paperasse qu'ils ont découverte la confirmation d'un sombre complot fédéraliste. Leur ouvrage compte trop de raccourcis et de suppositions pour qu'on accepte cette interprétation comme étant la seule possible.

Il revient aux personnes visées de mettre de l'avant leur propre interprétation. À cet égard, les plaidoyers de Jean Charest et de Daniel Johnson sont convaincants. Par ailleurs, le silence de plusieurs autres acteurs de l'époque est plus qu'inquiétant. S'ils persistent à ne rien dire, c'est l'interprétation de MM. Lester et Philpot qui prévaudra.

Il y a aussi dans Les Secrets d'Option Canada des insinuations malhonnêtes. Notamment, cette charge contre M. Johnson et notre collègue Alain Dubuc, dont Option Canada aurait payé le transport par avion pour qu'ils participent à des conférences dans l'Ouest canadien. Il n'y a absolument rien d'inhabituel ou de répréhensible à ce que les organisateurs d'une conférence déboursent les frais de déplacement de leurs invités. De toute façon, les conférences s'étant déroulées en 1996, plusieurs mois APRÈS le référendum, ce passage n'a aucun rapport avec l'objet du livre. C'est du salissage pur et simple.

Admettons une seconde qu'il doive y avoir une enquête publique. Pourquoi devrait-elle porter seulement sur la thèse de Normand Lester? Bien des gens soutiennent depuis 1995 que des milliers de votes d'électeurs fédéralistes ont été rejetés sans motif valable. Le Directeur général des élections a abandonné les poursuites lancées dans cette affaire contre 29 scrutateurs (tous nommés par le camp du OUI) après que la Cour d'appel eut innocenté deux d'entre eux. Pourtant, il faut rappeler que le juge Biron avait qualifié les résultats du dépouillement dans les bureaux de vote touchés d'" absolument aberrants, pour ne pas dire révoltants ". Il avait aussi déploré " la faiblesse de la preuve " présentée par le DGE, celui-ci n'ayant fait entendre " aucun témoin, pas même le directeur local du scrutin. "

Bref, s'il y avait enquête publique, celle-ci devrait porter sur l'ensemble des manoeuvres des deux camps pendant la campagne référendaire. On voit cela d'ici: les politiciens, organisateurs et bénévoles paradant devant un commissaire, tentant de se rappeler ce qui s'est produit tel jour, à telle heure, il y a dix ans... Des enquêteurs partant à la chasse aux documents jaunis, jetés, perdus... Les bulletins de vote qu'il faudrait bien réexaminer... L'affaire coûterait les yeux de la tête, prendrait une éternité et rouvrirait toutes les blessures de cette époque. Et pour aboutir à quoi? Pas de poursuite possible, puisqu'il y a prescription. Faudrait-il annuler le résultat de 1995 si on trouvait qu'un camp (ou les deux) a violé les règles?

Il est malheureusement de plus en plus vraisemblable que les troupes fédéralistes n'ont pas respecté toutes les règles financières pendant la campagne référendaire. C'est déplorable, inexcusable. Néanmoins il est également évident, pour toute personne qui a vécu cette campagne, que ces écarts n'ont pas conféré au camp du NON un avantage perceptible en termes d'affichage ou de publicité.

Les Québécois ont voté en 1995 en toute connaissance de cause. Une décennie plus tard, l'avenir nous pose des défis trop considérables pour que nous perdions temps et énergie à tenter de réécrire l'histoire.





Relecture de presse et déclaration du ministre

L'universitaire Stéphane Dion

Jacques Rivet, Professeur titulaire au département d'information et de communication de l'Université Laval
Le Devoir mercredi 11 janvier 2006

Le conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ) venait d'avoir lieu à Québec durant le week-end du 27 janvier 1995. Les militants libéraux avaient eu l'occasion d'entendre un exposé d'«un politicologue bien coté de l'Université de Montréal, Stéphane Dion» (Le Devoir, Michel Venne, 30 janvier 1995, page A 3). À l'époque, ce professeur était également très «bien coté» par la Société Radio-Canada puisqu'elle l'invitait régulièrement en tant qu'expert indépendant des partis politiques à donner ses avis sur divers aspects de la chose publique dans ses émissions d'information. Lors de ses prestations publiques, l'universitaire Dion, à titre de citoyen et de chercheur, n'a jamais dissimulé sa conception fédérative du Canada.

