Conférence de la Francophonie au Canada

Belga
Bruxelles, le 12 mai 2006

Les ministres et représentants des pays de la Francophonie doivent débattre du rôle accru que veut jouer cette organisation en matière de prévention des conflits et de défense des droits de l'Homme, lors d'une conférence de deux jours qui s'ouvre samedi à Winnipeg, au Canada.

L'OIF, qui regroupe 53 pays et gouvernements membres, ainsi que dix pays observateurs, cherche à jouer depuis quelques années un rôle plus politique, afin d'aider notamment à la "transition démocratique" et au règlement de conflits dans certains Etats de l'organisation, comme en Haïti ou en Côte d'Ivoire.

"Une de nos priorités est l'instauration, dans l'espace francophone, d'une paix durable fondée sur la prévention des conflits et la promotion de la sécurité humaine", assure le secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf.

L'ancien président sénégalais doit ouvrir samedi la rencontre dans la capitale du Manitoba (centre), aux côtés du chef de la diplomatie canadienne Peter MacKay.

Une quarantaine de ministres, dont une vingtaine de ministres des Affaires étrangères, sont attendus à cette Conférence qui doit donner lieu à l'adoption d'une déclaration, a précisé un porte-parole de l'OIF, Hugo Sada.

Aucun ministre français ne sera cependant présent, une "déception", reconnaît Hugo Sada.

La France, parfois accusée de tiédeur à l'égard de la Francophonie, mais premier bâilleur de fonds de l'OIF, basée à Paris, sera représentée par l'ex-ministre délégué à la Francophonie Pierre-André Wiltzer, aujourd'hui Haut représentant français pour la sécurité et la prévention des conflits.

La Conférence doit "faire le point sur la mise en oeuvre des engagements pris" par les membres de l'OIF dans le domaine de la prévention des conflits avant le sommet de la francophonie de Bucarest, prévu fin septembre, selon un communiqué.

Elle se penchera notamment sur la lutte contre le commerce illicite des armes légères, l'élimination des mines antipersonnel, le respect du droit international humanitaire dans les conflits armés, la protection des personnes déplacées et des réfugiés, et l'appui aux processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des combattants, dont les enfants soldats.

La Francophonie examinera en outre "les conditions d'un renforcement de la contribution francophone au maintien de la paix", en ce qui concerne notamment "la formation et l'assistance technique dans les domaines des droits de l'Homme, des institutions et des élections".

Des forces d'interposition sont actuellement déployées dans plusieurs pays de l'OIF. La France maintient notamment, sous mandat de l'Onu, 4.000 hommes en Côte d'Ivoire afin d'éviter la reprise des combats entre le régime du président Laurent Gbagbo et la rébellion qui contrôle le Nord depuis un coup d'Etat manqué en 2002.

Il y aussi "de fortes chances pour que la situation au Tchad soit évoquée", a déclaré le porte-parole de l'OIF.

Une offensive armée de rebelles venus du Soudan voisin avait tenté, sans succès le mois dernier, de s'emparer de la capitale N'Djamena. La France maintient un millier de soldats dans cetten ancienne colonie.

Le Canada a choisi d'organiser la Conférence dans le quartier de Saint-Boniface, bastion des Franco-manitobains à Winnipeg, capitale du Manitoba. Moins de 50.000 francophones vivent aujourd'hui dans cette province anglophone (soit 4,5% de sa population) où l'éducation en français a longtemps été interdite.

Outre le Canada, les gouvernements du Québec, seule province canadienne à majorité francophone, et du Nouveau-Brunswick font partie de l'OIF.





Conférence de la Francophonie au Canada

Abdou Diouf soumis à une fouille corporelle

Buzzetti, Hélène
Le Devoir vendredi, 12 mai 2006

Ottawa n'avait pas prévu de comité d'accueil pour le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie

Ottawa - Il a beau diriger l'Organisation internationale de la Francophonie et être à ce titre considéré comme un dignitaire de la stature de Kofi Annan, Abdou Diouf a été reçu mercredi à l'aéroport de Toronto non pas par un comité d'accueil ministériel mais par des agents de la douane, qui lui ont imposé... une fouille corporelle. En outre, le premier ministre Stephen Harper, qu'il croyait rencontrer hier, lui a fait faux bond.

M. Diouf fait une visite officielle au Canada cette semaine pour assister à la Conférence ministérielle de la Francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine. Cette rencontre s'inscrit dans la démarche entreprise il y a quelques années par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) afin de s'imposer comme un organisme international plus politique. M. Diouf est venu ici à l'invitation du Canada. Pourtant, aucun ministre du gouvernement conservateur, pas même la ministre responsable de la Francophonie, la Québécoise Josée Verner, ne s'est déplacé pour le recevoir à l'aéroport. Et malgré son passeport diplomatique, le Sénégalais a été soumis à une fouille.

Le gouvernement prétend qu'aucune rencontre entre le secrétaire général et le premier ministre n'était prévue. Le site Internet officiel de l'OIF, lui, indique le contraire. «À Ottawa, le 11 mai, il s'entretiendra, notamment, avec le premier ministre canadien, le très honorable Stephen Joseph Harper, et avec la gouverneure générale, Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean», est-il écrit.

Ce sont deux députés libéraux qui ont soulevé cette question à la Chambre des communes hier, Bernard Patry (Québec) et Raymond Simard (Manitoba). M. Patry a demandé au premier ministre pourquoi il n'avait pas rencontré M. Diouf. «Est-ce sa nouvelle façon de respecter les francophones du Canada que de ne pas accueillir avec tous les égards celui qui incarne la défense du fait français dans le monde?» M. Simard, lui, a déploré la fouille corporelle, un «incident diplomatique» qui, selon lui, «entache sérieusement la réputation internationale du Canada».

La ministre Josée Verner s'est contentée de répondre par des généralités, indiquant qu'elle avait parlé à M. Diouf au téléphone. «Il était ravi d'être arrivé à Winnipeg, a-t-elle déclaré. Nous avons convenu de se [sic] rencontrer demain [aujourd'hui] dans le cadre d'une conférence ministérielle de la Francophonie. Nous estimons tous deux que cette dernière sera fructueuse.»

À sa sortie de la Chambre des communes, Mme Verner a été totalement incapable de répondre autre chose que les banalités préparées par son entourage. Impossible, donc, de savoir si elle avait présenté ses excuses à M. Diouf. «Pour M. Diouf hier, l'entretien que nous avons eu était absolument cordial. Il était ravi de m'entendre, et puis je suis convaincue qu'il vous dirait la même chose», a affirmé Mme Verner. Mais ne trouve-t-elle pas que le fait de soumettre M. Diouf à une fouille était une bien étrange façon de l'accueillir? «Bien moi, je trouve, écoutez, que je l'ai très bien accueilli. Je l'ai appelé hier et puis on s'est donné rendez-vous pour demain. Alors il était ravi de sa conversation.» Selon Mme Verner, l'incident est clos.

L'entourage de M. Diouf, joint hier à Winnipeg par Le Devoir, n'avait pas de précisions à fournir à ce sujet. Pour ce qui est de la rencontre avortée avec le premier ministre, l'attachée de presse du secrétaire général, Julie Tilman, a répondu que «c'est aux autorités canadiennes qu'il faut parler de cela».

Le député Bernard Patry, qui, de par son rôle au sein de la Francophonie, dit avoir rencontré M. Diouf à plusieurs reprises et connaître son entourage, est persuadé que le secrétaire général avait bel et bien prévu de rencontrer le premier ministre et que cette rencontre a été annulée. «Il a été président de la République du Sénégal et il est dans son deuxième mandat comme président de l'OIF. On ne va pas mettre à l'agenda de cette personne une rencontre avec le premier ministre s'il n'en a pas une. Ils savent, dans son entourage, comment ça fonctionne. Il a toujours fait de l'international. Il s'est adressé aux Nations unies et un peu partout dans le monde.»

En outre, M. Patry est estomaqué qu'une fouille ait pu être imposée à M. Diouf. «Voyez-vous un George Bush ou un Kofi Annan à qui on dirait: "Enlevez vos souliers pour voir"?», a-t-il lancé. «Il a un passeport diplomatique et, au niveau de la sécurité, il a le plus haut grade, comme [le secrétaire général des Nations unies] Kofi Annan. Quand on a quelqu'un qui voyage avec un passeport diplomatique de cette stature, le gouvernement aurait dû faire tout ce qu'il devait faire et il ne l'a pas fait, et c'est grave.»

Denis Coderre, lui-même ministre responsable de la Francophonie sous Paul Martin en 2003-04, s'est dit scandalisé par ce qu'il qualifie d'«impair diplomatique important». «Il y a eu un manque au niveau du protocole. Il y a eu un manque au niveau du bureau du premier ministre. Son Excellence Abdou Diouf a tous les pouvoirs d'un chef d'État, c'est un dignitaire extrêmement important sur la scène internationale.» Selon lui, le premier ministre devrait appeler M. Diouf et Mme Verner devrait présenter ses excuses en Chambre au nom du gouvernement.




UNESCO deal allows Quebec to oppose Canada

Kevin Dougherty, CanWest News Service
National Post May 12, 2006 Friday

Pact recognizes province's 'special status'

QUEBEC - The agreement signed a week ago by Stephen Harper and Premier Jean Charest, giving the province a permanent representative in Canada's mission to the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, goes further than any other Quebec-federal agreement in recognizing the uniqueness of the province, Quebec officials said.

At a background meeting on the agreement, officials revealed that nothing in it prevents Quebec from openly differing with Canada in the international forum.

"In signing this document, the government of Canada took the risk," a senior official said. "Nothing in this agreement excludes Quebec taking a contrary position."

Quebec's representative, designated a counsellor, will rank second in Canada's UNESCO delegation after the ambassador, who heads Canada's permanent UNESCO mission.

The agreement states Quebec has the right "to complete the Canadian position and have Quebec's voice heard."

Quebec officials interpret that as meaning Canada's position on any issue at UNESCO is not complete until Quebec has spoken. And it also means Quebec can express its dissidence if it disagrees with the position of Canada.

But Quebec officials hastened to add it would be "exceptional" for Quebec to disagree with Canada, pointing out the harmony in the positions of Canada and Quebec in the Francophonie, where Canada, Quebec and New Brunswick are all full participating governments.

The Quebec officials said the preamble of the agreement goes further than any previous arrangement between the two governments.

The preamble says, "The specificity of Quebec, based among other things on the use of the French language and a unique culture, leads it to play a special role internationally."

This acknowledges Quebec's long-standing claim of sovereignty within areas of its own jurisdiction, such as education and health.

The final paragraph of the preamble situates the agreement "in the spirit of a federalism of openness, which is asymmetric in its application, and which recognizes differences among provinces and territories, and notably the unique personality of Quebec."

The officials said this is recognition that Quebec has a "special status" within Canada.

The agreement calls for Quebec and Canada to work with other "federated states" to make UNESCO work better.

Quebec will name its representative in time for the fall session of Paris-based UNESCO.




The prime minister courts Quebec

The Economist
12 May 2006

PERHAPS the most surprising detail in the surprising victory Stephen Harper's Conservatives won in Canada's general election last January was that they picked up ten seats in French-speaking Quebec. The Tories' aversion to gay marriage and a firearms registry, and Mr Harper's poor French and WASP-ish demeanour, meant that few expected him to win any seats at all in the socially liberal province. This success seems to have convinced Mr Harper that Quebec is the key to giving his minority government a majority the next time Canada votes. To that end, he has been showering the province with attention.

In his first 100 days as prime minister, Mr Harper has held no fewer than four meetings with Jean Charest, Quebec's premier. Contrast that with his cold shouldering of other provincial premiers. Dalton McGuinty, who runs Ontario, the most populous province, is a Liberal like Mr Charest. He has only been able to coax 45 minutes in a hotel room from Mr Harper, and with no photo opportunity. Two of Mr Harper's meetings with Mr Charest were held at the legislature in Quebec City. That showed rare deference to the province-no other Canadian prime minister had ventured there since 1984.

Mr Harper's breakthrough in Quebec came after he promised more respect for provincial autonomy and to resolve a "fiscal imbalance" which has seen the federal government in Ottawa post big budget surpluses while several provinces are deep in the red because of the rising cost of health and education. Since taking office, he has begun to transfer more money to the provinces. He also offered to let Quebec have a representative in (but no veto at) Canada's UNESCO delegation. "It's not a chair-it's a corner of a chair," sniffed one separatist. But others hailed the move as "historic". Along with this have come sweet words. For example, in last month's Throne Speech Mr Harper promised to recognise "the unique place of a strong, vibrant Quebec in a united Canada."

All the attention seems to be paying off. The latest poll-taken before the UNESCO announcement-gave the Tories 34% support in Quebec, up almost ten points on their election showing. That puts them ahead not just of the Liberals but of the Bloc Québécois, the separatist party that has dominated federal politics in Quebec since the early 1990s and won 51 of the province's 75 seats in January.

Mr Charest has not seen a similar boost to his (low) approval rating. He often seems hamfisted, as in a recent decision to sell part of a public park to developers with strong ties to his Quebec Liberal Party. Still, he can take encouragement from the waning polls of his main provincial adversaries, the separatist Parti Québécois, from 50% in December to 36%.

Mr Harper's success in wooing Quebec seems to indicate that support for independence-and those who promote it-is soft, and susceptible to federal blandishment and cash. But this courtship could easily go sour. Mr Harper's professed willingness to look again at the constitution could end in disaster, as it did for Brian Mulroney, a previous Conservative prime minister in the early 1990s. Or the western social conservatives in the Tories' ranks could yet frighten off their new supporters in Quebec. But for the time being, with Mr Harper and Mr Charest each likely to go to the voters in the next 18 months, they look to be not only each other's best buddy but also each other's best bet.Copyright © 2006 The Economist Newspaper and The Economist Group. All rights reserved.




Le sacrifice d'un accord sur l'autel de la souveraineté

Monique Gagnon-Tremblay
Le Devoir vendredi, 12 mai 2006

Réponse au texte de Daniel Turp sur la place du Québec à l'UNESCO

Reconnaissant que les «changements d'idées» jalonnent parfois la vie publique, je m'étonne encore, même après 20 ans à l'Assemblée nationale, du caractère abrupt des virages que certains empruntent. Le député de Mercier, Daniel Turp, nous en a fait une autre démonstration édifiante dans l'édition du 9 mai du journal Le Devoir.

Il se scandalise d'entrée de jeu que le gouvernement du Québec ait accepté une place au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO. Pourtant, l'ancien «professeur titulaire de cours en droit international public et en droit constitutionnel avancé», comme l'indiquait son papier à lettres du temps où il dispensait des avis juridiques au gouvernement précédent, recommandait ce qui suit dans un rapport qu'il remettait à ma prédécesseure, Louise Beaudoin, en 2002: «Que le gouvernement du Québec négocie avec le gouvernement du Canada un accord [...] visant à assurer une participation effective du Québec aux travaux des institutions internationales dont les travaux ressortissent à la compétence constitutionnelle du Québec et assurant notamment:

- un droit de représentation adéquate et équitable du Québec au sein des délégations du gouvernement du Canada lors des réunions statutaires et extraordinaires des organismes principaux et subsidiaires, permanents ou ad hoc, des institutions internationales;

- un droit de parole des personnes représentant le gouvernement du Québec;

- un droit de recevoir la documentation des institutions internationales et de transmettre à celles-ci la documentation émanant du gouvernement du Québec;

- un droit de participation aux consultations relatives aux positions et aux textes de négociation concernant les instruments internationaux élaborés au sein ou sous l'égide des institutions internationales, qu'il s'agisse de déclarations, lignes directrices, codes de conduite ou accords internationaux dont les matières ressortissent à la compétence constitutionnelle du Québec.»

Comme lui, Mme Beaudoin a très bien compris que le meilleur choix pour le Québec et la seule avenue possible consistent à faire partie des délégations canadiennes. Rendant publique, le 24 mars 1999, une déclaration officielle dans laquelle son gouvernement a formulé précisément ce souhait, elle s'était exprimée ainsi: «Les organisations internationales comme l'UNESCO, ce sont des organisations internationales où un seul État est accrédité, qui est l'État souverain et qui est le Canada. [...] Et quand ça concerne les organisations internationales telle l'UNESCO, là, on dit qu'on entend amorcer des négociations avec le gouvernement fédéral pour convenir des modalités non seulement de notre présence au sein ou non de la délégation canadienne mais même au sein de la délégation canadienne, mais [à la condition], justement, que notre liberté de parole et notre droit de nous exprimer au nom des Québécois soient acquis.»

