
La souveraineté selon Parizeau: L'argument de la mondialisation
PC
Le Soleil jeudi 9 février 2006
Trois-Rivières - Jacques Parizeau ne manque pas une occasion de parler de souveraineté. Hier, devant des étudiants de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), il a abordé le sujet sous l'angle de la mondialisation. Plus que jamais, la libéralisation du commerce et les progrès des communications ont des effets sur le quotidien des gens et selon l'ex-premier ministre, ce qui est à venir est encore plus important.
"La mondialisation ne rend pas moins actuelle la souveraineté", a-t-il déclaré d'entrée de jeu.
En quelques anecdotes, passant d'un stand de produits viticoles du terroir qui a dû cesser ses activités au marché Jean-Talon à la concertation des pays africains producteurs de coton, il a démontré que le Québec, plus que jamais, avait besoin d'une voix au chapitre.
Évoquant la question de l'eau, l'ex-premier ministre a rappelé que si elle devait être considérée comme un "bien commercialisable", alors les règles de l'Organisation mondiale du commerce s'appliqueraient et le Québec n'aurait rien à dire si, par exemple, les États-Unis allaient de l'avant avec un projet d'approvisionnement à la baie James.
"Le Québec n'a rien à dire. Il n'a pas de voix. On est comme la vache qui regarde passer le train. Pire que ça, on ne sait même pas qu'il y a un train, a-t-il illustré. Toutes ces discussions n'ont lieu qu'entre les pays et on sait que les pays sont de plus en plus nombreux et qu'il y en aura de plus en plus."
Selon lui, cela s'explique par le fait que ce n'est plus l'économie qui dicte la création des pays. "Le Canada a été créé pour des raisons économiques. L'Allemagne aussi. Aujourd'hui, ce qui définit un pays, c'est sa culture. C'est sa langue, ses institutions politiques, son système d'enseignement et son système juridique. Chaque groupe d'individus qui se définit comme une nation a des aspirations à devenir un pays", a mentionné M. Parizeau.
Dans le contexte actuel et surtout en fonction de ce que l'avenir peut nous réserver, il croit que le Québec doit non seulement avoir son mot à dire, mais aussi et surtout les moyens de le faire.
"Ça va devenir de plus en plus dangereux de ne pas être capable de veiller sur nos propres intérêts. On laisse des décisions qui affectent la vie de tous les jours entre les mains de quelqu'un d'autre. On commence à faire dur dans le concert des nations. Il y a des petits pays qui ont une voix pour se défendre et nous, pas encore. Il faut avoir un pays à nous. C'est urgent", a-t-il plaidé.

De 1984 à 2006, quelle différence!
Louis Bernard
La Presse 25 janvier 2006
Ne serait-ce que pour évaluer le chemin parcouru, il est intéressant de faire un parallèle entre le résultat des récentes élections et de celles de 1984 à la suite desquelles, pour la dernière fois, les Conservateurs ont accédé au pouvoir à Ottawa.
On se rappellera qu’à la suite de la promesse de Brian Mulroney de faire en sorte que le Québec puisse réintégrer le giron constitutionnel canadien « dans l’honneur et l’enthousiasme », René Lévesque avait accordé l’appui du PQ aux Conservateurs. Ceux-ci ont alors écrasé les Libéraux au Québec, avec 58 sièges contre 17, comme dans le reste du Canada.
Évidemment, la différence avec aujourd’hui saute aux yeux : c’est la présence du Bloc Québécois, fondé à la suite de l’échec des Accords du Lac Meech, et devenu le parti qui, depuis douze ans, domine la représentation québécoise aux Communes. Malgré l’espoir déçu d’une victoire qui aurait été sans précédant, les résultats de lundi dernier ont confirmé cette domination.
Car même si les commentateurs ont fait grand cas de la percée conservatrice au Québec, surtout parce qu’elle était inattendue, il faut souligner que cette percée ne reflète aucune remontée fédéraliste au Québec. En effet, le total combiné des votes libéraux et conservateurs dépasse à peine celui des élections de 2004, où il était de 42,7%, et il est inférieur à celui des élections de 2000 (49,8%) et de 1997 (58,9%). Cette percée est d’ailleurs presque exclusivement concentrée dans la région immédiate de Québec, ce qui limite sa portée nationale et peut la rendre aléatoire à long terme.
Voyons donc les principales conséquences de cette situation à trois points de vue : celui de l’action gouvernementale, celui des relations fédérales-provinciales et celui du débat sur la souveraineté du Québec.
L’action gouvernementale
Les Québécois seront surpris par le programme d’action du gouvernement conservateur, si son statut minoritaire lui permet de le mettre en œuvre, car ils auront souvent peine à s’y reconnaître. Cela sera notable dans presque tous les domaines de compétence fédérale : le mariage, les drogues, la délinquance juvénile, les armes à feu, les brevets, l’environnement et la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, les dépenses militaires, les relations internationales et, en particulier, celles avec les États-Unis.
Le Bloc Québécois aura donc de multiples occasions de défendre les aspirations et les valeurs québécoises et, ainsi, de faire mieux comprendre pourquoi la nation québécoise ne peut pas confier à d’autres la gestion d’une partie importante de ses affaires publiques.
Les relations fédérales-provinciales
Les Conservateurs voudront sûrement faire un effort pour revaloriser le fédéralisme canadien auprès des Québécois en se disant plus respectueux des compétences exclusives des provinces et se montrant désireux de régler le déséquilibre fiscal et d’améliorer la péréquation. Leur succès cependant sera fort limité en raison de la prédominance, ailleurs au Canada, des forces montantes du nationalisme canadien, du « nation building », qui favorisent une centralisation toujours plus grande des pouvoirs entre les mains du gouvernement « national » du Canada anglais.
