
L'instinct suicidaire
Michel David
Le Devoir mardi 14 mars 2006
Au fin fond de l'Afghanistan, le premier ministre Harper a dû être très surpris d'apprendre que 70 % des Québécois seraient disposés à ce que le mont Orford devienne un parc fédéral. Malgré les efforts qu'il fait pour les comprendre, ces gens-là sont décidément insaisissables. Après tout ce boucan à propos du respect des compétences des provinces!
Avec un allié comme Jean Charest, M. Harper doit également commencer à mesurer l'ampleur de la tâche qui l'attend, s'il veut empêcher une victoire du PQ et la tenue d'un nouveau référendum. Déjà qu'on compte sur lui pour aider Michel Audet à confectionner le budget qu'il présentera la semaine prochaine.
Depuis le début de l'année, chaque discours du premier ministre Charest, comme celui qu'il a prononcé à Laval dimanche, est devenu l'occasion de présenter un bilan rose bonbon de l'action de son gouvernement depuis bientôt trois ans.
Il n'a malheureusement pas réussi à se débarrasser de cette détestable habitude de faire une bourde aussitôt qu'une conjoncture favorable semble se dessiner. En 2004, c'était le projet de centrale thermique du Suroît. En 2005, les subventions aux écoles privées juives. Cette année, c'est la vente du mont Orford à des intérêts privés qui risque de coller à la peau du gouvernement.
Cette espèce d'instinct suicidaire a de quoi inquiéter bien des députés. Le sondage effectué par Léger Marketing pour le compte du compte du Journal de Montréal ne laisse aucun doute sur ce que pense la population : 76 % des personnes interrogées s'opposent à la vente et 86 % ne croient pas que le gouvernement respectera sa promesse de doubler la superficie du parc en utilisant les profits de cette privatisation pour acheter des terrains autour de la montagne.
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Cette opposition à la vente du mont Orford est du même ordre que celle enregistrée par Léger Marketing dans le cas du Suroît (67 %) et des subventions aux écoles juives (89 %). Dans les deux cas, le gouvernement avait jugé plus prudent de battre en retraite. Il risque d'y avoir beaucoup de monde dans les rues de Montréal lors de la manifestation du 22 avril. À la défense du Suroît, Hydro-Québec pouvait invoquer, à tort ou à raison, les impératifs de la sécurité énergétique, mais les intérêts d'un promoteur ne risquent pas d'émouvoir grand monde.
Qui plus est, le diktat auquel le nouveau ministre de l'Environnement, Claude Béchard, s'est plié avec un empressement qui le discrédite complètement aux yeux des environnementalistes, va directement à l'encontre de la position officielle du Parti libéral du Québec.
Une résolution adoptée par le conseil général du PLQ en septembre 2003, sur la proposition de l'association d'Orford, réclamait «une modification de la Loi sur les parcs, afin qu'elle interdise clairement, sans ambiguïté, toute possibilité d'abolir un parc, de le réduire et d'échanger des terrains faisant partie d'un parc, et ce, à perpétuité, pour le bénéfice des générations futures».
La résolution rappelait que le parc du Mont-Orford avait été créé par des gens du milieu en 1938 et que les terrains ont été cédés au gouvernement «dans le seul but d'assurer leur protection à perpétuité». Elle ajoutait que «cette volonté ancestrale devait être respectée au même titre qu'un testament». Il faut croire que cette «volonté ancestrale» n'a pas plus d'importance pour le gouvernement Charest que celle des militants libéraux.
Tous ces délégués au conseil général qui ont voté à l'unanimité en faveur de cette résolution étaient-ils de mèche avec ces idéologues péquistes auxquels le député... d'Orford, Pierre Reid, a associé les opposants à cette dilapidation du patrimoine ? Sans parler de son prédécesseur, Robert Benoît, qui doit commence à se demander s'il ne devrait pas reprendre du service.
À moins que le PLQ n'organise une collecte auprès de ses membres pour acheter le mont Orford, comme la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, toujours aussi bien inspirée, en a fait la suggestion à ceux qui ne veulent pas le voir défiguré par des immeubles.
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Le malheureux prédécesseur de M. Béchard, Thomas Mulcair, que les militants de Laval ont accueilli en véritable héros dimanche, n'a pas manqué l'occasion de rappeler les «mises en garde» qu'il avait adressées dans ce dossier. À partir du moment où il a refusé le strapontin que Jean Charest lui offrait au bout de la table du Conseil des ministres, le premier ministre aurait certainement préféré que ce dangereux personnage claque aussi la porte de l'Assemblée nationale, plutôt que de prendre un malin plaisir à souligner ses faux pas.
M. Mulcair a eu cette autre phrase d'une perfidie savamment calculée : «J'ai toujours eu une loyauté inébranlable envers le Parti libéral du Québec, mais je ne vous cacherai pas que les dernières semaines ont été difficiles.» Le message envoyé aux militants libéraux était on ne peut plus clair : un authentique libéral, qui n'a jamais démérité, a été mis à la porte par un ancien conservateur pour faire de la place à un ancien péquiste.
À l'aube d'une nouvelle session à l'Assemblée nationale, la question n'est pas tellement de savoir qui, d'André Boisclair ou de Jean Charest, sera le meilleur, mais plutôt lequel sera le moins mauvais. À ce jeu, le premier ministre est nettement désavantagé, dans la mesure où l'exercice du pouvoir lui permet d'appliquer concrètement une mauvaise décision, tandis qu'un chef de l'opposition doit se contenter de déclarations maladroites.
Le discours inaugural qu'il prononcera cet après-midi à l'Assemblée nationale sera certainement rempli de bonnes intentions, mais les passages sur le développement durable et la protection de l'environnement risquent maintenant de laisser un goût très amer. Après avoir complètement raté son remaniement ministériel, M. Charest n'a pourtant pas les moyens de gaspiller une autre cartouche.

Le français dans les médias: où en sommes-nous?
Cauchon, Paul
Le Devoir mardi 14 mars 2006
Des débats publics se tiendront à Québec et à Montréal
Après trois ans de travail, la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias mettra fin à ses activités à la fin du mois, après la tenue de grands débats publics sur la qualité du français.
L'un de ces débats se tiendra ce soir à 19h30 à Québec, au Musée de la civilisation, où la population est invitée à se demander si «les médias tirent la langue au français». Le dernier débat se tiendra à Montréal, à l'UQAM, le 22 mars prochain, sur le même thème.
Satisfait du travail accompli, le président de la table, Robert Goyette, exprime quand même une inquiétude. «Plusieurs études montrent que la qualité du français dans les médias s'améliore ou ne se détériore pas, explique-t-il au Devoir. Mais nous nous inquiétons de la relève. Je ne crois pas que ce soit le rôle des universités de donner des cours de français et, dans les médias, on n'a pas les ressources adéquates pour former les jeunes journalistes.»
C'est pourquoi, dans les derniers mois, les travaux de ce groupe ont surtout été orientés vers les établissements d'enseignement. «Nous avons voulu sensibiliser les jeunes à l'importance de maintenir un français de qualité», explique Robert Goyette, qui est également rédacteur en chef de Sélection du Reader's Digest.
La table de concertation comptait neuf membres, dont des représentants des Hebdos du Québec, du groupe Quebecor, de Télé-Québec, de Radio-Canada et de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Son premier président était Michel Arpin, du groupe Astral.
Le groupe avait été constitué au printemps 2003 à l'initiative de la ministre de la Culture et des Communications Line Beauchamp, à la suite du rapport Larose sur l'avenir du français.
En décembre 2003, les membres de la table avaient remis à la ministre un état de situation qui proposait neuf recommandations, des recommandations qui ont ensuite inspiré ses actions. Ainsi, la table de concertation a mené des démarches de sensibilisation auprès de ses membres, des associations professionnelles et des syndicats, et auprès des recteurs des universités québécoises. La table a également parrainé la création de différents outils, comme Immédi@t, un service d'assistance à l'intention des médias offert par l'Office québécois de la langue française, et Des médias et des mots, un outil électronique de perfectionnement créé par l'Université de Sherbrooke.
Le ministère de la Culture a aussi ouvert un programme de perfectionnement linguistique pour les médias, qui a parrainé trois projets en 2005-06.
La table a également organisé cet hiver un grand concours de rédaction pour les sortants des universités québécoises du premier cycle. Trois gagnants, dont le nom sera connu le 22 mars, recevront chacun une bourse de 3000 $ et pourront bénéficier d'un stage en entreprise, à Radio-Canada et à La Presse, par exemple.

