La condescendance péquiste

Daniel Breton, Montréal
Le Devoir mardi 7 février 2006

Libre opinion: Ainsi donc, un nouveau parti de gauche est né? Mais pourquoi donc? Quelle en est l'utilité? N'avons-nous pas le Parti québécois (PQ) à gauche qui s'occupe des différents enjeux avec une vision toute sociale-démocrate?

En fait, non, et ce, depuis des années.

Ça fait des années que le Parti québécois n'est plus à gauche du spectre politique, mais cela n'a rien de mal en soi. Si les membres de ce parti ont décidé d'être plus au centre ou au centre-droit, c'est leur choix et cela fait partie de la vie politique.

Par contre, je n'en peux plus de les entendre se réclamer des tenants de la vertu, du bon droit, et s'identifier comme les détenteurs choisis, comme par un appel divin, pour mettre en oeuvre le projet, le Saint-Graal des bons Québécois, j'ai nommé : la souveraineté.

Les dirigeants et de nombreux membres de ce parti affichent une telle condescendance envers ceux qui ne sont pas de même allégeance qu'eux que c'en est épeurant. Lorsque j'entends la présidente du Parti québécois dire des membres de ce nouveau parti de gauche qu'ils ne sont que des gérants d'estrade, qu'est-ce sinon du mépris ? Eux qui n'ont cessé de se sentir insultés, à juste titre ceci dit, par les remarques méprisantes et condescendantes des Jean Lapierre et Pierre Pettigrew, ne font-ils pas exactement la même chose ? Qui sont-ils pour regarder les gens de haut ?

Nous n'avions pas le droit

En 2001, j'ai participé à la mise sur pied d'un parti politique provincial connu sous le nom de Parti vert du Québec. Or, dès le premier jour de notre existence, et pendant toute cette année où nous avons sillonné le Québec, nous nous sommes fait insulter, blâmer, accuser de nuire au Québec parce que nous avions mis sur pied un parti politique. Nous n'avions pas le droit de leur faire ça avant l'indépendance car nous diviserions le vote qui les ferait élire et qui nous mènerait au grand soir.

Je me suis fait dire par Daniel Turp que nous n'étions que le parti d'une seule idée, ce à quoi je lui ai demandé s'il avait lu notre programme et nos idées en santé, en économie, en culture. Évidemment, il m'a répondu que non. Mais il n'a pu s'empêcher de me dire que nous diviserions leur vote. Car ces votes leur appartiennent apparemment de bon droit. Je n'ai pu me retenir d'ajouter que s'il y avait bien un parti d'une seule idée, c'était le Parti québécois. Et cette idée aveugle tellement ces membres qu'ils ne semblent même plus se rendre compte que le Québec a changé.

Lorsque des journalistes ont demandé à Bernard Landry d'expliquer la perte du pouvoir du PQ en 2003, qu'a-t-il répondu ? La raison, selon lui, résidait dans un problème de communication : le parti n'avait pas réussi à faire passer son message. Monsieur Landry, ce n'est pas un problème de communication qui vous a fait perdre cette élection, c'est tout simplement que les gens savent que votre parti n'a plus le bien commun à coeur et qu'il est devenu un parti d'intérêts particuliers, tout comme le Parti libéral. Voilà pourquoi ce parti de gauche est né et le Parti vert a été créé.

Je ne sais pas si les Verts ou le Parti Québec Solidaire auront du succès : peut-être bien, peut-être pas, mais là n'est pas la question. Lorsque j'entends les commentaires condescendants de Monique Richard, qui devrait saluer, en bonne démocrate, un parti qui veut le bien des citoyens avec tout le courage (et peut-être un peu d'inconscience... ) que cela demande de nos jours, que l'on soit d'accord ou non avec ses politiques, je me dis que l'introspection que les membres du PQ auraient dû faire n'a toujours pas été faite. [...]




Le test des "solidaires"

Salvet, Jean-Marc
Le Soleil mardi 7 février 2006

ÉditoriaL - Pour l'instant, tout comme l'élection des conservateurs à Ottawa, la création d'un nouveau parti de gauche au Québec est une bonne nouvelle pour Jean Charest.

On verra ce qu'il en restera lors des prochaines élections québécoises - si l'équipe de Stephen Harper aura avancé dans le règlement du déséquilibre fiscal et quelle part du vote le parti Québec solidaire grugera au PQ. Pour l'heure, les libéraux provinciaux peuvent tout de même se dire que les conservateurs valent mieux pour eux que le Parti libéral du Canada. Et qu'il est préférable que Françoise David et Amir Khadir soient à la tête d'une formation politique plutôt que d'un vague mouvement.

Mais le lancement dans la mêlée électorale de Québec solidaire est d'abord et avant tout une bonne nouvelle pour la démocratie. De la même manière qu'il existe un parti à la droite des libéraux - l'ADQ de Mario Dumont - , il est sain qu'il y en ait un à la gauche du Parti québécois. Les jeux d'alliance avec le PQ, s'il doit y en avoir, viendront en temps et lieu. C'est là que les Québécois verront à quelle hauteur les "solidaires" placent l'idée de la souveraineté.

Mais puisque c'est d'abord sur le terrain de la gauche que ce nouveau parti veut se faire connaître, c'est là-dessus qu'il faudra le juger. Son défi sera de se trouver des niches à l'extérieur de Montréal ; de faire mouche auprès des "couches populaires" et pas seulement des groupes populaires. Vaste programme...

Mais quelle gauche au juste ? Il y a plusieurs gauches, comme il y a plusieurs droites. Plutôt que la "gauche de pouvoir" incarnée par le Parti québécois - semblable à celle des socialistes européens ayant dirigé des gouvernements - , Québec solidaire a choisi la "gauche d'opposition".

La question à laquelle il devra quand même finir par répondre est la suivante : dans un contexte de mondialisation, comment et jusqu'où effectuer des changements fondamentaux dans un espace provincial ou même national ?

À court terme, Québec solidaire donnera une voix politique à des citoyens qui n'en avaient plus. Mais s'il veut un jour se tailler une place significative à l'Assemblée nationale, il devra jeter du lest vers le centre, un peu comme l'a fait le NPD de Jack Layton. À l'autre bout du spectre, c'est aussi ce qu'ont fait les conservateurs de Stephen Harper, après les longs détours alliancistes et réformistes. Le pragmatisme n'est pas une tare.

JMSalvet@lesoleil.com




Solidaires ou solitaires?

Gagnon, Lysiane
La Presse mardi 7 février 2006

Comme le grand Camus l'a si bien noté, il n'y a qu'une lettre qui sépare la solidarité de la solitude. Le nouveau parti du " Québec solidaire " sera-t-il solidaire ou solitaire? Rejoindra-t-il la majorité, ou restera-t-il confiné, comme ce fut invariablement le cas des formations de gauche, à la marginalité?

Tel qu'il est actuellement, avec ses deux porte-parole soumis à un comité de direction de 16 membres (!) et son programme fait sur mesure pour s'aliéner la classe moyenne, le PQS n'a pas l'ombre d'une chance de jouer un rôle majeur. Même un modeste statut de tiers parti, analogue à celui du NPD sur la scène fédérale, lui sera refusé, car la majorité des électeurs est allergique aux extrêmes, qu'il soient à droite ou à gauche.

Même si le nouveau parti a mis les emportements marxistes au rancart, il est encore beaucoup trop éloigné du centre pour entretenir de grands espoirs- ce qui, du reste, n'ennuie sans doute pas trop ses grands diacres, qui préfèrent la pureté idéologique aux compromis exigés par l'action politique réelle.

Ce qui ne veut pas dire que le PQS soit destiné à la marginalité. S'il réussit à adopter un ton relativement crédible et à se débarrasser de ses oripeaux à saveur religieuse, il pourrait avoir plus de succès que ses impuissants ancêtres. Car la conjoncture actuelle le sert.

La présence simultanée de gouvernements de centre-droite à Québec et à Ottawa favorise, par réaction, la montée du sentiment de gauche. De même, évidemment, que les problèmes bien concrets suscités par la mondialisation (pertes d'emplois, délocalisations, etc). Le phénomène de la mondialisation, embryonnaire il y a 20 ans, est aujourd'hui en progression exponentielle.

Mais surtout, il pourrait, dans certaines circonscriptions montréalaises, constituer une " force de nuisance " majeure, dont le PQ sera le premier à faire les frais.

Dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, par exemple, le candidat de l'UFP a obtenu 6,4 % des voix en 2003; ce n'est pas rien, dans une lutte serrée.

