Départs et arrivées

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 22 mars 2006

On ne pourra pas reprocher à André Boisclair de manquer de transparence. Commentant le retrait de la vie politique de sa collègue Pauline Marois, le chef du Parti québécois a indiqué lundi qu’il y aurait bientôt d’autres départs au sein de sa députation. Le moment était peut-être mal choisi pour faire une telle prédiction, mais la réalité est bien celle-là. Le départ de Mme Marois et celui, annoncé, de Nicole Léger seront bientôt suivis de quelques autres. Parmi les députés qui pourraient aussi partir, il y a Louise Harel et Jean-Pierre Charbonneau.

Ces départs seront tous la conséquence du congrès au leadership tenu l’automne dernier. Certains seront volontaires. Quelques députés, comme Mme Marois, n’ont plus le cœur à la politique. D’autres partiront à l’invitation d’André Boisclair pour faire place à de nouveaux venus. Le tout permettra au chef péquiste d’amorcer le renouvellement de son aile parlementaire en prévision du prochain rendez-vous électoral.

Ce congrès a marqué un tournant. Le membership du parti s’est largement renouvelé et rajeuni, à l’image du nouveau chef que le PQ s’est donné. Après s’être attaqué à revoir la composition des équipes d’organisation au cours des derniers mois, celui-ci en est rendu à planifier la sélection des candidats qui constitueront pour les électeurs l’image nouvelle du Parti québécois.

Les départs précipités de députés comme ceux de Mmes Marois et Léger forceront M. Boisclair à accélérer ce travail car il fera inévitablement face à une série d’élections partielles l’automne prochain. Ayant lieu dans des circonscriptions historiquement acquises au Parti québécois, celles-ci pourront être assez facilement remportées. Ce qu’il faudra toutefois observer avec attention sera le choix des candidats qu’il fera. Voudra-t-il s’entourer de candidats qui lui ressemblent pour se constituer une garde rapprochée comme il l’a fait en revoyant les structures internes du parti ? Ce serait manifestement une erreur car ce dont le parti a d’abord besoin, ce sont des gens qui, une fois élus, apporteront de la profondeur à l’action du parti à l’Assemblée nationale.

Contrairement à ce que certains peuvent penser, le Parti québécois n’est pas ce parti de têtes grises que l’on prétend. Au contraire, l’aile parlementaire compte plusieurs jeunes députés depuis les dernières élections. Tout prometteurs soient-ils, il leur manque cependant l’expérience qui leur permettrait d’occuper les banquettes avant de l’opposition, qui se dégarnissent dangereusement. Ce ne sont pas d’autres Nicolas Girard ou Elsie Lefebvre qu’il doit recruter mais plutôt des François Legault et des Camil Bouchard. La jeunesse du nouveau chef ne saurait être un atout électoral s’il ne s’entoure pas de gens dont la maturité inspirera confiance aux électeurs. Plus que les départs, ce sont les arrivées qui seront à surveiller au cours des prochains mois dans ce parti.




Le grand défi du Parti québécois - Garder les pieds sur terre

Jean-François Simard, Professeur à l'Université du Québec en Outaouais, ancien député et ancien ministre du Parti québécois
Le Devoir mercredi 22 mars 2006

Le gouvernement de Jean Charest connaît des sommets d'impopularité rarement atteints dans notre histoire politique. Les causes en sont nombreuses: des promesses électorales non tenues, une prospérité économique qui n'est pas au rendez-vous, une improvisation perpétuelle dans la gestion des affaires publiques, une incapacité chronique à opérer les arbitrages que doit nécessairement faire un chef d'État digne de ce nom. De surcroît, le premier ministre fait face, en la personne d'André Boisclair, à un adversaire charismatique et qualifié.

Malgré l'incurie des libéraux, des sondages favorables et les indéniables qualités du nouveau chef péquiste, il est prématuré de prédire une victoire du Parti québécois lors des prochaines élections. Trois obstacles d'envergure rattraperont tôt ou tard notre formation politique. Le premier a trait à l'engagement jusqu'ici irrévocable de tenir un référendum dans le cadre du prochain mandat. Le deuxième est lié à l'abandon du projet de partenariat. Le troisième réside dans la piètre mise à jour de l'argumentaire souverainiste.

Revenir aux conditions gagnantes

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le calendrier du Parti québécois a le mérite d'être clair. Il y aura des élections générales d'ici 12 à 18 mois, qui seront elles-mêmes suivies d'un référendum gagnant au cours de la première moitié du mandat. Autrement dit, d'après le calendrier péquiste, le Québec est à seulement 36 mois de solliciter son adhésion à l'ONU.

Il me semble évident que ce scénario, à la frontière du simplisme, ne tient pas compte du climat social qui prévaut actuellement au Québec. Or, si les Québécois admirent la détermination, ils récusent néanmoins l'aveuglement volontaire. Qu'avons-nous véritablement à gagner en nous imposant à nous-mêmes l'obligation de tenir un référendum, même si nous avions l'assurance morale de le perdre ? Certes, les Québécois ne veulent plus des libéraux, mais ce sentiment de rejet est-il suffisant pour effacer l'impression selon laquelle nous profitons de ce désaveu pour leur imposer un calendrier qui n'est pas encore totalement le leur ?

Il y a une différence de taille entre un référendiste et un souverainiste. Le référendiste fait fi de toutes considérations stratégiques et occulte savamment les conséquences d'un troisième échec référendaire consécutif. Il oublie que cet échec nous ferait perdre la sympathie de la communauté internationale tout en nous privant par la suite de tout rapport de force avec Ottawa. Est-ce véritablement là notre manière de témoigner notre attachement patriotique envers le Québec ?

Nous sommes plus près que jamais de faire du Québec un pays à part entière. Allons-nous mettre en péril tant d'années de labeur pour apaiser une certaine impatience ? Les souverainistes affichent une confiance inébranlable envers le Québec. Ils savent que leur histoire nationale et leur cause s'inscrivent dans la durée.

Permettons à ceux d'entre nous qui ne veulent pas immédiatement enclencher de dynamique référendaire mais qui souhaitent voter pour le Parti québécois de pouvoir le faire avec enthousiasme en revenant à une stratégie axée sur les conditions gagnantes. Donnons aux Québécois l'assurance morale de cheminer à leur rythme.

Mais de quelles conditions parlons-nous ici ? À la différence de l'époque de Lucien Bouchard, celles-ci ne se résument pas à une seule question mathématique. Réinventer les conditions gagnantes ne signifie pas attendre béatement un hypothétique moment magique. Il y aura bien sûr, au lendemain des élections, un moment de grâce sur lequel il serait tentant de capitaliser. Mais cette ouverture est très aléatoire. Elle dépend essentiellement du résultat que nous aurons récolté aux élections générales. Un résultat dépassant les 45 % est nécessaire, mais il n'est pas suffisant.

Aussi, les conditions de réussite dépendent étroitement d'un grand nombre de facteurs, dont la mise en oeuvre d'une pédagogie active et la mobilisation de nos porte-parole. Il est incompréhensible que Jacques Parizeau et Bernard Landry, pour ne nommer qu'eux, ne soient pas encore déjà activement engagés dans l'un ou l'autre des chantiers qui nous attendent.

Du reste, qui seront nos porte-parole en environnement, en agriculture, en commerce international ? Les conditions gagnantes tiennent également compte du renouvellement de nos réseaux internationaux, passablement défraîchis depuis 1995. Le PQ et le Bloc québécois partagent une longue expérience de cohabitation référendaire, mais cela ne suffit plus. Les conditions gagnantes nous imposent aussi de reconstruire une coalition parapluie qui sera fort différente de la précédente. Cependant, au-delà de toute ces considérations, les conditions gagnantes demeurent une question de dynamique !

Bref, pour construire une stratégie victorieuse, nous avons besoin de temps, un temps incompatible avec le calendrier que se donne le Parti québécois en ce moment.

Renouer avec le partenariat

Le congrès de juin 2005 marque une rupture importante dans l'histoire du Parti québécois par rapport à l'héritage de René Lévesque. Avec le retour de Jacques Parizeau, une entente cordiale, pourrions-nous dire, s'était installée en ce qui concerne la question du partenariat. La suppression du célèbre trait d'union imposait une distance critique entre l'accession à la souveraineté et l'aboutissement de négociations portant sur d'éventuels projets d'association.

