Les fruits empoisonnés

Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI 6 mars 2006

Le Québec a tellement l’habitude des solutions bancales qu’il devient de plus en plus difficile de faire la part des choses lorsque vient le temps de débattre de la pertinence et du bien fondé des solutions mises de l’avant par nos institutions. La décision de la Régie de l’énergie nous en a fourni un exemple typique cette semaine. L’annonce de l’augmentation de 5,3% des tarifs d’électricité a frappé dur. Les perspectives qu’elle ouvre laissent encore plus songeur : 12,2% et 5,8% pour les deux prochaines années. Mais bien malin qui peut réellement savoir s’il y a moyen de faire autrement. Hydro-Québec n’est plus transparent. Pis encore, son rôle n’est plus évident et sa mission véritable est de plus en plus opaque.

Fidèle à lui-même, le gouvernement libéral s’est contenté d’accueillir la nouvelle avec la même étroitesse d’esprit. C’est encore la faute du gouvernement précédent. Le ministre Corbeil a blâmé les péquistes pour leur décision de geler pour cinq ans les tarifs d’électricité. C’était une « décision stupide » renchérit Jean-Robert Sansfaçon, l’éditorialiste du Devoir (édition du 1 mars) qui refuse, lui aussi, de voir qu’on peut choisir le niveau de rendement attendu d’un secteur nationalisé, qu’on peut décider des modalités de partage de la rente électrique. Il rappelle cependant que cette décision est reliée à deux autres « tout aussi désolantes » : celle d’avaliser la construction de nouvelles alumineries et celle de la division d’Hydro-Québec en trois filiales indépendantes. Cela dit, Sansfaçon s’arrête là où devrait commencer l’analyse.

Si la question des alumineries peut être discutée comme choix politique, la seconde, pour sa part, ne tient plus à un choix de gouvernement mais bien à une contrainte de régime. La division d’Hydro-Québec n’est pas un choix de politique partisane comme l’a été celle des alumineries. Le choix des alumineries reste discutable comme choix stratégique eu égard à une politique de développement industriel. Celui de scinder Hydro-Québec relève plutôt des manœuvres désespérées d’un gouvernement en train d’étouffer et qui a cherché à en tordre la mission pour en faire une bouée de sauvetage. Cette décision n’a pas seulement soustrait Hydro-Québec Production au regard de la Régie et à la vigilance des citoyens, elle a servi à dresser un véritable écran sur les ressorts profonds de la stratégie financière de la société d’État aux prises avec des demandes de plus en plus voraces de la part de son actionnaire aux abois. Hydro-Québec Distribution demande des hausses de tarifs pour faire face aux coûts d’une demande croissante pendant qu’Hydro-Québec Production génère de faramineux surplus. La main droite tord la mission première de fournir de l’électricité au meilleur coût, la main gauche tente de fournir des ressources pour continuer de tenir dans le régime provincial.

Le fleuron de la Révolution tranquille a été pris dans les rets d’un régime qui a lentement forcé le Québec à dévoyer ce qui l’avait rendu fier, à saquer l’instrument qui conférait à son économie un avantage concurrentiel indéniable. Prisonnier d’un carcan fédéral de plus en plus meurtrier et incapable de mettre de l’avant une offensive politique pour le casser, le gouvernement provincial , péquiste ou libéral, n’a plus d’autre choix que de travestir le mandat et la mission d’Hydro-Québec. L’instrument d’émancipation, le formidable levier économique est devenu un outil pour pratiquer une fiscalité inavouée. Il ne s’agit plus de pousser plus loin le potentiel de la nationalisation, mais plutôt de transformer Hydro pour la rendre mieux en mesure de répondre aux besoins et appétits d’une province affamée.

Sous couvert d’adaptation à la libéralisation des marchés, une véritable dénationalisation à la pièce, induite par une gestion provinciale à la petite semaine ( il n’y en a pas d’autres) s’est lentement déployée par des choix de politique d’exportation et de développement des petites centrales privées, par l’alignement sur les exigences des entreprises gazières. L’idéologie s’en est, bien sûr, mêlé et s’est alors ajoutée une rhétorique sacrifiant aux dieux du marché, le tout pour mieux occulter un consentement. Depuis le référendum de 1995 les gouvernements successifs ont tous fait ce même consentement , ils ont tous accepté de gérer le Québec avec les moyens que le Canada lui laisse. Les lamentations sur le déséquilibre fiscal ne servent qu’à couvrir cette résignation.

En vérité, le Québec n’est plus gouvernable. Tout au plus est-il gérable comme peut l’être une succursale bousculée par les consignes de la maison-mère et à qui on a rationné les crédits en lui faisant l’injonction de continuer de faire semblant.. Comme peut l’être toute administration subalterne frustrée de voir sa marge d’initiative réduire comme peau de chagrin, le gouvernement du Québec gruge ses institutions pour rester vivant. On sait que des bêtes font de même, sacrifiant la patte dans le piège pour une existence diminuée.

Ce qui s’est passé avec Hydro-Québec s’est également produit avec la Société des alcools et avec Loto-Québec et à des degrés divers avec les autres sociétés d’État. La maison Québec se chauffe désormais en brûlant ses meubles. Pas étonnant d’ailleurs, que soient surgies, avec l’aide de l’Institut économique de Montréal, comme d’habitude, les hypothèses de privatisation. Il paraît que vendre Hydro-Québec pourrait rapporter 40 milliards. Les jeteurs de sort en salivent déjà, eux qui n’en finissent plus d’annoncer les catastrophes sur le poids de la dette. Et qui ne s’en inquiètent que lorsqu’elle est québécoise, trouvant toujours à Ottawa les excuses pour justifier que ne s’y applique guère les ratios qui, ici, les font frémir. Nous perdrions la maîtrise d’œuvre mais cela a moins d’importance que les pourcentages qu’il faudrait respecter pour recevoir, d’on ne sait où, nos certificats de bonne conduite économique !

Les inquiétudes sur les finances provinciales ne servent qu’à nous convaincre que nous n’avons plus les moyens d’être ce que nous sommes. La hausse tarifaire sert en fait à nous convaincre que nous n’avons même plus les moyens de continuer à vivre avec les ambitions que nous avons déjà eues. L’enrobage écolo et la morale à deux sous sur les économies d’énergie mieux servies par un signal de prix que par des choix faits sur des motifs économiques véritables plutôt que sur la fiscalité hypocrite et dévoyée ne servent qu’à forcer davantage la résignation. Le gouvernement libéral reste le jouet du régime. La province de Québec n’est pas capable de conduire une politique énergétique véritable. Tout au plus peut-elle gérer quelques programmes , y compris des programmes d’efficacité énergétiques. Mais tout objectif de résultat sérieux rentre dès lors en collision avec les besoins de dividendes. Il ne reste plus alors que les demi-mesures qui servent moins les objectifs environnementaux que les justifications idéologiques occultant les contraintes de régime. Et la propagande de culpabilisation qui voudrait nous faire croire que nous n’avons pas droit de bénéficier maintenant des bas coûts d’une électricité pour laquelle nous avons consenti des investissements collectifs importants lors de la nationalisation.

Le Québec régresse et l’incapacité de sa classe politique velléitaire à nommer les choses correctement est en passe de saboter le débat public et de ruiner le vouloir-vivre. La question de la hausse des tarifs d’électricité est restée prisonnière du tabou sur l’impossibilité de maintenir nos acquis dans un régime qui prive le gouvernement du Québec des moyens de faire face à ses responsabilités. Il n’y a jamais de solutions convenables pour un problème mal posé.

Le gouvernement libéral voudrait nous faire penser que c’est une affaire de politique énergétique alors qu’il s’agit d’une réponse qui consent à dévoyer nos institutions pour mieux servir un régime qui nous condamne à renoncer à nos intérêts nationaux. La gestion provinciale vient de nous donner un autre de ses fruits empoisonnés. Au train où vont les choses, nous n’aurons bientôt plus d’autre choix que de couper le verger. Évidemment, tout cela ne sert qu’à broyer du noir, Ottawa saura pourvoir. Qu’y a-t-il de déshonorant à ambitionner de vivre sous perfusion ?




À la défense de Québec

Victor-Lévy Beaulieu
L'aut'courriel n° 171, 6 mars 2006

Il fallait le voir pour le croire : André Arthur faisant son entrée à la Chambre des communes d’Ottawa, tout moulu dans sa bougrine, les yeux dans l’eau, la voix chevrotante tellement il était ému de se trouver là. Il ne restait plus rien du gueulard de Québec, qu’un petit garçon bouche bée plutôt que bête, en culottes courtes, et qui se préparait à remercier son père de la bonne éducation qu’il avait reçue de lui quand la journaliste de Radio-Canada, flairant plus gros poisson que l’ex-roi Arthur, l’a laissé cavalièrement sur le parquet, nous privant ainsi de ce qui aurait pu devenir une pièce d’anthologie.

De là à poser comme postulat que du point de vue de Montréal on ne connaît pas grand-chose de Québec, il n’y a qu’un pas à franchir, ce que je fais allègrement en l’instant même.

On oublie trop souvent qu’on ne peut pas connaître grand-chose de la réalité de Québec si on ne sait rien de son histoire. Sous le régime anglais d’après la Conquête, Québec fut une ville de garnison : les troupes anglaises y étaient cantonnées et le gratin des officiers logeait au Château Frontenac. On ne sait plus aujourd’hui que les premiers journalistes, les premiers libraires, les premiers médecins et les premiers avocats de Québec furent des Britanniques, des Écossais et des Irlandais qui s’intégrèrent à la population francophone sans que jamais le semblant d’un conflit ethnique ne vint troubler l’ordre s’établissant.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : sous le régime anglais, Québec était une ville internationale : son port de mer était le plus important d’Amérique du Nord, les échanges marchands y étaient abondants avec l’Europe, l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Australie. Les intellectuels de passage y étaient nombreux et la petite-bourgeoisie régionale y avait pied-à-terre en morte saison. Il n’y avait aussi qu’un seul cardinal au Canada français et son siège épiscopal était à Québec.

Ce caractère de ville internationale, Québec l’a conservé jusqu’à la deuxième Grande guerre. Après, ça s’est étiolé au profit de Montréal, de sorte que sans même s’en rendre compte, Québec a fini par se retrouver assise entre deux chaises : une vocation jadis internationale dont il ne restait presque plus rien et une population désorientée dont on ne s’était jamais préoccupée beaucoup, tous les oeufs des politiciens restant mis dans le même panier de Québec se considérant toujours comme une grande capitale mondiale.

