
Le plat de lentilles
David, Michel
Le Devoir mardi 31 janvier 2006
En politique comme dans le commerce de détail, même un assez piètre vendeur peut arriver à vendre un bon produit. Il est nettement plus méritoire de faire prendre des vessies pour des lanternes, mais le grand art consiste à les faire accepter «dans l'honneur et l'enthousiasme», pour reprendre une formule connue.
En 1987, les conditions que Robert Bourassa avait posées pour signer la Constitution de 1982 étaient bien en deçà de celles que René Lévesque avait lui-même énoncées dans le projet d'accord soumis deux ans plus tôt au gouvernement conservateur de Brian Mulroney.
L'accord du lac Meech n'avait repris que les clauses les moins exigeantes du document péquiste, qui réclamait la reconnaissance de la primauté de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne sur la Charte des droits que Pierre Elliott Trudeau avait fait enchâsser dans la Constitution canadienne.
Pour prendre le «beau risque» du fédéralisme, le PQ exigeait non seulement que le gouvernement du Québec participe à la nomination des juges de la Cour suprême, mais qu'il obtienne le pouvoir de nommer lui-même tous les juges de la Cour d'appel et de la Cour supérieure du Québec.
Bien entendu, Brian Mulroney n'avait donné aucune suite à ces demandes. Le gouvernement Lévesque agonisait et personne ne doutait que M. Bourassa, une fois redevenu premier ministre, se montrerait beaucoup moins exigeant.
Personne ne peut savoir avec certitude dans quelle mesure la ratification de l'accord du lac Meech aurait réellement modifié la dynamique du fédéralisme canadien, surtout dans sa version diluée par le comité présidé par Jean Charest.
En réalité, le plus important était la dimension psychologique de l'accord. Autant son échec a été perçu comme un rejet dont la souveraineté a énormément profité, autant sa ratification aurait eu valeur d'amende honorable pour le coup de force de 1982. Sans nécessairement en mourir, le mouvement souverainiste aurait subi un très sérieux recul.
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Après dix ans de plan B, couronnés par le scandale des commandites, la portée réelle du «fédéralisme d'ouverture» de Stephen Harper n'intéressera pas davantage la population que celle de l'accord du lac Meech.
À partir du moment où le drapeau du «Canada-Québec» flottera au siège d'un organisme de l'ONU, qui se souciera de savoir si l'application des modalités de l'entente sur les sommets francophones au cas de l'Unesco augmentera la marge de manoeuvre du Québec?
La désillusion à l'endroit du fédéralisme est telle que le moindre geste de réconciliation pourra maintenant être présenté - et perçu - comme une concession majeure. Si cela crée quelques remous au Canada anglais, ce sera encore mieux.
Le rapport du comité présidé par l'actuel ministre responsable des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, ne limitait pas une plus grande implication du Québec sur la scène internationale au seul cas de l'Unesco, même si le lien avec sa spécificité culturelle était particulièrement évident. Il fallait faire en sorte que le Québec puisse «participer directement à un plus grand nombre de tribunes, de forums ou d'organismes internationaux», notamment le Bureau international du travail (BIT).
En tenant pour acquis que M. Harper tiendra parole, tout deviendra affaire de «spin». Dans la bouche du premier ministre Charest, une entente sur la participation du Québec à l'Unesco revêtira à coup sûr un caractère historique, dans la mesure où il confirmera le principe de l'asymétrie sur la scène internationale, alors que le PQ n'y verra que de la poudre aux yeux.
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Dans un texte publié aujourd'hui même dans Le Devoir, l'ancien ministre Joseph Facal dit craindre que, dans l'espoir de marquer des points, M. Charest se contente d'un plat de lentilles qui ne réglerait pas le fond du problème du déséquilibre fiscal.
Malgré toute la bonne volonté de M. Harper, il n'est pas réaliste d'envisager la cession de points d'impôt aux provinces à brève échéance. Au mieux, le prochain budget fédéral annoncera une augmentation des transferts fédéraux, notamment pour le financement de l'enseignement postsecondaire, qui ne fera qu'accroître leur dépendance envers Ottawa.
Dans l'état d'urgence où se trouvent les finances publiques québécoises et son propre gouvernement, le gouvernement Charest n'aura pas d'autre choix que d'accepter cette manne avec reconnaissance et de crier à une grande victoire. Comment l'en blâmer? Pressé par l'échéance l'électorale, le gouvernement péquiste avait fait la même chose en février 2003.
Au reste, la distinction entre un transfert financier, qui crée une dépendance, et le transfert de points d'impôt, qui permet de s'en affranchir, n'est pas toujours facile à saisir pour le contribuable qui, de toute manière, finit toujours par payer, que ce soit à Québec ou à Ottawa.
M. Facal a parfaitement raison, quand il affirme que «les Québécois ne réalisent pas les conséquences de la trudeauisation», qui force les gouvernements fédéralistes québécois à abaisser la barre de leurs revendications d'une fois à l'autre, pour éviter d'essuyer un nouveau refus qui viendrait apporter de l'eau au moulin souverainiste.
Du même coup, les exigences de l'honneur et de l'enthousiasme ont diminué considérablement depuis l'époque du «beau risque». De Meech à Paul Martin, l'erreur des libéraux est de ne pas avoir compris qu'un léger sacrifice sur la forme aurait permis de consolider le fond. M. Harper, lui, semble l'avoir compris.
Quand André Boisclair croit que l'élection d'un gouvernement conservateur aura un effet neutre sur la souveraineté, il commet la même erreur que les libéraux. Bien apprêté, un plat de lentilles peut avoir très bon goût.