Privatisation du Mont Orford: Béchard persiste
Richer, Jocelyne
PC-Le Soleil mardi 14 mars 2006
Quelle que soit l'ampleur de l'opposition au projet, Québec ira de l'avant avec la privatisation partielle du parc du Mont-Orford.
Le ministre du Développement durable et de l'Environnement, Claude Béchard, cachait mal son exaspération, hier, en commentant la levée de boucliers qui a suivi la décision annoncée la semaine dernière dans ce dossier.
" Il n'est pas question de revoir la décision ", a-t-il dit, lors d'un point de presse, alors qu'il s'apprêtait à participer au caucus des députés libéraux, tenu à la veille de la reprise des travaux parlementaires.
Le ministre estime que certains opposants au projet propagent des faussetés, semant ainsi l'inquiétude chez les gens qui habitent à proximité de la montagne. " Tout ce que je demande, c'est que les gens disent les choses telles quelles sont. Qu'on arrête de faire peur au monde, en disant qu'on va exproprier des chalets, qu'on va exproprier des maisons, a-t-il souhaité. C'est complètement faux ".
Québec va donc présenter comme prévu un projet de loi visant à soustraire du parc national de l'Estrie le centre de ski et le club de golf qu'on y trouve. Mais il n'est pas pour autant question de " vendre " le patrimoine naturel du Québec, a-t-il fait remarquer. " La partie de la montagne qu'on vend, c'est pas une partie qui est une aire protégée ", a-t-il expliqué.
Le projet de loi va prévoir également la possibilité de construire des condos sur 85 hectares au pied des pentes, soit une superficie d'environ 1 km².
Encore là, le ministre se fait rassurant, en disant que le promoteur qui se portera acquéreur du site ne pourra pas en faire n'importe quoi.
Le ministre insiste pour dire que le dépôt du projet de loi sera suivi d'une commission parlementaire, avant que Québec procède à l'appel d'offres. Par ailleurs, ceux qui ont émis des doutes sur la capacité de Québec de doubler, comme il s'y est engagé, la superficie totale du parc, grâce à l'argent obtenu de la vente de la superficie annoncée, devront se raviser, selon lui.
Campagne de peur
Le président-directeur général de la station de ski du Mont-Orford, André L'Espérance, a fait parvenir une mise en demeure à un de ses ex-partenaires, Fred Korman, relativement à des propos qu'il a tenus lors d'un reportage diffusé la semaine dernière sur les ondes de Radio-Canada. M. Korman, aujourd'hui propriétaire de la station de ski Owl's Head, en Estrie, a affirmé que le centre de ski Orford était rentable lorsqu'il en était actionnaire et qu'il peut très bien survivre sans le développement immobilier projeté.
" Les propos tenus récemment par M. Fred Korman, relativement au projet de développement du Mont-Orford, étaient erronés et trompeurs ", déclare M. L'Espérance dans un communiqué.
Selon M. L'Espérance, M. Korman aurait utilisé des " informations financières tronquées " pour faire valoir son point. Les actuels propriétaires de la station de ski Orford avaient d'ailleurs convoqué la presse, hier, pour affirmer une fois de plus que la rentabilité du centre passe par le développement résidentiel.
M. L'Espérance en a profité pour dénoncer " la campagne de peur et de dé-sinformation " qui se déroule actuellement au sujet du projet. " La population a le droit à une information complète, et je trouve déplorable et inadmissible que certains ténors de l'opposition au projet soient prêts à avancer n'importe quoi pour promouvoir leur cause. On se doit de rapporter les vrais faits et c'est précisément ce que nous ferons dans les prochains jours ", dit-il.
Sondage
Mais les Québécois semblent néanmoins plus sensibles aux arguments des opposants au projet. Un sondage Léger Marketing publié hier dans le Journal de Montréal montre que plus des trois quarts des Québécois s'opposent à la vente d'une partie du parc provincial à des intérêts privés.
Les Québécois interrogés rejettent donc massivement le projet du gouvernement de Jean Charest. L'opposition à la privatisation chuterait à 56 % si Québec réussissait à étendre la zone protégée. Près du tiers des opposants seraient alors davantage en accord avec la proposition du gouvernement.
Mais 70 % des sondés préféreraient que l'on transfère au fédéral le parc du Mont-Orford. Même chez ceux qui sont prêts à accepter la privatisation, pas moins de 54 % préféreraient qu'Ottawa prenne le contrôle du centre de ski et du terrain de golf. Le sondage a été réalisé le 9 mars auprès de 578 internautes québécois et comporte une marge d'erreur de 4,1 %, 19 fois sur 20.
Parc national
Par ailleurs, l'idée de faire du parc du Mont-Orford un parc national fédéral peut bien plaire à la population et aux élus du canton d'Orford, mais créer un nouveau parc fédéral n'est pas si simple. En fait, sans volonté politique et, surtout, sans l'accord de Québec pour céder les terres à Ottawa, c'est chose impossible.
" Un parc national du Canada ne peut être créé sans l'accord du gouvernement provincial. Le gouvernement fédéral pourrait s'impliquer dans un dossier seulement à la demande d'un gouvernement provincial ", explique Nicole Racette, porte-parole de Parcs Canada. Citant la loi à l'appui, elle souligne que Québec devrait accepter de céder les terres à Ottawa.
Devant Québec qui refuse de revoir sa décision, élus locaux et défenseurs du parc se sont tournés vers le gouvernement fédéral dans l'espoir de préserver l'intégrité de la montagne.
Au cabinet du premier ministre Harper, on répète depuis la semaine dernière ne pas vouloir s'immiscer dans un dossier de juridiction provinciale.

Un bon compromis
Pierre Bastien, conseiller municipal du Canton d'Orford.
La Presse mardi 14 mars 2006
Dans le dossier du mont Orford, la solution proposée fait bien le pont entre les impératifs du développement économique et la préservation de la nature
La solution Mulcair, que le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, M. Claude Béchard, a dévoilée, le 6 mars dernier, dans le dossier du développement du Mont-Orford, s'avère un bon compromis logique entre les impératifs du développement économique indispensable pour assurer la rentabilité des installations et ceux de la préservation de la nature.
En plus de constituer un engagement clair et non équivoque envers le développement durable du site concerné, la voie privilégiée par le gouvernement du Québec a le mérite de corriger une erreur historique qui a consisté à tenter de concilier deux vocations totalement contradictoires: d'une part, les activités récréotouristiques d'un centre ski et d'un parcours de golf et, d'autre part, celles d'un parc voué à la conservation.
Il est heureux que le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs ait entendu les appels pressants et nombreux du milieu et qu'il se soit donné un calendrier de travail en vue d'une action rapide afin d'éviter un climat d'incertitude susceptible de nuire considérablement à la station.
Le gestionnaire actuel des installations de ski a dit et répété souvent que les centres de ski majeurs font désormais face à une réalité implacable: la seule vente de billets et de passes saisonnières ne suffit plus à assurer leur rentabilité et les coûts de réinvestissement. C'est pour cela qu'il faut du développement immobilier susceptible d'offrir des formules attrayantes, comme celle du " Ski In- Ski Out ".
Tous les intervenants de notre milieu reconnaissent que ce développement doit se faire de manière cohérente, ordonnée, progressive et conforme aux principes du développement durable. Le consensus à cet effet est solide, comme le prouve l'engagement public du gestionnaire actuel (qui connaît très bien la région et qui y habite) à ne pas transformer le site en " mini-Disneyland " ni en " second Mont-Tremblant ".
Quand on constate que le développement immobilier prévu au Mont-Orford sera réalisé dans la zone actuelle prévue à cette fin et d'une superficie de 86 hectares, nous ne pouvons que conclure qu'il s'agit d'une amélioration notable, en regard du projet initial qui prévoyait une zone de 145 hectares.
En plus d'augmenter la visibilité et le rayonnement de la région de Magog-Orford, le développement durable du Mont-Orford contribuera assurément à stopper le déficit touristique qui afflige la région des Cantons-de-l'Est, tout en générant des retombées positives majeures pour la communauté, en particulier sur les plans économique, environnemental et social. De fait, l'amélioration significative de notre offre récréotouristique permettra la création de plusieurs centaines de nouveaux emplois et assurera, à l'ensemble de la région, des retombées annuelles de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Souvent, lorsque des individus ou des groupes se retrouvent à court d'arguments, leur réflexe est de recourir à la peur. Magog-Orford n'est malheureusement pas à l'abri de ce genre de stratégie discutable et déplorable, comme le prouvent les propos inutilement alarmistes du genre: " après avoir été dépossédés de leur montagne, les citoyens d'Orford vont être dépossédés de leurs terrains " ou encore: " les municipalités seront englouties dans le parc national agrandi ".
