«L'indépendance du Québec, si elle se fait, sera durable»

CHAT
LIBERATION.FR : vendredi 28 octobre 2005

Dix ans après l'échec du référendum sur la souveraineté du Québec, Jean-François Lisée, ancien conseiller du Premier ministre Jacques Parizeau et actuellement directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales de l'université de Montréal, a répondu aux questions des internautes, le vendredi 28 octobre.

Antoine Robidas: Pensez vous que l'indépendance du Québec puisse être durable? Le cas échéant, le Québec se rapprochera-t-il de l'Union européenne ou bâtira-t-il, en termes géopolitiques, sur les liens existants avec les Etats-Unis et le reste du Canada?

Jean-François Lisée: Il n'y a pas d'exemple moderne de nation ayant accédé au statut d'Etat souverain décidant ensuite de réintégrer son pays d'origine. Oui, l'indépendance du Québec, si elle se fait, sera durable. Le Québec est déjà l'endroit en Amérique du nord où l'influence européenne est la plus visible. En matière de politique publique, d'attitude, et bien sûr de consommation culturelle, les Québécois sont les nord- américains les plus européens. Cette caractéristique ne pourrait que s'amplifier en cas d'indépendance.

noryan: N'est ce pas trop tard pour l'indépendance du Québec Le peuple québécois a déjà eu deux référendums.
On pourrait penser au contraire qu'en 1980 ou 1995, la question fut posée trop tôt, et qu'il fallait attendre notamment la montée en puissance économique du Québec, à laquelle on assiste depuis 25 ans, pour donner aux Québécois suffisamment de confiance en eux, pour oser le geste indépendantiste.

Sebwy.com: Si le Québec devient indépendant, ne craignez-vous pas qu'il perde un de ses attraits : le bilinguisme non officiel mais quasiment généralisé ?
Les Québécois ont envers l'anglais l'attitude du nageur, l'anglais étant l'eau. Les Québécois veulent savoir nager, ils insistent pour que leurs enfants apprennent à nager parfaitement mais ils détestent être poussés dans la piscine. Ce qui fait qu'aujourd'hui le Québec affiche le plus haut taux de bilinguisme en Amérique de Nord, et de loin. Un taux supérieur d'ailleurs à la moyenne européenne. Un Québec indépendant aura bien sûr le français comme langue officielle et commune, cependant les Québécois ne cesseront pas de commercer avec leurs voisins anglophones et d'assumer l'interface linguistique. Ils ne cesseront pas non plus de vouloir consommer la culture anglo-américaine en version originale.

nano: Les résultats d'un référendum ont un fort impact. Est-il légitime de jouer ce jeu-là tous les 10-20 ans? Une majorité simple ne vous semble-t- elle pas insuffisante du fait de la gravité des enjeux ? Enfin le danger des référendums n'est il pas de fracturer une société entre vainqueurs et vaincus?
Les enjeux sont graves en effet. Le fait que jamais les Québécois n'ont approuvé par référendum la Constitution qui les lie au Canada –ils l'ont au contraire rejetée, de différentes façons– constitue la faille sur le socle de l'édifice canadien. S'il y avait aujourd'hui un référendum visant à confirmer la place actuelle du Québec dans le Canada, moins de 35% des Québécois diraient oui. La raison pour laquelle on s'interroge aujourd'hui sur la tenue d'un troisième référendum est que rien n'a été fait depuis le dernier, en 1995, pour satisfaire, même partiellement, le désir d'autonomie des Québécois au sein du Canada.

Montcalm: La décision de la Cour constitutionnelle du Canada de 1999 sur une éventuelle sécession du Québec est-elle un frein à l'indépendance de la Belle Province?
L'avis de la Cour a au contraire confirmé, en plusieurs points essentiels, la feuille de route que se sont donnés les souverainistes. L'avis a confirmé le droit du Québec à quitter le Canada, à la condition de tenter d'abord de négocier les termes de la transition vers l'indépendance. L'avis a aussi consacré l'obligation du reste du Canada de négocier cette transition avec le Québec. Cependant, le gouvernement canadien a fait voter une loi qui donnerait aux parlementaires canadiens le droit de refuser de reconnaître un vote majoritaire en faveur de la souveraineté. Cette loi antidémocratique, qui fut d'ailleurs dénoncée à l'époque par tous les partis politiques français, et par tous les partis politiques québécois, est plus condamnable que celle adoptée peu avant par Moscou pour empêcher l'indépendance des pays Baltes. Et comme la loi soviétique, celle-ci est aussi vouée à l'échec.

christophe11: Le Québec a-t-il les moyens techniques et administratifs de son indépendance en termes d'énergie, de politique, d'administration?
Je laisserais à l'ex-président Bill Clinton le soin de se prononcer là-dessus. Dans une entrevue qu'il donnait l'an dernier à Radio Canada, où il réitérait sa préférence pour un Canada uni, il ajoutait qu'il n'y avait, bien entendu, aucun doute sur la capacité du Québec d'être un Etat indépendant et prospère.

liver: A quoi sert l'indépendance d'un pays dans un monde de plus en plus global?
A voir l'acharnement avec lequel le gouvernement canadien refuse de partager une parcelle de sa souveraineté avec le Québec; à voir le refus obstiné des Etats-Unis de déléguer une parcelle de leur souveraineté au Tribunal pénal international ou à l'accord de Kyoto; à voir le refus des Français de déléguer davantage de souveraineté à la construction européenne, on se dit nous, pauvres provinciaux, qu'il doit y avoir une certaine valeur à devenir souverain.

Sebwy.com: Si le Québec devient indépendant, qu'est ce qui changera dans le processus d'immigration vers le Québec ? Vers le Canada ?
Le Québec est déjà, en proportion de sa population, une des principales destinations d'immigration en Occident. Cela se poursuivra assurément dans un Québec indépendant, notamment parce que pour le moment, le taux de natalité québécois ne suffit pas à assurer le renouvellement des générations. Le Québec constitue également une variante du rêve américain, ce qui est en soit très attractif pour une partie des immigrants. Ce qui changera pour le mieux c'est que le Québec pourra mieux indiquer à ses futurs immigrants sa différence avec le Canada, l'importance de choisir le français si on veut y prospérer, et donc éviter l'ambiguïté actuellement projetée par les messages contradictoires du Canada et du Québec.

le_québécois: Les troupes sont plutôt divisées au sein du mouvement indépendantiste par les temps qui courent, et il n'y a pas vraiment de grand rassembleur qui semble se pointer, est-ce que ça vous inquiète?
Pas du tout. Nous sommes au milieu d'une course à la direction du parti québécois, le principal parti indépendantiste, donc il est normal que ces gens se contredisent. Cependant, cela permet l'émergence d'un groupe de nouveaux porte-paroles qui gagnent en notoriété et en crédibilité, ce qui sera très utile au moment du futur référendum. De plus, on assiste à la création d'un parti indépendantiste de gauche et à l'expression de personnalités indépendantistes de centre droit. Tout cela fait un peu désordre aujourd'hui, mais imaginez l'ampleur de la coalition souverainiste que cela permettra au moment de la campagne référendaire.

noryan: Quelles sont les nouvelles idées et projets du parti québécois afin qu'une grande majorité de québécois adhère à la souveraineté ?
L'idée c'est toujours de faire la souveraineté. Tant que ce souhait n'est pas satisfait il ne perd rien de sa force mobilisatrice. Mais il est vrai que le nouveau contexte de mondialisation rend plus cruelle qu'avant l'absence du Québec dans les forums internationaux où se prennent les décisions qui nous affectent tous. Pour cette raison, les jeunes québécois altermondialistes sont plus motivés que leurs aînés pour faire l'indépendance.

Montcalm: Sur quoi porteraient les négociations avec le Canada en cas de succès à un référendum sur l'indépendance?
D'abord sur le maintien de l'espace économique commun: libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. Ensuite sur le maintien d'une monnaie commune le dollar canadien. Ensuite comme l'a demandé la Cour suprême sur des garanties pour les droits de la minorité anglophone au Québec, ce qui ne pose aucun problèmes aux indépendantistes. Et des garanties pour les droits des minorités francophones dans le reste du Canada, ce qui sera très important et pour le Québec et pour ces francophones. Finalement, mais la liste n'est pas exhaustive, il faudra également s'entendre sur des garanties pour les droits des autochtones québécois avec leur accord.

tim: mais si le Canada dit non?
La Cour suprême, qui a indiqué que cette liste de sujets devait être négociée par le reste du Canada, a ajouté qu'en cas d'un refus canadien de négocier de bonne foi, il serait alors justifié pour le Québec de faire une déclaration unilatérale d'indépendance et de faire appel au soutien de la communauté internationale. Je n'ai aucun doute que dans ces conditions, et compte tenu des déclarations constantes et cohérentes des leaders politiques français de droite et de gauche, la France serait la première à soutenir le Québec contre le blocage canadien. J'ajouterais pour vous rassurer que dans un sondage publié cette semaine, 72% des Canadiens du reste du Canada, se disent favorables à la négociation d'un partenariat entre le Québec souverain et le Canada.




MESSAGE DU PRÉSIDENT GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL

Jean Dorion
SSJBM vendredi 20 janvier 2006

Chère amie,
Cher ami,

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal tient farouchement à sa liberté. Elle est indépendante de tous les partis politiques.

Indépendante, mais indépendantiste. Or, la lecture des journaux de la chaîne Gesca suffit pour comprendre que, dans la présente campagne électorale, les groupes d’intérêts hostiles à l’indépendance du Québec se sont passé le mot : mousser les Conservateurs de Harper, puisque les Libéraux ne sont plus présentables.

Faut-il le répéter, les valeurs défendues par M. Harper sont contraires à celles qui prévalent au Québec : il est, par exemple, contre le protocole de Kyoto. Il a combattu la Loi 101. Il voulait envoyer nos soldats tuer et se faire tuer en Irak pour le compte de M. Bush, son père spirituel en quelque sorte.

Par la présente, je vous invite à faire d’ici lundi un effort personnel pour que le seul parti indépendantiste, le Bloc, obtienne le meilleur résultat. D’abord en votant vous-même et en incitant vos proches à le faire. Même dans un comté où les sondages annoncent une majorité écrasante au Bloc (ou à un parti adverse), chaque vote compte : le résultat total obtenu par le Bloc au Québec aura un impact psychologique. Et n’oubliez pas que le calcul du financement public de chaque parti, à la prochaine élection, sera basé sur son résultat total.

Je lance un appel spécial à celles et ceux d’entre vous qui vivent dans les comtés où les vedettes défraîchies du PLC sont menacées (Lapierre, Frulla, Pettigrew, Coderre, Saada, Rodriguez, Martin, etc.) : si l’une de vos connaissances est tentée d’appuyer un candidat NPD, Conservateur ou Vert, rappelez-lui que les sondages n’accordent aucune chance à ces derniers dans ces comtés. Si votre connaissance n’appuie pas le Bloc, l’un des tristes personnages susnommés risque donc de demeurer son représentant aux Communes…

Au travail, puis au plaisir de fêter la victoire du Bloc lundi !

Le président général,
Jean Dorion

P.S. Le Bloc a besoin de téléphonistes bénévoles, jusqu’au 23 inclusivement, et prie les intéressé(e)s de laisser leurs coordonnées au 450 461-3892.




Un sondage ne donne plus que 42 % au Bloc
La montée conservatrice se confirme au Québec comme au Canada

PC
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

L'écart se rétrécit entre les conservateurs et le Bloc québécois, alors que le parti de Stephen Harper progresse toujours dans l'ensemble du pays, selon un sondage Léger Marketing remis à la Presse canadienne hier. Ce coup de sonde confirme d'ailleurs la tendance lourde déjà observée plus tôt cette semaine.

Selon l'enquête d'opinion, le Bloc récolte 42 % d'appuis dans la province (une baisse de trois points depuis le début de janvier), contre 26 % pour les conservateurs (hausse de 10 points). Les libéraux reculent de six points à 20 % et le NPD reçoit environ 8 % d'appuis.

«Les conservateurs vont aller chercher des sièges au Québec, mais pas nécessairement beaucoup de sièges. Le Bloc perd des plumes mais, en potentiel de sièges, c'est limité pour les conservateurs», estime Christian Bourque, vice-président de Léger Marketing.

Deux sondages publiés mardi faisaient déjà état de la remontée des conservateurs dans les intentions de vote des Québécois. Un coup de sonde EKOS-La Presse-Toronto Star soulignait que 28 % des électeurs de la province pencheraient du côté des conservateurs le 23 janvier, contre 45 % pour le Bloc. La même journée, le National Post faisait état d'un sondage qui accordait 48 % d'appuis aux troupes de Gilles Duceppe, un recul de près de cinq points en une semaine. Les conservateurs y bénéficiaient quand à eux de 25 % des intentions de vote, soit une hausse de cinq points en sept jours.

Ailleurs au pays

Au Canada, après répartition des indécis, le sondage remis hier à la Presse canadienne démontre que les conservateurs gardent une avance de neuf points. Ils détiennent ainsi 38 % des intentions de vote, contre 29 % pour les libéraux, 17 % pour le NPD et 11 % pour le Bloc.

Il s'agit d'une hausse de quatre points pour les conservateurs et d'une baisse de trois points des libéraux, alors que le NPD grimpe d'un point.

Depuis le début de la campagne électorale fédérale, les conservateurs ont progressé de 11 %, alors que les libéraux ont reculé de 10 %.

«C'est assez impressionnant pour les conservateurs. Avec 39 %, le scénario de gouvernement majoritaire est possible, mais certainement pas le plus probable», a précisé M. Bourque.

Il a expliqué, par exemple, que les libéraux font toujours mieux le jour des élections. Par ailleurs, 31 % des Canadiens pensent toujours pouvoir changer d'idée d'ici lundi, selon le sondage.

En Ontario, la lutte est serrée, et on constate que les conservateurs ont augmenté leur avance de deux points (39 %, contre 37 % en faveur des libéraux et 19 % pour le NPD).

«Sur le plan national, la course en Ontario reste à suivre. N'importe quel changement pourrait faire la différence, en ce qui a trait à une majorité ou une minorité de sièges dans la province», a ajouté M. Bourque.

Depuis le 6 janvier, le PLC a ainsi perdu un point en Ontario, mais les conservateurs ont grimpé de six points.




SELON GILLES DUCEPPE - Le Québec perdra 4 milliards $ si Harper est élu

Lia Lévesque
PC jeudi 19 janvier 2006

Le Québec perdra plus de 4 milliards $ si les conservateurs de Stephen Harper sont élus, le 23 janvier, assure le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

De passage à Brossard, jeudi soir, dans la circonscription de Brossard-LaPrairie, M. Duceppe a attaqué les conservateurs non seulement sur la question linguistique, comme il l'avait fait plus tôt dans la journée, mais aussi sur l'argent dont sera privé le Québec, dit-il, si les engagements des conservateurs se concrétisent.

