
TI-COQ
CAROLINE MORENO
TRIBUNE LIBRE 2 février 2006
En Finlande, la présidente Tarja Halonen, 62 ans, est réélue.
Au Liberia, Ellen Sirleaf, technocrate de 66 ans,
candidate à la présidence de son pays,
l’emporte contre un footballeur de 39 ans.
Au Chili, l’ex-ministre de la santé Michelle Bachelet, 54 ans,
succède au président Lagos.
En Allemagne, Angela Merkel devient à 51 ans
la première chancelière.
Seule candidate à la course du parti Québécois,
Pauline Marois, 56 ans,
se voit ravir la victoire par un jeune politicien
de la vieille garde,
incarnation du renouveau.
Jeunesse va, semble-t-il au Québec,
de paire avec dynamisme.
Si le projet de souveraineté n’a pas vu le jour,
c’est à cause des vieux qui sont lents.
Il faut les remplacer, les soustraire aux regards,
comme on le fait des itinérants et des prostitués
pour la grande visite.
Boisclair atteindra son but.
Il a un plan de match.
Il attend.
La balle, soutient-il, est dans le camp des Conservateurs.
Boisclair mise sur la mauvaise performance de Harper
pour gagner des points.
Mais l’indépendance
n’est pas un jeu.
Il n’y a pas à attendre.
L’erreur du Bloc Québécois
a été de dire
ici, c’est le Bloc
et de repartir pour Ottawa.
Ici, c’est le Québec.
Il revient aux Québécois de faire l’indépendance,
pas à Stephen Harper.
On ne peut refaire l’Histoire.
On peut écrire la suite des événements.
Tout doit être mis en œuvre
pour aller de l’avant,
pour marquer un commencement.
Les discours des grands parleurs
n’ont plus d’effet
sur la population lassée
des petits faiseurs.
Dans une corrida,
on finit par prendre le taureau par les cornes.
Les églises ont perdu leurs disciples,
Les Expos, leurs supporters,
Les militants désenchantés
se détourneront du PQ.
Tout meurt.
Les espoirs aussi.
L’indépendance n’est pas un jeu
car jouer
implique le risque, aussi infime soit-il, de perdre.
Le Québec doit exister.
Quand les paroles
ne trouvent plus d’écho
c’est qu’il est temps
de passer aux actes.
Agir est le contraire de mourir.
Les espoirs
comme des printemps
renaissent.

Où est le mystère, à Québec ou à Montréal?
Gilles Néron, Charlesbourg, un comté conservateur
TRIBUNE LIBRE 2 février 2006
C’est quoi le mystère Québec? Je me pose la question comme tout le monde d’autant plus que j’habite au cœur du mystère. Il faut avouer que j’ai le choix des explications parce que depuis une semaine il y a plus de causes du vote conservateur, toutes formulées par des experts, qu’il n’y a de côtes à Québec. D’abord, on fait ressortir l’homogénéité de sa population, son traditionalisme, son isolationnisme et son opportunisme, toutes des raisons attrayantes pour des observateurs situés à Montréal. Puis, on avance des explications à caractère moins fondamental et plus incidentes comme le bas niveaux des dépense fédérales dans la région, la lassitude des solutions péquistes, le populisme exploité par les radios locales, la recherche de nouveaux visages, au provincial, au municipal et enfin au fédéral. Enfin, nous avons des hypothèses farfelues comme l’opposition perpétuelle à la métropole, la lutte aux élites locales, la revanche des jeunes, le rejet des politiciens usés et le plan de campagne des Conservateurs. Rien qu’en pigeant au hasard deux de ces causes, n’importe qui peut passer pour un expert à Radio-Canada...
À prime abord, selon plusieurs spécialistes, nous assistons à une crise de la démocratie en ce sens que les électeurs changent de maîtres pour le plaisir de changer comme la plèbe de Rome, travaillée par ses tribuns, le faisait régulièrement. Qu’importe les programmes, les principes, les options, les valeurs des partis en présence, le seul souci est de trouver d’autres acteurs, de remplacer ceux qui ont déplu. D’où les contradictions dans les choix électoraux : des nationalistes québécois qui votent pour des conservateurs férus d’idéologie type empire britannique; des catholiques libéraux qui appuient des fondamentalistes protestants; des tenants de l’action de l’État en matière sociale et économique qui font confiance à des convaincus du néo-libéralisme; des petits revenus qui retiennent les solutions des grosses entreprises; des libéraux de père en fils qui se détournent des grands élus de leur ville comme Laurier et Saint-Laurent; des Péquistes qui oublient déjà leur engouement pour un Bloc gonflé à bloc par les scandales fédéraux et par l’arrivée d’une nouvelle garde au PQ; des citadins qui réagissent comme les électeurs ruraux des alentours; des fonctionnaires qui s’en remettent au secteur privé pour obtenir de meilleurs soins médicaux, des garderies plus nombreuses, de meilleurs services gouvernementaux. Il y a tant d’inconsistances constatées que leur seule énumération épaissit le mystère au point qu’il en devient presque divin.
À mon avis, l’explication de l’élection de huit députés conservateurs dans la région de Québec est beaucoup plus simple. Les gens ont eu marre de brasser de vieux thèmes et d’appliquer les mêmes remèdes sur de vieux bobos. Ils ont voulu changer de médecin pour voir si un nouveau pouvait guérir leur spleen avant que ça ne devienne une dépression. Rien à perdre, se dirent-ils, à magasiner, suivant en cela le conseil martelé depuis des années par les postes de radio les plus écoutés, - et on sait à quel point on écoute la radio dans la Vieille capitale. Nos gens souffrent en fait de résistance à la langue de bois des discours politiques habituels. Désespérés de pouvoir faire du neuf dans de vieux habits, ils ont choisi un tissu exotique rarement apprécié chez eux.
Au fond, l’énigme de Québec est une création des gens de Montréal qui ne comprennent pas le « reste du Québec ». Quand je parle des gens de Montréal, je ne veux mentionner que les francophones. Parce que ces derniers, qui sont souverainistes en majorité, assument que tous les Québécois de langue française doivent être du même avis qu’eux, même si les conditions de vie de plusieurs de ceux qui vivent hors de l’île de Montréal sont différentes. L’urgence de la séparation n’est pas la même que dans l’ensemble du Québec où le risque de frustration est moins présent. En effet, les Québécois des régions ne sentent pas l’énorme pression exercée par l’élément anglophone de la Métropole sur l’activité économique, culturelle et sociale.
De notre point d’observation, nous voyons deux Montréal bien différents, une ville de Montréal nombreuse et peu influente, celle de langue française, et une ville de Montréal minoritaire mais tellement présente, celle de langue anglaise. Ce déséquilibre a été à ce point apparent dans les combats de la fusion des municipalités et des CHUM que nous avons conclu que le modèle montréalais ne pouvait pas être suivi ailleurs. C’est alors que les électeurs d’ici ont poursuivi leur propre chemin en matière de représentation à la Chambre des Communes. Le Montréal francophone n’a pas compris cette attitude et a crié à la trahison. Le Bloc, en tête, y a vu un coup fourré des éléments de la droite, alors que ce n’était que le résultat de contextes différents et d’une stratégie qui cherchait à être plus payante. Nous verrons dans l’avenir où la voix du peuple, et celle de Dieu par voie de conséquence, se retrouvera.