Le maire Jean-Paul L’Allier fut le représentant ultime de cette lignée de politiciens. S’il fut le maître d’oeuvre de l’extraordinaire renaissance du Vieux-Québec, il se montra d’une grande nullité partout ailleurs : les quartiers populaires de Québec furent laissés à eux-mêmes, il ne fit rien pour empêcher l’exode de la jeunesse, il ne favorisa guère la culture de ses commettants, sauf si celle-ci, comme dans le cas de Robert Lepage, était une porte de sortie sur l’international. Il faut dire aussi que les gouvernements du Québec et du Canada n’ont pas fait grand-chose depuis trente ans pour que les gens de Québec ne se considèrent pas comme des laissés-pour-compte. Nommez-moi un seul député, un seul ministre provincial sous Bourassa, Lévesque, Parizeau, Landry ou Charest, qui ait été autre chose que deuxième violon dans un orchestre qui n’en avait rien à foutre ? Nommez-moi un seul député, un seul ministre fédéral dont les gens de Québec pourraient être fiers depuis Louis Saint-Laurent ? Stéphane Dion, me dites-vous ? Un p’tit gars de Québec qui, pour être élu, a dû se présenter dans un comté montréalais et dont la seule réussite a eu lieu . . . à Montréal . . . et sur le protocole international de Kyoto !

Les succès radiophoniques des André Arthur, Jeff Fillion, Robert Gillet et compagnie s’expliquent aisément quand on y pense un peu : le peuple de Québec s’est reconnu dans leur extrémisme langagier dont les politiciens étaient les premiers à subir les outrances et plutôt que de chercher à comprendre pourquoi il en était ainsi, les politiciens et la plupart des journalistes, leurs thuriféraires, ont pris les grands moyens pour faire taire les Gillet, Fillion et Arthur, confondant l’effet avec la cause. Ils furent peu nombreux ceux-là qui essayèrent d’y voir clair, particulièrement au Parti québécois et au Bloc québécois. Avec un peu de bonne volonté d’audace et d’imagination, le PQ et le Bloc auraient pu proposer un plan d’action pour que Québec bonifie sa vocation internationale tout en se développant provincialement, mais ce ne fut pas le cas. Ils se mirent à bouder Québec autant que Québec les boudait. Devenus essentiellement des partis montréalistes, le PQ et le Bloc ont laissé toute la place aux adécuistres. Ils n’ont rien à proposer eux non plus, leurs députés élus dans la région de Québec sont parfaitement nuls, mais ce n’est pas ce qui importe pour une population dont le ressentiment a presque atteint un point de non-retour.

L’attitude du PQ et du Bloc depuis les élections fédérales n’augure pas grand-chose de bon pour l’avenir. Tandis que les deux partis auraient dû proposer à la population de Québec rien de moins que des états généraux sur leur ville et leur région, les discours d’André Boisclair et de Gilles Duceppe ont de quoi nous alarmer tant ils sont naïfs, déconnectés et condescendants. Croire comme Boisclair que le simple rajeunissement du PQ dans Québec et ses environs est la seule panacée qui convienne, ça en dit long sur un parti qui s’est tellement éloigné de ses sources qu’il en est venu à prendre sa propre vessie pour une lanterne nationale !

Le plus étonnant dans tout cela comme me le disait un ami du comté de Portneuf, c’est qu’André Arthur sera probablement le meilleur député à y avoir été élu depuis la Confédération. N’est-ce pas une raison supplémentaire pour que le PQ et le Bloc s’ôtent les doigts du nez et organisent des états généraux sur une ville et une région que par leur incurie ils ont si bien su s’aliéner que la côte à remonter est autrement plus à pic que celle qui, de la Basse-Ville de Québec, mène aux Plaines d’Abraham!




Quebec could learn from Alberta

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, March 6, 2006

In an allusion to Alberta Premier Ralph Klein's health-care proposals, Prime Minister Stephen Harper suggested last week that he much preferred Quebec's more moderate approach. "Quebec has put out significant reforms to the health-care system," Mr. Harper said, "but reforms that clearly respect the principles of the Canada Health Act. I would encourage all provinces to do that."

Is Quebec's proposal really better than Alberta's? This is highly debatable, although one cannot expect Mr. Harper to dwell on the subject. Mr. Harper probably wishes the issue would disappear from the scene forever.

Mr. Klein's plan couldn't come at a worse time for a new minority government intent on positioning itself as a moderate political force that will not touch the country's most sacred cow. Mr. Harper just cannot afford, politically, to appear to favour anything that some people would call a two-tiered health-care system. Whether he believes in it or not, he has to appear to be the champion of the Canada Health Act -- as it was engraved in stone 50 years ago, at a time when people died much younger and medical technology was still relatively simple and cheap. So, it's not surprising that Mr. Harper prefers Quebec's more timid, less controversial plan.

The major difference between the two provinces' proposals is that Alberta physicians would be allowed to work both in the public and private sectors, while Quebec would maintain the status quo: Doctors would be forbidden to work in the private sector unless they completely opt out of the public system.

Quebec's plan might be politically astute, but it doesn't answer the real problems. Preventing surgeons from working privately after normal working hours is a tremendous waste of resources. The financial constraints on hospitals are such that operating rooms are empty, and costly equipment is not used, between 4:00 p.m. and 8:00 a.m. the next day. Some physicians who spent years acquiring specialized skills cannot operate more than one day a week.

Throughout Western Europe -- including social-democratic countries such as France and Sweden -- physicians can work for both the public and the private sectors as long as they respect certain quotas that ensure priority is given to the public sector. This is what Alberta wants to do, according to Health Minister Iris Evans.

Quebec will pay for patients to have surgery in private clinics (in the province or anywhere else in North America) if the public system cannot accommodate their needs within six to nine months after a specialist's diagnosis. This will hugely increase the taxpayers' burden.

Alberta, on the contrary, considers the present system financially unsustainable (a sound analysis if one looks at the numbers), and wants more private money to be injected in the system. It will encourage patients who can afford it to buy private insurance to have cataract surgery and knee and hip replacements in the private sector.

As for the question of determining maximum wait times -- the basis of Quebec's new plan -- it is somewhat of a joke because the government's bureaucratic clock starts ticking only when the patient receives a diagnosis from a specialist.

The reality is that before this happy day, the patient will have been in pain for months, if not years. In Quebec, most people do not have a family doctor who could refer them to a specialist and most GPs don't take new patients. Those who are lucky enough to get a quick referral from a GP will still have to wait for weeks, if not months, to get an appointment with a specialist. And this is not counting the weeks required to go through the various lab and MRI tests required prior to that all-important diagnosis. This system won't work unless the province markedly increases the number of physicians and lab technicians -- and it won't, for lack of money.

Ralph Klein's proposal -- a proposal that would be benign in most of the Western world -- has been described in our media as a "bombshell," an "explosive" event, even as a "revolution." This shows that when it comes to medicare, Canadians really live on another planet.

lgagnon@lapresse.ca




Élection partielle dans Sainte-Marie-Saint-Jacques:Boisclair se fait plus mordant

Girard, Mario
La Presse lundi 6 mars 2006

André Boisclair a profité du lancement de la campagne de Martin Lemay, candidat péquiste à l'élection partielle dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, pour projeter une image plus agressive.

Énergique, sûr de lui et très offensif à l'égard de Jean Charest, Boisclair a presque fait oublier aux 250 partisans réunis hier dans un bar de Montréal le but véritable de cette rencontre. Pendant un moment, certains ont eu l'impression d'assister au lancement d'élections provinciales.

" Ça fait du bien de se retrouver ", a-t-il dit d'emblée, comme pour reconnaître qu'il avait été absent de la scène ces derniers temps.

Puis, dans un discours enflammé, il a décoché plusieurs flèches à l'endroit du premier ministre actuel. " J'entends la colère des gens. Tous les jours, je rencontre des gens qui me demandent si nous allons les débarrasser de Jean Charest. "

André Boisclair a longuement décrit sa déception face à la performance de Jean Charest. " Ce que j'ai vu durant la dernière campagne, c'est un gars qui a dit qu'il était prêt, qui a promis une seconde Révolution tranquille, qui a promis un combat contre Ottawa. Jean Charest a sorti le gant de velours pour parler avec Ottawa et le fouet pour dialoguer avec les Québécois. C'est pour cela que je vous dis qu'il est urgent de faire la souveraineté du Québec. "

Le chef du PQ a également critiqué le travail du premier ministre dans le dossier de la santé en s'adressant directement à lui. " Comment pouvez-vous, M. Charest, parler d'un côté de la bouche et dire que vous allez diminuer la dette alors que votre ministre de la Santé continue jour après jour d'autoriser des déficits dans les hôpitaux? Vous parlez des deux côtés de la bouche, monsieur Charest, et vous n'êtes pas crédible quand vous parlez de la santé ", a-t-il dit.

Circonscription importante

André Boisclair reconnaît que l'enjeu de cette élection partielle, prévue en avril, est considérable pour lui et son parti. " Je sais que si je veux mériter la confiance des gens de cette circonscription et à l'occasion d'un prochain scrutin général, je dois aller encore plus loin. "

Interrogés par les journalistes après son discours, André Boisclair n'a pu esquiver les questions sur les récents sondages publiés par La Presse il y a quelques jours, qui révélaient une baisse de 6 points de pourcentage des intentions de vote pour le PQ. " Le défi pour moi n'est pas de sursauter ça et là dans l'actualité, a-t-il dit. J'ai un plan de match. Pour le reste, les histoires de sondages, je laisse ça aux commentateurs. "

Plus tôt cette semaine, André Boisclair avait réagi au fait que ces sondages aient été publiés le jour même du caucus de son parti, mardi dernier. " J'attend la prochaine rencontre importante du Parti québécois pour voir ce qui sera publié ou pas ", a-t-il dit avec ironie.

De son côté, Martin Lemay a pu présenter les grandes idées de sa campagne. Celles-ci tournent autour de la justice sociale et de l'environnement. À cet égard, l'ex-conseiller de l'équipe Bourque souhaite créer une politique de transport en commun pour sa circonscription. Martin Lemay, tout comme sa collègue Louise Harel, également au lancement d'hier, est revenu plusieurs fois sur les visées souverainistes du PQ.

" Le seul parti qui propose l'indépendance aux Québécois, c'est notre parti. Je profiterai donc de cette élection pour convaincre les concitoyens de l'urgence et de la nécessité que le Québec accède à la souveraineté. "

Candidate du PLQ

Martin Lemay affrontera une ancienne collègue de l'équipe de Vision Montréal, Nathalie Malépart, qui se présente maintenant sous la bannière libérale, de même que la représentante du nouveau parti Québec solidaire, Manon Massé, et le candidat du Parti vert, Jean-Christophe Mortreux.




