SUR LA BANQUISE

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

Chiens, chats - pure race et croisés
salon de beauté canine
tonte et toilettage pour chiens et chats - méthode douce sans médication
services professionnels
services personnalisés
service à domicile
clinique vétérinaire mobile
pensions pour chats et oiseaux
services d’hôtel - vétérinaire sur place
station thermale
garderie
dressage
cours d’obéissance
spécialistes certifiés en comportement canin
éducation canine pour chiots et adultes
service de cueillette et de livraison
tout pour l’animal urbain
restaurants pour chiens et leurs gardiens
recettes pour chiens et chats
biscuits santé faits maison
parfums, peluches, gâteaux d’anniversaire
vêtements et costumes
nutrition holistique
détartrage préventif et esthétique
colliers lumineux
crémations, cercueils, cimetières d’animaux

choyés
les animaux de compagnie.
Pas étonnant que la chasse aux phoques
soulève une telle indignation
chez les célébrités.

Après Paul,
Brigitte.
Amélioration des conditions d’élevage des poulets,
consommation de viande de chiens et de chats en Corée du Sud,
depuis trente ans,
la sympathisante du Front National
laquelle ayant, par absence d’instinct maternel,
abandonné au père
la garde de son unique enfant,
se porte à la défense des droits des animaux.

Le massacre des phoques,
les chenils insalubres,
ne laissent personne indifférents.

Toutefois,
tel que le soulève la sénatrice, Céline Hervieux-Payette,
en Irak
chaque jour
meurent des gens.
D’autres, à la suite de tirs
des soldats de la libération,
d’insurgés,
d’attentats à la voiture piégée,
leur survivent
estropiés, brûlés, sourds, seuls, défigurés.

Les civils irakiens
n’éclaboussent pas la neige de leur sang.
Ils laissent derrière eux
une flaque rouge, une chaussure,
un véhicule calciné, un corps recouvert d’un drap blanc.
La guerre préventive de Bush
est une guerre propre.
Une guerre pour la démocratie.

Ailleurs, dans l’état américain de l’Afghanistan,
les soldats canadiens
font la chasse aux Talibans.
Une mission de guerre
pour la paix.

Mohammad Ashsraf,
isamaélien afghan établi à Montréal,
accueille favorablement
la présence de militaires dans son pays.
« Tout le monde en Afghanistan possède une arme.
Il existe différents groupes hostiles les uns aux autres.
Sans la présence de soldats
ce serait le chaos. »
Mohammad ne compte pas retourner là-bas.
« Les enseignants sont partis.
Je veux une bonne éducation pour mes enfants.
Je veux la tranquillité. »

Mais la guerre du mensonge
que livrent les soldats canadiens
n’est pas celle des Québécois.
Nous n’avons pas à l’endosser.

La traque aux terroristes,
les tueries, les emprisonnements, les tortures,
les dommages collatéraux,
ne peuvent qu’alimenter la haine.

Le jour où,
en guise de représailles,
une bombe
éclatera dans le métro de Montréal,
comme les Espagnols,
sans Paul ni Brigitte,
nous pleurerons
les morts
de l’or noir.




Réécrire l'Histoire

François-Pierre Gauvin, Doctorant, Université McMaster
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

J'ai été estomaqué de lire la chronique d'Alain Dubuc dans La Presse du vendredi 17 mars 2006. Son article, ayant pour titre « Le discours inaugural réécrit », traficote le discours prononcé mardi dernier par Jean Charest afin de « donner une cohérence » et « une énergie » que le discours original n'avait pas. Se disant « animé d'un esprit constructif », Alain Dubuc conclut que le nouveau discours qu'il a manipulé « se tient parfaitement » et « il en ressort une ligne directrice évidente, celle de la prospérité et de la richesse ». Il en conclut même que le discours traficoté représente « probablement » la pensée de Jean Charest.

Cet exercice « stylistique » et de « recherche de sens » faite par Alain Dubuc rappelle le travail du ministère de la Vérité décrit par George Orwell dans son ouvrage 1984. Le mandat du ministère de la Vérité était alors de contrôler l'information et de rectifier les faits historiques en modifiant les articles de journaux afin de les rendre conformes à la vision officielle du Parti.

Sous prétexte de réaliser un exercice de style et de recherche de sens, Alain Dubuc reconstruit le discours du premier ministre afin de rebâtir la crédibilité du gouvernement libéral de Jean Charest. Alain Dubuc tente par tous les moyens de trouver une signification à un discours vide de sens qui a d'ailleurs été critiqué par bon nombre d'analystes politiques. Toute comme les employés du ministère de la Vérité, Alain Dubuc rectifie la réalité afin de la rendre conforme aux préférences, aux attentes et aux besoins du parti au pouvoir.




55 % : exemple de la Jamaïque...

Nicolas Gignac, Coopérant Québécois en mission en Jamaïque.
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

J'aimerais juste vous mettre au courant d'un cas trop intéressant qui peut agrémenter la discussion de la majorité du 55 % au Monténégro. Je crois que vous devriez vous attarder au meilleur exemple qui existe, soit la Jamaïque, un pays membre du Commonwealth, comme le Canada. Comme je suis installé en Jamaïque depuis plus d'un an, je peux vous rappeler certains faits très intéressants de son histoire qui pourrait inspirer le cas du Québec au sein du Canada.

