SONDAGE EKOS LA PRESSE TORONTO STAR

Harper et son parti en échappé:
Les conservateurs ont une avance de 6% sur les libéraux

Rodrigue, Sébastien
La Presse jeudi 5 janvier 2006

Le Parti conservateur a pris une bonne avance pour la première fois dans les intentions de vote au pays depuis le déclenchement des élections, selon un sondage de la firme Ekos. Le parti de Stephen Harper suscite aussi l'intérêt d'un nombre grandissant d'électeurs des autres formations politiques.

Les conservateurs sont donc en échappée et il y a encore de l'espace pour grossir leurs appuis, précise le président d'Ekos, Frank Graves. " Non seulement leurs appuis augmentent-ils, mais de plus en plus de Canadiens appuyant d'autres partis commencent à les prendre au sérieux ", dit-il.

Le sondage réalisé pour La Presse et The Toronto Star au cours des deux derniers jours auprès de 1386 répondants montre que les conservateurs détiennent une avance d'un peu plus de 6% sur les libéraux à l'échelle nationale.

Les conservateurs n'avaient jamais obtenu une telle avance dans les sondages depuis le début de la campagne électorale.

Le Nouveau Parti démocrate (NPD) obtient 18% des voix, alors que le Bloc québécois gagne 10% des appuis (à l'échelle du Canada) et le Parti vert 5%. Les conservateurs sont à 36% dans les intentions de vote et les libéraux à 30 %. La marge d'erreur de ce sondage est d'environ 2,7 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Un sondage CPAC-SES Research réalisé du 1 er au 3 janvier confirme cette remontée des conservateurs au pays. Ce sondage donne une avance de 3% aux conservateurs (36 %) face au libéraux (33 %).

La stratégie de Harper

Les sondeurs de la firme Ekos estiment que ces résultats démontrent que la stratégie des conservateurs durant la première portion de la campagne a porté ses fruits. Le Parti conservateur a multiplié les annonces sur son programme avant Noël, notamment sur la TPS, les garderies et la défense.

Dans cet élan, l'image du chef conservateur reprend même du poil de la bête dans l'esprit des électeurs. Stephen Harper obtient un meilleur score que Paul Martin quant à sa capacité d'articuler une " vision positive pour le futur ". Sur cette question, le chef conservateur obtient la faveur de 28% des électeurs contre 25% pour le chef libéral. En décembre la tendance était plutôt à l'inverse.

Mouvement au Québec

L'avance des conservateurs s'explique par un léger effritement des intentions de vote chez les néo-démocrates en Colombie-Britannique et au Bloc québécois.

Au Québec, les conservateurs obtiennent autant d'appuis que les libéraux. Les deux partis sont presque à égalité avec respectivement 20% et 22% des intentions de vote. Le Bloc reste dominant avec 44% des appuis. Ekos constate que le Parti conservateur apparaît comme un rival potentiel du Parti libéral pour défendre l'option fédéraliste au Québec.

En Colombie-Britannique, les libéraux restent au même stade (23 %), mais les néo-démocrates (23 %) flanchent au profit des conservateurs (47 %). Les libéraux restent néanmoins populaires parmi l'électorat ontarien avec 39% des intentions de vote contre 35% pour les conservateurs. Les marges d'erreur du sondage sont toutefois plus élevées pour les résultats régionaux. L'avance des conservateurs se traduit aussi par une polarisation de leurs appuis qui se concentrent surtout chez les personnes plus âgées, tandis que les jeunes se montrent moins intéressés par la campagne. Autant les hommes que les femmes appuient les conservateurs.

Il y a néanmoins de l'espoir pour les libéraux et des raisons de s'inquiéter pour le NPD, selon Ekos. Les résultats du sondage soulignent les craintes des électeurs néo-démocrates face à un éventuel gouvernement conservateur. Ceux-ci apparaissent plus prompts à changer leur vote. Les électeurs pourraient donc exercer un vote tactique afin d'éviter que les conservateurs prennent le pouvoir. Le président d'Ekos mentionne que les néo-démocrates se retrouvent coincés entre conservateurs et libéraux.

L'évolution des prochains sondages montrera si cette hypothèse se confirme. À ce stade-ci, les électeurs pensent toujours que les libéraux formeront le gouvernement après le scrutin du 23 janvier. Mais le vent semble maintenant tourner à moins de trois semaines des élections

Intentions de vote au fédéral (%)

Parti conservateur du Canada 36
Parti libéral du Canada 30
Nouveau Parti démocratique 18
Bloc québécois 10
Parti vert 5
Autres 0,4

La marge d'erreur de ce sondage est d'environ 2,7 points de pourcentage, 19 fois sur 20.
Le sondage a été réalisé auprès de 1386 personnes les 3 et 4 janvier derniers.

Sondage quotidien

Le sondage quotidien de la firme Ekos réalisé pour le compte de La Presse et du Toronto Star utilise les données les plus récentes possibles. Pour le sondage publié aujourd'hui, 1200 personnes ont été interrogées mardi et hier. Les derniers résultats ont été compilés hier vers 21 h.

Ekos interrogera ensuite 500 personnes chaque jour, permettant de publier dès le lendemain les intentions de vote des Canadiens. Ce sondage quotidien permettra aussi de connaître la tendance du vote chez les électeurs dans les différentes régions ainsi que leur opinion sur des enjeux de la campagne électorale.




What happens in Quebec in 2006 won't just stay in Quebec

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, January 2, 2006

Whatever 2006 has in store for Quebec will affect the whole of Canada. So here is a partial list of developments to watch for in the coming months.

The impact of the Jan. 23 federal election: There's not much suspense about who will be the big winner in the province -- the Bloc Québécois is poised to capture a huge majority of the seats. What will be interesting, though, is Quebeckers' reaction to the party that forms the minority government.

If the old, tired Liberal Party is returned to office for a fifth mandate, its victory will be received in Quebec with a big yawn. The federal-provincial dynamics will be more of the same. A Conservative victory, though, would open a new chapter that might not be as negative as some believe. It certainly would come as a shock, but, if Stephen Harper plays his cards well, it might trigger renewed interest in federal politics. At least things would be moving.

The other element to watch for will be the percentage of the vote obtained by the Bloc. If it is more than 50 per cent, it will give a strong momentum to the sovereigntist movement. The impact would be purely psychological, though, since a vote of more than 50 per cent cannot be translated into a vote on a referendum. The many non-sovereigntists who vote for the Bloc because it is a risk-free move will not vote Yes to a referendum on sovereignty.

The fate of the Charest government: Last year was an annus horribilis for the provincial Liberals, who were stuck at a record low in the polls. Yet, in his end-of-the-year interviews, Premier Jean Charest looked happy and optimistic. Negotiations with the combative public-sector unions -- always a perilous exercise -- are now behind him. He received the unexpected support of two former Parti Québécois leaders, Lucien Bouchard and Pierre-Marc Johnson, who agree with his socio-economic agenda.

Mr. Charest has a clean slate; he will reshuffle his cabinet before the parliamentary session resumes in March, and he probably plans to introduce a few popular policies such as tax cuts. And he obviously relishes the idea of facing neophyte PQ Leader André Boisclair. So if all this doesn't improve his standing, the Liberals should seriously worry about the outcome of the next provincial election.

The first test of André Boisclair: In his first weeks as PQ leader, Mr. Boisclair has been somewhat erratic. He tends to recoil from controversial issues, and his rare declarations are so evasive and full of clichés that La Presse cartoonist Serge Chapleau now routinely shows him swallowing pre-recorded cassettes. At a rare press conference, Mr. Boisclair chided the reporters who asked him what he would have done about the public-sector negotiations if he had been in office: "Well, don't expect me to start commenting on the headlines and telling you what I would do if I were premier." A strange remark, since this is what people expect from the leader of the opposition.

There are divisions to expect within the PQ. The committed sovereigntists don't trust Mr. Boisclair, and the party's left wing is furious at his refusal to promise to reopen the public-sector contracts. For the time being, Mr. Boisclair looks like a junior sidekick to the more seasoned Bloc leader, Gilles Duceppe. The coming months will show whether Mr. Boisclair can develop strong leadership abilities.

Health-care reform: This issue will serve as a precedent for the other provinces. In the weeks after the federal election, Quebec Health Minister Philippe Couillard will follow up on the Supreme Court's Chaoulli decision by submitting for public discussion a policy draft that would allow people to buy private insurance for medical services already covered by the Régie de l'assurance-maladie. Observers expect a moderate proposal -- one, for instance, that would limit private coverage to elective surgeries for which there are very long waiting lists, such as cataracts and knee and hip replacements.

lgagnon@lapresse.ca




Drôle de trêve!

Lysiane Gagnon
La Presse samedi 31 décembre 2005

La période des Fêtes était censée être une trêve - trêve politique, interruption des hostilités électorales... Mais finalement, la semaine qui vient de s'écouler aura été marquée par trois événements qui risquent de faire déraper la campagne des libéraux: l'horrible fusillade de Toronto, les divagations semi-racistes d'un dirigeant libéral, et les rumeurs de scandale qui affectent le ministre des Finances Ralph Goodale.

