Rêveurs ou visionnaires?

Grégoire, Isabelle
L'Actualité, n° Vol: 31 No: 3, 1 mars 2006

Au moment où les conservateurs récoltent 25% des voix au Québec, un parti de gauche y fait son apparition et recueille 20% d'appuis! Les "saumons" de la politique québécoise sont-ils vraiment à contre-courant?

Françoise David n'a rien d'une star. Et pourtant, dans le petit café montréalais où nous avons rendez-vous en ce matin de janvier, trois personnes viendront la saluer et l'encourager. Dont l'écrivain Robert Lalonde. "Bravo, continuez, lui dit-il. Beaucoup de gens du milieu artistique sont derrière vous."

"Je ne peux plus mettre les pieds quelque part sans que ça arrive", me confie-t-elle, à la fois ravie et touchée. "Je ne prends pas ça comme un compliment personnel, mais comme le signe qu'il se passe quelque chose pour la gauche au Québec. Reste à savoir si ça va se traduire par des votes."

Françoise David est co-porte-parole de Québec solidaire, ce parti de gauche qui vient de naître au Québec. Un parti issu de la fusion du mouvement Option citoyenne, qu'elle a fondé en 2004, et du parti de l'Union des forces progressistes (UFP). Présidente de la Fédération des femmes du Québec de 1994 à 2001, auteure de Bien commun recherché (Écosociété, 2004), devenu un best-seller, Françoise David a longuement hésité avant de se lancer dans l'arène politique.

Elle espère aujourd'hui convaincre les Québécois que son parti représente une "solution de rechange au néolibéralisme".

Selon un sondage CROP-L'actualité, un Québécois sur quatre penche à gauche, un sur six à droite, un sur quatre est au centre et un sur trois ne sait pas trop où se situer (voir "Y a-t-il une droite au Québec?", 1er avr. 2005). "La conjoncture n'a jamais été aussi favorable à l'émergence d'un parti de gauche, croit Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke. Une part importante des électeurs québécois est mécontente du gouvernement et ne se retrouve dans aucun des partis existants."

Il faut souvent au moins deux ou trois élections pour qu'un nouveau parti fasse sentir sa présence de façon significative, observe toutefois le politologue. Ainsi, l'Action démocratique du Québec (ADQ), née en 1994, a mis du temps à s'imposer. "Construire un parti demande beaucoup d'enthousiasme et d'investissement en temps de la part des militants. Quant aux ressources financières, elles viennent généralement avec!"

De l'enthousiasme, il n'en manque pas: à la veille de son congrès de fondation, début février, à Montréal, le parti comptait déjà 4 000 membres, en additionnant les 2 600 d'Option citoyenne et les 1 400 de l'UFP (elle-même née de la fusion, en 2002, du Rassemblement pour une alternative progressiste, du Parti communiste du Québec et du Parti de la démocratie socialiste, entre autres). C'est plus que l'ADQ de Mario Dumont.

L'élection de Stephen Harper et la poussée des conservateurs au Québec, lors du scrutin fédéral de janvier dernier, changent-elles la donne? "À eux deux, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert du Canada ont récolté près de 12% des votes au Québec, répond Jean-Herman Guay. Si la gauche réussissait à obtenir ne serait-ce que la moitié de ces votes, ça pourrait faire mal au Parti québécois. Au prochain scrutin provincial, le PQ pourrait se faire gruger des votes à gauche comme le Bloc québécois vient de le vivre à droite."

Au-delà de l'apparent recul des idées progressistes, le vote du 23 janvier dernier démontre d'abord une volonté de changement, croit le Dr Amir Khadir, co-porte-parole de l'UFP et maintenant du nouveau parti. "Cela traduit aussi un ressentiment de la classe moyenne modeste vis-à-vis de l'élite sociale et économique. Il n'est pas exclu que la gauche puisse convaincre ces électeurs qu'une autre voie est possible."

Si elle rêve déjà d'avoir "une couple de députés" à l'Assemblée nationale, Françoise David n'en est pas moins consciente de l'"énorme travail" qui reste à accomplir. "Il va falloir quitter les discussions théoriques et se mouiller. On ne pourra pas juste dire: "On est contre!""

La formation politique ratisse large. Travailleurs communautaires, syndicalistes, étudiants, féministes, militants pour la justice sociale, l'environnement, la solidarité internationale, le droit au statut de réfugié, l'aide aux sans-abri... toutes les sensibilités de gauche du Québec s'y rejoignent. Autour d'un ennemi commun: la mondialisation néolibérale - dénoncée comme la source de tous les maux de notre époque. Avec Jean Charest, André Boisclair et George W. Bush, jetés allégrement dans le même panier. Sans oublier Stephen Harper!

Le nouveau premier ministre du Canada n'était pas encore élu, mais les oreilles ont dû lui tinter le 18 janvier dernier, lors de la soirée organisée par le Centre justice et foi, à Montréal. Malgré le verglas, une centaine de personnes se sont pressées au Centre Saint-Pierre pour entendre Françoise David, Amir Khadir et Jean-Marc Piotte, professeur de sciences politiques à l'UQAM, discuter des méfaits du néolibéralisme et des dangers du "virage à droite" à la sauce Harper.

Barbes et cheveux longs, lunettes d'intello, grosses tuques de laine, t-shirts et chandails informes, foulards grano... Ce soir-là, on se serait presque cru à une assemblée de cégépiens des années 1970. Sauf que bien des barbes et des chevelures étaient grises ou même blanches. Jeunes et vieux carburent aux mêmes espoirs de changer le monde. "Des citoyens engagés qui croient qu'un autre Québec est possible, résume Françoise David. Tout en sachant qu'on ne nous fera pas de cadeaux: nous allons devoir faire des saumons et des "saumones" de nous pour remonter à contre-courant la rivière du néolibéralisme - qui coule dru et vite."

Il est temps que la gauche se mobilise et réactualise son discours, dit le sociologue Pierre Mouterde, auteur de Repenser l'action politique de gauche (Écosociété, 2005). "En ces temps où règnent le libéralisme et l'intégrisme, elle se doit de rétablir un rapport de force sur la scène sociale et politique."

Ce n'est pas la première fois qu'on essaie de créer un parti de gauche au Québec, rappelle Jacques Pelletier, professeur à l'UQAM et auteur de La gauche a-t-elle un avenir? (Nota bene, 2000). Le nouveau parti devra éviter les écueils auxquels s'est heurtée la gauche québécoise jusqu'à maintenant, à commencer par les "querelles d'écoles" et le dogmatisme. "La plupart des membres d'Option citoyenne et de l'UFP semblent convaincus qu'il faut faire des compromis", observe-t-il.

Ces militants assurent aussi vouloir faire table rase des erreurs du passé. "Nous mettons en place une nouvelle gauche, explique Amir Khadir. Une gauche démocratique, qui offre une représentation égale aux femmes, intègre la pluralité des opinions, a une conscience aiguë de l'environnement, n'entretient pas de délire de grandeur et ne promet pas le bonheur garanti à l'humanité!" Résolue à faire de la politique différemment, la formation n'aura pas de chef, mais une "direction collégiale" et deux porte-parole: un homme et une femme.

S'il se veut écologiste, le parti n'a toutefois pas réussi à rallier le Parti vert du Québec. "À l'heure où la planète est menacée, le clivage droite-gauche nous paraît dépassé, explique Claude Sabourin, son président. Et nous ne sommes pas souverainistes."

Les syndicats aussi sont réservés. "Ce parti est un peu trop à gauche et ses idées sont utopiques", dit Henri Massé, président de la FTQ, la plus grande centrale syndicale du Québec. "Parmi nos membres, il y a bien sûr des insatisfaits des vieux partis, mais ils attendent des choses plus pragmatiques."

Cette "nouvelle gauche", qui s'inspirera probablement à la fois des pays scandinaves et des expériences tentées dans différents pays d'Amérique latine, ne fera pas de copier-coller, dit Françoise David. "On a encore beaucoup à imaginer en vue de créer un nouveau modèle de société." Le groupe se donne un an pour élaborer son programme.

Il y a un chemin à trouver entre l'extrême gauche et la social-démocratie, croit Jacques Pelletier. "C'est dans cette recherche que sont engagés ces militants. S'ils réussissent, ils créeront quelque chose de tout à fait nouveau."

La gauche d'aujourd'hui ne se compare plus à celle des années 1970, ajoute Gordon Lefebvre, conseiller politique de l'UFP. "Elle se caractérise par une sensibilité altermondialiste, éveillée par les manifestations autour de la réunion de l'OMC à Seattle, en 1999, et du Sommet des Amériques de Québec, en 2001."

Barbichette et casquette à la Lénine, Éric Martin, 23 ans, militant de l'UFP, se présente comme un "enfant du Sommet des Amériques". Cette rencontre fut, dit-il, l'occasion de voir le vrai visage de la mondialisation, "de comprendre que les décisions se prenaient en secret, alors que le reste de la population était confiné derrière des clôtures".

Étudiant à la maîtrise en sciences politiques à l'UQAM, Éric Martin s'est fait connaître comme porte-parole de la Coalition de l'association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSÉÉ) lors de la grève étudiante du printemps 2005. Il est aussi l'un des coauteurs du Manifeste pour un Québec solidaire, rendu public fin octobre dernier par des personnalités de différents courants de la gauche - comme Françoise David, Amir Khadir, le chanteur Luck Mervil ou Steven Guilbault, de Greenpeace. Une réplique au Manifeste pour un Québec lucide, signé notamment par l'ex-premier ministre Lucien Bouchard.

"Notre société n'a jamais produit autant de richesses, dit Éric Martin. Il est indécent qu'on demande aux petits salariés de se serrer la ceinture alors que la grande industrie et ses capitaines touchent des salaires et des profits astronomiques." Selon lui, la dimension politique de l'économie est complètement évacuée par les "lucides". "On nous invite à nous soumettre à des fatalités sur lesquelles nous n'aurions soi-disant pas de pouvoir, comme le choc démographique ou le remboursement de la dette. Or, l'avenir n'est pas figé et c'est collectivement que nous arriverons à le définir."

Il est vrai que l'on demande aux gens de se serrer la ceinture, avec des hausses de tarifs et des prélèvements plus importants, "mais toujours avec le souci de protéger les moins nantis et les jeunes de demain", rétorque Pierre Fortin, professeur à l'UQAM et l'un des signataires du manifeste des "lucides".

L'économiste relève "15 erreurs manifestes" dans le Manifeste pour un Québec solidaire. Le taux de pauvreté n'a jamais été aussi bas au Québec, dit-il, s'appuyant sur les plus récentes données de Statistique Canada. Il rectifie aussi le credo selon lequel le problème n'est pas de créer de la richesse, mais de la répartir. "Créer et répartir de la richesse sont des tâches simultanées et indissociables."

Les chiffres avancés par les "solidaires" à ce propos sont, dit-il, "inexacts". "Les solidaires déclarent que la hausse du revenu intérieur par habitant, au Québec, a été de 132% de 1982 à 2000. Or, les trois quarts ont été mangés par l'inflation! La vraie hausse de la richesse correspond à la progression du pouvoir d'achat réel, qui n'a été que de 33% en 18 ans - 1,5% par an en moyenne. C'est très lent merci."

Cristallisées depuis l'automne par les divergences entre "lucides" et "solidaires", les notions de droite et de gauche commencent à émerger dans le discours politique québécois. La question nationale brouille cependant toujours les cartes.

