
Cours d'histoire épurés au secondaire
Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 27 avril 2006
Québec songe à un enseignement «moins politique», non national et plus «pluriel»
Le nouveau cours d'histoire du Canada et du Québec au secondaire, qui doit entrer en vigueur en 2007-08, fera peu mention de la Nouvelle-France ou des Patriotes et passera sous silence des épisodes comme l'acte d'Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982. Le double objectif consiste à rendre l'histoire «moins conflictuelle», «moins politique» et davantage «plurielle», notamment en accordant une place plus importante aux autochtones et aux groupes non francophones, et à remplir la mission, devenue centrale dans la «réforme», «d'éduquer à citoyenneté».
C'est ce qu'on apprend dans un «document de travail aux fins de validation» du ministère de l'Éducation dont Le Devoir a obtenu copie. Ce document non disponible sur le site du ministère deviendra le programme officiel du cours «Histoire et éducation à la citoyenneté» et son adoption serait «imminente», a-t-on appris. Celui-ci remplacera le cours d'histoire Canada-Québec actuellement donné en quatrième secondaire. Le nouveau cours sera dispensé sur deux ans, en troisième et quatrième secondaire, soit à partir de l'automne 2007 pour la troisième et à l'automne 2008 pour la quatrième.
La matière du nouveau cours d'histoire sera divisée en six «thèmes», selon ce qu'on apprend sur une ligne du temps proposée pour la première année du deuxième cycle : 1- à partir de 1500, «les premiers occupants»; 2- de 1608 à 1760, «l'émergence de la société canadienne»; 3- de 1760 à 1848, «le développement des idées libérales dans la colonie britannique»; 4- de 1848 à la fin des année 1920, «la formation de la fédération canadienne»; 5- de 1930 à 1980 environ, la modernisation de la société québécoise; 6- les enjeux de la société québécoise depuis 1980.
«Il s'agit de sortir du cadre habituel d'une histoire structurée autour des conflits entre les francophones et les anglophones pour faire une histoire plus rassembleuse», explique Jean-François Cardin, un historien-didacticien de l'Université Laval bien au fait du projet actuel puisqu'il a été consulté lors des phases de préparation du document. Aussi consulté par le ministère, le professeur Jocelyn Létourneau, lui aussi de l'Université Laval et très critique du nationalisme, salue «l'ambition générale [de ce cours] d'en finir avec l'espèce de vision misérabiliste qui perdure dans la vision historique des Québécois».
Dans le document, en effet, la période où a eu lieu la bataille des plaines d'Abraham de 1759, la Proclamation royale de 1763 et l'imposition du serment du test (c'est-à-dire le reniement de l'Église catholique) fait partie d'une section dont l'intitulé est «l'accession à la démocratie dans la colonie britannique». On peut en effet découvrir ceci : «Alors qu'elle avait été autorisée dès 1763, ce n'est qu'en 1791 que, par l'Acte constitutionnel, la Chambre d'assemblée est créée.»
La Conquête est évoquée (plus que nommée) en ces termes : «La Nouvelle-France connaît une forme de gouvernement absolu. Le pouvoir est détenu par le roi de France, qui en délègue une partie au gouverneur. [...] Après 1763, c'est toujours un gouverneur, représentant cette fois le souverain britannique, qui dirige la colonie.»
Par ailleurs, on ne parle pas dans ce document de l'acte de Québec de 1774, qui explique pourquoi le Québec a encore un code civil de nos jours, une des références des tenants de la «société distincte» dans le grand tout canadien. Et à propos de «société distincte», la saga de Meech et le rapatriement unilatéral de 1982 sont aussi absents du document.
Une histoire «citoyenne»
Le changement de perspective provient aussi du fait que désormais, la discipline de l'histoire sera mise au service d'un objectif supérieur : «Le message qui est subliminal mais assez clair là-dedans, c'est qu'il faut faire de l'histoire pas pour faire de l'histoire mais pour éduquer à la citoyenneté», dit M. Cardin. Le document, dans l'énoncé de la compétence 1, ne dit pas autre chose : «L'élève qui interroge les réalités sociales dans une perspective historique établit les fondements de son interprétation et se dote des assises historiques nécessaires à l'exercice de sa citoyenneté. Le savoir-agir qu'il développe ainsi lui permet de considérer le vivre-ensemble avec le regard d'un citoyen éclairé.»
Conçu dans l'esprit «socio-constructiviste» de la réforme, qu'on a commencé à appliquer en première secondaire cette année, le nouveau programme estime que le savoir historique n'est pas très important : «L'enseignement de l'histoire à l'école n'a pas pour but de faire mémoriser une version simplifiée de savoirs savants construits par des historiens ni de faire acquérir des connaissances factuelles de type encyclopédique», peut-on lire dans le document.
Ainsi, même si des études ont démontré depuis un certain nombre d'années, note M. Cardin, que «les jeunes ne savent plus qui est Montcalm ou Frontenac», le nouveau programme n'a pas pour but de corriger cet état de choses. «Ce n'est pas un retour aux dates, aux personnages»; il s'agit de se servir de l'analyse de questions historiques «pour dégager une compréhension de certains concepts et pour construire des compétences intellectuelles liées à la citoyenneté, qui favorisent un exercice plus fécond de la citoyenneté». M. Cardin explique qu'au fond, on veut que l'élève et «futur citoyen», lorsqu'il regardera le téléjournal plus tard, «soit capable de faire des liens et d'aller au-delà d'une opinion de premier niveau pour essayer de construire une opinion plus informée, plus structurée».
Une inspiration
Une des sources d'influence des concepteurs de ce programme est ce qui se fait au Canada anglais, explique M. Cardin. Dans le reste du pays, l'histoire et la citoyenneté «forment un vieux couple». Même dans les années 50, dit-il, «on voulait former des citoyens à partir des cours d'histoire du Canada. Mais la notion de citoyenneté entre 1959 et aujourd'hui a énormément changé. Elle est beaucoup moins ethnique, beaucoup moins nationale». Le mot «nation» n'apparaît évidemment pas dans le document, et même le Québec est rarement désigné autrement que sous l'expression «la société au sein de laquelle l'apprenant évolue».
Dans le contenu aussi, le nouveau cours s'inspirera de ce qui se fait au Canada anglais : «Par exemple, l'histoire [du pays] ne commence plus avec Jacques Cartier mais avec les autochtones. C'est une tendance qu'on voyait au Canada anglais depuis un certain temps, depuis longtemps. La rectitude politique est très importante dans les programmes d'histoire au Canada, et le Québec prend ce virage-là avec ce programme.»