Parce qu'il a toujours insisté sur le thème de la loi et de l'ordre, c'est le Parti conservateur qui pourrait bénéficier de la vague d'indignation soulevée par la fusillade qui a coûté la vie à une adolescente de 15 ans et gravement blessé six autres personnes au moment où elles faisaient tranquillement leurs emplettes du Boxing Day.

Stephen Harper n'a pas mâché ses mots: il a attribué la tragédie à " douze ans de laxisme en matière de justice criminelle ", visant directement le gouvernement libéral. Démagogie? Certainement, mais Jack Layton, qui vient pourtant d'un parti plus porté sur la prévention que sur la répression, lui a prestement emboîté le pas. M. Layton représente un comté torontois, et il se devait de se placer sur la même longueur d'ondes que les résidents traumatisés de la Ville reine, où personne ne prend au sérieux (et avec raison) l'engagement de Paul Martin d'interdire les armes de poing.

Cette promesse réveille le cauchemar financier du programme de contrôle des armes à feu institué par le gouvernement Chrétien, un programme qui a coûté dix fois plus cher que prévu sans aboutir à des résultats probants, et qui a semé la fureur dans les régions rurales de l'Ouest. Surtout, qui va croire que l'interdiction des armes de poing peut résoudre le problème des gangs de rue? Aucun des jeunes auteurs de la fusillade n'aurait pu obtenir de permis de port d'arme! Nul n'ignore que la plupart des crimes sont commis avec des armes obtenues illégalement.

L'affaire Goodale reste mystérieuse (la GRC n'a pas encore porté d'accusation) mais elle renforcera la perception déjà répandue que le PLC est un parti pourri par trop d'années de pouvoir. Après le scandale des commandites, voici des rumeurs de délits d'initiés...

Détail troublant: les intentions du ministre des Finances, concernant le régime fiscal des fiducies de revenu, auraient été transmises à des membres du personnel du bureau du premier ministre. Or, l'entourage de M. Martin est déjà réputé pour sa propension à faire couler à des interlocuteurs sélectionnés des informations confidentielles.

Tout cela n'est peut-être qu'un vulgaire procès d'intention (la preuve n'a pas encore été faite qu'il y ait eu fuite), mais il reste qu'au beau milieu d'une campagne électorale, l'événement produira des ondes de choc, car le manque d'intégrité et d'imputabilité est justement le talon d'Achille du PLC.

Alors que Stephen Harper fait une campagne impeccable axée sur le contenu, alors que- contrairement à ce qui s'est passé en 2004- les députés conservateurs s'abstiennent scrupuleusement de dévier de la ligne du parti, cette fois c'est au tour du PLC de souffrir des gaffes de ses partisans.

La dernière en date est celle de Mike Kander, le vice-président exécutif de l'aile ontarienne du parti. Dans son blog, il compare Olivia Chow, candidate néo-démocrate et épouse de Jack Layton, à un chien chow-chow. Il qualifie d'" ethnique " le député conservateur Rahim Jaffer, et appelle Jack Layton " un trou de cul ".

Cela s'ajoute aux propos méprisants de Scott Reid, le directeur des communications de M. Martin, qui a déclaré que les allocations de garde que le PC veut remettre directement aux parents serviraient à " acheter de la bière et du pop corn ". Encore un incident qui renforcit l'image d'arrogance qui colle au PLC.

Des deux seuls partis susceptibles de prendre le pouvoir, la première partie de la campagne a été à l'avantage des conservateurs- à tel point que plusieurs commentateurs du Canada anglais n'excluent plus la possibilité d'un gouvernement conservateur minoritaire.

Pendant que M. Harper dévoilait chaque jour, dignement et en détail, de pans de son programme de gouvernement, M. Martin faisait la tournée des garderies et des écoles, entouré d'auditoires non menaçants de bébés et d'enfants, se contentant de dresser des épouvantails déjà usés: " l'agenda caché " de Stephen Harper, la " menace séparatiste "... Mais les jeux sont loin d'être faits. Après cette trêve qui n'en fut pas une, la phase Deux de la campagne commence après-demain.




Les nouveaux habits de Jean Charest

Dutrisac, Robert
Le Devoir samedi 31 décembre 2005

Le premier ministre entend se servir d'André Boisclair pour hausser sa cote de popularité

Québec - Une fois de plus, le gouvernement Charest est dans les câbles. Une fois de plus, l'insatisfaction de l'électorat, telle que révélée par les derniers coups de sonde, est à son comble. En cette année préélectorale qui s'amorce, le gouvernement libéral tentera de se montrer sous son plus beau jour. Or, pour renverser la vapeur, le premier ministre Jean Charest compte beaucoup sur la faiblesse supposée de son vis-à-vis, André Boisclair.

Il est bon de rappeler qu'en décembre 2004, le gouvernement Charest venait de connaître une légère embellie: le taux d'insatisfaction à son endroit, toujours très élevé, avait diminué de 10 % pour s'établir à 60 %. Après avoir pour ainsi dire stabilisé le patient, on espérait inverser la tendance en 2005. Mais ce répit ne devait durer que le temps d'une chanson, balayé par la décision visant les écoles privées juives et les grèves des étudiants dont on avait réduit les bourses de 103 millions de dollars.

Un an plus tard, le gouvernement Charest suscite l'insatisfaction de 70 % des Québécois, dont 40 % se disent très insatisfaits, du jamais vu, selon le sondage CROP de décembre. La moyenne des taux d'insatisfaction en 2005 est même plus élevée qu'en 2004: 69 % contre 64 %, selon la même maison de sondages. Le gouvernement libéral a battu son propre record en provoquant une crise dans le réseau de garderies en pleine négociation avec les employés du secteur public. Une loi spéciale a ensuite succédé à l'absence de négociation sur les salaires.

Jean Charest a donc voulu mettre tout ça derrière lui, repartir à zéro, comme il souhaitait le faire au début de 2005, une année qui avait justement commencé par un remaniement de son cabinet.

En raison de l'arrivée du député d'Outremont, Raymond Bachand, un remaniement ministériel est donc plus que probable. On peut douter que M. Charest en fasse son ministre des Finances. Comme celui-ci a un rôle important à jouer dans les négociations de nature financière avec Ottawa, on verrait mal cet ancien péquiste, dont on ne sait pas s'il ne voterait OUI lors d'un prochain référendum sur la souveraineté (il a évité de répondre à la question), tenir ce rôle. En revanche, le poste de ministre du Développement économique régional irait comme un gant à cet ancien président-directeur général du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ). Quant au titulaire actuel de cette charge, le ministre Claude Béchard, il a déjà prouvé sa polyvalence, s'étant auparavant acquitté des fonctions de ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, puis de ministre de la Famille.

L'actuelle ministre de la Famille, Carole Théberge, ne peut logiquement pas conserver son poste après avoir perdu la confiance de la plupart des parents et des éducatrices des services de garde. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, elle est aussi apparue à la fin de la session comme la brebis que le gouvernement avait résolu de sacrifier sur l'autel de la joute politique.

À cet égard, même si le gouvernement a adopté sous le bâillon le projet de loi 124 sur les centres de la petite enfance (CPE), rien n'est encore réglé. Cette question poursuivra le gouvernement, qui doit s'entendre sur la mise en oeuvre de sa réorganisation du réseau avec des partenaires pour le moins échaudés.

Autre chose

Mais on veut résolument passer à autre chose. On explique que les dossiers qui devaient être réglés à l'arrivée au pouvoir des libéraux le sont aujourd'hui: ménage dans les sociétés d'État et dans l'aide aux entreprises, négociations avec les employés du secteur public, gestion de la forêt publique. Il ne reste que l'équité salariale, qui devrait connaître un règlement au printemps. «Nous avons atteint notre vitesse de croisière. On a une plus grande liberté d'action», assure-t-on dans l'entourage du premier ministre.

Dans ce contexte, il ne serait guère surprenant de voir Jean Charest profiter du remaniement ministériel pour faire un discours inaugural. Le dernier discours inaugural qu'il avait prononcé en juin 2003 est périmé. Les six travaux annoncés sont accomplis en tout ou en partie, parfois imparfaitement, ou ont été abandonnés. Le premier ministre s'était donné comme objectif de revoir les structures et les programmes gouvernementaux, de revoir aussi les modes d'intervention de l'État dans l'économie, de réorganiser le réseau de la santé et des services sociaux, de procéder à une décentralisation des responsabilités étatiques en faveur des régions, de recentrer le réseau de l'éducation et, enfin, de simplifier et d'alléger le fardeau fiscal.

L'année 2006 va commencer avec un débat sur la place du secteur privé dans le domaine de la santé. Tout de suite après les élections fédérales, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, déposera un document de consultation. Le gouvernement entend se conformer à l'arrêt Chaoulli de la Cour suprême, qui ordonne la levée de l'interdiction pour une personne de se procurer une assurance privée pour des traitements couverts par le régime public. Le but de l'opération consiste à préserver malgré tout l'intégrité du système public. On indique déjà qu'on cherchera à circonscrire le plus possible le recours au financement privé.

