GESTION DOUTEUSE À OPTION CANADA

Sheila Copps affirme avoir demandé des comptes à Dauphin

Philippe Mercure
La Presse samedi 07 janvier 2006

Sheila Copps affirme qu'elle a personnellement demandé des comptes à Claude Dauphin sur des irrégularités concernant Option Canada alors qu'elle était ministre du Patrimoine.

En entrevue à La Presse, Mme Copps révèle qu'elle avait même averti M. Dauphin qu'elle aviserait le vérificateur général s'il ne retrouvait pas la trace d'une somme de 300 000 $, une menace qu'elle a mise à exécution.

Mme Copps dit avoir découvert des irrégularités dans le programme d'Option Canada en 1997. Nouvellement arrivée à son poste de ministre du Patrimoine, elle est alors chargée de vérifier si les sommes allouées par son ministère avaient été bien utilisées.

« C'est là que j'ai observé des problèmes dans le dossier d'Option Canada. Sur un budget de 4,8 millions de dollars, il y avait 300 000 $ pour lesquels nous n'avions aucun reçu. »

Mme Copps dit qu'elle a tenté d'obtenir des explications d'Option Canada et de l'organisme qui l'a créé, le Conseil de l'unité canadienne. « Chacun nous disait d'appeler l'autre. On faisait des allers-retours. »

« C'est pour ça que j'ai personnellement téléphoné au président d'Option Canada, Claude Dauphin, continue Mme Copps. Il disait: Il n'y a pas de document. Et moi je disais: Je ne peux pas accepter qu'il n'y ait pas de document pour 300 000 $. C'est une lacune très grave. Si vous ne faites pas les vérifications, je vais envoyer ça au vérificateur général. Et c'est ce que j'ai fait. »

L'ancienne ministre du Patrimoine s'est dite très surprise de voir ressurgir cette histoire dans les journaux cette semaine. « Comme je n'en ai plus entendu parler par la suite, je croyais que le vérificateur général avait retrouvé les documents et que c'était réglé. »

Pas plus de réponse aujourd'hui

Si Sheila Copps n'a pu obtenir de réponses à ses questions en 1997, il est bien difficile, aujourd'hui, d'aller au fond de l'histoire. Option Canada a été démantelé après le référendum de 1995. Quant au Conseil de l'unité canadienne, l'organisme qui a créé Option Canada, il se dissocie complètement de l'affaire.

« Ce sont des gens d'ici qui ont mis Option Canada sur pied, mais en tant qu'organisme indépendant. Les gens qui l'ont créé se sont aussitôt retirés, et d'autres gens sont arrivés pour en prendre la responsabilité », explique Peter Cowan, porte-parole du Conseil de l'unité canadienne.

En fait, selon M. Cowan, il ne reste au Conseil de l'unité canadienne qu'un seul employé qui a travaillé à Option Canada: René Lemaire, gestionnaire du programme. Hier, à ses bureaux de l'avenue McGill, à Montréal, il brillait par son absence. Joint à son domicile de Markham, en Ontario, Len Woolsey, qui administrait le programme d'Option Canada, a quant à lui refusé de répondre aux questions de La Presse.

Un livre à l'origine du scandale?

C'est pourtant le Conseil de l'unité canadienne qui a déclenché ce nouveau scandale qui s'abat sur le Parti libéral en pleine campagne électorale. C'est lui qui a transmis des renseignements au ministère du Patrimoine du Canada, qui a ensuite communiqué avec la GRC. Mais Patrimoine Canada refuse de dévoiler la nature de ces informations.

Le Conseil de l'unité canadienne confirme qu'il a pris contact avec Patrimoine Canada en novembre dernier. Raison invoquée: l'informer que le journaliste Normand Lester enquêtait sur le dossier d'Option Canada. « Au moins de novembre, j'ai reçu un appel de M. Lester comme quoi il avait des documents sur Option Canada qu'il allait divulguer éventuellement. J'ai prévenu mes supérieurs, qui ont prévenu nos partenaires, dont le ministère du Patrimoine », explique le porte-parole Peter Cowan.

Michel Brûlé, des Éditions des Intouchables, a d'ailleurs annoncé hier que le livre en question- Les secrets d'Option Canada, rédigé par Normand Lester et Robin Philpot- sera lancé lundi prochain, trois jours plus tôt que prévu. « Enfin, on sait où est passé tout l'argent, à la cent près, et ça va être dans le livre », a dit Normand Lester lors d'une chronique à la station CKAC.

Dans son communiqué, Les Éditions des Intouchables affirme que l'affaire met en cause 5,2 millions de dollars.

Une autre tuile qui pourrait faire mal au Parti libéral

Jean-Herman Guay, professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke, croit que, après le scandale des commandites et l'affaire Goodale, la nouvelle tuile qui s'abat sur le Parti libéral pourrait lui nuire considérablement. « Cela vient renforcer le sentiment des électeurs que le Parti libéral fait mal les choses. Je ne crois pas que les électeurs vont porter un regard extrêmement attentif sur le détail de cette histoire-là. Mais c'est le sentiment que, encore, il y a un scandale, et qu'il affecte, encore, les libéraux. À mon avis, ils ont franchi la barre du trop. »





4,8 MILLIONS OCTROYÉS À OPTION CANADA

Claude Dauphin : «Je n'ai rien à cacher»

Nicolas St-Pierre
La Presse samedi 07 janvier 2006

L'ancien président d'Option Canada, Claude Dauphin, assure qu'il n'a joué aucun rôle dans la gestion des fonds accordés à l'organisme par Ottawa afin de promouvoir l'unité canadienne lors du référendum de 1995.

M. Dauphin se trouve plongé en pleine controverse depuis que The Globe and Mail a révélé jeudi que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) se penche sur de possibles irrégularités dans la gestion des 4,8 millions de dollars versés à Option Canada par Patrimoine Canada à l'automne 1995.

«Mon rôle s'est limité à faire des demandes de subventions pour l'organisme, ce que j'ai fait, notamment auprès de Patrimoine Canada. Ça s'est arrêté là.»

La GRC a d'ailleurs interrogé deux employés du Ministère le 23 décembre dernier pour faire la lumière sur le versement d'une somme de 300 000$.

La Presse a interviewé Claude Dauphin à son domicile de Lachine hier après-midi. Il a dit ne rien savoir au sujet de cette somme d'argent. «C'est la première fois que j'entends parler de ça.»

L'ancienne ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, affirme pourtant que, en 1997, elle a personnellement demandé des comptes à M. Dauphin relativement à ces 300 000 $. «Je lui ai dit: Si vous ne faites pas les vérifications, je vais envoyer ça au vérificateur général», a-t-elle relaté à La Presse.

À un peu plus de deux semaines des élections, le premier ministre, Paul Martin, se trouve de nouveau dans l'embarras à la suite d'une nouvelle affaire qui sème le doute sur l'intégrité passée du gouvernement libéral. M. Dauphin a été conseiller principal de Paul Martin de 1997 à 2001, quand celui-ci était ministre des Finances. Hier, M. Martin a essuyé les attaques du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et celles de Stephen Harper, leader du Parti conservateur.

«Il n'y a rien qui me laisse présumer qu'il y aurait eu des irrégularités», a tenu à préciser hier Claude Dauphin. À une dizaine de reprises au cours de son entretien avec La Presse, l'ancien collaborateur de Paul Martin a répété qu'il n'avait jamais eu la gestion des fonds alloués à Option Canada.

«Je suis prêt à collaborer à 100% avec quelque forme d'enquête que ce soit, a-t-il néanmoins indiqué. Je n'ai absolument rien à cacher.»

M. Dauphin, qui est maintenant vice-président du comité exécutif et responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal, a été nommé président honoraire d'Option Canada en septembre 1995, un poste qu'il a occupé jusqu'à la fin de l'année suivante. Au moment de sa nomination, M. Dauphin travaillait comme consultant auprès du Conseil pour l'unité canadienne depuis environ un an.

«Mon rôle s'est limité à faire des demandes de subventions pour l'organisme, ce que j'ai fait, notamment auprès de Patrimoine Canada, plaide M. Dauphin. Ça s'est arrêté là.» M. Dauphin ajoute que, durant son passage à Option Canada, il n'a jamais eu à présider les séances du conseil d'administration ni à gérer quelque réunion que ce soit.

Conséquence: l'ancien président d'Option Canada dit tout ignorer de la manière dont ont été dépensés les fonds alloués à l'organisme fédéraliste par le gouvernement. «Ce qu'on m'a dit, c'est qu'ils auraient servi à payer des firmes pour le Non AVANT l'émission des brefs référendaires pour des actions faites AVANT l'émission des brefs.»

M. Dauphin soutient que ce n'est que l'an dernier qu'il a appris comment les fonds avaient été utilisés. Lors de son témoignage devant la Commission Gomery en mai 2005, le président du conseil d'administration et chef de la direction de l'agence de publicité BCP, Yves Gougoux, a indiqué que sa firme avait touché quelque 2,5 millions de dollars d'Option Canada en contrats de toutes sortes à l'automne 1995.




Option Canada - Lester et Philpot exigent une enquête publique

SRC 9 janvier 2006

À 14 jours des élections fédérales, Normand Lester et Robin Philpot ont lancé lundi leur livre « Les secrets d'Option Canada ».

En point de presse à Montréal, Normand Lester a déclaré qu'il avait trouvé les documents sur lesquels s'appuie le livre dans un bac à déchets d'un centre commercial de Laval.

Dans leur livre, MM. Lester et Philpot publient de nombreux documents, contrats, comptes de dépenses et factures, qui prouvent selon eux qu'une grande partie des 4,8 millions de dollars alloués à Option Canada a été dépensée en contravention de la loi référendaire du Québec et possiblement aussi des règles d'attribution des contrats du gouvernement fédéral.

Entre 3 et 3,5 millions du budget de l'organisme créé peu avant le référendum auraient été consacrés à de la publicité pour le camp du non. Les agences BCP et Everest, notamment, ainsi qu'André Morrow, conjoint de Liza Frulla, ont touché de l'argent d'Option Canada.

MM. Lester et Philpot estiment qu'au vu des documents, il est clair que les candidates libérales Liza Frulla et Lucienne Robillard, entre autres, ne peuvent plaider l'ignorance, non plus que l'actuel premier ministre du Québec Jean Charest ni Daniel Johnson, qui était à l'époque président du comité du non.

Les auteurs écrivent également que l'actuel candidat libéral Pierre Pettigrew a touché en 1995 une somme de 12 000 $ pour une série d'articles à l'occasion du référendum de 1995, sans mentionner à l'époque qu'il avait été payé par Option canada pour la rédaction des articles.

Les documents démontrent aussi que Tony Mignacca, organisateur libéral qui a témoigné à la commission Gomery, a reçu d'Option Canada un contrat de 10 000 $ pour « propager les valeurs canadiennes dans son milieu. »

Les deux auteurs mentionnent que l'argent de l'organisme a aussi été utilisé à d'autres fins, comme une somme de 87 000 $ qui a servi à l'achat d'attaches d'affiches. Les documents révéleraient aussi qu'Option Canada a payé les rassemblements de lancement et de conclusion de la campagne du non à Montréal.

Par ailleurs, contrairement à ce qui circule depuis plusieurs années, les deux auteurs concluent que l'argent d'Option Canada n'a pas servi à financer le grand « love-in » du 27 octobre 1995 à Montréal.

Le rôle de Claude Dauphin

MM. Lester et Philpot affirment aussi qu'Option Canada et le comité du non de l'époque fonctionnaient en étroite collaboration, sur une base quotidienne.

Les auteurs estiment que les prétentions de M. Claude Dauphin, qui a affirmé n'avoir été que « président honoraire » d'Option Canada, sont contredites par les documents. Les deux auteurs révèlent que M. Dauphin percevait régulièrement des sommes d'argent d'Option Canada et qu'une lettre du ministre du Patrimoine de l'époque, Michel Dupuy, le félicite de son « initiative ».

En conclusion, MM. Lester et Philpot demandent au directeur général des élections du Québec de mettre sur pied une commission d'enquête publique, au Québec, sur les activités d'Option Canada.

Il ajoute qu'il s'est engagé à transmettre les documents au directeur général des élections du Québec et à la vérificatrice générale Sheila Fraser, après en avoir fait un traitement journalistique.

Normand Lester pose finalement la question de savoir pourquoi Patrimoine Canada a attendu 9 ans, jusqu'en 2005, avant de demander à la GRC de se pencher sur Option Canada.

Matière à enquête

Denis Dion, porte-parole du bureau du directeur général des élections du Québec Marcel Blanchette a indiqué qu'à la lumière des documents publiés par Normand Lester et Robin Philpot, il semble que des dépenses aient été faites en contravention de la loi.

« Il y a certainement matière à enquête », a ajouté M. Dion, qui a rappelé que toute poursuite était maintenant impossible dans ce dossier parce que les faits remontent à plus de cinq ans.

Un livre sur le scandale des commandites

Par ailleurs, une autre publication pourrait porter ombrage à la campagne électorale des libéraux.

Le déshonneur des libéraux, du journaliste de La Presse Gilles Toupin, met en lumière la lutte entre les clans de l'ancien chef Jean Chrétien et de Paul Martin tout au long du scandale des commandites.

Dans son livre, M. Toupin avance que tout n'a pas été dit sur le rôle joué par Paul Martin dans le programme des commandites. Il croit que le juge Gomery n'a eu d'autre choix que de blanchir le premier ministre, faute de preuves.

Gilles Toupin prétend que M. Martin a minimisé l'ampleur de ses relations avec le couple formé par Claude Boulay et Diane Deslauriers, du groupe Everest, lors des audiences de la commission Gomery. Selon le journaliste, certaines lettres mettant en garde Paul Martin sur ce qu'il advenait de l'argent des commandites, lorsqu'il était ministre des Finances, n'ont pas été considérées.





