La Belle province

Robert Laplante
Bulletin du lundi 30 janvier 2006

Exit Pettigrew le pète-sec, relâche de morgue quotidienne pour Stéphane Dion, un peu moins de remarques baveuses ou grossières ou les deux selon qu’on entendra grogner Coderre ou persifler Lapierre, le gouvernement du Canada nous offrira une nouvelle équipe de vendeurs. On entend déjà le babillage des commentateurs, tout émoustillés du charme de l’une, cherchant la sagesse de l’autre ou la compétence d’un Beauceron et cela nous change du ton mortifère des dernières années. Changement de ton, même régime négateur.

Ah ! si seulement l’on pouvait croire au Canada nouveau !

Eh puis, zut ! Foin de cynisme, il est là sous nos yeux, souriant devant les perspectives de carrière qui s’ouvre pour des « gens de chez nous », il est là ce grand dessein politique. Ils sont tellement nombreux à vouloir y croire. Même Jean Charest s’essaie au discours de grandeur et nous l’avons entendu parler d’une occasion historique. Il est rare de le voir se placer à cette hauteur. Et tout ça pour quelques formules bien enveloppées dans un slogan. Décidément, le Canada sera toujours très haut coté sur les marchés de pacotille. Le fédéralisme d’ouverture ! Et les voilà à s’exciter, tout ravis de voir s’ouvrir la rhétorique d’un nouvel alibi.

Le mépris trudeauiste sera donc remplacé par la condescendance conservatrice. On passe du registre de la nation niée à celui de la minorité bien traitée. Il les comprend les provinces, Stephen Harper, il les aime les provinciaux. Surtout quand ils sont prêts à se consentir minoritaires pour un plat de lentilles et quelques limousines…

Ce n’est pas la première fois que le Québec voit monter une nouvelle cohorte de défenseurs du Canada prétendant faire plus et mieux que ceux qui les ont précédés. Il n’y a rien de nouveau là. C’est plutôt même le contraire. C’est de la plus plate continuité, ce numéro du fédéralisme d’ouverture. En voilà d’autres encore prêts à s’accommoder du double discours, à plaider le pragmatisme et la tolérance toutes les fois qu’il s’agit de consentir au mensonge par omission, de tolérer la restriction mentale et de se laisser servir des euphémismes. Harper ne dit pas la même chose dans les deux langues et c’est comme si de rien n’était. Tout le monde fait comme si. Tout le monde est déjà trop heureux qu’il consacre un bout d’exposé en français à un auditoire qui n’y comprend goutte et qui sait bien que tout cela n’est que tactique de marketing. Il y a tellement d’avantages à renoncer à s’assumer, tellement de bénéfices à escompter à se laisser couler dans le rôle qu’on nous assigne.

D’une fois à l’autre la mise baisse, mais ils sont toujours heureux de minimiser les pertes, plaçant la bonne entente au-dessus de tout. De la revendication du caractère bi-national du Canada au statut particulier, à Meech et puis à Charlottetown, en passant par les demandes traditionnelles, les arrangements administratifs et le fédéralisme asymétrique, ça continue de régresser, de ratatiner comme une peau de chagrin. Mais l’important , c’est d’avoir l’impression de continuer d’espérer régler quelque chose. On leur donne un hochet et ils se gonflent le jabot ! Une vague promesse de traiter le Québec comme une province ordinaire et les voilà en train de faire des phrases sur la réconciliation nationale. Ah ! mais c’est qu’ils sont ministrables, ces candides ! C’est du sérieux. Les voilà devant la perspective de finir comme Benoît Bouchard, bien gras, dodus après avoir servi la nation canadian et s’être farci une fin carrière dans un gros poste qui ne lui laissait rien à envier aux Pelletier et Ouellet de ce merveilleux monde de la sinécure…

Minoritaire dans le caucus, minoritaire au conseil des ministres, parlant de nous comme d’une minorité, acceptant qu’on nous traite comme une minorité, cette nouvelle cohorte voudrait nous faire croire - et se faire croire- que l’avenir du Québec s’embellit dans le Canada dès lors qu’on lui laisse entendre qu’il y évoluera comme une province ordinaire mais avec des égards réservés aux minorités bien traitées. C’est toujours la même logique de folklorisation qui est à l’œuvre.

Nous les avons entendus cette semaine, ces nouveaux élus, nous parler de l’ouverture des Conservateurs à l’égard du fait français comme si cela pouvait compenser le déni de notre statut de nation. Comme si nous n’étions qu’une particularité locale, un enjolivement dans la mosaïque canadian. Ils travailleront en anglais, délibéreront en anglais, serviront de pions dans le jeu des alliances au caucus et au conseil des ministres. Mais ils se sont fait donner l’assurance que le gouvernement Harper respectera les compétences d’un ordre constitutionnel conçu pour nous réduire à l’insignifiance par des concessions qui garderont notre existence inoffensive. Ils auront réellement de l’influence sur la politique des autres…

Et ils pourront nous montrer ce que ça rapporte que de voter du bon bord. Ils pourront se dire du côté du pouvoir, du côté du vote utile et constructif. Ils vont se promener dans la bourgade en promettant des retombées. Ils marchanderont leur influence, ici pour un centre de tri postal, là pour une subvention au jardin zoologique, ailleurs pour le maintien du budget d’une base militaire. Et cela s’appellera du développement. Cela s’appellera de la reconnaissance et de la concorde. Et cela servira au mieux le clientélisme du parti qui cherchera à remplacer le «compact» libéral par un autre cercle de gens d’influence. Et cela fera du bien beau monde, des notables fiers de servir la grandeur de l’unité nationale et les intérêts de la province. La Belle province.




La grande amitié

Dutrisac, Robert
Le Devoir samedi 28 janvier 2006

La vision du fédéralisme partagée par Québec et Ottawa se concrétisera-t-elle ?

Québec - Le gouvernement Charest, qui se pose en champion d'un fédéralisme fonctionnel, table beaucoup sur les relations Québec-Ottawa pour redorer son blason auprès d'un électorat maussade. Ses chances de réélection en dépendent. Il est d'ailleurs trop heureux de constater que le premier ministre désigné Stephen Harper partage sa vision du fédéralisme. Cette convergence de vues doit toutefois se concrétiser dans la réduction substantielle, voire dans l'élimination du déséquilibre fiscal. Et il ne faudrait surtout pas que le gouvernement conservateur touche à l'entente déjà signée sur le financement des services de garde.

Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, se dit surpris de l'étroite parenté qui existe entre la vision du fédéralisme de Stephen Harper et celle de son gouvernement telle que décrite dans son rapport intitulé Un projet pour le Québec - Affirmation, autonomie et leadership, publié en 2001. Pourtant, le ministre confirme qu'il a rencontré M. Harper à deux reprises avant le déclenchement des élections: une fois au su des journalistes et une autre fois sans que les scribes en soient avisés. Il confie au Devoir qu'il savait que les conservateurs s'intéressaient de près à sa conception du fédéralisme une bonne année avant les élections, ce qui a conduit à l'adoption, lors du congrès des conservateurs à Montréal, en mars 2005, de plusieurs propositions «qui, franchement, étaient inspirées de mon rapport», dit-il.

En outre, M. Pelletier et son cabinet ont entretenu des échanges soutenus avec la députée d'Edmonton-Spruce Grove, Rona Ambrose, porte-parole conservatrice dans l'opposition en matière d'affaires intergouvernementales et possiblement la prochaine titulaire ministérielle de ce portefeuille.

Dans un discours marquant livré le 19 décembre dernier à Québec, Stephen Harper a promis de créer une charte du «fédéralisme d'ouverture», un fédéralisme basé sur le respect des compétences, ce qui n'est pas sans rappeler le principe de «convivialité fédérale» dont M. Pelletier souhaitait l'application à l'instar d'autres fédérations. Tout en s'engageant à régler le déséquilibre fiscal, le chef conservateur a dit vouloir baliser le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral. Il a reconnu l'autonomie des provinces, parlé du caractère distinct du Québec et réservé une place au Québec à l'UNESCO. Tous ces éléments étaient contenus dans le rapport du Parti libéral du Québec signé par Benoît Pelletier.