Toutefois, l'idée du partenariat demeurait entière. Elle exprimait notre volonté de trouver les accommodements nécessaires pour entre autres faciliter la libre circulation des personnes et des biens, partager la dette et proposer une gestion responsable des intérêts qu'on en commun le Québec et le Canada.

Bref, il y avait là un gage d'ouverture pragmatique dont on se demande encore pourquoi et comment il a bien pu disparaître si facilement de notre plate-forme électorale. Ce choix politique va à contre-courant du simple bon sens. Il annule des décennies de pédagogie souverainiste.

De plus, à l'ère de la continentalisation des marchés et de la mondialisation, la mise aux oubliettes du projet de partenariat envoie un signal ambigu à la communauté internationale en ce qui a trait aux véritables motifs qui animent notre désir d'indépendance. Il n'en faut pas beaucoup pour que nos adversaires se chargent de nous faire dire ce que nous ne voulons pas dire. Pourquoi alors prêter flanc à une telle critique ? Cette erreur doit être impérativement corrigée avant les prochaines élections.

Parfaire notre argumentaire

Nous ne pourrons jamais convaincre plus de Québécois qu'aujourd'hui d'adhérer à notre cause tant et aussi longtemps que de nombreux enjeux quant à l'avenir du Québec resteront sans réponses. Les Québécois ne s'attendent pas à ce qu'on leur dise ce qu'il adviendra dans le moindre détail au lendemain du «grand soir». Ils veulent néanmoins mieux connaître notre plan de match, visualiser les grands paramètres du modèle québécois, redécouvrir la solution alternative que nous proposons et que nous incarnons. Se prétendre à la fois écologiste, pacifiste et altermondialiste et s'en contenter conforte l'idée selon laquelle nous ne pouvons pas dépasser la rhétorique.

De grandes fonctions régaliennes parmi les plus importantes, celle de l'armée par exemple, ne dégagent pas encore de consensus clair. À cet égard, comme pour tant d'autres, le Bloc québécois et le Parti québécois n'ont pas le même discours.

Comment pouvons-nous demander aux Québécois de comprendre mieux que nous-mêmes notre propre plate-forme référendaire ? Nous avons besoin d'une politique monétaire, d'une politique énergétique, d'une politique de création d'emploi, d'une politique de développement industriel, d'une politique d'occupation du territoire, d'une politique de transports, d'une politique de développement durable, d'une politique de coopération internationale... Nous pourrions continuer la liste longtemps.

Alors que nos adversaires fédéralistes travaillent d'arrache-pied au renouvellement de leur sémantique, nous devons faire de même avec notre discours.

Faire preuve de leadership

André Boisclair a été élu par une nouvelle génération de militants qui ne veut plus d'orthodoxie abusive. Cette génération de militants s'attend de lui qu'il ne se cache plus sous les jupons du congrès de juin 2005 et qu'il lève les hypothèques que font peser sur notre option un calendrier irréaliste, l'abandon du partenariat et la désuétude de notre argumentaire.

Nous sommes actuellement portés par des sondages emballants mais trompeurs. La dernière campagne électorale témoigne avec éloquence de la volatilité de l'électorat souverainiste. Notre avance actuelle ne pourra se maintenir qu'à condition d'opter pour une démarche respectueuse des réserves et des appréhensions des Québécois par rapport à la question nationale. Bref, il nous faut plus que jamais garder les pieds sur terre.




La proportionnelle ne freine pas le renouvellement du personnel politique

Louis Massicotte, Professeur agrégé au département de science politique de l'Université de Montréal, l'auteur a agi jusqu'à l'an dernier comme conseiller technique pour le dossier de la réforme du mode de scrutin auprès du ministre délégué à la réforme des institutions démocratiques.
Le Devoir mercredi 22 mars 2006

Dans les articles qu'il a publiés dans Le Devoir des 27 et 28 février 2006, le sociologue Pierre Drouilly, tout en exprimant sa préférence pour le scrutin majoritaire, réfute l'argument selon lequel l'introduction d'une dose de proportionnelle éliminerait l'alternance des partis.

Il n'était d'ailleurs nul besoin de se livrer à un exercice de simulation portant sur les élections passées pour savoir ce que valent les boules de cristal du politologue Christian Dufour. Le scrutin majoritaire garantit l'alternance ? Allez dire cela aux Albertains, dont le gouvernement, le quatrième de leur histoire centenaire, est en place depuis 1971, ou aux Ontariens, gouvernés par les conservateurs sans interruption de 1943 à 1985. Pour raconter pareille chose à des Québécois, il faut espérer que ceux-ci souffrent d'amnésie historique au point d'avoir oublié le long règne libéral de 39 ans (1897-1936) et celui de l'Union nationale (1944-1960).

Tout en faisant justice d'un argument farfelu, ce dont il faut le remercier, Pierre Drouilly montre du doigt ce qu'il croit être un «défaut rédhibitoire» de la proportionnelle. Celle-ci empêcherait le renouvellement de la députation et perpétuerait les «caciques» qui dirigent les partis.

Aucune recherche scientifique sur le taux de renouvellement des parlements n'est citée. Pourtant, une telle recherche existe. Sauf qu'elle invalide la crainte exprimée par Pierre Drouilly. Il s'agit d'une étude transnationale de cette question, couvrant 25 pays démocratiques sur une période de 15 ans, publiée dans le British Journal of Political Science de 2004 par les politologues Richard Maitland et Donley Studlar.

Les auteurs cherchent à expliquer les variations du taux de renouvellement législatif d'un pays à l'autre. Leur conclusion ? «Turnover, as expected, is shown to be significantly higher for proportional representation systems than for majoritarian systems. Proportional representation systems, as a class, have significantly higher turnover than majoritarian systems», c'est-à-dire que le renouvellement est beaucoup plus important dans les systèmes de représentation proportionnelle. Ceux qui soutiennent le contraire patinent sur une glace fort mince...

Une affaire de balayage

Le scrutin majoritaire renouvelle le personnel politique, mais à condition qu'il y ait des balayages fréquents et de grande envergure dans un sens ou dans l'autre. Attention, cependant, car un balayage entraîne souvent le retour de personnes éliminées par le balayage précédent : huit des nouveaux élus péquistes en 1994 avaient déjà siégé à l'Assemblée nationale.

Si le corps électoral est plus stable, les mêmes députés sont réélus de scrutin en scrutin. On n'a qu'à regarder la députation de l'Union nationale sous le deuxième mandat de Duplessis : les Daniel Johnson (père), Bellemare, Barrette, Bertrand, Talbot, Lorrain, Tellier, Sauvé, Bégin, Pouliot, Barré, Beaulieu, Boudreau, Langlais, Ducharme, Chartrand, Kirkland, Marler, Bernatchez et autres Albiny Paquette ou Johnny Bourque revenaient de scrutin en scrutin, pour ne rien dire de Duplessis lui-même, député pendant 32 années consécutives.

Aux États-Unis, le scrutin majoritaire n'empêche pas la Chambre des représentants d'offrir le taux de réélection le plus élevé parmi les 25 pays démocratiques cités ci-dessus. Quant aux dirigeants des partis, on voit mal en quoi le scrutin majoritaire utilisé en France a gêné les carrières interminables de Jacques Chirac et de François Mitterrand.

L'exemple allemand

On ne peut que conjecturer au sujet du taux de renouvellement que donnerait dans la pratique le système électoral proposé par le gouvernement. Les simulations ne nous éclairent aucunement à cet égard puisqu'il est impossible de connaître l'identité des élus sous l'empire du système proposé ainsi que celle des candidats, tant dans les circonscriptions que sur les listes.

Chose certaine, l'expérience allemande, analysée en profondeur lors de l'élaboration de la proposition gouvernementale, ne confirme pas du tout les craintes exprimées par Pierre Drouilly. Bien que la double candidature y soit pratique courante, chaque Bundestag compte en moyenne 28 % de nouveaux députés depuis un demi-siècle. Dans les assemblées provinciales allemandes, le chiffre correspondant varie de 27 % en Hesse à 45 % dans le Saxe-Anhalt. Ce sont là des taux de renouvellement plus que raisonnables.

L'avantage de la formule allemande, c'est que des personnalités populaires dans le pays sont repêchées en cas de défaite dans leur circonscription, ce qui a l'avantage d'éviter la tenue d'élections partielles pour leur trouver un siège. En effet, chez nous, lorsqu'un chef de parti est «rejeté par le peuple», c'est-à-dire par l'électorat d'une circonscription, on décide tout simplement de lui trouver un autre peuple en déclenchant une élection partielle, comme ce fut le cas pour Robert Bourassa en 1985, Clyde Wells en 1989 ou Mackenzie King en 1925 et 1945.