Dans son exposé au conseil général du PLQ en janvier 1995, il avait morigéné les délégués pour leur acceptation passée du rapport Allaire. Par la suite, il a expliqué au reporter du Devoir, Michel Venne, le sens du «nous» de l'expression «nous gagnerons le référendum» qu'il avait employée à la fin de son propos. Il parlait des fédéralistes et non pas des libéraux du Québec, lui a-t-il affirmé. Selon le reporter, il estimait «qu'il est du devoir des citoyens d'exprimer leur position sur cette question» et qu'il croyait «très peu à la neutralité des commentateurs politiques, quels qu'ils soient, sur cette question».

L'exposé de l'universitaire Dion venait après celui du président du comité référendaire du PLQ, Michel Bélanger. Présent comme observateur dans l'auditoire, le professeur Vincent Lemieux, de l'Université Laval, avait trouvé que «M. Dion était allé assez loin pour un universitaire. On aurait dit que M. Bélanger était l'universitaire et M. Dion le politicien», rapportait Michel Venne.

Devançant la publication de l'ouvrage de Normand Lester et de Robin Philpot, Les Secrets d'Option Canada, le 7 janvier dernier, le ministre Stéphane Dion a déclaré à certains médias «avoir travaillé avec le gouvernement du Canada comme un chercheur honnête» en guise de justification de son comportement de chercheur de jadis. Précisément, les questions suivantes dans la foulée de cette déclaration publique se posent alors : Stéphane Dion a-t-il conservé toute son indépendance du Parti libéral du Canada en tant que scientifique «bien coté» au moment où il a «travaillé avec le gouvernement du Canada» ? Ou bien aurait-il poussé cette collaboration au point de se mettre au service d'intérêts partisans sous couvert d'une démarche indépendante de chercheur universitaire ?

L'indépendance en question

Le comportement de l'universitaire de jadis apparaît maintenant comme un cas de figure en ce qui concerne l'indépendance du scientifique dont les avis sont souvent sollicités par les pouvoirs et les médias en tant que chercheur réputé. Le fait d'avoir une conception fédérative du Canada n'a jamais fait de lui un partisan libéral ni entaché sa compétence de chercheur. Les questions mentionnées ci-dessus relèvent cependant de l'éthique de la communication publique.

En effet, tout universitaire qui veut se prémunir contre l'influence excessive d'une organisation publique ou privée en tant que commanditaire de ses recherches conserve davantage son indépendance en gardant le contrôle de leur communication publique. Il peut en négocier les modalités de diffusion avec les organismes concernés à la suite de son travail pour leur compte. Il a pourtant le devoir de faire en sorte que celles-ci soient accessibles au public averti comme au grand public. Ce principe s'applique pour toutes les sciences et particulièrement en sciences humaines et sociales.

Au cours des dernières années précédant son entrée officielle en politique, Stéphane Dion a été entraîné dans une activité d'accroissement de sa notoriété publique grâce à des interventions sollicitées par divers organismes politiques et médiatiques, dont la Société Radio-Canada. Il est bien difficile de ne pas le voir aller à cette époque à la lumière du lieu où il est actif aujourd'hui. Il est devenu le politicien que son comportement d'universitaire au congrès général du PLQ avait laissé entrevoir à certains.

Et un aspect éthique de communication publique est soulevé à la suite de sa déclaration récente en ce qui concerne son ancien travail d'universitaire : la possibilité pour le public de prendre connaissance des études qu'il a réalisées pour le compte de ce gouvernement. En effet, l'universitaire indépendant a le devoir d'aviser le Prince en toute lumière et non en secret.




Péréquation : que faire pour le Québec ?

Pierre-Paul Proulx
Le Devoir mercredi 11 janvier 2006

Le Devoir du 7 janvier nous apprend que le milieu des affaires torontois se joint au premier ministre de l'Ontario pour réclamer un redressement des contributions de cette province (diminuer leurs contributions à la péréquation et recevoir des subventions fédérales), reprenant ainsi une doléance exprimée de longue date au Québec.

On évoque le métro de Toronto en ruines et l'insuffisance des logements subventionnés, et ce, dans une province qui a crée 83 000 emplois (croissance de 1,3 %) et connu un taux de chômage de 6,6 % en moyenne annuelle en 2004, le Québec ayant quant à lui créé 36 000 emplois (croissance de 1 %) et connu un taux de chômage de 8,4 %.