En 1958, dans les Caraïbes une nouvelle fédération (West Indies) inspirée de celle du Canada voyait le jour, la Jamaïque en était une province. Elles unissaient les îles colonisées par les Britanniques dans les Caraïbes (Barbade, Jamaïque, Trinidad, ...). Par contre, certains Jamaïcains resteront quelque peu insatisfaits de leur traitement au sein de cette fédération. Pour canaliser ce ras-le-bol en Jamaïque, le chef de l'opposition de la Jamaïque (Bustamante) demande en 1961 au Premier Ministre de la Jamaïque (Manley) de faire l'indépendance (c'est comme si Boislair exigeait à Charest de tenir un référendum et qu'il acceptait). Ce dernier flanchera face à cette pression et tiendra un référendum qui se solda par une victoire du Oui à 54 % (tout près du 55 %). L'indépendance deviendra ensuite qu'une formalité et la Jamaïque, telle que nous la connaissons aujourd'hui, sera reconnue comme pays indépendant plutôt rapidement par la Grande Bretagne et Bustamante sera élevé comme héros National et décorée en Grande Bretagne par la Reine de l'époque...

En fait, cet exemple historique d'un pays du Commonwealth démontre que la « nouvelle » règle arbitraire du 55% (Monténégro) qui ne s'est pas appliquée à la Jamaïque ne peut non plus devenir une norme dans le même contexte du Commonwealth (Canada, Québec). En somme, je crois que le Québec et le Canada (surtout les Canadiens-fédéralistes purs et durs comme Stéphane Dion) peuvent aisément s'inspirer de ce cas pour appliquer la majorité du 50 % + 1 et ce, en citant cet exemple d'une ancienne colonie britannique membre du Commonwealth, comme le Canada. Fait à noter, après l'indépendance, la société jamaïcaine restera très divisée (non pas au niveau de l'indépendance ou non, mais bien entre elle dans d'autres dossiers, comme les relations tendues entre les différentes classes sociales). Sur cette base, il faudra vraiment, si le Québec choisit un jour l'indépendance de la construire ensemble (souverainiste, fédéraliste, néo-Québécois, anglo-Québécois, autochtone, .) et non rester divisé/partitionné à jamais ensuite...Les perdants devront être de "bons joueurs".

Pour plus d'information :
http://en.wikipedia.org/wiki/West_Indies_Federation
http://www.discoverjamaica.com/govpol.htm
http://en.wikipedia.org/wiki/Jamaica




La dette du Québec, le ministre Audet et la privatisation des sociétés d’État!

Jacques Bergeron
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

Le ministre Audet (Jean Charest, et même Yves Séguin, voir article d’aujourd’hui sur Vigile et publié aussi dans le journal de Montréal du 18 mars) nous rabâche les oreilles depuis quelques semaines avec le supposé déficit du gouvernement qui se situerait à 117 milliards de dollars, canadiens bien sûr, afin de nous faire accepter la vente, ne serait-ce que partielle, de l'Hydro/Québec, un fleuron de notre économie très envié par les sbires/capitalistes du Parti libéral du Québec, ces sangsues de la santé économique et sociale de notre état.

En fouillant dans mes dossiers, j'ai retrouvé cet article (du Soleil et publié sur Vigile) du vérificateur général du Québec daté du 13 décembre dernier sous le titre de «La comptabilité du gouvernement Charest contestée» dans lequel celui-ci démontre que la dette du Québec se situe à 103 milliards$, et non pas à 117 milliards$ telle que définie par le ministre des finances du Québec, M.Michel Audet appuyé dans ses mensonges par la presque totalité des journaux ennemis du Québec et les commentateurs de la chose politique et financière .

De deux choses l'une: le vérificateur général trompe la population par sa déclaratio et son rapport, ou le ministre des finances Michel Audet sait et ment à la population afin de lui faire avaler la privatisation de notre société d'état au profit de ses amis du néolibéralisme.

Comme je me méfie comme la peste des gouvernements et des hommes qui veulent vendre leur salade mensongère à la «vinaigrette épicée à la sauce fédéraliste», et disons-le tout de go, que j’ai beaucoup plus confiance dans les hommes indépendants comme le «Vérificateur général du Québec», je souhaiterais que l’on republie l’article du soleil du 13 décembre dernier, sur «La comptabilité gouvernementale» contestée par le «Vérificateur général du Québec».

En ce faisant on permettrait aux payeurs de taxes que nous sommes, de voir où se situe la vérité, et de découvrir les objectifs véhiculés par le ministre des finances et ceux de son gouvernement.

J'ai «vaguement» l'impression que ce même ministre tentera lors de la présentation de son budget, dans la veine des privatisations gouvernementales en fonction des amis du pouvoir et des capitalistes à toutes les sauces de l’assujettissement, en autant qu’il existe des profits au bout de la route de l’avilissement, le ministre tentera dis-je, de nous convaincre de l’utilité de la vente de la «SAQ» cette autre société d’État, afin de renflouer les coffres du gouvernement.

Et il y a des Québécois qui le suivront dans son pèlerinage capitaliste/néolibéral visant à déposséder le peuple afin de plaire à ses amis et à ceux du gouvernement Charest et du parti libéral du Québec et des partis politiques conservateurs, dont le chef du gouvernement est issu.

Disons que sa démarche, toute mièvre qu'elle soit, n'atteint pas tous les Québécois, loin de là, comme on peut le voir par ma réaction toute imprégnée de colère devant sa trahison et celle de nos dirigeants politiques présentement à la gouverne de l’État du Québec..

Il faut donc éviter de donner carte blanche à cet individu, et au présent gouvernement qui gouvernera «sic» le Québec pour un certain temps encore. Souhaitons que la fin de son mandat ne soit pas plus difficile à endurer que la douleur que nous avons à le supporter depuis maintenant trois années.

En ce début d’une 4ème année du gouvernement de Jean Charest, prenons la résolution de surveiller dans ses moindres gestes ce disciple de Stephen Harper, très dangereux pour la société sociale-démocrate que nous nous sommes donnée depuis 40 ans.

Ne la laissons pas détruire par cet individu et ce gouvernement qui n'ont qu'un intérêt très «mitigé», vraiment très mitigé, pour le bon peuple du Québec et ses acquis sociaux en lui démontrant notre désaccord par des manifestations publiques et populaires si ce gouvernement devait persiste dans sa démarche imprégnée des pires excès du capitalisme néolibéral..