Les ravages de l'oubli: Les Québécois ne mesurent pas les conséquences de la trudeauisation du Canada
Joseph Facal, Professeur à HEC Montréal, ancien ministre dans les gouvernements Bouchard et Landry
Le Devoir mardi 31 janvier 2006
La percée conservatrice du 23 janvier dernier au Québec ne s'explique pas seulement par le dégoût qu'inspiraient des libéraux rongés par la corruption. Elle illustre aussi la persistance de l'espoir d'un renouveau du fédéralisme canadien chez un grand nombre de Québécois. Cet espoir repose sur trois facteurs: la difficulté de renoncer pour de bon au Canada, un nouvel interlocuteur fédéral en apparence plus ouvert que le précédent et l'oubli ou l'ignorance de tous les échecs passés.
Le premier facteur interpelle surtout les souverainistes. Plusieurs d'entre eux traitent avec condescendance ces Québécois qui évoquent avec émotion les Rocheuses ou l'enviable réputation du Canada dans le monde. Ils ne comprennent pas à quel point il peut être extraordinairement difficile pour certaines personnes de renoncer pour de bon au pays que vos ancêtres ont bâti ou qui vous a accueilli. Cette attitude hautaine est d'autant plus préjudiciable que les sondages qui indiquent un appui à la souveraineté à hauteur de 50 % mesurent ce que serait la réponse à la question référendaire de 1995 qui prévoyait une offre de partenariat accompagnant l'accession à la souveraineté, et qui a été gommée du programme du Parti québécois.
Le deuxième point interpelle les Québécois qui rêvent encore à un renouvellement du fédéralisme dans le sens des revendications historiques du Québec. Personne au Québec n'a remarqué qu'au lendemain de son discours de Québec du 19 décembre, le Globe and Mail de Toronto avertissait Stephen Harper qu'on ne le laisserait pas émasculer le gouvernement central et devenir le maître d'hôtel de ces éternels braillards que sont les provinces. Le chef conservateur le sait tellement qu'il a déjà entrepris de baisser les attentes.
Un Canada qui a profondément changé
Bien des Québécois ne mesurent pas à quel point le Canada réel a changé. L'idéologie trudeauiste - négation de la séparation constitutionnelle des pouvoirs de 1867, gouvernement central omniprésent, provinces subordonnées, primauté absolue des droits individuels, refus du moindre statut particulier pour le Québec - est aujourd'hui la vision dominante que les Canadiens de l'extérieur du Québec ont du genre de pays qu'ils veulent construire. Cette vision est radicalement incompatible avec la vision québécoise du fédéralisme que prônaient jadis Robert Bourassa ou Claude Ryan. La nation canadienne se construit aujourd'hui sur une négation radicale de la nation québécoise.
La preuve de cela n'est pas seulement dans l'échec de toutes les tentatives québécoises pour renouveler le fédéralisme canadien, mais dans le fait que la barre des revendications québécoises est chaque fois plus basse et le refus canadien chaque fois plus ferme. Les tensions entre le Québec et le Canada n'ont donc rien à voir avec les tensions habituelles que vivent les autres régimes fédéraux à travers le monde ou avec la mauvaise volonté des acteurs. Elles découlent ici d'une incompatibilité radicale entre deux lectures du passé et de l'avenir du Canada.
À mesure qu'augmente le nombre de Canadiens nés à l'étranger, l'idée d'accorder une reconnaissance particulière à une communauté fondatrice apparaît de plus en plus saugrenue à l'extérieur du Québec.
Beaucoup de ces nouveaux Canadiens ont dû renoncer à leur langue comme outil premier de communication en venant au Canada. Ils ne comprennent donc pas l'attachement farouche des Québécois francophones à la leur, notamment parce qu'ils ne font pas cette distinction cruciale entre la préservation, à titre individuel, d'une langue en situation de diaspora, et l'épanouissement d'une langue au sein d'une société viable dont elle serait la langue commune.
Non seulement ils associent à une demande de traitement de faveur les revendications québécoises, mais ils voient des relents d'ethnicité dans cette insistance des Québécois pour obtenir la reconnaissance de leur identité collective. Stephen Harper n'ira jamais plus loin que ce que lui permettra un électorat pour qui le dossier québécois est clos pour de bon.
Ne pas voir cela, c'est la preuve des ravages que l'oubli et l'ignorance peuvent provoquer. Ceux qui en doutent devraient faire le test suivant: autour d'eux, combien de jeunes de 20 ans savent que le Québec n'est pas signataire de la Constitution de 1982? Combien de moins jeunes peuvent nommer de mémoire les cinq demandes du Québec qui étaient le coeur de l'Accord du lac Meech? Jean Charest sait tellement que la reconnaissance constitutionnelle de la spécificité du Québec est un sujet tabou au Canada anglais qu'il est le premier chef de gouvernement de l'histoire du Québec à ne pas avoir de revendications constitutionnelles. Pour lui, réconciliation rime avec renonciation.
Des pis-aller
Il est là le danger qui guette le Québec: que Jean Charest, qui a désespérément besoin de marquer des points politiques, accepte un plat de lentilles. Il faut répéter qu'une hausse des transferts fédéraux n'est pas une solution au déséquilibre fiscal. Non seulement cette hausse renforcerait la dépendance du Québec, qui devra de plus en plus aller quêter à Ottawa, mais, parce qu'ils viennent avec des conditions, ces transferts servent de Cheval de Troie au gouvernement central pour imposer ses priorités, qui sont celles de la majorité canadienne, et forcer ainsi le Québec à rentrer dans un moule conçu par d'autres.
En deçà de la souveraineté, seul un repartage global de l'assiette fiscale attaque vraiment le déséquilibre fiscal.
