
Une belle opération
Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI 6 février 2006
Non mais quelle opération ! Un succès sur toute la ligne. Le Canada va se refaire une vertu en suivant les conseils du bon juge Gomery. De quoi être fier du plus meilleur pays du monde ! Et foi de Conservateur, Stephen Harper ne traînera pas, il va la déposer sa loi sur l’imputabilité. Et ça va causer dans les médias, et il va en pleuvoir des colloques sur l’éthique et la gouvernance. Les chaires du Canada vont tourner à plein régime.
Vraiment, c’est de la belle besogne. On pouvait difficilement faire mieux pour travestir une opération de sabotage anti-démocratique en plaidoyer pour la vertu. Gomery lave plus blanc ! a titré Édouard Cloutier dans la deuxième tranche du très fouillé dossier qu’il publie dans le numéro de janvier de L’Action nationale. Il faut le lire et le faire circuler. C’est la seule lecture indépendantiste du rapport Gomery qui ait été produite. Il est stupéfiant et exaspérant de voir que ni les élus du Bloc ni ceux du PQ ne l’aient cité.
Cloutier n’y fait pas que le démontage des contradictions de ce rapport touffu, il y démontre rigoureusement jusqu’à quel point la formulation du mandat et la façon dont Gomery l’a interprété ne pouvaient conduire qu’à un véritable détournement de débat. Le fond du scandale des commandites, ce n’est pas une affaire d’éthique administrative. Cela n’a rien à voir avec le délire vertueux de l’imputabilité et les appels au changement de la culture gouvernementale. Le fond du scandale, c’est qu’au plus haut niveau de l’État canadian on a décidé et entrepris de déstabiliser les finances du Québec, de brouiller ses repères identitaires et de saquer la démocratie québécoise, d’en saboter l’exercice et d’en confisquer les finalités.
Ottawa a lancé contre le Québec et le mouvement souverainiste une offensive massive dictée par la raison d’État. Il fallait combattre non seulement l’indépendantisme mais le droit à l’autodétermination lui-même. On ne nie pas un peuple pour laisser répéter qu’il a le droit de disposer de lui-même ! C’est donc une machine de guerre psychologique et de propagande qui a été lancée, une machine huilée à coups de centaines de millions et dotée de toutes les ressources humaines expertes dans le sabotage, la manipulation de l’opinion et le contournement des lois. Les voyous qui se sont fait prendre ne représentent qu’une toute petite bande dans l’armée de l’ombre qui a été lancée sur le Québec.
Ils ont transgressé les règles de la saine administration ? So what ! Il les aurait respectées pour servir la même finalité et tout à coup cela serait devenu acceptable ? Eh bien oui ! C’est cela qu’il faut vraiment conclure de Gomery, qui a tout fait pour ne pas voir que toute cette histoire est d’abord une affaire d’agression, un acte hostile à la nation québécoise. Ça annonce pour la prochaine fois. Il n’y aura plus de bavures dans l’administration des programmes, Stephen Harper va en prendre les moyens, c’est sûr. Mais on peut être tout aussi certain qu’il ne négligera rien pour s’occuper de l’unité nationale. Ce ne sera donc pas les commandites, le prochain coup. D’autres solutions existent, de nouvelles seront trouvées et elles viendront s’ajouter à celles qui continuent de s’appliquer pour déstabiliser la société québécoise.
Le Canada de Gomery a ceci d’ironique qu’il se sert de ses propres bavures pour mieux rendre opaque la zone d’action qu’il se définit pour contrer notre mouvement d’émancipation nationale. C’est cela qui devrait occuper le Bloc, pas les bavardages pédants sur la responsabilité ministérielle ou les savantes dissertations sur les paradigmes de l’administration publique. On s’attendrait à ce que les députés bloquistes interviennent sur le fond des choses, qu’ils rappellent constamment les finalités derrière les opérations de commandite, qu’ils posent les questions sur le rôle de l’armée et des services secrets, qu’ils scrutent à la loupe les liens entre les organisations de promotion du Canada et les actions des services secrets. ( Par exemple, Lyette Doré, dont nous ont parlé Lester et Philpot, qui sévissait à Option Canada agissait-elle pour le compte du SCRS ? Agit-elle encore sous mandat à Québec où elle continue de sévir ?) Il y a combien d’agents sous couverture dans ces organisations ? Combien d’entre elles servent de façades pour des opérations clandestines ? On aimerait qu’en Chambre ils questionnent les ministres et le gouvernement sur les budgets de l’armée et du SCRS consacrés à l’unité canadienne ; on aimerait qu’ils talonnent le gouvernement pour qu’il s’engage à respecter les lois québécoises ; on aimerait qu’ils questionnent le gouvernement sur les infiltrations dans les organisations souverainistes légitimes ; on aimerait, on aimerait…
On aimerait que cesse cette suave convivialité. Le Canada s’est équipé pour casser le Québec et, rapport Gomery ou pas, il n’a pas renoncé à aucun des outils qu’il s’est donnés ( C-20, Patrimoine Canada, les fondations privées, etc). On aimerait que le Bloc dénonce cette mascarade de la recherche de pureté perdue et qu’il s’attaque au rapport d’hostilité fondamental qui charpente l’action du gouvernement d’Ottawa. On aimerait que cesse cette façon qu’a le Bloc de s’installer dans les schèmes de pensée de nos adversaires.
C’est là le plus grand succès du rapport Gomery : il impose des catégories de pensée qui font censure opaque sur notre existence nationale et qui orientent le débat sur des objets superficiels et bien secondaires du point de vue de nos intérêts nationaux. Le babillage médiatique et l’indigence du commentaire politique qu’on nous sert dans ce qui nous tient lieu de presse écrite et électronique ont parfaitement relayé cet effet de censure. Radio-Canada et Gesca et tout le bataclan, cela n’a pas servi à faire une lecture critique de ce rapport, bien au contraire. Nous avons même eu droit à la canonisation médiatique du juge lorsque le très canadian magazine L’Actualité l’a sacré personnalité de l’année. Vraiment, Gomery est un authentique héros canadian. Les médias en ont fait un notable et un preux défenseur de la vertu alors que son rapport, truffé de contradictions, maniant habilement le sophisme, la restriction mentale et le silence d’omission n’a pas fait l’objet d’un seul commentaire de fond le situant dans l’offensive fédérale contre les forces souverainistes et la démocratie québécoise. Une belle opération, vraiment.
Il faut lire le dossier préparé par Édouard Cloutier. Il ne sera pas invité à Radio-Canada. On ne mentionnera pas l’existence de son travail chez Gesca. Il faut espérer que les bloquistes et péquistes se fassent plus critiques et qu’ils commencent à faire une lecture indépendantiste de ce rapport et des suites qu’y donnera un gouvernement Harper trop heureux de s’en servir pour se donner une vertu qu’il pourra d’autant mieux tourner contre nous. Il est temps de rompre avec la pensée que le Canada voudrait qu’on entretienne de lui.

La période de réflexion perdure au ministère des Relations internationales
Un plan d'affaires plutôt qu'un programme d'aide?
Tremblay, Mylène
Le Devoir samedi 4 février 2006
Prévu initialement pour 2005, le nouvel énoncé de politique d'affaires internationales du ministère des Relations internationales ne sera rendu public qu'au printemps prochain. À quoi peut-on s'attendre de cet exercice de définition de priorités, le troisième dans toute l'histoire du Québec? Le MRI se faisant très discret dans la préparation du document - et la ministre Monique Gagnon-Tremblay ayant décliné notre invitation -, nous avons posé la question à des spécialistes en la matière.
Certains expliquent le retard d'un an dans le dépôt de l'énoncé de politique par un sérieux problème de direction au bureau de la ministre Monique Gagnon-Tremblay. D'autres l'attribuent à la complexité du dossier et à la restructuration administrative au sein du MRI. D'autres enfin ont la furieuse impression que le document sur lequel planche le ministère depuis l'arrivée des libéraux à Québec se concocte en circuit fermé. Quoi qu'il en soit, la fameuse politique risque de prendre tout le monde par surprise puisqu'aucun ballon d'essai n'a été lancé.
Un maigre budget
Une chose est sûre: rien ne laisse présager que l'énoncé tant attendu comportera des modifications dans les priorités et les stratégies du Québec en matière de solidarité internationale. Bon an, mal an, l'aide internationale accordée par le Québec aux pays les plus démunis de la Francophonie, de l'Amérique latine et des Antilles - ses trois axes d'intervention - se chiffre à quelque 45 millions de dollars, sur un budget total d'environ 100 millions.
Autant dire une goutte d'eau dans l'océan, affirme Nelson Michaud, professeur de relations internationales à l'ENAP. «Étant donné la faible proportion des programmes d'aide internationale, nous ne sommes pas en présence d'un axe majeur à partir duquel peuvent se développer les relations internationales du Québec. Il s'agit davantage de solidarité internationale et de partenariat. Le mode de livraison se fait directement auprès des intervenants, et non de gouvernement à gouvernement.»
La santé, l'éducation, la sécurité alimentaire et l'organisation sociale et communautaire devraient encore figurer en tête des préoccupations de la direction de l'aide internationale, laquelle intervient sur trois plans: le financement de stages d'initiation à la coopération internationale pour les jeunes de 18 à 35 ans, avec le programme Québec sans frontières; l'appui aux initiatives de développement des communautés du Sud par le biais du Programme québécois de développement international; et le volet «sensibilisation à la solidarité internationale», qui comprend notamment les fameuses Journées québécoises de la solidarité internationale.
Une plateforme signée Pelletier
En revanche, les spécialistes s'attendent à ce que le MRI fasse quelques ajustements à sa politique dans le secteur des relations internationales. «On a l'impression que ce qui intéresse beaucoup le gouvernement en ce moment, c'est de réaffirmer d'une manière consensuelle et bipartisane les principes de base qui fondent les relations internationales du Québec», commente Louis Bélanger, professeur au département de science politique à l'université Laval, joint à Washington.
À son avis, le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, y est pour beaucoup. «C'est lui qui a rédigé la nouvelle plateforme constitutionnelle du Parti libéral lorsque celui-ci était dans l'opposition, dit-il. Dans cette plateforme, beaucoup d'importance était donnée aux questions internationales. Il est clair que la nouvelle politique sera très orientée vers la participation du Québec aux organisations internationales dans ses champs de compétence et aux consultations dans le cadre de négociations commerciales.»
Une « doctrine Charest »
Le premier ministre Jean Charest a donné lui-même le ton de la nouvelle orientation du Québec à l'échelle internationale dans une allocution prononcée à Charlottetown, en novembre 2004: «Ce qui est de compétence québécoise chez nous, est de compétence québécoise partout.»
«La "doctrine Charest" devait guider la politique étrangère et les revendications du Québec, mais ç'a été un peu manqué», estime Stéphane Paquin, professeur au département d'histoire de l'UQAM. Il en veut pour preuve les fameux accords de l'UNESCO sur la diversité culturelle, auxquels le Québec a contribué activement. «Le dossier a été extrêmement mal géré, déplore-t-il. C'est la ministre de la Culture Line Beauchamp qui a piloté ce dossier alors que, logiquement, ça aurait dû être le MRI. Il s'agit d'une grosse victoire pour la diplomatie québécoise. Pourtant, ni Jean Charest ni Monique Gagnon-Tremblay n'y sont allés.»
Des ratés, le Québec en a connu plusieurs en ce qui a trait à sa place dans les organisations internationales, ajoute Stéphane Paquin. Il évoque entre autres l'absence du Québec aux dernières négociations commerciales à Hong-Kong, où il était question du système de gestion de l'offre pour l'agriculture. «Un emploi sur deux en matière d'agriculture aurait été affecté par cet accord. Et c'est dans le champ de compétence du Québec. Heureusement, la question n'a pas été acceptée à l'OMC.»
N'empêche, le Québec semble opter de plus en plus pour une dynamique de politique étrangère caractérisée par une action internationale visant à influencer le contexte international, soutient pour sa part Nelson Michaud. «C'est exactement ce qu'a fait le Québec en travaillant à l'établissement d'une nouvelle norme internationale [sur la diversité culturelle] auprès de l'UNESCO.»
Avec les missions commerciales menées ces derniers temps dans les pays dits émergents - le Mexique, la Chine, l'Inde, etc. -, le gouvernement de Jean Charest semble aussi avoir lancé des signaux clairs: dorénavant, outre Paris et Washington, d'autres destinations existent! «On peut qualifier la mission en Inde de "mission de positionnement" du Québec par rapport à cet acteur émergent, note Nelson Michaud. Le gouvernement souhaite créer des liens politiques, se rapprocher des institutions postsecondaires, faciliter la pénétration du marché indien par des entreprises québécoises et susciter des investissements indiens au Québec. C'est sur le long terme que la véritable portée de ces contacts devra être mesurée. Chose certaine, un signal d'intérêt a été lancé, ce qui était nécessaire avant que tout le monde ne le fasse.»
De là à dire que le Québec suivra la mode des marchés émergents et se détournera de la Francophonie et des États-Unis, de loin son premier partenaire commercial, il y a un pas de géant que personne n'ose franchir.
L'esprit de John Ciaccia
En fait, des rumeurs circulent à l'effet que le MRI voudrait retourner à l'esprit de l'époque de John Ciaccia, ex-ministre des Affaires internationales du Québec, avec une politique d'affaires internationales plus «business oriented». «Comment peut-il y parvenir alors que le MRI se positionne comme un ministère secondaire, à la traîne des autres ministères?, s'interroge Stéphane Paquin. Son action est de plus en plus marginalisée au profit d'un système où chaque ministère mène ses propres actions lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts internationaux du Québec.»
L'arrivée des conservateurs de Stephen Harper à Ottawa représente une occasion en or pour le Québec de remettre le MRI sur les rails et de positionner véritablement le Québec dans les organisations internationales, estime Stéphane Paquin. «Harper en a fait un enjeu électoral et a même accordé plus au gouvernement du Québec que ce qu'il réclamait, soit un siège à l'UNESCO [un statut semblable à celui que le Québec a dans la Francophonie], soulève-t-il. Ce serait vraiment dommage de rater cette occasion, tout ça parce qu'il y a un problème de "leadership" au MRI.»
Mais cet engagement touchant l'UNESCO est-il réalisable? «Il faut voir davantage l'esprit de cette avancée, c'est-à-dire la volonté de donner formellement non seulement un siège, mais surtout une voix au Québec dans ce forum international, nuance Nelson Michaud. Il s'agit d'un changement majeur d'orientation à Ottawa, une percée fort importante.»
Il faudra aussi attendre l'énoncé de politique de la ministre Monique Gagnon-Tremblay - dont d'aucuns souhaitent qu'il redonne au ministère des Relations internationales son lustre d'antan - pour connaître les véritables intentions du gouvernement. «Le Québec doit continuer de faire évoluer ses relations internationales à partir de ses acquis, qu'il doit consolider, recommande Nelson Michaud. Il ne doit pas ignorer pour autant certains éléments nouveaux comme l'importance croissante de son américanité, la mondialisation et le rôle international accru de plusieurs entités fédérées qui s'investissent de plus en plus dans les questions internationales. Le Québec a tout intérêt à développer des affinités avec elles.»
Collaboratrice du Devoir