Les biscuits
Michel David
Le Devoir jeudi 27 avril 2006
Dans une biographie qui avait passablement fait jaser en 1997, le chroniqueur politique Lawrence Martin avait raconté qu'à l'époque où il était ministre de l'Environnement dans le cabinet Mulroney, Lucien Bouchard pouvait piquer une crise quand il manquait de ses biscuits préférés, à l'arrow-root.
Le problème d'approvisionnement en biscuits semble avoir été réglé une fois qu'il est devenu premier ministre du Québec, mais ses sautes d'humeur sont demeurées légendaires. Il supportait très mal la contrariété.
De toute évidence, sa retraite de la vie politique n'y a rien changé. En sa qualité de coprésident de la Société du Havre, il n'a pas digéré l'abandon du projet de centre de divertissement que Loto-Québec voulait ériger au bassin Peel en s'abritant derrière le Cirque du Soleil.
M. Bouchard, qui avait également milité en faveur de l'installation du futur CHUM à Outremont, a dit voir dans l'échec essuyé par Loto-Québec le reflet d'une «sorte de culpabilité collective», voire d'une «psychose» qui empêche la réalisation de grands projets depuis des années.
En conférence de presse, il a eu ce véritable cri du coeur : «Qu'est-ce qu'on va faire au Québec dorénavant si on doit passer des années à s'arracher du poil ?» Déjà qu'on tourne en rond sur la question nationale, aurait pu ajouter l'ancien premier ministre, qui a toutefois préféré ne pas s'aventurer sur ce terrain.
Cette théorie voulant que le moindre groupe de pression sachant utiliser les médias puisse faire obstacle à toute initiative un peu audacieuse est à la mode dans certains milieux. Comme si toutes ces initiatives étaient nécessairement bonnes, et leurs opposants, forcément bornés.
Ce n'est plus comme dans le bon vieux temps, quand on pouvait exproprier les meilleures terres agricoles du Québec et ruiner la vie de dizaines de familles pour construire un aéroport parfaitement inutile sans que personne proteste. Ça, c'était le progrès !
Si ces «groupes très vocaux» dont M. Bouchard déplore aujourd'hui la présence s'étaient fait entendre à l'époque, on n'aurait pas construit un éléphant blanc à coups de milliards pour satisfaire les caprices d'un maire mégalomane.
***
Certes, les gouvernements doivent faire preuve de leadership, mais il est assez ironique d'entendre M. Bouchard déplorer cette nécessité de «toujours attendre un consensus pour faire les choses».
S'il y en a un qui a puissamment contribué au développement de cette culture du «consensus», qui peut devenir paralysante, c'est bien lui, avec ses sommets. Pendant des années, il n'a eu que ce mot à la bouche. D'ailleurs, personne d'autre que lui n'aurait été capable d'entraîner la société québécoise tout entière dans la quête du déficit zéro.
Pour ce faire, M. Bouchard nous a seriné qu'il fallait faire preuve de discipline et apprendre à vivre selon nos moyens. Il a lui-même donné l'exemple en vivant comme un moine, cloîtré dans son bunker de la Grande Allée.
Ceux qui lui ont succédé ont repris le refrain de l'austérité. Quand la population se fait répéter quotidiennement que les écoles et les hôpitaux manquent d'argent, cela ne crée pas un climat très propice aux grands projets. La responsabilisation a un prix : il faut couper les biscuits.
Remarquez, dans le cas du casino, ce ne sont pas les citoyens de Pointe-Saint-Charles qui ont eu raison du projet. C'est d'abord le Département de santé publique de Montréal puis le comité interministériel présidé par Guy Coulombe qui l'ont coulé.
M. Bouchard paraît s'étonner que certains ministres aient eu un regard critique. «Ce sont les mêmes qui appellent Loto-Québec pour dire : "Je veux mon chèque d'un milliard deux cents millions." Ça, c'est peser sur le gaz et le brake en même temps.»
Faut-il comprendre que le gouvernement Charest aurait dû lâcher le «brake» et ignorer totalement les avertissements de ses propres experts, qui s'interrogeaient sur les impacts du déménagement du casino sur une population particulièrement vulnérable ? On n'ose imaginer qu'un homme pétri de principes moraux comme l'ancien premier ministre puisse penser une chose pareille.
Loto-Québec a aussi un examen de conscience à faire. Sur la base des chiffres très aléatoires avancés par la société d'État, M. Bouchard lui aurait-il donné le feu vert ? Poser la question, c'est y répondre.
***
Quels sont au juste les autres grands projets que notre psychose collective a fait en sorte d'expédier au cimetière ? La centrale thermique du Suroît, dont la Régie de l'énergie a elle-même reconnu qu'elle n'était pas essentielle à la sécurité énergétique du Québec ?
Le mont Orford ? M. Bouchard trouve-t-il maladive l'opposition à la vente d'une montagne, joyau d'un parc national, pour satisfaire les intérêts d'un promoteur ? Quoi encore ? Un nouveau stade de baseball au centre-ville, qui aurait simplement retardé de quelques années le départ des Expos ?
Bien sûr, il y a la technopole de la santé et du savoir, que l'ancien recteur de l'Université de Montréal, appuyé par la communauté des affaires, voulait construire sur l'emplacement de la gare de triage du CP. À les entendre, s'interroger sur les coûts était un signe d'étroitesse d'esprit. La première pelletée de terre n'est pas encore levée que la facture s'élève déjà à 3,6 milliards pour les deux hôpitaux universitaires. Pour une ville de trois millions d'habitants, est-ce vraiment de la mesquinerie ?
M. Bouchard a lui-même fait la preuve avec la Grande Bibliothèque -- bien moins coûteuse, il est vrai -- qu'un bon projet, bien présenté par une personne crédible, peut rallier l'opinion. À l'époque, l'opposition libérale soutenait que tout le réseau des bibliothèques québécoises allait écoper pour l'érection de ce que l'ineffable Bill Johnson qualifiait de «monument permanent au PQ». M. Bouchard en a fait une affaire personnelle et le succès est indiscutable.
mdavid@ledevoir.com

La sécurité des troupes
Gagnon, Lysiane
La Presse jeudi 27 avril 2006
Dans la foulée des quatre morts en Afghanistan, la question la plus importante à se poser aurait dû être celle de la sécurité de nos troupes. Selon certaines estimations, en effet, le véhicule blindé dans lequel circulaient les quatre soldats disparus aurait été trop léger pour résister à la bombe pourtant artisanale des talibans.
Il va de soi que ce n'est pas moi qui peux juger du bien-fondé d'une telle affirmation. Il reste que le sous-équipement des troupes canadiennes est un fait avéré, comme le rappelait mardi le major-général Lewis McKenzie, dans une lettre au Globe and Mail. " Les témoignages de sympathie sont grandement appréciés, mais ils arrivent un peu tard; et ceux qui viennent des législateurs contiennent une bonne dose d'hypocrisie, compte tenu des profondes coupes qui ont été faites dans les budgets militaires durant les années 90. " Il est clair que ce sont les libéraux que visait M. McKenzie- les mêmes qui aujourd'hui jouent les vierges offensées devant la décision du gouvernement de ne pas mettre le drapeau en berne sur la tour du parlement.
Et un soldat qui a servi en Afghanistan d'ajouter: " Si le public veut démontrer son respect pour nous, (au lieu de discuter de la question du drapeau), qu'il nous donne le financement nécessaires à la tâche qu'il nous a demandé d'assumer. "
Ces critiques voilées évoquent celles, vite étouffées par l'administration américaine, des militaires stationnés en Irak, qui reprochaient à Donald Rumsfeld de ne pas avoir envoyé assez d'hommes sur le terrain et de forcer les troupes à utiliser du matériel inadéquat.
Hélas! plutôt que de porter sur la question essentielle- soit la sécurité des troupes auxquelles on confie une mission nécessaire mais extrêmement risquée, le débat a dérivé sur des questions aussi secondaires que la hauteur à laquelle devrait flotter le drapeau du parlement et l'admission des caméras lors du rapatriement des cercueils. Il ne faut pas sous-estimer l'importance des symboles, certes, mais il reste que là n'est pas l'essentiel.
D'ailleurs, ces deux sujets ne sont pas du même ordre. La décision de descendre le drapeau de la colline parlementaire à mi-mât lorsqu'un soldat mourait en devoir- décision qu'a renversée le gouvernement Harper- datait de 2002, gracieuseté du gouvernement Chrétien qui voulait peut-être faire oublier par cet hommage l'état de sous-équipement dans lequel il laissait les Forces armées.
Les militaires, quand à eux, estiment parfaitement normal de revenir à la tradition qui réserve au 11 novembre l'hommage du parlement aux soldats morts au combat. C'est d'ailleurs ainsi que procèdent tous les pays. L'Élysée ne met pas le tricolore en berne chaque fois qu'un soldat français tombe en Côte-d'Ivoire. Une telle démonstration ne servirait qu'à projeter une image de faiblesse aux yeux de l'ennemi.
Il en va tout autrement de la décision d'écarter la presse du tarmac où sont rapatriées les dépouilles des militaires. L'entêtement du premier ministre Harper est une erreur politique, car personne ne croit à la raison qu'il en donne, soit de respecter le désir des familles. Il a plutôt l'air d'emboîter servilement le pas au président Bush, qui a imposé le même décret dans le but évident de banaliser les tragiques conséquences de la guerre en Irak.
Erreur politique, aussi, parce qu'en imposant un blocus, M. Harper ne fait que stimuler l'appétit d'une presse en quête d'images dramatiques. On ne peut parler ici de censure, car les morts ont été annoncées rapidement, tous les détails ont été fournis et la cérémonie du départ des cercueils d'Afghanistan a été ouverte aux caméras. Rien d'important n'a été camouflé- au contraire, cinq jours après la tragédie, les médias débordent encore d'informations sur le sujet. Tout ce que l'on ne verra pas à la loupe, ce sont les larmes des familles. Il reste que M. Harper donne l'impression de vouloir dédramatiser l'affaire, et qu'en politique, ce sont les perceptions qui comptent.
Le gouvernement, faut-il dire, a certainement intérêt à dédramatiser les choses, car il est probable qu'il y aura d'autres tragédies analogues, comme l'a d'ailleurs annoncé hier le secrétaire-général de l'OTAN Jaap de Hoop Scheffer, qui demande aux gouvernements de l'alliance de préparer leurs opinions publiques. À mesure que les troupes se concentrent dans les dangereuses zones du sud, " le réalisme nous force à prévoir qu'il y aura davantage de pertes ", dit-il.
C'est justement pourquoi il serait important de savoir dans quelle mesure nos troupes disposent du matériel adéquat pour assurer leur sécurité.