Lors de la dernière élection partielle dans Outremont, l'UFP a obtenu 7 %... un score qui, additionné aux voix dévolues aux verts, a privé le PQ de toute chance de ravir la circonscription aux libéraux. À l'élection partielle de Mercier, en 2001, la récolte du candidat de gauche Paul Cliche (24,2 %) a fait passer la libérale Nathalie Rochefort. Aux élections générales de 2003, la même circonscription a donné 15 % d'appuis à Amir Khadir.

Rien d'étonnant, donc, à ce que les ténors péquistes donnent des signes d'affolement. Avec un parti de gauche uni et revigoré sur les rangs, le PQ risque de perdre quelques-uns de ses châteaux forts au profit des libéraux. Ce ne sera pas la première fois dans l'histoire que la gauche modérée se fait torpiller par la gauche radicale au profit de la droite...

Le fait que le PQS se soit déclaré en faveur de la souveraineté pourrait aussi ôter au PQ quelques-uns de ses militants les plus actifs, d'autant plus qu'André Boisclair s'est acquis la réputation d'un homme de droite (tout étant relatif, aux yeux de la gauche pure et dure, un partisan modéré de l'économie de marché n'est pas loin, dans l'ordre de l'horreur, du tueur en série).

Cela dit, on voit mal des milliers de péquistes déserter la maison mère pour entrer dans le pieux monastère de Mme David et de M. Kadir. (Scène décrite par un reporter: dans les congrès d'Option citoyenne, on était invité à faire dissoudre le sucre de son café (équitable comme de bien entendu) avec un morceau de pâte non cuite plutôt qu'avec une tige de plastic. Hé, camarades, la pâte, même sèche, a tendance à fondre au contact d'un liquide chaud! Un café à saveur de macaroni avec ça?)

Jacques Parizeau a qualifié d' " échec " le fait que le PQ n'ait pas été capable de rallier les " solidaires ", histoire de faire l'unité de tous les souverainistes. C'est de la sur-dramatisation. D'abord, le PQ n'aurait jamais pu accommoder les aspirations de la gauche-gauche sans perdre l'essentiel de sa clientèle.

En vérité, le PQ n'est menacé que dans un nombre très limité de circonscriptions. On voit mal pourquoi il devrait se sentir obligé, comme son aile gauche semble le souhaiter, de conclure un accord préélectoral avec le PQS, et s'abstenir de présenter des candidats dans les circonscriptions susceptibles de voter à gauche. Ce serait une démission impensable, en même temps qu'une faveur à sens unique, car pour l'instant, le PQS n'a rien à offrir au PQ en échange.





Annulation de l'entente sur les garderies

Charest essuie une rebuffade

Robitaille, Antoine
Le Devoir mardi 7 février 2006

Le premier ministre avait fait de ce dossier un test du «fédéralisme d'ouverture»

Québec - L'annulation de l'entente sur les garderies à compter de 2007, annoncée hier par le nouveau premier ministre fédéral Stephen Harper, pourrait être une rebuffade majeure pour Jean Charest.

Au lendemain des élections, la semaine dernière, le premier ministre québécois en avait fait un véritable premier test pour le nouveau chef du gouvernement fédéral. Il lui avait demandé formellement de respecter l'entente signée il y a quelques mois entre le Québec et le premier ministre libéral Paul Martin. «M. Harper s'est engagé à pratiquer un fédéralisme d'ouverture basé sur le respect des compétences. Si c'est le cas, nous nous attendons à ce [qu'il] respecte ça. L'occasion est là pour M. Harper de passer aux actes», avait insisté M. Charest mardi, selon ce qu'avait rapporté Le Soleil. M. Charest avait aussi rappelé que Stephen Harper avait «reconnu l'asymétrie» dans le passé et qu'il devrait faire de même à l'avenir.

L'entente sur les garderies envoyait quelque 1,1 milliard en cinq ans à Québec. Selon ce qui a été décidé hier, le gouvernement québécois recevra le montant pour 2006-2007, soit 152,8 millions, dont il pourra faire l'usage qu'il souhaite, «tant que les familles peuvent en profiter». Le Québec ne recevra toutefois pas le reste du montant promis, soit 972 millions. Tout ça pour permettre la réalisation de la promesse électorale des conservateurs.

Du côté péquiste, on ironisait hier. «Le fédéralisme d'ouverture ne sera pas resté ouvert longtemps... jusqu'à 17h29, le lundi de l'assermentation du cabinet fédéral!», a lancé le nouveau critique péquiste en matière de Famille, Richard Legendre, qui venait d'apprendre la nouvelle lorsque Le Devoir l'a joint en début de soirée. Il y voit la manifestation d'un fédéralisme «unilatéral», qui impose la «même chose à tout le monde».

Pour le député de Mercier, Daniel Turp, ancien professeur de droit constitutionnel, la nouvelle «va certainement déranger les tenants d'un fédéralisme flexible respectueux des compétences du Québec, lesquels avaient demandé à Harper de ne pas toucher à cet entente». M. Turp y voit une preuve que cet accord était très précaire, comme tout le «fédéralisme d'ententes administratives» que pratique le gouvernement libéral. Très vite, le fédéralisme d'ouverture peut se transformer en «fédéralisme de fermeture», a-t-il dit.

Déçu

Très déçu, mais «peu surpris», de la décision conservatrice, le directeur général de l'Association québécoise des CPE (AQCPE), Jean Robitaille, signalait hier qu'en réalisant sa promesse de remettre 1200 $ par année pour chaque enfant, Stephen Harper pourrait bien violer un de ses engagement, soit de ne pas s'ingérer dans les compétences des provinces. «S'il veut respecter le partage des compétences, il doit agir par le truchement de la fiscalité [par un crédit d'impôt, par exemple] et non pas remettre de l'argent directement aux familles», a commenté M. Robitaille. Toutefois, le gouvernement Harper pourrait bien s'entendre dans quelques mois avec le Québec pour réaliser sa promesse d'une façon qui respecterait la «spécificité québécoise». «Je ne désespère pas, le gouvernement Harper respecte la particularité québécoise. En tout cas, c'est un très bon test. Après tout, Stephen Harper s'est fait élire en disant qu'il respecterait la particularité du Québec», a déclaré M. Robitaille. Au reste, selon lui, le geste de M. Harper, bien que condamnable, pourrait ne pas avoir trop de conséquences sur le réseau des Centres de la petite enfance (CPE). «Lors de la signature de l'entente, le gouvernement [du Québec] avait clairement dit que puisqu'il investit déjà 1,5 milliard dans le réseaux, il allait se servir des sommes envoyées par le fédéral à d'autres fins.»

Au bureau de M. Charest, hier, on se voulait peu loquace. L'attaché de presse Hugo D'Amours a fait savoir que le premier ministre réagira ce midi, lors d'un point de presse à Saint-Georges-de-Beauce, où le Parti libéral tient son caucus «pré-sessionnel» aujourd'hui et demain.

Avec la collaboration d'Alec Castonguay




LAWRENCE CANNON: Un rouge devient le lieutenant des bleus au Québec

Lessard, Denis
La Presse mardi 7 février 2006

Québec - À 59 ans, Lawrence Cannon est subitement propulsé au sommet du pouvoir conservateur, une trajectoire bien imprévue dans une famille où on est libéral depuis des générations.

Ancien ministre des Communications sous Robert Bourassa, Lawrence Cannon est, c'est moins connu, le petit-fils de Charles Gavan (Chubby) Power, une institution à Ottawa qui fut ministre sous Mackenzie King- il siégea aux Communes puis au Sénat de 1917 à 1955. Son autre grand-père, Lucien Cannon, fut aussi ministre à Ottawa, libéral lui aussi.

Aussi associé depuis des décennies aux libéraux de la région de Québec, Lawrence Cannon avait créé toute une commotion en mai 2005 en annonçant tout à coup qu'il faisait le saut en politique fédérale... pour les conservateurs. Il avait fait les quatre cents coups avec Dennis Dawson, un autre libéral de Québec. Il était de la commission jeunesse du PLQ à l'époque où les Jacques Chagnon et Pierre Bibeau faisaient leurs premières armes en politique.

Le choix de Lawrence Cannon avait créé une surprise aussi dans l'entourage de Stephen Harper. Josée Verner, candidate de 2004, a dû subitement partager, puis céder son rôle de conseillère principale pour le Québec. M. Cannon avait été nommé chef de cabinet adjoint, et on lui confia les principales décisions pour la campagne électorale au Québec.

Avec la vice-présidence du comité des priorités, le nouveau ministre des Transports devient, clairement, le numéro un pour le Québec, au cabinet fédéral.