Un chef pour Québec solidaire

Courtemanche, Gil
Le Devoir samedi 4 mars 2006

Il est un peu ironique que ce soit le Parti québécois qui fournisse à Québec solidaire ses premières manchettes importantes depuis sa fondation il y a un mois. Car, il faut bien l'avouer, on l'avait oublié, ce nouveau parti de gauche, malgré une actualité politique plutôt chaude au cours des dernières semaines.

C'est le franc-tireur du PQ, Jean-Pierre Charbonneau, qui a remis le parti sans chef en selle en évoquant la possibilité de conclure avec la nouvelle formation des alliances de non-agression dans certaines circonscriptions. Pauline Marois, aujourd'hui silencieuse sur le sujet, avait fait la même proposition lors de la course à la chefferie du parti. Ce genre d'alliance stratégique est fortement implanté dans la culture des partis politiques européens. Il est aussi facilité par l'existence dans ces pays de modes de scrutin qui permettent de mieux rentabiliser les suffrages recueillis par de petites formations. André Boisclair a rapidement mis fin au débat, se disant convaincu que le PQ possédait tous les atouts pour rallier la grande majorité des électeurs progressistes autour de lui lors de la prochaine campagne électorale. J'en doute fortement, mais force est d'admettre que, sur le plan stratégique, sa lecture de la situation politique actuelle et de l'impact de Québec solidaire me paraît plus juste que celle de Jean-Pierre Charbonneau.

Ce que dit dans le fond le chef du PQ, c'est que, pour le moment, il ne sent ni ne voit rien qui constitue une menace telle sur sa gauche qu'il faille déjà explorer des moyens de transformer un ennemi en allié potentiel. Et en fermant complètement la porte même à un simple débat d'idées dans le parti, il prive Québec solidaire d'une crédibilité instantanée dont le nouveau parti a cruellement besoin. À défaut de grandeur d'esprit et d'élévation, le chef du PQ possède un bon sens stratégique.

Dans notre système politique, la création et la survie d'un nouveau parti sont particulièrement ardues. Au cours des 50 dernières années, seules deux formations politiques qui ont duré sont apparues sur la scène politique, le PQ et l'ADQ. Le parti indépendantiste s'est rapidement imposé à cause de l'immense popularité de son chef René Lévesque et parce que ses compagnons étaient tous des vétérans de la politique, des organisateurs de métier connus et enracinés dans leur région ou leur milieu. L'ADQ fut le fait d'une seule personne, Mario Dumont, et devint un parti crédible quand Jacques Parizeau et Lucien Bouchard lui donnèrent sur un plateau d'argent la crédibilité qui lui faisait cruellement défaut. En l'incluant dans la Sainte Alliance du OUI en 1995, le PQ a littéralement inventé l'ADQ. C'est exactement ce que veut éviter André Boisclair.

Car force est d'admettre que, pour le moment, Québec solidaire ne semble pas bien menaçant. Quand René Lévesque a fondé le Mouvement souveraineté-association, il a mis sur pied un parti de vedettes déjà crédibles à la recherche d'une base populaire. Québec solidaire est un parti d'intellectuels et de militants de base de la société civile en quête de vedettes crédibles. Or, quand on prétend faire de la politique autrement, on craint parfois de tout simplement faire de la politique.

Une photo parue dans Le Devoir cette semaine illustre bien le dilemme auquel est confronté le nouveau parti. On y voyait la candidate de QS dans Sainte-Marie-Saint-Jacques entourée des deux porte-parole du parti, Amir Khadir et Françoise David. Dans le bas de vignette on pouvait lire: «Mme Françoise David assistait aussi à l'assemblée de mise en nomination.» Les gens qui veulent changer la politique craignent les vedettes, le culte de la personnalité et les chefs comme la peste et ils ont en bonne partie raison. Ils souhaitent plus de démocratie dans la discussion, une participation plus grande et un partage des responsabilités. Cela est non seulement souhaitable, mais nécessaire. Cela doit cependant prendre en compte un phénomène incontournable de l'adhésion politique dans nos démocraties: celui de l'association aux idées du parti à travers un chef, une vedette qui incarne ces idéaux.

Bon, Françoise David n'est pas René Lévesque, mais ce nouveau parti est né de sa volonté (accompagnée de quelques camarades) de former un parti progressiste de masse, pas un mouvement qui participe de loin au débat des idées et qui se satisfait de 7 % ou 8 % des voix tous les quatre ans. Elle dispose aussi, n'en déplaise à mon copain Amir - l'autre tête de cette direction bicéphale -, d'une crédibilité et d'une notoriété à l'échelle de la province. Le nouveau parti a un urgent besoin d'un chef dans le sens traditionnel du terme non seulement pour incarner cette nouvelle politique qu'on entend proposer, lui donner un visage auquel on peut humainement s'identifier, mais aussi pour occuper le terrain médiatique. Je sais tout ce que pense Mario Dumont, donc l'ADQ, des derniers dossiers chauds de l'actualité politique, de la médiocrité des dirigeants de la SAQ, du déséquilibre fiscal vu par Stephen Harper, du départ de Thomas Mulcair et du rôle du privé dans la santé. Je ne sais absolument rien des positions de Québec solidaire sur ces questions qui font les manchettes depuis sa fondation. On me dira peut-être qu'on a fait parvenir des communiqués qui se sont retrouvés dans les poubelles ou encore que je peux aller sur leur site Internet, peut-être. Mais je voudrais rappeler à mes amis progressistes qu'on ne tombe pas en amour politique avec un site Internet et que, dans l'adhésion politique, il existe une forme d'adhésion bêtement humaine qui n'est pas loin de l'affection.

Collaborateur du Devoir




Un juste prix

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 6 mars 2006

Le régime public d'assurance automobile est dans le rouge. En 2004, le déficit était de 448 millions et, en additionnant les résultats antérieurs, il atteignait 617 millions. S'il n'est pas plus élevé malgré des années de gel des primes et de hausses des dépenses, c'est grâce aux rendements obtenus par la Caisse de dépôt sur les fonds placés par la SAAQ. Ce qui n'est plus le cas depuis l'an 2000. Sans hausses des primes, le déficit accumulé pourrait grimper à 15 milliards d'ici douze ans.

Le problème n'est pas nouveau. Il a seulement été mis de côté de façon délibérée par le gouvernement Landry en fin de mandat. En 2004, ceux qui lui ont succédé ont adopté une loi qui autorise désormais la SAAQ à changer elle-même le prix du permis de conduire et de l'immatriculation afin de combler l'écart actuariel d'ici à 2015.

Trois scénarios ont été imaginés : un premier qui impose le plein prix dès aujourd'hui; un deuxième qui échelonne les augmentations d'ici 2015, mais laisse croître le déficit accumulé jusqu'à ce qu'il atteigne cinq milliards de dollars; et un troisième qui échelonne les augmentations sur quatre ans afin de combler au moins le déficit annuel. C'est ce dernier qui est proposé.

En plus de l'augmentation des primes, quelques autres changements importants seraient apportés au régime. Désormais, tous les conducteurs pris en défaut verraient le coût de leur permis grimper dès le premier point de démérite. Ainsi, alors que le prix du permis de deux ans d'un conducteur n'ayant aucun point de démérite passerait de 46 $ à 127 $ d'ici 2008, celui du conducteur avec 1 seul point serait de 194 $. Un dossier lourd d'une quinzaine de points entraînerait quant à lui une prime de 706 $ au lieu de 365 $ à l'heure actuelle.

Autre changement qui fait beaucoup jaser : les motocyclistes devront payer leur permis deux fois plus cher que les automobilistes. Et alors que les propriétaires d'une auto ne subiraient qu'une simple indexation au coût de la vie du coût annuel d'un certificat d'immatriculation, les propriétaires de motos devraient assumer le prix réel du risque qu'ils représentent avec des primes variant entre 177 $ pour une petite cylindrée et 1332 $ pour une «bombe». Rappelons qu'en Ontario les compagnies privées d'assurance exigent 13 000 $ d'un jeune de 21 ans, propriétaire d'une moto sport... et refusent ce genre de risque le plus souvent.

Au Québec, les motocyclistes versent 35 millions par année au régime, mais coûtent quatre fois plus en réclamations. Aucun doute, les ventes de motos sport en souffriront, mais cet argent ira ailleurs. Qui s'en plaindra ?

Au cours des derniers jours, on a entendu plusieurs politiciens critiquer le plan de la SAAQ. Quelle hypocrisie ! Comme pour les tarifs d'électricité, c'est à cause de nos élus si nous en sommes là. Si on veut éviter une réduction radicale de la couverture du régime et des indemnités déjà minimales qui sont versées aux victimes, il faut accepter ces hausses.

Cela dit, soyons vigilants : advenant le retour à une ère de rendements élevés et soutenus sur les cotisations placées à la Caisse de dépôt, l'argent devrait servir à ralentir les hausses de primes prévues, voire à les diminuer. Mais surtout pas à satisfaire l'appétit infini du gouvernement !




De Bouchard à Emerson:
Les nombreux virages de l'ancien premier ministre péquiste demeurent déconcertants

Lawrence Martin, journaliste. Il a publié une biographie de Jean Chrétien.
La Presse dimanche 5 mars 2006

Quel contraste! Au Québec, les critiques concernant la nomination de David Emerson et de Michael Fortier au cabinet de Stephen Harper ont été plutôt modérées. Dans le reste du Canada, en particulier en ce qui concerne David Emerson, ce fut un tollé.

Il faut dire que M. Emerson a été élu à titre de député libéral et qu'il a immédiatement changé d'allégeance pour joindre les rangs des conservateurs. En fait, sa pirouette a fait en sorte de rendre le processus électoral futile. Comment pourrait-on interpréter la chose autrement?

C'est une chose de changer de camp en politique après avoir servi votre parti pendant deux ou trois ans. C'est une toute autre affaire lorsque vous le faites après une semaine seulement. Le fait qu'il n'y ait pas eu de grande réaction négative au Québec a été étonnant. Serait-ce parce que les Québécois voient ce genre de situation d'une manière différente?

Lucien Bouchard

L'un des épisodes les plus spectaculaires dans ce domaine est survenu en 1990 lorsque Lucien Bouchard a claqué la porte du gouvernement Mulroney à cause de la question de l'accord du lac Meech pour aller former un parti séparatiste, le Bloc québécois.