"Le nouveau parti ne fait pas l'unité de la gauche, seulement de la gauche souverainiste", déplore le politologue François Grégoire, candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans Laurier-Sainte-Marie aux dernières élections fédérales. "La plus grande partie du projet de société de Françoise David est tout à fait réalisable dans le cadre du fédéralisme. En étant souverainiste, son parti se met à la remorque du Parti québécois. Il ne s'en démarque pas assez pour pouvoir percer."

Pierre Dubuc, lui, croit qu'il est possible de "gauchiser" le PQ de l'intérieur. Directeur de L'Aut'Journal, mensuel de gauche qu'il a fondé voilà 21 ans, il a été candidat à la direction de ce parti cet automne (1,1% des voix). Il a eu l'idée, en 2004, de créer au sein du PQ un "club politique" de gauche, qui compte 500 membres - Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), présidé par Marc Laviolette, ancien président de la CSN.

"En raison de notre mode de scrutin uninominal à un tour, les tiers partis sont marginalisés ou divisent le vote, dit Pierre Dubuc. Tout ce que risque d'accomplir le nouveau parti de gauche, c'est de faire battre les souverainistes et de reporter Charest au pouvoir!"

Un argument que les militants de l'UFP et d'Option citoyenne entendent régulièrement. "Lors de l'élection partielle dans Outremont, en décembre dernier, beaucoup de gens nous disaient que leur coeur était avec nous, mais qu'ils voteraient pour le PQ, afin de ne pas favoriser le candidat libéral", dit Amir Khadir. (Le candidat de l'UFP, Omar Aktouf, a récolté 7,2% des voix.)

Cela ne remet toutefois pas en question leur volonté de faire bande à part. Aux yeux de nombre d'entre eux, le PQ est "irrécupérable", surtout depuis l'arrivée à sa tête d'André Boisclair, perçu comme un chantre des valeurs de droite. N'a-t-il pas annoncé que, s'il devient premier ministre, il ne reviendra pas sur la loi spéciale adoptée à la mi-décembre par le gouvernement Charest, qui fixe les conditions de travail dans le secteur public jusqu'en 2010?

Dans le cas d'un référendum sur la souveraineté, le nouveau parti appellerait néanmoins la population à voter oui. "Pas pour que le Québec devienne membre d'un G9! dit Amir Khadir. Mais pour lui permettre d'être un rempart contre la toute-puissance du marché et des multinationales." Ce qui, selon lui, séduit même des anglophones et des immigrants pas du tout souverainistes. Reste que la souveraineté n'est pas une fin en soi pour le parti, mais un tremplin pour réaliser une société plus juste.

La réforme du système électoral est l'un des chevaux de bataille du parti. "Notre objectif est de convaincre les gens de voter selon leurs convictions, sans se laisser culpabiliser par ceux qui les accusent de diviser le vote, dit Amir Khadir. Nous sommes persuadés qu'il est possible de percer, même si nous n'obtenons pas un scrutin à la proportionnelle: sinon, le Parti québécois n'aurait jamais pu exister!"

Pour l'historien Éric Bédard, professeur à la Télé-université de l'UQAM, la naissance de ce parti de gauche n'est cependant en rien comparable à celle du PQ. "Dès son premier test électoral, en 1970, le PQ a récolté 23% des voix, rappelle-t-il. Il proposait une redéfinition importante du nationalisme - plutôt à gauche, dans le prolongement de la Révolution tranquille. Et surtout, il avait à sa tête René Lévesque, homme très crédible et populaire, qui avait déjà été ministre et avait l'expérience du pouvoir. Il n'y a aucun personnage d'un tel calibre dans la gauche actuelle."

Les idées politiques doivent être incarnées par un visage, une voix, ajoute le politologue Jean-Herman Guay. "C'est seulement ainsi qu'un message peut passer." Selon lui, le nouveau parti commet une erreur en présentant deux porte-parole plutôt qu'un leader unique, connu et apprécié du public. À ses yeux, Françoise David, qui jouit d'une certaine notoriété, a plusieurs qualités d'un chef, tout en passant plutôt bien dans les médias.

Cela suffirait-il à séduire ceux - les jeunes surtout - qui ne croient plus en la politique? "On a l'intuition, dit Françoise David, que bon nombre d'entre eux iraient voter si on leur proposait un choix emballant."

C'est le cas d'Alexandre Warnet, Montréalais de 22 ans qui n'était guère intéressé par la politique avant de découvrir Françoise David à la télé, en 2004. "Je me suis dit: "Wow! Enfin des idées rafraîchissantes." Et j'ai acheté son livre Bien commun recherché dès le lendemain." Depuis, il a converti ses parents, devenus membres d'Option citoyenne et du nouveau parti. Et cet étudiant en communication, politique et société à l'UQAM a maintenant l'ambition de faire de la politique...

SONDAGE

Un Québécois sur cinq voterait à gauche

Né de la fusion du mouvement Option citoyenne et du parti de l'Union des forces progressistes, un nouveau parti de gauche naîtra début février au Québec. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?

Une bonne nouvelle 46%
Une mauvaise nouvelle 24%
NSP/Refus 31%

Quelles seraient les probabilités que vous votiez pour ce parti aux prochaines élections provinciales?
Très probable 4%
Assez probable 16%
Peu probable 25%
Pas du tout probable 38%
NSP/Refus 17%

Sondage réalisé par CROP du 19 au 29 janvier 2006; 1 000 personnes de 18 ans et plus ont répondu; marge d'erreur maximale: 3% en plus ou en moins, dans 19 cas sur 20.




Vision déformée

Salvet, Jean-Marc
Le Soleil mardi 14 février 2006

Éditorial - La désastreuse première semaine du gouvernement Harper restera inscrite au bilan des conservateurs. Mais il y a quelque chose de surréaliste à entendre des libéraux fédéraux envisager leur retour au pouvoir dès le prochain scrutin général, qui devrait se dérouler dans moins de deux ans.

Tout le monde comprend que des libéraux se réjouissent des erreurs de jugement commises par Stephen Harper lors de la formation de son Conseil des ministres. La grogne est telle qu'on peut se demander si le transfuge libéral, David Emerson, résistera à la pression. Sa nomination au poste de ministre du Commerce international va à l'encontre de tout ce qu'avait déclaré le chef conservateur. Pragmatisme ? Non. Opportunisme de bas étage.

Mais le coup d'envoi raté des conservateurs ne change rien au fait que le Parti libéral du Canada a sombré dans le déshonneur au fil des ans. Il lui faudra du temps - et une profonde remise en question - pour espérer mériter de nouveau la confiance d'un nombre significatif de Canadiens, et singulièrement de Québécois.

Les libéraux peuvent-ils oublier aussi facilement les raisons pour lesquelles une majorité d'électeurs leur ont montré la porte il y a trois semaines à peine ? Ceux qui le font n'ont rien compris. Ils se bercent d'illusions. Les élections du 23 janvier n'ont pas été qu'un accident de parcours.

Plutôt que de se préoccuper de "stratégie", les libéraux devraient se demander pourquoi leur parti a disparu de la plupart des régions du Québec.

Pour exister, le PLC doit aujourd'hui se cramponner à une poignée de bastions montréalais - des châteaux forts de plus en plus vacillants, d'ailleurs. Le Parti libéral du Canada est devenu un fantôme pour la plupart des francophones.

Mais ce parti sera-t-il capable d'une véritable autocritique ? Arrivera-t-il à se préoccuper de contenu plutôt que de tactiques ? C'est ce qu'il y a de plus difficile pour une formation qui s'est muée en machine électorale au fil du temps.

Voilà pourquoi le travail de reconstruction sera long et ardu. Voilà pourquoi des candidats-vedettes ont déclaré forfait avant même que la course à la succession de Paul Martin ne soit lancée. Les John Manley, Franck McKenna, Brian Tobin et Allan Rock ont trop d'ambition pour se livrer à cette tâche de fourmis. Une entreprise qui s'étirera sur plusieurs années.

On a envie de dire que leur désistement est ce qui pouvait arriver de mieux aux libéraux. Ce ne sont pas les grosses pointures d'hier dont ils ont besoin, mais de sang neuf. Le problème est qu'on ne voit pas très bien qui pourrait être le porteur de renouveau dans la liste des candidats potentiels.

Le Parti libéral du Canada n'incarne pas les soi-disant "valeurs canadiennes". Il tourne à vide lorsqu'il fait valoir qu'il est "socialement progressiste et économiquement responsable". Mais ce qui est principalement en cause - pour le présent comme pour l'avenir - c'est sa vision déformée du fédéralisme.

Si les libéraux fédéraux ne veulent pas voir aujourd'hui que leur fédéralisme pur et dur ne correspond ni aux besoins ni aux défis du Canada, ils ne le verront jamais. Si la course à la direction n'est pas l'occasion de remettre leur dogme en question, ils devront se contenter de rêver pendant encore longtemps du pouvoir.

JMSalvet@lesoleil.com




Pauvre, le Québec?

Pierre Fortin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Montréal.
L'Actualité, n° Vol: 31 No: 3, 1 mars 2006

Chiffres à l'appui, le modèle québécois prouve qu'il a réussi à réduire les inégalités économiques mieux que ne l'ont fait les autres provinces du pays. Mais le boulot n'est pas terminé.

Le Québec est-il pauvre? En décembre dernier, pendant la campagne électorale fédérale, l'ex-ministre et candidate libérale Hélène Chalifour Scherrer a laissé échapper que le Québec était "une province très pauvre". Depuis un an, dans de nombreux lieux publics, une publicité des oeuvres du cardinal Léger affirme sans ambages: "La pauvreté est partout au Québec." Et depuis toujours, les groupes anti-pauvreté ne cessent de nous rappeler l'importance du phénomène de la pauvreté au Québec.

Épreuve des faits: le Québec n'est pas pauvre. Statistique Canada a estimé qu'en 2004 le revenu moyen par habitant en Ontario était de 41 700 dollars; au Québec, de 35 100 dollars. Si on tient compte du fait que la vie coûte moins cher au Québec, ces 35 100 dollars équivalaient à un pouvoir d'achat de 39 600 dollars en Ontario. Le Québec est donc 5% moins riche que l'Ontario. Mais il n'est pas pauvre. Au classement mondial des niveaux de vie, il occuperait le 18e rang parmi les 191 pays membres des Nations unies. Il fait moins bien que les États-Unis et l'Angleterre, mais aussi bien que la France, l'Allemagne et le Japon.

Naturellement, une moyenne nationale peut cacher d'importantes inégalités. Beaucoup de Québécois sont pauvres. Ils gagnent bien moins que 39 600 dollars par année. Mais les pauvres sont-ils plus nombreux au Québec qu'ailleurs au Canada? Non. Le ministère fédéral des Ressources humaines a récemment comparé la capacité des Canadiens de diverses régions du pays d'acheter un panier fixe de biens et services essentiels (alimentation, logement, habillement, transport) avec leur revenu disponible. Résultat: hors du Québec, pour l'année 2000, 13,5% des gens avaient un revenu insuffisant; au Québec, c'était le cas de moins de 12%.