Même les fédéralistes québécois seront déçus. Ceux-ci, en effet, ont une conception du fédéralisme qui ne correspond pas à celle du reste du Canada. Conscients de cette différence, ils souhaiteraient l’avènement d’un fédéralisme asymétrique – ce que rejettent les autres provinces. Il ne saurait donc être question, sous le nouveau gouvernement conservateur, ni d’un nouveau Meech, ni même des « revendications traditionnelles » du Québec. Le Québec restera une province comme les autres.
Le débat de la souveraineté
Il y aura, par contre, un changement significatif dans le débat sur la souveraineté du Québec : les défenseurs les plus importants du fédéralisme canadien ne seront plus des francophones du Québec mais des anglophones du reste du Canada. Au lieu d’être un débat interne entre Québécois, cela deviendra, pour une large part, un débat entre Québécois et Canadiens. On verra graduellement toute l’importance d’un tel changement.
On peut également présumer que le camp fédéraliste se montrera moins amoral et plus respectueux des exigences de la démocratie. Armé du Rapport Gomery et des prochains rapports sur Option-Canada, le Bloc Québécois sera bien placé pour forcer le nouveau gouvernement à se différencier à cet égard de ses prédécesseurs. On peut donc espérer que les fonds secrets et le réseau des « petits amis » disparaîtront et que le gouvernement fédéral s’engagera à respecter les lois référendaires québécoises, dont le caractère hautement démocratique a été reconnu par les tribunaux, ce qui serait un gain majeur pour la démocratie.
Un changement pour vrai ?
Tout cela pour dire que les changements qu’apportera l’avènement d’un gouvernement conservateur minoritaire ne seront pas de nature à résoudre le problème fondamental de la place du Québec dans le fédéralisme canadien. Les acteurs ont changé, mais, pour l’avenir immédiat, la conjoncture politique canadienne reste bloquée.

Dissension chez les musulmans
Deglise, Fabien
Le Devoir jeudi 9 février 2006
Présence musulmane Canada appelle au boycottage de la manifestation de Montréal
Dissension au sein de la communauté musulmane. L'appel d'un imam montréalais à manifester ce samedi à Montréal pour dénoncer les caricatures jugées blasphématoires envers le prophète Mahomet est loin de faire l'unanimité. Hier, les musulmans modérés ont appelé au boycottage de la manifestation tout en dénonçant une «manipulation des émotions» inappropriée à un moment où les sensibilités sont à fleur de peau.
«Nous voulons nous désolidariser d'une telle manifestation», a commenté hier en entrevue au Devoir Salah Basalamah, de l'organisme Présence musulmane Canada (PMC), un regroupement de penseurs musulmans. «Dans le contexte, nos coreligionnaires doivent savoir que ce n'est pas la meilleure chose à faire. Il y a un risque que les esprits s'échauffent, et notre organisme prend un parti clair contre l'émotivité.»
Dans un communiqué de presse émis hier, PMC appelle d'ailleurs «les musulmans à prendre les distances critiques qui s'imposent, à résister au sentiment victimaire et à revenir à la sagesse des enseignements de paix du prophète aimé». Le regroupement d'intellectuels issus du monde arabe «encourage aussi les musulmans [...] à chercher activement d'autres voies de protestation en se prévalant de la diversité des moyens éthiques et légaux à leur disposition pour exprimer leur attachement aux valeurs de l'islam et aux éléments du sacré».
Joint par téléphone à Toronto hier, le président du Congrès musulman canadien (CMC), Tarek Fatah, a acquiescé. «Il faut calmer le jeu, pas accroître les tensions, a-t-il dit. Bien sûr, les gens ont le droit de manifester, mais je doute des intérêts d'un imam qui décide d'organiser une manifestation à Montréal. Ce faisant, il mène sa communauté dans la mauvaise direction».
L'imam en question, Saïd Jaziri, fondateur et leader religieux de la mosquée al-Qods dans le quartier Saint-Michel, est loin de partager cette lecture critique de sa contestation en marche. Sous sa houlette, plusieurs centaines de membres de sa communauté devraient d'ailleurs le prouver en descendant dans les rues de Montréal ce samedi après-midi afin de «dénoncer les caricatures mais aussi les gens qui essaient d'enflammer l'Islam», a-t-il expliqué au Devoir.
M. Jaziri dit prôner l'ouverture de sa religion sur les autres confessions religieuses et sur le reste du monde. Il dit aussi appeler ses troupes au calme lors de cette marche contre la profanation du prophète Mahomet. «Les musulmans ne sont pas des sauvages, dit-il. On leur donne le droit de manifester, et ils le font.»
Si les esprits devaient s'échauffer, ce serait le fait de cas isolés, de «personnes infiltrées», a ajouté le chef religieux. «Mais ce n'est pas le message qu'on veut envoyer. À Montréal, les gens sont très civilisés», et ce, malgré le fait que «Le Devoir ait décidé de publier les caricatures», a-t-il fait remarquer.
Dans les faits, notre édition de vendredi dernier présentait une seule des 12 caricatures à l'origine de la flambée de violence à travers le monde, et ce, afin d'illustrer un texte portant sur l'ampleur de cette crise partie du Danemark, où le quotidien Jyllands-Posten a publié les dessins pour la première fois en septembre dernier.
Le geste était sans aucun doute déplacé, estime Omar Koné, un imam soufiste et ultramodéré de Montréal. «Ces caricatures sont de mauvais goût. C'est insultant et c'est la preuve d'un manque de jugement et de connaissance de l'islam [une religion qui ordonne à ses adeptes de défendre avec force l'honneur du prophète Mahomet]», dit M. Koné. Tarek Fatah ajoute ceci: «Mais il n'y a pas de quoi mettre le feu à une ambassade», «brûler un drapeau, des croix, ou boycotter des produits danois».
Tout en reconnaissant le droit de manifester, M. Koné dit ne pas vouloir participer à cette manifestation alimentée par la «spontanéité et la manipulation», qu'il qualifie «d'escalade en spirale». «Les gens réagissent de manière excessive, et ce n'est pas une bonne idée quand les sentiments, les gens et le droit des nations sont sur la sellette», affirme-t-il.