Voeux concrétisés

L'accord historique du 5 mai 2006 concrétise tous les voeux qu'exprimait alors le député de Mercier et qu'avait repris le gouvernement qu'il conseillait. Notre gouvernement en a même obtenu davantage:

- la participation du Québec au sein des délégations du gouvernement du Canada est assurée à toutes les instances de l'UNESCO;

- les représentants du gouvernement du Québec - dont le niveau hiérarchique est par ailleurs laissé à l'entière discrétion de celui-ci, contrairement à ce que prétend M. Turp - détiennent un droit de parole à toutes ces instances;

- en outre, le Québec obtient immédiatement tous les documents officiels de l'UNESCO, ce qui est une bonification significative au regard de la recommandation de M. Turp;

- le Québec obtient d'autre part beaucoup plus que le simple droit d'être consulté qu'il recommandait: l'accord prévoit en effet que les deux gouvernements se concerteront sur tout vote, toute résolution, toute négociation ou tout projet d'instrument international élaborés sous l'égide de l'UNESCO;

- quant au rôle de chef de mission de l'ambassadeur canadien contre lequel il s'insurge, le député sait fort bien que le droit international l'attribue à l'ambassadeur du pays accrédité, en l'occurrence celui du Canada - ce qui est également le cas de celui de la Belgique -, et qu'un accord intérieur canadien ne peut amender cette règle.

Invoquant pourtant la doctrine Gérin-Lajoie, le député passe sous silence que le Québec conserve toute la latitude de mettre en oeuvre ou non les obligations souscrites par le Canada. Il omet enfin le principal, soit la reconnaissance sans précédent du rôle particulier du Québec au niveau international que consacre explicitement l'accord du 5 mai.

Les positions successives du député de Mercier et de la formation politique qu'il représente empruntent de curieux détours. Je préfère m'en remettre à celle qu'il professait à l'époque où il n'était pas encore obnubilé par l'idée fixe de sa formation politique. Il est désolant de constater que cette incapacité à s'élever au-dessus de considérations purement partisanes fausse le débat et empêche l'opposition officielle de se rallier à nous dans cette avancée sans précédent qu'est l'accord du 5 mai 2006 pour les relations internationales du Québec.

Monique Gagnon-Tremblay : Ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie




Métro de Montréal: Québec confirme le choix de Bombardier, sans appel d'offres

Turcotte, Claude
Le Devoir vendredi, 12 mai 2006

Ayant considéré tous les aspects du dossier, le gouvernement du Québec en est arrivé à la conclusion qu'il n'y avait qu'un seul constructeur de voitures de métro au Canada, que rien, dans les règles internationales et les lois canadiennes, ne l'obligeait à procéder par appel d'offres et que, finalement, la négociation de gré à gré avec cet unique fabricant, c'est-à-dire Bombardier Transport, était la solution la plus avantageuse pour le Québec en ce qui concerne les coûts, la rapidité à franchir toutes les étapes jusqu'à la livraison des wagons, le rapport qualité-prix et les retombées dans plusieurs régions.

Ce dernier facteur a sans doute pesé lourd dans l'ensemble des arguments. D'une part, Bombardier s'est engagé à donner 70 % de contenu québécois grâce à son usine de La Pocatière, à ses bureaux techniques de Saint-Bruno et à ses 30 fournisseurs québécois. D'autre part, Alstom, le seul autre constructeur à offrir présentement la technologie du métro sur pneumatique, n'a pas d'usine au Québec, ni même au Canada, pour construire des voitures de métro. La multinationale française s'engageait à en construire une pour remplir le contrat du métro montréalais, mais pas à en garantir la survie une fois ce contrat terminé, a précisé Raymond Bachand, ministre du Développement économique. Hier, Alstom a publié un bref communiqué pour dire qu'elle ne commenterait pas, pour le moment, la décision du gouvernement du Québec.

M. Bachand et son collègue Michel Després (Transports) ont donc officiellement confirmé la décision prise par le conseil des ministres cette semaine. Le gouvernement demande à la Société de transport de Montréal (STM) de négocier de gré à gré avec Bombardier «sur la base d'un rapport de force équilibré», ce qui pourrait être atteint, font valoir les ministres, en créant d'abord un bureau de projet auquel des représentants du ministère des Transports se joindront pour toute la durée des travaux, de manière à suivre l'évolution du dossier de A à Z et à s'assurer qu'il n'y aura aucun dérapage dans les coûts. Le montant maximal du contrat est fixé à 1,2 milliard, ce qui inclut, en plus de l'achat des 336 voitures pour une somme de 735 millions, un coussin de 100 millions pour les imprévus, une autre somme de 100 millions pour les frais d'intérêt, 200 millions pour l'inflation et, bien sûr, les frais découlant de tous les travaux préliminaires à la signature d'un contrat.

La procédure d'aller en appel d'offres, ont demandé les journalistes, n'aurait-elle pas donné une garantie plus solide d'obtenir un meilleur prix? À cela, M. Bachand a répondu que les wagons de métro ne sont pas des navettes spatiales et qu'il s'en vend partout dans le monde. Il y a des experts qui connaissent les montants des contrats. Le gouvernement québécois dit s'inspirer des mécanismes mis en place à Toronto pour optimiser les coûts en fonction des besoins dans le cadre d'un contrat de gré à gré. Ces mécanismes comprennent, outre le bureau de projet de la STM, une firme de consultants indépendants qui agira comme auditeur auprès du ministère des Transports en suivant tout le processus de négociation, validant le prix demandé par le fournisseur et confirmant le contenu canadien. Il y aurait aussi un audit externe pour s'assurer que les coûts de fabrication déposés par Bombardier soient comparables à ce qui se fait ailleurs.

Le bureau de projet avec une firme de génie-conseil établira, en collaboration avec Bombardier, toutes les caractéristiques du produit, les critères de performance, le cahier de charges, etc. Une fois tout ce contenu clairement établi, il y aura une période de négociation de six à huit mois entre la STM et Bombardier. Dans l'hypothèse où aucune entente ne résulterait de ces négociations, alors le ministre des Transports demanderait à la STM de se retirer du processus et de procéder à un appel d'offres international, ce qui serait certainement considéré alors comme un échec lamentable de la solution de gré à gré.

Selon l'échéancier prévu, le bureau de projet sera formé en octobre prochain. Avec une démarche de gré à gré, il faudra 86 mois avant que les 336 wagons soient livrés à la STM. En optant pour l'appel d'offres, il aurait fallu 112 mois pour arriver au même résultat. Quant aux économies de coûts réalisées grâce à la formule de gré à gré, elles sont pratiquement inexistantes. Le sous-ministre adjoint aux Transports, Antoine Robitaille, a mentionné une économie de deux à quatre millions, ce qui est vraiment une goutte d'eau sur un montant de 1,2 milliard. Le cas de dépassement de coûts du métro de Laval ne pourrait-il pas se répéter? M. Robitaille rappelle que le ministère des Transports n'a pas pris part au suivi de la gestion et des travaux à Laval, alors qu'il fera un suivi serré de toutes les étapes du contrat du métro à partir de tout de suite jusqu'à la fin des livraisons, entre 2010 et 2012. Ce ministère va assumer 75 % des coûts du contrat et le reste sera aux frais de la STM.




Des négos sous haute surveillance

Tison, Marie
La Presse vendredi, 12 mai 2006

Le gouvernement du Québec multipliera les mécanismes de surveillance pour s'assurer que l'attribution d'un contrat sans appel d'offres à Bombardier pour le métro de Montréal ne conduise pas à des dérapages.

Québec ne veut surtout pas que le remplacement des voitures du métro se transforme en un nouveau " métro de Laval ", un projet qui a connu des dépassement de coûts excessifs.

" Autant le gouvernement que les entreprises sont forts de l'expertise qu'on acquiert au fil des ans, a déclaré hier le ministre québécois des Transports, Michel Després, en conférence de presse. À partir du moment où on était prêts à aller de gré à gré, l'objectif du gouvernement était de s'assurer d'une démarche, d'un processus pour obtenir le juste prix, avec même, à la limite, une clause d'opting out. "

Le gouvernement québécois a fait savoir hier qu'il ne procédera pas par appel d'offres pour remplacer les 336 voitures MR-63 du métro de Montréal. Il a plutôt demandé à la Société de transport de Montréal (STM) de négocier un contrat de gré à gré avec Bombardier Transport.

Des hauts fonctionnaires du gouvernement québécois ont longuement insisté hier sur les mécanismes qui permettront de surveiller le déroulement des négociations. Des représentants du ministère des Transports se joindront au bureau de projet que la STM mettra en place, de concert avec une firme d'ingénierie. Le Ministère engagera également une firme de consultants indépendants pour vérifier le déroulement du projet.

Appel d'offres en cas d'échec

Les négociations formelles entre la STM et Bombardier ne débuteront qu'en novembre 2007, soit après l'établissement des spécifications techniques et du cahier des charges. Ces négociations auront une durée limitée de six à huit mois. " En cas d'échec des négociations, la STM se retirera du processus et lancera un appel d'offres international ", a fait valoir M. Després.

À l'heure actuelle, seuls deux manufacturiers construisent des voitures de métro sur pneumatiques, soit Bombardier et Alstom. La japonaise Kawasaki pourrait toutefois se montrer intéressée.

Bombardier a fait savoir qu'une fois le contrat accordé, elle garantira un prix " fixe et ferme " pour les voitures.

La directrice principale des communications de Bombardier Transport, Hélène Gagnon, a indiqué que le contrat permettra d'assurer 350 emplois à La Pocatière.

La valeur du contrat devrait atteindre 1,2 milliard, mais le coût d'acquisition des voitures ne représente que les deux tiers de cette somme, soit 735 millions. Le reste comprend notamment des frais d'ingénierie et de formation, des frais de financement et des réserves pour faire face à l'inflation et à des contingences.

La multinationale française Alstom lorgnait également ce contrat et réclamait un appel d'offres en bonne et due forme.

Obligations internationales

Selon le nouveau ministre québécois du Développement régional, Raymond Bachand, le gouvernement a conclu qu'il pouvait légalement procéder sans appel d'offres.

L'ALENA et l'Accord sur les marchés publics de l'OMC contiennent bien des dispositions concernant les marchés publics, mais celles-ci créent des obligations pour les États, pas pour les provinces.

Sur le plan canadien, l'Accord de commerce intérieur et l'Accord de libéralisation des marchés publics Québec-Ontario obligent les gouvernements à recourir à un processus d'offres, sauf s'il n'existe dans le marché concerné qu'un seul fournisseur en mesure de remplir le contrat. M. Bachand s'est montré formel: il n'y a qu'un seul manufacturier de voitures de métro au Canada, et c'est Bombardier.

Alstom possède bien des installations ferroviaires en Alberta, mais il s'agit d'ateliers d'entretien, pas de fabrication, affirme Québec.

Le gouvernement estime également que le fait d'aller de gré à gré permettra de raccourcir le processus de 26 mois, ce qui permettrait la mise en service des nouvelles voitures en 2011.

Alstom n'a pas voulu commenter la décision du gouvernement. La multinationale française avait proposé de garantir un contenu canadien de 60 %. Or, Bombardier a promis de son côté un contenu canadien de 70 %.

Alstom avait proposé de confier un contrat en sous-traitance à Bombardier pour la fabrication des caisses des voitures. Elle avait aussi indiqué qu'elle pourrait ouvrir une usine au Québec.

Cette perspective n'a pas impressionné M. Bachand. " Une fois le contrat terminé, Alstom aurait fermé ces installations ", a-t-il lancé.

Encadré(s) :

Le nouveau train bleu

LES ÉCHÉANCES DU PROJET

Formation du bureau de projet OCT. 2006
Définition des nouvelles voitures MAI 2007
Spécifications techniques et cahier des charges NOV. 2007
Négociation du contrat MAI 2008
Conception, production et livraison du train "tête de série " MAI 2010
Essais, mise en service et évaluation du train "tête de série " NOV. 2010
Production et livraison des 34 autres trains JUIL. 2012

COÛT DU REMPLACEMENT DES MR-63

Source: Société de transport de Montréal Note: toutes les sommes sont arrondies.
Voitures de métro: 735 MILLIONS
Bureau de projet: 9 MILLIONS
Ateliers (conversion) : 8 MILLIONS
Ingénierie, formation: 43 MILLIONS
Inflation: 195 MILLIONS
Financement et intérêts: 104 MILLIONS
Contingence (imprévus) : 104 MILLIONS

TOTAL: 1,2 MILLIARD




Défendre Bombardier

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi, 12 mai 2006

Le gouvernement du Québec avait-il vraiment le choix en décidant de négocier de gré à gré avec Bombardier pour lancer le processus de remplacement des voitures du métro de Montréal? En temps normal, l'appel d'offres est la règle lorsque vient le temps d'investir des fonds publics. Après tout, n'est-ce pas le meilleur moyen d'en avoir plus pour son argent?

Sans doute, mais n'exagérons pas non plus les vertus de la formule de l'appel d'offres. Toutes les grandes sociétés jouent à cette loterie où rien n'est jamais gagné d'avance, même pour les meilleurs. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle bien des administrateurs publics et privés détestent cette formule qui les force à travailler avec le plus bas soumissionnaire, qui n'est pas toujours le meilleur candidat.

L'autre formule, la négociation de gré à gré, présente l'inconvénient de taille de cacher le prix plancher qu'une société est capable d'offrir à son client. En contrepartie, elle permet au client de préciser une foule de détails en cours de discussion, et ce, avant la signature du contrat.

Dans le cas des voitures du métro, il s'agit d'une technologie connue dont les coûts sont connus eux aussi. De plus, la Société de transport de Montréal aura un an pour négocier les termes du contrat. Si les discussions échouent, la STM pourra toujours lancer un appel d'offres international. Au contraire, si elles aboutissent, Bombardier obtiendra le contrat, mais les travaux seront suivis par un bureau de projet indépendant qui aura pour mandat de s'assurer de la qualité du travail et du respect des coûts prévus.

Il n'y a donc pas de chèque en blanc pour Bombardier ni d'assurance qu'elle obtiendra le contrat. Mais personne ne souhaite revenir à la case départ dans un an, c'est bien certain.

Cela étant admis, l'argument le plus fort qui amène à appuyer la décision d'entreprendre des négociations de gré à gré est celui des retombées pour le Québec. Bombardier est la seule société qui construise des wagons de train au Canada. Son usine est située à l'extérieur des grands centres urbains, dans le Bas-du-Fleuve, une région qui a bien besoin d'emplois spécialisés. Risquer de perdre le contrat au profit d'Alstom aurait signifié l'affaiblissement de la position concurrentielle de Bombardier dans le monde et la possibilité de pertes d'emplois au Québec. Pourquoi courir un tel risque ?

Avec la signature des divers accords commerciaux internationaux, les pays se sont engagés à ouvrir leurs frontières aux biens et aux services étrangers. Tout en étant favorable à ces échanges qui profitent à tous, il ne faut pas être naïf au point de croire que les nations ne vont pas d'abord vouloir protéger les leurs. Bombardier est une de nos rares sociétés d'envergure internationale. Il faut lire la presse torontoise pour comprendre qu'elle ne fait pas partie des chouchous du reste du pays. Si nous ne sommes pas capables, au Québec, de reconnaître l'importance cruciale de cette société pour notre avenir industriel, qui le sera ?




Prochaine station: campagne électorale

Marissal, Vincent
La Presse vendredi, 12 mai 2006

Dommage que Bombardier ne construise pas aussi des autocars en plus des voitures de métro, parce que Jean Charest aurait pu en commander un spécialement aménagé pour sa prochaine campagne électorale. Après tout, le géant des transports lui doit bien ça après la fleur qu'il vient de lui faire.

De La Pocatière à Québec en passant par Montréal, on a applaudi hier presque unanimement la décision de Québec d'octroyer à Bombardier le contrat des 366 wagons du métro de Montréal, mais cette décision n'aidera pas à faire taire les critiques, surtout du côté du Canada anglais, qui affirment à chaque occasion que Bombardier est le chouchou des gouvernements (on dit même que Bombardier est le pire exemple de " corporate welfare ", autrement dit, les entreprises assistées sociales).