C’est à se demander si le vrai mystère ne se trouve pas dans les quartiers les moins nantis de Montréal lorsque ses électeurs croient toujours qu’un nouveau référendum sera gagnant et cela dès le retour au pouvoir du PQ. À ceux de la grande ville de nous expliquer les fondements de cette foi en ce mystère.

Incontournable souveraineté
René Marcel Sauvé, géographe et auteur
Géopolitique et avenir du Québec.
TRIBUNE LIBRE 2 février 2006
La souveraineté est l'état de l'État reconnu comme tel, de droit(de jure) comme de fait(de facto), État qui exerce ses pleins pouvoirs d'État. Beaucoup de Québécois même instruits ne le comprennent pas encore.
Il ne s'agit pas de nous "donner un pays", ni de nous séparer d'un pays, ni même d'indépendance parce que l'indépendance, définie comme aptitude et capacité de choisir ses dépendances, est postérieure à l'État reconnu et qui exerce tous ses pouvoirs naturels et optimaux.
Ce dont il s'agit, c'est de statuts et de principes, non d'idéologies ni de modèles. Un statut est l'état de ce qui est reconnu de droit parce qu'existant de fait en premier lieu, par fait accompli. Un Peuple est un statut, qui n'est pas venu spontanément au monde mais s'est constitué peu à peu par filiation et volonté communes, ce que ses ennemis vont tenter de détruire.
Une Nation, avec majuscule, est une société territoriale, société qui a conquis son territoire par osmose , ce qui veut dire par mise en valeur des espaces disponibles, par défrichements, développements, organisation systématique des espaces pour les transformer en un milieu de vie avec lequel le Peuple peut s'identifier.
Or, nous, Québécois, sommes un Peuple et une Nation, quoi qu'en disent nos ennemis qui veulent nous fossiliser.
Un État est une société politique, dotée d'un pouvoir qui lui permet d'agir avec envergure et par elle-même. Cet État ne peut se former qu'au terme d'une longue période d'émergence dont la durée peut varier entre quatre et douze siècles, les exceptions confirmant la règle.
Or, voilà quatre siècles que nous mettons ensemble le Québec en valeur, avec lequel nous avons fait notre foyer national et l'assise de notre État naturel et optimal.
Au Québec, dégradé par une volonté adverse à nous réduire au non statut de province inféodée à un pouvoir centralisateur, unitaire, arbitraire et post-impérial, c'est à nous qu'il appartient de nous reconnaître et nous faire reconnaître comme Peuple, Nation et État, et à personne d'autre. Ces statuts, nous les avons déjà. Nous n'avons pas à les conquérir mais les faire reconnaître et nous conduire comme tels.
Quant aux principes, il s'agit d'une autre question, que nous avons déjà soulevée dans le passé que nous devons élaborer davantage.

Apprendre à bien connaître nos ennemis
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 3 février 2006
« Il n’y a pas au Québec de grands médias qui soient partisans. (…) C'est cette priorité que nous accordons à l'information, à l'intérêt public, qui amène un grand nombre de souverainistes à lire La Presse. Ils savent qu'ils y trouveront une information complète et objective (…)
André Pratte, La Presse, 27 août 2004
Y a-t-il des gens qui croient comme l’éditorialiste en chef de La Presse, que les médias québécois sont neutres et objectifs? C’est pas possible qu’un gars qui travaille pour un empire médiatico-politique dont les allégeances pro-canadiennes sont bien connues tienne un discours pareil. De deux choses l’une : ou bien il a oublié pour qui il travaille (dans ce cas, c’est un imbécile de première), ou bien il nous prend pour des caves. Mais à une population que la politique n’intéresse pas et qui préfère les plaisirs à la réflexion profonde, on peut faire avaler n’importe quoi. On n’a qu’à voir l’intérêt que portent certains à l’astrologie pour s’en rendre compte!
À ces gens qui vivent dans le monde d’Alice au pays des merveilles, je suggère, pour les aider à réintégrer le monde réel, de lire l’essai de Patrick Bourgeois, Nos ennemis les médias. S’ils croient encore à l’objectivité et à la neutralité des médias québécois, ce livre aura sur eux l’effet d’une douche d’eau bien froide. Ce livre est un véritable cours de Médias 101, un passage obligé pour la compréhension des médias du Québec, de leur influence sur la société et leur rôle dans la lutte contre le mouvement indépendantiste.
À ce sujet, il faut saluer le travail de Bourgeois et des Éditions du Québécois qui ont épluché des centaines d’articles couvrant la campagne référendaire de 1995 pour étayer leurs thèses. Le tout, plus la première partie sur les méthodes employées par les médias pour manipuler les masses, en fait un ouvrage irréfutable, malgré les tentatives d’avance vouées à l’échec de le discréditer. Il y a bien eu le minuscule Didier Fessou qui s’est essayé mais son entreprise a eu autant de succès qu’une vaguelette sur un paquebot, qu’une mouche s’écrasant sur le pare-brise d’un semi-remorque filant à 100 km/h. Un bon employé qui sait ce qu’il faut dire pour garder son emploi, n’est-ce pas mon cher Fessou-les-fesses-à-l’air?
L’objectivité et la neutralité médiatiques existent-elles vraiment? Aux USA, par exemple (mais c’est aussi le cas dans d’autres pays), les grands médias écrits et électroniques sont d’allégeance, soit républicaine, soit démocrate. À cause de leur statut et de leur importance, ils peuvent en arriver à influencer l’opinion publique de façon à les amener au but recherché par le pouvoir. Quand Bush projetait d’envahir l’Irak, les médias se sont fait les courroies de transmission du pouvoir en relayant le discours sur les armes de destruction massives et de la supposée menace que représentait Saddam Hussein. Ils n’ont pas été très objectifs en ne questionnant pas le degré de sérieux des armes de destructions massives et en ne se demandant pas si Saddam Hussein était aussi dangereux pour les habitants du Bible Belt ou du Texas profond que Bush et ses sbires le prétendaient. Ils se sont réveillés trop tard.
Et dans un pays colonisé comme le Québec, là non plus on ne saurait parler d’objectivité des journaux et réseaux de télévision, comme on le voit en lisant l’essai de Patrick Bourgeois. À part les petits hebdomadaires régionaux à faible tirage et au contenu pratiquement dénué d’éditorial, les grands quotidiens sont la propriété de la très fédéraliste et très canadienne famille Desmarais et défendent l’unité canadian, donc on ne peut que rire des André Pratte de ce monde et de leur pseudo-objectivité. On peut bien être objectif quand on couvre le Festival de la crevette mais quand on parle de choses sérieuses comme l’avenir du Québec, qu’on ne nous raconte pas d’histoires sur la non-partisanerie des médias!
