À tête reposée

L’ENFER EST ROUGE

Josée Legault
MIR mercredi 1er février 2006

Avant la Révolution tranquille, nos curés plutôt « bleu-Union-nationale » dictaient à leurs ouailles comment voter en s’exclamant : « L’enfer est rouge et le ciel est bleu ! »

Le 23 janvier au soir, le Parti libéral du Canada – rouge de par sa couleur partisane et son unifolié adoré, tatoué jusqu’au fond de son portefeuille jadis commandité – est entré dans une autre teinte de rouge : celle de l’enfer de l’opposition.

Même si le passage à l’opposition est supposé être un « purgatoire » salutaire pour les partis ayant perdu le pouvoir, dans le cas du PLC, l’opposition est un véritable enfer.

Pour un parti tellement habitué à gouverner qu’il en fut baptisé le natural governing party of Canada, ne PAS être au pouvoir est une punition tout simplement infernale.

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La loi des probabilités
En témoigne l’incroyable empressement avec lequel les trois principales vedettes libérales pressenties pour succéder à Paul Martin ont décidé de passer leur tour.

L’ancien vice-premier ministre, John Manley, l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur canadien à Washington fraîchement démissionnaire, Frank McKenna, ainsi que Brian Tobin, ancien premier ministre de Terre-Neuve et éternel Capitaine Canada devant Dieu et les hommes, ont tous refusé de se lancer dans la course au leadership qui s’annonce au PLC.

Quelques jours d’analyse froide et lucide des résultats du 23 janvier auront suffit à les faire reculer. En fait, c’est surtout la pensée de croupir 6 ou 7 années dans l’enfer de l’opposition qui aura mis fin à leurs ambitions pourtant amplement connues.

Pourquoi au moins 6 ou 7 années ? Parce que la loi des probabilités joue maintenant contre les libéraux, et ils semblent l’avoir compris. Si Harper fait le moindrement un bon boulot dans la prochaine année, la probabilité qu’il obtienne un gouvernement majoritaire à la prochaine élection, possiblement en 2007, est extrêmement grande.

On saura bientôt si cette analyse est aussi partagée par le dernier successeur vedette potentiel, Bob Rae, ancien premier ministre ontarien et proche de Jean Chrétien.

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L’odeur du pouvoir
Un autre facteur risquant de garder les libéraux dans l’enfer de l’opposition pour un bon bout de temps, est l’argent. Ou, plus précisément, celui qui a déjà commencé à fuir vers les conservateurs.

Rien n’attire plus et mieux les milieux d’affaires que l’odeur du pouvoir. Et à Ottawa, pour les prochaines années, cette odeur sera celle du parfum de Stephen Harper.

Avec une organisation déjà décimée au Québec par la guerre des clans Chrétien–Martin, des coffrets étonnamment dégarnis et des financiers ontariens qui se joindront à leurs collègues albertains pour mieux soutenir le Parti conservateur – dorénavant la « nouvelle voix fédéraliste du Canada » – le PLC est condamné à une teinte supplémentaire de rouge : celle des dettes.

Dès que Stephen Harper aura, comme il l’a promis, interdit les dons d’entreprises aux partis politiques fédéraux, le PLC aura vraiment, vraiment des problèmes.

La realpolitik étant ce qu’elle est, on peut aussi s’attendre à ce que – pour reprendre le mot délicieux du général de Gaulle – « tout ce qui grouille et scribouille » dans le sens de l’unité canadienne tourne maintenant le dos au même PLC qu’ils appréciaient tant pour mieux découvrir les vertus du fédéralisme d’ouverture de monsieur Harper.

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Stéphane for President !
Et pourtant, il y aura, c’est certain, des candidats à la succession de Paul Martin. Dans l’équipe B, celle de seconde zone, les noms possibles abondent déjà : Michael Ignatieff, Joe Volpe, Scott Brison, Allan Rock, Belinda Stronach, Ken Dryden, etc.

Même s’il est vraiment très peu probable que le prochain chef du PLC soit Québécois, on dit que les Denis Coderre et Martin Cauchon sont en réflexion.

Allez, essayez de relire la dernière phrase sans rire…

Mais la candidature québécoise la plus probable – quoiqu’il puisse en décider autrement – est celle de Stéphane Dion. C’est que le fier géniteur de la « Loi sur la clarté » est TRÈS populaire au Canada anglais.

Plusieurs voient en lui le fils spirituel de Pierre Trudeau, un autre Québécois dont la mission était de « sauver le Canada » en remettant en question le droit à l’autodétermination de ses propres compatriotes.

Il y a peu de chance qu’il gagne, évidemment. Mais comme d’autres le feront, il se positionnerait de manière avantageuse dans un monde politique qu’il semble bien avoir adopté pour de bon.

Il n’y a qu’une seule certitude dans cette course au leadership qui se pointe à l’horizon : ni Liza Frulla ni Pierre Pettigrew ne seront de la partie. Ils feraient un peu trop losers pour relever un tel défi…

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La bataille des clones
Dieu seul sait qui sera finalement en lice pour cette course, mais si Stéphane Dion et Michael Ignatieff s’y présentent, le spectacle en vaudra le détour.

On assisterait à une bataille entre deux clones de Pierre Trudeau, laquelle confirmerait à quel point le PLC est devenu le prisonnier idéologique de son ancien chef en ce qui concerne la question du Québec.

Cet enfermement idéologique du PLC est d’ailleurs ce qui explique en partie le succès chez les nationalistes dits mous du fédéralisme d’ouverture, même minimaliste, de Stephen Harper.

Quelle image : une lutte entre Dion, le père de la Loi sur la clarté, et Ignatieff, un intello patenté et prétentieux, ultra-trudeauiste, admirateur de Mordecai Richler et parachuté de Harvard au Canada où il n’a pas vécu depuis 30 ans !

C’est Harper qui serait mort de rire…




Boisclair absent

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 1er février 2006

La réunion de l'aile parlementaire du Parti québécois tenue lundi et hier a été l'occasion de voir et d'entendre André Boisclair, qui, depuis son élection à la tête de cette formation, s'est fait plutôt discret. Il a profité de cette rencontre pour remanier son cabinet fantôme, dont il ne fera cependant pas partie, ayant choisi de ne pas être présent à l'Assemblée nationale.