Il ne manquera pas non plus, au cours des prochains jours, d'experts en commerce et en droit international pour dénoncer le favoritisme et l'incohérence de cette décision du gouvernement Charest.

Favoritisme parce que l'on écarte d'emblée la rivale de Bombardier, la française Alstom, et incohérence parce que l'on tombe ici dans un protectionnisme que l'on reproche aux pays étrangers quand nous en sommes victimes. Les puristes du commerce international diront, non sans raison, que cette décision introduit un concept dangereux de libre-échange à géométrie variable. En résumé: ça tient quand nous sommes en compétition à l'étranger, mais on s'en balance quand nos industries sont en lice au Québec.

Mais politiquement, Jean Charest n'avait pas le choix, la décision annoncée hier était la seule possible. Imaginez un peu la réaction s'il avait décidé de jouer by the book et qu'il ait annoncé un appel d'offres international. Jean Charest semble souvent manquer de réflexes politiques, mais il n'est pas devenu complètement suicidaire.

On peut débattre des clauses juridiques internationales de l'affaire, mais qui va s'opposer au Québec à la création et au maintien de bons jobs en région? L'opposition est d'accord, les centrales syndicales et les chambres de commerce aussi, tout le monde est heureux dans les régions, on peut même se demander pourquoi le gouvernement Charest a attendu si longtemps avant de rendre son verdict.

C'est que, comme l'a expliqué hier le ministre Raymond Bachand, il fallait s'assurer de marcher en terrain juridique solide. Mais il y a un autre terrain plus important encore pour Jean Charest: la prochaine campagne électorale.

Cette campagne n'est pas pour tout de suite, évidemment, pas même pour l'automne selon toute vraisemblance. Mais ce gouvernement, après des mois de profonde léthargie, appuie sur l'accélérateur depuis quelques semaines. Jean Charest, que l'on accuse souvent d'être un ou deux métros en retard a, cette fois, marqué des points avec cette annonce de contrat à Bombardier.

Il y a évidemment danger de représailles commerciales à l'étranger, mais le contrat du métro de Chicago tombe vachement bien puisqu'il assure du boulot à Bombardier pour des années et confirme son statut de leader mondial dans le domaine.

Les risques de représailles sont d'ailleurs minces, selon des experts de cette industrie. Les deux géants du secteur sont concurrents, mais aussi bien souvent partenaires dans de grands projets, et il ne serait pas étonnant que la québécoise réserve à sa rivale française un morceau du gâteau du métro de Montréal.

Cette décision de Québec de favoriser Bombardier aurait pu inquiéter le gouvernement fédéral, qui y verrait un accroc aux bonnes pratiques commerciales internationales et, par conséquent, des risques de représailles. En fait, c'est tout le contraire. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper pourrait même s'inspirer de Québec et favoriser lui aussi des fournisseurs canadiens quand viendra (prochainement) le temps de distribuer les contrats de la Défense nationale. Le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, arrivera bientôt à la table du cabinet avec sa " liste d'épicerie " de plus de 3 milliards pour remplacer les véhicules et l'équipement désuets.

" Il est temps que l'on arrête de jouer les boy-scouts au Canada et que l'on permette à nos entreprises de se développer, comme la plupart des autres pays le font, notamment dans le domaine de la Défense, notait hier un poids lourd du gouvernement Harper. En ce sens, on applaudit la décision du gouvernement Charest et on va s'en servir. "

Cela marquerait, en effet, un changement de cap majeur des politiques commerciales canadiennes. Et cela ouvrirait un autre pan de débat, celui de la place du politique dans l'attribution des gros contrats publics. Sans prêter de vilaines intentions à nos dirigeants, disons qu'ils ont toujours le chéquier plus " lousse " avant les élections.

Dans le cas du métro de Montréal comme dans celui de la Défense, les gouvernements engagent des milliards de fonds publics unilatéralement en pleine période préélectorale, sachant fort bien que les vrais coûts de l'opération ne seront connus que dans plusieurs années.

Par contre, ils ne se gênent pas pour récolter les dividendes électoraux immédiatement, comme on l'a vu hier avec le ministre Claude Béchard, accueilli en héros à La Pocatière (dans sa circonscription).

M. Béchard, qui traîne une montagne de problèmes depuis qu'il a hérité de l'Environnement, s'est visiblement délecté de cette rare ovation, mais l'exercice était tellement électoraliste que l'opposition pourrait presque exiger que l'événement soit comptabilisé dans les dépenses électorales de sa prochaine campagne.

Suffit de calculer le salaire de tous les travailleurs de l'usine de La Pocatière venus l'ovationner pendant une heure en direct à la télé. Ce sera la contribution de Bombardier à la réélection de Claude Béchard.




Un instant M. Cannon!

Louise Beaudoin, ancienne ministre péquiste des Relations internationales du Québec
La Presse vendredi, 12 mai 2006

À l'UNESCO, Québec sera sous surveillance, avec un droit d'intervention limité qui peut lui être retiré quand ça ne fait plus l'affaire du Canada

Lawrence Cannon, ministre fédéral des Transports du Canada, a sélectionné pour ses petits besoins politiques quelques mots parmi mes multiples interventions publiques cette semaine au sujet de l'entente sur la place du Québec à l'UNESCO. De plus, il fait de cette sélection sa propre interprétation au lieu de me citer correctement.

Je n'ai ni dit que cette entente est " excellente ", ni " bonne " ou un " pas dans la bonne direction ". J'ai indiqué et ce sont là mes propos exacts, que "... l'accord a au moins un mérite: il formalise un processus qui, jadis, dépendait du bon vouloir du ministre fédéral en place " (Le Devoir, samedi 6 mai). Nous sommes bien loin des louanges de l'entente que M. Cannon m'attribue!

Ayant moi-même subi l'arbitraire du gouvernement fédéral quand il s'agissait pour le gouvernement du Québec d'intervenir sur la scène internationale, notamment dans le dossier de la Convention sur la diversité culturelle, je peux reconnaître, et c'est le maximum obtenu par cette entente, que le Québec pourra savoir à quoi s'en tenir maintenant de la part d'Ottawa (Quoique la clause finale de l'entente laisse toujours planer la menace d'un retour en arrière...).

Mais formaliser la situation d'hier n'équivaut qu'à octroyer des miettes inacceptables. De gouvernement ne sachant trop comment Ottawa daignera lui permettre d'intervenir, Québec est maintenant sous surveillance, avec un droit d'intervention limité qui peut lui être retiré quand ça ne fait plus l'affaire du Canada. Pire, le gouvernement fédéral se garde toute marge de manoeuvre pour faire taire une voix dissidente de la part du Québec.

On repassera

Comme capacité d'action autonome sur la scène internationale on repassera et on se demande bien à quoi peu servir le nouveau rôle du Québec " au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO ", et non pas " à l'UNESCO " comme on le laisse trop facilement entendre, si une voix distincte de celle du Canada ne peut s'exprimer publiquement.

Nous sommes à des années-lumière de la promesse formulée par le premier ministre du Canada lors de la dernière campagne électorale qui a écrit noir sur blanc qu'il donnerait au Québec un statut équivalant à l'UNESCO à celui qu'il détient en Francophonie. La capacité d'action et d'intervention en Francophonie du gouvernement du Québec est complète, alors que l'entente de la semaine dernière n'offre qu'un strapontin à un représentant québécois, qui peut être retiré selon le bon vouloir d'Ottawa.

Cette entente n'a donc rien " d'historique " et ne rencontre certainement pas les exigences minimums du Québec en matière d'action internationale telles qu'énoncées il y a maintenant quarante ans par Paul Gérin-Lajoie. Son acceptation par Jean Charest n'est certainement pas une preuve qu'elle les rencontre, mais plutôt qu'il est incapable de défendre correctement et avec détermination les intérêts propres du Québec. Cela fait bien l'affaire d'Ottawa..

À bien lire cette entente, il est clair que le " fédéralisme d'ouverture " n'est qu'un nouveau mirage fédéral, un énième de notre histoire politique récente. Si de si petits pas, rappelons qu'il ne s'agit ici que de l'UNESCO, sont impossibles avec un régime politique se réclamant d'une main tendue au Québec, nous devons en tirer les conclusions évidentes.

Les Québécoises et Québécois ont un désir profond de se projeter à leur manière sur la scène internationale. Mon action politique tire tout son sens de ce désir d'expression autonome d'une nation francophone d'Amérique du Nord. L'entente Harper-Charest sur la place du Québec à l'UNESCO démontre encore une fois que si le Québec souhaite réellement porter sa voix sur la scène internationale, il devra le faire en devenant un pays pleinement souverain.




Au-delà de l'UNESCO

Stéphane Paquin, professeur associé à l'UQAM et adjoint au titulaire de la Chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec
La Presse vendredi, 12 mai 2006

L'entente Ottawa-Québec est un pas dans la bonne direction et le gouvernement Charest ne doit pas s'arrêter en si bon chemin

La raison pour laquelle il a été si facile à Stephen Harper de conclure cette entente est largement liée au fait que l'UNESCO reste une organisation marginale dans le système onusien.

De nombreux observateurs sont déçus que le Québec n'obtienne pas plus de l'entente entre le gouvernement du Québec et du Canada sur la place du Québec à l'UNESCO. Certes, l'entente n'accorde pas un rôle comparable à celui du Québec lors des Sommets de la francophonie mais, dans le contexte du fédéralisme canadien, elle constitue une avancée importante, un premier pas dans la bonne direction.

Cette entente porte l'empreinte de Benoît Pelletier car elle reconnaît la spécificité et personnalité unique du Québec, le fédéralisme asymétrique et un rôle particulier pour le Québec sur la scène internationale. La collaboration conflictuelle et les incessantes négociations qui caractérisaient les relations fédérales-provinciales sous Pierre Trudeau, Jean Chrétien et Paul Martin vont pouvoir céder la place à une coopération plus facile car la participation du Québec au sein de la délégation canadienne est maintenant acquise (mais très facilement révocable). Le gouvernement du Québec aura accès à l'information, aux documents de travail et pourra participer à toutes les étapes de l'élaboration des conventions de l'UNESCO mais au sein de la délégation canadienne et " sous la direction générale du chef de la délégation canadienne ".

Seule la pratique nous dira si le Québec pourra réellement faire entendre sa voix de façon significative. Dans le cas de la participation du Québec au sommet de la Francophonie, les représentants du Québec se sont octroyés un rôle plus important que ne le prévoyait l'entente conclue avec le gouvernement fédéral. Il reste à voir s'il en sera de même dans le cas de l'UNESCO.

Obtenir plus?

Le Québec aurait-il pu obtenir plus? Contrairement à ce qu'ont avancé certaines personnes, le gouvernement du Québec aurait pu obtenir un statut de membre associé. Il existe six précédents. Pour ce faire cependant, le gouvernement du Québec aurait dû concéder qu'il n'assume pas la responsabilité de la conduite de ses relations extérieures, ce qu'il n'était probablement pas prêt à faire. De plus, le processus est aléatoire puisqu'il est difficile de prévoir le résultat du vote et rien n'indique que le ministère des Affaires étrangères du Canada, toujours très hostile aux relations internationales du Québec, n'aurait pas cherché pas à faire échouer le projet. Il faut cependant noter que la Catalogne cherche à obtenir un tel statut.

Le Québec aurait-il été mieux servi avec le modèle belge? Ce dernier n'est pas un modèle bilatéral mais intergouvernemental. En termes canadiens, il n'aurait plus été question d'une place pour le Québec au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO mais pour l'ensemble des provinces canadiennes à l'UNESCO. Ce modèle aurait impliqué que les provinces canadiennes doivent en arriver à un consensus sur la position à adopter et qu'elles désignent un représentant au sein de la délégation canadienne afin que ce dernier parle au nom du Canada dans les champs de compétence des provinces. En cas d'absence de consensus, le Canada doit s'abstenir.

Puisque les autres provinces canadiennes ne s'intéressent pas aux travaux de l'UNESCO, une entente bilatérale est probablement plus profitable pour le gouvernement du Québec. Le plus surprenant de cette entente est que le gouvernement du Québec va, en complétant la position canadienne, déterminer la position des autres provinces canadiennes dans leurs champs de compétence!

Si cette entente est intéressante, il ne faut cependant pas s'arrêter en si bon chemin. La raison pour laquelle il a été si facile à Stephen Harper de conclure cette entente est largement liée au fait que l'UNESCO reste une organisation marginale dans le système onusien. Le gouvernement du Québec surestime l'importance de l'UNESCO. On est très loin du discours de Jean Charest lorsqu'il réclamait une place pour le Québec dans toutes les organisations et négociations internationales du Canada qui affectent les compétences constitutionnelles du Québec. Si on se limitait à cette entente, cela représenterait un rétrécissement très significatif des demandes du Québec. Il est ainsi très important que le gouvernement du Québec se batte encore pour une place pour le Québec à l'OMC et dans tous les accords commerciaux du Canada qui affectent ses champs de compétence par exemple. Il est plus urgent également de trouver une entente sur la participation du Québec, et même des provinces canadiennes, à l'Organisation mondiale de la santé. Si une pandémie de grippe aviaire frappait aux portes du Canada, ce sont les autorités provinciales et municipales qui seraient au coeur de la gestion de la crise...

En somme, il s'agit d'un pas dans la bonne direction et le gouvernement du Québec ne doit pas s'arrêter en si bon chemin.




PQ urged to back off plan to hold referendum

RHÉAL SÉGUIN
The Globe and Mail May 12, 2006 Friday

Top Quebec separatists sign manifesto arguing for a new type of federalism

QUEBEC -- Fearing defeat, prominent separatists are calling on the Parti Québécois to withdraw its plan to hold a referendum on sovereignty unless it is sure of winning a strong majority.

In a manifesto published in Le Devoir yesterday, the group also sided with some federalists who claim that a simple majority of 50 per cent plus one in a referendum would not be enough to declare independence.

The text, titled "Manifest for a Realistic Approach to Sovereignty" was quickly cast aside by PQ Leader André Boisclair who said he has no intentions of putting the referendum on the backburner.

Quoting the PQ program, Mr. Boisclair said a win in the provincial election would give him the mandate to hold a referendum "as soon as possible in the first mandate."

"Each word here has its importance. I will not wait for winning conditions. And the debate we will hold will not be about the referendum, it will be about sovereignty," Mr. Boisclair said in an interview yesterday. He added that if he wins the referendum with a simple majority it would give him the political legitimacy to achieve sovereignty.

Among those in the group of intellectuals and activists who signed the manifesto were PQ founding member Marc Brière, senior adviser Jean-Rock Boivin who worked with former premiers René Lévesque and Lucien Bouchard, sociologist Jacques Beauchemin, writer Claude Jasmin and political scientists Guy Lachapelle and Henry Milner.

The group expressed its fear of losing another referendum, saying the PQ has a duty to retreat on its commitment if it doesn't have the "moral assurance" of winning.

"To announce that we will hold a referendum even if we don't have the moral assurance of winning it and then we lose, would be to abandon Quebeckers to their poor provincial fate - which is Liberal - a strategy that would be nothing less than suicidal," the authors said.

They go on to argue that winning a referendum by the slightest of margins would only create chaos. "Quebec's position would be so fragile and the referendum result so open to challenges that the situation would become untenable for a majority of Quebeckers," the group said.

In other words a 50-per-cent-plus-one vote would be legitimate but insufficient for Quebec to argue a clear-cut case before the international community. "A majority that would be too slim could make it difficult to manage either to achieve international recognition or to negotiate the terms of secession with Canada," they said. They gave no indication how much of a margin would be needed to claim victory.

Rather than support outright independence, the authors argue for a new type of ambiguous federalism, one that could best be defined as a 'Quebec-Canada union.' It is a vague concept, once defended by the PQ where Quebec and Canada would become equal partners in a new political entity after a winning referendum was held. However if the rest of Canada refused to negotiate such a partnership, the authors argue that Quebec would not be authorized to unilaterally declare independence.

"In order to do that, Quebec would need to win another referendum specifically on the issue of achieving sovereignty," they contend.

Mr. Boisclair shrugged off the proposals, yet refused to condemn them outright. He did not exclude offering a new political partnership with the rest of Canada. "We still have the same principles. We want sovereignty to be achieved democratically through a referendum. After that, some types of associations would be desirable but they are not conditional to achieving sovereignty. We want things to be done in an orderly way," he said.