La dette

Jean Charest a pris bonne note du sombre constat du groupe des «lucides» qui proposait de réduire la dette de l'État en raison du choc démographique auquel le Québec devra faire face. Aussi, à l'occasion du prochain budget, le premier ministre veut lancer un débat sur l'endettement du Québec, laisse-t-on savoir. Évidemment, parler de l'endettement de l'État n'est guère compatible avec la promesse de diminuer les impôts, autre signe que le gouvernement Charest a définitivement biffé cet engagement électoral.

L'environnement sera aussi à l'ordre du jour. D'une part, le projet de loi sur le développement durable, déposé par le ministre Thomas Mulcair et qui n'a pas été adopté lors de la dernière session, sera étudié en commission parlementaire. D'autre part, le gouvernement doit dévoiler sa stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre, conformément au protocole de Kyoto.

Le gouvernement Charest voudra ainsi montrer son côté vert. Mais cela ne se fera pas sans quelques contradictions fondamentales. Le gouvernement est en guerre avec les écologistes en ce qui a trait au prolongement de l'autoroute 25. En outre, il continue à protéger l'industrie de la motoneige. «Il n'y a rien de plus québécois que la motoneige», déclarait récemment le ministre de l'Agriculture, Laurent Lessard. Il n'y a rien de plus polluant non plus.

De son côté, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, doit rendre publique la nouvelle politique énergétique du Québec. Depuis la flambée du prix du pétrole, le portrait d'ensemble a changé. On doit se demander si les bas tarifs d'électricité actuels n'entraîneront pas un déplacement de la demande en énergie: du mazout ou du gaz, les consommateurs seront tentés de passer à l'électricité. Le gouvernement doit aussi statuer sur l'opportunité de construire deux ports méthaniers au Québec.

Le premier ministre doit accoucher au printemps d'une nouvelle politique jeunesse, un dossier qu'il s'est réservé. Des consultations à ce sujet ont pris fin à l'automne.

Mentionnons que le gouvernement ne parle plus de conciliation travail-famille, qui devait faire l'objet d'une politique. Il faut dire qu'il en a déjà plein les bras avec la réorganisation des services de garde, grâce à laquelle il entend économiser quelques dizaines de millions de dollars, ce qui n'est pas assez pour financer de nouvelles mesures significatives en faveur des familles.

Le fédéral

Quel que soit le gouvernement élu à Ottawa, le Québec et les autres provinces réclameront une conférence fédérale-provinciale sur le financement fédéral de l'éducation postsecondaire. Le Conseil de la fédération organisera en février un forum sur le financement de l'éducation postsecondaire. Cet événement auquel la société civile sera conviée est un moyen d'exercer de la pression sur le gouvernement fédéral, qui a jusqu'ici fait la sourde oreille aux revendications des provinces.

Pour faire mentir les sondages - ou du moins inverser cette tendance lourde -, Jean Charest croit détenir une carte maîtresse: André Boisclair. Les libéraux, Jean Charest le premier, se frottaient déjà les mains quand les membres du PQ ont choisi ce candidat plutôt que Pauline Marois. Le premier ministre a confié en fin d'année au Globe and Mail qu'il s'amuserait bien avec André Boisclair en 2006 en exploitant les contradictions que distille le nouveau chef péquiste, que ce soit sur la place du secteur privé dans le domaine de la santé ou sur les vertus de l'accord du Lac-Meech, que les péquistes auraient appuyé à l'époque, au dire de M. Boisclair, ce qui, dans les faits, est faux. Le premier ministre s'attend aussi à ce que le PQ mène la vie dure à son chef et que, à la limite, ce parti chicanier se fractionne. En somme, Jean Charest table sur la faiblesse de ses adversaires péquistes pour mieux paraître en 2006.




Le loose canon

Jacques Joli-Coeur
Le Devoir jeudi 5 janvier 2006

Les commentaires de Louise Beaudoin sur la nomination de Wilfrid-Guy Licari comme délégué général du Québec à Paris ont suscité de vives réactions de la part de deux anciens ambassadeurs du Canada en France, Lucien Bouchard et Benoît Bouchard.

Autant les propos de Lucien Bouchard témoignent de l'estime et du respect à l'égard d'un diplomate de carrière, autant ceux de Benoît Bouchard illustrent la duplicité de celui qui a occupé ces fonctions de 1993 à 1996.

Son texte conclut que la France préfère ne pas avoir à arbitrer les disputes qui ne la concernent pas. Il est étonnant dans ces conditions que l'ambassadeur Benoît Bouchard, la veille même du voyage officiel du premier ministre du Québec Jacques Parizeau à Paris en janvier 1995, ait convoqué la presse opinant du peu d'intérêt des rencontres du premier ministre du Québec avec ses interlocuteurs français, estimant même que le président de l'Assemblée nationale Philippe Séguin était un loose canon.

Comme si ce n'en était pas assez, en visite officielle au Chili au même moment, le premier ministre Jean Chrétien en rajoutait, déclarant que Jacques Chirac, alors maire de Paris, n'était pas en avance dans les polls et qu'il avait autant de chance de devenir président que le Québec de devenir souverain.

Je m'interdirai de plonger dans la polémique sur la pertinence de nommer au plus important poste de la diplomatie québécoise un fidèle agent d'un appareil dont le titulaire Pierre Pettigrew niait encore tout récemment, sans être désavoué par le premier ministre Paul Martin, la légitimité même des relations internationales du Québec que l'on appelle la doctrine Gérin-Lajoie, réaffirmée haut et fort par le premier ministre du Québec Jean Charest.

Je me contenterai de dire la fierté que j'ai d'avoir contribué pendant plus de trente ans avec des collègues exceptionnels à donner au Québec une diplomatie qui a énormément favorisé son développement, celui du Canada et de la communauté internationale; j'en veux notamment pour exemple l'établissement de la Francophonie, l'Accord de libre-échange avec les États-Unis étendu par la suite au Mexique, la création de la Convention de l'Unesco sur la diversité culturelle qu'a imaginée l'ancienne ministre des Relations internationales du Québec Louise Beaudoin.

Le procès que fait Benoît Bouchard à Louise Beaudoin arrive donc à un bien mauvais moment alors que son rôle dans cette initiative est reconnu tant à Ottawa qu'à Paris. Décidément, Benoît Bouchard poursuit sa carrière de loose canon.




Bouchard en eaux troubles

Denis Vaugeois : Ex-directeur général des relations internationales (1970-1974), historien et éditeur. Sillery, le 27 décembre 2005
Le Devoir vendredi 30 décembre 2005

Lucien Bouchard court décidément après le trouble! Sa prise de position en faveur de M. Wilfrid Licari comme délégué général du Québec à Paris frise l'inconscience ou la provocation. Les uns se souviendront de ses ex-liens avec M. Mulroney, les autres rappelleront le sort qu'il a réservé aux bureaux et délégations du Québec à l'étranger à peine assis dans le fauteuil de premier ministre. C'est mon cas et je me reproche, presque à chaque jour, de ne pas avoir piqué une sainte colère publique à l'époque.

Sous prétexte de combattre le déficit, Lucien Bouchard, l'ex-ambassadeur qui avait des comptes diplomatiques à régler, avait engagé le Québec dans des dépenses folles. En effet, ces fermetures, tout en privant le Québec d'outils précieux qui avaient fait leurs preuves, coûtaient les yeux de la tête. Voilà une question que je connais. De 1970 à 1974, j'ai été directeur général des relations internationales. Sous un régime libéral, avec la complicité de Gilles Chatel du ministère de l'Industrie et du Commerce, nous avons ouvert une bonne douzaine de bureaux et délégations à travers le monde. Parallèlement, nous avons fait un peu de ménage dans de vieilles délégations, surtout celles de New York et Londres, où du personnel avait été oublié depuis quelque 20 ans. Un réseau de représentations à l'étranger avait pris forme. Après l'ère Bouchard, il a fallu le reconstruire. Quand l'ancien premier ministre aura-t-il l'élégance de faire amende honorable?

Depuis 40 ans, les relations internationales du Québec ont connu des hauts et des bas. Les problèmes ne sont pas toujours venus d'Ottawa. Paradoxalement, les libéraux, ceux du Québec bien entendu, ont été les plus constants, de Jean Lesage à Robert Bourassa. MM. Jean Charest et Benoît Pelletier s'inscrivent dans cette continuité, même si certaines nominations étonnent. Mais ça, c'est un vieux problème. Les postes à l'étranger sont convoités et trop rarement attribués à des fonctionnaires de carrière. Constamment en poste à l'étranger depuis 1971, M. Licari vient du sérail diplomatique fédéral. Ou bien on le considérera comme un transfuge, ou bien il restera en service commandé. Souhaitons que, cette fois, ce ne soit ni l'un ni l'autre. Il faudra bien lui donner sa chance et le laisser ferrailler avec le ministre Pettigrew ou son successeur.