Regardons du côté du riche Ontario. Le revenu autonome que gagnent les Ontariens pauvres est supérieur à celui des Québécois pauvres. En 2003, parmi les 20% des familles les plus pauvres, il était de 8 700 dollars en Ontario et de 7 100 dollars au Québec. Mais si on ajoute au revenu autonome des pauvres les diverses prestations sociales qu'ils reçoivent et qu'on en retranche les impôts qu'ils paient, la situation est inversée. En tenant compte de tout, on constate que les pauvres du Québec sont moins pauvres que ceux de l'Ontario! Statistique Canada signale en effet qu'en 2003 le revenu total disponible des 20% des familles les plus pauvres a atteint en moyenne 14 000 dollars en Ontario et 13 100 dollars au Québec. Là encore, parce que le coût de la vie est moins élevé au Québec, ces 13 100 dollars équivalaient à un pouvoir d'achat de 14 800 dollars en Ontario. Du même coup, les chiffres de Statistique Canada indiquent qu'en 2003 le taux de pauvreté au Québec était à son plus bas niveau historique. Le fait que le taux de chômage n'a jamais été si faible depuis 30 ans aide certainement. Mais la conviction et la persistance que la société québécoise a mises dans la lutte contre la pauvreté y sont également pour beaucoup. C'est aussi cela, le modèle québécois.

Ce succès relatif du Québec doit lui donner la confiance nécessaire pour poursuivre le combat. Les garderies à bon marché, la prime au travail pour les petits salariés et le soutien aux enfants sont trois mesures importantes que ses gouvernements ont lancées ou relancées au cours des dernières années. Elles peuvent être améliorées, mais constituent néanmoins de bons points de départ. Il faut aussi maintenir à un niveau constant les objectifs de l'aide sociale. Dès qu'on juge qu'une personne pauvre, apte au travail ou non, a droit à une prestation d'aide sociale, celle-ci doit être pleinement indexée au coût de la vie. On indexe l'assurance-emploi, la sécurité de la vieillesse et les rentes du Québec. On doit en faire autant pour l'aide sociale.

Mais la meilleure stratégie d'éradication de la pauvreté, à long terme, est de combattre avec encore plus d'acharnement et de ressources le décrochage à l'école secondaire. Or, malgré d'importants progrès, il reste vrai que le taux de décrochage est plus élevé au Québec qu'ailleurs au Canada. Toutes les forces vives de la société québécoise doivent contribuer à un redoublement d'efforts en ce domaine: familles, enseignants, écoles publiques et privées, entreprises, syndicats, fondations et gouvernements.

Savoir lire, écrire et compter est encore la meilleure police d'assurance contre la pauvreté.




Equalization plan puts Ontario, Ottawa at odds

Brian Laghi
The Globe and Mail Wednesday, February 15, 2006

Prime Minister Stephen Harper is facing a potential clash with the provinces over his plan to change the national system of sharing cash with poorer regions, with Ontario saying the idea would cost its residents up to $1.2-billion.

Sources in the Ontario government said yesterday that Mr. Harper's plan to transform the equalization program would mean a loss of between $700-million and $1.2 billion to Ontario that would instead be redistributed to the poorer provinces.

"Last time I checked, their [parliamentary] plurality comes from their caucus members from Ontario," said the source. "So they better pay more attention to Ontario than their predecessors did."

Ontario officials say the Harper plan would mean that wealthier provinces like Ontario and Alberta would get back less of the money they pay to Ottawa in taxes than they do under the current system.

Under the equalization system, poorer provinces receive cash from the federal government to allow them to deliver services comparable to those of richer provinces. The cash payments depend upon a formula that calculates the average ability of a province to raise revenue.

Essentially, Mr. Harper's plan would change the formula so that some of the poorest provinces would qualify for less equalization while slightly richer ones that don't benefit -- like Saskatchewan -- would begin to get some cash.

However, Mr. Harper has promised a transition period under which none of the poorest provinces would lose money, at least for a period of time. An official from a recipient province said that the provinces assume Mr. Harper will keep his word.

Negotiations to reach a final agreement on this would almost certainly be time-consuming, perhaps not even being done by the next election. Addressing federal-provincial fiscal issues is not among the five priorities that the new Conservative government announced when it took power.

The transition guarantee would leave wealthy provinces like Ontario paying not only for Saskatchewan's re-entry into equalization, but also picking up the extra cushioning costs for the recipient provinces. The source said the province has done its own calculations and come up with a price tag of between $700-million and $1.2 billion per year.

"That's the cost to Ontario's economy," said the source. "That's the outflow from this economy to the rest of the country."

Some of Canada's poorer provinces are also concerned that they'd be left high and dry when and if the transition funding ends.

Later today, Mr. Harper will meet with Quebec Premier Jean Charest, whose province is a significant recipient of equalization money. Quebec would lose money under the changes were it not for the promise of transition cash.

The idea for the changes comes from Ken Boessenkool, a close adviser to Mr. Harper, who proposed it in a paper written for the Atlantic Institute for Market Studies in 2001.

Mr. Boesenkool says the cost of the guarantee would not be too onerous for Ontario and Alberta.

"The cost of doing so would be marginal because growth in Ontario and Alberta is forecast to continue to be stronger than that in recipient provinces," he wrote.

Equalization payments are currently calculated based on an average of the revenue-raising ability of five provinces. The formula looks at 32 different revenue-raising factors, including such things as the taxes the provinces collect, and oil and gas revenues.

The Tory plan would remove oil and gas revenues from that formula, thus lowering the average payout. Ontario says that making up the difference for the poorer provinces would mean that $700-million to $1.2-billion would not flow back to Ontario from Ottawa.




The payoff of a needy relationship:
Charest's political fortunes linked to Harper's

John Ivison
National Post February 16, 2006 Thursday

Canada’s great game of strategy called National Unity is once again being played. If you listel closely you can almost hear the faint rattle of dice.

Two of the central players in this new match met yesterday behind closed doors to dicuss moves. Quebec Premier Jean Charest and Prime Minister Stephen Harper, the new man at th table.

Opening the national unity debate holds little appeal for most Canadians. They would rather see it left in the closet along with that first edition of Trivial Pursuit. The country has been paralyzed by past rounds. The sponsorship scandal was a byproduct of the last major unity battle. Canadians would likely prefer to leave the Quebec question alone.

Events, though, could determine otherwise, and it’s best to be prepared. Sometine in the next two years, Mr. Charest will have to seek another mandate. If th election were held today, he would lose to the Parti Québécois, rejuvenated by the leadership of the young and charismatic André Boisclair. If that happens, a third referendum on sovereignty would follow quickly - a referendum that the separatists could win.

The stakes are rising again.

Unfortunately, Mr. Harper has made a clumsy start. He chose a unilingual anglophone as parliamentary secretary to the cabinet minister in charge of official languages and la Francophonie. Yes, it’s probably true that, technically speaking, a unilingual anglophone can do the job just fine (See Brigitte Pellerin’s column on this page). But in politics, the optics matter, and there is so much emotion attached to language in Canada that Mr. Harper needs to tread with caution.

There are other skirmishes breaking out that could prefigure a larger confrontation. First has been the sniping over Mr. Harper’s day-care plan. Mr. Charest is standing firm in defence of Quebec’s vaunted child-care system. No need here to give Quebec families $1,200 a year per child under six. Give it to my treasury, Mr. Charest says. Ontario’s Dalton McGuinty says he has been promised that all provinces will be treated equally. These men have begun a debate in which Mr. Harper can’t afford to be seen as MIA.

Positioning and posturing is also taking place on the even-more complex "fiscal imbalance". Mr. Harper needs to be front and centre here as well, articulating where he intends to take the country. His media-avoidance strategy is not a winning one. (Already references to the Prime Minister’s Office as a "bunker" are being heard.)

Mr. Harper may not be able to wait until the throne speech in April to announce his direction. Mr. Harper does have room to manoeuvre. He has a bloom of good will in Quebec, where federalists and soft nationalists are taking his measure. It’s healthy for everyone if Mr. Harper can expand his francophone base and consolidate the Conservatives as a viable federalist alternative.

Mr. Harper has good advisers on Quebec, including Lawrence Cannon, Maxime Bernier and Josée Verner. The prime minister was an early advocate of something like the Clarity Act that sets the rules for the next referendum. He offers a respectful approach to federalism and a creative vision for using the tax system to advance federal priorities. He just needs to start playing for real.

"Prime Minister meeting with Premier Charest. Private meeting. No photo-op, no availability.... No decisions to come out of the meeting."

So went the media advisory on Stephen Harper's chat with the Quebec Premier, Jean Charest, yesterday. As Mr. Harper said in his election platform, it's clear "the time for accountability has arrived ..."

To be fair, the PMO flinched in the face of an outcry from the press gallery and scheduled a photo opportunity of the Harper-Charest summit. Let's hope that the new government learns quickly that the media abhors a news vacuum.

In the absence of Mr. Harper's take on things, we can only surmise that he didn't invite Mr. Charest round to have a good laugh at the federal Liberal election campaign. But even without an official record of the meeting, it is a fair bet that it was as "productive" and "cordial" as Mr. Charest described it when he arrived home in Quebec City. This is because the fortunes of the two men are inextricably linked.

Mr. Charest is facing re-election as early as next year, a contest Mr. Harper dearly hopes he wins, lest the new Prime Minister be left staring down the barrel of another referendum. Not only that, of course, Mr. Harper is hoping that the blooming relationship with Mr. Charest translates into more seats in the next federal election.

Much of the Quebec Premier's pitch to voters will centre on the contention that the province is better off in the federation than outside it. To argue that case convincingly he has to address the so-called fiscal imbalance, under which Quebec argues its spending responsibilities far outweigh its revenue streams.

The Quebec government set up a commission to look at the issue, under former finance minister Yves Seguin, and argued for a radical rebalancing of the federation. Mr. Seguin called for the complete transfer of GST revenues, in place of the existing health and social transfer payments, which would mean additional annual transfers of up to $8-billion a year flowing to the provinces.

Mr. Harper said in the leaders' debate last month that he was interested in the Seguin report, and the Conservative platform is explicit that the new government will "work with the provinces in order to achieve a long-term agreement which would address the issue of fiscal imbalance in a permanent fashion."

However, while he is committed to fiscal devolution, Mr. Harper has his own pressing concerns that require provincial co-operation -- namely patient wait-time reductions and the introduction of his new childcare allowance.

Because Mr. Harper has nowhere near $8-billion to spend on addressing the fiscal imbalance, it would make sense that he try to link what he wants --provincial co-operation on priority programs -- to what Mr. Charest and the other premiers covet: Ottawa's cash. TD Economics yesterday estimated that at $1.9-billion this year and between $5-billion to $6-billion in the following four years.

Mr. Harper plans to pay a $1,200 taxable childcare allowance to families for each child younger than six. To do so, he plans to kill the federal funding for the Liberals' national child- care plan after next year. Ontario Premier Dalton McGuinty has already said he is reluctant to give up that agreement, while Mr. Charest has said he expects Mr. Harper to respect the terms of the five-year deal negotiated with the Martin government.

Ottawa has already conceded that it will have to negotiate a transition period with the provinces and, given we are going to have both Conservative and Liberal daycare plans running in tandem for a year, it is entirely possible that the provinces will win concessions to extend the life of the funding deal.

William Stairs, Mr. Harper's director of communications, said yesterday Mr. Harper will not do one-off deals with individual provinces.

"There are going to be trade-offs and not everyone will get what they want."

Mr. Charest may not get everything he wants, but his continued political health is linked so intimately to the new Prime Minister's own, it is inconceivable he will not emerge eventually with fistfuls of federal dollars. In return, Mr. Harper would be able to claim that he has increased funding to reduce wait times, introduced his childcare plan with provincial blessing and made a substantial downpayment on the fiscal imbalance.

The happy corollary for other provinces may well be that federal daycare funding, due to be yanked next year, may be quietly replenished.