Mr. Boisclair said that if he wins the referendum, Quebec would not immediately declare independence. He said that "a period of transition" would take place, but refused to determine how long that period would last.

"Things will be done properly in order to avoid chaos," he said.




Non aux débats sur les virgules

Antoine Robitaille
Le Devoir vendredi, 12 mai 2006

Boisclair refuse la création d'un club de «purs et durs»

Le chef péquiste André Boisclair estime que les débats byzantins de son parti, dans lesquels s'inscrit à ses yeux le récent Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, découragent les jeunes générations d'y adhérer.

«Ce qui est malheureux quand on s'enfarge dans tous ces débats, c'est qu'on en vient à percevoir les gens du Parti québécois comme étant des référendistes avant d'être des souverainistes», a-t-il confié au Devoir hier.

Contraint de réagir audit manifeste, dont nous avons publié de larges extraits dans notre page Idées d'hier (la version complète se trouvant au www.ledevoir.com), M. Boisclair a eu ces mots : «J'apprécie le travail que font des "exégètes", et ce sont des gens talentueux. Mais la réalité, c'est que pendant que nous débattons de nos virgules et de nos traits d'union [...], la jeune génération se sent bien loin de tous ces débats.» M. Boisclair a fait remarquer qu'il appartient lui-même à la génération «qui n'a pas participé au débat sur le trait d'union [entre «souveraineté» et «association»]», dans les années 70. Il insiste pour dire que «ce que nous souhaitons, c'est un pays». Semblant faire écho aux récents propos des artistes Michel Tremblay et Robert Lepage, M. Boisclair a dit qu'il fallait se «recentrer» sur les motivations profondes de faire la souveraineté, «le sens de la démarche», sans quoi «tous ces débats demeureront essentiellement théoriques».

Les «exégètes» auxquels le chef péquiste fait référence sont le militant Marc Brière et l'ancien conseiller de René Lévesque, Jean-Roch Boivin, mais aussi les universitaires Jacques Beauchemin, Guy Lachapelle et Henry Milner, entre autres.

Dans leur manifeste touffu, les pétitionnaires affirment notamment que la règle «légale» d'accession à la souveraineté a beau être celle des «50 % plus une voix», en pratique, «la position du Québec serait alors si fragile et le résultat du référendum si ouvert à la contestation que la situation pourrait être intenable, insoutenable pour une majorité même de Québécois».

M. Boisclair a donc été contraint de réaffirmer que «le standard démocratique qu'il faut reconnaître» en matière d'accession du Québec à la souveraineté était celui des «50 % des votes plus un». Un autre standard que celui-là équivaudrait à «donner un droit de veto à la minorité» anglophone, a-t-il dit. Sans surprise toutefois, M. Boisclair a affirmé que ce que les souverainistes doivent viser, c'est «une majorité encore plus importante de gens qui appuient le OUI».

Le chef péquiste a aussi indiqué qu'il n'avait aucune intention de modifier le programme actuel du Parti québécois, comme les «réalistes» lui intiment de le faire dans leur manifeste. À l'instar de l'ancien mandarin et ex-candidat à la direction du PQ, Louis Bernard, les «réalistes» estiment que le programme va trop loin quand il prône l'adoption d'une «déclaration unilatérale d'indépendance» dès le lendemain d'un OUI gagnant. À cet égard, M. Boisclair a rappelé son interprétation du programme, «plein de flexibilité» à ses dires, qui lui permet de promettre une «résolution de reconnaissance du résultat» le lendemain d'un OUI. On comprend que la déclaration unilatérale d'indépendance reste une solution de rechange en cas de mauvaise foi de la part du reste du Canada lors d'éventuelles négociations.

Pas de club de purs et durs

Par ailleurs, M Boisclair a aussi indiqué qu'il s'opposera à la demande de certains «purs et durs» du parti qui souhaitent créer un «club politique» en faveur d'une «élection référendaire», entité rendue possible depuis la refonte des statuts de cette formation l'an dernier. Là-dessus, M. Boisclair s'est montré limpide : «Il m'apparaît que leur demande n'est pas recevable parce qu'elle va à l'encontre du programme du Parti québécois de façon claire, nette et tranchée.»

Malgré tout, M. Boisclair a insisté pour dire qu'il accueillait bien tous ces débats. Il a remercié les pétitionnaires «réalistes» et a dit trouver «sain» que, à l'autre bout du spectre, des «purs et durs» veuillent fonder un club. «Je suis très confortable dans ce parti-là. C'est un véhicule puissant. Je ne vois pas de difficultés sur ces questions-là. Le Parti québécois, c'est une grande famille», a-t-il soutenu.

«Chasse aux caribous», dit Le Québécois

Par ailleurs, du côté de l'organe des «jeunes purs et durs», Le Québécois, on a très mal réagi, on s'en doute, au manifeste des «réalistes». «La chasse aux caribous est ouverte !», écrivaient hier sur leur site Internet les souverainistes Patrick Bourgeois et René Boulanger. «Grâce au manifeste des réalistes, on a une nouvelle fois la preuve que les modérés sont prêts à bien des compromissions pour obtenir le privilège de gérer une province qui n'a plus, dans le contexte canadien, les moyens de ses ambitions. Provincialistes-péquisto-réalistes ou indépendantistes-jusqu'au-boutistes : en ce qui nous concerne, notre choix est fait.»




Ce ne sont pas des virgules

Michel C. Auger
Cyberpresse vendredi, 12 mai 2006

André Boisclair a raison de vouloir que son parti cesse de passer pour plus préoccupé de référendum que de souveraineté. Sauf qu’il a bien tort de dire que les intellectuels péquistes qui ont signé un manifeste, cette semaine dans Le Devoir, se préoccupent de virgules.

Quand on veut demander aux citoyens de faire un changement aussi important que celui de l’accession du Québec à la souveraineté, il est important que la démarche soit claire. Aussi claire que l’objectif.

Actuellement, le programme du PQ dit le strict minimum : un référendum, le plus tôt possible dans le mandat, avec une majorité de 50 pour cent plus un et portant directement sur l’accession à la souveraineté.

Mais cela ne fait pas un certain nombre de nuances importantes. Par exemple, sur la majorité. Il y a une différence majeure entre la norme légale et la norme politique en ces matières. Oui, 50 pour cent plus un est la norme légale, mais politiquement, une majorité trop faible risque de compromettre l’accession à la souveraineté.

Après le référendum de 1995, gagné par la plus faible des marges par le Non, bien des souverainistes disaient, en privé, qu’au fond, ils avaient été chanceux de ne pas gagner avec 50,4 pour cent des voix, parce qu’ils n’auraient pas été certains de réussir le processus d’accession à la souveraineté. Ils faisaient tout simplement la nécessaire distinction entre la norme politique et la norme juridique.

Depuis, un jugement de la Cour suprême du Canada et l’attitude de la communauté internationale ont donné changé la donne.

La Cour suprême a parlé de majorité claire à une question claire. La communauté internationale a commencé à imposer des majorités qualifiées – 55 pour cent pour l’exemple le plus récent, celui du référendum au Monténégro – en citant, entre autres, la situation canadienne comme exemple.

Le PQ ne peut pas faire semblant que rien n’a changé depuis 1995. En particulier, les souverainistes ne peuvent choisir les parties du jugement de la Cour suprême qui font leur affaire – comme celui qui oblige les parties à une négociation après un référendum – en oubliant celles qui ne font pas leur affaire, comme ce qui touche la majorité requise.

Ce que le manifeste des souverainistes qu’on a vite qualifiés de «lucides» dit, c’est qu’il faut clarifier le processus d’accession à la souveraineté avant les prochaines élections, sinon, il est clair que les libéraux s’en serviront contre le PQ pendant la prochaine campagne électorale.

Ce n’est pas une simple affaire de virgules, quoi qu’en dise M. Boisclair.





Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté :

La chasse aux caribous est ouverte !

Patrick Bourgeois, René Boulanger
Le Québécois, la libération par la plume ! www.lequebecois.org vendredi, 12 mai 2006

Non satisfaits d'avoir assisté à l'élimination quasi totale de l'influence « puretduriste » au sein du Parti Québécois à l'époque où Lucien Bouchard trônait comme un demi-despote éclairé, certains souverainistes qui se disent réalistes ont décidé aujourd'hui que le temps était venu de rouvrir une nouvelle saison de chasse aux caribous. Le présent contexte serait propice à la chose parce que ces mêmes caribous, orphelins qu'ils sont depuis le départ de celui qui incarne toujours le leadership à leurs yeux, c'est-à-dire Jacques Parizeau, investiraient trop d'énergie à redresser leur tête panachée pour qu'on puisse les laisser agir impunément. Leur replonger la tête sous l'eau afin de mieux protéger les dogmes des modérés, voilà la solution privilégiée par ceux qui espèrent vaquer tranquillement à la gestion provinciale, agitant de temps à autre le hochet de la liberté afin de leurrer des militants (plus souvent qu'autrement purs et durs) qui accepteront ainsi de poser des pancartes et de récolter des 5 $!

Au-delà des critiques concernant un détail ou un autre de la stratégie prônée par les plus vigoureux des indépendantistes que l'on retrouve dans le manifeste (certaines sont justifiées, alors que d'autres sont carrément scandaleuses), ce qu'il faut retenir de la sortie des réalistes, c'est qu'elle vise principalement à dénoncer les purs et durs, c'est-à-dire des êtres qu'ils dépeignent à tort comme alimentant des desseins antidémocratiques, voire violents, de façon à miner leur influence nouvelle; d'empêcher que le PQ ne reconnaisse le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES) en tant que club politique (les réalistes seraient-ils allergiques au débat?); et, surtout, de favoriser le ralentissement de la démarche indépendantiste telle qu'adoptée démocratiquement par les militants du PQ en juin 2005. D'emblée, le journal Le Québécois, figure incontournable du courant pur-et-duriste, ne peut que s'opposer avec toute son énergie au manifeste des réalistes.

Nous le rejetons tout d'abord parce que nous appuyons globalement le programme politique adopté démocratiquement par les militants du Parti Québécois lors du dernier congrès de juin 2005. Nous croyons qu'il est pertinent que ce programme propose de mettre enfin l'accent sur l'indépendance au détriment de la stérile gestion provinciale, et qu'il promette de procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance au lendemain d'un Oui. Il est faux de prétendre comme le font ces réalistes que ce sont de tels excès des indépendantistes qui font peur aux Québécois et qu'il faudrait par conséquent « cesser de jouer les matamores purs et durs ». Pour notre part, nous croyons que ce n'est pas la détermination politique (ce qui n'a rien à voir avec des excès) dont font preuve les purs et durs qui suscite la crainte chez le peuple québécois, mais bien la tremblote chronique qui affecte beaucoup trop de ténors souverainistes lorsqu'il est question de liberté nationale. Comment un quidam pourrait ne pas être inquiété par un projet qui lui est proposé timidement par des porte-parole qui craignent plus que tout leur propre victoire et qui multiplient les étapes et les entourloupettes pour la rendre toujours plus utopique? Si nous avons confiance en nos idées, nous devrions toujours être prêts à les promouvoir clairement, vigoureusement.

À l'évidence, les réalistes sont plus atteints que quiconque dans le mouvement indépendantiste du syndrome de la tremblote chronique. Ce syndrome les pousse, parce que les sondages ne nous sont pas tellement favorables par les temps qui courent (Harper ayant temporairement la cote), à souhaiter ralentir la marche des Québécois vers le pays, à rentrer encore plus profondément la queue entre les jambes. Nous ne pouvons que nous insurger contre une telle proposition. Si les indépendantistes aspirent vraiment à la victoire, ils doivent se détourner des chimères que leur présentent les réalistes pour ainsi mieux poser le geste qui compte le plus. Celui qui consiste à admettre que le Québec et le Canada sont politiquement en guerre, et que, pour mettre fin à une telle situation, il faudra faire preuve de beaucoup de courage et se battre avec toute l'énergie qui nous habite. Ce que n'ont pas compris les réalistes lorsque est venu le temps de rédiger leur manifeste, c'est que l'important dans le combat que nous menons n'est pas tant les moyens retenus pour mener la lutte que la volonté inébranlable d'obtenir la victoire. Bien inutile est donc de nous présenter un manifeste qui critique les 50 % +1, la déclaration unilatérale d'indépendance, l'élection référendaire, le MES, bref, tout ce que défendent les purs et durs, et ce, parce que ce ne sont qu'autant d'accessoires. Les lacunes que l'on peut y retrouver ne sont rien à côté de l'erreur fondamentale qui est commise par les réalistes dans ce manifeste, celle qui les pousse à fuir les solutions trop draconiennes par peur d'enclencher toute lutte politique digne de ce nom avec nos ennemis d'outre-Outaouais. Un jour ou l'autre, ils devront bien comprendre que l'on ne remporte jamais une guerre politique en cultivant la peur, en évitant les affrontements. Seul le courage qui se doit d'accompagner en tout temps nos convictions peut nous mener à la victoire, et cela, les purs et durs l'ont compris depuis belle lurette!

En dénonçant les purs et durs et leurs propositions parce qu'ils seraient trop pressés d'en finir avec le Canada, en réclamant l'abandon de la clause du programme péquiste qui stipule que le prochain référendum devra se tenir le plus tôt possible après la victoire électorale, les réalistes n'exigent rien d'autre des militants indépendantistes qu'ils signent une fois de plus un chèque en blanc au PQ. Ils voudraient qu'on laisse l'establishment péquiste décider à sa guise du moment le plus opportun pour enclencher un processus référendaire. À cela, les purs et durs, ceux du MES comme les gravitons libres, ont plus que raison de crier : « Non merci, on a déjà suffisamment donné » ! Peu importe la stratégie retenue - élection référendaire ou pas, assemblée constituante ou pas, partenariat ou pas, déclaration unilatérale ou pas, 50 % + 1 ou 60 % + 1, échéancier précis ou pas - il y a une chose qui demeure, et c'est que la priorité du PQ ne peut être que l'indépendance et que ce parti doit consacrer l'essentiel de ses énergies à l'atteinte de cet objectif et non pas à la gestion provinciale. S'il s'y refuse à nouveau comme le souhaitent les réalistes, il perdra par le fait même, et cette fois de façon irrémédiable, sa raison d'être.

Le courage d'un côté, et la peur de l'autre. Voilà ce qui différencie les purs et durs des réalistes, les caribous des farouches chevreuils à l'oeil toujours larmoyant, les oreilles bien campées sur la nuque, effrayés par le moindre bruit. Grâce au manifeste des réalistes, on a une nouvelle fois la preuve que les modérés sont prêts à bien des compromissions pour obtenir le privilège de gérer une province qui n'a plus, dans le contexte canadien, les moyens de ses ambitions. Provincialistes-péquisto-réalistes ou indépendantistes-jusqu'au-boutistes, en ce qui nous concerne, notre choix est fait.




La pauvreté relative des Québécois est indéniable

Norma Kozhaya
LesAffaires.com jeudi, 11 mai 2006

Comment se compare le niveau de vie des Québécois avec celui des habitants du reste du pays? Cette question soulève beaucoup de réactions émotives de part et d'autre.

Les désaccords tiennent en partie au fait que, selon certains indicateurs, le niveau de vie des Québécois paraît être comparable à celui des Ontariens, alors que d'autres montrent que le Québec est relativement pauvre par rapport aux autres provinces.

La mesure la plus globale et la plus utilisée du niveau de vie des résidants d'un territoire est le produit intérieur brut (PIB) par habitant. En 2004, le PIB per capita du Québec se chiffrait à 35 117 $, 13 % de moins que celui de l'ensemble du Canada (40 351 $) et 16 % de moins que celui de l'Ontario (41 703 $). L'écart avec l'Ontario est le même qu'il était au début des années 1980. Il est donc difficile de parler de rattrapage.

On devrait idéalement ajuster ces données en tenant compte du coût de la vie dans chaque province. Nous ne disposons toutefois que de données sur le coût d'un panier de consommation dans les grandes villes, qui révèlent, par exemple, qu'il en coûte moins cher de vivre à Montréal qu'à Toronto. Sur cette base imparfaite, l'écart négatif entre le PIB par habitant québécois et la moyenne canadienne passe de 13 % à 6 % alors que celui avec l'Ontario passe de 16 % à seulement 4 %, ce qui ne laisse qu'un léger avantage à l'Ontario.

