
La bactérie, C pas grave
Lise Payette
Le Journal de Montréal jeudi 19 janvier 2006
Quand nous aurons voté lundi prochain, pas question de nous croiser les bras et de nous reposer. Il reste du gros travail à faire dans notre propre maison.
Je présume, avec raison j'espère, que lundi, nous aurons dit haut et fort aux libéraux d'Ottawa que nous en avions assez de leurs magouilles et de leur arrogance, dont nous sommes les victimes depuis plus d'une décennie. Nous laisserons les divas libérales se chercher du travail et pendant que les charognards se livreront à une lutte sans merci autour du cadavre politique encore chaud de Paul Martin, nous nous tournerons vers Québec. Le temps que les libéraux d'Ottawa se trouvent un chef, on va s'occuper des libéraux de Québec.
La campagne électorale fédérale a été si longue et si mal placée dans le calendrier que, pendant que nous réglions le compte de ceux d'Ottawa, nous avons perdu de vue les magouilles et l'arrogance des libéraux de Jean Charest. Il va y avoir du rattrapage à faire.
Bien sûr, les employés syndiqués de l'État se souviennent encore de la fameuse dinde de la ministre responsable du Conseil du Trésor et de la façon cavalière qu'a choisie le gouvernement pour en finir avec la négociation des salaires de ses employés. La loi spéciale qu'ils ont trouvée dans leur bas de Noël leur a fait mal. Quand ils ont compris qu'ils seraient eux-mêmes la fameuse dinde dont la ministre parlait, ils ne l'ont pas trouvé drôle.
La bactérie continue sa progression
C'est ainsi qu'on a identifié la bactérie qui a fait tant de ravages chez les libéraux d'Ottawa pendant des années. On a toutes les raisons de croire que la bactérie a continué sa progression et qu'elle a maintenant muté vers les libéraux du Québec.
C'est une bactérie qui se caractérise par l'effet euphorisant qu'elle produit sur ceux qui en sont atteints et qui les porte à croire qu'ils peuvent faire n'importe quoi parce que C pas grave.
On sait déjà que plusieurs personnes dans les plus hautes fonctions en sont atteintes. La confession de l'ex-ministre Jacques Chagnon au sujet du rôle des différents paliers de gouvernement dans la saga de Kanesatake permet de croire que Lester et Philpot pourraient déjà être à l'oeuvre pour leur prochain ouvrage.
À moins qu'ils ne choisissent d'aller au fond du présumé scandale de la SAQ qui aurait, dit-on, suggéré à ses fournisseurs européens d'augmenter leurs prix afin de protéger ses profits érodés par l'augmentation de la valeur du dollar canadien par rapport à l'euro. La SAQ, ce faisant, contreviendrait à la loi sur la concurrence. Elle s'en défend, bien sûr. Il se peut même que son président, Sylvain Toutant, pense que C pas grave... À partir de février, il paraît que la SAQ va baisser ses prix. Un peu. Faut-il mettre Lester et Philpot sur le cas ?
La SAAQ veut augmenter ses primes d'assurance automobile et réduire les indemnisations accordées aux victimes de la route. Elle aurait accumulé un déficit élevé et ne voit que l'augmentation des primes pour s'en sortir. Je crois que nous devrions suggérer au président de la SAAQ de commencer par récupérer les sommes colossales que le gouvernement a volées à la SAAQ quand il y avait des surplus. Pour une fois qu'on sait où sont les voleurs, il est hors de question de faire remplir la caisse vide par ceux qui ont été dépouillés... Il faut cesser de penser qu'un hold-up perpétré par un gouvernement, C pas grave.
Le ministre Couillard va sauter sur la patinoire avec son nouveau programme de patin de fantaisie. Il a promis un nouveau plan pour sauver le système de santé. S'il affirme que l'état des hôpitaux, C pas grave, et que le système se porte bien, on saura que la bactérie vient de faire une autre victime.
Ce n'est pas le travail qui manque. Mais... C pas grave.

Duceppe s'en prend à Harper sur la loi 101
Lia Lévesque
Presse Canadienne jeudi 19 janvier 2006
Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe a sorti l'arme ultime contre le chef conservateur Stephen Harper au Québec: la loi 101.
Devant plus de 750 étudiants à l'Université de Montréal, jeudi midi, et lors d'une rencontre avec la presse qui a suivi, M. Duceppe a demandé à M. Harper de clarifier sa position sur les droits linguistiques au Québec.
«Quand vous avez des positions telles que les siennes, il a le devoir de s'expliquer, il a le devoir d'expliquer en quoi il maintient toujours ses positions ou non», a-t-il lancé.
M. Duceppe est allé jusqu'à soupçonner M. Harper de vouloir «attaquer la loi 101».
«M. Harper a des opinions bien tranchées sur le français au Québec», a-t-il d'abord lancé aux étudiants, pour préparer le terrain.
Puis il a rappelé qu'en 1999, à l'époque où M. Harper était président de la National Citizens Coalition, l'organisme «a financé la contestation de la loi 101».
M. Duceppe a également rappelé une allocution prononcée par Stephen Harper en janvier 2002, lors de la course à la direction de l'Alliance canadienne, au cours de laquelle il avait affirmé qu'il croyait important que les dirigeants politiques fédéraux disent qu'ils ne sont pas d'accord avec les restrictions linguistiques en vigueur au Québec.
«On ne laissera pas Stephen Harper attaquer la loi 101; jamais on n'acceptera ça», s'est exclamé M. Duceppe devant les étudiants, provenant principalement de science politique, qui l'ont très chaleureusement applaudi.
Interrogé sur la pertinence de ressortir ce thème aujourd'hui, en pleine campagne électorale, M. Duceppe a répondu que «financer des groupes qui contesteraient la loi 101, on a déjà vu ça» au fédéral, laissant ainsi entendre que M. Harper, s'il était élu le 23 janvier, pourrait financer de telles contestations.
M. Duceppe a admis qu'on peut être fédéraliste et respecter la loi 101, «mais il faut savoir s'il (M. Harper) la respecte, s'il trouve que c'est une bonne chose. Ca nous donne une idée de comment il conçoit le Québec».
Les récents sondages ont montré une percée des conservateurs au Québec, notamment dans certaines circonscriptions francophones, ce qui peut expliquer la sortie de M. Duceppe sur ce thème de la langue, cher aux Québécois francophones.
Son allocution devant les étudiants de l'Université de Montréal, aux côtés de son candidat dans Outremont Jacques Léonard, a été très courue. La salle était remplie. L'enthousiasme des étudiants a d'ailleurs redonné de l'énergie à M. Duceppe, qui avait passé la journée précédente à tenter de corriger l'impression négative laissée par un sondage qui démontrait une baisse de l'appui envers le Bloc.
Le chef bloquiste a visiblement repris du poil de la bête, abordant davantage le thème de la souveraineté, aussi.
«Votez pour le camp du oui, le oui aux intérêts du Québec, le oui à Kyoto, le oui à la solidarité, le oui à l'éducation, le oui à la présence du Québec dans le monde», a-t-il lancé sous les applaudissements de la salle.
Il a également évoqué la possibilité de l'élection d'un gouvernement conservateur, lundi prochain, ajoutant qu'il était alors important d'avoir un fort contingent de députés du Bloc pour lui faire contrepoids.
«Je suis convaincu que vous ne voulez pas que la différence québécoise soit ignorée, laminée, diminuée. Ce que veulent les Québécois, c'est que le Bloc continue à revendiquer et à se battre pour la différence québécoise et pour la langue française. On aura besoin du Bloc plus que jamais», a-t-il conclu.
Pour Dimitris Soudas, attaché de presse de M. Harper, Gilles Duceppe dit n'importe quoi pour faire peur.
«M. Duceppe parle de juridictions provinciales. Il dirait n'importe quoi pour éviter le débat sur de véritables enjeux. Et il oublie de dire que c'est grâce aux conservateurs que le projet de loi S-3 a été adopté aux Communes avant les élections», a-t-il dit, faisant référence à un récent projet de loi du Sénat qui permet aux communautés francophones et anglophones de poursuivre le gouvernement fédéral si la Loi sur les langues officielles n'est pas respectée.
