Le Bloc a gagné par défaut

Hélène Buzzetti, Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 27 janvier 2006

Duceppe s'interroge sur le choix de huit circonscriptions de la région de Québec d'appuyer les conservateurs

Ottawa -- La percée bloquiste sur l'île de Montréal et en Outaouais n'est pas attribuable à une augmentation des appuis au Bloc, mais plutôt à une division du vote fédéraliste, révèle une analyse des résultats. Dans ces régions, le Parti conservateur a grugé les appuis du Parti libéral et permis à la formation souverainiste de se faufiler entre les deux. N'empêche, Gilles Duceppe persiste à qualifier ces gains d'«historiques» et il tournera plutôt son regard vers la région de Québec pour tenter d'élucider l'engouement des francophones pour Stephen Harper.

Le Devoir a décortiqué les résultats des élections de lundi dans les six circonscriptions arrachées par le Bloc québécois au Parti libéral : Ahuntsic, Brome-Missisquoi, Brossard-Laprairie, Gatineau, Jeanne-Le Ber et Papineau. Dans cinq de ces six comtés, les appuis bloquistes ont diminué par rapport aux élections de 2004. Dans le sixième, celui de Papineau, l'appui au parti souverainiste a augmenté d'à peine 0,81 %.

À l'échelle provinciale, les appuis au Bloc ont diminué de sept points par rapport aux élections de 2004 (de 48,9 % à 42,1 %). Même si le taux de participation a augmenté cette année, le nombre d'électeurs en chiffre absolu ayant coché le nom d'un candidat bloquiste sur leur bulletin de vote a diminué de 130 000.

Cette situation se vérifie localement, dans les circonscriptions que le Bloc se vante d'avoir conquises. Sur l'île de Montréal, par exemple, le Bloc a ravi aux libéraux trois sièges : Ahuntsic (délogeant la députée Eleni Bakopanos), Jeanne-Le Ber (Liza Frulla) et Papineau (Pierre Pettigrew). Dans Ahuntsic, près de 600 électeurs de moins qu'en 2004 ont choisi la bloquiste Maria Mourani, dont l'appui est passé de 41,3 % à 39,9 %, mais le Parti conservateur a plus que doublé son score, affaiblissant d'autant la libérale.

Dans le fief de l'ex-ministre du Patrimoine, le Bloc a obtenu près de 1500 voix supplémentaires, mais son appui relatif est passé de 40,9 % à 40,2 %. Ici encore, le total des votes remportés par le Parti conservateur et le Parti libéral est plus élevé qu'en 2004, mais mieux divisé, ce qui a permis au bloquiste Thierry St-Cyr de se hisser en tête. Seule la circonscription de Papineau représente un véritable gain. Le Bloc y a augmenté ses appuis en nombre absolu (+1350) et relatif (+0,81 %) tandis que le tandem PC-PLC a vu les siens fondre légèrement (-1 %).

Il semble donc qu'il n'y ait pas vraiment eu de «percée historique» comme le prétend le chef Gilles Duceppe. En Outaouais, le bloquiste Richard Nadeau a obtenu 2700 voix de plus qu'aux dernières élections, mais comme le taux de participation a bondi de 18 % dans la circonscription de Gatineau, ses appuis relatifs ont reculé d'un point. Ici, toutefois, les deux grands partis fédéralistes ont eux aussi reculé (-0,6 %). Explication ? Le NPD y a presque doublé son score. Même scénario dans Brome-Missisquoi, où le Bloc a réussi à déloger le ministre libéral Denis Paradis malgré une diminution de son appui relatif.

Le Bloc s'interroge

Les 51 élus bloquistes et les candidats défaits se sont justement réunis hier à Montréal en caucus pour faire le point sur les résultats de lundi. Dans l'immédiat, le Bloc québécois entend s'interroger sur le choix de huit circonscriptions de la grande région de Québec d'appuyer les conservateurs. Le Bloc québécois y a mordu la poussière et le chef veut savoir pourquoi. Lors de son allocution d'ouverture, Gilles Duceppe a d'ailleurs demandé à la députée Hélène Alarie, vice-présidente du Bloc, de faire la lumière sur cette question. «Il est hors de question de se défiler. On ne va pas laisser tomber la région de Québec, ni celle de Chaudière-Appalaches, ni celle de Jonquière-Alma», a assuré M. Duceppe.

Plusieurs députés avaient toutefois déjà une petite idée sur ce qui s'est produit à Québec et sur la Rive-Sud. Michel Gauthier y a surtout vu l'explosion d'un courant «un peu irrationnel» qui ne repose pas sur l'analyse des programmes. Pierre Paquette dit constater un fond conservateur dans la région, comme le démontre la présence de députés de l'Action démocratique du Québec. Le député Yvan Loubier considère quant à lui que son parti n'a peut-être pas déployé les efforts nécessaires dans cette région.

«Il faut peut-être articuler notre discours autrement. Ce n'est pas normal que, dans une région aussi francophone que celle-là, on se soit fait battre à plate couture. Il y a quelque chose qui ne fonctionne probablement pas, ou bien les gens ont voulu donner le bénéfice du doute aux conservateurs», a déclaré M. Loubier.

M. Loubier se voit confier le mandat de s'assurer que la nécessité de régler le déséquilibre fiscal fait toujours consensus au Québec. Le nouveau député de Jeanne-Le Ber, Thierry St-Cyr, le secondera dans son travail. Celle qui a délogé le ministre Pierre Pettigrew dans Papineau, Vivian Barbot, devra élaborer un plan d'action pour solidifier la percée auprès des communautés culturelles. Les députés Francine Lalonde, Bernard Bigras et Christiane Gagnon devront également vérifier, dans leurs dossiers respectifs (affaires internationales, Kyoto et services de garde), que les positions du Bloc correspondent toujours à la volonté du Québec.

Certains ont par ailleurs poussé plus loin l'analyse des résultats de lundi. Pour le député Pierre Paquette, loin d'avoir perdu des plumes lors de ce scrutin, le mouvement souverainiste est gagnant sur tous les plans. Et l'engagement du nouveau premier ministre de régler le déséquilibre fiscal est même l'occasion d'un renforcement.

«Si on réussit [à régler le déséquilibre fiscal], on renforce le Québec. Si on ne réussit pas, on fait la démonstration que le fédéralisme ne fonctionne pas», a affirmé M. Paquette. Mais ce dernier table d'ores et déjà sur l'échec de Stephen Harper dans cette matière et en ce qui concerne sa volonté d'accorder une place plus grande au Québec sur la scène internationale. Selon le député, le fédéralisme est un cul-de-sac et son renouvellement n'est pas une option. «L'histoire nous démontre que c'est impossible. Ils vont rencontrer les mêmes difficultés et, au bout du compte, le mouvement souverainiste va en sortir renforcé», a fait valoir Pierre Paquette.




La claque

Dubuc, Alain
La Presse vendredi 27 janvier 2006

Le recul du Bloc québécois aux élections fédérales de lundi n'a rien de spectaculaire. Même s'il a vu ses appuis passer de 48,8 % à 42,3 %, et qu'il a perdu deux sièges, le Bloc conserve clairement sa position de principal parti fédéral au Québec.