Canada's new French chief is lost for words

Colin Randall
The Daily Telegraph 15 February 2006

CANADA'S new government has appointed a parliamentary secretary for francophone affairs who has one distinct disadvantage: he does not speak French.

Champions of the language of Molière have worked themselves into a state of indignation about the choice of Ted Menzies, an Albertan MP with a background in lentil farming.

Mr Menzies, 53, will work with Josée Verner, the minister for la francophonie and official languages, in Stephen Harper's minority conservative government.

But opposition MPs have joined French language groups in deploring a decision described by Denis Coderre, a Montreal MP, in the Toronto Star newspaper as "really, really, really bad''. "It sends a message about second-class citizens,'' he said.

Yves Godin, an Acadian member representing the New Democrats, said: "It is like telling anglophones that we are going to give someone to represent you and he speaks only French; that he doesn't speak English at all.''

In France, the conservative daily Le Figaro gave the story prominence yesterday. The paper's Montreal correspondent noted that Mr Menzies was hardly a rarity. Outside Quebec, fewer than three per cent used French at home.

Mr Menzies says he will have tuition three times a week at his office and devote free time to "total immersion'' in Quebec .




Menzies deserved a chance

Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen February 16, 2006 Thursday

Everybody – at least everybody who’s anybody – agrees it was a huge blunder to give a parliamentary secretaryship for la Francophonie to Alberta MP Ted Menzies. In an editorial, the Globe and Mail actually compared it to stepping into a cow pie on purpose. And here I am, scratching my head. What’s wrong with me that I am not appalled like everybody else?

It must be reassuring to hold conventional opinions. So many people think the way you do, which cannot but help reinforce your self-esteem. I must try it sometime. But not today.

Sure, it makes sense to give responsibility for the French-speaking organization of French-speaking peoples (which unaccountably includes Bulgaria) to someone whose command of the French language is at least adequate. If only for his or her sake; parliamentary secretaries have enough to do without having to add intensive language training. But where does it say one must be absolutely fluent in French to help the French-speaking minister, Quebec City’s Josée Verner, oversee la Francophonie?

Besides, Mr. Menzies reacted with admirable pluck and earnestness to his appointment. He says he can understand French fairly well, but doesn’t dare speak it yet, so he immediately arranged for a private French tutor to come by his office three times a week to help him out. Last week Emma Welford, his spokeswoman, said Mr. Menzies is “really proud and excited. He knows it’s going to be a challenge, but the prime minister has asked him to do this and he’s really going to make him and everyone proud on this.”

Hey, pourquoi pas? It’s a common complaint from French-speaking Canadians that not enough anglos bother learning their language. So why not, for a change, react with pleasure at the sight of a farmer from Alberta doing his darnedest to make us proud? Who better to promote bilingualism than someone who’s actually walking the walk? Why should Francophonie-related jobs be reserved for “true” francophones? I don’t get it. If you want more Canadians to learn and be fluent in the country’s two official languages, you have to applaud when unilinguals work hard at becoming bilingual.

Unless you’re the Bloc Québécois. “Nothing against the MP, but this is a serious insult to francophones. It shows a lack of sensitivity and knowledge on the new government’s part,” said party whip Michel Guimond. A serious insult? My, my.

The Bloc is forever criticizing federal institutions for not providing enough services in French or for not enforcing the Official Languages Act with sufficient zeal in their cubicles. Couldn’t they at least praise Mr. Menzies for his promise to improve his French, fast? Or are they determined to keep anglos away from Francophonie affairs?

As for the usual suspects in English-speaking Canada tut-tutting the appointment, where were they when francophone politicians such as Jean Chrétien and Stéphane Dion struggled to make themselves understood in English on the international stage? Whatever you thought of the two men’s achievements, nobody can say with a straight face that they were absolutely, fluently bilingual. What did it say about Canada?

Not much, other than: Canada is a country with two official languages, and very few Canadians actually master the two. So we have to make do with strong accents and mangled grammar in both. I don’t believe it is necessary to be as fluent in both languages as Pierre Trudeau was. And that’s exactly why I thought we should give Ted Menzies a break and let him show us what he could do.

It’s really too bad that Stephen Harper quickly reversed his decision and removed la Francophonie from his responsibilities. In a heroic effort to be charitable, I will refrain from pointing out that hanging on to David Emerson and Michael Fortier while dropping Mr. Menzies looks like he’s got his priorities badly mixed up. But I’m thinking it.

Lots of people look approvingly on the linguistically competent Harper cabinet (15 bilingual ministers out of 27, compared with 19 out of 39 in the previous one). And nobody objects when Mr. Harper begins a speech in French. Fine. But why drop poor Mr. Menzies from the Francophonie portfolio because he’s not fluent in French yet? What does it say to all the other English-speaking politicians who are genuinely trying to master Canada’s other official language?

It tells them: Don’t bother; some jobs are reserved for “true” francophones, and that’s that. Which, I suggest, goes against the spirit of the Official Languages Act and comes perilously close to institutionalizing both discrimination and hypocrisy. Coming from the very top of the Canadian government, now that’s a cow pie. No matter what everybody who’s anybody thinks.




Les gens de l'armée

Pratte, André
La Presse mercredi 15 février 2006

Éditoriaux - Il y a trente ans cette année, pilotes et contrôleurs aériens francophones se sont battus pour obtenir le droit de communiquer entre eux en français. Ce fut la fameuse " crise des gens de l'air ". Le bilinguisme a fait beaucoup de chemin depuis ce temps, mais il reste d'importantes poches de résistance. Notamment, dans les Forces armées canadiennes.

La nouvelle selon laquelle l'armée avait décidé de ne pas traduire les manuels d'instruction du nouveau Système de canon mobile a été perçue par plus d'un Canadien francophone comme une preuve supplémentaire du mépris et de l'indifférence de l'État-major à l'endroit du français. On apprend maintenant que cette nouvelle est inexacte. Un rapport rédigé en novembre 2004 évoquait bel et bien la possibilité que les 16 premiers " véhicules de tir direct " soient livrés sans documentation en langue française, mais ce scénario a été abandonné au cours du printemps de 2005.

Cette affaire aura donc fait beaucoup de bruit pour rien? Non. Car il y a tout de même quelque chose de symptomatique dans le fait que, pour des raisons de délais et de coûts, on ait envisagé de se passer de modes d'emploi en français. Cela indique que certains, au sein des Forces armées, considèrent toujours le bilinguisme comme une perte de temps, un embarras. Ces gens trouveront toujours de bonnes raisons: trop cher; trop long; les Forces armées, c'est différent; etc. C'est le même genre de raisonnement obtus auquel recouraient, il y a 30 ans, les pilotes et contrôleurs anglophones pour voir dans l'usage du français un risque pour la sécurité aérienne.

Les Forces armées ont souvent été critiquées par le Commissariat aux langues officielles pour leur lenteur à satisfaire aux obligations que leur impose la loi. Dans une récente vérification de la langue de travail au Quartier général de la défense nationale, le Commissariat a encore une fois identifié de nombreuses lacunes. Ces lacunes sont non seulement inadmissibles en tant que telles; elles sont inquiétantes parce que c'est d'Ottawa que partent les signaux vers les bases et les champs de bataille. Si les francophones ne peuvent travailler en français au Quartier général, leurs droits ne seront certainement pas respectés à Edmonton ou à Kandahar.

Les reproches faits à la Défense nationale sont nombreux. Plusieurs officiers qui occupent un poste désigné bilingue ne maîtrisent pas le français; la grande majorité des réunions se tient exclusivement en anglais; jusqu'aux claviers qui ne sont pas conformes aux normes, de sorte que plusieurs documents en langue française ne comportent pas d'accents!

La Défense nationale et les Forces armées ont multiplié au cours des années les plans relatifs aux langues officielles. Mais les choses n'avancent pas. De toute évidence, la volonté n'y est pas.

Dans un tel contexte, il faut accroître la cohésion et l'influence des officiers francophones au sein des Forces armées. C'est l'un des principaux arguments qui militent en faveur de la réouverture du Collège militaire de Saint-Jean.

Les hauts gradés diront toujours qu'il faut donner priorité aux besoins opérationnels. Il faudra sans cesse leur rappeler que les Forces armées jouent un rôle symbolique extraordinairement important au Canada. Pour cette raison, elles doivent être un modèle en matière de langues officielles.

Lorsqu'il a démissionné du cabinet pendant la crise des gens de l'air, Jean Marchand a déploré que le gouvernement du Canada se soit abaissé à " négocier le bilinguisme ". Il faut le répéter aux récalcitrants d'aujourd'hui: le bilinguisme ne se négocie pas.




They must speak French

John Ivison
The Globe and Mail Thursday, February 16, 2006

Editorial - It was an embarrassing moment for Belinda Stronach. Asked by a reporter in French, "Are you considering jumping into the race for the Liberal leadership?" the functionally unilingual Ms. Stronach had to ask for the question to be repeated in English. The reporter didn't bother. When the incident was shown on Quebec television, many Quebeckers asked whether someone who doesn't really speak French should aspire to lead a national party and perhaps the country.

Good question. There was a time in Canada when you could be prime minister without speaking French. That time has passed. Bilingualism is now a prerequisite for the job. Gone are the days when John Diefenbaker could butcher the French language and be forgiven for it because he was from the West. Westerner or Easterner, the prime minister must be able to function well in both official languages.

The past two anglophones elected to the post, Brian Mulroney and Paul Martin, were both fluent in French. The latest, Stephen Harper, has become proficient enough to field reporters' questions and take part in the French-language election debate. Does Ms. Stronach really think she can hope to lead the party of Trudeau and Laurier without mastering French, the language of one-quarter of the populace? The same could be asked of Nova Scotia MP Scott Brison, who also struggles in French. Unless they can somehow master the language in the few months before a Liberal leadership race begins, the party should rule them out as candidates.

There are obvious, pragmatic reasons for a national party leader to speak French. Separatism is still a potent force in Quebec and a unilingual anglophone would lack credibility when pitching the virtues of unity to francophone Quebeckers. But it is also a matter of simple respect. It has never been possible to become prime minister of Canada speaking only French. That a person could enter 24 Sussex Dr. speaking only English was a sign of the second-class status accorded the country's other principal language in national life.

If Canada is to stay together, federalists must persuade Quebeckers that, today, they are truly equal citizens, with full respect for their culture and language. That message can only delivered with conviction by a leader who speaks both English and French.




Les futurs professeurs s'opposent à l'enseignement précoce de l'anglais

Chouinard, Marie-Andrée
Le Devoir mercredi 15 février 2006

L'aggravation de la pénurie de maîtres ne sera pas sans conséquences sur la qualité de l'enseignement

C'est en septembre prochain que les petits de la première année auront leur première leçon d'anglais langue seconde, mais les détracteurs de cette nouvelle politique se multiplient: au tour des futurs maîtres d'anglais langue seconde de demander à Québec de renoncer à ce projet, à cause de la fragilité pédagogique qu'il présente et de ses effets sur l'embauche des spécialistes.

L'Association étudiante d'enseignants des langues secondes de l'UQAM (AEELS-UQAM) a signifié par lettre au ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) ses «inquiétudes» et son «indignation» quant à l'introduction de l'anglais en première année du primaire, prévue pour septembre 2006.

Cette décision prise «à l'emporte-pièce et de façon irréfléchie» va non seulement à l'encontre des avis d'experts, dont certains penchent plutôt pour un bain linguistique intensif en fin de parcours primaire, mais soulève aussi de nombreuses questions quant à l'embauche de ces spécialistes qui enseigneront l'anglais.