Une surprise pour plusieurs qui le connaissent depuis longtemps. M. Cannon " n'est pas un fighter ", résume un des libéraux qui lui avaient conseillé vivement de ne pas céder aux appels pressants de Mario Dumont aux élections de 2003. Naturellement cet élu municipal de Gatineau aurait dû se présenter dans Hull-Aylmer- il opta pour la circonscription plus accessible de Pontiac.

Dès 1970, on le retrouve au cabinet du nouveau premier ministre libéral, Robert Bourassa. À 23 ans, il s'occupe de la correspondance du premier ministre, " un gars organisé, fort en administration ", se souvient Jean-Claude Rivest, déjà dans les parages.

Avec la défaite de 1976, il retourne aux études, fait une maîtrise en administration tout en travaillant comme analyste à la Société de développement industriel. Il achètera un garage- une opération lucrative-, mais refera le saut en politique à la première occasion, en 1985, avec le retour de Robert Bourassa. Le député de La Peltrie- en proche banlieue de Québec- est nommé vice-président de l'Assemblée nationale. Cinq ans plus tard, il accède au cabinet comme responsable des Communications. " Il n'a jamais mis le gouvernement dans l'embarras ", dira Rivest. " Je ne me souviens pas d'une seule de ses interventions au Conseil ", ajoutera un ex-collègue ministre, sous le couvert de l'anonymat.

Politicien pragmatique, bon communicateur, Lawrence Cannon sera responsable de l'instauration du 911 dans l'ensemble du territoire québécois. Aussi, se souvient Luc Harisson, son ancien chef de cabinet, il amendera la Loi sur l'accès à l'information pour que des entreprises du secteur privé aient aussi des obligations- à l'époque, des histoires d'horreur circulent sur des firmes de surveillance de crédit qui refusent de divulguer, aux personnes visées, des dossiers de crédit parfois erronés.

C'est aussi à cette époque, en 1990, que M. Cannon devient le conjoint de Sheila Copps, alors députée libérale de Jean Chrétien. Il lui donne un coup de pouce au cours de la course au leadership.

Avec le départ de Robert Bourassa, Lawrence Cannon quitte la vie politique. Le ministre des Communications atterrit directement chez Unitel, géant de la téléphonie cellulaire naissante, une carrière qui lui serait refusée carrément avec les règles actuelles, tant à Ottawa qu'à Québec. Le gouvernement Harper étendait hier à cinq ans le devoir de réserve pour un ancien ministre. Unitel est rachetée par Rodgers, qui restructure l'entreprise, et M. Cannon doit se trouver du travail.

Il est alors le conjoint de Christine Donohue, employée politique à Québec qui devient chef de cabinet à Ottawa. Après avoir atterri à Gatineau, Lawrence Cannon renoue avec la politique municipale, devient conseiller d'Yves Ducharme et président de la société de transport en commun. C'est alors qu'il fait la connaissance d'un communicateur, Paul Terrien, un ancien rédacteur de discours de Brian Mulroney, longtemps associé aux conservateurs. C'est cet ancien journaliste qui l'attirera dans le giron de Stephen Harper.

En l'espace de quelques semaines, Lawrence Cannon avait prévu son retour en politique; il sera maire de Gatineau. Mais contrairement au plan de match, M. Ducharme restera à la mairie et ne tentera pas sa chance avec Paul Martin. C'est alors, en mai 2005, que l'offre de Harper tombe- les libéraux devaient être battus aux Communes dans les heures qui suivent... Alors survint une autre surprise... Belinda Stronach sauva la mise temporairement pour les libéraux.




Michael Fortier nommé sénateur: Harper désigne un non-élu pour représenter Montréal

Lévesque, Kathleen
Le Devoir mardi 7 février 2006

Montréal ne sera pas restée orpheline très longtemps au sein du gouvernement de Stephen Harper. Pour assurer une représentation de la région métropolitaine qui ne compte aucun élu conservateur, le nouveau premier ministre a nommé hier son proche conseiller Michael Fortier sénateur puis ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux.

Ce non-élu ne siégera pas à la Chambre des communes. C'est plutôt au Sénat que le ministre des Travaux publics répondra aux questions qui pourraient être soulevées sur les nombreux contrats gouvernementaux octroyés par son ministère. Après l'assermentation de son cabinet, Stephen Harper a précisé que cette nomination est conditionnelle à ce que Michael Fortier «démissionne de son poste et soit candidat au Parlement au cours des prochaines élections fédérales». D'ici là, il est hors de question qu'il brigue les suffrages lors d'une élection partielle.

À 44 ans, Michael Fortier fait donc son entrée en politique et se voit confier, outre ses fonctions ministérielles, la responsabilité d'être le «porte-parole pour la grande région de Montréal et la population du Québec» dans le gouvernement Harper.

Par voie de communiqué, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a donné l'assurance de sa collaboration «pour faire avancer les dossiers importants pour Montréal». Du même souffle, il a souligné l'importance du geste du premier ministre de donner une voix à Montréal au sein du cabinet.

À la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on se réjouissait également de cette décision. «Le nouveau premier ministre tend ainsi la main à l'une des plus grandes villes du Canada. [...] Montréal doit être respectée à sa juste valeur dans l'économie canadienne», a déclaré la présidente de l'organisme, Isabelle Hudon.

Peu connu

Peu connu du grand public, Michael Fortier fait néanmoins partie de la garde rapprochée de M. Harper depuis trois ans. Avec un carnet d'adresses bien rempli et un réseau de personnes-ressources dans la haute finance québécoise, M. Fortier est devenu un incontournable dans l'équipe conservatrice, tant au Québec qu'au plan national.

Il a été le principal organisateur de M. Harper au Québec lors de la course au leadership qui est venue sceller la fusion entre l'Alliance canadienne et le Parti progressiste conservateur. Il a coprésidé la dernière campagne électorale et fait partie de l'organisation nationale du scrutin de juin 2004.

L'implication politique de cet homme d'affaires remonte à 1996, alors que les troupes conservatrices étaient en déroute. Contre vents et marées, M. Fortier a été le président du Parti progressiste-conservateur (PPC). C'est à cette époque qu'il a connu Jean Charest, alors chef conservateur; les deux hommes ont conservé des liens étroits. Lorsque M. Charest se lance à la conquête du Québec en 1998, Michael Fortier tente sa chance à la direction du PPC. Deux ans plus tard, il brigue les suffrages dans Laval-Ouest et essuie une deuxième défaite.

Financier et avocat, M. Fortier circule depuis plusieurs années parmi l'élite du Québec inc. On le dit proche des Réal Raymond de la Banque nationale, Serge Godin de l'entreprise informatique CGI, Pierre-Karl Péladeau de l'empire Quebecor ainsi que de l'ancien premier ministre Brian Mulroney. M. Fortier était jusqu'à récemment directeur du financement des sociétés pour le Québec chez Valeurs mobilières TD. Auparavant, il a dirigé pendant cinq ans le cabinet d'avocats d'Ogilvy Renault à Londres, où il était spécialisé dans les dossiers de privatisation. En 1999, il est devenu directeur général pour le Québec et les Maritimes de la plus importante banque d'affaires au monde, Crédit Suisse First Boston.

Originaire de Québec

Le lieutenant de M. Harper est originaire de Québec, où il a fait ses études de droit. Sa soeur Margaret est ministre déléguée à la Protection de la jeunesse et à la Réadaptation dans le gouvernement Charest. Hier, Margaret (Fortier) Delisle ne cachait pas sa fierté de voir son frère accéder au saint des saints. «Il a toutes les compétences nécessaires pour à la fois être responsable de Montréal et aussi du portefeuille des travaux publics. Ma mère est très fière aussi. C'est son petit dernier», a-t-elle raconté au Devoir.

La ministre Delisle a également vanté l'intégrité de son frère. «C'est un homme d'honneur. Il va prendre les décisions qui s'imposent. C'est pas un gars qui va profiter du système. C'est un homme de principe, et je pense que M. Harper a un adjoint extraordinaire», a ajouté Mme Delisle.

Cette situation où frère et soeur sont ministres en même temps à des paliers gouvernementaux différents n'est pas unique. À la fin des années 1980, Monique Bourbeau-Landry a été ministre fédérale dans le cabinet Mulroney, alors que son frère, André Bourbeau, assumait des responsabilités ministérielles avec Robert Bourassa sur la scène québécoise.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille




Nominations des ministres du Québec: Visibilité et gros chèques

Corbeil, Michel
Le Soleil mardi 7 février 2006

Visibilité et gros chèques. Les députés québécois que le conservateur Stephen Harper nomme à son Conseil des ministres auront des outils pour se mettre en évidence.