Le déséquilibre fiscal quatre ans après le rapport Séguin
L'ÉTAT DU QUÉBEC DANS LE MONDE (7)
Le Soleil lundi 6 février 2006
Quand on compare l'administration publique du Québec à celle des autres États fédérés ou à des pays occidentaux, comment se situe-t-elle ? Pour y répondre, les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP poursuivront, au fil des semaines, leurs analyses de la situation, à l'invitation du journal LE SOLEIL. Ils se penchent aujourd'hui sur le déséquilibre fiscal.
Avec la promesse du candidat conservateur et désormais premier ministre de le corriger, le déséquilibre fiscal entre le gouvernement fédéral et les provinces a été l'un des invités-vedettes de la récente élection fédérale. En mars 2002, la Commission sur le déséquilibre fiscal, présidée par l'ex-ministre Yves Séguin, avait ouvert largement le débat sur cette question embarrassante en proposant d'y remédier par une hausse des transferts financiers fédéraux versés aux provinces et leur remplacement par les revenus de la TPS.
Quatre ans plus tard, où en sommes-nous ? Le déséquilibre fiscal s'est-il ou non amplifié depuis la publication du rapport Séguin ? Quelles sont les évolutions des situations budgétaires du gouvernement fédéral et des provinces depuis 2002 ? Pour répondre à ces questions, il faut analyser l'évolution des soldes budgétaires respectifs, c'est-à-dire de l'écart positif (surplus) ou négatif (déficit) entre les revenus et les dépenses à partir, d'une part, des données des comptes publics provinciaux et, d'autre part, des tableaux de référence produits par le ministère fédéral des Finances.
Pour avoir une idée juste de la situation budgétaire réelle des provinces par rapport à celle du gouvernement fédéral, il est important d'exclure l'Alberta de l'examen. Grâce en effet à la manne pétrolière et gazière, cette province évolue pour l'instant dans un autre monde. Elle est la seule qui soit parvenue à éliminer sa dette alors que toutes les autres connaissent une situation budgétaire difficile.
Des chiffres qui creusent le déséquilibre
Entre avril 2002 et avril 2005, on observe une croissance annuelle moyenne de 5 % des revenus du gouvernement fédéral, supérieure à la croissance de 4,2 % des revenus des provinces durant la même période. De surcroît, les provinces dépendent de plus en plus des transferts fédéraux pour financer leurs services publics. Ces transferts représentent 20 % de leurs revenus en 2004-2005, contre 17,9 % en 2001-2002.
En ce qui concerne les dépenses, pour la même période, la croissance annuelle s'élève à 6,2 % pour le gouvernement fédéral. Cette croissance est supérieure là aussi à celle des provinces (hors Alberta, rappelons-le) qui, elle, plafonne à 4,2 %. Cet écart s'explique en grande partie parce que le gouvernement fédéral s'est donné une importante marge de manoeuvre budgétaire en remboursant 24,7 milliards $ de sa dette depuis 2001. Un remboursement rendu possible malgré une augmentation des dépenses et une sous-estimation systématique des surplus budgétaires dans ses prévisions initiales de revenus. Entre 2001 et 2005, la dette est donc passée de 524,6 milliards $ à 499,9 milliards $. Ceci a eu pour effet de diminuer le coût annuel du service de la dette, c'est-à-dire le montant annuel des intérêts de la dette, ramené de 39,6 milliards $, en 2001-2002, à 34,1 milliards $ en 2004-2005. La diminution des coûts du service de la dette accroît singulièrement la capacité du gouvernement fédéral d'augmenter les dépenses de fonctionnement de ses ministères, de financer de nouveaux programmes ou encore d'augmenter certains types de versement aux provinces.
À l'inverse, le solde budgétaire de l'ensemble des provinces, toujours hors Alberta, fait apparaître au cours de la même période un déficit global de 12,7 milliards $. La dette nette des provinces s'est accrue de 19,1 milliards $ entre 2001-2002 et 2004-2005, dont 10,1 milliards $, soit plus de la moitié, contractés par l'Ontario à lui seul.
Ainsi, quatre ans après la publication du rapport Séguin, les provinces demeurent dans une situation budgétaire très précaire alors qu'au même moment, le gouvernement fédéral décuple ses surplus tout en augmentant sa marge de manoeuvre par le remboursement de sa dette. Depuis 2003, le Québec parvient difficilement à maintenir son budget en équilibre (déficit zéro). La Colombie-Britannique a affiché des déficits de 2,6 milliards $ en 2002-2003 et de 1,3 milliard $ en 2003-2004 avant d'engranger un surplus de l'ordre de 2,5 milliards $ en 2004-2005. L'Ontario reste toujours quant à lui en situation déficitaire (5,5 milliards $ en 2003, 3 milliards $ en 2004).
La santé, premier poste des dépenses publiques
L'évolution négative du solde budgétaire global des provinces est due en grande partie à la forte croissance des dépenses de santé. Vieillissement des populations, coût du remboursement des médicaments, investissements onéreux dans les nouvelles technologies de diagnostic et de traitement, les dépenses de santé s'envolent et contraignent les budgets publics provinciaux bien davantage que les dépenses consacrées aux autres missions de l'État.
Au Québec, par exemple, le taux annuel de croissance des dépenses consacrées à la santé (entre avril 2002 et avril 2005) s'élève à 5,7 % comparativement à 4,2 % pour l'ensemble des dépenses de l'État québécois, incluant la santé. La part des dépenses dévolue à la santé dans l'ensemble du budget québécois est passée de 34,6 % en 2001-2002 à 36,1 % en 2004-2005. Concrètement, la santé accapare une part croissante du budget québécois au détriment du financement des autres services publics.
On observe le même type de pression exercée par la santé sur les autres missions gouvernementales dans les autres provinces. En Ontario, le budget de la santé a connu une croissance annuelle moyenne de 9,3 %, comparativement à une augmentation de 6,4 % de l'ensemble des dépenses publiques. La Colombie-Britannique a accru ses dépenses de santé à un rythme annuel de 4,9 % pendant que l'ensemble de ses dépenses budgétaires connaissait une hausse moyenne de 3,0 %. Avec, dans les deux cas, un résultat analogue : la part du budget ontarien consacrée à la santé est passée de 36,6 % à 39,7 % entre 2001 et 2005 alors qu'en Colombie-Britannique, cette part représente, en 2005, 37,9 % des dépenses de l'État contre 35,8 % en 2001.
Cette analyse révèle donc que le déséquilibre fiscal entre le gouvernement fédéral et les provinces s'est aggravé depuis la publication du rapport Séguin en 2002. Une mise à jour de la projection 2020 des équilibres financiers des gouvernements et des provinces et des territoires réalisée en février 2004 par le Conference Board du Canada confirme cette aggravation. Le Board prévient que si le déséquilibre fiscal n'est pas corrigé "[...] le gouvernement fédéral devrait enregistrer des surplus budgétaires de plusieurs milliards de dollars qui auront pour effet de réduire sa dette portant intérêt à 128,8 milliards $ en 2019-2020. Parallèlement, la dette nette de l'ensemble des provinces et territoires fera un bond de 54 % pour s'élever à 431,7 milliards $. [...] Si les régimes fiscaux actuels ne changent pas, cet écart s'accentuera dans le futur. Seul le gouvernement fédéral disposera alors de la marge de manoeuvre nécessaire pour mettre en place de nouvelles initiatives, comme des réductions d'impôt et de nouveaux programmes de dépenses".
Importante source de tensions dans les relations fédérales-provinciales, le déséquilibre fiscal peut être corrigé de deux façons : soit par une augmentation des transferts financiers fédéraux, généralement conditionnels, soit par un transfert de points d'impôts, par définition inconditionnel, permettant aux provinces de disposer de revenus additionnels. Ainsi, les provinces pourraient-elles mieux faire face à la croissance des dépenses de santé et des autres secteurs dont elles sont responsables, dont l'éducation. L'une ou l'autre de ces solutions n'est toutefois envisageable qu'à la condition de réformer le système de péréquation, de manière à corriger équitablement le déséquilibre fiscal entre les provinces nanties et celles qui, provisoirement ou non, le sont moins.
Le règlement du déséquilibre fiscal constituera un test crucial de la volonté du nouveau gouvernement conservateur de Stephen Harper de redéfinir les relations du gouvernement fédéral avec le Québec et les autres provinces.
Les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP. Pour communiquer avec l'Observatoire : Danielle Landry : (418) 641-3000, poste 6574 ; télécopieur : (418) 641-3057 ; courriel : danielle_landry@enap.ca ; site Internet : enap.ca/observatoire