Salah Basalamah le croit aussi, tout comme il croit que l'affaire des caricatures témoigne d'un «manque de maturité de l'Occident», qui n'a pas su «utiliser sa liberté d'expression avec responsabilité et jugement», dit-il. «Mais cela ne justifie pas la violence et les manifestations», ajoute un des porte-parole de Présence musulmane Canada. «Quand on se fait critiquer, on n'est pas obligé de se montrer plus idiot, dit-il. Il faut prendre la critique avec philosophie et utiliser les mêmes moyens, la plume ou le fusain, pour se défendre.»
Ces représailles seraient d'ailleurs en harmonie avec les livres sacrés, ajoute Omar Koné. «L'islam a des règles, dit le jeune imam, et quand vous êtes dépourvu, vous pouvez utiliser les mêmes armes que celles de vos ennemis. La riposte devrait donc se faire par les mots, surtout dans un État de droit comme ici, où, dans le contexte, les lettres dans les journaux sont plus efficaces qu'une manifestation.»
À Toronto, c'est d'ailleurs la voie préconisée par la communauté, assure M. Fatah, qui juge improbable l'organisation d'une manifestation comme celle prévue à Montréal. «La communauté est plus mûre ici, dit-il. Et les groupes comme le nôtre [le Congrès musulman canadien] s'assurent de bien surveiller les fondamentalistes.»

Les caricatures du Prophète Mohammed:
De l'insulte, du mépris, de l'ignorance et un manque de jugement
Denys Duchêne, journaliste à CKIA FM. Il est converti à l'islam depuis juin 2003 et habite Québec.
Le Soleil jeudi 9 février 2006
Je suis journaliste. J'ai toujours défendu bec et ongles la liberté d'expression dans l'exercice de mes fonctions. J'ai voyagé au Maghreb et dans certains pays d'Amérique latine durant les années 70 lorsque la liberté de presse était toute relative. Je constate encore aujourd'hui que je ne pourrais exercer ma profession comme je le fais actuellement dans une grande partie des pays musulmans. Mais je crois posséder suffisamment de jugement pour constater que les publications des caricatures du prophète Mohammed n'ont pas grand-chose à voir avec la liberté d'expression.
Sous couverture de cette dernière, c'est plutôt l'ignorance envers les valeurs de la civilisation musulmane, l'insulte, la provocation et surtout le manque de jugement qui se sont exprimés chez une grande partie de mes confrères européens plongés dans une forme d'islamophobie à la mode. Je dois ici saluer le jugement qu'ont eu les dirigeants de l'information des quotidiens québécois et canadiens de ne pas indûment ajouter d'huile sur le feu.
Cette spirale médiatique européenne n'aura finalement servi qu'à alimenter les blessures et frustrations que subissent depuis trop longtemps les populations musulmanes de par le monde. Tantôt par l'oppression des gouvernements laïcs appuyés en sourdine et financés par nos gouvernements occidentaux, tantôt par l'absence de droits dans les théocraties en Iran, dans les pays du golfe Persique ou demain en Palestine, tantôt par les occupations étrangères du sol musulman ou encore par les images de soldats états-uniens torturant des civils dans les geôles irakiennes ou brûlant des exemplaires du Coran.
Maintenant, nos "bons journalistes ou chroniqueurs québécois" ou les "espèces de guignols réactionnaires de droite" qui abondent dans nos médias électroniques sous le couvert d'animateurs réfléchis se surprennent des réactions de la communauté musulmane. Ambassades attaquées, drapeaux incendiés, campagnes de boycottage... Oui, ces débordements sont encouragés en sourdine par les dictatures arabes en manque de légitimité, oui certains fondamentalistes en profiteront pour recruter davantage de futurs shaïds, mais au-delà de ces réalités quels sont les états d'âme des musulmans et musulmanes modérés dans leurs chaumières ?
Bien laissez-moi vous dire qu'il sont profondément blessés dans leurs coeurs parce que dans l'islam le prophète prend autant de place que votre conjoint, conjointe, parents et enfants peuvent prendre dans le vôtre. Parce qu'on a attaqué leurs modes de vie, parce qu'en se moquant du prophète en le caricaturant ainsi avec une bombe sur la tête, on laisse circuler l'idée que tous les musulmans sont des terroristes.
Est-ce que la diaspora musulmane avait vraiment besoin de cela en ce moment ? Elle qui continue à être victime de profilage racial, de mesures de sécurité excessives dans nos aéroports, de surveillance dans ses moindres déplacements qui pourraient engendrer de simples soupçons chez nos policiers en quête de proies faciles à exposer.
Quelle sera la prochaine dérive des médias européens, saluer de futurs bombardements des mosquées en Iran ou en Irak ? Quels seront les prochains raccourcis de nos "réfléchis chroniqueurs et animateurs islamophobes québécois" ? Déjà que les amalgames entre l'islam et le terrorisme ont pris beaucoup d'ampleur depuis les tristes attentats de septembre 2001, voilà qu'on mélange les islams et l'islamisme. Cette dernière vague étant devenu plutôt avec le temps la "maladie infantile de l'islam", comme le communisme l'a été du socialisme ou le néolibéralisme l'a été du capitalisme.
Comment peut-on en arriver également à ne parler que d'un seul islam ? Tenter d'analyser l'islam au singulier, c'est nier ses identités, ses rites différents selon l'espace et le temps. L'islam dans le Nord du Nigéria diffère de celui au Maroc. La place accordée à la femme dans la société tunisienne n'est pas la même qu'en Arabie Saoudite. Des femmes ont été élues hier et aujourd'hui à la tête de pays comme l'Indonésie, la Malaisie, le Bangladesh et le Pakistan (on attend encore celles élues au Canada, aux États-Unis, en France ou encore en Italie). Mais ce n'est pas encore le cas dans les pays arabo-musulmans.