«Les secrets d'Option Canada»

Le livre soulève des remous à Québec

LCN 9 janvier 2006

(PC) - La publication du livre Les secrets d'Option Canada sur le financement du camp du Non lors du référendum de 1995 a soulevé des remous dans la capitale lundi.

Dans un communiqué, le ministre Benoît Pelletier, responsable de la Loi électorale et porte-parole du gouvernement Charest, rappelle que le Directeur des élections, Me Marcel Blanchet, va procéder à une enquête dès qu'il aura accès aux documents des auteurs du livre, Robin Philpot (première petite photo) et le journaliste Normand Lester (deuxième petite photo).

Mais tout en prétendant ne pas vouloir entrer dans le fond de l'affaire, le ministre Pelletier part en guerre contre le Bloc québécois et le Parti québécois «qui tentent de faire croire aux Québécois que le référendum de 1995 a été volé».

M. Pelletier dresse une liste d'allégations qui, selon lui, prouvent que les souverainistes ont eux aussi «mis l'ensemble des ressources de l'État du Québec au service de leur obsession».

Il cite une somme de 25 millions $ de fonds publics qui aurait été dépensée en propagande, de 4,8 millions $ versés au Conseil pour la souveraineté et du rejet massif de bulletins de vote dans certaines circonscriptions électorales.

Le ministre Pelletier a par ailleurs nié les dires de MM. Philpot et Lester qui soutiennent que M. Jean Charest, un des dirigeants du camp du Non lors du référendum de 1995, ne pouvait pas ignorer les dépenses illégales du camp fédéraliste.

«Jamais les auteurs ne sont entrés en contact avec le bureau du premier ministre du Québec ou avec mon cabinet pour chercher à vérifier leurs allégations», soutient le ministre Pelletier.

Au bureau du premier ministre Jean Charest, le porte-parole Hugo D'Amours a indiqué que le chef du gouvernement réagira lorsqu'il aura pris connaissance du livre, vraisemblablement mardi. M. Charest est entré lundi d'un séjour de repos au Mexique. Son bureau n'a reçu que lundi après-midi copie du livre en question.

Pour sa part, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, appuie la tenue d'une enquête sur les révélations contenues dans le livre de MM. Lester et Philpot.

«Dès le lendemain du référendum, on savait qu'il y avait des événements nébuleux au sujet du financement du camp du Non», a déclaré le chef adéquiste.

M. Dumont estime que M. Charest doit également faire connaître son point de vue sur les allégations formulées à son endroit.

«Il est le premier gardien de nos institutions, de la démocratie et de la Loi électorale», a dit M. Dumont.

Au Parti québécois, un porte-parole a indiqué que le chef du PQ, André Boisclair, réagira officiellement mardi après-midi à Montréal, lors d'une conférence de presse.

Au bureau du Directeur des élections (DGE) du Québec, Me Marcel Blanchet, on a déjà déclenché une enquête après qu'un des deux auteurs du livre, Robin Philpot, ait transmis des informations.

«L'enquête visera à déterminer si les dépenses ont été faites en conformité avec la Loi électorale», a déclaré le porte-parole du DGE, Denis Dion.

Ce dernier a fait valoir qu'il est trop tard pour prendre des poursuites le cas échéant mais le DGE tient à vérifier si des illégalités ont été commises afin d'assurer la crédibilité du système électoral québécois.





4,8 MILLIONS OCTROYÉS À OPTION CANADA

Une autre tuile s'abat sur Paul Martin

Gilles Toupin, Tristan Péloquin et Joël-Denis Bellavance
La Presse samedi 07 janvier 2006

À court de réponses, Paul Martin a battu en retraite hier devant la nouvelle tuile qui s'abat sur sa campagne et qui risque de ruiner ses chances de réélection.

Cette tuile - l'examen par la GRC des activités d'Option Canada, un organisme mis sur pied en 1995 pour défendre l'unité canadienne au Québec - touche M. Martin plus directement que le scandale des commandites. Le Parti conservateur et le Bloc québécois ont d'ailleurs profité de cette affaire, hier, pour remettre à l'avant-scène les questions d'éthique et d'intégrité, à environ deux semaines du scrutin.

C'est qu'Option Canada, qui a reçu 4,8 millions du ministère du Patrimoine en septembre 1995, a déjà été dirigé par Claude Dauphin, un ancien conseiller de Paul Martin lorsqu'il était ministre des Finances. M. Dauphin est actuellement vice-président du comité exécutif et responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal. Selon des informations publiées hier, les enquêteurs de la GRC passent au peigne fin une partie des dépenses engagées par Option Canada, soit environ 300 000 $.

Manifestement sur la défensive, M. Martin a affirmé hier qu'il n'avait rien à se reprocher. Le chef libéral a soutenu qu'il dirigeait un gouvernement " imputable, ouvert et transparent ", mais il a soigneusement esquivé les nombreuses questions des journalistes au sujet des activités de l'organisme.

" Cela s'est produit il y a 10 ans. J'ai démontré que, dans mon gouvernement, les règles sont suivies. Il n'y a aucune exception. Le Bloc québécois a attaqué ce groupe en particulier depuis 10 ans. Il l'attaquait parce qu'il faisait la promotion de l'unité canadienne. C'est gros quand on sait que les péquistes ont utilisé un ministère au complet pour promouvoir la souveraineté. Je vais me battre pour l'unité canadienne. Je me suis battu pour cela il y a 10 ans. Je vais continuer de me battre aujourd'hui ", a affirmé M. Martin.

Il a ensuite exigé que la lumière soit faite aussi sur les " millions et les millions de dollars " que l'ancien gouvernement de Jacques Parizeau aurait consacrés à la promotion de la souveraineté avant le référendum.

Interrogé pour savoir si cette nouvelle controverse ternit davantage l'image du fédéralisme au Québec après le scandale des commandites, M. Martin a répondu: " Tout ce que cela démontre, c'est que lorsqu'il y a des règles qui sont en place, elles devraient être suivies et que nous, les fédéralistes, n'avons pas peur d'être ouverts et transparents, et je demanderais la même chose aux péquistes. "

Quant à Claude Dauphin, M. Martin a dit bien le connaître. Il s'est toutefois borné à déplorer qu'il ait été contraint de démissionner de son poste de délégué du Québec à Boston parce qu'il avait refusé de faire une profession de foi souverainiste, comme l'exigeait le gouvernement Parizeau en 1994.

Cette affaire a de nouveau fait dérailler les plans des libéraux, qui tentent depuis plusieurs jours de reprendre l'offensive dans cette campagne. Notamment, la promesse du Parti libéral d'adopter de nouvelles mesures en faveur des familles, des aidants naturels, des personnes handicapées et des aînés s'en est trouvée occultée.

Surprise et indignation

" Évidemment, c'est un autre scandale libéral ! " a réagi le chef conservateur, Stephen Harper, qui a déploré d'apprendre ces faits par la GRC et les médias quelque deux semaines après le déclenchement de l'enquête policière.

Mais au-delà de la surprise et de l'indignation, le chef conservateur a tenu à souligner les conséquences du comportement des libéraux: " Le Parti libéral fait de grands dommages à l'image du fédéralisme au Québec, a dit M. Harper, qui faisait campagne à Bolton, en Ontario. C'est pourquoi il est important que les électeurs fédéralistes fassent un autre choix au Québec, un nouveau choix pour défaire ce gouvernement de façon à donner une meilleure image du fédéralisme au Québec. Parce que le fédéralisme ne peut continuer à offrir cette image de la corruption au Québec. C'est un grand danger pour le pays. "

Interrogé sur ce qu'il pense des liens personnels de Paul Martin avec l'ancien président d'Option Canada, Claude Dauphin, M. Harper a rappelé que le premier ministre ne pourra prétendre qu'il n'était pas au courant de la situation.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a demandé des comptes à Paul Martin et Claude Dauphin hier.

" C'est lui (Claude Dauphin) qui signait les chèques. J'imagine qu'on ne signe pas des chèques comme ça, à l'aveuglette, et qu'on ne les jette pas du haut d'un bureau en disant: Que le premier qui l'attrape le dépense. "

Jeudi, M. Dauphin a fait savoir par l'entremise d'un porte-parole qu'il avait, à l'époque, le mandat de " remplir les demandes de fonds, mais qu'il n'a jamais eu de contrôle sur l'argent du fédéral ".

Quant à Paul Martin, Gilles Duceppe a rappelé à plusieurs reprises qu'il était vice-président du Conseil du Trésor au moment des faits: " Paul Martin a dit qu'il voulait faire le ménage, et maintenant il dit qu'il faut s'adresser aux gens qui étaient là lorsque que ça s'est passé. Bien, justement, je m'adresse à Paul Martin. Un rapport du ministère du Patrimoine a dit que les règles du Conseil du Trésor n'ont pas été respectées. Je le prends au mot: qu'il nous dise ce qui s'est passé avec cet argent. "

Le chef du Bloc québécois croit que " Paul Martin est en train de reprendre la vieille ligne de Jean Chrétien, comme quoi il fallait à tout prix défendre le Canada même si ça en a poussé quelques-uns à voler. C'est exactement la même ligne que pendant le scandale des commandites ", a-t-il accusé.

Depuis 1997, le Bloc québécois a posé 89 questions en Chambre au sujet d'Option Canada. Le parti affirme aussi avoir fait plusieurs demandes d'accès à l'information pour mettre la main sur ces documents.





4,8 MILLIONS OCTROYÉS À OPTION CANADA

GRC, paranoïa et unité nationale

Vincent Marissal
La Presse samedi 07 janvier 2006

Dans l'atmosphère paranoïaque qui est en train de s'installer dans la campagne libérale, il doit se trouver des gens proches de Paul Martin pour penser que la GRC le fait exprès. Ils n'ont peut-être pas tout à fait tort, parce que deux enquêtes en deux semaines en pleine campagne électorale, c'est pour le moins inusité.

Mais d'abord, y a-t-il enquête dans le dossier d'Option Canada, ce bureau fantôme qui organisait des activités fédéralistes au Québec pendant le référendum de 1995?

Selon le Parti libéral, il n'y a pas d'enquête, mais seulement vérification par la GRC d'«allégations qui ne sont ni nouvelles ni particulièrement intéressantes », cette vérification résultant d'ailleurs d'une demande du ministère du Patrimoine canadien.

Quant à la GRC, elle refuse de commenter, comme toujours. Mais l'information concernant l'existence de cette vérification vient bien de quelque part. Ce ne sont tout de même pas les collègues du Globe and Mail qui l'ont inventée. D'où le sentiment de paranoïa chez les libéraux.

Appelez ça une enquête, une vérification ou ce que vous voudrez, il reste que ce n'est pas très bon, encore une fois, pour l'image du Parti libéral. D'ailleurs, enquête formelle ou non, il y a longtemps qu'on sait qu'il y a anguille sous roche avec Option Canada.

Le Bloc québécois a posé depuis 1997 des dizaines de questions au sujet de cette organisation à but non lucratif associée au gouvernement libéral. Sans obtenir de réponse. Les journalistes de la tribune parlementaire à Ottawa se sont aussi intéressés à cet obscur dossier et se sont aussi butés à un mur.

Il semble maintenant, selon ce qu'on entend depuis quelques jours dans les milieux journalistique et politique, que le journaliste Normand Lester ait réussi, lui, à remonter la piste de l'argent pour déterminer à qui et à quoi ont servi les 4,8 millions d'argent public versés à Option Canada par le gouvernement Chrétien. Les rumeurs qui couraient hier dans la caravane libérale ont de quoi inquiéter Paul Martin, lui qui a déjà beaucoup de soucis par les temps qui courent. D'autant plus que cette histoire, contrairement aux commandites, implique directement un proche de Paul Martin, Claude Dauphin, qui a été directeur d'Option Canada. Par la suite, M. Dauphin a été pendant plusieurs années conseiller de M. Martin aux Finances. Il a aussi fortement songé à se présenter aux élections de 2004 dans l'équipe Martin.

La culture du secret

Cette histoire d'Option Canada rappelle celle du défunt Bureau d'information du Canada (le BIC), un autre organisme fédéral voué à l'unité nationale, qui a fonctionné dans les années 90 dans un secret digne des anciens régimes communistes. Elle rappelle aussi, évidemment, le programme des commandites, géré dans l'opacité la plus complète par un petit groupe de personnes qui contournaient les règles de saine gestion publique au nom de l'unité nationale.

Il est quelque peu étonnant aujourd'hui de voir Paul Martin défendre l'existence et la mission d'Option Canada, lui qui a promis de rétablir transparence et reddition de comptes après le scandale des commandites. En fait, pour être exact, M. Martin a refusé de répondre aux questions des collègues au sujet d'Option Canada, hier, mais le PLC a produit un communiqué qui défend l'organisme et le gouvernement qui l'a créé.

« Le financement d'Option Canada a fait l'objet d'une vérification interne du ministère du Patrimoine canadien en 1996, qui a communiqué ses conclusions au vérificateur général, et de nombreux rapports, tous rendus publics et déposés à la Chambre des communes », lit-on.

Puis on ajoute: « Il est bien vrai que le Gouvernement du Canada a engagé des dépenses pour faire valoir son point de vue lors de la période pré-référendaire de 1995. Le fait que le Gouvernement du Canada défende le principe de l'unité canadienne est on ne peut plus normal. »

Le communiqué se termine par une attaque en règle contre le Parti québécois, qui a lui aussi utilisé de l'argent public pour la cause souverainiste en créant, notamment, le défunt secrétariat de la Restructuration (9,4 millions) avant le référendum de 1995.

Le PLC accuse aussi l'ancien gouvernement péquiste d'avoir dépensé 8,5 millions pour les commissions régionales et nationales sur l'avenir du Québec, quatre millions pour le Conseil de la souveraineté, trois millions pour les envois postaux gouvernementaux (avant-projet de loi sur la souveraineté), 500 000 $ pour le lobbyisme auprès du gouvernement des États-Unis et 2,5 millions pour le Comité du Oui.