«Tout ce dont on est sûr, avec les conservateurs, c'est que le Québec va perdre plus de 4 milliards $. Pour un départ, je trouve que c'est un drôle de départ; pour une ouverture, je vous dirai que c'est tout une ouverture», s'est-il exclamé devant un auditoire partisan dans un restaurant de Brossard.

Il fonde son calcul sur une réponse écrite donnée par le ministère des Finances du Québec à l'Opposition officielle, selon laquelle si les revenus issus des ressources naturelles non renouvelables — comme le pétrole en Alberta — ne sont plus inclus dans le calcul de la péréquation — pour évaluer la richesse de certaines provinces — , le Québec sera privé de 650 millions$ en droits de péréquation par année. La péréquation permet de redistribuer les revenus au sein de la fédération canadienne. Sur 5 ans, cela signifie 3,25 milliards $ de moins pour le Québec, a noté M. Duceppe.

À cela, il ajoute la fin de l'entente Ottawa-Québec sur les services de garde — qui n'a qu'une durée d'un an — ce qui privera le Québec d'un autre milliard de dollars, déplore-t-il, d'où les 4,25 milliards $.

«On peut retourner ces chiffres d'un bord ou de l'autre; le Québec est perdant d'un bout à l'autre», a-t-il dénoncé.

Il dénonce aussi le fait que M. Harper se refuse à chiffrer le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, qu'il s'est pourtant engagé à régler, au début de la présente campagne électorale. Les Québécois ont le droit de savoir avant de se rendre aux urnes le 23 janvier, a-t-il martelé.

Le chef du Bloc québécois a aussi écorché au passage les libéraux de Paul Martin, qu'il semblait avoir oubliés, ces derniers jours.

«Selon toute vraisemblance, les Québécois s'apprêtent à offrir aux libéraux de Paul Martin la plus sévère raclée de l'histoire de la politique fédérale au Québec. Et je peux vous dire que c'est amplement mérité», s'est-il exclamé sous les applaudissements.

M. Duceppe a repris du mordant depuis mercredi, dans un contexte de sondages qui démontrent une grande volatilité de l'électorat.

Il se concentre d'ailleurs, en cette fin de campagne, sur les circonscriptions où la lutte est serrée.

Jeudi soir, il a fait campagne dans Brossard-La Prairie avec son candidat Marcel Lussier, qui se présente contre Jacques Saada, le libéral sortant. La péquiste Louise Harel est aussi venue leur prêter main forte.

Vendredi, il fera campagne à Montréal, puis en Outaouais, puis à Québec et à Plessisville.




Boisclair worried Harper might win

Josée Legault
The Montreal Gazette 20.1.2006

Two weeks ago on Radio-Canada, I said the election of a Conservative government would prompt the resurgence of what I called "nationalist-autonomist" federalists who could take on the sovereignist option, and even come together in some kind of informal coalition.

The minute I got home, a good friend called to tell me that I'd lost my marbles.

Yesterday, he called to apologize. When he saw the worried look on André Boisclair's face, he conceded that if Harper becomes prime minister, the political dynamic in Quebec would change.

So why did the usually discreet Boisclair come out to call on Quebecers to resist Harper's "siren song"? Why did he paint the Tory leader as dangerous?

It's not for the Bloc Québécois's sake. Given the Bloc's track record a strong opposition party, Gilles Duceppe's argument that Quehecers need a good counterweight is one many still seem to agree with.

Unless there's a dramatic turnaround - anything's possible in this campaign - the Bloc will do well. The Tories will definitely win seats, but the Bloc could take a few Liberal strongholds of its own. It's the Liberals, who are falling off the radar in Quebec.

What worries Boisclair is an other kind of threat. On Rad-Can, I predicted Harper's "open federalism," his promise to solve the fiscal imbalance and give Quebec more international representation, would be well received by soft nationalists who make up at least 20 per cent of Quebec voters.

Polls show even some harder line federalists, put off by Liberal scandals, are ready to vote Conservative.

We'll see how many seats this will actually translate into on Monday. But the growing support and interest Harper is getting shows there's still a market for a non-sovereignist, but autonomist approach to federalism.

Although Harper's "open federalism" stops way short of any special status for Quebec, this is the first time since the failure of the Meech and Charlottetown accords that Quebecers have been offered a decentralist approach by a federal party that could form the government.

This is piquing the interest of soft nationalists, a growing number of whom chose sovereignty during 12 years of a hardline, Liberal regime. Boisclair worries about Harper moving in on that turf.

The PQ leader said he thought Harper was just as dangerous as Paul Martin for Quebec. But, what he was probably thinking is that Harper could be even more dangerous than Martin.

But that "danger" wouldn't be "to Quebec" as much as it would shake the near certainty that many Péquistes have of winning the next election and ensuing referendum.

If Harper does start to address the fiscal imbalance and strikes a co-operative alliance with Jean Charest that delivers goods for Quebec, chances are soft nationalists will pay attention.

Charest has been preparing for this, just in case, by gathering the support of some prominent nationalists who are much closer to the nationalist-autonomist school than that of outright separation.

Charest the premier many see as a federalist pur et dur, has, nevertheless, garnered the support of former PQ premier Pierre-Marc Johnson against a third referendum. Even Lucien Bouchard has publicly supported a number of Charest's positions.

As for Mario Dumont, his party has adopted - guess what? - a federalist platform on precisely that : Quebec autonomy within Canada. If Harper becomes prime minister, this means autonomists will finally have someone they can talk to in Ottawa.

The next year will tell whether or not this would be enough to help Charest's electoral fortunes against a PQ that promises a referendum. But on a longer range, Harper is betting his wooing of soft nationalists will at least decrease support for sovereignty.

Which brings us back to Boisclair. When he spoke, he seemed unprepared for what might be coming and stuck with his party's own strategic choices. After all, what would Boisclair say if Harper starts remedying the fiscal imbalance that the PQ turned into its main plank more than five years ago?

What would the PQ say after voting with Liberals and the ADQ:on motions demanding Ottawa redresses the imbalance? Will it sulk while the other two parties applaud?

What will the PQ say when the premier of Quebec, himself a former Conservative-leader and the prime minister get along like ham and eggs?

For almost 15 years, the nationalist-autonomist vision has remained dormant for lack of an interested interlocutor in Ottawa. Harper's challenge in Québec is to reawaken it by giving soft nationalists something to seek their teeth into.

That's why on Monday night, the new PQ leader might be hoping that Harper, somehow, won't make it to 24 Sussex Dr.

But if Harper does, Boisclair will have his work cut out for him.




GRÂCE AU VOTE NON FRANCOPHONE...
Martin l'aurait facile... dans LaSalle-Émard

Denis Lessard
La Presse vendredi 20 janvier 2006

Le premier ministre Paul Martin devrait être élu sans problèmes dans sa circonscription de LaSalle-Émard lundi soir prochain, mais il devra une fière chandelle aux non-francophones de l'endroit.

C'est ce que révèle un sondage CROP, réalisé du 16 au 18 janvier pour La Presse, Le Soleil de même qu'Info690 et CKAC. Le coup de sonde basé sur 400 entrevues est précis à cinq points près.

Avant répartition des 18% d'indécis, la firme de sondage estime que M. Martin recueillerait 34% des intentions de vote, un appui lui donnant une avance confortable sur son adversaire, Mai Chiu du Bloc québécois, avec 21% d'appuis.

Aux élections de 2004, M. Martin avait remporté son siège avec 57% des suffrages contre 31% au Bloc. Les conservateurs obtiennent 12% des appuis, comparativement à 5% aux précédentes élections, le NPD passe de 4 à 8% sur la même période.

Il y a quelques jours, accompagnée de sa candidate, qui a accouché mercredi, M. Duceppe soulignait que le Bloc ne concéderait aucun comté, et tous comprirent qu'il visait aussi celui du premier ministre.

Mme Mai Chiu reprenait dès hier son porte-à-porte.

Pour Claude Gauthier de CROP, s'il n'en tenait qu'à l'électorat francophone dans LaSalle-Émard, M. Martin pourrait dire adieu à son siège. Chez les francophones, le Bloc détient 42% d'appuis contre 25% aux libéraux.

En revanche, 53% des résidants de LaSalle-Émard croient qu'il est temps de changer de gouvernement - 68% des francophones veulent une relève de la garde à Ottawa contre 42% des non-francophones.

Le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement est plus élevé dans ce comté que dans les huit autres sondés par CROP cette semaine, mais 60% des gens sont tout de même mécontents. Paul Martin obtient une cote mitigée chez ses électeurs: 43% sont satisfaits, mais 53% mécontents du travail de leur député.

Un autre verdict dur à encaisser: 53% des gens sont favorables à un changement de gouvernement tandis que 32% veulent maintenir le PLC au pouvoir - 15% des gens ne se prononcent pas.

Finalement, une majorité d'électeurs, 51% des gens, prédisent que les conservateurs formeront le prochain gouvernement. Le PLC arrive deuxième, loin derrière avec 26%, et 19% des gens se disent indécis.




Des libéraux votent Harper

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

La montée imprévue de Stephen Harper dans les sondages est venue changer la donne au sein des défenseurs du fédéralisme au Québec. Faute de pouvoir faire réélire un gouvernement libéral, plusieurs leaders fédéralistes incitent désormais les électeurs à se ranger derrière Stephen Harper. Voilà un appui stratégique destiné à affaiblir le camp souverainiste, le temps de refaire l'unité au sein d'un PLC Québec profondément divisé.

Faut-il se surprendre de l'appui reçu par Stephen Harper de la part d'une partie de l'élite fédéraliste libérale québécoise ? Constatons d'abord que ce n'est pas la première fois que des libéraux québécois abandonnent le confort de leur parti au profit d'une monture étrangère. La dernière fois, c'était en 1988, alors que le PLC dirigé par John Turner n'était toujours pas parvenu à refaire l'unité disparue après le départ d'un Pierre Elliott Trudeau resté trop longtemps accroché au pouvoir.

Au Québec, l'alliance entre les nationalistes et les conservateurs de Brian Mulroney avait donc permis à celui-ci de vaincre des troupes libérales déchirées par le rapatriement de la Constitution. D'abord en 1984, puis en 1988. À cette seconde occasion, bon nombre de libéraux favorables à l'accord du Lac-Meech et au libre-échange avec les États-Unis avaient appuyé la réélection des conservateurs, dont certains magnats de la presse.

On se rappellera qu'à cette époque, la plupart des libéraux fédéralistes du Québec craignaient comme la peste les interventions publiques d'un Pierre Trudeau retraité dont les positions radicales risquaient de nuire au processus de réconciliation du Québec avec le Canada. Sur les deux enjeux principaux de cette campagne de 1988, le libre-échange et la ratification de l'accord du Lac-Meech conclu plus tôt entre Ottawa et les provinces, la plupart des fédéralistes québécois appuyaient les conservateurs jugés mieux placés pour conclure l'un et l'autre. La plupart... à l'exception remarquable de Pierre Trudeau et de ses disciples, dont Jean Chrétien.

Malgré les différences, certains rapprochements sont inévitables entre l'époque Mulroney et aujourd'hui en ce qui concerne les libéraux du Québec. Il y a d'abord l'évidence de la défaite libérale, sans laquelle tous les leaders fédéralistes du Québec auraient redonné leur appui au PLC. Or, compte tenu du danger que représente l'élection d'un trop fort contingent de bloquistes, le meilleur moyen pour les fédéralistes d'éviter la catastrophe est de favoriser une percée conservatrice au Québec.

Le second rapprochement avec les années 80 tient à la profonde division au sein du PLC. Cette fois-ci, la faute revient à l'orgueilleux Jean Chrétien qui, lui aussi, a trop tardé à céder sa place. Ce faisant, M. Chrétien a poussé le plus puissant des candidats à sa succession, Paul Martin, à organiser un putsch pour l'éjecter de son siège.

Comme au temps de Trudeau, c'est aussi ce trop long règne Chrétien qui a nourri l'arrogance des élus libéraux et favorisé comme jamais auparavant les pratiques corrompues.

Cela étant, en congédiant tous ceux qui étaient identifiés de trop près au clan Chrétien et à la corruption, voire ceux qui menaçaient son leadership, M. Martin a achevé de diviser un parti déjà discrédité dans l'opinion publique.

Jean Chrétien et Paul Martin disparus, les fédéralistes du Québec et du Canada pourront enfin travailler à refaire l'unité en vue de reconquérir le Québec et le Canada. Quant à Stephen Harper, à moins qu'il ne se révèle plus habile que les Mulroney, Chrétien et Martin à répondre aux aspirations du Québec, il doit d'ores et déjà se dire que lundi sera la dernière occasion où des leaders fédéralistes libéraux du Québec voteront pour lui.

j-rsansfacon@ledevoir.com




Au coeur de la campagne électorale: les États-Unis

Pierre Martin, Directeur de la Chaire d'études politiques et économiques américaines (www.cepea.umontreal.ca) et professeur de science politique à l'Université de Montréal
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

En 1963 et en 1988, les relations canado-américaines avaient dominé les campagnes électorales fédérales. Aujourd'hui, même si les partis ne font pas explicitement campagne sur un enjeu spécifique à la relation bilatérale, les États-Unis ont été au coeur de la campagne.

D'une part, les libéraux ont martelé tout au long de la campagne le thème du rejet d'une certaine vision de l'Amérique conservatrice qu'ils associent à leurs adversaires. D'autre part, parmi les principaux défis auxquels ils feront face s'ils sont élus, la gestion des relations avec les États-Unis est certes celui où les conservateurs de Stephen Harper auront le plus rapidement l'occasion de se démarquer de leurs prédécesseurs.

Une campagne antiaméricaine... à l'américaine

Tout au long de la campagne, les stratèges libéraux ont choisi de définir le choix entre leurs adversaires conservateurs et eux-mêmes comme un choix entre deux images du Canada. Si les libéraux semblent ne pas être parvenus à faire comprendre avec succès aux Canadiens en quoi consiste leur propre image du Canada, ils ont cependant pris les grands moyens pour associer les conservateurs de Harper à une image du Canada calquée sur l'Amérique conservatrice de George W. Bush.

Pour ce faire, les libéraux n'ont pas hésité à employer une stratégie électorale typiquement américaine, soit une campagne de publicité négative associant les politiques conservatrices à une représentation un peu caricaturale du modèle de société américain et qui associent Stephen Harper à George W. Bush, jouant pour l'occasion le rôle du bonhomme Sept Heures.