Le déséquilibre fiscal

Le gouvernement Charest se réjouit aussi que dans la lettre que Stephen Harper a envoyée le 12 janvier au Conseil de la fédération qui lui posait cinq questions, le futur premier ministre ait non seulement reconnu l'existence du déséquilibre fiscal mais lié cette question à la péréquation et au financement de l'éducation postsecondaire. «C'est une problématique globale», souligne Benoît Pelletier.

Le ministre rappelle qu'il a prédit que 2006 serait l'année des discussions sur la fiscalité au Canada en raison du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces mais aussi à cause du déséquilibre financier qui existe entre les provinces elles-mêmes. «Forcément, il va falloir revoir l'architecture même de la fiscalité au Canada» et la répartition de la richesse, soutient-il.

De son côté, le Conseil de la fédération tape sur le clou du financement fédéral de l'éducation postsecondaire. Ce lobby des provinces réclame d'entrée de jeu un rétablissement de 2,2 milliards de dollars et davantage pour la suite des choses. Afin de faire pression sur le gouvernement fédéral, le Conseil de la fédération organise un forum, les 23 et 24 février prochains à Ottawa, où sont conviés les acteurs du milieu de l'éducation, les centrales syndicales, etc.

Mais pour que le tout tourne à l'avantage du gouvernement Charest, il faudrait que Stephen Harper abandonne sa promesse de remplacer le programme pancanadien de garderies qu'a créé Paul Martin par un crédit d'impôt de 1200 $ par enfant consenti à tous les parents, que ceux-ci envoient leur progéniture à la garderie ou non. En réagissant à la victoire conservatrice, mardi, Jean Charest a eu tôt fait d'exiger que M. Harper respecte la signature du précédent gouvernement. Québec est assuré de recevoir 153 millions en 2006-07 et attend 972 millions de plus pour les quatre années suivantes.

À l'UNESCO ?

En matière de relations internationales, le gouvernement Charest s'attend à ce que M. Harper confirme rapidement la présence du Québec à l'UNESCO. Paul Martin avait cédé aux arguments des mandarins du ministère des Affaires étrangères qui défendent l'unicité de la voix du Canada à l'étranger; Stephen Harper a promis d'en faire fi.

Le gouvernement Charest entend soulever la question de la gestion du secteur des télécommunications. Jean Charest veut négocier une entente administrative avec Ottawa afin que le Québec ait son mot à dire en matière de radio et de télévision, une compétence que la Cour suprême a octroyée exclusivement au gouvernement fédéral dans les années 90. Le premier ministre juge que la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de fermer la station CHOI-FM est trop radicale.

La position conservatrice à propos du protocole de Kyoto, au sujet duquel Ottawa et Québec n'ont pas pu s'entendre, demeure une énigme pour le gouvernement québécois. On ne sait pas trop comment les conservateurs se conformeront au exigences de Kyoto et comment leur proximité avec les intérêts pétroliers de l'Ouest canadien se traduira pour le Québec.

La procédure de nomination des sénateurs sera sans doute discutée puisque M. Harper s'est engagé à nommer les trois sénateurs élus de l'Alberta, ce que Jean Chrétien avait refusé de faire. Benoît Pelletier, qui a rencontré les trois candidats en juin dernier, souhaite que le Sénat devienne une chambre des provinces, mais cela nécessiterait un amendement constitutionnel.

Si Stephen Harper corrige le déséquilibre fiscal, s'il instaure un véritable fédéralisme d'ouverture respectueux des provinces et si le Conseil de la fédération, une institution que le nouveau premier ministre reconnaît, se consolide, Benoît Pelletier aura assisté à la réalisation, pour l'essentiel, de la première étape décrite dans son rapport. Il reste la suivante: l'adoption de modifications constitutionnelles pour asseoir une forme de Meech moins, comme le veut l'expression consacrée. Oubliez ça, signale le ministre. Il n'y aura rien de tel à l'horizon. L'élection d'un gouvernement conservateur, «minoritaire de surcroît», ajoute-t-il, ne change en rien la perspective à l'égard de changements constitutionnels, qui dépendent d'Ottawa mais aussi de chacune des provinces et des autochtones.

Quoi qu'il en soit, certains calculs politiques suggèrent que les conservateurs, qui chercheront à se constituer une majorité lors d'élections générales d'ici un an ou deux, voudront se faire du capital politique au Québec, où ils comptent faire élire la majeure partie de la trentaine de députés qu'il leur manque. Au détriment de la députation du Bloc québécois, soit dit en passant. Stephen Harper devra arriver à ses fins sans toutefois s'aliéner l'Ontario. Déjà, The Globe and Mail, dans un éditorial publié jeudi, mettait en garde Stephen Harper contre la tentation de réduire les revenus d'Ottawa pour que les provinces, notamment le Québec, puissent augmenter les leurs. À la limite, le gouvernement fédéral perdrait sa capacité d'intervenir dans les politiques sociales au pays, déplore le quotidien torontois. C'est justement cette vision du fédéralisme que préconise le gouvernement Charest, une conception qui veut qu'Ottawa respecte les prérogatives des provinces et reste dans sa cour. Jusqu'où Stephen Harper osera-t-il aller? La question est ouverte.




Et maintenant?

David, Michel
Le Devoir vsamedi 28 janvier 2006

Personne au gouvernement Charest ne s'est plaint que la campagne électorale fédérale ait monopolisé toute l'attention en ce début d'année.

Depuis son arrivée au pouvoir, janvier ne lui a jamais porté chance. En 2004, la prise en otages d'une soixantaine de policiers autochtones par des dissidents mohawks de Kahnawake avait été la première d'une série de tuiles dont les libéraux ne se sont jamais relevés. Même scénario en 2005, quand l'affaire des subventions aux écoles privées juives avait inauguré une autre année de misère.

Pour la première fois, l'avènement d'un gouvernement conservateur qui prône un «fédéralisme d'ouverture» permet de commencer l'année sur une bonne note. Maintenant que les élections fédérales sont chose du passé, on va progressivement se réintéresser au gouvernement de M. Charest. Va-t-il laisser échapper le ballon une fois de plus?

Avant de penser à marquer des points, la première chose à faire est d'éviter tout geste malheureux qui aurait pour effet de compromettre une conjoncture aussi encourageante pour les libéraux.

Le livre de Normand Lester et Robin Philpot, qui a révélé les agissements illégaux d'Option Canada durant la campagne référendaire de 1995, était potentiellement dévastateur, mais le gouvernement a rapidement réagi en suspendant son délégué à Toronto, Jocelyn Beaudoin, qu'il avait eu l'imprudence de nommer à ce poste, malgré les soupçons qui pesaient déjà sur lui. Les enquêtes en cours permettront peut-être de découvrir d'autres éléments embarrassants, mais cela reste à voir.

La hausse des tarifs de l'assurance automobile projetée par le ministre des Transports, Michel Després, a provoqué une levée de boucliers au sein du caucus libéral. À terme, elle est sans doute inévitable, mais ce n'est certainement pas le moment.

On peut également parier que le ministre de la Santé, Philippe Couillard, présentera un scénario minimal pour répondre au jugement de la Cour suprême dans la cause Chaoulli. Une trop grande ouverture à la privatisation des services de santé ne ferait que raviver la méfiance de la population envers un gouvernement déjà soupçonné d'allergie chronique au «modèle québécois».

***

Jean Charest est un politicien assez déconcertant, qui est capable du meilleur comme du pire, même si le pire a été le plus souvent la règle depuis qu'il a atterri sur la scène québécoise, au printemps 1998. Autant il peut se révéler un remarquable campaigner, autant ses erreurs de jugement peuvent être sidérantes.

Une de ses caractéristiques est de fonctionner par bourrée, comme certains joueurs de hockey, dont le rendement irrégulier exaspère au plus haut point les partisans de leur équipe. Après un coup spectaculaire, comme l'entente «historique» sur la santé de septembre 2004, il a tendance à s'endormir sur ses lauriers. Les cinq prochains mois seront cruciaux pour l'avenir de son gouvernement et le sien. Durant cette période, l'effort doit absolument être constant.

Le grand problème d'un gouvernement, quand l'insatisfaction s'installe à demeure, est que la population cesse tout simplement de s'y intéresser, sauf pour le détester davantage. On n'écoute plus ce qu'il peut encore avoir à dire. Les mauvais coups ne font que renforcer la mauvaise perception qu'on a de lui, tandis que les bons coups passent totalement inaperçus.