L'éléphant dans le salon conservateur
Hébert, Chantal
Le Devoir lundi 6 février 2006
Le premier cabinet conservateur du nouveau siècle est d'abord le symbole du retour en force de l'Alberta aux commandes après une absence relative de 13 ans au cours de laquelle bien les électeurs de l'Ouest canadien ont presque renoncé à jamais réussir à faire contrepoids à l'Ontario. L'équipe qui sera assermentée aujourd'hui inclut également une poignée de Québécois plus ou moins obscurs sur les frêles épaules desquels repose peut-être la dernière meilleure chance de réélection du gouvernement de Jean Charest et d'une accalmie prolongée sur le front référendaire.
Comme si le fardeau n'était pas suffisamment lourd, le nouveau cabinet affrontera sous peu une opposition libérale dont les principaux ténors sont plus à l'aise avec l'exercice du pouvoir que le caucus conservateur au grand complet. Il lui faudra également naviguer entre trois partis d'opposition qui sont infiniment plus proches les uns des autres sur le plan philosophique que du nouveau gouvernement.
Au moment où Stephen Harper prend les rênes, les libéraux, le NPD et le Bloc s'entendent avec les conservateurs sur une chose et c'est que l'électorat n'est pas disposé à retourner aux urnes de sitôt. Mais le nouveau premier ministre serait bien naïf s'il y voyait un gage de grande marge de manoeuvre pour son gouvernement minoritaire.
Cet après-midi, les nouveaux ministres vont s'asseoir pour la première fois pour départager les dossiers qu'ils pourront se permettre de présenter aux Communes de ceux qui sont trop chauds pour être manipulés par un gouvernement aussi fragile. Ils auraient intérêt à se rappeler dans chacune de leurs prières que, derrière la façade d'un Parlement à l'italienne, il y a un gouvernement de rechange en puissance de l'autre côté de la Chambre.
On ne dira jamais assez l'ambiguïté de la place que l'ex-premier ministre Paul Martin a choisi d'occuper dans le Parlement reconfiguré.
Depuis le 23 janvier, M. Martin a dit à plusieurs reprises que sa dernière campagne électorale était derrière lui. Il a confié la direction parlementaire des libéraux à Bill Graham.
Sa garde rapprochée a commencé à se disperser. Mais il demeure néanmoins chef en titre du Parti libéral et il a l'intention de continuer à représenter la circonscription de LaSalle-Émard aux Communes jusqu'au prochain scrutin.
Au cours des 10 derniers jours, aucun prétendant évident à la succession libérale ne s'est manifesté. Le contraire s'est plutôt produit alors que, les unes après les autres, les grosses pointures du parti ont choisi de se dérober. Dans les circonstances, les libéraux n'ont aucune raison de précipiter le changement de la garde. Sciemment ou pas, M. Martin se retrouve avec tous les attributs d'un politicien en réserve de la nation. Son statut démissionnaire appréhendé lui permettra même d'observer les premiers pas du nouveau gouvernement à l'abri des poignards de son parti.
Si le très mince lien de confiance entre le gouvernement Harper et l'opposition venait à se rompre rapidement, le PLC et le NPD comptent ensemble suffisamment de députés pour proposer à la gouverneure générale de prendre en main la direction des affaires au pied levé en formant un gouvernement de coalition.
Ce serait un rebondissement spectaculaire. Le Canada n'y gagnerait pas un gouvernement majoritaire au change. On assisterait plutôt à un changement de l'axe du régime de la droite vers la gauche et la zone de confort traditionnelle de l'électorat. Tout cela, bien sûr, ne pourrait jamais se produire sans l'accord du Bloc québécois.
Il fut un temps où Gilles Duceppe aurait probablement fait des détours pour assurer la survie d'un gouvernement minoritaire qui n'était pas libéral. Mais c'était avant que les conservateurs ne viennent freiner l'élan préréférendaire du mouvement souverainiste et se poser en menace à la suprématie du Bloc sur le Québec francophone.
Si Stephen Harper réussit modérément bien sur le front québécois, son succès aura vraisemblablement un impact positif pour Jean Charest sur le climat des prochaines élections québécoises. Surtout, il ne manquera pas d'ici 18 à 24 mois de candidats-vedettes fédéralistes pour se présenter au rendez-vous de la prochaine campagne fédérale au Québec sous la bannière conservatrice.
Dans les circonstances, le Bloc n'a pas un intérêt impératif à faire durer le nouveau gouvernement, surtout s'il lui fallait pour cela rogner sur les valeurs sociales qu'il véhicule.
Tout indique que Stephen Harper - sinon l'ensemble de son équipe - est conscient de la présence de cet éléphant dans le salon de son nouveau gouvernement. Sa meilleure police d'assurance pour se prémunir contre le Bloc consisterait à rendre injustifiable la défaite prématurée d'un gouvernement qui a ravivé des espoirs certains dans une tranche importante de l'électorat québécois.
Le premier ministre aura de meilleures chances d'arriver à ses fins s'ils colle l'action de son gouvernement le plus proche possible du centre de l'échiquier politique et s'il commence rapidement à concrétiser ses promesses sur le front québécois.
Mais leur réalisation ne se fera pas sans une certaine collaboration de la part des autres partis fédéralistes. Elle est loin de lui être acquise d'emblée. Dans le passé, le PLC n'a jamais fait de cadeaux aux conservateurs en matière de relations Canada-Québec.
Il y a à peine neuf mois, libéraux et néo-démocrates s'enveloppaient dans l'unifolié pour argumenter que l'unité canadienne passait par la survie d'un gouvernement Martin plongé en plein scandale plutôt que par sa défaite aux mains des conservateurs et du Bloc. On verra si la même prétendue raison d'État sera au rendez-vous maintenant que les rôles sont inversés.
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

Une histoire à suivre
Descôteaux, Bernard
Le Devoir lundi 6 février 2006
Premier jour aujourd'hui du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Pour la première fois depuis 26 ans, le Canada sera dirigé par un premier ministre qui n'est pas québécois, mais, malgré cela, ce gouvernement devra inscrire en tête de liste de ses priorités la question du Québec. Le règlement des revendications québécoises est la clé des succès futurs du Parti conservateur.
N'eût été l'élection de dix députés conservateurs au Québec, Stephen Harper n'aurait pas été invité aujourd'hui à cette cérémonie d'assermentation à Rideau Hall. Dès avant le début de la campagne électorale, le nouveau premier ministre avait saisi l'importance d'y faire une percée pour s'assurer d'une victoire. Pour rêver de former un gouvernement majoritaire la prochaine fois, il sait trop bien qu'il doit tenir les promesses faites aux Québécois. Avant de lui faire davantage confiance, ceux-ci voudront que se concrétise ce fédéralisme d'ouverture qu'il a évoqué en campagne.
Le premier geste qu'on attendra de M. Harper aujourd'hui sera qu'il fasse une place de choix à ses députés québécois dans son cabinet. L'un d'eux pourrait peut-être se retrouver vice-premier ministre, afin de marquer symboliquement l'importance qu'il accorde au Québec. Ce ne sera toutefois qu'un symbole. Plus significatif seront les portefeuilles qu'il leur accordera. Comme les Québécois seront peu nombreux dans ce cabinet, il serait souhaitable qu'ils obtiennent des responsabilités dans les trois secteurs clés que sont le développement économique, le développement social et le développement culturel.
Que Josée Verner, Maxime Bernier, Lawrence Cannon et Jean-Pierre Blackburn se retrouvent au Conseil des ministres ne dispensera pas le premier ministre de s'impliquer directement dans les affaires québécoises. Étant celui qui a personnellement contracté des engagements envers le Québec, il a une obligation de résultats. Sa présence sera d'autant plus nécessaire que les réformes qu'il envisage susciteront beaucoup de résistance, qu'il s'agisse de reconnaître le prolongement à l'international des compétences du Québec ou de régler la question du déséquilibre fiscal.
Sur la première question, les choses pourraient progresser relativement rapidement. Les réserves que suscite l'octroi au Québec d'un strapontin à l'Unesco sont bien connues. Tout l'appareil fédéral tient à ce que le Canada parle d'une seule voix sur la scène internationale. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui croient que l'on ouvre là une porte qui facilitera la reconnaissance internationale du Québec au lendemain d'un éventuel référendum favorable aux souverainistes. M. Harper pourra faire valoir en contrepartie que la participation du Québec à la francophonie ne s'est pas révélée le drame annoncé.
Beaucoup plus difficile sera le règlement du déséquilibre fiscal. M. Harper a lui-même souligné la complexité de la question qu'il abordera en pièces détachées: transferts pour l'éducation post-secondaire, transferts pour la santé, péréquation, contrôle du pouvoir de dépenser. Les changements qu'il envisage, s'ils ravissent les provinces, susciteront une vive opposition chez les partisans d'un fédéralisme centralisateur parce qu'ils pourront réduire la capacité d'Ottawa à orienter, par son pouvoir de dépenser, les grands axes de développement du Canada. On ne doit pas sous-estimer la résistance que suscitera ce projet qui, dès le lendemain de l'élection, se manifestait dans le quotidien The Globe and Mail.
Ce premier jour du gouvernement Harper, les nouveaux élus le consacreront d'abord au plaisir de se retrouver au pouvoir. Nul doute que les suivants seront plus exigeants. Sa situation de minoritaire condamnant Stephen Harper au compromis, tous ses engagements électoraux pourraient se trouver dilués. C'est une histoire à suivre.