Hier, les observateurs ont bien accueilli les noms que M. Harper amène avec lui dans son cabinet. L'avis général ? Le Québec peut espérer toucher plus facilement des subsides et Stephen Harper peut y trouver son compte de retombées politiques aux prochaines élections.

Le sénateur Jean-Claude Rivest roule sa bosse en politique depuis les années 1970. "Ce qui est intéressant au premier coup d'oeil, c'est qu'on a une bonne ligne économique."

Quatre des cinq Québécois nommés au Saint des Saints ministériels héritent de ministères à vocation économique, Michael Fortier aux Travaux publics et aux Services gouvernementaux, , Lawrence Cannon aux Transports et aux Infrastructures, Jean-Pierre Blackburn au Développement des régions du Québec, et Maxime Bernier à l'Industrie.

Dans chacun de ces domaines, les ministres pourront peser de tout leur poids pour faire avancer des dossiers. Pour un haut fonctionnaire du Québec, distribuer des chèques, "ça donne des résultats dans tous les sens. Pour l'économie, pour les régions et, politiquement, ça paye".

Grande visibilité

Josée Verner a hérité d'un dossier où les chèques sont rares, mais la visibilité bien grande. Elle est responsable de la Francophonie, mais aussi de l'Agence de coopération internationale canadienne, l'ACDI. "C'est toute l'exposition que peut avoir le Canada" auprès de plusieurs pays, mentionne un de nos interlocuteurs.

"La seule affaire qui m'agace sérieusement, c'est le cabinet politique de M. Harper lui-même, tient à nuancer Jean-Claude Rivest. Il faudrait que des Québécois d'envergure s'y retrouvent. C'est souvent plus important que des ministres", rapporte-t-il en donnant l'exemple de Bernard Roy et de Jean Pelletier. Des chefs qui ont régné sur l'entourage de premiers ministres, le premier auprès de Brian Mulroney, le second auprès de Jean Chrétien.

Si les hommes d'affaires n'ont pas de ligne directe encore, Jean Charest devrait y avoir ses entrées beaucoup plus facilement qu'avec Paul Martin. Les deux ne sont-ils pas "bleus", raconte un député libéral. "C'est lui qui a donné de la crédibilité aux promesses de Harper", entre autres, sur le déséquilibre fiscal, soutient le sénateur Rivest.

Tous ceux qui ont été joints hier conviennent d'une chose. L'homme fort de M. Harper au Québec n'est pas un de ses élus. C'est Michael Fortier, même s'il n'a pas encore été élu.

Or, M. Fortier connaît bien le premier ministre du Québec. Ronald Poupart a été au cabinet de Jean Charest. Il signale que Michael Fortier avait été celui qui avait présenté Jean Charest, lors d'un voyage à New- York, au président du Crédit suisse First Boston, institution pour laquelle il était un des vice-présidents.

M. Poupart se souvient que le banquier Fortier l'avait amené voir un match de baseball des Yankees de New York. "Il connaît le baseball comme pas un. Quelqu'un qui connaît le baseball comme ça a nécessairement des connaissances stratégiques."

Christian Lessard, vice-président aux communications et au marketing de la SGF et un ami personnel de M. Fortier, croit que ce dernier répondra aux attentes. "C'est un doer, pas un faiseux. C'est quelqu'un qui opère."

Et du point de l'éthique, M. Lessard est irréprochable, ajoute-t-il. "Ce n'est pas par hasard qu'il se retrouve aux Travaux publics", dans un ministère qui a été dirigé par Alfonso Gagliano, un des ministres de Jean Chrétien dont le nom est associé au scandale des commandites. "Lui, il n'est pas du genre à faire des "fling-flang".

MCorbeil@lesoleil.com




Le monde des affaires heureux pour le Québec

Brouillet, Sophie
La Presse mardi 7 février 2006

Le Québec pèsera lourd en matière économique dans le nouveau cabinet Harper, se réjouissent des leaders du monde des affaires.

" Plusieurs ministères d'importance économique reviennent au Québec, on est assez impressionnés ", dit la présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada, Nancy Hugues Anthony. De façon plus large, elle juge le Cabinet " assez bien équilibré sur le plan régional ".

Le nouveau premier ministre Stephen Harper a nommé hier matin Maxime Bernier, député de Beauce, au poste de ministre de l'Industrie.

Jean-Pierre Blackburn, député de Jonquière-Alma, devient ministre du Travail et de l'Agence de développement économique du Canada pour la région du Québec.

Lawrence Cannon, lieutenant politique de M. Harper au Québec et député de Pontiac, dirigerale ministère des Transports, tandis que le Montréalais Michael Fortier, nommé sénateur, occupera le poste de ministre des Travaux publics. Josée Verner complète l'équipe québécoise en accédant au ministère de la Francophonie et de la Coopération internationale.

" Compte tenu de ses besoins, le Québec obtient cinq excellents ministères, des postes-clés ", commente la présidente de la chambre de commerce du Montréal métropolitain, Isabelle Hudon.

" Ça ne paraît pas comme ça, mais un ministère comme les Transports, c'est un gros morceau ", renchérit Richard Fahey, représentant pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Bernier et Flaherty bien accueillis

Nancy Hugues Anthony et Isabelle Hudon saluent l'arrivée de candidats expérimentés aux postes d'importance économique. Mme Hudon se réjouit particulièrement du choix de Maxime Bernier, qu'elle connaît, à l'Industrie.

" C'est une excellente nomination ", juge-t-elle, en évoquant sa formation d'économiste, sa " rigueur intellectuelle " et un dynamisme qu'elle dit certain.

" C'est quelqu'un qui, quand il se lance et s'implique, le fait à 150 %, rapporte-t-elle. Il est déterminé et il se donne à plein. En plus, il ne manque pas de mots. "

M. Bernier, ancien vice-président de l'Institut économique de Montréal, a été décrit par certains comme plus à droite que son chef Stephen Harper. Isabelle Hudon veut nuancer. " J'ai souvent lu ses positions contre l'interventionnisme de l'État, elles sont très claires, dit-elle. Mais je ne suis pas sûre qu'elles aillent plus loin que celles de M. Harper. Et Maxime Bernier devra tenir la ligne de parti, dans un gouvernement minoritaire. "

Heureuse elle aussi de voir un routier du monde des affaires au ministère de l'Industrie, Nancy Hugues Anthony salue de la même manière l'arrivée de Jim Flaherty, ex-ministre des finances de Mike Harris en Ontario, aux Finances fédérales. Une lourde tâche attend M. Flaherty, souligne-t-elle.

" Son défi, ce sera de traduire le plan d'action des conservateurs dans un budget: réduire bientôt les impôts et les dépenses, c'est un travail important et compliqué pour un gouvernement minoritaire... Ce ministre-là doit se mettre au travail dès cet après-midi! "

Mme Hugues Anthony exhorte aussi le nouveau gouvernement à améliorer au plus vite les relations du Canada avec les États-Unis, après un mandat libéral centré sur " des priorités domestiques ".

Les nominations de David Emerson, un transfuge libéral qui devient ministre du Commerce international, et de Michael Fortier, un non élu qui devra passer par le Sénat pour devenir ministre, laissent plutôt perplexes.

" On est un peu surpris ", dit Isabelle Hudon au sujet de M. Fortier.

" Emerson et Fortier, ce sont des surprises, renchérit Nancy Hugues Anthony, sans s'avancer davantage. Mais dans l'ensemble, les ministères clés sont assez bien pourvus. "




Un faucon aux Finances

Picher, Claude
La Presse mardi 7 février 2006

La nomination de Jim Flaherty au poste stratégique de ministre des Finances risque d'en faire sourciller plusieurs.

L'homme est clairement identifié comme un des piliers de l'aile droite de l'ancien gouvernement conservateur de Mike Harris, en Ontario. Il a bâti une bonne partie de sa carrière politique sur l'importance de maintenir " la loi et l'ordre ".

Ses nombreuses interventions parlent d'elles-mêmes. Il s'est prononcé en faveur de la guerre en Irak, il a même appuyé publiquement la coalition " Canadians for Bush ". Il est ouvertement associé aux groupes pro-vie et s'oppose au mariage gai. Il a déjà proposé de recruter des constables spéciaux afin de débarrasser les rues des sans-abri, et est favorable à la privatisation du Liquor Control Board of Ontario, l'équivalent ontarien de la SAQ.