Cette décision de M. Boisclair de ne pas se faire élire s'inspire de motifs stratégiques. Il y a du travail de terrain à faire, ce dont on conviendra au lendemain de l'élection fédérale. Il y a des problèmes financiers urgents à régler, tout comme du recrutement à faire. Tout au moins, il faudra s'assurer de conserver les nouveaux membres qui se sont inscrits au parti dans le cadre de la course au leadership. Puis le nouveau chef doit se faire la main et se faire connaître. À cet égard, il croit que faire la tournée des déjeuners-causeries des chambres de commerce sera plus productif que d'ouvrir la période des questions de l'Assemblée nationale.

Ces motifs, tout aussi valables soient-ils, dénotent cependant une mauvaise compréhension de ce qu'est le rôle de chef de l'Opposition officielle. À ce titre, il est le principal prétendant à la fonction de premier ministre et, pour apprécier s'il a les qualités requises, il faut le voir à l'oeuvre en chambre. La confrontation quotidienne avec le premier ministre durant les travaux parlementaires aiguise les réflexes de l'homme politique et met à l'épreuve sa capacité d'assimiler les dossiers complexes au sujet desquels il aura à interroger le gouvernement. Ces années d'opposition sont aussi l'occasion de diriger quotidiennement l'équipe avec laquelle il aura à élaborer des projets de politiques. Tout cela le prépare à devenir premier ministre.

André Boisclair n'est pas le premier chef de parti à choisir de se tenir à distance de l'Assemblée nationale. René Lévesque, Robert Bourassa et Jacques Parizeau l'ont fait, mais leur longue feuille de route les en dispensait. Jean Charest l'a aussi fait en 1998. Comme M. Boisclair, son premier souci était toutefois d'éviter la confrontation avec un premier ministre expérimenté, qui aurait pu mettre à mal l'image de «sauveur» qu'il s'était créée en venant d'Ottawa pour rescaper un Parti libéral en difficulté. Cela, il l'a su le soir de l'élection du mois de décembre suivant, fut un mauvais choix.

Malgré son jeune âge, le chef péquiste jouit d'une bonne expérience parlementaire, ayant occupé quatre portefeuilles ministériels importants. Il lui reste à faire la démonstration qu'il peut être premier ministre. Ils se trompent, les faiseurs d'image qui lui conseillent de rester dans l'antichambre pour ne pas s'exposer. C'est sur le plancher de danse que l'on voit si un danseur a du talent. M. Boisclair a tout à perdre en ne venant pas rapidement sur ce plancher.

bdescoteaux@ledevoir.ca




L'élection de Harper favorisera la souveraineté, selon le chef péquiste

Dutrisac, Robert
Le Devoir mercredi 1er février 2006

Québec - En dépit d'un sondage qui montre une chute des appuis en faveur de la souveraineté à la suite de la victoire des conservateurs, le chef du Parti québécois, André Boisclair, estime que le gouvernement Harper défendra des positions tellement à droite que le camp souverainiste gagnera du terrain.

«Ne jugez pas l'instantané [sic] de la chose», a prévenu André Boisclair au cours d'un point de presse alors qu'il participait à une réunion conjointe du caucus des députés péquistes et de l'exécutif national du parti. «Il y a plein de gens qui évoquent dans les scénarios le fait que l'arrivée des conservateurs à Ottawa va amener des gens dans la famille souverainiste», a-t-il signalé. Si Stephen Harper renie le protocole de Kyoto, s'il rouvre le débat sur les mariages entre conjoints de même sexe, s'il met fin au contrôle des armes à feu ou si encore il se montre plus sévère envers les jeunes contrevenants, «la famille souverainiste» jouira «d'un avantage clair», a prédit le chef péquiste.

Cet avantage se traduira toutefois par «un effet neutre» à terme, comme M. Boisclair l'a déclaré à deux reprises depuis la victoire conservatrice. «L'un dans l'autre, je pense qu'on est dans un jeu de somme nulle et c'est pour ça que je maintiens que ça aura un effet neutre», a-t-il déclaré.

Le chef péquiste a rappelé que les Québécois n'étaient pas en présence d'un «beau risque» comme lors de la prise de pouvoir des conservateurs de Brian Mulroney en 1984. «Personne n'a proposé au Québec d'intégrer la Constitution. Je n'ai pas entendu M. Charest parler d'un débat constitutionnel ou d'amendements constitutionnels. Donc, nous sommes loin des attentes réelles des Québécois», a-t-il dit.

M. Boisclair croit que les Québécois ont le sens de l'histoire et qu'ils se rappellent que la Constitution de 1982 n'a pas été signée par aucun gouvernement du Québec. En cela, le chef péquiste semble différer d'opinion avec son ancien collègue Joseph Facal, qui, dans les pages du Devoir hier, soulignait les «ravages que l'oubli et l'ignorance peuvent provoquer» quand des Québécois croient qu'au Canada anglais le dossier du Québec n'est pas clos pour de bon.

Un sondage CROP-Express publié hier dans des quotidiens de Gesca suggère qu'avant les élections du 23 janvier, les appuis au OUI s'élevaient à 49 % et ceux du NON, à 41 %, avant répartition des indécis. Au lendemain des élections, le NON recueillait 53 % et le OUI, 41 %.

De même, après l'élection des conservateurs, les libéraux de Jean Charest auraient fait un bond de 10 % - de 17 % à 27 % - tandis que le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest aurait diminué pareillement, de 71 % à 61 %. Quant aux intentions de vote en faveur du PQ, elles seraient passées de 44 % à 38 %.

André Boisclair reconnaît qu'il entend des gens qui souhaitent «un dialogue nouveau» avec le gouvernement fédéral. Mais il croit que les Québécois n'accepteront pas de passer des demandes traditionnelles du Québec au rapport Allaire, puis à l'accord du Lac-Meech, puis à une «vaine proposition sur le déséquilibre fiscal». Le chef péquiste a soutenu qu'il ne se laissera pas distraire par «la vague proposition» de M. Harper. Il a rappelé que Jacques Parizeau, alors président du PQ, n'avait pas changé sa stratégie et sa position sur la souveraineté au moment de l'élaboration de Meech. «Mon plan de match, c'est celui de la souveraineté», a réitéré M. Boisclair.