Harper should listen to his own advice
Don Macpherson
The Gazette (Montreal) April 27, 2006 Thursday
Let families decide: Not a single family member has objected to media coverage of the returning coffins
Let parents decide, Prime Minister Harper said only a week ago, in a speech right here in Montreal.
Where the previous Liberal government had believed that Ottawa knew best what kind of child care parents needed, his government preferred to trust the "experts (who) go by the name of Mom and Dad."
That line was still so fresh in the memory that it instantly came to mind less than a week later, when Harper announced his government had decided it did know what was best for parents, after all.
Apparently, the Harper government has determined that the limit of parental expertise is reached at some point between the time a child goes off to school and when he or she comes home from Afghanistan in a flag-draped coffin.
"It's not about photo-ops and media coverage," Harper told the House of Commons this week, in defence of his government's decision no longer to allow media coverage of the homecoming ceremony on a Canadian forces base for soldiers killed in Afghanistan.
"It is about what is in the best interest of the families."
The prime minister's solicitousness would have been more convincing had there been any evidence that the families of dead soldiers had objected to the media's presence at previous ceremonies or complained of intrusive coverage.
But while some soldiers in Afghanistan did express approval of the ban, also out of concern for families of their dead comrades, most members of the military community opposed it.
And that included families of soldiers killed in Afghanistan, who said the coverage allowed distant relatives to be present at the ceremony and gave other Canadians the opportunity to appreciate the sacrifice the soldiers and their families had made. In fact, to my knowledge, no relative of a soldier killed in Afghanistan expressed support for the ban.
So the most plausible explanation for its introduction remains the most obvious one, the one that immediately leaped to the minds of many Canadians: The government is trying to hide the human cost of the war in Afghanistan, just as the Bush administration has tried to do in Iraq. For that's what the "mission" in Afghanistan really is - a war, to keep the Taliban from again taking control of that country and making it a base for terrorism.
As the Americans learned in Vietnam, television coverage of a long and bloody war overseas can make it hard for a government to keep public support, especially if it is not immediately apparent that national interests are at stake.
It's true that the flag-draped coffins of soldiers killed in Afghanistan are not being hidden from the public's sight. The media are still allowed to show them at the start of the dead soldiers' journey home and during the military farewell they receive from their comrades in arms in Afghanistan.
It might be, however, that the emotional impact of seeing the soldiers mourned by their families rather than their comrades in uniform is stronger. The average Canadian might identify more readily with a soldier's mother or wife or children than with other soldiers. The human cost of the war might seem higher if expressed in terms of a son or father or husband lost, rather than a soldier.
The public seems to want to see the soldiers' return to the soil they died to protect from terrorism. Even Conservative members of Parliament have felt compelled to speak out against the ban.
Seeing the ceremony gives Canadians an occasion to honour the heroism not only of the soldiers but of their families, as well. And it can help younger generations to understand the meaning of war and the significance of other ceremonies commemorating D-Day or Remembrance Day.
So, in the Canadian way, let's have a compromise, between the public's right - and need - to know and consideration for the families' privacy. Let the media continue to cover the ceremonies in Afghanistan, and leave it up to the families whether to admit them to the ones at home. If the media are too intrusive, they'll risk being banned in the future.
Harper was right the first time: Let the families decide.
dmacpher@thegazette.canwest.com

True federalism is the answer
Brigitte Pellerin
Ottawa Citizen April 27, 2006 Thursday
My, are people excited over Stephen Harper's open federalism. You'd think it was an entirely new and brilliant strategy, instead of the same old, pathetic pandering to Quebec we're all so sick and tired of. So why the hoots of delight?
Even Josee Legault, the Montreal Gazette's resident nationalist, reacted positively to Mr. Harper's recent speech on the subject. "It isn't the Meech Lake or the Charlottetown Accord. Not by a long shot," she said. "But in Montreal (last Thursday), Stephen Harper tried to stake out a new, constitutionally non-invasive middle ground in Canadian federalism. For the leader of a minority government, it's a bold move."
I'm sorry. What?
Don't get me wrong: I'm all for an end to sterile debates and disputes about Quebec's place within Canada (right between Ontario and New Brunswick, I always figured). But if anybody thinks utterly vague, feel-good pronouncements will finally bring the big family together in joy and harmony, they must be too sleepy, or naive, to think straight.
Oh sure, it sounds good when Mr. Harper says the old polarized debate "has poisoned the federation between centralizers and separatists in a fight where neither will win and neither will give up." And when he pledges to "begin a new era" with a "confident, autonomous and proud Quebec" within a strong Canada, it's almost enough to make one feel well-disposed toward this country again. But there's a but.
Mr. Harper's proposals to respect provincial jurisdictions by limiting federal spending power, to give provinces an international voice and to solve the so-called fiscal imbalance while we're at it are music to Quebecois ears. But (here's the but) the devil in the details is that the feds are never offering quite as much as they seem to be, and Quebec politicians invariably get greedy as they approach the dotted line.
We have been here before and I, for one, remember how it ended. Two failed deals, then the 1995 referendum semi-defeat that didn't quell separatist sentiment so we'll get another referendum and then another and then another until one day, out of sheer lassitude, Quebecers say what the heck, YES! now please leave us alone.
I have a better plan -- one that would not only keep Quebec a lot quieter than is its custom, but would also help soothe Western alienation and, who knows, might eventually help Atlantic Canada get back into the ranks of the prosperous, self-sufficient "haves." My plan is not painless, and it sure wouldn't be easy to implement, especially not for federal politicians, who'd lose a lot of what they think is their prestige. But it would sure beat a Meech-and-Charlottetown repeat.
My plan would have Canada become a true federal nation. Let the feds do a very limited number of things well, and the provinces deal with health, education, social programs and all the rest any darn way they please. No transfers, no rules, no bickering.
Imagine if the federal government spent only $100 billion a year instead of twice that, as it currently does, plus or minus a few billion. On defence, foreign affairs, the criminal justice system, and a few other things like weights and measures, overseeing the banking system and the drug-approval process. But no health care (never mind day care), old-age pensions, transfer payments, equalization, or social programs.
Ah, the freedom provinces would have to set up their own social systems as they and their voters saw fit. The taxes the federal government would no longer need would be left in our pockets, for provincial governments to pick. Quebec could continue maintaining its elaborate welfare state, but on its voters' own dime. If British Columbia felt like not having an employment insurance scheme, it could do so provided British Columbians agreed. And on and on.
I call it my plan, but I certainly didn't invent it. Why, if I'm not mistaken, a lot of Conservatives used to agree with this kind of stuff, back when they were in opposition and didn't get to boast about "their" generous social spending. Come to think of it, it's also pretty much what the original Constitution says.
Everybody would be free to experiment, and to achieve a balance between taxes and services agreeable to provincial residents. Alberta wouldn't fear for its oil money, and Quebec would have no reason to complain about federal intrusions or the fiscal imbalance. As a bonus, separation would be a lot less appealing since Quebec could be as different from the rest of the country as it wants to be, without having to go through the trauma of a messy divorce.
Now that, I submit, would be worth hooting about.

SAQ La tempête se poursuit
Lessard, Denis
La Presse jeudi 27 avril 2006
Les courriels embarrassants pour le PDG rendus publics
Québec - Dès le début de décembre 2005, le président de la Société des alcools, Sylvain Toutant, avait été prévenu que les discussions qu'entreprenaient les représentants de la SAQ avec les fournisseurs européens risquaient de soulever la controverse et une tempête médiatique.
Dans des courriels échangés les 10 et 11 décembre, avec copie à leur patron Sylvain Toutant, les deux vice-présidents congédiés de la SAQ discutent ouvertement de la stratégie qui allait mettre la direction de la société d'État dans l'embarras. Surtout Laurent Mériaux, aujourd'hui congédié, qui insistait pour que toute l'opération se déroule rondement, pour éviter d'attirer l'attention des médias.
" Contrairement à ce qu'il a dit, M. Toutant était au courant du scandale des prix gonflés ", a soutenu hier à l'Assemblée nationale, le député péquiste François Legault, déposant copie de l'échange de courriels entre Alain Proteau et les autres cadres de la SAQ, dont La Presse avait révélé le contenu, au début de février.
Le critique péquiste aux Finances a réclamé la suspension immédiate de M. Toutant, " qui n'a clairement pas dit la vérité à la population du Québec ". La veille, en commission parlementaire, M. Toutant avait maintenu sa version: il n'avait appris que le 17 janvier, après plusieurs démentis de la SAQ, que ses négociateurs avaient bel et bien proposé aux fournisseurs payés en euros de gonfler artificiellement leurs prix. En réplique hier soir, la SAQ a souligné que ces courriels constituaient " un élément isolé de la preuve documentaire dans ce dossier ". M. Proteau rappelait la résistance des agences québécoises à toute intrusion de la SAQ dans la négociation des prix avec les fournisseurs, ce n'était pas " un élément de surprise pour M. Toutant, compte tenu de la résistance historique d'une partie de cette industrie à la négociation des prix ", poursuit le communiqué.
Soulignant hier au Parlement qu'il n'avait jamais eu copie de ces courriels, le ministre des Finances, Michel Audet, a rappelé, comme M. Toutant la veille, que cette correspondance avait été recueillie par la firme KPMG- que le comité de vérification de la SAQ avait chargé de faire enquête sur la gestion de la SAQ. En fait, l'existence du courriel embarrassant du vice-président Proteau n'avait été relevée par KPMG que dans son rapport final, après que La Presse en eut révélé l'existence. Le rapport intérimaire de la firme n'en faisait aucune mention, a rappelé M. Legault.
Selon M. Audet, le député péquiste veut faire un procès sommaire à la direction de la SAQ. Mieux vaut, selon lui, attendre le rapport d'enquête demandé au vérificateur général du Québec prévu d'ici l'été, avant de tirer des conclusions.
Le texte des courriels déposés hier par M. Legault est conforme au contenu rapporté au début de février. Dans un long exposé technique, Laurent Mériaux explique que la SAQ doit proposer " un mécanisme de partage de coûtant entre les fournisseurs, la SAQ et le consommateur ". Dans l'hypothèse d'un refus du producteur seulement, la totalité de la baisse de prix liée à la chute de l'euro était destinée au consommateur. Détail intéressant et inédit, il insistait sur la nécessité de faire vite pour qu'une entente survienne avec les fournisseurs avant que la SAQ ne soit forcée de transférer la baisse liée au taux de change aux consommateurs. " Si les négociations prennent trop de temps ", toute la baisse des prix devra aller au consommateur. Il faudra augmenter les prix par la suite, et cette " augmentation subséquente sera plus difficile au plan médiatique ", prévenait Laurent Mériaux.