Au Québec, ce fut un geste énormément populaire de la part du politicien brillant et charismatique originaire du Saguenay. À la différence du pitoyable Emerson, M. Bouchard avait au moins passé quelques années à servir ses électeurs. Mais quant à son importance historique, l'initiative de M. Bouchard a eu beaucoup plus de répercussions que la décision de M. Emerson. L'effet sur l'unité du pays fut colossal, et on le ressent encore.

De nombreux conservateurs, y compris Brian Mulroney et Jean Charest, se sont interrogés sur les motivations qui ont amené M. Bouchard à quitter le parti. On a su plus tard, par exemple, que des mois avant qu'il devint évident que l'accord du lac Meech s'effilochait, M. Bouchard tenait des réunions avec des souverainistes qui souhaitaient créer un nouveau parti.

Il fallait aussi tenir compte de son cheminement. M. Bouchard s'est fait une habitude de changer de parti. Lorsqu'il fréquentait l'Université Laval, il était un souverainiste. Puis il devint un libéral éminent favorable à Trudeau. Puis il a joint les rangs du Parti québécois sous René Lévesque. Puis il passa du côté des fédéralistes, cette fois à titre de conservateur de premier plan. Puis il abandonna le navire fédéraliste pour s'allier à des séparatistes et former le Bloc québécois. Puis il revint au Parti québécois. Plus récemment, dans son manifeste pour le Québec, il semble, bien que cela ne soit pas sûr, qu'il penche de nouveau du côté fédéraliste.

Rien d'insolite

Certains ne voient rien d'insolite dans les divers virages abrupts de M. Bouchard. André Pratte fait partie de ce groupe. Il vient tout juste d'écrire un très bon livre, Aux pays des merveilles, dans lequel, tout en soutenant la position fédéraliste, il dissèque les différents partis pris des deux côtés engagés dans le débat sur l'unité nationale, et cela avec une admirable équanimité.

Mais sur la question de changement de parti ou d'allégeance, il estime que les Anglo-Canadiens ne comprennent tout simplement pas. De nombreux citoyens du Québec ont fait la même chose que M. Bouchard. Alors, où est le problème? Vraiment?

Y a-t-il eu de nombreux autres grands chefs politiques dans l'histoire canadienne qui ont joint les rangs de tant de partis et effectué un aussi grand nombre de volte-face que M. Bouchard?

N'est-il pas, comme le croient nombre de fédéralistes, le détenteur du record canadien?

Aucune comparaison n'est parfaite, bien sûr, mais disons qu'un politicien fédéral comme Joe Clark change de parti quatre ou cinq fois. N'y verrait-on pas quelque chose d'insolite?

Imaginons un leader politique anglophone, une grande figure, dont la principale politique serait de favoriser la partition de la province de Québec. Puis il ferait le saut dans un parti voué à l'unité du Québec. Ensuite, il se retournerait quelques fois comme un poisson sur le quai avant de tenir un référendum presque couronné de succès pour partager le Québec. Verrait-on cela comme une espèce de pratique courante?

Je n'en suis pas sûr. Mais certains pourraient se poser des questions à propos d'un tel chef, tout comme MM. Mulroney et Charest ainsi que de nombreux autres l'ont fait concernant M. Bouchard.

Dans le cas de M. Emerson, je crois que son saut a été motivé par le pouvoir, purement et simplement. Dans le cas de M. Bouchard, j'ignore quelles ont été ses motivations...

Parfois, il a semblé sincère. Parfois, on aurait dit que c'est la motivation politique personnelle qui le poussait. Parfois, il avait des allures d'un homme jouant avec l'avenir d'un grand pays en se fondant sur le dernier affront perçu, venant d'Ottawa, certains de ces affronts, comme le souligne M. Pratte dans son ouvrage, tenant plus d'imaginations séparatistes que de la réalité.




Stephen Harper's style

Editorial
The Globe and Mail Monday, March 6, 2006

No one ever expected that power would turn Stephen Harper into a warm and cuddly soul. It's simply not in his nature. He holds babies at arm's length. He makes small talk with the stilted charm of an alien. His smiles often look pained. In a delicious moment last May, on a tour to endear himself to Canadians, he plunked himself down at a knee-high table, peered at finger-painting toddlers and, when they waved their tiny hands in his vicinity, muttered, "Don't touch me." Last January, at the end of the second English-language leaders debate, he gave up the pretense. "My strengths are not spin or passion," he told viewers. "I know that you know that. But my policies are clear and my intentions are straightforward." Fair enough.

Such cool control has engendered a novel, if politically risky, approach to governance. Although former prime minister Jean Chrétien did not often pop up before the cameras, he allowed his ministers to run their departments and freely speak their minds. His successor, Paul Martin, and his coterie of advisers anxiously backed up their public appearances with so-called talking points, putting their spin on almost every political event.

In startling contrast, Mr. Harper figures out his strategy, tersely communicates it and then marches off somewhere else. For two weeks after he appointed former Liberal David Emerson to cabinet and pitched the unelected Michael Fortier into the Senate, Mr. Harper was simply unavailable to answer questions as hotline callers ranted. Instead, he issued a blizzard of announcements, popped into the occasional photo op and gave a cursory speech in Nova Scotia. When his own press aide squawked about the strategy, Mr. Harper fired him. Finally, at what was billed as "media availability," the Prime Minister was dismissive of his critics. "I certainly was aware of the criticism that would be forthcoming," he virtually shrugged, explaining that he had made a calculated tradeoff to ensure a stronger cabinet. He added curtly: "I will be available whenever I have something to announce."

It is true that each prime minister must find his or her style. In Mr. Harper's case, sudden bonhomie would be alarming. But he should remember that journalists are really conduits between him and the public. He could do more to explain his approaches to Canadians. As well, he should remember his basic political texts. Astute prime ministers build a foundation of trust and familiarity so that voters will accord them the benefit of the doubt in dicey situations. As political strategist Robin Sears, a partner at Navigator Ltd., has warned, "If the only time you get seen is in a crisis that you don't own or control or in a transparently staged photo op, people's judgment is not likely to be very sympathetic when events force you to appear."

Events have cropped up quickly. A mere day after Alberta Premier Ralph Klein tabled proposals to allow individuals to pay for publicly funded health care, the Prime Minister was virtually forced to hold a news conference in the House of Commons lobby. Mr. Harper did not have much to say beyond the fact that Ottawa would study those proposals. But as the nation agonized over Alberta's apparent defection from medicare, he had to say it.

Somehow Mr. Harper will have to establish a better balance. U.S. President George W. Bush may not hold frequent press conferences -- though their frequency has increased as his political popularity has waned -- but his aides and advisers give almost daily briefings on events. So far, polls clearly indicate that Canadian voters have given Mr. Harper the benefit of the doubt. He is, after all, still figuring out the system, and how he wants it to work. He, in turn, could give them more credit. They just want to understand where the nation is headed.




Quebec Tories get orders to set up election troops in all 75 ridings

F. Abbas Rana, Mike De Souza, and Bea Vongdouangchanh
The Hill Times, March 6th, 2006

Senior Conservative organizers are developing a plan to win up to 50 seats in next election. Read on.

Quebec Conservatives are aiming to set up troops of 400 rank-and-file members in each of the province's 75 ridings in the coming months, with some speculating they could win as many as 50 seats in the next election.

Following their breakthrough in the Jan. 23 election which brought them 10 seats in Quebec, the Conservatives are already drawing up a new strategy that they hope could help them win a majority government the next time Canadians go to the polls.

"The ultimate goal is to have each constituency to raise enough money on itself to be able to finance its own campaign and not have to look to the central party," said Quebec Conservative Sen. David Angus (Alma, Qué.) chairman emeritus of the Conservative Fund, the financial arm of the Conservative Party and chairman of the Finance Committee for Quebec. "I've been around this game a long time and I worked with Mr. Diefenbaker in the 1958 election. We won 50 seats in Quebec [with the] same kind of situation. We started in 1957, when he got a minority just like Mr. Harper and we elected five people in 1957 and we came back the next year with another election and we got 50 seats."

Sen. Angus, who was appointed to the Senate in 1993 by then-Progressive Conservative prime minister Brian Mulroney, said the Tory's chief Quebec organizer, Pierre Coulombe, has given orders to riding associations to sign up at least 400 new members each.

The situation is a dramatic turn-around from years of single-digit popular support in Quebec, where the battle used to be a two-way fight between the Liberals and the Bloc Québécois.

But Conservative Senator Pierre Claude Nolin (De Salaberry, Qué.), also appointed in 1993 by Mr. Mulroney, said the party is reaping the benefits of a long-term plan hatched in the fall of 2004 to put an emphasis on open federalism. He said the Quebec wing managed to convince the rest of the party that their proposals represented an unavoidable element of building Conservative support across the country.

"Our plan included a reflection on what we, as Conservative Quebecers, wanted our party to offer to Quebecers, in general, as a priority," said Sen. Nolin. "So for us, the path went from the fall of 2004--a meeting in Quebec with 500 Quebec Conservatives, and then there was the national convention in Montreal, when most of our proposals were accepted by the whole party, and after that, the famous [Dec. 19, 2005] speech of Mr. Harper in Quebec City, which reiterated some of our proposals from the fall of 2004."

While the progress was gradual, by last December, Quebecers finally "had the appetite" to listen to the Conservative message, said Sen. Nolin. Even sovereigntists were buying into the Conservative message, because they ultimately want the federal and provincial governments to have a harmonious relationship, he added.

"What it all comes down to is that they want it to work," he said.

With support for the Conservatives continuing to rise in Quebec, Sen. Nolin said Mr. Coulombe is now working on a riding-by-riding analysis of election results, down to the polling station, in order to develop a new strategic plan in the coming months.

In the Montreal riding of Papineau, Sen. Nolin noted that there was only a 50 per cent turnout in the last election in allophone neighborhoods, while francophone areas of the riding, once a Liberal stronghold, saw a 75 per cent voter turnout. Former Liberal foreign affairs minister Pierre Pettigrew, lost the riding to Bloc Québécois candidate Vivian Barbot. Sen. Nolin said the Conservatives are hoping to find explanations for all those trends in each neighbourhood.

"To be able to give ourselves an efficient strategic plan, we will need to understand the nature of the electorate in each riding."

Sen. Nolin, a seasoned political operator, said Transport Minister, Lawrence Cannon (Pontiac, Qué.), also the political minister for Quebec, will play a key role in drafting the strategy.

But Industry Minister Maxime Bernier (Beauce, Qué.) said he isn't expecting to see a complex plan on the table in the next campaign.