Un autre indicateur du niveau de vie est le revenu personnel disponible per capita (revenus totaux des individus moins les impôts personnels directs). En 2004, le revenu disponible per capita était de 21 631 $ au Québec, soit 7 % inférieur à la moyenne canadienne, et 12 % en dessous de l'Ontario. Si l'on ajuste selon le coût de la vie dans les grandes villes, on se retrouve de nouveau avec un portrait relativement plus favorable pour le Québec, puisque l'écart avec l'Ontario semble disparaître complètement.

Des retards révélateurs

Ces indicateurs généraux et plutôt imprécis sont toutefois contrebalancés par d'autres données selon lesquels le Québec fait beaucoup moins bonne figure :

- Le Québec a toujours le taux de chômage le plus élevé des provinces canadiennes à l'exclusion de trois des provinces atlantiques, soit 8,5 % en mars 2006, contre 6,3 % pour le Canada et 6,1 % en Ontario.

- En 2005, 6,8 % de la population québécoise était bénéficiaire d'aide sociale, la moyenne canadienne étant de 5,2 % et le niveau ontarien de 5,4 %.

- La valeur nette des ménages québécois (leurs avoirs moins leurs dettes) était de 61 300 $ en 1999 contre 101 400 $ en Ontario. Ces résultats sont influencés par le fait que les Québécois ont beaucoup plus tendance à être locataires que propriétaires de leur logement.

Tous ces indicateurs reflètent une performance économique relativement faible. Le nombre systématiquement plus élevé de chômeurs, d'assistés sociaux, et de ménages locataires au Québec est un indice clair du fait que le niveau de vie en général y est moins élevé que dans les autres provinces.

De plus, la productivité du travail représente un déterminant crucial de la croissance du niveau de vie. Sans hausse de la productivité, il ne peut y avoir d'augmentation de la richesse. Or, la productivité québécoise par travailleur est inférieure à la moyenne canadienne et dépassée par la productivité en Alberta, à Terre-Neuve, en Saskatchewan, en Ontario et en Colombie-Britannique. La productivité par heure travaillée est également inférieure à la moyenne canadienne et à l'Ontario.

Une société plus égalitaire?

Certains intervenants suggèrent que ces indicateurs ne décrivent pas suffisamment bien la situation, car ils ne rendent pas compte du fait que le Québec est, selon eux, une société plus égalitaire et solidaire, que la richesse y est mieux répartie et qu'on y compte moins de pauvres.

À cet égard, le taux de pauvreté donné par la mesure du panier de consommation (le ratio dans la population de personnes ou familles dont le revenu est insuffisant pour répondre aux besoins essentiels) est de 12 % au Québec, à peine inférieur à la moyenne canadienne de 13 %, mais légèrement supérieur à celui de l'Ontario qui est de 11 %. L'argument selon lequel le Québec est une société plus égalitaire que le reste du Canada ne tient donc pas la route.

De plus, le Québec compte relativement moins de riches, la proportion de contribuables gagnant des revenus de 100 000 $ et plus se situant à 2,2 %, contre 4 % en Ontario. Que les Québécois soient ou non plus solidaires, avoir moins de riches signifie qu'il y a de toute façon moins de richesse à redistribuer.

L'économie n'est pas tout, et le Québec reste l'un des endroits les plus favorisés dans le monde. Il existe évidemment d'autres raisons de vouloir y rester ou s'y établir, des rai-sons qui ont trait à la culture et à la qualité de vie par exemple. Mais ces avantages ris-quent eux aussi de s'effriter à moins de maintenir un rythme de création de richesse comparable à celui de nos voisins. Reconnaître la pauvreté relative des Québécois s'avère toutefois un pas indispensable dans la recherche de solutions.

Norma Kozhaya, économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM) et chargée de cours à l'Université de Montréal.




Comment faire payer les riches!

Fortin, Pierre, professeur d'économie à l'Université du Québec à Montréal
L'Actualité Vol: 31 No: 9 - 1 juin 2006

Taxer les profits n'est pas du tout la même chose que taxer les riches. Lorsqu'on impose les gains des entreprises, ce sont surtout les clients et les employés qui écopent.

Les riches, au Québec, sont moins fortunés et plus taxés qu'ailleurs en Amérique du Nord. Mais ce n'est pas ce que nous aimons croire. Nous faisons plus naturellement confiance à ceux qui nous répètent que les riches bénéficient de généreux crédits d'impôt, pratiquent l'évasion fiscale à grande échelle et vont mettre leurs revenus à l'abri dans les paradis fiscaux. Ces dernières années tout particulièrement, beaucoup de riches escrocs ont été démasqués et condamnés. Et c'est sans doute loin d'être fini. Face à ces malversations, une seule stratégie s'impose: continuer à poursuivre les bandits et à combattre l'évasion et les paradis fiscaux avec toujours plus de vigueur.

Néanmoins, tout compte fait, la contribution des riches du Québec au financement de nos services publics est honorable. En 2003, le revenu moyen des 20% des familles les plus riches du Québec a été de 75 000 dollars. Toutes déductions comprises, le fisc leur en a retenu 24%. Après impôts et transferts, il leur est resté 57 000 dollars. En Ontario, pendant ce temps, les 20% les plus nantis ont gagné en moyenne 93 000 dollars. Leur ponction fiscale a été de 22%, ce qui leur a laissé 73 000 dollars. Dans la plupart des autres États d'Amérique du Nord, les riches sont, comme en Ontario, plus fortunés et moins taxés que ceux du Québec. Le Québec a parfaitement le droit de se donner un fardeau fiscal plus lourd afin de financer plus de services publics que les autres. Mais ceux qui passent leur temps à répéter que, collectivement, les riches du Québec ne fournissent pas leur part se trompent.

Voilà pour l'impôt des particuliers. Mais qu'en est-il de l'impôt sur les profits des sociétés et du fardeau fiscal de leurs riches actionnaires? Lorsqu'ils étaient au pouvoir, les libéraux ont proposé des réductions de l'impôt fédéral sur les profits des sociétés. Ces baisses d'impôt ont été maintenues, pour l'essentiel, par les conservateurs de Stephen Harper. Est-ce à dire que le fardeau fiscal des actionnaires des entreprises sera allégé, tandis que la classe moyenne sera "laissée sur le carreau"?

Pas du tout, et pour deux raisons. Premièrement, le gouvernement fédéral a aussi annoncé une baisse de 11 milliards de l'impôt des particuliers d'ici 2010. Les réductions envisagées viseront tout particulièrement la classe moyenne et seront trois fois plus importantes que les allégements prévus pour l'impôt des sociétés. Deuxièmement, même si ce sont les actionnaires des entreprises qui paient officiellement la facture comptable de l'impôt sur les profits, cela ne signifie pas qu'ils en supportent le fardeau. Ils peuvent refiler la majeure partie de la note à leurs clients en leur vendant les produits plus cher; à leurs employés en les forçant à se contenter de salaires moindres; à leurs fournisseurs en exigeant qu'ils abaissent leurs prix. Dans le monde des entreprises, un tel comportement est la règle plutôt que l'exception.

Bref, alors qu'aux yeux du comptable ce sont les actionnaires qui paient l'impôt sur les profits, dans les faits, clients, employés, fournisseurs et actionnaires se partagent la charge. Des chercheurs croient que, paradoxalement, l'impôt sur les profits pourrait faire plus de mal au petit salarié qu'au gros actionnaire. Quand le profit de l'entreprise ne fait pas son affaire, le gros actionnaire peut toujours s'en aller ailleurs, là où le rendement est meilleur. Le petit salarié, lui, a rarement le choix: il prend ce qu'on lui donne.

La Suède socialiste a compris cela. Dans ce pays, les impôts des entreprises sur leurs nouveaux investissements sont trois fois plus faibles qu'au Québec et au Canada. Les Suédois ne sont pas fous. Ils ont saisi que les entreprises sont des machines à créer l'emploi et la richesse, et que surtaxer l'investissement est la meilleure manière de freiner le progrès économique. En Suède, le fisc attrape les riches "d'aplomb" - ce qui est parfaitement acceptable -, mais il le fait par le truchement de l'impôt des particuliers, pas par celui des sociétés. Malheureusement, bien des socialistes québécois n'ont pas encore pigé. Ils en sont restés à la vision primaire qui conçoit l'impôt sur les profits comme un instrument de lutte des classes. Ils ne se rendent pas compte que l'impôt des sociétés fait plus de mal aux petits salariés qu'ils veulent défendre qu'aux riches actionnaires qu'ils veulent détrousser.

Un petit voyage en Suède leur ferait peut-être du bien.




Harper, Boisclair et la souveraineté

Etienne Boulay, Trois-Rivières
TRIBUNE LIBRE vendredi, 12 mai 2006

Ces jours-ci, le soleil brille à Ottawa et dans le camp fédéraliste. M. Harper a la cote auprès des électeurs et contrôle bien la partie. Remarquez si on compare le gouvernement conservateur au précédent, ce n'est pas trop dur de bien paraître. Du côté des souverainistes on les laisse avoir leur fun.

L'impatience à l'égard de M. Boisclair est perceptible chez nos chroniqueurs politiques. Que fait-il, il est décevant, son poste est en jeu... Du bla bla bla de gérant d'estrade. En fait, il n'a pas à se brûler à ce moment-ci. Les médias ont décidé d'embarquer dans le party Harper et rien ne sert de perdre notre énergie à chercher une visibilité éphémère.

Si ça va bien avec M. Harper, tant mieux, après tout, les souverainistes ne sont pas si sado que ça. Profitons-en de cette place dans les loges de l'Unesco, bientôt on sera en première place avec les autres pays, qui sait peut-être même au côté de notre bon ami Harper. Et que dire du déséquilibre fiscal? Allez-y et régler au plus sacrant! Dix ans à se faire vider les poches deux fois plutôt qu'une c'est ce que nous a coûté le régime fédéral ces dernières années. Donc si on règle ce litige, il ne nous restera qu'à régler un déséquilibre qui date de la fondation de notre plus meilleur pays et qui n'a cessé de prendre de l'ampleur.

Les bonnes intentions et les beaux gestes n'enlèveront jamais la pertinence de l'indépendance. Le Québec ne peut s'émanciper sans son indépendance, c'est un de ces gestes qu'il faut poser pour avancer. Je vous conseille de replonger dans l'histoire du Québec si vous n'êtes pas sûr... mais attention de ne pas tomber sur un de ces manuels d'histoire que le gouvernement Charest a fait préparer pour nos enfants!




Oh No, Canada!

Cindy Sheehan
MichaelMoore.com - Friday, May 12th, 2006
http://www.michaelmoore.com/mustread/index.php?id=646

I like to believe that people in the long run are going to do more to promote peace than our governments. Indeed, I think that people want peace so much that one of these days governments had better get out of the way and let them have it. Dwight D. Eisenhower

The day that the apparently reformed war-monger, President Dwight D. Eisenhower, envisioned decades ago has finally come. It is time for governments to get out of our way.

I have had a chance since Camp Casey in August to travel the world. I have had the honor of meeting hundreds of fellow souls who are just plain sick and tired of the way BushCo is cavorting around the world and comporting themselves as fledgling 3 rd Reich tyrants (Hitler didn't need warrants either) who are threatening the way of life of every person who inhabits our world. I was only just in Canada and got to meet many of our brothers and sisters north of the border.

From Italy to Canada to Great Britain and everywhere in between, our brothers and sisters who live in these nations are extremely tired of their governments who support BushCo in their war crimes and crimes against humanity. PM Berlusconi of Italy recently paid the price for his support of BushCo's policies by being uninvited back to his position. I knew he was going to be defeated by just traveling around Italy and hearing and feeling the frustration and fear for their democracy that Berlusconi's neo-Fascist rule was destroying.

By many accounts, Stephen Harper was put in place as leader of Canada by the collapse of weak coalitions and scandals that led to this man now leading a minority government there. He is wildly unpopular from coast to coast up north and there is a growing sense of unease about his emulation of a very unpopular person in the USA but even more in Canada: George Bush.

Canadians have to be the healthiest looking and most polite citizenry that I have encountered in my travels. The British people that I have met are very polite but nowhere near the graciousness of Canadians. Canadians are truly civil, and they mean it. Canadians have been proud of their country's role of world peacekeeper and as the beacon of peace and hope and refuge for us Americans who feel that our country's aggressive militarism endangers us and harms our reputations and souls. Now Canadians need to wake up to the fact that their new minority, disliked government is leading them down this same slippery slope to the fascistic militarism of their immediate neighbors to the south.

The first day that I was in Canada, their defense minister, Gordon O'Connor, signed the extension of the NORAD Treaty with the Bush Regime without any debate or votes in Parliament. The citizenry was outraged in their courteous way. Not so coincidentally, Gordy just so happens to be a former defense industry lobbyist who has been using his position to promote the " Canada First " position which ultimately removes Canada, once and for all, from their world peace keeping role. With Canada's support of the Haitian Government's overthrow and support of BushCo's travesty in Afghanistan, Canada was already heading down this path of destruction.

Canadians are distressed that defense spending rose by 5.3 billions of dollars (roughly what the US spends for 2 weeks in Iraq) while the preschool budget is being cut and college tuition is rising. This increase in military spending coincidentally correlates with a push to recruit thousands of more soldiers who are still be told by the Canadian recruiters that their country only does peace keeping missions. This manipulation of facts and the exploitation of fear and false patriotism is being fueled by the Canadian media who seem to be turning, for the most part, into propaganda tools of their government a la our rightwing 4th estate.

However, with Canadian soldiers dying in combat, the citizens of the country are starting to question their Bush clone of a PM and his Bush-style cabinet. Recently, the PM said that if he sends troops into combat, he expects the people of the country to support them; which really only means that he expects the people to support him and his loose interpretation of the facts. Also, Bush One and Two style (with a brief Clinton break), the Canadian media is now banned from showing images of the flag draped coffins: Allegedly to not cause the families any more pain. But, as the mother of a soldier who came home that way, trust me, it causes far more pain to have your child KIA in a pointless war then it does to see the military honor guard treating our children with the care and respect not afforded to them by their own misleaders.

The recent polls in Canada show that the people there are starting to wake up by the truckloads with support for their administration's support of BushCo's war slipping 14 percentage points in two months! Canadians are seeing that the war in Afghanistan is not righteous and that when Canada sends troops there, it frees American troops to be illegally and immorally deployed to Iraq. Canada needs a Cindy Sheehan to go to the PM's residence and demand to know what noble cause her child died for, or is still fighting for.

Even more of a struggle right now to Canadian peace coalitions, besides Canada's seeming slumber, is that the government won't support war resisters who flee the American military because they don't want to go over to Iraq and kill innocent people or die for the war profiteers. So far, two soldiers have been denied asylum. I was told by members of a few of their political parties that the asylum is being denied for two reasons: first of all, because our soldiers are "volunteers" now and, secondly, because if our kids refuse to go to Iraq and go to prison instead: our prisons aren't that bad.

Well, like I have said and written about before, if our kids volunteered, then they should be free to "un-volunteer" if the mission of the organization changes. I have belonged to several volunteer organizations and when I disagree, or when I just feel like it, I leave: and I am not threatened with prison, or execution, which is an option for our children in times of war.

Most of our kids did not volunteer to go to Iraq to guard special contractors or kill innocent people to cushion the retirement of the CEO of Exxon. And, newsflash, our recruiters are still lying to our young people telling them that if they enlist they won't have to go to Iraq and other despicable lies. When the recruit signs on the dotted line, the contract becomes binding only on him/her: those kinds of unilateral contracts are not even legal.

Our young soldiers, if they are refugees fleeing an organization that does not reflect their values, should not have to go to prison, no matter what the conditions are. With Amnesty International saying that violations are rampant in "enemy" combatant detention centers, then why should Canada think that our soldiers are any better off in a place that they should not be in the first place.

Please, dear Canada, wake up before it is too late and you wake up in a country that you don't even know anymore. We here in America fell into an exhausted sleep of denial after Vietnam and we are reaping what was silently and deviously sown by the neocons who have been working for an overthrow of our government for over 30 years. If we didn't learn the lessons of Vietnam, we will never surely forget the lessons we learned at the feet of BushCo that have cost so many so much.