L'élection du gouvernement Harper et son étonnante percée au Québec ont cependant créé un contexte si singulier que tout le monde est curieux de voir la suite. Pour le gouvernement Charest, c'est une chance inespérée d'attirer à nouveau l'attention.

Il ne peut pas se contenter d'éviter les gaffes en attendant que M. Harper commence à livrer la marchandise promise. Tout cela doit s'inscrire dans la perspective d'un renouveau auquel les libéraux doivent eux-mêmes contribuer de façon active, soutenue et spectaculaire.

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M. Charest attendra probablement que M. Harper présente son conseil des ministres, le 6 février, avant de remanier le sien. Il n'a encore donné aucune indication de l'ampleur de l'opération. Il pourrait toujours se contenter de déplacer quelques chaises pour faire une place à son nouveau député-vedette, Raymond Bachand, qui se retrouverait au Développement économique, où Claude Béchard n'est manifestement pas à la hauteur. Un remaniement aussi limité n'aurait cependant qu'un effet restreint sur l'opinion publique. Pis encore, on pourrait y voir la confirmation que le gouvernement est à bout de souffle.

Pour profiter pleinement de l'effet Harper, il aurait intérêt à mettre en évidence les deux éléments du contentieux entre Québec et Ottawa que le nouveau premier ministre canadien a promis de régler en priorité: le déséquilibre fiscal et la place du Québec sur la scène internationale.

Qui de mieux qu'un ancien péquiste converti au fédéralisme pour célébrer les vertus d'un nouveau pacte fiscal? L'actuel ministre des Finances, Michel Audet, n'est pas très doué pour la communication politique et M. Bachand a déjà pu profiter de sa campagne dans Outremont pour élaborer un argumentaire sur la caducité de la souveraineté.

De la même façon, si M. Charest souhaite donner un peu d'éclat au nouveau statut du Québec sur la scène internationale, d'autant plus qu'il ne changera pratiquement rien dans la réalité des choses, Monique Gagnon-Tremblay n'est peut-être pas la personne idéale. Bien sûr, il est toujours difficile d'écarter de bons soldats, mais l'heure n'est plus aux sentiments. De toute manière, M. Audet et Mme Gagnon-Tremblay en sont vraisemblablement à leur dernier mandat.

Le remaniement de l'an dernier était tombé complètement à plat. Décidé en catastrophe après l'affaire des subventions aux écoles privées juives, on ne lui avait prévu aucune suite. Cette fois-ci, un nouveau discours inaugural tentera de maintenir l'élan.

Le déséquilibre fiscal et l'obtention d'un strapontin à l'Unesco ne sont tout de même pas des sujets susceptibles de provoquer de grandes discussions dans les chaumières québécoises. De Jean Lesage à Robert Bourassa, c'est l'énergie qui a été la marque de commerce des gouvernements libéraux. Avec l'éolien et le développement durable, Jean Charest voudra sans doute s'inscrire dans cette continuité.

Viendra ensuite le budget, qui devra avoir une saveur au moins préélectorale. Une fois comptabilisé le coût des conventions collectives, la marge financière dont dispose le gouvernement est quasi inexistante. À cet égard, il doit s'en remettre à saint Stephen. Maintenant que tout le monde en attend un miracle, une nouvelle déception pourrait toutefois être fatale.




Harper, en avant toute !

Giroux, Raymond
Le Soleil samedi 28 janvier 2006

Ottawa - Stephen Harper n'a pas de temps à perdre, et n'a aucune intention d'en perdre. Le nouveau premier ministre a un an devant lui pour installer son gouvernement et réaliser ses priorités "prioritaires".

La confiance règne, dans l'entourage de M. Harper. Ce dernier s'est imposé dès sa première conférence de presse, jeudi, où la clarté de ses propos contrastait vivement avec les bafouillages à répétition de Paul Martin.

Pendant que les libéraux s'entre-déchirent pour se trouver un chef et que les bloquistes "s'introspectent" le nombril en se demandant pourquoi les électeurs de 10 circonscriptions ont compris où loge le vrai pouvoir, les conservateurs, eux, foncent à pleine vitesse.

Une conjoncture politique favorable, un programme simple et limité, voilà qui leur donne l'avantage du jeu, malgré leur statut de gouvernement minoritaire.

Premier point à l'ordre du jour, l'épuration de la vie politique. Souvent promise, jamais réalisée, cette responsabilisation des décideurs envers la population reçoit l'assentiment général.

Le PCC veut mettre fin au phénomène des portes tournantes entre les cabinets ministériels, la fonction publique et les bureaux de lobbyistes. Qui s'y opposera ?

Le Parti veut aussi interdire les contributions des entreprises et des associations aux partis politiques, limiter les dons privés à 1000 $ et stopper la pratique des caisses occultes par les députés. Qui s'y opposera ?

Quant à la volonté de protéger les dénonciateurs, d'augmenter les pouvoirs et le budget de la vérificatrice générale et de renforcer le rôle du commissaire à l'éthique, qui s'y opposera ?

M. Harper recevra d'ailleurs mercredi prochain le second rapport du juge Gomery et ses recommandations pour éviter une répétition du scandale des commandites.

Nul doute qu'à la reprise des travaux parlementaires, vers la fin de mars, normalement, les ministres citeront ce rapport à satiété à chaque question de l'opposition libérale sur les actions des conservateurs.

Deuxième priorité, la baisse de la TPS de 7 à 6 % dans un premier temps et l'octroi d'un crédit d'impôt de 1200 $ pour les enfants d'âge préscolaire : garanti, le premier budget Harper sera bien reçu des contribuables.

Il faut noter au passage que le réseau de garderies, au Québec, ne souffrira pas de l'abolition du programme de Paul Martin car Jean Charest utilise déjà cet argent à son gré.

Mais ces centaines de millions de dollars portés manquants rebondiront dans les négociations sur le déséquilibre fiscal que M. Harper a promis de démarrer dans les plus brefs délais.

Les premiers ministres des provinces sont déjà aux barricades, tandis que les commentateurs anglophones sermonnent Stephen Harper pour qu'il ne démantèle pas l'État canadien.

Personne ne s'imagine que la question peut se régler en quelques semaines. Le dossier du déséquilibre fiscal est complexe et relié directement à celui de la péréquation et au Transfert social.

La volonté des conservateurs de proposer des solutions simples et faciles à comprendre comporte toutefois son risque d'erreurs. Ne nous surprenons pas si M. Harper décide simplement de baisser les impôts fédéraux, pour que les provinces montent les leurs.

Sur les questions de law and order, la marque de commerce des conservateurs de l'Ouest, l'imposition de sentences obligatoires pour certains crimes commis par des jeunes - une sorte de justice politique - a maintenant l'appui de tous les partis, sauf le Bloc.

La récente vague de crimes violents à Toronto a rallié le monde politique de la métropole canadienne, NPD compris, à cette ligne dure.

Alors, s'il ne trébuche pas, M. Harper a une belle année devant lui et se retrouvera seul maître à bord, au Parlement fédéral.

RGiroux@lesoleil.com

L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE

- FAITS
- Stephen Harper prend les commandes du gouvernement canadien.

- ENJEUX
- Des gestes simples et clairs, à court terme, pour rallier l'appui des électeurs à un Parti conservateur minoritaire.

- À SUIVRE
- Le désarroi des libéraux et des bloquistes favorise M. Harper. Est-ce que cela va durer ?




Le mystère Québec:Que s'est-il passé?

Girard, Mario
La Presse dimanche 29 janvier 2006

Huit députés conservateurs et un indépendant font de la région de Québec une île au milieu de l'océan. Le public et les analystes y voient un intéressant phénomène politique et sociologique. Conservatisme ancré, envie de changement, soif de pouvoir, réaction à un sentiment d'abandon? Qu'est-ce qui a bien pu motiver les électeurs de Québec? Au lendemain de la soirée électorale, La Presse s'est rendue dans la Vieille Capitale pour chercher des explications.

Il régnait un drôle de climat à Québec cette semaine. Ce n'était ni l'euphorie ni la déception. Plutôt une retenue. Il y avait aussi un agacement face aux journalistes montréalais venu voir de plus près les " surprenants résultats " électoraux de la Vieille Capitale.