De son côté, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, estime que les sondages comme le dernier de CROP indiquent que «nous, les Québécois, même si notre identité québécoise est extrêmement forte - et c'est bien qu'elle le soit -, nous sommes également attachés à notre citoyenneté canadienne, et ce, malgré ce que le PQ et le Bloc peuvent en dire».

Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, s'est montré plus incisif que son collègue. Selon lui, «l'effet Boisclair» a fait chuter l'appui au Bloc à 39 % dans un sondage effectué dans les jours précédant le 23 janvier et à 42 % le soir des élections. «Je comprends M. Boisclair d'être nerveux» quand des conservateurs, dépourvus d'organisation, ont fini deuxièmes dans plusieurs circonscriptions, a-t-il fait valoir.




Services privés dans le domaine de la Santé :
Boisclair prône le recours à la "clause" dérogatoire

Delisle, Norman
PC Le Soleil mercredi 1er février 2006

Le Parti québécois met le gouvernement Charest en garde contre un trop grand recours au privé dans le secteur de la santé.

On pourrait même utiliser la disposition constitutionnelle dérogatoire pour contourner la difficulté, croit le chef du Parti québécois, André Boisclair.

En conséquence, le gouvernement Charest devra permettre un débat élargi sur les suites qu'il entend donner au jugement de juin dernier de la Cour suprême du Canada, appelé le jugement Chaouilli, qui autorise justement le recours à l'assurance privée pour financer des soins de santé, a soutenu M. Boisclair à l'issue d'une réunion de son groupe parlementaire.

Compte tenu de l'échéancier serré qui le coince dans ce dossier, le gouvernement Charest pourrait même utiliser sur une base temporaire le recours à la disposition dérogatoire. Cette disposition permet de se soustraire pour cinq ans à l'application de la Charte des droits. En juin, la Cour suprême avait établi que Québec contrevenait à sa Charte des droits et libertés en interdisant le recours à l'assurance privée pour payer des frais de santé couverts par le système public.

Plutôt que d'invoquer la disposition dérogatoire pour s'y soustraire, Québec avait demandé et obtenu un sursis pour trouver le moyen de se conformer au jugement.

M. Boisclair a rappelé le principe défendu par son groupe : le financement de la santé doit être public, même si la production des services peut, en suivant des balises, faire appel au secteur privé.

La Cour suprême a en effet donné un délai jusqu'en juin prochain au gouvernement québécois pour modifier ses lois afin de permettre le recours à l'assurance privée pour financer des soins de santé.

M. Boisclair a mis en relief le fait qu'il n'y aura seulement deux mois de débat sur cette question au printemps, même s'il s'agit d'une question parmi les plus importantes du Québec après la question nationale.

Il a sommé le gouvernement Charest de publier le plus tôt possible le document par lequel seront connues les suites que le ministre Philippe Couillard entend donner au jugement de la Cour suprême.

"Le jugement a été rendu il y a sept mois et nous attendons toujours une esquisse de position du gouvernement Charest, et même l'interprétation qu'ils en font." Ceux qui ont réellement besoin de soins de santé n'y auront pas accès par le biais d'assurances privées, croit le chef du Parti québécois, André Boisclair.

Des brèches

Selon M. Boisclair, la question de l'assurance privée ne règle pas le problème des listes d'attente, puisque les personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques ne pourront pas avoir recours à des assurances, car ils constituent aux yeux des assureurs des risques trop grands.

Le Parti québécois craint que le gouvernement Charest ne se serve du jugement "pour ouvrir des brèches importantes dans le système de santé. Le Parti québécois sera aux côtés de ceux qui veulent un financement public du réseau de la santé, et l'équité dans l'accès aux soins", a dit M. Boisclair.

"M. Charest et son ministre doivent nous dire quel choix ils font. Cela devra être fait dans un délai qui puisse permettre à la population de participer", a conclu M. Boisclair.

Pour sa part, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a indiqué que le document qu'il prépare sur les suites à donner au jugement de la Cour suprême sera bientôt rendu public.

Il refuse d'en révéler le contenu, sinon pour dire que le gouvernement Charest prône un système public avec un rôle à jouer pour le secteur privé.

Le ministre Couillard a aussi promis que le débat tant au sein de la population qu'à l'Assemblée nationale, ne sera pas tronqué.

Un organisateur en chef

Par ailleurs, Nicolas Girard, député de Gouin, devient organisateur en chef du Parti québécois, a annoncé M. Boisclair. Il sera secondé d'une quinzaine de députés, soit un pour chacune des régions du Québec.

"Nous avons procédé à une vaste décentralisation de l'organisation du Parti québécois, qui permettra d'être plus efficace sur le terrain pour parler de souveraineté", a dit M. Boisclair.

De son côté, le député Girard entend faire de l'organisation péquiste "un travail d'équipe. Nous sommes déjà en mode électoral", a-t-il dit.




Le Québec en milieu de peloton

Breton, Anne
La Presse mercredi 1er février 2006

Le Conference Board du Canada dresse un bilan de santé des provinces. Ses médailles d'or, d'argent et de bronze permettent d'évaluer la performance de chacun. Temps d'attente, espérance de vie, cancers et crise cardiaque, quel est votre diagnostic, docteur?

Parmi toutes les provinces canadiennes, c'est au Québec que le cancer fait le plus mal. Pas de chance, c'est aussi dans la Belle Province qu'il est le plus difficile de trouver un médecin de famille.

Le portrait brossé par le Conference Board du Canada dans un rapport présenté aujourd'hui n'est pas reluisant. À plusieurs égards, le Québec se traîne. Il affiche la plus forte prévalence du cancer du poumon. Même chose pour le cancer du sein. On compte plus d'hommes qui meurent d'une crise cardiaque. Plus de malades doivent patienter plus d'un mois avant de subir une chirurgie non urgente.

" Au Québec, à peine 30 % des patients attendent moins d'un mois pour subir une chirurgie non urgente. La moyenne nationale est de 42 %. Dans les meilleures provinces, ce taux atteint 50 % ", explique le chef de direction des travaux au Conference Board, Glen Roberts.

Après avoir recueilli les données et comparé les systèmes de santé entre eux, l'organisme fait maintenant face à un problème de taille.

" La prochaine étape est d'arriver à répondre aux questions. Il faut comprendre pourquoi certaines provinces font meilleure figure que d'autres ", ajoute M. Roberts.