De tels arguments insultent l'intelligence des citoyens, mais ceux-ci ne sont pas dupes d'un comportement théâtral qui, malheureusement, ne contribue d'aucune façon à un débat public harmonieux, posé, réfléchi, éclairé et éclairant.
Au-delà des positions personnelles qui ont été prises au cours des dernières années, et plus particulièrement au cours des dernières élections municipales, il faut prendre en considération les avantages que représente, pour tous les citoyens, le développement durable du mont Orford.
Pour relever ce défi avec succès, il faut que la région de Magog-Orford continue à se mobiliser pour agir et proposer et qu'elle refuse de suivre ceux qui se contentent de réagir et de s'opposer.
C'est pourquoi je lance un appel pour que nous travaillions, ensemble, à la réalisation ici, chez nous, d'un projet de développement durable qui soit reconnu comme un modèle du genre et cité comme un exemple à suivre partout en Amérique du Nord et- pourquoi pas?- dans le monde.

Le ski et le golf au parc national du Mont-Orford - Un legs des pionniers et non une anomalie
Gérard Potvin, Orford
Le Devoir mardi 14 mars 2006
Dans son communiqué de presse annonçant le projet gouvernemental de démantèlement du parc national du Mont-Orford, le ministre Claude Béchard indique que le projet de loi vise «à rendre conforme le parc national du Mont-Orford à la vocation des parcs nationaux du Québec, telle que prévue à la Loi sur les parcs adoptée en 2001».
Le ministre, nouvellement responsable des parcs, n'a sans doute pas eu le temps de relire le projet de loi 44 adopté le 19 décembre 2001 modifiant la Loi sur les parcs, et les notes explicatives de ce projet. Il n'a sans doute pas non plus eu le temps de lire les journaux de débats de l'Assemblée nationale et de la commission chargée de l'étude détaillée du projet.
Le projet de loi ne visait pas à faire disparaître les zones de récréation intensive présentes dans certains parcs; il visait plutôt à assurer que la conservation et la récréation extensive soient clairement les fins prioritaires de tous les parcs nationaux et que l'on abandonne la désignation «parc de récréation». Cette désignation laissait entendre en effet que le territoire de certains parcs aurait pu servir principalement ou totalement à des activités récréatives intensives. Le projet de loi visait aussi à ce que l'on ne crée plus de nouvelles zones de récréation intensive.
Le ministre Béchard n'a donc pas remarqué que ce projet de loi n'impliquait nullement la modification du plan directeur ou du zonage des anciens parcs de récréation pour les adapter à une nouvelle vocation; il n'a pas remarqué que, durant l'étude du projet, le ministre alors responsable des parcs a souligné avec insistance que les zones existantes dans les parcs existants ne peuvent être modifiées sans recourir à la procédure de consultation prévue à l'article 4. De toute évidence, cette assurance concerne également les zones de récréation intensives existant déjà au parc national du Mont-Orford.
État de fait reconnu
La présence du centre de ski alpin et du terrain de golf dans le parc national du Mont-Orford est un des états de fait reconnus comme tels lors de la mise à jour de la Politique québécoise des parcs en mars 2002 à la suite de la modification de la Loi sur les parcs en décembre 2001. Et cet état de fait est un legs du passé et non une anomalie.
Ces activités récréatives de plein air faisaient partie des projets initiaux lors de la création du parc national du Mont-Orford en 1938. Le terrain de golf a été réalisé à partir de terres déjà en culture et non en rasant une forêt vierge, et le centre de ski alpin s'est développé progressivement par suite d'actions de multiples intervenants. Des anciens se souviennent d'avoir marché de l'actuelle route 112 jusqu'à la montagne et d'avoir gravi la montagne à pied.
Plus tard, la route a permis aux skieurs d'accéder en voiture au pied de la montagne, puis un tracteur à chenilles a servi à les transporter au sommet. Il s'agissait vraiment d'activités récréatives en pleine nature.
Plus naturel qu'ailleurs
Les développements ultérieurs peuvent n'avoir pas suffisamment respecté la montagne, mais l'insertion dans le parc a fait garder à la station de ski alpin un caractère naturel beaucoup plus net que dans l'ensemble des autres stations comparables. Il n'en serait sans doute pas ainsi si la station avait été développée par des promoteurs immobiliers et il n'en serait plus ainsi si elle passait pleinement aux mains de tels promoteurs.
Le domaine skiable actuel englobe le sommet du mont Orford, avec le plus grandiose belvédère de tout le massif, le sommet du mont Giroux, les flancs est, nord et ouest du mont Giroux, les flancs sud-est, est et nord-est du mont Orford et les flancs sud-est et est du mont Alfred-Desrochers. Ces espaces doivent demeurer publics. Ils représentent environ 10 % de la superficie totale du parc national du Mont-Orford.
Si le gouvernement du Québec choisit de se retirer pleinement du champ des activités récréatives intensives, il doit le faire sur tout le territoire du Québec et remettre les installations à d'autres autorités publiques ou semi-publiques et non à des entrepreneurs privés astreints à des objectifs de maximisation des rendements financiers. Il n'a pas le droit de brader notre héritage. Ce sont d'ailleurs les communautés de la région qui ont fourni les fonds nécessaires à l'achat initial du territoire du parc national du Mont-Orford.
Et un tel changement de politique ne se fait pas à la sauvette.

GOUVERNEMENT CHAREST: La cascade des bavures alimente la grogne des députés
Lessard, Denis
La Presse mardi 14 mars 2006
Le plus récent désastre médiatique du gouvernement Charest, le dossier de la vente du parc du Mont-Orford, s'inscrit dans une longue liste de bavures, de décisions mal ficelées, d'idées improvisées qui n'ont jamais été discutées avec les élus au préalable.
Percutant, ce verdict est venu hier d'un vétéran, à l'occasion du caucus à huis clos des députés libéraux à la toute veille de la reprise des travaux à l'Assemblée nationale, cet après-midi.
Pour l'essentiel, " le mont Orford, c'est comme les écoles juives, comme les coupes des prêts-bourses, comme les garderies, comme le Suroît ", a laissé tomber, sans émotivité, le député de Notre-Dame-de-Grâce, Russell Copeman, hier.
Devant un Jean Charest visiblement contrarié, le député a, dit-on, égrené tout le chapelet des décisions mal calculées, où le gouvernement a dû reculer, perdant à chaque occasion un peu de plumes et beaucoup de crédibilité.
Les bons coups
Rien à voir dans ce bilan, avec le résumé des bons coups du gouvernement que fera, pendant 90 minutes cet après-midi, M. Charest à l'occasion du message inaugural à l'Assemblée nationale. Le premier ministre insistera surtout sur le ton nouveau des relations fédérales-provinciales, avec l'arrivée des conservateurs à Ottawa.
M. Charest martèlera aussi l'importance du dossier énergétique, dans le cadre du développement durable. Il se fera le porteur de ces projets mobilisateurs, d'ici les élections, en 2007. Attendue depuis six mois, la politique énergétique en est à sa 25e version- concoctée au conseil exécutif plutôt qu'au ministère de Pierre Corbeil.
Et, comme rien ne se fait sans désordre à Québec, Raymond Bachand, nouveau titulaire du Développement économique, a sauté dans la mêlée énergétique dès sa première entrevue aux médias.
M. Copeman n'a pas rappelé La Presse hier, mais, a confié un témoin anonyme, bien des élus opinaient du bonnet quand cet ancien employé politique de Robert Bourassa a décidé de jeter une douche d'eau froide sur l'état-major de M. Charest, qui doit en découdre à compter d'aujourd'hui avec une opposition qui ne manquera pas de munitions. Hier, la péquiste Louise Harel soutenait que le premier ministre avait perdu sa crédibilité en reniant ses engagements du premier message inaugural, en juin 2003.
" Il ne peut pas vendre de la fiction à coups de slogans continuellement ", a lancé la chef péquiste. Pour l'adéquiste Mario Dumont, " si le gouvernement à ce moment-ci fait un discours inaugural, c'est pour tenter de passer une grosse brosse sur le tableau ".
Une critique dure et rare
Venant de l'intérieur des rangs libéraux, une critique aussi dure que celle de Russell Copeman, élu passablement modéré, est plutôt rare. Des vétérans se souvenaient hier de sorties comparables de Jacques Chagnon, avant que les libéraux ne reviennent au pouvoir. Remaniement après remaniement, Jean Charest grossit le nombre des députés qui se disent qu'ils seront encore en politique après le départ de leur chef. Depuis le lendemain du dernier remaniement, on s'attend même à une opération de " déstabilisation " visant M. Charest jusque dans la haute fonction publique.