Nombreux sont ceux qui, à l'occasion de cette nomination, rappelleront la contribution de M. Jean Chapdelaine, ancien ambassadeur du Canada passé au service de la diplomatie québécoise. C'était autrefois. Il nous fallait un maître; il joua merveilleusement ce rôle. Aujourd'hui, les relations internationales du Québec sont entre les mains de «pros», comme dit M. Charest. Il faudrait bien leur faire confiance.




Could Michael Ignatieff's Canada be the Big Idea of this election?

Stephen Handelman
Time International December 12, 2005

Harvard professor Michael Ignatieff is learning just how cold a winter campaign can be. Nine months ago, he delivered a mesmerizing speech to the Liberal Party convention in Ottawa that turned him into an instant political star--and, in some eager Liberal minds, a future Prime Minister. But on a chilly evening in Toronto last week he discovered that even for stars, the Canadian political landscape is treacherous. At his nomination meeting to become a Liberal candidate for Etobicoke-Lakeshore, Ignatieff, 58, could barely make himself heard above a jeering chorus that frosted him with insults like "torture professor," "communist" and, most wounding of all for the son of distinguished Canadian diplomat George Ignatieff, "Yankee." Several audience members had stormed out before he got up to speak.

The fuss was, sadly, predictable. Ignatieff, a renowned author and human-rights advocate, was vaulted into the riding by Liberal Party brass to replace popular sitting M.P. Jean Augustine, who allegedly agreed to relinquish her seat in return for the promise of an Ontario provincial appointment. The backroom wheeling and dealing set off a firestorm in the local riding association, whose Ukrainian-Canadian leadership says two other candidates were cheated out of their chance to run. In response, protesters denigrated Ignatieff's writings, his patriotism, even his Russian ancestry (his grandfather served in the Cabinet of the last Russian czar) with placards reading PRINCE IGNATIEFF ... FAKE CANADIAN. A rueful Ignatieff later told the press he hoped the party would "listen carefully" to the dissent. He did not, however, offer to reopen the nominating process.

That sleazy spectacle was an appropriate introduction to the promise as well as the pitfalls of our winter election. Canadians, pundits say, would rather not think about politics this holiday season--and will probably spite the ambitions of Ottawa's political élite by returning a hobbled minority government virtually identical to the last one. Just punishment for staging an election about nothing more than jockeying for power--at taxpayers' expense. In Toronto last week, some outraged citizens interviewed by a local Italian-language TV station announced they weren't going to vote. "It won't make a bit of difference," said one.

But perhaps it will. Every campaign needs a Big Idea, an uplifting issue. And in the midst of the ethnic name calling and political machinations that darkened his nomination meeting, Ignatieff seized on the one that might matter: Canada, the country. Defending himself against charges that a parachutist couldn't represent the interests of a riding he barely knew, he warned that Canadian survival was endangered by increasingly parochial ethnic and regional politics: "If we have a politics in which the only serious question is, What does my community get out of it?, we will end up without a country."

A similar burst of heartfelt rhetoric, in fact, was what launched Ignatieff's political career last March. In a speech that came close to criticizing Prime Minister Paul Martin's ginger approach to minority government, he called for a bold definition of national unity and Canadian sovereignty that was relevant to the modern world. "We're an experiment as to whether a multicultural, multilingual society can survive and prosper," he said. "If we can't do it, no one can."

The speech contained the outlines of the Big Idea. While the revival of Quebec separatism remains a clear danger, he said, Canada also needs to deal with its other regional, ethnic and economic tensions before it is overwhelmed by them. Ignatieff, whose career has been devoted to chronicling human-rights abuses committed in the name of nationalism, said there was a "global stake in us getting this story right ... in a world which is ravaged by intolerance and hatred."

The professor struck a chord. It was a measure of how deeply Canadians--and Liberals--longed for a new, defining national vision that talk about Ignatieff as a future leader surfaced almost immediately. At the moment, that prospect seems improbable. He alienated many Canadians with his outspoken early support for the Iraq war on the grounds that derailing Saddam Hussein's regime was a worthy humanitarian aim. And his political skills remain a work in progress. "One of the things about academics is they often cruelly and comically lack good political judgment," he admitted in March. Maybe so. But Ignatieff's clumsily engineered candidacy has injected something hot and vital into this frosty campaign. It's not about political power. It's about the country's future, stupid.




Convention internationale sur la diversité culturelle:
L'UNESCO adopte une idée née au Québec

PC
Le Devoir vendredi 30 décembre 2005

Québec - Le Québec a remporté en 2005 sa première grande victoire diplomatique sur la scène internationale.

C'est à la suite d'une bataille de tous les instants menée depuis 10 ans que le Québec a convaincu le Canada et, par la suite, plusieurs autres pays de l'importance d'adopter une Convention internationale sur la diversité culturelle.

Le 20 octobre 2005, l'Unesco, c'est-à-dire l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, adoptait cette convention par 148 voix contre deux. Seuls, les États-Unis et Israël votaient à l'encontre de ce document. L'entente devra être ratifiée par au moins 30 pays avant d'entrer en vigueur. À ce moment, elle garantira aux gouvernements le droit de subventionner et de protéger leur culture sans enfreindre pour autant les règles économiques mondiales de libre-échange qui gèrent le commerce international.

Dès 1984, alors que le traité de libre-échange impliquant le Canada et les États-Unis commençait à être débattu, le Québec insistait pour que les industries culturelles soient exclues des dispositions du traité.

Le 16 juin 1999, le gouvernement québécois a officiellement déclaré qu'il favorisait la ratification d'un instrument international sur la diversité culturelle, afin de garantir aux États le droit de soutenir leurs artistes et leurs créateurs.

C'est la ministre des Affaires internationales du temps, Louise Beaudoin, qui se révélait l'avocate la plus convaincante de cette mesure. Elle avait notamment plaidé la cause auprès du premier ministre du Québec Lucien Bouchard et du premier ministre de France, Lionel Jospin.

Le gouvernement québécois persuadait vers la même époque le gouvernement fédéral, et notamment la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, de partager cette lutte. Mme Copps a réuni les ministres de la Culture de plusieurs pays dans un réseau international pour mener la bataille.

Les pays francophones ont été sensibilisés à l'importance de se joindre au groupe lors des sommets de la Francophonie de Beyrouth (Liban, 2002) et d'Ouagadougou (Burkina Faso, 2004).

Au Québec, le gouvernement dirigé par Jean Charest poursuivait dans ce dossier la bataille engagée par le précédent gouvernement péquiste.

En octobre 2003, le directeur général de l'Unesco recevait le mandat de préparer pour 2005 un projet de convention qui serait débattu lors de l'assemblée générale de l'organisme.

Au début, certains pays comme le Chili et l'Argentine s'étaient joints aux États-Unis dans le camp des adversaires du projet. Ces pays ont ensuite retiré leurs réserves, laissant seuls les États-Unis et Israël pour lutter contre la convention. Un juriste québécois de notoriété internationale, Me Ivan Bernier, a été mêlé de près à la rédaction du projet de texte.

Les dispositions majeures de la Convention sont les suivantes. Les premiers articles affirment le droit de chaque pays de formuler et de mettre en oeuvre des politiques culturelles, et de créer un environnement propice à leur diffusion.

D'autres articles proclament que la Convention n'est pas subordonnée aux autres traités internationaux, notamment les traités de libre-échange.

On voit ici l'importance de ces mesures. Elles donnent à des petits pays des moyens de contrôler toute invasion culturelle de leur territoire par des oeuvres étrangères, par exemple en fixant des quotas ou en subventionnant les producteurs ou les artistes locaux.

Rappelons à titre d'exemple que les huit «majors» américaines du cinéma contrôlent 85 % du marché mondial du film, et 71 % du marché européen. Un mécanisme de règlement des différends complète la Convention. Les pays signataires ne sont toutefois pas obligés d'adhérer à ce mécanisme de règlement, et peuvent s'y soustraire. C'est d'ailleurs une des faiblesses de la Convention. On évite les sanctions ou l'arbitrage obligatoire qu'on retrouve dans d'autres ententes internationales (comme l'ALENA).

Selon Louise Beaudoin, ancienne ministre devenue enseignante à l'Université du Québec, ce n'est qu'à l'usage qu'on pourra juger de la valeur réelle de cette convention internationale. Elle se réjouit toutefois du chemin parcouru jusqu'à maintenant.

Quant au professeur Ivan Bernier, il rappelle que la conciliation entre pays en tant que solution pour régler un différend «est quelque chose de relativement nouveau» et pourrait donc éprouver au début certaines difficultés.




Canada's Three Solitudes

Dan Dunsky
The National Interest 2005/2006 WINTER

EVERY COUNTRY has its problematic national story: race in the United States, class in Britain, empire in Russia. Canada's problem is its perpetual identity crisis, a collective neurosis bred of being a confederation of English and French peoples--what the novelist Hugh MacLennan once called the country's "Two Solitudes"--and the small neighbor to one of history's few great nations. Canadians alternately worry about too much American attention--of being overwhelmed by the United States--and, as suggested by the title of a recent book, Invisible and Inaudible in Washington (2000), of being ignored by the United States. (It didn't help that the New Republic once judged the most boring headline ever to be "Worthwhile Canadian Initiative.")