It's okay to copy our baseball and the huge hearts of the American people who never wanted to picture the country that we have become. But don't copy, or let your government be willing partners in crime with our public enemy number one: BushCo.

A Canadian minister was being grilled by their press after a press conference that I conducted with the Canadian War Resister's League and finally in frustration he blurted out: "We're not going to allow an American woman (me) to dictate our policies." And you know what, he's right, but with support rapidly dwindling for both wars (with Iraq never being popular with the people of Canada) and with support for Canada allowing asylum to our young men and women of conscience, it's time for their government to listen to its people. It's also time for our government to listen to us.

George and Steve and Tony and the rest of you war mongers: Get out of our way, we the people, want peace. We will have it.




Bonne Fête

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE samedi 13 mai 2006

Maman
Je t’aime beaucoup
Je t’aime à la folie
Tu as des ailes
Tu pourrais sûrement m’emmener avec tes ailes
Voler dans le ciel
Dans les nuages blancs
Et avec les oiseaux
Tu es belle avec tes ailes
De toutes les couleurs
Je t’aime
La nuit
Tu voles dans tes rêves
Et tu m’emmènes avec toi
Dans le ciel
Avec tes ailes
Tu es belle et gentille
Je t’aime à la folie

de Juliette




Honteux!

Josée Boileau
Le Devoir samedi 13 mai 2006

Gênant, déplorable, impoli, insultant, ridicule... La liste est longue pour qualifier l'incroyable mépris diplomatique auquel a eu droit le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, de la part du gouvernement Harper. Et, preuve supplémentaire de son amateurisme -- dès lors qu'on le sort des tournées de durs à cuire en Afghanistan --, le gouvernement réagit à cette bourde avec autant de légèreté qu'il en a mis à accueillir M. Diouf.

Rappelons-le, celui-ci est au Canada à l'invitation du gouvernement afin de participer à une conférence ministérielle de la Francophonie, qui est elle-même une initiative canadienne. L'activité a lieu en fin de semaine au Manitoba, et pourtant, M. Diouf est arrivé mercredi en vue de rencontrer Stephen Harper à Ottawa. Non, il n'y avait pas de tel rendez-vous, répètent les conservateurs... Qu'ils nous expliquent alors pourquoi un homme au rang de chef d'État, à l'agenda débordant, aurait eu envie de venir si vite nous voir ? Seulement pour prendre le thé avec la gouverneure générale ? Pour flâner le long du canal Rideau ?

La seule version plausible, c'est qu'une rencontre était prévue et que M. Harper l'a cavalièrement annulée, traitant M. Diouf comme un ministre de second rang. Un manque d'égards qu'illustre bien l'arrivée du secrétaire général à Toronto, où il a eu droit à un accueil minimaliste et été traité comme le tout-venant. Papiers, fouille, comme les autres ! Pas de fonctionnaire de haut rang, pas de ministre pour rappeler l'envergure de notre invité (insistons !) et mettre fin à ces impairs.

Dans l'entourage de M. Diouf, on a pris acte avec grâce des «regrets» du gouvernement, celui-ci n'étant même pas foutu de franchement s'excuser. Soit, les gens de l'OIF savent vivre et maîtrisent, eux, l'art de la diplomatie. Nous noterons néanmoins que l'incident est sans précédent.

Mais tout grossier soit-il, il s'inscrit dans une approche délibérée. Le gouvernement Harper n'a accueilli que deux autres chefs d'État depuis son élection et il l'a fait chichement à chaque occasion. Ottawa a tu la visite du premier ministre intérimaire d'Haïti, Gérard Latortue, sous le faux prétexte qu'elle était privée, alors qu'il a formellement rencontré M. Harper. Et puis, début mai, la même tactique a été reprise à l'occasion de la venue du premier ministre élu, mais pas encore assermenté, d'Haïti, René Préval. Les médias ont appris ces visites par accident et le protocole s'est fait fort discret.

C'est la nouvelle manière de faire lorsque viendront des dirigeants étrangers, avait dit aux journalistes, en mars, la directrice des communications de M. Harper. Des propos alors passés inaperçus et qui prennent soudain tout leur sens. La diplomatie par la petite porte, et seulement quand ça nous chante ! Brian Mulroney, qui savait nager dans ces hautes sphères, aurait vraiment des leçons à donner à ce premier ministre mal élevé.

jboileau@ledevoir.ca




Bourde diplomatique - Le gouvernement regrette, mais le mal est fait

Hélène Buzzetti
Le Devoir samedi 13 mai 2006

C'est le bureau du premier ministre qui aurait demandé à rencontrer Abdou Diouf avant d'annuler le rendez-vous à la dernière minute

Ottawa -- Après une journée complète à essayer de dégonfler l'affaire, la ministre responsable de la Francophonie, Josée Verner, a présenté des regrets -- et non des excuses -- au secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour l'accueil cavalier qu'on lui a réservé mercredi à l'aéroport de Toronto. Par contre, le bureau du premier ministre n'est toujours pas prêt à reconnaître que Stephen Harper a annulé à la dernière minute une rencontre prévue avec Abdou Diouf, ajoutant à la tension.

Diverses sources ont confié au Devoir que c'est à la demande du bureau du premier ministre que le secrétaire général de l'OIF a devancé son arrivée au Canada d'une journée, afin que les deux hommes puissent se rencontrer. «M. Diouf est une personne très occupée. Il ne serait pas arrivé une journée plus tôt pour le plaisir. S'il l'a fait, c'est parce qu'il avait une rencontre», a expliqué cette semaine une de ces sources. La rencontre aurait été annulée la veille du départ de M. Diouf de Paris. Elle était annoncée sur le site officiel de l'OIF, mais le bureau du premier ministre nie qu'une telle rencontre ait jamais été planifiée.

À l'aéroport de Toronto, une «équipe des services du protocole» aurait attendu M. Diouf mercredi, mais il y aurait eu un «malentendu», selon la version du ministère des Affaires étrangères fournie hier soir. Sur la colline, on raconte plutôt qu'un seul agent de niveau inférieur était sur les lieux et qu'il aurait été incapable de contrer les services de sécurité. Ceux-ci ont alors soumis le diplomate de haut rang aux mêmes mesures de contrôle que les autres passagers.

M. Diouf aurait alors poursuivi sa route jusqu'à Winnipeg, annulant de facto la rencontre qu'il devait avoir le lendemain à 11h avec la gouverneure générale, Michaëlle Jean. Au bureau de Mme Jean, on confirme que c'est le ministère des Affaires étrangères qui a téléphoné pour annoncer cette annulation. D'autres sources à Ottawa, bien branchées sur la Francophonie, ont indiqué au Devoir que M. Diouf était «furieux» de ce traitement et qu'il refusait pour cette raison de parler à qui que ce soit. Ce mécontentement aurait résonné dans les réseaux diplomatiques.

Le gouvernement conservateur était complètement désorganisé en ce qui concerne la gestion de cette crise. Jusqu'à tard en fin d'après-midi hier, le ministère des Affaires étrangères refusait de fournir tout détail sur les événements, renvoyant les appels au bureau du ministre, Peter MacKay. Là, on refusait aussi d'en dire davantage, allant jusqu'à faire valoir que M. Diouf n'avait pas déposé de plainte officielle ! Pendant tout ce temps, on semblait ignorer que, plus tôt dans la journée, la ministre responsable de la Francophonie avait exprimé ses regrets à Abdou Diouf, alors qu'elle partageait la même tribune que lui.

«Je voudrais exprimer en mon nom et en celui du gouvernement du Canada nos plus profonds regrets pour l'incident qui s'est produit lors de votre arrivée en terre canadienne», a déclaré Mme Verner, alors que M. Diouf recevait le prix du Citoyen du monde décerné par l'Université de Winnipeg. «Cet incident malencontreux ne reflète d'aucune façon l'affection et l'admiration que nous éprouvons pour vous.» Dans l'entourage de M. Diouf, on s'est contenté d'accepter les excuses et de dire que l'incident était clos.

L'opposition a fait ses choux gras de cette histoire à la Chambre des communes. La députée libérale Marlene Jennings s'est demandé s'il s'agissait d'un nouveau protocole, que de soumettre les invités de marque aux mesures de sécurité dans les aéroports. Elle a demandé si le premier ministre d'Australie, qui effectuera une visite officielle au Canada la semaine prochaine, «a été avisé qu'il devra subir une fouille corporelle à son arrivée». Ce à quoi le ministre des Affaires étrangères s'est empressé de répondre qu'il n'en serait rien. «Absolument pas, monsieur le président, a déclaré M. MacKay. Actuellement, la sécurité dans les transports est toujours très importante. On m'a informé que cet incident est survenu à l'aéroport de Toronto en raison d'un malentendu. C'est un incident regrettable.»

Le service du protocole des Affaires étrangères n'a pas donné suite aux appels du Devoir, tandis que le bureau du ministre refuse de porter l'odieux des lacunes possibles du service. Le Bloc québécois demande qu'une enquête interne soit menée pour comprendre comment les services du protocole ont pu à ce point faillir à leur tâche.

Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, participe à Winnipeg à une rencontre ministérielle de travail à laquelle assisteront aussi les ministres Josée Verner et Peter MacKay. La rencontre porte sur le rôle que peut jouer la Francophonie politique dans la prévention des conflits et la consolidation de la sécurité humaine.




L'«accueil» réservé à Abdou Diouf:
une injure à tous les francophones

Jean-Marc Léger
Ancien journaliste, ancien diplomate québécois et premier secrétaire général de l'Agence de la Francophonie (1969-74).
Le Devoir samedi 13 mai 2006

Lettres: C'est proprement stupéfiant. Haut fonctionnaire international ayant un statut équivalent à celui d'un chef d'État (ce qu'il fut d'ailleurs pendant huit ans à titre de président du Sénégal) et porte-parole des francophones du monde entier en qualité de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie depuis trois ans (organisation qui regroupe toutes les associations et institutions internationales de langue française), Abdou Diouf a été l'objet, à son arrivée en terre canadienne, d'un «accueil» inouï.

Il arrivait à l'aéroport international de Toronto mercredi. Personne pour l'accueillir, pas le plus modeste représentant du gouvernement fédéral !

Par ailleurs, fait renversant, non seulement il a été traité comme n'importe quel voyageur, sans que l'on tienne compte de son passeport diplomatique en quoi que ce soit, mais on l'a fait attendre dans la queue, comme tout le monde ou... pas comme tout le monde.

En effet, on l'a soumis à une longue vérification (passeport, billet, etc.), puis on l'a proprement soumis à une fouille détaillée, un examen complet de sa personne, ce qu'on appelle vulgairement une fouille au corps.

À travers le secrétaire général de l'OIF, c'est toute la francophonie, ce sont tous les francophones du monde qui ont été injuriés.

Il importe que tous les médias dénoncent cette affaire et qu'Ottawa exprime officiellement ses excuses et ses regrets. Il paraît que dans le triste gouvernement de Stephen Harper, il y a une ministre de la Francophonie. Cette dame, Josée Verner, ne s'est pas déplacée non plus et, informée de ce grave incident, n'a rien dit et rien fait (j'ai le sentiment qu'elle ne sait pas ce que c'est que la francophonie).

Voilà qui confirme le véritable sentiment du gouvernement conservateur actuel envers la langue française et envers les institutions de langue française comme envers les francophones en général, en dépit des flatteries du premier ministre et de sa cour éhontée au Québec.

J'ose espérer qu'il n'aura pas l'impudeur ni l'impudence de se présenter au prochain «sommet» francophone, à Bucarest. Et si, d'aventure, c'était le cas, qu'il amène un interprète bien choisi !




Plus que des virgules

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 13 mai 2006

Il y a des débats qui semblent devoir n'avoir jamais de fin. Un de ceux-là porte sur la démarche à suivre pour l'accession du Québec à la souveraineté, qui agite de nouveau le Parti québécois. À l'approche du prochain rendez-vous électoral, des modérés comme des «purs et durs» parmi les souverainistes veulent procéder à des remises en question qui seront un premier test pour mesurer le leadership de leur nouveau chef, André Boisclair.

Ce débat sur la démarche vers la souveraineté dure depuis la défaite du Parti québécois en avril 2003. Le choc créé chez ses militants s'est rapidement estompé devant le mirage que constituait la perspective d'un retour presque certain au pouvoir en raison de l'impopularité du gouvernement Charest. La réflexion alors engagée a produit plusieurs propositions visant à accélérer le parcours et à déterminer le mode d'emploi que le parti aurait désormais à suivre. Au congrès de juin dernier, les propositions les plus radicales avaient été rejetées, non sans que soit adoptée une démarche plus engageante que par le passé.

Le consensus réalisé lors du congrès était, on le voit maintenant, fragile. Refait ainsi surface cette idée d'une élection référendaire qui, remportée avec plus de 50 % des suffrages, suffirait pour déclarer l'indépendance du Québec. De petits groupes de militants proposent de nouveau cette voie rapide vers la souveraineté.

À l'inverse, d'autres remettent plutôt en question la partie du programme péquiste où il est dit qu'un référendum victorieux serait suivi d'une déclaration de souveraineté par l'Assemblée nationale. Selon les signataires du manifeste pour une «approche réaliste de la souveraineté», dont Le Devoir a publié de larges extraits cette semaine, une déclaration unilatérale de souveraineté risquerait de tout faire rater. La reconnaissance du Québec comme pays souverain sera impossible si, au préalable, une négociation de bonne foi n'a pas eu lieu avec le Canada, font-ils valoir en demandant le rappel de cet article du programme.

Pour qui n'est pas militant souverainiste actif, ces débats sont désespérants, surtout que ceux qui y participent sont prompts à se prêter mutuellement les intentions les plus malveillantes. C'est ainsi que ceux qui prônent une approche réaliste se sont fait reprocher de manquer de courage et, en sous-entendu, de ne pas vouloir que l'indépendance se fasse. Négocier de bonne foi avec le Canada au lendemain d'un référendum victorieux équivaudrait à jouer selon les règles de l'adversaire et à se menotter d'avance.

De tels débats créent l'impression qu'avant d'être souverainistes, les péquistes sont «référendistes», selon l'expression d'André Boisclair, qui a choisi de renvoyer dos à dos les uns et les autres. À ses yeux, rien ne justifie que le programme du parti, qui est «plein de flexibilité», soit revu. Voilà justement le problème. Si le programme est sujet à interprétation, il y a donc des ambiguïtés qui existent et qui méritent d'être clarifiées autrement qu'en disant que tout se passera dans «le respect des règles démocratiques et du gros bon sens». En campagne électorale ou référendaire, ces ambiguïtés seront des armes dans les mains des fédéralistes. Elles alimenteront le doute de tous ceux qui, à l'étranger, suivront de près ce processus. Il y a des virgules plus importantes que d'autres.

Pour des questions de principe, il ne doit y avoir aucune équivoque quant au sens démocratique de la démarche que suivront les souverainistes. Là-dessus, les signataires du manifeste ont raison. Il n'y a pas de compromis à faire. Pour des questions d'ordre stratégique, il ne faut pas que celui qui aura éventuellement à mettre en oeuvre un processus d'accession à la souveraineté soit lié par un programme contraignant qui ne correspond plus à la conjoncture du moment. À défaut de demander aux membres du Parti québécois de clarifier la démarche inscrite à leur programme, il appartient à M. Boisclair et à son exécutif de le faire en nous donnant l'interprétation qu'ils en font. Minimiser le débat comme il l'a fait cette semaine évitera au chef péquiste d'affronter ses militants mais le desservira aux yeux de ses concitoyens.




«Boisclair doit donner l'exemple»

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 13 mai 2006

Le chef du PQ doit s'affirmer plus fortement en tant qu'homosexuel, estime la communauté gaie

Québec -- Les représentants de la communauté gaie ne se surprennent guère des réserves qu'entretient une partie de la population québécoise envers André Boisclair en raison de son homosexualité. Mais pour eux, le meilleur moyen pour le chef du Parti québécois de dissiper ces réserves, c'est de s'affirmer plus fortement en tant qu'homosexuel et de donner l'exemple.

«Il faut admettre qu'il y a encore, dans la société québécoise, une réticence par rapport à l'homosexualité», estime Laurent McCutcheon, président de la Fondation Émergence et de Gai Écoute. La déclaration du président de l'Action démocratique du Québec, Yvon Picotte, qui a rappelé en fin de semaine dernière qu'André Boisclair n'a pas d'enfants, est «une illustration du phénomène», croit-il.