Comme si ces publicités négatives n'étaient pas suffisantes, un des points forts de la campagne libérale a sans doute été ce moment où Paul Martin a partagé la scène avec Bill Clinton à la Conférence de Montréal sur les changements climatiques pour critiquer vertement les politiques environnementales de l'administration Bush, s'attirant les foudres de l'ambassadeur David Wilkins.

Il est difficile de dire si l'antiaméricanisme de la campagne libérale a influencé l'électorat. Toutefois, un sondage mené auprès de gens d'affaires influents publié par le Financial Post au début de janvier révélait que ceux-ci attribuaient à Paul Martin une large part du blâme pour la détérioration des relations bilatérales.

En succédant à Jean Chrétien, Paul Martin avait promis de réparer les nombreux pots cassés de la relation bilatérale. Dans les faits, il n'est parvenu qu'à en casser de nouveaux, entre autres en donnant pendant des mois aux Américains l'impression qu'il allait appuyer le bouclier antimissile pour ensuite leur claquer la porte au nez.

À quoi s'attendre de Harper ?

S'ils perdent le pouvoir lundi, les libéraux laisseront derrière eux de nombreux contentieux avec les États-Unis. Il importe donc de passer en revue quelques éléments de la plate-forme conservatrice pour anticiper les changements à venir.

Au minimum, il faut prévoir une embellie dans la relation au plus haut échelon. On n'a qu'à se rappeler les voeux de succès que George W. Bush avait adressés à Stephen Harper lors de son passage à Ottawa en novembre 2004 pour comprendre que son administration attend avec impatience la relève de la garde à Ottawa.

Sur la défense antimissile, Stephen Harper est allé aussi loin qu'il le pouvait en promettant un vote libre en Chambre sur la question, vote qu'un gouvernement minoritaire serait certain de perdre. En ce qui concerne le niveau des dépenses militaires et des effectifs qui peuvent être déployés, Harper annonce des augmentations substantielles, mais on peut douter que les Américains s'en rendront vraiment compte.

Sur l'Irak, Harper n'a jamais très bien caché son appui à George W. Bush. Sa déclaration récente selon laquelle le Canada ne pourrait pas envoyer de troupes -- parce qu'il n'y en a pas de disponibles -- est une perle d'ambiguïté. Harper sait pertinemment qu'il serait politiquement très dommageable pour lui de renverser la position canadienne sur cet enjeu. Si George W. Bush tient à garder Harper en place, il aura intérêt à ne pas le pousser à prendre ouvertement position au nom de son gouvernement sur l'Irak.

Sur les différends commerciaux, il est possible que le rétablissement de liens de communication moins tendus entre les deux chefs de gouvernement permette des négociations plus sereines mais, pour l'essentiel, un conflit comme celui du bois d'oeuvre a des racines trop profondes et des ramifications juridiques et bureaucratiques trop étendues pour se régler par une poignée de main entre deux hommes.

Les conservateurs américains se plaignent depuis belle lurette que l'attitude plus libérale du Canada en matière de drogues représente un danger pour leur pays. Il est possible que les conservateurs de Harper y changent quelque chose, mais les choses n'iront pas vite et des attentes élevées risquent de faire place à une amère déception.

La même dynamique pourrait se manifester dans le cas des politiques d'immigration et d'accueil de réfugiés, que la droite américaine juge sévèrement depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001. Il importe peu que les conservateurs américains aient tort ou raison de faire un lien entre ces politiques et la menace terroriste : ils continueront de faire pression sur le Canada pour un resserrement des contrôles. Là aussi, des attentes trop élevées envers la capacité d'un gouvernement Harper d'obtempérer à leurs demandes risquent de susciter une certaine déception.

Embellies possibles

Un domaine dans lequel une embellie des relations pourrait faciliter de véritables progrès est la gestion des contrôles de sécurité aux frontières. Mardi, l'administration Bush annonçait qu'elle renonçait à imposer le passeport pour l'entrée aux États-Unis par voie terrestre, préférant l'instauration d'une carte d'identité moins contraignante. C'est un gain, mais il reste encore beaucoup de place pour de l'amélioration. Les contrôles de sécurité aux frontières ont des incidences économiques énormes pour le Canada, et un président bien disposé à l'égard des intérêts canadiens serait un atout non négligeable sur cet enjeu.

Finalement, une bonne partie de la détérioration des relations entre les deux pays depuis l'arrivée de George W. Bush au pouvoir tient à ce que les citoyens des deux pays sont de plus en plus conscients des contrastes -- parfois profonds, souvent subtils -- qui existent entre les valeurs sociales dominantes de part et d'autre.

Si les conservateurs de Stephen Harper l'emportent lundi, leurs compagnons d'armes idéologiques au sud de la frontière -- ceux qui auront noté le changement -- cesseront sans doute pour un temps d'alimenter les tensions bilatérales par leurs remarques indignées sur les valeurs libérales des Canadiens. Après s'être réjouis de la victoire de Harper, cependant, les conservateurs américains devront bien se rendre compte que le Canada ne sera pas devenu, du jour au lendemain, une sorte de Texas du Nord.

Cette semaine, Stephen Harper a reconnu qu'il ne pourra pas faire tout ce qu'il veut en politique intérieure à cause de contraintes bureaucratiques et institutionnelles, sans mentionner une opinion publique loin de partager toutes ses vues. Il devra sans doute expliquer à ses vis-à-vis américains que le même raisonnement s'applique à la politique extérieure.




L’enjeu des élections : bloquer l'indépendance du Québec et alléger le fardeau des entreprises

Claude Bariteau, Anthropologue à l'Université Laval, auteur de Pour sortir de l’impasse référendaire, Montréal, les éditions Les intouchables, 2005.
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

(Version intégrale envoyée par l'auteur)

Le 24 janvier marquera la fin du modèle canadien de Pierre-Elliott Trudeau, que Jean Chrétien et Paul Martin ont voulu parachever. Le premier en sevrant les provinces, même si la cible était le Québec, le second en rajoutant au modèle Trudeau les pans manquants pour construire une citoyenneté made in Ottawa liée à de nouveaux mythes fondateurs concoctés pour miner ceux conçus au Québec.

Cette fin viendra avec l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire. Avec ce gouvernement, la centralisation s’atténuera, les politiques d’ensemble tiendront davantage compte des provinces, les investissements militaires seront à la hausse et la question du bois d’œuvre s’estompera. S’agissant du déséquilibre fiscal, il y aura recherche pour l’atténuer en coupant dans les dépenses fédérales et invitation faite aux provinces d’occuper, si elles le désirent, les espaces libérés pour leurs programmes locaux.

Tout analyste qui s’intéresse à cette campagne électorale sait que ces tendances se dessinent et qu’il y a une forte probabilité qu’elles s’expriment lors du calcul des votes. Les luttes et les divisions entre les partis, qu’ont accentuées divers scandales, avantagent maintenant les conservateurs et, aujourd’hui, tout laisse croire que Stephen Harper deviendra le futur premier ministre du Canada.

Ma lecture est différente. S’il est vrai que ce qui grouille et grenouille débouchera sur un gouvernement majoritaire conservateur, il y a, dans cette campagne, deux enjeux plus importants et plus déterminants. Le premier est le maintien du cadre politique canadien, ce qui implique de bloquer le projet d’indépendance du peuple québécois; le second, l’ajustement des règles économiques de ce cadre pour faire face aux exigences du moment par une baisse des impôts et autres contraintes auxquels sont astreintes les entreprises qui y opèrent.

Ces deux enjeux sont constants depuis l’ère Trudeau. Ce dernier, avec ses alliés canadiens, capitalistes et autres, a refait le Canada pour bloquer l’émancipation du Québec et, le refaisant, a généré des dettes que son successeur a voulu éponger tout en contrant l’espace de manœuvre du peuple québécois par la loi sur la clarté de Stéphane Dion. Paul Martin a poursuivi dans la même direction : l’espace québécois sous contrôle, il a voulu façonner un modèle canadien plus sophistiqué que celui de Trudeau, ce qui a toujours été le grand rêve canadien de son père.

Or, avec ce modèle des Martin, le minage du Québec connaît des ratés au moment où, au gouvernement canadien, entrent des revenus qui sont autant d’incitatifs à dépenser dans des programmes dont la pérennité engendrera, à moyen terme, des effets contraignants à la fois aux contribuables et aux entreprises. Ce sont là des constats que valident les sondages et nombre de dirigeants canadiens du monde des affaires. Voyons d’abord les sondages.

En début de campagne, le BQ recevait plus de 55 % des intentions de vote au Québec. Même si leur chef estimait que l’avenir du Québec n’était pas en jeu, l’inquiétude envahit les dirigeants canadiens. Pour eux, si plus de 50 % des électeurs québécois appuient un parti qui ne veut rien savoir du fédéralisme canadien actuel, il y a un problème, car la question de l’heure devint : comment composer avec une province qui ne veut plus rien savoir du fédéralisme de Martin et de Trudeau ? Tout refus de composer ne peut qu’exacerber les choses alors que le contraire conduit à rouvrir le dossier constitutionnel, deux options auxquelles sont réfractaires les gens d’affaires.

Devant ces options, il devenait impérieux de laisser planer plus d’espace au Québec et, ce faisant, éviter que la question se pose. Des partis canadiens, seul le PC s’est dit ouvert à respecter les champs provinciaux, à regarder la place que pourrait occuper le Québec dans des organismes internationaux secondaires et à revoir la question du déséquilibre fiscal. Après la visite du Père Noël et la dinde du Jour de l’An, cette ouverture est devenue la bouée de sauvetage canadienne. Elle permettait de stopper la vague anti-libérale au Québec, d’offrir au PLQ des munitions et de déplacer le centre des débats, trois cartes pouvant gommer la fièvre souverainiste.

Pour les gens d’affaires, miser sur le PC se justifiait aussi à cause de sa vision économique. Certains irritants véhiculés par ce parti ayant été atténués en début de campagne, ce parti parut mieux répondre aux attentes des milieux d’affaires partout au Canada mais plus encore là où est questionné le maintien d’un système de santé qui contraint les riches et d’un système de répartition de la richesse qui nuirait aux capacités des entreprises canadiennes de faire face à la compétition provenant, entre autres, de la Chine et des pays aux économies émergentes.

C’est ainsi qu’au lendemain des fêtes ce parti eut le souffle béni et, depuis, vogue de sondages en sondages vers une victoire historique. Avec elle, le Canada respirera à nouveau d’aise, car son espace économique et son univers politique demeureront intacts. Bien sûr, des provinces maritimes écoperont alors que celles à l’ouest du Québec s’en tireront mieux. Pour les dirigeants canadiens, c’est le prix à payer pour éviter le départ du Québec et, à cette fin, offrir à Jean Charest des moyens qui lui permettront de poursuivre son rêve de libérer le Québec des écarts auxquels aurait conduits la Révolution tranquille, le principal étant bien sûr de vouloir sortir le Canada du Québec.

Pour les tenants de l’indépendance du Québec, ce revirement devrait enseigner que les stratèges canadiens savent très bien comment faire bouger les fédéralistes mous du Québec, en particulier ceux qui se disent encore canadiens français. Lorsqu’ils rouspètent ou se terrent, il suffit de leur offrir du rêve, au mieux quelques sacs de bonbons sans valeur. Heureux, ils redeviennent des Canadiens fiers, car leur vie durant ils ont appris à s’en réjouir et, surtout, à refuser d’être responsables de leur avenir et maîtres au Québec.

Si les leaders indépendantistes comprennent cela, la fin de l’ère Trudeau sera autre chose qu’un simple retour à l’avant Trudeau. Avec le Canada de Stephen Harper, il y aura refoulement de la nation politique québécoise et déferlement de valeurs contraires à ses aspirations sur plusieurs plans. Le projet de pays du Québec paraîtra alors le choix le plus raisonnable. Il s’enracinera dans toutes les couches de la population du Québec et dans tous les partis politiques, ce qui conduira à une révision de la démarche, puisque la voie référendaire est piégée.




Hargrove a raison: Harper est séparatiste

Claude G. Charron, Auteur de La Partition du Québec - De lord Durham à Stéphane Dion, VLB, Montréal, 1996
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

Le chef syndical Buzz Hargrove n'a pas tort: Stephen Harper est séparatiste. D'autres diront «partitionniste», mais le terme exact pour qualifier une des initiatives du chef conservateur alors qu'il était alors simple député est «séparatiste».

Peu de gens savent que, l'année même où Jean Chrétien invitait Stéphane Dion à faire le saut en politique, Stephen Harper avait une longueur d'avance sur ce dernier. En 1996, Stephen Harper, député réformiste, a présenté à la Chambre des communes le projet de loi C-341, une loi qui, si elle avait été adoptée, aurait eu une forte teinte séparatiste.

Ce projet de loi émanant du «néo-autonomiste» Harper établissait clairement que le gouvernement du Canada devrait s'immiscer dans l'organisation d'un prochain référendum sur la souveraineté décrété par Québec. À l'article 5 était dictée la question à poser aux électeurs. Ou plutôt les questions, puisque le néo-autonomiste Harper en proposait deux, libellées comme suit.

- Le Québec devrait-il se séparer du Canada et devenir un pays indépendant sans lien juridique spécial avec le Canada ? OUI ou NON ?

- Si le Québec se sépare du Canada, ma municipalité devrait-elle se séparer du Québec et continuer de faire partie du Canada ? OUI ou NON ?

Le projet de loi C-341 était nettement séparatiste et émanait du même courant idéologique qui, en ces années postréférendaires, inspirait les conseillers des petites municipalités de l'ouest de l'île de Montréal dans leur résolution prétendant soustraire leur petit bastion au reste du Québec si jamais la population optait majoritairement pour la souveraineté. C'est la même mentalité séparatiste qui a récemment poussé ces villes à vouloir faire cavalier seul en se défusionnant de Montréal.

Un député aussi intéressé par la séparation

Puisqu'il était alors conseiller du chef réformiste Preston Manning, il ne serait pas surprenant d'apprendre que le séparatiste Scott Reid ait aidé le séparatiste Harper dans la rédaction du projet de loi C-341. Scott Reid s'y connaissait en démembrement territorial, lui qui, quatre ans plus tôt, avait publié une plaquette intitulée Canada Remapped - How the Partition of Quebec Will Reshape the Nation.

Maintenant député conservateur de la circonscription de Lanark-Frontenac-Lennox-Addington, en Ontario, Scott Reid s'intéresse toujours aux villes du Québec puisqu'il est l'organisateur d'une campagne pour que la ville de Gatineau devienne bilingue.