Du côté de la télévision, il y a Radio-Cadenas, dont les positions fédéralistes sont aussi claires que limpides, mais on ne peut juger de l’orientation politique de TVA ou de TQS, préoccupés qu’ils sont par les cotes d’écoutes, les faits divers et la pseudo-téléréalité. Quant à Télé-Québec, n’en parlons pas…
En refermant le livre, on ne peut que constater deux choses : d’abord, que nos ennemis fédéralistes sont très bien outillés pour manipuler le peuple québécois et l’amener à préférer l’inféodation à l’indépendance. À coups de sondages, d’éditoriaux, de chroniques et d’analyses insipides, ils essayent de briser le moral du peuple et des militants indépendantistes, ils frappent sur le clou des « vraies affaires » sans arrêt, ils entonnent le refrain de l’indépendance qui est « dépassée » mur à mur. Tous les jours. Une arme bien plus efficace que tout l’arsenal militaire canadian déployé lors d’Octobre 70 car plus efficace à long terme. L’arme absolue d’Ottawa dans sa guerre psychologique contre le Québec.
Face à cette offensive, il faut faire l’autre constat, qui est la faiblesse de nos moyens de riposte. Pour combattre la pensée nocive, empoisonnée et néfaste des colonisés au service du Canada, mise en page dans la grosse Presse et diffusée à torrent à Radio-Cadenas, on n’a que Le Québécois, La Tempête (bulletin du MLNQ), Vigile et la Presse québécoise (que mon ami Gilles Brassard distribue vaillamment dans le secteur Châteauguay-Beauharnois), en plus de Télé-Québec. Des tire-pois contre des canons.
Et je ne dis pas cela pour dénigrer quiconque, c’est une constatation. Le problème est qu’il nous manque un atout majeur dont nos ennemis disposent : l’argent, nerf de la guerre. On ne peut mener une lutte de libération à coups de 20$ ou de 100$ alors qu’Ottawa engraisse Radio-Cadenas (avec nos taxes!) à coups de millions et que La Presse profite de l’énorme richesse de Monsieur Paul. Il nous faut pouvoir mener le combat d’égal à égal, ce qui signifie, non seulement qu’il nous faut disposer de nos propres moyens de communication, mais qu’il faut avoir les moyens financiers nécessaires pour continuer la lutte. Mais comme il n’y a pas d’hommes d’affaires indépendantistes connus et que le gouvernement fantoche de Patapouf ne financera pas de journaux « séparatissss » (il a plutôt coupé les fonds dont bénéficiait Le Québécois), il faudra qu’un futur gouvernement du Parti québécois développe ses propres moyens de communication, transforme Télé-Québec en véritable télévision nationale avec salle des nouvelles et mette sur pied une agence de presse. Les attaques démagogiques des fédéraleux, dans le genre « la santé ou la souveraineté »? On s’en torche! Ils jouent pour gagner et prennent les moyens qui leur semblent bons pour arriver à leur fin : maintenir le Québec au niveau d’une colonie, donc la même logique devrait être bonne pour nous aussi, qui défendons un idéal bien meilleur.
Nos ennemis sont peut-être puissants mais ils ne sont pas invincibles. Les Américains étaient plus forts que les Vietnamiens sur le plan militaire mais ce sont ces derniers qui ont gagné. Et les mêmes Yankees, malgré, encore une fois, leur supériorité technologique, éprouvent des difficultés (et le mot est faible!) contre les résistants irakiens. Ces deux exemples, et bien d’autres, montrent qu’on peut vaincre un ennemi plus fort que nous mais il faut commencer par bien connaître cet ennemi. Et une lecture approfondie d’un ouvrage comme Nos ennemis les médias va dans le sens de ce que disait Sun Tzu : Connaissez vos ennemis, connaissez-vous vous-mêmes; en cent batailles, vous ne courrez jamais aucun danger.

C.D.Howe et les CPE
Robert Lachance
TRIBUNE LIBRE 3 février 2006
D’abord un peu de délire paranoïaque. Et si l’interprétation échevelée de l’Institut C.D.Howe concernant la montée de l’agressivité des enfants pour cause de fréquentation des CPE n’était qu’un retour au bon vieux Québec bashing. Après tout, le premier ministre sortant (et sorti) Paul Martin a clamé sur toutes les tribunes que le modèle québécois des garderies était un exemple à suivre pour l’ensemble du Canada. Comme les Québécois étaient admirables et ingénieux et bla bla …Il fallait bien nous rabattre un peu le caquet. Bien sûr, sortir ça après le 23 janvier allait de soi parce que dans les jours ou les semaines précédentes, ayoye le mal de Bloc…
Et non, il s’agit plus probablement d’un exercice de malhonnêteté intellectuelle et de désinformation organisée. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. La sortie de la nouvelle a fait les manchettes, les analyses et mises au point les pages intérieures comme d’habitude… Il fallait bien mettre le Québec et les supporteurs canadiens d’un système de garde digne de ce nom sur la défensive pour aider à gober les misérables 1200 $ imposables que Monsieur Harper veut nous voir accueillir et apprécier avec joie.

PQ et BQ: une relation déviante au pouvoir
Marcel Lefebvre - RIQ
TRIBUNE LIBRE 6 février 2006
Le rejet du BQ par la région de la capitale constitue bien plus qu'un simple dérapage. C'est la relation au pouvoir du mouvement souverainiste qui se trouve questionnée ici. Cette relation interroge depuis un bon moment déjà les souverainistes fatigués par les dérives du PQ vers le pouvoir provincial. Et maintenant, c'est la population elle-même (le vote de la région de Québec), découvrant l'inefficacité congénitale du BQ face au pouvoir d'Ottawa, qui s’interroge. Dans le premier cas, la recherche du pouvoir provincial est justifiée par le mythe référendaire, dans le second, on invoque la défense des intérêts québécois face au gouvernement fédéral en attendant que les attentistes (PQ) passent à l'action. On est en droit de se demander si ces deux formations politiques veulent vraiment l'indépendance du Québec? Quand on veut quelque chose, on n'emprunte pas milles détours. On y va en ligne droite. C'est encore plus vrai dans le cas qui nous occupe, car il s'agit de rien de moins qu'un renversement de l'ordre établi. Cela ne peut se réussir qu'avec un désir fort, de l'audace et de la détermination. On répondra qu'au Québec, on fait la révolution de manière ¨tranquille¨ et l'indépendance démocratiquement. La marche non-violente vers l'indépendance ne justifie pas toutefois de pareilles dérives.
L'écartèlement du PQ entre la quête du pouvoir provincial et celle de la souveraineté pose question depuis longtemps dans le camp souverainiste. Cette double poursuite qui s'est amorcée avec l'étapisme a permis l'élection surprise de 1976 et, du même coup, elle a fait naître une caste de politiciens désireux du pouvoir et qui y ont vite vu leur profit. L'étapisme en effet permet de séparer la prise du pouvoir provincial du projet de souveraineté en balayant ce dernier par en avant vers le référendum. Quant au référendum, il est lui-même suspendu à la recherche des conditions gagnantes et à un improbable signal qui viendrait du peuple. Y trouvant leur compte, les politiciens étapistes ont en quelque sorte sacralisé la voie référendaire, cette stratégie en deux temps qui leur permet de courtiser les mous lors de l'élection en ne promettant pas plus d'efficacité indépendantiste qu'il n'en faut pour négocier avec l'État fédéral. Les journalistes répètent sans cesse que le PQ est dur pour ses chefs et qu'il est ingouvernable Ils ont raison. Le PQ compte malgré tout de nombreux indépendantistes frustrés par l'attentisme qu'on leur impose et la prise en otage constante de leur cause. D'autres ont depuis longtemps quitté les rangs de ce parti. Pour eux la scission entretenue entre la quête du pouvoir et la marche vers le pays n'est plus acceptable. Elle relève soit de la manipulation politicienne ou, au mieux, d'une sorte de schizophrénie: esprit politique divisé, coupé du réel et de l'efficacité.