M. Soudas ne nie cependant pas la position de M. Harper en 1999, mais souligne que les gens évoluent.
«Tout le monde a un passé. Est-ce que M. Duceppe oublie qu'il a déjà été communiste?», a-t-il lancé.

Le vrai pouvoir
Michel David
Le Devoir jeudi 19 janvier 2006
Plusieurs comparent déjà les élections fédérales de lundi prochain à celles de 1984, qui avaient pris la forme d'un raz-de-marée conservateur.
Il est vrai que la montée fulgurante du PC -- et la chute non moins spectaculaire des libéraux -- rappelle beaucoup 1984, mais la fin de campagne actuelle au Québec a des accents qui font aussi penser à ce qu'on entendait en 1993. À cette différence près que libéraux et conservateurs ont échangé les rôles.
À cinq jours du scrutin, le 21 octobre 1993, Jean Chrétien avait tenu à Québec des propos qui pourraient très bien sortir de la bouche de Stephen Harper aujourd'hui. «J'ai besoin de femmes et d'hommes avec moi pour que les vrais Québécois soient représentés à Ottawa», avait lancé le chef libéral.
Notons au passage que personne n'avait songé à lui reprocher de faire une distinction entre les «vrais Québécois» de la région de Québec et ceux que représentaient les députés qu'il comptait faire élire en abondance dans les comtés à forte proportion anglophone et allophone de Montréal. Un bon libéral ne saurait être suspecté de tribalisme, n'est-ce pas ? Il est vrai que Jacques Parizeau n'avait pas encore mis le sujet à la mode.
Coïncidence intéressante, quand il avait fait cette déclaration, M. Chrétien était flanqué de deux membres du gouvernement de Robert Bourassa qui défraient encore les manchettes : Lawrence Cannon et Marc-Yvan Côté.
À en croire la rumeur, le premier est appelé à devenir le prochain vice-premier ministre du Canada s'il réussit à se faire élire dans Pontiac tandis que le second a été banni à vie du PLC par le successeur de M. Chrétien et se fait un plaisir de jouer les imprécateurs. L'histoire aime bien faire ce genre de clin d'oeil à l'occasion.
«Vous pouvez protester. Mais les affaires de l'État, c'est important. Le vrai pouvoir n'est pas dans l'opposition», avait poursuivi M. Chrétien dans une allusion au slogan de campagne du Bloc québécois en 1993 : «Le vrai pouvoir».
Douze ans plus tard, M. Harper fait écho à ses propos : «Le Bloc existe depuis 16 ans et il n'a rien pu accomplir. Même s'il existe encore pendant 116 ans, il ne pourra faire avancer aucun dossier.»
***
Bien entendu, il ne serait jamais venu à l'esprit de M. Chrétien de préciser que ce vrai pouvoir ne serait pas «absolu», comme l'a dit le chef conservateur. L'ancien premier ministre n'a jamais éprouvé la moindre gêne à l'exercer pleinement.
À l'époque, Lucien Bouchard ne craignait pas non plus de faire miroiter aux électeurs québécois tous les avantages de la balance du pouvoir, sans parler du statut d'opposition officielle.
Gilles Duceppe n'en demande pas tant. L'insistance qu'il met depuis quelques jours à présenter son parti comme une «valeur sûre» a quelque chose de frileux quand on la compare à l'attitude conquérante de M. Bouchard, qui promettait de pourfendre ces coquins de libéraux qui avaient saboté l'accord du Lac-Meech et manifestaient déjà cette hargne qui allait éventuellement se matérialiser dans la Loi sur la clarté.
Tout le problème du Bloc est que les coquins sont en déroute. Lundi, leurs têtes vont rouler dans la poussière, mais personne n'avait imaginé qu'un prince charmant s'inviterait à l'exécution. La soudaine popularité des conservateurs a pris les stratèges bloquistes totalement au dépourvu. M. Duceppe aura beau répéter que l'élection d'un gouvernement conservateur, possiblement majoritaire, représente un «gros risque» pour le Québec, l'homme se présente avec un bouquet de roses.
De toute manière, donner le «vrai pouvoir» au Bloc n'a pas empêché les libéraux de bafouer ouvertement la démocratie québécoise. Si M. Harper veut l'utiliser pour régler le déséquilibre fiscal et nous ouvrir les portes de l'UNESCO, pourquoi pas ?
À défaut d'un meilleur argument, M. Duceppe l'accuse de ne pas chiffrer le déséquilibre fiscal, mais personne ne s'attend à ce qu'il commence à négocier avec les provinces avant même d'être élu.
***
Qui sait maintenant où va s'arrêter l'effritement du vote bloquiste enregistré par le dernier sondage CROP ? S'il reflète la réalité, ce n'est plus la barre des 50 % qui devient problématique mais celle des 40 %.
Si inquiétantes que soient devenues les élections de lundi pour le Bloc, le vrai danger pour le camp souverainiste se situe dans un horizon plus lointain. Au début de la campagne, M. Duceppe se défendait bien de jouer la première période du prochain match référendaire, comme Paul Martin l'en accusait. Il ne se doutait pas que M. Harper préparait déjà la deuxième, comme en témoigne l'entrevue qu'il a accordée mardi à mon collègue Alec Castonguay, du Devoir.
On a du mal à imaginer les futures «vedettes» québécoises du cabinet Harper brûler les planches des tribunes référendaires. Il y aura peut-être d'heureuses découvertes, mais il ne semble pas y avoir de futurs Lucien Bouchard ou même de futurs Jean Charest dans l'équipe conservatrice de 2006.
M. Harper a très bien compris que la meilleure façon d'éviter de perdre un troisième référendum est de faire en sorte qu'il n'y en ait pas. Et que la seule garantie à cet effet est la réélection du gouvernement Charest.
Le futur premier ministre est la preuve vivante que les perceptions peuvent changer rapidement et que les résurrections sont possibles en politique. Il est vrai que le gouvernement Charest a une grosse pente à remonter, mais les conservateurs reviennent d'encore plus loin au Québec.
Si un gouvernement Harper faisait les gestes de réconciliation que les Québécois ont vainement espérés de Paul Martin et s'il donnait à Jean Charest les moyens de commencer à tenir ses promesses, il réussirait sans doute à faire oublier bien des choses.
On ne doit pas sous-estimer les résistances que M. Harper rencontrera dans le reste du pays, en particulier au sein de l'appareil fédéral, mais le vrai pouvoir permet bien des choses à un homme vraiment décidé.

Fédéralisme d'ouverture et autres refrains électoraux
Sur l'air de Prendre un verre de bière mon minou!
Gérald Larose, Président du Conseil de la souveraineté du Québec
Le Devoir jeudi 19 janvier 2006
La période des Fêtes est finie. La campagne électorale s'achève. Les deux se sont chevauchées, l'une influençant l'autre. À tel point que les trois leaders fédéralistes, chacun à son tour et sur le ton qui lui est propre, ne résistent pas à nous la pousser encore, tout sourire:
«J'te fais des belles façons /
J'te chante des belles chansons /
Donne-moé z'en donc [des votes!]!»
Si on l'entendait pour la première fois, il serait peut-être permis d'être ravi, comme l'a été Monique Gagnon-Tremblay, ministre des Relations internationales du Québec. Mais quand c'est la centième fois, et toujours dans les mêmes circonstances, celles des périodes électorales ou référendaires qu'on l'entend, et qu'à chaque fois, invariablement, on se retrouve le bec à l'eau, il convient davantage d'opposer une fin de non-recevoir à ce concert de sirènes.
D'abord et avant tout parce qu'aucun de ces chefs n'est libre, enchaînés qu'ils sont tous à la Constitution illégitime de 1982. Et qu'aucune proposition visant à la modifier de façon structurante n'a été possible à ce jour.
Mais aussi parce que chacun de ces leaders et leurs organisations portent un passé lourd, très lourd dans le cas de Stephen Harper, s'agissant de la conception et des pratiques à adopter à l'endroit du Québec. Tous trois chantent la pomme au Québec. Et les premiers à en être conscients sont ces trois mêmes. Mais aussi, sourire en coin, le Québec, de plus en plus.
