Un leader charismatique S. V. P.

Zylag
Blogue APRÈS TOUT... jeudi 11 mai 2006

Y a-t-il des lois générales prédéterminant le cours de l'histoire? Je ne le crois pas. Des millions de facteurs interagissent ensemble, chacun suivant ses propres lois déterminantes, pour donner ce que Macbeth appelle "une histoire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien".

Les peuples ont-ils un destin manifeste? Je ne le crois pas. On trouvera toujours des illuminés pour essayer de bidouiller des trucs comme "établir la supériorité de la race aryenne" ou "répandre la liberté et la démocratie dans le monde". À l'échelle des 100 000 années marquées par l'existence d'Homo sapiens sapiens sur cette planète, ces tentatives sont un "blip" sur l'écran de l'histoire.

À la lumière des données mentionnées ci-haut, parlons de la souveraineté du Québec. Conservons les hypothèses de base qu'a toujours maintenues le Parti québécois: une souveraineté acquise selon un procédé démocratique respectant nos lois ainsi que le droit international.

Il faut d'abord que le Parti québécois reprenne le pouvoir. Il faut ensuite qu'il organise un référendum. Finalement, il faut que, sur 4,7 millions de personnes, 2,350 millions de personnes cochent OUI sur un bout de papier, et ce, le même jour.

Des émotions diverses m'agitent devant l'éventualité d'un référendum. Je ne les nommerai pas parce que cela n'est pas utile. En effet, les 4 699 999 autres personnes qui composent l'électorat sont elles aussi agitées d'intenses émotions face à la chose.

Je regarde cela et je vois 4,7 millions de molécules dans un bol de soupe, toutes agitées d'un mouvement brownien. Il faut qu'une force extérieure intervienne pour briser le caractère aléatoire du mouvement des molécules.

En politique, la force la plus couramment utilisée pour effectuer de grands mouvements de foules, c'est le leader charismatique. Presque tous les grands bouleversements de l'histoire se sont faits sous l'égide de grands leaders. Gagner une élection au Québec, où nous avons le droit de vote depuis 1791, n'est pas un grand bouleversement. Gagner un référendum sur la souveraineté, si.

L'alternative au leader charismatique, c'est le patient travail de conviction effectué par une organisation solide, capable de fonctionner et de maintenir son unité sans leader fort, mue par l'évidente justesse de sa cause. Dans le cas qui nous occupe, je regrette de le dire, il n'est pas évident pour tous que la cause est juste. Je ne connais pas d'autres peuples qui ont par deux fois refusé d'exercer une souveraineté pleine et entière sur leur territoire.

Les deux derniers référendums ont polarisé l'opinion publique de façon irrémédiable. Essayez aujourd'hui d'approcher un fédéraliste pour lui parler de souveraineté, vous ne soulèverez qu'un vague mépris ennuyé... au mieux.

On en revient au leader charismatique, celui qui va changer la donne, celui qui va gagner secrètement l'adhésion de ceux qui ont peur et qui ont toujours dit NON.

Ce billet ne prône pas le retour de Lucien Bouchard. Personne n'est leader charismatique à vie, et la fenêtre d'opportunité qui lui a permis de l'être est maintenant fermée. Ce billet, plus modestement, s'insurge contre l'idée qu'un jour 2 350 000 personnes, matures, rationnelles, responsables et résolues, simplement portées par la conviction de la nécessité d'un pays à naître, puissent cocher OUI sur un bout de papier tous ensemble le même jour, juste comme ça.




Déraisonnablement raisonnable

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE jeudi 11 mai 2006

Où tu vas
fais ce que tu vois
dicton chilien

Accommodements intérieurs,
linguistiques, religieux, culturels,
vestimentaires, culinaires, historiques,
le Québec est la terre promise.

Nous l’appellerons S.
Elle vient du Pakistan.
Elle a vécu en Arabie Saoudite.
Dix ans plus tôt,
son mari et elle sont venus s’installer à Montréal.

Son mari travaillera le jour où il sera à son compte.
Après avoir eu trois enfants,
dont un atteint de déficience mentale,
S. compte étudier à Dawson college
en techniques infirmières
profession qu’elle exerçait auparavant.
Elle n’aime pas le français
mais admet qu’il lui sera utile dans son travail.
S. n’aime pas le Québec.
Ici, les femmes sont des prostituées.
Elles couchent avec tout le monde.
Elles fument et boivent.
Leurs vêtements sont trop courts, transparents,
les brettelles de leur soutien-gorge dépassent.
S. se voile partiellement les cheveux,
se couvre le corps d’une robe et d’un pantalon.
Les Québécois, note-t-elle,
n’ont pas le sens de l’amitié ni de la famille.
Ils ne font pas d’enfant, ils divorcent.
Chez nous, on ne divorce pas.
Le divorce, ce n’est pas bon.
Même si son mari la frappe
même si, tandis que les enfants regardent la télé
il la viole dans la salle de bain
même s’il a déjà failli la tuer
S. restera auprès de lui.

Sommes-nous racistes ? titre l’Actualité du mois de mai.
Qui ce « nous » englobe-t-il ?




Pour une souveraineté lucide

Michel David
Le Devoir jeudi 11 mai 2006

Moins d'un an après son adoption au congrès de juin 2005, le programme du PQ ressemble à un document mort-né condamné à s'empoussiérer sur les tablettes des archives.

Dès l'impression d'une version préliminaire, quelques jours après le congrès, Jacques Parizeau avait décrété qu'il était rempli de «conneries». Si André Boisclair le trouvait si extraordinaire, c'était manifestement qu'il ne l'avait pas lu, avait-il raillé dans une entrevue dont le compte rendu allait être publié dans L'Annuaire du Québec 2006. Selon lui, il était impératif que le nouveau chef du parti convoque un congrès spécial ou tienne un «renérendum» pour corriger le tir.

L'ancien premier ministre s'est fait beaucoup plus discret depuis. Assez ironiquement, Jean Charest a repris ses critiques à son compte, mais en donnant un tout autre sens au passage qui l'avait tellement irrité. M. Parizeau était furieux d'avoir lu dans le programme que «le gouvernement du Parti québécois se limitera à poser uniquement les gestes absolument indispensables pour donner suite à son engagement de réaliser la souveraineté». Là où il avait vu une invitation à la tiédeur excluant tout «geste de rupture» avant la tenue d'un référendum, M. Charest voit plutôt la preuve de l'obsession du PQ qui, une fois au pouvoir, ne fera rien d'autre que promouvoir la souveraineté.

Le Devoir publie aujourd'hui en page Idées un texte signé par un groupe de souverainistes venant d'horizons très divers et qu'ils auraient pu intituler «Manifeste pour une souveraineté lucide». Eux aussi réclament une révision du programme de juin, mais pour des raisons totalement différentes de celles de M. Parizeau.

La lecture de leur texte, qui semble l'expression même du bon sens, a quelque chose d'un peu décourageant. Qu'ils sentent le besoin de dénoncer les «sophismes» qui affligent encore le PQ signifie qu'après une autre ronde de discussions sur le processus d'accession à la souveraineté, un congrès d'orientation, la démission de Bernard Landry et l'élection d'André Boisclair, le problème demeure entier.

***

S'il y a une question qu'on croyait réglée une fois pour toutes, c'est bien celle de l'élection référendaire. Eh bien non ! L'idée qu'il soit possible de réaliser la souveraineté en faisant l'économie d'un référendum est même le premier sophisme auxquels s'attaquent les nouveaux lucides.

À cet égard, le programme est pourtant clair : la tenue d'un référendum portant directement sur la souveraineté est un passage obligé. Fin de la discussion ? C'est bien mal connaître le PQ. Un groupe de «purs et durs» entend se prévaloir des nouveaux statuts adoptés au congrès de juin dernier pour former au sein du PQ un «club politique» qui serait officiellement reconnu sous le nom de Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES). En acceptant la constitution de ce nouveau club, non seulement le PQ accepterait la dissidence sur une question aussi essentielle, il l'encouragerait aussi.

Les lucides vont plus loin. Ils rejettent également la stratégie de l'élection préréférendaire. «Annoncer qu'on tiendra un référendum même si on n'a pas l'assurance morale de le gagner et que, s'il est perdu, on abandonnera les Québécois à leur mauvais sort provincial -- c'est-à-dire libéral -- est une stratégie rien de moins que suicidaire. L'électorat refuserait de courir un tel risque et pourrait bien rejeter à jamais à la fois l'option souverainiste et le parti qui la porterait avec autant d'arrogance et de mépris pour son propre peuple.»