Mais pour contrer cette réticence, M. Boisclair devrait se montrer plus actif, se défendre des attaques qu'il subit et chercher des appuis auprès des sympathisants. «Je trouve qu'André Boisclair devient une cible inactive. Il se laisse tirer dessus sans se défendre», juge M. McCutcheon.

«André tient un discours d'inclusion, de respect des différences, du respect des droits et de la Charte sans nommer l'homosexualité ou le fait qu'il est homosexuel», déplore ce militant chevronné du mouvement des droits des gais.

Ce fut le cas lors du discours que M. Boisclair a prononcé en juin 2005 pour annoncer sa candidature à la direction du PQ. «J'étais mal à l'aise», explique le député du Bloc québécois, Réal Ménard. «Il avait été incapable de mentionner qu'il était homosexuel.» M. Ménard a d'ailleurs appuyé Pauline Marois. Le député bloquiste a dévoilé son homosexualité dès 1994 et soutient divers organismes gais depuis lors.

Michel Dorais, un professeur de l'Université Laval qui a écrit des livres sur l'homophobie et sur la prévention du suicide chez les homosexuels, rappelle qu'il y a toujours eu des politiciens qui ont été homosexuels. La nouveauté, c'est qu'ils sont de plus en plus nombreux à révéler publiquement leur orientation sexuelle. «C'est difficile pour ces politiciens parce qu'ils sont les premiers à le faire. Ils ne savent pas quoi faire», fait-il observer. «Dans le cas de M. Boisclair, c'est encore pire parce qu'il est chef d'un parti.»

Dans la communauté gaie, on voudrait qu'il en fasse plus. «Il a révélé qu'il était homosexuel mais, par ailleurs, c'est comme s'il ne voulait plus parler de ça», dit M. Dorais.

M. McCutcheon trouve singulier que M. Boisclair refuse l'invitation qui lui est faite tous les ans de participer au Défilé de la diversité (autrefois appelé Défilé de la fierté gaie). Bon nombre d'hommes et de femmes politiques y prennent part, fait-il remarquer.

Réal Ménard dit qu'il «n'est pas d'accord» avec l'absence d'engagement d'André Boisclair, bien qu'il «respecte son choix». Il fait remarquer que la «stratégie gagnante» employée par le mouvement gai pour faire des avancées repose sur la participation de personnalités homosexuelles qui ont accepté de jouer un rôle public pour la cause. «Ma contribution, comme celle de Laurent McCutcheon, ç'a été de montrer qu'on peut aimer les hommes en étant un homme, sans avoir une vie dissolue, sans être irresponsable», indique M. Ménard.

«Maintenant, est-ce qu'André Boisclair peut être un modèle positif ? Est-ce qu'il peut être une référence pour les jeunes qui découvrent leur homosexualité ? Très certainement», répond Réal Ménard.

Pour sa part, la politologue Diane Lamoureux, de l'Université Laval, rappelle qu'André Boisclair n'a jamais été un militant gai. «Il n'a jamais eu une solidarité quelconque avec la communauté homosexuelle», souligne-t-elle. «Il ne s'est jamais défini comme ça politiquement. Il faut aussi l'accepter.»

André Boisclair dément avec énergie qu'il ne se soit pas engagé pour défendre la cause des gais et qu'il n'est pas un militant de ce mouvement. Il a rappelé le discours qu'il avait prononcé aux États généraux des lesbiennes et gais dès 1996 à titre de ministre des Relations avec les citoyens. Il a souligné qu'à titre de ministre des Affaires municipales, il avait accordé une subvention pour la construction du centre communautaire gai à Montréal.

Le mois dernier, il a rencontré les principaux leaders de la communauté gaie, y compris M. McCutcheon, pour parler de tous les enjeux qui touchent cette communauté. «Je suis le seul chef de parti qui, dans les dernières années, a participé à une telle rencontre», fait-il remarquer.

Quant à son affirmation en tant qu'homosexuel, M. Boisclair rappelle qu'il a fait «le choix très public de parler de ma différence, ce qui est un choix que, encore, bien des politiciens ont peur de faire. Je pense que c'est déjà une contribution significative».

«Est-ce que je suis avant toute chose un Québécois ? Oui. Est-ce que je suis fier de ma différence ? Oui», affirme-t-il, évitant, comme c'est son habitude, de prononcer le mot «homosexualité».

Pour Daniel Pinard, qui est le porte-parole de Gai Écoute et de la Fondation Émergence mais qui s'exprime ici en son nom personnel, le fait que les gens aient des réticences à l'endroit d'André Boisclair, «ça tient de l'évidence». Mais pas pour les raisons qu'on croit. André Boisclair, «c'est l'illustration absolue du vide [...], le nec-plus-ultra d'une pseudo-tentative de manipuler par l'image», estime M. Pinard. «Si ce gars-là disait quelque chose, il est fort possible que son orientation sexuelle jouerait beaucoup moins.» Selon cette figure médiatique, M. Boisclair n'a pas à révéler davantage de choses de sa vie privée.

Ni Laurent McCutcheon ni Michel Dorais ne sont de cet avis. «Pour une personnalité politique, sa vie, c'est une vie publique. On ne peut pas dire que mon orientation sexuelle, ça, c'est privé. Charest ne peut pas dire : "J'ai une femme et je la laisse à la maison, je la cache"», fait valoir M. McCutcheon. André Boisclair devrait même dire qu'il a un conjoint si tel est le cas.

«On ne peut pas cacher ça sous le boisseau et dire que c'est une question personnelle. On est homosexuel 24 heures sur 24. Et chaque fois qu'on prend une décision comme un leader de la société, on va être influencé par ce qu'on est comme personne», avance-t-il.

La stratégie du secret adoptée par le chef du PQ joue contre lui. «C'est contre-productif pour lui», juge le président de Gai Écoute. «Au fond, les gens veulent la plus grande sincérité possible» de la part des politiciens «après des années de crise de confiance». André Boisclair doit utiliser son homosexualité «comme un facteur d'intégrité plutôt que de la cacher», poursuit-il.

Abondant dans ce sens, Michel Dorais croit qu'André Boisclair doit «faire un plus» de sa différence, à l'instar de la gouverneure générale Michaëlle Jean, qui revient souvent sur ses origines haïtiennes. «Il devrait montrer qu'il a une vie comme tout le monde, qu'il n'est pas un extraterrestre», suggère l'universitaire. «Les gens ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas et, dans le cas de M. Boisclair, c'est frappant, les gens ont peur de l'inconnu.»




Kaboul-Québec

Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 13 mai 2006

Dans un texte qu'ils consacraient à l'hypothétique tandem Bouchard-Dumont, Marc Laviolette et Pierre Dubuc concluaient, pour évoquer une certaine persistance historique de la différence québécoise, en rappelant que 70 % des Québécois s'opposent à la présence canadienne en Afghanistan; ils soulignaient aussi que c'était sensiblement la même proportion que celle qui avait rejeté la conscription lors des deux guerres mondiales.

Je veux bien que, dans les trois cas cités, les Québécois aient exprimé des points de vue différents, mais je n'y vois aucune raison pour en ressentir un quelconque sentiment de fierté historique. Il faut se méfier des amalgames historiques. Je veux bien que la guerre de 1914 ait été perçue comme la guerre de la Grande-Bretagne, encore que la réalité fut plus complexe. Quant au refus de la conscription pour contribuer à freiner l'avancée nazie en Europe, il fut autant le fait du rejet de la duplicité des libéraux québécois que celui de la présence d'un fort courant de droite, ainsi que celui d'un isolationnisme et d'un rejet du Vieux Continent, dont on peut certes tirer des leçons mais pas nécessairement une fierté identitaire.

Je suis encore plus perplexe quand je constate le rejet de la présence canadienne en Afghanistan. Une partie de l'explication réside peut-être dans le fait qu'il s'est produit un amalgame antiaméricain entre le renversement des talibans, la chasse à Ben Laden et l'invasion de l'Irak. Certes, les deux opérations ont été lancées et menées par les Américains, mais elles sont radicalement différentes. L'invasion de l'Irak fut l'expression la plus brutale de la politique impériale américaine. Elle était fondée sur des mensonges honteux et ne visait à contrer aucune menace à l'ensemble de la communauté internationale, sinon à assurer le rôle déterminant de Washington dans la région. C'était une guerre américaine. Ce ne fut pas le cas en Afghanistan, puisque des pays fortement opposés à l'invasion de l'Irak, comme le Canada et la France, y jouent un rôle déterminant. S'il existait une menace terroriste internationale, elle venait bien de Kaboul, qui abritait Ben Laden, et non pas de Bagdad. Dans la foulée de cette traque, la communauté internationale a renversé un des régimes les plus barbares et les plus sanguinaires que la planète ait connus. La musique est réapparue dans les rues de Kaboul, un semblant de démocratie a pointé le bout du nez, les jeunes filles dans les villes sont retournées à l'école. Et que faisons-nous aujourd'hui au prix de plusieurs vies perdues dans la région de Kandahar ? Nous tentons de protéger ces minces acquis et de créer les conditions nécessaires à l'établissement d'une société de droit. Nous maintenons un minimum de sécurité pour une population civile démunie et nous tentons de faire du «nation building». Tout cela cadre parfaitement avec la mission historique tracée par Lester B. Pearson lors de la création des Casques bleus, dans la foulée de l'invasion du canal de Suez par les Français et les Anglais, une tradition à laquelle les Québécois qui proclament leur ouverture sur le monde devraient être fiers de participer.

On pose souvent le problème de l'intervention humanitaire ou armée sous l'angle de la solidarité ou de la générosité. Ce sont les réflexes qui s'expriment périodiquement à l'occasion de graves catastrophes naturelles, comme le tsunami ou la famine en Éthiopie. Mais lorsque l'intervention nécessite une action armée, qu'il y a risque de perdre des vies et surtout risque d'une implication à long terme qui sera coûteuse, alors générosité et solidarité disparaissent. La première question que se pose la population est : quel est l'intérêt pour le Canada de s'embarquer dans une telle galère ?

Chez nos voisins, la réponse vient facilement. Les Américains ont des intérêts concrets à protéger dans tous les coins de la planète, intérêts économiques et géopolitiques. Ce n'est pas notre cas. Notre sécurité et notre prospérité économique ne paraissent jamais, à première vue, menacées par tous ces conflits africains ou asiatiques. Pourtant, elles le sont. L'incertitude provoquée par la guerre civile en Irak, le programme nucléaire iranien et l'arrivée au pouvoir du Hamas ont alimenté la spéculation et augmenté de 25 % depuis un an la facture pétrolière de tous les citoyens québécois. Quand nous pensons à notre contribution à la paix mondiale, à la création d'espaces démocratiques et au développement économique, nous devrions être guidés par un égoïsme de bon aloi. Chaque fois qu'un coin de la planète s'améliore, nous touchons des dividendes à long terme.

L'Union européenne fait face à une grave crise d'immigration clandestine. On a beau multiplier les patrouilles, serrer la vis aux frontières, durcir les lois, rien n'y fait. Les illégaux viennent du Mali, du Burkina Faso, du Niger. Ils fuient une misère en partie créée chez nous par notre refus d'ouvrir nos marchés au coton africain. Dans les «piqueries» de Montréal, l'héroïne ne manque pas et se vend à des prix remarquablement bas. C'est de l'héroïne brune de l'Afghanistan; 80 % de l'héroïne qu'on trouve à Montréal provient de ce pays.

La présence canadienne en Afghanistan, malgré le lourd prix qu'on paye déjà, ne doit pas être vue comme une contribution altruiste et gratuite : elle est un investissement à long terme dans le mieux-être de notre monde. Ce raisonnement, les Québécois l'ont fort bien compris à propos de l'environnement et du protocole de Kyoto, qu'ils appuient beaucoup plus majoritairement que le reste du Canada. On a compris que le réchauffement climatique est un enjeu mondial dont nous sommes tous partie prenante. La paix mondiale, c'est notre environnement moral, tout aussi essentiel aux Québécois pour leur bien-être que la lutte pour une planète plus verte.

Collaborateur du Devoir




Essais québécois - Les états d'âme d'Alain Dubuc

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 13 mai 2006

Éloge de la richesse, le nouvel essai d'Alain Dubuc, est décevant. «C'était couru», me disent, un peu cyniques, mes amis de gauche. Peut-être, aurais-je envie de répliquer, mais pas à ce point. Le chroniqueur de Gesca, d'habitude, écrit bien et sait aller à l'essentiel, même si la couleur qu'il donne à cet essentiel est rarement pour me réjouir. Dans cet ouvrage, le lecteur ne retrouve même pas ces qualités de débatteur (et se tape des «insécure», «en quelque part», «prioriser», «Lizée» au lieu de Lisée et «Joe» au lieu de Ralph Klein).

Ainsi, les 200 premières pages sont consacrées à la défense de cette évidence selon laquelle il vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade. Était-il vraiment nécessaire d'en tartiner autant pour arriver à ce puissant poncif ? Selon Dubuc, oui, parce que, écrit-il, «les retards de notre niveau de vie s'expliquent davantage par [des] facteurs sociaux et culturels que par des problèmes purement économiques liés aux capitaux, aux machines, à l'argent».

Et quels seraient ces facteurs qui nuisent à notre prospérité ? Pour répondre à cette grave question, l'économiste, ne reculant devant rien, s'improvise psychologue de la collectivité québécoise. Nous aurions, ainsi, «peur des riches», serions animés par «la rancoeur du perdant», aurions «un difficile rapport à l'argent» et serions conservateurs tout en nous croyant généreux. Ça fait mal, comme on dit.

En guise de preuves pour appuyer ces états d'âme qu'il nous présente comme des analyses, Dubuc avance l'opposition aux «nécessaires» réformes du gouvernement Charest (lesquelles ? Orford ? Le financement des écoles juives ? Les bourses d'études transformées en prêts ? La réforme bancale des cégeps ? La mise au pas de la fonction publique ? Où est la nécessité là-dedans ?), l'opposition aux PPP (dont l'efficacité est à peu près unanimement contestée par les experts qui ne sont pas des mercenaires), au CHUM à Outremont (à part ceux qui avaient des intérêts directs dans l'affaire, qui a dit que c'était bon ? Même pas Daniel Johnson !) et notre attitude envers la famille Desmarais, que nous aurions tort d'associer «au grand capital» (elle appartient à la classe moyenne, peut-être ?).

«Des Bill Gates, s'exclame Dubuc, nous en avons besoin.» Pourquoi ? Ah, parce qu'ils dépensent, investissent et pratiquent le mécénat ! La logique de Keynes, selon laquelle «en transférant des ressources des classes aisées (ayant une forte propension à épargner) vers des classes populaires (ayant une forte propension à consommer), on contribue à l'essor du marché intérieur solvable nécessaire au développement industriel» (dans Les Vraies Lois de l'économie, Jacques Généreux, Le Seuil, 2005), Dubuc ne semble pas la connaître. Il préfère se désoler du fait qu'il n'y ait pas, à Montréal, de boutiques Armani, puisque «ce luxe éhonté est généralement un indice assez représentatif de la force d'une économie».

Progrès social

«La richesse, écrit-il, bien utilisée, peut être une source de progrès social.» Personne ne niera une telle évidence. Le problème commence à se poser quand on discute de l'articulation entre ces deux objectifs. La richesse débouche-t-elle nécessairement sur le progrès social ? En observant les tensions qui déchirent la société américaine, force est de constater que non, et Dubuc lui-même le reconnaît en écrivant : «La meilleure répartition des revenus au Québec a un impact important sur la qualité de vie, parce que l'injustice engendre l'exclusion, la violence, la détérioration des milieux et les fractures sociales. Le Québec est peut-être l'une des régions les plus pauvres d'Amérique du Nord, mais il ne contient pas de poches de pauvreté honteuses et ne tolère pas que ses citoyens vivent dans l'indigence absolue. Le Québec est une société sans ghettos, sans tensions raciales majeures et sans crise sociale, où le degré d'harmonie, le niveau de culture et le respect de la société de droit sont comparables partout sur le territoire, ce qui n'est certainement pas ce qui caractérise la société américaine. [...] Le Québec peut être fier d'afficher le coefficient de Gini le plus bas au Canada, ce qui en fait la société américaine la plus égalitaire.» Conclusion de l'économiste : il faut quand même s'inspirer du reste de l'Amérique du Nord pour réformer l'économie québécoise ! Renversant ? Le mot est faible.