" Je suis fatigué d'entendre ce discours montréalais sur les gens de Québec qui en ont fait un vote basé sur le conservatisme, dit Simon Langlois, sociologue de l'Université Laval. Tout le monde est tombé là-dedans cette semaine, même Marie-France Bazzo. Come on! ce vote est politique. "

Les politologues et les sociologues de Québec ont été, après les candidats élus, les stars de la semaine. " Québec était un terreau fertile pour le changement, explique pour la énième fois Réjean Pelletier, politologue de l'Université Laval. La région se sent de plus en plus isolée. Il y a plein de dossiers qui ont besoin d'être traités. "

Ces dossiers sont le pont de Québec qu'on ne cesse de rapiécer, l'aéroport qui mériterait d'être agrandi, le projet de la promenade Samuel-de-Champlain le long du fleuve, les usines textiles qui en arrachent. " Je crois sincèrement que les gens de Québec ont voté de manière rationnelle. Ils veulent obtenir des choses ", dit Simon Langlois.

Et pour obtenir des choses, il faut, selon une croyance populaire, se rapprocher du pouvoir. " Les autres régions du Québec comptent beaucoup sur le provincial, dit Simon Langlois. Mais pour les Québécois, habitués à vivre à côté de la machine politique, la source est à Ottawa. "

Sylvain Bouchard est morning-man au au FM 93, la radio la plus écoutée à Québec. Lors de notre visite dans son studio, l'animateur a brandi le Journal de Québec qui, ce matin-là, se demandait si les gens de Québec avaient la berlue. " C'est incroyable d'écrire une chose pareille! On n'a pas la berlue, on a choisi le pouvoir. "

Pour certains, le pouvoir passe par les affaires. " Dès qu'on a commencé à sentir que les conservateurs avaient une chance de l'emporter, les leaders du monde des affaires de Québec ont basculé à toute vitesse, dit Gilles Gagné. Il y a à Québec une bourgeoisie régionale d'affaires très influente. "

Le vote des jeunes hommes en colère

Le Parti conservateur aurait séduit particulièrement les jeunes électeurs masculins à Québec. Parmi eux, les jeunes hommes en colère qui ont créé le mouvement des X pour sauver l'animateur de radio Jeff Fillion. " Ces gars là sont anti-élite, anti-criminalité, ils écoutent les radios d'opinion et ils votent ", dit Simon Langlois.

Pour joindre ces hommes, il y a les médias de Québec qui n'ont pas hésité à prendre ouvertement position durant la campagne. " L'influence des médias est très forte ici, dit Olivier Tremblay, jeune coopérant international de 24 ans. CHOI, le FM 93, TQS-Québec, ce sont tous des médias qui véhiculent des idées de droite. "

Sylvain Bouchard n'a pas caché son penchant pour les conservateurs devant ses auditeurs. " C'est vrai que ces idées ont été véhiculées à la radio. Cela dit, les Québécois ne sont pas des cruches vides. Ils sont capables de se faire leur propre idée. "

La chute du nationalisme

Sept des huit candidats conservateurs élus lundi soir ont éjecté des bloquistes. Depuis le référendum de 1995, le nationalisme perd du terrain à Québec. " Les Québécois sont passés à autre chose ", dit Simon Langlois.

Malgré ses origines de bleuet, Sylvain Bouchard trouve que les souverainistes tiennent trop souvent pour acquis certaines choses. " Je suis tanné d'entendre Duceppe et Boisclair parler au pluriel. Avec eux, c'est toujours " les Québécois " sont comme ceci ou cela. Qu'est-ce qu'ils en savent? "

Le mariage entre conjoints de même sexe ayant été remis en question par les conservateurs, durant cette campagne, une visite dans un bar gai de Québec s'imposait. Mercredi, au bar Le Drague, c'était soir de karaoké. Pendant que deux copains se prenaient pour Olivia Newton-John et John Travolta dans un extrait de Grease, Philippe a lâché le morceau: " Oui, je l'avoue, j'ai voté pour les conservateurs. Je suis sûr que Harper ne pourra rien faire dans ce sens. Pour le reste, les idées du parti me plaisent. "

Pour ceux qui ont vécu cette campagne de l'intérieur, l'explication du succès des conservateurs à Québec est toute simple. " Stephen Harper est venu plusieurs fois à Québec. Les gens ont appris à en avoir moins peur ", dit Josée Verner, députée conservatrice de Louis-Saint-Laurent.

Cette percée aura-t-elle un impact sur le reste de la province? " Les conservateurs doivent maintenant séduire une trentaine de comtés au Québec. Et la ville de Québec leur déroule le tapis rouge ", dit Gilles Gagné.

UNE VILLE DE DROITE?

En 2003, la région de Québec a ouvert ses bras aux libéraux de Jean Charest. L'année suivante, elle a suivi le Bloc jusqu'à Ottawa. En 2005, elle a élu la mairesse Andrée Boucher, qui ne disposait d'aucun programme. Dix ans après le référendum, voilà qu'elle envoie huit députés conservateurs à la Chambre des communes.

" Il est vrai que Québec a souvent fait des gestes marginaux en politique, mais ils ne sont pas tous à droite ", dit le sociologue Simon Langlois.

Le chercheur a sans doute raison, mais la forte présence des conservateurs dans cette région a de quoi rendre songeur.

" Il y a depuis longtemps un esprit de conservatisme ici, dit le politologue Réjean Pelletier. N'oublions pas que Québec a déjà été créditiste. Je pense qu'il y a beaucoup de petits fonctionnaires qui ont voté conservateur comme ils ont voté pour l'ADQ. "

Pour Simon Langlois, il ne faudrait surtout pas comparer le conservatisme de l'Alberta à ce qui se passe à Québec. " La droite moralisatrice religieuse dont on parle aux États-Unis, ce n'est pas ce qui se passe ici. "

L'animateur matinal du FM 93, Sylvain Bouchard, admet sans problème qu'il est de droite et que ses idées rejoignent celles de plusieurs de ses auditeurs. " Les idées de droite poussent à Québec parce qu'il y a du soleil et de l'eau, dit-il en faisant référence aux médias. Ailleurs, c'est ce qu'il manque. À Québec, les gens n'ont pas eu peur d'être ce qu'ils sont vraiment. "

Olivier Tremblay est résolument de gauche. Le jeune homme de Québec, qui vient de terminer des études en sciences politiques, absorbait encore le choc des résultats quand on lui a parlé mercredi " Je sais qu'il y a des jeunes qui partent d'ici à cause de cette mentalité. Moi je reste. Je serai au moins là pour représenter les progressistes. "

FRANÇOIS, PAUL ET LES AUTRES

Ils étaient installés autour d'une table au café le Shack mardi midi. Lendemain d'élections oblige, les quatre amis discutaient des résultats électoraux de la veille. Les représentants de La Presse décident de se joindre à la conversation.

" J'espère que c'est pour La Presse et qu'on va pas se retrouver dans un magazine de fifs ", dit Patrick au photographe qui les mitraille avec son appareil.

Rapidement, le quatuor parle de l'appui offert à l'unisson au Parti conservateur. " Les gens de Québec ne sont pas de droite, ils sont wise ", dit François.

" Je pense que ce sont les jeunes qui ont élu ces députés ", dit encore François.

André apporte une nuance " Il y avait beaucoup d'indécis dans cette campagne, les médias les ont fortement influencés. "

Paul était plutôt libéral. " C'est de famille. Mais là j'avais un choix à faire, dit-il. Les conservateurs étaient ce qui m'apparaissait de mieux. "

C'est la réduction de taxes proposée par Stephen Harper qui a séduit François. " Harper est mieux de l'appliquer maintenant. S'il le fait, j'aurai gagné mon vote. "

Patrick a de son coté songé aux relations internationales. " Je suis pour un bon voisinage avec les Américains. On devrait les imiter en matière de mesures militaires. "




L'énigme de Québec décortiquée

Réjean Pelletier : Professeur au département de science politique de l'Université Laval
Le Devoir samedi 28 janvier 2006

Tous les journalistes sont aux abois, qu'ils soient de Québec ou de Montréal. Comment percer l'énigme de Québec? Comment expliquer que cette grande région (qui comprend Chaudière-Appalaches) ait pu voter aussi massivement pour le Parti conservateur du Canada (PCC) comme elle a pu accorder par le passé un moindre vote à l'option souverainiste lors du référendum de 1995 ou élire les seuls députés adéquistes (outre Mario Dumont) aux élections provinciales de 2004?