Charest ne veut pas entendre parler de négociations constitutionnelles
Dutrisac, Robert
Le Devoir jeudi 27 avril 2006
Québec - Le premier ministre Jean Charest ne croit pas dans la volonté du premier ministre Stephen Harper de modifier la Constitution dans un avenir prévisible.
«Il n'y a personne, ni au fédéral ni de notre côté à nous, qui a déclaré qu'on se lançait dans une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles», a dit M. Charest hier au cours de l'étude des crédits du Conseil exécutif.
Le premier ministre répondait à une question de la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, qui lui demandait s'il fermait complètement la porte aux modifications constitutionnelles évoquées par M. Harper lors de la conférence de presse qui a suivi son discours à Montréal la semaine dernière. Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, avait rejeté sur-le-champ toute possibilité de négociations constitutionnelles.
«Ce n'est pas vrai qu'on rouvre le dossier constitutionnel au Canada sur la base d'un point de presse tenu à Montréal. Ça ne se passe pas comme ça», a souligné M. Charest.
Lors de sa conférence de presse à Montréal, Stephen Harper a confirmé qu'il était toujours favorable à l'établissement de balises formelles au pouvoir fédéral de dépenser, sans exclure la voie constitutionnelle. «Entre M. Mulroney, qui a sans doute voulu trop en faire, et MM. Chrétien et Martin, qui ont dit qu'il ne fallait rien faire du tout, il y a moyen de faire des changements étape par étape dans le fonctionnement de la fédération, qui peuvent inclure, étape par étape, des amendements à la Constitution», a dit M. Harper.
Du côté du gouvernement Charest, «il n'y a pas de plan» pour des revendications constitutionnelles, a dit le premier ministre québécois. La question sera abordée «un jour», quand «nous arriverons à la conclusion que le fruit est mûr», a-t-il dit.
Par ailleurs, Jean Charest n'a pas d'objection à ce que le gouvernement fédéral verse de l'argent aux provinces par l'entremise de fiducies dont les priorités sont fixées par Ottawa. Les ministères des Finances respectifs ont eu des discussions à ce sujet, a confirmé M. Charest. «Ce qu'on demande, c'est toujours la même chose», a-t-il dit. «On veut de la souplesse pour qu'on puisse prendre des décisions qui nous reviennent dans nos champs de compétence.»
La fiducie est un véhicule qui a été largement utilisé par les gouvernement Chrétien et Martin et que M. Harper dénonçait quand il était dans l'opposition. Dans son édition de mardi, The Globe and Mail révélait que le gouvernement conservateur avait l'intention de créer cinq fiducies dans lesquelles pourrait transiter une bonne partie du surplus de 3,3 milliards dégagé l'an dernier par Ottawa. Les cinq fiducies seraient consacrées aux transports en commun, aux infrastructures, à l'enseignement postsecondaire, au logement social et au logement des autochtones hors réserves.

La Victoire des plaines d’Abraham et autres moments glorieux de la société québécoise…
François-Pierre Gauvin, Doctorant (Université McMaster)
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
Le journaliste Antoine Robitaille nous apprend dans Le Devoir du 27 avril 2006 que le gouvernement du Québec révise actuellement les cours d’histoire au secondaire afin de favoriser un enseignement «moins politique», non national et plus «pluriel».
Dans le nouveau curriculum d'histoire, on fera peu mention de la Nouvelle-France ou des Patriotes et passera sous silence des épisodes marquants de notre histoire comme l'acte d'Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982. Camouflé sous des airs de réformes pédagogiques, ce traficotage historique se veut un coup de force fédéraliste afin de rendre notre jeunesse ignorante et docile.
L’histoire du Québec est politique et conflictuelle. Que l’on nous dise le contraire est de la malhonnêteté intellectuelle. Que l’on essaie de cacher, de camoufler, ou de maquiller les faits historiques politiques et conflictuels qui ont marqué et qui marquent encore le Québec, c’est de la propagande. Qu’est-ce que de la propagande sinon une campagne de communication visant à changer la perception d’événements et de personnages historiques!…
Pour ajouter l’insulte à l’injure, le gouvernement et ses « experts-conseils » disent puiser leur inspiration du programme d’histoire au Canada anglais! On peut déjà entendre les applaudissements et cris de joie dans les chaumières et salles de rédaction des journaux de St.John’s, Toronto, Ottawa, Calgary ou Vancouver : « Finally, le Québec cessera d’embrigader la jeunesse québécoise! Finally, le Québec alignera ses cours d’histoire sur celle que l’on enseigne dans les classes au Canada! The True Story. »
Alignons-la notre histoire… Nos jeunes apprendront enfin que John Cabot à découvert le Canada et non Jacques Cartier. Ils découvriront que la « Victoire » du bon peuple britannique sur les plaines d’Abraham a permis de libérer les pauvres colons français et de leur apporter la démocratie et la prospérité. On ne parlera plus des Patriotes, mais des dangereux Rebelles. Louis Riel ne sera plus un héros Métis, mais un criminel. Les Acadiens n’auront pas subi un nettoyage ethnique, mais plutôt une relocalisation avantageuse. Les leaders politiques nationalistes et indépendantistes du Québec seront tous dépeints comme des leaders fascistes. On ne parlera plus de la « nation » québécoise, mais de « la société au sein de laquelle l'apprenant évolue». Enfin! la « vraie » Histoire…
Je souhaite de tout cœur que la population, le corps professoral, ainsi que les historiens et intellectuels québécois se mobilisent afin de dénoncer cette réforme. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Si cette réforme va de l’avant, la mémoire du peuple québécois sera amputée de façon irréversible.
Mommy, Daddy (1971)
Paroles : Gilles Richer et Marc Gélinas
Mommy, daddy, I love you dearly
Please tell me how in French my friends used to call me
Paule, Lise, Pierre, Jacques ou Louise
Groulx, Papineau, Gauthier, Fortin, Robichaud, Charbonneau.
Mommy, daddy, what happened to my name?
Oh mommy, daddy, how come it's not the same?
Oh mommy, tell me why it's too late, too late, much too late?
Mommy, daddy, I love you dearly
Please tell me where we used to live in this country
Trois-Rivières, Saint-Paul, Grand-Mère
Saint-Marc, Berthier, Gaspé, Dolbeau, Tadoussac, Gatineau.
Mommy, daddy, how come it's not the same?
Oh mommy, daddy, there's so much in a name.
Oh mommy, tell me why it's too late, too late, much too late?
Mommy, daddy, I love you dearly
Please do the song you sang when I was a baby
Fais dodo, Colas mon p'tit frère
Fais dodo, mon petit frère, tu auras de l'eau.
Mommy, daddy, I remember the song
Oh mommy, daddy, something seems to be wrong
Oh mommy, tell me why it's too late, too late, much too late?
Mommy, daddy, I love you dearly
Please tell me once again that beautiful story
Un jour ils partirent de France
Bâtirent ici quelques villages, une ville, un pays.
Mommy, daddy, how come we lost the game?
Oh mommy, daddy, are you the ones to blame?
Oh mommy, tell me why it's too late, too late, much too late?