Ajoutons que Scott Reid a fait préfacer son Remapped Canada par un certain Peter Brimelow, lui-même auteur séparatiste. Dans The Patriot Game, paru en 1992, ce très conservateur États-Unien ironise sur un Joe Clark qui lui aurait confié que, afin de devenir premier ministre du Canada, il avait dû sacrifier l'étude de l'économie parce qu'il devait consacrer beaucoup de temps à l'apprentissage du français. Et, question de charcutage de territoire en cas d'un OUI majoritaire, notre monsieur n'avait pas le bras tendre : amputation du Grand Nord québécois, de la vallée de l'Outaouais et de la ville de Montréal, corridor de type Dantzig sur la rive sud, histoire de relier les Maritimes à l'Ontario.

Dire que tout récemment, un ex-président a publiquement dit espérer «que les électeurs s'aperçoivent qu'il n'y a qu'un risque minime à appuyer le Parti conservateur» !

Il serait urgent que, d'ici lundi, Stephen Harper nous dise s'il est encore séparatiste, qu'il nous dise également que, s'il devient premier ministre, il amendera la bien mal nommée Loi sur la clarté pour la rendre plus conforme à son défunt projet de loi C-341. Et s'il a l'intention de rendre le séparatiste Scott Reid responsable des langues officielles ou de le placer à la tête du ministère des Affaires intergouvernementales. Une façon de faire plaisir aux nostalgiques de Stéphane Dion.




The choice for Canada (II)

Editorial
The Gazette Friday, January 20, 2006

The Liberals, we said yesterday, must go. Each new opinion poll suggests Canadians agree. By all the portents Canada is in line after Monday's election for a Conservative government led by Stephen Harper. This is a healthy prospect for Canada, and particularly for Quebec.

The change in Conservative fortunes, these last two years, has been dramatic. Harper is now widely seen as a charisma-challenged policy wonk with a bias toward lower taxes and respect for provincial jurisdiction. This is not exactly Harper-mania, but it's an improvement on his 2004 image, so eagerly painted by the Liberals, of a rootin' tootin' redneck rowdy with a sinister scheme stashed in his saddlebags.

Harper and his party have improved more than their image since 2004. His record and platform confirm that he has, as he says, evolved. So has his party. From the early-1990s birth of the Reform Party as a western protest vehicle, right through to this month, we see a maturing process that is now all but complete.

The 1993 Reform caucus was suspicious of federal power in general, included members frankly hostile to Quebec, and was deeply socially conservative. But today Harper is poised to reap the benefits of the work done, by himself and many others, to modulate Reform's yelps of protest into a consistent articulation of a legitimate vision of the country. The recent Liberal smear-scare ads failed because voters see a Conservative Party close to the main currents of public opinion on most issues.

There are other alternatives to the Liberals, to be sure. The New Democrats, despite Jack Layton's energetic leadership, cling to their surreal view of economic realities. The Green Party, though broadly correct on an issue that is growing in urgency, is plainly not ready for prime time. As federalists, we need not dwell on the Bloc Quebecois.

That leaves the Conservatives, who under Harper have now reunited two of the three elements of Brian Mulroney's "big-tent" party: western small-c conservatives and Ontario/Atlantic voters who reject the Liberals' omni-present and domineering federal power. This campaign finds Harper surprisingly well-placed to add some of Mulroney's third element, francophone "soft nationalists." Public-opinion polls suggest the Conservatives will win more votes than the Liberals across Quebec. It's a movement we invite Gazette readers to join.

What would a Harper government be like? Since we argued yesterday that the Quebec question is the Canadian meta-issue, let's begin with the fiscal imbalance, a phrase coined in Quebec and an issue Quebecers take seriously. Harper's pledge to do the same galvanized his campaign here - and didn't hurt elsewhere.

Ottawa has fat surpluses these days, while the provinces, except Alberta, are searching under the sofa cushions to pay for health, education, urban needs and more. As soon as he's elected, Harper says, he'll start talks with the provinces on this imbalance. And he promises to reduce it during his first term.

The Liberal approach to fiscal federalism has been to invent new shared-cost programs - day-care most recently - in areas of provincial jurisdiction. Provinces grit their teeth, cash the cheques, and go cap in hand to Ottawa for subsequent top-ups, like peasants waiting for scraps at the squire's back door. John Manley, then deputy prime minister, once told The Gazette's editorial board that Jean Chretien's government would never just transfer revenue to the provinces, because Ottawa never gets enough credit for that.

Harper, coming from a tradition more respectful of provincial rights, appears to be serious about the fiscal imbalance. Even if his first one-point cut in the goods and services tax gives the provinces cover to raise their own sales taxes, that would help.

We are not so enthusiastic about the other main pillar of Harper's Quebec pitch, an increased Quebec voice in international affairs. But this issue resonates with Quebec's political class, not with the population: If he takes care of the imbalance, he can - and should - go slowly on this.

More important to Quebecers than the flag on the hood of a limo at a UNESCO meeting is the broad range of social policy. Here a fair-minded observer can see that Harper has little enthusiasm for rolling back the socially liberal status quo. On abortion, the party and leader have promised to change nothing.

On same-sex marriage, his position is frankly preposterous, but you can almost see him wink as he advances it: a free vote on the definition of marriage, but no use of the notwithstanding clause, and existing same-sex marriages would never be annulled. It's not easy to imagine such a free vote leading to a new law, even if Harper had a majority. In any case, by far his best way out of this morass would be to drop the issue.

To be sure, some Conservative policies would not be welcome in Quebec - get-tough sentencing is one. On the other hand, Harper's comprehensive "accountability" package - designed to make sure nothing else like the sponsorship scandal can happen - has earned admiration in many quarters, in Quebec and across the country.

The 2006 Conservative Party offers a program that can work very well for Quebec as a part of Canada. Given the Liberals' disgraceful abuse of the sacred trust of national unity, it's time for Quebecers to join their fellow Canadians in supporting Stephen Harper and the Conservatives.

Tomorrow: The art of voting, Montreal-style.




Stephen Harper for prime minister

Editorial
National Post January 19, 2006 Thursday

On June 23, 2004, five days before the last federal election, we endorsed the Conservative Party of Canada. "Stephen Harper, the man who could well head Canada's next government, is not a revolutionary," we wrote. "We feel comfortable with the prospect of [him] as prime minister."

Having watched Mr. Harper mature in office as Leader of the Opposition over the last 18 months, we feel all the more comfortable repeating our endorsement. This country needs new leadership, and Mr. Harper is the man to provide it.

It should be said at the outset that Canada's past decade under the Liberals has seen some remarkable public policy achievements, most notably the elimination of the deficit and the paydown of some $60-billion in national debt. But as Mr. Harper -- and, in fact, many Liberals -- have correctly noted, the Liberals have run out of gas, and it is time for the party to take some time out of office to refill their tank.

That is not to say, however, that Mr. Harper is without flaws. On too many issues -- health care, most notably -- he has tilted left in an attempt to allay fears that he is too "scary" for your average, king-making suburban Ontarian voter. But given the shrillness of the attacks he endured at the hands of Paul Martin's Liberals in the 2004 campaign -- scare-mongering tactics the Liberals have again resorted to this time -- we are not sure we can blame him for backing off on controversial issues.

More than enough differences remain between the two major parties to illustrate that Mr. Harper has the more appealing vision for Canada.

Consider, for instance, the symbolic example of child care. While the Liberals campaigned on a plan that would fund only state-approved institutional daycare facilities, Mr. Harper would turn the money over to parents, and let them decide how to spend it -- even if some might be tempted to waste it on "beer and popcorn." In the grand scheme of the federal budget, the sums involved are minor. Still, it is reassuring that there is still one party in this country that is willing to trust parents more than bureaucrats.

Consider too, the refreshing signals being sent by Mr. Harper that he will legislate desperately needed reforms to Canada's aboriginal policy. Ironically, Mr. Harper looks for inspiration to former Liberal Indian affairs minister Robert Nault's First Nations Governance Act -- legislation from the Chretien era jettisoned by Mr. Martin after he became leader -- which would have brought some fiscal and democratic accountability to First Nations.

On foreign affairs, too, we prefer the Conservative vision. While Mr. Harper waffled on the Iraq war and the U.S. missile shield, both of which we supported, he at least has a healthy respect for the United States, a country with interests -- economic and otherwise -- strongly allied to Canada's own. If a Harper government were elected, Canadians could expect less of the moral preening and gratuitous anti-Americanism that, sadly, has become a Liberal fixture, especially at election time. As well, the Conservative leader has proposed a muscular plan to revitalize the fighting capabilities of our long-neglected Armed Forces, and an imaginative plan to protect our Arctic sovereignty. And he would have the moral courage to label Sri Lanka's Tamil Tigers the terrorists they are, a move the Liberals have avoided for fear of losing Tamil-Canadian votes.

The recent spate of high-profile gun crimes has betrayed another ideological difference between the two parties. Like Mr. Martin, Mr. Harper seeks tougher sentences for violent criminals. But at the same time, he is sensible enough to know that gang slayings in Toronto and other urban areas cannot be prevented by harassing duck hunters, range shooters or bona fide handgun collectors.

On fiscal issues, Mr. Harper gets the nod. While Mr. Martin has kept Canada out of deficit, this accomplishment masks the fact that spending has skyrocketed under his watch. In 2004 -- the Martin government's first full year -- program spending rose more than $21-billion, almost as much as in the final three fiscal years of the Chretien government combined. Last year, the Martin government raised spending by 15%, five times the budgeted increase. And given the Liberals' pre-election promises, they could easily end up raising this year's spending by another 15%. That's nearly a one-third jump in two years.

Like all the other national parties, the Conservatives have made their share of expensive promises in the current election campaign. But for sheer profligacy, we doubt Mr. Harper could ever match his Liberal counterpart.

We should emphasize that, despite this newspaper's generally conservative stance, our endorsement of Mr. Harper was not a foregone conclusion. We have sometimes been critical of Mr. Harper in this space. And when Mr. Martin first became prime minister, we positively gushed about his potential.

Unfortunately, Mr. Martin failed to fulfill that potential. On so many issues, where a single gesture of true leadership might have made a real difference, he failed to act decisively. Missile defence, marijuana decriminalization, democratic reform, health-care liberalization: On each, progress has been paralyzed because Mr. Martin has fretted about displeasing one constituency or another. Even on one of the few issues where he was decisive, gay marriage, he could not bear to act without the fig leaf of a deliberately misrepresented Supreme Court judgment to justify it.

The Prime Minister ousted Jean Chretien and won the Liberal leadership by promising he could be all things to all people. But he did not realize -- as true leaders do instinctively -- that this is not the way to govern once you have the top job. A prime minister cannot simply hew to the exact geometric center of his party and country, and call that leadership. Sometimes, you have to follow your values. And Mr. Martin has reached the stage where few Canadians have any idea what those values are. We certainly do not.

This failure of leadership has manifested itself in the type of election campaign the Liberals have run -- both in 2004 and now. In both cases, rather than advance his own agenda, Mr. Martin has focused on tearing down Mr. Harper, denouncing any deviation from his own professed belief in doctrinaire social liberalism as un-Canadian.

The more scared Mr. Martin and his advisors have become, the more heresies he has claimed to have found in his opponent's allegedly "radical" agenda. The result has been that, over time, Mr. Martin's own vision of Canada has become more and more cramped -- to the point where it now seems to exclude everyone but left-leaning urban dwellers who support gay marriage, loathe all guns and regard the United States with hostility.

Indeed, it is now Mr. Harper -- once caricatured as a narrow-minded Alberta populist -- who has the broadest appeal across Canada. Obviously, a Conservative victory would go a long way toward reassuring the West that Ottawa-Hull is not hostile territory. But federal relations with Quebec would also benefit. While we agree that Mr. Martin responded well to Adscam, vesting Justice John Gomery with broad powers to get to the roots of the scandal, there is no doubt that the scandal severely damaged the Liberal brand in that province. And the Liberals' clumsy handling of the recent income trust issue only reinforced the impression that the party still puts its own interests ahead of the public's. Far from threatening the break-up of Canada, as Liberal attack ads would have us believe, Mr. Harper may be just the man to reverse the recent separatist surge.

In order to do that, however, Mr. Harper should be dealt as strong a hand as possible by Canadian voters. For the Conservatives to govern successfully, best that they not have to bargain for support either from the separatist Bloc or from New Democrats on the far-left of the country's political spectrum. Neither party represents a natural ally for a government with an ambitious agenda of conservative reform. For that reason, we hope the Conservative Party of Canada receives a majority mandate.

Whatever happens on Jan. 23, Stephen Harper deserves credit for bringing the conservative movement in Canada to this point. As recently as 2003, conservatives were split between two bickering parties with very different cultures. It is a testament to his strong leadership that the party now appears so united and professional. Throughout it all, Mr. Harper has been subject to criticism -- not least, from us -- in regard to his style and tactics. He has borne such criticism with dignity, and has diligently kept to his message that this country can do better. He has certainly convinced us. And we hope he has convinced Canadian voters as well.




C'est ça, la démocratie

Pratte, André
La Presse jeudi 19 janvier 2006

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a entrepris de mettre en garde les Québécois contre l'enfer que représenterait un gouvernement conservateur. Le parti de Steven Harper, affirme-t-il, ne partage pas les mêmes valeurs que les Québécois, s'oppose au protocole de Kyoto, a voté contre un rôle accru du Québec sur la scène internationale, n'a pris aucun engagement chiffré relatif au déséquilibre fiscal... Ce tournant pris par la campagne bloquiste suscite une question troublante: si un gouvernement Harper risque d'être à ce point néfaste pour le Québec, pourquoi diable les bloquistes se sont-ils tant démenés pour faire tomber les libéraux?

M. Duceppe expliquait à l'époque que le PLC n'avait plus l'" autorité morale " pour gouverner. Il soutient aujourd'hui que les conservateurs ont été impliqués dans l'affaire d'Option-Canada, autrement dit qu'ils n'ont pas non plus l'autorité morale pour gouverner. D'où la même question: pourquoi avoir forcé la tenue d'élections si un changement de gouvernement n'allait pas servir les intérêts du Québec?

Quand le journaliste Pierre Maisonneuve, de Radio-Canada, lui a demandé hier matin s'il serait préférable que le prochain gouvernement fédéral soit majoritaire ou minoritaire, Gilles Duceppe a répondu: " Moi, je vous dirai qu'on n'a pas de décision sur ça. Les Canadiens décideront, il faudra respecter ce choix. " Puis, M. Maisonneuve l'a interrogé sur sa préférence, un gouvernement libéral ou conservateur. Réponse du chef bloquiste: " Ça sera le choix des Canadiens. Ici, moi, je m'occupe du choix des Québécois. "

" C'est ça, la démocratie ", a ajouté M. Duceppe. Voilà une bien curieuse conception de la démocratie selon laquelle les Québécois devraient céder le choix de ceux qui les gouverneront aux Canadiens des autres provinces.