Il me semble qu'il faut tenir compte d'un certain nombre de facteurs pour mieux cerner le vote conservateur du 23 janvier.

Un premier facteur qui a pu jouer, c'est la volonté d'apporter un changement au niveau fédéral, comme ce fut le cas au niveau provincial en 2003. De là le choix de députés de l'Action démocratique du Québec (ADQ) en 2003 et du PCC en 2006. Au moment où le Parti libéral du Canada (PLC) apparaissait de plus en plus comme un parti corrompu, miné par les scandales, et où le Bloc québécois occupait tous les sièges de la grande région de Québec (à l'exception de la Beauce), la seule véritable solution de rechange ne pouvait être que le Parti conservateur.

En d'autres termes, l'adversaire à battre, c'était le Bloc et non le PLC, contrairement à la région de Montréal, où les libéraux étaient toujours présents et, de ce fait, apparaissaient comme l'adversaire à vaincre.

Par cette volonté de changement, la région de Québec ne se démarque pas tellement de ce qui s'est passé ailleurs au Québec puisque le Parti conservateur a augmenté partout ses appuis en triplant presque ses suffrages au détriment du Parti libéral et du Bloc québécois. Mais pourquoi cette volonté de changement a-t-elle été plus forte dans la région de Québec que dans le ROQ (rest of Quebec)?

Le syndrome de la région abandonnée

Les élections de lundi apparaissaient à plusieurs comme un moment propice pour enfin accéder au conseil des ministres et donc au pouvoir. La stratégie du Parti conservateur reposait largement sur cette double idée. D'un côté, «changer pour vrai» en délaissant aussi bien le Bloc québécois que les libéraux; de l'autre, voter pour des candidats qui ont la possibilité d'accéder au conseil des ministres, en particulier Josée Verner et Maxime Bernier: votre région sera donc bien représentée dans un futur gouvernement conservateur, ce qui n'était pas le cas avec les libéraux, et ce, à cause de la forte présence du Bloc à Québec, et ce qui ne sera pas le cas pour la région de Montréal, qui sera totalement absente d'un futur gouvernement conservateur.

Cet attrait du pouvoir est amplifié par ce que j'appellerais le syndrome de la région abandonnée. Si on regarde du côté fédéral, il est clair que la région a été abandonnée: aucun investissement important de la part du fédéral; un aéroport qui n'a d'international que le nom et dont les infrastructures ne se comparent nullement à tout autre aéroport dans une grande ville canadienne; un pont de Québec qui prend beaucoup plus de temps à rénover qu'il n'en a pris à construire, il y a près d'un siècle; un centre de tri postal qu'on veut fermer au profit de Montréal; bref, une région abandonnée par le fédéral.

De là à dire que c'est à cause de la présence massive du Bloc dans la région, un parti qui ne peut pas accéder au pouvoir à Ottawa, il n'y a qu'un pas à franchir, et il l'a été lundi.

Mais cette région se sent doublement abandonnée puisque la situation n'est pas plus rose du côté provincial. C'est une capitale qui dénonce depuis plusieurs années le glissement des centres de décision politique vers Montréal.

Il ne s'agit pas seulement de l'implantation d'antennes, d'agences, d'organismes, sinon de ministères à Montréal, mais aussi d'une faible présence de la région de Québec au gouvernement provincial: aucun ministre fort ne représente la région de Québec à l'heure actuelle. Les personnes sur qui on comptait sont parties ou ont déçu. La démission d'un Marc Bellemare, les faux pas d'un Sam Hamad dans le dossier de l'énergie couplés à une longue maladie, les maladresses d'une Carole Théberge dans le dossier des garderies, tout s'est conjugué pour finalement en arriver à une seule conclusion: les dossiers de la région sont peu ou pas défendus.

C'est effectivement le cas lorsqu'on s'arrête à un certain nombre de ces dossiers: la fermeture annoncée, puis reportée, du Jardin zoologique, le manque de dynamisme de la Commission de la Capitale-Nationale, qui avance et recule dans le dossier de la promenade Samuel-de-Champlain le long du fleuve et qu'on menace de faire disparaître, le sous-financement de l'Université Laval (à hauteur de 11 millions) par rapport à toutes les autres universités québécoises, des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec qui mobilisent très peu et qui n'ont rien de festif. Ce ne sont tout de même pas le Congrès eucharistique international ni le Sommet de la Francophonie qui revêtent un caractère festif évident: ces événements sont certes importants, mais il en faut encore plus.

Une région différente?

Il faut enfin reconnaître qu'il existe, au sud de Québec, un fond conservateur qui transparaît davantage à certains moments. C'est la région que Pierre Drouilly a qualifiée de «Québec tranquille», une région plutôt rurale, vieillissante parce que beaucoup de jeunes la quittent, où le chômage est plutôt faible mais où les salaires ne sont pas très élevés.

C'est une région assez durement frappée, à l'heure actuelle, par la fermeture des usines de textile (avec la concurrence de la Chine) et par les difficultés du secteur forestier (le bois d'oeuvre en particulier). C'est un terreau fertile pour de nouveaux partis: les créditistes à une époque, l'ADQ par la suite, les conservateurs aujourd'hui. Elle est souvent à la recherche de voies de sortie que n'offrent pas les partis traditionnels.

Quant à la ville même de Québec, ce qui comprend également sa banlieue immédiate, on l'a souvent qualifiée de «gros village». Par certains côtés, elle présente l'allure d'un village où, les gens se connaissant, il est facile de les classer en deux catégories: les bons de notre côté et les méchants de l'autre. Cette dichotomie se retrouve partout à Québec: la basse ville et la haute ville, le secteur public (les fonctionnaires) et le secteur privé, les instruits et ceux qui le sont moins, etc.

Tout ceci entraîne bien souvent des rapports de haine et d'envie. Ceux qu'on envie sont habituellement mal aimés. Ces gens sont alors la proie facile d'animateurs de radio qui alimentent cette haine à l'endroit de la fonction publique, de l'État et de la haute ville, en somme, de tout ce qu'il faut apprendre à détester: c'est un terrain idéal pour la droite.

Si on ajoute à cela le fait que l'État québécois paie de plus en plus mal ses employés, leur offre de faibles hausses de salaire et des conditions d'emploi qui se détériorent et recrute peu chez les jeunes, on peut comprendre que de plus en plus de fonctionnaires, employés de l'État, soient moins sensibles aux appels de partis qui misent sur l'État.

Enfin, la ville de Québec, parmi les grandes villes canadiennes, est la moins cosmopolite de toutes. La diversité culturelle y est faible, tout comme la diversité économique, que des groupes ethniques différents pourraient apporter. En ce sens, Québec apparaît trop comme un gros village monoculturel et monoethnique où il manque de dynamisme.

Bref, tous ces facteurs sont porteurs de changements qui ne pointent pas vers la gauche mais plutôt vers la droite.




Harper appealed to soft nationalists

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, January 30, 2006

'There is a sizable proportion of conservative-minded people in Quebec, but until now we haven't been able to reach them," Stephen Harper told me in an interview a few years ago.

Well this time he did. And he did much more. On his way to 24 Sussex Drive, he dealt a serious blow to the Bloc Québécois, which lost three seats, dropping to 51 from 54, and -- more important -- six percentage points in the popular vote, to 42.3 per cent from 48.8 per cent. This is a cruel disappointment for the sovereigntists.

At the outset of the campaign, the Bloc, buoyed by the early polls, was counting on receiving more than 50 per cent of the vote. This would have been the first time in its history that the sovereigntist camp would have gone over the magic threshold of an absolute majority -- a good omen for the referendum the Parti Québécois plans to hold when (and if) it gets back in power.

Instead, the Bloc now finds itself at the level it had before the sponsorship scandal erupted, when people were predicting its gradual decline. Not that the Bloc is weak: It still is, by far, the biggest federal party in Quebec, and it will play a prominent role in the next Parliament. But it can no longer pretend to have made headway toward sovereignty.

Actually, the election results might even force the sovereigntists to renounce their dream of holding a referendum on sovereignty right after a provincial election victory.

Moreover, the prospect of a PQ victory over Jean Charest's Liberals is not as probable as it seemed only two weeks ago. The Conservative victory is providing much-needed fuel to the embattled Quebec Liberals, who greeted the Conservative win with unabashed joy. (Some provincial Liberal organizers discreetly gave a helping hand to the new Conservative MPs around Quebec City).