Sans trop de conviction, Pierre Reid, ministre limogé la semaine dernière, s'est levé pour défendre le projet d'Orford. Mais les stratèges libéraux ont sans doute compris qu'il y aurait pas mal d'absents à l'Assemblée nationale quand le gouvernement voudra faire adopter son projet de loi pour vendre les 600 hectares du parc national et y autoriser la construction de condominiums.
Éjecté du Conseil des ministres, Thomas Mulcair brillait d'ailleurs par son absence. Pierre Paradis était également introuvable. Ancien titulaire de l'Environnement lui aussi, il s'était maintes fois opposé à la vente de terrains du mont Orford à l'époque de Robert Bourassa quand Fernand Magnan voulait acheter la montagne.
La Presse a également appris, de sources au sein du gouvernement, que Québec devra payer " une dizaine de millions ", au groupe d'André L'Espérance, avant de vendre le centre de ski du Mont-Orford, pour compenser les investissements effectués sur les équipements qui lui étaient loués jusqu'ici.
Les hausses de la SAAQ
Autre dossier épineux: Michel Després a rencontré les journalistes hier pour annoncer que les députés libéraux réclamaient maintenant que la Société d'assurance automobile du Québec vienne expliquer en commission parlementaire les hausses importantes de primes à compter de 2007. En janvier, tabassé une première fois par ses pairs, le même ministre avait, à l'inverse, mis le holà à une tournée d'information de la SAAQ qui visait, précisément, à expliquer ces décisions délicates.
Hormis l'atterrissage parfait de la décision délicate sur l'arrêt Chaoulli en santé, tout ce que touche le gouvernement semble tourner au vinaigre. Après trois ans de travail à Loto-Québec, le gouvernement Charest a subitement prévenu les patrons de la société d'État qu'il était opposé au projet de déménagement du casino. Les canaux de communication étaient pourtant évidents: Alain Cousineau et Pierre Bibeau ont de longs états de services comme apparatchiks libéraux.
Même cafouillis dans le dossier des hôpitaux universitaires de Montréal. La facture est actuellement de 600 à 700 millions de dollars supérieure aux prévisions. Les terrains coûtent plus cher que prévu à décontaminer, l'un des sites paraît instable, les estimations sont restées longtemps approximatives. Bref, le ministre Philippe Couillard devra prendre une décision en avril... et elle risque d'être, encore une fois, difficile à expliquer. Comme ceux de Loto-Québec, les dirigeants du CHUM sont laissés dans le noir- ils promettent même de lancer des appels d'offres dès ce printemps.
C'est sans parler des déboires de la Société des alcools, de la démission de Raymond Boucher, l'homme de confiance de M. Charest, des faux pas sortis de l'écran radar, par d'autres bourdes, plus récentes.
Avec la collaboration de Tommy Chouinard
Encadré(s) :
Le message inaugural
Denis Lessard
Le message inaugural d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale donne le coup d'envoi à la seconde session de la 37e législature, entamée au printemps 2003 avec l'élection du gouvernement Charest.
À Québec, on parle de message inaugural, alors qu'aux Communes, c'est par des " discours du Trône " que les gouvernement mettent la rondelle au jeu.
Cet exercice vise à donner le plan du gouvernement pour les prochains mois. Jusqu'au deuxième régime Bourassa, avant 1985, ces messages inauguraux survenaient presque chaque année à Québec.
Aujourd'hui, l'Assemblée nationale est convoquée pour 14 h, mais il faudra attendre les discours des nouveaux députés d'Outremont et de Verchères, MM. Raymond Bachand et Stéphane Bergeron, avant que la lieutenante- gouverneure Lise Thibault puisse prendre la parole.
Ce pourrait bien être sa dernière intervention à l'Assemblée nationale- son mandat est terminé depuis plusieurs années, et déjà le gouvernement Martin avait pressenti des candidats pour la remplacer.
Par la suite, le premier ministre Charest devrait, pendant 90 minutes environ, donner le véritable plan de match de son gouvernement d'ici les prochaines élections.
Le message inaugural est suivi d'un débat de 25 heures au Parlement (environ cinq jours de séances). Ce débat devra être suspendu pour celui suivant le budget du 23 mars prochain.

L'État-nation contre le pluralisme?
Geneviève Nootens, Politologue, Université du Québec à Chicoutimi
Le Devoir mardi 14 mars 2006
Dans la page Idées du lundi 6 mars, M. Mathieu Bock-Côté s'en prenait à ce qu'il appelle la «religion multiculturelle», arguant que le multiculturalisme constitue une dérive par rapport à l'idéal national et à l'idéal démocratique, idéaux dont il dit qu'ils seraient aujourd'hui confondus. Le «progressisme identitaire» véhiculé par les tribunaux dévoierait ainsi l'idéal national démocratique.
La critique énoncée par M. Bock-Côté participe d'une critique plus large de ce que le sociologue Jacques Beauchemin appelle «la société des identités». La principale crainte manifestée par les gens qui partagent ce point de vue est celle de la dissolution d'une société qui ne se reconnaît plus comme monde commun, tant les revendications identitaires des uns et des autres contribuent à effriter ce qu'on pourrait appeler le sujet collectif, essentiel pour fonder l'action politique de la communauté.
Ce sujet collectif, c'est la figure de la nation, détentrice de la souveraineté populaire, mobilisatrice, et fondatrice de la solidarité sociale.
La critique que fait M. Bock-Coté de la société des identités comporte cependant un certain nombre de postulats fort discutables :
- il fait de la fusion entre idéal national et idéal démocratique l'intuition féconde de notre époque, alors que ce projet ne répond pas nécessairement aux exigences de justice dans les conditions contemporaines;
- il réduit la démocratie à l'exercice de certaines règles majoritaires et présente le travail des tribunaux comme extérieur à la vie démocratique de notre collectivité, ce qui constitue une conception réductrice de la démocratie;
- il assimile implicitement l'accommodement raisonnable à une posture relativiste, alors qu'il n'y a aucun lien nécessaire entre les deux.
L'idéal national
Il est exact de dire que le projet politique moderne, tel qu'il s'énonce en Occident à partir du XVIIIe siècle (et particulièrement au XIXe) fait de la collectivité nationale la figure politique centrale et la source de la légitimité du pouvoir politique, en tant qu'en elle réside la souveraineté populaire.
Cependant, on tend à reconnaître depuis au moins deux décennies le caractère homogénéisant de ce projet, et son impact sur les minorités, notamment au travers des politiques d'homogénéisation et d'assimilation. Il ne s'agit pas ici de dire que le nationalisme est nécessairement ethnique, mais bien de souligner que même le nationalisme le plus civique peut être exclusif.
Les démocraties libérales ont longtemps affirmé qu'elles étaient neutres, culturellement; or, c'est manifestement faux, puisque certaines décisions relatives à l'espace public et à la représentation, notamment, comportent des dimensions culturelles. En l'absence de protection adéquate des minorités ou d'un pouvoir de négociation de la part de celles-ci, ces décisions reflètent généralement la culture et les volontés de la majorité.
D'autre part, comme l'a souligné le philosophe canadien Will Kymlicka, on peut fort bien tout à la fois défendre les droits individuels et procéder à l'assimilation des minorités, par exemple en imposant une langue ou en découpant les circonscriptions électorales de manière à éviter que des minorités ne forment des majorités localement. Ces mesures, ainsi que d'autres plus radicales (dont ont notamment fait les frais les Premières Nations), ont contribué à l'assimilation de nombreuses minorités.
Un certain nombre de personnes, notamment parmi les politologues et les philosophes, considèrent que le prix payé est exorbitant, pour ces collectivités, et que de telles mesures, même si elles s'inscrivent dans un nationalisme civique, ne sont pas justifiables, du point de vue de la philosophie morale.
Sur la France
Il y a ici, de mon point de vue, une question de justice sociale. Le contexte actuel nous rend plus conscients des limites, des contraintes, de l'oppression que comporte la volonté de construire une nation homogène; il dévoile certaines exigences de justice sociale dont il faut rendre compte dans l'espace public au moyen de la reconnaissance et du dialogue.
Il apparaît d'ailleurs plutôt paradoxal de présenter la France comme un exemple de cohésion collective dans le domaine public; on doit à tout le moins rappeler le coût social d'une «cohésion» qui s'avère illusoire dans la mesure où elle repose dans les faits sur un degré élevé d'exclusion.
De plus, la loi française sur la laïcité m'apparaît participer d'un glissement dans la compréhension des exigences de neutralité de l'espace public en matière de religion. L'attitude de l'accommodement raisonnable articulée par les pouvoirs publics au Canada et au Québec repose sur la conviction que la cohésion de l'espace public n'exige pas que les individus y apparaissent dépouillés de leurs convictions (religieuses, notamment), comme le soulignait encore récemment Jocelyn Maclure.