Mais ce recul, même s'il est relativement modeste, est très lourd de conséquences. En fait, le Bloc, mais aussi le Parti québécois, ont mangé toute une claque, qui devrait préoccuper au plus haut point les stratèges souverainistes, parce que ce revers est assez significatif pour remettre en cause les scénarios sur lesquels ils basaient leur stratégie depuis deux ans.

Le réflexe premier des leaders souverainistes, fidèles à leur habitude, a été celui du déni. Gilles Duceppe se réjouit de détenir 68 % des sièges du Québec, André Boisclair se réjouit de la percée bloquiste dans des comtés à forte composition immigrante, et son prédécesseur Bernard Landry refuse de voir une signification à ces résultats. Et pourtant, la sagesse voudrait qu'ils soient déçus, et inquiets.

Mais il est difficile d'échapper à la tyrannie des chiffres. Il est assez évident que 42,3 %, ce n'est pas 50 %. Et que si les forces souverainistes ne réussissent qu'à obtenir ce résultat médiocre dans un rendez-vous électoral sans risques où tout jouait en leur faveur, le chemin vers une victoire référendaire sera long, extrêmement long.

C'est un échec, parce que le Bloc se retrouve loin de son objectif, celui de franchir le seuil magique de 50 %, qui aurait eu une signification symbolique évidente, et aurait mis la table pour la suite des choses, la victoire d'André Boisclair aux prochaines élections québécoises et ensuite, un référendum rapide et gagnant.

Le coût de ce recul est considérable, parce qu'il crève ce que j'appelle la bulle souverainiste. Depuis deux ans, l'appui à la souveraineté, plus proche de 50 % que des 40 % habituels, a créé un sentiment d'euphorie, où le succès alimentait le succès. Le courant souverainiste, seul à occuper le terrain politique, a imposé son scénario et convaincu bien du monde du caractère inexorable de sa démarche. Les élections fédérales ont crevé cette bulle et, du même coup, stoppé le momentum.

S'il a fallu si peu pour dégonfler la balloune, c'est en raison de considérations fondamentales, dont les stratèges souverainistes ont jusqu'ici refusé de prendre acte. D'abord, le succès nouveau de l'option, fort fragile, reposait en bonne partie sur des facteurs conjoncturels, l'impopularité des libéraux fédéraux et provinciaux, et son effet de vases communicants. Ensuite, il existe un courant conservateur au Québec, une société qui n'est pas foncièrement progressiste, comme l'affirme M. Duceppe. Il s'est entre autres manifesté quand le PLQ et l'ADQ ont récolté plus de 60 % des voix en 2003. En ce sens, le succès des conservateurs dans la région de Québec n'est pas nécessairement un accident, il pourrait fort bien être un signe avant-coureur. Enfin, la réforme du fédéralisme suscite toujours et encore un puissant attrait au Québec. Il n'a fallu que quelques paragraphes dans un discours de Stephen Harper pour que le vent tourne.

Ces réalités, les souverainistes ne les ont pas analysées, parce qu'ils ne se sont jamais arrêtés pour comprendre leur défaite cuisante de 2003, où ils n'avaient recueilli que 32 % des voix. Sans doute à cause de la chute rapide de la popularité du gouvernement libéral, ils se sont plutôt lancés dans une fuite en avant, avec la radicalisation de leur programme et une lutte au leadership qui reposait sur la certitude d'une victoire référendaire.

Le Bloc et le PQ ont en fait commis un péché qui peut être mortel en politique, l'arrogance. Celle de Gilles Duceppe qui, comme les libéraux fédéraux, estime être le seul à incarner les valeurs québécoises. Celui d'André Boisclair qui prend pour acquis sa victoire référendaire, assez pour refuser à réfléchir à ce qu'il ferait comme premier ministre d'une province. Il y a là un mépris des électeurs qui a amené les souverainistes à mal lire la réalité politique.

Le résultat est là. Les élections de lundi ont donc suffi pour changer la donne et ramener le monde politique là où est le monde réel. Le scénario qui dominait notre vie politique, un balayage bloquiste, suivi d'une prise du pouvoir par le PQ et d'une victoire référendaire, n'est plus dans les cartes. La première manche est déjà perdue. Il est loin d'être évident qu'André Boisclair, qui n'est pas un politicien aguerri, soit capable de battre un Jean Charest revigoré par la victoire conservatrice. Et il est encore moins évident qu'un éventuel gouvernement péquiste soit tout simplement capable de tenir un référendum dans un avenir rapproché.

Adubuc@lapresse.ca




Le 23 janvier : les indépendantistes ont-ils « mangé toute une claque »? (dixit Alain Dubuc)

Patrick Bourgeois
Le Québécois vendredi 27 janvier 2006

Depuis le 23 janvier dernier, tous les commentateurs politiques se confondent en conjectures toutes plus négatives les unes que les autres pour le mouvement indépendantiste. Le fait que le Bloc n'ait pas franchi le seuil magique des 50 %, qu'il ait perdu deux sièges à l'échelle québécoise et qu'il a été quasiment balayé de Québec en poussent plus d'un à dire que les indépendantistes ont connu un recul important lors de cette consultation populaire. Mais est-ce vraiment le cas? Peut-être que oui, mais peut-être bien que non aussi. En fait, on ne peut pas vraiment le savoir, puisque le Bloc a refusé - encore une fois - de placer l'option indépendantiste au coeur de sa stratégie électorale. Ce faisant, toute conclusion trop définitive eu égard à la performance du mouvement indépendantiste lors de ces mêmes élections doit être considérée comme fort hasardeuse.

Le chroniqueur du Devoir, Michel Venne, avait tout à fait raison en décembre dernier lorsqu'il écrivait que le Bloc avait tout intérêt à faire campagne sur l'indépendance lors des élections qui s'enclenchaient alors, ce qui devait permettre au parti de Gilles Duceppe, à l'issue de l'exercice, d'en apprendre davantage sur la vitalité réelle de l'Option. Ces riches enseignements auraient permis, par la suite, au Parti Québécois d'ajuster - ou pas, tout dépendant bien sûr des résultats - sa stratégie souverainiste, de façon à mieux envisager la victoire que les indépendantistes veulent très prochaine. Mais du moment que le Bloc s'est refusé de faire campagne sur l'indépendance, il est devenu impossible pour tous (et nous disons bien pour tous, ce qui comprend certainement les directions du Bloc et du PQ qui semblent aujourd'hui vouloir ralentir la démarche souverainiste, mais aussi les petits commentateurs patentés de Gesca ou de Radio-Canada) de connaître avec précision les appuis réels perdus par les indépendantistes lors de ces élections fédérales, au profit du fédéralisme dit d'ouverture.