On nous vantera aussi les ententes administratives. Mais comment se fait-il qu'il n'y ait d'ententes administratives que dans les champs de compétence des provinces, et jamais dans celles d'Ottawa? Les ententes administratives sont le pis-aller sur lequel se rabat le Québec quand il est placé devant le fait accompli d'une intrusion fédérale dans ses juridictions.
Au fond, Ottawa dit aux provinces: ce qui est à moi est à moi et ce qui est à vous sera géré conjointement. Si vous osez protester, on vous répond que le «monde est tanné des chicanes».
Devenu régime unitaire plutôt que fédération véritable, le système politique canadien a échoué dans sa fonction historique de faire coexister les identités distinctes des deux communautés fondatrices du Canada, qui sont aujourd'hui sur des chemins séparés qui ne se touchent que quand ils s'affrontent.
L'envahissement des champs de compétence provinciaux, l'exercice impérial du pouvoir fédéral de dépenser, l'assujettissement à des normes pancanadiennes imposées, la multiplication des chevauchements, tout cela agace aussi les gouvernements des autres provinces, mais ne met pas en cause l'identité propre de leurs populations. La majorité canadienne trouve en effet normal que son gouvernement national, celui d'Ottawa, prenne charge des orientations collectives les plus stratégiques.
Au Canada, on a tué le fédéralisme au nom de l'unité canadienne. Les Québécois qui oublieront les leçons du passé et succomberont au chant de sirènes s'exposent à d'amères déceptions et à de nouveaux reculs.

La réforme du scrutin: Pour un gouvernement fort mais congédiable! : Non à la réforme
Dufour, Christian - Politicologue, chercheur à l'École nationale d'administration publique
Le Soleil mardi 31 janvier 2006
LE SOLEIL du 26 janvier nous apprend que le politologue Louis Massicotte a affirmé devant la commission de l'Assemblée nationale sur la réforme du mode de scrutin que le système actuel défavorisait les libéraux, l'avant-projet de loi (rédigé par lui pour le gouvernement) corrigeant l'essentiel de ce problème. Le même article rappelle que le projet de réforme ne changerait rien pour les partis "marginaux" : seule l'ADQ en profiterait, avec bien sûr le Parti libéral : on aurait vu en 2003 l'élection de 16 adéquistes au lieu de quatre.
On est loin des discussions théoriques sur les merveilles de la proportionnelle, mais au moins les choses sont claires : une certaine mouvance souverainiste de gauche qui a accrédité la nécessité de la réforme du mode de scrutin est en train de se faire royalement avoir. Et ce ne sont pas les propos du ministre Pelletier - un bon politicien chargé d'un mauvais dossier - sur la "démagogie" des opposants à la réforme qui changeront le fait qu'il n'y a pas consensus dans cette affaire.
Mieux vaut être démagogue avec Henri Brun, Claude Corbo, Joseph Facal, Jean-Claude Rivest et les autres, que trop bon libéral dans un dossier vital pour l'avenir du Québec. Même Pierre Serré, l'inspirateur des proportionalistes québécois, a dû se résoudre à écrire dans L'Action nationale que la proposition gouvernementale "favoriserait outrageusement le PLQ, qu'elle écarterait le PQ du pouvoir de façon permanente, qu'elle favoriserait les tiers-partis fédéralistes de droite tout en limitant l'influence des partis issus des forces de démocratisation de la société québécoise".
MM. Serré, Charbonneau et les autres voudraient évidemment que le projet de réforme soit encore plus proportionnel, permettant aux petits partis de faire élire des députés. Cela, le ministre Pelletier se refuse à bon droit de le faire, pour des raisons évidentes de stabilité gouvernementale. Pour le reste, c'est un secret de polichinelle que la majorité des députés québécois ne veulent pas d'un système qui permettra, entre autres belles choses, à des candidats défaits par le peuple dans une circonscription d'être quand même élus parce qu'inscrits sur un scrutin de liste.
La démocratie est au moins autant une pratique qu'une théorie. Avec la réforme, on prétend solutionner certains problèmes, mais on en créera de plus importants encore dans la réalité. Au départ, les zélés de la proportionnelle faisaient peu de cas de l'importance de préserver la force et l'efficacité du gouvernement québécois, dans un monde où cet irremplaçable moteur de progrès social qu'est l'État voit sa capacité d'action réduite par la mondialisation économique et les pouvoirs conférés aux tribunaux par les chartes des droits.
Mais pire, l'avant-projet de loi qui est sur la table diminuera le pouvoir de la majorité francophone, dans un contexte où le Québec n'est ni souverain ni reconnu comme société distincte au sein du Canada. Il risque aussi de provoquer une inquiétante régression, dans la mesure où il mettra en péril l'alternance politique qui est à la base de la démocratie québécoise. En revalorisant une clientèle anglophone historiquement acquise au PLQ mais concentrée dans un petit nombre de circonscriptions, le PLQ aura toutes les chances de devenir le parti permanent du gouvernement au Québec, alors que l'opposition péquiste déjà affaiblie continuera à s'effriter pour des motifs idéologiques.
Le régime actuel cherche à concilier démocratie et efficacité gouvernementale. Il établit un équilibre entre une représentation juste, conforme aux choix exprimés par les électeurs, et une représentation efficace, produisant un gouvernement capable de prendre des décisions dont il porte la responsabilité devant le peuple. En faisant des élections un choix collectif pour un programme connu, cela établit un lien fort entre le vote populaire et les politiques de l'État. Le parti au pouvoir est contraint d'appliquer le programme sur la base duquel il a été élu sous peine d'encourir la colère de l'électorat. C'est ce système électoral qui a permis au Québec de mettre en place des politiques originales et souvent progressistes dans le contexte canadien et nord-américain, des politiques clairement imputables au parti au pouvoir et que les citoyens peuvent juger.