L'exclusion du Québec
Depuis 1982, un nouveau Canada se construit, celui de Pierre Elliott Trudeau. Rompant avec le pacte des peuples fondateurs, les assises du nouveau Canada reposent maintenant sur l'exclusion du Québec : non-reconnaissance du Québec comme nation, érosion des pouvoirs de son Assemblée nationale, abrogation de son droit de veto, etc.
Son déploiement se fait par le truchement d'une prépondérance fédérale systématique en matière fiscale, juridictionnelle (invasion des champs de compétence des États membres) et politique (subordination de tous les autres ordres de gouvernement au gouvernement fédéral, notamment par les décisions de la Cour suprême et l'imposition de normes nationales).
Résultats ? Un unilatéralisme fédéral puissant qui multiplie les rapports clientélistes et des aménagements administratifs bancals et inéquitables avec les États ainsi qu'une poussée continue du mouvement indépendantiste au Québec.
Ça, c'est le fond. D'aucuns voudront l'occulter en s'attaquant à des symptômes visibles et sensibles comme l'alternance et l'éthique. Ces derniers pèsent d'un très grand poids mais ne règlent pas les contradictions fondamentales de ce pays qui a nom Canada.
Harper au lieu de Martin ? Pour un autre gouvernement, mais pas pour un autre Canada. Peut-être pour plus d'éthique pendant un certain temps, mais certainement pas pour moins de nation building.
Harper réussirait là où Mulroney a échoué ? Difficile à imaginer quand on connaît son passé et qu'on scrute son présent : aucun engagement précis et chiffré. Pas même en matière de déficit fiscal. Encore moins en matière constitutionnelle. Que des belles façons et des belles chansons ! Comme toujours et comme les deux autres ! Et tous trois que pour attirer des votes !
Trajectoires opposées
Et pourquoi n'est-il pas plus explicitement et davantage débattu des trajectoires distinctes et opposées du Canada et du Québec dans le cadre de la présente campagne électorale ? Peut-être y a-t-il un mélange de respect pour la société canadienne qui a bien le droit de décider pour elle-même comment elle veut que son État se construise et se déploie ? Et de pudeur des Québécois qui veulent que leur avenir se décide au Québec dans le cadre de leurs propres institutions ?
Chose certaine, en attendant, pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'usurpateur de la représentation québécoise (qui, au nom de celle-ci, s'aviserait, comme par le passé -- mesures de guerre, rapatriement de la Constitution contre la volonté unanime de l'Assemblée nationale du Québec, nuit des longs couteaux, etc. -- de cautionner d'autres coups fourrés de l'État fédéral contre le Québec, sa population et son État), les Québécois s'apprêtent à reconduire à la Chambre des communes du Canada une majorité de députés souverainistes.
Il y a là un message extraordinairement puissant. Encore une fois, très majoritairement, le Québec choisira de défendre et de promouvoir ses intérêts en refusant d'être lié, en le cautionnant, au pouvoir canadien qu'il sait obligé de mettre en oeuvre le Canada de 1982, celui de Pierre Elliott Trudeau, qu'encore récemment un sondage Environics révélait être le véritable choix d'une très forte majorité du Canada anglais. Ce Canada qui a exclu le Québec est contraire aux intérêts du Québec, à son développement et à son rayonnement.
Appelons cela la «rupture tranquille». Appelons cela la «puissance tranquille» et subtile de la démocratie québécoise qui oeuvre de façon ouverte, transparente, légale et constante à l'avènement d'un nouveau pays pour le monde.

Le Québec a besoin du Bloc
Bernard Descôteaux
Le Devoir jeudi 19 janvier 2006
ÉDITORIAL - Le Canada se prépare à changer de gouvernement après 12 ans de régime libéral. S'il faut en croire les maisons de sondage, unanimes à cet égard, la victoire du Parti conservateur lundi soir est inévitable. Le parti de Stephen Harper étant ce qu'il est, il est souhaitable de tempérer ce changement en élisant aussi une opposition forte aux Communes pour servir de contrepoids. Au Québec, seul le Bloc québécois peut jouer ce rôle.
Au moment du déclenchement de ces élections, la volonté de changement des Canadiens n'était pas aussi clairement perceptible qu'elle l'est devenue depuis le début de janvier. Les ferments existaient toutefois pour que les Canadiens dans leur ensemble, y compris les Québécois, conviennent que l'heure de l'alternance a sonné.
Cette volonté de changement n'est pas qu'une question d'humeur. L'état des affaires publiques nous l'impose en raison de ce que les libéraux sont devenus après tout ce temps passé au pouvoir. Les marques de l'usure sont aujourd'hui bien visibles. Elles l'étaient déjà au scrutin du 28 juin 2004, mais les électeurs avaient alors cru en la capacité de Paul Martin de renouveler le Parti libéral. Le sursis accordé aura été vain.
Les qualités de leadership que prétendait avoir Paul Martin ne se sont pas avérées. L'homme est inconstant et incertain. Cela s'est manifesté dans de nombreux dossiers, par exemple celui du bouclier spatial américain, pour n'en citer qu'un. Par ailleurs, il n'est pas parvenu à mettre en place les réformes promises, tout particulièrement cet engagement, au coeur de sa campagne au leadership, de combler ce qu'il avait qualifié de déficit démocratique. Certes, il a imposé à ses députés et à ses ministres réticents la tenue d'une enquête sur le scandale des commandites mais, du coup, il a révélé l'existence de tensions entre lui et son parti, avec lequel il n'a jamais été totalement en phase.
À travers Paul Martin, c'est aussi le Parti libéral que l'on juge. Le programme qu'il nous présente se résume en un mot : «continuité», ou, dit dans l'autre langue officielle, more of the same. On se contente de voguer sur le succès que fut le redressement des finances publiques, réalisé au cours de son premier mandat. Ce succès, qui a certainement contribué à la prospérité économique des dernières années, aura conforté les libéraux dans leur conviction qu'eux savent et font mieux que les autres. L'arrogance qui les a toujours caractérisés n'a dès lors plus eu de limites. En a résulté du gaspillage, comme avec le registre des armes à feu, le contournement constant des règles et règlements, que le scandale des commandites a éloquemment illustré, et des relations tendues avec les provinces. Aujourd'hui, ce parti a besoin de se ressourcer, ce que seul un séjour dans l'opposition pourra lui permettre.
***
***
Pour ce qui est du Parti conservateur, il a réussi ces derniers mois à devenir la solution de rechange crédible au Parti libéral, ce qu'il n'était pas encore au moment du scrutin de juin 2004. L'union des forces de la droite canadienne que Stephen Harper venait de réaliser était trop fraîche pour inspirer confiance aux Canadiens. De son échec à ces élections, il a tiré la conclusion qu'il devait tirer son parti davantage vers le centre, ce qu'il a réussi lors du congrès de mars dernier à Montréal. Le programme électoral élaboré au cours des derniers mois comprend désormais suffisamment d'ingrédients pour répondre aux attentes des uns et des autres, celles des électeurs de l'Ouest comme du Québec, celles des personnes à faible revenu comme des gens de la classe moyenne, celles des partisans de la loi et de l'ordre comme des partisans du libre choix en matière d'avortement. D'où son succès actuel.
Aussi appétissante que soit la salade que nous propose le chef conservateur, il faut être bien conscient de l'enjeu qui se trouve au fond du saladier. Avec un gouvernement Harper, nous entrerons dans une période de changement. Nous ne sommes pas de ceux qui refusent le changement, au contraire, car beaucoup de choses sont à revoir dans la façon dont le Canada est dirigé. L'autoritarisme du gouvernement fédéral doit prendre fin et un meilleur contrôle des dépenses s'impose. Par contre, il faut être conscient que le gouvernement que formera le chef conservateur sera malgré tout davantage à droite qu'au centre. La lecture de l'entièreté du programme du parti et l'examen de ces hommes et de ces femmes qui siégeront au cabinet conduisent à conclure que sur bien des questions, les décisions de ce gouvernement seront colorées d'un point de idéologique. Ne serait-ce que pour éviter d'avoir des regrets au lendemain de ce scrutin, comme certains en ont eu au Québec une fois que le gouvernement de Jean Charest s'est mis à l'oeuvre, il faut bien peser le choix que l'on fera lundi. La simple prudence suggère de ne pas donner à cet éventuel gouvernement un mandat majoritaire.