Du moment où on comprend bien la présente situation, combien malhonnête apparaît le papier d'Alain Dubuc d'aujourd'hui via lequel le chroniqueur gescaïen vocifère avec moult arrogance que les indépendantistes ont mangé « toute une claque » le 23 janvier et que cela impose au PQ de Boisclair, un junior politique dit-il, de repousser aux calendes grecques la tenue de tout référendum sur l'indépendance. Le simple fait que le Bloc ait obtenu 42 % cette année comparativement à 48 % en 2004 imposerait cette retraite déshonorante des « séparatistes » parce que leur option serait sans nul doute déliquescente. Complètement fallacieux comme analyse ! Et ce, parce qu'il est clair que le simple fait que le Bloc ait poussé l'idée d'indépendance sous le tapis au cours de cette campagne a convaincu bon nombre d'indépendantistes de tendance droitiste de donner leur appui aux conservateurs de Harper plutôt qu'au Bloc qu'ils jugent comme gauchissant et qui refuse de profiter de toute campagne électorale pour faire progresser le projet de pays. Plusieurs « purs et durs » ont fait sensiblement la même analyse, mais sont pour leur part demeurés chez eux lorsque le moment d'aller voter est venu. Alors que certains des indépendantistes les plus à gauche du spectre politique ont tout bonnement décidé de faire confiance au NPD de Jack Layton. Mais combien sont-ils réellement ces indépendantistes égarés ? 2 %, 4 % ou 10 % ? Bien malin est celui qui pourrait le dire avec certitude ! Si le Bloc avait tenu un discours indépendantiste digne de ce nom au cours de la dernière campagne électorale, on saurait beaucoup plus précisément quels sont les niveaux d'appuis que l'option indépendantiste est susceptible d'aller chercher présentement dans le peuple québécois. Fort probable que si le Bloc avait agi de la sorte, ses résultats se seraient rapprochés considérablement de l'appui populaire dont jouit le projet indépendantiste au Québec depuis plusieurs années, c'est-à-dire entre 47 % et 55 %, et non pas seulement 42 %. Mais tout cela n'est que pure supputation qui ne peut être vraiment précise (comme la chronique de Dubuc d'ailleurs), et ce, parce que le Bloc n'a tout simplement pas fait campagne sur l'indépendance. Partant de là, les raisons qui ont poussé certains à voter - ou pas - pour le parti de Duceppe sont très diverses et trop souvent nébuleuses pour dire que le mouvement indépendantiste a alors connu un recul important ou pas.

S'il est évident que la dernière campagne électorale n'aura en rien dissipé l'obscurantisme relatif qui règne au Québec eu égard aux chances du mouvement indépendantiste de remporter la mise dans un avenir rapproché, il n'en demeure pas moins qu'il est possible pour ces mêmes indépendantistes de tirer quelques leçons des résultats obtenus par le Bloc :

- Tout d'abord, il apparaît plus évident que jamais que les gains que le mouvement indépendantiste peut faire au Québec sont aujourd'hui plus importants à droite qu'à gauche. Les résultats obtenus par les conservateurs lundi dernier (24,6 %) et ceux obtenus par l'ADQ en 2003 (18,18 %) démontrent que la droite qui s'assume représente près du quart des appuis au Québec. En comparaison, la gauche nationaliste que le PQ et le BQ tentent toujours plus énergiquement de s'accaparer est plutôt marginale. Le NPD n'ayant obtenu lors des dernières élections que 7,5 % des appuis québécois et les Verts que 4 %, alors que l'Union des forces progressistes (parti indépendantiste) a été appuyée par 1 % des électeurs du Québec en 2003. L'on pourrait donc parler d'une gauche nationaliste extérieure au PQ qui tourne autour des 5 % au Québec (5 % représentant une gauche radicale qui sera toujours très réfractaire à l'idée d'appuyer autant le PQ que le BQ, d'où la difficulté de faire des gains de ce côté-là), alors que la droite nationaliste doit représenter quelque chose comme 15 % de l'électorat québécois, soit à peu près trois fois plus. Il nous apparaît par conséquent évident que les partis souverainistes auraient avantage à se rapprocher du centre politique, ce qui leur permettrait de conserver leurs appuis provenant de la gauche modérée tout en attirant davantage la sympathie de l'électorat de la droite nationaliste;

- Clair est aussi le fait que toutes les énergies déployées par les partis souverainistes au cours des dernières années pour convaincre les communautés culturelles des bienfaits qu'aurait l'indépendance pour le Québec a eu l'effet pernicieux que ces mêmes partis souverainistes ont délaissé les régions du Québec dans leur prosélytisme. Et la Capitale Nationale, pour une pléthore de raisons qu'il faudra prendre le temps de bien analyser pour éviter que le drame qui s'est produit lundi dans cette région ne se reproduise à nouveau dans le futur, se sent encore plus lésée que les autres régions du Québec. Il est maintenant temps que les souverainistes cessent de tout miser sur les nouveaux appuis que l'on pourra recueillir auprès des communautés culturelles, appuis qui seront, à moyen terme, de toute façon toujours trop minces pour nous procurer à eux seuls une victoire référendaire. Il est maintenant impératif que l'on se penche sur les cas de Québec et de la Beauce certes, mais aussi sur le cas du Saguenay-Lac-St-Jean qui a une tendance de plus en plus constante à donner des appuis à des candidats fédéralistes lors d'élections. L'heure d'une bonne prise de conscience à l'égard des régions francophones du Québec - là où les appuis au projet indépendantiste doivent être très forts si les indépendantistes espèrent un jour obtenir la victoire - a sonné.

Mais la leçon la plus importante qu'on doit tirer des élections du 23 janvier dernier, c'est très certainement qu'il n'est jamais payant pour un parti souverainiste, quel qu'il soit, d'éviter de parler du pays du Québec lors d'une campagne électorale. Il est plus que temps que les véhicules politiques du mouvement indépendantiste assument pleinement le projet qui est leur raison d'être et qu'ils le promeuvent sur toutes les tribunes qui leur sont concédées. Car, l'évidence est que nous ne pourrons gagner la guerre qu'en tant qu'indépendantistes. Et pour parvenir à la victoire, il faut aussi accepter la possibilité de perdre quelques batailles à cause de notre option ! Après tout, c'est dans l'adversité la plus âpre qu'on apprend bien souvent le plus, et apprendre, c'est se rapprocher de la victoire.




Une trêve? Vraiment?

Marissal, Vincent
La Presse vendredi 27 janvier 2006

Peut-être est-ce le résultat d'une longue campagne (la deuxième en 18 mois), peut-être aussi le désir légitime d'un peu de stabilité ou alors l'envie de voir comment se débrouillera Stephen Harper, mais il règne depuis lundi au pays un optimisme imprudent quant à la longévité de ce fragile gouvernement conservateur.

" Harper aura au moins deux ans ", affirmait même un collègue du Calgary Herald, hier dans sa chronique. " You wish ", comme on dit dans l'autre langue officielle. Mais le fait est qu'il n'y a strictement rien qui garantit une si " longue " accalmie. S'il y a une chose que les deux dernières années de fou sur la scène politique fédérale auraient dû nous apprendre, c'est qu'il est extrêmement hasardeux de prévoir plus de trois mois à l'avance. Alors, avant de mettre une date de péremption sur le gouvernement Harper, il faut être prudent.