Les grands balayages renouvellent la députation mais ne sont aucunement gage de bonne gouverne. Pour citer un exemple extrême, les Mexicains interdisent purement et simplement la réélection des parlementaires sortants. Cette mesure affaiblit notoirement le Parlement en le peuplant de députés novices dont l'exécutif ne fait qu'une bouchée et en le privant de députés expérimentés.

Le système proposé par le gouvernement éviterait que le Parlement soit privé de personnalités de premier plan. René Lévesque fut évincé de l'Assemblée nationale de 1970 à 1976. Qui doute sérieusement que la vie parlementaire, pour ne rien dire de la cohésion de son parti, en a souffert ? Or ses défaites personnelles, comme celle de Bourassa en 1985, furent dues tout bêtement à un mauvais choix de circonscription.

En 1970, Lévesque insista pour se représenter dans Laurier, où le poids relatif des non-francophones lui laissait pourtant présager le pire. Quant à sa défaite dans Dorion en 1973, j'ai entendu de mes propres oreilles, deux ans après le fait, une éminente personnalité du Parti québécois l'expliquer ainsi : le recherchiste du parti s'était trompé dans ses calculs. Son erreur (sous-estimation de la proportion de non-francophones dans cette circonscription) ne fut comprise qu'en pleine campagne électorale, et il était trop tard pour émigrer. Lévesque fut battu par 293 voix !

Les adversaires de la réforme du mode de scrutin agitent toutes sortes d'épouvantails. Leurs arguments sont souvent non fondés empiriquement, ce qui ne les empêche pas d'être répétés sans cesse. On espère avoir fait justice d'au moins un d'entre eux.




Liberal re-election possible -- so what

Konrad Yakabuski
The Globe and Mail Wednesday, March 22, 2006

Montreal PQ - Only a blind partisan could qualify Jean Charest's premiership of Quebec a success.

A minor train wreck is the image that might best apply to the first three years of the Liberal mandate. Not only has the conductor failed to lead Quebec to the promised destination of lower taxes and higher growth, but his government has been continually derailed by its own dumbo eruptions.

Not only has Mr. Charest frittered away his limited political capital by promoting controversial, but ultimately frivolous, projects caressed by friends of his regime. He has needlessly antagonized vast swaths of vested interests to become the most unpopular Quebec premier of the television age. As he enters what is likely the last year of his mandate, Mr. Charest has no credibility left to push through the major reforms he campaigned on. Tomorrow's aimless provincial budget will demonstrate that.

And still, the next election -- which could come as early as this fall, but likely in 2007 -- is the Liberals to lose. With, or possibly without, Mr. Charest.

The latter scenario -- a Charest-less Liberal Party -- is suddenly on people's tongues again after a provocative editorial last week in La Presse, the federalist Montreal broadsheet to whose opinion pages Quebeckers turn when they want to know what the Desmarais family is thinking. Paul Desmarais owns La Presse; son André is its chairman. So, when chief editorialist André Pratte compared the hapless "Charest method" of public policy making to the astute "Couillard method" -- a reference to provincial Health Minister Philippe Couillard -- you had to ask whether the Desmarais were in effect throwing their support behind a palace putsch. Or, at the very least, putting Mr. Charest on notice.

Mr. Couillard is credited with the meticulous preparation and effective communications strategy that surrounded the Charest government's response to the Supreme Court of Canada decision in the Chaoulli case. The court struck down a ban on private health insurance as an infringement of patients' rights, particularly because of cases of dangerously long waiting times for surgery in the public system. Mr. Couillard scores so high on the credibility index that, even though implementation of the court decision will result in a two-tier system, Quebeckers trust their Health Minister to protect them. Instead of controversy, Mr. Couillard inspires confidence.

Alas, the opposite is true for Mr. Charest. The latter has never been much loved by francophone Quebeckers. The brief post-1995 referendum bounce in popularity he enjoyed, and which ultimately led to his coronation as provincial Liberal Leader in 1998, was largely an illusion. The Liberals' victory in 2003 stemmed from Quebeckers tiring of old Parti Québécois stalwarts led by Bernard Landry, rather than from any enthusiasm for Mr. Charest. A premier elected on such a feeble pretext must -- if he is to undertake any major reform -- strive to build political capital, rather than expend the little his election has afforded him.

Mr. Charest, it seems, still hasn't figured that out. His latest bull-in-the-china-shop blunder: Backing a partial sale of provincial parkland to facilitate a condominium development at Mount Orford. The economic spinoffs? Marginal to meaningless for everyone but a few people with Liberal connections. The environmental and political fallout? Priceless.

And yet, the Liberals, currently buried in the polls, remain leading contenders to win the next election -- even with Mr. Charest.

First, the force of history is on their side. No Quebec government since Jean Lesage's Liberals were elected in 1960 has failed to win a second mandate. None has ever managed to get a third, either. Quebeckers just like their governments in twos.

Second, the recent federal election provided more evidence of a phenomenon the pollsters always seem to miss. Call it the silent plurality. They're the conservative Quebeckers who don't make much of a peep between elections, but when they vote it's usually anything but Péquiste or Bloc Québécois. It's why the provincial Liberal popular vote almost always exceeds pollsters' predictions and why the Péquistes are always disappointed on election night, even when they win.

That same silent plurality can't get its heads around the concept of a gay sovereigntist and former cocaine user -- PQ Leader André Boisclair is all these things -- as premier, even though they know it's politically incorrect to tell the pollsters that. "Vive le Québec libre," they can handle. "Vive le Québec libre, gai et stone," is too much for them to take.

The Liberals' real advantage, though, is their once feared albatross: a Conservative regime in Ottawa. Prime Minister Stephen Harper has promised to table proposals soon to resolve the "fiscal imbalance" that has provincial finances teetering while the feds wallow in surplus cash. Supposing Mr. Charest and Mr. Harper can strike a deal in the coming months, one that would likely have to be approved by Parliament and the provincial legislature, the next Quebec election could be fought on Ottawa's offer -- one that the PQ must, by definition, oppose as inadequate. Quebeckers, always the wily voters, might not think so.

Don't confuse another Liberal victory, should it happen, with a mandate to actually change anything, though. Ironically, the previous PQ government proved more adept at the consensus-building needed to implement controversial market-oriented reforms -- such as anti-deficit legislation -- than Mr. Charest with his confrontational approach. Hence, public protest has forced the Premier to retreat on every major sacred cow he has attempted to tackle. Would a second Liberal term, under Mr. Charest, be any different?

kyakabuski@globeandmail.com




Marois was done in by Bernard Landry and his supporters

Josée Legault
The Gazette (Montreal) March 22, 2006 Wednesday

Selling of memberships, not ideas, counted in leadership race

In yesterday's La Presse, Denis Lessard wrote that a "lack of instinct" is what did in Pauline Marois. Facing the more cunning Bernard Landry and Andre Boisclair, she just wasn't a good strategist.

The proof, he wrote, is that from her first leadership race in 1985 to her second one in 2005, her support in the Parti Quebecois only went up from 20 per cent to 30 per cent. Thus her tragedy was an inability "to convince her party that she could lead the troops."

Although many share that impression, her story is complex and deserves more than a quick diagnosis of strategical ineptitude. If the two races had been held under simular rules, and her rivalry with Landry hadn't cost her so much in the interim, Lessard's assessment would stand on firmer ground.

But the rules of those races were so different that it's hard to compare the results. The 1985 race was a classic leadership convention in which party delegates voted and could be influenced by the quality of the candidates' speeches and ideas.

For a young woman elected just four years earlier and facing such PQ stars as Jean Garon, Marois placed a surprising second.

But in 2005, there was no convention and delegates, with the sort of surprise alliances and shifting votes they can produce. Instead, the party's hierarchy chose to let all party members vote by phone and make their choices in order of preference before the convention.

At first glance, the process looked democratic because all members got to vote. But it turned a campaign that should have been based on ideas into a membership-card selling contest.

In a party that had a dramatically low membership of about 50,000 before the race, the candidate with the most effective card- selling machine was destined to win.

That's not to say that Boisclair lacked leadership qualities, or that Marois had them all, but Boisclair's team racked up those cards, mostly selling his youth factor in CEGEPs, universities and high schools (voting age was 16 and up).