Par exemple, on peut se demander pourquoi les hommes vivant en Colombie-Britannique vivent deux ans de plus que leurs semblables de l'Île-du-Prince-Édouard. Et comment il se fait que les femmes de l'Île-du-Prince-Édouard sont parmi celles qui ont la plus longue espérance de vie.

C'est la première fois qu'un organisme compare et évalue la performance des différents systèmes de santé au pays, se targuent les auteurs du rapport. Un total de 119 indicateurs, fournis par les provinces en 2004, ont été analysés.

Les auteurs ont évalué des éléments de santé générale comme l'indice de masse corporelle et le taux de fumeurs chez les adolescents, mais aussi des résultats précis comme le taux de survie dans la première année suivant un infarctus aigu du myocarde.

Pour évaluer plus facilement les performances, les auteurs ont ensuite attribué une médaille d'or, d'argent et de bronze pour chacun des indicateurs.

Les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon ont été exclus du rapport parce que les données de comparaison n'étaient pas disponibles.

Au terme de l'exercice, aucune province ne peut se vanter d'offrir la meilleure performance dans tous les domaines.

Au tableau général, la Colombie-Britannique obtient l'or, suivie de l'Alberta. Par contre, c'est aussi en Colombie-Britannique que les malades se disent les moins satisfaits des soins reçus.

En vrac, le rapport indique que c'est en Alberta, suivie de près par l'Ontario, que l'on retrouve la plus forte proportion de bébés de faible poids à la naissance. C'est en Saskatchewan que l'espérance de vie est la plus basse.

Au Nouveau-Brunswick, les habitants s'estiment généralement en moins bonne santé que les autres Canadiens. En Nouvelle-Écosse, les hommes font plus de diabète qu'ailleurs. Les femmes de 50 à 69 ans sont moins enclines à passer une mammographie. À Terre-Neuve, les gens sont plus sédentaires qu'ailleurs.

Et au Québec? La mortalité reliée au cancer du poumon est un grand défi, affirme M. Roberts. Il manque cependant des données importantes.

"Sur les 119 indicateurs que nous avons comparés, il y en a 20 que la province ne nous a pas fournis. C'est très difficile d'établir des repères pour le Québec. "

Étrangement, le rapport du Conference Board montre par ailleurs que les provinces où le gouvernement investit le plus par habitant pour la santé ne sont pas nécessairement celles qui affichent les meilleurs résultats.

En matière d'investissement par habitant, le Québec se classe à l'avant-dernier rang des 10 provinces canadiennes. Au cumulatif général, la Belle Province se classe néanmoins cinquième au Canada.

Pour cette performance moyenne, le Conference Board accorde une médaille d'argent au Québec.

Participez à notre forum sur la santé au Canada www.cyberpresse.ca

Qu'est-ce que le conference board du Canada ?

Le Conference Board est une organisation à but non lucratif qui se veut objectif et non partisan.

Il se spécialise dans l'analyse des tendances économiques, tant en ce qui concerne les performances des organisations que des grands enjeux publics.

Le rapport sur la santé des provinces s'inscrit dans cette foulée.

Chaque province et pays y est classé dans l'une des trois catégories suivantes: or pour les meilleurs, argent pour les performances moyennes et bronze pour ceux qui traînent la patte.

BILAN DE SANTÉ

> Plus de femmes meurent d'un cancer du sein
> Moins de femmes ont passé un test Pap depuis trois ans
> Plus d'hommes meurent d'une crise cardiaque
> Plus de femmes meurent d'un cancer colorectal
> Plus de cancers du poumon, tant chez les hommes que chez les femmes
> Plus d'hommes meurent d'un cancer du poumon
> Moins de Québécois peuvent compter sur un médecin de famille
> Plus de patients attendent plus d'un mois pour une chirurgie non urgente

Le Canada parmi les pays de l'OCDE

LES MÉDAILLES D'OR : BRAVO

> Espérance de vie des hommes
> Mortalité des femmes atteintes d'un cancer colorectal
> Vaccination des personnes âgées contre l'influenza

LES MÉDAILLES D'ARGENT : ATTENTION

> Obésité
> Incidence du cancer de la prostate
> Mortalité infantile

LES MÉDAILLES DE BRONZE: DANGER

> Cancer du poumon et mortalité chez la femme
> Cancer du sein et mortalité
> Incidence du cancer colorectal chez l'homme et la femme




Le Bloc baisse le ton face aux conservateurs

Morissette, Nathaëlle
La Presse mercredi 1er février 2006

Ottawa - Après avoir perdu des sièges aux mains des tories lors des élections du 23 janvier, le Bloc québécois estime qu'un gouvernement conservateur sera plus à l'écoute de ses revendications que ne l'a été le Parti libéral lorsqu'il était au pouvoir.

Au cours de la dernière semaine, le Bloc semble avoir changé son fusil d'épaule. Rappelons que vers la fin de la campagne électorale, alors qu'il se faisait chauffer par les conservateurs dans la région de Québec, le parti avait lancé une campagne publicitaire pour contrer la popularité de Stephen Harper. " On ne laissera pas Calgary décider pour le Québec ", disait le slogan qui avait paru dans plusieurs journaux. Un chapeau de cow-boy avait été dessiné au-dessus de la phrase écrite en gros caractères.

Depuis lors, le Bloc a baissé le ton. " Je pense qu'on peut avoir une bien meilleure écoute des conservateurs qu'on a eue des libéraux, a déclaré en début de semaine le porte-parole bloquiste en matière de finances, Yvan Loubier, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse. Les libéraux, même minoritaires, étaient d'une arrogance incroyable. On nous consultait, mais on ne tenait jamais compte de ce qu'on suggérait. "

" Mais avec les conservateurs, on a pu faire avancer des choses par le passé, a-t-il poursuivi. Il n'y a pas de raison que ça ne soit pas la même chose une fois qu'ils sont au gouvernement. "

Le chef conservateur, Stephen Harper, a martelé pendant toute la durée de la campagne qu'il avait l'intention de régler la question du déséquilibre fiscal qui existe entre Ottawa et les provinces, le cheval de bataille des troupes de Gilles Duceppe. Plus d'une semaine après que la population eut décidé de porter au pouvoir un gouvernement conservateur minoritaire, le Bloc se dit prêt à " donner une chance au coureur ".