Harper leaving critics little fodder
John Ibbitson
The Globe and Mail Monday, February 6, 2006
Stephen Harper is an extraordinary politician.
This morning at eleven, Mr. Harper will become Canada's 22nd prime minister, confounding a legion of skeptics, surpassing the expectations of all but a handful of his most loyal supporters, surmounting his public image as an ill-tempered ideologue.
Although he presides over a minority government, even his political enemies are conceding that the administration is immune from any danger of premature defeat. Mr. Harper leads a united Conservative Party, which used to be considered an oxymoron, while the Liberals are leaderless and in disarray.
A man with no visible political talents, but many hidden ones, united the fractured Alliance party, convinced the Progressive Conservatives to merge with it, shaped the two factions into an efficient political machine, and used it to bring down Paul Martin's Liberal government, which at its inauguration was considered invincible.
Most remarkable of all, Mr. Harper did all this without selling his political soul to any interests, without having any debts to pay -- and without thus far demonstrating a compulsion to settle scores -- and with a clear and detailed agenda that the opposition will be hard-pressed to obstruct. All this, and he's only 46.
And yet, unless Mr. Harper can convert this minority government into a solid majority in the next election, his success will be considered qualified, at best, which is why the first cabinet of this government from the West will be all about Ontario and Quebec.
One need only look at the challenges facing Mr. Harper, and the flip-side opportunities for growth, to predict how he will structure his cabinet.
The single greatest success of Mr. Harper's career thus far has been making the Conservative Party relevant in Quebec. The Conservatives took 10 seats there in this election, and placed second in 40 more, making the Conservatives the most credible federalist alternative in that province.
But to break into majority-government territory, the Conservatives will need to more than double that result next time out, which is why Quebec MPs Lawrence Cannon, Josee Verner, Maxime Bernier and Jean-Pierre Blackburn, at the least, will be sitting at the cabinet table.
Equally important, Mr. Harper must end the estrangement of urban southern Ontario from the Conservative Party. Jim Flaherty, John Baird and Tony Clement all have cabinet experience from their days in the Mike Harris government, which people seem to forget was anchored in suburban Ontario, and all are expected to be in cabinet, along with Bev Oda and several others.
There will be grumblings from the West, especially when the public discovers that able veteran MPs have been passed over to make room for Ontario and Quebec rookies, but with the prime minister and almost half the caucus from the West, the region will make its voice heard.
Mr. Harper is also expected to soon announce that the 39th Parliament will convene in March, with a budget expected before the end of the month. That budget will pass with far less angst than the Liberal one of last spring, even though the opposition will chafe at plans to cut the GST and convert the Liberal's national child-care program into direct cash payments to parents.
The session will also be dominated by a bill to curb patronage and tighten campaign financing, and another to toughen penalties for gun-related crimes.
Then will come the hard part: negotiating a new fiscal framework with the provinces, and managing the daily crises that often prove fatal to poorly led governments.
By then we will have a better sense of Mr. Harper's weaknesses and strengths as a prime minister. But for now, he is enjoying a bit of a political honeymoon, which the media rarely accord a Conservative administration.
Mr. Harper is getting that honeymoon because he campaigned so effectively, and has managed the transition to government so smoothly. And there may be another reason: his critics may have finally learned that underestimating Stephen Harper is a big mistake.
jibbitson@globeandmail.com

Reinventing federalism
EDITORIALS
National Post February 6, 2006 Monday
On the surface, there may appear to be no connection between Alberta's pending health-care reform legislation and new polls showing that support for separatism has dropped in Quebec since a Tory government was elected on Jan. 23. Yet both are indicative of the broad desire of provinces to get out from under Ottawa's thumb. And both offer PM-designate Stephen Harper a chance to leave a lasting mark on Ottawa by restoring federal-provincial relations to their rightful constitutional place.
Mr. Harper can begin by taking the right tone with his home province of Alberta as it moves toward codifying a "third way" in health care, neither fully public, nor wholly privatized.
The new Alberta Health Care Assurance Act is still only in draft form. Yet Alberta government sources have suggested it will permit doctors to work in the private and public systems simultaneously, allow private hospitals to open, welcome foreign investment in health facilities and sanction private insurance for non-life-threatening procedures. The legislation may also omit any reference to the primacy of the Canada Health Act (CHA).
Under the outgoing Liberal government, even whispers of change would have prompted a vehement rhetorical attack: Liberal ministers (led by outgoing Health Minister Ujjal Dosanjh) would have pounced on Alberta and threatened retaliation. Mr. Harper will be under pressure to do the same in order to prove himself a defender of the CHA. He must resist.
Instead, he should promise all provinces that whenever they consider changes to programs that are within their exclusive constitutional jurisdiction -- such as health -- Ottawa will give them the benefit of the doubt. Only in those cases where provincial policies clearly conflict with the CHA or other federal statutes will the federal government respond. Mr. Harper should make it clear that the era when Ottawa saw itself as the moral arbiter of how health services should be delivered in every doctor's office, clinic and operating room in the nation is now at an end.
Even in cases where an infraction of the CHA is evident, Mr. Harper's government should take a modest approach. Instead of threatening retribution, Ottawa should simply deduct the appropriate amount from future transfer payments. So long as the province is prepared to live with such deductions, the kind of health system it wants is none of Ottawa's business.
Showing respect for provincial prerogatives will keep right-tilting Albertans happy. Yet it will have the same effect in Quebec. A CROP poll in that province shows that support for sovereignty dropped from 43% three weeks ago to 34% last week. The reason given by pollsters: Quebecers' approval of Mr. Harper's promises to correct the fiscal imbalance between Ottawa and the provinces, and to give Quebec a presence at some international conferences and forums, such as at the UN Educational, Scientific and Cultural Organization.
The poll results make a mockery of Liberal campaign claims that a vote for the Tories was a vote to break up Canada. Our country has been spared another separatism wave precisely because of the Conservatives' new attitude toward the provinces.
Fights between Ottawa and the provinces are not inevitable. They have seemed so in recent years only because of the Liberals' desire to use their budget powers to impose one-size-fits-all policies on the provinces. By rejecting this dirigiste mentality, Mr. Harper can not only improve his chances of winning a majority in the next election, he can strengthen the federation.

Et le monde?
Martin, Lawrence. L'auteur est journaliste. Il a publié une biographie de Jean Chrétien.
La Presse dimanche 5 février 2006
Durant la campagne électorale, pas un mot sur l'Irak, le Proche-Orient, la montée de la Chine et de l'Inde
Grande campagne électorale? Certainement. Il n'y manquait à peu près rien qu'une chose: le monde.
Au cours des huit semaines de la campagne et des huit heures de débats télévisés, on a rarement fait mention des affaires étrangères.
Ce fut comme si nous avions été un État isolé, replié sur lui-même, narcissique.
Pendant la campagne, personne n'a évoqué le Proche-Orient. L'Irak a eu droit à une ou deux mentions tout au plus. Quant au terrorisme sur la planète, vous n'auriez pas su que cela existait si vous aviez suivi la campagne électorale canadienne.
La montée formidable de la Chine? À peine un mot de la part de nos chefs politiques. La prolifération nucléaire? Inconnue ici. Le gros virage à droite des États-Unis? Aucune discussion.
Notre économie compte sur le commerce international. On l'a oublié pendant les élections... Comme on s'en serait douté, la pauvreté dans le monde a été ignorée. En ce qui concerne l'Inde, l'Iran, le sida,- chut! Nous avons notre propre crise à régler. Le déséquilibre fiscal!
Pour Stephen Harper, le silence a été d'or. Le premier ministre élu est suffisamment honnête pour reconnaître qu'il est un néophyte sur la scène mondiale. Son expérience de voyage se limite à une ou deux visites en Europe.
Mais bien que Paul Martin eût pu bouffer M. Harper tout cru au chapitre des affaires extérieures, les libéraux se sont principalement préoccupés d'affaires intérieures. Au cours des débats télévisés, tous les participants ont oublié qu'il y avait un vaste monde de l'autre côté de notre porte.
Le résultat de tout cela, c'est que sur des questions telles que la Chine et Taiwan, le désarmement nucléaire, les États-Unis en tant que nouvelle Rome, le Proche-Orient, bien peu d'entre nous connaissent la position de notre nouveau leader.
Pendant les quelques derniers mois, M. Harper a fait preuve de beaucoup d'adresse et d'une maturité politique remarquable. Mais le dossier des affaires extérieures constituera un test à coup sûr. Le manque d'expérience de M. Harper dans les affaires internationales n'a d'égal que celui de son caucus. Personne ne peut imaginer qui sera le nouveau ministre des Affaires étrangères. Le critique du parti en matière d'affaires étrangères, Stockwell Day, n'obtiendra pas le poste parce que l'on craint (ce pauvre Stock joue toujours de malchance) qu'il ne tienne trop de conférences de presse sur les plages de Waikiki. On avance le nom de Jason Kenney, mais le poste requiert plus de subtilité que ne peut en présenter un jeune homme emporté, aux envies napoléoniennes.
Autre gros point d'interrogation: le poste d'ambassadeur à Washington. Certains proposent Preston Manning, mais à la seule évocation de ce nom on peut déjà voir la boucane sortir des oreilles de Brian Mulroney. M. Manning a passé la majeure partie de sa vie adulte à miner les conservateurs de M. Mulroney grâce à " l'insurrection " du Reform Party. M. Mulroney, qui a aidé les conservateurs à gagner des sièges au Québec, entretient une relation spéciale avec Washington. Il serait très offensé de voir M. Manning prendre le chemin de la capitale américaine.
M. Harper ne commettra pas cette erreur. En fait, selon les premières indications, il se pourrait bien qu'il nous surprenne en matière d'affaires extérieures en adoptant une approche modérée qui mettrait l'accent sur la souveraineté canadienne.
On a accueilli avec beaucoup de réserves le slogan " Stand up for Canada " de sa campagne électorale en anglais. Après tout, les conservateurs étaient devenus au cours des dernières années le parti des compromis avec les États-Unis. Ce slogan sonnait davantage comme s'il avait été tiré d'un programme libéral ou du NPD. Mais la première grande chose que fit M. Harper après la soirée des élections fut de servir une sérieuse rebuffade à l'ambassadeur des États-Unis qui mettait en doute la souveraineté du Canada sur l'Arctique. Cette semaine, dans un discours adressé à des Canadiens sur le point de s'envoler vers Haïti pour y surveiller les élections présidentielles, il s'est inspiré de la vue des libéraux de M. Martin selon laquelle le Canada pourrait devenir aussi connu pour son aide à la mise en place de systèmes démocratiques qu'il le fut pour son rôle de gardien de la paix.
Le soir des élections, M. Harper a soutenu que le Canada avait choisi un nouveau gouvernement et non pas de nouvelles valeurs.
Voilà qui est passablement remarquable. Voilà que sont balayées toutes ces craintes d'un M. Harper de droite, d'inspiration régionale. Même en matière d'affaires extérieures où son expérience est si limitée, on dirait un homme d'État modéré.