Convenons qu'il est de bonne guerre d'entendre de tels arguments et de telles propositions si on en reste à un diagnostic partiel et à une absence de vision à moyen et à long terme. Mon bref propos vise à indiquer qu'il est inadéquat de trop se centrer sur ce sujet pour faire face aux défis de développement auxquels l'Ontario, le Québec, Toronto et Montréal font face. Il est indiqué d'ajouter quelques éléments au diagnostic afin d'en tirer des solutions plus intéressantes.

Notre analyse du développement des provinces, des États et des régions métropolitaines en Amérique du Nord (deux cahiers récents disponibles sur le site du CEIM et un rapport au PRI du ministère du Conseil exécutif à Ottawa) indique l'existence de dynamisme dans le nord-ouest, le sud-ouest et le sud-est de l'Amérique du Nord et un déclin dans les régions transfrontalières des Grands Lacs et de la Nouvelle-Angleterre (où se trouvent Toronto et Montréal). Les problèmes de Toronto, dont ceux dans le secteur de l'automobile, ne font que refléter les facteurs qui ont affecté les États et les provinces de la région des Grands Lacs, et ce, de façon de plus en plus importante à mesure que se manifeste l'intégration économique en Amérique du Nord.

Il nous faut un renouvellement de notre politique de développement économique pour tenir compte plus explicitement de ce qui se passe à l'échelon régional et continental et tenir compte de la concurrence grandissante de la Chine et de l'Inde par rapport au Canada et aux États-Unis, ce dernier marché étant des plus importants pour nous.

Notons aussi que de nombreuses décisions du gouvernement fédéral (c'est-à-dire l'entente «ciel ouvert» avec les États-Unis, qui multipliera les effets d'agglomération découlant de la décision portant sur les droits d'atterrissage à l'aéroport Pearson, la localisation des centres de recherche, etc.) ont été et sont plus fondamentales que le régime de péréquation comme éléments déterminants du développement des villes, des régions et des provinces.

Convenons avec le milieu des affaires de Toronto que le développement des métropoles est un facteur déterminant et de plus en plus important par rapport au développement des régions et des provinces dans une économie de l'information, du savoir et de la haute technologie, et ce, de concert avec le secteur primaire dans la conjoncture nouvelle. En découle, dans le contexte constitutionnel actuel, la nécessité de mettre au point un nouveau modèle de gouverne multipalier (fédéral-provincial-régional) et multidimensionnel afin d'éviter les ententes à la pièce, difficiles à concilier.

Il s'agit de sujets peu ou pas évoqués pendant la campagne électorale en cours. Osons espérer que notre prochain gouvernement fédéral et celui du Québec en feront un examen systématique et approfondi.

Pierre-Paul Proulx : Professeur honoraire à l'Université de Montréal et chercheur associé au Centre études internationales et mondialisation (CEIM) de l'Université du Québec à Montréal




Tough talk on Quebec

LINDA DIEBEL
Toronto Star Jan. 11, 2006

Liberal `troops' should prepare for national unity crisis, candidate says

Senior Liberals turned out last night to hear rookie politician Michael Ignatieff warn that Canada is facing a national unity crisis in which "we need troops, warriors and chieftains" ready for the political battle over Quebec.

"It's over the horizon but it's looming," he told a fundraiser for his campaign at the exclusive National Club in Toronto, adding that the crisis is the "one simple reason" he is running for Parliament as a Liberal in Etobicoke-Lakeshore, returning home after almost three decades in Britain and the U.S.

The message must be gotten across, he said, that "the separatist agenda is irrelevant to the real social and economic needs of the people of Quebec" as well as to Quebecers who are passionate about Canada.

"Young federalist Quebecers exist but they need a champion ... to give them the courage to speak," he said.

He stressed that over the past year he has "spoken ceaselessly" to Quebecers aged 18 to 25, referring to his position teaching human rights policy at Harvard University.

It was curious timing for a passionate, even provocative plea for Canadian unity, coming less than an hour before Prime Minister Paul Martin had to duke it out in the French debates in Montreal.

Among the organizers of the event were former Ontario premier David Peterson and Sen. David Smith, who worked closely with former prime minister Jean Chrétien.

While Ignatieff has denied fiercely that he aspires to the Liberal leadership, the wording to last night's invitation said "Meet Our Champion," and billed Ignatieff as "a new face of federal liberalism."