And when the cocaine story hit the campaign like a snow storm, it pretty much eclipsed everything else for a number of weeks.

You could say that Marois's team had only to sell more memberships. But is that really what good strategy is supposed to come down to when a party picks its leader?

Yesterday, in a television interview, I asked former PQ minister Lise Payette what she thought of those new rules. She answered: "I think the method used by the PQ was questionable as far as democracy is concerned."

But it was also one way for the party to control events, she added. That control might also have something to do with the real obstacle Marois had to deal with: The former leader's determination that she wouldn't get to lead the PQ.

The story of the rivalry between Marois and Landry is long and painful. In 2001, after Lucien Bouchard left, Landry persuaded Francois Legault to break his promise to Marois to support her in a leadership race. She felt so betrayed that she chose not to run.

In 2002, the "Oxygene 9" affair left more scars. Marois had made sure that Landry would oust some of his closest allies, including the party's director-general, who had links to a company said to have benefited from contracts handed out by the PQ government.

Her intention was to save the government from any potential conflict of interest or scandal, but the premier never forgave her.

After the election loss of 2003, her public call for a leadership race, although honest, cost her dearly. In June 2005, when Landry resigned, his entourage, including his chief-of-staff and every pro-Landry MNA, worked for, or supported Boisclair.

So when the race became a card-selling contest, and Marois couldn't rely as much on her ideas and experience to convince party members, her goose was cooked.

Some would say that she should have acted more strategically. But that's a fairly simplistic afterthought.

This is where Payette's comment on "control" is so interesting. The combination of questionable campaign rules and the weight carried by a former leader's opposition would have proven lethal for any leadership contender other than Machiavelli.

That's why reducing this story to bad instincts on Marois's part is a bit like blaming the victim for her fate.




Une mauvaise lecture

Duceppe, Gilles. L'auteur est chef du Bloc québécois.
La Presse mercredi 22 mars 2006

Selon Gilles Duceppe, l'Union européenne n'a jamais fixé la barre à 55% dans le cas du Monténégro

Il y a eu beaucoup de commentaires au sujet du Monténégro et du fait que celui-ci avait fixé la barre à 55 % pour le référendum sur la souveraineté prévu le 21 mai prochain. Certains y ont vu une exigence de l'Union européenne. Pourtant une bonne lecture des faits nous indique clairement que l'Union européenne a validé la démarche québécoise, plutôt que le contraire.

Dans le cas du Monténégro, l'Union européenne n'a jamais fixé la barre à 55 % et le rapport de la Commission de Venise sur lequel est basée la position européenne précise même que la règle de la majorité absolue (50 % + 1) des voix exprimées constituait toujours le standard démocratique reconnu internationalement. En fait, la Commission de Venise va encore plus loin puisqu'elle rejette la possibilité d'exiger une majorité élargie: "... Nous ne recommandons pas cette dernière... "

Le ministre français des Affaires étrangères, M. Douste-Blazy, l'a confirmé la semaine dernière lorsqu'il a réitéré que le seuil de 55 % avait été un compromis entre Monténégrins et non pas une exigence européenne. Ce que l'Union européenne a demandé, c'est que tous les partis importants du Monténégro s'entendent sur les règles du référendum, de façon à obtenir une plus grande légitimité en cas de victoire des forces souverainistes. Au Québec, les principaux partis s'entendent depuis longtemps sur la règle de la majorité absolue.

En fait, le rapport de la Commission de Venise sur lequel s'est basée l'Union européenne, a recommandé " (...) fortement que des négociations se tiennent entre la majorité et l'opposition au Monténégro en vue de dégager un consensus sur les principes guidant la conduite et la mise en oeuvre du référendum, en particulier en ce qui concerne la majorité requise pour que le résultat du référendum soit accepté par tous les groupes politiques majeurs au Monténégro. (...) Si une solution consensuelle est adoptée concernant la majorité, cela renforcera la légitimité du résultat et si la majorité est obtenue, il y aura une base solide en faveur de l'indépendance du Monténégro. "

Entente sur les principes

Autrement dit, si les principaux partis s'entendent sur les principes guidant la conduite et la mise en oeuvre d'un référendum, comme c'est le cas au Québec et si la majorité est obtenue, il y aura une base solide en faveur de l'indépendance.

Quant à l'avis de la Cour suprême du Canada sur cette question, elle réaffirme que la majorité doit être claire, non pas sur une base quantitative, mais sur une base qualitative. Et c'est aux acteurs politiques qu'il revient de juger de la clarté. Même Stéphane Dion n'a pas osé déterminer ce que représente une majorité claire en termes de pourcentage dans sa Loi sur la clarté, une loi qui a d'ailleurs été rejetée en bloc par l'Assemblée nationale.

La constitution de Serbie-et-Monténégro (l'État fédéral) ne spécifie pas les modalités du référendum, se contentant de dire qu'il doit avoir lieu selon " les standards démocratiques reconnus internationalement ".

S'il y a des précédents à retenir du processus monténégrin, les voici:

L'Union européenne considère toujours la règle de la majorité absolue (50 % + 1) comme étant le standard démocratique reconnu internationalement;

L'Union européenne considère que lorsque les principaux partis s'entendent sur les principes guidant la conduite et la mise en oeuvre d'un référendum, comme c'est le cas au Québec, et si la majorité est obtenue, il y aura une base solide en faveur de l'indépendance;

Il appartient aux seuls acteurs politiques monténégrins de déterminer le seuil acceptable pour une victoire du oui. En aucun cas le Parlement fédéral de Serbie-et-Monténégro n'est interpelé par l'Union européenne. En fait, le Parlement fédéral de Serbie-et-Monténégro s'est contenté de demander que le référendum respecte les standards internationaux, au contraire du gouvernement fédéral canadien qui a voulu, avec la Loi sur la clarté, ouvrir la porte à un processus arbitraire où le Parlement canadien se donne le droit de décider après le fait si la majorité est suffisante ou non.

À la lecture de l'avis de la Commission de Venise, il est clair que l'Union européenne reconnaîtrait le résultat d'un référendum québécois sur la souveraineté selon les règles existantes actuellement au Québec. (...)




Un appui renouvelé au Québec

Beaudoin, Louise. Ancienne ministre péquiste des Relations internationales l'auteure est professeure associée au département d'histoire de l'UQAM.
La Presse mercredi 22 mars 2006

Rien ne laisse penser que la position française à l'égard de l'indépendance du Québec ait changé

Depuis bientôt 40 ans, se pose à intervalles réguliers la question de l'éventuelle reconnaissance internationale d'un Québec souverain par la France. Or que peut-on en dire?

Le gouvernement français, huit ans après la démission du Général, en 1977, exprimait, par la voix d'Alain Peyrefitte, alors ministre de la Justice, sa politique québécoise par cette formule de " non-ingérence, non-indifférence " qui est constamment reprise encore aujourd'hui par les médias tant à Paris qu'au Québec. Pourtant, dès la première visite officielle de René Lévesque en France, en novembre de cette même année, à la demande du gouvernement québécois qui la trouvait beaucoup trop ambiguë et malgré les explications d'Alain Peyrefitte qui la considérait comme une parfaite litote, elle fut remplacée. Bernard Dorin, alors directeur d'Amérique au Quai d'Orsay, et moi-même en concoctâmes une nouvelle que le président Giscard d'Estaing utilisa au moment où il reçut René Lévesque à l'Élysée: " Ce que vous attendez de la France c'est sa compréhension, sa confiance et son appui. Vous pouvez compter qu'ils ne vous manqueront pas le long de la route que vous déciderez de suivre. "

Depuis, cette formule de " l'accompagnement " a été déclinée de toutes les manières et de toutes les façons avec des variantes sur la forme, selon les personnalités et leur appartenance politique. Mais la substance en est restée la même. Jusqu'à ce jour.