NON!
Michel Vastel
Blogue de l'auteur jeudi 27 avril 2006
http://forums.lactualite.com/advansis/?mod=for&act=dis&eid=1&so=1&sb=1&ps=0
Première réaction à chaud, très chaud, à cet article du Devoir sur les cours d'histoire «épurés» pour les élèves du secondaire.
En tant qu'immigrant, il a fallu que j'apprenne cette histoire, justement faite de conflits, de conquêtes, de coups de force du reste du Canada et du gouvernement du Canada contre le Québec, pour devenir Québécois. Mon histoire apprise, vous ne me la confisquerez pas, m'obligeant ainsi à émigrer une deuxième fois.
«Il s'agit de sortir du cadre habituel d'une histoire structurée autour des conflits entre les francophones et les anglophones pour faire une histoire plus rassembleuse», dit l'un des historiens, Jean-François Cardin, consultés par le ministère de l'Éducation du Québec.
Cela s'appelle du révisionnisme, monsieur le professeur!
C'est aussi une insulte à la mémoire d'André Laurendeau, de Daniel Johnson père, et de Robert Bourassa. Il n'est même pas nécessaire de se réclamer des grands leaders souverainistes pour rejeter cela.
C'est NON! Trois fois Non...

L'histoire du Péquistan, sauce libérale !...
Russel Bouchard - http://akakia.blogspot.com/
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
« ..Et quand la raison de l'Histoire, qui est de servir la vérité, est détournée à d'autres fins, nous quittons ce monde, qui a ses règles, ses lois et ses devoir souverains, pour entrer dans celui, plus brumeux, de la politique et de ses maîtres. C'est à plus proprement parler, la fin de l'histoire...» R.B, in La fin de l'histoire par un témoin oculaire, Chicoutimi, 2003.
Les « Gens du Pays »
Qui se croyaient à l'abri d'un effondrement de la pensée historique au Québec en se faisant chantres et vecteurs de la fameuse « nation civique » doivent se tordre de douleur aujourd'hui, avec l'annonce, en première page du journal « Le Devoir » de ce jeudi 27 avril 2006. Comme dans bien d'autres sujets d'ailleurs, ils sont devancés, après avoir mis la table idéologique pendant des années, par le Parti libéral au pouvoir, leur ennemi mortel. C'est l'éternelle histoire de l'arroseur arrosé. Imaginez, le Parlement québécois se prépare à légiférer sur un nouveau cours d'Histoire du Canada et du Québec au secondaire (pour septembre 2007), où on ne parlera plus ni de la Nouvelle-France, ni des Patriotes de 1837-38, ni de l'acte d'Union de 1840 ou de la conscription de 1917 voire du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982. Il faut, plaident les concepteurs, « rendre l'histoire moins conflictuelle », « moins politique » et « davantage plurielle », notamment en accordant une place plus importante aux autochtones et aux groupes non francophones, et à remplir la mission, devenue centrale dans la « réforme », « d'éduquer à citoyenneté » ».
Si c'est écrit en toute lettre dans le journal le plus conformément nationaliste au Québec (Le Devoir), c'est donc que ça doit être vrai ! Le péquisme sauce Charest, du pareil au même ! Ça risque de faire toute une poutine dans le restaurant du Parlement. Imaginez ! Un programme où la vérité historique devient source de conflits avec le politique et le juridique, où la vérité est un obstacle des pouvoirs qui se cocufient l'un dans l'autre. Il y a lieu d'être très très inquiet. C'est, à peu de chose près, le programme d'une histoire du Québec écrit par le PQ, mais présenté par l'autre côté de la médaille, le négatif de la photo.
Ce qui devait arriver est donc finalement arrivé. Nous sommes tombés dans le pot de potion empoisonnée, l'infecte salmigondis d'une histoire officielle, d'une histoire décrétée. « Plus de conflit » plaide les gourous, alors que l'histoire n'est qu'un conflit des trois temps du Verbe : Passé, Présent, Avenir ; ce qui est, la prise en charge de ce qui doit être, et le combat pour construire ce qui sera.
Nous sombrons dans le dogmatisme le plus pur. Nous faisons de la politique non plus en fonction d'une réalité historique qui doit être sans cesse questionnée, mais plutôt le contraire : nous ré-écrivons sans cesse l'histoire en fonction d'un programme destiné à écarter toute prise de conscience des individus. C'est exactement ce dont je m'applique à dénoncer dans l'introduction de mon prochain livret sur les Métis. Je parierais ma chemise que, dans ce prochain cours ou tout est beau tout est bien, on ne fera aucune mention des Métis (si ce n'est des Canadiens français), et que l'autochtone (entendons l'Indien, en exclusivité) sera réduit en l'état du beau et bon sauvage qui vit en parfaite harmonie avec la nature.
Et je vous ferai remarquer que ce programme est monté et avalisé par les universitaires des deux camps (plus spécifiquement de l'Université Laval), ceux-là mêmes à qui l'État québécois a donné, l'année dernière, 142,500 $ pour élaborer sur l'existence (comprenez, dans leur esprit, sur l'inexistance redessinée !) du peuple Métis.
J'ai hâte de voir ce que les pépères et les mémères de la « nation civique » québécoise (les Gérardiens) vont répondre à cette sorte de lobotomie appliquée. On risque d'en voir des vertes et des pas mures. Pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur ce que j'ai dénoncé, voilà déjà trois ans dans un copieux opuscule (le pléonasme est voulu), je vous suggère de courir à votre librairie la plus proche et de commander « La fin de l'Histoire par un témoin oculaire ! », rédigé, monté et publié par votre serviteur (15$ plus 5$ pour les frais). Nous y étions déjà à deux mains, et c'était sous la houlette des Péquistanais...

« NON au projet de dénationaliser l'histoire du Québec »
Gilles Rhéaume
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
Voici copie du message transmis au Premier ministre du Québec ce matin par
l'Association :
« Monsieur le Premier ministre,
L'Association des descendants des Patriotes a pris connaissance avec
stupéfaction d'un document de travail, rendu public dans Le Devoir, selon
lequel une révision en profondeur de l'enseignement de l'histoire nationale
était présentement à l'étude au ministère de l'éducation. Comment est-il
possible de vouloir gommer du programme d'études secondaires des pans
entiers de l'histoire du Québec dont, au premier chef, le combat héroïque
des Patriotes de 1837-1838 pour se libérer de la tutelle anglaise qui serait
désormais présentée comme un bienfait de la providence, dénaturant ainsi les
faits historiques les plus incontestables ?
Ce projet est à nos yeux une entreprise qui rappelle le régime stalinien.
Nous vous demandons de mettre fin immédiatement à toutes ces démarches qui
ne pourraient que fausser l'histoire.
Les Papineau, de Lorimier, Chénier, Duvernay et autres Patriotes, dont près
de 2 millions de Québécois sont les descendants directs, méritent pleinement
d'être présentés pour ce qu'ils sont : des libérateurs de peuple animés du
désir de faire du Québec une république libérée du colonialisme
britannique. Évacuer ce chapitre de l'histoire, c'est travestir la réalité
historique, c'est enseigner le mensonge et faire la promotion d'une
banalisation du patrimoine national.
Comment un gouvernement peut-il en être rendu à tolérer un semblable
programme au service d'une propagande éhontée visant à réécrire l'histoire ?
Gilles Rhéaume
Association des descendants des Patriotes. »