Conscient des réserves que pourront avoir de nombreux électeurs au dernier moment, Stephen Harper a voulu rassurer les Canadiens plus tôt cette semaine en rappelant qu'il existe des contrepoids comme le Sénat et les tribunaux pour nous préserver de dérives vers la droite. Ne nous y méprenons pas : il n'y a qu'un seul contrepoids qui compte, et ce ne sont pas les sénateurs libéraux mais une opposition vigoureuse à la Chambre des communes.
***
***
Au Québec, la seule formation qui puisse jouer ce rôle de contrepoids demeure le Bloc québécois. Depuis 15 ans qu'il l'exerce, il n'a pas fait que «bloquer». Il a aussi fait avancer de nombreux dossiers pour le bien de tous. Le président de l'UPA, Laurent Pellerin, a bien résumé la chose en disant que ce parti a été et sera utile au cours des prochaines années. Au-delà de ce rôle de contrepoids, la présence du Bloc au Parlement fédéral revêt une signification particulière. Envoyer à Ottawa un fort contingent de députés bloquistes est la seule façon qu'ont les Québécois de marquer leur volonté de reconnaissance de la spécificité du Québec. Ils l'ont fait à quatre reprises par le passé parce que ni Jean Chrétien ni Paul Martin ne voulaient donner suite à ce souhait. Il faut le faire une autre fois car, en dépit des signes d'ouverture qu'il peut manifester, Stephen Harper n'a pas l'intention d'accorder une reconnaissance constitutionnelle au caractère distinct du Québec. Tout au plus se dit-il prêt à faire un bout de chemin de nature administrative dans le cadre actuel de la Constitution. Cela est certes mieux que le refus libéral, mais c'est aussi très loin de ce que le Québec attend. Cela, il faut le redire avec force lundi en confiant au Bloc le soin de veiller à la préservation des intérêts des Québécois à Ottawa.

À tête reposée
UN QUÉBEC BLEU, BLEU, BLEU
Josée Legault
MIR jeudi 19 janvier 2006
Si la tendance se maintient, le Québec qui sortira des élections fédérales sera bleu, bleu, bleu. Le bleu bloquiste pourrait couvrir de 50 à 60 sièges sur 75. Le bleu conservateur aura une palette pouvant aller de 1 à 10 sièges.
Et le rouge libéral ? Même si quelques petites touches résisteront ici et là, on peut s’attendre à ce que la punition soit cruelle dans ce que les libéraux aiment encore appeler « la Belle Province ».
L’ex-animateur de radio André Arthur, un candidat indépendant dont on ne connaît pas la vraie couleur, sauf qu’il est coloré, pourrait aussi être élu.
Or, l’élection de Stephen Harper pourrait avoir des répercussions majeures au Québec et venir brouiller les cartes de la prochaine élection provinciale.
***
***
Un idéologue pragmatique
Sur la question des provinces, dont le Québec, Harper est un idéologue, mais un idéologue pragmatique. L’homme est très fédéraliste, mais il est aussi un provincialiste et un adepte de la réduction des dépenses de l’État fédéral.
Son « fédéralisme d’ouverture » n’est pas celui de Brian Mulroney – même si l’ancien premier ministre le conseille. Harper ne fera pas de théâtre. Il n’invitera pas le Québec à réintégrer la grande famille canadienne « dans l’honneur et l’enthousiasme ». Il n’y aura ni statut particulier ni beau risque.
La leçon des échecs de Meech et de Charlottetown a porté. Traduction : pas question pour Harper d’alimenter le mouvement souverainiste en risquant une autre crise où le Québec serait rejeté par le Canada anglais.
Parce qu’il veut réduire le rôle d’Ottawa, son engagement à régler le déséquilibre fiscal vaut pour TOUTES les provinces, sauf la richissime Alberta. On peut donc s’attendre à ce que Harper désengage le fédéral d’un certain nombre de programmes et transfère ces sommes aux provinces.
En passant, les libéraux centralisateurs sont terrorisés à la seule pensée de ne plus pouvoir rapatrier tous ces milliards d’impôts le jour où ils reprendront le pouvoir…
Pour le Québec, Harper lui promet aussi de pouvoir enfin participer à certaines institutions internationales comme l’UNESCO.
Pour « nettoyer » les mœurs politiques à Ottawa, Harper propose également un projet de loi majeur, presque radical, sur l’imputabilité du gouvernement et de la fonction publique.
Au Québec, ce projet de loi a un objectif encore plus spécifique : redorer l’image d’un fédéralisme gravement terni par le scandale des commandites.
Ce qui nous amène à un des phénomènes les plus fascinants de cette campagne : après douze ans d’inflexibilité libérale, les avances calmes et rationnelles de Harper aux Québécois font figure de véritable demande en mariage !
***
***
Une offensive plus sophistiquée
Armé de son plan de match, il est clair que Harper entend élaborer une offensive beaucoup plus sophistiquée et mieux modulée contre l’option souverainiste que celle montée par les libéraux après le dernier référendum.
Sa cible : les nationalistes mous, ce 15 à 20 % de Québécois qui flirtent de plus en plus avec la souveraineté.
Entre le bâton des libéraux et les carottes promises par Harper, plusieurs Québécois pourraient apprécier ces dernières. La séduction des nationalistes mous sera petite ou grande, ça reste à voir, mais séduction il y aura.
Ceux qui, au Parti québécois, espéraient brandir l’épouvantail d’un « gros méchant gouvernement conservateur de droite » pour renforcer leur option pourraient déchanter si Harper livre le moindrement la marchandise promise.
Après trois années de tension entre Charest et les libéraux fédéraux – une tension qui, selon Harper, ne fait que renforcer les souverainistes –, son autre objectif sera de projeter aux Québécois l’image d’un duo solide avec Jean Charest – celui qu’il aime qualifier de « premier ministre le plus fédéraliste que le Québec a eu depuis des années ».
S’il règle en partie le déséquilibre fiscal, Harper pourrait envoyer une petite manne à Charest, l’aidant ainsi avant la prochaine élection provinciale.
Mais si l’argent est insuffisant ou n’arrive pas à temps, c’est néanmoins dans une atmosphère plus sereine, dans la fin des chicanes entre Québec et Ottawa, que Charest cherchera à trouver son compte.
***
***
Le retour des autonomistes
Le « fédéralisme d’ouverture » de Harper, s’il le joue bien, pourrait faire ressurgir ici un genre de coalition élargie nationaliste-autonomiste.
On sait que, dès qu’une approche plus autonomiste se pointe, elle tend à gruger les appuis à la souveraineté en séduisant ces fameux nationalistes mous.
Et ce ne sont pas les autonomistes connus qui manquent au Québec ! Cachés dans un placard depuis l’arrivée des libéraux à Ottawa en 1993, ils pourraient décider d’en sortir avec un interlocuteur fédéral mieux disposé.
Évidemment, il y a Jean Charest lui-même. Mais il y a aussi Mario Dumont. On sait que l’Action démocratique plafonne, les dettes s’accumulent et sa base de membres est rachitique – moins de 1 000 !
Lorsque Dumont s’est rangé derrière les conservateurs, Jean Allaire et Marie Grégoire de l’ADQ s’en sont dissocié. Mais qui sait si l’ADQ existera même encore à la prochaine élection ?
Des commentateurs disent que Dumont pourrait se joindre à Harper. Il est toutefois aussi possible qu’il soit tenté, si son parti ne remonte pas, de retourner au PLQ, d’où il est sorti justement après que ce parti ait tourné le dos à ses positions autonomistes traditionnelles.
S’il le faisait, Charest ferait une prise de taille.
Et que dire de Pierre-Marc Johnson ? L’ancien premier ministre péquiste appuyait récemment le candidat libéral dans Outremont, s’opposant aussi – quelle coïncidence ! – à un troisième référendum.