Grâce à l'alternance au pouvoir, notre système permet de congédier un gouvernement incompétent ou corrompu, plutôt que de diluer le pouvoir et les responsabilités dans un multipartisme qui condamne à gouverner en coalition. Au contraire, un système véritablement proportionnel à l'européenne, en permettant la multiplication des partis à l'Assemblée nationale, favoriserait l'émergence de gouvernements minoritaires ou de coalition, jointe à la domination d'un grand parti de gouvernement comme la Démocratie chrétienne en Italie dans les 50 années de l'après-guerre. Cela conduirait à une partitocratie dans laquelle les politiques ne se décident pas lors des élections, mais se négocient après celles-ci - en secret - entre des appareils de partis. Au Québec, on se retrouverait facilement avec un parti libéral indélogeable, qui pourrait faire alliance avec l'un ou l'autre petit parti selon la conjoncture.
Notre système comporte le grand avantage de permettre l'élection de gouvernements à la fois forts et congédiables, dans une société donnant une voix forte et légitime à l'opposition, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Assemblée nationale dans des sommets socioéconomiques, des commissions parlementaires, les médias, etc. Le grand progrès historique apporté par la démocratie est d'avoir donné au peuple le moyen de se débarrasser d'un régime sans effusion de sang, en recourant de façon civilisée à l'arme du scrutin. Tout ce qui affaiblit cette arme en brouillant les cibles et en atténuant la responsabilité des gouvernants au point de les rendre non congédiables par le peuple, mine l'essence même de la démocratie.
Il est des dossiers où il n'est pas avisé pour le Québec, affaibli par les réformes constitutionnelles de Trudeau, de se démarquer de son environnement nord-américain. Entre l'avant-projet de loi outrageusement partisan des libéraux et une dynamique encore plus proportionnelle néfaste pour le pouvoir québécois, le maintien du statu quo s'impose, tant que le mode de scrutin n'aura pas été modifié à Ottawa et dans les autres provinces. Et ce serait, pour le gouvernement, céder à la tentation du coup d'État légal que d'imposer une réforme constitutionnelle de cette envergure, sans l'aval de l'opposition officielle ni ratification par la population par référendum.

La réforme du scrutin: Une évolution nécessaire pour le Québec
Pelletier, Benoît - Ministre responsable des Affaires intergouvernementales, de la Francophonie canadienne, de l'Accord sur le commerce intérieur, de la Réforme des institutions démocratiques et de l'Accès à l'information
Le Soleil mardi 31 janvier 2006
Jusqu'à présent, la consultation sur la réforme du mode de scrutin lancée l'été dernier par le gouvernement du Québec a suscité un intérêt populaire d'une rare vigueur. En effet, à ce jour, plus de 500 personnes ont exprimé le souhait d'être entendues par la Commission spéciale sur la Loi électorale. Cela s'ajoute aux 2300 personnes qui ont soumis leur candidature pour occuper l'un des huit sièges du comité citoyen qui accompagne les parlementaires.
Certes, la réforme du mode de scrutin est un débat récurrent dans l'espace politique québécois depuis plus d'une génération. Néanmoins, la démarche actuelle du gouvernement du Québec se distingue de celles qui l'ont précédée en ce qu'elle est davantage tournée vers le citoyen et qu'elle porte sur une proposition concrète, énoncée dans un avant-projet de loi. Jamais un gouvernement québécois n'est allé aussi loin dans le sens d'une réforme du mode de scrutin. Cela tient sans doute au fait que, pour un nombre sans cesse croissant de Québécois, le statu quo est devenu inacceptable.
On le sait, le Québec est une société d'une grande maturité politique. Deux cents ans de gouvernements démocratiques ininterrompus sont la marque d'une collectivité qui sait poser des gestes civiques responsables. Du reste, la vitalité du débat politique démontre à quel point le Québec est ancré dans des valeurs fortes, qui assurent l'émulation des idées tout en sauvegardant la cohésion sociale.
Dans ce contexte, pourquoi changer le mode de scrutin majoritaire actuellement en vigueur ? La réponse est pourtant simple. Ce mode de scrutin produit des distorsions entre la volonté populaire et les résultats électoraux, de sorte que bon nombre de votes ne comptent tout simplement pas. De plus, il condamne certains groupes et certains partis à une marginalisation dans les faits, malgré un appui important de la population. Surtout, en vertu du mode de scrutin actuel, le parti qui termine deuxième quant au nombre de votes peut tout de même former un gouvernement - majoritaire, de surcroît - , ce qui n'est pas normal. Les démocrates que nous sommes, depuis des générations, peuvent-ils continuer d'accepter ce système que René Lévesque qualifiait, il y a près de 25 ans, de "démocratiquement infect" ? Ma réponse est non !
J'entends déjà les adversaires de la réforme claironner que le mode de scrutin actuel garantit la stabilité gouvernementale et l'alternance du pouvoir. Pourtant, aucune analyse sérieuse ne permet de conclure que seuls les gouvernements majoritaires sont gages de stabilité. À ce compte, les dictatures offriraient sans doute à cet égard les meilleures perspectives... Quant à l'alternance, elle n'est qu'une manifestation de la volonté de l'électorat, amplifiée par le système actuel, et non pas un principe inhérent au mode de scrutin uninominal. S'il est normal de souhaiter la durabilité de nos gouvernements et l'alternance du pouvoir, il est toutefois difficile d'accepter que la démocratie et la volonté populaire y soient subordonnées. On n'a qu'à penser aux élections fédérales de 2004 et 2006, qui ont toutes deux résulté en des gouvernements minoritaires, pour comprendre que le mode de scrutin uninominal à un tour - qui s'applique aussi aux élections fédérales - n'est pas une garantie de stabilité.