Several people at last night's fundraiser said they came to hear him because of the buzz about the star Liberal candidate.

"I came to support one of the future leaders of Canada," said Omer Ozden, an attorney who specializes in New York law. "He's recognized internationally and that is a very positive thing."

The $300-a-head fundraiser was carefully orchestrated. It was closed to the media, but the Toronto Star managed to get in.

Although Ignatieff stressed several times he's only a rookie, he delivered a barnburner of a speech with national appeal, even delivering a few lines in French. It was a rallying cry for the future of Canada, as well as a summary of his priorities and, to some extent, his credentials. He spoke with emotion about "the Canada we love, the Canada we can never take for granted, the Canada we have to defend with the best arguments we can find."

Meanwhile, he was the only Etobicoke-Lakeshore candidate not to appear on the Rogers cable phone-in show, Goldhawk Live, at 9 p.m, the Star's Rob Ferguson reports. Said NDP candidate Liam McHugh-Russell: "We haven't seen a lot of candidates who have lived out of the country for the last 27 years. He's out of touch."

Ignatieff lashed out at Conservative Leader Stephen Harper, warning that he advocates open federalism which "accommodates nationalism in ways that are extremely dangerous to the national unity of Canada."

Further, he said, Harper has come close to encouraging Quebec to have an independent voice in international affairs. Referring to his father, George Ignatieff, one-time Canadian ambassador to the United Nations, Ignatieff said "that is a red-line issue for me."

Separate international delegations for Quebec means "Quebec turns into a laughingstock internationally and Canada becomes an embarrassment ... and we have never been an embarrassment."

At one point, Ignatieff, in suit and red Liberal tie, led a round of applause for Paul Martin. In watching the English debates Monday night, he had seen in Martin "a man of tremendous, almost physical toughness. I have tremendous respect for his endurance... Everyone in this room needs to give this brave man full support."

He received an exuberant reception from about 150 people, who sipped wine and nibbled cold salmon, while waiting to hear Ignatieff and shake his hand. In introducing him, retiring Etobicoke-Lakeshore MP Jean Augustine praised his credentials as an academic, journalist, writer, as well as "an adviser to important people around the globe." She called him a "Liberal for our times."

Smith sparked guffaws when he said the candidate had endured "a baptism of fire" early in the campaign, referring to claims by opponents that he was parachuted into the riding, as well as Ignatieff's controversial writings on several subjects in his 16 books.

The point, said Smith, is that he has written so many books, adding that "we need more candidates of this calibre."

An NDP blog yesterday noted that the fundraiser marked the beginning of Ignatieff's "campaign to replace Paul Martin as Liberal leader." Event organizers made light of the claim.

In his introductory remarks, Alfred Apps joked that guests owed another $4,700 each to match the NDP's erroneous ticket price of $5,000. Apps was among a coterie of senior Liberals who travelled to Harvard to urge Ignatieff to run. Peterson called such speculation "bull, total baloney and a cheap shot... Everybody knows that if there is a leadership race, I'd support Frank McKenna." The former New Brunswick premier is now Canada's ambassador to the United States.

Tim Lang, whose father Otto was a Liberal cabinet minister, said that Ignatieff "brings a breath of fresh air to politics. There are a lot of good MPs but some are less than exciting." he said. "We need new blood."




'It's the party for Quebec'

THANE BURNETT
Toronto Star Jan. 11, 2006

Election results tell us the collective decision of a nation. But in the results, and the din and clamour of a campaign leading to the vote, it's often the voices of individual Canadians that are left out of the debate.

In these weeks before the Jan. 23 federal election, Toronto Sun columnist Thane Burnett is travelling the country, to gauge the pulse of ordinary and extraordinary Canadians alike.

JOLIETTE, QUE -- Liberal officials came courting Louis David Malo before he was old enough to vote.

Twenty years ago, they came to talk to Quebec school children, including Malo, about the Meech Lake Accord. At that time, Liberal Leader John Turner was being pushed into a corner, considering the support the controversial agreement had in this province -- and how his party considered Quebec one of their strongholds.

Lighting political fires

They arrived at his Joliette school in the hopes they could prod an interest in politics and that students would become loyal Grits in the years to come.

Today, Malo credits that Liberal visit to his school with, in part, lighting a fire -- but not burning the way they wanted.