De vrais démocrates ?
C'est faire preuve de bien peu de modestie, et de peu de sens historique, que de réduire la démocratie à sa seule incarnation dans l'État-nation occidental tel qu'il se consolide au XIXe siècle. Faut-il vraiment rappeler que la démocratie n'est pas née d'hier ? Et que sa rencontre avec le libéralisme au XXe siècle lui donne une forme spécifique, qui n'est pas exempte de contradictions ?
Il ne s'agit évidemment pas de sous-estimer l'ampleur des conquêtes démocratiques dans les États occidentaux à partir du XIXe siècle; l'État-nation moderne est bel et bien le berceau de la démocratie actuelle. Mais il serait réducteur, intellectuellement et socialement, de voir là une sorte de «fin de l'histoire» à laquelle toute dérogation constituerait une sorte de crime de lèse-majesté. La démocratie se transforme au fil des enjeux et des luttes pour l'étendre, l'approfondir, la rendre vivante. Il faut par conséquent souhaiter qu'elle ne demeure pas figée dans un modèle particulier.
D'autre part, il est tout aussi réducteur de réduire la démocratie aux mécanismes permettant l'expression de la majorité, comme semble vouloir le faire M. Bock-Côté. Les tribunaux sont une composante essentielle de notre système démocratique, notamment en ce qui concerne l'interprétation de la volonté du législateur et la protection des minorités.
Considérerait-on comme démocratique un régime qui pourrait violer impunément les droits des minorités culturelles, religieuses, linguistiques ? Peut-on faire du respect de ces droits une simple question de «préférence démocratique» ? Je ne le crois pas, et ce, pour deux raisons.
D'une part, la Charte canadienne des droits et libertés enchâsse très précisément certains des droits que la tradition démocratique libérale considère comme les plus fondamentaux; elle protège ces droits contre l'éventualité que le législateur lui-même, qui constitue l'expression de la majorité, puisse les enfreindre.
D'autre part, les questions de conviction religieuse (lorsque c'est véritablement à quelque chose de cette nature que nous avons affaire) sont très loin d'être une simple affaire de préférence, pour les croyants. Encore une fois, ceci ne signifie pas que toutes les revendications sont acceptables; mais cela signifie certainement que nous devons accorder à notre manière de traiter ces revendications un soin particulier. On ne peut certes pas comparer les demandes en cette matière avec, par exemple, la préférence pour le fait de tourner ou non à droite à un feu rouge.
Terrorisme idéologique ?
Au fond, la doctrine de l'accommodement raisonnable reconnaît à la fois que nous accordons une importance particulière à certaines valeurs et que la cohésion sociale dépend néanmoins d'une ouverture sur l'horizon moral des autres. Il ne s'agit pas de reconnaître toutes les différences, mais de réfléchir sur ce qui peut être reconnu sans menacer nos valeurs les plus fondamentales.
Il ne s'agit ni de terrorisme idéologique ni de relativisme. On ne saurait mettre sur le même pied le port d'un symbole religieux (car c'est bien de cela qu'il s'agit, dans l'affaire du kirpan, malgré le fait qu'une certaine presse ait insisté pour le présenter comme une arme) et la menace aux droits des femmes que constitue la mise sur pied de tribunaux islamiques ou encore le refus de soins pour un enfant mineur sur la base de convictions religieuses.
La décision de la Cour suprême constitue le reflet d'une réflexion saine de la société sur elle-même, sur la nature du vivre-ensemble et sur le bien commun, dans un contexte où on tend à reconnaître le caractère homogénéisant de beaucoup d'expressions du nationalisme majoritaire. On peut peut-être suggérer à M. Bock-Côté d'aller discuter de terrorisme idéologique avec ceux qui ont fait les frais de la politique d'assimilation de l'État-nation.
La démocratie plurinationale
S'il y a donc une prise de conscience nécessaire, elle porte sur le renouvellement du projet politique moderne incarné dans la nation vue comme entité homogène. L'appartenance nationale demeure un élément fort important de notre identité individuelle et collective, mais elle se situe dorénavant dans un cadre multiculturel et plurinational.
D'ailleurs, c'est bien mal comprendre la nature de la nation que d'en faire un devoir de ressemblance. La nation relève davantage du rassemblement, autour de certains biens participatoires (l'expression est de Michel Seymour). Elle exprime la volonté de prendre en main son destin comme collectivité, et de s'autogouverner. Elle est avant tout politique, car elle réunit des individus dans un projet de self-government.
C'est bien en ce sens qu'il n'y a pas nécessairement de contradiction entre la volonté d'autodétermination des Québécois et le multiculturalisme.
Il y a bien entendu des valeurs importantes, auxquelles nous tenons et que nous pouvons légitimement défendre. Sans une certaine volonté d'accommodement, cependant, c'est à une polarisation sociale et à une radicalisation des positions que nous nous exposons. Il ne pourrait y avoir alors qu'une cohésion de façade.
Il y a ici plus qu'une question de prudence : nous avons un devoir de respect envers ceux avec qui nous partageons notre destin. Si ce devoir est réciproque, et ne nous impose pas d'accepter n'importe quoi, il nous impose très certainement l'ouverture au dialogue et à la possibilité d'accommoder certaines pratiques qui ne remettent pas en cause les valeurs fondamentales protégées par la Charte.

Stephen s'en va-t-en guerre
Marissal, Vincent
La Presse mardi 14 mars 2006
On peut être d'accord ou non avec l'approche de Stephen Harper, résolu ment plus militariste que celle de ses prédécesseurs libéraux, mais, chose certaine, on ne pourra l'accuser de manquer de transparence.
On peut aussi lui reprocher d'orchestrer de grandes manoeuvres médiatiques en territoire dangereux pour épater la galerie, mais il faut reconnaître qu'il a pris sciemment un grand risque ces deux derniers jours. Parce que malgré le ton dramatique de certains reportages, malgré les risques indéniables au pays des talibans, le plus grand péril qui guette Stephen Harper n'est pas un attentat suicide à Kandahar ou une mine sur la route de l'aéroport, mais plutôt le désaveu de la mission afghane par les Canadiens.
Stephen Harper s'est rendu en Afghanistan pour mener sa guerre, celle de l'opinion publique. Une guerre qui s'annonce difficile, à en juger par les plus récents sondages et les forums de discussion, notamment sur Cyberpresse ou sur les sites de Radio-Canada ou du Globe and Mail.
Une portion non négligeable de lecteurs et d'internautes affirment sans détour que les soldats canadiens n'ont rien à faire là, que ce n'est pas notre guerre, que nous n'avons pas à nous en mêler. D'autres, nombreux aussi, accusent carrément le gouvernement Harper de suivre les traces et les ordres de George Bush, qui n'a que les mots " guerre au terrorisme " à la bouche depuis le 11 septembre 2001.
Malgré l'opposition, Stephen Harper s'est lancé dans le champ de bataille avec détermination. Encore une fois, on peut ne pas être d'accord, mais cela a le mérite d'être clair.
Cela n'a pas toujours été le cas à Ottawa. Souvenez-vous de cet épisode ridicule, en 2002, quand nous avions appris que des soldats canadiens avaient capturé des combattants afghans et les avaient remis aux Américains (qui les avaient envoyés à Guantanamo). Le gouvernement Chrétien avait caché l'information pendant 10 jours et on se renvoyait la balle entre le bureau du premier ministre, celui de la Défense et celui du chef d'état-major. Le plus cocasse, c'est que l'on avait découvert l'affaire par hasard, à l'aide de photos d'agence de presse, parce que les soldats canadiens étaient les seuls à porter un uniforme de camouflage vert forêt dans le désert...
Stephen Harper, lui, a décidé de jouer son rôle de commandant en chef des armées et, dorénavant, il sait qu'il sera tenu responsable pour chaque body bag qui reviendra au pays. Il aurait pu déléguer son ministre de la Défense à Kandahar ou y dépêcher son ministre des Affaires étrangères, mais il a décidé d'y aller lui-même.
L'image du premier ministre aux commandes d'un avion militaire ou en train de prononcer un discours devant un millier de soldats déplaira certainement à bien du monde parce qu'elle rappelle trop celle de George Bush, mais il se pourrait aussi que son ferme engagement soit rentable politiquement.
Les prochains sondages le diront. Il faudra porter une attention particulière à la réaction des Québécois, historiquement moins empressés à courir sous les drapeaux. Évidemment, une accalmie sur le terrain (après les débuts chaotiques de la mission canadienne) ne ferait pas de mal à la cote de M. Harper. Mais dans le cas contraire, il risque de perdre au Québec le capital politique qu'il a récolté ces derniers mois grâce à sa politique de la main tendue. Il serait risqué de tomber dans le piège afghan après avoir évité celui de l'Irak.