C'est un choix de valeur que nous faisons : un scrutin proportionnel offre de meilleures garanties de respect de la volonté du peuple que le système actuel. Ainsi, avec un tel mode de scrutin, le gouvernement ne sera majoritaire que lorsque le voeu d'une majorité de l'électorat sera de confier au même parti la gouvernance de ses affaires.
Pour certains, la question nationale a clairement préséance sur la question démocratique : ceux-ci voient le mode de scrutin actuel comme l'ultime rempart des francophones du Québec contre d'hypothétiques dangers. Certains vont même jusqu'à affirmer qu'il est normal que le vote des francophones ait plus de poids que celui des autres citoyens québécois. Un électeur francophone a-t-il vraiment plus de valeur qu'un électeur dont la langue maternelle est autre que le français ? Existe-t-il un danger qui soit si grand qu'il puisse justifier la mise en veilleuse de nos principes démocratiques et d'inclusion ? Je ne le crois pas !
Il est grand temps de moderniser le système électoral québécois. Nous devons au moins cela à notre démocratie. La proposition contenue dans l'avant-projet de loi n'est pas finale et elle est très certainement perfectible. C'est justement pour cette raison que nous consultons la population. Considérant le succès exceptionnel de la Commission spéciale jusqu'à ce jour, personne ne saurait de bonne foi remettre en cause le sérieux de la démarche du gouvernement.
Le Québec est mûr pour une réforme et un rajeunissement de ses institutions démocratiques, et il n'y a pas lieu de brandir des épouvantails dans le but d'effrayer les citoyens. Plusieurs autres sociétés modernes et prospères ont déjà emprunté la route de la représentation proportionnelle sans s'affaiblir pour autant. Au contraire, certains de ces pays, dont la Norvège, la Suède et l'Irlande, se sont hissés récemment à la tête de l'indice de développement humain de l'ONU, y détrônant même le Canada.
Ceux qui auront à changer le plus leurs pratiques au cours de cette évolution, ce ne sont pas les citoyens, mais bien les partis politiques. Le citoyen ne pourra que sortir gagnant de ce genre d'exercice, puisqu'il aura la certitude que son vote comptera et que sa volonté sera mieux considérée. Si cette volonté entraîne des gouvernements de coalition dans certains cas, il incombera alors aux partis et non aux citoyens de s'ajuster. Leur survie dépendra de leur capacité de s'adapter et de travailler ensemble.
Je crois que l'adoption d'un mode de scrutin proportionnel pourra améliorer l'état de la démocratie au Québec en permettant, notamment, une meilleure représentation de la société québécoise à l'Assemblée nationale. À titre de citoyens, il nous appartient de convenir d'un système qui respecte nos aspirations et nos différences, qui nous rassure, et qui nous ressemble.

Pour une délégation québécoise aux Olympiques
Louis Cornellier : Professeur de français au cégep de Joliette et chroniqueur aux essais québécois au Devoir
Le Devoir mardi 31 janvier 2006
Dans la plateforme électorale qu'il a présentée en vue des élections du 23 janvier dernier, le Bloc québécois proposait que le Québec puisse avoir une équipe distincte dans certaines compétitions sportives internationales. Certains ont fait des gorges chaudes de cette idée originale et audacieuse, mais, à l'aube des Jeux olympiques d'hiver de Turin qui obligeront une fois de plus les athlètes québécois à concourir sous la bannière canadienne, l'occasion est belle de revenir sur cette proposition pour en démontrer la pertinence et la nécessité.
Il ne s'agit pas, ici, d'une petite crise de chauvinisme régionaliste. L'enjeu est beaucoup plus profond et concerne le droit, pour un athlète, de ne pas se renier lui-même pour avoir accès à la compétition internationale.
Les athlètes québécois, dans leur très vaste majorité, parlent le français, une des langues officielles du Comité international olympique. Pourtant, pour participer aux Jeux olympiques, ils devront faire le sacrifice de leur langue, donc de leur identité, puisque la délégation canadienne, comme on s'en doute, ne brille pas par son respect du bilinguisme, pourtant officiel lui aussi.
Aliénation
On dira peut-être que c'est un détail, qu'il n'y a rien là, puisque, de toute façon, la pratique sportive transcende les langues. Cette attitude démissionnaire et désincarnée fait pourtant l'impasse sur un enjeu culturel fondamental. Cette situation qui oblige les Québécois francophones à laisser leur langue au vestiaire pour avoir accès aux plateaux sportifs les plus prestigieux de la planète engendre en effet une aliénation qui affecte toute la collectivité nationale.
On entretient ainsi le sentiment débilitant que l'expérience sportive suprême est nécessairement étrangère à notre univers de référence et que, pour y accéder, il convient de faire le deuil de notre personnalité profonde. On folklorise ainsi notre propre culture en laissant entendre qu'un des phénomènes universels de l'humanité, c'est-à-dire le désir de se surpasser par le sport et d'être reconnu pour cela par la communauté internationale, exigerait que nous devenions étrangers à nous-mêmes.
On retrouve le même phénomène d'aliénation, d'ailleurs, dans cette attitude perverse qui consiste à exiger des étudiants québécois en médecine l'utilisation de manuels en anglais. Comme si la médecine, encore là, était étrangère à notre univers de référence, pourtant porté par une des principales langues internationales.
Le Canadien de Montréal, notre Sainte-Flanelle bien à nous, reconduit cette aliénation quand, au mépris de la loi 101, il impose une langue étrangère comme langue de travail à ses principaux employés sans que qui que ce soit s'en offusque. Quand on pense que même le capitaine de l'équipe, ce cher Saku, ne maîtrise même pas une simple phrase en français...