«On nous dit qu'il va manquer du jour au lendemain 650 profs d'anglais, et comme il y a déjà une pénurie d'enseignants spécialistes, le problème sera plus important encore», a expliqué hier le président de l'AEELS, Adrian Corbo. «Est-ce que nous allons y perdre en qualité des maîtres?»

Pour appuyer ses dires, M. Corbo avait en main une lettre expédiée aux assistants d'anglais langue seconde - des étudiants - en décembre dernier par le ministère, dans laquelle on fait état de «besoins notables et pressants de personnel qualifié» pour septembre prochain.

«Afin de prévenir une éventuelle pénurie, la Direction de la formation et de la titularisation du personnel scolaire envisage d'établir des modalités pour vous permettre d'accéder à la fonction de professeur d'anglais, langue seconde, au Québec», explique-t-on dans la lettre, que certains étudiants du Québec ont reçue, alors qu'ils n'avaient pas du tout complété leur formation.

Les besoins actuels créent déjà un manque de quelque 150 enseignants, et on prévoit qu'en septembre prochain cette pénurie s'aggravera pour passer à un déficit de 650 professeurs d'anglais.

«Chez nous, le taux de placement est déjà à 100 % tellement on manque de professeurs d'anglais dans les écoles, explique M. Corbo. Est-ce que ça veut donc dire que, parce que la pénurie s'aggrave, on va embaucher des gens qui sont sous-qualifiés? Nous ne sommes pas d'accord.»

Dans la lettre adressée au ministre Fournier, les étudiants soulignent d'ailleurs la conséquence indirecte d'une recherche assidue de candidats, à tout prix, y compris «l'octroi de brevets temporaires à des gens non qualifiés sous prétexte qu'ils se débrouillent en anglais».

«Accepteriez-vous que quiconque sachant compter jusqu'à cent enseigne les mathématiques à vos enfants?», demande l'association, qui représente quelque 180 étudiants de l'UQAM, dont 70 qui se destinent à l'enseignement de l'anglais langue seconde. «Pourquoi le proverbial yes, no, toaster serait-il suffisant pour leur enseigner la langue anglaise?»




La Caisse de dépôt fait bonne figure

François Desjardins
Le Devoir mercredi 15 février 2006

L'institution a affiché un rendement moyen de 14,7 % en 2005

La Caisse de dépôt et placement du Québec a réalisé un rendement moyen de 14,7 % sur ses investissements en 2005, la bonne santé de l'immobilier et des placements privés lui ayant permis de se classer de nouveau parmi les meilleurs gestionnaires. Les placements boursiers, cependant, ont fait moins bien que l'indice de référence auquel l'institution les compare.

Cette performance dévoilée hier, qui contribue à faire grimper l'actif net des déposants à 122,2 milliards, en hausse de 15,2 milliards, fait suite à des rendements de 15,2 % en 2003 et de 12,2 % en 2004.

Avec son rendement de 2005, la Caisse se place dans le premier quartile des gestionnaires canadiens, dont le seuil d'entrée était de 13,6 %, et fait mieux que le rendement médian des gestionnaires, lequel était de 12 %.

Du côté des déposants, parmi lesquels figurent des gros joueurs tels que le Régime des rentes du Québec, la SAAQ, la CSST et le régime de retraite des employés du secteur public, ils ont bénéficié de rendements oscillant entre 13,4 % et 17,9 %, tout dépendant de leurs besoins et des stratégies de placement établies conjointement avec la Caisse.

Des rendements robustes, mais pas éternels

Si ces rendements semblent robustes, ils ne seront pas éternels, a toutefois prévenu la Caisse. Le président et chef de la direction, Henri-Paul Rousseau, a dit que les récents rendements moyens n'ont rien de «soutenable à long terme». Sur un horizon de dix ans, l'institution s'attend plutôt à un rendement moyen de 6,9 % par année.

«Après trois ans et demi à la barre de la Caisse, l'institution est en bonne santé financière, a dit M. Rousseau lors d'une conférence de presse. Mais on ne croit pas, et on est assez fermes sur ce sujet, qu'au cours des prochaines années on puisse maintenir des taux de rendement au-dessus de 10 %.» M. Rousseau a dit qu'en raison d'un phénomène de «gonflement des valeurs» dans certains secteurs, il faudrait une croissance économique plus forte que celle anticipée pour maintenir les mêmes taux de croissance. «Ce gonflement des valeurs aujourd'hui fera que les rendements futurs seront plus faibles.»

Les dirigeants de la Caisse, un des plus gros investisseurs institutionnels au pays avec le fonds ontarien Teachers, se sont dits particulièrement satisfaits de deux secteurs en particulier. L'immobilier a dominé le palmarès avec 26,4 % alors que les placements privés ont terminé à 22,3 %. Le secteur des placements privés s'articule autour du financement de rachat d'entreprises et du capital de risque. «C'est dans ces deux secteurs que la Caisse a pris des risques plus importants au cours des trois dernières années. Nous sommes ainsi récompensés aujourd'hui pour les risques que nous avons assumés», a dit M. Rousseau.

La troisième performance en importance est venue des marchés boursiers, qui terminent avec un bilan général de 17 %. Dans la catégorie des actions canadiennes, par exemple, la Caisse a généré un rendement de 21 % alors que l'indice auquel elle se compare, le S&P/TSX, a bondi de 24 %. «Le portefeuille a été structuré dans la perspective d'une hausse du pétrole inférieure à celle réalisée», a dit M. Rousseau. Autrement dit, les gestionnaires auraient pu faire un peu mieux s'ils avaient misé plus lourdement sur les valeurs du secteur de l'énergie. «On a tiré profit des deux tiers de la hausse, a ajouté M. Rousseau. On avait prévu l'augmentation, mais jusqu'à un certain point. Au-delà de ça, on trouvait que c'était de la spéculation.»

Sur les 122,2 milliards que représente l'ensemble du portefeuille des déposants de la Caisse, les titres à revenu fixe s'élevaient, au 31 décembre, à 43,6 milliards pour un rendement annuel de 6,6 %. Les actions internationales se situaient à 27,3 milliards (+14,4 %), les actions canadiennes à 17,5 milliards (+21 %), les placements privés à 10,9 milliards (+22,3 %) et l'immobilier à 17,2 milliards (26,4 %).

Les coûts

Au chapitre des coûts d'exploitation, ils ont augmenté de 27 millions à 239 millions. La Caisse a expliqué cette hausse par l'inclusion d'une somme de 12 millions auparavant inscrite au coût des placements dans le cadre du «programme de commission dirigées». Ce programme a été aboli en janvier 2005. Aussi, la Caisse a observé une hausse de 11 millions dans les frais de gestion externe et de garde des valeurs. Dans l'ensemble, l'institution affiche des coûts de 21,5 ¢ pour chaque tranche de 100 dollars d'actif net moyen, contre 24,4 ¢ deux ans plus tôt.

Le ministre des Finances, Michel Audet, s'est dit heureux des résultats. «Les performances de la Caisse la situent au-dessus du seuil du premier quartile des gestionnaires canadiens, ce qui est une preuve des efforts consentis dans l'amélioration de la gestion et de l'efficacité opérationnelle par la Caisse au cours des dernières années», a-t-il dit.

Par ailleurs, M. Rousseau a évoqué deux sujets en marge du bilan. D'abord, la Caisse a répété qu'elle ne compte pas vendre sa participation dans Quebecor Media, en dépit des offres qu'elle dit avoir reçues à ce sujet. Deuxièmement, en ce qui concerne la récente entente de 2,5 milliards que Nortel a conclue pour régler des poursuites avec les investisseurs, M. Rousseau a dit que «nous n'avons pas les détails mais nous devrions en bénéficier». Parmi les plaignants dans cette affaire figure notamment le fonds ontarien Teachers, dont les résultats annuels devraient être bientôt publiés.




La SGF a au moins 250 millions à investir cette année

Turcotte, Claude
Le Devoir mercredi 15 février 2006

La Société générale de financement du Québec (SGF) a pour objectif d'investir cette année 250 millions dans des projets porteurs à long terme, ce qui représente un défi, avoue le président Pierre Shedleur, qui s'empresse cependant d'ajouter que «s'il faut plus que 250 millions, je l'ai».

M. Shedleur a profité de sa conférence au forum sur le capital de risque organisé par la Chambre de commerce française au Canada pour présenter le nouveau plan quinquennal de la SGF, plus particulièrement de définir ce que devrait être son «terrain de jeu» à partir du rapport de force entre le Québec et le reste du monde, c'est-à-dire la Chine pour le textile et l'industrie manufacturière, l'Inde pour les services, le Brésil et la Russie pour l'industrie forestière, les anciens pays de l'Est pour l'aluminium et le domaine de l'aérospatiale. Tout cela augure d'une concurrence de plus en plus farouche, ce qui incite la SGF à «adapter son approche pour attirer de nouveaux investisseurs au Québec».

En poste depuis décembre 2004, M. Shedleur a d'abord procédé à une réorganisation interne de la SGF, dont le nombre d'employés a été ramené de 180 à 125 personnes. Puis le plan quinquennal a été élaboré et approuvé par le conseil d'administration et le gouvernement. Le président mentionne que plusieurs projets sont présentement à l'étude, mais le dossier de l'industrie forestière semble vraiment au premier rang des préoccupations de la SGF. Celle-ci fait d'ailleurs partie du comité mis sur pied par cette industrie en vue de trouver des solutions pour contrer la concurrence mondiale. Selon M. Shedleur, «l'une des solutions retenues pourrait être la modernisation d'usines existantes pour accroître la productivité ou leur transformation pour fabriquer des produits à plus grande valeur ajoutée. Dans ces cas, la SGF agira de façon énergique, à titre de partenaire financier».

En point de presse, le président a ajouté que le modèle d'affaires dans les pâtes et papiers ne fonctionnait plus et qu'il fallait songer à la consolidation pour avoir des usines plus grosses et plus importantes, ce qui requiert l'élaboration d'un plan d'affaires avant de décider d'y investir. Mais, étant donné la grande importance de l'industrie forestière au Québec, la SGF pourrait facilement y injecter les 250 millions qu'elle a pour objectif d'investir cette année. C'est à la suite de cette remarque que M. Shedleur a déclaré avoir accès à plus de 250 millions pour des plans d'affaires viables à long terme.

En revanche, le président a bien noté que d'investir 250 millions cette année représentait en soi un défi, en ce sens que «la SGF vise la qualité, pas le volume», et qu'avec un tel montant qui peut servir de levier, on peut susciter des investissements totaux d'un milliard.

Comme rendement, M. Shedleur vise un taux de 4 à 5 %, après toutes les dépenses comptées, y compris l'intérêt payé sur l'argent emprunté. Un tel niveau de rendement a pour résultat que la SGF ne coûterait rien au gouvernement. Le président avoue viser un rendement plus élevé que 5 %, mais présentement il n'est que de 2,5 %, affirme-t-il.

Pour la SGF, le développement économique durable sous-entend la réalisation de projets structurants qui ont un effet d'entraînement bénéfique pour la région où se trouve l'entreprise, pour la grappe industrielle dont elle fait partie et pour le Québec dans son ensemble. Elle se positionne dans le créneau du capital de développement des entreprises, pas dans le capital dit de risque, pas dans la recherche et le développement, mais dans des projets en phase commerciale ou précommerciale, un genre d'approche dans lequel les Américains excellent, souligne M. Shedleur.