M. Loubier assure toutefois que son parti aura M. Harper à l'oeil pour s'assurer qu'il respecte son engagement. Le Bloc souhaiterait également avoir plus de détails sur la façon dont le chef conservateur entend régler le problème. " On ne sait toujours pas quel montant il va allouer, souligne Yvan Loubier. Nous, on a déjà chiffré ça. On sait que ça prend au moins 8 milliards par année pour tout le Canada. Il faut que la solution soit durable, qu'elle prenne la voie d'un transfert des champs fiscaux et il faut qu'il y ait une réforme en profondeur de la péréquation. Et ça, on ne décrochera pas de ça. "

Au cours des mois à venir, M. Loubier devrait donc s'asseoir avec le nouveau ministre des Finances qui sera nommé lundi par le premier ministre désigné.

Le chef conservateur a d'abord l'intention de rencontrer les premiers ministres des provinces avant de se prononcer sur la façon de régler le déséquilibre fiscal. " Nous voulons en arriver à une entente à long terme ", dit Dimitri Soudas, porte-parole de Stephen Harper. Il a assure également que M. Harper est conscient que la situation est différente dans chacune des provinces.




Il n'y a pas de mystère de Québec

Dubuc, Alain
La Presse mercredi 1er février 2006

Depuis les élections fédérales de la semaine dernière, analystes et stratèges politiques se penchent sur ce qui a été décrit comme le mystère de Québec. Sur les dix comtés remportés par les conservateurs au Québec, neuf se retrouvent dans la grande région qui entoure la capitale, et quatre se situent dans sa zone urbaine.

Il n'en fallait pas plus pour qu'on se lance dans une vaste entreprise d'ethnologie collective. Journalistes, sociologues, politiciens, surtout du camp souverainiste, le plus souvent montréalais, se sont donc mobilisés pour mieux comprendre le village gaulois qui résiste à l'autre bout de la 20 et isoler l'étrange virus qui avait frappé ses irréductibles habitants.

J'ai eu le plaisir d'habiter quatre ans à Québec, et donc l'avantage de pouvoir regarder de près cette ville avec un certain recul montréalais. Ce qui m'a donné une connaissance assez intime de la ville et de la région pour m'amener à croire qu'il n'y a tout simplement pas de mystère de Québec. La thèse voulant que cette région ait manifesté, par son vote, des traits de caractère différents ne se vérifie pas dans les faits.

Même si elle possède bien sûr des traits qui lui sont propres, ce qui caractérise la région de la capitale nationale, c'est justement qu'elle incarne l'ensemble du Québec en dehors de la zone métropolitaine. Il y a certainement une coupure entre Montréal et le reste du Québec. Mais avec sa population homogène, blanche, catholique et francophone, Québec reflète bien les valeurs de ce Québec des régions.

Bien sûr, les gens de Québec ont leur mentalité propre, façonnée par son rôle de capitale, par le poids de la fonction publique, et par son inverse symétrique, la colère d'une partie de sa population contre cette culture dominante. Les citoyens de Québec ont tendance à manifester du ressentiment envers Montréal et à réagir en bloc, comme on l'a vu à ces élections fédérales.

Ces traits de caractères ne mènent pas à des comportements politiques très différents, si ce n'est l'absurde appui à l'animateur André Arthur dans Portneuf. Ils ont bien sûr mené à un vote plus imposant au Parti conservateur. Mais cet appui ne doit pas être vu comme un accident ou une anomalie, mais plutôt comme l'amplification d'un phénomène que l'on a pu observer ailleurs au Québec. Ils ont exprimé, plus fort, un fonds conservateur et un manque d'enthousiasme que l'on a aussi observé ailleurs sur le territoire. C'est d'ailleurs ce que semble indiquer l'étonnant sondage CROP-La Presse, publié hier, qui décrit un important déplacement de l'opinion publique depuis les élections, avec une remontée de la popularité de Jean Charest et une baisse importante de l'appui à la souveraineté.

On peut comprendre que les leaders souverainistes aient intérêt à décrire les résultats électoraux de Québec comme une anomalie. C'est la meilleure façon de minimiser le phénomène et de refuser de regarder la réalité en face. Il y a là un déni doublé d'une pointe de ferveur militante qui repose sur la conviction qu'il ne serait pas normal pour de vrais francophones québécois de ne pas appuyer le Bloc avec enthousiasme.

Ce déni repose sur une autre erreur, facile à faire quand on regarde les choses à partir de Montréal. Et c'est de voir la vague bleue comme un tout. Mais dans les faits, les traits sociologiques propres à la région de Québec ne peuvent, à la rigueur, qu'expliquer les victoires conservatrices dans quatre circonscriptions, celles de la zone urbaine de Québec, soit Beauport/Limoilou, Charlesbourg/Haute-Saint-Charles, Louis-Hébert et Louis-Saint-Laurent.

Mais cette culture québécoise ne peut pas expliquer ce qui s'est passé dans les six autres comtés raflés par les bleus. C'est évident de Pontiac, à l'autre bout du Québec, de Jonquière/Alma, en plein coeur du Saguenay, et évidemment de la Beauce, avec sa culture bien définie. Mais c'est également vrai de deux comtés au sud du fleuve, dans la région de Chaudière-Appalache, où on est en territoire agricole plutôt qu'en terre de fonctionnaires, soit Lévis/Bellechasse, un comté qui va jusqu'à la frontière américaine, ainsi que Lotbinière/Chutes de la Chaudière. Quant à Mégantic/L'érable, avec Thetford Mines, c'est un comté qui se situe dans une toute autre région administrative, celle du Coeur du Québec.

La vague bleue a frappé dans des comtés aux cultures et aux traditions très variées et elle n'a donc rien de monolithique. Et voilà pourquoi, au lieu d'analyser ce qui distingue la capitale, la sagesse politique voudrait plutôt que l'on s'attache à un phénomène bien plus significatif, l'importance des similitudes entre Québec et le reste de la province.

Adubuc@lapresse.ca




Quel changement?