Comme dans les États totalitaires...
J.R. Marcel Sauvé
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
Ce projet de cours d'histoire du Québec et du Canada se veut un cours pour
former de "bons citoyens", entendez, de bonnes andouilles, des pions
dociles, bien conditionnés, obéissants, serviles, qui obéissent au doigt et
à l'oeil aux impératifs purs qu'on leur impose et qui ne posent pas de
questions.
Attention cependant, l'histoire est pleine d'exemples d'andouilles qui se
jettent dans la violence extrême pour sortir de leur conditionnement.
Militaire en Europe, j'ai eu affaire à d'anciens membres de la Gestapo. Des
hommes? Jamais. Des andouilles, conditionnés comme les chiens de Pavlov,
fonctionnant par réflexes et impératifs.
Au centre de la vie citoyenne, il y a l'État. Étudier l'histoire, c'est
apprendre l'histoire de la vie primitive, toujours présente, vers la vie
organisée, celle des États. Le but: s'instruire des principes universels et
des certitudes qui gouvernent l'agir humain. On est loin du
conditionnement, des impératifs purs et des absolus.
Le positivisme, le structuralisme et autres philosophies en isme, rejettent
les universaux et les remplacent par des impératifs purs. C'est Freud qui le
dénonçait. D'autres auteurs contemporains ont tenté d'attirer l'attention
sur le fait, tels Robert Musil, Thomas Mann, Albert Camu, Jean Paul Sartre,
Cyril Falls et Noam Chomsky aux États Unis, qui nous font prendre
conscience du phénomène grandissant de l'indétermination, laquelle prétend
se défaire du "déterminisme" en détruisant à la fois la conscience et
l'inconscient, tant sur le plan individuel que collectif.
Dans notre cas, de quel État s'agit-il? Le cours ne le mentionne pas bien
sûr. Il omet déjà de dire que l'histoire du Québec et du Canada, c'est
l'histoire de la formation d'un État naturel et optimal, apte à devenir État
de jure comme de facto, donc, l'État du Québec, opposé aux États impériaux
qui ont décidé de la fossilisation du peuple des descendants des colons de
Nouvelle France.
À l'État impérial britannique a succédé l'État post-impérial d'Ottawa,
arbitraire, unitaire, artificiel et voué à la même tâche que le précédent.
Les moyens employés sont les mêmes: réductivisme et conditionnement des
populations concernées, qui ne posent jamais de questions et avalent
béatement, pour ne pas dire bêtement, tous les clichés, toutes les
métaphores, les formules propitiatoires, les calembours à l'effet littéral,
les euphémismes et les images toutes faites qui finissent par s'imposer.
Carl Gustav Jung était conscient de la force des symboles. Ces symboles
seront exploités par tous les États unitaires et totalitaires du monde, y
compris l'État central d'Ottawa. La propagande canadienne, telle qu'on la
voit à la télévision et telle que répandue par l'éducation dont Ottawa prend
le contrôle total, oeuvre à conditionner la population de manière à réduire
son jugement critique à zéro. Les demi-instruits sont bienvenus.
Ces méthodes ont créé et et vont continuer de créer des névroses
potentiellement explosives, comme dans l' Europe, conditionnée par les
rationalistes et positivistes et qui a abouti sur deux guerres mondiales.
Les guerres ont leur point d'origine dans l'esprit et les volontés
violentées par le conditionnement et le conditionnement est un langage qui
provoque les névroses parce que l'esprit a besoin de vérité et non de
faussetés.
Ce programme d'histoire fait suite à la Charte des Droits et Libertés de
P.E. Trudeau, charte qui a pour objet de semer la confusion dans les esprits
puisqu'il n'est pas question d'obligations mais de droits, rien que des
droits, seulement des droits et pas autre chose que des droits, isolant
chaque
"citoyen" dans une petite coquille, seul, soumis aux dikats des
communications officielles. Comme dans les États totalitaires, toute
relation vraie est subversive et doit être supprimée. Comme l'existence est
relation en acte et en puissance, le "citoyen" qui en est dépourvu n'est
plus rien, seulement un pion impassible, une andouille dépourvue d'épine
dorsale. L'obligation et le devoir mutuel est le ciment de toute relation,
dont le devoir de vérité, extrêmement exigeant puisqu'il demande une
vigilance de chaque instant.
Quelle stratégie adopter face à ces efforts répétés pour nous fossiliser?
Il ne nous reste qu'une seule option: saborder une fois pour toutes le
pouvoir central d'Ottawa. Il n'y aura plus de "bons citoyens" soumis et
serviles, mais il y aura une population Québécoise et Canadian consciente
qui aura réussi à se soustraire au conditionnement imposé par le moyen
d'obsédants clichés et autres termes qui se faufilent entre la conscience
et l'inconscient tout en étant ni l'un ni l'autre. Le Québec poursuivra la
formation de son propre État, lequel possède déjà les assises nécessaires.
Les autres provinces en feront autant et les nouvelles relations seront
celles d'État à État, non de kétaineries dictées par Ottawa et son valet au
Québec.
C'est le mal de la civilisation dont parle Freud dans ses travaux sur la
névrose obsessionnelle.(Cf: Bemerkungen über einen Fall von Zwangsneurose,
qui date de 1904, peu de temps avant la première guerre mondiale. La guerre,
c'est l'abcès qui crève, c'est l' expression ultime de névroses obsédantes
et présentes depuis longtemps dans les esprits) Comme militaire de
carrière, je vous affirme encore une fois que la guerre ne vient pas des
fusils ni des canons mais des dispositions de l'esprit. Peu de gens veulent
le croire.
En effet, l'adoption de ce nouveau programme de non-histoire est dangereux.

Le nationalisme civique appliqué
Marie Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
Nous assistons depuis des années à la promotion du nationalisme civique par le Parti québécois, le Bloc québécois, les mouvements patriotiques et nationalistes, afin de séduire politiquement les communautés culturelles. Tout cela a été dit et redit à moultes reprises. N'étions-nous pas des racistes, des xénophobes, et peut-être des antisémites? C'est bien ce qu'on nous disait.
Nous assistons ce matin, selon le journal le Devoir, à son triomphe, à son aboutissement et aux conséquences de cette vision.
Qu'ont à dire les propagateurs de cette idée assassine de faire des Québécois, des civiques, afin d'occulter l'existence, l'identité même de millions de Québécois de souche?
Cette tentative de nous faire disparaître de l'Histoire est un coup de force des plus inquiétants dont est responsable notre élite de pseudo-souverainistes. Et il s'en trouvera sans doute pour le justifier et surtout accuser le gouvernement Charest. La politique a encore bonne bouche.
Passer à l'Histoire pour avoir défendu son peuple est une chose; passer à l'Histoire pour l'avoir assassiné est autre chose.

BEAUX BAUX
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
En signant un bail
le locataire s’engage à verser au propriétaire
chaque premier du mois
le montant de son loyer.
Cependant, des ententes
faisant l’approbation des deux parties
peuvent êtres prises,
tel un paiement en deux versements,
un seul au milieu du mois.
Il existe de mauvais locataires,
ceux qui font du bruit et qui dérangent les autres
ceux qui ne paient pas leur loyer à temps
et qui dérangent le propriétaire.
Certains n’ont pas d’argent pour le loyer
mais en ont pour payer la bière, les cigarettes,
l’afficheur, l’appel en attente, le câble,
Internet haute vitesse, le cellulaire, l’auto,
les billets de 6|49, Super 7, Joker, Astro, Banco et Banco,
la Poules aux œufs d’or, la Quotidienne, etc.
Certains n’ont pas d’argent. Point.
Les temps sont durs pour les gens honnêtes
qui font face à toutes sortes de hausses soudaines
qui travaillent au salaire minimum
qui sont au chômage, sur le bien-être social,
qui sont malades, âgés, handicapés, seuls avec des enfants.
Mais s'il se trouve des locataires mauvais payeurs
on dénombre autant, sinon plus, de propriétaires
qui ne cherchent qu’à empocher l’argent
sans jamais procéder à la moindre petite réparation
ou rénovation, qui peuvent laisser fuir les robinets, les tuyaux,
moisir les murs, courir les cafards et les rats
et qui chaque année
avisent les logeurs d’une augmentation bien au-delà de celle
proposée par la régie
évoquant :
la hausse de leur compte de taxes
la hausse du coût de la vie
l’entretien de la bâtisse
le quartier qui serait, selon eux, le nouveau Plateau
la proximité du futur emplacement du centre hospitalier, d’un parc,
de copropriétés
le prix très bas du loyer
quand ce n’est pas l’expulsion pure et simple
pour une occupation éventuelle des lieux
par un membre de la famille
lequel aura, au bout de trois mois, libéré la place.
Le locataire se sentant pris au piège
acceptera des augmentations exagérées
qu’il aura du mal à honorer
ou devra se mettre à la quête d’un gîte.
Le propriétaire se frottera alors les mains,
retroussera ses manches
entreprendra quelques travaux de bricolage
faisant passer de 500 $ à 785 $
de 625$ à 1200$ la location de son logement « entièrement rénové »
avec des matériaux de « première qualité ».
Qui demandera, à des fins de vérification,
à voir l’ancien bail et à en contester l’écart avec le nouveau ?
Où s’installeront le locataire qui ne peut absorber une augmentation de loyer
et celui qui ne peut payer le premier jour du mois ?
Bonne nouvelle !
Ils pourront se dénicher
Un grand 4 1|2 impeccable, cachet, chauffé, eau chaude, poêle à 900$
Un grand 10 1|2, armoires en bois, 2200$ chauffé
Un 7 1|2 superbe, style condo, 1295 $ non chauffé
Un magnifique loft, quartier très agréable, 1675$
Un 4 1|2 style loft
Un 3 1|2 condo style loft
Un luxueux loft
Un beau studio, références
Un 4 1|2 propre, références
Un grand 2 1|2 idéal pour personne seule
Un 5 1|2 idéal couple
5 1|2 idéal locataires tranquilles
Un 1 1|2 visite libre jeudi et vendredi 17h-18h samedi 10h-12h
Ce n’est pas le choix qui manque !
Mais si le gouvernement va de l’avant avec ce merveilleux projet de loi obligeant
les locataires à payer leur loyer à date précise
il devra également déposer une loi pour
forcer les propriétaires à présenter une copie du bail du précédant locataire
et à effectuer les travaux qui s’imposent dans un délai raisonnable.
Que la justice s’applique à tout le monde !