"To win votes in Quebec and Canada, it's very simple," said Mr. Bernier in an interview. "We must do what we said we were going to do. Canadians are a bit turned off by politicians and for good reason. Some politicians promised things and didn't deliver on their promises. What we want to do is to achieve what we said."

Besides focusing on their five priorities, Mr. Bernier said his government would be particularly sensitive about respecting the separation of powers between the federal government and the provinces as defined in the Constitution.

"That's what we said to Quebec. Quebec is very sensitive about that. Other provinces are sensitive to that as well," he said. "So [we will respect] the jurisdictions in the Constitution when it was signed by the Fathers of Confederation in 1867. In that era, each level of government was fiscally autonomous, and there wasn't any infringements from one government versus another.

He criticized previous Liberal governments for failing to recognize the different levels of government in the country.

"In Canada, we are a federation, and too often in the past the Liberal government acted as if, here in Canada, we were a unitary state," he said. "This is important and I think Quebecers, Albertans and many other Canadians hope that the Constitution will be respected. If we do this, we will certainly win the support of Canadians in the next election campaign."

Mr. Bernier also acknowledged that his government had noted the importance of supporting key sectors such as the pharmaceutical and aeronautical industries in Quebec. But he stressed that his government would try to avoid policies that favoured one region over another.

"We must not forget that we are a national government--a Canadian government, and we must represent the general interests of all Canadians," he told The Hill Times.

But with some of the Conservatives openly boasting about boosting their seat count in Quebec, the Liberals, who now find themselves in third place in popular support in the province, are rolling their eyes.

"It's all pie in the sky," said Grit MP Jean Lapierre (Outremont, Qué.), who was former prime minister Paul Martin's (LaSalle-Émard, Qué.) Quebec lieutenant in the last election. "I don't know which organizer would be stupid enough to talk openly about strategy. I don't call that an organizer. First of all, they better start governing. Eventually, we'll get to an election, but it's really pompous and presumptuous to think that they can hold 20 seats at this time when they have not delivered a thing. So they should do their homework first."

Mr. Lapierre also said that nobody can predict what will happen, especially whether the Conservatives can win an extra 20 seats or what it would mean for the Liberals if they do.

"I hate to think about a political election that will happen two years down the road," he said following a Liberal caucus last week on Parliament Hill. "Nobody could've predicted the last result and nobody can predict what will happen in six months or a year, so let the people decide. These guys should be more modest than that."

For his part, Sen. Nolin agreed that some of his Conservative colleagues were jumping the gun with their optimistic seat projections.

"When people tell you things like that, ask them for the names of the ridings," he chuckled. "I read that in your newspaper, and it made me laugh a bit. All I can say is there's a trend upwards for us, and there's no doubt that in the ridings where we lost by a bit--let's say 3,000 [votes]--these are better ridings than the ones where we lost by more than 3,000."

The Roberval-Lac-Saint-Jean riding, won by Bloc House leader Michel Gauthier, falls into that category. Mr. Gauthier staved off a challenge from Conservative Ghislain Lavoie, winning by just over 3,000 votes in a region that is considered to be the heartland of Quebec's sovereigntist movement.

"I went there a few times during the election in that riding," said Sen. Nolin. "In the ridings of the Saguenay-Lac St Jean. We succeeded in winning one [in the election]. The next time, we will do what we must."

Sen. Nolin agreed that delivering the goods will be tied into the Conservatives chances at success in the next election. He admitted that resolving the fiscal imbalance would require a complex series of negotiations since it affects all the provinces and the territories, but he suggested that some in the population might be satisfied to see an honest effort from the government.

"What's important is an attitude of openness that Quebecers and Canadians all together recognize that the Conservatives intend to be real partners in the confederation," he said. "Not just the federal [government] on top and the provinces below, real partners. And that's a question of attitude. We will always have issues, we will always have problems, but we will solve them because our objective is to function in a reasonable way."




Le Québec, une passerelle


La Presse dimanche 5 mars 2006

Au delà du vieux rêve américain des Français qui a parfois peu à voir avec la réalité, la Belle Province peut facilement servir de passerelle naturelle, en français, vers la modernité américaine

(...) Il est intéressant de noter que la réintégration du Québec depuis De Gaulle dans un espace culturel et politique français dont il avait été évacué depuis deux siècles a créé pour la France des passerelles relativement à trois éléments de son passé encore pertinents aujourd'hui: la relation avec l'Ancien Régime, celle avec la Grande-Bretagne et celle avec l'Amérique.

Tout d'abord, le Québec constitue une société francophone qui s'est détachée de la France avant 1789 et qui n'a donc pas connu la Grande Révolution, juste ce qu'on a appelé dans les années 60 la Révolution tranquille, qui n'a pas eu le même impact. Préservée dans les glaces du nord de l'Amérique, on retrouve au Québec un peu de la vieille France d'Ancien Régime, avec laquelle la France révolutionnaire a jadis rompu de façon extrêmement brutale.

Par ailleurs, au plan historique, il est clair que le monde francophone a perdu son vieux combat contre le monde anglophone: c'est la Grande-Bretagne, et non la France, qui a accouché du mastodonte américain; c'est l'anglais, et non le français, qui se diffuse maintenant sur l'ensemble de la planète. Plus prosaïques, moins idéalistes, les Britanniques ont démontré une capacité d'adaptation au monde plus grande que les Français, leurs institutions politiques n'ayant pas tendance à s'effondrer au demi-siècle. De même, dans la gestion de la décolonisation, alors que la France s'est finalement repliée sur l'Hexagone, la Grande-Bretagne a laissé un héritage multiforme partout en Occident et même ailleurs, ce qui lui donne une série d'ancrages à partir desquels faire valoir ses intérêts.

Or, le fait que le Québec a été conquis et fécondé depuis longtemps par l'Angleterre, qui lui a légué certaines de ses caractéristiques, peut aider la France à affronter un des tabous les plus forts de son histoire: une défaite jamais vraiment assumée et qui rend difficile une amélioration de la relation avec le monde anglophone, alors que ce serait dans l'intérêt du pays de le faire, comme Talleyrand l'avait compris avant tout le monde. L'une des causes des échecs français contemporains réside dans cette incapacité à intégrer ce qu'il y a de meilleur de l'interface atlantique de la France. Cela ne veut pas dire s'incliner devant la Grande-Bretagne, les États-Unis ou le monde anglophone. L'idée est plutôt de se connecter davantage au réel, en tirant les leçons de défaites passées sur lesquelles on ne peut rien: l'on ne reviendra pas sur Waterloo, pas plus que les Québécois ne pourront jamais empêcher la bataille des plaines d'Abraham d'avoir eu lieu. Bien sûr, il n'est pas facile de tendre le rameau d'olivier à cette perfide Albion qui vient de chiper à Paris ses Jeux olympiques! Il faut parfois faire comme Talleyrand: semblant.

Aspects positifs

La dernière passerelle québécoise est la plus facile à emprunter pour la France, car elle ne comporte pratiquement que des aspects positifs. Cela tient au fait que le Québec est une vieille, une authentique société nord-américaine. Par exemple, des Français vont quelquefois s'étonner de ce qu'ils prennent pour du purisme linguistique, quand les Québécois prononcent le nom de la ville de Boston à la française, sans faire sonner le N final, comme dans Besançon. Or, cela n'a rien à voir avec le purisme linguistique. C'est plutôt que les Québécois connaissent et disent ce nom de Boston depuis toujours, la capitale de la Nouvelle-Angleterre faisant partie de leur univers physique et mental depuis des siècles. Au delà du vieux rêve américain des Français qui a parfois peu à voir avec la réalité, la Belle Province peut facilement servir de passerelle naturelle, en français, vers la modernité américaine. Les dizaines de milliers de touristes français qui visitent chaque année le Québec peuvent en témoigner.

Parce qu'il est écrit par un Québécois, cet essai illustre à sa façon cette passerelle à trois niveaux, faisant ressortir des éléments qui apparaîtront, je l'espère, pertinents à certains lecteurs français. Mais ces éléments leur sembleront aussi, parfois, étrangement archaïques, conservateurs, pragmatiques. Comme dans Ancien Régime. Comme dans Angleterre. Comme dans Amérique.




The second fall of Quebec Inc.:
Time for an untranquil revolution

Beryl P. Wajsman, president of the Institute for Public Affairs of Montreal.
Canadian Free Press Monday, March 6, 2006

"Democracy, the way we are practicing it, seems to be just gestation for the tyranny of the mediocre. "
~ Bertrand de Jouvenal

The economic and social construct known as Quebec Inc. is a structure of parallel pillars. Buttresses of centralized state control and intervention with four times the number of bureaucrats than the State of California serving a population one-fifth the size. The promise was that working in tandem they would secure a bright future for all Quebecers with transparency and equity away from the influence of those terrible English and "vendu" elites. Savings and benefits from economies of scale would be passed on to the people. Well, it hasn't quite worked out that way under the Charest government.

The economic triad of the Caisse, SGF and Investissements Québec has been pretty well marginalized since the first year of Charest's administration. He had, after all, promised to do just that. Get the state out of the business of business. It was a legitimate political and philosophical position. One that Margaret Thatcher and Keith Joseph accomplished with some success in Britain. But to take apart a government structure in place for so long required some foresight and planning. Unlike Thatcher and Joseph, the Charest team really didn't have a plan.

In Britain, the devolution of state economic involvement was done quite openly. When reporters asked Thatcher how she would accomplish it, she raised a copy of Friedrich Hayek's "The Constitution of Liberty", slammed it down on the table in front of her and said, "This is what we believe. This is what we will do." High drama and high accomplishment indeed. Here in Quebec, the manner was not quite so dramatic, nor the results so accomplished.

It was true that the economic instruments of Quebec Inc. had their problems.

But they also had many achievements. The last two years of the PQ administration saw Montreal surpass Toronto and Vancouver in total investment dollars precisely because foreign investors had state entities to partner with in a jurisdiction where not only the law, but the language, was foreign. The SGF, a singular target of the Charest Liberals because its Chairman and many of its group presidents had ties to the PQ, actually had two-thirds of its divisions solidly profitable and its Health division was responsible for a joint venture with Dutch-based DSM Biologics that resulted in Montreal having Canada's first drug-testing laboratory for humans. Some two hundred jobs were created in that venture alone.

The Caisse, Quebec's pension fund, did have several underperforming years, but then so did most mutual funds at the time Charest came to power. It is questionable whether it was necessary to order it to limit investments to conservative income rather than growth opportunities. Investissements Quebec, whose returns were not outstanding but which had created a significant number of jobs in small companies of under 50 employees where 80% of job creation came from, has been eviscerated.