These twin pressures have always existed as an immutable fact for Canadians and likely always will. But American policymakers need to be far more interested in how Canadians deal with these questions, since their answers will largely determine whether Canada is likely to remain a trusted ally in the unpredictable post-9/11 world or become a dangerously exposed northern flank.

The United States cannot "wall itself off" from Canada. Traffic across the 5,061-kilometer U.S.-Canadian border, which Ronald Reagan once hailed as "a meeting place between great and true friends", cements the most comprehensive bilateral trading relationship in history. A truck crosses the U.S.-Canadian border every 2.5 seconds. Approximately $1.3 billion in two-way trade crosses the border every day--or $500 billion a year. More than 200 million two-way border crossings occur yearly, making the shared border the busiest international boundary in the world.

Nearly 25 percent of American exports go north to Canada. More significantly, Canada is now America's largest source of crude oil and petroleum products. This may grow more important, both because of continuing instability in the Persian Gulf and because, according to the Oil and Gas Journal, Canada now contains, at 180 billion barrels, the world's second-largest proven reserves of oil. "Anyone watching what is happening up north will recognize that, before long, Canada will inevitably overtake Saudi Arabia as the world's oil giant", said Utah Senator Orrin Hatch recently. While chastising Canada for "irresponsible" talk of favoring China with increased oil exports as payback for the ongoing U.S.-Canadian softwood lumber dispute, Hatch nevertheless said that "we in this country don't want to be on Canada's shit list, ever."

Despite the senator's fears, however, Canada has much more to worry about than the United States. Quite simply, the border is Canada's economic lifeline. Owing to the absence of a large domestic market and an abundance of natural resources, Canada must export to survive. And today the United States consumes fully 85 percent of Canada's exports, accounting for an astounding 40 percent of the country's total GDP. In addition, many high-value Canadian products and services--for example, Canada's contribution to the U.S. space program--are designed to piggyback on existing American initiatives.

The signing of the U.S.-Canadian free trade agreement in 1988 (and NAFTA in 1993) accelerated the vertical integration of Canada's economy with that of the United States. Some 50 percent of Canadian foreign direct investment (FDI) is now aimed at the United States, while more than 60 percent of inbound FDI is American. According to Export Development Canada, a federal crown corporation, "the import content used to make Canadian exports has been growing steadily and now averages around 35 percent, and in many manufacturing industries [exceeds] 50 percent." This integration has, in turn, increased Canadian productivity. In short, it is no exaggeration to say that Canada's primary national interest is located south of the border.

The shock on Canadian economic activity of the effective closure of the border after 9/11 demonstrated the country's vulnerabilities and highlighted Canada's interest in safeguarding its southern frontier. The nightmare scenario for Canadian politicians today is a successful attack on the U.S. homeland by a terrorist who enters through Canada.

FACED WITH this reality, Canada has strengthened its anti-terrorism posture. Over the past four years, in addition to specific action on the border, the country's Parliament has passed Canada's first-ever Anti-Terrorism Act, a Public Safety Act and a new Immigration and Refugee Protection Act. Further, the government has created the Office of Public Safety and Emergency Preparedness, Canada's answer to the Department of Homeland Security, and has undertaken a foreign affairs and defense review. Canadian law now defines terrorism and designates terrorist groups operating in Canada. It is now an offense to support terrorist groups or any activities related to such groups. And security, intelligence and law enforcement agencies have been given enhanced powers of surveillance, arrest and detention, including preventive arrests or arrests without warrants.

Canada has established common procedures with the United States for the screening of high-risk goods in third countries prior to their arrival at North American airports and seaports, and the Department of Transportation has plans to increase the use of biometric systems and radiological scanners at Canadian points of entry.

Similarly, after 9/11, public pressure to rebuild the Canadian armed forces grew dramatically. In its 2005 budget, the federal government pledged an additional $11 billion to the armed forces over five years, a move supported even by the New Democrats, Canada's dovish social-democratic party. This marked the first substantial increase to the defense budget since cuts in the overall federal budget during the 1990s reduced military spending by some $25 billion.

And though Canada chose to sit out the Iraq War, Canadian special forces joined American units in Afghanistan in 2001 and later assumed the leadership of the International Security Assistance Force (ISAF) in Afghanistan. In the summer of 2005, the Canadian military enhanced its Afghan force and set up base in Kandahar. Using language Canadians had all but forgotten, Major General Andrew Leslie, former commander of Task Force Kabul and deputy commander of ISAF, predicted that Canada may be in Afghanistan for a generation: "There are things worth fighting for. There are things worth dying for. There are things worth killing for."

In sum, Canada has indeed acted to improve its overall security posture since 9/11. In keeping with the Canadian realist approach to bilateral continental relations, Canada has endeavored to safeguard its economic interests by satisfying American security concerns, which, according to former Canadian Ambassador Allan Gotlieb, "opens doors [in Washington] like no other key."

But if self-interest was clearly at work in Canada's post-9/11 security decisions, it is less clear whether the Canadian and American governments share the same global outlook. Whether Canada is a trusted ally of the United States--insofar as the latter has defined its global roles and responsibilities--is a more difficult question to answer. For in many disturbing ways, Canada seeks to unify its chronically fractured sense of nationhood in opposition to the United States.

BY AND large, Canadians like Americans. A recent comprehensive study of the country's attitudes reveals that 70 percent of Canadians "value and respect the United States and its citizens", while only 15 percent admit to not liking or respecting "anything that the United States and its people stand for." The problem is that, today, Canada's political reality reinforces the minority anti-American sentiment.

Traditionally, Canadians distinguished themselves from Americans on the basis of having a different political system. Canadians, said the great literary critic Northrop Frye, are Americans who rejected the revolution. However, over the last half-century, as centrifugal forces threatened to tear the country apart, opinion-makers began to distinguish Canadians from Americans on the basis of having a different value system.

Alarmed at the rise of nationalism in French Canada, and fearful that as the British Empire receded from memory the United States would replace Great Britain in the affections of English Canadians, a new breed of federal politicians and bureaucrats attempted to erase Canada's very real divisions (and centuries of history) by appealing to a largely rhetorical set of "Canadian values" shared by all from sea to sea. Only by appealing to these values, Canadian nationalists believed, would Canada overcome its cultural neurosis and emerge as a single, unified state capable of resisting the inevitable lure of the United States.

So, where Americans were religious, Canadians were now secular. Where Americans were a martial people, Canadians were now pacifists. Where Americans were conservative, Canadians were now liberal. Where Americans were greedy capitalists, Canadians were now empathetic social democrats. And these beliefs--reinforced by a large contingent of nationalist and anti-American media--rubbed off on the population at large. Today, Canadians consistently tell pollsters that they are more tolerant, more respected by others, better educated and friendlier than Americans. Oh, yes: and more modest, too.

This pattern shows up in international matters, as well. Canadians are confirmed multilateralists (except when they seize Spanish and Portuguese fishing trawlers on the high seas, bomb Kosovo without UN authorization, and unilaterally claim a 200-mile marine exclusive economic zone). Canadians are a "moral superpower" (except when it comes to official development assistance, where Canada's contribution ranks among the lowest of wealthy nations, despite the prime minister's pledge that "our foreign policy must always express the concerns of Canadians about the poor and underprivileged of the world"). Canadians are environmentally conscious (except that they consume more energy per capita than all OECD countries except tiny Iceland and Luxembourg and have no feasible plan for implementing their Kyoto promises). Canadians believe in international law and normative foreign policy (except when government agencies look the other way as their own citizens suspected of being terrorists are "rendered" to Syria or Egypt). And on and on it goes. "A country that seeks great changes and lacks the willingness to run great risks dooms itself to futility", the 17th-century English statesman Lord Clarendon is said to have remarked. He could well have been describing Canada today.

This need to present a unique set of Canadian values is not without consequence. Consider just three recent episodes involving the governing Liberal Party. First, the communications director of former Prime Minister Jean Chre tien called George W. Bush a "moron", and the prime minister at first declined her resignation. Then, an MP was caught on camera saying "Damn Americans! I hate those bastards." And, in an "open letter" to Condoleezza Rice, former Minister of Foreign Affairs Lloyd Axworthy called the United States a "virtual one-party state", devoid of the checks and balances the country "once espoused before the days of empire." This, from someone whose own party has governed Canada for seventy of the past one hundred years!

More seriously, despite the promising reaction to the terrorism threat, the prevailing Canadian-values and anti-American paradigm has influenced government policy on security issues. The most recent example is Canada's confused decision on ballistic missile defense (BMD). The government of Paul Martin had given every indication that Canada would sign on to the development and deployment of BMD, even ensuring that NORAD, the joint U.S.-Canadian air defense system, would be used as a key component in the program. However, the opposition--and, again, elite opinion--relentlessly attacked BMD as America's "missile defense madness", as "the weaponization of space", and as something that would "harm Canada's international reputation." Canadians, who had not been asked to contribute financially to the development of the system, and who could one day be protected by it, had been favorably predisposed to join. After the onslaught of negative attacks, however, they changed their minds. The government, fearing that as many as twenty members of its own caucus would vote with the opposition, decided to opt out of the program.