Cette fois-ci, ce n'est pas un petit groupe d'activistes qui est visé. Ce qu'on dénonce ici, c'est la stratégie qui découle directement du «programme de pays», à laquelle souscrit officiellement André Boisclair. En promettant la tenue d'un référendum «le plus tôt possible à l'intérieur du prochain mandat», le PQ a abandonné les précautions les plus élémentaires au profit d'un coûte-que-coûte irresponsable qui ne peut qu'effrayer la population.

***

Les lucides font également un sort à la «constitution initiale» que le programme du PQ propose de rédiger dès la prise du pouvoir. «L'élaboration d'une nouvelle constitution soulève inévitablement une foule de questions hautement controversées, dont la principale porte sur la détermination du régime politique», expliquent-ils.

Ils s'opposent tout autant à l'élection d'une assemblée constituante pour rédiger une constitution permanente au lendemain d'un victoire du OUI, y voyant «la meilleure recette de l'insuccès et de profondes et longues perturbations tant économiques que politiques».

Ceux qui s'emballent pour de telles choses ne soupçonnent pas les problèmes inutiles qu'ils s'attirent. Loin d'être un lieu de réconciliation nationale, l'assemblée constituante deviendrait à coup sûr un nouveau de champ de bataille où les fédéralistes, vaincus mais pas désarmés pour autant, poursuivraient le combat.

Durant toute la course au leadership, Louis Bernard a tenté de convaincre les militants péquistes qu'il faudrait faire les choses «correctement» au lendemain d'un OUI, c'est-à-dire éviter une déclaration unilatérale d'indépendance qui donnerait au Canada anglais un prétexte pour ne pas négocier et qui risquerait d'indisposer la communauté internationale. Les lucides proposent donc que le programme soit formellement modifié pour prévoir une période de négociation raisonnable, par exemple un an.

Plus encore que le programme, il faudrait cependant changer l'état d'esprit qu'il traduit. L'heure n'est pas à la précipitation. Bien sûr, le PQ n'a pas à renoncer à son projet sous prétexte que les Québécois se sont entichés de Stephen Harper et de son fédéralisme d'ouverture, mais il doit certainement tenir compte de cette réalité dans l'élaboration de sa stratégie.

Même si 70 % se disent satisfaits du gouvernement Harper selon le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir, il y en a tout de même 43 % qui voteraient «pour la souveraineté du Québec». Compte tenu du libellé de la question, nettement plus «dur» qu'en 1995, il n'y a pas lieu d'être découragé, mais cela demeure insuffisant. La détermination ne doit pas exclure la lucidité.

mdavid@ledevoir.com





Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté

Pour en finir avec certains sophismes

Collectif* - Extraits du manifeste
Le Devoir jeudi 11 mai 2006

La majorité des Québécois, souverainistes comme fédéralistes, croient que l'accession du Québec à l'indépendance n'est possible qu'aux trois conditions suivantes:

- qu'un référendum portant clairement et exclusivement sur l'indépendance soit tenu;

- que ce référendum exprime clairement et incontestablement la volonté de la majorité en faveur de l'indépendance;

- que le Québec et le Canada négocient de bonne foi les modalités de la séparation des deux États et de la transmission des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. En cas de mauvaise foi manifeste de la part du Canada, cependant, notre Assemblée nationale pourrait adopter une déclaration unilatérale d'indépendance susceptible d'être reconnue par la communauté internationale.

En tout état de cause, la plupart des Québécois sont favorables à une entente avec le Canada qui serait à l'avantage commun des deux États : libre-échange, marché commun, union monétaire ou autre arrangement souhaitable.

Malgré tout, certains indépendantistes déploient une énergie folle à trouver de nouvelles et meilleures manières de faire accéder le Québec à l'indépendance. On cherche la voie qui conduira le peuple québécois à la terre promise, à travers les écueils de la mer rouge (maintenant bleue) astucieusement entrouverte pour laisser le libre passage au peuple en marche vers sa destinée.

Le problème, c'est qu'en politique, il n'y a pas de miracle. La seule voie du succès est celle du réalisme, qui doit être la mesure de toute stratégie. Sans cela, on court à sa perte, on met dangereusement en péril la nation même, qu'on veut pourtant sauver. [...] Il nous est [donc] apparu nécessaire de tenter de convaincre nos compatriotes d'éviter certaines erreurs factuelles ou stratégiques. [...]

L'impasse référendaire

Après l'adoption, en 1982, de la Loi constitutionnelle de Trudeau malgré l'opposition de notre Assemblée nationale, qu'avons-nous fait pour renforcer la conscience nationale des Québécois, à part chialer ? Nous aurions pu nous donner notre propre constitution québécoise ou, à tout le moins, établir une citoyenneté québécoise reconnaissant le droit de vote aux citoyens québécois plutôt qu'aux «citoyens canadiens résidant au Québec depuis au moins six mois». On s'est contenté de l'inefficace loi Facal sur les prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec (30 mai 2000) tout en continuant de prétendre à tort que la loi Dion sur la clarté avait bâillonné la nation, mis le Québec en tutelle et rendu désormais impraticable la voie référendaire.

La vérité est tout autre. La loi Dion ne s'applique qu'au gouvernement fédéral, et encore jusqu'à ce qu'un autre parlement en dispose autrement. Cette loi ne fait que préciser à quelles conditions le gouvernement fédéral accepterait de négocier avec le Québec les modalités de sa sécession; elle n'affecte en rien le droit constitutionnel de sécession reconnu au Québec par la Cour suprême du Canada. [...] Tous ceux qui prétendent que la Loi sur la clarté constitue un obstacle insurmontable à la voie référendaire font le jeu de Stéphane Dion et l'aident à atteindre son objectif : faire peur. [...] Si on ne croit pas que les Québécois sont capables de résister à quelques magouilles fédérales, du genre des commandites ou d'Option Canada, alors aussi bien oublier le projet de l'indépendance ! [...]

L'élection d'une majorité de députés indépendantistes à l'Assemblé nationale, même s'ils recevaient la majorité des voix (et à plus forte raison dans le cas contraire), ne pourrait témoigner clairement et incontestablement de la volonté majoritaire des Québécois en faveur de l'indépendance du Québec. S'appuyant sur l'avis de la Cour suprême, le Canada se déroberait à toute négociation que le Québec voudrait entreprendre sur la seule base d'une élection référendaire et refuserait de reconnaître toute déclaration unilatérale d'indépendance du gouvernement ou de l'Assemblée nationale fondée sur une simple majorité des députés. [...]

La voie référendaire est donc incontournable. Mais elle passe nécessairement par l'élection d'une majorité parlementaire engagée ou disposée à tenir un référendum sur la souveraineté.

La stratégie d'une élection préréférendaire -- c'est-à-dire comportant comme seul engagement celui de tenir un référendum sur la souveraineté et de refuser d'administrer «une simple province», donc de démissionner en bloc en cas de défaite référendaire -- est-elle une bonne stratégie ? Annoncer qu'on tiendra un référendum même si on n'a pas l'assurance morale de le gagner et que, s'il est perdu, on abandonnera les Québécois à leur mauvais sort provincial -- c'est-à-dire libéral -- est une stratégie rien de moins que suicidaire : l'électorat refuserait de courir un tel risque et pourrait bien rejeter à jamais à la fois l'option souverainiste et le parti qui la porterait avec autant d'arrogance et de mépris envers son propre peuple. Comme le répète assidûment Gilles Duceppe, la stratégie du pire est la pire des stratégies.

Un référendum à double volet

Il est constant que l'option à double volet, la souveraineté-association ou partenariat, est plus populaire (d'environ 10 %) que l'option simple (d'aucuns diraient «franche») de l'indépendance. Par ailleurs, ce que la majorité des Québécois veut, c'est la souveraineté assortie d'une association ou d'un partenariat avec le Canada : pas de séparation ! Alors, pourquoi ne pourrait-on pas tenir un référendum sur cette option ?

On le peut. D'ailleurs, on l'a déjà fait deux fois. Un référendum gagnant dont la question porterait sur les deux objectifs -- la souveraineté et l'association -- obligerait certes le Canada à négocier cette «nouvelle union canadienne» mais, advenant qu'il refuse la proposition québécoise -- comme il en aurait le droit incontestable --, cela n'autoriserait en rien le Québec à déclarer unilatéralement son indépendance. Pour pouvoir le faire, le Québec devrait nécessairement gagner un autre référendum portant seulement sur l'accession à la souveraineté, forçant ainsi le Canada à négocier de bonne foi les modalités de sa mise en oeuvre. [...]

Les Québécois ne peuvent maintenir leur ambivalence jusque dans la question référendaire : l'indépendance d'un pays ne s'obtient pas dans l'ambiguïté mais par une volonté claire, résolue, largement partagée et durable. [...]