Du domaine public
Le cas des Olympiques, cela dit, est plus scandaleux parce qu'il relève du domaine public, par l'entremise des fédérations nationales. Ce qu'on dit actuellement aux jeunes athlètes québécois de stature internationale, c'est qu'ils devront nier leur propre identité pour vivre une expérience dont rien ne justifie, pourtant, qu'elle leur soit inaccessible en restant eux-mêmes.
La québécitude, on le sait bien, n'empêche ni de patiner vite ni de faire d'élégantes arabesques, sauf dans cette étouffante logique canadienne qui est la nôtre et qui impose, dans les faits et malgré le discours, la feuille d'érable et l'anglais à ses représentants.
Notre souveraineté, bien sûr, réglerait ce problème et nous redonnerait, collectivement et individuellement, la pleine jouissance de l'expérience sportive internationale dans la fidélité à nous-mêmes.
En attendant, rien ne nous interdit de revendiquer ce droit dans le cadre fédéral, en mettant les supposés partisans du fédéralisme d'ouverture au défi de nous l'accorder. Ensuite, pour obtenir la reconnaissance internationale de ce droit, nous aurions certainement des appuis, dont celui, il faut l'espérer, de la France.
La diversité culturelle, c'est aussi dans le monde du sport que cela s'exprime. On peut donc, en effet, rêver, mais en n'oubliant pas qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même. Les Québécois ont droit à toute l'expérience humaine. En français.


SONDAGE CROP-LA PRESSE
HARPER TIRE CHAREST VERS LE HAUT
Lessard, Denis
La Presse mardi 31 janvier 2006
Les élections fédérales changent le paysage politique québécois
Québec - Conséquence de l'élection des conservateurs à Ottawa, le paysage politique québécois s'est tout à coup modifié. Stephen Harper a promis de tendre la main au Québec, mais pour l'instant, il a surtout donné un coup de pouce inattendu aux espoirs des fédéralistes québécois et des libéraux de Jean Charest. C'est ce qui se dégage du plus récent sondage CROP-express, réalisé pour La Presse auprès de 1000 répondants et dont la marge d'erreur est de 3 points de pourcentage.
En observant les réponses obtenues avant et après les élections fédérales, CROP observe une amélioration " significative " de la situation pour le gouvernement Charest.
" C'est significatif, les changements ne sont pas minimes. C'est fascinant à observer, bien qu'on ne sache pas s'il s'agit du début d'une tendance ou d'une réaction épidermique des électeurs ", souligne Claude Gauthier, vice-président de CROP. Il faudra attendre les prochaines enquêtes pour voir " s'il s'agit d'un virage ou d'un feu de paille ".
Mais pour M. Gauthier, il est clair que les gens retiennent que " les élections ont suscité un changement ". " Les Québécois voient une main tendue de la part de M. Harper, venu cinq ou six fois au Québec durant la campagne. "
Au premier coup d'oeil, quand on considère l'ensemble des données, il n'y a rien de bien neuf sous le soleil. Pour les réponses recueillies du 19 au 29 janvier, on constate une relative embellie pour le gouvernement Charest quant au taux de satisfaction; les " satisfaits " passent en un mois de 25 à 29 % de la population, tandis que les mécontents descendent de 71 à 66 %. Le PLQ avait déjà bénéficié de ces reprises, bien éphémères, en novembre et août 2005.
Sur l'ensemble de la période aussi, les intentions de vote ne bougent guère quand on répartit les 16 % d'indécis selon l'intention de vote référendaire. Les libéraux perdent deux points par rapport à décembre avec 29 % des intentions de vote- une chute d'un point chez les francophones à 18 %. Le PQ descend de cinq points chez les francophones à 57 %, et de quatre points dans l'ensemble de l'électorat, à 46 %. L'ADQ gagne un point à 15 %. Et, probablement conséquence de la toute récente campagne fédérale, les " autres "- le Parti vert et l'Union des forces progressistes essentiellement- grimpent à 9 %, en hausse de quatre points.
Avant, après
Mais le portrait change du tout au tout quand CROP décortique les données recueillies au cours de cette enquête qui chevauche le jour des élections fédérales.
La satisfaction à l'endroit du gouvernement Charest grimpe subitement de 10 points, après le 23 janvier. Les intentions de vote qui, depuis des mois, laissaient prévoir un balayage absolu du Parti québécois, montrent toujours une victoire d'André Boisclair, mais plus chaudement disputée.
Avec des échantillons de 533 et 467 personnes, pour les périodes précédant et suivant les élections fédérales- la marge d'erreur étant de 4 points de pourcentage-, CROP observe que le niveau de " satisfaits ", qui était de 25 % avant le vote, est passé à 35 % après.
Inversement, ceux qui sont insatisfaits du gouvernement du Québec passent de 71 à 61 %.
La performance plus faible que prévu du Bloc, le 23 janvier, semble avoir un impact défavorable sur les appuis au PQ.
Au brut, avant la répartition des 16 % d'indécis sur l'ensemble du sondage, le parti d'André Boisclair recueille 41 % des intentions de vote. Mais quand on décortique les résultats, on observe que le PQ obtenait 44 % d'appuis avant le scrutin fédéral et 38 % après. Même phénomène du côté des libéraux provinciaux; leur score brut, avant répartition des indécis, est de 22 %, mais quand on observe ce qui s'est passé sur la période, on constate qu'il recueillait 17 % des appuis avant le scrutin fédéral et 27 % par la suite.
Pour l'ADQ, les 12 % recueillis cachent une baisse, en deçà de la marge d'erreur toutefois, de 14 à 11 %, avant et après le scrutin fédéral.