Le pari est réel, surtout pour un gouvernement minoritaire. Bien des Américains en ont marre de voir leurs soldats tomber en Irak, mais ils sont pris avec leur président jusqu'en 2008. Nous, pour peu que les libéraux redeviennent présentables, on pourrait fort bien se débarrasser d'un premier ministre trop guerrier à notre goût.
Parce qu'il faut dire que la visite éclair de M. Harper en Afghanistan tranche avec ce que l'on a été habitué de voir de nos gouvernements à Ottawa. Nous sommes un acteur important sur la scène mondiale, pas question de rester sur la touche, a-t-il expliqué hier en substance. Cela change du cliché selon lequel le Canada est un gentil nain sans influence parfois admis dans la cour des géants.
C'est clair: Stephen Harper n'est pas le successeur de Lester B. Pearson, contrairement à Jean Chrétien et Paul Martin. De toute évidence, sa conception du rôle du Canada dans le monde est différente. Sa relation avec les militaires est aussi beaucoup plus chaleureuse, à en juger par la bonne humeur du chef d'état-major, Rick Hillier, depuis l'élection des conservateurs
Autant de bonnes raisons de tenir un débat aux Communes, ce que M. Harper a encore une fois rejeté avec dédain hier. Pour les mauvaises raisons, encore une fois. Débattre ne signifie pas manquer de solidarité envers les soldats sur le terrain.
" La population a toujours été derrière nous au Kosovo, en Bosnie. Maintenant que nous sommes dans un des endroits qui ont le plus besoin d'aide, on nous retire cet appui. C'est tout à fait bizarre ", s'est plaint à la Presse Canadienne le caporal Johanny, hier à Kandahar.
Cela n'a rien de bizarre. C'est même fort simple: entre les missions au Kosovo ou en Bosnie et celle en Afghanistan, il y a eu le 11 septembre et l'obsession de George Bush pour l'Irak, où sont morts plus de 2000 soldats américains.
Vincent.marissal@lapresse.ca

La méthode Charest
Pratte, André
La Presse mardi 14 mars 2006
Éditorial -
Le discours inaugural que prononcera cet après-midi le premier ministre, Jean Charest, doit marquer un nouveau départ pour ce gouvernement mal aimé. L'impact positif de cette stratégie risque toutefois d'être annulé par un nième dossier controversé, celui du mont Orford. Encore un dossier géré tout croche, suivant ce qu'il est maintenant convenu d'appeler la " méthode Charest ".
Le projet de construction de condos au parc du Mont-Orford est dans l'air depuis au moins quatre ans. Les opposants ont tenté par tous les moyens d'attirer l'attention des médias sur cette affaire, en vain... jusqu'à ce que le gouvernement Charest, par sa maladresse, parvienne en une semaine à en faire une crise nationale. Selon un sondage Léger Marketing publié hier par le Journal de Montréal, 76 % des Québécois s'opposent à la vente du centre de ski et du terrain de golf du mont Orford. Aux écologistes se sont joints des artistes connus, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal... On peut être sûr que la manifestation prévue à Montréal le 22 avril prochain attirera tous ceux- et qui n'en serait pas?- qui s'opposent à ce que l'on " vende le patrimoine du Québec ".
La charge des opposants est démesurée et démagogique, bien sûr. Car enfin, que veut-on? Que le centre de ski d'Orford soit toujours déficitaire, au point que seul le gouvernement puisse l'opérer? Et si Québec parvenait à doubler la superficie du parc, l'environnement ne serait-il pas gagnant en même temps que l'économie de la région?
Le problème, c'est que les gens ne croient pas le gouvernement Charest. Et cela n'est pas dû qu'à l'habileté des opposants. C'est dû, dans cette affaire comme dans tant d'autres, à l'incapacité de ce gouvernement de bien mener les dossiers délicats. Pensons aux écoles juives, aux amendements au Code du travail, à l'aide aux étudiants, aux PPP, à la réforme des CPE, au CHUM... Autant de dossiers où la décision du gouvernement était souvent justifiée sur le fond, mais où les libéraux ont dès le départ perdu la guerre dans l'opinion.
Dans le cas d'Orford, il sautait aux yeux que toute " privatisation " allait susciter une gigantesque vague d'opposition. Le gouvernement a pourtant eu l'air pris au dépourvu. S'il avait été prêt, il aurait fait en sorte de pouvoir répondre à toutes les questions, calmer toutes les inquiétudes, obtenir dès le départ des appuis solides et crédibles. C'est exactement le contraire qui est arrivé.
La stratégie gouvernementale pour faire accepter à la population la vente d'une partie du mont Orford reposait sur l'engagement de doubler par ailleurs la superficie du parc national. Or, depuis l'annonce, le gouvernement reste incapable d'expliquer où se trouvent les terrains qu'il compte acquérir. D'où une inquiétude, une méfiance que les opposants ne se privent évidemment pas d'exploiter. Claude Béchard jure que son projet de loi définira des balises strictes pour empêcher que l'acquéreur construise n'importe quoi sur la montagne. Le problème, c'est que le ministre de l'Environnement ne peut étayer ses affirmations d'exemples concrets. De sorte que, encore là, il laisse à ses adversaires une immense ouverture pour cultiver la peur.
Contrastons ce qui vient de se produire dans le dossier du mont Orford avec le dossier, beaucoup plus important et délicat, des suites que le gouvernement devait donner au jugement Chaoulli. Tout le monde s'attendait à ce que l'ouverture au privé dans la santé imposée par la Cour suprême provoque une controverse monstre. Or, un mois après la publication de la réponse du gouvernement, tout est calme sur ce front. Pourquoi? Appelons-ça la " méthode Couillard ". Le projet a été extrêmement bien préparé. Dans sa modération et sa présentation, il était conçu pour désamorcer les oppositions. Et, connaissant parfaitement son dossier, le ministre de la Santé avait réponse à toutes les questions, était en mesure d'apaiser toutes les craintes.
Une conclusion s'impose: le cabinet du premier ministre Charest devrait passer moins de temps à se méfier des ambitions de M. Couillard et davantage à s'inspirer de sa façon de faire les choses.

There's growing suburban discontent with the Liberals: The idea of a Montreal island party could have wings
Henry Aubin
The Gazette (Montreal) March 14, 2006 Tuesday
The idea of Montreal islanders turning against the Quebec Liberals on the basis of purely urban issues has been simmering since the late 1990s. It got a big boost last Thursday when the mayor of Hampstead, William Steinberg, wrote an opinion piece in The Gazette proposing just such a rebellion in the next Quebec election.
He said that if the Charest government continues to make the 15 suburbs suffer for having demerged, suburbanites should explore options to the Liberals. As the only clearly federalist party in Quebec, the Liberals have long taken the support of federalist suburbanites for granted.
Skeptics might scoff at the significance of this threat. Hampstead is one of the smallest suburbs and Steinberg, elected to public office for the first time last fall, has little public profile. But what his article did not say is important: The article was supported by all the island's suburban mayors. Most of them have vast influence in their communities - as their successful leadership of demerger campaigns shows.
These suburbs span the territory of eight provincial ridings. If the upstarts were successful, they could conceivably hold the balance of power in the 125-seat National Assembly.
The mayors say they will carry out this threat only if the Liberal government persists in punishing them for the demerger by letting Montreal exploit them within the island's agglomeration council. The immediate complaint: the imposition of abusive tax increases without prior consultation. The government is studying their appeal.
As one West Island mayor told me yesterday, "We're not looking for preferential treatment - just even-handed treatment."
If they don't get it, here are some of their options:
One would be to try to get support for their cause from Mario Dumont's Action democratique du Quebec. Success would seem unlikely. Dumont has been pro-merger since the 1990s, and he has opposed de-mergers. Another problem: Many mayors would insist that Dumont take an unconditionally pro-federalist stance for the first time. Lots of luck.
The more likely scenario would be for different candidates to pool resources by belonging to a new party. The party would do on the provincial stage what the Bloc Quebecois does on the federal scene - that is, assess issues through the prism of how they affect Montreal Island.
The mayors would want to expand the appeal of a "Bloc Montrealais" beyond the demerged suburbs. They would press for new referendums in those municipalities anywhere in Quebec where a majority of voters backed demergers in the 2004 referendums but were thwarted by the peculiar rule that at least 35 per cent of all registered voters had to show support.