"Aux pays des merveilles": Que veut le Québec, aujourd'hui?
Pratte, André
La Presse dimanche 5 février 2006
Dans son plus récent ouvrage, l'éditorialiste en chef de La Presse démonte l'échafaudage de mythes qui, selon lui, domine depuis des décennies le débat sur l'avenir du Québec. Voici deux extraits de Aux pays des merveilles- Essai sur les mythes politiques québécois, attendu en librairie cette semaine.
" What does Québec want? Il serait bien triste que le Canada anglais se pose encore cette question à laquelle nous avons si souvent tenté de répondre. La réalité est encore plus désolante: désormais indifférents, convaincus qu'aucune réponse ne satisferait les Québécois, la plupart des Canadiens anglophones ne s'interrogent même plus à ce sujet. Cette situation provoque au Québec une frustration profonde et parfaitement compréhensible. Compréhensible, mais pas totalement justifiée. Car les Canadiens des autres provinces ne sont pas les seuls responsables de cet état de fait."
Les Québécois, fédéralistes comme souverainistes, ne se questionnent guère sur le bien-fondé et sur le sens de leurs exigences relatives au fédéralisme canadien. Ils sont tellement habitués à être demandeurs qu'ils ont l'impression de n'avoir rien obtenu au fil des décennies. Et pourtant le bilan à cet égard est fort positif. Si le Québec revendique toujours quelque chose du Canada, ce n'est pas qu'il n'a jamais gain de cause; c'est plutôt que, dès qu'une victoire est enregistrée, nos représentants passent à une nouvelle exigence. Dans le grand livre des gains et pertes que tiennent les leaders politiques québécois, les requêtes satisfaites ne sont jamais consignées dans la colonne des actifs; elles sont tout simplement effacées. Ne restent donc que les échecs, soigneusement compilés, soulignés en rouge, et les demandes restées en plan.
Que veut le Québec, aujourd'hui? Pourquoi plus de 40 % des Québécois sont-ils tellement en colère contre le Canada qu'ils songent à s'en séparer? La réponse à ces questions est loin d'être aussi évidente qu'on ne le croit généralement. D'abord et avant tout, les Québécois veulent être reconnus. C'était le but de Meech; c'est le grand échec moderne de la fédération canadienne. Les Québécois voudraient que le reste du pays admette solennellement leur différence. Cette reconnaissance, j'en suis convaincu, devrait être la priorité des fédéralistes canadiens et québécois qui ont à coeur l'avenir du Canada.
Cela dit, la différence québécoise, si elle n'est pas reconnue dans la Constitution, est concédée dans les faits depuis la naissance même de la Confédération. Le politologue Guy Laforest parle d'une reconnaissance " à la manière anglaise ", c'est-à-dire implicite, pragmatique, qui daterait de la rédaction de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique. (...) Cette reconnaissance " à l'anglaise " se reflète aujourd'hui dans le fonctionnement quotidien de la fédération. En effet, dans toute une série de domaines, le Québec jouit dans les faits d'un statut particulier, notamment dans la mise en oeuvre des programmes fédéraux. Contrairement à ce qu'on entend souvent, il n'y a pas de " rouleau compresseur " fédéral; le gouvernement du Québec réussit toujours, d'une manière ou d'une autre, à faire à sa tête.
(...)
Au cours des années, presque toutes les demandes du gouvernement du Québec visant une plus grande autonomie ont abouti à une entente avec le fédéral. Avant qu'elles ne soient satisfaites, ces demandes étaient dépeintes comme absolument fondamentales, au point où la difficulté de parvenir à un accord était censée démontrer la nécessité de l'indépendance ou d'un fédéralisme renouvelé de fond en comble. Lorsque des ententes ont été conclues, les politiciens québécois se sont empressés de passer à l'exigence suivante, lui attribuant la même valeur cruciale. Québec voulait être responsable du choix et de l'intégration des immigrants sur son territoire; Ottawa a acquiescé et accordé au gouvernement québécois une compensation financière dont tous conviennent aujourd'hui qu'elle est fort généreuse. Québec voulait avoir le contrôle de la formation de la main-d'oeuvre; Ottawa a accepté (sous le règne du terrible centralisateur qu'était Jean Chrétien...). Le Québec ne voulait rien savoir d'un Conseil national de la santé; Ottawa a créé le Conseil en acceptant sans mot dire (encore sous Chrétien...) que le Québec n'en soit pas membre, mais se contente d'échanger de l'information avec le nouvel organisme. Québec exigeait de rapatrier une partie de l'assurance emploi pour pouvoir mettre sur pied un programme de congés parentaux; une entente en ce sens a été conclue.
Cette reconnaissance de fait ne satisfait évidemment pas la soif cartésienne des Québécois de voir le tout confirmé dans la Constitution. J'en suis. Mais je n'oublie pas non plus que la réalité, même si elle n'est pas " nommée ", a souvent plus de valeur que les déclarations de principe. D'autres nations, explicitement reconnues dans les textes constitutionnels, sont loin de disposer d'outils de développement aussi importants que ceux qu'ont en main les Québécois, eux qui jouissent d'un gouvernement autonome et puissant, en plus d'exercer une influence notable au sein des institutions centrales.
Aujourd'hui, c'est le déséquilibre fiscal qui est au coeur des revendications du Québec. Lorsque ce problème-là aura été réglé, par l'évolution de la conjoncture économique ou par les décisions des politiciens, les souverainistes trouveront un autre motif de colère contre le gouvernement fédéral. Et les leaders fédéralistes québécois suivront, craignant que tout autre discours ne provoque une remise en question de leur fidélité au Québec.
(...)
QUAND TOUT VA MAL...
La grande réussite stratégique des souverainistes est d'avoir imposé l'idée que les choses vont mal
(...) La grande réussite stratégique des souverainistes d'aujourd'hui est d'avoir imposé dans l'esprit d'un grand nombre de Québécois l'idée que les choses vont mal. Que la langue française est menacée, que le fédéralisme est bloqué et nous est néfaste, que le Québec n'est pas maître de son destin. L'ancienne ministre péquiste Lise Payette donnait récemment une démonstration saisissante de cette approche:
" Regardons les choses en face. Nous n'avançons plus. Nous faisons du surplace ou, pire, nous tournons en rond. Nous n'avons plus de projet collectif, plus de perspective d'avenir, plus de rêve commun. Nous dépensons nos énergies à essayer de sauver les acquis de la Révolution tranquille, ou ce qu'il en reste, afin de ne pas nous retrouver complètement démunis quand nous allons retomber sur nos pieds."
" Le fédéralisme, tel que pratiqué par Ottawa depuis Pierre Trudeau, a servi à étouffer le Québec. Toute velléité d'originalité et tout développement des caractéristiques propres à ce peuple pourtant si tenace ont été écrasés. Il a suffi à Ottawa de nous appauvrir sur le plan financier pour tuer dans l'oeuf notre désir de dépassement et nos rêves de grandeur. En nous plaçant constamment en mode de survivance, Ottawa nous a tenus suffisamment occupés pour que nous ne puissions pas mettre nos efforts et nos idées au service d'un autre objectif que celui de durer." (Journal de Montréal, 26 septembre 2005).
Relisez chacune de ces phrases, et comparez-la à la réalité que vous voyez autour de vous. Vous verrez qu'elles sont toutes contredites par les faits. Le Québec dépense-t-il toute son énergie à sauver ce qui reste de la Révolution tranquille? Franchement! L'héritage de cette Révolution - la démocratisation de l'éducation, le développement économique et culturel du Québec français, la mise en place d'institutions collectives proprement québécoises -, tout cela est non seulement intact, mais personne ne remet ces acquis en cause. Tout développement des caractéristiques propres aux Québécois aurait été écrasé? Alors, comment expliquer les nombreuses ententes Québec-Ottawa (régime de retraite, immigration, formation de la main-d'oeuvre, congés parentaux, services de garde, infrastructures...)? Comment expliquer l'apport considérable d'organismes fédéraux (Radio-Canada, l'Office national du film) au développement de la culture québécoise? Qui a été écrasé, au juste? Les défenseurs de la souveraineté du Québec ont-ils été emprisonnés, harcelés, empêchés de s'exprimer? Selon Mme Payette, notre désir de dépassement et nos rêves de grandeur sont morts dans l'oeuf. Où vivait-elle au cours des dernières décennies, alors que des Québécois nous ont remplis de fierté en réalisant leurs rêves les plus fous, ici et à l'étranger? Un tel cumul d'affirmations non fondées aurait dû vouer l'auteure au ridicule. Il n'en fut évidemment rien.
Une analyse positive
À l'issue de son débat contre Jimmy Carter, lors des élections présidentielles américaines de 1980, Ronald Reagan avait frappé un grand coup en suggérant aux Américains de faire leur choix après s'être posé la question suivante: " Êtes-vous dans une meilleure situation aujourd'hui qu'il y a quatre ans? " Les fédéralistes devraient s'inspirer de cette tactique et amener chaque Québécois à se demander: " Les choses vont-elles mieux aujourd'hui, au Québec et dans ma propre vie, qu'il y a 30 ans? 20 ans? 10 ans? Le français se porte-t-il mieux ou moins bien? La société québécoise est-elle plus ou moins prospère? Les Québécois sont-ils davantage ou moins maîtres de leur destin? Sont-ils plus ou moins présents dans le monde, sur les plans politique, économique et culturel? " Pour la grande majorité d'entre nous, la conclusion de cette analyse sera positive. C'est la preuve que, même si tout n'est pas parfait, les choses marchent au Québec, et ce au sein du Canada.
On peut discuter longuement des causes de cet état de fait. Est-ce en raison du contexte nord-américain? À cause du système canadien? Grâce au génie québécois? Notre prospérité économique, sociale et culturelle résulte d'un grand nombre de facteurs, parmi lesquels il ne faudrait pas oublier la chance. Quoi qu'il en soit, dans le débat sur l'avenir du Québec, il ne devrait plus s'agir de comparer un pays " qui ne marche pas " avec un pays idéal; on devrait plutôt comparer le pays réel, qui nous a donné liberté et prospérité, à un pays hypothétique, dont les promoteurs ne peuvent d'aucune manière garantir qu'il nous offrira ces avantages au même degré.
De nombreux Québécois ont décidé, pour diverses raisons, que le jeu en vaut la chandelle. Leur choix est tout à fait légitime. Ce qu'il faut éviter, c'est que nous soyons amenés à choisir la souveraineté en nous fondant sur des chimères. Lors d'un discours prononcé au plus récent congrès du PQ, le chef du Bloc, Gilles Duceppe, a présenté la souveraineté comme la solution à tous les problèmes sociaux du Québec, jusqu'au dépeuplement des régions. " Des villages entiers ferment! " a-t-il déploré. M. Duceppe ignore-t-il que tous les pays du monde, aussi souverains soient-ils, font face au même problème? Comment les leaders souverainistes peuvent-ils entretenir de telles illusions? Il me semble que, si les Québécois votent un jour en faveur de la souveraineté, il serait éminemment souhaitable qu'ils le fassent avec lucidité. "