Être dans la parade

Gagnon, Lysiane
La Presse jeudi 19 janvier 2006

Gilles Duceppe avait peut-être raison de prédire que les libéraux " disparaîtraient " de la carte électorale du Québec... mais il avait tort de croire que cela se ferait exclusivement au profit du Bloc.

Or, il se trouve que ce sont les conservateurs qui sont en train de tirer les marrons du feu. Le sondage CROP, dans La Presse d'hier, en fournit une saisissante illustration: le Bloc, qui récoltait 53 % des intentions de vote au début de la campagne, n'en a plus que 39 %! Durant la même période, l'appui au PCC augmentait de 9 à 25 %.

Même l'hégémonie traditionnelle du Bloc chez les francophones a fondu, passant de 61 % à 46 %. D'autres maisons de sondages, comme Ekos, ont enregistré la même tendance au cours des derniers jours.

Le Bloc tirera quand même son épingle du jeu lundi prochain, parce qu'étant bien plus riche et mieux organisé que les candidats du PCC au Québec, il sera beaucoup mieux en mesure de " faire sortir " son vote. Mais cette baisse soudaine de l'appui populaire, si elle se confirme, constituera une défaite morale pour les bloquistes et l'ensemble des souverainistes.

En effet, leur grand objectif était moins de faire élire davantage de députés que de franchir le seuil magique des 50 %. En juin 2004, le Bloc avait récolté 48,8 % des suffrages, la marge à combler était mince...

À quelques années (peut-être) d'un troisième référendum, un appui de plus de 50 % aurait apporté un bel élan au mouvement souverainiste. L'effet, notons-le, aurait été purement psychologique, car on sait que le Bloc recrute une bonne part de ses appuis chez les non-souverainistes. Ces derniers votent " Bloc " au fédéral par sentiment nationaliste et parce que c'est sans danger, mais au référendum- là où le vote compte vraiment- ils pencheraient du côté du NON.

Il n'en reste pas moins qu'un score dépassant les 50 % aurait donné des ailes aux souverainistes. Même sous le leadership de Lucien Bouchard, le Bloc n'a jamais obtenu la majorité absolue des suffrages. Gilles Duceppe avait toutes les raisons d'espérer sortir de cette campagne avec une stature de héros.

Les résultats de ce dernier CROP seront, pour les bloquistes, une déception d'autant plus vive qu'il n'y a pas trois semaines, ils débordaient de confiance. Leur chef s'était même accordé une journée de congé le week-end dernier. D'ailleurs, tous les observateurs étaient unanimes à prédire une double victoire bloquiste.

Pour ce qui est du nombre de circonscriptions, le Bloc restera sûrement, et de loin, le premier parti au Québec. C'est au niveau du vote populaire qu'il pourrait perdre des plumes... si, bien sûr, le scrutin de lundi confirme les résultats des sondages de cette semaine.

Cette baisse des appuis du Bloc au profit du PCC ne s'explique pas par " l'effet Harper ", car Gilles Duceppe est une personnalité bien plus populaire au Québec.

Plusieurs facteurs ont joué, entre autres l'ouverture de Stephen Harper envers le Québec, et le fait que les grands thèmes conservateurs ont rejoint la sensibilité des régions foncièrement conservatrices où l'ADQ était déjà implantée. (Ce n'est pas par hasard que ce soit dans la Beauce et en banlieue de Québec que le PCC est en train de faire un malheur.)

Mais surtout, les Québécois se sont intéressés au PCC quand celui-ci a commencé à mener dans les sondages nationaux et à apparaître comme le futur gouvernement. L'électeur réfugié au Bloc par ressentiment contre les libéraux a trouvé une solution de rechange, en même temps que la possibilité de participer au pouvoir plutôt que de rester cantonné dans l'opposition perpétuelle.

Nul n'a exprimé ce sentiment plus savoureusement que le candidat conservateur dans Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière. Jacques Gourde, un producteur de foin de 42 ans, père de cinq enfants et ancien adéquiste, ne mâchait pas ses mots quand une collègue du Devoir l'a interviewé: " Si le Bloc est assis sur la galerie avec sa caisse de bière en regardant passer la parade, eh bien, nous autres, on est dans la parade! "

Être dans la parade. Participer au pouvoir plutôt que de rester à l'écart, spectateur impuissant d'une pièce montée et jouée par les autres...

Voilà une évolution de bon augure, qui montre que c'est par défaut- parce qu'ils exécraient les libéraux- qu'un certain nombre de Québécois se sont garés dans le parking accueillant du Bloc. Il suffisait que s'ouvre une porte de sortie honorable pour qu'ils quittent l'enclos où ils s'étaient temporairement isolés.




Federal Liberals quietly search for next leader

Don MacPherson
The Gazette (Montreal) January 19, 2006 Thursday

You don't need polls to know which way the election is going.

You know the Liberals are losing badly when their leader falls back to the Liberal stronghold of west-end Montreal late in the campaign, as Paul Martin did on the weekend.

When La Presse, whose editorial page usually favours the Liberals, endorses the Conservatives instead, as it did this week.

And especially when people are laughing at the Liberals, in the parodies of their attack ads that are popping up on television and the web. (The actual, hastily-pulled ad on soldiers - with guns - in the streets - of Canadian cities - was unintentionally hilarious in its own right.) In politics, ridicule does kill.

And you know that Martin is finished as Liberal leader when, even before voting day, people are already campaigning openly for his job.

Martin might not be the only leader who will wake next Tuesday morning with dimmer career prospects. If Bloc Quebecois support continues to slip like a pedestrian on Beaver Hall Hill yesterday, Gilles Duceppe might no longer be such an appealing replacement for Andre Boisclair should the latter falter as leader of the Parti Quebecois.

But back to the Liberal leadership. If you snooze, you lose. And an aspiring party leader who waits for the position to be officially vacated before he starts campaigning for it often finds he has waited too long.

The next Liberal leadership campaign went public last week, when party heavyweights passed up the English-language television debate to catch Michael Ignatieff in Toronto offering his services as a "champion" for Quebec federalists.

This was triply presumptuous since a) Ignatieff, though bilingual, is a Toronto anglophone not widely known in Quebec; b) he has never before run for office, and c) his election in the Toronto riding of Etobicoke-Lakeshore is not a sure thing.

Also, former Liberal ministers John Manley and Martin Cauchon, who are not running in this election, have leadership websites.

Less publicly, the phones are being worked by or on behalf of these and other potential candidates, who include Brian Tobin, former minister and premier of Newfoundland.

It has even been reported that Bob Rae, former New Democratic premier of Ontario, whose brother John is an influential Liberal, is interested in the job.

The early favourite in a weak field is Frank McKenna, current ambassador to Washington, appointed by Martin, and former premier of New Brunswick. McKenna is believed to have the backing of the party faction that overthrew Jean Chretien in a bloodless coup and installed Martin as leader. And McKenna was the most popular of the choices offered in an Ipsos-Reid-CanWest Global poll last week.

Even so, McKenna was the choice of only 17 per cent of Canadian voters. followed by Tobin at 13 per cent, with 43 per cent expressing no preference. At this early stage, name recognition alone might explain McKenna's apparent lead.

And is he the right man for the job? The priorities for the next Liberal leader must be party unity and Quebec.

He - or she - must be able to bring an end to the civil war between the houses of Chretien and Martin that are one reason the Liberals are losing the election (and one reason why Martin himself must go). And the next leader must be able to reform, renew and rebuild the party in Quebec, and reconnect it with French-speaking Quebecers.

McKenna, who speaks French but with a strong accent, is best remembered in this province for helping to kill the Meech Lake constitutional accord recognizing Quebec as a distinct society by trying to improve it. He is the Boy Scout who helped the little old lady trying to cross the street into the path of an oncoming bus, And he is identified with the Martin clan.

But he's not the only contender with problems in this province. Tobin is not fluent in French and was one of the leading instigators of the 1995 referendum love-in in Montreal that violated Quebec law and that some Quebecers, not all of them sovereignists, consider an intrusion into their affairs.

The quixotic Rae is Ontario's earlier, left-wing version of Jean Charest, his government elected by accident and taking only one term to run itself into the ground.

Cauchon is a potential candidate only because it's party tradition to alternate anglophone and francophone leaders.

And the untested Ignatieff is a potential candidate only because the other choices are so uninspiring. Only in his dreams, and those of his English-Canadian admirers, is he the updated version of Pierre Trudeau that the party needs in Quebec.




Bénéficiaires d'Option Canada à Québec
Deux poids, deux mesures pour deux anciens cadres

Lessard, Denis
La Presse jeudi 19 janvier 2006

Québec - Au cabinet de Jean Charest tout comme à celui de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, on ne pouvait expliquer la différence entre le sort réservés à deux anciens cadres du Conseil de l'unité canadienne qui ont reçu des fonds d'Option Canada et qui sont actuellement mandataires du gouvernement du Québec.

Tout comme Jocelyn Beaudoin, le directeur général du Conseil de l'unité canadienne à l'époque du référendum de 1995, Alfred Pilon, a reçu des fonds d'Option Canada dans les semaines précédant et suivant la campagne référendaire de 1995. M. Pilon était, comme M. Beaudoin, un employé salarié du Conseil pour l'unité canadienne- il agissait comme directeur général pour le Québec. Pas plus que M. Beaudoin la semaine dernière, M. Pilon n'a répondu aux appels de La Presse.

Nommé représentant du Québec à Toronto, M. Beaudoin a rencontré son patron, le ministre Benoît Pelletier, la semaine dernière. D'un commun accord, a-t-on fait savoir par communiqué, les deux hommes ont convenu que M. Beaudoin devait être suspendu de son poste le temps que le directeur général des élections ait transmis les conclusions de son enquête au gouvernement. M. Beaudoin avait reçu 24 000 $ d'Option Canada, une facture payée le 13 décembre 1995, selon les documents rendus publics par Normand Lester et Robin Philpot il y a deux semaines.

M. Pilon, nommé par Québec à la tête de l'Office franco-québécois pour la jeunesse dès l'arrivée des libéraux au pouvoir en 2003, a, selon les mêmes états de comptes, reçu aussi environ 20 000 $ d'Option Canada, une entité formée à partir d'un programme du Conseil pour l'unité canadienne. Comme pour M. Beaudoin, encore une fois, les transactions n'ont pas été réalisées en octobre, durant la campagne référendaire proprement dite.

Au cabinet du premier ministre Charest, cette semaine, la porte-parole, Virginie Faucher, a soutenu ne pas savoir pourquoi on avait eu des traitements différents pour ces deux hauts fonctionnaires québécois. " C'est justement pourquoi on a demandé à un enquêteur de faire toute la lumière sur ce qui s'est passé ", a-t-elle dit. Directeur général pour le Québec du Conseil de l'unité canadienne de 1994 à 1998, M. Pilon était devenu par la suite le premier chef de cabinet de M. Charest, alors chef de l'opposition.

Du cas par cas

Du côté de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, responsable de l'Office franco-québécois pour la jeunesse, la porte-parole Valéry Langlois expliquait que, " dans le cas de M. Pilon, on a décidé de travailler les choses autrement. Jusqu'à maintenant il n'est pas en défaut, il fait bien son travail pour nous ". " On fait du cas par cas ", a-t-elle ajouté quand La Presse lui a rappelé que rien jusqu'ici ne montrait que M. Beaudoin avait été davantage " en défaut " que son ancien collègue du CUC. " Dans le cas de M. Beaudoin, le cas semblait plus litigieux et beaucoup moins clair ", a-t-elle ajouté.

" M. Pilon était dans le groupe des gens qui allaient être sous enquête, et s'il y a des suites à donner, ce sera fait ", a-t-elle ajouté. Sa participation n'avait pas été relevée explicitement dans le livre sur Option Canada, souligne-t-elle.




Souveraineté: Boisclair minimise l'impact des conservateurs

Dutrisac, Robert
Le Devoir jeudi 19 janvier 2006

Québec - Le chef du Parti québécois, André Boisclair, prévoit qu'une victoire des conservateurs le 23 janvier, qu'ils forment un gouvernement minoritaire ou majoritaire, aura un «impact neutre» sur la marche vers la souveraineté.

«On a regardé tous les scénarios» relatifs à la campagne électorale fédérale, a indiqué André Boisclair au cours d'une conférence de presse qui suivait un discours qu'il a prononcé devant quelque 500 étudiants de l'Université Laval. «Le résultat de la prochaine élection fédérale va avoir, à mon avis, un impact neutre sur la marche des souverainistes», a-t-il soutenu. «Le plan de match des souverainistes ne sera pas modifié au lendemain de cette élection.»

La perspective d'une alliance entre un gouvernement Harper majoritaire et le gouvernement Charest sur la question du déséquilibre fiscal, notamment, ne l'empêche donc pas de dormir. Mais M. Boisclair a tout de même tenu à mettre en garde les Québécois contre le glissement dangereux que représente Stephen Harper. «Il y a un danger dans le glissement qui s'opère. Le danger est le suivant: c'est que M. Harper est aussi dangereux que M. Martin. M. Harper refuse de chiffrer le déséquilibre fiscal.»

M. Boisclair a évité de commenter les derniers sondages et surtout le dernier sondage CROP, selon lequel le Bloc québécois ne recueillerait que 39 % des intentions de vote. Les électeurs, selon lui, n'ont pas obtenu toute l'information requise de la part des conservateurs. «Ça donne des mouvements comme ceux qu'on a connus au lendemain de l'élection de M. Charest, des mouvements du genre "J'ai jamais voté pour ça"», a-t-il dit en faisant référence au mouvement de grogne suscité par le gouvernement Charest dès l'automne 2003.

«Chant des sirènes»

Comme il l'avait fait mardi à Sherbrooke, M. Boisclair a mis en garde les Québécois contre «le chant des sirènes» que représente l'ouverture promise par M. Harper à l'endroit des Québécois. «Ce n'est pas une troisième voie, c'est un cul-de-sac», a-t-il affirmé. Le chef péquiste a parlé du «prix à payer» pour régler le déséquilibre fiscal, qui consisterait à renoncer à des valeurs essentielles et à accepter de rouvrir des débats sur les questions des jeunes contrevenants, du protocole de Kyoto et du mariage entre conjoints de même sexe.

André Boisclair, qui a décidé de se montrer plus présent dans la campagne électorale d'ici lundi, a tenu à défendre la pertinence de la présence du Bloc à Ottawa. Devant les étudiants, il a rejeté «l'argument de ceux qui disent que nous serions condamnés à l'éternelle opposition impuissante».