Et que dire de Lucien Bouchard ? Depuis deux ans, l’ancien premier ministre péquiste, ancien chef bloquiste, ancien ministre conservateur et ancien ambassadeur du Canada (ouf !) multiplie les textes et interventions publiques aux côtés de fédéralistes influents.
Plaidant son « devoir de réserve », monsieur Bouchard, qui fut le père spirituel de l’Accord du Lac Meech, refuse systématiquement d’être associé de près ou de loin au PQ ou à son option.
Pourtant, il a mis de côté ce même « devoir de réserve » pour défendre certaines des positions les plus controversées de Charest : il a appuyé le CHUM à Outremont; son « manifeste des lucides » reprenait les priorités du PLQ; il a défendu la nomination récente du nouveau délégué général du Québec à Paris, critiquée vertement par le PQ.
Le troisième tome du journaliste Pierre Duchesne sur Jacques Parizeau rapportait d’ailleurs que, même après l’échec de Meech, Bouchard a approché des personnalités connues, dont Claude Béland, pour créer au Québec un troisième parti nationaliste-autonomiste, et non pas souverainiste.
C’est la force des appuis au OUI qui l’a découragé de le faire. Mais c’est bien un parti autonomiste qu’il aurait préféré créer dans le but explicite de concurrencer le PQ « pur et dur » de Parizeau, qui profitait déjà de l’échec de Meech.
Toujours charismatique et populaire, son retour officiel au bercail autonomiste serait un beau coup de filet pour Charest – son ancien collègue au conseil des ministres de Brian Mulroney.
Depuis l’échec de Meech, la vision nationaliste-autonomiste est dormante au Québec. Mais une main tendue par Ottawa pourrait la réveiller. Cette vision, sachons-le, représenterait une menace pour le PQ parce que c’est dans son jardin qu’elle puiserait ses appuis.
***
***
Des messagers plus civilisés
Dans son offensive plus sophistiquée, Harper compte aussi sur l’élection ici de candidats plus civilisés, plus respectueux, plus « montrables » aux Québécois que les Jean Lapierre, Pierre Pettigrew et Stéphane Dion.
Si Josée Verner, Lawrence Cannon et Maxime Bernier sont élus, ils seront ministres. La rumeur veut même que Cannon soit nommé vice-premier ministre. Tout autre conservateur élu ici sera du glaçage sur le gâteau de Harper.
Mais élu ou non, Lawrence Cannon sera appelé à jouer un rôle de premier plan. Verner, Cannon et Bernier sont des autonomistes de la plus pure tradition. Il se dégage aussi d’eux une certaine humilité que les Québécois n’ont pas vue chez leurs ministres libéraux depuis des lunes, et qu’ils pourraient trouver plutôt rafraîchissante...
***
***
Le « gros risque »
Si une coalition nationaliste-autonomiste plus large émerge avant la prochaine élection québécoise, le PQ aura beaucoup à faire pour contrer la séduction conservatrice visant les mêmes nationalistes mous déçus qui alimentent en partie sa remontée depuis deux ans.
Le chef du Bloc, Gilles Duceppe, disait cette semaine qu’un gouvernement conservateur, loin d’être un « beau risque » pour les Québécois, représentait plutôt un « gros risque » qu’il vaut mieux ne pas courir.
Mais si gros risque il y a, la vision décentralisatrice de Harper le serait plutôt pour les souverainistes eux-mêmes en venant les concurrencer sur le terrain de la question nationale.
Face à l’élection de Harper, un chambardement potentiellement majeur de la dynamique politique, les péquistes tout particulièrement seront à même de juger s’ils ont choisi un chef capable de faire face à une musique fédérale, et fédéraliste, nettement plus complexe et raffinée que celle, beaucoup plus grossière, jouée par les Chrétien et Martin depuis le dernier référendum.

Les fédéralistes doivent boycotter le Bloc québécois
Denis Piché, Terrebonne
Le Devoir jeudi 19 janvier 2006
Lors des dernières élections fédérales, en 2004, Gilles Duceppe a invité la population québécoise à punir les libéraux. Il s'agissait d'une stratégie axée sur le vote de protestation des électeurs en réaction au scandale des commandites. Le vote des électeurs était canalisé de façon négative; ce n'était pas le temps de consacrer le temps précieux du chef du Bloc québécois sur son vrai projet, la sécession.
Janvier 2006, même scénario. Mais ce vote de contestation sur lequel reposent tous ses espoirs, Gilles Duceppe affirme qu'il s'agit d'un vote pour la souveraineté. Pourtant, la réalité est tout autre. La consultation du dernier rapport financier du Bloc québécois permet de relever que les coffres du parti sont bien garnis. N'ayant à couvrir que le Québec pour faire campagne, le Bloc est le parti politique fédéral le plus riche par électeur.
Depuis la dernière réforme de la loi électorale, le parti de Gilles Duceppe a fait le plein de fonds. Chaque vote qu'il a recueilli équivaut à 1,75 $ par électeur par année, ce qui représente une somme annuelle de 2,7 millions de dollars (rapport financier du Bloc québécois pour l'année 2004). La signification du vote de l'électeur est donc double. Non seulement il exprime son opinion publique de façon démocratique, mais il finance les activités politiques partisanes des partis. Le Canada est fort possiblement le pays qui investit le plus d'argent dans son propre anéantissement.
Les électeurs fédéralistes qui votent pour le Bloc se retrouvent donc à appuyer... la sécession ! Les fonds du Bloc québécois sont utilisés afin d'organiser des activités souverainistes partout au Québec : leur dernier congrès «Imaginer le Québec souverain», la grande messe souverainiste du 30 octobre 2005 dernier au CEPSUM, et j'en passe.
Il faut empêcher le Bloc québécois de disposer d'une caisse référendaire garnie ainsi que de plusieurs bureaux de circonscription fédéraux afin de disposer de ressources financières fédérales et de personnel politique payé pour utilisation à leur unique fin partisane.
Gilles Duceppe a menti quand il a clamé vouloir faire disparaître les libéraux. Gilles Duceppe veut faire disparaître le Canada.
Les fédéralistes doivent se rallier
Les Québécois fédéralistes de tous les horizons ne peuvent pas se reconnaître dans ce parti politique qu'est le Bloc, dont le but premier est d'effectuer la sécession du Québec. Un scandale politique, aussi grave soit-il, ne doit aucunement faire en sorte de remettre en question une union fédérale, un pays, un État.
En votant pour le Bloc, les électeurs fédéralistes ne font qu'encourager la mise en marche de la machine référendaire qui ne réussira, après tout, qu'à mieux nous diviser à nouveau. Est-ce cela que les électeurs désirent ? Veulent-ils vraiment élire une série de députés bloquistes qui travailleront fort à discréditer le Canada et ses institutions ?
Toutefois, les leaders fédéralistes ne doivent pas manquer à leur obligation de défendre leur option de façon positive et renouvelée. L'époque des épouvantails est révolue. Il est temps de faire la démonstration que le Canada est un pays qu'il faut réaliser, et il leur sera loisible d'expliquer le rôle du Québec dans un Canada uni. Ils doivent dénoncer les déclarations mensongères des leaders souverainistes sur les lendemains de leur unique option.
Le fédéralisme n'est pas un fardeau pour le Québec mais un atout. Chaque année, le Québec obtient 43,1 milliards du gouvernement fédéral en retour des 39,8 milliards qu'il y investit («A survey of Canada - A dream that does not fade», The Economist, numéro du 3 au 9 décembre 2005). Il faut dépasser les slogans creux prônant la simplification et la pensée unique et présenter la réalité à la population.
Un scrutin est une occasion rêvée pour les leaders fédéralistes de faire valoir leurs idées et de les mettre en avant. La rigidité et la fermeté ne sont que des tactiques d'affrontement; l'ouverture et la conciliation des politiques fédérales sont les véritables valeurs qu'ils devront présenter afin de réaliser le Canada du XXIe siècle. [...]