Avec le temps, on a fini par trouvé normal qu'on cherche le pouvoir provincial même si le but avoué est de faire le pays. Cette permission obtenue par les politiciens souverainistes de participer sans conséquences au pouvoir en place a même rendu acceptable le maintien pour plusieurs mandats d'un parti dont l'existence devait être éphémère: le Bloc Québécois. La vocation évidente du BQ relève de la logique de négociation et de protestation face au dominant bien plus que d'une obligation de résultat pour la cause. Ici, ce n'est pas la recherche d'un pouvoir provincial qui constitue la dérive, mais l'absence même de participation possible au pouvoir. Harper, en stratège brillant, en a fait son cheval de bataille lors de la dernière campagne électorale et il a gagné. Heureusement des signes montrent que cette dérive de la cause indépendantiste du Québec, loin de la ligne droite, tire à sa fin. Le choix conservateur de la région de Québec en témoigne et n'annonce rien de bon pour la suite des choses à moins qu'un sérieux coup de barre ne soit donné.
La stratégie de l'ambiguïté et de la double quête a commencé à se retourner contre le PQ et le BQ. 600,000 indépendantistes ne sont pas sortis voter en 2003 lorsque Bernard Landry courtisait les fédéralistes pour se faire élire. Le BQ, pour sa part, n'ayant pas osé mettre la cause indépendantiste de l'avant en vue de l'élection du 23 janvier dernier en a payé le prix dans l'isoloir. Il a d'abord laissé froids de nombreux indépendantistes qui ne sont même pas sortis voter. En jouant sur le terrain des dossiers de gouvernance provinciale, dossiers que partagent les libéraux et les adéquistes, il s'est fait couper l'herbe sous les pieds. Harper, mieux placé que le BQ pour apporter des correctifs au déséquilibre fiscal ou redonner à la région de Québec l'attention à laquelle elle a droit, en a profité. Si le BQ avait relevé le gant lorsque Martin l'a invité à faire de l'élection du 23 janvier une élection à saveur référendaire, il n'en serait sans doute pas là. Il a encore une fois caché sa cause et son manque d'efficience politique est apparu en toute clarté quand il a voulu jouer sur le terrain des autres. La région de Québec, plus particulièrement, a donc décidé que pour le règlement des affaires quotidiennes, on est mieux avec un parti capable de prendre le pouvoir qu'avec un parti condamné à l'opposition. Comprenons bien: ce qui commence à être clair, très clair, c'est que prendre le pouvoir d'une province pour faire un pays ou prendre l'opposition dans le gouvernement du pays que l'on veut quitter sont des choix déviants. La ligne droite a plus d'avenir et restera toujours le plus court chemin entre deux points.
Au dernier congrès du PQ, la décision de maintenir l'étapisme a été une erreur. Forcé par des membres impatients d'être plus résolument indépendantiste, le PQ a dû s'engager à tenir un référendum au cours du prochain mandat s'il est élu. Il a cru pouvoir prendre cet engagement risqué parce qu'il a présumé stables des appuis fondés sur de l'éphémère: scandale des commandites et mauvaise performance de Jean Charest. Le vent vient hélas de tourner avec l'élection de Stéphane Harper et la démarche risque maintenant d'être suicidaire. Pourtant, nombreux étaient ceux qui voulaient revenir à une trajectoire simple en proposant l'approche de l'élection décisionnelle. Ils ont vite été écartés. À l'intérieur du parti, le Mouvement pour une élection souverainiste (MES), tente toujours de maintenir la contestation de l'étapisme. Avec raison, car la voie référendaire est désormais bloquée, truffée de pièges et de malhonnêteté annoncée. Claude Bariteau dans son dernier livre "Pour sortir de l'impasse référendaire" paru chez les Intouchables en a fait la démonstration savante.
Toutefois, la thèse de l'élection référendaire que le PQ a repoussée reposait sur une interprétation stricte des possibilités offertes par le parlementarisme britannique: en bref, le parti qui prend le pouvoir avec une majorité de députés a le droit de réaliser son programme. Les défenseurs de ce type d'élection décisionnelle ne tenaient donc pas compte de la tradition du 50%+1 au Québec et partout dans le monde. Ils préconisaient des gestes de rupture qui seront inévitablement contrés par l'État fédéral et nuiront à la reconnaissance internationale indispensable à la naissance du nouveau pays. Ce manque de réalisme dans l'approche de l'élection décisionnelle a donné des armes aux opposants. Les défenseurs de l'élection décisionnelle avaient pourtant le mérite d'inviter les souverainistes à enclencher le processus et à livrer bataille dès maintenant, sans temporisation. Rien que pour cela, il faut applaudir leur démarche. Cela dit, il existe une autre façon d'entrevoir l'élection décisionnelle et elle va s'imposer très bientôt par la force des choses.
Un groupe, appelé les ¨Porteurs de pays" propose une élection décisionnelle mais, cette fois, avec la majorité de 50% +1 des appuis lors de la prochaine élection. Pour parvenir à cette majorité, il propose d'additionner les votants pour l'indépendance, peu importe le parti indépendantiste pour lequel ils auront voté. Notez bien: on ne veut pas ici additionner des députés, mais comptabiliser des votes. Bien entendu, cela implique l'existence d'un pacte entre les partis indépendantistes pour rendre prioritaire l'indépendance dans leurs programmes respectifs. De plus, cette thèse a le mérite de tenir compte d'une pluralité souverainiste de plus en plus présente dans le tissu social québécois. Québec Solidaire, nouveau parti souverainiste né hier de la fusion de l'UFP et de Option Citoyenne va obliger le PQ à s'ouvrir à la pluralité. Celui-ci ne pourra pas toujours prétendre être le vaisseau-amiral de la souveraineté et culpabiliser les autres partis indépendantistes en affirmant qu'ils divisent le vote. La nouvelle thèse de l'élection décisionnelle avec pacte a aussi le mérite de faire transcender la cause de l'indépendance en la plaçant en priorité de tous les programmes politiques des partis souverainistes. On pourra donc voter pour le projet de société que l'on aime, celui du PQ ou celui de Québec Solidaire ou encore celui d'un candidat indépendant et indépendantiste. Le PQ, qui a toujours argué que l'élection référendaire n'était pas une voie valable parce que les citoyens votent "pour plusieurs choses à la fois lors d'une élection", verra son argument devenir caduc.