Ce que le communiqué omet de préciser, toutefois, c'est que le secrétariat à la Restructuration fonctionnait à livre ouvert et était dirigé par un élu, Richard Le Hir, qui avait, comme tous ses collègues ministres, l'obligation de rendre des comptes. Les journalistes qui couvraient le gouvernement de Jacques Parizeau à l'époque ne se sont d'ailleurs pas privés de pourchasser M. Le Hir jusque dans ses derniers retranchements. Option Canada, de toute évidence, n'était pas soumis aux mêmes règles de transparence.

Les autres exemples cités par le PLC ne se comparent pas non plus à Option Canada parce que les dépenses du gouvernement péquiste étaient autorisées par l'Assemblée nationale ou par le directeur général des élections. Option Canada, au contraire, fonctionnait à l'abri des regards et des questions et était financé par une subvention de Patrimoine Canada.

Les libéraux ont parfaitement raison: défendre l'unité nationale est une activité tout à fait légitime pour le gouvernement fédéral. C'est même son devoir. Mais cela ne devrait jamais lui permettre de se soustraire aux élémentaires principes de transparence.

Vincent.marissal@lapresse.ca




Le monopole libéral

Pratte, André
La Presse samedi 07 janvier 2006

En lançant la deuxième phase de sa campagne cette semaine, le chef libéral Paul Martin a situé le débat électoral au niveau des valeurs canadiennes. Comme tous les partis nationalistes- même s'il s'en défend, le PLC est indéniablement nationaliste - les libéraux aiment s'arroger le monopole des vertus du pays. C'est une prétention terriblement agaçante, qui masque les véritables enjeux.

Voici comment M. Martin a présenté le choix qui s'offre aux électeurs canadiens. D'un côté, Stephen Harper, qui proposerait " un Canada où c'est chacun pour soi "; de l'autre, lui, qui veut " un pays où nous visons, ensemble, le bien commun. " Selon le premier ministre, le chef conservateur voudrait " faire une croix sur tout ce que nous avons réussi, ensemble, et faire du Canada un pays tout à fait différent. " On retrouve dans ces accusations des échos des attaques du Parti québécois contre Jean Charest, qui voudrait " démolir ", " détruire ", " saccager " le modèle québécois. Après le PQ, le déluge! Version fédérale: seul le Parti libéral est digne de gouverner le Canada. Comme si nous vivions dans des régimes de parti unique...

S'il est évidemment vrai que les Canadiens partagent certaines valeurs, il est clair aussi qu'ils diffèrent d'opinion sur les manières concrètes de les réaliser. Par exemple: les libéraux font grand cas du désir de leurs adversaires de verser une aide financière directement aux parents plutôt que d'investir dans la mise sur pied d'un réseau national de garderies. Les Québécois ont choisi ce second modèle, mais cela n'en fait pas la seule et unique manière pour l'État de venir en aide aux familles. Et il est caricatural de prétendre que M. Harper veut ici imposer un Canada du " chacun pour soi ". Les conservateurs ne proposent pas un désengagement du gouvernement dans ce domaine; au contraire, la contribution gouvernementale augmenterait de 11 milliards sur cinq ans.

M. Martin laisse entendre que Stephen Harper ne défendrait pas la Charte canadienne des droits et libertés parce que le chef conservateur veut tenir un vote libre aux Communes sur le mariage des personnes de même sexe. Nous avons, dans cette colonne, vivement dénoncé la position du chef conservateur sur cette question, y voyant un mépris pour les droits fondamentaux de certains Canadiens. Mais cela n'est pas synonyme d'un mépris pour la Charte elle-même, dont le texte prévoit explicitement qu'un Parlement peut passer outre. C'est la clause dérogatoire de la Charte, non Stephen Harper, qui laisse le dernier mot aux législateurs.

Le Canada n'a pas été créé par (ou pour...) les libéraux. Chacun sait que le Parti conservateur a joué dans notre histoire un rôle crucial. Les politiques mises de l'avant par les conservateurs d'aujourd'hui sont approuvées par des millions de citoyens; ces gens-là sont-ils de moins bons Canadiens pour autant?

Souhaitons que le débat d'ici au 23 janvier ne dérape pas vers une surenchère nationaliste. Ces élections ne visent pas à déterminer qui, de M. Harper ou de M. Martin, aime davantage le Canada; nous ne sommes pas à " Patriotisme Académie ". Les Canadiens ont plus simplement et plus sérieusement à déterminer quel parti est le plus apte à gouverner le pays au cours des prochaines années.




Les limites de la publicité électorale

Michel Fréchette Communicateur-conseil
Le Devoir lundi 9 janvier 2006

La publicité est-elle l'arme magique et puissante qui explique les succès et les échecs des campagnes électorales? Outre le fait que les publicitaires aiment s'attribuer les victoires et laisser aux politiciens leurs défaites, est-ce que la publicité, par la seule force des slogans, des ritournelles, et des messages publicitaires, peut transformer le sort politique des uns et des autres?

On pourrait le croire, puisque tous les partis politiques inscrivent dans leur calendrier d'événements le lancement de leurs campagnes publicitaires. Comme s'il s'agissait d'un moment fort, le dévoilement de l'arme suprême qui modifiera le cours de leur histoire. En soi, l'événement exprime un certain vide et surtout il perpétue un mythe à propos de l'impact réel de la publicité sur les campagnes électorales. Certes, la publicité joue un rôle, mais elle n'est pas l'arme décisive. Il faut plutôt l'inscrire dans un ensemble de facteurs qui forment l'environnement de la campagne électorale d'un parti politique, au nombre desquels il faut inclure : le chef, sa crédibilité et son impact, les idées et la vision, la conjoncture, les forces et les faiblesses des adversaires, l'état de l'opinion publique et ses perceptions, la relation de presse, les prises de position des leaders d'opinions, le gaffomètre, l'organisation, le financement, la qualité des candidats locaux et les réseaux sociaux informels. Tous ces facteurs influent sur la stratégie électorale et viennent expliquer les succès et les échecs, les progrès et les reculs.

La publicité électorale ne crée pas la tendance, elle l'exploite

Le publicitaire Jacques Bouchard n'a pas, en son temps, créé Pierre Elliott Trudeau, pas davantage que les publicitaires péquistes n'ont fabriqué René Lévesque. Leurs campagnes de publicité ont exploité les tendances qu'ils observaient sur l'engouement que suscitaient ces leaders. C'est toujours la même chose, la publicité électorale ne précède ni même ne crée la tendance, mais elle l'exploite au maximum.

Des tendances, il faut distinguer les lourdes de celles plus épidermiques, et forcément plus susceptibles de changer en cours de route. Ainsi, depuis une année, deux tendances lourdes se sont installées dans l'opinion publique canadienne. La première, un rejet politique du Parti libéral, alors que 60 % à 65 % des Canadiens annoncent depuis un bon moment déjà qu'ils ne voteront pas pour l'équipe Martin, bref l'expression d'une usure que ni le nouveau Paul Martin ni le nouveau Parti libéral ne réussissent à contrer à ce jour. La deuxième, une sorte d'attentisme pour voir si le Parti conservateur et son chef peuvent prendre le relais. C'est d'ailleurs pour cette raison que la volonté de changement de gouvernement exprimée à 58 % par les Canadiens ne s'est pas transformée rapidement en vote pour les conservateurs. Cela explique tous les efforts de la campagne électorale conservatrice pour traduire cette tendance en vote, de même que les efforts des libéraux pour démontrer que les Canadiens n'ont pas vraiment le choix. Ce ne sont pas les campagnes de publicité qui ont créé ces tendances, ce sont plutôt ces deux tendances de fond qui inspirent les publicités que nous allons voir et entendre d'ici au 23 janvier...

Je n'ai pas analysé les tendances épidermiques de l'électorat canadien hors Québec, mais, au Québec, une partie de l'électorat du Bloc québécois exprime une adhésion épidermique. Elle tient à l'opinion que la meilleure manière d'exprimer le ras-le-bol envers les libéraux consiste à voter pour le Bloc...

Elle prend racine dans le confort que confère l'appartenance à un mouvement populaire et majoritaire. Elle se concrétise par le passage au-dessus de la barre du 50 % des intentions de vote en faveur du Bloc et elle représente probablement de 4 à 6 % de ses appuis, peut-être un peu plus.

C'est cette tendance épidermique qui a inspiré le spasme publicitaire de type LNI que le Parti libéral a diffusé en décembre et ses efforts pour créer une campagne référendaire. Au fond, au Québec, les électeurs choisiront entre l'élection thérapeutique du Bloc : voter contre les libéraux ça fait du bien, et la campagne référendaire pour sauver le Canada de Paul Martin : «Vous ne m'enlèverez pas mon pays, Monsieur Duceppe». [...]

Les campagnes électorales ont un impact, les publicités beaucoup moins

Est-ce que la campagne de publicité des conservateurs explique leur remontée dans les sondages ? Pas du tout. C'est leur campagne électorale dans son ensemble qui leur mérite cette embellie. Car elle répond à ce jour aux deux tendances lourdes que j'évoquais. En réalité, la publicité électorale ne convainc pas, elle fait essentiellement du renforcement et elle réconforte les troupes. Elle vise la plupart du temps à soutenir les convaincus et à grignoter des petits points de marché dans la partie de l'électorat dont le vote est volatile et social. D'où la recherche du fameux «momentum» qui s'accompagne toujours de gains dans cet électorat.

Mais alors pourquoi cette avalanche de pancartes, de messages et de slogans ? Essentiellement pour rassurer les organisateurs, les candidats, les chefs et les partisans... et, avec un peu de chance, pour rallier quelques électeurs.

La publicité n'est donc pas l'arme suprême dans une campagne électorale. Si elle l'était, l'engouement serait tel, que les taux de participation aux élections bondiraient. Elle n'est pas la seule en cause évidemment, mais il paraît que la volonté de changement fait toujours augmenter la participation aux élections. On verra bien ! Tout cela pour dire que les campagnes électorales se gagnent ou se perdent bien avant le début des campagnes de publicité. Je ne suis jamais impressionné quand je vois les pancartes sur les poteaux et les arbres. Les poteaux ne votent pas et n'expriment pas une adhésion. Donnez-moi 100 personnes, et nous tapisserons Montréal de vos pancartes. Mais une affiche dans une fenêtre exprime une adhésion. Ce n'est plus de la publicité, c'est de l'engagement et cela peut devenir puissant si le phénomène se multiplie et tellement décourageant pour les adversaires. Les affiches sur les poteaux font semblant, mais plus personne n'est dupe.




La bataille du Québec (prise 2)

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 9 janvier 2006

Le projet politique qui a la vie la plus dure au Québec n'est pas celui de la souveraineté, mais plutôt le rêve, tenace, d'un accommodement honorable à l'intérieur de la fédération canadienne. Au moment où plus personne ne s'y attendait, voilà qu'il suffit encore qu'il montre le bout de son nez pour modifier la donne de la campagne fédérale.

Deux fois plutôt qu'une, la simple perspective d'un fédéralisme plus respectueux des aspirations du Québec a fait pencher la balance référendaire dans le sens du Canada. La même idée a porté Brian Mulroney au pouvoir en 1984. Elle a, par la suite, rallié une masse critique de Québécois aux Accords du lac Meech.

C'est parce que Lucien Bouchard personnifiait par sa démarche politique la déception constitutionnelle de tant de ses concitoyens qu'il a eu un tel effet d'entraînement sur l'électorat au dernier référendum. Après Meech, il a incarné la souveraineté par défaut. Par la suite, c'est parce qu'on croyait que Jean Charest et Paul Martin avaient l'ascendant et la volonté qu'il fallait pour «régler» avec le reste du Canada qu'ils ont successivement trôné en tête du palmarès des politiciens au Québec.

Ce n'est pas par hasard que les Québécois en ont davantage voulu à Jean Chrétien d'avoir été à l'encontre de la réalisation de leurs aspirations constitutionnelles en participant au torpillage de Meech que d'avoir mis des bâtons dans l'engrenage référendaire avec sa loi sur la clarté. D'ailleurs, aux dernières élections québécoises, c'est la perspective d'un autre référendum qui a finalement fait basculer l'électorat du côté libéral.

***

Le scandale des commandites n'a apparemment pas eu raison de ce courant dominant du paysage québécois. Aujourd'hui, il sous-tend la montée de Stephen Harper dans les intentions de vote au Québec en vue du scrutin du 23 janvier. Sans égard au résultat final de l'exercice, il s'agit du rebondissement le plus significatif de la campagne électorale.

Dans l'immédiat, il a déjà brouillé les cartes de la partie classique que tout le monde prévoyait entre libéraux et bloquistes et a changé la dynamique du débat des chefs qui se déroulera en français demain soir. Pour une rare fois depuis la fondation du Bloc, un leader fédéral de l'extérieur du Québec ne jouera pas strictement le rôle d'un chien dans le jeu de quilles de ses adversaires québécois, mais plutôt celui d'un joueur qui a quelques abats à son actif.

Dans un premier temps, l'ascension conservatrice confirme, si besoin était, la descente aux enfers de Paul Martin au Québec. Depuis le premier jour, le PLC mène ici sa pire campagne en vingt ans. Son idée de rallier les fédéralistes autour d'un drapeau qu'il a lui-même éclaboussé avec les commandites était mal inspirée. M. Martin voulait confronter les électeurs à une impasse référendaire, quitte à les forcer à le choisir par défaut. Il semble plutôt en avoir encouragé plusieurs à s'intéresser à l'hypothèse d'une sortie de secours.

Mais la tournure des événements laisse également présager un certain retour sur terre pour le mouvement souverainiste. Le scandale des commandites a causé un tort immense à l'image du PLC au Québec, mais il n'a manifestement pas eu raison de l'attrait qu'exerce encore sur nombre Québécois l'idée d'une pratique différente du fédéralisme.