Bien sûr que les islams doivent en arriver à certaines réformes importantes. Une réinterprétation des textes coraniques figés depuis 600 ans, réévaluer le statut de la femme victime encore à certains endroits de mariages forcés, de rejet des mères célibataires, d'assassinats perpétrés au nom de l'honneur (sans être généralisés), la fin de l'instrumentalisation de la religion à des fins de vengeance. Mais ces réformes devront venir d'abord de l'intérieur, et elles sont déjà commencées, au Maroc, en Tunisie, au Liban, en Iran, au Pakistan, etc. Non pas de l'extérieur, avec ceux et celles qui ont livré ces derniers jours dans nos médias écrits et électroniques leurs conseils "éclairés" à l'effet qu'il serait temps que l'islam entre dans la modernité.
Mais de quelle modernité parle-t-on au juste ? La modernité, c'est comme la télé : tout dépend de ce qu'on met dedans. Veut-on parler de la modernité occidentale qui stationne les personnes âgées dans les résidences, isolées et laissées dans leur couche d'excréments ? Des jeunes adolescentes le chandail coupé à trois pouces en dessous des seins et qui tombent enceintes à 15 ans ? Des taux de suicides records chez nos jeunes adultes ? De la consommation d'alcool à outrance qui cause divorces et peine chez nos enfants ?
À moins que la modernité qu'on propose à l'islam soit les valeurs d'individualisme, de fric, des personnages de Loft Story ou encore des clubs échangistes ? À ce titre, les sociétés occidentales, qui pour la majorité semblent être passées de la barbarie à la décadence en sautant l'étape de la civilisation, auraient beaucoup à apprendre de certaines traditions du monde musulman. Moderniser l'islam, j'en suis, mais comme me l'affirmait ma conjointe marocaine ces derniers jours, islamiser la modernité sur certains principes ne ferait assurément pas de tort à l'Occident.

Le péril imaginaire
Michel David
Le Devoir jeudi 9 février 2006
Les partis fédéralistes ont répété pendant toute la récente campagne électorale que le Bloc québécois ne serait jamais qu'une bande de «gérants d'estrade». Il était donc assez savoureux d'entendre la présidente du PQ, Monique Richard, reprendre l'expression à son compte en commentant la naissance du nouveau parti de gauche issu de la fusion de l'UFP et d'Option citoyenne.
Dans l'esprit du millier de progressistes rassemblés à l'Université de Montréal en fin de semaine dernière, le PQ semble aussi mal servir les intérêts fondamentaux de la société québécoise que le fédéralisme sert ceux de la nation québécoise.
Il est paradoxal qu'après des années de gestation, le parti Québec solidaire (QS) ait finalement vu le jour précisément au moment où le PQ vient d'effectuer un notable virage à gauche. S'il fut un temps où il refusait l'étiquette social-démocrate, à tel point qu'un ministre issu de ses rangs pouvait dénoncer impunément le «lobby misérabiliste de la pauvreté», le programme adopté au congrès de juin dernier est sans doute le plus progressiste depuis un quart de siècle.
Françoise David, qui n'a jamais digéré l'accueil distant que le gouvernement péquiste avait réservé à la Marche des femmes, reconnaît que le nouveau programme contient des éléments intéressants, mais cela demeure nettement insuffisant à ses yeux.
Voilà des années que les progressistes se font dire qu'il ne faut pas diviser le vote souverainiste, mais ils constatent que, d'un gouvernement à l'autre, les «forces conservatrices» tiennent toujours le haut du pavé. Ils n'en peuvent plus de se faire servir la théorie du moindre mal et son corollaire stratégique, fondé sur le principe selon lequel le mieux est l'ennemi du bien.
Il ne suffit pas que le PQ tente d'atténuer les effets les plus néfastes de l'économie de marché. À partir du moment où il n'en rejette pas catégoriquement les règles, il faut le combattre. Voilà au moins qui est clair, à défaut d'être avisé.
***
La déclaration de principes adoptée samedi prévoit l'adoption d'une plate-forme électorale qui contiendra «des propositions concrètes, réalistes et, au besoin, chiffrées». Au cours de la discussion, quelqu'un a proposé de biffer le mot «réalistes», expliquant que la plate-forme devrait comprendre «certaines propositions qui permettent de rêver». Au réalisme politique, nécessairement synonyme de compromis, sinon de compromission, QS oppose le droit au rêve. Le rêve étant par définition sans limites, l'adoption de la plate-forme s'annonce un exercice assez divertissant. On n'est même pas capable de s'entendre sur un logo...
Jacques Parizeau a raison de voir dans la création de QS un échec du PQ. Comment voir une bonne nouvelle pour la souveraineté dans l'arrivée d'un nouveau parti qui, sans nécessairement s'y opposer, la subordonne à l'atteinte d'objectifs aussi lointains ?
L'engagement de faire du Québec un pays souverain est le premier des 12 principes fondamentaux énoncés dans la déclaration qui fait office de préambule au programme du PQ. Dans la déclaration de QS, la souveraineté vient en dernier. Bien sûr, l'égalité des femmes ou la protection de l'environnement ne sont pas incompatibles avec la souveraineté, mais celle-ci ne se réalisera pas si les souverainistes dispersent leurs énergies.
Plus le temps passe, plus il devient difficile de maintenir la coalition qui a presque permis au OUI de l'emporter en 1995. Si le PQ est soudainement devenu si impatient de tenir un référendum, ce n'est pas seulement qu'il juge le Québec ingouvernable dans le cadre provincial. C'est aussi que la coalition souverainiste ne résisterait pas à une nouvelle phase de «bon gouvernement». À sa manière, QS réhabilite la notion de «bon gouvernement», ce qui lui est d'autant plus facile qu'il n'aura jamais à assumer cette responsabilité.