Le plan quinquennal s'articule autour de trois orientations stratégiques principales, la première étant «le métier traditionnel» de la SGF, à savoir le développement de partenariats avec des investisseurs étrangers pour des projets industriels au Québec. La deuxième orientation tient compte de la volonté du gouvernement de soutenir le développement de secteurs d'activité plus spécifiquement touchés par la concurrence mondiale, comme c'est le cas pour l'industrie des pâtes et papiers. «Nous savons que plusieurs secteurs de l'économie profiteraient grandement d'un regroupement de leurs forces, ce qui contribuerait à protéger des emplois qui autrement seraient menacés de disparition», explique le président.

La troisième option concerne les entreprises performantes qui doivent accroître leur taille pour tirer profit des occasions commerciales; mais pour y arriver celles-ci ont besoin de partenaires financiers pour les soutenir. Pour sa part, la SGF entend travailler en collaboration avec les investisseurs privés et institutionnels et vise à maintenir un niveau moyen de participation dans les entreprises de 30 %, qui à la limite pourrait aller jusqu'à 49 %.

Dans le cas particulier du projet de la Gaspésia, M. Shedleur avoue qu'il ne voit pas comment il pourrait revenir dans ce dossier. Autre cas particulier: celui de la série C de Bombardier. Le président ne cache pas qu'il aurait aimé pouvoir y jouer un rôle et que la SGF reste ouverte à y investir, si jamais sa participation était requise et viable.




Une Caisse profitable

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 15 février 2006

La Caisse de dépôt et placement, qu'on a pris l'habitude de qualifier de bas de laine des Québécois, annonce qu'elle a réalisé un rendement de 14,7 % en 2005. Grâce à cette performance, la Caisse renoue pour la seconde année consécutive avec le club des 25 % de gestionnaires de caisses de retraite au pays qui ont obtenu un rendement de plus de 13,8 %.

On se rappellera que la Caisse avait enregistré un rendement cumulatif négatif de 15 % dans la tourmente des années 2000 et 2001, notamment à cause de mauvaises décisions de placements prises dans l'euphorie de la fin des années 1990. Les choses ont changé depuis l'arrivée du nouveau président, M. Henri-Paul Rousseau, qui a convaincu Québec de faire de la poursuite du meilleur rendement l'objectif prioritaire de la Caisse, concomitant à celui du développement économique.

La Caisse a donc revu la composition de son portefeuille dans le but de mieux profiter des tendances du marché : elle a accru sa présence dans le secteur immobilier, les infrastructures et les fonds de couverture. Mais elle a aussi prévenu les déposants qu'ils ne devraient pas s'attendre à des rendements de plus de 7 % en moyenne au cours des dix prochaines années.

Voilà un taux qui satisferait bien des petits investisseurs, mais ce n'est pas avec ces petits investisseurs qu'il faut comparer les rendements de la Caisse. Le président Rousseau doit être cohérent : en plaidant pour recentrer la mission de la Caisse sur le rendement, il s'est lui-même placé devant l'obligation de livrer la marchandise. Or, si la Caisse est parvenue à retrouver sa place dans le premier quartile des fonds de retraite pour le rendement global, elle ne fait pas encore partie des institutions les plus performantes. En 2005 par exemple, elle a mal anticipé la performance du marché des actions canadiennes poussé à la hausse par les produits pétroliers. Et sans que l'on connaisse avec précision le rendement global de l'importante Caisse de retraite des enseignants de l'Ontario (Teachers), on croit savoir qu'il aurait dépassé celui de la Caisse en 2005. Même chose pour les deux années antérieures, alors que Teachers avait cumulé 32,7 % de rendement, comparativement à 27,4 % pour la Caisse.

Évidemment, on ne réoriente pas une institution qui gère 216 milliards d'actifs en criant «ciseau», et il y a lieu d'être optimiste en constatant les résultats de l'effort de redressement des dernières années. Mais comme M. Rousseau lui-même s'est fait fort de les en convaincre, les Québécois ont désormais des attentes élevées à l'endroit de l'organisation de qui dépendent une partie de leurs revenus de retraite et de leurs primes d'assurance automobile.

j-rsansfacon@ledevoir.com




Une deuxième cure minceur en 10 ans pour Télé-Québec

Lessard, Denis
La Presse mercredi 15 février 2006

Québec - Le gouvernement Charest espère faire partir le tiers des employés de Télé-Québec, une centaine de syndiqués environ, grâce à des primes de départ. Le plan de départs volontaires sera proposé aujourd'hui par la ministre de la Culture, Line Beauchamp, dans le cadre d'une " modernisation " de la société d'État.

Selon les informations obtenues hier par La Presse, la proposition du gouvernement Charest va dans le sens du rapport de Claude Bédard, déposé l'an dernier.

Conscient que les employés de Télé-Québec, dotés d'une convention collective musclée, ne peuvent être congédiés, le gouvernement tentera d'acheter une centaine de départs à la retraite pour faciliter le " réalignement " de la société de la production vers la diffusion, explique une source informée de l'annonce de Mme Beauchamp.

Achat d'émissions

Le virage vers l'achat d'émissions plutôt que la production interne est ce que proposait M. Bédard, ancien cadre de Radio-Canada nommé responsable des communications gouvernementales sous Bernard Landry.

Dans le rapport commandé par Mme Beauchamp, M. Bédard proposait de réduire les budgets d'administration et d'arrêter toute la production réalisée à Montréal afin de réaiguiller les fonds vers la production privée.

M. Bédard soutenait que l'argent de la production créait plus d'emplois lorsqu'il est investi dans le secteur privé. Il proposait aussi de mettre plus d'argent dans la production régionale, une promesse qui, compte tenu des fonds publics limités, aura probablement peu d'échos auprès de la ministre Beauchamp, aujourd'hui.

L'opération n'aura pas d'impact immédiat sur le budget de Télé-Québec, qui tourne autour de 60 millions par année.

Les primes de départ coûteraient environ 4 ou 5 millions, mais ces débours supplémentaires seraient épongés sur trois ou quatre ans.

Le tiers des postes

Le rapport Bédard proposait la réduction d'environ 100 postes (administratifs et techniques) sur les 315 que compte la société actuellement. C'est exactement la cible visée par le gouvernement Charest, qui proposera aujourd'hui des indemnités de départ calquées, confie-t-on, sur celles qui avaient été proposées en 1995 par le gouvernement Parizeau. À l'époque, Québec avait offert des indemnités pouvant atteindre deux ans de salaire, et atteint son objectif d'obtenir le départ de la moitié environ des 600 employés à l'époque. Le responsable de la Culture était alors Jacques Parizeau. Louise Beaudoin avait pris le dossier par la suite. Elle s'est insurgée hier contre les intentions de Québec. " La restructuration à Télé-Québec a été faite. Réduire davantage équivaut à cesser la production, on va perdre ce point de référence quant à la production dans le secteur public ", a lancé Mme Beaudoin hier.

Du côté syndical, on affirmait hier soir savoir depuis un bon moment qu'une annonce était imminente.

Les mises à la retraite anticipées de 1995 avaient forcé la fermeture de divisions complètes comme les costumes et les décors, rappelle-t-on. Entre 1995 et 2006, Télé-Québec est passée de 200 à environ 80 techniciens.

La présidente Michèle Fortin avait à quelques reprises annoncé une réunion sur la réorganisation, rencontre plusieurs fois annulée. Ce n'est qu'hier que la ministre Beauchamp a obtenu le feu vert du Conseil des ministres pour faire son annonce, cet après-midi à Montréal.




Islamophobie et liberté d’expression

Nicole Filion, présidente de la Ligue des droits et libertés
Cyberpresse mercredi 15 février 2006

L’ « affaire » des caricatures de Mahomet nous rappelle que les propos offensants doivent être combattus par les moyens propres à une société démocratique; la violence ou les menaces envers ceux qui ont tenu ces propos ne sont pas acceptables.

Les caricatures de Mahomet ont été reçues par une partie de la communauté musulmane comme offensantes, insultantes et choquantes. En regard de certaines d’entre elles, la Ligue des droits et libertés estime qu’elles contribuent indéniablement au renforcement du stéréotype qui associe l’Islam à la violence et au terrorisme.

La crise soulevée par la publication de ces caricatures, la reprise de cette publication par certains médias, le fait que ces caricatures ont choqué et généré des manifestations et des incidents violents à travers le monde, tous ces éléments peuvent inciter à lever d’un cran les limites déjà existantes à la liberté d’expression. Il apparaît essentiel de faire le point sur quelques-uns des différents enjeux que révèle cette crise. Certes l’enjeu concernant la liberté d’expression en est un majeur mais d’autres le sont tout autant, tels les enjeux politiques et historiques actuels, qui façonnent le contexte de ces événements, le tout dans une période, post-11 septembre, de restriction des libertés civiles et de montée du racisme et de l’islamophobie.

Il importe ici de rappeler que la reconnaissance de la liberté d’expression parmi les droits et libertés fondamentaux de la personne a été et est encore l’objet de luttes héroïques à travers le monde. À l’échelle de la planète, on emprisonne encore des personnes prêtes à donner leur vie pour pouvoir l’exercer. La liberté d’expression est l’un des éléments essentiels à la vie démocratique. Elle n’est toutefois pas absolue et ses limites sont par ailleurs très spécifiques et comprennent la propagande haineuse, l’incitation à la violence et le libelle diffamatoire. Malgré ces limites, il est de l’essence même de la liberté d’expression de ne pas imposer une obligation de respect. On ne peut en effet interdire la publication de propos du seul fait qu’ils sont irrespectueux d’un ordre établi, d’une croyance partagée même si celle-ci le serait par la majorité de la population. Par exemple, les pionnières de la lutte des femmes pour l’égalité ont dû contester l’ordre établi et subir l’opprobre de la majorité. Ce qui était vu comme de l’« irrespect de l’ordre établi » a permis les progrès que l’on connaît. Des propos peuvent choquer la majorité de la population ou un groupe en particulier. Pensons au film Amen qui associe la croix chrétienne à la croix gammée ou aux articles pseudo-scientifiques qui prétendent démontrer l’infériorité des femmes ou des Noirs. Ils peuvent alors être dénoncés, contestés, désavoués.

Dans une société démocratique les préjugés et les stéréotypes sont combattus, et ils doivent l’être, le plus efficacement par le débat public et non par la restriction du droit de s’exprimer. Bien sûr, la liberté de parole fait appel au sens des responsabilités dans l’usage qui en est fait, mais cette responsabilité ne peut être imposée par la loi, à partir de critères qui pourraient laisser place à l’arbitraire.

Les propos offensants doivent être combattus par les moyens propres à une société démocratique : débats d’idées, manifestations et éventuellement, dans certains cas, par des poursuites judiciaires. La violence ou les menaces envers ceux qui ont tenu les propos offensants ne sont pas acceptables.

Les personnes qui expriment un point de vue sont responsables du point de vue qu’elles expriment. Ni le gouvernement du Danemark, ni la population du Danemark, ne peuvent être tenus responsables du point de vue exprimé par un certain nombre de caricaturistes danois, pas plus que l’ensemble des musulmans ne peuvent être tenus responsables ou associés à des actes ou propos répréhensibles de la part d’individus se réclamant de l’Islam.