TO UNDERSTAND how this anti-American bias is being strengthened by Canada's current political reality one must begin with Lord Durham's observation in 1839 that Canada was "two nations warring in the bosom of a single state." Some 165 years later, Canada remains a country where, in the words of historian H. V. Nelles, "unambiguous unity and a singular identity" still largely elude its inhabitants. Except that today, Canada is really three nations: Quebec, the West and the multicultural cities.

Quebec is already separate within Canada. To the average Quebecer, the Canadian federal government is essentially irrelevant. Quebecers make almost all their own political and social choices, and international markets are as influential an economic force in the province as is the rest of Canada, perhaps more so. Quebecers are more left-wing and statist than their English-Canadian counterparts and more culturally confident, too. The province has a thriving French-language magazine, book, film, web and TV industry that utterly dominates public tastes, as opposed to the American products that resonate widely in the rest of Canada. No serious people today think that Quebecers want to return to past political arrangements or that Quebec nationalism is a waning fad. The province has never signed the 1982 Canadian constitution (though it is bound by its provisions) and support for independence hovers around the 50 percent mark. Quebecers regularly elect secessionist parties to represent them in both the provincial assembly and the federal House of Commons.

More than one-third of Western Canadians (encompassing the provinces of Manitoba, Saskatchewan, Alberta and British Columbia) believe it is time to consider separating from Canada, according to 2005 survey data. Western Canadian alienation is nothing new, but it has lately taken a different form with the rise of the Canada's new Conservative Party, which dominates the region and is now the country's official opposition. The Conservative Party's intellectual roots owe more to the American conservative movement than to traditional Canadian Toryism: It is the party of smaller government, social conservatism and rural populism. Alberta, the engine of this new West, is Canada's wealthiest province, home to the country's galloping oil and gas industry, and enjoys a faster population growth than any other region. Nearly 60 percent of Albertans supported the Iraq War, while fewer than a quarter of Quebecers did.

This leaves Canada's increasingly multicultural cities. Five cities are home to 43 percent of Canadians, and Toronto alone accounts for 17 percent of the country's total population. Canada's cities are also the primary destination for immigrants and refugees to the country. About 20 percent of Canada's residents--and half of Toronto's--are foreign-born, compared to 11 percent in the United States, 5.6 percent in France and 4 percent in the UK. Cities are therefore the testing ground for Canada's multicultural experiment. However, multiculturalism rejects the idea that a single set of organized cultural beliefs and political principles are foundational to the nation's public life. So multicultural Canada cannot demand, as other countries can and do, that new arrivals adapt to the country's traditional cultural and political forms because, as the minister of citizenship and immigration has said, "we've developed, as a Canadian value, an appreciation of diversity--if not a complete nurturing of that diversity." Furthermore, multiculturalism has today become primarily an anti-Western impulse, specifically one that sees the United States as the locus of all manner of evil in the world. Therefore, large segments of Canada's urban areas should be seen to be, in effect if not in intention, hostile to the Western political tradition in general and to American ideals in particular.

In truth, Canada is now a country of three solitudes--four, if Canada's ever more assertive native population is included--where each has increasingly little in common with the others. Quebec's secessionist political parties obviously do not believe in trying to bridge these gaps. Significant portions of Canada's Conservative Party probably do not believe in doing so either, though the party will not acknowledge this publicly. This leaves the federal Liberals as the only major party attempting to be pan-Canadian in its appeal. And their only way of appealing to these disparate groups is by reference to the mythical "Canadian values" described earlier.

However, Canada's first-past-the-post electoral system and demographic reality (highly urban Ontario and Quebec represent 60 percent of the country's population) reduces Liberal pan-Canadianism to vote-getting among multicultural city-dwellers and non-secessionist Quebecers. So a typical Liberal election campaign preys on fears of the country's disintegration at the hands of Quebec's secessionists and the loss of its unique social character and diversity at the hands of the Conservatives and their "hidden agenda" of "U.S. style" policies. Ergo, the Liberals believe they are the only thing holding the country together and preventing its inevitable drift into the American orbit. Thus does the Liberal Party confuse its interests with those of Canada's citizens and use electoral politics to heighten anti-Americanism and Canadian regionalism. After all, a (small) majority of Canadians supported the Iraq War until well after the invasion. But Quebecers didn't. Neither, we may safely assume, did multicultural, urban Canadians. After months of delay, the federal government decided against joining the war because the UN hadn't authorized it.

Over the next few months Canadians will head to the polls to elect a new government. (The election was promised last June when a corruption and cronyism scandal over the misdirection of tax dollars to promote national unity in Quebec threatened to topple the Liberal government.) During the campaign, Liberals will tell Canadians that Quebec secessionists are out to destroy the great Canadian dream and that Conservatives will destroy Canada's unique social character and open the door to the country's "Americanization."

The election will most likely result in another Liberal minority government: Canada's regionalism--its solitudes--will see to that. However, given the Liberal electoral playbook and their probable parliamentary alliance with the leftist (and vocally anti-American) New Democrats to stay in power, don't expect Canada to ally itself too closely with the United States on any matter that doesn't directly affect Canada's economic interests.

PAUL MARTIN, the current Liberal prime minister, is fond of saying that Canada "will set the standard by which other nations judge themselves." Politicians are often called upon to say silly things, but it is generally a good idea not to let rhetoric stray too far from reality. But contemporary Canada--with the exception of its competent economic management--leaps precisely that gulf between rhetoric and reality, overcompensating for deep feelings of inferiority. It's a leap that too many Canadians have grown accustomed to hearing and by now enjoy believing. And it will persist until the status quo of Canadian federalism changes: either by devolving much, much more power to the regions and allowing each to make its own political, economic and social choices, or by breaking apart. Either way, the narcissistic and corrosive platitudes of "Canadian values" and "national unity" should cease.

There is no shame in fundamentally altering Canada's political arrangements. Unlike the United States, the country was not founded on an ecstatic commitment to a great cause but on the more pedestrian grounds of being a good idea. Such pragmatism should welcome change, if change is best. Canadians should be mature enough to question whether the country created in 1867 is still acting in the best interests of all its citizens in 2005.

Just as few predicted the collapse of the Berlin Wall, the breakup of Canada also seems far-fetched. Nevertheless, American policymakers should consider the possibility. In 1999 President Clinton said the United States "valued our relationship with a strong and united Canada. We look to you; we learn from you. The partnership you have built between people of diverse backgrounds and governments at all levels is . . . what democracy must be about, as people all over the world move around more, mix with each other more, live in close proximity more."

But what if the "partnership" Canada has built no longer supports America's global roles and responsibilities? What if the essential condition for Canadian unity is an anti-American value system built into the national political process? In that case, it is unclear that Canada is a long-term ally of the United States out of anything more than economic necessity. In that case, is it still in America's interest to support Canadian unity?




Une bonne nouvelle pour tout le peuple

Guy Paiement : Pour le Collectif des journées sociales du Québec
Michel Rioux : Pour le Collectif des journées sociales du Québec
Le Devoir jeudi 5 janvier 2006

Libre opinion - La publication récente de deux manifestes plaidant, l'un pour la lucidité, l'autre pour la solidarité, nous a fait constater que près de 20 ans après la publication du rapport du Conseil des affaires sociales du Québec, le Québec demeure une société cassée en deux. Pouvons-nous aller plus loin?

Ceux qui plaident pour un Québec lucide le font à partir de leurs préoccupations économiques et financières. Les autres insistent, avec raison, sur les réalités sociales et communautaires.

Par ailleurs, malgré leurs divergences, tant les «lucides» que les «solidaires» parlent des conditions à mettre en place pour l'avènement d'un nouveau Québec. Les premiers agitent l'épouvantail de la dette pour stimuler la réflexion. Les seconds proposent des voies plutôt identifiées à la générosité et au partage.

Les uns et les autres, cependant, fondent leurs plaidoyers sur l'héritage à laisser aux enfants qui vont prendre la relève. Cet intérêt commun mérite d'être souligné.

À cet égard, le débat animé sur le projet de loi 124 concernant les CPE a rappelé lui aussi qu'on risquait d'hypothéquer l'avenir des enfants en jouant avec les services pédagogiques qui leur sont offerts. L'ont bien compris ces quelque 12 000 parents, éducatrices et enfants qui se sont rendus au stade du parc Jarry pour manifester leur désaccord un beau dimanche de novembre.

Pour sa part, la rencontre internationale sur l'environnement a remis de l'avant la fragilité de notre planète et l'urgence d'en tenir compte pour le bien des générations futures. Dix mille personnes en ont témoigné dans les rues de Montréal début décembre.

Des militantes et des militants, dont une majorité de jeunes, s'activent à mettre sur pied un forum social québécois. Ils reprennent ainsi le relais de centaines d'autres jeunes qui, sous les auspices de l'Institut du nouveau monde, ont réfléchi pendant plusieurs jours aux problèmes auxquels notre société est confrontée et cherché des pistes concrètes pour débloquer l'avenir.