Cela posé, on peut dire, sans trop s'avancer, que nous aurons une trêve tant que les libéraux n'auront pas choisi leur prochain chef, vraisemblablement l'automne prochain. Mais après? On verra comment Stephen Harper naviguera.

Les nouveaux gouvernements commettent souvent des erreurs de débutants, ce qui est normal, mais ils ont généralement quatre ans pour corriger le tir et reprendre pied. Ce n'est pas le cas pour un gouvernement minoritaire, qui joue son roi à chaque fois qu'il bouge un pion.

M. Harper impressionne par son calme et sa détermination, c'est vrai, et il a parfaitement réussi son entrée, hier, devant la presse parlementaire d'Ottawa. Des réponses habiles, un plan de match clair, de longs passages en français et même un détour pour dire à l'ambassadeur américain à Ottawa, David Wilkins (encore lui!), que c'est le premier ministre canadien qui défend la souveraineté du Canada.

Il fait bien ça pour un novice, mais il serait exagéré de parler du début d'une lune de miel parce que les Canadiens ne se sont pas mariés avec les conservateurs: ils veulent d'abord les fréquenter un peu avant de s'engager à long terme.

M. Harper le sait et il veut éviter de les brusquer en allant trop vite, ce qui ne veut pas dire qu'il ne bougera pas. Il a raison de dire que l'opposition peut difficilement se dresser contre une baisse de la TPS et encore moins contre un projet de loi sur la transparence et les bonnes pratiques gouvernementales. M. Harper sera d'ailleurs aidé dans cette démarche par le dépôt du rapport final du juge Gomery, mercredi.

Mais les défis qui attendent ailleurs le nouveau premier ministre sont nombreux: composer un cabinet équilibré; faire adopter un budget; négocier avec les provinces de nouveaux critères pour les temps d'attente en santé; abolir le programme libéral de garderies pour subventionner directement les parents. Il y a aussi les relations avec les États-Unis. Et pour finir, la poudrière afghane, où quelques milliers de soldats canadiens risquent leur vie quotidiennement. Les spécialistes de la région s'attendent à une flambée de violence et les body bags ont toujours un effet dévastateur auprès de l'opinion publique.

Politiquement, aux Communes, le gouvernement conservateur n'aura pas la vie facile non plus. Le Bloc québécois laissera-t-il Stephen Harper avancer sur le terrain du déséquilibre fiscal et possiblement aider Jean Charest juste avant les prochaines élections québécoises? Les libéraux profiteront-ils de l'" effet leadership " pour reprendre du poil de la bête?

Autre scénario: Stephen Harper, lui-même, n'aurait-il pas intérêt à lancer les dés pour tenter de remporter une majorité en accroissant ses gains au Québec et en Ontario?

Il y a beaucoup trop de " si " et de " peut-être " dans le paysage politique canadien pour dormir tranquillement sur nos lauriers et rêver de deux ans de paix politique. Ce qui joue en faveur des conservateurs, en ce moment, c'est que les résultats de lundi ont ébranlé les libéraux et les bloquistes. Le NPD, par ailleurs, a fait bonne récolte et pourrait hésiter à mettre son score en jeu une fois de plus.

Les libéraux, au moins, ont une excuse: l'usure du pouvoir. Pour le Bloc, c'est plus complexe. Comment expliquer, en effet, cette avancée dans les communautés culturelles à Montréal et ce recul chez les pures laines de la grande région de Québec.

Gilles Duceppe veut savoir ce qui s'est passé dans la capitale nationale. Il doit surtout se demander comment éviter que la petite tache d'huile du 418 s'étende au 450 et au 819. Lundi soir, le Parti conservateur a terminé deuxième dans 40 circonscriptions au Québec, parfois pas très loin, comme à Roberval, Chambly, Gaspésie ou Haute-Gaspésie. On appelle ça un avertissement.

Que Richard Marceau, l'un des meilleurs jeunes députés du Bloc, perde Charlesbourg en passant d'une majorité de 12 000 à un déficit de 1500 voix, c'est vraiment angoissant pour M. Duceppe et pour le mouvement souverainiste. Par ailleurs, autre signe de protestation: le NPD a récolté en moyenne 3600 voix par comté au Québec.

Vu de Montréal, on peut faire des gorges chaudes et se moquer de l'" énigme Québec ", mais il faut tout de même reconnaître que ces circonscriptions, elles, ont élu des députés du gouvernement. Voilà précisément ce qui a motivé de nombreux électeurs de ce coin: tant qu'à changer, on va aller du côté du gouvernement. Richard Marceau et ses collègues se le sont fait dire en pleine face: " On t'aime ben, mais tant qu'à changer, on veut être dans le gouvernement. "

Que le Bloc continue de taper sur le clou des commandites ou sur celui de l'assurance emploi, c'est bien beau; mais cela ne touche pas nécessairement les jeunes familles de la classe moyenne et les travailleurs en général, qui aimeraient bien voir, enfin, le reflet des surplus budgétaires apparaître sur leur chèque de paye.

Une fois qu'il a dénoncé les scandales, les coupes et le méchant fédéral, le Bloc ne peut pas régler le problème. C'est bien d'avoir quelqu'un pour surveiller la maison. Mais si cette personne, en plus, s'engage à faire le ménage et à réparer le toit, c'est encore mieux.

On peut se payer la tête des gens de Québec, mais ils auront trois ministres le 6 février.

Vincent.marissal@lapresse.ca




Stepping cautiously to the right; Canada's election

The Economist 28 January 2006

The Conservatives, led by Stephen Harper (above), ended 12 years of Liberal rule, but Canada will have its second consecutive minority government

"A CHANGE of government, not a change of country," was how Stephen Harper, the Conservative leader, described his party's victory to some 2,000 cheering supporters in his Calgary riding (constituency) in the early hours of January 24th. As he had throughout a seven-week campaign, he was at pains to deny his opponents' portrayal of him as a far-right clone of George Bush. Yet in some ways he sold his achievement short. True, a Liberal minority government will be replaced by a Conservative one with even fewer seats-just 124 of the 308 in the House of Commons. But Mr Harper's clever campaign has taken his party back to power after a dozen fractious years in the wilderness. Its arrival in government signals incremental policy change and-perhaps more importantly-shifts in Canada's political geography.

The Conservatives broke the Liberal stranglehold on Ontario, winning 40 of the 106 seats in Canada's most populous province. And they even picked up ten seats in French-speaking Quebec, their best result there since 1988. Mr Harper's victory also signalled the emergence of a third centre of political power-in western Canada, whose resource-based economy is booming. His political roots lie in the small-government social conservatism of the Alberta-based Reform Party.

In 2003 he merged its successor with the eastern-based, "Red Tory" Progressive Conservatives. Having long felt marginalised in federal politics, "the West is now in", Mr Harper proclaimed in triumph in Calgary. The big cities, however, are out. The Conservatives failed to win a single seat in Toronto, Montreal or Vancouver.