If Mr. Harper delivers on his promise to solve the fiscal imbalance between Ottawa and the provinces, and allows Quebec a voice in cultural international forums such as UNESCO, the Quebec government has a greater chance of being re-elected, and such a scenario would instantly send the sovereigntist movement into limbo for four more years.

The surprising rise of the Conservatives in Quebec -- where it had practically no money and no organization -- showed that many Quebeckers were thirsty for an honourable federalist alternative to the hated Liberals. Mr. Harper, in a sensitive and weighty speech, invited them to leave the Bloc enclave where they were parking their votes. He offered them "pride and power" -- the opportunity to get back into the centre of things with dignity and respect, instead of staying on the sidelines with the Bloc. The message was echoed in their own words by local candidates such as Jacques Gourde, the outspoken farmer who won in the Beauce area: "While the Bloc is sitting on the porch with its case of beer watching the parade go by, we [Conservatives] are in the parade!"

The message was lost on committed sovereigntists, of course, but it appealed to the "soft nationalists" -- a very large group whose support the sovereigntist camp would absolutely need to foster a majority in a referendum. The Conservatives' 10 new Quebec MPs were all elected in overwhelmingly francophone ridings, in areas where centre-right provincial parties such as the former Union Nationale and the Action Démocratique have been strong in the past. But in terms of popular support, the Conservatives made huge gains everywhere in Quebec, even in Montreal.

If Mr. Harper plays his cards well -- and of course this remains to be seen -- Quebec could propel him with enough seats, next time, to a majority government. For this scenario to become true, though, he will have to govern from the centre, refrain from pushing socially conservative policies and act on his promise to decentralize. For now, Quebeckers are favourably disposed toward the new government, but Mr. Harper will be under close surveillance.

lgagnon@lapresse.ca




La percée du PCC au Québec:
Il faut pratiquer un souverainisme d'ouverture

Michel Seymour : Professeur, Département de philosophie, Université de Montréal
Le Devoir lundi 30 janvier 2006

Comment réagir à l'élection du PCC et à sa promesse de corriger le déséquilibre fiscal, de respecter les compétences du Québec et de permettre une délégation internationale québécoise à l'UNESCO?

Il se peut que cette conjoncture nouvelle change la donne pour certains militants actifs au sein du mouvement souverainiste, et qu'elle les désarçonne quelque peu. Car qu'arriverait-il à la cause si le PCC réalisait ces promesses? Une telle éventualité les inciterait peut-être à regretter d'avoir stratégiquement choisi de critiquer le fédéralisme tel qu'il est pratiqué à Ottawa.

D'autres militants souverainistes, qui refusent toujours de justifier leur cause en s'appuyant sur l'intransigeance de la fédération canadienne, se sentiront confortés dans leur point de vue que c'était une erreur de parler des défauts structurels de la fédération canadienne. Ils se diront que c'est toujours une erreur d'intervenir pour réclamer des réformes au sein du régime fédéral. Il faut rompre, diront-ils, avec le nationalisme réactif, le nationalisme du «ressentiment», et parler positivement en faveur de la souveraineté.

Pourquoi les Bleus à Québec?

Je veux bien, mais la plupart des citoyens ordinaires qui sont tentés par l'indépendance ne réagiront pas de cette façon. Ils sont pragmatiques et ils considèrent depuis toujours qu'une réforme en profondeur de la fédération canadienne serait acceptable. Cette idée est particulièrement ancrée dans la région de Québec et chez les militants de l'ADQ. Il n'y a pas d'autre explication à la percée du PCC dans le centre du Québec.

Même si plusieurs de ces concitoyens pensent que la souveraineté est en principe préférable au fédéralisme multinational, ils auraient volontiers opté pour le pis-aller d'une fédération profondément réformée. Ils pensent qu'il faudrait reconnaître le peuple québécois dans la constitution canadienne et en accepter les conséquences institutionnelles.

Cette intuition, présente au sein de la population dans son ensemble peut être articulée par les experts qui comprennent le fonctionnement idéal d'un État multinational. Le modèle de l'État-nation n'est après tout pas le seul modèle possible, car la multination existe déjà en Belgique et est peut-être sur le point d'exister pour les Catalans en Espagne.

Un fédéralisme d'ouverture?

En quoi consiste donc cette réforme du fédéralisme? Il faut reconnaître officiellement dans la Constitution canadienne l'existence du peuple québécois, le statut particulier de la province de Québec, le régime de fédéralisme asymétrique pour le Québec, le droit de retrait avec compensation financière pour le Québec, la limitation du pouvoir fédéral de dépenser au Québec, la mise en place de mécanismes pour résoudre le déséquilibre fiscal au Québec, la pleine maîtrise d'oeuvre du Québec en matière de langue, de culture, de télécommunications et d'immigration, la doctrine Gérin-Lajoie en relations internationales pour le Québec, et le droit du Québec de contribuer à la nomination de trois des neuf juges à la Cour suprême. Il faudrait en outre transférer l'assurance-emploi au Québec et aussi, bien sûr, abroger C-20.

Il ne s'agit pas de placer la barre trop haut dans le but d'obtenir un refus du Canada. Les mesures proposées sont là pour la plupart des revendications historiques des fédéralistes québécois.

En outre, ces changements auraient peu de conséquences pour les Canadiens qui pourraient choisir pour leur propre région entre un fédéralisme centralisé et un fédéralisme décentralisé. Cela équivaut-il à l'accord du lac Meech? Bien sûr que non. L'accord du lac Meech était effectivement inacceptable, parce que les cinq mesures proposées étaient insuffisantes, et surtout parce que la clause de société distincte n'avait d'impact que sur la langue, et un impact mitigé en plus.

Un souverainisme d'ouverture

Les citoyens savent qu'il faut une réforme en profondeur pour résoudre la question nationale québécoise à long terme. Les militants souverainistes qui seraient disposés à un tel compromis ne sont toutefois pas légion.

Je suis pour ma part un souverainiste de ce genre, qui aurait fait ce compromis, mais qui croit qu'une telle réforme est désormais impossible. Je ne suis donc pas désarçonné devant l'arrivée au pouvoir du PCC, puisque celui-ci est encore très loin de reconnaître la nécessité d'une réforme constitutionnelle en profondeur de ce genre. Ce fut en effet, une erreur de frapper exclusivement sur le clou du déséquilibre fiscal, sans avoir en tête l'ensemble de la réforme nécessaire.

La solution n'est toutefois pas de faire disparaître la fédération canadienne de notre écran radar et de voir la souveraineté comme une fin en soi ou de la voir exclusivement comme le seul moyen de réaliser un certain projet de société. La solution consiste notamment à placer le Canada encore une fois en face de son incapacité viscérale à reconnaître l'existence du peuple québécois et en face de son incapacité à transformer le pays dans un véritable État multinational.

En faisant cette démonstration, on ne pratique pas un nationalisme du ressentiment. Ce sont les souverainistes qui choisissent d'ignorer systématiquement le Canada qui entretiennent du ressentiment.

La stratégie proposée ne consiste pas non plus à traiter la souveraineté comme un pis-aller. C'est le fédéralisme multinational qui aurait été un pis-aller acceptable. Le «fédéralisme d'ouverture», qui est, il est vrai, encore une nouvelle appellation improvisée pour recycler ce vieux rafiot monarchique qu'est devenu le Canada, ne peut se faire que par une réforme constitutionnelle profonde. Le Canada est-il disposé à une telle ouverture? Nous savons bien que non. Alors pratiquons un souverainisme d'ouverture et faisons plutôt la démonstration de cette incapacité. Il n'y a pas d'autres moyens de convaincre les Québécois indécis de prendre le beau risque de la souveraineté.

Il y aura certes de la «turbulence». Mais ceux qui prennent l'avion régulièrement savent que le pilote nous annonce très souvent que nous sommes sur le point de traverser une zone de turbulence. Cela les empêche-t-il de voyager? Qui refuserait de prendre l'avion pour cette raison?




Combien de temps?

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 28 janvier 2006

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper ne tardera pas à se mettre à l'oeuvre. Il a choisi d'être assermenté rapidement, dès le 6 février, pour profiter du répit qu'on accorde aux nouveaux gouvernements... si tant est que l'opposition veuille bien observer une trêve de quelques mois.