L'élection décisionnelle avec pacte et majorité à 50% +1 respecte toutes les exigences de ceux qui défendent bec et ongles l'approche référendaire à cause de sa dimension démocratique. De plus elle permet d'éviter le psychodrame inhérent à un troisième référendum qui risque d'être le dernier dans l'esprit de plusieurs. Perdre une élection n'est pas comme perdre un référendum; on peut toujours se reprendre lors des élections suivantes. Cela plairait davantage à une population qui n'a de cesse de rejeter, sondage après sondage, l'idée d'un autre référendum.
Le PQ n'aime pas cette idée de l'élection décisionnelle parce qu'elle recolle les morceaux séparés: le pouvoir d'une part et la cause de l'indépendance d'autre part. Il ne l'aime pas parce qu'elle lui enlève ses possibilités de chantage à la prise du pouvoir sous prétexte que le référendum est la seule voie possible. Elle le prive également du chantage face aux autres partis indépendantistes pour cause de division du vote. L'élection décisionnelle enlève en fait le monopole de l'indépendance au PQ et redonne cette grande cause au peuple à qui elle appartient. Voyant qu'il peut maintenir son projet de société, il n'est pas impensable que l'ADQ signe ce pacte un jour et permette ainsi à ses membres indépendantistes de voter pour la souveraineté. Idem aussi pour les autres partis qui y reconnaîtront enfin la clarification des enjeux. Qu'attend donc alors le PQ pour s'ouvrir à cette possibilité? De toute façon, ne s'est-il pas obligé lui-même à mettre clairement le projet du pays de l'avant dans sa prochaine plate-forme électorale? Il a donc en un sens renoncé à courtiser les mous. La logique voudrait alors qu'il abandonne la voie référendaire, piégée. Désormais, le PQ peut vouloir le pouvoir et l'indépendance en même temps. Il lui reste à découvrir les vertus évidentes de l'élection décisionnelle et du pacte. Il a commencé à corriger sa relation déviante au pouvoir; il ne lui reste qu'à découvrir les vertus évidentes de la ligne droite.

FAUSSE ROUTE
CAROLINE MORENO
TRIBUNE LIBRE 6 février 2006
Solidaire de qui ? De quoi ?
Le nouveau parti de Françoise David et d’Amir Kdahir
peut se targuer d’être féministe, écologiste,
altermondialiste, pacifiste,
mais solidaire ? Non !
Pas plus que souverainiste !
La solidarité aurait dû conduire Option Citoyenne et l’UFP
à faire alliance avec le PQ
au lieu de jouer dans ses plates-bandes
et de reproduire à l’échelle du Québec
les campagnes d’Outremont
contre Bachand
et Lapierre.
La solidarité, en ces moments cruciaux
de l’avenir du Québec,
exige un resserrement des rangs.
Ce qui fait défaut
au Québec
est justement cette absence de solidarité.
Solidarité veut dire ensemble.
Qui peut croire qu’une question aussi vitale
que l’environnement sera traitée
avec tout le sérieux, toute l’urgence qu’elle requiert
par deux ou trois députés solitaires ?
Pourquoi s’entêter à mettre la charrue devant les bœufs ?
Réglons d’abord la question nationale,
le reste suivra.
Il est affligeant de
constater que tout s’effrite.
Les mots se vident de leur sens,
de leur essence.
À se morceler de la sorte,
à se traiter « d’enculés »,
à nous perdre en excuses auprès des fédéralistes,
nous ne nous comportons pas autrement qu’en
loosers.
Il faut remettre l’indépendance du Québec
au cœur de nos vies.
Avec une élection référendaire
et la menace d’une démission en bloc,
le PQ pourrait parvenir
à raviver la ferveur.
Mais préoccupés à défendre leur siège
les péquistes joueront la carte de cette prudence
qui les caractérise
qui les paralyse.
Avant de se vouloir
pacifistes (les autres partis ne le sont-ils pas ?)
écologistes, féministes,
altermondialistes,
soyons.
Le reste suivra.

LE FEU AUX POUDRES
CAROLINE MORENO
TRIBUNE LIBRE 7 février 2006
La caricature a été employée dès la plus haute antiquité.
Les Grecs n’épargnèrent pas même leurs divinités.
Le Larousse
Offensés par les caricatures du prophète
publiées par un quotidien danois,
pour lesquelles le directeur en chef
a présenté ses excuses,
les musulmans en colère
ont brûlé des drapeaux,
incendié l’ambassade du Danemark
celle de la Norvège,
lancé des pierres, tiré des coups de feu.
En 2003, le cinéaste néerlandais Théo Van Gogh,
en représailles à son film Soumission,
une fiction sur la condition de la femme musulmane,
était assassiné.
Qui sera la prochaine victime de la fureur islamique ?
Les attentats du 11 septembre 2001,
attribués à Oussama Ben Laden,
ont fait des musulmans des terroristes.
Les Américains usaient de ce prétexte
pour envahir l’Irak et faire main basse sur son pétrole.
Les récentes manifestations de violences commises
à l’endroit des symboles occidentaux
ne font hélas que renforcer l’idée que les musulmans
constituent une menace pour la paix, la liberté d’expression.
Qui aujourd’hui s’opposerait à la guerre ?
L’intolérance appelle l’intolérance.
Les pont se coupent.
Le fossé se creuse.
Axe du bien. Axe du mal.
Il est des Dieux si grands
qu’ils projettent leur l’ombre dans la lumière.

Reconnaissance à la carte
François Deschamps (Montréal)
TRIBUNE LIBRE 7 février 2006
Je viens de lire les extraits du livre d'André Pratte publiés hier (6 février 2006). On salue l'intention non polémique de l'auteur et l'ouverture d'esprit dont il fait preuve en examinant l'argumentaire souverainiste des dernières années.
L'insistance sur le besoin de reconnaisance des Québécois est pertinente - incluant, de son point de vue, une certaine forme d'infantilisme. Cela se défend. Tout le monde connaît l'histoire de Forest Gump. Avec des béquilles on arrive tout de même à marcher. Il n'est cependant jamais venu à l'esprit de monsieur Pratte de se demander si le paternalisme d'Ottawa ne conditionnait pas, en partie du moins, cette fâcheuse disposition d'esprit qui consiste à toujours tout réclamer, à n'être jamais content et menacer, chaque fois que survient un différend, de partir en claquant la porte. Comme dit la chanson, "It takes two to tango".
La raison de cette lacune est simple. Le seul type de reconnaissance possible à l'intérieur du système actuel en est un purement nominal (confère Meech et Charlottetown) ou sectoriel. C'est ce que j'appelle pour ma part une reconnaissance à la carte, dont l'avantage est de dissimuler le seul type véritable de reconnaissance, c'est-à-dire celui qui découle normalement entre États souverains - objet tabou s'il en est. À la place, s'inspirant sans doute de Mario Dumont, l'éditorialiste en chef de La Presse dépoussière le vieux mot fourre-tout d'autonomie qu'il manie du reste habilement sans jamais toutefois lui faire dire la chose essentielle qu'il signifie : la capacité pour un peuple de se donner ses propres lois fondamentales, aptitude qui suppose, en négatif, le refus de se laisser dicter par un autre sa ligne de conduite. Je renvoie, pour ceux qui ça intéresse, à Cornelius Castoriadis, "Pouvoir, politique, autonomie", Le monde morcelé, 1990).