The election produced some surprises. Paul Martin, the outgoing prime minister, ran an ill-starred campaign, but his dogged efforts prevented the Liberal debacle that many had predicted. The leftish New Democrats (NDP) did well, picking up seats in Ontario and British Columbia. But Jack Layton, the NDP leader, will not hold the balance of power as he did in the outgoing parliament.

In another surprise, the separatist Bloc Québécois fared relatively poorly. Its share of the vote in Quebec fell to 42%, down seven points from the 2004 election and well short of the majority that its leader, Gilles Duceppe, had sought. That was mainly because of the Conservative revival in the province. This cheered federalists by giving Quebeckers the option-which they have recently lacked-of being able to vote against the government without backing the separatists.

A last-minute recovery in Liberal support may have deprived Mr Harper of 20-30 extra seats. That has made the task of governing harder. But he has scope to strike deals, issue by issue. He will focus on five main policy pledges. These include cutting the sales (ie, value-added) tax, initially by one point to 6% and later to 5%, and giving all parents of under-fives C$1,200 ($1,025) a year for childcare. Both these giveaways are popular. Mr Harper insists he will stick to the Liberals' policy of balanced budgets and low inflation. Such is the strength of the economy that he can probably meet both sets of promises.

Two other proposals are fairly uncontroversial: tougher sentences for gun crimes; and a law to clean up government after a small-scale corruption scandal. His proposal to allow patients to seek private treatment if the public Medicare system is too slow will face greater opposition.

Mr Harper learnt from the 2004 election when Mr Martin scared voters off by painting him as an extremist. This time the Conservatives adopted a moderate face. At least while he is in a minority, Mr Harper is unlikely to place much emphasis on moral issues. He has promised a free vote on whether to repeal gay marriage legislation, but is unlikely to touch the abortion law. In foreign policy, he will offer warmer relations with Mr Bush, but has otherwise been vague.

His hope will be that after 18 months, he can go to the country again to secure a majority. That is what another Conservative leader from the west, John Diefenbaker, managed in 1958. If he succeeds, Canadian politics may then move more sharply to the right.

Two things will help Mr Harper. After two elections in less than two years, Canadians are unlikely to welcome another soon. So the opposition parties will be reluctant to bring the government down.

Second, the Liberals will be preoccupied with their own problems. Despite their successful economic management, they were punished by voters because they were seen as having grown too comfortable with the perquisites of office. Mr Martin, an effective finance minister, was a disappointing prime minister.

The Liberals will hope a spell in opposition will allow them to repair a fatal feud between Mr Martin's supporters and those of his predecessor, Jean Chrétien. In a dignified speech after a campaign that was unusually dirty by Canadian standards, Mr Martin announced on election night that he would step down as leader.

One contender for the job is Frank McKenna, a former premier of New Brunswick who resigned on January 25th as Canada's ambassador in Washington DC. Another may be Michael Ignatieff, a writer and academic who was successfully parachuted into a Toronto seat after three decades teaching in Britain and at Harvard. After 12 years in opposition, the Conservative parliamentary caucus contains few MPs with experience of government. It is long on social conservatives and short of women. Yet its leader has already shown himself to be a far more formidable politician than his detractors thought. Canada will not become a different country overnight, as Mr Harper stressed. But he has engineered a crack in the big-government, socially liberal and politically correct consensus that marked the Liberal years. Two months ago, few expected that. In the months ahead, whatever else happens, Canadian politics is unlikely to be dull.




Canadian Warm Front

The Wall Street Journal January 25, 2006

It's January, so naturally much of Canada has fled to Florida, but enough voters were at home Monday to cast their ballots in an election that was as heated as Miami Beach on Canada Day (July 1).

The Conservative Party won a plurality in Parliament on a campaign of national renewal, and not only because party leader Stephen Harper has pledged to root out the corruption in Ottawa brought on by 13 consecutive years of Liberal Party rule. With the growth in labor productivity dropping sharply since 1998 and Canada's geopolitical importance trending in the same direction, Mr. Harper is promising to steer the country in a more prosperous direction, both at home and abroad.

His message resonated well beyond his small-government conservative base in the West and into traditionally Liberal strongholds in Ontario and in parts of Quebec, where the separatist Bloc Québécois party has ruled unchallenged. With just 124 seats in the next Parliament, the Conservatives only managed a minority government. But their success in some Eastern liberal bastions is a testament to a popular hunger to reclaim lost Canadian prestige. This is good news for the U.S., which has more than a passing interest in a strong and prosperous Canada.

While the Liberal Party was trying to paint Mr. Harper as a right-wing extremist (and blood brother to that cowboy in the White House), he was out on the stump vowing to shift power away from Ottawa back to the provinces and return part of the federal budget surplus to taxpayers in the form of tax cuts. His campaign estimated that a two-percentage-point cut in the 7% national goods-and-services tax could save Canadian families an average of $400 a year.

That undoubtedly got the attention of voters, who are feeling the pinch of Canada's declining labor productivity growth. As a tax study just out from the Vancouver-based Fraser Institute notes, in 2004 Canada's per-capita disposable income had fallen to 66.9% of that in the U.S. from 80.4% in 1985. The Harper campaign's proposal for a capital-gains tax exemption -- as long as the money is reinvested within six months -- is one small step toward rebuilding Canadian productivity by attracting capital and rewarding risk.

Mr. Harper also wants to end the Liberal retreat on national defense and reassert some Canadian influence in the world. While other NATO countries are running away from their defense responsibilities, leaving the world's superpower holding the bag, Mr. Harper said he wants Canada both to revive what had been an important international role and to ensure that it can defend its own Northern territory. He promises to spend more on the armed forces and revisit the issue of Canada's participation in a missile-defense shield for North America, which was rejected by Liberal Prime Minister Paul Martin.

Which brings us to Canada's most important bilateral relationship -- with the U.S. Mr. Harper took some political risk by campaigning for an end to the Liberal practice of bad-mouthing the neighbors and promising to renew this traditional friendship.

By far the biggest dispute between the two countries -- each of which is the other's largest trading partner -- concerns the anti-dumping duties on Canadian lumber entering the U.S. Four panels have ruled that the U.S. tariffs violate the North American Free Trade Agreement. The Bush Administration could welcome Mr. Harper's victory -- and turn a new page in U.S.-Canada relations -- by lifting the illegal duties.




Conservative winner's agenda faces tough haul

Levon Sevunts
The Washington Times January 25, 2006 Wednesday

Canada's Conservative Party leader, still elated from his election victory Monday, flew yesterday to the capital, Ottawa, where he must begin figuring out how to push his political agenda through a reluctant Parliament.

With just 124 seats in the 308-seat House of Commons, the presumptive prime minister, Stephen Harper, will have to find allies on an issue-by-issue basis from among three left-of-center parties.

Mr. Harper, a 48-year-old economist from Calgary, gave little indication of his plans yesterday, postponing a scheduled press conference until tomorrow and offering only a short greeting to supporters at the Ottawa airport.

"We had a good sleep, we're all excited and we're all feeling pretty upbeat, as you can imagine ... to start rebuilding this great country of ours," he said with his wife and two children at his side.