Et c'est ce faucon que Stephen Harper a choisi pour diriger le ministère le plus important de son cabinet. Ça promet...

À y regarder de plus près, toutefois, ce choix est loin d'être aussi mauvais qu'il pourrait en avoir l'air.

De tous les nouveaux ministres nommés hier, M. Flaherty est sans doute l'un des mieux préparés à assumer ses nouvelles fonctions. En tant que ministre chevronné du gouvernement Harris, il a pu se familiariser avec les rouages de l'administration publique. Ayant été lui-même ministre des Finances de l'Ontario, il apporte avec lui un bagage précieux. Sur le plan fiscal, il y a de grosses chances que le Québec et les autres provinces trouvent chez lui un allié précieux. Quand il était ministre ontarien, il ne se gênait pas pour reprocher vertement à Paul Martin de nier l'existence du déséquilibre fiscal. Enfin, comme c'est souvent le cas avec les politiciens conservateurs, il existe une différence entre le discours et les réalisations de M. Flaherty; ainsi, comme ministre du Travail, il a fait a dopter une législation renforçant les mesures de santé et de sécurité du travail.

Au cours des prochains mois, le nom de Jim Falherty a des chances de se retrouver fréquemment dans les manchettes. Faisons donc plus ample connaissance avec le personnage.

Le nouveau ministre, avocat de profession, est âgé de 56 ans. Admis au Barreau ontarien en 1975, il contribue à mettre sur pied le cabinet Flaherty Dow Elliot, spécialisé en droit des affaires. Son attrait pour la politique active arrive relativement tard: en 1990, à 40 ans, il décide de faire le saut en politique provinciale et se présente sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Durham Centre. L'aventure se solde par une déroute. Le candidat Flaherty arrive troisième, derrière le néo-démocrate et le libéral. Il prendra sa revanche en 1995; porté par la vague conservatrice et la " Révolution du bon sens " de Mike Harris, il est élu sans difficulté dans la même circonscription. Il est réélu sans interruption depuis ce temps. En décembre 2005, lorsque le gouvernement minoritaire de Paul Martin est défait aux Communes, il démissionne de son siège de député provincial pour se présenter aux élections du 23 janvier avec les conservateurs. Il est élu avec une assez confortable majorité de 3300 voix.

Sa carrière au Parlement ontarien n'aura finalement duré qu'une dizaine d'années, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que ces années sont particulièrement bien remplies.

Après les élections de 1995, le premier ministre Harris nomme Jim Flaherty au poste d'adjoint parlementaire au ministre du Commerce, où il montre des qualités de travailleur persévérant et de politicien habile. Il apparaît assez vite que les capacités de l'homme dépassent assez largement les exigences du poste, et dès 1997, il accède au Cabinet comme ministre du Travail, poste qu'il occupera jusqu'aux élections de 1999. En avril 1998, le gouvernement Harris est plongé dans une crise politique importante. La Gendarmerie royale annonce qu'elle enquête sur un sujet délicat: dans le discours du Trône, le gouvernement aurait identifié le nom de la mère d'un jeune contrevenant. C'est une bourde majeure, et le solliciteur général Bob Runciman doit démissionner. Il pourra réintégrer le Cabinet en juillet 1998, lorsque la GRC annonce qu'aucune accusation ne sera portée contre lui. Pendant cet épisode embarrassant, c'est à Jim Flaherty que le premier ministre fait appel pour occuper par intérim le poste de solliciteur général. Cette nomination en dit long sur le niveau de confiance dont jouit le ministre.

Après les élections de 1999, Jim Flaherty est appelé aux plus hautes fonctions: procureur général, où il renforce les mesures de lutte contre le crime organisé, puis ministre des Finances et vice-premier ministre. À cette époque, c'est l'étoile montante des conservateurs ontariens. En 2002, Mike Harris démissionne et Jim Falherty se porte candidat à sa succession. S'il remporte la course, il deviendra premier ministre de l'Ontario. Mais il est battu par Ernie Eves. Celui-ci garde Jim Flaherty au Cabinet, mais le rétrograde au ministère de l'Entreprise et de l'Innovation. En septembre 2002, il envisage brièvement de poser sa candidature à la succession de Joe Clark, mais finit par renoncer à ce projet.

Même s'il n'a été ministre des Finances qu'une seule année, il laisse derrière lui un bon bilan: dans son budget de 2001, il a réduit les taux d'imposition des petites entreprises, ainsi que des entreprises de fabrication et de transformation; il a proposé de supprimer l'impôt sur le capital sur les cinq premiers millions de capital imposable, mesure visant plus de 11 000 petites entreprises ontariennes. Surtout, il a effectué le plus important remboursement de la dette publique jamais observé en Ontario: 3,1 milliards d'un seul coup.

Le nouveau ministre des Finances est donc un homme d'expérience, mais a aussi montré qu'il pouvait livrer la marchandise. Reste à voir comment il affrontera ses nouveaux défis, de loin les plus importants de sa carrière. Mais pour savoir vraiment de quel bois il se chauffe, il faudra attendre le dépôt de son premier budget, au printemps.




Different party, same old tricks

Jeffrey Simpson
The Globe and Mail Tuesday, February 7, 2006

The Conservatives' new day in office began with some of the Liberals' old political tricks.

With breathtaking insouciance, Prime Minister Stephen Harper jettisoned, or at least delayed, his promise to only elect senators and swallowed past denunciations of MPs crossing the floor of the House of Commons to take cabinet posts with another party.

First, he appointed his party's campaign co-chair, Michael Fortier, to the cabinet via the Senate. Then he talked former Liberal industry minister David Emerson into joining his cabinet as International Trade Minister.

Just a few weeks ago, Mr. Emerson was beating up on Conservatives, carrying the Liberal banner as the party's most important cabinet minister in British Columbia. Not content with the favours shown him by Paul Martin, Mr. Emerson accepted new ones from Mr. Harper and, in the process, gave the proverbial finger to the electors of Vancouver who sent him to Ottawa as a Liberal. So much for the ethics of someone who said one thing yesterday, and must now utter quite different things tomorrow.

Using the Senate for political purposes and offering cabinet posts to lure political switchers were Liberal tricks and, until yesterday, were always denounced by the Conservatives, the self-described party of higher principle and exemplary virtue.

Mr. Harper defended the tricks, just as the Liberals usually did, on the grounds of broadening his government. Montreal was without a single Conservative MP. The unelected Mr. Fortier will fill that gap, Mr. Harper said, and will seek a seat in the next election. Vancouver also lacked a Tory MP. Hence the invitation to Mr. Emerson, although there were Tories in other Lower Mainland seats, including the estimable James Moore from Port Moody.

Mr. Moore, however, became the victim of numbers in a cabinet of only 27 ministers, down from 39 under Paul Martin. A clutch of Conservative MPs -- including James Rajotte, Jason Kenney and Diane Ablonczy of Alberta, Mr. Moore and James Hill of B.C., and Scott Reid and a few others of Ontario -- got squeezed from the cabinet by this numbers game. The flip side of the putative advantage of a leaner, cheaper and focused cabinet was the exclusion of some of the party's best young talent.

Mr. Harper's cabinet gets stronger, at least on a per capita basis, the farther west you go in Canada. There are 10 ministers (including Mr. Harper) from Western Canada and nine from Ontario, but only five from Quebec and three from Atlantic Canada. The cabinet is also largely white and male, with only six women and two visible minorities. From the perspectives of gender, ethnicity and region, it mocks Mr. Harper's assertion that his cabinet reflects Canada.

Those who loved the Mike Harris/Ernie Eves governments in Ontario will like this Harper cabinet, since three ministers from that era will figure prominently in Conservative Ottawa: James Flaherty at Finance, John Baird at Treasury Board and Tony Clement at Health. They are all experienced in governing in a cabinet rather short of having run anything. Mind you, if the Harris/Eves years gave you the shakes for having slashed programs and bequeathing a deficit, you might feel rather differently.

In contrast to the Martin government that overwhelmed itself in a sea of priorities, this Harper one seems focused on five short-term ones. They are, as Mr. Harper explained yesterday: an Accountability Act ostensibly to clean up a corrupt federal government; a GST tax cut; a tough-on-crime package; a waiting-times guarantee for patients; and a plan to give money to parents and institutions to provide child-care spaces.

The key ministers on these files will be Mr. Flaherty (Finance), Vic Toews (Attorney-General), Mr. Clement (Health) and Mr. Baird (Treasury Board).