Across this section of Quebec, most main streets -- not lawns, because that is not the custom -- are lined with campaign signs for the upcoming election. The Bloc candidates take up most of the real estate on telephone poles. But a close second -- against very few Liberal signs with not a single NDP sign I could find -- are Conservative banners.

Those who think the Tories are unwelcome in Quebec have not been reading recent polls. Or listening to Malo, a 32-year-old rural development councillor for the provincial government.

He grew up in a house that, except during the referendums, was often quiet on politics. He has to think back to the days of his grandfather, a local municipal advisor, to find someone passionate about politics.

But Malo himself has found a home within the ranks of suddenly vocal Quebec Conservatives.

He's so sure about the party's future in Quebec, that he's helping out the area's Conservative candidate, Sylvie Lavallee.

He's volunteered to break down the economic landscape of voters -- to better target their election concerns.

It's a largely middle-class riding, where a tire plant and the hospital are two of the largest employers. During the last referendum, 72% of the people here voted to separate.

But, in many ways, a federal election doesn't dominate the political landscape in this riding. Local, municipal politics are king.

During this election, with a short time to go, the two local papers and radio station have largely ignored the race.

The media have told candidates to write up their own stories, and they'll -- when it's closer to election day -- find some space for them.

But everywhere he goes, Malo persistently pushes freedom to fellow Quebecers. But not the kind promised by the Bloc.

"I believe the Conservative party would respect provincial jurisdictions," he tells me. "It's the party for Quebec."

Some friends and neighbors have questioned his decision to help Conservative leader Stephen Harper's dream of taking seats from the Bloc.

"Some say, 'You're crazy -- your candidate will never be elected," he explains, as we now sit in an office on the east end of the city.

"But everyone knows I'm a federalist. And they are willing to now listen."

He talks to them -- even family members -- about a tough stance taken by the Prime Minister over Quebec. That Harper is willing to work with Quebecers.

"That the Conservative party is the only alternative to the Bloc," says the father of two.

And are they angry toward the Liberals?

"Hell yes," rages Malo. "It is not a trustworthy government."

That's one thing Conservative and Bloc supporters can agree on, he points out. The biggest obstacle to federalists within Quebec may be something out of their control.

"If there is a sense of (Quebec) bashing -- that will enrage Quebecers ... and not help us," he believes. "There is a (renewed) sense that we can work as a team in this country."

As we talk, he holds up a copy of a national newspaper. The headline blares the Conservatives are ahead in the polls.

He tells me: "As a (Quebecer), I don't see another party who can make it work, other than the Conservatives."




Martin wants a new deal for Quebec

GRAHAM FRASER
Toronto Star Jan. 11, 2006

MONTREAL—Liberal Leader Paul Martin said last night he would embark on constitutional change so that Quebec signs on.

"What I think is crucial is the recognition of Quebec, its dynamism, its specificity, its difference — that calls out to Canada," Martin said.

"Absolutely, as soon as the circumstances are ready, I would like Quebec to sign the Constitution, and I will do everything so that it can happen."

Similarly, NDP Leader Jack Layton called for talks with the provinces to achieve an agreement so the Quebec National Assembly signs the Constitution.

In contrast, Conservative Leader Stephen Harper said he endorses flexible federalism and a role for Quebec at international organizations — but was skeptical about constitutional change. "We don't want a situation where the federal government talked about the Constitution all the time," he said.

Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe made it clear he thought the constitutional amendment game was over.

In 1981, then-prime minister Pierre Trudeau patriated the Constitution without Quebec's agreement. In 1987 and 1992, there were constitutional proposals designed to bring in Quebec. Both failed.

Earlier in the debate, Duceppe used a series of allegations against a unity group in the 1995 referendum to attack not only the Liberals, but federalism.

"If the sponsorship scandal is a Liberal scandal, the Option Canada scandal is a federal scandal," Duceppe said.

Option Canada was established to promote federalism during the referendum. A new book has demonstrated it spent funds in breach of Quebec law.

Harper accused Duceppe of smearing federalists. "It is not a crime to promote federalism in Quebec," he said. Additional articles by Graham Fraser





OPTION CANADA

Deux députés libéraux contredisent Jean Charest

Martin Ouellet
Presse Canadienne mercredi 11 janvier 2006

Contrairement à ce prétend Jean Charest, l'existence et les activités du groupe occulte Option Canada étaient très bien connues des acteurs du camp du Non en 1995, ont soutenu, mercredi, deux députés libéraux.