Pourquoi un appel d'offre est-il nécessaire?

Joseph Berbery
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

L'ampleur du contrat et le respect des règles établies suffiraient à clore le débat. De plus, contrairement à ce qu’on pourrait être tenté de croire, l'identité du joueur, Bombardier, plaide encore davantage pour l’extrême nécessité d’un appel d'offres.

En effet, Bombardier est l'entreprise qui a le plus profité des largesses gouvernementales, québécoises et fédérales confondues. La pratique du chantage est chose courante dans cette entreprise pour arriver à ses fins.

a) Cette fois-ci, c’est une menace de mises à pied.

b) Pour la construction des avions de la série C, rebelote. C’était une menace de délocalisation si les employés n’acceptaient pas de faire des concessions majeures. Une fois les concessions obtenues, le projet a été gelé.

c) N’oublions surtout pas que le même Bombardier n’a pas hésité à brandir carrément l’arme de la fermeture lors du référendum.

Alors, assez, c'est assez.

Bombardier ayant déjà fabriqué des wagons pour le métro de Montréal, elle part avantagée puisqu'elle possède les spécifications techniques et l’expérience des méthodes et des coûts de fabrication. Puisqu'elle clame haut et fort qu'elle est le meilleur choix pour le Québec, elle pourra le prouver de façon objective dans le cadre d'un appel d’offres en bonne et due forme. L'impression de copinage persistera advenant une entente de gré à gré.

Il est de l'intérêt de Charest, s'il veut sembler crédible une fois tous les quatre ans, de celui de Bombardier également, mais surtout de celui de tout le Québec que les règles établies soient appliquées sans exception aucune. Serait-ce trop demander?




Bombardier mordra-t-elle encore la main qui la nourrit?

André Colpron
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

Monsieur Frappier,

Aujourd'hui, on annonçait que Bombardier pourrait se voir attribuer un contrat sans appel d'offres pour la fourniture de wagons de Métro pour la Ville de Montréal.

Robin Philpot mentionnait dans son livre «Le référendum volé» que Bombardier avait menacée de déménager en Ontario si le OUI l'emportait en 1995. Bombardier avait oubliée que c'était Montréal qui l'avait «mise sur la carte» avec le contrat du Métro en 1966 en vue de l'expo '67.

Bombardier mordra-t-elle encore la main qui la nourrit si on lui attribue le contrat ?

Peut-on demander à Bombardier si elle songe toujours à déménager dans l'éventualité de l'indépendance du Québec ?

Tous mes respects pour votre travail,

André Colpron




En guise de réplique à Louis Cornellier

Patrick Bourgeois
Dir. Journal Le Québécois
Pierre-Luc Bégin
Dir. Éditions du Québécois
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

Louis Cornellier est très certainement ce qui se fait de mieux présentement en terme de critique littéraire au Québec. Toujours bien documentée, très certainement fort érudite, la plume littéraire du Devoir est en plus souverainiste. Tout donc pour nous plaire !

L'automne dernier, Cornellier avait qualifié Patrick Bourgeois, sur la base de ce qu'il avait écrit dans son essai intitulé We are Québécois when ça nous arrange (Les Intouchables), de « mauvais Lionel Groulx ». Il insinuait par là que ses commentaires sur ce qui constitue l'essence de l'identité québécoise, c'est-à-dire qu'on ne peut être Québécois sans vivre en français, faisaient du directeur du Québécois ni plus ni moins qu'un fasciste. Samedi dernier, Cornellier s'est de nouveau penché sur le travail du Québécois. Il a cette fois critiqué Nos ennemis, les médias et notre Manifeste lucide pour la fin de l'hégémonie fédéraliste sur l'information. Son verdict : même si sur le fond, on pose des questions fort pertinentes, en particulier sur le déficit démocratique que façonne la concentration de la presse au Québec, il n'en demeure pas moins qu'on « beurre épais ». À l'instar du critique Cornellier qui lui-même « beurrait épais » en qualifiant Patrick Bourgeois de fasciste, peut-on dire que nous avons, au Québécois, la violence pamphlétaire facile ?

Très certainement ! Et nous n'avons d'autres choix que d'agir de la sorte, puisque pour attirer l'attention des médias - et sans l'attention de ceux-ci, il est fort difficile d'alimenter un débat digne de ce nom dans un système politique tel que le Québec, tous en conviendront - nous devons nous démarquer violemment de ce qui constitue la norme dialectique en ce pays en devenir. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de nous faire entendre en faisant preuve de modération dans nos propos. Au fil des ans, en effet, nous avons par exemple tenté d'attirer l'attention des médias sur le fait qu'il était carrément scandaleux que l'arrivée des libéraux au pouvoir ait signifié pour nous le blocage d'une subvention fort importante provenant du Fonds jeunesse Québec. Le conseil d'administration dudit fonds nous a même fait parvenir une lettre dans laquelle la présidente de l'époque expliquait qu'on ne recevrait pas la subvention promise, et ce, parce qu'on était souverainistes (écrit noir sur blanc dans ladite lettre), ce qui constituait une violation flagrante des critères d'admissibilité du programme. Nous avons aussi tenté d'alerter l'opinion publique sur le fait que les libéraux nous empêchaient de bénéficier du Programme de soutien à l'action bénévole, une fonctionnaire du Secrétariat au Tourisme, au Loisir et au Sport qui disait prendre ses ordres directement du Conseil du Trésor nous ayant même menacé, nous et toutes les autres publications souverainistes, de représailles si nous comptions pousser le bouchon plus loin. Aucun journaliste ne s'est intéressé non plus au fait que les libéraux aient placé - des aveux mêmes du responsable du placement publicitaire de l'Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ) - Le Québécois sur une liste noire, ce qui fait que nous ne recevons plus de publicité du gouvernement via cette association, perdant ainsi quelques autres milliers de dollars par année. Personne ne s'intéresse davantage au Québécois quand nous tentons de faire de l'analyse politique en adoptant un ton universitaire (et Le Québécois est dirigé par des chercheurs universitaires). Tout ça pour dire que la seule façon pour nous de percer le filtre médiatique au Québec est d'occuper un créneau qui fait peur à plus d'un : celui des « purs et durs » pamphlétaires, là où nous pouvons y aller de diatribes spectaculaires qui intéressent quelquefois les journalistes, eux qui, au détriment de l'information, recherchent trop souvent le sensationnel, et ce, en politique comme dans les faits divers. C'est ainsi que Le Québécois est devenu, ce qui est malgré tout conforme à notre personnalité politique, soyez-en convaincus, plus « pur et dur » que le pire des cauchemars que doit maintenant faire Michaëlle Jean à notre sujet ou le spectre de Claude Ryan à l'égard de notre chroniqueur Falardeau! En marchant toujours sur la corde raide tout en s'évertuant à faire passer des messages fondamentaux à travers nos coups de gueule, il nous arrive bien sûr de ne pas faire dans la nuance, mais cela fait partie de la joute que nous menons pour être entendus dans un combat politique qui est lui aussi sans nuance : entre ceux qui veulent la liberté politique du Québec et ceux qui la combattent, il ne peut y avoir que des complices. Et nous, nous assumons notre position, bien évidemment.