So what do we have to show for the fall of the first pillar of Quebec Inc.? Nothing. Over 300 companies in the Caisse-SGF- Investissements Quebec world have had their book values written down to $0. Unlike Thatcher and Joseph who had lined up international investment syndicates to move into the government's shoes--but with limited government guarantees in place--Charest depended on a small circle of highly placed businessmen who assured him that investors would be found to fill in the gaps. Well, they haven't been found. The best intelligence from law firms specializing in foreign investment tells us that some 14 major international syndicates have closed down their plans to come into Quebec. Only some 10% of the 300 plus companies have found buyers, and tens of thousands of workers stand to lose their jobs. To add insult to injury, Montreal now ranks third to fourth, depending on the month, among large Canadian cities in total investment dollars. Pride goeth before the first fall of Quebec Inc.

But the past ten days has shown that, despite disagreement on the forced first fall of the economic pillar of Quebec Inc., the social pillar of Quebec Inc. may well deserve a forced second fall. This construct of agencies ranging from Hydro Quebec, the Auto Insurance Board (SAAQ), the Liquor Board (SAQ), and the gaming commission (Loto-Quebec), among others, has been riddled with malfeasance, misfeasance and nonfeasance.

Whether or not it is the proper role of government to even be involved in the control of liquor and gaming is an appropriate subject for another debate. But for now we're stuck with it in Quebec. In the past ten days we've been flooded with news out of SAQ of price-fixing; million dollar plus directors' expense accounts and large donations to Charest's Liberals from the members of the its board. Loto-Quebec, despite the objections of citizens groups and Quebec's own public health department, is moving ahead with plans to build a new casino complex in one of Montreal's poorest areas. Concerns have been raised on everything from increased gambling addiction among people without hope, to the disappearance of affordable housing due to development speculation. In fact, rumours abound that the only reason for moving the Casino is to satisfy certain businessmen with close ties to this administration.

The whole point of SAQ was to control liquor supply; stop price-gouging and provide wine and spirits to Quebecers at affordable prices. Whether or not the charges being thrown at SAQ are true, what is not contested is that 60-80% of the cost of a bottle at SAQ outlets goes to cover provincial taxes and SAQ fees. This is hardly the "citizen-friendly" anti-gouging agency it was meant to be. If Charest wants to be taken seriously about his plans for reforming Quebec Inc., perhaps he should start by privatizing SAQ. Prices couldn't get worse. They're lower in Ontario. But...ooops...I forgot. He won't do that. As of some 18 months SAQ's surpluses got siphoned off into the government's general accounts. So we won't be seeing many reforms any time soon.

Come to think of it, the same is true with Loto-Quebec. Next to Hydro, Quebec's biggest money-maker, it spends a measly 1% of its revenues on programs to combat gambling addiction. I guess nothing will stop that new Casino from going up.

The SAAQ was created to provide all Quebecers with $50,000 personal injury insurance coverage. It is obviously laughable, but we were assured that something was better than nothing. And Quebecers were promised that it would not mean more money after the first year for license and registration renewals. Well, SAAQ has just announced its third increase in six years, this time a whopping 10%.

Last, but not least by far, we end with Hydro-Quebec. This is the economic engine of the province. It gets to sell its power to New England states and by contract must service them even if Quebec is in brown-out. It's a money-maker year in and year out. But because its surpluses have also been taken into the general accounts, Quebecers just got a doozy of a rate increase of 5.4%. This is the fourth increase in two and one-half years. The total of these increases is 10.5%. Electricity rates are getting so high that Hydro had to institute special subsidy programs for poor people and the business community is concerned that new companies won't locate in Quebec because its energy rates are no longer that competitive.

What's particularly galling about the Hydro situation is that power was nationalized here in the early 60s because private suppliers were boosting rates so often that the poor couldn't afford heat in the winters and several dozen people froze in their beds each year. We may soon be seeing that again.

As a lawyer friend of mine pointed out recently the overriding irritant of three of these agencies of the "public welfare", Hydro, SAQ and SAAQ, is that their rate and price hikes are an indirect tax on the people. And since when does a government cede its taxing power to state agencies? In Hydro's case it only has to go before the Energy Board (Régie de l'énergie), make its case and gets the right to increase rates. No discussion in the National Assembly. No approval by elected officials.

As this friend pithily pointed out, "...it's taxation without representation..." And we all remember what happened in America in 1776 over that issue. A one-penny tea tax led to the Boston Tea Party, the Battle of Concord and the American Revolution. A great new nation was born.

Maybe it's time for us to become great. Anyone for a Revolution?




À propos de certaines réactions au jugement sur le kirpan

José Woehrling, Professeur à la faculté de droit de l'Université de Montréal
Le Devoir samedi 4 mars 2006

Le récent jugement de la Cour suprême sur le port du kirpan à l'école publique a provoqué de nombreuses réactions défavorables dans l'opinion publique. Celle-ci se demande ainsi s'il est bien logique de «sortir» les religions majoritaires de l'école publique (comme cela sera le cas pour l'enseignement confessionnel catholique et protestant à partir de 2008) et, en même temps, d'offrir des accommodements qui y font «entrer» les religions minoritaires (autorisation du port du kirpan et du hidjab, dispenses pour les fêtes religieuses, etc.).

Paradoxalement, semble-t-il, après avoir demandé l'abolition des pratiques majoritaires en invoquant leur liberté de religion, les minorités invoquent cette même liberté pour obtenir l'autorisation de leurs propres pratiques.

La réponse est que, dans le premier cas, il s'agit de manifestations religieuses imposées ou soutenues par les autorités publiques alors que, dans le second cas, il s'agit d'aménagements réclamés par des individus qui veulent pratiquer leur religion. Or, si l'obligation de neutralité religieuse (ou laïcité) s'impose aux autorités publiques, elle ne s'impose évidemment pas aux individus.

Pas des privilèges

On trouve également dans l'opinion publique l'idée voulant que les accommodements reconnus en matière religieuse constituent des «privilèges» injustement accordés aux minorités. Cependant, on méconnaît par là que l'accommodement est précisément une conséquence du droit à l'égalité compris comme le droit des minorités -- religieuses en l'espèce -- de maintenir leurs différences par rapport à la majorité en bénéficiant d'accommodements et d'adaptations à l'égard de normes neutres, applicables de façon uniforme à tous mais qui ont des effets préjudiciables sur la liberté religieuse de certains groupes.

Un traitement identique appliqué dans un contexte de pluralisme religieux risque d'avoir des conséquences oppressives et injustes parce qu'il oblige les minoritaires à s'aligner sur le modèle hégémonique de la majorité; il leur refuse la reconnaissance de leur identité propre.

Enfin, un autre argument souvent entendu veut que les accommodements réclamés par les minorités soient incompatibles avec les droits de la majorité et obligent celle-ci à modifier son mode de vie pour l'adapter à celui des minorités.

Lorsque les conduites et les manifestations religieuses en cause relèvent de l'initiative individuelle, ce reproche n'est d'habitude pas fondé car minoritaires et majoritaires ont alors des droits compatibles. Permettre le hidjab et le kirpan à l'école non seulement n'est pas incompatible avec le fait d'y permettre le port de la croix, mais l'un suppose l'autre à cause du principe de non-discrimination. Le port de leurs signes par les minoritaires n'a pas d'effet négatif sur le mode de vie de la majorité. Dans le cas du kirpan, les nombreuses conditions imposées pour en autoriser le port ont pour effet de le rendre inoffensif.

Par contre, lorsqu'il s'agit de décisions relevant de l'institution scolaire, comme les cours d'enseignement religieux ou les prières organisées par l'école elle-même, il peut effectivement y avoir conflit entre les droits de la majorité si celle-ci désire de tels arrangements et ceux de la minorité si cette dernière s'estime brimée par leur existence.

Sauf à considérer que les droits de la minorité sont suffisamment sauvegardés par l'existence d'un droit à la dispense, ce que les tribunaux canadiens ont refusé de faire dans le cas de l'enseignement confessionnel et des prières au début de la classe, il faut alors donner raison à l'une et tort à l'autre des deux positions. Pourtant, il n'est pas illogique ou illégitime d'estimer que, lorsque les minoritaires veulent la disparition des prières ou de l'enseignement confessionnel dont ils ont la liberté de s'absenter, ce sont eux qui font preuve d'intolérance en refusant les concessions souhaitables.

Pour prendre cet autre exemple, si minorité et majorité ne s'entendent pas sur la présence de symboles religieux placés sur les murs de l'école par la direction de celle-ci, aucune solution de compromis n'est possible. Dans de tels cas, la majorité devra effectivement changer ses habitudes pour s'ajuster à la minorité.

Néanmoins, on peut sans doute partir de l'idée selon laquelle, dans tous les cas où cela est possible, les accommodements devraient de préférence consister en des dispenses, exemptions et exceptions au profit des minoritaires plutôt qu'en des modifications structurelles du système en place pour la majorité. Si ce principe n'a pas été retenu pour les prières et l'enseignement confessionnel à l'école, il l'a par contre été pour la question des fêtes religieuses, les tribunaux ayant refusé la solution du réaménagement structurel du calendrier scolaire au profit du système des autorisations d'absence individuelles.

Au sujet de l'intégration

On adresse généralement deux sortes de critiques aux mesures d'accommodement adoptées, volontairement ou par obligation juridique, dans les institutions publiques et en particulier dans les écoles publiques, les unes étant reliées aux dangers qu'elles pourraient entraîner pour les droits individuels de certaines personnes membres d'une minorité, les autres portant sur les risques qu'elles feraient courir à l'intégration sociale des minorités.

Pour ce qui est de cette deuxième critique, on reproche à la politique favorisant la préservation et la transmission des cultures et des religions d'origine des minorités d'installer une mentalité de la division et une psychologie de la séparation, d'encourager et de valoriser l'appartenance à des sous-communautés plutôt qu'à la collectivité dans son ensemble, de favoriser la ghettoïsation des minorités et de légitimer le communautarisme.

Ces critiques semblent cependant exagérées. La politique de l'accommodement a essentiellement pour but de favoriser l'inclusion des minorités et des immigrants dans la société d'accueil, notamment en leur permettant de se soustraire aux normes qui entraînent une discrimination directe ou indirecte à leur endroit. La politique de l'accommodement et du pluralisme repose sur le pari voulant que la reconnaissance de la différence et les adaptations consenties aux minorités faciliteront, à moyen et à long terme, leur intégration harmonieuse dans la société, même si, à court terme, ces politiques peuvent avoir pour effet de souligner, voire d'exacerber, certains traits et comportements particuliers de ces groupes.