Pressé, le premier ministre désigné Stephen Harper l'est parce qu'il sait trop bien que s'il veut pouvoir faire adopter les principales mesures inscrites à son programme électoral, il n'a devant lui guère plus de six à huit mois pendant lesquels l'opposition n'osera pas le renverser. Celle-ci paierait un lourd tribut en provoquant rapidement des élections.

Pendant ces quelques mois de répit auxquels il a droit, M. Harper aura d'abord à établir avec les Canadiens un lien de confiance qui est plutôt ténu aujourd'hui. Ce n'est pas en s'appuyant sur les 36,3 % de suffrages exprimés que son parti a obtenus lundi qu'il peut prétendre détenir une véritable légitimité pour mettre en oeuvre son programme. Si les Canadiens ont élu le Parti conservateur, ils n'ont pas plébiscité ses politiques, qui suscitent beaucoup de méfiance.

L'attitude adoptée par Stephen Harper lors de sa première conférence de presse, jeudi, laisse penser qu'il a compris qu'il lui faut d'abord s'attaquer à l'aura de suspicion que les partis d'opposition ont créée autour de sa personne et de ses politiques. La sévère mise en garde qu'il a servie au cours de cette conférence de presse à l'ambassadeur américain à Ottawa à propos de la souveraineté canadienne en Arctique ne visait rien d'autre qu'à dissiper les ambiguïtés au sujet de ses penchants proaméricains. Il n'est pas celui que l'on croit, nous dit-il.

Sa réplique aura d'autant plus porté qu'il a montré du même coup qu'il a de l'échine. On peut le croire déterminé et décidé, ce qui, comparativement à l'absence d'esprit de décision qui caractérisait Paul Martin, sera perçu de façon positive. À défaut de charisme, la franchise, la droiture et l'autorité qu'il offre contribueront à changer la perception qu'on a de l'homme. Modifier celle qu'on a des politiques conservatrices sera plus ardu, surtout qu'il maintient une volonté ferme de les mettre en oeuvre.

Cependant, la neutralité des premiers mois à laquelle l'opposition est tenue pourrait bien vite disparaître si, d'entrée de jeu, le gouvernement Harper ne tient pas compte des exigences de celle-ci. Des heurts ne manqueront pas de survenir dès l'ouverture de la session parlementaire avec la présentation du discours du Trône, puis du dépôt du premier budget, au printemps. Dans les deux cas, il aura besoin de l'appui d'une partie de l'opposition pour ne pas être défait. Des compromis seront nécessaires car tant les libéraux que les néo-démocrates et les bloquistes n'accepteront pas, pour tout ce qui concerne les politiques de santé, l'environnement et des programmes comme les services de garde, de voter avec le gouvernement s'il leur donne des garanties de les maintenir.

À Stephen Harper, il faudra beaucoup d'habileté pour manoeuvrer à travers les écueils. S'il a su au cours des derniers mois diriger son parti avec une intelligence que même ses adversaires lui ont reconnue, le niveau de difficulté sera d'autant plus grand que bien peu de membres du prochain gouvernement ont déjà siégé à un conseil des ministres. La principale qualité dont il devra faire preuve sera l'humilité. L'humilité de faire des compromis et de retraiter pour ne pas s'engager dans des batailles perdues d'avance. Sinon, son gouvernement pourrait durer bien peu de temps. Dès qu'ils auront un nouveau chef, les libéraux pourraient être tentés de le défaire pour tenter de former un gouvernement de coalition avec les néo-démocrates.

bdescoteaux@ledevoir.ca




Fausses prétentions

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 30 janvier 2006

S'il est un thème qui est souvent revenu au cours de la dernière campagne électorale, c'est celui des valeurs. Pour contrer la vague conservatrice, les trois autres partis ont martelé l'idée qu'ils étaient mieux placés pour défendre les valeurs des Canadiens ou celles des Québécois. Vraiment?

Vers la fin de la campagne électorale, le chef du Bloc, Gilles Duceppe, s'est permis d'affirmer que «les valeurs canadiennes ne doivent pas prendre le dessus sur les valeurs québécoises». À quelles valeurs faisait-il allusion ? La solidarité ? L'ouverture aux autres ? La tolérance ? Les Québécois seraient donc à la fois plus tolérants, solidaires et ouverts que les Ontariens ou les Albertains ? Étrangement, le NPD et le PLC affirment aussi défendre ces valeurs, qu'ils disent être celles de la majorité des Canadiens. Qui dit vrai ?

Malgré ces prétentions, les élections ont porté Stephen Harper au pouvoir. Même au Québec, l'appui aux conservateurs a atteint 36 %, contre 42 % pour le Bloc. Pourtant, les valeurs de ce parti seraient, dit-on, bien différentes des valeurs fondamentales des Québécois.

Les conservateurs sont contre le registre des armes à feu, pour la réduction de la taille de l'État, pour la baisse des impôts, contre l'avortement et le mariage gai. Le hic, c'est que bien des Canadiens et des Québécois partagent aussi ces idées et ces valeurs. Ce qui fait dire au député conservateur nouvellement élu au Québec, Steven Blaney, que «les valeurs des Québécois sont des valeurs conservatrices».

En fait, si les conservateurs n'ont pas été élus depuis 1993, ce n'est pas parce que leurs valeurs ne sont pas partagées par un grand nombre de concitoyens d'un bout à l'autre du pays, mais pour des raisons plus terre à terre. Rappelons-nous que les conservateurs avaient perdu le pouvoir après deux mandats ponctués de nombreuses révélations de favoritisme et de corruption, l'introduction d'une TPS impopulaire, une grave crise économique causée par des taux d'intérêt exorbitants, l'échec des négociations constitutionnelles, l'Accord du libre-échange et l'apparition du Bloc au Québec. Tout cela avait peu à voir avec le système de valeurs des Canadiens et beaucoup avec leur ras-le-bol.

Les conservateurs d'aujourd'hui ne tombent pas du ciel : ils sont issus de la frustration des gens de l'Ouest et des régions. Ils sont donc nécessairement plus proches des valeurs traditionnelles qu'on associe à la droite et à la religion. Cela explique qu'ils réprouvent l'avortement et le mariage homosexuel, mais personne ne va nier que voilà des valeurs tout aussi canadiennes et québécoises que la tolérance et l'ouverture d'esprit.

Autre exemple, celui du régime public de santé dont le PLC au Canada et le PQ au Québec se font les défenseurs acharnés au nom des valeurs fondamentales de l'un et l'autre peuple. Pourtant, deux sondages récents, l'un effectué par Léger Marketing et l'autre par CROP, montrent que c'est au Québec et en Colombie-Britannique, deux provinces de gauche, que les répondants se disent le plus fortement d'accord avec l'idée d'autoriser les patients à payer pour avoir accès plus rapidement à des soins. Pire, c'est parmi les électeurs du Bloc que l'on retrouve la plus forte proportion de Canadiens favorables à cette approche (72 %, contre 65 % des électeurs du PC, 57 % des électeurs libéraux et 43 % des électeurs néo-démocrates).

Qu'est-ce à dire ? De un, qu'une majorité d'électeurs vote d'abord en fonction de ses intérêts personnels et collectifs en fonction de la conjoncture du moment; de deux, qu'au lieu de se réclamer arbitrairement de pseudo-valeurs nationales et fondamentales, les partis font toujours mieux de concentrer leurs efforts pour proposer une analyse claire et des mesures concrètes susceptibles d'améliorer la qualité de vie de chacun. Le reste n'est que chasse aux sorcières.




Taking care of business -- right away

Joanne Laucius
Ottawa Citizen January 30, 2006 Monday

Stephen Harper doesn't have to wait for the House to get his house in order . As Joanne Laucius reports, the prime minister-designate can start putting his policies in place the minute he takes power.

In one week, prime minister-designate Stephen Harper takes the reins of government, and although the House won't likely reconvene for two to three months, experts say he and his cabinet can begin putting his policies in place well before that.

"There are lots of levers a government has to exercise power. Legislation is only a part," said David Zussman, an expert on governance and the Jarislowsky chair in public sector management at the University of Ottawa.

"Orders-in-council are always used by the prime minister when the government is not sitting," said University of Ottawa political historian Michael Behiels. "Just because the House isn't sitting doesn't mean the prime minister doesn't have the authority."