La France au premier rang

Ainsi Jacques Chirac, candidat à la présidentielle en 1995, déclara-t-il, en présence de Jacques Parizeau, aux journalistes qui l'accompagnaient: " La France devrait être sans aucun doute au premier rang de ceux qui diraient au Québec que nous marchons avec lui... Les nations francophones et en particulier la France devraient être immédiatement aux côtés des Québécois et reconnaître la nouvelle situation. " Il récidivera quelques semaines avant la tenue du référendum en répondant au célèbre animateur Larry King qui le questionnait, au réseau CNN, sur la position de la France dans l'éventualité d'une victoire du OUI: " I will recognize a fact. " Ce qu'il répétera, enfin, à Lucien Bouchard en visite officielle en France en 2000: " La France accompagnera le Québec quel que soit le chemin qu'il choisira d'emprunter. " Michel Rocard, Alain Juppé, Philippe Séguin, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Laurent Fabius, et de nombreux autres responsables politiques français, de gauche comme de droite, ont tenu jusqu'à aujourd'hui le même langage, en public ou en privé.

Or Philippe Douste-Blazy, l'actuel ministre des Affaires étrangères, a-t-il dérogé à cette règle bien établie lors de son passage à Ottawa et à Montréal, la semaine dernière? Eh bien non. À Ottawa il a, en effet, pu sembler avoir oublié que la France officielle répète, à chaque fois qu'elle en a l'occasion, son " mantra " en ce qui concerne l'avenir politique du Québec et l'on a pas très bien compris ce qu'il voulait dire. Mais à Montréal en entrevue au téléjournal de Radio-Canada, il s'est montré explicite, probablement convaincu par le Consulat général de France à Québec de la pérennité de cette politique- un consulat bien au fait de toutes les subtilités et susceptibilités diplomatiques des uns et des autres- et il a affirmé- ce que l'on peut retrouver sur le site Internet de la télé de la SRC: " Tout ce que vous ferez (parlant des Québécois), je le respecterai ", " Tout ce que le Québec décidera, la France le respectera " et enfin " La France accompagnera toujours le Québec. "

Cet appui renouvelé au Québec, le premier du gouvernement dirigé par Dominique de Villepin, est tout à fait opportun au moment où il est fortement possible que le Parti québécois reprenne le pouvoir et organise, par conséquent, un autre référendum.




Pour en finir avec le Monténégro

Pratte, André
La Presse mercredi 22 mars 2006

Éditorial - Embarrassés par les exigences qu'a formulées l'Union européenne pour reconnaître l'indépendance du Monténégro, les porte-parole souverainistes cherchent depuis quelques jours à en limiter l'impact sur le débat québécois. Ce faisant, ils font des affirmations inexactes et omettent des informations importantes.

Dans le texte publié ci-contre, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, soutient que " l'Union européenne n'a jamais fixé la barre (pour le référendum prévu le 21 mai) à 55 % ". Cela est contraire à de nombreux rapports de presse (AFP, Le Monde, The Guardian, The Economist...). Par exemple ce texte venant du site Internet du Monde (2 mars 2006): " Surmontant leurs divergences, les dirigeants du Monténégro (...) ont accepté une recommandation de l'Union européenne selon laquelle l'indépendance pourra être validée si elle est choisie par 55 % des votants, avec une participation d'au moins 50 % des 466 000 inscrits. Un pourcentage qui " donne sa légitimité au processus ", a souligné l'envoyé spécial de l'UE. "

Dans Le Monde du 4 mars, on apprend que lors de son entretien avec le premier ministre Djukanovic, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a soutenu " que seule une majorité de 55 % permettrait une reconnaissance de l'indépendance du Monténégro ".

Il est vrai que la commission d'experts de l'UE, la Commission de Venise, n'a pas fixé de tel seuil dans son avis sur le sujet. Vrai aussi que, selon la Commission, la majorité de 50 % plus un " n'est pas incompatible avec les normes internationales ". Mais les juristes européens s'empressent de préciser: " Cependant, il faut tenir compte du fait que le référendum proposé concerne la question cruciale de l'indépendance du pays. En effet, on doit remarquer que les règles les plus strictes s'appliquent aux référendums sur l'autodétermination. "

La Commission de Venise n'est pas seule à souhaiter une majorité plus convaincante lorsque l'avenir d'un pays est en jeu. Selon l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (55 pays), " les meilleures pratiques internationales nous informent qu'une majorité qualifiée ou pondérée est préférable de façon à ce que le résultat du référendum soit moins contesté et la stabilité préservée. De plus, une telle exigence diminue la possibilité que des référendums à répétition soient tenus sur le même sujet à la suite de changements mineurs dans l'humeur populaire. "

Les porte-parole souverainistes ont raison de souligner que l'intervention de l'Union européenne résulte de l'absence d'entente entre les politiciens monténégrins. Selon leurs dires, comme les partis politiques québécois acceptent tous la règle du 50 % plus un, " c'est cette entente commune qui confèrera la légitimité au résultat ".

Il faudrait toutefois suivre ce raisonnement jusqu'au bout. La Commission de Venise estime que les forces politiques concernées devraient s'entendre non seulement sur la majorité requise mais aussi... sur le libellé de la question. Faut-il rappeler qu'en 1980 et en 1995, le camp fédéraliste a dénoncé le texte de la question proposé par le gouvernement péquiste? Selon la Commission, " la question doit être claire (ni obscure ni ambiguë); elle ne doit pas être trompeuse ".

Le PQ et le Bloc veulent convaincre les Québécois qu'un résultat de 50 % plus un en faveur du OUI mènerait à une reconnaissance internationale quasi automatique. Bien que le contexte soit très différent de celui qui prévaudrait ici, l'attitude de l'Europe dans le dossier du Monténégro démontre que les choses sont loin d'être aussi simples que ce qu'imaginent les leaders souverainistes. apratte@lapresse.ca





BUDGET DU QUÉBEC

Hydro alimentera le "Fonds des générations"

Lessard, Denis
La Presse mercredi 22 mars 2006

Le gouvernement Charest maintiendra la taxe olympique

Québec - C'est Hydro-Québec qui viendra à la rescousse pour financer le nouveau " Fonds des générations " qu'annoncera demain le ministre des Finances, Michel Audet, dans son budget.

Selon les informations obtenues par La Presse, Québec fera main basse sur une partie des profits de la société d'État, en lui demandant de verser une nouvelle redevance pour alimenter le Fonds, cette nouvelle cagnotte destinée à éponger graduellement la dette collective des Québécois, qui atteint 117 milliards.

M. Audet a d'ailleurs rencontré, lundi, le grand patron d'Hydro, Thierry Vandal, aux bureaux de la société d'État à Montréal, a-t-on confirmé à son cabinet, histoire que tout le monde se mette au diapason dans les commentaires publics d'après-budget.

Pas question de vendre, de privatiser en tout ou en partie des sociétés d'État, indiquent des sources informées du contenu du prochain budget. Aussi, après l'importante controverse soulevée par les hausses de tarifs d'Hydro et les augmentations envisagées pour la Société de l'assurance automobile, Québec n'a pas l'intention de financer le Fonds à partir de nouvelles hausses de tarifs, repoussant la proposition faite dans une étude récente du Mouvement Desjardins.

En 2005, Hydro a réalisé des profits de 1,8 milliard, une somme inscrite comme une recette pour le gouvernement du Québec. En revanche, en vertu d'une règle établie depuis longtemps entre Québec et Hydro, le gouvernement n'obtient que 50 % de cette somme. L'autre moitié est utilisée par Hydro pour son développement. Depuis des années, au ministère des Finances, on remet en question le niveau des redevances laissées à Hydro, ce qui force Québec à aller emprunter une somme équivalente. On ne touchera pas à ce ratio, un mouvement qui imposerait des changements importants à la comptabilité. En revanche, Hydro sera appelée à contribuer davantage.

Relancé hier par La Presse, M. Audet a spontanément expliqué la mécanique du partage des redevances à Hydro. Mais il s'est contenté de sourire et de tourner les talons quand on lui a demandé s'il s'en servirait pour alimenter le nouveau fonds.

Cette redevance, indique-t-on, croîtra avec le temps. On pourrait même aiguiller vers le Fonds les recettes supplémentaires provenant de l'exportation d'énergie. Le but de Québec est d'éliminer " à terme " la dette d'épicerie. Actuellement, 87 des 117 milliards de la dette accumulée viennent du cumul des déficits annuels des ministres des Finances, depuis 1970. Québec se donnerait 20 ans environ pour effacer cette dette liée aux " factures d'épicerie ", mais les premiers débours ne seront faits qu'à compter de janvier 2007.

Avec Hydro, le Fonds sera doté " de sources de financement importantes et continues ", indique-t-on.

M. Audet sera très prudent dans ses prévisions économiques; on se collera aux prévisions des institutions financières, laisse-t-on entendre.