Un mot en terminant concernant notre indécrottable infantilisme. En allemand, le mot "Unmündigkeit" qu'emploie Kant dans son texte fameux sur les "Lumières" (30 septembre 1784) signifie à la fois "tutelle" et "minorité". L'enfant devenu adulte doit sortir de chez lui et assumer son propre destin en se fiant à ses propres capacités (et à son propre "génie", dirait monsieur Pratte). Ainsi, paraphrasant le célèbre philosophe allemand, nous pouvons affirmer que l'indépendance du Québec représentera la sortie de notre état de tutelle (ou de minorité) dont nous sommes nous-mêmes responsables.

LE COFFRE À OUTILS
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 8 février 2006
« L’indépendance du Québec
ne pourra pas régler tous les problèmes mais
nous pourrons ouvrir le coffre à outils pour
construire un pays. »
André Boisclair
Si Duceppe s’était présenté pour le PQ
Boisclair s’en serait allé à Toronto.
Duceppe a choisi le Bloc.
Boisclair est devenu la vedette de la course.
Il l’a remportée.
Avec le recul,
on se rend compte que Duceppe
aurait dû partir d’Ottawa
pour signifier aux Québécois
que le Québec se préparait à l’an 1
de son existence
comme on organise une fête
avec l’appui du Bloc
qui aurait conséquemment
misé sur une élection référendaire
et fait table rase,
imité par le PQ.
Le projet souverainiste
est devenu aussi flat
que l’eau du robinet.
Points de Presse, soirs de première, funérailles,
Boisclair se trimbale le coffre à outils
de l’indépendance
qu’il entend ouvrir au lendemain
d’une victoire.
Mais ce coffre, que contient-il ?
Peut-être est-il vide !
Pourquoi ne pas regarder dedans ?
Les outils sont-ils adéquats ?
La main-d’œuvre qualifiée ?
Les plans sont-ils tracés ?
S’agirait-il d’un chapeau de magicien ?
Boisclair serait-il Mary Poppin’s ?
Jeanne d’Arc ?
Encore faut-il se taire,
tendre l’oreille,
pour entendre des voix.
Qu’en est-il de cette mobilisation sans précédent
qui devait s’organiser autour du chef couronné ?
L’eau ne se mettra pas à mousser d’elle-même.
Pour bâtir un pays
il est nécessaire de préparer le terrain.
Ce n’est pas en changeant les meubles de place
ni en promenant sa boîte à outils
que l’on devient maître chez soi.
Cela s’appelle se donner des airs de propriétaire
qui paie son loyer.
Est-ce qu’on va finir
par un jour
s’appartenir ?

Création du Parti Québec Solidaire (PQS)
Marcel Lefebvre, au nom du C.A. du RIQ
TRIBUNE LIBRE 8 février 2006
Québec, le 8 février 2006 - Depuis juin 2002, existait au Québec un deuxième parti souverainiste, l’Union des Forces Progressistes (UFP). Le 4 février 2006, le Parti Québec Solidaire (PQS) est né de la fusion de l’UFP et du mouvement Option Citoyenne (OC). Promoteur de l’indépendance du Québec, ce parti contribuera à son irradiation sur la scène politique québécoise.
Les membres du Conseil d’administration (C.A.) du Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ) saluent son entrée en scène et voient en elle un moment historique dont il importe de prendre acte avec sérénité et ouverture.
C’est d’ailleurs lors de ces moments qu’un peuple qui veut se doter d’un pays a l’occasion de revoir sa démarche en vue de rallier tous les porteurs du pays, quels que soient les partis politiques auxquels ils adhèrent. Dorénavant, c’est dans cette direction qu’il faut s’investir pour faire advenir le pays du Québec.

AVANCEZ EN ARRIÈRE!
Réal Ouellet, Chicoutimi
TRIBUNE LIBRE 9 février 2006
Je ne sais pas comment il faudra qualifier ce type de fédéralisme mais toujours est-il qu'on en est maintenant à renégocier des ententes conclues en bonne et due forme. Ce n'est pas rien: monsieur Harper n'aime pas l'entente sur les garderies, soit, on l'annule. On a déjà vu cela avec Jean Chrétien et les hélicoptères mais là, il s'agissait de biens matériels. En plus c'était Chrétien. D'une part on pouvait s'attendre à tout et surtout au pire, et en plus on pouvait toujours penser que dans une telle histoire de gros sous, les ristournes n'allaient pas à la bonne place...
Dans le cas des garderies, il n'y a pas ce genre de choses, c'est la conception du service aux familles qui est en cause, là où les Québécois se distinguent... quelle horreur.
C'est révélateur. Ceux qui croient que le fédéralisme peut se réformer par des ententes administratives auront une occasion de voir dans quel cul-de-sac cela nous entraîne. Négocier une entente avec le fédéral ne donne aucune garantie. C'est comme faire une entente avec un « gars chaud ». Le fédéral ne respecte pas sa signature. Il imite en cela Terre-Neuve lors de l'accord du Lac Meech.
On connaissait un principe de base du fédéral dans ses négociations à l'effet que « ce qui est à moi m'appartient et ce qui est à toi, on le partage ». Maintenant il faut en rajouter un second: ce que tu obtiens par négociation est un prêt, je peux le reprendre quand bon me semble.
Décidément, l'éthique ne fait pas partie des valeurs canadian...

Vous avez dit « blasphème » ?
Georges-Étienne Cartier
TRIBUNE LIBRE 9 février 2006
Ainsi donc, en ce pays Danois, doté d'une « Loi contre le blasphème » ( sans blague, par Odin ! ),
on aurait blasphémé contre le Coran.
Ce « sacré » ( « Ça c'est sacré » = « Ta gueule , je ne tolère pas que tu y touches » ! ) recueil de ouï-dire,
de ouï-dire, d'un soi-disant prophète qui aurait dit l'avoir ouï-dire de la « voix » d'un soi-disant
Archange Gabriel qui aurait prétendu lui-même l'avoir ouï-dire d'ALLAH le Parfait Éternel et Tout Puissant.
Et ce, en dessinant irrévérencieusement le soi-disant prophète qui aurait dicté à ses disciples,
excusez du peu, le devoir d'imposer la Loi de la totalité de ses ouï-dire à l'Humanité entière,
donc à nous tous et chez nous qui n'en avons rien à foutre ! «Offensés» gratuitement, dites-vous ?
Et il nous faudrait avec ça « faire preuve de respect et de délicatesse » à l'égard des âmes susceptibles
de ces braves militants intoxiqués aux tabous des prêcheurs, et de leur conquérante prétention !
«Bonhomme, Bonhomme, tu n'es plus maître dans ta maison , car nous y sommes ! » ?
Ben voyons donc ! De quoi se mettre (Charles !) Martel en tête !
C'est que, depuis lors, une partie de l'Humanité se roule par terre et tire en l'air ou sur elle-même.
Alors que l'autre se renie, s'excuse ou exhibe sa veulerie dans un patinage sans grâce !