En toute honnêteté, donnons néanmoins une chance au coureur. La thèse de Dubuc, en effet, postule que l'augmentation de notre richesse collective ne se ferait pas au détriment de ces réussites en matière de justice sociale puisqu'elle les bonifierait, dans le respect des valeurs québécoises. Comment, là-dessus, lui donner tort ? Mieux vaut une égalité de riches qu'une égalité de pauvres. Le problème, encore une fois, survient à l'heure de définir les modalités d'accès à cette richesse. Selon Dubuc, «le Québec, à un moment où sa richesse n'avait pas atteint son plein potentiel, s'est mis à se comporter comme une société riche, s'est doté d'outils et de services de riches, s'est rapidement institutionnalisé, tant et si bien qu'il a étouffé un processus de rattrapage qui n'était pas encore complété. Le Québec s'est assis trop tôt sur ses lauriers et offre tous les attributs et les aspirations d'une société riche sans vraiment en être une».

Qu'est-ce à dire, au juste ? Que, pour réactiver le processus de rattrapage dont il est question, il faudrait au moins temporairement renoncer à ces «outils et services de riches» qui l'entravent ? Renoncer, donc, à la justice pour relancer la course à la richesse afin de pouvoir, ensuite (mais quand ?), être riche et juste ? Comment accueillir autrement les solutions avancées par Dubuc ? Soyons bon joueur et admettons, avec lui, que les questions du gel des droits de scolarité et des tarifs d'Hydro se discutent, si on inclut dans le débat la question des compensations pour les plus pauvres en cas de dégel. Le déplacement du fardeau fiscal de l'impôt vers les taxes est déjà plus douteux. Mais le reste, que dire du reste ? Quand notre homme qualifie d'«obstacles» aux investissements la langue française, les cycles référendaires, les lois du travail comme la loi anti-scab et les règles de syndicalisation, de même que l'État trop lourd, ne nous invite-t-il pas à sacrifier la justice, l'équité et la liberté de définir notre avenir sur l'autel de la course à la richesse ? S'il faut, pour devenir plus riches, jouer les bilingues, brader notre droit à l'autodétermination, chanter l'arbitraire patronal et émasculer le seul État au service des francophones en Amérique, de quelle richesse, au juste, parle-t-on ? De celle qui entraînera la justice par surcroît après l'avoir sacrifiée ?

On a le droit, le devoir même, d'être sceptique, surtout quand la proposition émane d'un idéologue qui s'inquiète du manque à venir de travailleurs qualifiés, tout en se fendant d'un éloge d'une école privée qui pratique «l'écrémage». Vaincre la pénurie en encourageant des ghettos scolaires qui blessent l'école commune ? Non, la richesse que chante Alain Dubuc ne sent pas bon.

louiscornellier@parroinfo.net

***

Éloge de la richesse
Des idées pour donner au Québec les moyens de ses ambitions

Alain Dubuc
Voix parallèles/Gesca
Montréal, 2006, 336 pages




Le temps est long, l’occasion fugace

François Deschamps
TRIBUNE LIBRE samedi 13 mai 2006

Le manifeste « pour une approche réaliste de la souveraineté » s’enlise dans un embrouillamini qui décourage toute perception claire des choses. Il y a entre autres une confusion manifeste autour de la notion d’ « élection préréférendaire ». Un parti qui perd les élections n’a pas à envisager sa « démission en bloc ». Il se retrouve tout simplement dans l’opposition. Dans le cas d’une victoire, il a par contre l’obligation de mettre en pratique ce qu’il prêche et tenter d’élargir le plus possible sa base dans des délais raisonnables.

Le vrai problème, à mon avis, est que les auteurs sont incapables d’envisager quoi que ce soit en dehors du dogme soi-disant « réaliste » de l’étapisme, lequel, comme on sait, postule la nécessité de tenir deux référendums : un à titre de préliminaire à l’amorce des négociations (vote inutile sur de simples intentions), un autre portant sur la ratification d’une éventuelle entente. C’est comme vouloir gagner deux fois d’affilée à la loterie. En fait de « réalisme », on a vu mieux.

Il faut le dire haut et fort : cette stratégie, si elle a pu naguère paraître attrayante, est dans sa conception même tout à fait irréaliste. Le carcan qu’elle impose depuis plus de trente ans a des effets débilitants. Certains péquistes nostalgiques s’y raccrochent comme à un beau mensonge consolant. On ne peut plus se le cacher : l’étapisme a été une grave erreur stratégique. Au lieu de ressasser le même fonds obsessionnel, on doit l’envoyer une fois pour toutes à la corbeille de recyclage et passer à autre chose. Je suis d’accord avec ceux qui prétendent qu’un seul référendum suffit : pas comme préambule portant uniquement sur des intentions, mais comme conclusion d’une démarche dont l’objectif est de sanctionner des propositions concrètes.

Dans le cadre actuel, même en obtenant l’approbation d’une majorité de Québécois, pas besoin d’être grand devin pour prévoir l’issue des négociations avec le fédéral. C’est un secret de polichinel : aucune modification significative du statut du Québec à l’intérieur du cadre actuel ne peut être acceptée. Ottawa refusera toujours de concéder quoi que ce soit. Face à une démarche d’émancipation, l’intérêt bien compris du fédéral a toujours consisté depuis le début à dramatiser les enjeux, espérant ainsi faire basculer en sa faveur le groupe flottant des indécis qui oscillent au gré des sondages entre le statu quo, la rénovation du fédéralisme ou les velléités d’indépendance. Un gouvernement souverainiste ne manquera pas de se retrouver alors à la case départ face au « vide » qui effraie tant les réalistes. Dans les médias, l’idée d’une négociation de bonne foi doit donc être maniée sans illusion. On ne pourra faire l’économie de l’inévitable épreuve de force entre Ottawa et Québec où l’avantage, comme dans un bon match de hockey, peut basculer d’un bord ou de l’autre.

Je comprends les réticences exprimées à propos de la stratégie casse-cou que préconisent ceux qui, par dépit ou pour toute autre raison, souhaitent se servir du cadre d’une élection comme tremplin. L’idée d’une élection portant essentiellement sur l’indépendance, suivie d’un plébiscite sur des propositions claires, me paraît par contre excellente. Il ne faut pas craindre qu’un parti joue son va-tout en sollicitant auprès de l’électorat un mandat impératif sur lequel il sera jugé. Cette arme toutefois, comme toutes les armes, est à double tranchant. Sa force réside dans le choix du moment de son utilisation. La vieille sagesse hippocratique n’est pas inutile : le temps est long, l’occasion fugace. Dans tous les domaines de la vie, il y a des renversements de conjoncture qui autorisent les démarches audacieuses.

Donnons crédit aux « réalistes » : les circonstances actuelles ne s’y prêtent guère. Dans notre histoire récente, je vois deux moments où le gouvernement en place aurait pu recourir à une élection référendaire en recueillant l’assentiment d’une majorité substantielle : en 1981, à la suite du coup de force de Trudeau qu’il assimilait, dans son langage imagé, à une « partie de poker », puis au lendemain de l’échec de Meech. Encore eut-il fallu, en plus du flair, une volonté politique ferme. On comprend que Bourassa s’en soit tenu à du pur verbiage. Il aimait mieux aller s’amuser le soir avec ses petits z’amis. Il est plus difficile de concevoir que la direction du PQ ait été gangrenée par des satellites. Et pourtant… La leçon semble-t-il est toujours d’actualité : il ne faut vouloir dès le départ que ce qu’on est sûr de vouloir toujours.

La balle d’ailleurs est dans le camp de ceux qui croient qu’on peut de bonne foi en arriver avec Ottawa à un accommodement honorable. Ils déchanteront bien assez vite. Toute « ouverture » envers le Québec, à supposer qu’elle ne soit pas qu’une simple manœuvre électoraliste, ne peut pas ne pas susciter, en Ontario notamment, compte tenu du gouvernement actuel, des réactions d’hostilité. À brève échéance, le PQ doit donc se limiter à promouvoir autant qu’il peut l’idée d’indépendance en ne se piégeant pas lui-même dans un échéancier contraignant. Tout en politique est une question de flair et d'évaluation des circonstances. On ne sait jamais d'avance quand l'occasion devient propice. Depuis 1974, les péquistes ont le défaut de ne pas savoir attendre. Quand on n’apprend pas de ses erreurs, pas besoin d’ennemis : on se condamne soi-même à les répéter.

Il y a des moments où le mieux est d'en faire le moins et de laisser ses adversaires se pendre eux-mêmes. C'est le cas actuellement. Laissons aux fédéralistes la corde lousse. Boisclair et Duceppe n'ont qu'à se contenter de faire lever les enchères et ne jamais manquer une occasion de promouvoir l'indépendance. Durant les prochaines élections, la ligne de parti devrait être simplement : un référendum, si nécessaire et s'il y en a un, il devra porter sur une offre concrète. Finis les procès d’intention, on va se prononcer sur une offre concrète. Voyons ce que le fédéral a à nous offrir. C'est la meilleure façon à mon avis de consolider la base traditionnelle du parti en ouvrant la porte aux indécis. Le jeu des fédéralistes consiste justement à cliver les deux clientèles qui en 95 ont convergé.

Ainsi conçue, cette approche n’a rien d’une démarche suicidaire, contrairement à ce que pensent les auteurs du manifeste. On pourrait même escompter parvenir à des résultats dépassant toute prévision réaliste « par un calcul raisonné des gains et des honneurs qui, dans les périodes troublées, échoient habituellement aux plus actifs et aux plus audacieux » (Durham, dans sa fameuse missive secrète écrite au Château Saint-Louis à Québec le 9 août 1838).

Les effets pédagogiques d’une telle démarche seraient incalculables, notamment en ce qui a trait à la proverbiale ambivalence affective des Québécois, déchirés par un double sentiment d’appartenance. Au fond, que cherche-t-on, ici, dans cette portion de l’Amérique ? Dégager un consensus favorisant un gouvernement d’unité nationale, une plateforme si l’on veut servant de point de ralliement, comme il en existe, par exemple, en Israël pour ce qui est de la politique extérieure, ce qui n’empêche pas, comme chacun sait, une très grande diversité des allégeances dans les affaires internes (ceci dit pour ceux qui, dans la presse anglophone et à La Presse, se complaisent à ventiler l’idée d’une dérive fasciste au Québec dont Gérald Larose serait le Grand Inquisiteur).

Mais, faut croire que, d’ici là, on a encore pas mal de croûtes à manger.

Seulement, voilà où les « réalistes » ont raison : on ne peut contraindre les dirigeants du PQ à adopter cette stratégie au prochain scrutin.




Il faut développer une indépendance économique

Francis Déry, Montréal
TRIBUNE LIBRE samedi 13 mai 2006

Une nation ne peut se targuer d'indépendance si, pour ce, elle doit demander la permission à autre que le peuple la constituant.

S'il est impossible de déclarer ouvertement dans un contexte de tergiversation interne, un parti souverainiste sérieux cherchera à implémenter l'indépendance dans le cadre des activités de la nation, sans toutefois chercher à le faire d'abord au niveau politique.

Plus clairement, il faut développer une indépendance économique. Le mouvement de coopératives de Desjardins cherchait à libérer la paysannerie canadienne-francaise de la domination des establishments banquiers et des comptoirs d'échanges. La Révolution Tranquille avait continué ce processus par la mise sur pied d'instruments pour un contrôle de l'économie. (Caisse de Dépôt, les RÉA etc..). Une grande étape pour maîtriser les flux économiques fut une amorce de l'indépendance énergétique en nationalisant l'électricité. Ainsi, l'un des besoins essentiels des Québécois n'était pas à la merci de quelques barons de conglomérat privé et les tarifs permettaient de réinvestir dans la société. Il n'y avait pas de gisements importants d'hydrocarbure pour compléter la maîtrise énergétique. Il y eut SOQUIP, qui, à défaut de pouvoir exploiter rentablement des gisements au Québec, chercha à contrôler des sources d'approvisionnement dans l'Ouest canadien. Le grand tort fut de ne pas avoir axé le développement des transports sur des modes collectifs basés sur l'électricité. Nous nous étions débarrassé des tramways électrifiés pour utiliser des autobus au diesel ou à essence et nous avons laissé libre cours à l'expansion du parc automobile. Conséquemment, nous avons développé le problème du smog urbain et créé une forte dépendance au pétrole dont nous payons le prix fort en étant à la merci des cartels internationaux. Cette dépendance, les fédéralistes l'ont déjà utilisé à fond pour décourager la décision souveraine du peuple lors du premier référendum. Pour le second, mon absence ne me permet pas d'en discuter.

Pour relancer le chemin de la souveraineté politique, il importe de préparer le terrain en développant notre maîtrise de l'économie et en favorisant le développement durable. Je ne crois pas qu'exploiter des gisements d'hydrocarbure au large de la Gaspésie ou d'Anticosti soit une solution économique durable. D'abord développer l'usage rationnel de l'hydroélectricité pour éviter les gaspillages et l'obligation de tout investir dans la construction des barrages en étant en position de faiblesse dans les négociations avec les communautés autochtones et les fournisseurs du capital matériel et d'expertise. Il y a des Baies James dans les économies d'énergie. Des blocs d'énergie que nous pouvons dégager, il importe de les dédier aux transports collectifs au lieu de l'exportation.

Le gain économique et l'équivalence environnemental est de ne pas consommer d'hydrocarbures d'importation. Quant aux Américains et Ontariens que nous priverions d'électricité, ils devront apprendre à rationaliser leur consommation au lieu de compter sur la colonie du Québec pour fournir la ressource convoitée.

Ce point nous démarquera de Jean Charest et respectera un accord avec les autochtones qui voulait que les travaux de la Baie de James soient faites que pour répondre aux besoins des Québécois. Nous pourrions retrouver le respect de notre parole. Un autre point pour nous différencier de Jean Charest est la construction de mini-barrages exploité par le privé ou en PPP. Les petits projets qui pourraient satisfaire des besoins locaux devraient être conduits par des coopératives pour cultiver l'autarcie énergétique des localités. Une certaine indépendance des localités permettrait de combattre le rejet des éoliennes sur les terrains privés, de développer leur propre modèle de production énergétique (économies d'énergies, géothermie, éolien, solaire, biomasse, petits barrages, etc...) et serait un rempart face aux crises tel le verglas de 1998.

Investir dans l'éducation, c'est raisonnable. Il faut se poser la question pourquoi développer deux systèmes d'éducation d'égale importance pour la communauté francophone et anglophone. Tant que cette dernière disposera d'abondantes ressources relativement à sa population, elle restera très attractive pour les immigrants et les francophones, alors que le système public de la majorité souffre de sous-financement chronique. À tout le moins, la constitution nous oblige à l'éducation de l'anglophone dans sa langue, mais elle ne précise pas que l'éducation dois s'étendre aux études supérieures dans un large éventail de champs d'étude. À Montréal, il y a McGill et Concordia qui, ensemble, sont disproportionné pour servir la communauté anglophone locale. Pour être rentable, ces institutions doivrent recruter leurs étudiants en dehors de la province et dans les communauté non-anglophones. Nous subventionnons l'éducation des rejetons des autres provinces parce que le tariff exigé est trop bas.

Ceci est particulièrement vrai en médecine. McGill forme des étudiants d'ailleurs et ceux-ci vont servir en dehors du Québec. Il est particulièrement aberrant de voir le gouvernement Charest donner les mêmes montants pour les mégahôpitaux anglophones et francophones de Montréal. Un mégachantier est assez complexe pour apporter des mégaproblèmes. Faire deux mégachantiers en parallèle nous place en position de faiblesse face aux fournisseurs des ressources matérielles et humaines et nous empêche de bénéficier d'un apprentissage par erreur. Et puis, connaissez-vous un hôpital francophone d'envergure en dehors du Québec (le Montfort d'Ottawa fut fusionné de force). Aux anglophones qui ont essentiellement rejeté Montréal pour contrer la mégacomplexité, laissons-leur les hôpitaux actuels qui fournissent assez bien pour être cités en exemple par le ministre Couillard.