Collectif
La Presse mercredi 1er février 2006

Malgré la victoire conservatrice, l'opinion publique hors Québec n'a pas beaucoup bougé entre 2004 et 2006

Lorsque les résultats électoraux furent comptabilisés, le 23 janvier, ils semblaient indiquer un souhait du changement. Et du changement il y en a eu. Comparé à 2004, le Parti conservateur est passé de 99 à 124 sièges et les libéraux sont tombés de 135 à 103 sièges. Mais le changement dans les votes fut moins spectaculaire. À l'extérieur du Québec- un texte subséquent traitera de l'évolution de l'opinion au Québec- les conservateurs ont seulement augmenté leur part du vote de 36,7 % à 40,2 %, alors que les libéraux sont passés de 37,7 % à 33,3 %. Comment expliquer à la fois la stabilité et le changement qui ont marqué cette élection?

Un certain nombre d'explications ont été mises de l'avant. La première soutient que les évaluations des chefs et des partis ont changé: les perceptions de Harper et des conservateurs se sont améliorées, alors que celles de Martin et des libéraux sont devenues plus négatives. Une autre propose que la droite a réussi à se départir de son image radicale. Finalement, une interprétation suggère que la corruption a été l'élément clé. Nous examinons les données de l'Étude électorale canadienne de 2004/2006 pour voir si ces explications sont compatibles avec les mouvements de l'opinion depuis 19 mois.

Image publique

La victoire des conservateurs est-elle attribuable au succès de Stephen Harper à refaçonner son image publique ainsi que celle de son parti? Harper et les conservateurs ont mené une très bonne campagne, et nos données indiquent que certains électeurs ont réévalué à la fois le parti et son chef. Cela est clair lorsque l'on compare les perceptions des électeurs durant les derniers dix jours de la campagne à celles des dix premiers jours. Toutefois, une image différente émerge si l'on compare les dix derniers jours de la campagne 2006 aux dix derniers jours de celle de 2004.

Stephen Harper a amélioré son image au cours de la campagne. Sa cote de popularité moyenne a augmenté de presque quatre points sur une échelle de 0 à 100, alors que celle de Paul Martin a diminué d'environ deux points. Il est étonnant de constater, par contre, que les évaluations de Harper dans les derniers jours de la campagne étaient inférieures à ce qu'elles avaient été durant les derniers jours de la campagne 2004.

Les conservateurs ont-ils remporté l'élection parce qu'ils se sont déplacés vers le centre et ont convaincu les Canadiens qu'ils étaient modérés? Selon nos données, cela n'est que partiellement vrai. La proportion de Canadiens déclarant que Harper est " trop extrémiste " a décliné de cinq points durant la campagne. Ce mouvement modeste a pu contribuer à la victoire des conservateurs. Cela suggère que les attaques libérales n'ont pas eu l'écho escompté auprès des électeurs. Ceci étant dit, à la fin de la campagne, un Canadien sur deux restait inquiet au sujet des positions de Harper. De plus, une comparaison avec les derniers jours de la course électorale de 2004 est révélatrice: la proportion des gens qualifiant Harper comme " extrémiste " à la fin de la campagne 2006 n'était que d'un point inférieur à celle d'il y a 19 mois.

Corruption

Ce qui a changé, c'est l'importance de la corruption. Le scandale des commandites et la corruption étaient au premier plan des deux campagnes. En 2004, cependant, les services de santé prenaient clairement le pas sur la corruption. Cette fois, la santé était encore une priorité pour beaucoup d'électeurs, mais la corruption venait juste derrière. Dans les derniers dix jours de la campagne, presque un tiers de nos répondants ont choisi la corruption comme enjeu le plus important (au sein d'une liste de cinq enjeux). Ceci constitue une augmentation de dix points par rapport à la campagne 2004.

Une majorité écrasante de Canadiens pensait qu'il y avait assez ou beaucoup de corruption sous Jean Chrétien et disait être mécontente à ce sujet. Sur les deux dimensions, les sentiments étaient encore plus négatifs dans les derniers jours de la campagne 2006 qu'ils ne l'avaient été à la fin de la campagne 2004.

Néanmoins, Paul Martin a réussi à convaincre beaucoup de Canadiens qu'il avait bien géré le scandale et qu'il empêcherait de futurs scandales. Au début de la campagne, près de la moitié des sondés approuvait la façon dont il a géré le scandale et plus de la moitié disait avoir confiance en ses capacités à empêcher que cela se reproduise (des améliorations importantes par rapport à 2004). Cependant, la campagne a peu fait pour changer ces évaluations. Malgré ces jugements positifs et malgré l'absolution qui lui a été accordée dans le rapport du juge Gomery, Martin fut incapable de contrer la perception qu'il était au courant du scandale.

En fin de compte, durant cette campagne, il y a eu une augmentation de cinq points (de 41 % à 46 %) dans la proportion d'électeurs déclarant que les libéraux sont plus corrompus que les autres partis. Il faudra procéder à une analyse plus poussée pour évaluer l'impact du scandale des commandites et/ou de l'affaire Goodale sur le résultat final de l'élection. Mais la colère accumulée a probablement aidé à faire basculer la balance en faveur des conservateurs.

Ce qui est clair, c'est que l'opinion publique n'a pas beaucoup bougé entre 2004 et 2006, à l'extérieur du Québec. À la fin de la campagne, ni Harper ni son parti n'étaient plus appréciés qu'en 2004, et un nombre substantiel de Canadiens ont continué à les percevoir négativement. Si la minorité conservatrice veut devenir une majorité conservatrice, le parti et son chef vont devoir travailler fort pour dissiper ces images, surtout si la colère envers les libéraux s'atténue.

NB: Les Études électorales canadienne sont été financées par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et Élections Canada. Les sondages ont été effectués par l'Institut de recherche sociale de l'Université York, avec des taux de réponse de 55 % (2004) et 57 % (2006). Voir: www.ces-eec.umontreal.ca.

Le texte suivant est cosigné par André Blais et Patrick Fournier professeurs à l'Université de Montréal, Elisabeth Gidengil professeur à l'Université McGill, Neil Nevitte professeur à la University of Toronto et Joanna Everitt professeur à la University of New Brunswick.




Comment concilier projet de société et souveraineté?

Jacques Fournier, du collectif D'abord solidaires, section Longueuil
Le Devoir mercredi 1er février 2006

Libre opinion: La création, début février, d'un nouveau parti politique issu de la fusion de l'Union des forces progressistes (UFP) et d'Option citoyenne (OC) est une belle occasion de réfléchir, de façon féconde et créative, au lien entre le «projet de société» et la souveraineté puisque ce nouveau parti se veut authentiquement social-démocrate et souverainiste. La question doit être examinée attentivement dans la mesure où le Parti québécois vise le même double créneau tandis que sa pratique du pouvoir a semé un grand scepticisme chez ses premiers partisans.