La présence du Québec à l'UNESCO, un objectif pour 2006
Le Courrier parlementaire©
jeudi 2 février 2006
Voici la suite de la conversation du Courrier parlementaire© avec le ministre, Benoît Pelletier, dont la première partie a été publiée dans notre édition de vendredi dernier. Cette fois, nous l'avons questionné sur les relations du Québec avec le gouvernement fédéral, un dossier dont il a la charge comme ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes. Il a aussi été à nouveau été question de la possibilité de tenir un référendum sur la réforme du mode de scrutin.
LCP : À quelques jours de l'assermentation du nouveau gouvernement, y a-t-il des plans concrets en élaboration pour faire avancer les dossiers du déséquilibre fiscal et de la représentation du Québec dans les forums internationaux ?
B.P. : Moi, je peux dire qu'on est très, très bien préparé au gouvernement du Québec. On était d'ailleurs prêt à toute éventualité, à faire face à n'importe quel gouvernement, libéral, conservateur, majoritaire ou minoritaire.
LCP : Vous avez établi des contacts avec la députée conservatrice Rona Ambrose qui était critique à la Chambre des communes en matière de relations entre le fédéral et les provinces. ( Elle est maintenant pressentie par certains pour occuper un poste de ministre). Avez-vous obtenu des engagements concrets de se sa part, ou est-ce que ça demeure à l'état de discussion ?
B.P. : Rona Ambrose est quelqu'un à qui j'ai parlé tout au cours de l'année 2005, et la raison est très simple, c'est que j'ai fait la promotion de mes idées et j'ai fait la promotion des objectifs du Québec auprès de tous les partis d'opposition à Ottawa. Je me suis assuré qu'ils comprennent bien les enjeux, et quels étaient les objectifs du gouvernement du Québec, dans les différents dossiers, dont le déséquilibre fiscal, la place du Québec à l'international, l'UNESCO, ainsi de suite. Et c'est dans ce but-là que j'ai eu des discussions avec Mme Ambrose. Mais je n'ai pas en tant que tel participé à la rédaction du programme conservateur comme certains l'ont prétendu.
Ce que je fais simplement, c'est que j'émets mes idées, et si eux les jugent pertinentes, eh bien, ils les retiennent. Dans le cas du parti conservateur, c'est ce qui est arrivé. Ils ont retenu un certain nombre de mes idées que je véhicule depuis quelques années comme vous le savez.
LCP : Lesquelles de vos idées ont le plus de chance d'être retenues d'après vous ?
B.P. La principale est la place du Québec à l'UNESCO. C'est un dossier que j'ai amené sur la place publique il y a quelques mois, pour lequel je me suis battu. Et c'est un dossier à l'égard duquel le gouvernement Harper démontre énormément d'ouverture. Il y a la question aussi du pouvoir fédéral de dépenser. M. Harper a dit qu'il chercherait à mieux encadrer l'exercice de ce pouvoir. C'est une idée que je véhicule depuis quelques années.
M. Harper a parlé d'une charte du fédéralisme d'ouverture et ça, c'est inspiré d'une proposition contenue dans mon rapport de 2001 et que j'appelais à l'époque la « convivialité fédérale ». Il y a évidemment le dossier du déséquilibre fiscal, où là, je n'ai pas été le seul à en parler bien entendu.
Il y a la question de la spécificité du Québec. M. Harper a reconnu que la Québec avait des responsabilités culturelles et institutionnelles particulières, et toute l'idée voulant qu'on ait un fédéralisme plus flexible, plus souple, plus asymétrique. Toutes ces idées ont fait leur bout de chemin si je puis dire.
LCP : Y a-t-il un premier projet que vous voudriez voir se réaliser concrètement en 2006 ?
B.P. : Bien je pense que la place du Québec à l'UNESCO, c'est un beau projet pour 2006. Et en même temps, ce serait un symbole très fort, parce que l'UNESCO est intimement liée à la spécificité du Québec. N'oublions pas que c'est une institution qui parle d'éducation, de langue et de culture.
LCP : Quelle réaction pensez-vous avoir des autres provinces ? Parce que certaines d'entre elles vont être jalouses, non ?
B.P. : Je ne sais pas si les autres provinces seraient jalouses d'un statut spécial du Québec à l'UNESCO ! Les autres provinces veulent avoir un rôle accru sur la scène internationale. Jamais je n'ai entendu une province me parler de l'UNESCO.
LCP : Pensez-vous recevoir l'appui des autres provinces concernant les dossiers dont vous faites la promotion ? On sait que ça pourrait être le cas pour le déséquilibre fiscal.
B.P. : Oui très certainement. Vous avez mentionné le déséquilibre fiscal. Je sais que l'encadrement du pouvoir de dépenser du fédéral est aussi un sujet qui à mon avis peu avoir l'appuis des autres provinces, mais ça m'amène à dire à quel point le Conseil de la fédération va être un organe important, en 2006.
LCP En quel sens ?
B.P. Si les provinces s'entendent pour dénoncer le déséquilibre fiscal, elles ne s'entendent pas encore sur la façon de le corriger. Alors, il faut qu'on dégage des consensus inter provinciaux et territoriaux. C'est le conseil de la fédération qui va pouvoir le faire.
LCP : Est-ce qu'il y a des premiers ministres sur lesquels vous comptez particulièrement ?
B.P. : On va voir comment les premiers ministres vont réagir suite à l'élection du gouvernement conservateur, mais moi je crois beaucoup en une alliance plus forte entre le Québec et l'Ontario, dans le dossier du déséquilibre fiscal. Jusqu'à présent, on n'a pas senti que cette alliance-là existait entre les deux provinces dans ce dossier, mais je crois qu'elle est possible, et j'estime qu'elle est souhaitable.
LCP : Enfin dans le dossier de la réforme du mode de scrutin que vous pilotez. Le critique de l'opposition officielle, Luc Thériault, a continué, dans un communiqué la semaine dernière, de réclamer la tenue d'un référendum ou d'un plébiscite pour faire approuver cette réforme par la population. Qu'avez-vous à répondre à cela ?
B.P. : Bien présentement on consulte les gens là-dessus justement. Alors, ça va être examiné en temps opportun. Pour l'instant, je dis ceci : je pense que c'est une évidence qu'une réforme comme celle-là doit reposer sur un consensus social qui soit assez fort. Alors, à la fin de la consultation on verra les pistes de consensus qui se dégageront. On verra si on a un consensus solide et à ce moment on informera la population de nos intentions. Mais pour l'instant, c'est prématuré de le faire.

Des choix en santé
Breton, Brigitte
Le Soleil lundi 6 février 2006
Éditorial - Le recours au secteur privé ne constitue pas l'unique remède aux listes d'attente dans le réseau public de santé. Les dernières données de Statistique Canada prouvent qu'il est possible de réaliser des progrès appréciables en empruntant d'autres voies. Elles seront utiles pour étayer la réponse du Québec à l'arrêt Chaoulli.
Le cas de la province est révélateur. Le temps d'attente pour les chirurgies non urgentes a été réduit de moitié depuis 2003. En deux ans, le délai est passé de neuf à quatre semaines, rejoignant ainsi la moyenne canadienne.
Cette constatation de l'organisme fédéral s'ajoute au bilan dressé par le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux. Cet automne, le ministère indiquait que les listes d'attente en cardiologie et en radio-oncologie avaient pu être réduites considérablement, alors que celles pour des arthroplasties de la hanche et du genou avaient diminué, mais dans une moindre mesure.
Notre système public de santé doit évidemment faire beaucoup mieux et ne pas se contenter de la moyenne canadienne. Idéalement, le stress et l'angoisse de devoir attendre des semaines, voire des mois, pour obtenir une consultation ou les services d'un spécialiste, ne devraient pas s'ajouter à la souffrance physique des malades. Il est possible cependant de réduire ces inconvénients et ce, sans développer une médecine à deux vitesses qui risquerait d'allonger le temps d'attente pour bon nombre de patients.
Le Québec n'a pas réussi à réduire ses listes d'attente parce que des malades ont envahi les cliniques privées pour se faire opérer par des médecins retirés du régime public d'assurance-maladie. La province a amélioré le sort des patients parce qu'elle a décidé de faire de la santé une priorité et qu'elle a fixé des objectifs. Québec a choisi d'investir davantage en santé. Il a pu le faire en récupérant des fonds d'Ottawa qui ont servi notamment à acheter de nouveaux équipements et à payer des heures supplémentaires pour accélérer le traitement des patients. Des réorganisations ont aussi été effectuées dans les établissements pour renforcer la première ligne de soins, des spécialités médicales ont été concentrées à certains endroits et ce, pour atteindre une meilleure productivité.
Ce sont ces éléments combinés qui ont permis des avancées. Au cours des prochaines années, l'entrée de nouveaux médecins dans le réseau contribuera aussi à décongestionner les listes d'attente. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'ajout de médecins est en effet la solution qui a le plus d'impact pour accélérer le traitement des malades.
Dans le débat à venir au Québec sur la place du privé en santé, il faudra donc veiller à ne pas attribuer trop de vertus à un recours accru à l'assurance privée. Il n'y a pas là une panacée pour réduire les listes d'attente et pour mieux soigner les gens, notamment les plus démunis et les plus malades. Vaut mieux miser sur d'autres variables comme le fait le gouvernement depuis quelques années.
Aux moyens déjà en branle peut certes s'ajouter une participation plus grande du secteur privé pour dispenser des soins de santé qui continueront cependant d'être défrayés par le régime public. Des gains de productivité et des réductions de coûts pourraient sûrement être enregistrés. Ce qui pourrait alléger le fardeau de l'État tout en garantissant des services plus rapides aux malades, qu'importe la capacité de payer de ceux-ci.
Le Parti québécois a rappelé cette semaine qu'il était prêt à exploiter cette voie. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a aussi tenu des propos en ce sens. Dans un Québec qui a longtemps écarté le secteur privé des services de santé, c'est un pas significatif.
BBreton@lesoleil.com

L'irresponsabilité fiscale
Pratte, André
La Presse lundi 6 février 2006
Éditorial - Au cours des consultations prébudgétaires tenues la semaine dernière, le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, a catégoriquement rejeté l'idée de profiter de la baisse de la TPS promise par le premier ministre élu, Stephen Harper, pour hausser la TVQ d'un montant équivalent. Du point de vue politique, M. Audet ne pouvait pas faire autrement. Cela est révélateur du fait que la plupart des Québécois refusent de voir un aspect fondamental du problème du déséquilibre fiscal: celui-ci ne résulte pas seulement du fait qu'Ottawa prélève trop d'impôts mais aussi de ce que Québec dépense beaucoup.
On a résumé le déséquilibre fiscal par la formule " l'argent est à Ottawa, les besoins sont à Québec ". En diminuant la TPS d'un point dès son premier budget, le nouveau gouvernement conservateur diminuera ses surplus annuels de 4,7 milliards. Autrement dit, il y aura moins d'argent à Ottawa. De ce simple fait, une partie de l'équilibre aura été rétabli.
Les besoins à Québec resteront néanmoins entiers. D'où l'idée que le gouvernement provincial hausse la TVQ de l'équivalent de l'espace fiscal libéré par Ottawa. Québec se retrouverait avec 950 millions de plus par année pour financer ses programmes sans que le fardeau fiscal des Québécois s'en trouve affecté.
M. Audet refuse d'envisager un tel scénario, estimant que le déséquilibre fiscal peut seulement se régler par une entente fédérale-provinciale en vertu de laquelle Ottawa libérerait un espace fiscal dans le but explicite que les provinces le récupèrent sur-le-champ. Les contribuables n'y verraient que du feu et le gouvernement du Québec ne porterait pas l'odieux de priver ses citoyens d'une baisse de taxes annoncée par le fédéral.
Le point de vue de M. Audet illustre le refus du gouvernement provincial depuis quelques années, quel que soit le parti au pouvoir, de prendre ses responsabilités. Le refus aussi d'affronter un tabou. Car on dit très rarement aux Québécois que si leur gouvernement provincial dépense des sommes importantes, ce n'est pas seulement parce que la santé et l'éducation lui coûtent cher comme à toutes les autres provinces; c'est aussi parce que les Québécois ont fait des choix collectifs coûteux. Geler les droits de scolarité, se doter du programme d'assurance médicaments le plus généreux au Canada, financer un vaste réseau de garderies publiques: ces décisions ont été prises par Québec, pas par Ottawa.
L'administration provinciale québécoise dépense 8330 $ par habitant, 2000 $ de plus que sa voisine ontarienne. Il est vrai qu'en Ontario, certains programmes sont pris en charge par les municipalités et que le gouvernement ontarien n'assume pas certaines responsabilités particulières au Québec (les relations internationales, par exemple). Mais cela n'explique pas que l'écart entre les dépenses par habitant du gouvernement du Québec et celles du gouvernement ontarien ait DOUBLÉ au cours des 10 dernières années.
Certains diront que les Québécois ont eu les yeux plus grands que la panse; c'est notre avis. Mais puisqu'ils ont fait ces choix, il leur faut en assumer les coûts. Par conséquent, ils devraient supplier le ministre Audet de profiter de l'occasion en or offerte par Stephen Harper et d'augmenter la TVQ! Les services publics québécois seraient instantanément mieux financés; un pas important aurait été franchi, sans attendre d'interminables négociations, vers le règlement du déséquilibre fiscal.
Les choses ne se passeront évidemment pas ainsi. Dans le cas présent, l'argent est à Québec; malheureusement, l'irresponsabilité aussi.