Dénué d'une organisation québécoise digne de ce nom et à partir d'une base d'appuis des plus modestes, le chef conservateur a peu de chances de transformer un succès d'estime en percée électorale importante au Québec le 23 janvier. À moins d'un événement imprévu, Gilles Duceppe va remporter la bataille du Québec dans deux semaines. Sauf que sa victoire n'aura pas nécessairement le caractère historique espéré par ses partisans. Elle pourrait même comporter les germes d'un éventuel essoufflement souverainiste.

Par exemple, la poussée conservatrice aura très probablement pour première conséquence de reporter à un autre jour l'objectif mythique d'une victoire souverainiste à 50 % ou plus des suffrages exprimés. Sa simple existence confirme que les calculs des stratèges souverainistes qui voient un référendum gagnant au tournant des prochaines élections québécoises comportent une forte dose de pensée magique.

Il a suffi d'un seul discours manifestant une ouverture à l'égard des revendications du Québec pour que Stephen Harper remette le Parti conservateur dans la course au Québec. Pour mémoire, le chef conservateur ne s'est pas engagé à réaménager la Constitution. Il ne s'est pas non plus imposé d'obligation de résultats. Mais il a signalé que, pour lui, le fédéralisme passait par des provinces capables d'exercer pleinement leurs compétences. Ce faisant, M. Harper a simplement repris à son compte l'idée que se faisait du fédéralisme le défunt Parti progressiste-conservateur. Cette dernière s'est toujours rapprochée davantage de la mouvance principale au Québec que celle du Canada central fort à laquelle souscrivent le PLC et le NPD.

***

Personne ne peut encore présumer de l'issue des élections du 23 janvier. Comme prévu, le scrutin se jouera finalement sur le terrain encore très mouvant de l'Ontario. Mais sans égard à la destination finale du Canada le 23, le parcours pour s'y rendre aura été particulièrement instructif.

Dans tous les cas, on constate, encore une fois, que les campagnes électorales ont leur importance. Depuis dix ans, le Québec comme l'Ontario ont connu de grands revirements d'opinion en cours de campagne. C'est une idée à garder en tête avant d'enterrer prématurément Jean Charest. Stephen Harper n'est pas le premier chef à ressusciter à la faveur d'une campagne électorale. Il ne sera certainement pas le dernier.

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.




Game holds high stakes for country

Ted Byfield
Calgary Sun, January 8, 2006

If you want an insider look at what the Martin team actually thinks about its chances on Jan. 23, watch what they do in the next few days.

If they play their Quebec card, that means their most trusted polling has told them the tables are turning against them, and that their forming even a minority government is unlikely.

If they don't play it, that means they are fairly certain of a minority government or even better. So what is their Quebec card?

It's this. A little observed fact in this election campaign -- outside of Quebec, that is -- is the probability based on the polls the Liberal party will be a seriously damaged in that province, perhaps losing every French-speaking constituency to the Bloc.

This might be due to a separatist revival that has become evident in Quebec since the Parti Quebecois' new young leader -- gay and a former crackhead -- has bolstered the party with a new youth movement.

Or it might be due to the disgust of honest Quebec federalists with the sponsorship scandal in which money, intended to bolster federal support in Quebec, was diverted instead into the pockets of senior party cronies and the party's own coffers.

More probably, it's due to both.

In addition, the faltering provincial Liberal government of Premier Jean Charest -- the man who was once seen as the white hope of the old Progressive Conservative Party of Canada -- is so low in the polls that it seems certain to fall to the PQ in the next election, probably within the next two years.

It therefore becomes altogether probable that during the term of the next federal government, a new separatist administration will take office in Quebec, and its leader has already promised he will call a referendum immediately.

So who will represent the federal cause in the referendum campaign? The prime minister of Canada, of course.

And if that prime minister is Paul Martin, at least a Montrealer will be appealing to the Quebecois.

If it's Stephen Harper, it will be a Calgarian.

This fact will carry great weight in Ontario -- far more than in Quebec -- because, as has been pointed out here before, if Canada were to break up, the great loser would be Ontario.

To the economy of the West in general, and Alberta in particular, the loss of Quebec would make little difference.

So the more the separatist strength grows in Quebec, the more dangerous the situation becomes for Ontario.

To play the "Quebec card," therefore, all Martin needs is to emphasize this fact to Ontario audiences. A vote for the Conservatives, he can contend, is in effect a vote for the separatists.

When the referendum comes, Harper is the man the separatists will want to see as prime minister.

However, for the Liberals, there is a serious downside to playing the Quebec card.

Martin would be signaling to his Quebec party, for instance, that he expects to lose badly there in the current election. He would also be telling the provincial Liberal government he is preparing for its imminent defeat, while telling the PQ he expects their imminent victory.

In short, he would be virtually writing off the Liberal party in Quebec as a means of salvaging its fortunes in Ontario. Which means that he will not play the Quebec card unless he's satisfied it's the only way he can salvage the election. Things will have to be that bad before he does it.

But if he decides to do it, he must act soon, because it will take time to get that message across in Ontario, and he has only two weeks left to do it in.

So far he has given only one clue.

His "I-am-a-loyal-Canadian" pitch was made to an English-speaking, largely Ontario, audience.

He has made no mention of his unfailing loyalty to Canada before his Quebec audiences.

Why? Does he fear a rise of separatism in Ontario? Certainly not.

He simply wants to establish himself in Ontario as their champion against Quebec separatism.

If he plays the Quebec card, he will probably add another twist, by the way.

He will portray Harper as an Albertan.

What do they care if Quebec leaves, he will say. They're sitting pretty anyway.

That should be worth a few more Ontario votes.




We owe Quebecers a better deal in Canada

Rudyard Griffiths
Toronto Star Jan. 8, 2006

Granting new powers to province not threat to national unity, says Rudyard Griffiths

While predicting a Liberal or Conservative minority government at this stage of the election is a mutt's game, of this we can be certain: the Bloc will win a landside victory in Quebec on Jan. 23.

Having maintained for the last three weeks the popular support of 50 per cent or more of Quebec voters, it is hard to see how the Bloc can't but paint most of la belle province blue. The goal for embattled Liberals is simply to hold onto a handful of seats in and around the island of Montreal.

Much has been made in the campaign about a Bloc landside creating the winning conditions for a referendum on separation. I would argue the more profound question is the impact of a sweeping Bloc victory on the rest of Canada.

Whether the last Parliament, or the minority governments of Trudeau, Pearson, or Diefenbaker, the emergence of a strong sectional party from Quebec creates an irresistible impetus for decentralization. Our next prime minister, Liberal or Conservative, will chase the dream of forming a majority government by devolving more federal powers to Quebec.

The granting of new powers to Quebec is neither bad politics, nor a threat to national unity. Let's not forget that after the botched patriation of the Constitution, English Canada torpedoed the Meech Lake accord and with it the notion of recognizing Quebec as a "distinct society." After the close 1995 referendum, we lifted nary a finger to resolve our unity crisis. Our only foray into nation-building was to try to buy Quebecers' loyalty with cash, pointless ads and trinkets embossed with the flag — small-town cheap, indeed.

We owe Quebec, and the majority of Quebecers who want to stay in Canada, a better deal and more powers within the existing terms of our federation.

The problem with devolving areas of federal jurisdiction to Quebec city is the nine other provinces — all of English-speaking Canada — which are all hell-bent on using any concession to Quebec and the principle of the equality of the provinces as levers to wrestle money and power from Ottawa.

We witnessed "zero-sum" federalism emerge with a vengeance during the previous Parliament. The inking of a single deal between Ottawa and one province spawned multiple agreements giving the other provinces more powers over energy revenues, health care and immigration.

But just what is at issue here? After all, Ottawa keeps racking up record surpluses while the provinces load on more debt. Also, aren't the provinces simply reassuming powers eroded by the decades-long "intrusion" of Ottawa into areas of provincial jurisdiction?

All true, but we are living through a period of unprecedented global change where the ability to coordinate nationwide programs and policies is a key strategic asset.

To fracture English Canada, through a fire sale of federal powers, into nine semi-autonomous units would be an unmitigated disaster.

As a country of only 30 million or so people, sustaining our quality of life depends on competing successfully in a vastly more cutthroat global economy.

Using modern technology and instantaneous global communication, emerging superpowers such as India and China are unleashing the productive capacity of vast reserves of human capital — literally tens of millions of people — to create products and services better and cheaper than Canada.

This we know: Handing over to all 10 provinces responsibility for job training, education and immigration policy — shrinking the federal government and its ability to coordinate policies and programs across regions — will irreparably damage our global competitiveness and prosperity.

We also need a federal government that uses its powers and purse to advance a focused national agenda, as opposed to chasing after 1,001 different priorities, to invest in Canada's human capital.

The inevitable landside Bloc win presents a formidable challenge for the rest of Canada.

Will our federal leaders have the intestinal fortitude to address Quebecers' justifiable frustration with status quo federalism while resisting the clarion calls of nine other premiers?

More important, can they re-legitimize a robust role for Ottawa in an era of rapid global change?

To fail in the first task is to risk our national unity. To fail in the second is to squander not only English Canada's patrimony, but its once bright future.

Rudyard Griffiths is the executive director of the Dominion Institute. rudyard@dominion.ca.




Bloc targets strong Liberal ridings

GRAHAM FRASER
Toronto Star Jan. 7, 2006

Duceppe courts the ethnic vote - `You are part of modern Quebec'

MONTREAL—Gilles Duceppe is spending a lot of time these days on rue Jean Talon and Boulevard St. Michel in Montreal.

Over the last few days, he has been meeting Algerian business owners, Tunisian restaurateurs, Haitian cab drivers, Lebanese activists and leaders from a wide range of cultural communities.

This is multicultural Montreal, what Duceppe calls "le Québec moderne." And at Bloc Québécois gatherings, you can now hear the aspirate swish of Arabic and the musical intonation of Haitian Creole in the crowds.

On Wednesday, standing in a packed, ground-floor room of an Algerian community centre, Duceppe talks about the work the Bloc has done with various immigrant communities.

"But we work with you as Quebecers, because you are Quebecers," he says. "Without exception. Everyone who lives in Quebec is a Quebecer. You are part of this modern Quebec."

It is the message that he gives again and again — across Montreal, in traditional Liberal strongholds.

The Bloc leader began the day on Wednesday meeting with his new Montreal candidates, who include three of Haitian background, a couple of Middle-Eastern background and one of Armenian origin.

He tells them that there is a new confidence and openness toward the Bloc in these non-French, non-English communities.

"That's very encouraging," he says. "And it is very encouraging for all of Quebec, because it gives confidence elsewhere, in Quebec's other regions, about the possible future of Quebec."

By breaking into the multicultural communities in Montreal, Duceppe says, the Bloc can not only succeed in defeating Liberal MPs like Denis Coderre and Pierre Pettigrew, but it can also reassure Quebecers who are nervous that his party is ethnocentric and inward-looking.

The result, he hopes, will be a new identification with Quebec rather than with Canada.

At a news conference, he cites a poll showing that 18 per cent of Quebecers born outside the province support the Bloc, but among second- and third-generation Quebecers, 56 per cent support the party.

The result is quite a different style of campaign.

In 1997, 2000 and 2004, Duceppe spent the bulk of those campaigns in French-speaking Quebec and made only a few token appearances in ridings with strong ethnic communities.

"We've picked up this campaign where the last campaign left off," says Duceppe adviser Pierre-Paul Roy. "In the last campaign, we went into some of these ridings at the very end of the campaign. Now, we have targeted them." There are some signs of success.

Hassan Hassan is a butcher who came to Canada from Lebanon 14 years ago — and has come to a rally for Maria Mourani, a Bloc candidate of Lebanese origin who is running in Ahuntsic riding against Liberal incumbent Eleni Bakopanos.

Until now, Hassan has always voted Liberal. This time, for the first time, he is voting for the Bloc.

When asked why, he says: "Because of ..." and turns to his 17-year-old daughter, Douaa, and asks her to translate an Arabic phrase.

"Le scandale des commandites," she says — the sponsorship scandal.

Ah yes, the sponsorship scandal. Duceppe and his candidates use it again and again. Mourani tells the rally that she really had not expected that kind of behaviour in Canada.

"We are familiar with countries in other places where the government steals without worrying about it," she says. "But we have the capacity to punish a government which has stolen from us."

Mourani tells the crowd that a Bloc MP goes to Ottawa "to defend his country, Quebec." But not all of those who have come out to support her will necessarily go that far.

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`Times have changed; old stock Quebecers are more open'
Jean-Roch Boivin, retired PQ activist
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Hassan, for example, says he likes the Bloc's social platform and its position on the Middle East (Duceppe says that the Bloc is for the equality of Palestine and Israel, living peacefully side by side), but there is a limit to his support.

He brings his hand down like a butcher's cleaver, as if to mark the line he will not cross.

"Independence," he says. "I don't support the Bloc in that."

Jean-Roch Boivin, a veteran Parti Québécois activist who worked closely with the late PQ premier René Lévesque, has come to the rally. Now retired, he recalls how Lévesque tried hard to win support in ethnic communities, but without success.

"Duceppe is doing it much better than the PQ," Boivin says. "Times have changed; old stock Quebecers are more open." But he is not surprised that new Bloc voters like Hassan will not necessarily vote Yes in a referendum.

"We can't use this vote as a barometer," he says.

This is Duceppe's fourth campaign as Bloc leader. In 1997, he had just been chosen leader when former prime minister Jean Chrétien called the election, and it was an uncomfortable experience for him.

That was when he visited a cheese factory wearing a hair net, producing an image that has lived on in hundreds of political cartoons.

He ran a much better campaign in 2000, but his attacks on Liberal scandals did not stick, and the Liberals gained ground, winning seats that the Bloc had assumed they owned.

The 2004 election was easy, so smooth that reporters nicknamed his tour Club Zen, and wrote about how Duceppe watched films in his bus.

This year, there are some classic elements to the campaign that have been honed with experience.

Duceppe usually begins the day with an event in the morning — a meeting with candidates or a policy announcement — followed by an encounter with journalists. Then, after the TV reporters have had time to file their reports to the noon news broadcasts, there is lunch and an afternoon event, often followed by a second scrum where he can react to what other leaders have said.