L'autre manière de noyer le poisson référendaire, c'est de faire de la souveraineté l'article premier d'une constitution élaborée par une assemblée constituante et ratifiée par référendum. C'est la proposition de l'Union des forces progressistes, maintenant fusionnée avec l'Option citoyenne pour devenir le nouveau parti Québec solidaire.

L'élaboration d'une nouvelle constitution soulève inévitablement une foule de questions hautement controversées, dont la principale porte sur la détermination du régime politique : veut-on conserver notre régime actuel ou le remplacer par un régime présidentiel à l'américaine ou mixte à la française ? Et l'élection d'une assemblée constituante composée de citoyens, fonctionnant en marge de l'Assemblée nationale et soumise à tous les vents et à toutes les pressions dans le contexte d'un pays en voie de formation et d'accession à l'indépendance, serait à notre avis la meilleure recette de l'insuccès et de profondes et longues perturbations, tant économiques que politiques. [...]

Quant à la loi constitutionnelle du Québec indépendant, il faut savoir que le Québec a d'ores et déjà une constitution, bien que celle-ci, non codifiée, demeure éparse dans divers textes de loi et diverses coutumes constitutionnelles britanniques et canadiennes. Le jour de son indépendance, le Québec aura cette même constitution, sauf que cesseront automatiquement de s'appliquer les dispositions des lois constitutionnelles canadiennes de 1867 et 1982 incompatibles avec la souveraineté du Québec. Il suffira alors que l'Assemblée nationale pourvoie au remplacement de la fonction de lieutenant-gouverneur par une présidence ayant les mêmes pouvoirs protocolaires et nommée par l'Assemblée nationale (par exemple sur proposition du premier ministre et du chef de l'opposition officielle) ainsi qu'à l'établissement d'une cour suprême du Québec. Pour le reste, il vaudrait mieux éviter les grands débats fondamentaux susceptibles de diviser les Québécois au moment où s'imposera un grand besoin de rassemblement et d'unité. [...]

La reconnaissance internationale

D'aucuns, dont le nouveau Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES), qui a demandé au Parti québécois sa reconnaissance comme club politique, pensent que la meilleure façon de faire l'indépendance serait par la force, par un coup d'État réussi brisant l'ordre constitutionnel québécois et canadien par une simple déclaration unilatérale d'indépendance faite par le gouvernement et une majorité de députés à l'Assemblée nationale (représentant ou non une majorité d'électeurs). Le PQ ou une coalition de partis indépendantistes prendrait le pouvoir et déclarerait l'indépendance. [...]

Cette voie d'accession à l'indépendance ne peut réussir que si les deux conditions suivantes sont réunies : d'abord, il faut qu'une large majorité de Québécois l'accepte et consente à s'y soumettre et que les autres puissent y être contraints par la force, c'est-à-dire par la police du nouvel État; ensuite, il faut que le Canada et la communauté internationale respectent le nouvel ordre établi, puis, avec le temps, consentent à le reconnaître -- c'est-à-dire que le Québec devra être capable, au besoin, de faire respecter militairement le contrôle effectif de son territoire.

Nous sommes convaincus qu'une majorité de Québécois refuserait de se laisser entraîner dans l'illégalité et dans la longue et pénible période d'incertitude et de «turbulences», tant économiques que politiques, qui résulterait inéluctablement d'un tel procédé inadmissible dans un État de droit.

Ceux qui prétendent pouvoir se passer de la légalité en invoquant la légitimité de leurs prétentions indépendantistes s'appuient sur un prétendu droit du peuple québécois à l'autodétermination en vertu du droit international. Or, selon le droit international actuel, le droit des peuples à l'autodétermination ne signifie le droit à l'indépendance que pour les peuples colonisés par les puissances impériales ou opprimés par l'État dont ils font partie et dans lequel ils constituent des minorités nationales privées d'une autonomie raisonnable. Pour les autres peuples, le droit à l'autodétermination signifie seulement le droit à l'autonomie interne. Or, même si le Canada s'est rendu coupable de nombreuses injustices envers les Canadiens français du Québec et des autres provinces, il est loin d'être évident que les Québécois pourraient être reconnus internationalement comme peuple opprimé par le Canada.

Fort heureusement toutefois, la Cour suprême du Canada a interprété le droit constitutionnel canadien comme reconnaissant à toute province le droit de sécession, soit de se séparer du Canada pour devenir un État indépendant, si telle est la volonté claire d'une majorité claire de ses citoyens, exprimée par un référendum suivi de négociations de bonne foi préalablement à l'entrée en vigueur de la sécession et à une déclaration d'indépendance. Le gouvernement et l'Assemblée nationale du Québec ont d'ailleurs reconnu «l'importance politique» de cet avis de la cour sur le droit de sécession du Québec dans la loi du 30 mai 2000 sur l'existence des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec. [...]

Il nous faut par conséquent et malheureusement conclure que le congrès que le PQ a tenu en juin 2005 s'est trompé en adoptant la section 1.2.5 du programme, qui engage le PQ à «déclarer la souveraineté du Québec et à donner des effets immédiats à celle-ci en posant [...] une série de gestes de souveraineté nationale au lendemain du référendum». Comme le prochain congrès national ne doit avoir lieu qu'en 2009 en vertu des nouveaux statuts, il faudrait convoquer le plus tôt possible un congrès spécial ou faire adopter les modifications nécessaires par un vote postal de tous les membres.

***

*Marc Brière, juriste
Jacques Beauchemin, sociologue
Jean-Roch Boivin, conseiller politique de René Lévesque et de Lucien Bouchard
Philippe Cousineau-Morin, étudiant en science politique
Claude Jasmin, écrivain
Guy Lachapelle, politologue
Henry Milner, politologue
James Walkins, administrateur
***
Version complète : UNE APPROCHE REALISTE DE LA SOUVERAINETE ET POUR EN FINIR AVEC CERTAINS SOPHISMES (1)

(Note de Vigile: Vous êtes invités à faire parvenir vos commentaires et signer le Manifeste à cette adresse: d_letourneux@hotmail.com)




Le manifeste des «réalistes»
50 % +1 ne suffiraient pas à réaliser la souveraineté

Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 11 mai 2006

Les péquistes sont invités à rejeter l'élection référendaire et la déclaration unilatérale d'indépendance

Dans leur Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, des souverainistes reconnus rejettent l'idée d'une élection référendaire et celle d'une déclaration unilatérale automatique après un OUI gagnant. Il faut «cesser de faire peur en jouant les matamores purs et durs», écrivent les péquistes modérés, dont Jean-Roch Boivin et Marc Brière. Selon eux, «ce qui fait peur aux gens, ce n'est pas tant l'indépendance que les excès des indépendantistes».

La règle «légale» d'accession à la souveraineté a beau être celle du 50 % +1, mais «en pratique, la position du Québec serait alors si fragile et le résultat du référendum si ouvert à la contestation que la situation pourrait être intenable, insoutenable pour une majorité même de Québécois». C'est ce qu'affirment des souverainistes renommés, réunis autour du juriste Marc Brière, dans leur Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, dont de larges extraits sont publiés dans notre page Idées aujourd'hui (le texte complet peut être consulté sur notre site www.ledevoir.com). Ce manifeste est signé par l'ancien conseiller politique des premiers ministres Lévesque et Bouchard, Jean-Roch Boivin, l'ex-directeur des communications de Bernard Landry, James Walkins, l'écrivain Claude Jasmin, les politologues Guy Lachapelle et Henry Milner ainsi qu'un étudiant en science politique, Philippe Cousineau-Morin.

Avec un OUI court, le Canada, en s'appuyant sur l'avis de la Cour suprême sur la souveraineté, «pourrait alors réussir à reculer l'échéance et à empêcher ou à retarder la reconnaissance du nouvel État québécois souverain par les États étrangers qui comptent, notamment les États-Unis, l'Angleterre, la France», écrivent les pétitionnaires. Les auteurs insistent : la règle du 50 % + 1 demeure «parfaitement légitime». Mais «en pratique», une majorité courte s'avérerait «difficile à gérer, tant pour sa reconnaissance internationale que pour la négociation avec le Canada des modalités de la sécession».

Club de «purs et durs»

C'est dans le contexte de la création très probable d'un nouveau «club politique» de «purs et durs» au sein du Parti québécois, par le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES), que les signataires du manifeste ont décidé de prendre la plume. Un des fondateurs du MES est le député de L'Assomption Jean-Claude St-André, qui a participé à la course à la direction du PQ et qui est un tenant des «gestes de rupture» avec le Canada dès la réélection du Parti québécois. Les nouveaux statuts du parti permettent l'accréditation de «clubs politiques», ce qui a d'ailleurs rendu possible l'émergence du club Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), très actif depuis un peu plus d'un an. Ce printemps, les membres du MES ont officiellement demandé à l'exécutif du parti la reconnaissance de leur club. Mais selon les statuts de la formation politique, c'est la «conférence des présidents» qui officialise l'existence du club après «recommandation de l'exécutif national». Or l'exécutif se penchera sur la question l'automne prochain, a indiqué la permanence du PQ hier.