Pour Claude Gauthier, l'appui sans réserve de Mario Dumont au Parti conservateur ne paraît pas lui avoir apporté beaucoup de sympathie. " Les gens se sont peut-être dit que ce n'était pas crédible, que cet appui ne changeait rien ", résume le sondeur.
En revanche, le rapprochement entre M. Harper et Jean Charest paraît servir nettement ce dernier.
Finalement, explique le sondeur, avec les résultats de la semaine dernière, les libéraux provinciaux " se sont peut-être débarrassés du boulet que constituaient pour eux les libéraux fédéraux, qui ont reçu leur sanction avec le scrutin ".
Aussi, les résultats de CROP ne laissent aucun doute quant à une victoire du PQ si des élections avaient eu lieu cette semaine. " Mais avec ces chiffres-là, on ne parle plus de balayage ", résume le spécialiste.
Régions
Compte tenu de la taille des échantillons, on ne peut rien conclure de l'impact du scrutin fédéral sur les intentions de vote par région ou par groupe linguistique.
Sur l'ensemble de l'échantillon de 1000 personnes, l'appui au PLQ chez les francophones recule d'un point, à 18 %, et passe de 62 à 57 % pour le PQ. L'ADQ grimpe de deux points chez les francophones, à 16 % après répartition des indécis.
À Montréal, les positions ne changent guère; le PLQ diminue d'un cran à 32 % des intentions de vote, le PQ de deux points à 46 % et l'ADQ de trois points à 11 %, trois mouvements en deçà de la marge d'erreur, de 3 points sur l'ensemble des 1000 répondants. On ne bouge pas davantage dans la région de Québec, sauf que le PQ baisse de quatre points à 45 %, les PLQ grimpe de trois points à 20 % et l'ADQ de deux points à 30 %.
Dans le reste du Québec, les mouvements sont plus perceptibles; les libéraux baissent de deux points à 21 %, mais le PQ chute de 11 points, passant de 62 à 51 %, tandis que l'ADQ grimpe de cinq points, à 16 %.

Contributions illégales au PLQ
PC
Le Devoir mardi 31 janvier 2006
Trois-Rivières - Cinq organismes, dont deux établissements d'enseignement supérieur, deux entreprises privées et un centre de thérapie, ont dû payer des amendes variant de 950 $ à 1385 $ pour avoir versé des contributions au Parti libéral du Québec (PLQ).
La radio de Radio-Canada révélait hier que l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le Collège Laflèche, Nor-Web Consultations en sécurité, Ameublement Buromax et la Maison Carignan avaient aussi remboursé les dépenses de certains de leurs représentants qui avaient pris part à un tournoi de golf du PLQ à l'été 2004.
Ces organismes s'ajoutent à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, qui avait déjà été mise à l'amende en 2005 pour les mêmes raisons.
«C'est cette situation qui nous a incités à fouiller un peu plus et à vérifier les contributions dans le cas de cette activité-là», a expliqué Clément Falardeau, porte-parole du Directeur général des élections du Québec.
Selon lui, les organismes en question ont ainsi contrevenu aux articles 87 et 90 de la Loi électorale du Québec. Le premier mentionne que seul un électeur peut contribuer au financement des partis politiques, tandis que le second précise que toute contribution doit être versée par l'électeur lui-même et à même ses propres biens. Dans le cas des six contraventions qui ont été signifiées, il s'agissait de dépenses correspondant aux frais d'inscription au tournoi de golf.
Le Directeur général des élections du Québec a donc réclamé, au cours des derniers mois, des sommes correspondant essentiellement au montant versé par les organismes, plus l'amende minimale de 500 $, plus les frais.
Le Collège Laflèche se retrouve avec la plus forte amende, soit 1385 $. L'établissement avait versé un montant total de 600 $ au PLQ.
La direction du Collège a réagi, hier, par voie de communiqué. «Le Collège Laflèche reconnaît avoir enfreint un article de la Loi électorale en ayant remboursé des activités de parti politique à des employés», peut-on y lire. Le directeur général du Collège, M. Marcel Côté, a tenu à préciser qu'une telle situation ne devrait pas se répéter.

Boisclair prépare les prochaines élections
Dutrisac, Robert
Le Devoir mardi 31 janvier 2006
Le chef péquiste veut rédiger la plate-forme électorale avec l'aide de ses militants
Québec - Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a procédé à un remaniement de son cabinet fantôme tout en plaçant l'année 2006 sous le signe de la préparation aux prochaines élections générales.
«Le Parti québécois est en train de se mettre en mode pré-électoral», a dit André Boisclair lors d'une conférence de presse alors qu'il participait à une réunion conjointe du caucus de ses députés et de l'exécutif du parti, réunion qui prendra fin aujourd'hui.
«C'est tout un défi de mériter à nouveau la confiance des Québécois», a dit M. Boisclair, qui a rappelé que «ça fait deux ans essentiellement qu'il [le PQ] est tourné sur lui-même». Il est temps d'aller sur le terrain, a-t-il fait valoir. Le PQ mettra aussi au point sa plate-forme électorale avec ses militants à partir de son programme.
Le chef péquiste a reconnu que les finances du parti, grevées par la campagne électorale de 2003, le Congrès national de 2005 et la course à la direction de l'automne, avaient connu des jours meilleurs. «Tout est sous contrôle et j'ai bon espoir qu'à la fin de l'année le PQ se retrouvera dans une situation financière assainie», a-t-il assuré.
La députée de Taillon, Pauline Marois, à qui André Boisclair, le soir de sa victoire à la course à la direction du PQ, avait promis de faire une grande place, devient porte-parole en matière de Relations internationales en plus de se voir confier un rôle dans l'organisation du parti. Elle laisse la responsabilité de l'éducation au député de Vachon, Camil Bouchard.