Another minister handed a scalding potato was Edmonton's Rona Ambrose, who, as Environment Minister, has to somehow extricate Canada from the Kyoto Protocol on climate change while developing some marginally credible "made in Canada" alternative.

Ms. Ambrose once worked as a civil servant in Alberta, and seven ministers served in provincial governments. Ms. Ambrose, those seven ministers, Mr. Harper himself and the nationalist Quebec ministers make this cabinet arguably the most province-friendly since Wilfrid Laurier attracted provincial Liberal heavyweights to his "ministry of all the talents" in 1896.

The cabinet's composition, therefore, signals to provinces that Mr. Harper is serious about rectifying the "fiscal imbalance," an idea articulated by premiers, notably from Quebec, that Ottawa has too much money and the provinces too little, relative to their respective responsibilities. The Conservative platform was magnificently and purposefully vague about how this "imbalance" would be eliminated.

To widen the beachhead in Quebec, Mr. Harper needs to deliver on this promise, while taking care that he does not become perceived elsewhere as, in Pierre Trudeau's famous description of Conservative leader Joe Clark, a "head waiter for the premiers."

Mr. Fortier has pledged to run for the Conservatives in the next election. Mr. Harper obviously hopes that, by dealing with the "fiscal imbalance" and creating political momentum across the country, other candidates of note will help the Conservatives drive up support in Quebec.

If the Harper Conservatives succeed in that objective, they will replace the Liberals as the federalist alternative in Quebec -- and become the country's natural governing party.

The political history of Canada suggests, however, that the natural governing party is the one that speaks for the whole country through the federal government, not as a reflection of the composite desires of every province.

jsimpson@globeandmail.com




Poids moyens

David, Michel
Le Devoir mardi 7 février 2006

Avec sa candeur habituelle, Jean Chrétien avait expliqué quoi faire quand on a eu la maladresse de «se peinturer dans le coin»: il suffit de marcher sur la peinture.

Il fallait que la nécessité soit grande pour que Stephen Harper, qui s'est toujours piqué d'avoir plus de principes que les libéraux, renonce à n'admettre que des élus dans son cabinet. Si besoin était, le nouveau premier ministre vient de démontrer encore une fois qu'il est d'abord un homme pragmatique.

La nomination de Michael Fortier, déguisé en sénateur pour la circonstance, a fait grincer des dents chez les réformistes albertains, d'autant plus que des poids lourds locaux ont été laissés pour compte, mais la présence d'un ministre en provenance de Montréal n'avait pas de prix. Or, on imagine mal M. Harper inviter Jean Lapierre ou Stéphane Dion à joindre son parti deux semaines après avoir été élu, comme David Emerson l'a fait à Vancouver.

En 1984, Brian Mulroney avait réservé au Québec environ le quart des portefeuilles, ce qui correspondait au poids de la députation québécoise (58) au sein du caucus conservateur (211). Après les élections de 1988, les 63 députés québécois représentaient plus du tiers des 169 élus conservateurs dans l'ensemble du pays, ce qui avait valu 13 ministres sur 39 au Québec.

Les voix québécoises ont pris beaucoup de valeur aux yeux de M. Harper. Le ratio est inespéré: cinq ministres pour seulement 10 élus le 23 janvier. Le nouveau premier ministre ne pouvait pas envoyer un message plus clair à ceux qui seront sollicités pour défendre les couleurs conservatrices aux prochaines élections: il ne demande pas mieux que de leur offrir une limousine.

Des limites

Il est vrai qu'aucun des ministères les plus importants n'a échu à des Québécois, mais il y a des limites aux responsabilités qu'on peut confier à des gens dont les preuves restent à faire. Durant son premier mandat, M. Mulroney a eu l'occasion de vérifier que le principe de Peter peut faire des ravages dans une équipe inexpérimentée. Dans un premier temps, il valait peut-être mieux s'en tenir à la catégorie des poids moyens.

En revanche, les ministres du Québec ont hérité de dossiers qui permettent de présenter des résultats tangibles à court terme: Industrie (Maxime Bernier), Transports et Infrastructures (Lawrence Cannon), Travaux publics (Michael Fortier), Agence de développement économique (Jean-Pierre Blackburn). Dans la perspective d'élections dans 18 ou 24 mois, l'avantage est certain.

Le nouveau lieutenant de M. Harper au Québec, Lawrence Cannon, n'était peut-être pas le plus spectaculaire du cabinet Bourassa, mais il possède un bon sens politique et n'a jamais mis le gouvernement auquel il appartenait dans l'embarras. Il a un style nettement moins provoquant que Jean Lapierre et il a ses entrées aussi bien au PLQ qu'à l'ADQ. Pour un parti en mal d'organisation, ce n'est pas négligeable.

Harper gardera la main haute

À première vue, certains choix de M. Harper ne semblent pas traduire très fidèlement l'ouverture faite au Québec durant la campagne électorale. Au chapitre du déséquilibre fiscal, la nomination aux Finances de l'ancien ministre de Mike Harris, James Flaherty, peut laisser perplexe, mais quelqu'un s'imagine-t-il que le problème peut être résolu sans que l'Ontario y trouve son compte?

Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales du Québec, Benoît Pelletier, se félicitait dernièrement des bonnes relations qu'il avait établies avec sa vis-à-vis dans le cabinet fantôme de M. Harper, Rona Ambrose, mais elle a été nommée à l'Environnement. C'est plutôt l'ontarien Michael Chong, que pratiquement personne n'attendait, qui a atterri aux Affaires intergouvernementales.

Cela signifie sans doute que M. Harper a décidé de conserver la main haute sur le dossier québécois, comme l'avait fait Brian Mulroney à l'époque du «beau risque» et de l'accord du Lac-Meech.

C'est plutôt en raison des valeurs qu'il reflète que le cabinet Harper risque d'en indisposer certains. Le Bloc québécois n'a pas eu beaucoup de succès en essayent de dépeindre le nouveau premier ministre comme un homme d'extrême-droite, mais la nomination d'un apôtre de la loi et de l'ordre comme le manitobain Vic Toews n'est pas de nature à rassurer ceux qui s'inquiètent d'une américanisation de la société canadienne. Pas plus que celle de Stockwell Day à la Sécurité publique.

Mme Ambrose est une étoile montante du PC. Malgré les talents politiques qu'on lui reconnaît, une ministre de l'Environnement issue d'une province dont la prospérité repose essentiellement sur l'industrie pétrolière ne peut que susciter la méfiance. En succédant à M. Dion, elle devient présidente de la conférence des 156 pays signataires du protocole de Kyoto. À ce titre, elle devra lancer les négociations sur la lutte contre les gaz à effet de serre après 2012. Mme Ambrose devra donc évoluer sur une glace très mince.

Malgré les efforts de M. Harper lui-même pour maîtriser le français, la nomination d'une ministre du Patrimoine qui ne le parle pas envoie un message pour le moins équivoque. Si M. Harper avait voulu trouver une bonne raison d'illustrer la nécessité de faire une place au Québec à l'UNESCO, il n'aurait pas pu trouver mieux.

mdavid@ledevoir.com




Harper's bold start

EDITORIALS
National Post February 7, 2006 Tuesday

Yesterday's unveiling of Stephen Harper's first Cabinet revealed a plethora of proven talent. His choices for the Tory front bench should put to rest any fears that this party is too green to govern.

In two of Ottawa's most important and sensitive portfolios, Finance and Health, Mr. Harper has appointed Ontarians Jim Flaherty and Tony Clement, respectively. Having filled those roles in Mike Harris's provincial government, they should have little trouble adjusting to their new jobs. And the prominence of both -- along with equally competent former Harris minister John Baird as Treasury Board President, Bev Oda as Heritage Minister and other Ontario appointees -- will dispel any remaining notion that Mr. Harper will be running a government dominated by holdovers from the Reform Party and Canadian Alliance.

It was important that Peter MacKay, whose willingness to put aside personal ambitions facilitated the merger of Canada's two right-of-centre parties, be rewarded with a senior posting. Mr. Harper has seen to that: Rather than merely giving Mr. MacKay a symbolic role such as deputy prime minister (a position that properly has been eliminated entirely), he has been appointed to Foreign Affairs. Bright and charismatic, Mr. MacKay will present an appealing image of Canada abroad.

Mr. Harper also deserves credit for naming his most prominent Quebec MP, Lawrence Cannon, Minister of Transport, Infrastructure and Communities -- a job that will put to use his considerable skills rather than just parade him around as a sign of the party's diversity.