Les signataires du manifeste s'en prennent à quatre «sophismes» courants chez les péquistes radicaux, dont ceux voulant qu'il faut abandonner la voie référendaire et que tout peuple normal est souverain. Ils qualifient de «suicidaire» la stratégie, promue par le MES (et pourtant rejetée au congrès de juin 2005), d'une élection «préréférendaire comportant comme seul engagement celui de tenir un référendum sur la souveraineté et de refuser d'administrer "une simple province", donc de démissionner en bloc en cas de défaite référendaire».

Farouches critiques des thèses «jusqu'au-boutistes», les signataires du manifeste le sont aussi du programme du Parti québécois adopté en juin 2005. «Il y a des "conneries" dans le programme, pour reprendre le terme de Parizeau, mais évidemment, les conneries que j'y vois ne sont pas les mêmes que celles que l'ancien chef détecte !», a confié Marc Brière.

Conditions gagnantes

Les pétitionnaires estiment, comme l'ancien candidat à la direction du PQ Louis Bernard, que le programme péquiste actuel va trop loin avec sa promesse de l'adoption d'une «déclaration unilatérale d'indépendance» au lendemain d'un OUI gagnant. Aussi, il est selon eux «suicidaire» d'annoncer qu'on tiendra un référendum même si on n'a pas «l'assurance morale» de le gagner, reprenant ainsi une expression de Bernard Landry. En entretien avec Le Devoir, un autre signataire, le sociologue Jacques Beauchemin, a osé citer le prédécesseur de M. Landry : «On peut bien rire des conditions gagnantes de [Lucien] Bouchard, mais on ne fait pas un référendum précipitamment après la victoire électorale sans un minimum d'assurances. S'enfermer dans un échéancier est suicidaire.» En somme, «ce qui fait peur aux gens, ce n'est pas tant l'indépendance que les excès des indépendantistes», concluent-ils.




Lettre ouverte à André Boisclair

Lise Payette
Journal de Montréal jeudi 11 mai 2006

Vous le savez, vous n'étiez pas mon premier choix. J'aurais vraiment souhaité que Pauline Marois ait la chance de nous montrer ce qu'elle pouvait faire à la tête de ce pays. Les membres du Parti québécois en ont décidé autrement et vous êtes là. Mais si peu que même vos absences commencent à m'inquiéter.

Je vous ai entendu expliquer que vous aviez un parti à remettre en ordre. J'imagine que c'était absolument nécessaire après la course à la chefferie échevelée à laquelle nous avions assisté. Trop de candidats, trop de règles, trop d'encadrement et des débats au cours desquels personne n'arrivait à se démarquer tellement la liberté d'expression était réduite à sa plus simple expression.

Six mois plus tard, vous n'avez toujours pas de vie publique. Il va falloir plus qu'une petite déclaration par-ci par-là pour que nous apprenions à vous connaître. À force d'attendre le lever du rideau, vous risquez d'avoir perdu ceux et celles qui attendaient de vous une ligne directrice dans le flou que l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper a provoqué chez beaucoup de Québécois ou, tout au moins, quelques idées nouvelles auxquelles s'accrocher devant la tentation fédéraliste qui s'est emparée de nos autres dirigeants.

Un poste exigeant

Vous avez choisi un gros morceau. On peut bien se le dire entre nous. Peut-être que vous n'aviez pas pleinement réalisé que le poste que vous aviez ambitionné est aussi exigeant.

Quand on le voit de l'extérieur, on peut le voir comme un défi personnel et se dire qu'on peut faire aussi bien que tous ceux qui nous ont précédés. C'est plus compliqué que ça.

J'en veux pour preuve le sort de ceux qui s'y cassent les dents malgré leur conviction profonde qu'ils sont faits pour être le premier ministre. Quand on les voit faire, c'est assez triste et désolant, mais quand on ambitionne d'être à leur place, j'imagine que ça fait peur.

Ça ne serait pas normal que vous ne vous sentiez pas très petit dans vos souliers au moment d'entrer en scène comme chef de parti. Il faut pourtant le faire parce qu'il y a une certaine urgence.

Les sans voix

En effet, 65% des Québécois souhaitent le départ de Jean Charest et 41% voudraient le retour de Lucien Bouchard dans une association avec Mario Dumont. Il y a en ce moment un vacuum au niveau du leadership. Quel pourcentage de Québécois ne se sent pas représenté par ces noms qui précèdent? Quel pourcentage souhaite l'arrivée d'André Boisclair? Personne ne le sait. Vous êtes tellement absent que vous allez finir par ne plus faire partie des options. Ça m'apparaît assez dangereux dans les circonstances.

Vous venez d'annoncer que vous aviez l'intention de siéger à l'Assemblée nationale à compter de l'automne. C'est un pas dans la bonne direction. Mais je ne suis pas certaine que Jean Charest sera d'accord avec votre projet. On peut penser qu'il n'a pas l'intention de vous faire de cadeau. Il va plutôt tout faire pour vous nuire.

Il pourrait certainement déclencher des élections générales dès cet automne. Vous obliger à vous présenter devant l'électorat sans avoir été chef de l'opposition en Chambre.

Ne sentez-vous pas qu'il a le pied sur l'accélérateur dans tous ses dossiers ces temps-ci? Qu'il va mettre de l'avant ce qu'il considère comme ses bons coups et se lancer en élections générales avant que le gouvernement Harper ne s'essouffle et ne doive faire la même chose à Ottawa?

Vous devriez profiter de chaque minute et surtout de chaque dossier pour vous faire connaître par une population qui aura à faire des choix. Si vous continuez à faire des ronds dans l'eau, vous risquez de piquer du nez avant même d'avoir commencé.




Don't expect a Bouchard comeback unless he can be king:
Poll shows dissatisfaction with all leaders, including worrying signs for Boisclair

Don MacPherson
The Gazette (Montreal) May 11, 2006 Thursday

It's good to be the king. And the only conditions under which Lucien Bouchard is likely to make a political comeback are if Quebec becomes a monarchy, and he gets to be the monarch, without having to campaign or put up with a political party.

The former Parti Quebecois premier now is 67 years old, or 17 years older than Robert Bourassa was when he returned to the leadership of the Quebec Liberal Party.

Yet the Great Quitter has hardly mellowed in the five years since he bailed out on his most recent party. His response to criticism of projects he has supported show that he has grown even less tolerant of being contradicted. He took it for only two weeks last year before quitting again, this time as spokesperson for the authors of a "lucid" political manifesto.

Besides, polls are notoriously unreliable predictors of the electorate's behaviour, especially if the questions are of the hypothetical variety. And recent poll results suggesting Quebecers - well, half of them, anyway - yearn for a Bouchard comeback might have been influenced by setup questions prompting them to think about their dissatisfaction with the real choices currently being offered to them.

In the same Leger Marketing-Le Devoir poll suggesting Bouchard would be easily the province's most popular leader if he made a comeback, 65 per cent of Quebecers said Premier Jean Charest should step down as head of the Liberal Party. But the poll also suggested the Liberals would fare only marginally better if Health Minister Philippe Couillard replaced Charest as leader.

PQ leader Andre Boisclair found solace in the fact 46 per cent of voters expressed satisfaction with his performance, while 36 per cent said they were dissatisfied. But while his personal satisfaction rating was positive, it was still only lukewarm, and support for the PQ continues to slide under his leadership.

And less than a year after the PQ forced Bernard Landry to step down as leader, there are now signs of growing dissatisfaction with Boisclair as well.

The PQ's current fundraising campaign is reported to be encountering resistance among usual contributors who complain that Boisclair, who is not a member of the National Assembly, lacks visibility. This week, Boisclair reiterated he will seek a seat by the fall.

And the question of whether Boisclair's homosexuality is a political liability surfaced this week, when Yvon Picotte, president of Mario Dumont's Action Democratique party, made a couple of snide remarks about it in a speech.

Picotte later issued a semi-apology, which Boisclair accepted, though one suspects what Picotte really regretted is that his remarks were reported in the press.

Boisclair's adversaries in the next election probably won't be so blunt, at least in the presence of journalists. Instead, they may tell voters in the regions outside Montreal, where elections are decided, that he is "too much of a Montrealer" to share their concerns, and let the voters draw their own conclusions.

Picotte's retreat shows, however, that overt attacks on Boisclair's sexual orientation could backfire against those who make them. Boisclair's homosexuality was publicly known when he ran for the PQ leadership last year, and his popularity in the polls during the campaign suggest it wasn't an issue for most voters.