***
Après la victoire des conservateurs de Stephen Harper aux dernières élections fédérales, la naissance de QS est la deuxième bonne nouvelle consécutive en ce début d'année pour le gouvernement Charest, que la perspective des prochaines élections ramènera immanquablement vers le centre. À plus forte raison si personne d'autre ne l'occupe.
René Lévesque aurait peut-être préféré gardé le RIN sur sa gauche en guise de faire-valoir, mais Bernard Landry estimait qu'à tout prendre, il valait mieux que la gauche campe à l'intérieur du PQ plutôt qu'à l'extérieur. Il l'a donc installée le plus confortablement possible. Les statuts du parti ont été modifiés expressément pour lui permettre de créer un «club politique», le SPQ libre, qui a rapidement acquis une influence déterminante sur les orientations du parti. La rapidité avec laquelle Monique Richard a accédé à la présidence en témoigne. Le résultat est que le PQ se retrouve à la fois débordé sur son flanc et investi de l'intérieur.
Le danger qui le guette n'est pas tellement d'accentuer son virage à gauche pour tenter de récupérer une clientèle essentiellement montréalaise, qu'il ne réussira jamais à satisfaire, mais plutôt de ne pas être capable de l'atténuer.
Même en tenant compte de ceux qui, bien que souverainistes, ne se résoudront pas à voter pour André Boisclair, les pertes au profit de QS ne seront pas très considérables. Pour le PQ, il est beaucoup plus important de récupérer les circonscriptions perdues ailleurs, notamment dans la grande région de Québec. Les résultats des élections fédérales ont confirmé l'existence d'une réalité très différente à l'extérieur de Montréal. Si le PQ doit réorienter son discours, ce n'est pas vers la gauche, où le péril relève davantage de l'imaginaire, mais vers le centre. On peut toujours biffer un mot, mais pas la réalité.

Participation du Québec aux forums internationaux: Une entente est imminente
Bellavance, Joël-Denis
La Presse jeudi 9 février 2006
Ottawa - Le gouvernement Harper prévoit conclure d'ici un mois une entente avec le Québec lui permettant de jouer un rôle sur les forums internationaux tel l'UNESCO dans les champs qui relèvent de ses compétences, en particulier l'éducation et la culture.
La conclusion de cette entente permettra au nouveau premier ministre Stephen Harper de réaliser rapidement l'une des promesses prises envers le Québec durant la dernière campagne électorale.
Selon des informations obtenues par La Presse, le greffier du Conseil privé, Alex Himelfard, a remis à l'équipe de transition des conservateurs, dirigée par Derek Burney, un document d'information bien étoffé sur les façons de permettre au Québec de s'exprimer à l'UNESCO.
Les fonctionnaires au ministère des Affaires étrangères travaillent également à dépoussiérer les notes d'information qui avaient été préparées lorsque l'ancien premier ministre Paul Martin avait entrouvert la porte à une participation du Québec à l'UNESCO, en mai 2004. M. Martin n'a toutefois jamais donné suite à cet engagement.
" Nous croyons pouvoir régler ce dossier d'ici un mois. Chose certaine, ce sera réglé avant la reprise des travaux de la Chambre des communes. L'ancien gouvernement libéral affirmait que c'était impossible à faire, mais les documents que nous avons obtenus prouvent le contraire. Ce ne sera pas compliqué à réaliser ", a confié une source digne de foi sous le couvert de l'anonymat.
M. Harper a indiqué lundi, après avoir prêté serment comme 22e premier ministre du Canada, que les Communes reprendront le boulot le 3 avril. Son gouvernement minoritaire présentera un discours du Trône le lendemain, dans lequel il énoncera ses priorités en début de mandat.
Le Québec réclame depuis quelques années le droit de participer à des forums internationaux quand il s'agit de défendre des dossiers qui relèvent de sa compétence. Le gouvernement Charest a dans sa ligne de mire l'UNESCO (l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), l'Organisation mondiale du commerce (OMC) lorsqu'il s'agit de négociations sur des enjeux reliés aux services publics, dont l'éducation et la santé, et l'Organisation internationale du travail, selon un document publié par la ministre québécoise des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, en octobre dernier.
Le Québec souhaite donc conclure une entente avec Ottawa lui accordant une place privilégiée dans les délégations canadiennes au sein de certaines organisations et conférences internationales.
Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, est proche du premier ministre du Québec, Jean Charest. M. MacKay a fait le saut en politique fédérale en 1997 au moment où M. Charest était chef du Parti progressiste-conservateur.
Dans une entrevue accordée à La Presse, cette semaine, M. MacKay a confirmé la volonté du gouvernement Harper de régler ce dossier rapidement. " Je vais avoir une conversation avec le premier ministre Charest très bientôt ", a indiqué le jeune ministre quelques heures après sa prestation de serment.
La rapidité avec laquelle le gouvernement Harper entend régler ce dossier permettrait au Québec de crier victoire, lui qui s'était heurté à un mur quand les libéraux de Paul Martin étaient au pouvoir.
Dans un discours prononcé à la veille du déclenchement des élections de juin 2004, à Laval, Paul Martin avait pourtant déclaré qu'il voulait accorder un rôle plus important au Québec sur la scène internationale dans les champs qui relèvent de sa compétence.
" Au plan international, par exemple, lorsque des questions affectent les domaines de compétence des provinces, je veux qu'elles soient avec nous, comme partenaires, pour promouvoir et défendre leurs intérêts et nos intérêts. Ainsi, le Québec doit non seulement être assis avec nous à la table de l'UNESCO, mais il faut qu'il puisse prendre la parole lorsque nous discutons, par exemple, de diversité culturelle ", avait affirmé M. Martin à l'époque.
" Le Québec, c'est le foyer principal de la langue et de la culture françaises en Amérique du Nord. C'est un des piliers du fait français dans le monde. Il doit pouvoir s'exprimer sur les grands sujets qui le touchent de près. La porte doit lui être toute grande ouverte, sans équivoque. Et elle le sera ", avait-il ajouté du même souffle.