With much-needed native reform having ground to a halt since Paul Martin ousted Robert Nault from the Indian Affairs portfolio in late 2003, the appointment of Jim Prentice promises to be a godsend. As the Tories' Indian Affairs critic, the former Progressive Conservative leadership candidate was an outspoken advocate of major reforms to bring accountability and democracy to reserves.

An excellent opposition MP, Chuck Strahl deserved a senior role in government and he has one in Agriculture -- a portfolio particularly close to the hearts of Western Canadians. Another holdover from the Reform Party, Monte Solberg, likely expected something more senior than Citizenship and Immigration. But the ministry desperately needs reform, and Mr. Solberg, one of Parliament's best minds, is up to the task.

The appointment of Stockwell Day as Minister of Public Safety will perhaps be one of Mr. Harper's more controversial decisions. But as he demonstrated as Foreign Affairs critic in opposition, Mr. Day has come a long way from his days leading the Canadian Alliance. And if there is any place where his hawkish instincts can be put to good use, it is in improving our domestic security.

In spite of deploying all this talent -- including Environment Minister Rona Ambrose, Fisheries Minister Loyola Hearn and Industry Minister Maxime Bernier -- Mr. Harper has also been able to reduce the size of Cabinet to just 27. Under Mr. Martin, it had ballooned to 39 members -- a size that had more to do with smoothing internal Liberal politics than running an efficient government.

Amid all this good news, however, Mr. Harper has taken one considerable misstep.

Two weeks ago, Canadians voted for a change from the sort of opportunistic politics that saw Belinda Stronach cross the floor and immediately enter Cabinet. So it is a mystery why, on his first day on the job, Mr. Harper would engage in exactly the same sort of tactics by wooing Liberal David Emerson, a minister in Mr. Martin's ousted government, across the floor with the International Trade portfolio.

There is more than enough talent already on the Conservative benches to fill International Trade. Indeed, it is a sign of just how many good candidates Mr. Harper had to choose from that some names widely expected to be in Cabinet have been left out, including Diane Ablonczy and Jason Kenney, capable and long-serving parliamentary veterans who deserved to be included -- certainly more so than someone who, mere days ago, was telling journalists he would be the Tories' "worst enemy" in opposition.

Also questionable, though somewhat more defensible, is the appointment of Michael Fortier to Public Works. Lacking a seat in the House of Commons, Mr. Fortier will not be held accountable in the manner senior ministers should be. And the situation is made all the more curious by Mr. Harper's announcement that he will soon be appointing Mr. Fortier to the Upper Chamber -- this after the Conservatives campaigned on an elected Senate.

The appointments of Messrs. Emerson and Fortier should not overshadow what was, on the whole, a good start for the new government. But Mr. Harper must remember that Canadians elected him because of the desire for fresh thinking, not just fresh faces.




Is this how Harper ushers in a new era?

Editorial
The Globe and Mail Tuesday, February 7, 2006

Prime Minister Stephen Harper's first day in office was marred by two deplorable decisions. The first was to put an unelected Conservative official in cabinet by appointing him to the Senate.

The choice of Tory campaign co-chairman Michael Fortier as Public Works Minister is precisely the sort of move that Mr. Harper used to denounce when he was Opposition leader. Mr. Harper argued then that the link between political parties and the public purse was an invitation to corruption. It was the blurring of the line between ruling party and government that led to the sponsorship scandal, after all.

Yet here we have a top official of the ruling party placed in charge of a ministry responsible for disbursing public money -- the very ministry, in fact, that was mixed up with sponsorship. Because Mr. Fortier lacks a seat in the House of Commons, the Opposition will not be able to question him directly on how he conducts himself. How are we to square this with Mr. Harper's vow to clean up government, which only yesterday he called his government's top priority?

The Fortier appointment clashes with another key Tory promise: to make the Senate an elected body. This has been at the centre of the Harper agenda since his days with the Reform and Alliance parties. Not long ago, Mr. Harper was pledging that he would no longer appoint senators who are not elected. So it is strange indeed that, in his very first act as prime minister, he should put a supporter in the cabinet by using his power of appointment -- a power he says prime ministers should not have.

In the past, prime ministers have reached into the Senate for cabinet ministers when they were shut out of one region or another. The Conservatives were not shut out in Quebec. They took a surprising 10 seats. Why, then, was it necessary to put an unelected minister in the cabinet? Mr. Harper's officials say he needed someone from the Montreal area, where the Tories failed to elect anyone. But Mr. Harper could have put one of his other Quebec MPs in charge of representing Montreal's interests. In other words -- what a concept -- he could simply have accepted the people's verdict and worked with the MPs they actually chose to elect.

Mr. Harper's second, even more dubious decision was to persuade David Emerson to leave the Liberal Party and join the Conservatives as Minister for International Trade. That showed a shocking disrespect for the voters of Vancouver Kingsway. Only two weeks ago they elected Mr. Emerson as a Liberal. Now they wake up to find Mr. Emerson posing for a cabinet photograph with Mr. Harper. How are voters supposed to believe in the democratic process if their choice is treated with such contempt?

The Tories came a poor third in Vancouver Kingsway, with just 18 per cent of the vote. Many voters backed Mr. Emerson specifically to keep the Tories out of power. Indeed, Mr. Emerson urged them to do just that. He even appealed to NDP supporters, asking them to block the Tories by voting for him.

On Nov. 28, according to the next day's Vancouver Sun, he said that the Conservative Party was made up of "heartless" and "angry" individuals who were hostile to Liberal social programs and to immigrants. "They're uncomfortable with ethnic minorities," said Mr. Emerson, whose riding contains many immigrants. "They try to dance around it and create partisan attempts to win those votes, but I think everybody sees through that." Now he is bumping elbows with those heartless people at the cabinet table.

It was one thing for Belinda Stronach to jump from the Tories to the Liberals. She at least had a reason on top of simple ambition. She was not getting along with Mr. Harper and was finding it hard to support the Conservative stand on same-sex marriage and other social issues. Mr. Emerson, by contrast, was a hand-picked ally of prime minister Paul Martin. He was getting along fine with his party and campaigned fiercely for it.

Even after the Liberal defeat, he told election-night supporters he would fight on for the Liberals -- and against the Tories. "And when we don't like public policy, when we think social justice is not being pursued, when we think the economic foundation that we put in place is jeopardized, you'd better believe we are going to make one heck of a lot of noise . . ." Now, presumably, he will be fighting for his new party just as loudly.

Mr. Harper says he thinks Mr. Emerson can contribute more in cabinet than he could on the Opposition benches. Mr. Emerson was always on the conservative wing of the Liberal Party anyway, the new Prime Minister told reporters. But if that was Mr. Emerson's real mindset, perhaps he should have run as a Tory in the first place. The very least he should have done was surrender his seat and contest it again as a Conservative, asking voters to approve his change of mind.

Mr. Emerson has shown very poor judgment. Mr. Harper has shown worse. He ran for prime minister as a man of principle, a man who would rise above grubby political tricks, a man who would return accountability and honesty to government. He has a perverse way of showing it.




Harper, l'audacieux

Pratte, André
La Presse mardi 7 février 2006

Éditorial - Jusqu'à la récente campagne électorale, Stephen Harper était considéré comme un politicien sérieux mais ennuyeux. La campagne et son comportement depuis forcent à ajouter un qualificatif étonnant à cette description: audacieux. C'est bien d'audace dont le nouveau premier ministre a fait preuve en présentant hier son premier cabinet.

Audace, d'abord, en procédant à deux nominations-surprises, celle de Michael Fortier, avocat et financier de Montréal, et celle de David Emerson, ministre sous Paul Martin. Plusieurs ont tôt fait de critiquer ces nominations. On reproche notamment à M. Harper, qui a toujours prôné l'élection des membres du Sénat, de s'être empressé de nommer un nouveau sénateur. La critique n'est pas sans fondement.

Mais M. Harper voit plus loin. La composition du cabinet vise de toute évidence à renforcer les conservateurs dans les régions qui peuvent leur assurer une majorité à l'occasion des prochaines élections. M. Harper a eu le courage de laisser sur la touche des gros noms de son caucus albertain pour faire une grande place aux Ontariens, cherchant à rassurer les électeurs de l'Ontario, encore méfiants à son endroit.

La nomination de M. Fortier au cabinet comporte, du point de vue du premier ministre, un double avantage. Elle amène à Ottawa un homme de calibre qui lui est fidèle depuis longtemps (alors que la plupart des conservateurs québécois s'étaient rangés derrière Belinda Stronach). La responsabilité des Travaux publics étant moins lourde que d'autres, M. Fortier pourra se consacrer à l'organisation du parti dans la région de Montréal, où les conservateurs devront faire une percée s'ils veulent obtenir une majorité.