Robert Bernier, an expert in political marketing at the Universite du Quebec's school of public administration, has conducted focus or discussion groups on voters' perceptions. He told me yesterday voters over 55 years of age in regions outside Montreal express reservations about Boisclair's homosexuality, but only after some prompting. And those voters aren't likely to support the PQ anyway.

But Boisclair might have a more general problem. Bernier told me voters find Boisclair's personality too "jerky" (saccade) to offer the "stability" they seek. That could be an especially important liability in a sovereignist leader. Bouchard, for one, was able to reassure Quebecers about his intentions, not make them more nervous.

dmacpher@thegazette.canwest.com




ASSOUPLISSEMENT DE LA LOI 101:
Pas d'entrées massives dans les écoles anglaises

Larocque, Sylvain
La Presse jeudi, 11 mai 2006

PC Ottawa - Même si le ministère de l'Éducation (MEQ) a assoupli ses règles d'admission à l'école anglaise dans la foulée d'un jugement de la Cour suprême rendu il y a un an, le nombre d'élèves qui fréquentent ces établissements n'a que marginalement augmenté.

En 2005-2006, 11 790 enfants ont obtenu une dérogation leur permettant de fréquenter l'école anglaise au Québec, alors qu'en 2004-2005, il y en avait eu 11 728, selon des chiffres que le Ministère a communiqués à la Presse Canadienne, hier.

Cette hausse d'une soixantaine d'élèves se fond dans les variations statistiques annuelles. En 2003-2004, par exemple, 12 203 enfants avaient obtenu le droit d'aller à l'école anglaise. L'enfant ne doit obtenir la dérogation qu'une seule fois.

Le jugement du plus haut tribunal du pays a élargi l'interprétation de la Charte de la langue française du Québec (loi 101) à l'égard des élèves qui ont étudié en anglais au Canada. " Dans une certaine mesure, l'ajout de critères qualitatifs dans l'étude des demandes a permis un certain assouplissement des règles qui existaient auparavant, qui étaient basées sur une interprétation plutôt mathématique des dossiers ", explique Marie-France Boulay, porte-parole du MEQ.

Ainsi, des élèves qui ont étudié dans un programme d'immersion française dans le reste du Canada peuvent désormais fréquenter l'école anglaise au Québec, même s'ils ont reçu une partie importante de leur enseignement en français.

Depuis le jugement, le ministère ferme toutefois la porte à l'école anglaise aux parents qui envoient leurs enfants en Ontario pendant un an afin d'obtenir ensuite le droit de les inscrire dans le système anglophone, au Québec.

" Le jugement n'est certainement pas favorable à l'école française, mais ce n'est pas une avalanche ", admet le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion. Il se réjouit par ailleurs que, pour la première fois depuis 1991-1992, l'école française a légèrement progressé par rapport à son homologue anglaise (de deux centièmes de 1 %), en 2005-2006.

Le prochain débat juridique sur la loi 101 aura lieu les 6 et 7 juin devant la Cour d'appel. Le plus haut tribunal du Québec entendra alors une contestation de la disposition qui interdit aux parents, depuis quelques années, d'envoyer leurs enfants dans des écoles anglaises privées non subventionnées pour accéder, par la suite, au réseau public anglophone.




Bombardier gagne sur toute la ligne

Corbeil, Michel
Le Soleil jeudi, 11 mai 2006

Québec s'entendra directement avec Bombardier pour construire, au coût de 1,2 milliard $, des wagons qui rouleront à partir de 2010 sur les rails du métro de Montréal.

Hier, le Conseil des ministres de Jean Charest a décrété qu'il n'y aura pas d'appel d'offres pour le lucratif contrat. Il écarte ainsi une grande rivale de l'entreprise québécoise, la firme française Alstom. Bombardier gagne sur tous les tableaux. Le gouvernement négociera pour des travaux qui se réaliseront à une usine dont les carnets de commande auraient été vides en 2008, l'usine de La Pocatière.

" Pour la survie à long terme (des installations), c'est extraordinaire, s'est réjoui une source au gouvernement. Le coeur de l'annonce, c'est de permettre la négociation de gré à gré.

"Cela amènera la modernisation de l'usine. Cela permettra d'être plus compétitif pour des appels d'offres ailleurs dans le monde. " La décision de Québec est d'ailleurs tombée la journée même où les agences de presse ont annoncé que Bombardier produira 406 wagons pour le métro de Chicago, une entente de 500 millions $.

Le contrat de Montréal, pour remplacer des rames datant de 1963, entraînera des investissements en matériel à La Pocatière. Il servira aussi à donner une formation poussée aux employés.

Les ministres Raymond Bachand (Développement économique) et Michel Després (Transports) préciseront aujourd'hui, en conférence de presse, que la Société des transports de Montréal conduira les pourparlers. Celle-ci doit tout d'abord désigner la firme d'ingénieurs qui négociera avec Bombardier.

Selon nos informations, Québec évalue que 4600 emplois directs et indirects seront créés ou maintenus au cours des huit ans du contrat. Cela représente 575 postes par an, dont au moins 350 à l'usine située dans le Bas-Saint-Laurent.

Le verdict gouvernemental est tout à la satisfaction du député-ministre de Kamouraska-Témiscouata, où se trouvent les installations de Bombardier. Claude Béchard, qui se débat avec le dossier du mont Orford, fait campagne depuis des mois pour que la firme québécoise reçoive le contrat sans appel d'offres.

Un informateur en haut lieu a cependant souligné que cette option ne comptait pas d'adversaire. Les députés péquistes Danielle Doyer (Matapédia) et Solange Charest (Rimouski) ont même écrit au gouvernement libéral pour l'appuyer, nous a-t-on affirmé.

En fin d'après-midi, Bombardier et Alstom n'avaient pas encore reçu un coup de fil pour les aviser officiellement de la décision, a-t-on ajouté. " Les compagnies ne sont pas invitées à la conférence de presse, s'est fait préciser Le Soleil. Une sera contente ; l'autre pas. C'est une annonce gouvernementale sérieuse. Pas un show. "

mcorbeil@lesoleil.com




Assemblée citoyenne :
Pour un nouveau mode d’accession à l’indépendance

RIQ
jeudi, 11 mai 2006

À l’initiative du Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ), des Porteurs du pays se sont réunis pour définir les contours d’un pacte. Le samedi 27 mai 2006, se tiendra, à la maison Ludger-Duvernay (82 rue Sherbrooke Ouest, Montréal), une assemblée citoyenne, animée par monsieur Gérald Larose, pour débattre de l’idée d’un pacte entre promoteurs du pays du Québec lors des prochaines élections au Québec.

Y seront abordés les points suivants :
1) les éléments constitutifs du pacte;
2) les arguments justifiant un pacte;
3) les suites à donner pour le réaliser.

12h00 : Accueil
12h30 : Mot d’ouverture par Marcel Lefebvre, président du RIQ
12h40 : Présentation par Claude Bariteau des travaux des Porteurs du pays
13h00 : Première partie du débat sous la présidence de Gérald Larose :
1) les éléments constitutifs du pacte

15h00 : Pause

15h15 : Deuxième partie du débat sous la présidence de Gérald Larose :
2) les arguments justifiant le pacte
3) les suites à donner

17h15 : Synthèse par Gordon Lefebvre
17h30 : Clôture de l’assemblée par Marcel Lefebvre

Sur le site du RIQ http://www.clic.net/~lefebvre/index.html se trouvent trois pages à consulter. La première explique la démarche des Porteurs du pays; la seconde, le contenu du Pacte; la troisième l’argumentaire pour une élection décisionnelle.

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Prière de confirmer votre présence au débat au numéro suivant : 514-843-8851




Un pacte pour faire l'indépendance

RIQ
jeudi, 11 mai 2006

1. À l'initiative du Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIQ), une douzaine de personnes ont dégagé les éléments essentiels d'un argumentaire justifiant la signature d'un pacte entre promoteurs (partis, candidats et autres personnes) de l'indépendance du Québec. Ce pacte deviendrait la plate-forme électorale commune lors des prochaines élections.

2. L'objectif visé par ce pacte est de réaliser l'indépendance du Québec si les candidats indépendantistes obtiennent un soutien de la majorité (50 % + 1) des électeurs. En cela, l'idée d'un pacte implique une entente entre les partis pour que ce soutien se traduise par l'élection d'une majorité de députés indépendantistes.

3. À cette fin, trois réunions de travail se sont tenues à Montréal entre septembre 2005 et avril 2006. Aux termes de leurs échanges, ces douze personnes ont donné leur aval aux documents intitulés : « Le pacte » et « L'argumentaire pour une élection décisionnelle ». Ces documents se retrouvent aux pages deux et trois.