Ainsi, l'adaptation du calendrier scolaire aux fêtes religieuses des minorités et l'acceptation du port des signes religieux feront en sorte que les membres de ces minorités se sentiront plus à l'aise dans l'enseignement public et choisiront plus volontiers d'y envoyer leurs enfants et d'y participer en tant que parents d'élèves plutôt que de faire appel à des établissements d'enseignement privés.

Un statut qui n'est pas imposé

La seconde critique dirigée contre les mesures d'accommodement raisonnable porte sur les dangers qu'elle est susceptible de faire courir aux droits individuels des membres des groupes minoritaires. Pour préciser la portée de cette critique, il faut insister sur le fait que, sur le plan juridique, l'accommodement raisonnable conduit à un statut distinct qui n'est jamais imposé aux membres des minorités. Ceux-ci peuvent toujours choisir d'obéir aux lois générales et de ne pas réclamer le droit à l'exemption. Ils peuvent donc décider de rompre avec leur religion et leur culture pour rejoindre le groupe majoritaire.

Autrement dit, l'appartenance à la minorité et le régime distinct qui l'accompagne ne sont jamais subis; il doivent toujours être désirés.

Cependant, il est vrai que, sur un plan sociologique, on peut craindre que les mesures de préservation des cultures d'origine n'empêchent -- ou du moins ne retardent -- la «modernisation» des communautés immigrantes, c'est-à-dire l'adoption par celles-ci des valeurs individualistes, libérales, rationalistes et séculières qui constituent le propre des sociétés démocratiques et libérales avancées. L'accommodement raisonnable pourrait donc favoriser le maintien, au sein de ces collectivités, des valeurs communautaires et des pratiques traditionnelles, dont certaines limitent l'autonomie de leurs membres et l'accès de ceux-ci aux options qu'offre la société plus large.

Ce reproche s'applique particulièrement aux mesures qui autorisent ou favorisent les pratiques de certaines religions traditionnelles dans la mesure où celles-ci véhiculent une conception du monde conservatrice, théocratique, souvent autoritaire et patriarcale. L'exemple par excellence est évidemment celui des pratiques religieuses et culturelles qui assignent aux femmes un statut subordonné, par exemple le port du hidjab. Or le fait que le hidjab soit accepté, au nom de l'accommodement raisonnable, dans l'espace public, par exemple dans les écoles, facilite le maintien de cette pratique dans le cadre familial et communautaire.

S'il est vrai que rien n'oblige juridiquement les femmes à porter le voile, le fait qu'il soit autorisé à l'école permet aux familles d'exercer une pression morale et sociale sur les jeunes filles pour les forcer à le porter contre leur gré. C'est un tel raisonnement qui a été utilisé en France en 2004 pour justifier la loi interdisant les signes d'appartenance religieuse dans les écoles publiques.

Cependant, pour conserver cet exemple, l'interdiction du hidjab risque d'entraîner une crispation chez les parents musulmans. Il est somme toute préférable que les jeunes musulmanes fréquentent l'école publique en portant le voile plutôt que de rester enfermées chez elles ou d'être envoyées dans une école religieuse privée. En suscitant chez une collectivité minoritaire la crainte de perdre son identité, on accroît les risques de la voir succomber à la tentation du fondamentalisme et de l'intégrisme pour se défendre contre ce qu'elle percevra alors comme une pression assimilationniste.

Il vaut sans doute mieux accepter les pratiques traditionnelles, du moins celles qui ne sont pas dangereuses pour l'intégrité physique et psychologique des personnes, en espérant qu'elles permettront aux membres des minorités, tout en conservant le soutien de leur milieu d'origine, d'amorcer leur intégration dans le milieu plus large de la société d'accueil.




La religion multiculturelle contre la démocratie

Mathieu Bock-Côté, Candidat à la maîtrise en sociologie, Université du Québec à Montréal
Le Devoir lundi 6 mars 2006

C'est un autre symptôme de notre impuissance politique. La Cour suprême du Canada, désormais gardienne officielle de la foi multiculturaliste, vient d'autoriser le port du kirpan à l'école, malgré les désirs d'une société québécoise presque unanimement contre.

Il suffisait d'écouter les tribunes téléphoniques, après l'annonce du jugement, pour bien sentir l'indignation publique : il semble bien qu'un seuil, dans l'imaginaire populaire, soit désormais franchi. Un peu comme si le sentiment de dépossession démocratique, qui se diffuse dans la plupart des sociétés occidentales trouvait autour de cette question une occasion très nette de se manifester.

De quelle manière considérer cette décision ? Il n'est probablement plus nécessaire de démontrer que la montée d'un pouvoir judiciaire perverti est de plus en plus objectivement contraire aux idéaux démocratiques dans nos sociétés, et spécialement dans la canadienne, ravagée idéologiquement par un chartisme qui accélère la désagrégation du pays sous la poussée des revendications identitaires.

Certainement, cette dimension est centrale, mais ne devrait-on pas pousser la critique plus loin, et bien voir de quelle manière cette décision, qui n'est pas contraire à la tendance lourde d'un certain progressisme identitaire qui se manifeste dans toutes les sociétés occidentales, annonce en fait certains problèmes fondamentaux auxquels elles ne pourront se soustraire, du moins, si elles n'entendent pas dévoyer une fois pour toutes l'idéal national et démocratique qui les fonde ?

La société des identités

La sociologie contemporaine s'intéresse de plus en plus au déploiement de la société des identités, cette communauté politique qui consent presque officiellement à sa propre dissolution tant elle peine à se reconnaître comme monde commun. Nos sociétés, et la québécoise, là-dessus, est peut-être en «avance» sur les autres, ne savent plus dire non, d'aucune manière, à toutes les revendications qui sont investies dans leur espace public, même lorsqu'elles sont explicitement contraires aux principes qui les fondent.

Plus rien n'est incompatible, ont dit pendant deux décennies nos élites cosmopolites et mondialisées, prises de peur à l'idée de ne pas paraître intégralement modernes. Elles avaient évidemment tort. À grande échelle, l'affaire des caricatures, dans les pays d'Europe, en aura donné l'exemple. Il n'est pas interdit de penser que l'affaire du kirpan relève, à l'échelle microscopique, de la même logique, que les deux phénomènes appartiennent à la même vague qui déferle idéologiquement sur l'Occident.

Le multiculturalisme est une dérive

Certains parlent des dérives du multiculturalisme. On commence enfin à comprendre que c'est le multiculturalisme lui-même qui est une dérive, d'abord selon l'idéal national, ensuite selon l'idéal démocratique, qui pratiquement, aujourd'hui, en sont venus à se confondre. Le journaliste français Éric Conan, dans un récent essai, parlait du devoir de ressemblance qui interpelle tous les membres d'une communauté politique. C'est probablement l'intuition féconde de notre époque. Non pas qu'il faille se fermer à toutes les différences, qui serait assez nigaud pour l'avancer ? Mais il faut cesser de penser qu'il faut s'ouvrir à toutes, inconsidérément, et qu'une société, pour être légitime, doit se convertir une fois pour toutes au pluralisme identitaire.

Toutes les différences ne sont pas possibles dans une communauté politique démocratique. Certaines contradictions sont de plus en plus manifestes, criantes, et il manque d'hommes politiques et d'intellectuels pour les exprimer dans le débat public. Entre le droit des femmes et certaines coutumes religieuses, comme on l'a vu récemment avec le problème des tribunaux islamiques en Ontario. Entre le droit des peuples à la préservation de leur identité nationale et un certain multiculturalisme qui prêche l'ouverture à toutes les différences sauf celles du majoritaire, spécialement d'une majorité nationale à l'occidentale, toujours suspecte de toutes les dérives, qu'elle soit américaine, française ou québécoise.

La France, avec sa courageuse et nécessaire Loi sur la laïcité, a probablement donné l'exemple, à partir de ses propres problèmes et de sa tradition spécifique, des mesures à prendre, dans l'avenir, pour restaurer la cohésion collective dans le domaine public. Car, de plus en plus, ce sera la question qui s'imposera à toutes les sociétés occidentales qui se disent évoluées : doivent-elles s'avancer plus loin dans la reconnaissance de toutes les différences qu'elles croient regrouper, ou doivent-elles plutôt chercher à mettre en avant ce qui les unit, ce qui leur donne une vraie cohésion collective.

Si elles font ce dernier choix, elles apprendront vite que des principes de droit ne sont pas suffisants, et elles devront fatalement se tourner vers la nation majoritaire sur laquelle elles sont fondées pour se rassembler substantiellement autour d'elle, en y trouvant de nombreuses raisons communes : ce qui ne sera pas sans conséquences très réelles pour un ensemble de domaines de la vie collective et pour la manière d'envisager leur avenir.

Une prise de conscience à faire

Il faut en appeler au plus vite à cette prise de conscience des vrais démocrates occidentaux, au Québec comme ailleurs, qui ne confondent plus le degré élevé d'ouverture dont une société libérale est capable avec le consentement résigné à certaines perspectives qui ne peuvent pas, malgré toutes les contorsions idéologiques possibles, s'y reconnaître.

Mais c'est surtout avec un certain terrorisme idéologique qu'il faut rompre, qui accuse nos sociétés de racisme, de xénophobie, dès qu'elles manifestent quelque velléité d'affirmation collective. C'est vrai sur la question du kirpan, où les accusations de racisme n'étaient jamais très loin de ceux qui considéraient les préoccupations populaires comme la simple expression d'un populisme malsain, peu évolué, et certainement contraire à la religion différentialiste des nouveaux curés progressistes qui ont toute la place dans le débat public. D'une certaine manière, cette décision de la Cour suprême, regrettable pour de nombreuses raisons, révèle au moins la brèche de plus en plus évidente entre nos institutions communes, malheureusement détournées de leurs finalités, et un peuple qui ne sait plus comment vraiment manifester ses désirs et ses préférences démocratiques.

On nous dira que notre avis n'est pas légitime, qu'il manifeste une mauvaise intention rétrograde qui voudrait «refermer notre société sur elle-même». Qu'importe. À tout le moins peut-on sérieusement avouer qu'il faudra déboulonner les totems pluralistes de la nouvelle religion multiculturelle.

Souhaitons qu'ils soient de plus en plus nombreux à choisir la démocratie plutôt qu'un pouvoir judiciaire détourné de ses finalités, et surtout, à ne plus avoir honte de plaider pour la cohésion nationale et sociale de nos démocraties. C'est probablement la priorité politique et idéologique des années à venir.