Sans être «ni président, ni vice-président» de la campagne référendaire en 1995, le député Pierre Paradis connaissait fort bien l'existence de l'organisme pro-fédéraliste, qui était doté d'une caisse secrète de plus de cinq millions $.

«J'était le leader sur le plan parlementaire, j'avais des conversions avec des gens d'Ottawa dans le cadre du comité du Non et je savais qu'il y avait une organisation qui existait», a-t-il dit aux journalistes à l'entrée d'un caucus des députés libéraux à Québec.

Les propos du député de Brôme-Missisquoi jettent le doute sur les affirmations de Daniel Johnson et Jean Charest, respectivement président et vice-président du comité du Non en 1995, qui ont tous deux nié avoir été mis au courant des activités d'Option Canada.

M. Paradis n'est d'ailleurs pas le seul député à soutenir que l'existence d'Option Canada était plutôt bien connue.

«Un secret? Je ne sais pas où vous prenez ça! Option Canada, ils en parlaient tout partout», a avoué sans ambages son collègue whip en chef du parti ministériel, Norman MacMillan.

Sentant la soupe chaude, le député a par la suite tenté de nuancer son propos, affirmant qu'il n'avait pas, personnellement, été mis au courant des activités du groupe pendant la campagne référendaire.

Reste que les dépenses occultes d'Option Canada destinées à mousser le fédéralisme n'indisposent d'aucune façon M. MacMillan.

«C'est pas si grave qu'on pense, a-t-il fait valoir. Ces gens-là ont défendu le Canada. Ils ont bien fait! Ils ont été payés, comme ceux de l'autre côté (le camp du Oui) et je n'ai pas de problème avec ça.»

Aux yeux du député de Papineau, les montants dépensés par Option Canada n'ont rien d'astronomiques, si l'on tient compte des sommes consacrées à la souveraineté par le gouvernement péquiste de l'époque.

«Eux (les souverainistes) ont dépensé 25 millions $ avant (le référendum). Tous les attachés politiques ont été payés pendant ce référendum et l'on n'en parle pas (...) Qui sont les criminels? Qui sont les bandits?», a-t-il lancé d'un ton enflammé.

Le premier ministre Jean Charest, qui devait prendre un vol mercredi en direction de l'Inde pour une mission commerciale et institutionnelle, n'a pas commenté les propos de MM. Paradis et MacMillan.

Néanmoins, l'attaché de presse de M. Charest, Hugo D'Amour, a tenu à lancer une flèche à l'endroit du député Paradis.

«M. Charest est formel, il n'a jamais été mis au courant de l'existence d'Option Canada. Alors si M. Paradis connaissait les activités du groupe, pourquoi ne l'a-t-il jamais dit avant?», a-t-il déclaré en entrevue téléphonique.




Loi 142 - La démocratie est en jeu!

Pierre Mouterde
Le Devoir mercredi 11 janvier 2006

Peut-être faut-il du temps pour appréhender certains faits sociopolitiques importants et en saisir la véritable portée? Et peut-être le décret-loi 142 - passé à toute vapeur le 15 décembre 2005 par le gouvernement Charest - appartient-il à cette catégorie d'événements clés dont on peine à déchiffrer le sens? Comment comprendre autrement que la nouvelle ait soulevé si peu d'indignation dans les médias et qu'on n'ait retrouvé presque personne pour en dénoncer le caractère illégitime et scandaleux?

Parce que le décret 142, ce n'est pas un événement anodin, et quiconque adhère aux valeurs de la démocratie devrait trouver là matière à grande inquiétude. Il est vrai que la plupart des éditorialistes étaient ce jour-là occupés à savamment commenter le «non-événement» qu'avait été le premier débat des chefs de la campagne électorale fédérale. Mais de là à faire l'impasse avec autant de complaisance sur les conséquences d'un tel diktat aux allures de bâillon dictatorial, il y a un pas qui - dans un régime démocratique comme le nôtre - confine à l'indécence.

Salaires et conditions de travail décrétés

L'affaire n'était pourtant pas mince: il s'agissait, pour le gouvernement - au nom d'un cadre budgétaire prétendument indépassable et sans avoir jamais pris la peine de négocier véritablement -, de décréter les salaires ainsi que les conditions de travail des 500 000 employés de l'État québécois. Et cela, en fixant d'une part des augmentations de salaire pour six ans inférieures à la hausse du coût de la vie (évaluée et appréhendée) et, d'autre part, en imposant des normes de travail souvent très en dessous du statu quo actuel (renforcement du droit de gérance patronal et de la précarisation du travail ainsi qu'affaiblissement du pouvoir syndical).