Le « HIC », c'est que le concept même de « blasphème » n'est rien d'autre, ici,
qu'un être de déraison sans fondement possible dans la réalité .
Question de Métaphysique ou, si l'on préfère, de Théodicée élémentaire.
Car le « blasphème » (de « blasphêmia », en grec récupéré par le latin) ça serait
« Une parole qui outrage la divinité » (dict. Robert) ) .
Or « outrager », c'est « Offenser gravement par une injure »;
« Offenser », c'est « Blesser » ; et « Injure », c'est « Une injustice ou un affront ».
Et appliqué à un des dieux du Polythéisme, imparfaits, mesquins, vicieux et vindicatifs,
le concept avait certes du sens.
Mais prétendre qu'il soit possible de porter quelque atteinte que ce soit à la Perfection
de « Yaveh-Allah-Dieu » si tant est qu'Il existe, c'est purement et simplement la NIER carrément.
Car une « perfection » vulnérable n'en est bien sûr pas une : contradiction dans les termes.
L'Hérésie absolue donc.
Un résidu de polythéisme en somme.
Faut le faire !
Ou, pour s'abaisser au niveau des primaires incapables de penser Dieu autrement que
par une projection d'eux-mêmes, si un blasphème était possible ça serait bien
une telle réduction de l'idée divine à la mesure humaine qui en serait un.
Comme quoi le monothéisme n'est pas l'acquis qu'on veut bien croire !
Ce qui rend assez loufoque l'hystérie actuelle : les Islamistes (et autres intégristes
de même acabit, bien sûr !) ne sont donc en fait, que de vulgaires « hérésiaques »
( ou, selon leur propre façon absurde de penser, les véritables blasphémateurs ! )
Loufoque mais néanmoins sinistre, car s'il est un acquis fondamental
de la Civilisation Occidentale, une « valeur pilier » qui la fonde littéralement, et qui
à ce titre mérite d'être défendue quoi qu'il en coûte, c'est bien la « Liberté d'expression »,
(dans les faits un « droit », puisqu'il s'agit ici d'une « liberté légitimement opposable à Autrui »).
Même et surtout face au totalitarisme du champ religieux soi-disant révélé.
Tout est discutable. Sans exception aucune.
Chez les agitateurs de cette crise, il n'y a RIEN à « respecter », au contraire.
Un point c'est tout.
Ou ça devrait l'être...
Car au lieu de se dérober misérablement, et ainsi s'avilir dans une « crainte révérencielle »
qu'on croyait d'un autre âge, en prétendant publier « seulement pour informer », ou ne publiant pas
« pour ne pas blesser inutilement » ( inutilement? vraiment ???), ou encore « pour ne pas stigmatiser une religion »
(et pourquoi pas quand elle vous stigmatise en hurlant « À mort ! » ? ), la réaction honnête
et courageuse, donc en l'occurrence intelligente et prudente puisqu'on est dans du « fondamental »,
était et demeure de publier pour affirmer concrètement au delà des mots sa solidarité
à l'égard d'un principe essentiel.
À n'en plus douter, il y a bel et bien « Choc de Civilisations ».
Et à ne pas assumer les exigences de cette Crise (« crisis: remise en question, procès, jugement,
décision »), c'est ainsi qu'une Civilisation qui fut grande, lentement, mais sûrement, perd pied
dans un pacifisme imbécile, la pire illusion de l'apaisement qui soit !.
Pour le plus grand bien de l'espèce humaine ? On voudra bien le croire et faire accroire :
c'est tellement moins dérangeant !
Mais reste le devoir de protester !
Et sans ambiguïté aucune !

Dix ans de souverainisme progressiste : autopsie d’un échec
Mathieu Bock-Côté, candidat à la maîtrise en sociologie, UQAM
collaborateur à l’Action nationale
TRIBUNE LIBRE 9 février 2006
L’expression s’est vite répandue. Il y aurait un « mystère Québec ». Que s’est-il passé dans la capitale ? Plusieurs explications ont été avancées : présence de médias populistes, culture régionale plus conservatrice, volonté de participer au pouvoir, etc. Elles sont loin d’être toutes fausses. Il n’est pas question non plus de nier les réserves bien connues de la capitale envers le mouvement souverainiste. Mais à limiter notre analyse à ces facteurs, on risque de négliger une tendance politique lourde, dont la dernière élection fédérale n’a révélé que les premières manifestations. Cette défaite, avant d’être celle du Bloc, est celle d’une certaine stratégie politique, une mauvaise stratégie souverainiste, privilégiée depuis une dizaine d’années, en fait depuis le dernier référendum. Je la nommerai simplement : la défaite du souverainisme multiculturel et progressiste.
On s’en rappelle : la déclaration de Jacques Parizeau, le soir du dernier référendum, a provoqué une crise de panique idéologique chez les souverainistes, qui firent tout pour s’éloigner des propos du chef péquiste en convertissant leur option dans les paramètres d’un nationalisme civique et multiculturel, complètement affranchi des préoccupations historiques de la majorité francophone, et plus spécialement, de sa perception de la lutte pour l’indépendance.
Pour être définitivement moderne, cosmopolite, ouverte sur le monde, l’option souverainiste devait se dénationaliser, se déprendre de la conscience historique franco-québécoise. C’est la grande question des dix dernières années : comment demeurer souverainiste tout en n’étant plus nationaliste? On a multiplié pour cela les tabous idéologiques, pour dresser un périmètre de sécurité pluraliste autour d’une option qu’on voulait la plus impeccable possible pour les angoissés en manque de modernité identitaire : au Congrès de 1996, la direction péquiste condamnait la question linguistique, en présentant l’éventuelle restauration partielle de la Charte de la langue français comme un geste illégitime en contexte démocratique. En 1999, la direction bloquiste, cette fois, pour s’ouvrir aux Québécois-et-Québécoises-de-toutes-origines, annonçait la nécessaire rupture avec la conscience historique de la majorité francophone, en renonçant officiellement à la thèse des deux peuples fondateurs, parce qu’elle supposerait une continuité au moins partielle entre la vieille identité canadienne-française et l’identité québécoise qui s’est déployée à partir de la Révolution tranquille.
Désormais, il ne serait plus permis de mobiliser la conscience historique francophone dans la légitimation de l’option souverainiste. Pour être le projet de tous les Québécois, l’option souverainiste ne devrait plus d’abord être celle de la majorité francophone, avec ses revendications historiques particulières. Reconnaître l’existence même d’une majorité francophone serait désormais risqué. Le nationalisme civique et multiculturel, particulièrement hégémonique, allait finalement amincir l’identité québécoise pour la faire tenir dans une définition finalement bien semblable à l’identité canadienne réinventée par les trudeauistes. Même révérence envers le pluralisme identitaire, envers la Charte, envers les valeurs progressistes, qu’on nomme canadiennes à Ottawa, et québécoises à Québec.