Le nouveau député de Verchères, Stéphane Bergeron, a été assermenté hier au Salon rouge en présence de M. Boisclair et de la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, et a lui aussi dû s'exprimer à propos de la pertinence du Bloc. Cette recrue, qui a été député bloquiste pendant 12 ans avant de faire le saut à Québec, a eu une étrange réponse. «Lors de mon assemblée d'investiture, au mois d'août dernier, j'ai précisé que n'eût été de l'expérience que j'ai acquise à Ottawa comme parlementaire, ma pertinence serait nulle comme député du Parti québécois», a-t-il dit, comme si seul un ancien député bloquiste pouvait faire un bon député péquiste.

Devant les étudiants, André Boisclair a énoncé quatre arguments pour voter en faveur du Bloc. Il a cité la qualité du travail des députés bloquistes, qui ne sont pas impuissants et dont «la seule loyauté est celle des intérêts des Québécois». En outre, leur honnêteté et leur droiture les distinguent des fédéralistes qui ont cherché à acheter le vote des Québécois lors du référendum de 1995 avec Option Canada, a-t-il fait valoir. En raison de leur participation à Option Canada, les conservateurs doivent être punis autant que les libéraux, a avancé le chef péquiste.

M. Boisclair a ensuite dénoncé la promesse non chiffrée de M. Harper sur le déséquilibre fiscal. «On en a assez de se faire remplir comme on s'est fait remplir en 1995 et comme on s'est fait remplir à l'élection provinciale», a-t-il lancé. Enfin, le chef péquiste s'en est pris à l'engagement des conservateurs de respecter les ententes avec Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse sur les revenus tirés de l'exploitation pétrolière qui ne viendront pas diminuer le montant de péréquation qu'elles percevront. Cette entente sur la péréquation est injuste pour le Québec, estime André Boisclair.




Rusty Tory machine creaking in Quebec

Brian Laghi
The Globe and Mail Thursday, January 19, 2006

Conservatives say they may have difficulty cashing in on their new-found popularity in Quebec because they don't know who many of the voters are and they face problems getting some of them to the polls.

The lack of organization will force the party to focus hard on 10 to 12 seats it thinks it can win, but it will have to rely on momentum to take a second tier of seats where it has little or no organization.

An individual familiar with the campaign acknowledged yesterday the party may "leave votes on the floor" because of an inability to identify and deliver supporters to polling stations Monday.

Recent opinion polls have the Tories hovering around 30 per cent in popular support in Quebec, but capturing that level of the vote will be difficult because the spadework required to deliver it has not been done. The Conservatives have been in decline in the province since 1993, save for electing a handful of members in 1997 under then-Tory-leader Jean Charest.

Sources told The Globe and Mail that traditional voter-identification that takes place between and during election campaigns was essentially not done in the province because the Tories ran so far behind the Liberals and the Bloc Québécois in 2004 they didn't think it was worth the investment.

The Tories received just 9 per cent of the vote in Quebec last time around and won no seats there.

According to sources, only those ridings in which the Tories came close were marked for voter identification, a process in which workers phone people in certain ridings to see which ones might support them. Without such identification, organizers don't know who to usher to the polls on voting day.

The Tories also expect difficulty in attracting scrutineers, workers who observe voting procedure to ensure its fairness.

"It's hard to get out the vote, if you don't do your homework," said one Conservative who asked to remain unidentified.

Party officials also had difficulty building lists of supporters because there is no provincial Conservative Party from which to draw information.

The Tories have been co-operating with members of Mario Dumont's Action Démocratique du Québec, but have strong crews only in the dozen or so ridings they feel they can win. Those include constituencies in Quebec City, the Eastern Townships and on the Ottawa-Quebec boundary.

In part to compensate for the organizational shortfalls, party officials have redoubled efforts to buy substantial television, radio and newspaper advertising in Quebec.

The party has recently increased its advertising on the western portion of the Island of Montreal and also spent a substantial amount in the 418 area code around Quebec City.

The Conservatives have some strong prospects for victories in the Quebec City area, but very little in Montreal, sources say, even though they now lead the Liberals in Montreal in the polls.

One source said he expects the party might try to increase its radio ads in Quebec in an effort to get individuals to the polls.

One of the few organizational positives for the Conservatives was left them by former Tory Belinda Stronach, who called on the services of a group of former Progressive Conservatives in Quebec to help her leadership campaign against Stephen Harper.

One of those former PCs said yesterday that the lack of organization would probably have a more significant effect on a provincial campaign, where riding populations are smaller.

However, in a federal battle, a party's message tends to have a greater effect on the outcome, the worker said.




Bouclier antimissile : les Américains comptent sur Harper

Sirois, Alexandre
La Presse vendredi 20 janvier 2006

Washington - Si Stephen Harper est porté au pouvoir la semaine prochaine, on s'attend à Washington à ce que le Canada puisse enfin dire oui au bouclier antimissile américain.

Une poignée d'experts des relations entre les deux pays, réunis hier à Washington, ont dit prévoir que le chef conservateur renversera la décision prise par Paul Martin sur cet enjeu controversé.

" Des divers dossiers qui tiennent le haut du pavé actuellement, c'est dans celui du bouclier antimissile qu'un changement de direction est le plus probable s'il y a un changement de gouvernement ", a déclaré à La Presse l'ancien ambassadeur américain à Ottawa, Gordon Giffin.

Cet ancien diplomate a été interrogé en marge d'une discussion sur les élections canadiennes, organisée par le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS), un institut de recherche réputé de la capitale.

Lors de cet échange public, M. Giffin a dit croire que même la Maison-Blanche s'attend à un changement de cap du gouvernement canadien dans ce dossier, advenant une victoire de M. Harper.

Le directeur du Centre des études canadiennes de l'Université Johns Hopkins, Charles Doran, a lui aussi estimé que le sujet du bouclier antimissile sera remis sur le tapis par un gouvernement conservateur.

" Si la Grande-Bretagne, le Japon et l'Australie ont accepté, je soupçonne qu'il y aura des gens qui diront: pourquoi est-ce que le Canada ne participerait pas d'une quelconque façon ", a-t-il déclaré.

M. Doran a par ailleurs affirmé qu'il y aura un " changement d'atmosphère " à Washington si M. Harper est élu. On sera, selon lui, vraisemblablement plus chaleureux à l'égard d'un gouvernement conservateur.

Si bien que le plus récent litige entre les deux pays, au sujet de l'obligation de posséder un passeport ou une carte d'identité spéciale pour traverser la frontière, pourrait être l'un des premiers à se régler. " Je prévois qu'il y aura possiblement des progrès dans ce dossier ", a-t-il ajouté.

L'avis des deux spécialistes américains sur le bouclier antimissile a été partagé par Louis Bélanger, professeur québécois de sciences politiques qui effectue un séjour d'un an à Washington. " Les conservateurs vont vouloir revoir l'engagement du Canada, a-t-il indiqué. Je pense que (l'enjeu) sera ressuscité par Harper au moment qu'il juge opportun. "

Frank McKenna

Les experts ont par ailleurs reconnu que l'actuel ambassadeur canadien aux États-Unis, Frank McKenna, pourrait être tenté de quitter son poste si M. Harper triomphe. Il est pressenti comme l'un des successeurs de M. Martin à la tête du Parti libéral.

S'il ne part pas, il devra possiblement trimer pour être aussi efficace à Washington, a fait remarquer M. Giffin. Ce dernier, nommé à Ottawa par le président Bill Clinton, est demeuré en poste pendant quelques mois après l'arrivée de George W. Bush au pouvoir. " Durant cette période, personne n'a pensé que j'avais un impact quelconque sur les décisions prises (à Washington) quant à la relation entre nos deux pays, a-t-il dit. Les gens avaient raison. Je ne savais pas où téléphoner! Et si je l'avais su, on n'aurait pas pris l'appel. "




Those daring Canadians; Canada - And why they should vote Conservative this time

The Economist
21 January 2006

AS THEY made clear when America had one in the 18th century, Canadians do not much like revolutions. But if the pollsters are right, something that will pass north of the 49th parallel for a revolution is indeed about to occur. In the general election due on January 23rd (see page 49), Canadian voters seem set to sack their Liberal government and put the Conservatives back into power for the first time in 12 years.

On the face of it, the sacking seems perverse, and ungrateful. The Liberals have given Canada a long period of stable politics, enlightened social policy and economic growth, boosted lately by the world's growing appetite for Canada's plentiful energy and natural resources. Although the prime minister, Paul Martin, has had the top job only since the end of 2003, he gave a stellar performance as finance minister in the years before that, restoring order to public finances the Tories had left in chaos. By comparison, his Conservative challenger, Stephen Harper, is an unknown quantity, untested by previous high office and until recently written off as a not especially competent leader of the opposition. In short, barring a last-minute reversion to type as they enter the polling stations, Canadians seem to have decided to take a gamble. Gambling will be out of character. It will also, on this occasion, be right.

The Liberals have done many good things over the past 12 years, but have lately succumbed to the three familiar vices of a party that has been too long in power. The first of these is sleaze. Mr Martin would not be holding this unpopular mid-winter election at all but for the unearthing of a decade-old financing scandal under which public money intended to promote the federal cause in Quebec was diverted to the Liberals and their cronies. The second is fractiousness. Mr Martin became prime minister only after mounting a palace coup against his predecessor, Jean Chrétien. Instead of uniting around the new leader, the party thereupon coalesced around two sullen and unforgiving camps. The last is directionlessness. However stellar his performance as a finance minister, Mr Martin has failed as prime minister to convey a sense of policy priorities to his demoralised civil servants or of national purpose to Canadians at large.

The vices of prolonged incumbency might be enough to persuade voters in almost any democracy that it was time for a change. But Canada has another reason on top of this to welcome a Conservative victory. Over recent years, many people in western Canada, where the Conservatives are strongest, have come to believe that their part of the country does not get a fair hearing in Ottawa, where national politics is traditionally dominated by Ontario and Quebec, and the latter's constant talk of secession. Westerners ruefully note that since 1968 Canada has spent 36 years under prime ministers who come from Quebec, or represent constituencies in Quebec, and a mere 15 months under prime ministers from the west. As an adopted westerner, Mr Harper might therefore be in a good position to inject new unity into a federation under strain.

Much depends, of course, on what Mr Harper and his party actually do with victory if they win. The Liberals portray the Conservatives as sinister social extremists, intent on importing dangerous neo-conservative ideas from the United States. In the election of June 2004, this line played well, not least because of the extreme unpopularity of George Bush in Canada. Half way through the campaign, voters switched away from Mr Harper for fear that he would turn too sharply right on economic, social and perhaps even foreign policy.

This time, Mr Harper has been cannier, moving to the centre where Canadians feel comfortable. Though the Conservatives say they will cut some taxes, the Liberals have proposed tax cuts too. And Mr Harper has made it plain that he will do nothing too radical to Canada's generous welfare model or cherished public health service. If he is to be believed, a somewhat left of centre government will be superseded by a somewhat right of centre government. Contrary to what the Liberals say, this will not turn Canada into the United States. Indeed, by America's standards, Canada's gamble may turn out to be a pallid affair. All the more reason to risk a flutter.




Conservatives' rise is problem for separatist bloc in Quebec

Bernard Simon
The Financial Times 20 January 2006

Bernard Simon on changing perceptions of what the Tories would mean for federalism

Daniel Fournier recalls that when he decided last April to stand as a Conservative candidate in the Montreal suburb of Outremont "there were not a lot of people, including my family, who thought it was a great idea".

Now, says Mr Fournier, a Rhodes scholar who made his career in property investment, "they see what I had in mind".

Mr Fournier is still given only an outside chance of victory in next Monday's general election. The sitting Liberal member of parliament is the most senior Quebec minister in the current cabinet, while the separatist Bloc Quebecois and the left-of-centre New Democrats have also fielded strong candidates.

Yet Mr Fournier and the Conservatives have drawn some unexpectedly strong support.

According to the polls, the Tories will gain enough votes across Canada next Monday to end 13 years of Liberal rule.

The biggest surprise has been their breakthrough in Quebec.

They have been virtually shut out of the French-speaking province since 1993 and not one of their 98 current MPs is from Quebec. But a Decima Research poll earlier this week showed Tory support at 25 per cent, up from less than 10 per cent at the beginning of the campaign.

The Bloc remains set to win an overwhelming majority of Quebec's 75 seats. With the federalist vote split between Tories and Liberals, the Bloc may even gain more than the 53 it currently holds.

But the Conservative surge could deprive separatists of the majority of votes cast that they seek to set the stage for a third independence referendum.

According to the Decima poll, the Bloc has the backing of 45 per cent of decided voters. In recent days, Gilles Duceppe, the Bloc leader, has back-pedalled from the previous 50 per cent target.

The Conservatives are presenting themselves as a third choice for Quebeckers reluctant to back either the separatists or Liberals.

The Liberals are paying a heavy price for the misappropriation of millions of dollars of federal funds used to finance an anti-separatist advertising and sponsorship campaign around the time of the last independence referendum in 1995.

The Tory leader, Stephen Harper, has told Quebeckers that the Tories present an alternative to "a government that uses support for federalism as an excuse for corruption, and an opposition that uses corruption as a rationale for keeping separatists in a parliament they promised to leave".

Mr Harper has spent much of the final week of the campaign in Quebec, culminating in a rally in Montreal on Wednesday that drew about 1,000 people.

Andre Pratte, chief editorial writer for La Presse, says: "What has changed is that Mr Harper and the Conservatives have moderated some of their views and have opened up a little more towards Quebec."

Mr Harper has captured attention by promising to address two recurring complaints from Quebec city: the Liberals' reluctance to devolve more powers to the provinces, and the vast budget surpluses piled up by the federal government even as some provinces, including Quebec, struggled to balance their books.

The Tories' promise of extra autonomy "rings a solid bell in the western provinces, and an even stronger bell in Quebec", says Alain Gagnon, a political science professor at the University of Quebec in Montreal.

As for the "fiscal imbalance", Mr Gagnon says: "We have no idea how many dollars will be put on the table, but at least there is a more open discussion."

Two months ago the conventional wisdom was that a Conservative government, with its centre of gravity in western Canada, would spell disaster for the federalist cause in Quebec.

But a sense has taken hold that a Conservative government in Ottawa might spike some separatist guns. "The more successful Harper is, the more trouble there is for these guys," Mr Gagnon says.

In an editorial endorsing the Tories this week, La Presse said: "It is unhealthy that the Bloc has the dominant number of Quebec members of parliament. By voting massively for this party, Quebec voters exclude themselves from the government of Canada."

Tory gains would also bolster Quebec's Liberal premier, Jean Charest, a strong federalist who was formerly a Conservative cabinet minister in Ottawa. But the Conservatives face some risks. With the prospect of winning only a handful of seats in Quebec, Mr Harper may have difficulty finding talented cabinet ministers from the francophone province. If necessary, he is expected to name appointed members of the Senate to his cabinet. Furthermore, a Tory landslide next Tuesday raises the risk that western Canadian rightwingers in the caucus will have the bit between their teeth. Some oppose official bilingualism and other concessions to Quebec.