Mais cette porte entrebâillée par Paul Martin a été refermée à double tour quelques mois plus tard devant la pression du caucus libéral de l'Ontario, notamment de l'ancien ministre de l'Immigration Joe Volpe, fortement opposé à ce que le Québec parle de sa propre voix à l'étranger.
Désirant calmer la grogne du gouvernement de Jean Charest devant cette volte-face, les anciens ministres Pierre Pettigrew et Lucienne Robillard avaient rencontré leurs homologues québécois Monique Gagnon-Tremblay (ministre des Relations internationales) et Benoît Pelletier (ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes) le 7 octobre dernier. Mais cette rencontre n'a pas permis un déblocage. Et lorsque Stephen Harper a promis le 19 décembre d'accorder au Québec une voix à l'UNESCO durant la campagne électorale, Paul Martin a accusé son adversaire de vouloir affaiblir le Canada.
" Nous sommes un pays et nous ne bâtirons pas un Canada en affaiblissant le gouvernement fédéral. Le Canada doit parler d'une seule voix sur la scène internationale ", a affirmé M. Martin.
Par ailleurs, le gouvernement Harper devra aussi se pencher sur le sort de l'actuel ambassadeur du Canada à l'UNESCO, Yvon Charbonneau. Cet ancien député libéral à Ottawa a été nommé en mai 2004 par Paul Martin afin qu'il libère sa circonscription d'Honoré-Mercier au profit du président de l'aile québécoise du PLC, Pablo Rodriguez. À l'époque, les conservateurs avaient vivement dénoncé cette nomination.

Fighting words
Editorial
Ottawa Citizen February 9, 2006
The Department of National defence has enough problems without the official languages commissioner criticizing generals and civilian managers for not speaking enough French.
The people who work for language czar Dyane Adam have audites DND's operations in the capital and found that the language of work in too many offices is English, apparenty because it's the primary language of too many bosses. Too many meetings open with statements in two languages, for example, but then proceed in English only.
"In our view, all senior managers and senior officers at Headquarters should be evaluated specifically on the creation of a work environment conducive to the effective use of both official languages within the division, branch or section for which they are respnsible," Ms Adam's auditors write in a new report.
The official-languages audit is unusually polite in tone. The auditors recognize that the military is strapped. But they're uncompromising in their conclusions: they want action plans for bilingualism at headquarters by the end of the year and they want francophones assigned for the purpose of creating critical masses of French speakers. This despite the finding that 27 per cent of National Defence's troops and staff are francophones, a greater proportion than in the general population.
DND and the Canadian Forces go into danger with inadequate resources day in and day out. If we aren't paying and equipping the troops and staff adequately, the least we can do is leave them alone while they organize themselves so as to get their jobs done.

Stephen Harper s'exprime en français d'abord
Morissette, Nathaëlle
La Presse jeudi 9 février 2006
Ottawa - Petite révolution linguistique à Ottawa: le premier ministre du Canada- un anglophone- prononce la plupart de ses allocutions en français d'abord, pour ensuite les répéter dans la langue de Shakespeare.
Il s'agit d'un véritable changement dans les moeurs politiques puisque les deux prédécesseurs de Stephen Harper, Jean Chrétien et Paul Martin- des Québécois- avaient l'habitude de s'exprimer en anglais en premier.
Pour sa part, l'homme de Calgary semble vouloir consolider ses appuis auprès des francophones et particulièrement au Québec, où il a réussi à faire élire 10 députés. Lors de son arrivée à Ottawa, au lendemain des élections, M. Harper a adressé ses premières déclarations aux journalistes en français.
Le même scénario s'est reproduit le 1er février, lorsqu'il a tenu son point de presse pour réagir aux conclusions du dernier rapport Gomery sur le scandale des commandites. Puis, lundi, à l'occasion de la cérémonie où il a prêté serment en tant que 22e premier ministre du pays, le chef conservateur a une fois de plus privilégié la langue de Molière.
14 ministres bilingues
Il a répété le même geste au cours de cette journée, au moment où il a annoncé que son gouvernement mettrait la hache dans le programme national de garderies et qu'il enverrait plutôt un chèque de 1200 $ par année à tous les parents qui élèvent des enfants de moins de 6 ans.
Hasard ou stratégie? Chose certaine, les journalistes anglophones de la colline parlementaire ne sont pas habitués à entendre un premier ministre parler en français d'abord. " Ce n'est pas un hasard, assure-t-on dans l'entourage du chef. Il ne commencera pas toujours ses discours en français mais l'anglais ne doit pas toujours avoir préséance. Il y a deux langues dans ce pays et elles sont sur un pied d'égalité. "
Dans le cabinet nouvellement formé par Stephen Harper, 14 des 26 ministres- y compris les cinq Québécois- sont en mesure de s'exprimer en français. Par comparaison, sur les 38 ministres du cabinet de l'ancien premier ministre libéral Paul Martin, formé en juillet 2004, 18 parlaient français.
" Certains de nos nouveaux ministres comme Chuck Strahl (ministre de l'Agriculture) et Michael Chong (ministre des Affaires intergouvernementales et ministre des Sports) ont plus de difficulté mais ils ont une réelle volonté de s'améliorer ", mentionne Dimitri Soudas, porte-parole du chef conservateur.
Même le président du caucus
D'ailleurs, mardi, à l'issue de la première réunion du caucus de son parti, M. Chong a tenu à s'entretenir avec les journalistes en français pendant quelques minutes.
" Je veux d'abord dire que je ne suis pas totalement bilingue mais au cours de l'année passée, j'ai étudié le français avec un professeur, a-t-il souligné. Au cours des prochains mois, j'ai l'intention de devenir parfaitement bilingue, c'est mon objectif. "
Fait à noter, le président du caucus, Rahim Jaffer, est bilingue. Il s'agissait d'ailleurs d'une condition sine qua non pour occuper ce poste. De plus, le bureau du premier ministre tient mordicus à ce que tous les directeurs de cabinet des différents ministères, ou encore leurs adjoints, puissent s'exprimer dans les deux langues officielles.