4. Ces documents feront l'objet d'une consultation au cours du mois de mai 2006 auprès de diverses personnes engagées, de députés élus et d'associations, consultation au terme de laquelle une assemblée citoyenne se tiendra à la Maison Ludger-Duvernay au 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, le samedi 27 mai 2006 de 12h30 à 17h30. Cette assemblée sera animée par monsieur Gérald Larose.

5. À l'occasion de cette assemblée, les résultats de la consultation seront dévoilés et il y aura débat entre les personnes présentes sur les documents et les suites à donner.

6. Par ordre alphabétique, les personnes suivantes ont approuvé ces documents :

Claude Bariteau
Patrice Boileau
André Campeau
Pierre Cloutier
Stéphane Harrisson
Francine Lavoie
Jacques Leduc
Gordon Lefebvre
Marcel Lefebvre
Guy LeSieur
Maria Teresa Perez-Hudon
Marcel Sauvé




Le pacte

RIQ
jeudi, 11 mai 2006

Nous, soussignés, convenons :

1. Que la nation québécoise, qui est constituée de l'ensemble des citoyens et des citoyennes du Québec, reconnaît au peuple la seule autorité d'agir selon ses lois sur le territoire du Québec, ce qui lui confère une entière souveraineté;

2. Que réaliser l'indépendance du Québec par voie électorale est l'enjeu des prochaines élections québécoises;

3. Que la voie électorale pour créer un état souverain et indépendant permet d'additionner les votes pour les candidats et candidates liés par ce pacte;

4. Qu'un appui au delà de 50 % des votes en faveur de ces candidats et candidates mandate les députés d'actualiser le choix du peuple québécois par :

a) une déclaration dont l'effet est d'affranchir l'État du Québec de l'État canadien en abolissant toute référence à la Souveraine et ses représentants;

b) l'adoption de lois pertinentes créant les institutions d'un État souverain, notamment une loi établissant un poste de Président, différent de celui du premier ministre, dont les fonctions seront définies par l'Assemblée nationale;

c) des négociations avec l'État canadien sur la succession de tous les pouvoirs faisant de l'État du Québec un État indépendant et souverain;

d) des démarches pour obtenir la reconnaissance d'autres pays et succéder à l'État canadien dans les organismes internationaux dont seuls des États souverains sont membres;

5. Que les députés élus proclament l'indépendance de l'État du Québec après les négociations à cette fin avec l'État canadien ou à défaut d'une entente avec cet État;

6. Que nous nous engageons à promouvoir ces principes jusqu'à la réalisation de l'indépendance du Québec et à coordonner nos actions à cette fin.

Ont signé :

Délégués des partis :
Candidats et candidates indépendants :
Délégués d'organismes en faveur de l'indépendance du Québec :
Promoteurs de l'indépendance du Québec :

II - L'argumentaire pour une élection décisionnelle

1. En démocratie, il y a deux façons d'accéder au statut d'État indépendant reconnu souverain en droit international : par élection ou par référendum. Dans l'histoire, un référendum n'a jamais été la voie privilégiée. Lorsqu'on y a eu recours, c'est à la suite d'une entente à cet effet, d'un droit reconnu au peuple colonisé ou après une décision des parlementaires, notamment lorsque ces derniers n'avaient pas le mandat de faire l'indépendance.

2. Le motif est simple : tenir un référendum à l'intérieur d'un territoire inféodé à un État central implique de respecter les règles de cet État. En votant la loi sur la clarté, l'État canadien a rendu explicite l'assujettissement du processus référendaire québécois au parlement canadien. Depuis, la voie électorale s'impose, car les règles référendaires de l'État du Québec peuvent être contournées par l'État canadien, ce qu'ont révélé les référendums de 1980 et de 1995 et ce qui pourra se réaliser une fois de plus si le statut de l'État du Québec demeure le même. Voilà pourquoi il faut inviter le peuple québécois à trancher lors d'une élection décisionnelle à l'occasion de laquelle l'enjeu serait d'octroyer aux parlementaires le mandat de réaliser l'indépendance du Québec.

3. Avec une telle plate-forme électorale, la question de la légitimité et de la légalité d'un tel mandat relève uniquement de l'Assemblée nationale et celle-ci y a déjà répondu en faisant d'un soutien de 50 % + 1 des votes valides le seuil pour procéder démocratiquement. Il suffit de respecter cette norme, qui est reconnue dans les démocraties occidentales.

4. Procéder par une élection implique de tenir compte de l'existence de deux partis indépendantistes, le Parti Québécois (PQ) et Québec Solidaire (QS), et d'éviter que le résultat soit un soutien majoritaire des électeurs sans une majorité de députés élus. Il n'y a qu'une façon de procéder : la mise au point d'un pacte préalable à cette élection entre ces partis et les candidats et candidates indépendants pour qu'ils aient comme plate-forme électorale commune celle de faire l'indépendance du Québec s'ils reçoivent un soutien majoritaire.

5. Par définition, un tel pacte nécessite la création d'une instance commune liant entre eux les candidats et les partis indépendantistes et, avec l'aval de ces derniers, d'autres personnes ou organismes. Il reviendra aux signataires de préciser les modalités de fonctionnement de cette instance en vue de faciliter le déroulement du processus menant à la proclamation de l'indépendance du Québec.

6. Un tel pacte comporte quatre avantages. Le premier est de regrouper les indépendantistes sur l'essentiel lors des prochaines élections sans affecter les programmes politiques des partis signataires. Le deuxième provient du fait que ce pacte aura pour effet de mobiliser les fondateurs du pays et de lier les parlementaires au choix que le peuple québécois aura exprimé. Le troisième est d'éviter tout débat inutile et toute polémique découlant d'un référendum assujetti à la loi canadienne sur la clarté dont l'issue demeurera problématique. Le quatrième avantage est de contrer tout psychodrame, car perdre une élection permet de se reprendre la fois suivante.




PQ et BQ: une relation déviante au pouvoir

Marcel Lefebvre - RIQ
jeudi, 11 mai 2006

Le rejet du BQ par la région de la capitale constitue bien plus qu'un simple dérapage. C'est la relation au pouvoir du mouvement souverainiste qui se trouve questionnée ici. Cette relation interroge depuis un bon moment déjà les souverainistes fatigués par les dérives du PQ vers le pouvoir provincial. Et maintenant, c'est la population elle-même (le vote de la région de Québec), découvrant l'inefficacité congénitale du BQ face au pouvoir d'Ottawa, qui s'interroge. Dans le premier cas, la recherche du pouvoir provincial est justifiée par le mythe référendaire, dans le second, on invoque la défense des intérêts québécois face au gouvernement fédéral en attendant que les attentistes (PQ) passent à l'action. On est en droit de se demander si ces deux formations politiques veulent vraiment l'indépendance du Québec? Quand on veut quelque chose, on n'emprunte pas milles détours. On y va en ligne droite. C'est encore plus vrai dans le cas qui nous occupe, car il s'agit de rien de moins qu'un renversement de l'ordre établi. Cela ne peut se réussir qu'avec un désir fort, de l'audace et de la détermination. On répondra qu'au Québec, on fait la révolution de manière ¨tranquille¨ et l'indépendance démocratiquement. La marche non-violente vers l'indépendance ne justifie pas toutefois de pareilles dérives.

L'écartèlement du PQ entre la quête du pouvoir provincial et celle de la souveraineté pose question depuis longtemps dans le camp souverainiste. Cette double poursuite qui s'est amorcée avec l'étapisme a permis l'élection surprise de 1976 et, du même coup, elle a fait naître une caste de politiciens désireux du pouvoir et qui y ont vite vu leur profit. L'étapisme en effet permet de séparer la prise du pouvoir provincial du projet de souveraineté en balayant ce dernier par en avant vers le référendum. Quant au référendum, il est lui-même suspendu à la recherche des conditions gagnantes et à un improbable signal qui viendrait du peuple. Y trouvant leur compte, les politiciens étapistes ont en quelque sorte sacralisé la voie référendaire, cette stratégie en deux temps qui leur permet de courtiser les mous lors de l'élection en ne promettant pas plus d'efficacité indépendantiste qu'il n'en faut pour négocier avec l'État fédéral. Les journalistes répètent sans cesse que le PQ est dur pour ses chefs et qu'il est ingouvernable Ils ont raison. Le PQ compte malgré tout de nombreux indépendantistes frustrés par l'attentisme qu'on leur impose et la prise en otage constante de leur cause. D'autres ont depuis longtemps quitté les rangs de ce parti. Pour eux la scission entretenue entre la quête du pouvoir et la marche vers le pays n'est plus acceptable. Elle relève soit de la manipulation politicienne ou, au mieux, d'une sorte de schizophrénie: esprit politique divisé, coupé du réel et de l'efficacité.