According to Mr Gagnon, the Tories will be better off in Quebec if they form a minority government with policies tempered by the Liberals, the left-leaning New Democrats and even the Bloc.




Back to Quebec's bleu roots

Alain Dubuc
National Post January 20, 2006 Friday

MONTREAL - Before the winter holidays, two political scenarios in Quebec delighted sovereigntists and aroused panic among federalists. But a few weeks later, nothing remains of those fine theories.

The first scenario was that the Bloc Quebecois would pick up more than 50% of the Quebec votes in this federal election, reaching a magical threshold. This sweep would be the first of three steps in a glorious march to sovereignty, opening the way to a victory of the Parti Quebecois in the coming provincial election, and then quickly on to a winning referendum.

The second scenario was a Conservative victory that would put in power a government cut off from Quebec, creating a crisis situation of the kind that sovereigntists dream about.

That was then. We now know that none of that will happen. The Bloc may gain a few seats thanks to federalist vote-splitting, but it will not make the 50% mark in the general vote, and may actually lose some support. Meanwhile, the blue wave that is rolling over Canada is touching Quebec, albeit on a smaller scale. Though it started by hurting the Liberals, the Bloc Quebecois is suffering, too. That shows that a large number of Quebecers do not regard Stephen Harper as a menace.

What is the explanation for this Conservative success? Three phenomena are at work.

The first factor is the sovereigntist bubble. Sovereigntism is an important force in Quebec, but for three years it has been artificially inflated. The Bloc's support is considerably greater than the strength of sovereigntism because the party has benefited from the wind blowing against the federal Liberals, attracting both soft nationalists and disillusioned Liberals. That support is extremely fragile, so it did not take much to prick the bubble.

There is a message here for the Parti Quebecois, too, which went all-out to help the Bloc. Its current popularity is due less to a change in Quebecers' convictions than to the unpopularity of both the Ottawa and Quebec City Liberals. The momentum sovereigntist strategists fantasize about is just not there.

The second phenomenon is that this campaign has reawoken a bleu current. Urban analysts forget this deep political reality: a strong conservative nationalist current, often rural, the heir of the Union Nationale, which Brian Mulroney mobilized in 1984, and which appeared in the glory days of the Action democratique du Quebec (ADQ). These bleus are deserting the Liberals and the Bloc; a good example is the support of the ADQ leader, Mario Dumont, for Stephen Harper.

The third phenomenon is Stephen Harper's concept of federalism, his recognition of a fiscal imbalance with the provinces and promise to eliminate it, his respect for the provinces' jurisdictions and his openness to their international role. Quebecers think this is a commitment to Quebec, but in fact it is a view he wants to apply to all the provinces.

Mr. Harper's articulation of his vision of Canada has ended the Liberals' monopoly on national unity by proposing a credible alternative. And it has made the Conservatives a national party that can put down roots everywhere.

Stephen Harper's victory can't be compared to the beau risque of Rene Levesque, who gave his support to Brian Mulroney because Mr. Mulroney wanted to make offers to Quebec and restore Canadian constitutional collegiality. But Mr. Harper's provincialist concept of Canada, which comes out of the Alberta tradition, is close to Quebecers' -- close enough to be a basis to work from, enticing Quebecers -- most of whom still want to stay in a Canada that is capable of renewal. This promises more productive relations between Ottawa and Jean Charest's provincial government.

Surprisingly, Stephen Harper's origins, which people often see as a handicap, can be an advantage. If he wins on Monday, he will be the first anglophone prime minister of Canada from an anglophone province since Lester B. Pearson almost 40 years ago (except for the cameo appearances of Joe Clark, John Turner and Kim Campbell).

This is healthy for a democracy and could facilitate franker and more fruitful dealings between Canada and Quebec.




20 ans en arrière... - Le Parti conservateur deviendra-t-il le fossoyeur du protocole de Kyoto?

Steven Guilbeault, directeur de Greenpeace
La Presse vendredi 20 janvier 2006

" L'humanité procède à une expérience involontaire, incontrôlée et dangereuse dont les conséquences s'apparentent à celles d'une guerre nucléaire mondiale " (traduction libre). Cette citation semble tirée tout droit d'un communiqué de presse de Greenpeace ou d'Équiterre. Pourtant, il s'agit de la conclusion de la Conférence de Toronto de 1988 sur les changements climatiques, une conférence coprésidée par... Brian Mulroney, premier ministre du Canada et chef conservateur.

Cette conclusion a de quoi surprendre, d'autant plus qu'elle remonte à une époque où les connaissances scientifiques sur les impacts des changements climatiques étaient à des années-lumière de leur niveau actuel.

De l'avis de plusieurs, la conférence de Toronto de 1988 a servi de fer de lance aux négociations internationales qui ont mené à l'adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1992, puis à l'adoption du protocole de Kyoto en 1997. Lors des négociations de 1992, le Canada était représenté par Jean Charest, ministre de l'Environnement conservateur.

À la veille de l'élection du prochain gouvernement fédéral, plusieurs s'interrogent sur les intentions de Stephen Harper quant au protocole de Kyoto. Il faut dire que, durant l'année 2005, M. Harper est resté pratiquement muet sur cet enjeu. Pourtant, en 2002, M. Harper était on ne peut plus explicite: " En ce qui concerne l'accord de Kyoto, nous serons le seul parti à la Chambre qui non seulement s'opposera à sa ratification, mais exhortera les provinces et tous les autres qui sont en mesure de l'appliquer à le rejeter, et nous nous engageons pour notre part à abroger cet accord à la première occasion. "

George W. Bush

Au cas où M. Harper et ses acolytes pensent que le retrait, par le Canada, du protocole de Kyoto passerait comme une lettre à la poste, l'exemple des États-Unis devrait lui porter conseil. En effet, lorsque le président Bush a décidé de refuser de ratifier le Protocole, en 2001, ses conseillers lui auraient dit qu'une petite tempête médiatique suivrait cette annonce, mais que le calme reviendrait rapidement. Cinq ans plus tard, force est de constater que le tempête a toutes les apparences d'un ouragan de classe 5!

À l'heure où Kyoto est devenu, même aux États-Unis, le symbole de la lutte aux changements climatiques, les conservateurs de M. Harper voudront-ils faire du Canada un paria en matière d'environnement sur la scène internationale? C'est sous la direction du Parti conservateur que le Canada s'est impliqué dans la lutte internationale aux changements climatiques. Le Parti conservateur deviendra-t-il le fossoyeur du protocole de Kyoto?




Arrêtez Harper!

Buzzetti, Hélène
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

Paul Martin reconnaît être deuxième, mais il croit pouvoir gagner si tous ceux qui rejettent les thèses conservatrices se joignent à lui

Toronto - Le chef libéral, Paul Martin, a reconnu hier pour la première fois de la campagne qu'il tirait de l'arrière et qu'il avait besoin des appuis des néo-démocrates et des verts pour renverser la vapeur et remporter une victoire. Il en appelle à l'union des forces de la gauche pour empêcher l'élection de Stephen Harper.

«Nous sommes en marche, nous marchons vers une remontée remarquable, a-t-il lancé devant une foule d'environ 150 personnes à Oshawa. Qu'il n'y ait pas de doute possible: les chiffres sont en notre faveur. Nous pouvons arrêter Stephen Harper, il n'en tient qu'à nous. Je vous dis: creusez un peu plus creux, allez un peu plus loin, battez-vous un peu plus fort.» M. Martin, qui faisait campagne dans la région torontoise et l'Est ontarien, lance un appel à tout ce qui existe d'électeurs plus ou moins à gauche, à l'exception peut-être des marxistes-léninistes. «Je dis au NPD, aux verts, aux indécis: utilisez votre vote pour arrêter Stephen Harper. Utilisez votre vote pour élire un gouvernement qui va se battre pour ce que vous croyez, vos valeurs, vos priorités. Utilisez votre vote pour élire un gouvernement qui protégera vos intérêts. Votez pour le Canada.» Plus tard, à un événement se déroulant à Belleville, il est même revenu sur le podium pour y livrer cette portion de son message qu'il avait oubliée. «Les quelques votes qu'ils pourraient prendre pourraient faire la différence».

Devant les journalistes, M. Martin s'est bien défendu de recourir à une arme de désespéré. «Pas du tout. Ce n'est pas une élection ordinaire. Jamais on n'a vu un parti politique important avec un programme politique aussi conservateur que celui-ci. Avec un programme qui est vraiment tiré de l'extrême droite des États-Unis. On n'a jamais vu ça!»

Encore des pépins

Le chef libéral a poursuivi sa campagne de peur en brandissant la perspective, sous un gouvernement conservateur, de la réouverture du débat sur le mariage homosexuel et l'avortement. «Ils ont un plan d'action qu'ils pourront utiliser et ce plan d'action, c'est de déposer des projets de loi privés [c'est-à-dire soutenus par un député et pas nécessairement par son parti] à la Chambre des communes pour éventuellement enlever ces droits et éventuellement soumettre ces lois aux tribunaux.» Pendant que le processus judiciaire suivrait son chemin, fait valoir M. Martin, les femmes et les homosexuels vivraient dans l'incertitude.

M. Martin ne précise jamais ce qu'il entend par «le droit des femmes de choisir». Jamais il n'utilise le mot «avortement». En 1990, lors de la course au leadership, M. Martin avait dit à Saskatoon qu'il était personnellement opposé à l'avortement mais qu'il ne servait à rien de l'interdire parce que les femmes se feraient alors avorter illégalement. «Vont-elles l'obtenir [l'avortement] dans un hôpital propre ou clandestinement?», avait-il demandé. Le caucus libéral actuel comprend un contingent significatif de députés pro-vie dont un, Don Boudria, avait même accédé au cabinet des ministres. Le Parti conservateur s'est engagé à ne pas rouvrir ce débat déchirant.

Quant aux mariages gais, M. Martin en a beaucoup parlé devant les médias mais a évité de l'évoquer dans son discours partisan livré aux côtés de ses candidats et députés sortants, Judy Longfield et Wajid Khan. Les deux avaient voté contre la nouvelle définition du mariage en juin dernier. Après le discours de son chef, Mme Longfield a déclaré qu'elle n'hésiterait pas à voter avec le gouvernement conservateur si celui-ci présentait une motion à cet effet. «Je voterais pour préserver la définition traditionnelle du mariage», a-t-elle dit.

Comme quatre autres collègues libéraux avant elle l'avaient révélé au Devoir, la députée de Withby-Oshawa n'appuie pas la promesse de son chef de se débarrasser dès son élection de la clause dérogatoire contenue dans la Charte des droits et libertés. «Il y a une raison pour laquelle cette clause a été incluse. Oui, je crois qu'elle devrait rester là», a indiqué Mme Longfield.

La dissidence se faisait aussi sentir dans le rang des militants présents au rallye. Pendant le discours de M. Martin, où il abordait le rôle bénéfique des tribunaux pour protéger les droits des Canadiens, une militante a crié que les tribunaux «font aussi de la discrimination». Interrogée plus tard par Le Devoir, cette femme a indiqué faire partie du groupe «father 4 justice» qui revendique des droits de garde des enfants égaux en cas de rupture.

«J'ai toujours voté libéral, comme toute ma famille, mais cette fois-ci, nous allons voter conservateur, dit Kris Titus. Ils ont eu 12 ans pour faire quelque chose à ce sujet et ils n'ont rien fait. Ma candidate, Judy Longfield, a entendu nos récriminations et n'a rien fait. Cela en dit long sur sa véritable capacité d'action au sein d'un gouvernement libéral.»

Acheter des votes?

Sur un autre front, Paul Martin a dû défendre la fonction publique fédérale soupçonnée de partisanerie. Depuis deux jours, il s'en prend à Stephen Harper pour avoir désigné les tribunaux et la fonction publique, d'allégeance plus libérale selon lui, comme un garde-fou contre ses propres politiques. Or les événements semblent lui donner raison cette semaine.

Plus de trois millions de bénéficiaires ont reçu ces jours-ci un chèque d'Ottawa pour palier les coûts des frais de chauffage. Cinq millions et demi ont reçu une mise à jour de leur trousse d'impôt soulignant à traits rouges les baisses d'impôt annoncées par les libéraux juste avant le déclenchement des élections. À l'Agence du revenu du Canada, on explique qu'il s'agit d'un processus normal d'envoi de matériel fiscal alors que les contribuables s'apprêtent à compléter leur déclaration de revenus.

Selon la radio de Radio-Canada, qui a dévoilé ces informations, plusieurs citoyens bénéficiaires auraient eu l'impression que le Parti libéral tentait d'acheter leur vote avec l'argent du gouvernement. M. Martin a rejeté catégoriquement ces allégations. «Vous pouvez parler à la fonction publique, qui est impartiale. Pendant une campagne électorale, c'est elle qui décide comment fonctionner. Mais on l'a dit bien avant les élections, qu'on voulait envoyer les chèques le plus vite possible. C'est pour cela qu'on les a annoncés bien avant les élections, élections qu'on pensait avoir au mois de mars.»




Ce que ne disent pas les sondages

Lévesque, Kathleen
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

Les électeurs sondés iront-ils voter? Les partis politiques devront faire leur travail: faire sortir le vote

Malgré la multiplication des enquêtes d'opinion dans tout le pays durant cette campagne électorale, une inconnue demeure: le taux de participation. La chute des uns et la montée des autres pourraient donc être modifiées par ce facteur que les sondeurs mesurent difficilement.

«Si on ne peut pas identifier les votants probables, on peut se tromper lourdement. Tout le monde répond aux sondages, mais ce n'est pas tout le monde qui va aller voter. C'est là toute la difficulté», explique René Pelletier, de la firme de sondage Baromètre.

M. Pelletier a développé un modèle pour distinguer les électeurs qui vont effectivement voter de ceux qui expriment leur préférence mais qui ne se rendront pas nécessairement aux urnes. Ne pas le faire, c'est tenir pour acquis que le comportement des électeurs ressemble à celui de l'ensemble de la population sondée, assure-t-il.

Intérêt à la baisse

En 2004, le Canada a connu le plus bas taux de participation de son histoire, avec 60,9 %. Depuis 20 ans, la participation des électeurs est en baisse constante. Selon Sébastien Dubé, étudiant au doctorat en sciences politiques à l'Université de Montréal, les politiciens sont les premiers responsables de ce je-m'en-foutisme. «L'offre de partis et le comportement de certains politiciens donnent à plusieurs de bonnes raisons de ne pas aller voter», estime M. Dubé.