Bref, il y a trop de personnes qui s'inquiètent de l'avenir commun et qui intègrent ces questions dans l'ensemble de leur réflexion pour que l'on n'en tienne pas compte.

Deux horizons éthiques

Deux préoccupations éthiques se dégagent de ces multiples événements récents. La première: depuis quelques mois, beaucoup de personnes et de groupes aux intérêts les plus divers se sont mis à penser l'avenir du Québec et de notre monde en le voyant à partir des enfants de demain. Il y a là une préoccupation commune qui dépasse les intérêts corporatistes, les programmes à court terme et les astuces des partis. Les débats ne sont certes pas clos pour autant, mais ils disposent d'un horizon qui permet de les situer.

La seconde vient d'être soulignée avec force dans les rencontres internationales sur les changements climatiques. Il est de plus en plus difficile d'isoler nos gestes quotidiens, les déchets des entreprises et la sauvegarde de la planète. Une approche écologique nous incite à élargir nos perspectives et à tenir ensemble des dimensions de plus en plus nombreuses. Or, cette sensibilité commence à se frayer un chemin dans nos préoccupations sociales et politiques. Il nous faudra bien tenir ensemble l'avenir économique du Québec et la réalité de la dette qui en fait partie, l'éducation et le développement des générations montantes et, bien sûr, la fragilité de notre planète. Il y a là une seconde exigence éthique qu'il nous faudra bien traduire en gestes politiques concrets.

La gouvernance n'est pas neutre

Mais comment y arriver? En bref, en permettant à de plus de gens possibles d'être partie prenante dans l'élaboration des solutions qui les concernent. Le bien commun est à ce prix et c'est ici que se situe la gouvernance. Certains voudraient la restreindre aux multiples façons d'infléchir les décideurs pour qu'ils privilégient les intérêts du libre marché. Mais pour d'autres, et nous en sommes, la gouvernance déborde de beaucoup l'appropriation de meilleures techniques de gestion. Elle désigne alors le processus d'élaboration des politiques et la capacité des différents groupes en cause d'avoir une influence réelle sur ce processus. À cet égard, les réflexions des nombreux groupes de femmes qui ont préparé la loi sur l'équité salariale ou encore la grande mobilisation qui a abouti à la loi pour lutter contre la pauvreté nous montrent qu'une telle perspective n'est pas utopique.

Une confiance radicale dans les forces multiples de la population est ici indispensable pour mettre en branle ce qui pourrait devenir une seconde révolution tranquille. Au lieu de s'acharner à réduire la participation et l'expertise des citoyens, comme le fait le gouvernement actuel dans les CLSC, dans les CRD et dans les CPE, il faudra bien un jour tabler sur les forces et les initiatives de milliers de citoyens et de citoyennes qui font déjà avancer les choses.

Il ne s'agit pas, faut-il le souligner, de minimiser la place du gouvernement dans l'organisation des choses, mais de prendre acte que le rapport à l'État est en train de changer dans plusieurs secteurs de la population. Une soif de participation s'exprime avec de plus en plus de force pour influer sur les décisions qui affectent la vie quotidienne et qui construisent un avenir. Une telle soif grandit et aucun parti ne pourra l'ignorer sans péril.

Autrement dit, la gouvernance de notre société ne peut se limiter à de meilleures techniques bureaucratiques et à l'acceptation myope de la mondialisation. Elle comprend aussi un processus par lequel le peuple se découvre des prises réelles sur son avenir.

Cette conviction s'inscrit dans une trajectoire dont on retrouve la trace à divers moments de l'histoire. Il y a de cela 400 ans, le philosophe Jean Bodin, dans une réplique prophétique à tous ces néolibéraux qui sévissent aujourd'hui, ne disait-il pas au roi Henri IV: «Sire, il n'est de richesse que d'hommes.»

Sans oublier, et la chose est pertinente ces jours-ci, ces vieux textes qui nous rappellent qu'il y a 2000 ans, la soif de changement circulait en Palestine. Les intrigues politiques et les grands marchands occupaient le devant de la scène. Mais ces forces de l'argent et les combines politiques ne purent empêcher cette force toute fragile d'une naissance, qui allait annoncer qu'un autre monde était possible et qu'il y avait là «une bonne nouvelle pour tout le peuple!», comme l'a écrit l'évangéliste Luc.




Québec dévoilera enfin sa politique énergétique en 2006

Normand, François
Les Affaires samedi 7 janvier 2006

Hydro-Québec veut consolider et diversifier les approvisionnements en pétrole et en gaz naturel

Même si les grandes orientations en sont connues, c'est finalement en 2006 - avec plusieurs mois de retard - que le gouvernement Charest dévoilera sa politique énergétique. Celle-ci guidera les choix du Québec durant la prochaine décennie pour assurer sa sécurité énergétique et maximiser son développement économique.

L'automne dernier, le gouvernement avait publié certaines orientations de sa future politique énergétique pour une consultation en ligne, qui s'est déroulée du 17 novembre au 5 décembre. Au cours de l'hiver, Québec avait également tenu une commission parlementaire à ce sujet.

"Québec favorise, sans surprise, le développement hydroélectrique et éolien", dit Jean-Thomas Bernard, spécialiste en énergie à l'Université Laval. Les libéraux comptent aussi en faire plus en matière d'efficacité énergétique en donnant entre autres davantage de moyens à l'Agence de l'efficacité énergétique.

Dans ses orientations, le gouvernement indique aussi qu'il veut "consolider et diversifier" les approvisionnements en pétrole et en gaz naturel au Québec. En 2006, les projets de terminaux méthaniers à Lévis (Gaz Métro, Enbridge, Gaz de France) et à Gros-Cacouna (TransCanada, Petro-Canada) seront d'ailleurs examinés par les instances réglementaires.

Gaz Métro compte sur l'importation de gaz naturel liquéfié pour réduire la dépendance du Québec par rapport au gaz naturel en provenance de l'Ouest canadien. Mais un rejet de son projet ne serait pas la fin du monde. "Ça fait 15 ans qu'on cherche [une solution de rechange]. Cette quête ne cessera pas", dit Jean Simard, vice-président, affaires publiques, chez Gaz Métro.

Enfin, tout en dévoilant sa future politique énergétique, Québec devrait vraisemblablement annoncer son plan pour la mise en oeuvre du protocole de Kyoto, estime Steven Guilbeault, directeur de Greenpeace au Québec. "Cette politique [énergétique] ne peut pas évoluer en vase clos de Kyoto. C'est une question de cohérence des politiques gouvernementales."

Le projet Eastmain retiendra l'attention

Pour Hydro-Québec, l'enjeu principal en 2006 sera le lancement des travaux d'aménagement de son projet hydroélectrique Eastmain-1A/ dérivation Rupert, à la Baie James. "Ce projet est fort important pour la sécurité énergétique du Québec", dit Sylvain Théberge, porteparole d'Hydro-Québec Production (HQP).

Si tout va bien, la société d'État espère avoir le feu vert des instances réglementaires (fédérale et provinciale) dans les prochains mois. Pour mettre en service cette centrale de 768 mégawatts (MW) en 2010-2011, les travaux doivent débuter à l'automne 2006. Le projet soulève toutefois l'opposition d'écologistes et du nouveau grand chef des Cris, Matthew Mukash.

HQP devrait aussi apprendre en 2006 si le gouvernement de Terre-Neuve retient ou non sa proposition pour aménager un projet hydroélectrique sur la rivière Churchill. Selon M. Théberge, la province aurait reçu une vingtaine de propositions, mais n'en aurait garder que cinq, à partir desquelles elle fera son choix.

De concert avec SNC-Lavalin et le gouvernement ontarien, Hydro-Québec veut construire deux centrales au fil de l'eau d'une puissance installée totalisant 2800 MW sur la rivière Churchill. Ce projet de 9 milliards de dollars (G$) doit être mis en service en 2017.

Le Québec mettrait la main sur 1 800 MW, tandis que le reste (1 000 MW) serait acheminé en Ontario via le Québec.

francois.normand@transcontinental.ca




2005 orientera l'avenir au chapitre de l'environnement

Francoeur, Louis-Gilles
Le Devoir samedi 31 décembre 2005

L'année 2005 aura été plus que d'autres une année charnière au cours de laquelle des choix majeurs, bons ou mauvais, auront été faits, qui engagent le Québec et le Canada pour des années à venir au plan environnemental.

Quatre dossiers majeurs auront fait l'objet de décisions majeures: la forêt, l'eau, l'agriculture et la gestion des gaz à effet de serre sous l'empire du protocole de Kyoto.