Louis Cornellier nous reproche également dans sa dernière chronique de confondre opinion et information dans l'analyse que nous effectuons de la personnalité fédéraliste des médias du Québec. En cela, Cornellier reprend les arguments qu'il a développé dans son dernier essai intitulé Lire le Québec au quotidien. Au-delà d'un découpage de l'information qui aurait mérité d'être repensé, le problème fondamental de ce dernier essai se situe justement au niveau des relations qu'il est impératif d'établir entre l'opinion et l'information, ce que cornellier se refuse obstinément à faire. Pourtant, tous les spécialistes des médias savent que l'orientation idéologique d'un groupe de presse n'affecte pas seulement les éditoriaux, mais qu'elle influence aussi l'information. Cela peut se faire de diverses façons, comme les sujets à traiter qui sont confiés aux journalistes et ceux qui ne le sont pas, les titres des articles qui sont de la responsabilité du pupitre et non du journaliste, des manchettes retenues, des exergues, des photos bas de vignette, de l'organisation de l'information dans le journal, etc. Au lieu de railler bien inutilement Noam Chomsky dans son essai, Louis Cornellier aurait dû réfléchir aux idées formulées par celui-ci, ce qui lui aurait permis d'approfondir un tant soit peu l'impact qu'a la direction d'un média sur le traitement de l'information. En s'y refusant, Cornellier nous enseigne une bien drôle de méthode pour lire un journal, ce qui était, malheureusement, son objectif premier en rédigeant Lire le Québec au quotidien.

Certains nous ont aussi reproché d'avoir retenu une méthode plus ou moins rigoureuse pour analyser les médias du Québec sur la base de leur parti pris fédéraliste. Pour eux, et Cornellier en est, il n'y a rien de convaincant à avoir colligé des milliers d'articles publiés en octobre 1995 dans 5 des principaux quotidiens du Québec et à les avoir analysés à partir des méthodes reconnues par les chercheurs en sciences humaines. Le problème est que si notre méthode manque de rigueur, nous au moins, nous en avons une, alors que nos détracteurs, eux, n'ont jamais cru bon s'appuyer sur la science pour nous répondre. Si Cornellier se permet de nous reprocher de ne pas en avoir fait assez méthodologiquement avant de présenter nos résultats, important est de dire qu'en contrepartie, lui ne s'appuie sur rien avant de dire bien gratuitement que Franco Nuovo est « mondain et qu'il s'aime beaucoup » (p.93), que Nathalie Petrowski « jalouse » le talent de Pierre Foglia (p.110), que Pierre Bourgault ne fut jamais un « grand penseur » que Marie Plourde est experte dans les « formules épaisses » (p.95), ou qu'il faille faire la distinction entre information et opinion. Aucune méthode, aucune preuve pour ce faire, que du vent ! Ces chroniqueurs sont ainsi parce que Cornellier a décidé qu'il devait en être ainsi. Tout comme l'information n'est pas fédéraliste au Québec parce que Cornellier, Pratte, Dubuc et compagnie ont décidé que telle était la réalité. Pas très convaincant comme discours, à peu près tous l'admettront.

Malgré tous les défauts que peut renfermer notre méthode d'analyse, malgré notre ton vitriolique et nos emportements, malgré notre colère et nos oublis, il n'en demeure pas moins que Le Québécois a, dans le présent contexte, réalisé le travail le plus sérieux en ce qui a trait au parti pris fédéraliste des médias. Au lieu de refuser obstinément de reconnaître ce fait, ceux qui ne sont pas d'accord avec nous devraient se mettre sérieusement à la tâche pour circonscrire des preuves allant dans le sens contraire. Tant qu'ils éviteront de s'investir vraiment dans ce débat, nous n'aurons d'autres choix que de considérer qu'avec un grain de sel tout ce qu'ils pourront lancer comme arguments. Après tout, pour être considéré sérieusement, il faut sérieusement s'atteler à la tâche. C'est le b-a ba de tout débat intellectuel !

* Pour lire le texte de Louis Cornellier et pour y réagir:
http://lequebecois.actifforum.com/viewtopic.forum?t=551




OFFRE SPÉCIALE DE LANCEMENT!

Éditions du Québécois
TRIBUNE LIBRE 20 mars 2006

Salut l'indépendance!
de Jacques Côté
et

Histoire de la République du Québec : 25 ans de souveraineté
de Denis Monière

Les Éditions du Québécois sont fières de vous annoncer la sortie de deux nouveaux ouvrages d'importance et par la même occasion vous proposer une offre de lancement incroyable!