Charest veut contrôler le message qu'il envoie à la population
Lessard, Denis
La Presse lundi 6 février 2006
Dorénavant, les agents d'information relèveront du Conseil exécutif
Québec - En panne de popularité depuis maintenant deux ans, Jean Charest se lance dans de grandes manoeuvres pour contrôler les renseignements émanant du gouvernement. Les agents d'information de tous les ministères relèveront sous peu du Conseil exécutif- le ministère du premier ministre.
Selon les informations obtenues par La Presse, une cohorte de 200 à 300 agents d'information dans l'ensemble des ministères prendront désormais leurs instructions du Secrétariat à la communication gouvernementale.
Les directeurs des communications des ministères seront désormais choisis par ce secrétariat, proche des décideurs politiques, a confirmé hier Marie-Claire Ouellet, sous-ministre responsable du Secrétariat à la communication.
" Les communications gouvernementales sont une fonction de gestion, et tout le monde s'entend pour dire qu'il y aurait place à amélioration. Il faut davantage de coordination, les ministères travaillent en silo ", a-t-elle expliqué.
Ironiquement, lorsqu'ils étaient dans l'opposition, les libéraux avaient vertement dénoncé une stratégie similaire, quoique moins audacieuse. Il s'agissait alors de centraliser les décisions touchant les campagnes de publicité gouvernementales, une mesure adoptée à l'automne 2001 et que le gouvernement Charest a maintenue après les élections de 2003.
Jean-Marc Fournier, alors simple député de Châteauguay, affirmait alors que la décision du gouvernement Landry de créer un poste de Secrétaire aux communications gouvernementales montrait l'usure du gouvernement. " La centralisation de l'information entre les mains de Bernard Landry et de son petit groupe d'amis, c'est la signature d'un gouvernement de fin de régime. "
L'actuel ministre de l'Éducation soutenait que la nécessité de contrôler le message était l'illustration d'un gouvernement ayant " perdu le contact avec la population ". " Quand le message passe mal, la tendance est souvent de trouver un autre moyen pour le diffuser. De contrôler l'information pour faire en sorte que la population finisse par comprendre le message. Si le message du gouvernement ne passe pas, c'est tout simplement parce que ses politiques ne passent pas la rampe ", avait, incisif, lancé M. Fournier en 2001.
Les directeurs des communications des 22 ministères sont donc convoqués cet après-midi à une rencontre au Conseil exécutif, où on leur fera part de la décision, qui risque de susciter tout un ressac chez les fonctionnaires.
Ces agents d'information " craignent leur conscription à des fins de propagande politique ", écrivait vendredi dernier Carole Roberge, présidente du Syndicat des professionnels du gouvernement (SPGQ), dans une lettre obtenue par La Presse. Pour ces syndiqués, cette nouvelle ligne hiérarchique, branchée directement au niveau politique, risque de déboucher sur " une atteinte aux règles d'éthique " qu'ils doivent respecter comme employés de l'État.
Selon le SPGQ, 1200 fonctionnaires seraient touchés, mais des sources au coeur de ces tractations parlent plutôt d'une cohorte de 300 agents d'information- les autres employés des directions des communications dans les ministères, les linguistes et les traducteurs ne seraient pas touchés.
Cette décision a été prise au cabinet de Jean Charest, et la sous-ministre responsable des communications, Marie-Claire Ouellet, en a été informée il y a quelques jours.
Le décret adopté mercredi dernier au Conseil des ministres prévoit le transfert, " poste et crédit ", des agents d'information partout au gouvernement. Les organismes et sociétés d'État resteront toutefois responsables de leurs messages.
Lors de la présentation du dossier au Conseil des ministres, la semaine dernière, on a souligné que l'ensemble des avocats du gouvernement relevaient déjà du ministère de la Justice, et non du ministère où ils travaillent.

Québec Solidaire sort la gauche de la marginalité, selon Françoise David
Robitaille, Antoine
Le Devoir lundi 6 février 2006
Avec la fondation du Parti Québec Solidaire (PQS), en fin de semaine, la gauche féministe, altermondialiste, écologiste et indépendantiste est «déjà sortie de la marginalité», estime Françoise David, qui en a été élue hier la porte-parole.
Mme David, à l'origine de la fusion entre Option citoyenne et l'Union des forces progressistes (UFP) qui a donné naissance au PQS, estime qu'on devra prendre son parti au sérieux: «Nous ne serons pas des gérants d'estrade», a-t-elle promis hier au terme du congrès, qui s'est tenu à l'Université de Montréal et auquel quelque 1000 personnes ont participé (990 membres et 83 observateurs). Selon elle, Québec Solidaire «fait partie du paysage politique». Certes, il s'agit d'une présence modeste «parce qu'il n'a que de petits moyens», mais il espère pouvoir présenter des candidats dans les 125 circonscriptions aux prochaines élections générales. «Nous n'avons pas 130 000 membres. Nous y arriverons», a-t-elle affirmé. Elle a garanti que le PQS présenterait un programme en bonne et due forme dans moins d'un an, précisant ceci: «Nous devrons être rigoureux, concrets, nous aurons des propositions chiffrées.»
Pas de chef
Pour l'instant, le parti n'a pas de «chef» à proprement parler, mais bien deux porte-parole, Mme David et le médecin Amir Khadir, issu de l'UFP. En conférence de presse samedi, ce dernier a indiqué qu'avant la prochaine élection générale québécoise le PQS se donnerait un chef et qu'il appuierait la candidature de Mme David, qui deviendrait ainsi la première à occuper un tel poste au Québec. Selon le cofondateur d'Option citoyenne, François Saillant, il fallait laisser la fusion s'effectuer sur le terrain pendant quelque temps avant de choisir un chef. «Si on avait voulu faire ça en fin de semaine, ça n'aurait pas été accepté», a-t-il indiqué. Coordonnateur au Front d'action populaire en réaménagement urbain depuis 27 ans, M. Saillant a confirmé qu'il serait candidat aux prochaines élection pour le PQS.
Le PQS connaîtra son premier test électoral très rapidement («ça vient un peu vite», a admis Mme David hier), dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, où une élection partielle doit avoir lieu d'ici au 18 avril. Elle a été laissée vacante en septembre par le député péquiste André Boulerice, qui l'a représentée de 1989 à 2005. Québec Solidaire y a déjà une association «unifiée OC-UFP» et y tiendra une assemblée d'investiture «d'ici 15 jours». La seule candidate pressentie pour l'instant est l'ancienne porte-parole de la Fédération des femmes du Québec, Manon Massé. L'ancien conseiller municipal Martin Lemay y défendra les couleurs du PQ. Lors des élections générales de 2003, le candidat Gaétan Breton, de l'UFP, n'avait recueilli que 6,48 % dans cette circonscription.
Craintes
Comme on le sait, la création de Québec Solidaire inquiète plusieurs souverainistes, qui craignent une division du vote. Présent hier au congrès du PQS à titre d'observateur, le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, a incité les souverainistes de gauche à voter «stratégiquement» pour le Parti québécois lors des prochaines élections. Selon lui «la création d'un tel parti précède la normalité du pays»: il ne pourrait y avoir un parti de ce type que dans un Québec souverain, non dans un «Québec provincial». Le premier problème à résoudre reste celui de la «question nationale» qui, admet-il «voile le débat social».
Amir Khadir a répondu à l'ancien syndicaliste sur les ondes de Radio-Canada que le Parti québécois ne méritait plus la confiance des souverainistes de gauche parce qu'il avait eu «quatre occasions» de prouver qu'il était de gauche et qu'il avait échoué.
La gauche du Parti québécois, la présidente Monique Richard en tête, a multiplié les appels à la collaboration hier. Le club politique de gauche du PQ, «Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre», a diffusé un communiqué en après-midi pour souhaiter la bienvenue au nouveau parti «dans la grande famille souverainiste». Les signataires, l'ex-président de la CSN, Marc Laviolette, et l'ancien candidat à la direction, Pierre Dubuc, se disent convaincus que le PQ et le PQS trouveront «une formule qui [leur] permettra d'unir [leurs] forces pour renverser le gouvernement Charest dès la prochaine élection et avancer résolument vers la souveraineté du Québec».
Selon plusieurs observateurs, dont l'historien du syndicalisme Jacques Rouillard, le fait que Québec Solidaire n'ait pas d'appui de la part des syndicats lui rendra la tâche difficile. Mais hier, Amir Khadir soulignait que «le conseil central de Montréal de la CSN a déjà donné son appui à la naissance d'un parti de gauche au Québec».
Un autre appui important manque au Parti Québec Solidaire, celui du Parti Vert, qui a rejeté toutes les propositions de fusion. La chose préoccupe M. Khadir et Mme David puisque, dans plusieurs circonscriptions, le Parti Vert a, dans un passé récent, réussi à aller chercher quelque 5 % des voix. Ainsi, Mme David a tenu hier à rassurer les militants écologistes. Ces derniers étaient déçus que la proposition de créer un comité consacré à l'environnement ait été rejetée par les membres, samedi. Un tel comité sera créé le plus rapidement possible, a-t-elle dit, précisant dans un même élan qu'une «vision écologiste traversera toutes les prises de position» du PQS.
Pas une extrême gauche
Samedi, les délégués du PQS ont adopté une déclaration de principe comprenant des phrases telles que «nous voulons repenser l'économie», reprochant aux entreprises d'être «et de loin, les principales responsables des déséquilibres écologiques», fustigeant «l'accumulation sans fin du capital». Le PQS est-il d'extrême gauche? Les porte-parole ont récusé le terme avec vigueur. Faisant référence à son passé marxiste-léniniste, Mme David a souligné que les partis d'extrême gauche «qu'on a connus au Québec» prônaient des choses comme «la dictature du prolétariat, la lutte armée contre la bourgeoisie, la lutte classe contre classe, le parti unique, etc.». En revanche, au PQS, a-t-elle fait remarquer, on veut faire les choses «démocratiquement».
Certains, au sein du PQS, n'hésitent toutefois pas à se dire d'extrême gauche. «Je suis communiste, marxiste-léniniste, bref, je suis un dinosaure», ironisait Antonio Artuso, croisé dans un atelier sur la mondialisation. M. Artuso, traducteur d'origine brésilienne, était membre du Parti communiste Canada, section Québec, un parti fusionné au sein de l'UFP, et maintenant intégré au Parti Québec Solidaire.
La gauche au Québec: quelques repères
Dans l'histoire du Québec, «la gauche de gauche» - selon l'expression du sociologue français Pierre Bourdieu - s'est toujours retrouvée dans les marges. Les quelques repères qui suivent sont repris d'une chronologie dressée par des militants de Québec Solidaire, sous la direction de Pierre Dostie. - 1834: fondation du Parti Patriote : «les Patriotes ont inspiré les positions républicaines de l'Union des forces progressistes (UFP) et ses couleurs : rouge et vert». - Septembre 1960: fondation du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Devient un parti en 1963. - 1967-68: fondation du Mouvement souveraineté-association (MSA) et du Parti québécois (PQ) en 1968. Le RIN se dissout. - 1970: manifeste du Front de libération du Québec et Crise d'octobre. - 1972-82 Période marxiste-léniniste (En Lutte, Parti communiste ouvrier, etc.). - 1995: Françoise David organise la marche «Du pain et des roses». Le NPD-Québec change de nom et devient le Parti de la démocratie socialiste (PDS). - 1998: élections générales. Le RAP présente sept candidats (dont Michel Chartrand, dans Jonquière, qui se présente contre Lucien Bouchard et obtient 15 % des voix). - 15 et 16 juin 2002: fondation, à Montréal, de l'Union des forces progressistes issue notamment de la réunion du Rassemblement pour l'alternative progressiste, du Parti de la démocratie socialiste, du Parti communiste du Québec. - 2003: Naissance du collectif non partisan D'abord solidaires, présidé par Françoise David. - 2003: élections générales. L'UFP présente 73 candidats et candidates, le Parti Vert en présente 36 et il y a cinq candidatures indépendantes. La gauche recueille plus de 56 000 voix. L'UFP n'obtient que 1 % des voix, mais dans Mercier, Amir Khadir recueille 17,92 % des voix et arrive devant l'ADQ. - Mai 2004: Lancement d'Option citoyenne (OC), avec entre autres Françoise David et François Saillant. En décembre: début des négociations entre l'UFP et OC. - 2005: en rencontre nationale, OC décide à l'unanimité de fusionner avec l'UFP. L'UFP fait de même. En novembre: publication d'un Manifeste pour un Québec solidaire.