LE COURS DE L’HISTOIRE
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE jeudi 27 avril 2006
Autrefois, vivaient en parfaite harmonie les Indiens d’Amérique.
Puis, Christophe Colomb découvrit le continent.
La France envoya ses valeureux bagnards et ses filles de joie
bâtir la Nouvelle-France.
Les colons français vécurent en parfaite harmonie avec les Indiens d’Amérique.
Ils échangeaient des fusils et de l’eau de vie contre des fourrures, des Indiennes.
Ensemble ils fumaient des calumets de paix sous le tipi.
Plus tard, arrivèrent les Anglais.
Ils déclarèrent que le pays leur appartenait.
Les Français leur cédèrent le territoire.
Jamais, n’y eut-il de massacres, de viols, de maisons incendiées, de scalps,
de pendaisons, d’expulsions, de famine.
Depuis, vivent en harmonie les Amérindiens, les Canadiens et les Québécois.
Fin de l’Histoire
Extrait du Guide de Promotion de l’Histoire Citoyenne
Non contents d’imposer l’anglais dès la première année du primaire
Charest et ses sbires réécrivent,
pour les élèves du secondaire,
l’Histoire
afin de la rendre,
dans un esprit « socio-constructiviste », de « rectitude politique »,
moins conflictuelle
plurielle
rassembleuse
subliminale.
Le Québec évolue, son passé ne fait pas exception.
Heureusement,
l’avenir reste à écrire…
Le peuple du Québec se rebella
devint un pays de langue française
et vécut en harmonie
avec les autochtones, les Anglais, les immigrants.

L’Histoire conjuguée au présent :
mais où sont passés les historiens ?
Gilles Laporte
Journal SSJB, Volume 6 - No 1 - Avril 2006
Nous, on fait de l’histoire, pas de la politique. Combien de fois en préparant la prochaine Journée nationale des Patriotes le 22 mai prochain ai-je entendu cette remarque de la part d’intervenants des musées, des cégeps et des universités. Cette affirmation est pourtant inopérante et témoigne d’une méconnaissance de la fonction de l’histoire. Elle ne sert en fait ni leur discipline, ni surtout un public avide de mieux comprendre le sens de l’histoire du Québec et la lutte lente et difficile en vue de la conquête de la liberté et de l’indépendance.
La fonction essentielle de l’histoire demeure d’éclairer et d’expliquer le présent en mettant en perspective les faits qui ont contribué à forger la société contemporaine et à fonder les luttes et les enjeux du présent. Nier que l’histoire ait prise sur le présent revient à nier sa fonction explicative. Elle devient alors «insignifiante», puisqu’on la dépouille de son sens premier, de son utilité dirions-nous.
Or ce n’est ni une question de neutralité (d’ailleurs toujours factice), ni une question d’objectivité (souhaitable mais inaccessible). La mise en scène de l’histoire procède au départ à des choix destinés à rendre compréhensibles pour nos contemporains des enjeux débattus à d’autres époques et dans d’autres cadres institutionnels. Cette opération apparaît d’ailleurs immédiatement, ne serait-ce que dans un but pédagogique, afin de rendre compréhensibles les faits du passé au regard de nos contemporains. On n’arrive donc jamais à se dépouiller des parallèles avec le présent, ne serait-ce que pour être compris du public. En prétendant le contraire, on réussit au mieux à produire un récit abstrait et désincarné. Au pire, l’historien ou le muséologue est trahi par ses choix implicites. En prétendant demeurer neutre et éviter tout les sujets sensibles, en louvoyant pour éviter tout parallèle avec le présent, il sombre encore plus sûrement dans l’insignifiance.
Le discours historique n’échappe donc pas à sa « récupération » par les enjeux du présent. Assumer cette récupération, tout en faisant en sorte d’en contrôler les ressorts, voilà la tâche urgente à laquelle devraient s’affairer les historiens et les historiennes du Québec.
Il ne s’agit bien sûr pas de gommer la complexité inhérente à l’histoire afin de la rendre malléable aux mains d’un clan politique. Tout au contraire, l’historien doit s’assurer que la rigueur historique est bien servie lors de cette actualisation du passé. C’est justement en prétendant échapper aux enjeux du présent que l’historien nie sa responsabilité sociale et abandonne plus sûrement encore la mémoire du passé aux opportunistes, aux journalistes à sensation, aux chroniqueurs télégéniques et aux agences de communications serviles. En se cantonnant derrière sa stricte fonction de « gardien de la rigueur historique », le spécialiste ne sert ni sa profession, ni le grand public. C’est plutôt sa responsabilité essentielle que d’être présent dans les médias de masse et de s’assurer que cette actualisation du passé se fasse avec rigueur. Le Québec demeure une société modeste où aucun intellectuel ne peut se soustraire aux débats qui occupent la Cité. Les historiens québécois ont pourtant déjà pleinement assumé ce rôle. Dans les années cinquante et soixante, les Lionel Groulx, Maurice Séguin et Michel Brunet intervenaient sans cesse dans la presse et à la radio. Où sont-ils aujourd’hui nos historiens nationaux ? Trop occupés à rédiger des demandes de subvention et des articles pour des revues spécialisées ? En fait ils sont empêtrés dans des scrupules qui n’ont rien à voir avec la véritable mission de l’histoire : un corporatisme paralysant et des contraintes commandées par l’organisme qui subventionne leur groupe de recherche.
Or nulle part cette responsabilité n’est davantage évidente qu’à propos des Patriotes et des Rébellions de 1837-1838. Qu’on y pense. Au Québec se publie bon an mal an une dizaine d’ouvrages sur ce sujet, des numéros spéciaux à répétition, sans compter une pléthore de sites web. Qu’on songe seulement que ces événements font vivre trois musées dans la seule région de Montréal, qu’au fil des ans on a érigé d’innombrables monuments et qu’on tient deux commémorations annuelles, l’une le 23 novembre et l’autre le troisième lundi du mois de mai. On ne viendra pas ensuite nous dire que pour satisfaire un tel engouement les historiens n’ont qu’à s’en tenir à un simple rappel des faits pour arriver à satisfaire le public. Un tel engouement va bien au-delà de la stricte importance de ces événements et ne saurait être comprimé dans un fade compte-rendu historique. Le public est à la recherche de sens et attend qu’historiens et musées lui offrent davantage qu’une revue encyclopédique de faits et de dates. Or, quand des intervenants de cette « industrie patriote », qui « surfent » littéralement sur cet engouement légitime, souhaitent eux-mêmes éviter toute allusion aux enjeux contemporains, ils profitent purement et simplement de la légitime curiosité du public pour lui servir un plat insipide dont nous sortons tous perdants.