Le premier de ces ouvrages, Salut l'indépendance!, est un recueil de 160 pages, illustré, signé par l'écrivain reconnu et chroniqueur au journal Le Québécois Jacques Côté. De 1991 à 2006, Côté a beaucoup écrit sur la société et la politique québécoises. Observateur attentif, il mène sa contre-propagande tranquille. Sa plume corrosive et touchante revisite l'histoire récente du Québec. À travers des essais décapants, des portraits caricaturaux ou des récits émouvants, il prend position. Le lecteur glissera d'un moment d'hilarité à un moment d'émotion, d'un instant d'intimité à la colère. Côté est professeur au Cégep de Sainte-Foy. Auteur du Rouge idéal et de La Rive noire, il est considéré comme l'un des meilleurs auteurs de polars au Québec. Il a également signé la biographie Wilfrid Derome, expert en homicides, pour laquelle il a remporté le Grand Prix La Presse.

Le second ouvrage, tout aussi passionnant et intitulé Histoire de la République du Québec : 25 ans de souveraineté, est l'oeuvre du célèbre politologue et intellectuel Denis Monière. Il trace dans ce livre le parcours qu'aurait pu emprunter le Québec si le OUI l'avait emporté au référendum de 1980. Comment la souveraineté nous aurait-elle permis de gérer l'insertion dans la mondialisation? Comment aurait-elle changé le développement du Québec? Quel type de société aurions-nous pu construire? Cet essai de politique fiction de 180 pages décrit l'évolution de la politique québécoise en respectant la trame des événements réels. Il imagine ce qu'auraient fait les René Lévesque, Robert Bourassa, Jacques Parizeau et les autres s'ils avaient pu utiliser les pouvoirs d'un État souverain. Il met la souveraineté en action tout en demeurant dans les limites du plausible. Il propose une vision réaliste des possibles d'un Québec souverain. Un ouvrage qui devrait contribuer à soulever d'intéressants débats sur les perspectives qu'ouvrira l'accession à l'indépendance pour le Québec et sur la situation politique au lendemain d'un OUI.




QUEUE DE POISSON

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 21 mars 2006

Boisclair charge.
Brandissant le poing
le chef du PQ compare le chef du PLQ
à un poisson rouge.

Les poissons rouges
ouvrent la bouche
pour ne rien dire
et
tournent en rond
dans leur bocal

Depuis l’élection de Boisclair
c’est tous les jours le premier avril au PQ.
À vouloir rajeunir le parti
on l’a infantilisé.

Un salaire de 120 000 dollars
pour débiter des inepties.
Les membres en ont pour leur argent.

Le cœur n’y est plus affirme Marois.
Son départ de la vie politique,
marque la fin de la grande ferveur,
des flamboyants orateurs,
des nobles idéaux.

Les rassemblements de péquistes
ont pris des allures
de réunions de scouts.

Boisclair ne fait pas le poids.
Le PQ a vendu son âme.




Un jeu dangereux

Simon Girard - http://spaces.msn.com/qcl67
TRIBUNE LIBRE 21 mars 2006

Les fédéralistes, comme les conquérants britanniques avant eux, aiment jouer avec les chiffres et changer les règles quand ils en sentent le besoin. Comme quand il y a référendum en vue avec victoire possible du OUI, par exemple. Quand on aime le Canada à tout prix, qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le garder? Le scandale des commandites en est la preuve, le complot pour manipuler les votes en faveur du NON au référendum en est une autre. Et fixer une majorité « acceptable » pour que le Québec devienne un pays libre en est aussi une autre. La fin justifie les moyens…

Ainsi donc, la majorité simple de 50% +1 n’est pas suffisante pour réaliser l’indépendance? Pourtant, en 1995, le NON a récolté, dans l’ensemble de la population, 50.6% et nos chers fédéralistes ont accepté le résultat. Si le OUI avait eu le même score, ça n’aurait pas été suffisant pour « briser le Canada », selon les inconditionnels de la feuille d’érable. Deux poids, deux mesures, donc. Comme quand ils nous reprochent de vouloir utiliser des fonds publics pour mieux les combattre, ce qu’ils ne se sont jamais privés de faire. Maudits hypocrites!

Et là, ils veulent changer les règles pour le prochain rendez-vous référendaire, pour s’assurer de la victoire et maintenir le Québec dans la dépendance pour toujours : « Maintenant, les « séparatissss » ne pourront plus nous enlever nos montagnes Rocheuses, on a la loi de la clarté! » Une loi de la clarté plutôt confuse car le concept de « majorité claire » n’est pas clairement défini. C’est quoi, une « majorité claire »? À quel niveau se situe la « majorité claire »? 50% + 1? 55% + 1? 77% + 1? Il manque quelque chose dans leur loi du cadenas version moderne, un peu de… clarté, peut-être? Mais ils étaient tellement pressés de nous remettre à notre place avant le prochain référendum qu’ils ont oublié de préciser la notion de « clarté » alors soyons compréhensifs envers ces bons loyalistes…

Et si le rat Dion devient chef du PLC, faudra-t-il qu’il obtienne une « majorité claire » sans quoi il ne sera pas considéré comme un chef légitime? Voilà un aspect que les inconditionnels du « plusse-meilleur-pays-au-monde » devraient examiner sérieusement avant de nous donner des leçons de clarté.

Quant à moi, 50% + 1, c’est suffisant! Les arguments de fédéraleux à l’effet que « ça prend 60% pour défaire un syndicat » ou encore celui-ci, de Jean Chrétien : « pour défaire un club de chasse et pêche, ça prend les deux tiers des voix », ça vaut pas de la marde! Si, dans un référendum, le OUI récolte 53 ou 54%, ça voudrait dire qu’en fait, c’est le NON qui gagnerait parce que la majorité en faveur du OUI n’est pas assez claire? Ça voudrait dire que le NON a plus de valeur que le OUI, que la dépendance a plus de poids que l’indépendance, que la servitude est supérieure à la liberté?