À l'instar de nombreux militants, j'ai toujours pensé que la souveraineté du Québec aura du sens dans la mesure où elle s'accompagnera de la mise en place d'un «projet de société» alliant la recherche d'égalité et d'équité, la lutte contre la pauvreté et un généreux train de mesures sociales progressistes.

Aujourd'hui, je crois encore et toujours que l'accession à la souveraineté, en libérant des énergies sociales dynamiques dans un projet mobilisateur et en dégageant des ressources financières actuellement paralysées dans un maquis fédéral-provincial inextricable, va créer les conditions de changement et nous doter de finances publiques relativement saines et équilibrées qui permettront de concrétiser les mesures sociales progressistes souhaitées.

Mais il faut dès maintenant creuser davantage la réflexion sur les divers scénarios qui ont des chances de se réaliser.

Rien d'acquis

En effet, au lendemain de l'accession à la souveraineté, disons en l'an 2008 pour rendre l'exercice d'évaluation plus concret, le parti au pouvoir (vraisemblablement le PQ, en coalition ou non avec le regroupement UFP-OC) aura seulement deux ou trois ans pour renforcer sa crédibilité en faisant bénéficier la population de certains dividendes tangibles de la souveraineté.

Viendront alors de nouvelles élections et, en bons démocrates que nous somme -- n'est-ce pas ? --, il faut envisager sereinement l'hypothèse où ce serait plutôt un parti de droite (les libéraux) ou une coalition de droite (libéraux et adéquistes) qui pourrait prendre le pouvoir.

La question est donc celle-ci : sera-t-il possible, en deux ou trois ans, de mettre en oeuvre une masse critique de réalisations social-démocrates ?

C'est possible, mais ce n'est pas sûr, compte tenu des inévitables soubresauts qu'entraîne l'accession, fût-elle ordonnée, au statut de pays souverain. On sait qu'il est plus facile de détruire rapidement des acquis sociaux que d'en élaborer : l'exemple du gouvernement Charest est plein d'enseignements car, en peu de mois, il a réussi à affaiblir ou à éliminer beaucoup de programmes sociaux que nous avions mis des années à construire collectivement.

Poursuivons l'analyse des scénarios. Même si un gouvernement plus à droite prenait le pouvoir dans le Québec indépendant, en 2011 par hypothèse, il ne pourrait plus, comme maintenant, tenir le discours selon lequel, à cause du déséquilibre fiscal, nous n'avons pas les ressources pour combattre la pauvreté et réduire les inégalités et devons donc nous serrer la ceinture. En effet, nous aurons alors récupéré la totalité de nos impôts et pourrons faire les délicats arbitrages sociaux en toute indépendance, comme dans un pays normal et adulte. Nous serons responsables de nos choix, comme tout le monde.

Selon les sociologues Langlois et Gagné (Annuaire du Québec 2006), le prochain référendum a de bonnes chances, si la tendance se maintient, de donner un OUI majoritaire à cause de la constance de la ferveur souverainiste chez les cohortes qui vieillissent. Mais ce serait de la pensée magique que de croire pour autant que le projet de société progressiste passerait alors comme du beurre dans la poêle.

S'il est frustrant d'entendre le nouveau chef du PQ, André Boisclair, tergiverser et répondre de façon vaseuse aux questions sur le contenu des politiques d'un Québec souverain, ce n'est par contre pas étonnant qu'il tienne ce langage : on pourrait estimer qu'environ le quart des personnes qui voteront OUI sont plutôt des tenants des politiques de droite ou de centre-droite, et M. Boisclair ne veut pas les faire fuir, le PQ étant un parti à large spectre aux fins de la souveraineté.

Comme partisans de la jonction souveraineté-projet de société progressiste, nous devons avoir en tête que l'accession à la souveraineté ne marquera pas de manière féerique le début du Grand Soir mais constituera plutôt un premier pas vers la réalisation de nos projets social-démocrates avec, cependant, des conditions vraisemblablement meilleures pour les mettre en oeuvre.

L'exercice de la démocratie réserve souvent des surprises. Le chemin vers plus de justice sociale ne va pas de soi. La souveraineté, oui. Un projet de société progressiste, oui. Mais par la suite, rien ne sera acquis, et il faudra encore constamment faire valoir auprès de nos concitoyens les avantages qu'il y a à rechercher collectivement toujours plus d'égalité, plus d'équité et plus de solidarité.




Gomery: le dernier rapport aujourd'hui
Des mesures pour éviter d'autres scandales

Toupin, Gilles
La Presse mercredi 1er février 2006

Ottawa - En rendant public aujourd'hui son deuxième et dernier rapport sur le scandale des commandites, le juge John H. Gomery risque encore d'en surprendre plus d'un par l'ampleur de la tâche qu'il s'est imposée.

En effet, ce second rapport- consacré aux mesures qu'un gouvernement responsable devra prendre pour éviter que ne se reproduisent de tels abus du bien public- est on ne peut plus ambitieux et dépasse même les limites du mandat confié au commissaire Gomery par le gouvernement fédéral.

En fait, le rapport d'aujourd'hui ne se limitera pas à identifier ce qui n'a pas fonctionné au sein même du ministère des Travaux publics lorsque le programme de commandites a connu les dérapages identifiés par le commissaire Gomery dans son premier rapport du 1er novembre dernier. Il ne s'attachera pas non plus aux individus et à leurs responsabilités.

Bien au contraire, John Gomery a plutôt tenté, après avoir consulté les Canadiens partout au pays, de prendre du recul sur l'ensemble de l'appareil gouvernemental. Comment, s'est-il demandé, cette grosse machine peut-elle fonctionner sans laisser la moindre place au détournement de fonds publics et aux abus de pouvoir? Est-il possible de repenser le fonctionnement de l'État, sa structure, avec assez de perspicacité sans pour autant paralyser le pouvoir politique et sans, en même temps, laisser des interstices qui permettent la perversion du système?

Pour répondre à ces questions, le commissaire Gomery énoncera en premier lieu un certain de nombre de recommandations précises qui, paraît-il, ne laisseront guère le choix aux partis politiques. Ou ces derniers, gouvernement et opposition confondus, appliqueront les réformes du juge, ou bien ils auront l'air de cautionner un système honni des Canadiens depuis qu'il a démontré ses failles dans l'affaire des commandites.