Le tout est accompagné de mesures répressives à vous couper le souffle: jusqu'à 500 $ par jour d'amende pour toute personne qui contreviendrait ou appellerait à contrevenir à la loi en question; jusqu'à 35 000 $ pour un officier syndical et 125 000 $ pour l'organisation à laquelle il appartient. Avec, en sus, la menace, en cas d'infraction, de voir vos cotisations syndicales se tarir à la source! Et sans que rien de la situation économique du pays (connaissant une croissance certaine) le justifie ni qu'aucun de ces employés de l'État - eux-mêmes moins bien payés que dans le privé - se soient mis dans l'illégalité (puisqu'ils avaient le droit de grève).

L'importance des droits collectifs

Certes, les centrales syndicales ont vitupéré haut et fort, évoquant la perte du «droit de négocier» et même «un coup de force injustifié et injustifiable». Mais sans parvenir à créer l'émoi attendu alors que, pourtant, l'enjeu est de taille et touche l'ensemble de la société québécoise.

Tout le monde sait que la démocratie est synonyme de protection des droits de la personne. Beaucoup oublient cependant qu'elle consiste aussi à préserver et à amplifier des droits collectifs: le droit à un travail décent, le droit à la santé, à l'éducation, à s'organiser collectivement, etc. Il y a donc des droits sociaux et économiques qui sont vitaux et sans lesquels la démocratie finit par se muer en une coquille vide. C'est ce qu'avait compris la génération des syndicalistes des années 70, pour laquelle l'amélioration des conditions de travail dans la jeune fonction publique québécoise participait d'un projet de société globale - ce que d'autres ont appelé le Québec inc. - et devait représenter une véritable locomotive sociale pour l'ensemble des salariés du Québec.

Et c'est ce à quoi, avec le décret 142, on vient de mettre brutalement un terme, conséquences logiques de la philosophie néolibérale dont le gouvernement Charest s'est fait le zélé serviteur.

Car le néolibéralisme, ce n'est pas seulement moins d'État, c'est aussi plus d'État répressif, un État qui s'attaque à la substance de la démocratie, c'est-à-dire au pouvoir en germe de ceux qui n'ont rien (ni le privilège d'être «bien né» ni celui d'être «bien nanti») et qui ne le trouvent qu'en s'organisant ensemble partout où cela est possible, et d'abord dans leur milieu de travail. Pour se faire entendre et respecter!

Les syndicats tétanisés

À ce chapitre, s'il y a bien une critique qu'on peut faire aux grandes centrales syndicales, c'est de ne pas avoir vu le danger ni d'avoir préparé leurs membres à une telle éventualité. À en être tétanisés! En imaginant, contre toutes les évidences, qu'il était possible de parvenir à une entente satisfaisante et qu'on pouvait le faire en allant négocier chacun de son côté, en rangs dispersés. Sans chercher à promouvoir l'unité la plus large (au travers d'un véritable front commun) ni à dépasser les pratiques de maraudage ou la défense corporatiste de «sa seule centrale».

Sans enfin en appeler - comme en avait été esquissée l'idée à travers le projet de grève sociale du printemps 2004 - à la société civile tout entière qui, comme tant le répétaient à l'envi, «n'avait pas voté pour ça». Avec, pour résultat immédiat, une démobilisation et une désorientation générales. Ne sont-ce pas pourtant les intérêts d'une immense majorité de Québécois qui étaient et sont touchés par les volontés de chambardement continu du gouvernement Charest?

Telle est la leçon de ce décret-loi: vent de droite oblige, les temps ont bien changé pour ceux qui aspirent au Québec à plus de justice sociale, et si on veut pouvoir y faire face, il faudra bien oser remettre en question les recettes syndicales traditionnelles tout comme d'ailleurs les partis qui ont si facilement plié devant le néolibéralisme. Ne l'oublions pas, le secret de la démocratie ne se trouve pas seulement au Parlement, il gît aussi et surtout au coeur des luttes sociales! Saura-t-on en prendre acte?

Pierre Mouterde : Professeur de philosophie au Collège de Limoilou et auteur de Repenser l'action politique de gauche - Essai sur l'éthique, la politique et l'histoire, (Écosociété, Montréal, 2005)