C’est vrai que la dépendance a du poids et on le ressent à chaque jour, à voir le gouvernement fantoche de John Charest aménager la dépendance et nous présenter ses génuflexions devant la tête carrée à Harper comme autant d’avancées considérables pour notre peuple. Le « fédéralisme d’ouverture », c’est leur nouvelle trouvaille pour maintenir à flot le Titanic canadian et retarder l’échéancier inévitable de la libération de la nation québécoise.

Avancer l’idée que 50% + 1 n’est pas suffisant pour faire l’indépendance, se réserver le droit de décider de la majorité pour maintenir tout un peuple dans la dépendance, c’est jouer un jeu dangereux et anti-démocratique. Je suis un démocrate et en démocratie, c’est la majorité qui l’emporte. Et si c’est bon pour nos ennemis, ça doit être bon pour nous aussi. Il n’est pas vrai que je vais me plier aux exigences des ennemis de l’indépendance qui veulent garder leur Canada chéri. Lors du dernier référendum, 60% des Québécois ont voté OUI. Ça, c’est une majorité claire! Mais la minorité anglo-étrangère a décidé que le Québec ne rejoindrait pas le concert des nations, allant ainsi à l’encontre du vœu des Québécois. Question pour ces champions de la clarté pas claire: dans un régime fondé sur la démocratie, est-il juste qu’une minorité l’emporte sur la majorité?

En Afrique du Sud, c’était la minorité blanche qui dominait la majorité noire. Belle vision de la démocratie! À la place de nos ennemis, je réfléchirais aux conséquences que pourrait entraîner un refus de reconnaître la volonté démocratique des Québécois de se donner leur propre État. Car il n’est pas dit que les choses en resteraient là, que les Québécois ne défendraient pas leur liberté autrement que par des moyens pacifiques.




BUSH À BUSH

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2006

Tel père tel fils.

Nous remporterons la victoire
affirme Bush fils
qui refuse de croire à une guerre civile en Irak.
De quelle victoire parle-t-il ?
De la capture des terroristes ?
La mort de civils, les emprisonnements arbitraires,
les humiliations, la torture,
ne peuvent qu’en engendrer de nouveaux.
Jamais on ne verra la fin
de ce jeu de massacre
auxquels les Canadiens
sont désormais associés
et qui exposent
les Québécois à un 11 septembre.

L’Irak est à feu et à sang
et bientôt
la Terre entière s’embrasera.
La liberté de Bush
conduit à l’enfer.




ILLUSION DE PRINTEMPS

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 23 mars 2006

Le PQ est en train de se planter ben raide.
mon voisin



Les Québécois refusent d’accorder
au gouvernement
le mandat de négocier avec le Canada
une entente
sur l’égalité des peuples.

Le Québec
parvient à un cheveu
de devenir souverain.

Parizeau démissionne.
Son discours sur le vote ethnique et l’argent
lui vaut d’être traîné dans la boue.

Des rumeurs sur des irrégularités commises
par le comité du NON circulent.

Les électeurs envoient siéger le PQ dans l’Opposition.

Dix ans après le dernier référendum,
les Québécois découvrent la vente
du Québec au Canada.
Ni colère
ni soulèvement.

Insatisfait du nombre de votes
recueillis en sa faveur
auprès des militants de son parti,
Landry jette la serviette.

Boulerice s’en va.

Marois manifeste son intérêt pour le poste vacant de chef.
Boisclair fait mine de réfléchir à la question.

Défaite dans Outremont
du jeune candidat inexpérimenté Farouk Karim
aux mains de l’ex-souverainiste Raymond Bachand.

Fort de l’appui de la majorité des députés péquistes,
des étudiants, d’anciens ministres,
Boisclair remporte la course aux cartes de membre
de son parti.

Deux circonscriptions en moins,
les bloquistes retournent à Ottawa
accomplir leur travail de députés fédéraux.

Un nouveau parti souverainiste voit le jour.

Nicole Léger se retire.

Marois annonce sa conversion au jardinage.

Boisclair prévoit d’autres départs.
Le PQ se refait une image de club école.

Désillusionnés,
les Québécois tournent le dos à la politique.
Sans colère
sans soulèvement
ils se font à l’idée
du renoncement.




L'enthousiasme est rapidement tombé

Frédéric Labrie, EX-conseiller jeune du comté de Vimont
TRIBUNE LIBRE 23 mars 2006

Vous trouverai en pièce jointe, un commentaire que m'a inspiré votre article sur André Boisclair. Ce dernier a finalement eu raison de mon implication dans ce parti pour lequel j'ai milité depuis 1996. comme quoi, il n'y a pas que des députés qui partiront, des militants convaincus et de longue date également. J'en ai marre de l'entendre me dire que les raisons qui nous font croire à l'indépendance ne sont plus actuelles. Certes, il y en a de nouvelles, mais qui s'y rajoutent sans remplacer les anciennes.

Mme Payette,

Je tiens à vous remercier pour avoir exprimé votre point de vue sur l'attitude d'André Boisclair suite au départ de Pauline Marois. Malgré le fait que vous n'ayez pas mâché vos mots, j'aurais quant à moi utilisé des qualificatifs beaucoup plus cinglants!

Je suis justement allé à une formation des conseillers jeunes des circonscriptions à Québec la fin de semaine dernière et je dois dire que la grossièreté et l'arrogance du personnage s'est aussi manifestée envers la jeunesse du parti. Je m'explique : Au dîner, le cheuf a daigné nous honorer de sa présence et d'une conversation avec la salle entière.