Le débat idéologique: sous le signe de la conciliation?
Jean-François Nadeau, Université du Québec à Montréal (UQAM)
L'année politique au Québec 1995-1996
· Rubrique : Les débats idéologiques
Le soir du référendum, la déclaration du premier ministre Jacques Parizeau, profondément perturbé par le résultat, fait couler beaucoup d'encre. Son propos à saveur xénophobe est dénoncé à peu près partout, mais beaucoup d'opposants au projet indépendantiste n'hésitent pas à en remettre, voire à amplifier cette fausse-note pour en faire toute une symphonie discordante. Le passage de Jacques Parizeau à la tête du gouvernement du Québec s'est ainsi terminé sur un nouveau débat idéologique quant aux fondements des positions indépendantistes.
Pour certains, les fondements du nationalisme québécois sont civiques: le projet indépendantiste reposerait sur une conception de la citoyenneté ouverte et englobante. Pour d'autres, ce même nationalisme est jugé avant tout comme identitaire et étroit. Ses fondements toucheraient à l'anticosmopolitisme. Les perceptions divergent.
Après l'arrivée de Lucien Bouchard au poste de premier ministre, les péquistes se font plus modérés et plus conciliants. Au théâtre le Centaur, le Premier ministre prononce un discours devant les leaders de la communauté anglophone qui les invite à favoriser un climat de bonne entente. Le discours, à l'insistance du gouvernement, est très médiatisé. Le thème de la réconciliation devient bientôt la clé de voûte de tous les discours proprement politiques qu'entretient le nouveau gouvernement. Ce qu'affirme le gouvernement Bouchard correspond bien entendu à un désir plutôt qu'à la réalité. Bien qu'il s'applique à blanchir ses mots et à émonder ses idées de façon à répondre à son désir de consensus, le gouvernement n'empêche pas les divisions de se manifester. C'est qu'on ne réduit pas ainsi à néant les motifs de la division idéologique par le seul usage du verbe.
Le gouvernement Bouchard parle beaucoup d'harmonie politique et sociale tout au long de l'année. Les indépendantistes, par l'effet de son impulsion en ce sens, se divisent quant à la façon d'envisager cette question. Pour les uns, il faut d'abord étudier les motifs de nos mésententes pour les solutionner avant de se faire les apôtres de l'union à tout prix dans un contexte politique qui, d'ailleurs, ne l'encourage guère. Pour les autres, il suffit de supprimer le sujet de la discussion pour s'entendre. Dans le contexte post-référendaire, ceux-ci semblent gagner sur ceux-là. Les questions constitutionnelles et linguistiques sont ajournées. Les débats sur la confessionnalité du système scolaire et l'enseignement de l'histoire, repoussés en avant. Les principes de justice sociale, revus dans la seule perspective économique.
Le débat qui entoure le dépôt du rapport sur l'enseignement de l'histoire au Québec illustre cette attitude politique consensuelle. Ce rapport reprend à peu près les grandes lignes du multiculturalisme canadien. Il ne fait peu ou prou de place à l'enseignement de l'histoire nationale du Québec. Pour que tout le monde s'entende dans le cadre d'une idéologie imprégnée de multiculturalisme, il passe sous silence l'histoire nationale pour lui substituer l'histoire des relations entre groupes ethniques, entre femmes et entre autochtones, sans plus voir l'aspect politique qui sous-tend l'organisation générale de l'ensemble de la société. De même, l'histoire des conflits sociaux semble mise en veilleuse. La politicologue Josée Legault écrit dans Le Devoir que le «rapport fait fi de l'urgence de reconnaître au Québec une véritable histoire nationale et d'ouvrir les immigrants à celle-ci dans une approche globale d'intégration».
Après le référendum, une violente sortie de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau contre Lucien Bouchard annonçait déjà que la conciliation souhaitée par ce dernier se ferait aux dépens des positions symbolisées dans le public par l'un ou l'autre des deux hommes. Pour les tenants du fédéralisme canadien actuel, le projet de vie nationale d'une petite nation que symbolise Bouchard apparaît dépassé. Le projet québécois est une «tentative de construction d'un État-nation sans horizon universaliste un peu à la manière de la Slovaquie ou de la Lithuanie, ou de l'Estonie», selon l'écrivaine Régine Robin dans le numéro de juin de la Parole métèque. La puissance des grandes nations est à l'honneur. La pluralité des destins et des situations qu'expriment les petites nations est niée.
Selon le discours fédéraliste, la globalisation qui s'opère à l'échelle du monde fait office de pensée et il suffit donc de la nommer, sans chercher à définir comment elle s'opère, pour être «positif». La globalisation entraîne ainsi la disparition obligée de tout clivage politique. Difficile de concilier cette position avec le désir des souverainistes québécois qui tentent de bonne foi d'assurer la préservation et le développement d'une façon de vivre l'Amérique en français dans un cadre national.

Histoire d'exister
Legault, Josée
Le Devoir mercredi 17 juillet 1996
En octobre 1995, Québec créait un groupe de travail chargé d'étudier l'enseignement de l'histoire au Québec. Le 10 mai, il remettait son rapport final. Macéré dans le multiculturalisme et une bonne dose de rectitude politique, il recèle une idéologie et des recommandations inquiétantes.
Présidé par Jacques Lacoursière, ce groupe devait «donner à l'histoire nationale et universelle sa place de discipline fondamentale dans la formation des jeunes du Québec». Malheureusement, il escamote cet objectif de départ. En fait, l'expression «histoire nationale» n'est reprise dans ce rapport que lorsqu'il est question des États-Unis ou... du Canada! Le Québec ne serait-il pas une nation?
Ce manque pourrait découler des choix idéologiques et de l'image du Québec qu'on y retrouve. Ne faisant aucune référence développée à la nation québécoise - ou à sa majorité francophone - le rapport avance comme leitmotiv l'«ouverture» à l'histoire des autochtones, des anglophones, des communautés culturelles et des sociétés non-occidentales.
Reprenant à satiété ce mantra, le rapport semble vouloir faire du pluriethnisme - une donnée sociologique présente partout en Occident - le principe central de notre historiographie. Simple composante normale de toute histoire nationale, ce pluriethnisme devient ici le prisme à travers duquel devrait s'interpréter l'histoire du Québec.
Pour peaufiner son refrain multiculturaliste, le groupe aurait vu quelques fonctionnaires des ministères de l'Éducation et de l'Immigration et des communautés culturelles. Bref, une bureaucratie qui se nourrit depuis longtemps à la mamelle de cette même idéologie et s'appuie sur l'industrie croissante de l'«interculturalisme».
Mais cet horizon limité explique-t-il à lui seul cette ignorance de la nation québécoise ou de sa majorité francophone? Comment comprendre que l'on pose une quête ethniciste comme postulat historiographique alors que cette dernière n'a pas droit de cité? Si le rapport tient tant à une vision ethniciste, que fait-il de l'ethnie la plus nombreuse du Québec?
Le problème aurait-il été politique? Aurait-on, une fois de plus, craint d'affirmer l'existence de la nation québécoise et de sa francité? Comment expliquer que la seule mention qu'en fait ce rapport provienne du texte d'une proposition déposée à l'Assemblée nationale par le député péquiste Claude Charron... en 1974! D'où un rapport joliment proche du multiculturalisme fédéral, lequel, doit-on le rappeler, vise la dilution de l'identité québécoise dans la grande mosaïque canadienne.
D'une grande cohérence politique, le rapport demande aux élèves de s'ouvrir aux «autres» «dans la compréhension et le respect des différences» et - pourquoi pas - «construire ses propres savoirs historiques, selon ses besoins ou ceux de son groupe, selon une démarche particulièrement riche, alors, de ressources identitaires librement consenties»!
L'élève doit donc développer «une attitude d'ouverture et de respect à l'égard des valeurs autres que les siennes»; «s'ouvrir aux autres sociétés et en venir ainsi à respecter les différences»; se sensibiliser «à la présence d'autres sociétés que la sienne, qu'elles soient actuelles ou non» (sic), «comprendre un peu mieux les revendications autochtones», etc. L'affirmation est tellement plus aisée pour les «autres».
Et, toujours pas un mot sur la nation québécoise, ses propres «revendications» ou une majorité traitée comme une «fraction marginale» - pour reprendre le mot du rapport sur le sort réservé aux femmes par l'historiographie. En fait, ce rapport fait fi de l'urgence de reconnaître au Québec une véritable histoire nationale et d'ouvrir les immigrants à celle-ci dans une approche globale d'intégration. En place et lieu, le rapport propose le cheminement inverse. Serait-ce la politique du gouvernement Bouchard?
D'ailleurs, on retrouve dans ce rapport une vision similaire à celle du projet de loi 18 créant le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. Un projet qui ne dit mot sur la nation québécoise et propose de «promouvoir l'ouverture au pluralisme et le rapprochement interculturel» plutôt que l'intégration.
Comment s'étonner lorsque le rapport de M. Lacoursière fait mention de l'«acceptation de l'irrationnel» (!) comme nouvelle valeur ou de «savoirs relatifs»... Comme si les nations avancées n'avaient pas une hiérarchie de valeurs et de référents historiques. À moins que le Québec ne soit plus qu'un simple composite d'«autres» sociétés et d'«autres» peuples.
Ce rapport n'offre pas le projet d'une histoire véritablement nationale aidant à former des citoyens québécois à part entière et à mieux intégrer les immigrants. Son idéologie étant ce qu'elle est, on aurait pu économiser notre argent en recyclant de vieux textes de Patrimoine Canada.
En exergue, le rapport cite Isaiah Berlin: «les barbares seuls ne sont point curieux de leurs origines, de ce qui les a amenés à être ce qu'ils sont, de ce vers quoi ils se dirigent et de leur désir d'aller ou non dans cette direction, ni du pourquoi de cette adhésion ou de ce refus».
Lorsqu'en dehors d'une campagne référendaire à tous les 15 ans, une partie de nos élites et nos propres gouvernants refusent de nommer la nation québécoise et son caractère français, on doit s'interroger sur son avenir. Ce refus de plus en plus marqué d'être et de se nommer face à ceux qui attendent que nous cessions tous de le faire serait-il pour le Québec l'aboutissement de quatre siècles d'existence? L'histoire seule jugera.