Poing à la ligne
Quand André Pratte tente de me bâillonner
Normand Lester
MIR jeudi 19 janvier 2006
La Presse m’a censuré ! Son éditorialiste en chef André Pratte a refusé de publier ma réplique à son éditorial et à la chronique de Lysiane Gagnon qui me mettait en cause en marge de la publication du livre Les secrets d’Option Canada. Voici d’abord le texte qui a été jugé inacceptable par le journal de Power Corporation :
André Pratte, dans un éditorial de La Presse du 11 janvier me qualifie d'« essayiste ». Curieux qu'il ne se soit pas rendu compte que le livre Les secrets d'Option Canada est un travail de journalisme d'investigation. Je n'ai jamais fait dans l'essai littéraire. Je suis un journaliste d'enquête. Pour s'en convaincre votre éditorialiste n'a qu'à consulter les archives de La Presse qui a fait largement écho à mes exclusivités tout au long de ma carrière.
Alors que son éditorialiste en chef minimisait les révélations contenues dans Les secrets d'Option Canada, laissant entendre qu'il s'agissait de vieilles histoires, votre journal accordait une large couverture au livre. Cinq pages dans le plus grand quotidien français d'Amérique. Et une couverture semblable dans les autres quotidiens du Québec. André Pratte se serait-il trompé dans l'appréciation de l'information ? Affirmer comme il le fait que la publicité n'a pas donné au camp du NON un avantage important durant la campagne référendaire de 1995 dénote un manque flagrant de perspicacité. Je l'invite à relire à ce sujet l'arrêt Libman de la Cour suprême du Canada qui reconnaît l'importance d'équilibrer les dépenses publicitaires lors de consultations populaires.
André Pratte me présente comme un souverainiste dur et la chroniqueuse Lysiane Gagnon va plus loin le lendemain en me qualifiant d' « indépendantiste militant de la tendance nationaleuse »
Les deux mentent carrément. Je ne milite dans rien et je ne suis membre d'aucun parti. Je ne prends jamais la parole devant des assemblées partisanes ou militantes et, contrairement à eux, je ne prends jamais position lors de campagnes électorales. Je n'ai jamais non plus proposé ou endossé de solutions constitutionnelles à l'affrontement séculaire entre Québécois et Canadiens. Je mets André Pratte et Lysiane Gagnon au défi de trouver de moi une citation, une prise de position partisane ou un encouragement à voter pour un parti ou une option constitutionnelle.
Je m'attends donc que M. Pratte et Mme Gagnon citent mes déclarations partisanes, et fassent la preuve de mes engagements en faveur de groupes militants ou qu'ils s'excusent.
Je me permets de citer la conclusion de mon Livre noir du Canada anglais :
« Le projet québécois, qui vaut bien l'autre, a l'avantage de s'appuyer sur une identité nationale plus marquée que celle de la majorité anglophone en voie de dissolution rapide dans l'américanité malgré les attentions et les soins palliatifs que lui prodigue la ministre du Patrimoine.
L'histoire dira si ceux qui ont repris le flambeau de Papineau et des Patriotes et de leur projet national parviendront à le réaliser. »
Si c'est cela être un « militant nationaleux » ! En me qualifiant de « nationaleux » Mme Gagnon dit n'importe quoi comme elle l'a fait lorsqu'elle a mis en doute le diplôme de Harvard d'André Boisclair.
Je crois que les Québécois forment un peuple qui a droit à l'autodétermination et qu'il est normal qu'il affirme son identité nationale. Et, je dois l'avouer, j'aime mieux Lévesque que Trudeau. J'ai plus d'admiration pour Parizeau que pour Chrétien et j'ai plus de respect pour Camille Laurin que pour André Ouellette.
Dans un paragraphe digne de la Gazette ou du National Post, la chroniqueuse Gagnon me reproche, à la Bill Johnson ou à la Diane Francis, d'avoir porté plainte pour m'être fait lancer au visage « Speak to me in english. This is an English hospital » par une infirmière unilingue anglaise du « Jewish General Hospital ». Pour Lysiane Gagnon j'aurais du courber l'échine en silence. Cela ne me surprend pas d'elle. Nombreux sont les Canadiens français de sa génération qui acceptaient, sans rien dire, de pareilles humiliations. Ce n'est pas dans ma nature.
Qu'elle ne lâche pas. Le siège de Renaude Lapointe et de Solange Chaput-Rolland au Sénat l'attend. La récompense sera bien méritée.
Après avoir lu mon texte, André Pratte m’a transmis le courriel suivant :
Nous avons bien reçu votre réplique. Il nous fera plaisir de la publier, mais pas dans son état actuel.
Je ne permets pas les insultes ou les procès d'intention dans nos pages, de notre part ou de celle de ceux dont nous publions les textes. Or, vous nous accusez de « mentir » ; cela me semble un peu fort. Que nous soyons en désaccord avec vous ne fait pas de nous des « menteurs ». Vous avez le droit de ne pas vous considérer comme un essayiste ou comme un militant souverainiste nous avons le droit de penser le contraire.
Par ailleurs, votre dernière phrase sur le Sénat est de trop. Je suis convaincu qu'il vous est possible d'exprimer votre désaccord avec vigueur sans insulter les gens.
André
Je lui ai immédiatement répondu :
Le problème n’est pas que Lysiane et vous pensiez que je suis un militant indépendantiste pur et dur de la tendance nationaleuse. Vous avez le droit de pensez ce que vous voulez. Le problème vient du fait que vos affirmations ne correspondent pas à la réalité. Utiliser, par exemple, le mot militant pour me désigner. En français le mot militant à un sens bien précis, selon le Larousse : « Adhérent d'une organisation politique, syndicale, sociale, qui participe activement à la vie de cette organisation ».
Vous dites, André, que ma dernière phrase sur le Sénat est de trop ajoutant qu’il est possible d’exprimer mon désaccord avec vigueur sans insulter les gens. Vous devriez diriger vos remarques à votre chroniqueuse. Ses propos me traitant de nationaleux relève non seulement de l'invective mais aussi de la calomnie. Et, dois-je comprendre que Lysiane considère que je l’outrage en disant qu’elle mérite le siège au Sénat de Renaude Lapointe, une éditorialiste émérite de La Presse ? Y a-t-il quelque chose d’infamant dans le fait de souhaiter à une chroniqueuse fédéraliste qu’elle accède aux honneurs de la chambre haute ?
J’ai proposé au représentant éditorial de Power Corporation de remplacer « Les deux mentent carrément » par l’équivalent : « Ces affirmations sont contraires à la vérité. » Ce n’était pas assez. J’avais comme l’intuition que l’éditorialiste en chef de La Presse ne voulait pas publier un texte dans lequel je le mettais au défi avec la chroniqueuse Gagnon de soutenir ce qu’ils avancent. Nouveau courriel de Pratte :
Normand,
Nous publions demain des répliques à nos textes sur Option Canada mais la vôtre n'en sera pas, puisque vous refusez d'enlever cette référence au Sénat comme « récompense ». Cette remarque remet en cause l'intégrité de Lysiane, et il n'est pas question que je la publie. Si votre texte était élagué de ce passage, nous le publierions bien sûr avec plaisir.
André
Pour ne pas faire de la peine à Lysiane Gagnon, j’ai accepté de biffer « La récompense sera bien méritée. » Je me doutais que cela ne serait pas suffisant et que La Presse ne voulait pas publier ma réplique. Le courriel suivant de Pratte confirmera mes doutes :
Ça ne change rien. L'allusion reste claire.
Je te rappelle ce passage des Droits et responsabilité de la presse, du Conseil de presse :
« Les journaux peuvent apporter des modifications aux lettres qu'ils publient (titres, rédaction, corrections) pourvu qu'ils n'en changent pas le sens et qu'ils ne trahissent pas la pensée des auteurs. Ils peuvent refuser de publier certaines lettres, à condition que leur refus ne soit pas motivé par un parti pris, une inimitié ou encore par le désir de taire une information d'intérêt public qui serait contraire au point de vue éditorial ou nuirait à certains intérêts particuliers. »
André
Lysiane Gagnon ne veut vraiment pas être comparée à Renaude Lapointe qui a effectivement gagné son Sénat en écrivant pendant des décennies des textes insignifiants et oubliés pour défendre le fédéralisme canadien. Il est aussi amusant de noter comment Pratte se cache dernière une citation du Conseil de presse pour me censurer. Ça me donne une idée : Devrais-je moi-même porter plainte au Conseil de presse contre deux membres de la profession qui caractérisent les gens en fonction de leurs préjugés au mépris des faits.