Il fallait voir l'enthousiasme des jeunes quand André leur a demandé pourquoi il y avait encore des fédéraliste aujourd'hui. Heureux de l'oreille attentive du chef, plusieurs se sont levés pour exprimer leurs points de vue. ( Imaginez ce que peuvent ressentir à ce moment des jeunes de 16ans qui ont tout à apprendre et qui, pour une fois, se prennent à espérer de pouvoir changer les choses.)

L'enthousiasme est rapidement tombé lorsque André Boisclair, voyant le temps filer, laisse tomber la phrase « Je suis très déçu de ce que j'entends!» comme pour crever un soufflé qui commence lentement à dorer dans le four. Toujours sur le même ton, le cheuf reprend les points de vues exprimés pour les démolir l'un après l'autre et en reprochant aux jeunes qui se sont exprimés, de ne rien apporter de nouveau! La tension était palpable, calculée, planifiée... Moi-même, à 27ans, j'ai ressenti un malaise. Comme enseignant au secondaire, je considère que ce n'est pas une façon de souhaiter la bienvenue à des jeunes de 16 ans et encore moins de les motiver à pousser leur réflexion plus loin. Le procédé employé par Boisclair à cette occasion avait quelque chose d'odieux et de bassement mesquin.

La cerise sur le gâteau n'a pas tardé à venir comme pour rajouter l'insulte à l'injure : « Quels sont ceux qui ont déjà entendu parler de l'Accord Multilatéral sur l'Investissement?» ( Trois personnes sur 150 lèvent la main) réponse : «Je m'attendais à un score plus élevé.» Comment un chef de parti peut-il se prétendre à l'écoute d'une génération s'il ne réalise même pas qu'en 98, date de l'AMI, les jeunes devant lui étaient encore à l'école primaire??? À moins qu'il n'ait choisi exprès cette question pour souligner leur ignorance.

La surprise du moment m'a empêché de me lever pour lui dire que ce n'était pas à lui de nous faire des leçons de contenu et qu'il devrait avant de faire la morale à des jeunes de son parti, commencer par répondre CLAIREMENT aux questions qu'on lui pose en abandonnant ses formules toutes faites du genre «ensemble, bâtir le Québec de demain». Ce à quoi j'ai assisté cette fin de semaine n'avait rien de rassembleur et j'estime qu'il faudrait lui rappeler que le rôle d'un conseil jeunesse au sein d'un parti est la FORMATION et non l'approvisionnement du cheuf en «idées novatrices». C'était donc tout à fait ingrat de sa part de sermonner les jeunes délégués de cette façon. Je milite au Parti Québécois depuis maintenant près de 10ans. J'ai connu 4 chefs et aucun, à part ce dernier, ne s'est montré aussi vile et indigne d'occuper cette fonction.

PS: moi, les vieux du parti, je les aime bien. Eux au moins, possèdent le respect que commande l'engagement d'une personne dans la cause.




Ouvrir les frontières de la Francosphère

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 23 mars 2006

(en cette Semaine internationale de la Francophonie)

Re : Mme Sylvie Léonard, M. Christian Bégin et co-signataires, « Une dictature », La Presse du 22 mars 2006

En suite aux propos de Mme Léonard et de M. Bégin concernant l'univers télévisuel québécois, je propose sans plus tarder une piste de réflexion : l'élargissement global du marché culturel d'expression française.

D'abord, en guise de préliminaire, un mot en trois alinéas sur la France.

a) Je me vois toujours éberlué par la médiocre qualité de la télévision franco-française (TF1, M6, etc.), au sein de laquelle il est diffusé énormément de produits étatsuniens, dont la plupart d'ailleurs se révèlent, à mon sens, sans véritable intérêt.

b) D'autre part, TV5 c'est moins la télévision française internationale, on en conviendra sans peine, que la télévision française tout (et bien) court.

c) Enfin, on constate que les créations «locales» (hexagonales) ne sont pas seulement de qualité fort inégales, mais au surplus elles se matérialisent le plus souvent sous la forme de vagues copies d'oeuvres de fiction américaines. La télévision française (et dieu sait que je suis attaché au pays du légendaire Jean Moulin, de l'immense Charles, de la fabuleuse Simone Weil, du pénétrant Paul Ricoeur, de la superbe Françoise Hardy et de... Philippe Noiret le magnifique) manque cruellement d'imagination. Sa télé est une télé largement ou américaine, stricto sensu, ou américanisée jusque dans l'esprit même de ses "créateurs". Musique, publicités, chansons, réclames et frenchglish (ou englissement) inclus.

Or,

D'une part, les Français possèdent un marché nettement supérieur au nôtre (lequel approche les 60 millions d'auditeurs, sans compter la Suisse, la Belgique et le Luxembourg, voire - de la Tunisie au Sénégal, du Bénin à l'Algérie - les nombreux pays africains d'expression française et/ou francophiles), d'autre part les Québécois (cela dit en toute modestie, d'autant plus que le soussigné n'est concerné d'aucune manière par ce talent qui ferait plutôt son envie) possèdent un certain génie en cette matière. Alors, pourquoi ne pas joindre nos forces plutôt que de nous éteindre à feu lent, chacun sur nos rives Atlantique respectives ?

En outre, pendant ce temps, au Québec, nous achetons un très large éventail de productions françaises (télévisuelles et filmographiques, sans oublier le livre). Mais l'inverse ne se produit que fort peu et jamais prou.