Mr. Harper, whose election ended 12 years of Liberal Party rule, campaigned on promises to clean up the government after a searing corruption scandal, cut taxes and increase defense spending.

He also promised to improve relations with the United States after a period of tension over Canada's refusal to join the war in Iraq and a continental missile defense program, as well as trade disputes over softwood lumber and mad cow disease.

But he will have a much tougher time passing his agenda than his predecessor, outgoing Prime Minister Paul Martin, whose Liberal Party had a minority in Parliament since 2004.

Mr. Martin was able to turn for support to the Conservatives, the far-left New Democratic Party or the separatist Bloc Quebecois depending on the issue; Mr. Harper will be alone on the right wing of Canadian politics.

Analysts said he may find support for his plans to clean up government, cut the federal sales tax or allow the French-speaking province of Quebec to have its own seat at the United Nations' cultural agency. But his conservative social policies will be much tougher to push through.

Still, with Liberals facing a leadership race after Mr. Martin said he will step down, and the Bloc Quebecois smarting from a surprise loss of seats, Mr. Harper can count on a few months of relative stability.

During his acceptance speech Monday night, Mr. Harper sounded a conciliatory tone.

"Tonight, although Canadians have voted for change, they have not given any one party in the House of Commons a majority," he said. "They have asked us to cooperate, to work together and to get on with tackling the real concerns of ordinary working people and their families."

Mr. Harper also pledged to follow the economic course set by Mr. Martin, who eliminated chronic budget deficits as finance minister in mid-1990s before taking over as prime minister in 2003.

"To those around the world who have watched this campaign our message is the same: The result tonight signals a change of government, not a change of country," he said.

* Mark Broderick in Washington contributed to this article.




Harper's challenges in Quebec

Josée Legault
The Montreal Gazette 27.1.2006

Stephen Harper means business, especially in Quebec. His attitude and policies could force a major realignment of the political planets in a province where he's already pulled off the surprise election of 10 MPs.

Indications are he has a clear set of objectives for Quebec. One is organization. Although concentrated in one region, Harper's 10 MPs will form a base from build the Quebec Tory organization that was blown up almost 15 years ago.

Derek Burney, who is heading Harper's transition team, can help. He is a rich, powerful and brilliant man. Burney was Brian Mulroney's chief of staff, Canadian ambassador to Washington and part of the free-trade agreement negotiating team.

One of his tasks in Mulroney's PMO was "agenda and message control," something that helped Harper win the election and something he'll need plenty of in Quebec.

But just as important as his extensive political experience are the connections Burney has built at the highest echelons of the business world as former CEO of Bell Canada International and CAE Inc., a leader in the aeronautics industry.

Burney also sat beside Power Corporation's Paul Desmarais Jr. on the board of the Canadian Council of Chief Executives. The business side of his career could be crucial to Harper in Quebec.

Last year, Burney published his memoirs. In Getting It Done, he observed "the people who get you elected are not necessarily the best to help you govern." In Quebec, Tories were elected with little if any support from the Liberal-friendly business community.

If Harper is to have a shot at a majority government, he'll need business to rebuild the Tory machine, especially in Quebec. To paraphrase Burney, business people didn't get Tories elected here, but they can help them govern and organize for the next election.

The collapse of the federal Liberal Party in Quebec, which could last for years, could also accelerate a rapprochement between the federalist business community and the Conservative Party.

Harper's second objective is to clean up the image of federalism with his accountability bill. Yesterday he said it could also be enriched by some of the recommendations from Judge John Gomery's second report on the same sponsorship scandal that finished off the Grits in Quebec.

His third objective is to build an alliance with Premier Jean Charest and ADQ leader Mario Dumont on the basis of a "charter of open federalism." This could help him attract some of those nationalist voters beyond the Quebec City area, who are more autonomist than sovereignist.

In the next federal election, which could come as early as the spring of 2007 - before Liberals have much time to rebuild or their new leader to impose his direction on a divided party - Harper's fourth objective is to channel more of those autonomist voters away from the Bloc.

If Harper gets a majority government with good representation from Quebec, the sovereignist base stands to lose some of the soft nationalists who saw the Bloc as the only alternative to the Liberals.

If Charest waits until the fall of 2007 to hold an election, then we get to Harper's final objective: Give Charest a fighting chance to keep the Parti Québécois from winning the election.

Yesterday Harper said his ultimate objective is "to strengthen our federation." He didn't say "Canada," like the Liberals do. He said "federation." And no one thing would help him achieve his goal better than to abort a third referendum.

Who knows if Harper will succeed? In the meantime, he can benefit from the election of 10 MPs, which creates the impression the Bloc has been seriously wounded.

For the next year, Harper can also count on help consolidate his new hold on certain regions. In turn, this could help Dumont keep the PQ out of a number of ridings during the next election.

Whether or not Harper meets all of his objectives in Quebec, he seems determined to take on the sovereignist movement a very different way than the hardline Liberals.

One year ago, Harper's political hide wasn't worth very much. At the onset of 2006, could prove a remarkable foe for the Bloc and the PQ.

There's only one thing left to say to Gilles Duceppe and Boisclair: Fasten your seat belts, it's going to be a bumpy ride.





Éthique gouvernementale et alternance démocratique

La carte de l'intégrité: un impact qui varie d'un scrutin à l'autre

Hugo Roy, Spécialiste en éthique et gouverne à l'École nationale d'administration publique
Yves Boisvert, Spécialiste en éthique et gouverne à l'École nationale d'administration publique
Le Devoir vendredi 27 janvier 2006

La question des scandales politiques a été au coeur des débats politiques au cours des dernières semaines. Ainsi, les partis d'opposition ont martelé les questions d'intégrité et de transparence afin de briser la crédibilité de l'équipe gouvernementale de Paul Martin.

Il semble évident à première vue que ces scandales ont joué un rôle prépondérant pendant cette campagne. Cependant, à notre avis, ce n'est pas la présence de scandales politiques qui détermine, à elle seule, le choix des électeurs. Un deuxième facteur doit être pris en compte pour expliquer la défaite libérale, soit la présence d'une véritable solution de rechange politique crédible, compétente et capable de former le gouvernement.

Ainsi, en démocratie, la dimension éthique ne saurait être le seul facteur décisionnel des électeurs; c'est très bien ainsi car on risquerait de dériver du côté d'un moralisme potentiellement dangereux pour la démocratie. Ces élections nous permettent aussi de comprendre que ce n'est que lorsque nos démocraties sont fonctionnelles que l'éthique prend toute la place qu'elle mérite dans nos débats politiques.

Valeurs et qualité

Il y a déjà plus d'une décennie que des chercheurs américains ont démontré que le scandale politique, aussi important soit-il, ne peut pas être considéré comme étant la seule raison qui motive le vote des électeurs le jour du scrutin. Ainsi, un citoyen peut être profondément choqué par les comportements déviants de l'équipe gouvernementale, mais il n'est pas certain que, le jour du scrutin, son vote aille nécessairement du côté des partis d'opposition. D'autres facteurs essentiels auraient un impact sur le choix final du citoyen.