À l'interne, on a jonglé un bon moment avec l'opportunité de faire main basse sur l'espace fiscal libéré par Ottawa, qui s'est engagé à réduire la TPS de 2 %. Mais, conscients que cette décision aurait l'air d'une hausse de taxe déguisée, on a décidé de laisser ces fonds aux consommateurs. Lors des consultations sur le budget, M. Audet avait d'ailleurs clairement repoussé ce scénario.

Taxe olympique

De sources sûres aussi, on indique que la taxe spéciale instaurée pour payer le Stade olympique sera maintenue, même si cette hypothèque sera complètement payée cette année.

La taxe fait entrer 81 millions par année dans les coffres du gouvernement. On la maintiendra pour financer des infrastructures sportives. Réduire cette taxe aurait eu l'air de favoriser le tabagisme. Son élimination aurait également nécessité des discussions avec les provinces limitrophes- les taux de taxes sont ajustés avec l'Ontario et le Nouveau-Brunswick pour limiter la contrebande.

Les fumeurs québécois auront mis 30 ans à payer une note qui devait être épongée en sept années seulement, selon les prévisions de 1976. En tout, cette taxe extraordinaire sur le tabac, qui devait être abolie cette année, a acquitté une facture de 2,3 milliards. À l'origine, les Jeux devaient coûter 250 millions et s'autofinancer.

Le budget devrait aussi être pour Québec le moment de s'engager à d'importants investissements dans les transports en commun.

Opposition

Le PQ et l'ADQ ont sorti l'artillerie lourde, hier, pour critiquer le budget de demain. Pour le péquiste François Legault, Québec n'a livré que 1,3 des 5 milliards de baisses d'impôts promises durant la campagne électorale. Budget après budget, le gouvernement a " multiplié les reculs et les contradictions ", accuse M. Legault, selon qui Québec a sabré 1 milliards de dépenses " structurantes " pour les entreprises québécoises depuis trois ans.

À l'Assemblée nationale, Mario Dumont a rappelé que le vérificateur général avait maintes fois mis Québec en garde contre " l'illusion de l'équilibre budgétaire ". Les deux budgets du gouvernement Charest, en apparence en équilibre, présentaient en réalité des déficits de 1,7 et 2,1 milliards, a soutenu M. Dumont.

Pour le ministre Audet toutefois, il est clair que le gouvernement a atteint le déficit zéro, sur la base des conventions comptables adoptées par le gouvernement Bouchard en 1998. Pour M. Dumont, les contribuables auront droit demain à " de faux surplus pour faire semblant de rembourser la dette ".





BUDGET DU QUÉBEC

DES REDEVANCES SUR L'EAU

Picher, Claude
La Presse mercredi 22 mars 2006

Dans le budget qu'il déposera demain à Québec, le ministre des Finances, Michel Audet, annoncera que le gouvernement imposera des redevances sur l'eau, de la même façon que le gouvernement albertain impose des redevances aux entreprises qui puisent du pétrole sur son territoire. Voilà l'un des points saillants du budget, dont La Presse a obtenu les grandes lignes.

L'eau représente une des grandes richesses naturelles du Québec, mais elle n'est soumise à aucun régime de redevances, de sorte que n'importe qui peut la capter en toute légalité sans payer quoi que ce soit à qui que ce soit. Cette situation est en soi une aberration. Lors de leur congrès d'octobre 2005 à Québec, les jeunes libéraux avaient d'ailleurs adopté une résolution imposant des redevances aux entreprises qui exploitent l'eau à des fins lucratives.

Dans son budget, le ministre Audet ne s'arrêtera pas aux embouteilleurs. Les redevances s'étendront aussi aux entreprises industrielles et commerciales; elles pourraient même toucher les particuliers.

Le produit de ces redevances, qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions, ne sera pas ajouté au fonds consolidé du revenu. L'argent sera entièrement versé au Fonds des générations, dont la création a été annoncée par le premier ministre Jean Charest dans son discours inaugural de la semaine dernière. Ce fonds servira essentiellement au remboursement de la dette de 117 milliards.

En canalisant les redevances ailleurs que dans le fonds consolidé, qui sert à financer l'ensemble des dépenses du gouvernement, le ministre veut clairement indiquer l'importance qu'il accorde à un fonds spécifiquement consacré à la dette.

Les redevances sur l'eau ne constituent qu'un des éléments qui viendront alimenter le Fonds des générations.

La semaine dernière, dans une intervention remarquée, un groupe d'économistes du Mouvement Desjardins et du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) a recommandé une hausse des tarifs d'électricité pour accélérer le remboursement de la dette. Toutes proportions gardées, le gouvernement québécois est deux fois plus endetté que la moyenne des autres gouvernements provinciaux. Une hausse des tarifs de 5 %, dont le produit serait intégralement consacré au remboursement de la dette, permettrait aux Québécois de rejoindre la moyenne canadienne en 11 ans.

Le ministre ne retiendra pas cette suggestion. En revanche, le budget mettra Hydro-Québec à contribution de deux façons. Lorsqu'il y aura des surplus provenant de l'exportation d'électricité, l'argent sera automatiquement dirigé vers le Fonds des générations. D'autre part, Hydro-Québec sera soumise à un régime de redevances, dont le produit servira également à garnir le Fonds. Ces mesures risquent d'affecter les profits de la société d'État, et donc de réduire le dividende qu'elle verse au gouvernement, son seul actionnaire. Visiblement, M. Audet a fait le choix de rogner sur son dividende en faveur du remboursement de la dette.

Il se peut que le ministre profite aussi des prix élevés du secteur immobilier pour se départir à bon prix de certains éléments inutilisés du parc immobilier du gouvernement. Cette possibilité avait déjà été évoquée par l'ex-ministre Yves Séguin, mais le gouvernement n'y a jamais donné suite. Le produit de ces ventes irait également au Fonds.

Quand elle était ministre des Finances, Pauline Marois a affecté une somme symbolique au remboursement de la dette, mais il s'agit d'un geste isolé. Depuis 25 ans, aucun ministre québécois des Finances, péquistes et libéraux confondus, n'a placé la dette en tête de ses priorités. Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a présenté un plan prévoyant des remboursements de la dette lorsque la croissance économique dépassera 2,5 %, et que les recettes budgétaires augmenteront en conséquence. C'est une approche pour le moins hasardeuse. Au cours des 25 dernières années, la croissance a été inférieure à 2,5 % 14 fois, et supérieure 11 fois. Autrement dit, le plan Boisclair équivaut à jouer à la roulette russe avec le remboursement de la dette.

Contrairement à Ottawa, le gouvernement québécois ne s'est jamais doté d'un plan cohérent, stable et crédible de réduction de la dette. Le budget de demain réparera largement cette négligence.

Évidemment, les Québécois qui espèrent des baisses d'impôts devront déchanter. Certes, pour la forme, M. Audet annoncera quelques baisses, question de montrer qu'il fait son bout de chemin pour soulager les contribuables, mais ces baisses n'atteindront même pas le tiers du milliard annuel promis par Jean Charest lors de la campagne électorale de 2003.

Le budget contiendra aussi une nouvelle baisse de la taxe sur le capital des entreprises et des allégements fiscaux pour les petites et moyennes entreprises.





BUDGET DU QUÉBEC

Le défi du ministre Audet

Dubuc, Alain
La Presse mercredi 22 mars 2006

Au fil des ans, le discours du budget est certainement devenu l'intervention la plus importante et la plus marquante d'un gouvernement. En fait, un budget, un seul discours, mais trois choses à la fois.

C'est d'abord un exercice comptable, une opération de finances publiques où le ministre des Finances joue avec les revenus et les dépenses pour équilibrer son budget, crée un déficit ou enregistre un surplus, définit ses besoins d'emprunt, fait le point sur la dette, annonce les hausses ou les baisses d'impôt.

C'est aussi un discours éminemment politique à travers lequel le gouvernement fait ses choix, où couper, où investir, à quoi consacrer la marge de manoeuvre quand il y en a une. C'est dans le budget que le gouvernement annonce ses principales initiatives et distribue ses bonbons.

C'est enfin un document économique où le ministre fait le point sur l'état de l'économie et décrit les mesures et les initiatives pour améliorer la situation économique, créer de l'emploi, aider les régions. En fait, ce volet économique est la clé de voûte de tout l'exercice budgétaire car c'est la santé de l'économie, la croissance, la prospérité qui détermineront le niveau des revenus de l'État et donc sa marge de manoeuvre et sa capacité de faire des choix.