Et de grâce ! Ne la ramenons pas avec des histoires d'«accent». Soyons francs, faute d'être Français : c'est du « protectionnisme intellectuel » qui n'ose dire son nom (soi-disant économique comme par surcroît, car en l'occurrence c'est tout le contraire d'une rationalité économique réfléchie qui se déploie en pareil exercice). Personne ici ne boude une chaîne, une salle de cinéma ou un DVD parce qu'une émission, une série ou un film se révèle à nous dans la musicalité des mots à la marseillaise, à la provençale ou à la roussillonne, voire à la wallonne ou à la jurassienne... «La Gloire de mon père», «Le Château de ma mère» (Marcel Pagnol revu par le pertuis de la touchante sensibilité d'Yves Robert), «Jean de Florette», «Manon des sources» (un autre Pagnol, dont Claude Berri et une distribution prodigieuse ont enfilé l'aiguille avec le plus grand art) et «Cyrano de Bergerac» (Edmond Rostand réincarné sous le doigté magique de Jean-Paul Rappeneau), pour ne citer que ces exemples fameux - après les Raimu et les Fernandel (et les «Don Camillo») d'une autre époque, regrettée - ne sont-ce pas là des oeuvres monumentales qui auront été acclamées sans réserve aux quatre coins de la Francosphère...? (comme quoi on peut parfois, l'air de ne pas y toucher, résoudre ponctuellement l'énigme du cercle carré).

J'ai grande difficulté à saisir que le marché francophone européen (la France, la Belgique et la Suisse au premier chef) restât rigoureusement fermé aux productions culturelles québécoises de qualité - hormis (par le détour des grands maîtres Félix Leclerc et Gilles Vigneault, Diane Dufresne aussi) quelques Luck Mervil ou Lynda Lemay, confinés au demeurant à l'univers restrictif de l'oralité musicalisée. Il y va pourtant de nos intérêts nationaux respectifs bien compris.

Je ne suis pas un homme « très télévision », mais je prends tout de même acte de la qualité extraordinaire de nos créations (pas toutes excellentes, certes, mais l'excellence y est presque toujours et partout prégnante). Aussi je demeure convaincu que si le marché «francien» (le vocable "francophone" m'apparaît être un terme par trop aseptisé, anonyme, énucléé) était aussi ouvert à nos productions que nous le sommes, ici, au Québec, aux leurs, eh bien je crois que l'on règlerait du coup plusieurs problèmes simultanément. Dont,

1) L'amortissement des coûts de réalisation auprès d'un plus vaste auditoire (ce qui laisse les coudées franches aux artistes et aux gens du milieu de manière à autoriser, pour ainsi dire en continu, de nouvelles productions).

2) L'organisation concertée de la Résistance active (effective, par distinction d'une repartie strictement locale ou essentiellement nominale et/ou réactive) à la tyrannie de la culture (et souvent, hélas, de la médiocrité commerciale) étatsunienne.

3) Le Renforcement et le Raffermissement général de la Francité à l'échelle mondiale, dans le contexte de la nécessaire promotion des différences culturelles - oxygène à une humanité qui actuellement s'asphyxie sous le laminage tous azimuts d'une monoculture anglo-américaine qui tue la beauté, l'imagination et l'originalité propres des hommes et des peuples de tous les horizons.

Qu'en pensez-vous, Mme Line Beauchamp (Line.Beauchamp@MCC.gouv.Qc.ca), distinguée ministre québécoise de la Culture et des Communications ???

And you, Mrs Beverley J. Oda (Oda.B@parl.gc.ca), honorable minister of Canadian Heritage (and Status of Women) ...?




QUI A PEUR DU MONTÉNÉGRO ?

Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE 23 mars 2006

Si les Monténégrins ont convenu qu’ils devraient être au moins 55% à appuyer l’indépendance et que le référendum du 21 mai prochain devrait recueillir un taux de participation minimal de 50% pour que le résultat soit jugé légitime, cela revient à dire qu’il suffira qu’aussi peu que 27,5% des électeurs inscrits appuient le OUI pour que cette république fédérée à la Serbie devienne un pays souverain internationalement reconnu.

La tradition démocratique québécoise accordant davantage sa faveur à la majorité absolue (50%+1), il suffira que notre taux de participation s’élève à 55% pour que la même proportion d’électeurs inscrits ayant appuyé la souveraineté soit atteinte.

Et puisque les taux de participation aux référendums québécois de 1980 et 1995 étaient respectivement de 86 et 94%, il y a fort à parier que les intarissables prospecteurs d’objections devront trouver autre chose pour nier la volonté du peuple.




Voir Lise Payette gronder André Boisclair...

François Deschamps
TRIBUNE LIBRE 24 mars 2006

Dans sa chronique de cette semaine, Lise Payette réserve un sort aux manières peu courtoises dont le chef du PQ se serait rendu coupable envers Pauline Marois et, à travers elle, bon nombre de femmes, toutes tendances politiques confondues. Haro sur le malotru ! Et haro sur le manque de savoir-vivre ! Le ton moralisateur et le registre volontiers édifiant de cette chronique sont, à mon avis, symptomatiques d'un certain état d'esprit qui prévaut encore dans le grand village québécois dans les rapports hommes femmes. C'est quand même un comble : voir Lise Payette gronder André Boisclair comme s'il s'agissait d'un garçon de six ans ! Du stuff de téléroman comme il ne s'en fait plus. Faut dire que madame Payette excelle dans l'art de transformer un banal accident particulier en cas d'espèce. Avec plus ou moins de bonheur. Tout le monde a en mémoire l'exemple illustre des « Yvette » lors du référendum de 80.

On aurait certes souhaité un peu plus d'honnête dissimulation dans la façon de réagir de monsieur Boisclair. Il a encore le temps de s'ajuster aux bonnes manières. Il pourra même s'inspirer du premier Ministre Charest, lequel s'est avéré pour la circonstance un diplomate avisé.

Le fait pourtant demeure. Pauline Marois a reconnu qu'elle ne pouvait pas supporter d'endosser les froques de bon deuxième. Mieux valait dans ces conditions partir. Doit-on s'en affliger ? C'est la condition commune : dans la vie, personne ne nous retient quand le moment de partir arrive... Parlez-en à Jean Chrétien ou à Paul Martin. Avec sa démission, madame Marois a su au moins se ménager une porte de sortie honorable et - qui sait ? - étant encore assez jeune, elle pourra toujours reprendre du service si dans quelques années les circonstances le commandent.