Mario Dumont et l'alternance politique
Philippe Münch
Le Devoir jeudi 19 janvier 2006
Lettres Québec, le 17 janvier 2006: La présente campagne électorale n’en est pas à une surprise près, comme le montre la dernière sortie de Mario Dumont en faveur du Parti conservateur. Cette prise de position en a étonné plus d’un, à commencer par le fondateur même de l’Action démocratique du Québec, Jean Allaire, qui n’a pas apprécié l’alignement du parti sur les vues conservatrices de Stephen Harper.
Si plusieurs observateurs ont cherché les motivations cachées derrière cette manoeuvre politique, certains arguments avancés contre le «boulet politique» bloquiste n'ont pas fait l'objet d'une véritable critique.
C'est notamment le cas de la thèse selon laquelle le parti souverainiste nuirait au processus d'alternance politique, vital à la démocratie. Non seulement l'impuissance politique du Bloc québécois isolerait et marginaliserait le Québec sur la scène fédérale, mais sa présence garantirait même, selon Mario Dumont, le pouvoir au Parti libéral. Cette thèse d'une «alliance objective», contraire aux «intérêts supérieurs» du Québec, ne tient tout simplement pas la route.
Pour montrer les apories de cette assertion, on n'a qu'à citer l'exemple des dernières élections fédérales de 2004. Sans la présence du Bloc québécois, le parti de Stephen Harper aurait-il pu accéder au pouvoir ? Aurait-il pu remporter au moins une trentaine de circonscriptions au Québec, lui permettant de former un gouvernement minoritaire ?
La réponse est clairement non. Ses politiques résolument à droite n'avaient aucun écho, en 2004, dans la population québécoise, si bien que les sièges auraient été redistribués essentiellement entre le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique. L'absence du Bloc québécois aurait donc non seulement favorisé les troupes de Paul Martin mais lui aurait possiblement assuré un gouvernement majoritaire.
Si l'alternance a été impossible pendant une dizaine d'années, il ne faut pas en rejeter la faute sur les ambitions strictement régionalistes du Bloc québécois mais sur l'incapacité du Parti conservateur à incarner une solution alternative crédible au Parti libéral à l'échelle du pays.
Le scrutin du 23 janvier montrera probablement que cette donne est en train de changer et que la modération de leur positionnement politique leur permet d'obtenir plus de voix au Canada, et ce, malgré le poids politique des souverainistes au Québec.

Former astronaut facing tough fight in Quebec riding
Peter Rakobowchuk
The Canadian Press Wednesday, January 18, 2006
VAUDREUIL-DORION, Que. -- Marc Garneau may have had stars in his eyes for the last 22 years, but his feet have been planted firmly on terra firma in recent weeks.
The first Canadian astronaut in space, Garneau has been Earth-bound in the Montreal-area riding of Vaudreuil-Soulanges as a ``star'' Liberal candidate for Monday's federal election.
He's boldly going up against Bloc Quebecois MP Meili Faille, who won the longtime Liberal rural riding in the June 2004 election by 3,000 votes.
Garneau, who resigned as head of the Canadian Space Agency to launch his new career, told The Canadian Press he's always been interested in politics and that space was never his final frontier.
"I was actually first approached (by the Liberals) back in 1988 to run, but I was not in a position to say `Yes,' but it sort of planted a seed in my brain,'' he said in an interview.
The rookie politician said he's bothered that young people aren't interested in politics and that the stock in politicians has fallen.
"I believe that we should think of politics as a profession that is respected.''
Garneau, 56, shocked some Quebecers in the early stage of his new mission by comparing life in Quebec after sovereignty to the American decision to invade Iraq.
"What I said . . . was that people need to think very seriously about the consequences of being in favour of sovereignty,'' Garneau said.
"They (the Americans) planned everything up until the successful entry into Baghdad, but they quite clearly did not think of what would happen after that.''
Prime Minister Paul Martin said at the time the example Garneau used was not the most appropriate one. But Garneau said he's making it his mission to raise issues the two separatist parties are not dealing with.
"How are they going to promise Quebecers that this is going to be the land of milk and honey should a referendum be won?'' he asked.
Garneau also said during the campaign he would leave Quebec if the province ever separated. The statement also created some controversy.
"What came out of my mouth was my honest answer. . . (but) I will fight to my last breath to keep Quebec within Confederation.''
The Quebec City-born Garneau was also ridiculed for saying separatist leaders should take a closer look at Earth from space.
"Most people who have been in space have, at one time or another, said that we should bring our leaders up there because if we did and they saw our planet, we'd all get along better on Earth,'' he said.
Garneau acknowledged there has been a ``very high recognition factor'' as he campaigns in a sprawling riding that begins just west of Montreal and runs up to the Ontario border.
"In some cases people want to talk about politics and in some cases, they want to talk about space,'' he said.
Faille, the Bloc incumbent, said people were fascinated with Garneau, the astronaut, at the beginning of the campaign.
"But now we're talking politics . . people are in a political mode and are deciding who will represent them, based on the platforms and values that are being presented,'' she said.
Faille, who worked in Ottawa for the federal government seven years, admits it's a tight race in the riding.
"Everything could be decided in the last days and I'm working hard.''
Faille says people in the riding have been talking about all of Garneau's statements, including one from 1986 when he said government grants to handicapped people weren't profitable.
Garneau told the Quebec Paraplegic Association early in the campaign that his remarks were misunderstood and that he simply wanted to stress that science funding should be a priority.
Nicole D'Amour, a retired teacher who lives in the riding, says Garneau is in a sorry situation.
"I find him to be a good person and the impression I have is that he's honest. . . I have confidence in him, but it's the party I have no confidence in.''
She also said she would have preferred to have someone from the region running for the Liberals. Faille lives in the riding.
Even though he lives in downtown Montreal, Garneau insists he's not just a visitor to the outer limits.
"I know the issues for my riding. I'm not just a star candidate who's here to ride on his reputation.''
Guillaume Benoit, an 18-year-old first-time voter, said he's not impressed to see a former astronaut running in his riding.
"Because Marc Garneau is an astronaut and an intelligent person, that's not enough for me,'' Benoit said. "Personally, I will not vote for an MP, but for the platform the party has.''
Raynald Hamel, a retired salvage diver, said he usually votes for the candidate and not the party.
"But the Liberals have made gaffes and I think it's time they pay for it. It's unfortunate Garneau isn't running for another party.''

Seismic shift in Quebec politics
CHANTAL HÉBERT
The Toronto Star Jan. 19, 2006
Montreal—Whoever said election campaigns don't matter?
Regardless of its ultimate outcome, this one has profoundly altered the federal landscape. In fundamental ways, it will not be the same after Monday.
For the first time in over a decade, it is once again politically correct to support the Conservatives in Central Canada. After a 13-year absence, the party has returned to the mainstream and, from all indications, it is there to stay.
But it goes beyond that. Quebec has been the scene of a dramatic shift, a sea change whose implications are still difficult to measure except to know that they are significant.
Consider the following:
This was never going to be a good year to run as a federal Liberal in Quebec. But if Quebecers had only wanted to punish Paul Martin for the failings of his party and his government, they would have stuck with the Bloc Québécois.
Gilles Duceppe remains Quebec's most respected leader. He has run a campaign whose only fault to date has been its predictability. For his pains, he has recorded a double-digit loss in support since the election call. According to a CROP poll published this week, the Bloc could come out of the election with less than 40 per cent of the popular vote on Monday. In the Quebec City area, it has actually fallen behind the Conservatives.
Harper's surge in Quebec caught the Bloc completely off guard. It seems its counteroffensive was too late in coming to nip it in the bud.
That a leader from Alberta — whose policies remain controversial in Quebec — is the beneficiary of this turn-around makes it even more remarkable.
Earlier this week, Montreal's federalist daily La Presse, gave its unqualified editorial support to the Conservative party. La Presse has supported the Tories in the past, notably in the Mulroney era. But he was a Quebecer.
Since Pierre Trudeau, La Presse had always endorsed Quebec federalist leaders over non-Quebec ones.