L'éducation demeure le dossier le plus important pour l'opposition officielle - M. Bouchard a d'ailleurs pour mandat d'organiser à la mi-juin un conseil national sur ce thème - mais Mme Marois, elle qui a été ministre de l'Éducation pendant trois ans et porte-parole en cette matière pendant deux ans et demi, voulait changer d'air, a-t-elle expliqué en substance. «C'est exactement ce que je voulais. Je suis très contente», a affirmé Mme Marois. Compte tenu de sa longue feuille de route, la responsabilité des relations internationales peut apparaître comme une occupation que l'on réserve à une future «elder stateswoman».
Le député de Blainville, Richard Legendre, prend le dossier de la famille des mains de M. Bouchard ainsi que celle du sport et du loisir. Les deux jeunes députés élus aux élections partielles de 2004, Nicolas Girard, de Gouin, et Elsie Lefebvre, de Laurier-Dorion, montent en grade. M. Girard obtient l'emploi et la solidarité sociale, une autre responsabilité qui était dévolue à M. Bouchard, tandis que Mme Lefebvre s'occupera d'immigration et de communautés culturelles.
Le nouveau député de Verchères, Stéphane Bergeron, député du Bloc québécois pendant 12 ans et spécialiste des relations internationales, devient porte-parole en matière de faune et de parcs. M. Bergeron a remporté en décembre une victoire écrasante dans l'ancienne circonscription de Bernard Landry, obtenant 70 % des voix, davantage que les scores habituels de M. Landry.
Par ailleurs, André Boisclair est revenu sur le sujet du résultat des dernières élections fédérales dans la grande région de Québec. Selon lui, il s'agit d'un «vote stratégique». Les gens de Québec «se sentent délaissés par le gouvernement de M. Charest. Il y a un abandon très grave de la part du fédéral», estime M. Boisclair. «Quand les gens se sentent de cette façon, je peux très bien comprendre que des gens aient fait le choix du pouvoir.»
Le fait que le PQ ne détient plus que deux sièges dans la région de Québec et dans Chaudière-Appalaches, c'est une «occasion» de faire des gains, a soutenu M. Boisclair avec optimisme. L'organisation du PQ, dont le nouveau directeur général, Jean Fournier, vient de Québec, se renouvellera en profondeur, a-t-on indiqué.
Aujourd'hui, les députés péquistes discuteront de santé sous l'angle des suites à donner à l'arrêt Chaoulli de la Cour suprême. Ils entendront des experts qui leur dresseront un portrait de la situation et livreront leurs réflexions sur la place du secteur privé en santé au Québec. On attend Réjean Hébert, doyen de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, François Béland, un spécialiste des soins aux personnes âgées qui enseigne à l'Université de Montréal et à l'université McGill, Marie-Claude Prémont, vice-doyenne à la faculté de droit de l'université McGill, et Michel Clair.

Pour en finir avec le mythe du NON de Québec
Jacques Noël
Le Devoir mardi 31 janvier 2006
Les mythes ont la couenne dure et, pour la xième fois, on nous revient avec le grand mythe montréalais que c'est la ville de Québec qui a fait perdre le dernier référendum. Voilà qui est faux, archifaux.
Au référendum de 1995, le OUI a fait 53,2 % à Charlesbourg, 54,5 % dans Chauveau, 60,1 % aux Chutes de la Chaudière, 48,1 % dans Jean-Talon, 54,7 % dans La Peltrie, 56,5 % à Lévis , 51,9 % à Limoilou , 53,1 % dans Louis-Hébert, 57,6 % dans Montmorency, 59,1 % dans Taschereau et 55,1 % dans Vanier
En tout, 254 876 électeurs de Québec ont voté OUI et 208 150 NON; le OUI a donc fait 55 % à Québec. Comme Québec comptait 2 % d'anglophones et 3 % allophones qui, comme ailleurs au Québec, ont voté non à 95 %, le OUI a donc fait 58 % dans la population francophone, soit à peu près la moyenne nationale.
Ces 58 % sont d'autant plus héroïques qu'André Arthur, au sommet de sa gloire à l'époque, frappait sur le OUI trois heures par jour le matin et deux heures le midi et que Parizeau avait commis la gaffe de garantir les emplois des fonctionnaires québécois d'Ottawa, soulevant beaucoup d'inquiétude chez les fonctionnaires de Québec.
Alors d'où vient ce mythe montréalais, si persistant 10 ans après ?
D'abord de l'ancienne ville de Québec, formée des circonscriptions de Jean-Talon, Limoilou et Taschereau, qui a voté OUI à seulement 53,2 %. Mais surtout de Jean-Talon, la Haute-ville de Québec, qui a voté NON à 52 %.
Mais Jean-Talon n'est pas plus Québec que le Plateau Mont-Royal, Montréal. C'est juste un quartier de la ville où réside une bonne partie de la minorité irlandaise de Québec, juste le quartier qui compte la population la plus âgée au Canada. Voilà pour l'explication du mythe.
Par contre, la région au sud de Québec a effectivement voté NON. Bellechasse a voté NON à 52,9 %, Beauce-Nord 55,4 %, Beauce-Sud 57,5 %, Mégantic-Compton 52,7 % et Montmagny-L'Islet 55,1 %.
Outre le conservatisme de la région, la présence de nombreux producteurs laitiers, inquiets de la perte de leurs quotas de lait, pourrait être l'explication de la victoire du NON. Mais ce ne sont pas ces 78 759 NON contre 65 925 OUI qui ont fait la différence au final !
Et si les Montréalais se mettaient enfin à regarder du côté des francophones de l'Outaouais qui ont voté NON à 66 % ?
Voilà pour le mythe montréalais qui veut que c'est à Québec qu'on a perdu le référendum...