Finally, there is often an evening event with supporters, where he pumps up their enthusiasm, tears into the Liberals for corruption and scandals, talks about sovereignty and tells the party volunteers not to take anything for granted.

Early in the campaign, there was a long tour of the province, into constituencies in the Gaspé, the Lower North Shore and the Saguenay, where Bloc MPs are not threatened. Since then, Duceppe has been concentrating on the ridings he hopes the Bloc can win from the Liberals — on the South Shore, on the Island of Montreal and in the Outaouais region across from Ottawa.

But despite the practice that has come from four campaigns in less than 10 years, there are still slips.

"Duceppe is making little mistakes," Université de Montréal political scientist Pierre Martin says.

Martin notes Duceppe's campaign stop on Tuesday, when he zipped up to an ice-fishing festival near Trois-Rivières, and was embarrassed by the festival organizer who said he missed the sponsorship program since he lost $60,000 when the Martin government shut it down.

Duceppe, caught off guard, said that he supported a program for regional festivals, but not a sponsorship program that funnels money through advertising firms.

Nevertheless, a headline suggested Duceppe wanted a new sponsorship program.

In the past, Duceppe has always been very discreet about his strategic goals. This time, he has admitted that his goal is to get more than 50 per cent of the popular vote, something that no sovereignist leader has ever done. (In 2004, the Bloc got 49 per cent and took 54 of the province's 75 ridings.)

But this may be in conflict with his other goal, of breaking through in the multicultural Liberal ridings in Montreal.

It may be impossible to do both; the energy he is spending in Montreal is not being directed to pumping up the turnout in party strongholds like Saguenay or Rivière-du-Loup. And recent polls show that the Conservatives have gained strength in Quebec, at the expense of the Bloc whose support has slipped to about 43 per cent.

But it's virtually the only gamble he is taking in this so-far smooth and risk-free campaign.




Book adds to Liberal woes

GRAHAM FRASER
Toronto Star Jan. 7, 2006

Martin defends role of Option Canada - Sovereignists spent $25 million, he says

Paul Martin needed this like a hole in the head.

This morning, the day of the English-language debates, two politically committed investigative writers will launch a book laying out what they have discovered about the activities of a Canadian unity group in Quebec during the 1995 referendum.

Normand Lester and Robin Philpot have written a book entitled Les secrets d'Option Canada that has already proven embarrassing for the Liberals.

Option Canada, a pro-federalist group, received $4.8 million during the 1995 referendum campaign but reports have surfaced the RCMP is looking into the possible misuse of part of the money.

Martin yesterday played down the matter and reiterated that information on the funding would be forthcoming.

"All this took place 10 years ago," said Martin, who went on to emphasize the Parti Québécois government spent $25 million in the same period to promote sovereignty.

Even before the book's publication, it has had considerable impact:

It prompted officials in the Department of Canadian Heritage to ask the RCMP to investigate what happened to the $4.8 million that it gave the unity group.

It has led the Quebec director of elections to look into whether funds were misused during the referendum campaign. It has pointed the finger at Claude Dauphin, a former Martin adviser, who was president of the organization.

It led Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew to call a news conference in Montreal on Saturday to say there was nothing inappropriate about a contract he had with the Council for Canadian Unity in 1995 when he was a private consultant.

And, on the days leading up to the debate, it has revived a decade-old controversy in Quebec as to whether the slim victory of the No side in the 1995 referendum was won fairly.

On Friday, Martin tried to turn the tables on the Bloc Québécois, arguing that former Parti Québécois leader Jacques Parizeau had devoted state resources to promoting Quebec independence.

And Dauphin, who is now vice-chairman of the executive committee and responsible for public safety for the City of Montreal, told La Presse he played no role in managing the funds acquired by the unity group. There was nothing to make me think there were irregularities," he said.

Option Canada was incorporated in September 1995 by the Council for Canadian Unity, with the sole function of promoting Canada in the period leading up to the referendum — something the Council was not permitted to do because of its charitable status.

Option Canada received funding from the heritage department, and Sheila Copps who became minister in 1996, told the Toronto Star yesterday that there were some irregularities.

There was $300,000 unaccounted for," she said in an interview. "When the department went to Option Canada it was referred to the council, and when it went to the council it was referred to Option Canada."

She said that she contacted Dauphin and asked him to provide the paper.

"I said `You have to have it — there's government money involved. There has to be a paper trail,'" she said.

Copps said she told Dauphin that if she did not get an accounting of the unaccounted money, she would refer the matter to the Auditor-General.

"It went to the Auditor-General and I never heard anything more about it," she said.

The Liberal Party issued a statement on Saturday listing the PQ's spending to promote sovereignty, including $8.5 million for regional and national commissions on the future of Quebec.

"The PQ was spending $25 million," a Quebec Liberal strategist said yesterday. "Both sides were playing for keeps."

Lester is a veteran reporter who left Radio-Canada in 2001 when he was reprimanded for the first volume of his Livre noir series for bias and lack of objectivity. The books have been best-sellers in Quebec.

Philpot is the author of a number of books, most recently Le référendum volé, and has worked as an editor, translator and communications specialist.

With files from Canadian Press




Final debates have new dynamics

CHANTAL HÉBERT
Toronto Star Jan. 9, 2006

Between the first and this week's final set of election debates, Liberal Leader Paul Martin lost his monopoly on the unity card. That cost him his lead in voting intentions in the Jan. 23 election. And that means that the dynamics of this week's debates will be starkly different from those held in Vancouver in December.

A lot more voters will be watching. A recent string of polls showing the Conservatives in the lead for the first time in the campaign guarantee that the ratings for this particular set of debates will be high.

All eyes will be on Stephen Harper. That will make it more difficult for the NDP's Jack Layton to compete for votes and attention.

As the unexpected and controversial front-runner in the campaign, the Conservative leader will very much be on trial. In similar circumstances 17 months ago, the popular verdict was negative and Harper's campaign went into a tailspin.

Over the past two years, Martin has performed best with his back to the wall, snatching victories out of the jaws of fatal election and parliamentary defeats.

That is exactly where he is at this particular juncture. But so far, adversity has all but galvanized the Liberal campaign. It is as if Martin's braintrust has run out of fresh ideas. Meanwhile some of the old ones no longer work as well as they did even a month ago.

In the last set of debates, Martin scored the most points in English, with an emotional charge against Bloc Quebecois leader Gilles Duceppe on sovereignty.

Against the backdrop of polls that show the Conservatives on the verge of overtaking the Liberals in Quebec, it will be harder this time for Martin to position himself as the natural unity champion in either language.

For the first time since the advent of the Bloc Québécois, a federal leader from outside the province will be more than just an extra on the set of the French-language debate tomorrow night.

The upswing in Conservative fortunes in Quebec is only a mystery to those who keep missing the point that the strongest political idea on the Quebec market has never been sovereignty but rather the long-held dream of a federalism more accommodating of the province's aspirations.

The sheer prospect of changes to federalism has carried the day for Canada in two referendums. The same notion brought Brian Mulroney to power in 1984 and kept him there in 1988.

At one time, the sense that Jean Charest and, later, Paul Martin had the political capital and the will to reconcile Quebecers' aspirations to those of the rest of Canada brought each of them to the top of the popularity charts in Quebec.

In the same spirit, Quebecers always held more of a grudge against Jean Chrétien for his role in the failure of the Meech Lake Accord and the patriation of the Constitution than for his efforts to put spokes in the sovereignist wheel with the clarity act on Quebec secession.

In this campaign, new hopes for a different form of federalism are fuelling the rise of the Conservatives in Quebec. In a way, Harper is pulling the fat out of a fire of Martin's own making.

The Liberals set out early on to turn the federal campaign in Quebec into a unity plebiscite. Martin wanted to present Quebecers with a looming referendum impasse the better to force federalists to rally behind his party.

But he seems to have only managed to focus Quebec minds on finding an alternative to both the Liberals and the Bloc.

And that, frankly is a less dangerous outcome for Canada than the historical victory that Martin was poised to hand sovereignists on a silver platter with his poorly executed Quebec strategy.




Quebec rethinks Harper

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail onday, January 9, 2006

Judging by the latest polls, the scenario of a minority Conservative government -- albeit with virtually no seats in Quebec -- is possible. Would this be as dramatic as the Liberals want the rest of Canada to believe? Not at all.

True, the sovereigntists would be quick to rejoice. They would proclaim that this is a graphic illustration of the division of the country. They would say that "English Canada" has chosen a party whose "values" are opposite to those of Quebeckers. They would predict that the situation will widen the gap between Quebec and the rest of Canada and pave the way for a winning referendum on sovereignty.

But pretty soon, the rhetoric would fade and reality would kick in. And the reality is that the change would be welcomed by many Quebeckers -- namely the Quebec Liberals and the large group of "soft nationalists" who vote for the Bloc because they can't stomach the Liberal Party of Canada. Many Quebeckers are hugely fed up with the Liberal arrogance and sense of entitlement, and on several key issues the Conservatives are much closer to Quebec's political consensus.

After Mr. Harper strongly came out in favour of eliminating the fiscal imbalance between Ottawa and the provinces and allowing provinces to have a say in some international organizations, Premier Jean Charest, who after all is a former leader of the Conservative Party, came within an inch of formally giving him his support. Mr. Harper's own convictions, as well as the Conservatives' long-held tradition, are in tune with Quebec's traditional demands for greater autonomy and for some degree of decentralization.

In the next federal election, which will happen sooner rather than later because the future government will likely be a minority one, it wouldn't be surprising if the rich, powerful electoral machine of the Quebec Liberal Party were behind the Conservative Party. Such outside help is what allowed Brian Mulroney to sweep the province in 1984 and 1988 (even then, the Conservatives had so few roots in Quebec that they had to rely on provincial allies).

But let's go back to the scenario of a close Tory victory with hardly any representation in Quebec. Mr. Harper will have to find a way to bring several Quebeckers into his cabinet. He could select two or three of his best candidates and wait for a by-election (or even for a general election) to have them elected. This is what former Conservative prime ministers John Diefenbaker and Joe Clark did when they won elections without a sizable Quebec representation. Of course, Mr. Harper would have to act on his promises for decentralization.

Nothing succeeds like power. A Conservative government would be much more attractive than a mere opposition party. More high-profile Quebeckers would be interested in joining in.

As for the "values" issue, if Mr. Harper and his candidates go on playing the same tune they played during the first half of this campaign, they will definitely put to rest the notion that this party is inherently in favour of social conservatism.

An old rule of politics is that a party moves toward the centre as soon as it comes to power. If Mr. Harper's Conservatives form a non-dogmatic centre-right government along the lines of the former Mulroney government, Quebeckers will certainly be able to live with it.

The Conservatives' key to Quebec is an election victory in the rest of Canada. Then, a whole new chapter would open that might be completed in a following general election. Or maybe, by then, the Liberal Party will have had a chance of regenerating itself after too many years in power.

Beneath the tired rhetoric of the present Quebec campaign, whose main actors are the Bloc and the Liberals, things are moving in Quebec.

As the Conservatives are gaining ground in the national polls, Quebeckers are starting to pay attention to them for the first time in years.

lgagnon@lapresse.ca




Débat des chefs en français - 15 826 mots pour convaincre, ou les tics langagiers des chefs

Denis Monière : Université de Montréal
Le Devoir lundi 9 janvier 2006

Par leur nature, les débats télévisés se prêtent bien à l'analyse du vocabulaire politique parce que la variable contextuelle est contrôlée. Puisque tous les locuteurs sont dans la même situation d'énonciation et que les chefs doivent répondre aux mêmes questions, les différences observées sur le plan lexical sont fonction du positionnement idéologique et de la stratégie de communication de chaque chef.

Le contenu du message et le vocabulaire choisi pour l'émettre ne sont d'ailleurs pas le fruit du hasard, car ils ont été pensés, évalués et testés au préalable. On peut considérer que le choix des mots est pesé et que les différences de fréquences et les répétitions qui sont les deux piliers de la statistique textuelle sont significatives d'une expression caractéristique et d'un positionnement politique spécifique. Nous avons retenu les indicateurs suivants pour comparer les performances discursives des chefs: le rapport à l'adversaire, les références identitaires, l'emploi des chiffres, l'usage des pronoms autoréférentiels et le choix des mots.

La gestion du débat

La gestion du débat fut rigoureusement équitable, puisque chaque chef put y faire 32 interventions. Mais ceux-ci n'ont pas géré leur temps de parole de la même façon, les chefs provenant du Québec se montrant plus prolixes que leurs adversaires anglophones. Duceppe a utilisé en moyenne 153 mots dans chacune de ses interventions, Paul Martin 128, Jack Layton 113 et Stephen Harper 99. Gilles Duceppe était pour sa part avantagé par sa maîtrise du français comme le montre la répartition du nombre de mots total employés par les chefs: Duceppe 4900, Martin, 4109, Layton 3620 et Harper 3197. Le chef du Bloc est aussi celui qui a le vocabulaire le moins répétitif, puisqu'il utilise un plus grand nombre de mots différents et d'hapax (mots prononcés une seule fois) 772 comparativement à seulement 442 pour Harper.

Le rapport à l'adversaire

On peut évaluer le degré d'agressivité ou d'interaction combative dans un débat en relevant le nombre de références qu'un chef fait à ses adversaires. Chaque fois qu'un chef en désigne un autre ou qu'il mentionne un parti adverse, c'est pour lui adresser une critique.

Cet indicateur montre que la rivalité a été plus intense entre Gilles Duceppe et Paul Martin tandis que Jack Layton s'en est surtout pris au chef libéral. Le chef du Bloc a subi les feux croisés de Martin et d'Harper alors qu'il a été ménagé par le chef du NPD qui est celui qui a été le moins attaqué par les autres chefs.