Here is another measure of the magnitude of the Conservatives' psychological breakthrough in Quebec: At this point, Harper's Tories are more popular than Mario Dumont's Action démocratique party. In francophone Quebec, they outrank Jean Charest's provincial Liberals. Suddenly, it pays for a Quebec leader to be associated with Harper.
Regardless of Monday's seat count in Quebec, this will have lasting consequences. For better or for worse, the Conservative party has for now become the federalist option of choice in Quebec. For the foreseeable future, it — rather than the Liberals — stands to attract the better candidates.
If Harper becomes prime minister, one of his biggest challenges will be to live up to the expectations he has created in Quebec.
The good news is that, on the scale of the grand constitutional reconciliation promised by Brian Mulroney two decades ago, his promises are modest. Indeed, the evidence so far has been that it is the openness to dialogue rather than the non-existent fine print of the Conservative commitments that has enticed Quebecers to turn to the Tories in significant numbers.
That also means, by the way, that the premise that Harper would automatically have to step down if he lost this election is no longer valid.
In the unlikely scenario of a narrow Conservative defeat Monday, the party would still emerge from the vote with more of the attributes of a national party than the Liberals and a more popular leader in all regions of the country, including Quebec.
For now, though, the Quebec developments are primarily a lesson for two opposing forces that too often thrive on each other's tunnel visions.
The sovereignty movement is the biggest immediate loser of Quebec's flirt with Harper. In the short term at least, the momentum toward another referendum has been reversed. For those who harbour the dream of a winning referendum at the first opportunity, this is a wake-up call that will be difficult to ignore.
But the pundits of the Canadian chattering class who have been using their pulpits to preach the virtues of a general federal disengagement from the Quebec front should also take note.
Their mutual-indifference thesis was based on the glib theory that Quebecers had no interest in participating in Canadian affairs. That assertion was already grossly simplistic at the time the election was called. As the campaign comes to an end, it has also been proven to be dangerously ill informed.

The choice for Canada (I)
Editorial
The Gazette Thursday, January 19, 2006
The most important issue in Canadian public affairs, and therefore in Monday's federal election, is the future of Quebec. Many Canadians outside this province ignore that simple truth. Some deny it. Others resent it. But we who live here understand that our future, and Canada's, pivots on the unresolved matter of Quebec's status.
La question nationale is the lens through which Quebecers assess every issue and every leader. And through that lens, it is obvious that Canada needs a change of governing party.
For the first century of Confederation, the idea of Quebec separation scarcely existed. Independence will never again be unthinkable, but we trust it will lose its allure over time. Already, many see it as a faded fad, as quaint as bell-bottoms or eight-track tapes. Quebec's recent politics include many who have renounced the notion: Jean Lapierre, Raymond Bachand, Richard Le Hir and apparently Mario Dumont.
So why, federalists ask themselves, does this exploded idea still poll so potently? The answer begins with federalist failures, in Quebec City and Ottawa.
Here it's helpful to remember Kenneth Clarke's dictum: The British Tory frontbencher likes to say that in a referendum, you ask people about, say, bimetallism, and they respond "Throw the rascals out." That's the way it is with Quebecers' notorious ambivalence: Voting Yes, or voting for the Bloc Quebecois, is a form of protest when federalism disappoints. The problem is that, when there's a lot to protest, there's always a danger that Quebecers could be lured onto the banana peel of a majority Yes vote.
Which brings us to the Liberal Party of Canada. The future of Quebec-in-Canada remains shaky today in large part because, for 12 long years, the federal Liberals have been doing well by doing good, milking national unity for their own political profit and even, as the Gomery inquiry confirmed, for financial gain. From Option Canada in 1995 through the sponsorship scandal of recent years, the Liberals have chosen to play fast and loose with the rules. This is the Quebec element of the "culture of entitlement" seen among Liberals from coast to coast.
Across Canada, federal Liberals have painted themselves as the "natural governing party" and the only bulwark against separatism. Inexorably they elevated themselves above the rules, because they are (in David Dingwall's memorable phrase) "entitled to my entitlements." With no healthy federalist alternative to challenge them, the Liberals have been a species facing no natural foes: They spread unhealthily across the landscape. Little transgressions grew bigger, abuses went unchecked. There's a nasty whiff of "l'etat, c'est nous" around the Liberals, manifested most recently in Prime Minister Paul Martin's willingness to start tinkering with the notwithstanding clause of the constitution just to make - rather obscurely - a partisan point.
The worst of these excesses was the sponsorship scandal, a made-to-be-abused $250-million boondoggle that insulted Quebecers in three ways. First came the presumption that the people of Quebec were stupid enough to be swayed, on something so fundamental as independence, by federal hand-outs to county fairs, music festivals and sports events. Second came the outright fraud in which $100 million got away, much of it slipped to the Liberals' friends, with cash finding its way back to the party. Third came the embarrassment of knowing that many outside Quebec see this massive scam as just business as usual in Quebec. In fact, our provincial politics are remarkably scandal-free, but do they know that elsewhere? The Liberals dragged our collective reputation in the mud from coast to coast.
No wonder Liberal support here has collapsed. The federal Liberal brand is now hopelessly stained. One more Liberal government in Ottawa, minority or majority, would certainly be welcomed in some quarters as one "winning condition" for a Yes vote in a new referendum.
This is a tragedy. These 12 Liberal years, under Jean Chretien and now Martin, have in many respects been good years for Canada. Booming resource industries have made our economy healthy, while we enjoy a level of social peace most of the world envies. Manufacturing is holding up. Unemployment is at record low levels. As finance minister, Martin made it his business, and the country's, to end crippling annual government deficits. His farsighted resolve in drying up the red ink has given Martin an enduring claim to Canadians' gratitude.
Since he became prime minister 25 months ago, however, Martin's government has looked stale and unfocused. His knack for discovering countless "urgent" and "fundamental" issues, each one his "top priority," has led to a startling jump in total spending but no corresponding sense that the country is accomplishing anything.
On policy matters, Martin and his ministers have had successes and failures, which need not be rehashed here. What's vital for voting day is the fact that on the essential Quebec question, the Liberals have fouled their own nest, discrediting themselves and soiling the federal system they were supposed to be championing. The great majority of Quebecers now have only a cold contempt for the Liberals. To re-elect this government under these conditions would be asking for trouble in a referendum.
The Liberal Party has failed, seriously and ignobly, on the principal issue of the day. For this reason, if no other, it is time for the Liberals to go.
Tomorrow: If not the Liberals ....
Saturday: The art of voting, Montreal style.

SHAME ON PSAC
Editorial
Ottawa Citizen 19 January 2006
In supporting four Bloc Québécois candidates running for Parliament in the region, the Public Service Alliance of Canada has damaged its own reputation and those of its 15,000 West Quebec members.
PSAC's rationale for backing the Bloc in Pontiac, Hull-Aylmer, Gatineau and Argenteuil-Papineau-Mirabel is that "in the Outaouais, Bloc candidates are better prepared and more willing to cooperate with PSAC in furthering our causes".
Well, except one: making sure the federal government is strong and effective.
That the endorsements will cast unfair doubt on PSAC members' loyalty is a secondary point. The separatists in the Bloc Québécois want the federal government to work poorly and thereby advance the case that federalism doesn't work. They want to take Quebec out of Canada; if they succeed, the idea that 15,000 PSAC workers will still have jobs in the Outaouais is ludicrous. The Canadian public service would shrink, while an independent Quebec's government workforce would expand in Quebec City and Montreal.
The Bloc's candidates can talk a good game, of course. There's a close association between Quebec nationalists and the labour movement - Bloc leader Gilles Duceppe is a former Marxist-Leninist and union organizaer, for instance, and the president of the Conseil de la Souveraineté du Québec, Gérald Larose, used to head the Conseil des Syndicats Nationaux, Quebec's biggest labour group. (The two groups' offices are at 1600 and 1601 de Lorimier St. in Montreal, respectively.) Unionists and many nationalists share an affinity for big-government solutions and workers' rights. They speak the same figurative language.
But a strong Bloc Québécois is terrible news for federal public servants in particular, and PSAC leaders are betraying their members by pretending otherwise.