L'électeur peut en effet passer outre à son indignation devant les inconduites d'un candidat ou d'un parti politique s'il juge que ceux-ci peuvent mieux défendre ses intérêts sur des sujets particuliers ou mieux représenter ses valeurs sur des questions sociales importantes. Les auteurs américains démontrent notamment que des sujets comme la peine de mort ou l'avortement peuvent expliquer pourquoi certains électeurs passent par-dessus le scandale le jour du scrutin. C'est d'ailleurs à ce dernier chapitre que les libéraux ont voulu tabler pendant la campagne en tentant de démoniser les choix moraux de Stephen Harper.

La deuxième explication de cette évaluation relative de l'importance du facteur d'un scandale dans le comportement électoral serait la qualité des équipes qui participent à la course électorale et leurs capacités d'offrir des solutions de rechange gouvernementales. Ainsi, plus le citoyen a l'impression qu'un parti d'opposition peut lui offrir une solution de rechange de qualité, plus il sera tenté d'exprimer son indignation à l'endroit de l'équipe en place. Moins il percevra positivement la qualité de ces solutions de rechange, plus il pondérera son indignation en la mettant en tension avec les autres dimensions importantes de la réalité politique (les visions fiscales, les propositions constitutionnelles, les valeurs des candidats, les propositions en matière de programme sociaux, etc.).

En ce sens, c'est la qualité des partis d'opposition et leur capacité d'offrir une solution de rechange gouvernementale intéressante qui deviendraient un facteur amplificateur de l'évaluation du dossier de l'éthique.

Par le passé

L'utilisation des scandales politiques en période électorale n'est pas un phénomène nouveau. Au cours des 25 dernières années, divers partis politiques fédéraux ont utilisé la carte de l'intégrité pour miner la crédibilité de leurs adversaires.

Par exemple, en 1984, les conservateurs de Brian Mulroney ont utilisé les nominations politiques que Pierre Elliott Trudeau avait faites avant son départ pour attaquer le nouveau chef du Parti libéral, John Turner. À l'époque, Trudeau avait fait plus de 200 nominations partisanes afin de pourvoir différents postes d'importance dans l'administration publique fédérale. Fatigués par des années de pouvoir et accusés ainsi de favoritisme, les libéraux s'étaient effondrés et les conservateurs avaient raflé 211 sièges sur 282 lors de ces élections.

Cela étant, même si la question du scandale a joué un rôle important pendant la campagne électorale de 1984, cet argument ne peut expliquer à lui seul le raz-de-marée conservateur. Premier chef québécois dans l'histoire du Parti conservateur, Brian Mulroney représentait à l'époque une solution de rechange politique intéressante. Bilingue et provenant d'un milieu modeste, le «p'tit gars de Baie-Comeau» prônait alors la modération en matière d'intervention gouvernementale et se posait comme une solution de rechange crédible par rapport aux libéraux.

Cette solution de rechange, Joe Clark, prédécesseur de Mulroney, n'avait pas pu la représenter lors des élections de 1979, héritant d'un gouvernement minoritaire. Ainsi, c'est en mettant fin aux guerres internes de son parti et en permettant aux conservateurs de resserrer les rangs que Mulroney a été élu en 1984.

Paradoxalement, le gouvernement Mulroney a lui aussi été victime des scandales tout au long de son règne. Dès leur premier mandat, les conservateurs ont rapidement perdu deux ministres : Robert Coates, ministre de la Défense, a démissionné après avoir fréquenté un bar de danseuses nues possiblement fréquenté par des espions. Quelques mois plus tard, John Fraser, ministre des Pêches, a quitté le gouvernement pour avoir permis la distribution de thon avarié.

D'autres démissions, comme celle d'André Bissonnette, forcé de démissionner en 1987 à cause d'une histoire de spéculation sur des terrains au sujet de laquelle il sera éventuellement acquitté, sont survenues à la fin du premier mandat des conservateurs.

Des thèmes plus forts

Malgré ces premiers scandales, les conservateurs ont été réélus en 1988 pour deux raisons principales. D'abord, la campagne électorale de 1988 a eu comme thème principal l'accord de libre-échange. Aux yeux des électeurs, il s'agissait alors d'un enjeu qui dépassait en importance celui des scandales, d'autant plus que la plupart des ministres impliqués avaient pris soin de démissionner face aux situations délicates.

Le deuxième élément qui permet d'expliquer la victoire des conservateurs est sans doute l'absence d'unité et de stabilité chez les libéraux, en reconstruction depuis la défaite de 1984. Rappelons qu'à l'époque, le Parti libéral était divisé entre les partisans de Trudeau, incarnés plus tard par Jean Chrétien et Clyde Welles, et les partisans de John Turner, qui appuyaient les accords du Lac-Meech et de Charlottetown.

Toutefois, en 1992, après avoir été à la tête d'un gouvernement majoritaire depuis près de dix ans, les conservateurs étaient de plus en plus contestés. L'échec de l'accord de Charlottetown, l'impopularité de la TPS, les déficits récurrents, le désenchantement des militants nationalistes québécois et l'accumulation des scandales ont eu raison de Brian Mulroney, qui a quitté la vie politique le 24 février 1993.

À cette époque, les libéraux étaient unifiés sous Jean Chrétien qui, entre autres, a fait campagne sur les scandales des conservateurs. Dans son livre rouge, le Parti libéral promettait d'ailleurs la mise en place d'un conseiller en éthique indépendant.

De plus, Jean Chrétien ne se gênait pas pour accuser les conservateurs de Mulroney de favoritisme et d'avoir entretenu des relations privilégiées avec des groupes de lobbyistes. Chrétien déclarait à l'époque qu'il serait à la tête d'un gouvernement intègre et honorable qui saurait rétablir le respect dans la chose publique.

Le 25 octobre 1993, les libéraux ont formé un gouvernement majoritaire. Encore une fois, c'est la solution de rechange politique crédible, en conjonction avec une série de scandales, qui a sonné la fin de la récréation pour un gouvernement, cette fois-ci conservateur.

Les limites d'un parti fragmenté

Comme on le sait aujourd'hui, les libéraux de Jean Chrétien ont eux aussi été entachés par différents scandales. Notons d'abord celui de Pierre Corbeil, employé du PLC au Québec, qui a sollicité certaines entreprises afin qu'elles versent des fonds au Parti libéral en échange d'une évaluation favorable de leur demande de subvention au Fonds transitoire de création d'emploi. Ce scandale a eu peu d'impact sur la campagne électorale de 1997, l'opposition étant alors totalement fragmentée entre les réformistes, les progressistes-conservateurs, le Bloc québécois et le NPD.

D'autres scandales ont eu lieu chez les libéraux entre les élections de 1997 et celles de 2000. Notons d'abord celui de Développement des ressources humaines Canada, qui a permis à certains comtés qui ne se qualifiaient pas d'obtenir des subventions lors de projets douteux qui ne répondaient pas aux critères de sélection.