La référence identitaire

La crise constitutionnelle qui oppose le Québec et le Canada est une donnée centrale de la vie politique canadienne et impose aux politiciens une dialectique subtile dans le maniement de la référence identitaire (Québec, Canada, Québécois, Canadiens) surtout sur la scène électorale québécoise. La fréquence des références à l'identité canadienne ou québécoise est un bon indicateur du positionnement idéologique des partis sur cet enjeu et montre à quel groupe d'électeurs les chefs adressent leur message.

Le chef souverainiste fait deux fois plus de références au Québec que les autres chefs des partis fédéralistes soit 54 fois comparativement à 29 pour Martin, 27 pour Layton et seulement 11 pour Harper. Les chefs du Parti libéral et du NPD tentent de maintenir la parité entre les deux identités en employant un nombre équivalent de vocables identitaires canadiens soit 28 chacun. Le chef du Parti conservateur semble le moins porté sur les envolées patriotiques puisqu'il ne fait référence à l'identité canadienne que 9 fois.

La rhétorique du chiffre

La rhétorique du chiffre frappe l'imagination en résumant un argument ou un objectif. Elle peut aussi symboliser la compétence ou la connaissance des dossiers. Mais l'emploi des chiffres est soumis à des contingences stratégiques ou linguistiques. Ainsi, on peut supposer qu'un chef de gouvernement qui veut tirer parti du bilan de son action gouvernementale aura tendance à y recourir plus souvent pour illustrer ses réalisations qu'un chef de parti d'opposition. Par ailleurs, la maîtrise des chiffres est très difficile dans une langue seconde de sorte qu'une faible compétence linguistique devrait entraîner un emploi restreint des chiffres.

Le facteur linguistique semble avoir entravé la rhétorique des chiffres puisque c'est le chef du Bloc, qui est le plus à l'aise en français, qui a adopté le discours le plus précis en utilisant trois fois plus de chiffres que ses adversaires. Paul Martin a tenté de faire valoir son bilan en évoquant la pluie de milliards que son gouvernement avait distribués. Les chefs conservateurs et néo-démocrates ont été avares de chiffres en français.

La personnalisation du discours

Le choix des pronoms autoréférentiels peut avoir une signification politique et révéler la perception que le locuteur a de lui-même ou la façon de se situer dans le rapport politique

Cet indicateur révèle un net clivage entre les chefs du Bloc et du Parti libéral qui se placent au centre du jeu politique alors que les deux autres s'effacent au profit d'un acteur collectif. Plus le parti est faible dans les intentions de vote, moins le leader se met en avant et plus il valorise l'organisation.

Le choix des mots

Les chefs n'ont pas une liberté absolue dans le choix des mots, dans la mesure où ils sont contraints par la force des institutions et des situations à puiser dans un bassin commun de vocabulaire. Cette contrainte est encore plus forte dans un débat où ils doivent répondre aux mêmes questions. Même s'ils jouissent d'une marge de manoeuvre restreinte, on observe qu'ils se démarquent soit par l'emploi d'un vocabulaire spécifique, soit par la fréquence d'emploi de certains vocables. Ces différences d'emplois traduisent leurs divergences idéologiques ou leurs axes de communication. Nous avons donc effectué le relevé des substantifs les plus fréquemment employés (fréquence + 5) et les plus spécifiques afin de déterminer les enjeux qu'ils ont privilégiés.

Le discours de Gilles Duceppe a surtout été centré sur la dénonciation du scandale (7) des commandites (8) (Gomery 8). Le chef bloquiste a aussi insisté sur les besoins (8) des provinces (9) en matière de santé (9). La teneur critique de son discours est attestée par le sur emploi des vocables libéraux (18) et Ottawa (16). Il a en particulier critiqué l'usage des surplus (8) du gouvernement fédéral. Il a enfin valorisé le travail du Bloc (20) en Chambre (6).

Paul Martin a surtout tenu un discours nationaliste en vantant les mérites de son pays (21), le Canada (21). Il a mis en valeur le bilan de son gouvernement (10) comme la baisse (8) des impôts et les milliards (10) investis dans le système (12) de santé (11) et les garderies (6).

Pour sa part, le chef conservateur, a profité du débat pour exposer ses promesses (16) «nos promesses sont des promesses croyables» concernant les coupures (7) de taxes (11) dont la TPS (14). Il a aussi promis de s'attaquer au déséquilibre (7) fiscal. Il a réussi à placer son mot d'ordre faire le ménage au gouvernement fédéral à six reprises.

Enfin, Jack Layton s'est caractérisé par un vocabulaire passe-partout comme besoin (13), secteur (9), système (8), résultats (7). Il a critiqué les promesses (9) «vides» des libéraux et en particulier celles visant les réductions (6) d'impôts (6) qui ne servaient que les grandes entreprises (7). Il a par ailleurs beaucoup insisté sur les soins (13) aux aînés (6).

Ces caractéristiques lexicales devraient se retrouver dans le prochain débat dans la mesure où elles recoupent les principaux enjeux de cette campagne. On peut donc prévoir que les chefs du Bloc et du Parti libéral personnaliseront plus leurs discours et manipuleront plus aisément la rhétorique du chiffre que ceux du Parti conservateur et du NPD. On aura droit à des envolées patriotiques québécoises pour Gilles Duceppe et canadiennes pour les trois autres chefs fédéralistes.




Option Canada - Petite chronique d'un scandale annoncé

Leclerc, Jean-Claude
Le Devoir lundi 9 janvier 2006

Cette histoire débute en 1964. Les bombes du FLQ ont commencé d'éclater au Québec. Et, plus peut-être que le terrorisme, une révolution tranquille bat son plein, qui inquiète le reste du Canada. Pendant qu'à Ottawa un gouvernement alors conciliant promet des changements, à Montréal, réunies à l'hôtel Windsor, plus de 40 personnalités canadiennes conviennent qu'elles doivent aider à prévenir une crise.

Deux ans plus tard, un Comité Canada rend publique une Déclaration de Canadiens d'expression française et d'expression anglaise, signée par 60 personnalités connues. En 1968, ce comité ouvre un secrétariat. L'année d'après, il obtient d'Ottawa le statut fiscal d'organisme de charité. Ses lettres patentes en décrivent les objectifs: - Effectuer des recherches et des études afin d'amener les hommes et les femmes du pays «à mieux comprendre» le Canada, ses provinces, et ses institutions; - En diffuser les résultats et conclusions par la tenue d'assemblées publiques, par la publication de documents «et par divers moyens de communication».

Pendant une dizaine d'années, ce comité organise une Semaine du Canada pour laquelle il s'efforce de mobiliser gens d'affaires, mairies, clubs sociaux, écoles, église et même hôtels et restaurants. Des milliers d'affiches sont distribuées dans toutes les provinces.

Après l'élection d'un gouvernement du Parti québécois (PQ), le Comité Canada, devenu le Conseil pour l'unité canadienne (CUC), s'emploie à produire des «symposiums télévisés», puis des séries d'émissions sur la Constitution, diffusées avec le concours des principales stations de radio et chaînes de télévision du pays.

Le CUC publiera aussi maints livres, essais, bulletins d'information et revues. Quelques-unes de ces publications seront assez tôt hostiles à la séparation du Québec. Ainsi en 1970: Le Séparatisme? Non! 100 fois non!

Tout un programme d'échanges et de stages sera développé pour la jeunesse du pays. L'organisation réalisera aussi, au coût de trois millions de dollars, le Centre Terry-Fox, du nom de ce jeune handicapé devenu un héros national pour sa campagne contre le cancer.

Le CUC présentera une douzaine de mémoires sur la question linguistique au Québec et sur la réforme constitutionnelle au Canada. Il tiendra six colloques nationaux. Ses congrès annuels accueillent des personnalités de la politique, des affaires et des médias.

En 1977, devenu plus directement «politique», le CUC a pris l'initiative de regrouper dans un comité pro-Canada divers organismes et partis qui menèrent, selon sa propre expression, «à la victoire des tenants du 'Non' lors du référendum du Québec».

Ses activités continuent les années suivantes, alors que vont échouer les efforts du premier ministre Brian Mulroney pour régler le problème de l'unité nationale. Le retour du PQ au pouvoir à Québec et du Parti libéral à Ottawa annonce alors une nouvelle épreuve de force.

À l'approche du deuxième référendum québécois, le CUC s'abouche avec les libéraux provinciaux et fédéraux ainsi qu'avec le Parti conservateur. Il prépare une évaluation des forces souverainistes. Mais surtout, deux mois avant le référendum de 1995, ses dirigeants créent Option Canada, une entité qui échappera à l'attention des médias et à celle au Directeur des élections chargé de la consultation populaire.

Les objectifs inscrits aux lettres patentes d'Option Canada sont pourtant clairs. Sa mission est de faire «la promotion et l'avancement de l'unité nationale par tous les moyens, juridiques, politiques et autres». On est le 7 septembre.

Où sont passés les fonds?

Sept jours plus tard, Option Canada reçoit 1 million de dollars de Patrimoine Canada. Puis, peu après, le 2 octobre, une tranche de 2 millions. Enfin, un troisième versement, pour 1,8 million, le 20 décembre. On trouvera une trace de cette somme aux seuls comptes publics du gouvernement. Rien au rapport annuel des organisations bénéficiaires.

Le responsable des fonds d'Option Canada, René Lemaire, qui travaille aussi pour le CUC, refuse d'en rendre compte publiquement. Au journaliste de la Gazette, Claude Arpin, qui s'enquiert des opérations, il se borne à dire que les fonds proviennent de donateurs privés et de compagnies. La subvention du fédéral s'y est ajoutée, servant à payer les dernières factures.

Le CUC, explique-t-il, étant un organisme à caractère charitable, il fallait lui créer, pour sauver le Canada, un «bras politique». Au ministère du Patrimoine, passé sous l'autorité de Sheila Copps, on assure à Arpin qu'Option Canada a, d'après le dossier, respecté les conditions de la subvention.

Claude Dauphin, un ancien consultant du CUC, qui sert de président à Option Canada, nie que ces fonds aient servi à des opérations référendaires, bien qu'il prétende n'avoir rien su de leur gestion.

Le sénateur conservateur Claude Nolin et l'organisateur libéral John Rae disent, eux, n'avoir jamais entendu parler d'Option Canada. À leur connaissance, les règles du référendum ont été respectées.

Quand la Gazette révèle l'affaire, le 20 mars 1997, Copps déclare qu'Option Canada n'a rien dépensé durant la période proprement référendaire et que la subvention (4,8 M$) correspond à ce que le gouvernement de Jacques Parizeau a accordé au Conseil de la souveraineté du Québec. Une enquête du Directeur québécois des élections découvrira cependant qu'Option Canada avait d'abord demandé à Ottawa une subvention de 10 millions.

En janvier suivant, Arpin rapporte qu'une vérification interne a conclu que les employés de Patrimoine Canada n'avaient pas respecté la politique du ministère en accordant aussi vite une si importante subvention. On y déplore aussi qu'aucun rapport n'ait été exigé de l'organisme quant à ses sources de financement et aux résultats. Ni de confirmation que les fonds ont été dépensés aux fins déclarées. (Un haut fonctionnaire explique que les gens du CUC étant bien connus à Patrimoine Canada, on a fait confiance à Option Canada. Le CUC obtient, en effet, de ce ministère quelque 5 millions par an, soit la moitié environ de son budget.)

Puis le Vérificateur général, Denis Desautels, examine le dossier. Faute de documents, il devra clore son examen sans avoir tiré les choses au clair. Une employée de Patrimoine, Lyette Doré, nommée au rapport interne, passe entre-temps à l'Office national du film (ONF). Il ne s'agit pas d'une fonctionnaire subalterne. Elle a occupé de hauts postes au Conseil privé, au ministère de la Justice ainsi qu'au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Le Bloc québécois demande une enquête publique. Mais Mme Copps refuse. Elle soutient que le problème est d'ordre administratif et peut être corrigé en modifiant le système des subventions du ministère. L'affaire va ainsi quitter l'actualité politique. Mais les explications officielles n'ont pas satisfait les critiques.

Ainsi, la National Citizens's Coalition demandait à quelles fins la subvention avait été utilisée. Pour son président, un certain Stephen Harper, Patrimoine Canada a remis plus de 4,8 millions à Option Canada «sans avoir possiblement une idée de ce que le groupe entendait faire avec l'argent ou qui au juste allait le dépenser».

Sept ans après, on n'en sait guère plus, mais la question reste pertinente.

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.




Les PPP dans la gestion de l'eau concernent aussi Ottawa

Pierre Leclerc : Membre de Développement et Paix
Le Devoir lundi 9 janvier 2006

À Québec, la loi 134 adoptée avant les Fêtes est venue modifier l'article 22 de la loi 62 sur les partenariats public-privé (PPP) et accordera le droit à une municipalité de confier la gestion et le financement des infrastructures des usines de filtration et d'épuration des eaux au privé pour une durée maximum de 25 ans.

Lors de la commission parlementaire étudiant les projets de loi 61 et 62 portant sur toute la question des PPP, la ministre responsable du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, avait affirmé que les PPP seraient au service du gouvernement québécois, mais feraient profiter le public de l'expérience du privé.

La ministre s'était alors bien gardée d'associer directement le terme «partenariats public-privé» à de la privatisation au sens strict. En effet, cela équivaudrait à sortir de nouveaux épouvantails, puisque le rapport de la Commission Beauchamp sur la gestion de l'eau au Québec avait clairement affirmé que celle-ci «s'opposait à la privatisation des équipements municipaux de traitement de l'eau. Il s'agit là d'un bien collectif qui doit le rester». Le rapport ajoutait «qu'il y a un consensus au Québec sur ce point».

Plusieurs observateurs de la société civile internationale, au fait des récentes mauvaises expériences de participation du secteur privé (Veolia, Ondeo, SAUR, RWE-Thames, Bechtel, etc.) dans des projets reliés aux infrastructures hydriques, expériences vécues dans un grand nombre de villes ou mégapoles dans le monde (Buenos Aires, Jakarta, Manille, Atlanta, Nouvelle-Orléans, New Jersey, pour ne citer que celles-là), soulignent que cette participation suscite encore beaucoup d'opposition et d'inquiétudes.