Avec le temps, on a fini par trouvé normal qu'on cherche le pouvoir provincial même si le but avoué est de faire le pays. Cette permission obtenue par les politiciens souverainistes de participer sans conséquences au pouvoir en place a même rendu acceptable le maintien pour plusieurs mandats d'un parti dont l'existence devait être éphémère: le Bloc Québécois. La vocation évidente du BQ relève de la logique de négociation et de protestation face au dominant bien plus que d'une obligation de résultat pour la cause. Ici, ce n'est pas la recherche d'un pouvoir provincial qui constitue la dérive, mais l'absence même de participation possible au pouvoir. Harper, en stratège brillant, en a fait son cheval de bataille lors de la dernière campagne électorale et il a gagné. Heureusement des signes montrent que cette dérive de la cause indépendantiste du Québec, loin de la ligne droite, tire à sa fin. Le choix conservateur de la région de Québec en témoigne et n'annonce rien de bon pour la suite des choses à moins qu'un sérieux coup de barre ne soit donné.

La stratégie de l'ambiguïté et de la double quête a commencé à se retourner contre le PQ et le BQ. 600,000 indépendantistes ne sont pas sortis voter en 2003 lorsque Bernard Landry courtisait les fédéralistes pour se faire élire. Le BQ, pour sa part, n'ayant pas osé mettre la cause indépendantiste de l'avant en vue de l'élection du 23 janvier dernier en a payé le prix dans l'isoloir. Il a d'abord laissé froids de nombreux indépendantistes qui ne sont même pas sortis voter. En jouant sur le terrain des dossiers de gouvernance provinciale, dossiers que partagent les libéraux et les adéquistes, il s'est fait couper l'herbe sous les pieds. Harper, mieux placé que le BQ pour apporter des correctifs au déséquilibre fiscal ou redonner à la région de Québec l'attention à laquelle elle a droit, en a profité. Si le BQ avait relevé le gant lorsque Martin l'a invité à faire de l'élection du 23 janvier une élection à saveur référendaire, il n'en serait sans doute pas là. Il a encore une fois caché sa cause et son manque d'efficience politique est apparu en toute clarté quand il a voulu jouer sur le terrain des autres. La région de Québec, plus particulièrement, a donc décidé que pour le règlement des affaires quotidiennes, on est mieux avec un parti capable de prendre le pouvoir qu'avec un parti condamné à l'opposition. Comprenons bien: ce qui commence à être clair, très clair, c'est que prendre le pouvoir d'une province pour faire un pays ou prendre l'opposition dans le gouvernement du pays que l'on veut quitter sont des choix déviants. La ligne droite a plus d'avenir et restera toujours le plus court chemin entre deux points.

Au dernier congrès du PQ, la décision de maintenir l'étapisme a été une erreur. Forcé par des membres impatients d'être plus résolument indépendantiste, le PQ a dû s'engager à tenir un référendum au cours du prochain mandat s'il est élu. Il a cru pouvoir prendre cet engagement risqué parce qu'il a présumé stables des appuis fondés sur de l'éphémère: scandale des commandites et mauvaise performance de Jean Charest. Le vent vient hélas de tourner avec l'élection de Stéphane Harper et la démarche risque maintenant d'être suicidaire. Pourtant, nombreux étaient ceux qui voulaient revenir à une trajectoire simple en proposant l'approche de l'élection décisionnelle. Ils ont vite été écartés. À l'intérieur du parti, le Mouvement pour une élection souverainiste (MES), tente toujours de maintenir la contestation de l'étapisme. Avec raison, car la voie référendaire est désormais bloquée, truffée de pièges et de malhonnêteté annoncée. Claude Bariteau dans son dernier livre "Pour sortir de l'impasse référendaire" paru chez les Intouchables en a fait la démonstration savante.

Toutefois, la thèse de l'élection référendaire que le PQ a repoussée reposait sur une interprétation stricte des possibilités offertes par le parlementarisme britannique: en bref, le parti qui prend le pouvoir avec une majorité de députés a le droit de réaliser son programme. Les défenseurs de ce type d'élection décisionnelle ne tenaient donc pas compte de la tradition du 50%+1 au Québec et partout dans le monde. Ils préconisaient des gestes de rupture qui seront inévitablement contrés par l'État fédéral et nuiront à la reconnaissance internationale indispensable à la naissance du nouveau pays. Ce manque de réalisme dans l'approche de l'élection décisionnelle a donné des armes aux opposants. Les défenseurs de l'élection décisionnelle avaient pourtant le mérite d'inviter les souverainistes à enclencher le processus et à livrer bataille dès maintenant, sans temporisation. Rien que pour cela, il faut applaudir leur démarche. Cela dit, il existe une autre façon d'entrevoir l'élection décisionnelle et elle va s'imposer très bientôt par la force des choses.

Un groupe, appelé les ¨Porteurs de pays" propose une élection décisionnelle mais, cette fois, avec la majorité de 50% +1 des appuis lors de la prochaine élection. Pour parvenir à cette majorité, il propose d'additionner les votants pour l'indépendance, peu importe le parti indépendantiste pour lequel ils auront voté. Notez bien: on ne veut pas ici additionner des députés, mais comptabiliser des votes. Bien entendu, cela implique l'existence d'un pacte entre les partis indépendantistes pour rendre prioritaire l'indépendance dans leurs programmes respectifs. De plus, cette thèse a le mérite de tenir compte d'une pluralité souverainiste de plus en plus présente dans le tissu social québécois. Québec Solidaire, nouveau parti souverainiste né hier de la fusion de l'UFP et de Option Citoyenne va obliger le PQ à s'ouvrir à la pluralité. Celui-ci ne pourra pas toujours prétendre être le vaisseau-amiral de la souveraineté et culpabiliser les autres partis indépendantistes en affirmant qu'ils divisent le vote. La nouvelle thèse de l'élection décisionnelle avec pacte a aussi le mérite de faire transcender la cause de l'indépendance en la plaçant en priorité de tous les programmes politiques des partis souverainistes. On pourra donc voter pour le projet de société que l'on aime, celui du PQ ou celui de Québec Solidaire ou encore celui d'un candidat indépendant et indépendantiste. Le PQ, qui a toujours argué que l'élection référendaire n'était pas une voie valable parce que les citoyens votent "pour plusieurs choses à la fois lors d'une élection", verra son argument devenir caduc.

L'élection décisionnelle avec pacte et majorité à 50% +1 respecte toutes les exigences de ceux qui défendent bec et ongles l'approche référendaire à cause de sa dimension démocratique. De plus elle permet d'éviter le psychodrame inhérent à un troisième référendum qui risque d'être le dernier dans l'esprit de plusieurs. Perdre une élection n'est pas comme perdre un référendum; on peut toujours se reprendre lors des élections suivantes. Cela plairait davantage à une population qui n'a de cesse de rejeter, sondage après sondage, l'idée d'un autre référendum.

Le PQ n'aime pas cette idée de l'élection décisionnelle parce qu'elle recolle les morceaux séparés: le pouvoir d'une part et la cause de l'indépendance d'autre part. Il ne l'aime pas parce qu'elle lui enlève ses possibilités de chantage à la prise du pouvoir sous prétexte que le référendum est la seule voie possible. Elle le prive également du chantage face aux autres partis indépendantistes pour cause de division du vote. L'élection décisionnelle enlève en fait le monopole de l'indépendance au PQ et redonne cette grande cause au peuple à qui elle appartient. Voyant qu'il peut maintenir son projet de société, il n'est pas impensable que l'ADQ signe ce pacte un jour et permette ainsi à ses membres indépendantistes de voter pour la souveraineté. Idem aussi pour les autres partis qui y reconnaîtront enfin la clarification des enjeux. Qu'attend donc alors le PQ pour s'ouvrir à cette possibilité? De toute façon, ne s'est-il pas obligé lui-même à mettre clairement le projet du pays de l'avant dans sa prochaine plate-forme électorale? Il a donc en un sens renoncé à courtiser les mous. La logique voudrait alors qu'il abandonne la voie référendaire, piégée. Désormais, le PQ peut vouloir le pouvoir et l'indépendance en même temps. Il lui reste à découvrir les vertus évidentes de l'élection décisionnelle et du pacte. Il a commencé à corriger sa relation déviante au pouvoir; il ne lui reste qu'à découvrir les vertus évidentes de la ligne droite.




Quitter le monde de l'imaginaire pour fonder le Québec

Claude Bariteau - RIQ
jeudi, 11 mai 2006

Claude Bariteau, anthropologue à Université Laval, auteur de Pour sortir de l'impasse référendaire, Les Éditions des intouchables, 2005.