C'est encore plus vrai maintenant parce que le principal problème qui confronte le ministre des Finances, Michel Audet, tout comme ses prédécesseurs récents, Yves Séguin, Pauline Marois ou Bernard Landry, c'est le fait que le Québec ne génère pas une richesse suffisante pour permettre à son gouvernement de toucher assez de revenus pour s'acquitter élégamment de ses missions. La croissance économique reste trop faible, le niveau de vie est trop bas.

Le défi de chacun de ces ministres, c'est de se battre à chaque année, pour faire balancer des chiffres qui, en toute logique, ne balancent pas, sans réelle marge de manoeuvre et sans espoir que le temps arrange les choses. Les finances publiques du Québec sont, depuis des années, à la limite de la rupture.

D'abord, parce que le Québec est l'endroit où l'on taxe le plus en Amérique du Nord. Il n'est donc plus possible, pour des raisons économiques et politiques, d'augmenter les impôts. Il n'est pas possible non plus de les baisser comme on l'a vu avec l'incapacité du gouvernement Charest de tenir ses promesses.

Ensuite, parce que le Québec dépense plus que toutes les autres provinces, ce qui exerce de lourdes pressions. Le gouvernement du Québec est incapable de réduire le niveau de ses dépenses, en raison de l'énorme résistance au changement qui fait que même des mesures administratives mineures pour dépenser moins, comme les PPP, suscitent de fortes résistances. Tout cela dans un cadre où certains postes de dépenses, comme la santé, drainent une part croissante des ressources.

Enfin, le Québec a la plus importante dette au Canada. C'est un boulet, parce que 13,7 % des impôts servent à payer des dépenses du passé. C'est également une menace, parce que le poids de la dette s'alourdira à mesure que le vieillissement démographique fera sentir ses effets. Assez pour que le ministre Audet entreprenne maintenant de commencer à réduire cette dette, ce qui compliquera encore plus sa tâche déjà difficile.

Incidemment, ce triple record du Québec, le fait que les impôts, les dépenses et la dette du Québec soient plus élevés que ceux des autres provinces, nous rappelle que l'impasse financière du Québec s'explique très largement par ses propres choix, bien plus que par le sous-financement fédéral.

Pour équilibrer tout cela, il n'y a pas des milliards de solutions. Un virage franc vers l'austérité ne suffira pas. Il faudra plutôt mettre toutes les énergies pour augmenter le niveau de vie des Québécois et générer du même coup les revenus fiscaux qui permettraient au gouvernement de sortir de l'impasse. Si le niveau de vie des Québécois rejoignait celui des Ontariens, les revenus autonomes du gouvernement augmenteraient, en gros, de 8 milliards. C'est trois fois plus que le déséquilibre fiscal. La clé est là.

La priorité d'un budget, c'est donc de contribuer à faire augmenter ce niveau de vie, de combler nos retards en productivité, par des mesures qui favoriseront l'investissement, par des efforts en éducation, par une culture de création de richesse. Le gouvernement libéral a commencé à s'aventurer, timidement, sur le terrain de la création de richesse, sans trop le dire, sans en faire clairement l'axe central de son intervention.

Ce sera là le véritable défi du budget que M. Audet déposera demain. Sera-t-il capable de s'attaquer au coeur du problème, la pauvreté relative du Québec, et de donner à son gouvernement le sens des priorités et la détermination qui lui font défaut?




Keystone Kabinet
Jean Charest fumbles away good luck . . . again

BENOIT AUBIN
Maclean's March 22, 2006

You have to hand it to Jean Charest: the Liberal premier of Quebec can talk a great game. His problems are more with the nitty-gritty of politics, the day-to-day of government. In three shaky years in office, Charest seldom passed an opportunity to shoot himself in the foot -- displaying an unfailing flair for bad timing, botched-up announcements, and clumsy political moves, compounded by a blatant inability to sense what makes Quebec voters tick.

Last week he was at it again, using 90 minutes of his National Assembly address to wax eloquent over his recent achievements, and promising all sorts of good things: from better health care to creating jobs to eradicating the public debt. All at a time when his government had, once again, dug itself all sorts of new holes. The good vibes created by the election of a Quebec-friendly Conservative government in Ottawa were dissipated by steep hydro rate increases -- amid revelations that the Société des Alcools du Québec had rigged wine prices in an apparent effort to increase profits.

Then, a long-awaited cabinet shuffle blew up in Charest's face when Thomas Mulcair, the volatile but popular environment minister, resigned in a huff. A few days later, his replacement, Claude Béchard, was skinned alive over a botched-up plan to allow condos to be built in Mont-Orford provincial park. With a phalanx of social activists, separatists and unions already in a league against him, Charest did not need more enemies. But he was making them, this time among Liberals: former party president Robert Benoît was among the most vocal opponents of the condo scheme.

Charest has at least one year ahead of him before the next election, and he has a few things going for him: a solid ally in Ottawa, and a Parti Québécois opposition bogged down by an unpopular commitment to hold a referendum soon after the vote. André Boisclair, the new PQ leader, has seemed shaky at best -- and has yet to get himself elected. So, as a columnist in La Presse recently concluded, Charest could still "fumble and tumble his way into being re-elected after all."




Mes hommages, madame

Joseph Facal
Journal de Montréal mercredi 22 mars 2006

Depuis hier, les hommages pleuvent sur Pauline Marois, tous parfaitement mérités. Hillary Clinton est perçue comme ayant une chance raisonnable de devenir présidente des États-Unis sans avoir le tiers de ses réalisations. Mais ceux qui ont eu le bonheur de travailler avec elle savent aussi tout ce que ne dit pas cette exceptionnelle feuille de route.

Pauline Marois est donc partie comme elle a toujours cheminé: avec élégance, simplicité et droiture. Triste, mais prévisible, tout le sens de son geste tenait en une phrase: le coeur n'y était plus. En politique, quand la passion n'y est plus, il est rigoureusement impossible de faire du bon travail. On se demande effectivement quelle nouvelle source de motivation elle aurait pu trouver.

Ceux qui ne l'ont pas connue de près ne peuvent comprendre l'immense satisfaction que l'on peut ressentir à travailler avec cette femme. Ce qui ne ressort pas assez dans le concert de louanges entendu depuis hier, c'est à quel point cette femme vous donne le sentiment qu'elle prend réellement en considération ce que vous lui dites avant de se décider. Cette femme se nourrit véritablement de son entourage, qui se sent ainsi valorisé et veut ensuite faire encore mieux. C'est une autre forme de leadership, dont je suis incapable de dire s'il est, oui ou non, plus caractéristique des femmes.

J'ai déjà entendu Pauline Marois dire qu'elle n'hésitait pas à s'entourer de gens plus forts qu'elle sur des aspects particuliers. Il faut être singulièrement solide et bien dans sa peau pour ne pas craindre qu'ils vous portent ombrage ou se sentir obligée de leur faire la leçon pour se grandir à leurs dépens.

Jamais en tout cas, je n'ai vu une personne plus éloignée de l'image que la population s'est faite d'elle.

La politique est un univers où les vraies amitiés sont rares. Habituellement, les gens collaborent ensemble par nécessité et par intérêt partagé. Un cynique m'a même déjà dit que si je voulais un ami politique véritable, je devais me procurer un chien.

C'est une exagération bien sûr, mais il est vrai que la politique a fait voler en éclats bien des complicités. Je n'arrive pourtant pas à penser à quelqu'un qui entretient envers elle une rancoeur que le temps n'effacera pas.

Une énigme

La plus grande énigme concernant Pauline Marois aura été de savoir jusqu'à quel point être femme lui aura nui. On ne pourra jamais vraiment trancher cette question. On nous brandit des sondages selon lesquels l'immense majorité des Québécois n'aurait aucune difficulté avec l'idée d'une femme aux commandes de l'État. Mais les gens à qui on pose cette question savent quelle est la réponse correcte à donner. C'est un peu comme si on leur demandait s'ils sont racistes.

Chose certaine, le regard porté sur l'homme et la femme en politique n'est pas le même. On n'entend pas les mêmes commentaires sur l'apparence physique ou les tenues vestimentaires des hommes. Il serait inconcevable qu'une femme politique sorte un soir et prenne un coup comme one of the boys. Et si elle pique une colère, elle devra être froide et contrôlée sous peine de passer pour une hystérique.