Seven of the island's ex-municipalities would qualify for such a second chance. They are: Anjou (where 57 per cent voted to demerge), LaSalle (61 per cent), Ile Bizard (61 per cent), Ste. Genevieve (66 per cent), Roxboro (67 per cent), Pierrefonds (70 per cent) and St. Laurent (75 per cent). True, anti-megacity sentiment appears to be turning to resignation in most of these locales. However, blue-collar workers' behaviour and other aggravations could help revive the spirit of revolt.
Steinberg is focusing on problems with the agglomeration council. Yet that body, which bestows undemocratic power over the island to Montreal's mayor, is only one part of the Charest government's local performance. Other aspects of that performance affects the city as much as the suburbs, if not more.
Its plan for Highway 25 would benefit Laval at Montreal's expense. It has not acted on the city's pleas for public-transit help. It has not delivered on its campaign pledge to give the city new sources of revenue. Its handling of both planned hospitals has produced confusion and delay. And, for better or worse, it has aborted the casino plan and dithered on revamping Notre Dame St. In a word, dismal.
Critics have invoked every principle in trying to persuade the government to do better - democracy, the environment, efficiency and social conscience. Nothing has worked.
What this government does understand, however, is power politics. The suburban mayors are now signalling that they can play that game, too.
haubin@thegazette.canwest.com

La Société du 400e anniversaire de Québec veut éviter une guerre de drapeaux
Porter, Isabelle
Le Devoir mardi 14 mars 2006
Le MNQ se plaint de ne recevoir aucune subvention pour donner plus d'importance à la Fête nationale
Québec - La Société du 400e anniversaire de Québec qui coordonne les Fêtes de 2008 dans la capitale, a décidé de ne pas financer la Fête nationale et la Fête du Canada et de plutôt investir dans la commémoration du 3 juillet 1608, date de l'arrivée à Québec, de Samuel Champlain.
«Nous avons décidé de concentrer les fonds sur l'ouverture des célébrations, la clôture et le 3 juillet. Pour une fois, cette année-là, nous allons pouvoir souligner la fondation de Québec», a expliqué au Devoir le président et directeur général des Fêtes, Pierre Boulanger.
«Il y aura une grande cérémonie protocolaire avec de nombreux dignitaires étrangers, en provenance de France, de Grande-Bretagne», a-t-il poursuivi. «La programmation des fêtes du 400e va être concentrée autour de la date du 3 juillet. La tenue du Congrès eucharistique mondial en juin doit culminer avec la visite du pape le 22, suivie de la Saint-Jean et de la Fête du Canada, et la grande fête du 3 doit coïncider avec le début du Festival d'été.»
M. Boulanger a dû fournir des explications hier, après que le Mouvement national des Québécois (MNQ), qui coordonne la Fête nationale, eut accusé son organisation de l'avoir écarté de la programmation des Fêtes pour des motifs politiques. «Ça faisait un an et demi que nous discutions avec la Société du 400e, et tout allait bien», plaidait hier le porte-parole du MNQ, Martin Roy. «À la mi-février le responsable de la programmation, Jacques Dupuis nous a annoncé très candidement que notre projet n'était pas retenu à cause de sa connotation politique.»
Le MNQ espérait obtenir 600 000 $ de la part des Fêtes du 400e pour organiser une Saint-Jean de 24 heures sur les Plaines d'Abraham. Il comptait ainsi faire partie de la sélection des «cuvées spéciales» qui étaient dévoilées hier par les Fêtes du 400e. Ces «cuvées» sont pour la plupart des événements déjà existants auxquels on donnera une ampleur particulière en 2008. Il s'agit du Carnaval de Québec, de la Coupe du monde de surf des neiges, du Spectacle aérien international de Québec, des Grands Feux Loto-Québec, des Fêtes de la Nouvelle-France, d'Expo-Québec, du Marathon des Deux Rives et d'Envol et Macadam.
Le ministre Després ne compte pas intervenir
Dépité, le MNQ réclamait hier l'intervention du ministre responsable de la capitale nationale, Michel Després. Or, ni ce dernier ni l'organisation des Fêtes du 400e n'entendent intercéder en sa faveur.
Pierre Boulanger a confirmé hier que le MNQ avait été écarté des plans de financement, «tout comme l'organisation des fêtes du 1er juillet», ce qui ne doit pas empêcher les deux fêtes d'avoir lieu comme d'habitude. Quant à savoir s'il s'agit d'une décision à caractère politique, le responsable des Fêtes rappelle que la Société du 400e est financée par les gouvernement provincial et fédéral, et que Québec ne finance pas la fête du 1er juillet, tout comme Ottawa n'appuie pas la Saint-Jean-Baptiste.
«Nous sommes un organisme apolitique et nous voulons d'abord commémorer le 3 juillet. Nous ne voulions pas embarquer dans une guerre de drapeaux. Dans la population, il y a des gens pour qui la Saint-Jean, c'est politique et d'autres pour qui ce n'est pas le cas. Même chose pour le 1er juillet. On n'a pas à s'impliquer là-dedans.»
Au bureau du ministre Després, on a clairement fait comprendre qu'il n'était pas question d'intervenir dans ce dossier. «C'est la Société du 400e qui a la responsabilité de voir à la programmation. Ils ont leur comité de sélection, et c'est à eux que revient la décision», a précisé l'attachée de presse du ministre, Josée Delisle.
Collaboratrice du Devoir

An act of clarity
The Ottawa Citizen Tuesday, March 14, 2006
Edith Gendron and her union are claiming victory because the separatist activist will return to the public service. They're glossing over the fact that Ms. Gendron's critics have been vindicated too.
Yes, the Public Service Labour Relations Board has said, rightly, that public servants have the right to hold and express political views. It has also said it is a conflict of interest to work for Canadian unity by day and lead a separatist organization by night.
Ms. Gendron used to work as a senior program officer for Canadian Heritage. One of her roles was to represent the department in official-languages discussions with provincial governments and non-governmental organizations in Atlantic Canada. She had informed her department of her separatist beliefs when she was hired six years ago. (Her husband, Richard Nadeau, is now the Bloc MP for Gatineau.)
In early 2004, she told her department she was going to run for the presidency of a group called "Le Quebec, un pays!" (Quebec, a country.) She believed that since she didn't work on Quebec files or make policy decisions, she was not in a conflict of interest. The department disagreed. In April 2004, it fired her. Ms. Gendron filed a grievance.
The labour board looked at the case, and has made a very reasonable decision. It has said Ms. Gendron was in an "apparent conflict of interest," but that the employer didn't try hard enough to find a solution to the conflict. So it has ordered the department to hire her back and put her on paid leave until it can find her a job in another branch or with different duties.
It's anyone's guess why Ms. Gendron wanted to work on programs that promote French in the Atlantic provinces. The Department of Canadian Heritage's reasons for employing someone to do so are obvious. One reason is unity: if Canada's second-language communities feel respected, the separatists in Quebec have a harder time making their case.
Ms. Gendron's day job was in direct opposition to her volunteer activities. Not only did she work for two masters, but she represented them both.
Whether she could resolve this conflict in her own conscience is not the point. Whether the employer thought her duties would be compromised is not the point either. The point is whether a reasonable person would perceive a conflict of interest. That reasonable person could be someone sitting across the negotiating table from Ms. Gendron, or a member of the public Ms. Gendron was paid to serve.
There's a difference between an employee's right to freedom of belief and expression and an employee's decision to actively undermine her employer's goals. If Ms. Gendron had worked for Coca-Cola, she would have had every right to enjoy a Pepsi on her own time. If she had taken over the leadership of a Pepsi fan club and refused to give it up, that would be a different matter.
Ms. Gendron still doesn't seem to understand that difference, but the labour board does. Its decision has clarified the issue of political expression for public servants.

Bilan du premier discours inaugural effectué par La Presse :
Un bilan complaisant
Patrick Bourgeois et Pierre-Luc Bégin
Le Québécois mardi 14 mars 2006
Complaisance quand tu nous tiens !
Afin de bien marquer l'ouverture de la nouvelle session à Québec, le premier ministre Jean Charest multiplie les sorties pour vanter le bilan de son gouvernement, opérations qui sont destinées à redorer fallacieusement le blason des libéraux. Aujourd'hui, La Presse a cru bon publier dans ses pages son propre bilan des réalisations libérales. Pour ce faire, La Presse a repris les six travaux que Charest, à l'instar d'Astérix qui lui en avait douze, avait promis d'accomplir en 2003, et ce, afin d'évaluer quels objectifs ont été vraiment atteints depuis et lesquels ne le furent pas. Mais surtout, La Presse a sorti son couteau à tartiner. Et tartiner, à La Presse , on connaît. Ce qui fait que le bilan présenté aux lecteurs est dégoulinant de complaisance. Les événements ont été méticuleusement sélectionnés afin de ne pas donner un coup de jarnac trop sévère à un gouvernement fragile qui aurait pourtant mérité une critique beaucoup plus acerbe que celle présentée par les artisans de Gesca. Reprenons donc l'opération, mais cette fois avec le point de vue du Québécois. Comme quoi, au Québec, si l'on veut obtenir une couverture médiatique qui présente les deux côtés de la médaille, il faut désormais se retourner vers la presse alternative.