Outre les recommandations, ce second rapport de John Gomery sera assorti, à même le texte, de diverses suggestions que le gouvernement pourra ou non retenir. De plus, selon des sources, le commissaire aurait préparé une surprise à l'intention du gouvernement et des Canadiens, soit une série d'études commandées à des experts sur divers aspects précis de la gouvernance qu'il rendra vraisemblablement publiques aujourd'hui.

Le premier ministre désigné, Stephen Harper, a déjà manifesté, lors de sa première conférence de presse la semaine dernière, son intention d'intégrer à son projet de loi sur l'imputabilité gouvernementale les recommandations du commissaire Gomery qui " sont consistantes " avec ses principes.

Ce projet de loi, exposé en novembre dernier, est l'une des cinq priorités que le nouveau gouvernement conservateur entend faire adopter dès sa prise de pouvoir. M. Harper a notamment annoncé à l'automne qu'il fera pour le gouvernement fédéral ce que René Lévesque a fait pour le Québec, c'est-à-dire un dépoussiérage majeur des lois qui régissent le financement des partis politiques et des lois sur le lobbyisme.

À la suite des conclusions du premier rapport Gomery sur le scandale des commandites, M. Harper a promis que la première mesure que prendra un gouvernement conservateur sera d'interdire les contributions électorales des sociétés et des syndicats, tout en ramenant de 5000 $ à 1000 $ les contributions personnelles autorisées.

Le plan Harper, intitulé Loi sur la responsabilité fédérale, promet également de remanier les lois existantes afin d'interdire à tous les ministres, à leur personnel et aux hauts fonctionnaires de faire du démarchage auprès du gouvernement pendant les cinq années qui suivent leur départ.

Le premier ministre désigné a aussi promis de donner plus de pouvoirs à la vérificatrice générale, au commissaire à l'éthique, au commissaire à l'information et au directeur des lobbyistes. Il s'est aussi engagé à mandater la vérificatrice générale afin qu'elle procède à une révision complète des subventions, des contrats et des contributions du gouvernement fédéral, une enveloppe annuelle d'environ 30 milliards.

On s'attend ce matin à ce que plusieurs des recommandations du commissaire Gomery coïncident en partie avec les projets du premier ministre. Mais l'on s'attend aussi à certaines nouvelles propositions qui auront encore plus de mordant que le projet conservateur.




Harper's radical federal vision

Carol Goar
The Toronto Star January 30, 2006 Monday

There's no need to parse Stephen's Harper's old speeches to right-wing think-tanks, pore over the writings of his Calgary academic buddies or listen to conspiracy theorists to find out how he sees Confederation. The prime minister-designate has spelled it out quite clearly.

He thinks Canada's system of government needs an overhaul. Over the past 22 months, he has told fellow Conservatives, the provincial premiers and various other audiences how he plans to do it.

His blueprint for "open federalism" is more radical than he suggests, but less reckless than his critics claim.

Although Harper's program is rooted in his thinking as national unity critic for the Reform party a decade ago, the information for this analysis is drawn solely from Conservative documents. They include the policy declaration adopted at the party's convention last March, its 2006 election platform and its leader's public statements.

Harper's goal is to alleviate, once and for all, the chronic friction between Ottawa and the provinces.

He says this will require a significant reduction of the federal government's role in the day-to-day lives of Canadians; a renegotiation of the way tax dollars are split between Ottawa and the provinces; and an end to what he describes as federal paternalism.

What the Conservative leader is proposing is entirely consistent with the Canadian Constitution. It assigns the provinces responsibility for health care, education, natural resources, municipal matters and the administration of justice - most of the government activities that touch people directly. It puts the federal government in charge of international relations, defence, monetary policy, trade and commerce, immigration, Indian affairs, banking and postal service.

Both levels of government have strayed outside their jurisdiction. Ottawa, in particular, has extended its reach into health care, post-secondary education, social assistance, energy pricing, language policy, law enforcement and urban development over the past 40 years. Harper would reassert the letter of the law.

His scheme would be tidier than the current jumble, but it would stifle the kind of improvisation - sometimes inspired and sometimes clumsy - that led to medicare, equalization and the national child benefit. It would lock in rules drafted 139 years ago for a rural nation of 3.5 million people. And it would limit the ability of future national governments to implement programs that pull the country together.

What gives Harper's plan its appeal is the manifest evidence that the current arrangements aren't working.

The provinces (with the lucky exception of Alberta) are straining to balance their budgets in the face of rising health and education costs, while Ottawa reaps hefty annual surpluses.

One doesn't have to be a right winger or a provincial rights activist to recognize that there is a mismatch between what Canadians want and where their tax dollars are going.

But aligning public revenues and priorities is a task fraught with risks.

Although Harper will have no trouble persuading the premiers to come to the table, he'll soon find - as his predecessors have done - that the more he offers, the more they'll demand.

He can count on the Bloc Quebecois to give him the backing he needs in Parliament. But Gilles Duceppe's agenda is not to make Confederation work better. It is to strengthen Quebec's hand for secession.

The primary vehicle Harper plans to use - transferring tax points to the provinces - is feasible but irreversible. Once Ottawa gives up a portion of its taxing authority, as it did in 1977, it can never get it back.

The Constitution offers guidance, but not clarity. Many areas of government activity - the environment, job training, culture, housing - didn't exist when it was drawn up. Much of what passes for constitutional law is judicial interpretation. And some federal and provincial responsibilities have become so intertwined that it would be folly to take them apart.

The biggest danger is that Harper could take a dysfunctional federation and turn it into a permanently weak one. A few misguided concessions to the premiers would rob Ottawa of its ability to counter the centrifugal forces that have been tearing at Canada's core for decades.

The new prime minister is intelligent and pragmatic. But he is setting out on a treacherous path.

Given the real hazards that lie ahead, this is no time to be debating imaginary ones. Harper is not proposing a wholesale hand-off of federal powers or an American-style system of government. He is not seeking to gut Ottawa or dismantle medicare.

Those who want to keep Canada strong and cohesive need to be clear-sighted, strategic and smart.

Carol Goar's column appears Monday, Wednesday and Friday.