Nous devrions aussi méditer sur le fait que la politique est à ma connaissance le seul domaine dans lequel l'expérience finit par se retourner contre vous.

Si je veux me faire opérer ou me faire construire une maison ou que mes droits soient défendus devant un tribunal, l'expérience sera un atout décisif. Mais cela s'explique facilement: comme la politique est perçue, à tort, comme un milieu corrompu d'un bout à l'autre, on s'imagine que ceux et celles qui sont là depuis longtemps en ont pris tous les mauvais plis.

C'est faux de bout en bout dans le cas de Pauline Marois. Cette femme aura été tout simplement admirable.




SPQ Libre dénonce la privatisation de l'eau par le gouvernement Charest

mercredi 22 mars 2006

(Montréal, 22 mars 2006). En cette journée internationale de l'eau, le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) dénonce la politique de privatisation de l'eau par les partenariat public-privé (PPP).

Le gouvernement Charest s'est engagé dans une démarche stratégique, planifiée et organisée vers la privatisation de la gestion de l'eau municipale avec la loi 61 sur l'agence de PPP, la loi 62 sur les municipalités et, plus récemment, la loi 134. Ces lois permettent la privatisation de la gestion de l'eau et l'octroi de contrats de 25 ans à des firmes privées.

Déjà, la ville de Valcourt s'est prévalue de ces nouvelles lois pour privatiser la gestion de son eau. Sur l'île de Montréal, les villes de Westmount et Côte St-Luc ont amorcé leur démarche vers la privatisation avec l'octroi d'un premier contrat.

La privatisation de la gestion de l'eau est appelée PPP afin de mieux confondre la population. Qui s'oppose au partenariat ?! Qui est contre la vertu ?! Mais, pour qu'il y ait partenariat véritable, il faut qu'il y ait des avantages mutuels. Or, dans le cas de la privatisation de la gestion de l'eau, c'est le profit assuré pour l'entreprise privée, car l'eau est un service essentiel d'ailleurs appelé service public.

Pour les citoyens, la privatisation de la gestion de l'eau est une augmentation assurée du coût de l'eau. Le profit, le coût de financement plus élevé du privé ainsi que l'installation de compteurs d'eau pour facturer le citoyen sont des coûts supplémentaires transférés aux citoyens.

De plus, la libre concurrence et le libre marché qui, selon la philosophie néolibérale, permettent une rationalisation des coûts et une meilleure efficience ne s'appliquent pas dans la gestion de l'eau, car il y a un seul tuyau qui se rend à notre résidence. C'est donc un monopole de territoire et aussi de connaissance du réseau.

Le marché mondial de la gestion privée de l'eau est évalué à environ 400 milliards de dollars. Cela fait saliver les entreprises privées, mais risque de se transformer en cauchemar pour les citoyens

Le SPQ Libre - qui a été reconnu comme club politique au sein du Parti Québécois par la Conférence des présidentes et des présidents du 11 mars dernier - tient à rappeler que le Parti québécois s'est engagé à inscrire dans la constitution d'un Québec indépendant, tout comme l'ont fait d'autres pays, l'interdiction de privatiser l'eau tant au plan des infrastructures, de sa gestion que de son financement.

Le Parti Québécois s'est clairement prononcé lors de son congrès du mois de juin dernier contre la privatisation de la gestion de l'eau ainsi que contre l'installation de compteurs d'eau résidentiels, premier pas nécessaire pour la privatisation de la gestion de l'eau. Le programme du Parti québécois est clair : l'eau ça nous appartient collectivement !!

Pour informations :
Marc Laviolette, président
Pierre Dubuc, secrétaire
(514) 284-1729





À tête reposée - Josée Legault

LE PQ « NOUVEAU » EST ARRIVÉ!

Josée Legault
Journal MIR mercredi 22 mars 2006

Cette semaine, avec l’arrivée officielle d’une nouvelle saison, nous est aussi venue la certitude que le chef du Parti Québécois, André Boisclair, entreprend maintenant son grand ménage du printemps.

Après les démissions successives de Nicole Léger et de Pauline Marois, monsieur Boisclair annonçait que d’« autres départs » allaient bientôt suivre.

Plusieurs « vétérans » péquistes se feraient fortement conseiller de prendre leur retraite afin de vider des comtés plus ou moins sûrs pour laisser la place à des candidats plus jeunes et fidèles au nouveau chef.

Nous saurons donc éventuellement si les Louise Harel, François Gendron, Jean-Pierre Charbonneau, et d’autres encore, prendront leur carte d’escompte pour députés âgés chez Jean-Coutu …

Ou bien, si fâchés de se voir montrer la porte avec toute la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, certains d’entre eux tiendront tête en restant.

***

Nouveau ? Oui. Amélioré ? C’est à voir.
Dans un discours-fleuve ce samedi, le jeune chef de 39 ans parlait d’un « nouveau » Parti Québécois, de 80 000 « nouveaux » membres et d’une « nouvelle » vision de la souveraineté et de la gouvernance.

Pour livrer autant de nouveauté, Boisclair croit qu’il a besoin d’autant de nouveaux candidats, de nouveaux visages et porte-parole, capables de porter son nouveau discours, dont les paramètres, qui pourraient être prometteurs, demeurent néanmoins minimalistes.

Le discours a beau se dire « nouveau », comme tout discours d’un chef de parti espérant prendre le pouvoir, on peut s’attendre à ce qu’il soit modifié tout au long des prochains mois au gré des sondages et des « focus groups » que son équipe consultera.

Il sera donc impératif de suivre à la trace les mouvements du chef sur la question de la tenue d’un référendum « le plus vite possible » dans un premier mandat. L’engagement tiendra-t-il, ou une nouvelle incantation à la sauce « conditions gagnantes » ou à l’« assurance morale de gagner » sera-t-elle trouvée pour mieux reculer ?

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Faire maison nette
L’empressement de Boisclair à faire maison neuve et nette est un pari risqué. Le temps nous montrera si ce ménage aura été salutaire pour son parti, ou s’il s’en trouvera puni et privé de certains de ses représentants les plus expérimentés et les plus connus des électeurs.

La réaction défavorable, et généralisée, à la démission surprise de Pauline Marois, devrait pourtant amener le nouveau chef à faire preuve d’un empressement plus élégant et plus habile. Ce qui, d’après ses propos récents, ne semblent pas être le cas.

L’engouement du chef pour la nouveauté et la jeunesse à tout prix est plutôt ironique pour quelqu’un qui doit en partie sa victoire à l’appui de son prédécesseur nettement plus « âgé » qui, par souci d’écarter définitivement sa rivale Pauline Marois, aura vu à ce que son jeune dauphin reçoive l’appui de tout son entourage, et ce jusqu’à sa propre chef de cabinet.

Un peu de reconnaissance envers quelques aînés serait donc plus de circonstance que de se presser à sortir l’aspirateur géant immédiatement.

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Rien n’est dans le sac
Une qualité que possède néanmoins Boisclair est sa capacité de comprendre que, malgré les sondages favorables, la prochaine élection est encore loin d’être gagnée pour le PQ.

Il n’y a donc aucune nonchalance chez lui, ni de propension à tenir quoi que ce soit pour acquis.

Depuis sa victoire le 15 novembre dernier, le nouveau chef s’affaire donc bien plus qu’il n’y paraît. Il est surtout occupé à mettre le parti « à sa main » à une vitesse vertigineuse. Sa tentative de vider le plus de députés aînés possible du plus grand nombre de comtés possible témoigne de la même hyperactivité.

On croirait presque qu’il croit pouvoir obliger Jean Charest à convoquer des élections hâtives sous le poids de trop d’élections partielles à tenir. S’il le croit, il commet une erreur.

Mais il est plus probable que Boisclair se presse pour créer rapidement l’image d’un « nouveau » parti, vraiment très, très, très nouveau.

N’est-ce pas là le même Boisclair qui, il y a quelques années, était déjà obsédé de renouvellement au point de vouloir carrément changer le nom du Parti Québécois ?

Pourtant, créer un sain équilibre entre le vieux et le jeune, l’ancien et le nouveau, l’expérience et la fougue débridée serait nettement plus souhaitable pour un parti qui, s’il veut prendre le pouvoir et, surtout, faire l’indépendance un jour, devrait se soucier de mieux représenter tout le Québec dans sa belle et réelle diversité.

Et non seulement de recruter massivement dans la jeunesse urbaine…