Le rapport Coulombe sur l'avenir de la forêt a été publié 15 jours avant le début de 2005. Mais c'est durant l'année écoulée que la réforme préconisée s'est mise en marche avec des heurts plus ou moins prévisibles. La commission a établi que notre forêt est surexploitée et que ses écosystèmes sont menacés à plusieurs égards. Elle a donc recommandé une révision en profondeur du «calcul de la possibilité forestière», un calcul qui détermine ce qu'on peut couper sans entamer le capital. Ce calcul, a poursuivi la commission, doit être placé sous l'autorité d'un forestier en chef - désormais créé par loi - et d'ici la révision de l'évaluation de la productivité de nos forêts, la commission recommandait de réduire de 20 % la «possibilité forestière» officielle, ce qui a déclenché de vives protestations dans certaines régions, attisées par des élites locales à courte vue qui ont fait comme si cette recommandation ne visait pas à assurer prioritairement la pérennité de la ressource.

Les réactions en région ont aussi été amplifiées par les «rationalisations» de plusieurs papetières et scieries, qui en ont profité pour réduire leurs opérations en raison de la crise du bois d'oeuvre et de l'intégration plus poussée de leurs activités. Mais elles en ont profité pour imputer les pertes d'emplois aux réductions des allocations de bois préconisées par la commission, une désinformation amplifiée par les interventions d'anciens ministres péquistes des Richesses naturelles, qui ont été en partie responsables du déséquilibre constaté par la commission.

La réforme se poursuit avec une direction renouvelée au MRNF. On ne voit pas encore les fruits de cette réforme mais il est certain qu'en 2006, l'heure des comptes sonnera. Les retards du Québec en matière d'aires protégées, toujours importants, vont continuer d'offrir un bon barème de la volonté de changement du gouvernement dans ce domaine.

Kyoto

Mais 2005 restera dans les livres d'histoire comme l'année où le protocole de Kyoto a pris force de loi avec sa ratification par la Russie en février. Et c'est aussi l'année où il aura démarré avec la ratification, à la conférence internationale de Montréal au début de décembre, des accords de Marrakech sur ses règles de fonctionnement. On retiendra que c'est à la même conférence que les 39 pays de l'annexe I, commis à réduire les GES de 5,2 % d'ici 2012, ont amorcé les négociations sur les réductions post-2012, ce qui engage l'humanité dans une reprise de plus en plus irréversible du contrôle du climat, s'il n'est pas déjà trop tard, comme le craignent plusieurs scientifiques. La conférence de Montréal a aussi permis un rapprochement plutôt théorique avec les États-Unis, mais un rapprochement tout de même avec la communauté de Kyoto. Et la conférence de 2005 aura lancé le débat sur l'éventuel engagement dans la bataille du climat des pays émergents, comme la Chine, l'Inde et le Brésil, dont les émissions en croissance pourraient annuler tous les efforts consentis jusqu'ici et à venir.

La grande et la pire inconnue demeure l'attitude des États-Unis, dont l'administration Bush refuse tout engagement sous l'empire de Kyoto alors que les ouragans dévastent chaque année davantage ce pays et que des régions entières y sont aux prises avec des sécheresses de plus en plus graves. Effet pervers de Kyoto ou pas, plusieurs pays se tournent désormais vers le nucléaire pour réduire leurs émissions, ce qui est le cas de l'Ontario à nos portes.

Au Canada, où le plan de match national a été dévoilé en avril, on s'en tient à des mesures volontaires pour réduire nos émissions de 234 millions de tonnes de GES sur les 270 mégatonnes qu'il faudra soustraire de notre bilan d'ici 2012. Ce que la bonne volonté ne fera pas, le contribuable le paiera pour que le Canada maintienne ses engagements. Facture anticipée pour reporter après 2012 le travail à faire: 10 milliards, qu'Ottawa est confiant d'avoir en poche grâce sans doute aux bienfaits du déséquilibre fiscal.

Pendant tout ce temps, au Québec, on n'a pas encore divulgué l'ébauche d'une simple stratégie de lutte contre les changements climatiques, encore moins un plan avec des objectifs, des dates et des projets. Peut-être dans le prochain programme électoral libéral... Entre-temps, Québec projette de nouvelles autoroutes: à Montréal avec la 25, dans la réserve des Laurentides entre Québec et Chicoutimi, dans l'Outaouais entre Lachute et Gatineau et, depuis peu, entre Saint-Jean et les États-Unis, sans parler du raccordement de la 30 qui a fait l'objet d'une audience houleuse. Ces projets ont d'ailleurs conduit le milieu écologiste québécois au point de rupture dans ses rapports avec Québec même s'il a chaudement applaudi, en juillet, la nouvelle commande de 2000 mégawatts en énergie éolienne, plus que les écologistes n'auraient osé le réclamer.

L'eau

Un débat de fond, qui engage l'avenir du Saint-Laurent, a eu lieu en 2005 mais en marge des Québécois. Il s'agit du débat sur les dérivations et ponctions majeures d'eau dans les Grands Lacs, qui s'est soldé au début de décembre par l'annonce d'une entente entre huit États américains, le Québec et l'Ontario. L'entente en question, qui doit être signée sous peu, n'empêchera pas d'ici un an ou deux de sortir de leur léthargie les États centraux assoiffés, qui lorgnent non seulement l'eau des Grands Lacs, mais aussi sur les réserves d'eau canadiennes en général.

Mais le Québec a néanmoins été confronté cette année à d'autres facettes du dossier de l'eau, ne serait-ce qu'indirectement par le projet de loi sur le développement durable. Par son projet de loi 118, le gouvernement entend inculquer une vision environnementale aux organismes gouvernementaux et aux sociétés d'État. Mais son projet de loi omet de hiérarchiser les 16 principes que l'administration gouvernementale devra «prendre en compte», mettant sur le même pied «l'efficacité économique», la «préservation de la biodiversité» et le «respect de la capacité de support des écosystèmes». Il n'est sans doute pas un projet hydroélectrique, de centrale thermique ou de forage pétrolier dans le golfe, voire de dérivation de rivière qui ne passerait le test d'un pareil texte législatif, qui laisse place à tous les dosages, à toutes les interprétations. Il serait beaucoup plus efficace, consensuel et transparent d'en revenir à la promesse du Parti québécois en 1994, en vue d'exiger une évaluation environnementale et une audience publique pour chaque politique et programme gouvernemental sous une autorité indépendante comme le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Pour l'instant, le PQ, pourtant dirigé par un ancien ministre de l'Environnement, semble sur le point d'appuyer la loi 118.

La fin du moratoire sur la production porcine, à la mi-décembre, suscite d'autres inquiétudes pour les cours d'eau déjà mal en point de la vallée du Saint-Laurent. Jusqu'ici, deux verrous protégeaient les cours d'eau contre la pollution d'origine agricole: chaque ferme devait avoir un plan agroenvironnemental où les épandages se limitaient, en principe, aux besoins des plantes. Mais dans les régions déjà en surplus d'azote et de phosphore, aucune augmentation importante de cheptel n'était possible. Québec a fait sauter ce deuxième verrou il y a 15 jours pour s'en tenir désormais au contrôle ferme par ferme, soit la politique en vigueur en 1981, dont toutes les analyses ont démontré l'échec retentissant. Sans doute que l'«efficacité économique» de notre agriculture permet de pousser dans le fossé quelques «écosystèmes» dont dépendent une espèce menacée comme le chevalier cuivré dans le Richelieu...

Les milieux humides, un volet souvent négligé des cours d'eau qu'ils épurent, ont pris une importance nouvelle dans les médias. Qu'il s'agisse du boisé du Tremblay à Longueuil, un des derniers bastions biologiques d'une espèce menacée comme la rainette faux-grillon, ou des tourbières de Saint-Anicet ou encore des remblaiements à Laval, le dossier exige de Québec une cohérence minimale avec sa philosophie de développement durable. Et cela va de pair avec l'inquiétant verdict posé par l'ONU, le 30 mars, dans un rapport qui établit que 60 % des écosystèmes les plus productifs de la planète, dont les milieux humides, sont menacés et dans certains cas, de façon irréversible.

Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, a émis une première ordonnance de restauration d'un milieu humide contre un promoteur de Laval et promis une politique de protection de ces milieux pour l'automne, qu'on n'a pas vue encore. Son ministère a relevé dans l'année écoulée quelque 25 000 milieux humides au Québec, dont 5000 seraient éventuellement protégés en raison de leur importance. Mais la question se pose: est-ce que le fait d'abandonner les 20 000 autres à leur sort ne participe pas à ce saccage systématique dénoncé par l'ONU?

Enfin, deux autres dossiers touchant cette fois le golfe Saint-Laurent soulèvent d'importantes questions: trois projets de ports méthaniers se profilent dans le golfe et ses tributaires, que les gouvernements n'arrivent pas à examiner comme un tout, contre toute logique environnementale. Cet essor en vue d'un combustible fossile au Québec va de pair avec les projets d'exploration des fonds marins du golfe pour y découvrir du pétrole et du gaz, des activités qui pourraient compromettre plusieurs volets de la vie aquatique.

Mais c'est en 2006 que la plupart de ces dossiers vont se concrétiser et nous faire savoir, cette fois par leurs impacts tangibles et non par anticipation, si le gouvernement engage le Québec dans la voie d'un véritable développement «viable» ou si le vieux mode de développement qui a la vie dure - c'est sans doute pourquoi on le dit «durable» - va continuer de s'imposer avec de nouveaux habits.