Première visite officielle de la gouverneure générale en sol québécois
Michaëlle Jean fait une profession de foi envers le Québec
Dutrisac, Robert
Le Devoir jeudi 9 février 2006
Québec - Dans une courte allocution prononcée devant la garde d'honneur du Royal 22e Régiment à la Citadelle de Québec, la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a souligné son profond attachement au Québec et loué «le pacte de solidarité sur lequel se fonde le Canada moderne» et qu'exprime la ville de Québec, «le coeur battant de la francophonie canadienne».
Celle que le quotidien Le Figaro a qualifiée de «petite reine noire» du Canada a amorcé hier sa première visite officielle au Québec, qui l'a menée d'abord dans la capitale nationale, où Mme Jean sera encore aujourd'hui, et qui se poursuivra à Montréal jusqu'au 15 février. Il est d'usage pour les gouverneurs généraux d'effectuer au cours de la première année de leur mandat une visite de chacune des provinces et de chacun des territoires.
À la Citadelle de Québec, située au coeur du parc fédéral des Champs-de-Bataille, Mme Jean a fait son entrée et passé en revue les membres de la garde d'honneur, tout de rouge vêtus et accoutrés de ces toques en peau d'ours on ne peut plus britanniques, aux sons d'un pot pourri colonial constitué de God Save the Queen, d'Ô Canada et de musique militaire, gracieuseté de la fanfare du régiment.
Dans son allocution qui a duré sept minutes, Mme Jean a témoigné de l'attachement que son mari, Jean-Daniel Lafond, et elle-même ressentent pour le Québec. La gouverneure générale a prononcé pas moins de 12 fois le mot «Québec». «Le Québec restera à jamais le lieu où nous avons plongé nos racines. C'est un lieu qui, par sa langue et sa culture, est unique dans les Amériques. Mon mari et moi-même avons toujours eu à coeur de participer à la préservation de son originalité et à son affirmation dans la francophonie et dans le monde», a déclaré Mme Jean.
Citant le poète Gilles Vigneault qui n'a jamais fait mystère de ses convictions souverainistes, la gouverneure générale a dit que les Québécois étaient «gens de paroles», riches de tous leurs points de vue. «Le Québec que j'aime, et dont nous sommes si fiers, c'est le Québec de l'ouverture à l'autre, c'est le Québec de la volonté inépuisable de se réinventer et c'est le Québec de l'effervescence de cette réinvention de soi au contact de l'autre et du choc des idées», a dit Mme Jean.
La gouverneure générale rencontre aujourd'hui le premier ministre Jean Charest, qui la recevra à un dîner officiel en soirée. Demain, Mme Jean échangera avec des intervenants en prévention de la prostitution juvénile, une pratique au centre d'un scandale qui a secoué la capitale nationale pendant deux ans. Puis, elle rencontrera en tête à tête la mairesse de Québec, Andrée Boucher. Son périple québécois la conduira ensuite à Montréal, où elle prendra part, notamment, à un service à la St. James United Church dans le cadre du mois de l'histoire des Noirs et elle rendra visite au maire de Montréal, Gérald Tremblay, lundi prochain.

How to satisfy a Quebecer
PAUL WELLS
Maclean's February 08, 2006
Will the new federal government deliver on Quebec's wish list? Premier Jean Charest's Liberals hope so.
"This is my third interview with Maclean's," Benoît Pelletier says. "The first two times I was nothing -- nothing!"
To illustrate, Quebec's minister of Canadian intergovernmental affairs grinds an imaginary, tiny Benoît Pelletier under his heel. "The last time I went to Maclean's, there were 10 people around the table. And not a word in the magazine."
But now? "Now, people are finding me more interesting. They say, 'There's something going on in Quebec.'"
Pelletier did not actually invite me to the Quebec government's Ottawa office for a session of media criticism, although come to think of it, since everyone's doing it, one more couldn't hurt. And although Pelletier, a former constitutional law professor who is Jean Charest's point man for relations with the rest of Canada, has a healthy sense of his own worth, neither did he summon me so he could celebrate his own newsworthiness.
If Benoît Pelletier is suddenly more interesting, it is only because he shines -- or hopes to -- in the reflected light of Stephen Harper. One big reason the Conservative leader is now Prime Minister is that he managed to win 10 seats in Quebec on Jan. 23. He did it partly through sheer diligence, but partly with promises of concrete action on files that Charest and Pelletier have made high priorities.
The easy one, in a way, is a chance for Quebec to send its own delegation along with Canada's to some international meetings. Paul Martin showed some interest in this, then suddenly a lot less.
Harper promised Quebec could at least send a separate delegation to UNESCO, the United Nations forum for cultural discussions. The harder one is Harper's promise to "fix" the so-called fiscal imbalance, which is the name given to the assertion that the federal government has more money than it has things to spend on, whereas the provinces have more needs than money.
So with this new government in Ottawa, Pelletier is practically beaming. "I do recall that a few months ago, when I was talking about the role of Quebec at the international level and in UNESCO, there was a great skepticism from you guys," he says. "Guys like you, Paul, who were skeptical about this subject."
Guilty. As a rule of thumb, I've argued that Canada, which is one country, should not send more delegations to international forums than the European Union, which is 25. Martin spent his last year in office arguing that Canada should "speak with one voice," and as a rule, if Martin said something, there was a poll somewhere
saying a lot of Canadians agreed. Harper argues, accurately, that there's a precedent for his offer of a UNESCO sidecar for Quebec. Quebec (and New Brunswick) already send separate delegations to the meetings of La Francophonie.
It's the "fiscal imbalance" file that may be harder to settle. André Boisclair, the Parti Québécois leader, has argued that getting the spare money from Ottawa to the provinces would cost $6 billion for Quebec alone -- and about $24 billion for the whole country.