Les manifestations de colère suscitées à travers le monde par les caricatures de Mahomet soulèvent bien sûr un débat sur la liberté d’expression mais l’ampleur de la crise est surtout révélatrice de l’immense frustration ressentie par de nombreux musulmans vis-à-vis de la politique des pays occidentaux depuis plusieurs décennies. Les agressions militaires meurtrières répétées contre des pays musulmans, l’appui inconditionnel des États-Unis à Israël dans le conflit israélo-palestinien, l’invasion de l’Irak en violation flagrante du droit international, la répression exercée à l’encontre des communautés musulmanes dans la guerre au terrorisme et la dépréciation systématique de l’Islam dans l’imaginaire occidental sont autant de facteurs qui expliquent cette colère. Le soutien occidental à des régimes despotiques qui ont réprimé toute opposition a également eu pour effet de reléguer l’opposition aux mosquées et a favorisé la montée des intégrismes. La propagande visant à faire rejaillir sur l’Islam la responsabilité du tourbillon de violences engendré par ces politiques amène une grande partie des populations occidentales à voir les musulmans comme un bloc homogène, arriéré et menaçant.

La tournure qu’a prise cette crise est aussi le fait de manipulations politiques. Plusieurs régimes se sont servis des caricatures pour tenter de canaliser la colère de leurs peuples vers une cible extérieure. Il faut par ailleurs relativiser l’ampleur des manifestations. Au Liban, par exemple, le saccage de l’ambassade du Danemark a été le fait de quelques milliers de manifestants, alors qu’environ un demi-million de personnes ont manifesté le 14 février pour souligner l’anniversaire de l’assassinat de Rafik Hariri, ancien Premier ministre du Liban.

L’appel au calme et au dialogue de la part d’organisations musulmanes au Québec et au Canada a permis de mettre en évidence la pluralité du monde musulman et, espérons-le, à favoriser la connaissance et le respect mutuels ainsi qu’à ouvrir un espace de dialogue qu’il faut soutenir. Ce n’est que par la lutte au racisme, aux préjugés, aux discours islamophobes, par le refus des interventions qui vont à l’encontre du droit international et la mise en place de politiques internationales plus justes et plus respectueuses des autres, de même que par la dénonciation des violations des libertés civiles vécues par les membres des communautés musulmanes que nous viendrons à bout des tensions actuelles, plutôt que par des restrictions à la liberté d’expression.




L’affaire des caricatures fait-elle partie des préparatifs de guerre ?

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 169, 16 février 2006

Il circule actuellement sur Internet une caricature qui montre un musulman offensé à la vue des caricatures de Mahomet dans France Soir et Charlie Hebdo avec la légende «Croyant blessé par les incroyants». À ses côtés, gisant dans son sang, se trouve un occidental transpercé par un sabre arabe avec la légende «Incroyant blessé par les croyants». La caricature résume bien le terrain glissant sur lequel est en train de nous entraîner l’affaire dite des caricatures.

Pour en comprendre les tenants et aboutissants, il faut remonter à l’origine de l’affaire. Elle a débuté par une entrevue parue dans un journal danois dans laquelle Kaare Bluitgen explique qu’il ne pouvait trouver d’illustrateurs pour son livre d’enfant consacré à la vie de Mahomet à cause de l’auto-censure que pratique la presse danoise sur les affaires liées à l’Islam.

Bluitgen connaît bien l’interdit de représenter le Prophète dans la religion islamique, mais il a un côté provocateur. Bluitgen est un ex-gauchiste qui habite Norrebro, le quartier multi-ethnique par excellence du Danemark. Il publie des livres controversés sur les relations inter-ethniques dans lesquels il fustige les militants de gauche pour avoir laissé faire les imams les plus réactionnaires au nom du respect des différences culturelles.

Le Danemark ne compte que 160 000 musulmans sur une population de 5,4 millions d’habitants et à peine 15 000 personnes fréquentent la centaine de mosquées du pays. Mais depuis les années 1990, l’extrême-droite s’impose et les écrits de Bluitgen sont utilisés pour justifier la politique anti-immigrée du gouvernement danois.

Les propos de Bluitgen intéressent le quotidien de droite Jyllands-Posten qui demande à quarante dessinateurs de presse de « dessiner Mahomet comme ils le voyaient » pour tester les limites de la censure. Le journal reçoit douze dessins qu’il publie le 30 septembre. Selon Toger Seidenfaden, directeur du quotidien Politiken, la volonté du Jyllands-Posten de provoquer les musulmans était claire dès le départ : «Le succès était garanti, car le plus grand problème du Danemark, c’est l’intégration des immigrants et le plus grand groupe est celui d’origine musulmane. » La défense de la liberté d’expression n’était pas en jeu. D’ailleurs, le journal britannique The Guardian raconte que le Jyullands-Posten a refusé il y a trois ans de publier une série de dessins caricaturant le Christ.

Par la suite, après le refus du premier ministre danois de recevoir onze ambassadeurs de pays musulmans qui souhaitaient protester, des délégations d’imams se rendent au Moyen-Orient pour diffuser la série de caricatures, enrichie d’autres encore plus provocantes. Les caricatures sont utilisées comme arme politique par la Syrie et l’Iran. Des manifestations sont organisées contre les ambassades du Danemark, de la Norvège et de la France, des journaux de ces deux derniers pays ayant reproduit les caricatures.

L’Iran a tout intérêt à faire pression sur le Danemark, car ce pays assumera dans quelque mois la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, l’instance qui devra décider des sanctions contre l’Iran à cause de son programme nucléaire. La Syrie a un intérêt similaire : son président et cinq de ses proches font l’objet d’une enquête de l’ONU pour la mort de l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri.

De façon plus générale, ces attaques sont une réplique à un changement de politique des pays européens à l’égard du monde arabe et de l’Iran. Finie l’époque de cette «vieille Europe» continentale hostile à l’intervention américaine en Irak, pro-palestinienne et ménageant ses relations avec les pays arabes.

Dans le dossier nucléaire iranien, les Européens sont les accusateurs. Au Liban, on veut le retrait de la Syrie, ce qui est un changement de cap de 180 degrés. En Palestine, la sympathie traditionnelle de l’Europe à la cause palestinienne est remplacée par l’imposition de conditions draconiennes pour le maintien de l’aide après la victoire du Hamas. Cela explique les manifestations anti-européennes en territoire palestinien.

En Afghanistan, les troupes de l’Otan - c’est-à-dire européennes et canadiennes - sont en train de remplacer les troupes américaines et se retrouvent en première ligne contre les Talibans. Au Pakistan, la coalition des partis qui manifeste contre les caricatures est celle qui soutient les Talibans et Al-Qaida.

Les manifestations contre les caricatures sont des manifestations contre l’impérialisme. Mais elles ne le sont pas, comme jadis, au nom d’un idéal socialiste ou démocratique. Avec l’effondrement du socialisme et des modèles de société qu’il représentait, le mouvement d’autodéfense identitaire à la mondialisation prend souvent la forme du fondamentalisme religieux. La lutte est menée au nom de l’Islam. En fin de compte, nous assistons à une lutte entre l’impérialisme et. le féodalisme !

Nous devons critiquer cette islamisation de la lutte, mais pas en se rangeant sur les positions impérialistes, ce qu’est dans le contexte de l’affaire des caricatures la croisade pour la liberté d’expression.

Il est remarquable que les principales publications qui portent le flambeau de cette lutte sont pour la plupart des publications de droite, que ce soit le Jyllands-Posten danois, le Figaro en France, The Economist en Grande-Bretagne et le Western Standard de l’Alberta.

De tout temps, la liberté d’expression n’a jamais été un absolu. Même dans les pays les plus démocratiques, elle s’est toujours vue imposer des limites par la loi (loi sur le libelle, poursuites judiciaires, etc) et un certain consensus social.

Il est remarquable aujourd’hui que ce soit la droite qui cherche à en faire reculer les limites, souvent en empruntant les formules de la gauche. Pensons à Jeff Filion et CHOI-FM qui cite du poète Paul Éluard son «Je cris ton nom, Liberté», et à tant d’autres Doc Mailloux dont on défend le droit de parole avec les mots de Voltaire : «Je ne partage absolument pas votre point de vue, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez le faire valoir!»

Plus inquiétant encore, c’est de retrouver, au moment où la presse n’a jamais été aussi concentrée entre des mains réactionnaires, bon nombre de personnalités de gauche s’embrigader d’eux-mêmes dans cette croisade pour la soi-disant «liberté d’expression», comme si c’était un absolu, faisant fi de toutes considérations et analyses politiques.

Examinons seulement notre propre situation. Lors du déclenchement de la guerre contre l’Irak, c’est au Québec que se sont tenues les manifestations parmi les plus importantes à l’échelle de la planète. De toute évidence, ces manifestations sont responsables de la décision du gouvernement Chrétien de ne pas participer à la guerre. Dans ces manifestations, on retrouvait un fort contingent de musulmans qui marchaient au coude à coude avec les Québécoises et les Québécois de souche et d’autres origines ethniques, transcendant les différences religieuses et culturelles.

Il aurait été tout à fait concevable de trouver un large écho parmi cette population à un appel à ce que le Québec se sépare du Canada si le gouvernement fédéral avait décidé de suivre les Etats-Unis. Des leaders péquistes y ont songé. de même sans doute que les dirigeants canadiens !

Aujourd’hui, le Canada change sa politique étrangère, augmente de façon substantielle ses budgets militaires et s’engage directement dans la guerre contre les Talibans en Afghanistan. Tout cela au nom de la «démocratie» de Bush et, évidemment, de la «liberté d’expression»!

Le nouveau ministre de la Défense, Gordon O’Connor, a déclaré le 14 février que la publication des caricatures de Mahomet par le Western Standard de l’Alberta «aggraverait les dangers que courent les militaires canadiens en Afghanistan». Bien entendu, auparavant, Kandahar était un havre de paix et nos soldats y faisaient du tourisme.

Quand les soldats canadiens et québécois périront par le sabre arabe - comme dans la caricature dont il est fait mention au début de cet article - et reviendront au pays dans des sacs de plastique, il ne faudra pas se surprendre que plusieurs Canadiens et Québécois se déclarent désormais prêts à appuyer l’effort de guerre du Canada, que bon nombre d’entre eux prennent à partie leurs concitoyens musulmans, même si l’immense majorité des musulmans au Québec, au Canada et à travers le monde se sont dissociés des réactions des fanatiques dans l’affaire des caricatures.

Et c’est Bush, Harper et Ben Laden qui riront dans leurs barbes!




The gravy train still runs to Quebec

GREG WESTON
Ottawa Sun Thu, February 16, 2006

Midway through the recent election campaign, Stephen Harper wooed (and apparently wowed) Quebec voters with what has become known as his landmark "open federalism" speech.

While no one seems to know exactly what that means, Harper has long promoted the idea of pursuing a more flexible approach to power-sharing between the feds and provinces -- "new ideas that address Quebec's unique demands in ways that strengthen its place in Canada," in his words.

The election having rewarded the Conservatives with a previously unthinkable 10 seats in Quebec, Premier Jean Charest came to the nation's capital yesterday to find out exactly how open Harper's promised federalism will be, particularly in furthering the enrichment of the province that can never seem to get enough.

The fact that Harper had nothing to say following his first summit with the Quebec premier may be a reasonable indication of who was doing most of the bending over at that meeting.

For his part, Charest was all smiles and laughter when he spoke to provincial reporters upon his return to Quebec.

No wonder. Lost in all of last week's brouhaha over a few of Harper's misguided ministerial appointments was a huge show of political and fiscal favoritism towards Quebec around the new Conservative cabinet table.

While Quebec MPs make up barely 8% of the Conservative caucus, Harper has put them at the controls of all the biggest gravy trains in government.