The Privy Council Office has likely analysed each promise made on both sides during the election and is in position to tell Mr. Harper what he can and cannot do, what cabinet can decide, and whether legislation or legislative change is required to fulfil each of the promises, said Mr. Zussman.

For much of what Mr. Harper wants to do, he will need either legislative changes or House of Commons approval for spending. However, if there is a program already in place and money available for that program, he may be able to make regulatory changes to acquire the funds for purposes he has already stated during the election campaign.

"Mr. Harper will be pleasantly surprised how prepared everyone is for him," said Mr. Zussman. "He has a huge amount of goodwill going into this. He just doesn't have the legal authority."

Still, that doesn't mean he'll have to cool his jets over the next few months.

Regulatory activities, such as raising the prices of postage stamps for example, don't require legislation. And some pieces of legislation allow Cabinet to make changes without going back to the House of Commons.

"Almost all legislation has some leeway," said Mr. Zussman.

The government also has ways to secure money before legislation is passed to pay for its policies, said Mr. Behiels.

Mr. Harper has indicated that an Accountability Act will be his first order of business. This will likely include beefing up the bureaucracy in areas such as the office of Auditor General Sheila Fraser.

Mr. Harper can get started on this by working within existing departmental budgets to hire more people, although eventually the money would have to be accounted for in the budget, said Mr. Behiels.

Hiring a few dozen accountants is much simpler than beefing up military ranks, as Mr. Harper has promised. A few soldiers could be accommodated within the National Defence budget, but adding thousands would need a budgetary measure and require budgetary approval, said Mr. Behiels.

The wheels can be set in motion to reduce the GST, as Mr. Harper promised, as soon as the House of Commons reconvenes and before the legislation is passed, said David Perry senior researcher with the Canadian Tax Foundation, which represents lawyers, accountants and academics interested in taxation and fiscal policy.

Although GST rates are enshrined in the legislation, and the legislation will need to be changed -- a process likely to take a long time -- Mr. Harper can introduce a parliamentary document called a "notice of ways and means" that would cover the money involved until the legislation is passed, said Mr. Perry. The day the GST rate change comes into effect will be named in the document, and is likely to be only a few days after the document is delivered.

There are few precedents for what will happen if Parliament fails to pass new GST legislation, said Mr. Perry. In the late 1960s, for example, a bill to reduce income tax was not passed and payroll deductions had been introduced in accordance with the ways and means announcement, said Mr. Perry. When the bill wasn't passed, taxpayers did not have to make up the difference.

Mr. Harper has promised to scrap Liberal child-care agreements with the provinces in favour of taxable annual payments to parents of $1,200 for each child under six.

While the agreements are covered by legislation, they are based on agreements made between the federal minister and his provincial counterparts. If the agreements are abrogated, then the legislation, while still in existence, has no effect, said Mr. Perry. "If the agreements cease to exist, the legislation has no meaning."

That said, Mr. Harper has indicated that he will honour the existing agreements for another year.

"Some things you honour because it's a good cause. Other things you honour because, in essence, you have a contract," said Mr. Perry.

The child-care agreements are a matter of some delicacy and Mr. Harper must be careful how he handles them, said Mr. Behiels. Battles may be brewing with some provinces, especially Quebec, if the agreements are not extended.

If Mr. Harper wants to get money flowing to fulfil the promises he made, he will likely have to bring an omnibus bill to the House of Commons, said Mr. Zussman.

Even with the Conservatives' 124 seats, and the NDP's 29 seats, he doesn't have the necessary majority and can't pass a budget. Mr. Harper will have to depend on the diplomatic and alliance-building skills of his House leader to get support for such a bill.

"He has huge moral authority here. He did win the election," said Mr. Zussman. However, if Mr. Harper was to move forward with an idea that he has not mentioned before, he can't use the same argument.

The cabinet can, theoretically, fill between 4,000 and 5,000 different positions, ranging from the governor general to vacant positions on the Supreme Court, the Senate as well as deputy ministers, assistant deputy ministers and positions in Crown corporations as well as senior positions in the Privy Council Office, said Mr. Behiels.

Major ambassadorships will also be in play -- former New Brunswick Liberal premier Frank McKenna has already resigned as ambassador to the U.S.

"There will be long lineups of Tories for these positions, just as there were when Mulroney took power in 1984," said Mr. Behiels. However, there was a backlash against the way Mr. Mulroney handled these moves and Mr. Harper knows his appointments can't all be made overnight, or give the public the perception of pettiness or vindictiveness.

Although Mr. Harper needs some of these positions filled by appointees loyal to Tory policies, some positions are not overtly political and are already filled by competent people, said Mr. Behiels. There's also the issue of financial settlements if some appointees are replaced before the end of a term. Mr. Harper has made it clear that he does not intend to appoint senators and instead plans to "create a national process for choosing elected senators from each province and territory."

Mr. Harper is already aware that he needs additional Conservative senators, but Mr. Behiels said Mr. Harper's stated approach to Senate reform is open to a challenge in the Supreme Court. Pierre Trudeau "was stopped in his tracks in an attempt to change the make up of the Senate," said Mr. Behiels. And Quebec has already said that it will not allow senators to be elected.

Mr. Harper will be limited by the desire to be cautious in the changes he makes because the Tories, besides being new to power, also have a minority government, said Mr. Behiels.

"They know they don't have a long leash. They don't want to make mistakes," he said.

"This is a learning curve going up Mount Everest. It's very steep. Joe Clark found that out in 1979. They worked long and hard to get there, and they don't want to mess it up."




Dette: Québec sonne l'alarme

Dion-Viens, Daphnée
Le Soleil lundi 30 janvier 2006

Préoccupé, le ministre Audet pourrait agir dans le prochain budget

Le ministre des Finances sonne l'alarme : la dette du gouvernement du Québec s'élève à 117 milliards $ et il est temps de s'y attaquer. Des consultations en ligne se déroulent jusqu'au 25 février et des mesures visant à réduire la dette pourraient faire partie du prochain budget.

"C'est une préoccupation majeure, a affirmé hier Michel Audet en entrevue téléphonique au SOLEIL. On en parle depuis un bon moment, on y réfléchit, mais est-ce que ça peut se formaliser dans des gestes concrets qui auront un impact à long terme ?"

Le ministre souligne qu'une partie du problème a été réglée avec l'équilibre budgétaire, mais que la dette continue d'augmenter, notamment à cause d'investissements en immobilisation et dans les sociétés d'État.

"La gestion de la dette se fait correctement parce que nous avons la chance d'avoir des taux d'intérêt qui sont assez bas, poursuit-il. Mais ça ne durera pas des décennies. (...) Si les taux d'intérêt se mettent à augmenter, ça posera un problème énorme."

La dette du Québec est la plus élevée au pays. En proportion du PIB, elle représente près du double de la moyenne canadienne. Avec des coûts de financement totalisant 7,5 milliards $ pour l'année en cours, c'est le troisième poste de dépense le plus important après la santé et l'éducation.

Le ministre Audet entame donc des consultations prébudgétaires afin de s'attaquer à la dette dans son prochain exercice financier : "Je serai très ouvert à des propositions en ce sens. Il n'y a pas encore de plan arrêté mais je pense que ça fait partie de nos responsabilités."

Le gouvernement doit-il prendre les moyens pour que la dette cesse d'augmenter et pour commencer à la rembourser ? Si oui, de quelle manière ? Voilà les questions auxquelles les Québécois sont invités à répondre dans Internet (www.finances.gouv.qc.ca).

Deux journées de consultations publiques se dérouleront aussi les 2 et 3 février à l'Assemblée nationale.

Hausse de l'impôt ?

"Il faut répondre à des questions concrètes. Si on est d'accord pour réduire la dette, comment on y arrive ? En réduisant les dépenses ? En augmentant les impôts ? (...) C'est là-dessus que j'aimerais que la population se prononce."

Le ministre espère pouvoir transposer les résultats des consultations dans le prochain budget, sans toutefois en faire un engagement formel. "Mais s'il se dégage un consensus, c'est évident que ça permettra peut-être des mesures", précise-t-il.

M. Audet rappelle que le Forum des générations, organisé par le gouvernement à l'automne 2004, avait permis de mettre en perspective le problème du déclin démographique et de l'endettement public.

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