Pelletier is careful neither to endorse this figure nor reject it. "Well, we never mentioned a specific number. What we said, however, is that it is a global issue that needs a global solution. And it is a structural problem that needs a long-term solution."
Global and structural? Uh-oh. Adjectives almost never come cheap. "First, a global problem. So it involves equalization payments, transfer payments, it's related also to the splitting or the sharing of the fiscal pie." Translated, this means that Pelletier wants changes both to spending and to taxing. Less federal spending, less federal taxing. More provincial spending, more provincial taxing. How much? "The numbers will come with the analysis." Translation: stay tuned.
It won't be easy. Ontario's government, for instance, has noticed that every extra dollar in the equalization system is a dollar Ontario's government doesn't get, because equalization goes only to less affluent provinces. "This is why we believe in a global solution," Pelletier says. "I mean, if you look at only one aspect, let's say equalization, then there might be winners and losers.
"But if you look at fiscal imbalance in its global perspective, then in my view all the provinces and territories will win, eventually. What one province could lose on the equalization question it could gain on another question, transfer payments or different things like that."
No losers? Wouldn't Ottawa lose? Yes, but in Pelletier's reading, Ottawa should. See "fiscal imbalance," above.
"Don't be mistaken," Pelletier says. "The goal is not to weaken Canada. The goal is not to diminish the authority of the federal government. And the goal is not to have the provinces taking control of the country. The goal is to have a more flexible federalism. Because the main value of federalism is its flexibility."
And if Harper delivers less than Pelletier wants? Jacques Parizeau, still the separatists' unofficial chief strategist, was predicting last week that Harper had raised expectations in Quebec he couldn't satisfy, always a prospect to warm the hearts of separatists.
Pelletier promises there will be no repeat of the Meech psychodrama. First, none of his demands involves constitutional change. Second, "You have probably noticed that I never threatened Canada. I never said that if you don't give me this, we will secede. It's not the question. Secession is not on the table." Which is good news. It's not quite the same as saying that a happy Benoît Pelletier represents a future free of challenges for Stephen Harper.

Pot-pourri délirant
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 9 février 2006
Coup sur coup, depuis une semaine, plusieurs faits divers déconcertants se rapportant au monde municipal ont abouti dans les médias. Prenons quelques minutes pour faire une visite guidée de ce cirque qui a de quoi déprimer même les plus ardents défenseurs du service public.
À tout seigneur tout honneur : commençons par Pierre Lortie, qui était jusqu'à tout récemment président du Comité de transition pour la reconstitution des arrondissements défusionnés de l'île de Montréal. Hier après-midi, une équipe de Radio-Canada a surpris notre homme à la sortie d'une rencontre des maires de banlieue où il a été question de stratégie de contestation du budget de l'agglomération de Montréal. Interrogé, M. Lortie a candidement avoué agir à titre de conseiller pour les maires «sur un certain nombre de dossiers», un contrat de «quelques semaines». Or la loi n'interdit-elle pas aux membres du comité de transition nommés par Québec de travailler pour les villes concernées pendant deux ans ?
On se souviendra que les élus montréalais avaient mis en doute la neutralité du comité de transition et de son président, un bon libéral, soupçonnés d'avantager les villes reconstituées. Aujourd'hui, M. Lortie lui-même leur donne raison. Il y a donc lieu d'exiger de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, et de la Ville de Montréal qu'elles étudient la possibilité de porter l'affaire devant les tribunaux.
- Autre histoire sulfureuse, à Longueuil cette fois-ci : le comité exécutif sortant, présidé par l'ex-maire Jacques Olivier, a voté une indemnité de départ de 116 000 $ pour le chef de cabinet du maire sous prétexte qu'on allait mettre fin à son contrat... 11 jours avant l'échéance. Cela s'appelle un détournement de fonds publics. Ces gens ont agi en toute connaissance de cause et, contrairement à ce que prétend le nouveau maire, il y a là matière à enquête criminelle. On ne récupérera peut-être jamais l'argent mais, au moins, on punira les responsables de cet abus de bien public.
- À Montréal, un amendement à la charte municipale adopté par l'Assemblée nationale autorise désormais les maires des 19 arrondissements à embaucher du personnel partisan pour les aider. C'est ainsi que The Gazette nous apprenait mardi que l'arrondissement de Ville-Marie (centre-ville) venait d'engager un chef de cabinet pour son maire et de lui accorder un salaire de 95 000 $. Ce poste s'ajoute à ceux de directeur des affaires publiques, aussi payé 95 000 $, de maire et de conseillers.
À ce jour, peu de maires de quartier se sont offert un tel luxe, mais parions que ce n'est qu'une question de temps avant que les 19 maires d'arrondissement n'embauchent chacun leur propre chef de cabinet, leur relationniste, alouette ! Une ville, 20 maires, 22 conseils de quartier, 105 élus... du pur délire !
- Pour compléter ce rapide tour de piste, revenons sur cette enquête de filature interne effectuée à la Ville de Montréal et dont les résultats se sont retrouvés à la une du Journal de Montréal hier matin. Cette fois-ci, ce sont neuf vaillants cols bleus qui ont été pris en flagrant délit de vol de temps payé par les Montréalais. Selon l'enquête du Service de vérification de la Ville, ces neuf cols bleus auraient trouvé, collectivement, l'énergie nécessaire pour colmater un grand total de neuf nids-de-poule en dix heures, entre le 23 et le 25 janvier. Le reste du temps, ils se sont baladés en camion et se sont reposés dans des restaurants. Total du temps véritablement travaillé, ma non tropo perque cé ben fatigant : sept heures sur un total de 90 heures.
Chers électeurs, chères électrices, vous sentez la colère et le cynisme vous gagner ? Vous avez raison : voilà des gens qui veulent votre bien et qui savent s'organiser pour l'obtenir !