Jouissant d'une expérience impressionnante dans les secteurs privé et public, David Emerson est une bonne prise bien au-delà de l'aspect partisan de la chose. Comme ministre du Commerce international, ayant dirigé une grande entreprise de produits forestiers, il pourra négocier d'une main sûre le dossier du bois d'oeuvre.

Le manque d'expérience gouvernementale était l'un des principaux problèmes auxquels faisaient face les conservateurs. M. Harper a su le pallier en nommant au cabinet des gens qui ont été ministres au niveau provincial, notamment les nouveaux ministres des Finances et de la Santé (Jim Flaherty et Tony Clement, qui ont occupé les mêmes fonctions en Ontario).

Le Québec est solidement représenté. Outre M. Fortier, quatre des 10 députés que les conservateurs ont fait élire ici accèdent au cabinet. On constate aussi que Lawrence Cannon, Maxime Bernier et M. Fortier siégeront aux comités les plus importants du cabinet.

Certains choix du premier ministre, également audacieux, inquiètent. À l'Environnement, la jeune Albertaine Rona Ambrose saura-t-elle prendre ses distances de l'industrie pétrolière pour que le Canada presse le pas dans sa lutte contre les gaz à effet de serre? Vic Toews, à la Justice, s'est fait remarquer par ses critiques à l'endroit des tribunaux. Stockwell Day a-t-il le jugement qu'on attend d'un ministre de la Sécurité publique?

Cela dit dans l'ensemble, M. Harper vient à nouveau d'impressionner. Par son audace, nous l'avons dit. Mais aussi par sa façon de faire: rigoureuse, disciplinée, décisive. L'ère Martin est bel et bien terminée.




Emerson defection leaves bad taste

William Watson
The Gazette February 7, 2006 Tuesday

So the new Tories are just as expedient and cynical as the old Liberals. That's the clear message sent by their giving newest Conservative David Emerson a seat at the cabinet table.

Hardly the message you think they'd want topping the news on their very first day in office. Canadians, even those who didn't vote Conservative, have been rather enjoying the fresh breeze that has swept in from the West. Many didn't realize how stale things had become, how much a new set of characters was needed. Harper seemed a squeaky clean young man, with an exaggerated sense of propriety that extended even to shaking hands with his kids rather than hugging them as he sent them off to school.

And his government gave a promise of doing things differently. More free votes. More power to parliamentarians. Open review of Supreme Court nominations. An elected Senate. Less spin, more plain dealing with the Canadian people. But on Day 1, it starts playing the kind of inside-the-Queensway partisan game that causes Ottawa to be held in such ill repute in the rest of the country.

David Emerson gives the government one extra seat and the opposition one less. But how much does he cost the Conservatives in terms of political capital? A lot, I should think.

It has been stunning just how quickly most people, including three prospective Liberal leaders, have adopted the working assumption that Harper will be in power for several years. Haven't they forgotten how abruptly things can turn in Canadian politics? Barely two years ago Paul Martin was going to win 200-plus seats in Parliament and drive all his political opponents into the universities, think tanks and law firms.

Emerson was supposed to help him do that. But now Martin is heading into retirement - unless, that is, the Conservatives have a few more days like yesterday. Many people think the worm turned the day Belinda Stronach crossed the floor of the House and took her reward as minister of Human Resources Development. That was the day that Martin showed he would stoop to any depth to retain power.

It wasn't that long ago. Remember how the Tories were flatfooted and outraged? Remember the Grewal tapes, which followed shortly afterward? Remember the Tories' and the public's disgust when Martin's representatives were caught on tape with a second would-be floor-crosser establishing the need for - that Nixonian phrase - plausible deniability?

Granted, Emerson, a star candidate, is regarded as something of a prize. (Will Ken Dryden be next?) But why make Emerson a minister? Why not have him join the party, sit on the backbenches for a while, meet some Conservatives, play a role in caucus, pay his dues and then promote him when the first cabinet shuffle comes?

He wouldn't come without a cabinet position? But who exactly was bargaining from a position of strength? Why was it so necessary for a popular new government to have him?

Because he's from British Columbia and there's no good cabinet material among more loyal Tories? How does that make the likes of James Moore and the 13 other B.C. MPs who didn't make the cut feel?

Because he has cabinet experience? If that's so important, we should have heard more about it during the campaign - and elected the Liberals. They had many faults. Lack of experience wasn't one.

Because he's from a big-city riding? That just plays into hands of the critics who argue that if you haven't made it in the Annex, or Outremont or Martini Mountain, you just aren't anybody in this country. The Tories' best tactic for getting urban support is not to co-opt their political opponents but to govern well for two years and then dare urban voters not to endorse good government.

Because he's a truly outstanding cabinet minister? And where would be the evidence of that? Have this country's industrial policies shone under his supervision? Does no one else in the Tory caucus understand international trade?

The story of the day should have been that we have a streamlined new cabinet of just 26 ministers. Instead the story was that we're getting a politico from Quebec as public works minister and a political defection from the discredited party that seven out of ten Canadians didn't vote for.

What will be next? A new fund to make Quebecers like federalism?

"Our great country has voted for change," declared Stephen Harper on election night. That's right, Prime Minister. Change. As in "something different."

William Watson teaches economics at McGill University.




Les mégawatts dormants d'Hydro:
800 MW de plus de puissance sans nouvelle centrale

Baril, Hélène
La Presse mardi 7 février 2006

À court d'énergie pour répondre à une demande croissante, Hydro-Québec s'est mis à la recherche de mégawatts supplémentaires et en trouvé beaucoup, dans ses propres installations. La modernisation en cours de trois centrales hydroélectriques ajoutera 420 mégawatts au réseau d'Hydro-Québec, soit assez d'énergie pour alimenter 120 000 foyers. Cette puissance supplémentaire représente un peu plus de 1 % de la production totale, qui atteint 40 000 mégawatts, et un peu plus que la centrale Péribonka actuellement en construction sur la Côte-Nord (385 MW). Les travaux de rééquipement des centrales Outardes 3 (260 MW), Outardes 4 (117 MW), à l'ouest de Baie-Comeau, et de La Tuque (57 W) s'échelonneront jusqu'en 2008, a fait savoir le porte-parole de la division Production, Sylvain Théberge.

Ces travaux consistent essentiellement à remplacer les turbines et les alternateurs des centrales qui ont de l'âge par du matériel plus performant. Hydro peut produire ainsi plus d'électricité avec la même quantité d'eau.

La réfection des trois centrales coûtera 460 millions de dollars, soit environ 1 million par mégawatt supplémentaire. Par comparaison, la construction d'une nouvelle centrale coûte beaucoup plus cher. Ainsi, les 385 mégawatts de la centrale de Péribonka nécessiteront un investissement de 1,2 milliard, soit plus de 3 millions par mégawatt.

Et il y en a d'autres. Hydro étudie la possibilité de moderniser la centrale Manic 3, sur la Côte-Nord, pour augmenter sa production de 1244 mégawatts à quelque 1600 mégawatts. Ce gain de près de 400 mégawatts nécessiterait un investissement de 150 millions, a fait savoir Hydro-Québec. La société d'État jongle aussi avec la possibilité de construire une nouvelle centrale à côté de celle de Manic 3.

Aucune décision n'a encore été prise au sujet de Manic 3, a précisé le porte-parole d'Hydro. " Différents scénarios sont à l'étude, on se donne un certain nombre de mois pour décider ", a dit Sylvain Théberge.

Pour construire une nouvelle centrale, Hydro doit passer le long et coûteux processus d'évaluation environnementale. À l'inverse, l'ajout de puissance dans les centrales existantes n'a pas besoin d'autorisation et peut être réalisé plus rapidement.

À la fin de 2004, Hydro a augmenté de 70 mégawatts la production de sa centrale de Grand-Mère, en Mauricie, à la suite d'un investissement de 520 millions. Cette centrale, construite en 1916, est une des plus anciennes du parc de production d'Hydro.

Ces mégawatts supplémentaires tirés des installations existantes aideront la société à répondre à la demande en attendant la mise en service des nouvelles centrales en construction.

En plus de Péribonka (385 MW), quatre autres centrales hydroélectriques sont en construction. Il s'agit de Eastmain 1 (480 MW), Chute-Allard (62 MW), Rapide-des-Coeurs (76 MW) et Mercier (50,5 MW). Si ses projets de construction se déroulent comme prévu, Hydro prévoit récupérer une marge de manoeuvre plus confortable à partir de 2008.