Révision des structures de l'État
Dans son édition d'aujourd'hui, La Presse déplore que le gouvernement Charest n'ait pas fait davantage dans le domaine de la réingénierie de l'État et des partenariats public-privé. Depuis 2003, il est vrai que La Presse s'est largement prononcée en faveur d'une privatisation accélérée des activités étatiques au Québec. De ce fait, il n'y a rien de bien étonnant de lire dans ce dossier que « peu de projets ont été lancés » dans le cadre de l'Agence des partenariats public-privé. Rien de plus. Nulle part il n'est écrit que les libéraux ont, sur le terrain de la privatisation, rencontré une opposition ferme et bien décidée à ne pas les laisser dilapider sans mot dire notre patrimoine collectif. Nulle part, il n'est écrit que l'opposition a apporté bon nombre d'exemples démontrant que les partenariats public-privé se soldaient à peu près toujours par des hausses des tarifs frappant durement le commun des mortels et par une diminution des services dispensés à la population. Jamais La Presse n'indique non plus que si le gouvernement Charest soutient que le Québec n'a plus les moyens d'assurer tous les services qui sont sous sa responsabilité, cela est dû au carcan financier que ce gouvernement s'est lui-même imposé et qui vise à réduire pour des raisons idéologiques et les impôts et la dette. La Presse n'explique pas davantage que Québec a été plus que timoré lorsque est venu le temps d'aller chercher son dû à Ottawa, ce qui a empiré la situation des finances publiques au Québec. La Presse indique aussi que le gouvernement Charest a revu les façons de faire des grandes sociétés d'État telles que la Société générale de financement ou la Caisse de dépôt et placement. Jamais La Presse ne souligne par contre que simultanément, les libéraux ont développé comme jamais le copinage qui est propre à leurs façons de faire. Des amis des libéraux se sont retrouvés ainsi un peu partout dans l'appareil d'État, et ce, lorsqu'ils n'obtenaient pas de lucratifs contrats accordés par le gouvernement du Québec. Toute la saga du mont Orford est très certainement un bon exemple des conflits d'intérêt qu'alimente impunément l'équipe Charest. Et les cafouillages à la SAQ (qui pavent la voie à sa privatisation) ne s'expliquent pas autrement non-plus.
Revue des modes d'intervention de l'État dans l'économie
À ce chapitre, le seul résultat concret obtenu par le gouvernement Charest au fil des ans en fut un éminemment anti-syndical. En effet, il y a quelques années maintenant, le gouvernement Charest a adopté, sous le bâillon, une série de mesures destinées à réduire drastiquement l'influence des syndicats dans l'économie au Québec, dont les modifications apportées à l'article 45 destinées à faciliter la sous-traitance. Là encore, aucune indication apportée par La Presse quant aux conséquences qu'il y a à favoriser la sous-traitance. La Presse s'est évertuée à ne point laisser transpirer dans ses pages les critiques formulées à l'égard de telles pratiques au Québec. Synthétisons le tout en soulignant que le recours à la sous-traitance permet plus souvent qu'autrement aux multinationales telle Sodexho par exemple de mettre la main sur les services de cafétéria, de buanderie, d'entretien, etc. et de couper par le fait même les salaires des travailleurs qui, lorsque ledit service était sous l'égide du public, recevaient des salaires décents. La sous-traitance, ce n'est ni plus ni moins qu'une opération de paupérisation des travailleurs ordinaires et de délestage des responsabilités civiques des États. Voile aussi sur la loi spéciale que le gouvernement Charest a imposée à la fin de l'année 2005 aux employés de l'État.
Réorganisation des services de santé
La santé, c'était la priorité électorale des libéraux en 2003. La Presse soutient donc que c'est dans ce domaine que le gouvernement Charest a été le plus actif depuis trois ans. Parmi les « grandes réalisations libérales » en ce domaine, on compte la réduction du nombre d'unités d'accréditation syndicale dans le réseau de la santé, l'abolition inutile des régies régionales pour les remplacer illico par des agences tout aussi coûteuses, la création d'un poste de commissaire à la santé, mais en omettant de nommer ledit commissaire, le rétablissement de la gratuité des médicaments pour les personnes âgées recevant le supplément de revenu garanti du fédéral, etc. La Presse souligne que le gouvernement Charest a entrouvert la porte au privé, mais sans jamais préciser en quoi. À La Presse , on dirait qu'on préfère oublier que la Cour suprême du Canada a invalidé deux dispositions de la législation québécoise en santé qui interdisaient jusqu'à tout récemment la possibilité de recourir à des assurances privées pour obtenir des soins de santé couverts par le régime public (le jugement Chaouli contre Québec) et que le gouvernement Charest s'est plié à la décision d'une institution étrangère dans un domaine qui constitue pourtant une compétence exclusive du Québec.
Décentralisation vers les régions
En cette matière, La Presse se contente de dire que le gouvernement Charest n'a pas connu beaucoup de succès. Il n'aurait rien fait de plus que de créer les conférences régionales des élus, sans vraiment donner des moyens financiers et du pouvoir aux régions. Plus exact aurait été de dire que dès le premier budget des libéraux, 270 millions $ ont été retirés de l'aide accordée par Québec aux régions, que plus de la moitié des régions du Québec ont vu leur taux d'emploi diminuer depuis 2003, que l'application du rapport Coulombe s'est fait sans tenir compte des économies régionales, etc. Les porte-parole des régions se sont depuis longtemps indignés en affirmant que Charest abandonnait les régions du Québec. Rien n'a été dit non plus dans La Presse en ce qui a trait au projet de réforme du mode de scrutin que les libéraux ont dans leurs cartons et qui réduira drastiquement le poids politique des régions, en donnant plus de poids électoral à ses bastions anglo-montréalais, ce qui se fera bien-sûr au profit du partli libéral du Québec...
Recentrage du réseau de l'éducation sur l'élève
En éducation, force est de le constater, le bilan des libéraux ne peut pas davantage être considéré comme reluisant. L'idée inepte d'implanter l'enseignement de l'anglais en première année du primaire n'est rien d'autre qu'une nouvelle menace qui pèse sur la pérennité du fait français à Montréal et au Québec. Même les enseignants en anglais sont contre cette implantation forcée de l'anglais! Dans son dossier, La Presse a aussi omis de rappeler que le gouvernement Charest a été très dur à l'égard des élèves postsecondaires en réduisant le montant accordé sous forme de bourse. Il est aussi question de dégeler les frais de scolarité exigés pour fréquenter un établissement universitaire. Finalement, le réseau d'éducation du Québec est toujours sous-financé et le fait que Charest refuse obstinément d'entreprendre la lutte pour que le fédéral nous remette une partie de notre argent, ce qui nous permettrait d'aider les administrations universitaires, n'est évidemment rien pour arranger les choses.
Allègement du fardeau fiscal
Lors de la dernière campagne électorale, le parti libéral du Québec a promis que, s'il était élu, il réduirait les impôts des Québécois d'au moins un milliard par année. Promesse fumiste s'il en fut une, puisque loin d'alléger le fardeau fiscal qui pèse sur les Québécois bon an mal an, les libéraux l'ont alourdi comme aucun autre gouvernement du Québec ne l'a fait ces dernières décennies. Ainsi, les libéraux ont augmenté les tarifs d'électricité pas une, ni deux, mais au moins trois fois. Les frais exigés aux parents désireux d'envoyer leurs enfants dans des Centres de la petite enfance ont aussi été haussés, et ce, sans qu'à peu près aucune catégorie de travailleurs n'ait vu ses revenus réellement augmenter. Bref, le coût de la vie a augmenté depuis l'arrivée des libéraux au pouvoir.
Conclusion
Bien sûr, on pourra nous reprocher d'avoir effectué ici une lecture du bilan du gouvernement Charest par trop séparatiste et anti-libérale. Or, grâce à notre analyse qui n'est évidemment en rien exhaustive, on a au moins deux points de vue. Et, pour avoir un juste milieu, ça prend toujours les deux points de vue, et pas seulement un. Lorsqu'on se refuse de les présenter, comme le fait La Presse au quotidien, on n'informe plus. On fait alors de la propagande. Si au moins La Presse avouait que telle est sa vocation.