Il y a également eu, en 1999, l'affaire de l'Auberge Grand-Mère, qui a éclaboussé le premier ministre Jean Chrétien, certains affirmant que celui-ci était dans une situation de conflit d'intérêts. Mais tout comme en 1997, l'opposition était également divisée en 2000, ce qui n'a pas permis aux électeurs d'avoir une véritable solution de rechange. Devant un paysage politique fragmenté, Chrétien a dépassé la logique du scandale pour renforcer ses assises électorales.

À notre avis, au cours de la dernière campagne électorale, l'affaire Goodale, la commission Gomery et l'affaire d'Option Canada ont certes défrayé les manchettes, mais sans la consolidation d'une solution de rechange crédible et unifiée, rien n'indique que le gouvernement Martin aurait été battu.

En 2000, la division du vote de la droite a joué en faveur des libéraux, malgré les différents scandales associés au gouvernement Chrétien. En 2004, malgré le scandale des commandites, les libéraux ont été capables de se maintenir temporairement au pouvoir au moyen d'un gouvernement minoritaire. Au Québec, où le scandale a visiblement eu le plus d'effet, le Bloc québécois a su capitaliser sur l'enquête du juge Gomery pour consolider son vote. Cependant, le nouveau Parti conservateur unifié n'a pas été capable, à ce moment-là, de capitaliser de la même façon en Ontario que le Bloc a pu le faire au Québec.

Lors des élections de 2004, les conservateurs étaient encore en reconstruction. Une course au leadership laisse toujours des traces et des divisions. Un peu à l'image des libéraux de John Turner en 1988, les conservateurs sous Harper en 2004 n'avaient pas eu le temps de s'unifier solidement, laissant par exemple place à des déclarations malheureuses de la part de son aile parlementaire. Ainsi, il a été impossible pour les conservateurs de se repositionner au centre-droite, conservant ainsi son image de parti de droite à la sauce réformiste.

En 2005-06, le Parti conservateur a eu le temps de se donner une image de parti modéré, moins radical et moins dangereux qu'il ne le paraissait en 2004. En plus d'avoir fait une excellente campagne, évitant les dérapages et multipliant les promesses électorales, le Parti conservateur a joué le jeu de la crédibilité et de la solution de rechange aux libéraux en Ontario et aux bloquistes au Québec...

Ainsi, la question de l'éthique gouvernementale sera toujours liée à la qualité de notre culture démocratique.




La modération aurait eu bien meilleur goût

Laurent Pellerin, Président de l'Union des producteurs agricoles
Le Devoir vendredi 27 janvier 2006

Hors la SAQ, point de salut pour nos vins, cidres, hydromels et autres liqueurs artisanales?
Allez donc comprendre certaines décisions... La Régie des alcools, des jeux et des courses du Québec (RAJCQ) a récemment obligé un marché public de Montréal à retirer les alcools artisanaux québécois de ses tablettes. Cette prohibition ne va pas s'arrêter là, confirme l'organisme, qui a d'autres marchés du genre dans le collimateur.

À plus ou moins brève échéance, cela signifierait la disparition pure et simple d'un débouché vital pour ces produits du terroir. Hors la Société des alcools du Québec (SAQ), point de salut pour nos vins, cidres, hydromels et autres liqueurs artisanales ? À vau-l'eau, la diversité de nos produits du terroir et la vitalité de nos économies régionales, qui en ont pourtant bien besoin.

«C'est l'application pure et simple de la loi. On n'a pas le choix», se défend la RAJCQ. Certes, la loi est la loi, mais quand on sait que celle-ci est la même depuis des années, pourquoi ce soudain accès de vertu de la RAJCQ, qui semble avoir oublié que la modération aurait eu bien meilleur goût... ?

Voilà qui ajoute de l'eau au moulin de ceux, comme nous, qui dénoncent l'instabilité du cadre juridique autour de la mise en marché de ces produits. Rien pour encourager les nouveaux entrepreneurs ou pour rassurer les bailleurs de fonds. Et une bonne façon, assurément, de freiner le développement du secteur des produits de créneau, qui fait pourtant office de fer de lance dans le discours économique régional du gouvernement.

Cherchez l'erreur... Comment, en effet, peut-on concilier pareil geste avec le Programme de soutien au secteur de la fabrication des boissons alcooliques artisanales, annoncé par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) en octobre dernier et qui vise notamment le développement de la mise en marché ? On ne semble pas avoir noté cette incohérence au ministère, où on ajoute même aux motifs de la RAJCQ en invoquant une possible violation des règles de l'Organisation mondiale du commerce.

Au fait, pourquoi le sort d'une production agricole -- car c'en est bien une -- qui devrait relever du MAPAQ se retrouve ainsi sous la tutelle de la RAJCQ, de la SAQ et du ministère du Développement économique ?

Les marchés, le prolongement d'un lien direct

La commercialisation des boissons artisanales est un des écueils importants dans la croissance des entreprises agricoles qui en sont productrices, tout comme c'est le cas pour les autres produits dits du terroir. La possibilité de commercialiser sur place ou dans des «circuits» comme les marchés publics est essentielle, surtout pour des entreprises souvent éloignées des grands bassins de population.

De fait, pour le développement de ces produits de créneau comme pour tous les autres produits, il est primordial d'offrir aux producteurs et aux consommateurs un accès au marché misant sur une relation directe entre eux, soit sur le lieu même de production, soit dans un prolongement de celui-ci, comme le sont les marchés publics.

En effet, tous les alcools artisanaux ne peuvent pas se retrouver à la SAQ, qui a des exigences de notoriété et de volume et qui, de ce fait, privilégie les produits bien établis.

Voilà justement pourquoi il doit y avoir des circuits rapprochés de commercialisation. Ceux-ci sont essentiels pour des entreprises en développement qui n'ont pas la capacité de répondre aux critères d'un grand réseau de distribution et qui ont pour ainsi dire besoin d'une période d'«incubation», le temps de parfaire la maturité de leurs produits et de leur gestion.

Qu'il suffise, pour s'en convaincre, de penser au cidre de glace, qui s'est développé de cette façon il y a une dizaine d'années avant de devenir un des produits du terroir les plus vendus au Québec et un des plus réputés, autant chez nous que sur plus d'une vingtaine de marchés étrangers.

S'inspirer de l'Ontario

Ce «dérapage» montre bien que l'avenir de la production de boissons artisanales alcoolisées est avant tout l'affaire d'une volonté politique ferme et concertée des différents intervenants gouvernementaux. Il serait grand temps, à Québec, qu'on s'inspire de ce qui se fait en Ontario ou en Colombie-Britannique, provinces qui ont su procurer des bases solides à leur secteur vinicole artisanal en composant tout aussi bien avec les lois en vigueur qu'avec les règles internationales.

Au lieu de «mettre le cadenas» sur les tablettes pour quelques milliers de bouteilles, qu'on cesse plutôt de tergiverser, comme on le fait depuis des années avec le projet de loi sur les appellations réservées, et qu'on évolue pour s'adapter enfin à la réalité des entreprises ainsi qu'à la demande des consommateurs pour les produits de chez nous.