Kirpan: la disposition dérogatoire?

Raymond Turenne
Le Devoir samedi 4 mars 2006

Lettres: Vox populi, vox dei. Voilà un énoncé qui échappe toujours à la Cour suprême dans l'exercice de ses fonctions. Tel que mentionné par des représentants de la religion sikhe à la suite du jugement, le port du kirpan n'est pas obligatoire et a une valeur symbolique égale à celle d'une médaille scapulaire ou d'un crucifix. Alors, pourquoi la cour a-t-elle accordé plus d'importance à ce symbole que ne le fait cette religion, au point de renverser une décision unanime de la Cour d'appel du Québec et d'aller à l'encontre de l'opinion très majoritaire de la population du Québec et du Canada?

À l'instar de ce Canada dysfonctionnel et déconnecté de sa propre Constitution, il n'est pas surprenant que la Cour suprême ait rendu un jugement qui démontre clairement que ce bras judiciaire ne répond qu'à des impératifs politiques alors que ses membres ne sont ni élus ni redevables envers la population pour les erreurs de jugement qu'ils peuvent commettre.

Le gouvernement du Québec aura-t-il le courage d'utiliser la disposition dérogatoire afin de corriger cette bavure ? S'il ne le fait pas, il fera preuve lui aussi d'un profond laxisme et d'une insouciance des valeurs démocratiques et de ses institutions.




Une arme à deux tranchants

Denise Bombardier
Le Devoir samedi 4 mars 2006

La Cour suprême, contrairement à ce qu'on pense, n'a pas tranché dans l'affaire du kirpan: elle a plutôt glissé sur la pente savonneuse de la rectitude politique. Et, ce faisant, elle nous oblige à nous interroger sur les limites du droit, ses accommodements et ses conséquences sur l'avenir collectif. À moins que l'avenir collectif ne se transforme en une addition d'avenirs individuels, ce qui est bien l'esprit du jugement des honorables.

D'abord, il apparaît que la société est avant tout aux prises avec les exigences de religieux fondamentalistes. En effet, il faut noter que seulement 10 à 20 % de sikhs revendiquent leur identité religieuse à travers ces symboles, de même que ce sont des islamistes qui réclamaient l'imposition de la charia en Ontario, eux qui sont les adorateurs de notre Charte des droits. Eux et leurs avocats prospères. Comme ce sont des ultrareligieux juifs qui ont mené le combat pour la souccah et l'érouv.

Dans le cas des sikhs et du poignard, il sera difficile de faire comprendre aux gens de bonne volonté qu'on peut porter un couteau de 12, voire de 20 centimètres à l'école mais pas dans une cour de justice, en prison ou en avion. Or cela ne saura tarder dès lors qu'un condamné ou un voyageur sikh se présentera devant les tribunaux ou se retrouvera derrière les barreaux. Ceux qui estiment qu'il faut éviter de défendre une position absolue et être pragmatique seront à même d'évaluer les conséquences à long terme de cette supposée souplesse. Quel sera l'argument juridique pour interdire le poignard dans une cour de justice alors qu'on le permet à l'école ? Qui peut répondre à pareille question ? Si le poignard est un signe religieux, il devient un objet sacré autour duquel aucune restriction ne peut être appliquée.

En fait, nous sommes dans le déni, pour ne pas dire le délire. Les tribunaux marchent sur des oeufs, les politiciens retrouvent (facilement) la langue de bois et les compréhensifs jusqu'à plus soif brandissent le spectre de l'exclusion et du racisme envers ceux qui ne sont pas «nous», ce «nous» haïssable, menaçant et intolérant qu'on appelle la majorité silencieuse. Comme nous n'en sommes pas à une culpabilisation près au Québec, on nous apprenait jeudi que le jeune sikh au coeur de cette affaire n'a pas attendu la décision des tribunaux et fréquente désormais une école privée anglophone moins ostracisante. Il porte un poignard mais ne parle plus le français. Et vlan !

La faiblesse du jugement de la Cour suprême repose également sur le fait qu'elle est incapable de se prononcer sur un principe. Oui, le jeune peut porter le kirpan parce que celui-ci repose dans un étui et que le garçon n'a pas de comportement jugé agressif. Des honorables juges, on est en droit de s'attendre à une largeur de vue, à une position de hauteur, pas à un jugement par le petit bout de la lorgnette. La cour ne s'appelle pas «suprême» sans motif.

Mais une des grandes inquiétudes devant ces accommodements juridiques concerne la réaction populaire. À ce jour, il ne semble pas y avoir suffisamment de nuances dans l'application des droits individuels eu égard aux droits collectifs. En d'autres termes, il faut à tout prix éviter que ne s'insinue dans l'esprit des gens le sentiment confus que les droits de l'un ne s'arrêtent pas aux droits des autres. L'équilibre social est une construction fragile, et l'apparence de coups de force risque de déstabiliser cette construction. Avec quels arguments peut-on convaincre les gens du bien-fondé de l'interdiction de réciter une prière avant la classe ou avant les travaux d'un conseil municipal alors qu'on permet à un enfant de porter une arme, à ses yeux un symbole religieux ? Une photo d'un poignard ferait l'affaire, d'autant plus que l'homme moderne se distingue de l'homme primitif par sa capacité à symboliser les choses. Le cannibalisme est loin de nous et, pourtant, les catholiques mangent le corps du Christ et boivent son sang en communiant de l'hostie et en buvant le vin.

Ceux qui appuient la décision de la Cour suprême le font au nom du pragmatisme et misent sur la force d'attraction de la société d'accueil dont ils vantent souvent le multiculturalisme. Nous croyons plutôt que la vertu est l'ennemi du bien et qu'on ne peut pas pratiquer une tolérance à sens unique. Notons à cet égard que les sikhs qui se sont présentés cette semaine à la Cour suprême ont été autorisés à ne pas se soumettre au système de sécurité à travers lequel passent tous les visiteurs. Ils ont donc pu conserver leurs poignards à l'intérieur de ce lieu hautement symbolique même s'ils n'ont pas été présents dans la cour elle-même. Il ne faudrait pas se retrouver un jour confronté à la négation par des lobbys d'individus de l'existence même de ce qu'on nomme les droits collectifs. Adieu la société, bienvenue l'individu...

denbombardier@videotron.ca




Un débat qui en cache d'autres

Michel Wieviorka, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris.
La Presse samedi 4 mars 2006

L'affaire des caricatures n'a finalement rien à voir avec la thèse du "choc" des civilisations"

Les caricatures danoises ont suscité d'intenses et parfois violentes mobilisations, ainsi que d'innombrables débats qui traduisent un renouvellement de nos catégories les plus générales, celles qui servent à penser le monde aujourd'hui.

Deux conceptions de la modernité se sont en effet révélées en Occident, distinctes et opposées, sans qu'on puisse les lire à l'aune des clivages politiques classiques, du type: gauche/droite. L'une, héritée des Lumières, et trouvant parfois des accents libertaires, plaide pour la liberté d'expression, sans limites; elle ne veut entendre parler que de valeurs universelles, de droit, de raison, elle n'est pas éloignée de reprendre au sujet de l'islam la célèbre formule de Voltaire, qui parlait, à propos de l'Église catholique d' " écraser l'infâme ". Elle est en tous cas portée par des courants partisans d'une grande fermeté vis-à-vis de l'islamisme, mais aussi, au-delà, de l'islam. Et elle comporte une charge de racisme ou de xénophobie- au plus loin, alors, des idéaux émancipateurs des Lumières: les caricatures ont obtenu une partie de leur succès ou de leurs appuis dans quelques pays occidentaux non pour leurs qualités intrinsèques, mais parce qu'elles disqualifient les musulmans issus de l'immigration.

L'autre approche met en avant le respect des convictions et de la foi et demande qu'on articule le droit et la raison, d'un côté, et d'un autre côté la reconnaissance des identités, en l'occurrence religieuse, y compris dans l'espace public. Elle revêt l'allure de l'humanisme et reconnaît l'altérité, elle procède d'une modernité ouverte. Mais elle s'accorde parfois avec des positions anti-modernes, à la limite réactionnaires, s'efforçant de défendre la religion contre le progressisme et l'universalisme abstrait.

Ombre et lumière

Ces deux approches présentent donc chacune une face de lumière, et une d'ombre. Et dans les deux cas, la question posée n'est pas seulement celle de l'islamisme guerrier, mais celle de l'islam, en général, et à la fois ici, en Occident, et là-bas, en terre musulmane. La caricature la plus décriée n'est-elle pas précisément celle qui représente le prophète Mahomet sous l'aspect du terrorisme, et qui choque précisément parce qu'elle en donne une image, mais aussi parce qu'elle assimilerait tout l'Islam à la violence extrême, islamiste, de Ben Laden?

L'islam est présent dans bien des sociétés occidentales, ce n'est pas seulement la religion d'un bloc qui leur serait exclusivement extérieur, et tout ce qui en fait un enjeu géopolitique majeur doit aussi être examiné sous l'angle de la vie intérieure de ces sociétés. Il y a là une raison fondamentale pour ne pas voir dans les événements actuels une étape nouvelle dans le processus qui mènerait au " choc des civilisations ": l'islam est désormais dans la modernité, il ne peut constituer pour elle un défi purement externe.

Pour les tenants de l'universalisme de la raison et du droit, l'essentiel est que l'islam accepte leur conception de la liberté d'expression, sans restrictions, du moins en Occident, et qu'il se transforme et se démocratise, là où il est majoritaire; s'ils se radicalisent, ce n'est pas dans la perspective d'un " choc des civilisations ", mais dans celle de tensions internes qu'ils exacerbent, national-populistes, racistes et xénophobes à l'encontre des immigrés. Et pour les partisans d'une modernité ouverte à l'altérité, l'essentiel est d'assurer la coexistence des différences, au sein de leur société comme dans les relations internationales, au plus loin de la recherche du " choc des civilisations ".

Traduisant des problèmes et des inquiétudes internes à certaines sociétés occidentales, le débat qui s'y est ainsi ouvert n'entre assurément pas dans les catégories de la célèbre thèse de Samuel Huntington. Quant aux diverses violences et menaces en terre d'islam, elles reposent sur une forte indignation- mais ne présentent en elle-même rien de civilisationnel. Et elles sont possibles parce qu'elles sont orchestrées, manipulées ou instrumentalisées par des pouvoirs dictatoriaux. Rien d'un choc des civilisations, là non plus.