Pour le dire simplement, tout le débat sur la nation québécoise a révélé malheureusement la dévitalisation d’une option politique ne s’abreuvant plus aux raisons profondes qui justifient son existence. Tout faire pour détacher la nation québécoise de sa majorité francophone. Tout faire pour nier qu’elle était historiquement ouverte aux apports nouveaux, et qu’elle n’avait nullement besoin d’une grande pédagogie pluraliste et multiculturelle pour accueillir favorablement une certaine diversité compatible avec la préservation de son identité. Et qu’il n’était pas nécessaire non plus d’inspecter tous les replis de son histoire pour la nettoyer des traces d’un soi-disant nationalisme ethnique qui ferait honte à la démocratie québécoise.
Cependant, dénationalisée, l’option souverainiste devait se trouver de nouvelles raisons d’être, sans quoi elle risquait bien de perdre toute pertinence. On peut expliquer par cette conversion au multiculturalisme la redéfinition désormais progressiste du projet souverainiste, et par-là, la mise de l’avant de plus en plus fréquente des références au projet de société, auquel il faudrait, semble-t-il, accrocher la souveraineté, pour en faire autre chose qu’une coquille vide. Un projet de société progressiste, ou si on préfère, à gauche, censé créer au Québec, non plus seulement un pays français et indépendant, mais une société originale, nouvelle, progressiste, écologiste, féministe, social-démocrate, égalitaire. Ce qui impliquait, évidemment, un repositionnement de l’option souverainiste sur l’axe gauche-droite, qu’il avait pu historiquement transcender. Car le mouvement souverainiste fut longtemps une coalition, avant d’être dévié de sa raison d’être par une nouvelle élite et de nouvelles idées cherchant à véhiculer à travers le nationalisme québécois des valeurs qui ne lui étaient pas consubstantielles.
J’y reviens. Ne nous faisons pas d’illusion : les fameuses valeurs québécoises, que le Bloc s’est fait un devoir d’illustrer depuis quelques années, ne sont québécoises que de nom. De l’approche préventive en matière de jeunes contrevenants jusqu’au mariage gay, en passant par le multiculturalisme et la sacralisation de l’écologisme, on peut difficilement voir sur ces questions un vrai consensus qui modifierait en profondeur l’identité québécoise. Les fausses valeurs québécoises ne pouvaient pas remplacer sérieusement l’identité nationale traditionnelle de la majorité francophone sans délégitimer un projet politique qui repose fondamentalement sur la seconde. Il était fatal qu’à un moment ou à un autre, certains segments de la population, probablement nationalistes, mais plus réservés envers le progressisme identitaire, social et culturel, s’en aperçoivent. Il y aurait un prix politique à payer pour cette conversion idéologique.
Ce prix, nous venons de le payer. En 2004, François Legault, qui plaidait pour la définition d’un projet de société progressiste à investir dans l’option souverainiste, avouait que certains nationalistes conservateurs pourraient faire défection, mais que cette perte serait marginale, négligeable. Cette défection, elle vient de se produire. Ces nationalistes nous ont quittés à plusieurs dizaines de milliers. Ils ont emporté avec eux dix comtés. Heureusement que le calendrier électoral a freiné l’hémorragie. Ils auraient pu être bien plus nombreux.
Les électeurs de Québec ne sont pas mystérieux. Plutôt conservateurs, ils se demandent pourquoi soutenir encore un parti qui se réclame de valeurs contraires aux leurs et qui, par ailleurs, s’est complètement détaché d’un nationalisme plus traditionnel qui n’avait pas complètement tranché ses liens avec la majorité francophone. Et quand, par dessus tout, le chef bloquiste fait tout pour dépolariser l’élection de la question nationale, en soutenant que la souveraineté n’en est pas un enjeu, et qu’il faut voter pour son parti parce qu’il défendrait à Ottawa les intérêts du Québec, dont il se fait le seul interprète, et les valeurs du Québec, dont il pense avoir le monopole, il est bien possible que des nationalistes de droite, plutôt souverainistes, mais pas nécessairement indépendantistes, aient décidé de quitter une coalition où ils ne se retrouvaient plus vraiment et où tout le discours officiel était fait pour occulter leur existence.
En fait, ce qui est mystérieux, c’est l’aveuglement idéologique des dirigeants souverainistes, qui n’ont pas compris qu’en alignant leur projet sur l’aile la plus progressiste de leur mouvement, ils risquaient de faire éclater la coalition dont ils devaient préserver l’unité. Cette coalition, elle ne tenait pas parce que les souverainistes auraient souscrit ensemble à un même projet de société. Elle tenait parce que les différentes expressions du nationalisme québécois parvenaient à s’y retrouver, en se ralliant pour des motifs pragmatiques ou idéologiques à l’option souverainiste. Dois-ajouter que se rejoignaient dans cette coalition des progressistes, des conservateurs, des libéraux, ou si on préfère, des électeurs de gauche, de droite, de centre, qui parvenaient à travailler ensemble pour des raisons supérieures, transcendant leurs divisions politiques ?
Je vois deux raisons à la défaite dans Québec : l’abandon du nationalisme historique de la majorité francophone, qui a des conséquences réelles sur l’importance que donne la population ou non au projet souverainiste. Le réalignement progressiste qui a suivi, et qui a accéléré l’éclatement d’une coalition qu’on venait en plus de priver de son ciment fondamental. Conséquemment, il m’apparaît évident que pour refaire leur coalition, les souverainistes doivent reconnaître le cul-de-sac dans lequel nous a conduits la conversion multiculturelle et progressiste. Il ne s’agit pas de faire passer le souverainisme à droite. Personne ne croit cela nécessaire. Il importe toutefois de ne plus le camper à gauche. Il importe aussi, surtout, de remettre de l’avant les raisons fondamentales pour lesquelles existe un mouvement d’affirmation nationale au Québec. Car il est bien possible qu’à soustraire au projet souverainiste toutes ses raisons historiques et identitaires, pour lui en inventer des artificielles et techniques, on se retrouve au bout du chemin sans projet souverainiste du tout.

SIÈGE MUSICAL
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 9 février 2006
Belinda passe dans le camp libéral pour un ministère.
Harper déloge Martin.
Belinda bien que réélue, perd son ministère.
Harper jubile. Belinda se mord les doigts.
De Ministre libéral, réélu libéral dans l’opposition,
Emerson devient, au mépris de ses électeurs,
de ses organisateurs, de ses bénévoles, de ses donateurs,
ministre conservateur.
Bachand décide que la souveraineté n’a plus sa raison d’être
et se fait élire député libéral
avec la perspective de devenir ministre
lors d’un futur remaniement.
Charest quitte son parti pour diriger le PLQ.
Dès sa réélection, Tremblay manœuvre
pour rompre sa promesse de ne pas
augmenter les taxes municipales.
Pour être la première femme à diriger
une formation politique
Françoise David fonde son propre parti.
Embauché par une firme torontoise
Boisclair revient en politique
à l’annonce du départ du chef
auquel il succède.
Quand on voudra faire sortir le vote,
le vote restera à la maison
convaincu qu’il sera
que tous les partis se valent
et que l’ambition
primera toujours sur les convictions.
Désabusé,
le vote se désintéressera
de la politique,
il fera ses petites affaires,
il dira je n’ai pas d’opinion.
Le vote n’ira plus voter.
Il ne remplira pas son devoir.
Les politiciens lui en ont montré l’exemple.