A new beginning
James J. Blanchard, Citizen Special
Ottawa Citizen February 6, 2006 Monday
The election of Stephen Harper is an opportunity to get the relationship between Canada and the United States back on track
A Washington Post editorial recently described Stephen Harper's election victory as "a defeat for anti-Americanism." The next day, almost on cue, the Toronto Star carried the banner headline, "Hands off Arctic, Harper tells U.S." The Globe and Mail's read: "Harper rebukes U.S. envoy over Arctic dispute."
Deja vu? Let's hope not, because relations between the United States and Canada are too important to be shaped by a momentary rift, imagined or real.
The good news is that the election allows our two countries, and our two leaders, to refresh and renew our relations. For that reason, Stephen Harper has a great opportunity to move a common agenda forward. Indeed, he will probably enjoy an extended honeymoon with President George W. Bush and the U.S. government, and he may wish to move quickly on a number of items.
First, I believe the softwood lumber dispute can be ended by a negotiated settlement, one that may not be perfect for Canada, but certainly can be acceptable for Canada. I advocate settlement because it's the only way to end the expensive and endless litigation, and bring stability to the market.
Even were Canada to ultimately prevail in the current round of litigation (Lumber IV), Lumber V would still loom. A settlement will solve the most significant and longest running economic dispute between the United States and Canada in years. It will also put our huge trading relationship back in healthy perspective -- a relationship that supports millions of jobs on both sides of the border.
Mr. Harper has questioned the Kyoto Protocol. Regarding Kyoto, Canada could choose to join the Asia-Pacific Partnership on Clean Development, and it can do so without renouncing Kyoto. By joining with Japan, China, India, Australia, South Korea and the United States, Canada can demonstrate a practical, co-operative side to the challenge of global warming.
In addition, as a champion of multilateralism, Canada should recognize that President Bush appears to have changed his approach on world affairs. I believe he understands that now, more than ever, the United States needs to consult its historic allies as we move to address the world's problems. This will give Mr. Harper some leverage in international affairs that he and the Canadian people will appreciate.
Here in North America, we have a number of challenges right at our border, both of a practical and security nature. How do we ensure smooth and efficient daily travel for our millions of citizens who work, visit, study, vacation, or do business in both of our countries? How do we implement the Western Hemisphere Travel Initiative (WHTI), which will require a passport for each citizen commencing on Jan. 1, 2008, effectively and without undue disruption to commerce and tourism? How do our various departments anticipate all the new security requirements and yet implement the Smart Border Accord, signed by President Bush and Prime Minister Jean Chretien several years ago? These are important questions that must be answered by our leaders in order to enable daily travel among our citizens and continue our robust economic co-ordination.
In the final analysis, there is no way to know what new major or significant issues may crop up between Canada and the United States or between North America and the rest of the world. All we know is that a close partnership between us is in our mutual self-interest. That's why it's time for Canada-U.S. relations to get back on track. No one should take our partnership for granted.
Our leaders and people on both sides of the border have cultivated close relations for many decades. We've also learned that if we are not working hard to maintain and improve relations on a regular basis, they will backslide. In that regard, Mr. Harper's selection of former ambassador to the U.S., Derek Burney, as his transition director is a most helpful choice. No one knows the U.S.-Canada file, and also the Canadian political file, better than Mr. Burney.
We should also keep in mind that, contrary to conventional wisdom, the day-to-day working relations between our two governments are very good. Cabinet heads, agency and department leaders, and our bureaucrats get along just fine. They are working co-operatively on dozens of issues this very week.
However, as outgoing Canadian ambassador Frank McKenna noted recently, a positive tone at the top from our two chief executives can help enormously. It can break bottlenecks in diplomacy and it can move a new agenda.
That was true with Brian Mulroney and Ronald Reagan on the free trade agreement and acid rain accord, Mr. Mulroney and George H. W. Bush on NAFTA, and president Bill Clinton and Mr. Chretien on NAFTA, open skies and the 1995 Quebec referendum. And an improved bilateral relationship can, in turn, lend a better atmosphere for closer co-operation on important international issues that confront both our countries around the globe.
What will be the next big idea? That's for Mr. Harper and Mr. Bush to decide. A good first step is to engage our two very capable ambassadors, David Wilkins from the U.S., and in the near term, Frank McKenna of Canada. We might be pleasantly surprised with the results.
James J. Blanchard, former U.S. ambassador to Canada and governor of Michigan, is a partner in the global law firm of DLA Piper.

Des lignes pour exporter:Hydro-Québec ne semble plus croire à la pénurie
Noël, André
La Presse lundi 6 février 2006
Hydro-Québec Production vient de réserver des lignes de transport d'électricité pour exporter une quantité massive d'électricité aux États-Unis, à compter de juillet 2009.
Cette réservation laisse croire qu'Hydro-Québec prévoit des surplus importants, alors qu'il y a deux ans, elle brandissait une menace de pénurie pour justifier son projet de centrale thermique du Suroît.
La puissance réservée est de 2400 mégawatts pendant 35 ans. Cela correspond aux puissances réunies des centrales Manic-2 et Manic-5. De quoi éclairer et chauffer une ville de 500 000 habitants par un jour de grand froid.
Il s'agit de 7 % de la puissance totale d'Hydro-Québec qui s'élève à 34 000 mégawatts (6 % si on inclut le contrat à long terme avec Terre-Neuve).
Hydro-Québec Production (HQP) est une des trois divisions de la société d'État, avec TransÉnergie (transport sur des lignes à haute tension) et Hydro-Québec Distribution (qui apporte l'électricité aux foyers québécois).
Sur un plan légal, chaque division est censée être séparée des autres par une muraille de Chine. Contrairement aux deux autres divisions, HQP n'est pas soumise à la Régie de l'énergie.
Le 20 janvier, HQP a déposé deux réservations fermes auprès de TransÉnergie, de 1200 mégawatts chacune. La première sur l'interconnexion de Massena, dans l'État de New York, et la seconde pour les États de la Nouvelle-Angleterre. Le prix est de 73 $ par année par kilowatt, ce qui revient à 175 millions de dollars (pour 2,4 millions de kw).
Qu'elle utilise ou non ses réservations, HQP devra payer cette somme année après année, et jusqu'en 2044.
" Les réservations de transport auxquelles vous faites référence à compter de juillet 2009 visent à permettre à Hydro-Québec Production de pouvoir profiter d'opportunités d'affaires, d'opportunités de marché qui pourraient se présenter à ce moment-là ", a dit le porte-parole de HQP, Sylvain Théberge, qui a refusé de donner d'autres détails. " Hydro-Québec Production a des règles très strictes à respecter dans ce secteur-là; c'est ce qui m'oblige à vous donner des commentaires très limités ", a-t-il dit.
Rita Dionne-Marsolais, député de Rosemont et critique du Parti québécois en matière d'énergie, a réagi avec étonnement lorsque La Presse lui a transmis les demandes de réservation, disponibles sur Internet. " Je l'interprète (cette information) avec beaucoup d'inquiétude ", a dit Mme Dionne-Marsolais, qui a longtemps travaillé comme économiste chez Hydro-Québec.
Il y a une contradiction majeure, souligne-t-elle. Dans le dernier rapport trimestriel d'Hydro-Québec, on lit que Hydro-Québec Distribution devra acheter pour 500 millions de dollars d'électricité cet hiver auprès d'autres fournisseurs que HQP.
" Il est temps que Hydro-Québec Production soit assujettie à la Régie de l'énergie pour que l'on puisse, comme propriétaires et clients, avoir l'heure juste quant aux disponibilités d'énergie d'Hydro-Québec ", dit-elle. Il y a une incompréhension ou une manipulation de l'information, alors que les citoyens ont le droit de savoir.
" La hausse de tarifs de 25 % que Hydro-Québec Distribution nous demande d'ici 2013 repose sur les coûts additionnels qu'elle prétend devoir payer pour s'approvisionner en électricité à l'extérieur du Québec. Quelque chose ne fonctionne pas... On est dans l'inconnu total. On a le droit de connaître la situation réelle. C'est à nous, ces barrages-là, on les a payés. "
En mai 2004, l'actuel président d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, était président de HQP. Témoignant devant la Régie de l'énergie pour défendre le projet de centrale thermique du Suroît, il avait déclaré ceci: " Certains disent: le problème de sécurité énergétique, il n'est que pour la période 2004-2007. Comment peut-on en être aussi certain? Il y a une chance sur trois qu'HQP n'ait aucune marge de manoeuvre avant 2011. Peut-on alors vraiment parler d'un niveau souhaitable de sécurité énergétique?"
" Et même à hydraulicité moyenne à partir de 2004, la marge de manoeuvre qui apparaît à partir de 2008 est limitée, et suppose que tous les projets en construction vont entrer en service sans retard ou difficulté; que (la centrale nucléaire de) Gentilly va opérer de manière continue, et que (l'aménagement de la rivière) Rupert va fournir de l'énergie dès la fin 2009... Peut-on alors vraiment parler d'un niveau souhaitable de sécurité énergétique? "
En fait, Hydro-Québec prévoyait un resserrement de sa capacité dès 2006. La dérivation de la Rupert est loin d'être chose faite; la nouvelle centrale fournira de l'électricité au plus tôt en 2011. Quant à Gentilly, son sort est très incertain: il faudra très bientôt la fermer, soit temporairement pour la rénover, soit définitivement.
Au-delà d'un bloc d'énergie de 165 térawatts/heure, réservée chaque année pour les Québécois, HQP n'est plus obligée de répondre aux demandes d'approvisionnement de Hydro-Québec Distribution. Elle peut privilégier des clients américains, si ces derniers sont plus payants.
Une situation que dénonce John Burcombe, du groupe Au Courant, qui milite pour une gestion rationnelle des ressources.
Où est la logique de construire des centrales pour approvisionner les Américains? demande-t-il.
" Hydro-Québec prétend qu'en faisant cela, elle aide les États-Unis à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre (les États-Unis ont beaucoup de centrales thermiques), dit-il. Tout ce qu'on fait, c'est alimenter leur gourmandise en énergie. "