Et pour cause, dans ces villes, la qualité et le coût des services fournis aux usagers se sont souvent grandement détériorés à la suite de l'implication des entreprises privées. Donc le mythe voulant que le secteur privé soit plus «efficace» que le secteur public ne tient pas très bien la route.

Contexte international

La loi 134 s'inscrit dans un contexte commercial et politique international particulier. Pour évaluer sa portée, il faut en tenir compte.

Depuis le milieu des années 1990, la Banque mondiale a favorisé l'accroissement d'une plus grande présence des trois principales transnationales européennes de l'eau (Veolia, ONDEO, RWE-Thames Water) sur les «marchés» des pays du Sud, afin de résoudre le problème criant de l'approvisionnement et de l'assainissement de l'eau potable. Elles ont dû prendre des risques financiers importants et effectuer des investissements massifs pour racheter leurs principaux concurrents. Cela a eu pour effet de les endetter considérablement.

En outre, dans certains pays pauvres où les transnationales de l'eau ont offert leur expérience, les risques politiques et réglementaires furent si grands qu'elles rencontrèrent des facteurs de non-rentabilité, ce que leurs actionnaires n'acceptaient pas. C'est pourquoi elles ont récemment annoncé leur retrait de ces marchés.

Ces transnationales européennes lorgnent maintenant des marchés plus sûrs et lucratifs, ceux de l'Amérique du Nord, comme celui du Québec, où 90 % des infrastructures municipales sont encore entre les mains du secteur public et où les gouvernements provinciaux et locaux font face à un manque de financement. Si le gouvernement fédéral n'offre pas plus de soutien financier aux gouvernements provinciaux et villes canadiennes, il y a fort à parier que ces transnationales seront très bientôt dans le décor...

Il faudrait aussi s'inquiéter de l'entrée en vigueur, prévue au départ pour 2005, de nouvelles règles commerciales négociées à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève.

Ces nouvelles règles commerciales mondiales, calquées sur l'ex-accord multilatéral sur les investissements (AMI), tant décrié par la société civile internationale à la fin des années 1990, fourniraient aux sociétés étrangères des eaux une gamme d'outils leur permettant de forcer l'ouverture des marchés internationaux.

En vertu de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS), les pays membres de l'OMC s'engagent à suivre un programme de libéralisation progressive de tous les services, y compris les services publics comme l'eau. Bien que les règles de l'AGCS n'exigent pas spécifiquement des pays qu'ils privatisent les services publics, celles-ci établissent les bases de conditions qui contribueraient à leur déréglementation et à leur privatisation.

Par exemple, selon les données actuelles, l'une des règles de l'accord portant sur la «réglementation nationale» permettrait à la France, au nom de ses sociétés clientes (Veolia, SAUR et ONDEO), de contester les lois, les politiques et programmes d'un autre pays, par exemple le Canada, si elles jugent que ces lois (même provinciales ou municipales), politiques ou programmes créent des obstacles à la vente de services.

La présidente du Conseil du Trésor a déjà affirmé que «l'Agence [pour la promotion des PPP] n'aura qu'un seul client: le public. Elle ne sera pas au service des entreprises, elle sera au service du gouvernement». Toutefois, si l'on se fie aux nouvelles règles commerciales internationales émergeant à l'horizon, nous devons craindre la possibilité qu'une loi accordant au gouvernement du Québec le pouvoir de créer une agence sur les partenariats public-privé (mais qui, au nom du bien public commun, ne permettrait pas une ouverture complète du marché aux fournisseurs étrangers) risque de se voir contestée par ceux-ci devant un tribunal de l'OMC.

En vertu du partage des compétences prévu par la Constitution canadienne, le gouvernement du Québec a un pouvoir de législation sur les organismes publics et parapublics. Mais, au bout du compte, la véritable réponse sur les enjeux politiques et financiers en matière de partenariats public-privé se situe à Ottawa.

Car c'est au gouvernement canadien qu'il revient de se prononcer sur le nouveau cadre commercial international en matière de services publics négocié à l'OMC. Pour faire avancer le débat crucial sur le rôle que l'État québécois devrait jouer dans ce le nouveau contexte favorisant les PPP, le gouvernement canadien doit donc, sans tarder, rendre publique sa position officielle au sujet de l'Accord général sur le commerce des services de l'OMC.




Un livre sur le scandale des commandites :
Tout n'a pas été dit sur le rôle de Martin, selon le journaliste Gilles Toupin

Parent, Rollande
PC-La Presse lundi 9 janvier 2006

Tout n'a pas été dit sur le rôle joué par Paul Martin relativement au programme fédéral des commandites, avance Gilles Toupin, journaliste à La Presse, dans son livre tout chaud portant le titre Le Déshonneur des libéraux.

Contrairement à bien des commentateurs qui ont suggéré que le commissaire John Gomery a cherché à ménager Paul Martin dans son premier rapport, M. Toupin estime qu'il a exonéré le premier ministre parce qu'il devait s'en tenir à la preuve faite devant lui tout au long de ses travaux. Tel était son mandat.

Et les éléments d'information sur lesquels le journaliste se base pour jeter un nouveau regard sur la responsabilité de Paul Martin proviennent des travaux du Comité des comptes publics et de sa conviction que M. Martin a minimisé, devant le commissaire Gomery, l'importance de ses relations avec le couple Claude Boulay et Diane Deslauriers, du groupe Everest.

" Je prétends qu'il n'a pas tout dit. Il a caché avoir invité pendant quatre années consécutives le couple Boulay-Deslauriers à son dîner pour souligner les budgets successifs où il y avait autour de 70 personnes chaque fois. Il n'a jamais mentionné ça à la commission Gomery ou dans d'autres circonstances. Je prétends donc qu'on ne sait pas tout ", a lancé Gilles Toupin dans une interview téléphonique.

" On n'a pas non plus tenu compte des lettres reçues en 2002, d'un organisateur libéral, qui le prévenait de ce qui se passait avec l'argent des commandites ", a enchaîné le journaliste.

" Ces deux éléments me portent à dire que Paul Martin a été blanchi par le commissaire Gomery, qui n'a pas pu faire autrement avec les éléments qu'il avait en main. À mon sens, la question demeure en suspens, n'est pas réglée ", a-t-il renchéri.

Au juge Gomery, M. Martin a dit de Claude Boulay qu'il n'était qu'une " connaissance ".

Dans son témoignage, Claude Boulay a dit avoir rencontré M. Martin deux fois par semaine au moment de la campagne électorale de 1993. En outre, la femme de M. Boulay, Diane Deslauriers, a reconnu avoir reçu une lettre fort chaleureuse de M. Martin à la suite d'une invitation qu'elle lui avait lancée pour la fête entourant le 50e anniversaire de son mari.

M. Martin y faisait l'éloge de la beauté de Diane Deslauriers, rappelle M. Toupin dans son livre.

M. Boulay et son agence ont reçu entre 1994 et 2003 des contrats de commandite et de publicité totalisant 107 millions.

Gilles Toupin a consacré un an et demi à l'écriture de cet ouvrage de près de 350 pages.

" L'intérêt de ce livre, dit-il, tient au fait que les informations sont regroupées, d'où l'effet massue. "

" Il fallait absolument qu'un travail de ce genre soit fait pour que les informations ne s'éparpillent pas ", renchérit-il.




"Je ne suis plus souverainiste"

Boivin, Simon
Le Soleil lundi 9 janvier 2006

Une ex-bloquiste devenue candidate au Sénat clame son soutien à Paul Martin

"Flushée" par le Bloc en 2004, l'ex-députée Jocelyne Girard-Bujold ne croit plus à la souveraineté et professe publiquement sa foi en Paul Martin. Un revirement qui, assure-t-elle, n'a rien à voir avec sa candidature à un poste de sénatrice.

Dans une lettre d'opinion publiée par Le Quotidien, en décembre, l'ancienne bloquiste de Jonquière-Alma vilipende les troupes de Gilles Duceppe et encense Paul Martin, "l'homme de la situation".

Comme elle l'indique au SOLEIL, "beaucoup d'eau a coulé sous les ponts" depuis le temps où elle siégeait aux Communes.

"Je ne suis plus souverainiste, clame-t-elle. Plus du tout. Je pense que c'est dépassé. Le dernier référendum nous l'a prouvé, même si on dit qu'on a été volé. Vous savez, ç'a été comme ça que ça s'est passé. On ne peut pas regretter les choses qui n'ont pas été faites."

Dans un contexte de mondialisation et de concurrence des géants asiatiques, le Québec ne peut plus s'isoler et se marginaliser avec le Bloc, ajoute-t-elle. Maintenant qu'elle ne fait plus partie d'une formation politique, elle dit voir "la forêt plutôt que l'arbre". Et Paul Martin, aujourd'hui, "cet homme-là mériterait une médaille".

"Quand M. Martin est arrivé, il a répondu aux attentes de l'opposition, il a déclenché la Commission Gomery, relate Mme Bujold-Girard. Ce n'était pas facile pour lui. Il a osé le faire. Il a voulu faire en sorte d'assainir l'image des politiciens dans la population."

Aveuglement

La dame lève son chapeau bien haut au chef libéral pour son travail dans les dossiers des congés parentaux, des garderies, des infrastructures municipales. "Il a aussi fait en sorte d'aider les régions, poursuit l'ex-bloquiste. C'est nous qui sommes handicapés par notre aveuglement derrière le Bloc québécois."

Elle a mal à sa région, qui, dit-elle, souffre beaucoup. "Moi, je fais ça pour ma région, lance Mme Bujold-Girard. La mienne a été laissée pour compte. Tout ferme ici, les usines, tout ferme. Nos jeunes s'en vont. Il faut faire en sorte d'être du côté où on va pouvoir aller chercher notre argent et reprendre en main notre économie. (...) Les députés du BQ n'ont absolument rien fait."

Faut-il comprendre qu'à Ottawa, le gouvernement de M. Martin aurait boudé sa région en raison de son penchant bloquiste ? "Non, je ne suis pas d'accord avec ça", répond Mme Bujold-Girard, répétant le travail fait pour les municipalités.

L'ex-députée a décidé de diffuser ses réflexions post-Bloc parce que plusieurs personnes l'interpellaient et lui demandaient de se représenter, indique-t-elle. Elle rejette l'hypothèse de ceux qui pensent que sa volte-face est liée au poste de sénatrice qu'elle convoite. "Oh non, pas du tout."

Sans qu'elle l'ait sollicité, explique-t-elle, un comité de gens avec qui elle a travaillé dans le milieu communautaire a soumis sa candidature. Depuis, elle a eu deux rencontres au bureau du premier ministre. "M. (Paul) Martin n'avait jamais vu un tel dossier, indique-t-elle. Il trouvait que c'était vraiment extraordinaire. Alors ce dossier chemine. Étant une personne qui a des idées et qui a toujours défendu sa région avant tout... Si le premier ministre veut, tant mieux. Mais c'est toujours à sa discrétion."

Sauf erreur, elle serait probablement la première souverainiste repentie à faire son entrée au Sénat.

SBoivin@lesoleil.com




Un cru décevant

Sansfaçon, Jean-Robert
Le Devoir lundi 9 janvier 2006

ÉDITORIAL - Avec la création de 35 700 emplois nets en moyenne annuelle, l'année 2005 ne fut pas la pire que le Québec a connue, mais elle ne fut pas non plus un grand cru, tant s'en faut! En y regardant d'ailleurs de plus près, on constate qu'il s'en serait fallu de peu pour que nous assistions à un renversement de la tendance et à une remontée du taux de chômage. Ce qui pourrait bien survenir en 2006.

On peut faire dire ce que l'on veut aux chiffres, l'important c'est de remettre le tout en perspective. Par exemple, le fait que le taux de chômage ait atteint un plancher de 8,2 % en 2005 constitue un record des trente dernières années. En effet, il faut remonter au début des années soixante-dix pour retrouver un taux aussi bas, en moyenne annuelle, pour le Québec.

Au lendemain de la dure récession des années quatre-vingt-dix, le chômage avait grimpé au-dessus de la barre de 13 %, et il a fallu attendre six ans avant qu'il redescende sous les 10 %. Par conséquent, réjouissons-nous de pouvoir vivre à une époque où la question du chômage ne fait même plus partie du discours des politiciens en campagne électorale. Cela dit, il y a une autre façon de voir les choses.

D'abord, un taux de 8,2 % est encore loin d'être satisfaisant puisqu'il laisse sans emploi quelque 334 000 personnes qui souhaitent travailler. Compte tenu de divers facteurs tels que l'existence de régions ressources en difficulté où le taux de chômage atteint 20 %, sans grand espoir d'amélioration, du manque de formation d'une portion non négligeable de la population, il est difficile d'imaginer un taux de chômage inférieur à la moyenne canadienne qui est de 6,8 %. Entre 6,8 % et 8,2 %, la marge est donc suffisamment importante pour qu'on continue de s'intéresser aux questions du chômage, de décrochage scolaire, de formation de la main-d'oeuvre et de course aux investissements créateurs de richesse.

Ensuite, il faut voir que la situation actuelle est le résultat cumulé de plusieurs années de croissance ininterrompue qui ont permis de réduire progressivement le taux de chômage. L'emploi a augmenté chaque année depuis 1996, alors qu'il avait diminué quatre fois au cours de la décennie précédente. Voilà qui fait toute la différence. D'autant que le nombre de nouveaux emplois a atteint un niveau record de 128 000 en moyenne annuelle en 2002, une performance extraordinaire qui fut suivie de deux hausses successives de 57 000 et de 60 800 emplois pour un total de 245 000 emplois en trois ans seulement!

Tout cela a permis de réduire le chômage existant et d'absorber la main-d'oeuvre fraîchement sortie des écoles.