Pour l'anthropologue Éric Schwimmer, l'idéologie des peuples dominés inverse les rapports de pouvoir. Les dominés deviennent des vainqueurs dans un monde imaginé en marge des pouvoirs réels. En témoigne, quant à moi, l'idée d'un troisième référendum depuis que la loi sur la clarté a enfermé explicitement cette approche dans les rapports de pouvoir en force au Canada.

C'était aussi le cas en 1980 et en 1995. Comme le NON sortit gagnant, les souverainistes prirent conscience des coups bas avant et pendant le référendum. Pour l'après référendum, ils minimisent toujours deux éléments qui avantagent le Canada : le caractère incontournable de la reconnaissance de la souveraineté du Québec par ce pays et l'obligation de courtoisie à laquelle sont astreints les États tiers lorsqu'un processus de sécession est enclenché.

Demeurés des abstractions, ces éléments sont minimisés parce que pensés hors du monde réel. Pour nombre de souverainistes, un référendum gagnant déboucherait sur un duel politique qu'atténueront des intérêts économiques réciproques ou, si le Canada s'avère mauvais joueur, sur la reconnaissance de la souveraineté du Québec par des États tiers.

De telles affirmations empêchent d'évaluer l'incidence de la loi sur la clarté. C'est ce genre de problème qu'engendre l'inversion des rapports de pouvoir dans l'idéologie des peuples dominés. Ces rapports étant occultés, les peuples dominés ne les découvrent qu'en périodes de crise. Sous le choc, ils sont alors vulnérables, ce qui avantage les peuples dominants.

Tout cela augure mal. Quand un État souverain, tel le Canada, vote une loi pour encadrer un référendum sur la sécession d'une de ses provinces, les promoteurs de cette sécession ont l'obligation d'analyser ses incidences sur toutes les phases de la démarche qu'ils préconisent et, le cas échéant, d'en imaginer une autre pour atteindre l'objectif recherché.

C'est ainsi qu'ont procédé les pays baltes. Ils ont rejeté la voie référendaire encadrée par l'ex-URSS et misé sur une décision des parlementaires qui fut ratifiée par des élections et la tenue d'un sondage électoral. Ici, on s'est limité à soupeser la portée des juridictions en cause et à revoir les phases pré-référendaire et référendaire. À mon avis, ces révisions ne seront pas suffisantes pour les franchir, car le Canada pourra encore contourner les règles québécoises. Quant à la phase post-référendaire, qui est demeurée occultée, ça ne se passera pas comme elle est imaginée.

Le peuple québécois n'a pas un droit à l'autodétermination analogue à celui des peuples colonisés. Puis, après une victoire référendaire, le Québec ne sera un État souverain reconnu par des États tiers qu'à la suite de la reconnaissance du Canada. Sans cette reconnaissance, le Québec, autoproclamé pays souverain, ne fera pas partie des Nations unies, ce qui handicapera son rayonnement international.

Il y a plus. Si tenir un référendum pour initier une sécession était prisé dans les ex-républiques socialistes, ce procédé ne fut pas toujours utilisé. Plusieurs référendums eurent lieu après la décision des parlementaires. Quant à l'Islande, s'il s'y tint un référendum en 1944, c'est qu'il existait un Traité à cet effet lui permettant de revoir, après 25 ans, son association avec le Danemark.

De fait, en matière de sécession, on procède généralement dans les régimes démocratiques après une décision des parlementaires ayant un support à cet effet. Si référendum il y a, il est tenu sous l'égide du parlement sécessionniste avec pour visée de conforter la décision prise ou d'adopter la constitution.

Sur la base de ce qui précède, l'approche référendaire du PQ est en porte-à-faux. Rien n'oblige de procéder de cette façon. Puis, cette approche a comme principal défaut de se réaliser dans une province et d'être maintenant encadrée par une loi du pays qu'entendent quitter ses promoteurs, ce qui place les États tiers à la remorque du Canada.

Pour que le Québec devienne un pays indépendant, il importe d'abord d'inverser les rapports de pouvoir entre le peuple québécois et le Canada en vue d'installer une nouvelle autorité sur le territoire du Québec. Cet acte engendrera des tensions, car tous les États souverains sont réfractaires à leur démembrement. C'est d'ailleurs à cause de cela que les Nations unies ont voté, en 1960, une loi octroyant un droit particulier aux peuples colonisés. Pour les autres peuples, dont celui du Québec, il n'y a pas de règles établies, ni d'arbitrage. Le droit coutumier et l'obligation de courtoisie s'appliquent s'ils choisissent le chemin de l'autodétermination.

Dès lors, deux questions se posent : 1) comment le peuple québécois peut-il inverser en toute légalité et légitimité les rapports de pouvoir; 2) cette inversion faite, ce peuple sera-t-il en meilleure position qu'avec un référendum pour faire reconnaître son autorité par le Canada et les États tiers ?

Une élection décisionnelle est la réponse à la première question en autant cependant qu'il y ait préalablement mise au point, au-delà des barrières partisanes, d'une plate-forme électorale, par un pacte ou autrement entre des partis et des groupes, dont l'objectif est de fonder le pays du Québec. Si les candidates et les candidats qui partagent cette plate-forme obtiennent la majorité des votes exprimés, il y aura de facto inversion des rapports de pouvoir.

Plusieurs analystes estiment cette approche irréaliste et irréalisable. Selon eux, les interventions des fédéralistes se feront plus insidieuses qu'en période référendaire et les forces en présence demeureront dans des positions analogues. Il en découlera un raffermissement des opposants à l'indépendance du Québec et, après une victoire, des problèmes identiques.

Je ne suis pas d'accord. Si une majorité des votes s'exprime lors d'une telle élection, le peuple québécois sera en meilleure position pour faire face aux problèmes qui se présenteront. Avec un pacte, il y aura consolidation de la nation politique québécoise. Bien sûr, les forces fédéralistes, le gouvernement d'Ottawa en tête, pourront toujours semer la zizanie avant, pendant et après l'élection. Toutefois, comme elles s'acharneront à dévaloriser le peuple québécois et à bloquer son émancipation, ce qu'elles font déjà, elles contribueront à hausser encore plus le niveau de conscience du peuple québécois.

Par ailleurs, si un support majoritaire s'exprime, les parlementaires élus au Québec seront légitimés d'adopter en toute légalité des lois en conséquence, de les mettre en application et d'enclencher, avec le Parlement canadien, la négociation de la sécession au terme de laquelle l'indépendance du Québec pourra être proclamée. Face à une nation politique liée sur l'essentiel, les parlementaires canadiens devront composer avec eux et une opinion internationale qui leur rappellera que le Canada s'est émancipé en recourant à des voies démocratiques moins transparentes et a déjà reconnu des pays à la suite d'une décision analogue.

Curieusement, la course à la chefferie du PQ n'aborde pas ces questions. Elle est engluée dans une démarche conçue il y a trente ans pour prendre le pouvoir et, depuis, mythifiée. Aussi l'horizon recherché est encore la prise du pouvoir provincial, tenir un référendum, une affaire de conjoncture, et rapprocher les porteurs du pays, une question de stratégie.

Là se trouve le problème que doit résoudre un peuple qui, n'ayant jamais eu d'État souverain, ni de chef d'un tel État, se pense difficilement dans le monde réel. Or, pour le résoudre, il faut tout simplement changer de cap en prenant modèle sur des peuples qui ont installé leur autorité en toute légitimité à la suite d'une élection conçue à cette fin.




Les limites du mercantilisme

Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE jeudi, 11 mai 2006

Habituellement, le changement du nom d’une rue ou d’un lieu public requiert l’avis de la Commission de toponymie du Québec, qui se prononce à la fois sur la forme et le fond de la nouvelle dénomination envisagée. S’il s’agit du nom d’une personne, on préfère que s’écoule une année ou deux après son décès pour s’assurer que cette personne laisse derrière elle une perception positive minimalement consensuelle dans la population.

S’il fallait que la STM retienne le projet de Trangesco d’accoler à des stations du métro de Montréal le nom d’entreprises commerciales, on balaierait sous le tapis toutes ces judicieuses précautions. On imagine déjà les incongruités potentielles. Pourquoi pas une station Côte-Vertu–Enron ou Bonaventure–Loto-Québec ? Places-d’Armes–Oerlikon peut-être? J’entends d’ici les débats sur le nouveau nom de la station Place-des-Arts–Quebecor. Tout comme le reste de notre toponymie, les noms de nos stations de métro doivent rester le reflet de notre réalité historique et sociologique. La STM a beau être paumée, voilà un domaine de l’espace public où la publicité n’a vraiment pas sa place.