Jean-Marc Léger, de la firme Léger Marketing, est l'un de ceux qui ont cherché au fil des ans à établir un profil des électeurs véritables. «On sait que moins de 40 % des jeunes de 18-24 ans vont voter. Et globalement, c'est plus de 85 % des gens âgés entre 55 ans et 64 ans qui vont voter», dit-il.

M. Léger affirme d'ailleurs publier des résultats qui tiennent compte de la probabilité que les répondants aux sondages iront voter. «La première influence des sondages, c'est sur le fait d'aller ou non voter. Le sondage ne crée pas un mouvement. Il peut l'accentuer. À partir du moment où tous les sondeurs ont dit que les conservateurs montaient, ç'a créé un effet et les conservateurs ont monté encore plus. Il faut donc être extrêmement responsable quand on présente des résultats», soutient M. Léger.

Participation plus élevée

Lorsque la question est posée directement aux personnes qui participent à un sondage, 85 % d'entre elles disent être certaines d'aller voter, ce qui est loin de la réalité. D'autres questions sur l'intérêt que suscite la campagne électorale, la connaissance que les gens en ont ainsi que leur propre comportement lors de scrutins antérieurs permettent de cibler de façon plus juste qui ira voter. Aux élections de 2004, Léger Marketing avait estimé que le taux de participation s'élèverait à 63 %.

«Nonobstant le temps qu'il fera lundi, on s'attend à un taux de participation plus élevé cette année. Certaines conditions sont à prendre en compte, comme la volonté de changement et la possibilité que le gouvernement soit majoritaire», affirme Jean-Marc Léger.

La sociologue Claire Durand, professeure à l'Université de Montréal, abonde dans ce sens, ajoutant que la sortie des votes sera stimulée dans les circonscriptions où les candidats sont au coude à coude. «Dans les luttes serrées, les partis vont mobiliser des gens pour faire sortir le vote. Donc, le taux de participation risque d'être plus élevé. [...] Mais l'opinion de la population bouge moins vite que les sondages», fait valoir Mme Durand, qui analyse quotidiennement l'ensemble des sondages publiés au Canada.

Projections

À partir des derniers résultats diffusés mercredi, Mme Durand et son équipe analysent qu'au Québec, les conservateurs se situent à 25 % dans les intentions de vote comparativement à 22,5 % pour les libéraux. Quant à la baisse du Bloc québécois, celle-ci s'est accélérée et pourrait se terminer à 37,5 %, soit 10 points sous le résultat obtenu en 2004.

Mme Durand apporte toutefois des nuances à ces analyses. Elle précise qu'il faut tenir compte des réalités fort différentes d'une région à l'autre. «Il y a Montréal et l'autre ROQ ["rest of Quebec"]. Quand on parle de Montréal, c'est tellement une population hétérogène qu'il faudrait avoir un échantillon de 1000 personnes dans chaque comté pour avoir des résultats probants dans un sondage», fait-elle valoir.

Goût du changement

Toujours au chapitre des motivations, René Pelletier rappelle que le goût du changement ressort beaucoup à travers les différents sondages. «La plus grande motivation pour aller voter, ce n'est pas un article de programme, c'est de mettre quelqu'un dehors. On peut être motivé par un sujet en particulier, comme le libre-échange, Kyoto ou les mariages gais, mais le plus universel, c'est le désir de changer de gouvernement. Et à l'heure actuelle, les gens ont plus peur d'une réélection des libéraux que d'une élection des conservateurs», dit M. Pelletier.

Ce dernier précise toutefois qu'il y a des facteurs dont les sondages ne peuvent jamais tenir compte, notamment les organisations en place. «Les conservateurs sont eux-mêmes surpris par leur succès, mais ils n'ont pas nécessairement la machine pour faire sortir le vote. Les fruits sont mûrs, mais il n'y a personne pour les récolter», constate le sondeur.




Péréquation : le Québec pourrait écoper avec la formule du PCC

PC
Le Soleil vendredi 20 janvier 2006

Selon les calculs du ministre québécois des Finances, Michel Audet, ne plus tenir compte des revenus découlant des ressources naturelles non renouvelables dans le calcul de la péréquation versée à chaque province fera perdre 650 millions $ par année au Québec.

Bien que ce retrait fasse partie des engagements qu'ont pris les conservateurs de Stephen Harper, ceux-ci ont toutefois ajouté lors de la campagne électorale que toute révision de la formule de péréquation "ne devra pas avoir de conséquences négatives pour une province".

Selon Dimitri Soudas, porte-parole du chef Stephen Harper, tout calcul à partir du système actuel n'est donc pas "pertinent" pour savoir ce qu'il adviendrait sous un gouvernement conservateur, selon M. Soudas.

Dans un document publié en mai dernier, le ministre québécois des Finances, Michel Audet, soutient que "l'exclusion des revenus tirés des ressources naturelles non renouvelables aurait pour effet de réduire les droits de péréquation du Québec d'environ 650 millions $ par année".

Ce document est une réponse écrite à des questions posées par l'opposition péquiste lors de l'étude annuelle des crédits du gouvernement.

Selon le ministre Audet, cette perte annuelle de 650 millions $ sera plus importante que ce qu'aurait rapporté au Québec l'exclusion des revenus tirés de l'hydroélectricité dans le calcul de la péréquation.

L'analyse de la péréquation faite par M. Audet ne tient pas compte toutefois des révisions que le régime pourrait connaître sous un éventuel gouvernement conservateur à Ottawa.

Plusieurs provinces, dont le Québec, proposent en effet de réviser le système en calculant à partir des données tirées des 10 provinces canadiennes, et non sur celles provenant de seulement 5 des 10 provinces, comme c'est le cas actuellement.

De plus, le ministre Audet croit que "pour comparer la capacité des provinces de financer les services publics qu'elles offrent à leur population, il faut absolument prendre en compte la totalité des revenus d'une province. Sinon, la péréquation compensera les provinces sur la base d'une lecture biaisée de leur véritable capacité fiscale, enfreignant ainsi l'objectif du programme de péréquation".

Au cours de la présente campagne électorale, les conservateurs de Stephen Harper ont pris l'engagement de changer l'actuel système de péréquation en assurant que "les ressources naturelles non renouvelables soient retirées de la formule de péréquation".

L'engagement vise à faire en sorte que les revenus pétroliers que Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse obtiennent de leurs installations off shore ne soient plus pris en compte pour calculer le montant de péréquation auquel ces deux provinces ont droit.

Il faut préciser toutefois que l'engagement conservateur parle d'apporter des changements au calcul de la péréquation "conjointement avec les provinces", ce qui donne à penser qu'on pourrait tenir compte des doléances du ministre Audet.

Le porte-parole du chef Stephen Harper a affirmé qu'un éventuel gouvernement dirigé par son parti fera en sorte que toute révision de la formule de péréquation "ne devra pas avoir de conséquences négatives pour les provinces".

Les calculs du ministre Audet datent de mai dernier. Ils ne visaient donc pas à s'interférer dans la présente campagne électorale fédérale.




Le bicorne de M. Druon...

Marie-Éva de Villers, Auteure du Multidictionnaire de la langue française
Le Devoir vendredi 20 janvier 2006

Libre opinion: «J'ai ouï parler d'une espèce de tribunal qu'on appelle l'Académie française. Il n'y en a point de moins respecté dans le monde car on dit qu'aussitôt qu'il a décidé, le peuple casse ses arrêts et lui impose des lois qu'il est obligé de suivre.» - Montesquieu, Lettres persanes, 1721

L'ancien secrétaire perpétuel de l'Académie française, Maurice Druon, est furieux. Malgré ses admonestations répétées, en dépit de l'opposition de l'auguste assemblée des Immortels, la féminisation des titres et des fonctions est entrée dans les moeurs en France. «Ce n'est pas au Québec que j'irai prendre des leçons de langue française. Que les Québécois fassent ce qu'ils veulent, mais nous sommes chargés de garder la correction de la langue française. Nous n'acceptons pas d'atteintes à la grammaire», a fulminé Maurice Druon sur les ondes de Radio France internationale (RFI) au cours d'un débat sur la féminisation.

Pourtant, la phrase «Madame la ministre est présente» est tout à fait grammaticale, contrairement à celle que préconise le secrétaire perpétuel («Madame le ministre est présente»). C'est justement en prônant le masculin pour un titre désignant une femme que l'on porte atteinte à la grammaire : les plus éminents grammairiens et linguistes de la francophonie ont avalisé depuis longtemps la féminisation des titres. Dans Le Bon Usage, Maurice Grevisse précise que «ce n'est que pour les noms animés que le genre n'est pas arbitraire, parce qu'il est déterminé par le sexe des êtres désignés, du moins pour ce qui concerne, en général, les êtres humains».

«Oui, on peut dire "la ministre"», affirme Henriette Walter, qui rappelle «l'habitude que nous avons d'attribuer une forme féminine à un mot désignant une personne du sexe féminin».

La féminisation des titres s'inscrit parfaitement dans la logique de la langue puisque le genre naturel et le genre grammatical se confondent dans la majorité des cas pour les noms d'êtres animés. Ayant participé aux travaux sur la féminisation de 1986, la regrettée Josette Rey-Debove, des dictionnaires Le Robert, pouvait «affirmer que cette règle est appliquée dans 95 % des cas».

Au Québec, le dossier est clos depuis que l'Office de la langue française a publié en 1979 un avis officiel recommandant la féminisation à la Gazette officielle du Québec, avis qui a été largement suivi. Pour nous, cette question appartient déjà à l'histoire ancienne.

Ironie sur nos origines poitevines

Maurice Druon a profité de l'occasion pour user d'ironie à propos du français du Québec en nous reprochant nos origines poitevines et en se moquant des québécismes originaires de France qui demeurent vivants en ce coin français d'Amérique.

En fait, l'académicien devrait peut-être consulter ses livres d'histoire car les premiers habitants de la Nouvelle-France sont principalement venus de Paris (Île-de-France), de la Normandie, puis du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de la Bretagne. Il est utile de rappeler que, dans une large majorité, ils étaient originaires d'une région où le parler français prédominait.

Et puis, Maurice Druon nous reprochera-t-il d'avoir conservé le terme achalandage -- que Jean de La Fontaine, Émile Zola, Marcel Proust ou André Gide employaient -- et qui a été remplacé par l'emprunt goodwill dans la comptabilité française ? Se moquera-t-il de notre traversier, auquel il préfère sans doute le ferry-boat ?

Quand on étudie attentivement le français du Québec dans la presse contemporaine, on constate que ce ne sont pas les archaïsmes maintenus ni les dialectalismes qui en constituent la principale originalité, comme on est généralement porté à le croire, mais plutôt les mots créés pour désigner une réalité québécoise ou canadienne, pour nommer une nouvelle réalité ou pour éviter un emprunt à l'anglais. Et ces néologismes sont formés à partir des ressources classiques de la langue française.

La prédominance des québécismes de création (par exemple : acériculture, babillard, courriel, dépanneur, pourvoirie, téléavertisseur) témoigne du dynamisme et de la vitalité du français québécois. En même temps, l'importance de l'innovation lexicale révèle la détermination des francophones du Québec à garder leur langue apte à dénommer les réalités nouvelles, leur volonté inébranlable depuis la conquête anglaise, voilà plus de deux siècles, de ne pas démissionner devant le raz-de-marée anglo-saxon.

Le tronc commun des usages que se partagent les locuteurs de la langue française est très étendu : les recoupements sont infiniment plus nombreux que les éléments distinctifs et traduisent l'unité au sein des usages de la communauté francophone.




Abus de monopole

Salvet, Jean-Marc
Le Soleil vendredi 20 janvier 2006

Éditorial - La Société des alcools du Québec a abusé de son monopole. Elle a pris les consommateurs pour des poires. C'est grave. Ce l'est parce que la menace, même lointaine, d'une privatisation plane toujours. Voilà pourquoi les gestionnaires de la SAQ doivent veiller à préserver la confiance de leurs clients et de la population. Ils ne doivent rien faire qui puisse nuire à l'entreprise qui leur a été confiée. Ils ne doivent pas offrir bêtement des munitions à ceux qui en ont fait leur cible.

Le 1er février, les prix de la plupart des vins vendus à la SAQ baisseront de quelques points de pourcentage. Ils refléteront mieux, ainsi, l'appréciation du dollar canadien vis-à-vis de l'euro et de la devise américaine. Tant mieux. Le problème, c'est que nous n'avons pas à remercier la société d'État pour cet ajustement. Il est dû aux fluctuations des monnaies. Surtout, il aurait dû intervenir bien plus tôt. Ces réductions devraient être en vigueur depuis des mois déjà.

La Société des alcools est censée ajuster tous les trois mois les prix de ses produits, qui sont fonction des taux de change. Or, elle a conservé les mêmes paramètres de calcul depuis juin, malgré la baisse de 15 % de l'euro par rapport à la devise canadienne l'an dernier. Les vins de France, d'Espagne et d'Italie ont été vendus trop cher. C'est la même chose pour les vins provenant de la Californie et de l'Amérique du Sud, dont les prix baisseront également dans une dizaine de jours.

Les dirigeants de la SAQ n'ont pas triché, mais ils ont joué avec leurs règles. Ils auraient voulu renflouer la caisse - mise à mal par la grève insensée de l'an dernier - qu'ils n'auraient pas agi autrement. En l'occurrence, ce sont les consommateurs qui ont trinqué. Ils ont payé plus cher des vins que la Société payait moins cher...

Le pire, c'est qu'il s'en est fallu de peu pour que les acheteurs continuent de payer le vin comme si le dollar canadien était resté à son niveau d'il y a un an et qu'il n'y ait pas de réduction du tout ! L'injure se serait ajoutée à l'insulte.

Les témoignages recueillis par La Presse sont stupéfiants. Des fournisseurs européens auraient été invités par la SAQ à hausser artificiellement leurs prix de gros, de manière à annuler les baisses dues à la fluctuation des devises. La Société aurait ainsi pu maintenir son chiffre d'affaires.

Un détaillant qui s'entend avec un fournisseur pour augmenter le prix de vente d'un produit ? Cela ressemble à de la collusion.

La SAQ a d'abord nié qu'une pratique aussi condamnable ait pu être commise. Son conseil d'administration vient cependant de décider d'ouvrir une enquête interne pour faire la lumière sur cette affaire. Une enquête externe aurait été préférable. On peut craindre que celle qui a été commandée tourne en queue de poisson. Espérons au moins qu'elle serve d'avertissement. Elle doit rappeler qu'il existe un "prix juste", qui est compatible avec l'exigence du gouvernement d'obtenir un important dividende.

Les gestionnaires de la SAQ doivent garder en mémoire que l'abus est nocif. Et que la modération a meilleur goût, même en matière de prix.

JMSalvet@lesoleil.com