C'est ici que les chiffres deviennent trompeurs. Alors que 2005 a été une année record au chapitre du taux de chômage, résultat cumulatif de plusieurs années de croissance, elle a aussi été la moins bonne année de la décennie avec une augmentation d'à peine 35 700 emplois, soit 1 % de plus qu'en 2004.

La question qui se pose est la suivante: après tant d'années de croissance, se pourrait-il que l'emploi ait atteint une sorte de plafond difficile à dépasser ou s'agit-il seulement d'une pause?

Inutile de jouer les devins, le risque d'erreur est aussi élevé qu'à la loterie. Ce qui l'est moins, c'est l'analyse des tendances qui ont cours à l'heure actuelle. Or que voit-on sur le marché nord-américain auquel nous appartenons?

D'abord, une hausse de la demande et du prix des produits pétroliers dont les premiers bénéficiaires sont les provinces de l'Ouest et les plus grands perdants, celles de l'Est. Conséquence: l'Alberta connaît un boum extraordinaire qui pousse les salaires, les prix et la valeur du dollar canadien à la hausse, ce qui incite la Banque du Canada à relever son taux d'intérêt. Ajoutons-y le ralentissement prévu aux États-Unis, principal client des entreprises québécoises et ontariennes, et voici réunis quelques facteurs inquiétants pour la suite des choses.

Devant une conjoncture aussi contradictoire, les plus optimistes voient dans la hausse du dollar canadien l'espoir d'assister à une relance des investissements des entreprises en équipements achetés sur le marché mondial à meilleur prix, alors que les plus pessimistes prédisent des difficultés sans nom pour les entreprises manufacturières comme les constructeurs d'automobiles dont le manque de vision était devenu gênant.

En ce début de 2006, choisissez votre camp, et nous en reparlerons dans douze mois...




Une pente glissante

Jocelyn COULON
La Presse 21 décembre 2005

Discuter et débattre des tactiques douteuses et des coups fourrés de l’administration américaine dans la lutte contre le terrorisme ou dans la guerre en Irak sont-ils des actes délictueux susceptibles de mettre en danger la sécurité des États-Unis et d’aider l’ennemi ? Le président Bush dit oui et poursuit sa campagne d’intimidation envers ceux qui osent se dresser contre lui.

Vendredi, le New York Times révélait l’existence d’un programme illégal d’écoute électronique de citoyens américains sur ordre direct du président et sans supervision, même de la part d’une cour secrète. Le président a vivement défendu son programme en soulignant la nécessité de ces écoutes et en soutenant qu’elles faisaient partie d’un programme secret permettant d’" établir des liens entre les réseaux terroristes, ce qui est essentiel pour la sécurité de notre pays ". Selon le journal, les appels et la correspondance électronique de plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers de personnes se trouvant aux États-Unis ont été surveillés au cours des trois dernières années.

Ces révélations provoquent une émotion considérable au Congrès, où ont été annoncées de premières enquêtes. Un influent sénateur républicain, le président de la commission des Affaires judiciaires, Arlen Specter, a indiqué qu’elles avaient eu un impact " très problématique, sinon dévastateur " sur la reconduction du Patriot Act, un projet de loi antiterroriste actuellement bloqué au Sénat. Son collègue John McCain, connu pour son combat contre la torture, a exigé des explications.

Le président n’est pas impressionné. Et pour cause. Depuis le 11 septembre, des juristes aux ordres lui ont signifié qu’il était au-dessus des lois, que la Constitution lui donnait tous les pouvoirs en temps de guerre et qu’une résolution aux termes vagues, adoptée au lendemain des attentats, lui permettaient de tout faire. Lundi en conférence de presse, le président ne s’est pas gêné pour reprendre son numéro d’intimidation et de terrorisme intellectuel. Le résultat des révélations du New York Times, a-t-il dit en regardant les journalistes, " c’est que nos ennemis ont pris connaissance d’informations qu’ils n’auraient pas dû avoir ". Leur " publication non autorisée fait du tort à notre sécurité nationale et met nos citoyens en danger ". Loin de faire acte de repentir, le président a annoncé qu’une enquête était en cours pour savoir qui avait divulgué l’existence de ces écoutes, un acte " honteux " qui, selon lui, " aide l’ennemi ".

Ce discours sur la trahison, l’aide à l’ennemi, les Américains l’ont déjà entendu pendant la guerre du Vietnam. En 1967, le secrétaire à la Défense, Robert MacNamara, avait demandé à une équipe de réunir toute la documentation sur la guerre. Quatre ans plus tard, en 1971, ce document de 7000 pages faisait l’objet d’une fuite au New York Times, qui commença à en publier les extraits les plus compromettants. Henry Kissinger raconta alors au président Richard Nixon que cela " faisait du tort à notre pays et pourrait anéantir notre capacité à diriger notre politique étrangère ". Au nom de la sécurité nationale on demanda à une cour de bâillonner le journal. Le Washington Post prit le relais. Finalement, la Cour suprême démolit l’argumentaire du gouvernement et autorisa la publication de ce qui allait devenir les Pentagon Papers. Furieux, Nixon ordonna alors des écoutes électroniques et des cambriolages d’opposants jusqu’à sa chute finale.

L’ennemi est là

Les mêmes événements produiront-ils les mêmes conséquences ? L’Histoire ne se répète jamais deux fois, mais l’administration républicaine est sur une pente glissante. Pour le président, l’ennemi intérieur est partout ; chez les communautés musulmanes américaines, chez les journaux libéraux et capitulards, chez les démocrates et certains républicains, au département d’État, dans certains centres de recherche ou ONG, peut-être même sous un tapis dans une pièce de la Maison-Blanche, qui sait. Les critiques de cette cinquième colonne minent le moral des troupes, démoralisent la nation, divisent les alliés.

Bien entendu, il ne viendrait pas à l’idée au président que la violation du droit, la torture banalisée, les prisons secrètes, le meurtre de prisonniers, l’utilisation d’armes chimiques contre des résistants irakiens et les civils qui passaient par-là, les bombardements de villes et de villages entiers en Afghanistan et en Irak, sont des actes encore plus susceptibles de démoraliser les Américains, d’inquiéter les alliés et d’alimenter la haine de l’ennemi qu’un programme d’espionnage des citoyens américains.

Tétanisé par le discours présidentiel et craignant de paraître faible dans la lutte au terrorisme, le Congrès a couvert toutes les dérives, tous les coups fourrés. Il relève maintenant la tête. Les démocrates ne sont plus les seuls à critiquer, à exiger des explications. Une demi-douzaine de sénateurs républicains ne suivent plus leur président. Même un journal pro-guerre comme le Washington Post et le célèbre chroniqueur conservateur George Will dénonçaient hier la dérive autoritaire de l’administration et réclamaient un frein à sa propension à étendre arbitrairement ses pouvoirs. La présidence étant devenue incontrôlable, il est temps que le Congrès et la société civile se lèvent pour défendre leurs libertés.

Jocelyn Coulon est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. Il vient de publier le " Guide du maintien de la paix 2006 ", chez Athéna Éditions




Marcel Trudel : entre science et polémique

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 janvier 2006

Essais québécois: L'oeuvre de l'historien Marcel Trudel est monumentale. Pionnier québécois de l'«histoire scientifique, méthodique et rigoureuse, qui s'oppose à l'"histoire-éloquence", à l'"histoire-sentiment" et à la "belle histoire"», comme le souligne à juste titre le doctorant Mathieu d'Avignon, Trudel a renouvelé notre connaissance de la Nouvelle-France en la revisitant avec une passion scientifique peu commune. À rebours de ses prédécesseurs qui nous redonnaient notre passé pour attiser notre fierté nationale, celui qui avoue être entré en histoire comme on entre en religion a choisi de procéder à un «travail de réévaluation» des héros de la Nouvelle-France dans un souci de vérité historique.

Aujourd'hui octogénaire et plus ou moins retraité, Trudel continue néanmoins d'intervenir occasionnellement dans les débats historiques pour rappeler, entre autres, que le Régime français ne fut pas le paradis que certains nationalistes s'entêtent à dépeindre. Toujours vive, audacieuse et volontairement polémique même si elle prétend se réclamer de la science, sa voix fait encore plaisir à entendre parce qu'elle est celle d'un vieux sage qui n'a rien perdu de l'énergie intellectuelle de sa jeunesse.

C'est elle que l'on retrouve avec joie dans Connaître pour le plaisir de connaître, un «entretien avec l'historien Marcel Trudel sur la science historique et le métier d'historien au Québec» mené par Mathieu d'Avignon en 2000 et 2003. Extrêmement stimulant et centré sur l'essentiel, cet opuscule déborde de vie, de passion, d'intelligence et nous fait redécouvrir un érudit animé par le goût du partage.

Dès l'ouverture, quand Trudel parle de la différence entre notre conception du temps et celle des habitants de la Nouvelle-France, on sait déjà que le parcours sera fascinant. À l'époque du Régime français, explique l'historien, «le temps ne compte pas». Pour celui, par exemple, qui décide de faire le voyage outre-Atlantique, c'est en semaines et en mois que l'attente et les retards se comptent. Quand Frontenac veut faire réparer le toit du Château Saint-Louis à Québec qui coule, il doit écrire en France pour demander des tuiles. La réponse ne vient qu'au printemps suivant et lui demande des informations supplémentaires. Nouvelle lettre, donc, et réponse au printemps qui suit, pendant que le toit coule toujours. Le jour de l'arrivée du bateau devant contenir les fameuses tuiles, on se rend au quai pour découvrir qu'elles ont été oubliées sur le quai de La Rochelle ! «C'est du roman quasiment, conclut Trudel, mais c'est vrai, c'est comme ça que ça s'est passé !» Une anecdote révélatrice de l'évolution de notre rapport au temps. Imaginez, en effet, une histoire comme celle-là aujourd'hui !

Mathieu d'Avignon s'inspire ensuite des étudiants d'aujourd'hui, qu'il semble bien connaître, pour demander à Trudel : «Qu'est-ce que ça donne l'histoire ?» De la culture, répond d'abord le maître, le plaisir de connaître pour connaître. Se doutant probablement du caractère insuffisant d'une telle affirmation en une époque où domine le culte de l'utile, Trudel s'empresse d'ajouter que l'histoire est aussi un instrument de lucidité. À l'égard du passé, d'abord, qu'il s'agit de considérer avec réalisme. Non, les Canadiens français n'ont pas été que valeureux et généreux et, oui, ils ont participé à des massacres d'Amérindiens et se sont adonnés à l'esclavage. «Demandez-moi si je veux vivre en Nouvelle-France, dit Trudel, et je réponds : "Pas une minute ! Il n'y a pas d'imprimerie, pas de bibliothèques, pas de presses, ni liberté d'expression. Bon ! Non !"»

Lucidité à l'égard du présent, ensuite, suggère-t-il dans un de ces passages provocateurs dont il a le secret : «Comment se fait-il que la première réaction des Canadiens français, c'est d'abord d'être contre ? C'est qu'on a toujours vécu contre quelqu'un ou contre quelque chose : les Anglais, le protestantisme, les Amérindiens, les étrangers, parce qu'un étranger, on ne sait pas d'où il vient, ce qu'il apporte, ce qu'il vient faire.» Cette réaction de défense, Trudel la retrouve même dans l'attitude du Québec vis-à-vis du fédéral, et cela semble le désoler. On pourrait, pourtant, à lui qui les aime tant, lui donner plein de raisons objectives qui justifient cette attitude. On sera d'accord avec lui, toutefois, pour se réjouir du fait que l'histoire, enfin, «nous amène à nous occuper des Amérindiens», même si c'est encore trop peu.

Rigueur

Opposé à l'utilisation politique de l'histoire à la manière de Groulx et de Brunet, Trudel déclare que «le métier d'historien réside dans la reconstitution du passé. Je pense que c'est le rôle de l'historien d'essayer de faire revivre le passé d'une façon aussi rigoureusement exacte que possible». C'est au nom de cette rigueur, qui remplace le prophète par l'érudit, que Trudel malmène la mémoire des Cartier, Talon, Champlain et Madeleine de Verchères. Scientifiques, ces réévaluations développées plus à fond dans Mythes et réalités dans l'histoire du Québec ? Elles s'appuient, en tout cas, sur des documents originaux que l'historien iconoclaste -- et c'est par là qu'il fascine vraiment -- interprète à sa guise, mettant ainsi la science au service de la polémique et vice versa.

Compte tenu de l'âge avancé de Trudel, on pourrait le croire devenu, comme plusieurs de ses semblables, enclin à une certaine nostalgie. Nous chantera-t-il, à l'instar de plusieurs Québécois instruits et vieillissants, la grandeur du collège classique ? Déplorera-t-il la dégradation actuelle du savoir historique ? Là encore, Trudel surprend en dénonçant le piètre enseignement de l'histoire dispensé dans les collèges classiques. Ces professeurs, rappelle-t-il, «n'avaient aucune formation en histoire» et imposaient des pensums sur l'Égypte «alors qu'il aurait fallu commencer par l'histoire immédiate, celle qu'on vivait, celle des parents, des grands-parents, des traditions qui se répandaient dans les familles. Enfin, commencer par l'histoire vivante et remonter, c'est ce qu'on aurait dû faire. Actuellement, d'après ce que je comprends, c'est ce qu'on pratique dans les écoles.» Et vlan dans les dents des conservateurs frustrés qui confondent la nécessité de donner du sens aux savoirs avec la complaisance dans le vécu ! Trudel affirme même que la population du Québec «connaît beaucoup plus son histoire qu'avant».

Pour avoir donné la parole à un remarquable historien qui n'est avare ni de son érudition ni de ses saines provocations, Mathieu d'Avignon doit être remercié.

louiscornellier@parroinfo.net

Connaître pour le plaisir de connaître
Entretien avec l'historien Marcel Trudel sur la science historique et le métier d'historien au Québec
Mathieu d'Avignon
Presses de l'Université Laval Saint-Nicolas, 2005, 80 pages