MP Maxime Bernier gets the industry portfolio, endless dispenser of corporate welfare to Bombardier and other Quebec industries that have long enjoyed hefty doses of federal dole.

Lawrence Cannon, an able former minister in the Quebec government, has been put in charge of a new and giant federal cash cow that combines the transport and infrastructure portfolios, the latter spewing money at cities for everything from subways to sewers.

But no one in Harper's new cabinet will be more popular in the Quebec business community than Michael Fortier, the newly unelected political boss of Public Works (via a Senate appointment), the minister responsible for the awarding of more than $13 billion a year in federal contracts.

Harper's putting so much spending power in the hands of Quebec ministers is a clear signal that the federal spigot will once again flood La Belle Province with public largesse.

But for all the Conservative promises of a new deal for the provinces, Charest's biggest challenge may be ensuring that Harper's "open federalism" doesn't shut off any of the existing cash taps left gushing by Paul Martin's government.

In 18 months of Liberal rule, Quebec managed to extract one sweetheart deal after another from a weak prime minister whose primary tenets of federal-provincial negotiations were capitulate and cut the cheque.

As a result, Quebec has been laughing all the way to the bank.

The much-touted $41-billion health care accord, for instance, included an extraordinary side deal that virtually exempted Quebec from the terms of the funding agreement. Just send cash.

Ditto the Martin government's $6 billion of federal-provincial funding agreements for daycare -- Quebec gets its share of the windfall with no strings attached.

With almost 50% of the country's subsidized daycare spaces already, Quebec is free to spend the more than $1 billion it is getting in federal loot to fix potholes if it wishes.

Harper has promised to kill the daycare funding agreements with Quebec and other provinces next year, in lieu of the feds' sending $100 monthly cheques directly to parents with young children.

No wonder Jean Charest was laughing.




Québec préférée... à Venise

Asselin, Pierre
Le Soleil jeudi 16 février 2006

Les lecteurs du magazine "Wanderlust" la choisissent, parmi 300 villes, comme troisième destination au monde

Les lecteurs d'un magazine britannique de tourisme et voyage, Wanderlust, ont placé Québec au troisième rang des meilleures villes à visiter, juste devant... Venise.

Le magazine, qui est tiré à 36 000 exemplaires, avait invité ses lecteurs à donner une liste de leurs destinations préférées. La ville préférée des 2500 personnes qui ont répondu est Luang Prabang, ancienne capitale royale du Laos, où se côtoient résidences royales, monastères bouddhiques et sanctuaires.

La ville a reçu une note parfaite de 100 %. C'est Cuzco, ancienne capitale des Incas au Pérou, qui arrive au deuxième rang, avec une note de 95,8 %. Québec arrive tout juste derrière Cuzco, avec une note de 95 %, mais elle devance Venise, qui a récolté 94,2 %. Ces quatre villes font partie de la liste des villes du patrimoine mondial.

Le magazine s'adresse à un public averti, puisque 80 % des lecteurs de Wanderlust effectuent au moins deux voyages par année, indiquait dans un communiqué Sylvie Walter, agente de communication à l'Office du tourisme de Québec.

Elle rappelle par ailleurs que Québec attire un nombre grandissant de touristes du Royaume-Uni depuis quelques années. "Grâce à son atmosphère et à ses activités culturelles uniques, Québec se distingue des autres destinations nord-américaines. La variété et la qualité des restaurants, l'architecture de la ville et les fortifications sont des atouts indéniables pour les visiteurs anglais qui considèrent Québec comme une destination des plus romantiques en Amérique du Nord." Par ailleurs, la directrice adjointe de la revue, Sarah Baxter, a indiqué au SOLEIL que les lecteurs de Wanderlust avaient voté pour plus de 500 villes en tout. "Parvenir à se classer parmi les 10 premières est une réussite. Québec possède un cachet unique parmi les villes nord-américaines, avec une saveur européenne et un cool canadien à la fois. Nous prévoyons que grâce à l'augmentation des vols à prix réduits au-dessus de l'Atlantique, il y aura encore plus de nos lecteurs à Québec en 2006."

Le sondage était basé sur des voyages qui ont eu lieu entre septembre 2004 et novembre 2005. Les lecteurs devaient donner quatre choix pour chaque catégorie (meilleure ville, ligne aérienne, pays, etc.) et leur attribuer un pointage selon leurs qualités.

Les trois pays qui ont récolté la note la plus élevée étaient, dans l'ordre, la Namibie, le Bhoutan et la Nouvelle-Zélande. Ce dernier pays est d'ailleurs celui où les lecteurs de Wanderlust se sont sentis le plus en sécurité, juste devant leur propre pays, la Grande-Bretagne.

PAsselin@lesoleil.com




Charest ready to shuffle cabinet

Don MacPherson
The Gazette (Montreal) February 16, 2006 Thursday

Shuffle fever has hit the provincial capital, from which there is increasingly excited speculation that Premier Jean Charest will change his cabinet lineup as early as tomorrow.

At least a minor shakeup before the National Assembly resumes sitting in March became all but inevitable when Liberal Raymond Bachand was elected in a by-election in Outremont on Dec. 12.

People with the background and qualifications of Bachand, former president of the QFL's Fonds de solidarite investment fund, don't get into active politics to settle for a seat on the backbenches. Also, Outremont's francophone elite has traditionally been represented by a cabinet minister when the Liberals were in power. And Bachand is a sovereignist convert Charest will want to showcase by giving him a high profile in his government.

Often, speculation that there will be a cabinet shuffle becomes a self-fulfilling prophecy, putting the government on hold and undermining the authority of cabinet ministers while everyone waits to see whether they will keep their jobs. The expected shuffle becomes necessary to put an end to the uncertainty.

The ministers who have been named in the speculation about candidates to be moved are especially affected. One of these is Claude Bechard, who has not been impressive in his portfolio of economic development, which appears tailor-made for Bachand. Bechard, who is important politically as minister responsible for the Lower St. Lawrence and North Shore regions, might save face with a new energy portfolio.

The moves could stop there, but there are other ministers who might have to be transferred because they have been disappointments or alienated important interest groups.

The one most often mentioned is Family Minister Carole Theberge, who in the fall sitting botched her overhaul of the early childhood centres. Municipal Affairs Minister Nathalie Normandeau, a former small-town mayor from the Gaspe, was overwhelmed by the big-city politics of the rivalry between Montreal and its demerging suburbs. And Sustainable Development Minister Thomas Mulcair, after a strong start, has been blamed for worsening relations between the government and farmers.

In a futile attempt to end the uncertainty, Charest said this week he has no plans for a shuffle. But that's not the same thing as saying there won't be one, and anyway, nobody believes him.

A shuffle important enough to get the public to pay attention to a government it appears to have tuned out might be the only thing Charest has left to try to launch a political recovery and perhaps save his own leadership.

His government can't afford big new spending programs or tax cuts. And it's not likely that Prime Minister Stephen Harper, whom Charest met yesterday in Ottawa, will be able to give him enough money fast enough to make a difference in the provincial election expected next year.

The announcement of agreements with Ottawa won't be enough. In September, 2004, Charest got former prime minister Paul Martin to increase health transfers to Quebec by nearly $10 billion over 10 years. It was Charest's best week as premier, earning him kudos from even Jacques Parizeau. But his polling numbers barely improved, and that only briefly.

So Charest might want to make a major shuffle, delay it until shortly before the Assembly resumes sitting on March 14 and follow it with an inaugural address starting a new session, to try to relaunch his government.

But his ability to put a new face on his government might be limited because he can't move several of its most prominent members or demote some lesser ones to make room for new blood. For example, on performance alone, Theberge has earned a demotion to the backbenches. But her political importance as minister responsible for the Chaudiere-Appalaches region south of Quebec City might keep her in the cabinet.

And because Liberal support is solid in Montreal but weak in the French-speaking regions, don't expect increased representation for the city or minorities.

If a major cabinet shuffle and an inaugural address don't get the voters to take another look at the Liberals, then the party's last, slim hope might lie in a change of leadership.




Les Québécois devraient avoir le droit de choisir

Stéphanie Kennan, Présidente, Bang Marketing
Les Affaires samedi 18 février 2006

Le modèle québécois de garderie ne répond pas aux véritables besoins de tous les parents

Point de vue - Le plus récent portrait statistique de la famille au Québec montre que le taux d'activité des mères de 20 à 44 ans sur le marché du travail atteint 79 %, un phénomène qui s'est amplifié avec le lancement du programme de garderies en 1997.

Cette participation grandissante des femmes à l'économie a toutefois un coût. Selon une enquête de Léger Marketing, une travailleuse sur cinq souffrirait de symptômes dépressifs, notamment dûs à la difficulté de concilier la vie de famille et les obligations professionnelles. Pour plusieurs mères, la course entre la maison, la garderie et le bureau constitue un esclavage qui n'est pas étranger au fait qu'il se pratique en moyenne, au Québec, 4 avortements pour chaque 10 naissances.

Un vaste programme social universel mur-à-mur comme le réseau des centres de la petite enfance (CPE) coûte cher à l'ensemble des parents, tout en faisant la promotion d'un mode de vie unique pour tous : le garderie-boulot-garderie, préférablement entre 8 h et 16 h, du lundi au vendredi.

Bien qu'il rende de fiers services à une partie de la population qui ne pourrait plus s'en passer, ce modèle ne correspond pas à la réalité d'un nombre grandissant de travailleurs. Ceux-ci doivent cependant s'y conformer afin d'en bénéficier, souvent au prix de leur qualité de vie.

Mais qu'importe. Maintenant que le réseau des CPE est syndiqué, bureaucratisé et sacralisé, quels que soient les besoins personnalisés d'une population qui doit vivre avec les changements d'un monde du travail en mutation, nous conserverons notre modèle intact. Les CPE font maintenant partie de notre schéma identitaire, voire de notre code génétique national, n'en déplaise aux travailleurs atypiques, autonomes et autres phénomènes de foire comme les mères au foyer.

Une vision passéiste du Québec

Les programmes sociaux mur-à-mur entretiennent le mythe de la différence québécoise, exprimée en tant que bloc monolithique formé des "Québécoises et des Québécois", si cher au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et nous conforte dans notre dépendance à un État protecteur de cette distinction. Cette vision passéiste du Québec commence pourtant à révolter un grand nombre de citoyens qui en ont marre de se faire identifier au troupeau.

L'élection d'une majorité de candidats conservateurs à Québec, baptisé "Le mystère de la région de Québec", constitue une première brèche dans cette sacro-sainte solidarité nationale. Nombreux sont les parents qui adhèrent ouvertement à la vision de Stephen Harper, entre autres en ce qui concerne le libre choix en matière de service de garde.

La génération montante a été nourrie au marketing personnalisé où chaque consommateur constitue presque son propre marché. Cette culture aura tôt ou tard un effet sur les demandes des citoyens face à leur gouvernement.

Beaucoup de représentants de la jeune génération ont trouvé dans les nouvelles formes de travail l'espace et la liberté de s'accomplir. Il serait souhaitable d'accorder cette même latitude aux futurs parents quant au choix du service de garde. Au nom de quel principe l'État refuserait-il d'encourager l'entraide familiale, le télétravail ou la garde à la maison ?

La prestation de 1 200 $ par enfant proposée par le premier ministre Harper constitue un pas dans la direction du libre-choix et cette allocation devrait profiter aux parents québécois qui, pour toutes sortes de raisons, ne bénéficient pas des avantages du système sous sa forme actuelle.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca