
Harper doit s'excuser
JR Marcel Sauvé
TRIBUNE LIBRE samedi 13 mai 2006
Pour ne pas déplaire au Canada anglais, Harper ne présentera aucune excuse pour la bourde monumentale de ses officiers de douane à Toronto. Ils sont bêtes comme leurs pieds, cela va sans dire.
Le ressentiment et la francophobie sont tellement forts au Canada anglais que tout ce qui paraît comme la moindre concession accordée aux "lousy frogs" provoque des accès de rage. Il existe deux diplomaties au Canada anglais: l'une pour les Anglo-Saxons et une pour les autres, faite de mépris et de rejet et qui se traduit par quelques termes très familiers même chez les plus instruits formés aux universités Mc Master ou Toronto: "Fuck them". Leur vocabulaire ne leur permet pas d'en dire davantage, sauf rajouter: "Fucking lousy frogs". Ils n'ont pas changé. J'ai entendu ce langage la journée longue pendant des années.
Il nous faut exploiter à fond cet incident plein de suffisance et d'effronterie stupide du Canada anglais pour discréditer la diplomatie d'Ottawa devant le monde entier, sans exception quant au choix des États concernés.
En Russie, en mars 1983, j'y ai passé 21 jours avec 45 élèves. C'était sous régime communiste. Nous sommes allés à Moscou, Yerevan en Arménie, Tbilisi en Georgie, Tashkent en Asie Centrale, Samarkand et Bukhara, puis de là à Sotchi sur la mer Noire.
Or, une des élèves était une jeune comtesse italienne et avait un passeport diplomatique. Elle s'appelait Paola Paolini ou quelque chose du genre. Partout où nous sommes allés, les autorités russes ont rigoureusement respecté les règles de la diplomatie internationale concernant les porteurs de passeports diplomatiques. Ses bagages n'ont jamais été fouillés et elle a toujours été invitée à passer avant les autres, alors qu'elle déclinait ce privilège, se conduisant comme la grande dame qu'elle était. Nous avons tous été profondément touchés du comportement des autorités russes à l'égard de Paola, jeune fille de 19 ans, à qui j'ai enseigné géographie générale, géomorphologie et géopolitique.
Et pourtant, nous visitions la Russie communiste. Mais nous avions affaire à des Russes, pas à des Canadians pleins d'eux-mêmes.
J'ai déjà fait ma part pour discréditer Ottawa et je continuerai de le faire. D'ailleurs il n'y a rien à faire puisqu'Ottawa se discrédite tout seul. Je n'ai plus aucun respect pour cette Dogville. Retournez voir le film de Lars von Trier à ce sujet et vous comprendrez.
Relisez les Livre Noir du Canada anglais de Normand Lester et vous comprendrez davantage.

Les fabricants d’alibi n’auront pas toujours la cote
Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI - L'Action nationale lundi 15 mai 2006
Pauvre Mario Dumont. Toujours en train de chercher à tirer plus vite que son ombre. Lors de son discours de Toronto, il s’était démasqué en disant trop vite la politique qu’il rêvait de conduire : à plat ventre et fier de l’être. Il n’a rien appris et il a refait le coup cette semaine.
A peine la classe médiatique avait-elle commencé à s’agiter au sujet du retour fantasmé de Lucien Bouchard que le chef de l’ADQ se voyait déjà lancer le Québec dans un « nouveau beau risque ». Il regardait l’avenir dans le rétroviseur et cela a donné des frissons à son parti. Mais le plaisir est éphémère. Dès le lendemain, les Conservateurs lui ont cassé son hochet. Ce fut le concert de précautions : « le fruit n’est pas mûr », il faut être pragmatique et bla bla bla. Jean-Pierre Blackburn a joué les grands sages ( Le Devoir 8 mai). Et le babillage est reparti de plus belle pour s’attarder au fait qu’il serait important que le Québec signe la constitution sans qu’aucun des valeureux représentants du Québec ne s’attarde à dire ce qui devrait s’y trouver pour que cela vaille la peine de le faire. Une troisième voie ? Plutôt un sentier dans la brume pour mieux faire de la politique à tâtons.
Ottawa ne veut rien savoir de ces fantasmes de nouvelle ronde constitutionnelle. De nombreux commentateurs s’imaginent que c’est la peur qui retient Stephen Harper, la peur qu’un nouvel échec n’alimente les souverainistes. C’est une illusion. La question du Québec est réglée. Harper n’en doute pas le moins du monde. Mais il sait qu’elle peut lui servir à gagner des votes, parce qu’il sait qu’il peut compter sur une phalange d’inconditionnels du Canada qui sont prêts à dire et à croire n’importe quoi pour ne pas en prendre acte. Il lui suffit de les occuper avec des bricoles et de laisser délirer les peureux pour que les mirages apparaissent.
Gesca n’a évidemment pas manqué de se pointer au rendez-vous. Et sa brigade de scribouillards s’est vite empressée de faire la réprimande au petit Dumont. ( La Presse 9 mai). Il faut oublier tout ça , cette vieille quincaillerie constitutionnelle. Il faut passer à autre chose, se donner l’impression de régler les problèmes en consentant à n’importe quoi. Ils travaillent à s’inventer une mission compensatoire. Une victoire factice est une victoire, les a-t-on entendu dire toute la semaine, pour saluer l’imposture de la représentation à l’Unesco, pour trouver des vertus à la rhétorique du déséquilibre fiscal et pour lire dans les sondages la vraie nature d’un Québec qui se porterait mieux en lessivant sa question nationale dans un conservatisme social compatible avec le réalisme austère de son statut de province asphyxiée.
Les tenants du Canada n’ont plus rien à proposer que le consentement à l’ordre imposé. Mais ils ne veulent pas (se) l’avouer. Ils cherchent par tous les moyens à s’inventer des alibis. Et c’est à la peur qu’ils font appel. C’est une technique aussi ancienne que notre assujettissement. Ils ont peur des aspirations nationales, ils ont peur de la démographie, ils ont peur de ne pouvoir soigner les grabataires, ils ont peur de la chicane, ils ont peur de la présumée peur du changement. Ils ont peur de tout. Mais surtout de ce que la réalité leur renvoie en plein visage : ils sont dans une impasse politique.
Le Québec est désormais à la merci complète du Canada. Sa marge de manœuvre nationale est anéantie. Et le dire constitue désormais aux yeux des peureux un acte de radicalisation inacceptable. Ce qu’ils appellent la recherche de la troisième voie n’est rien d’autre que la recherche d’une nouvelle façon de se contenter de prix de consolation, de mesures mineures qu’ils voudraient tenir pour de grands progrès. Ils sont nombreux ceux-là qui souhaiteraient rembobiner l’Histoire et faire comme si notre aspiration à l’indépendance n’avait jamais été si proche de se réaliser. Ils frémissent devant l’éventualité de franchir le seuil. Ils voudraient des discours pour cacher l’immobilisme dans une politique des petits pas pour mieux tourner en rond dans un cadre politique qui nous condamne à nous épuiser à quêter les conditions de notre survivance.
L’idéal de la politique des lamentations telle que l’avait pratiquée Lucien Bouchard avec un art consommé revient hanter les esprits vacillants. Ils voudraient absolument qu’il y ait encore moyen de moyenner. Ils cherchent désespérément des prétextes pour reporter les échéances, pour se dresser des idéaux angéliques pour mieux se justifier de retarder le moment de s’assumer, de s’éprouver dans le réel. Et les voilà qui convergent tous, les mous, les réalistes, les inconditionnels du Canada, les écoeurés, les épuisés, les timorés, les voilà qui cherchent à se dédouaner en s’inventant des consensus de sondage, des seuils de majorité invraisemblables, des chimères d’approbation. Ça ne finira pas. Parce que la politique qui tient la peur pour fondement n’engendre et ne cultive que la peur.
C’est la confiance qui mobilise et c’est par elle qu’on peut envisager le dépassement requis pour briser les carcans. Il s’en trouve toujours des braves pour dire qu’on se fera des bleus en secouant le joug. Le Québec morose, c’est le Québec intoxiqué par le récit de la peur, le Québec livré à des courtiers d’épouvante. Il faudra d’abord s’affranchir de ceux-là. C’est la tâche du mouvement souverainiste. Une tâche qu’il remplit mal présentement, mais cela ne saurait durer. Il faudra bien qu’il se raccorde un jour avec les exigences du combat national.
Imaginons un seul instant ce qui se serait passé si le Bloc Québécois avait fait de l’abrogation de la loi C-20 une condition de son appui circonstanciel au gouvernement Harper. Le ballon du fédéralisme d’ouverture et de la troisième voie n’aurait pas tardé à crever. Cette seule hypothèse suffit à faire voir le potentiel d’une conjoncture hautement volatile. Il suffirait de quelques gestes conséquents pour faire voler en éclat l’imposture que les forces de la reddition tentent de faire passer pour une nouvelle donne. Les fabricants d’alibi n’auront pas toujours la cote.

L'équité entre générations
Michel Venne
Le Devoir lundi 15 mai 2006
Si le gouvernement du Québec tient absolument à créer un «Fonds des générations», pourquoi veut-il en limiter l'usage au remboursement de la dette publique?
L'argument invoqué à l'appui de la réduction de la dette est l'équité entre les générations. Or il existe mille façons d'atteindre cet objectif que tout le monde semble partager.
Nos héritiers veulent sans doute qu'on leur laisse des finances publiques en ordre. Mais ils nous en voudraient de leur léguer une ardoise vierge, mais un pays en lambeaux, une école publique dévastée, des hôpitaux vétustes, une fracture sociale irrémédiable et des régions exsangues.
L'équité entre les générations n'est pas une affaire de comptabilité. Il s'agit d'assurer aux générations suivantes la même chance et si possible une meilleure chance que nous de réussir et d'être heureux. À cette fin, il nous revient de leur assurer, entre autres choses, d'avoir accès à des services d'éducation et de santé, à des programmes culturels et sociaux, au moins aussi bons que ceux auxquels nous aurons eu droit.
Il serait égoïste de pelleter la dette devant, mais tout aussi égoïste de négliger d'investir aujourd'hui les sommes nécessaires pour répondre aux besoins des années à venir.
Pour être équitable envers les générations futures, que doit-on faire en priorité : réduire la dette ou trouver un moyen de gérer la croissance exponentielle des coûts des soins de santé ?
À moins que ce ne soit, pour prendre un exemple parmi d'autres, d'investir massivement dans des infrastructures de transport collectif, des trains, un métro de surface, des aéroports régionaux et dans les énergies renouvelables, pour réduire la pression sur notre environnement tout en ouvrant des perspectives prometteuses d'innovation et de progrès ?
Ne trouvez-vous pas incongru que l'on discute depuis des années d'équilibre budgétaire, de partage du fardeau fiscal entre les classes sociales d'une même génération aussi bien qu'entre les générations, mais qu'on débatte collectivement si peu de l'usage prioritaire que nous voulons faire des fonds publics ?
Si cela peut aider à la discussion, rappelons les résultats d'une enquête menée au début de l'année 2005 par la maison CROP qui indique que si l'État disposait d'une marge de manoeuvre financière, seulement 18 % suggèrent qu'il baisse les impôts et 20 % qu'il réduise la dette contre 57 % souhaitant qu'il améliore les services publics. Les deux tiers (y compris 60 % de ceux gagnant plus de 80 000 $ par année) se disaient même favorables à une augmentation des impôts si les revenus ainsi dégagés servaient à l'éducation, à la lutte contre la pauvreté et à la santé...
Si le poids de la dette est une préoccupation légitime, elle ne peut devenir une obsession. D'ailleurs, c'est bien ce que le gouvernement du Québec a conclu en ne proposant pas une réduction radicale, sous la forme d'un remboursement immédiat, de la dette publique.
Il suggère plutôt un mécanisme visant à réduire le poids relatif de cette dette dans notre économie sur une période de vingt ans. L'objectif fixé dans le projet de loi numéro 1 instituant le Fonds des générations est de voir le fardeau de la dette réduit à 25 % du produit intérieur brut en 2026 (contre 44 % aujourd'hui). Pendant cette période, il se peut que la dette augmente, mais son importance dans notre économie diminuera.
Le gouvernement fédéral estime pouvoir atteindre le même objectif 12 ans plus tôt, soit en 2014. La question de la dette fédérale n'est pas un enjeu dans le débat public. Elle dépasse pourtant les 500 milliards de dollars (contre 118 milliards pour le Québec). La croissance économique des dernières années a eu plus d'effet sur la réduction du poids de la dette fédérale que les sommes qui ont été effectivement remboursées depuis qu'Ottawa nage dans les surplus.
Le gouvernement canadien a sans doute été plus utile et plus équitable envers les générations futures en investissant dans l'innovation, les infrastructures municipales ou le maintien de la paix dans les zones de guerre à l'étranger, qu'il ne l'aurait été s'il avait radicalement réduit son endettement.
En revanche, il a nui à l'équité intergénérationnelle en réduisant sauvagement, durant les années 1990, les fonds transférés aux provinces pour les soins de santé. Les budgets à cet égard ont été rehaussés ces dernières années. Ces compressions ont aidé Ottawa à réduire le poids de sa dette, mais avec quels effets désastreux ? Le gouvernement du Québec, pour sa part, a certes réduit le déficit budgétaire à zéro, en 2000, mais au prix de mises à la retraite massives dont les hôpitaux ne se sont pas encore remis. La prudence n'est pas l'ennemie du bien.
***
Il n'est pas prouvé que la création d'un Fonds des générations soit nécessaire. On aurait pu, sur le plan comptable, procéder autrement. Mais elle peut avoir un effet symbolique non négligeable, celui de dire aux jeunes que nous pensons à leur avenir.
Or, comme l'avenir est imprévisible, pourquoi le ministre des Finances veut-il à tout prix limiter son usage à la réduction de la dette ? Qui dit que, dans dix ans, cela sera toujours nécessaire ? Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a déjà évoqué la possibilité d'utiliser ce fonds pour investir en éducation, par exemple.
Le ministre serait peut-être sage d'amender le projet de loi, à l'article 2, pour permettre l'usage du fonds à toute fin favorisant l'équité entre les générations. Il appartiendra ainsi au gouvernement du temps de défendre l'utilisation qu'il en fera et aux électeurs d'en juger.
michel.venne@inm.qc.ca

J’accuse et j’avoue!
Nadine Martin - Citoyenne québécoise, étudiante à la Maîtrise en Études Québécoises (UQTR) et, surtout, une maman qui souhaite un avenir meilleur pour ses enfants ainsi qu’à ceux des autres.
TRIBUNE LIBRE, lundi 15 mai 2006
En ce jour de la fête des Mères, j’ai décidé de prendre la plume. D’ores et déjà, j’annonce mes couleurs. Je suis une maman et une citoyenne bien déterminée. Le but de ce texte est de participer, à ma façon, au débat sur la question nationale. Sachez aussi qu’il s’agit du premier d’une série.
Bientôt, les «deux solitudes» seront deux pays. C'est mon souhait. Il est cependant ironique de constater que cette image s’applique également à l’intérieur même des frontières québécoises. Et oui! Deux solitudes. Deux camps. Doit-on attribuer cela à un problème de lecture? De compréhension? De sentiment? De refus? De tout cela? Je me le demande de plus en plus...
En prémices, je vous propose une citation qui, malheureusement, est toujours actuelle :
«Je vois le Canada comme une métaphore, un «comme si» qui n’est plus vu comme une métaphore, i.e., une métaphore qui graduellement a été prise trop au sérieux, et nous savons que prise littéralement une métaphore doit être absolument absurde – l’homme n’est pas un rat. Un mythe n’est qu’une métaphore acceptée comme vraie. Le Canada, celui qu’acceptent nos résidents, est un mythe. Ainsi, nous entendons plusieurs gens qui croient que le Nouveau-Brunswick est une modèle DU Canada ou un modèle POUR le Canada : en tant que modèle DU Canada, c’est un mythe, et en tant que modèle pour le Canada, ce serait une tragédie.» (Serge J. Morin, U. de Moncton, 1979.)
Il ne faut surtout pas prendre cette citation comme étant méprisante pour la province voisine, au contraire. Car, voyez-vous, je suis une Québécoise née dans la République du Madawaska (N.-B.). Même si je n’ai jamais habité là-bas, il s’agit là de ma référence...
Donc, je l’avoue : je suis une parvenue; une «vire capot» qui ne fait partie d'aucune organisation politique. Cependant, le fait de ne pas s'afficher de telle ou telle couleur n'exclut pas du tout le «Nationalisme». La nuance est importante et on confond trop souvent à mon goût. En 1995, ma colère envers ceux qui ont restreint le «nationalisme canadien-français» au territoire québécois était encore trop grande. J’ai donc dit non au projet soumis par référendum. Aujourd'hui, ma colère s’est (fort heureusement) estompée. Je comprend mieux certains choix même si je m'interroge toujours à propos de leur pertinence… J'avoue, bien humblement, avoir moi aussi, jadis, utilisé un argumentaire désespéré (voire désespérant) en pensant que la seule possibilité de «survie» pour mes compatriotes francophones vivant hors Québec était que nous «demeurions» au sein de la fédération canadienne… Mais voilà. Cela ne fait pas de sens. Le Canada, sous sa forme actuel, est un mythe. Et je suis aujourd’hui très fière de dire haut et fort que je me suis finalement libérée de cette culpabilité, de ce sentiment quasi-viscéral qui me paralysait…Et je vous assure que mon cheminement fut parsemé d’embûches…Je pense qu’il y a mille et une façons de créer des liens et d’être solidaires. Beaucoup de fausses perceptions circulent de part et d’autres… Mais pour améliorer les échanges, encore faut-il, respectivement, s’en donner l’occasion…Et cela est possible. Essentiel même, puisque nous sommes si peu de « parlants français » sur ce continent et que nous avons tant en commun! Alors, doit-on absolument trancher entre la fidélité et la liberté? Je ne le crois pas. Ils font plutôt partie d’un même continuum menant à l’ultime affranchissement.
Ainsi donc, vous avez certainement deviné, à ce moment-ci, que le nationalisme qui m’anime transcende les frontières québécoises. Et oui, je considère obsolète (voire trompeur) un nationalisme uniquement «civique» pour procéder à la création d’un nouvel État. Évidemment, on ne peut parler non plus d'un nationalisme «ethnique». Comment le pourrait-on d'ailleurs, alors que la majorité des gens d'ici, dont moi-même, sommes métissés à différents degrés? Cependant, entre un nationalisme ethnique et un nationalisme civique/territorial, qu'y a-t-il? Le néant? Non. Pour moi, le nationalisme véritable n'est pas la «propriété» d'un parti politique en particulier. De plus, je pense que notre langue, notre culture et notre histoire valent beaucoup mieux qu'un bel enclos. N'empêche, je pense qu’il est de notre devoir de nous doter d'un État afin d'assurer, justement, la pérennité de notre langue, de notre culture et, surtout, de notre formidable histoire en Amérique. Inutile donc, de rendre l’Autre plus hideux qu’il ne l’est. Ridicule aussi, l’idée de biaiser l’histoire ou la réalité. Et puis, à ceux qui auraient ici envie d’avancer des «arguments économiques», je leur demanderai simplement ceci : combien nous coûte le statu-quo en temps, argent et énergie? Et surtout, n'oubliez pas que cette idée d'indépendance est bien plus qu'une simple mode.
Alors, soyons honnête. À titre d’exemple, je crois qu’il m’est possible de compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où il fut question de l’Acadie au cours de ma formation universitaire. Et, sur l’autre main, le nombre de fois où il fut question des autres FHQs. Je vous avoue du même souffle que j’ai honte de le dire aussi explicitement. J’ai honte même si je comprend les raisons de certains choix idéologiques…En fait, je suis persuadée que ce «repli» fut malgré tout essentiel pour le Québec à court et à moyen terme…Néanmoins, une fois sortie de cette «survivance», ne peut-on pas embrasser un peu plus large? Donner un nouveau souffle à ce projet et permettre un resserrement des liens entre les différentes communautés francophones a mari usque ad mare? Il s’agit là d’un autre de mes souhaits.
Bien des intervenants participent, malheureusement, à cette « guerre de tranchées ». Nos élus, nos médias, nos intellectuels ainsi que différentes organisations me font penser à des joueurs compulsifs qui s’acharnent à recommencer ad vitam aeternam une même partie de «tic tac toe». Et cela, sans même prendre en considération que la majorité des Canadiens considèrent la Constitution canadienne comme étant une véritable «boîte de Pandore». À leur décharge, il faut admettre qu’il s’avère parfois difficile de prendre la distance nécessaire, voire essentielle, pour bien saisir l’ensemble des tenants et aboutissements d’une situation si complexe…Il y a trop souvent des «ancrages» bien tenaces…Outre un infime pourcentage d’individus vipérins, il faut admettre que, dans bien des cas, les gens sont, malgré tout, bien intentionnés…
Qui est le grand responsable alors? Bien sûr, plusieurs noms me viennent à l’esprit en écrivant ceci…Mais finalement, peut-être s’agit-il tout simplement d’un problème de communication. Alors que l’une ou l’autre des deux parties perçoit l’autre comme un «empêchement», je pense que c’est plutôt l’absence d’un réel échange qui cristallise cet empêchement. Pour différentes raisons, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, il est parfois ardu de mettre à jour et, encore davantage, d’accepter certaines remises en question qui sont pourtant indispensables afin de nous construire un avenir meilleur.
Évidemment, lorsque je parle de «noms», je ne fais pas référence à des individus en particulier…En fait, peu importe d'où l'on vient, il y a des valeurs, des idéaux qui sont universels… Ainsi, je parle plutôt des «sept péchés capitaux» et surtout de leurs excès…Un rappel? L’orgueil; l’avarice; la luxure; l’envie; la gourmandise; la colère et la paresse.
(Selon mon humble avis , il appert que ceci est aussi valable lorsqu’on parle du système d'éducation, du système de santé, du système de justice, du secteur privé, etc. Notez aussi que les élus ne sont pas les seuls responsables. Il s'agit là de responsabilités collectives où les «indemnités» peuvent aussi être symboliques, mais non moins essentielles).
Je pense sincèrement qu’il est urgent que nous reconnaissions collectivement que nous sommes dans un cul-de-sac. Et que l’unique moyen d’en sortir est de libérer les «deux solitudes» par la création de deux États «distincts». En 1993, le grand humaniste Fernand Dumont (1927-1997) a immortalisé cette courte phrase dans sa Genèse de la société québécoise : «L’histoire ne se fait pas seulement en avant; se souvenir, c’est aussi récapituler et recommencer. » Je pense, très sincèrement, que le temps est venu.
Alors, vivement l’an «1» pour enfin amorcer, avec nos voisins, amis et partenaires du Canada, des relations d’égales à égales empreintes de respect et de solidarité.
À bon entendeur; Salut!

Un manifeste « lucide »?
Andrée Ferretti, écrivaine
Le Devoir lundi 15 mai 2006
Parlant du Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, paru en partie dans l’édition du Devoir d’aujourd’hui, Michel David, dans cette même édition, écrit que ce texte « semble l’expression même du bon sens ». C’est précisément cela. Mais ne faut-il pas se demander s’il ne fut jamais un temps où le bon sens ait changé le monde. Peut-on donner un seul exemple historique où cette timide faculté de l’intelligence ait renversé les paradigmes d’un savoir établi ou ait réorienté radicalement le destin d’un peuple? Certes non! Seule la pensée a ce pouvoir révolutionnaire, car seule la pensée est source de vision nouvelle et d’action dynamique et décisive conséquente.
Or, l’indépendance du Québec est un projet révolutionnaire qui ne peut se réaliser sans une vision claire de ses enjeux, le plus crucial étant le renversement de l’ordre structurel et institutionnel canadien, établi sur les fondements du colonialisme britannique et de ses suites constitutionnelles, dans lequel la nation canadienne-française et le peuple québécois n’ont jamais eu les pouvoirs politiques et économiques nécessaires à la pleine maîtrise de leurs destinées. Enjeu crucial puisqu’il est la condition essentielle de la création d’un État libre et souverain, nécessaire à la naissance et à l’épanouissement d’une nation québécoise, comme lieu de l’identité collective de tous les citoyens du Québec, et comme cadre politique des multiples virtualités de l’avenir.
L’indépendance du Québec est un projet révolutionnaire qui ne peut se réaliser que porté par des hommes et des femmes libres qui veulent emprunter librement les chemins appropriés à l’objectif poursuivi, qui peuvent varier selon les exigences de la lutte, mais qui ne sauraient être balisés par les seules règles du pouvoir établi. Car penser une situation en vue de la changer radicalement, c’est essentiellement lui donner une direction qui mène au but.
Ce qui paraît être le bon sens, dans ce manifeste, c’est justement, et paradoxalement, son manque de sens, d’orientation logique, si l’on considère qu’il propose, pour réaliser l’indépendance, une démarche intellectuelle et une stratégie politique qui ne rompent d’aucune manière avec les catégories juridiques et politiques d’analyse et d’action construites, au cours de l’histoire, à l’intérieur des cadres juridiques et politiques qui assurent le fonctionnement du système, système qui a pour fondement et règle de développement la subordination historique du Québec aux intérêts du Canada. Ce manifeste envisage de manière dangereuse la perspective d’une lutte pour l’indépendance du Québec à mener entièrement sur terrain de l’adversaire, en la confinant dans les strictes limites de la Loi et de l’Ordre canadiens.
Et ainsi le peuple québécois ira dans le bon sens de défaite en défaite jusqu’à la mort.

L'offense à l'injure
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE lundi 15 mai 2006
Une main n’applaudit pas
proverbe wolof
Exposer un diplomate, ancien président,
à une fouille corporelle
exprimer des regrets
annuler, pour cause de malentendu,
l’entretien qu’il devait avoir avec le Premier ministre
refuser de lui présenter des excuses
voilà une façon plutôt déroutante
de souligner la venue
du secrétaire général de L’OIF, Abdou Diouf,
à la conférence ministérielle de la Francophonie
sur la prévention des conflits.
Josée Verner
ministre canadienne de la Francophonie tranche d’un
« Tout a été dit »
qui reflète bien « la nouvelle manière de faire »
du gouvernement conservateur :
la manière américaine.
Bush save America.

A reality check for separatists
WILLIAM JOHNSON
G&M 15 mai 2006
Last week's manifesto by eight prominent sovereigntists goes partway to demolishing the PQ's 'mad illusions,' WILLIAM JOHNSON says
Now there's a breakthrough. Eight prominent Quebeckers, committed to Quebec's independence, published a manifesto last Thursday that calls for "realism," while cutting to pieces the Parti Québécois's official program for achieving secession. They also demolished the PQ's approach to its 1980 and 1995 referendums. "What energy we are wasting with chimeras, mad illusions, wrong tracks and phantasmagorical deadlines."
Can realities finally overtake perennial magic thinking? The eight have ideological credibility among separatists. Marc Briére, 77, helped René Lévesque found the Mouvement Souveraineté-Association, then the Parti Québécois. He later sat as a judge. Jean-Roch Boivin was premier Lévesque's chief of staff and later an adviser to premier Lucien Bouchard. James Walkins was Bernard Landry's director of communications. Claude Jasmin is a prize-winning novelist, filmmaker and journalist. Guy Lachappelle, Henry Milner and Jacques Beauchemin are prominent university professors. Beauchemin won a prize in 2002 from the pro-separatism publication, L'action nationale.
Their manifesto was titled, "A realistic approach to sovereignty and to put an end to certain sophistries." The "sophistries" denounced are precisely the secessionist movement's main postulates.
Constantly, PQ leaders from Lévesque to Landry insisted Quebec has the right to secede unilaterally because the United Nations recognizes the right of peoples to self-determination. But the eight realists reject that argument as a sophistry: "Under current international law, the right of peoples to self-determination does not mean a right to independence, except for peoples colonized by imperial powers or oppressed by the state of which they are part and in which they constitute national minorities that are deprived of reasonable autonomy. For other peoples, the right to self-determination means only the right to internal autonomy." Quebeckers could hardly convince the international community that they are oppressed, the authors conclude.
They skew another "sophistry," that it is only "normal" for a people like the Québécois to have their independent state. (This was René Lévesque's constant refrain.) The realists counter: "In the world, there are more nations which cohabit in the same state than there are sovereign nations . . . The argument for normality is a demagogic sophistry that must be driven out of democratic debate."
They argue that any referendum question on secession must be clear and must bear only on independence. They propose: "Are you in favour of Quebec becoming a sovereign and independent country?" They recognize that, in 1980, the question proposed "sovereignty-association," and, in 1995, sovereignty with a proposal of a partnership with Canada. Logically, they point out, if Canada were to refuse the double proposal, Quebec could not claim a right to secede unless it then won a second referendum dealing with independence only.
The current PQ program adopted last June and embraced by new leader André Boisclair -- who dismissed the manifesto as "quibbling over commas" -- commits the party to hold a referendum early in its mandate after elections and to pass a unilateral declaration of independence right after a victory, even one with the barest majority. Negotiations over the terms of settlement would take place strictly between two independent countries, Quebec and Canada. The eight realists argue that 50 per cent plus one would merely lead to a dangerous impasse. They propose, instead, the 55 per cent that will be required on May 21 for Montenegro's referendum on secession. They also condemn the proposed UDI as futile and suicidal.
The eight offer, instead, their interpretation of the Supreme Court of Canada's 1998 advisory opinion on secession which "has interpreted Canadian constitutional law as recognizing the right of every province to secede . . . if that is the clear will of a clear majority of its citizens, expressed in a referendum followed by good faith negotiations which precede the implementation of the secession and the declaration of independence."
For all their realism, the eight short-changed the Supreme Court's sophisticated ruling. They claim that the court had declared secession a right. Not so. The court stated that unilateral secession was not a right, neither under Canadian nor international law. It was legitimate to aspire to secession, but any attempt must abide by the four fundamental principles of the Constitution: the democratic principle (an unambiguous clear majority), the rule of law (an amendment to the Constitution that follows the amending procedure), the federal principle (the other provinces must assent) and the rights of minorities.
The eight defenders of realism took account of only one of the four principles, the requirement for a clear majority. They ignore the court's clear assertion that the new frontiers of a seceding Quebec would be set by negotiations, not given by current boundaries. They ignore the obvious implications: The lands of the aboriginals would not be up for grabs.
By ignoring the full reach of the Supreme Court's ruling, the realistic eight encouraged Quebeckers to waste more time struggling with chimeras, mad illusions, wrong tracks and phantasmagorical deadlines.
William Johnson's biography, Stephen Harper and the Future of Canada, is a finalist for the Shaughnessy Cohen Prize for Political Writing.

Le sabotage canadien du traité de Kyoto
Alain Brunel
Le Devoir lundi, 15 mai 2006
La croissance économique aveugle avant la crise climatique majeure?
Pour le premier ministre Stephen Harper, le protocole de Kyoto est caduc. Voilà des mois que, de sourires gênés en petites phrases défaitistes, le chef conservateur prépare les esprits au sabotage du traité international sur les changements climatiques. Objectif «irréaliste», dit-il. Réfléchissant à un plan «fabriqué au Canada», il sabre les programmes éco-énergétiques actuels et lorgne le partenariat Asie-Pacifique qui ne fixe aucune limite aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Pas de programmes et pas d'objectif du tout, c'est beaucoup plus réaliste!
Kyoto n'est pourtant qu'un exercice d'échauffement. Pour éviter le désastre climatique, les pays riches doivent réduire leurs émissions de GES non pas de 5 % par rapport à 1990, l'objectif de Kyoto, mais bien de 75 %...
L'embarras des politiciens réside dans cette contradiction fondamentale: d'un côté, une société gavée au culte d'une croissance énergivore; de l'autre, l'obligation de réduire considérablement l'usage des combustibles fossiles, moteur du développement économique mondial depuis la révolution industrielle. Diminuer fortement les émissions de GES est pourtant possible. Cela suppose d'agir à l'inverse du gouvernement canadien et d'envoyer des signaux très clairs aux producteurs et aux consommateurs.
Par chance, le traité de Kyoto repêche les cancres: un pays qui n'atteint pas son objectif peut acheter des crédits d'émissions aux producteurs qui auraient dépassé le leur. L'important est de réduire globalement les gaz à effet de serre, peu importe où sur la planète. Mais le Canada renoncerait ainsi aux bienfaits locaux des investissements et des technologies propres.
«Armes de destruction massive» et craintes du Pentagone
Un rappel: le consensus scientifique sur l'urgence d'agir est massif. En juin 2005, les Académies des sciences des pays du G8 ainsi que celles de Chine, d'Inde et du Brésil, «adjurent toutes les nations» d'agir «rapidement» pour réduire les causes du changement climatique. Les scientifiques craignent plus que tout un emballement climatique susceptible de rendre inhabitables de vastes régions de la Terre.
Le 30 novembre 2005, dans son dernier discours en tant que président de l'Académie des sciences britannique, le physicien Robert May compare l'incidence croissante d'événements climatiques extrêmes - inondations, sécheresses et ouragans - à «des armes de destruction massive». Notant que le réchauffement de la surface des océans augmentera la gravité des ouragans, il affirme: «Il est concevable que la côte du golfe des États-Unis puisse être effectivement inhabitable d'ici la fin du siècle.»
Même le Pentagone a des frayeurs. En octobre 2003, un rapport de prospective commandé par l'Office of Net Assessment, un bureau de réflexion stratégique renommé au Pentagone, a soupesé les conséquences d'un changement climatique abrupt causé par l'interruption de la circulation du courant marin du Gulf Stream. Cette hypothèse, jugée «plausible» - l'événement s'est déjà produit il y a 8200 ans - entraînerait un chaos global, des famines et des guerres. Le rapport recommandait d'élever le réchauffement climatique au rang de menace pour la sécurité nationale des États-Unis.
Les limites de la croissance
Carburants, plastiques, textiles, agriculture, électricité: le monde industrialisé est d'abord et avant tout un monde carbo-dépendant. Et les ressources pétrolières s'épuisent. L'humanité a consommé quelque 30 milliards de barils en 2005. La demande augmente fortement avec l'essor économique de la Chine et de l'Inde. À ce rythme, les importantes réserves de pétrole bitumineux coûteux et sale de l'Alberta ne couvrent, au mieux, que dix ans de consommation globale.
L'ancien ministre de l'environnement français, Yves Cochet, dans son livre Pétrole Apocalypse (Fayard, 2005), calcule que la production mondiale de pétrole atteindra dans les toutes prochaines années, d'ici 2007-2012, son pic de Hubbert (peak oil), c'est-à-dire le moment où la production mondiale commencera à décroître. Une offre qui se raréfie tandis que la demande augmente fortement... Heureusement pour le climat, pourrait-on dire, nous approchons du moment où les prix du pétrole vont véritablement s'envoler.
La question des limites de la croissance est clairement posée par la crise climatique et l'épuisement des ressources fossiles. En 1972, déjà, le rapport Meadows commandé par le Club de Rome, The Limits to Growth (mal traduit par Halte à la croissance?) avait choqué les bien-pensants en démontrant l'impossibilité physique de la croissance infinie de la population et de la production industrielle dans un monde fini. Leur modèle indiquait que la croissance exponentielle de ces facteurs chutait brutalement après une cinquantaine d'années, lorsque les contraintes imposées par la pollution et la raréfaction des matières premières détruisaient les capacités d'investissement.
Dans leur mise à jour de 2002, les auteurs se déclarent plus pessimistes qu'en 1972, estimant que 30 ans ont été gâchés. Forêts surexploitées, biodiversité en disparition, ressources marines épuisées, désertification rampante, pétrole bientôt en manque, démographie toujours croissante et planète en surchauffe: qui oserait, aujourd'hui, contester leurs prévisions?! Mais le Canada, avec ses ressources apparemment abondantes, ses grands espaces froids et sa faible population, a quelques raisons de succomber aux illusions de la croissance infinie et d'apprécier la tendance à un certain réchauffement.
Règles collectives et actions individuelles: vers le facteur 4
Le traité de Kyoto offre néanmoins une occasion inespérée aux pays riches de desserrer l'étreinte de la carbo-dépendance, de développer et de transférer des technologies propres aux pays pauvres et d'amorcer la transition vers une société (plus) durable. En combinant des règles collectives (objectifs contraignants) et des incitatifs individuels (mécanismes du marché), Kyoto oriente les comportements de l'ensemble des acteurs économiques vers la réduction des GES. Cette réduction passe par l'efficacité énergétique autant que par la productivité de l'usage des matières où il y a d'importantes marges d'amélioration.
Un ouvrage comme Facteur 4 - Deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources (E. von Weizsäker, A. et H. Lovins, Terre vivante, 1997) donne 50 exemples concrets pour quadrupler la productivité des ressources dans tous les domaines, y compris dans les transports où le gaspillage triomphe. Réussir cette mutation mondiale exige la coordination des actions internationales, nationales et locales, publiques et privées.
Pour l'instant, tout indique que le gouvernement Harper - à l'instar de G. W. Bush - privilégie les intérêts économiques à court terme, au mépris de la crise climatique majeure que l'inaction provoquera. Les grands prêtres de la croissance débridée sont aveugles à la pollution galopante, aveugles à l'épuisement des ressources, aveugles à l'impératif de fixer les nouvelles règles d'une société durable. C'est un aveuglement criminel pour l'humanité.
Alain Brunel : Sociologue consultant pour le cabinet Technologia de Paris, cofondateur de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Francophonie : incident entre le Sénégal et le Canada
Le Figaro
lundi, 15 mai 2006
Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf, qui devait participer les 13 et 14 mai dernier au Canada à une conférence internationale, a été soumis à une fouille corporelle à son arrivée à Toronto. «M. Diouf est ravi d'être arrivé», a affirmé la ministre canadienne de la Francophonie, Josée Verner.
À l'aéroport Pearson de Toronto, l'ancien président sénégalais a dû se soumettre à une fouille corporelle après avoir déclenché la sonnerie d'un détecteur de métaux. Les agents de sécurité ont ignoré le statut de chef d'Etat d'Abdou Diouf. «Je ne ferai pas de commentaires sur cette affaire», a déclaré le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, avant de se rendre à la Conférence ministérielle de la francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.
Le gouvernement canadien a, par la suite, multiplié les impairs. Le premier ministre Stephen Harper a annulé une rencontre avec Abdou Diouf. La ministre de la Francophonie n'a pas mesuré la gravité de l'incident et n'a exprimé que de vagues regrets que deux jours plus tard.
Si le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter Mc Kay, a, dans un français laborieux, assuré que «le Canada trouve cette situation très regrettable», son homologue sénégalais Cheikh Tidiane Gadio, a exigé samedi des «excuses sincères et publiques» de la part de Stephen Harper. Au Canada, les partis politiques d'opposition ont condamné ce mauvais accueil réservé à la francophonie.
Ludovic Hirtzmann

Beaudoin invite Charest à protester auprès d'Ottawa
Dolbec, Michel
La Presse lundi, 15 mai 2006
PC Paris - L'ex-ministre péquiste Louise Beaudoin juge " honteux " l'accueil que le Canada a réservé à Abdou Diouf, le numéro 1 de l'Organisation internationale de la francophonie.
Selon elle, le premier ministre Jean Charest doit " montrer sa solidarité " avec le secrétaire général de l'OIF et réclamer que Stephen Harper lui présente des excuses en bonne et due forme.
" Le Québec ne peut pas rester en retrait dans cette affaire, a estimé Mme Beaudoin hier en entrevue. Jean Charest doit aller au-delà de ses bonnes relations avec le premier ministre Harper, ou encore s'en servir, pour lui faire comprendre qu'on ne traite pas le secrétaire général de l'OIF comme ça. C'est honteux. Il faut protester. On ne peut pas laisser passer ça. "
À son arrivée à l'aéroport Pearson de Toronto, mercredi, M. Diouf, malgré son passeport diplomatique et sa stature internationale, a été fouillé. L'entretien qu'il devait avoir à Ottawa avec le premier ministre Harper a par ailleurs été annulé, apparemment à la suite d'un " malentendu ".
Louise Beaudoin voit dans " l'addition " de ces deux incidents l'expression d'un certain état d'esprit. " Ça révèle une manière d'être des conservateurs, observe-t-elle. Ce sont des maniaques de la sécurité à la manière de George Bush et ça commence à paraître. À cela s'ajoute le fait que la francophonie n'est pas du tout une priorité pour eux. Le seul intérêt de Harper, ce sont les États-Unis. "
L'ancienne ministre des Relations internationales et de la Francophonie affirme que " jamais le gouvernement du Parti québécois n'aurait laissé passer un tel manque de considération ". Jean Charest doit donc, selon elle, joindre sa voix à celles des autorités sénégalaises et de l'opposition à Ottawa, qui ont réclamé des excuses officielles.
" Le pire, c'est qu'Abdou Diouf avait été victime d'un incident semblable aux États-Unis, il y a quelques années, à cause de la politique ultrasécuritaire des Américains, a raconté Mme Beaudoin. Il m'avait dit qu'il s'était senti profondément humilié. Il s'interrogeait même sur l'opportunité de retourner là-bas. Je crois qu'il a dû être très blessé d'avoir été accueilli de la même manière dans un pays membre de la francophonie. "

Harper exprime ses "regrets" à Abdou Diouf
AFP; PC
La Presse lundi, 15 mai 2006
Winnipeg - Le premier ministre Stephen Harper a appelé hier le secrétaire général de l'Organisation international de la francophonie (OIF), Abdou Diouf, et lui a exprimé ses " regrets " pour la fouille que celui-ci a subie à son arrivée mercredi à l'aéroport de Toronto.
Cette affaire a suscité l'ire du Sénégal et éclipsé dans les médias canadiens francophones cette conférence de deux jours sur la prévention des conflits et la sécurité, organisée dans la capitale du Manitoba.
Au terme de leurs travaux, les ministres et délégués des pays de la francophonie se sont engagés hier à renforcer leur présence en matière de maintien de la paix.
S'exprimant pour la première fois sur cette affaire, M. Diouf a déclaré hier à la presse n'être " pas étonné qu'il y ait eu de l'émotion au Sénégal concernant ce qui s'est passé ". " Je suis citoyen sénégalais et ancien président de la République du Sénégal ", a-t-il tenu à souligner.
Une porte-parole du premier ministre Stephen Harper a indiqué dans la soirée que celui-ci avait appelé M. Diouf au téléphone et lui avait exprimé ses " regrets ". Au cours de la conversation, M. Diouf a jugé " que l'affaire était close ", a ajouté la porte-parole.
Le chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Tidiane Gadio, avait exigé la veille, en pleine séance plénière, des " excuses publiques " du premier ministre canadien pour cet " incident grave ". L'" annulation " d'un entretien de M. Diouf avec M. Harper, prévue au programme de l'OIF, mais pas à celui des Canadiens, a aussi été source d'incompréhension.
Ottawa avait rejeté samedi la demande sénégalaise en rappelant que le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay, avait déjà exprimé ses " profonds regrets " à M. Diouf pour cette affaire qui a jeté un froid sur la conférence.
La ministre canadienne de la Coopération internationale et de la Francophonie, Josée Verner, a cependant qualifié de " réussite " cette réunion qui " a renforcé le potentiel de la francophonie à résoudre les conflits ".
Les ministres- une vingtaine de pays africains- et délégués des 53 pays et gouvernements membres de l'OIF ont notamment réitéré leur engagement à " assurer une plus forte participation des pays de l'OIF aux opérations de maintien de la paix, en étroite coopération avec l'ONU ", ainsi qu'à " renforcer les capacités des États dont les moyens sont insuffisants ", dans une déclaration commune.
Ils ont également demandé à M. Diouf " d'examiner les possibilités pour l'OIF d'être associée " à des programmes comme Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) mis sur pied par la France.
Ils ont enfin souhaité un renforcement de la formation linguistique des contingents non francophones déployés dans des pays de l'OIF.
Plus de la moitié des Casques bleus déployés dans le monde le sont dans des pays de l'OIF, comme la Côte-d'Ivoire, le Burundi ou Haïti.
" L'ONU ne demande pas mieux d'envoyer des troupes francophones ", a relevé M. Diouf, en soulignant que certains pays de l'OIF ne pouvaient envoyer de soldats faute de moyens et de formation.
M. Diouf a en outre souligné que cette conférence avait accordé une attention particulière au " problème des enfants soldats " qui, souvent enlevés et enrôlés de force, sont au nombre de 250 000 dans le monde.
Les pays de l'OIF, qui doivent tenir fin septembre en Roumanie leur prochain sommet, ont enfin réitéré leurs engagements en matière de lutte contre le commerce des armes légères et la protection des personnes déplacées et des réfugiés.

Pour une vraie place à l'UNESCO
L'auteure, Paule Brunelle, est la députée fédérale (Bloc Québécois) de Trois-Rivières.
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) lundi, 15 mai 2006
En réponse à l'éditorial de Jean-Guy Dubuc "L'UNESCO c'est bon pour nous".
Dans son éditorial du 9 mai, je dois constater que Jean-Guy Dubuc se contente de bien peu concernant la place du Québec sur la scène internationale. Peut-on se satisfaire pour le Québec d'une position à l'UNESCO où dans la réalité de tous les jours, il n'aura aucun pouvoir au sein de cette institution, que ce soit dans la négociation des ententes, dans la prise de décision ou dans la mise en oeuvre d'un traité, et ce, même si l'objet des travaux relèvent des champs de compétence directs du Québec?
Si le Québec tient à faire entendre sa voix, il aura droit d'intervenir mais de façon "à compléter la position canadienne en faisant valoir sa voix" (article 2.3), car le représentant permanent du Québec qui siégera à l'UNESCO "sera considéré comme un membre de la délégation permanente du Canada et aura la désignation diplomatique de conseiller" (article 1.2).
Quand M. Dubuc mentionne au coeur de son argumentaire que "les pouvoirs du Québec seront beaucoup plus grands, car il pourra "négocier" (les guillemets sont de M. Dubuc) son point de vue avec l'ambassadeur et se faire entendre sur la scène internationale, même si sa position ne coïncide pas avec celle du gouvernement canadien", on peut se demander ce qui arrivera pour le Québec quand sa position ne coïncidera pas avec celle du Canada.
L'article 3.1 prévoit "qu'en l'absence de consensus entre les gouvernements du Canada et du Québec, et sur demande de ce dernier, le gouvernement du Canada remettra une note explicative de sa décision au gouvernement du Québec." Bien que le Québec puisse décider seul s'il entend assurer la mise en oeuvre des questions pour lesquelles il a la responsabilité, en mettant en place un mécanisme chargé de la consultation des experts québécois sur la programmation et les travaux de l'UNESCO, la conclusion reste toujours la même. Après les consultations d'usage, le Québec devra transmettre, comme l'article 3.2 le stipule: "les résultats au gouvernement du Canada et à la Commission canadienne pour l'UNESCO qui verront à refléter la spécificité québécoise dans les rapports transmis à l'UNESCO".
Donc, même avec cette entente historique, la voix du Québec demeurera toujours au service de la position canadienne pour la "compléter", en prenant soin de ne pas être discordante. Car advenant qu'il y ait désaccord, le Québec aura-il d'autre choix que de s'abstenir sachant qu'en bout de ligne ce sera le Canada qui aura le dernier mot? Cette entente est en fait un réaménagement à l'intérieur de la délégation canadienne de ce qui existait actuellement de façon implicite.
Si le gouvernement Harper avait voulu clairement donner une place au Québec à l'UNESCO sur le modèle du Sommet de la francophonie, il aurait pu, par exemple, s'inspirer du modèle belge. Avec le modèle belge, s'il y avait désaccord entre le Québec et le Canada quand les responsabilités du Québec seraient concernées, le Canada s'abstiendrait pour laisser toute la place au Québec de pouvoir défendre ses positions dans les domaines relevant de lui.
Stephen Harper s'était peut-être engagé à donner au Québec une place à l'UNESCO sur le modèle du Sommet de la francophonie, mais on sait maintenant qu'il aurait dû mieux faire ses devoirs avant de promettre l'impossible. On voit bien maintenant les limites de cette promesse. Stephen Harper ne peut remplir cet engagement puisque les règles de l'UNESCO ne le lui permettent pas. Pour que le Québec ait un tel rôle, il faudra d'abord qu'il devienne un pays souverain.

Le bulletin des 100 jours
Hébert, Chantal
Le Devoir lundi, 15 mai 2006
Aucun premier ministre récent du Canada n'est arrivé au pouvoir avec aussi peu d'expérience de gestion que Stephen Harper. Contrairement à Pierre Trudeau, Jean Chrétien ou Paul Martin, il n'avait jamais dirigé un ministère. Contrairement à Brian Mulroney, il n'avait pas piloté une grande entreprise. Pour un parcours presque sans faute depuis son assermentation, le premier ministre néophyte mérite un A.
La réduction de la TPS et l'allocation de 1200 $ pour les nouvelles familles avaient une place de choix dans le dernier budget. Les projets sur la loi et l'ordre ont été inscrits au feuilleton. Le projet de loi sur la responsabilité gouvernementale également. Aucun lapin inattendu n'est sorti du sac conservateur. Pour promesses électorales tenues, le gouvernement mérite un autre A.
Cent jours après l'assermentation du gouvernement Harper, le Canada a abandonné des pans complets de l'action libérale sur le front de l'environnement et de la politique autochtone. Les relations canado-américaines lui tiennent de plus en plus lieu de relations internationales. La guerre contre le terrorisme prend le pas sur l'action humanitaire. Les cinq priorités du gouvernement n'ont rien de structurant. Elles marient l'électoralisme avec le simplisme. On a affaire ici ou bien à une carence de vision ou bien à une volonté de s'assurer d'une majorité gouvernementale avant de mettre un programme véritablement conservateur en chantier. C+
Le règlement sur le bois d'oeuvre a rallié les provinces en cause. Un calendrier a été mis en place pour négocier un nouvel équilibre fiscal. En se dotant d'un échéancier relativement serré, M. Harper s'est assuré de négocier avec un premier ministre québécois fédéraliste. Mais il semble également prendre plaisir à empoisonner ses relations avec l'Ontario libéral, une stratégie - si c'en est vraiment une - qui ne semble pas particulièrement constructive. Pour l'ensemble du début de l'oeuvre du gouvernement Harper en matière de relations fédérales-provinciales: B
Dossier Canada-Québec: la conclusion rapide d'une entente sur l'UNESCO a permis à Stephen Harper de régler le dossier à peu de frais. Les seules vraies voix discordantes ont été celles du Bloc et du Parti québécois. Le récent document fédéral sur le déséquilibre fiscal fait finalement une plus grande place à la volonté du premier ministre Harper de pratiquer un fédéralisme moins brouillon qu'aux prétentions des provinces en matière fiscale. En attendant de passer aux choses sérieuses: B
Dans la guerre larvée que le premier ministre mène contre la tribune de la presse parlementaire, Stephen Harper dispose d'une longueur d'avance. Du discours du Trône au budget en passant par la mission en Afghanistan et par le projet sur la responsabilité, le gouvernement a jusqu'à présent contrôlé ses communications à son avantage et fait l'envie, ce faisant, de ses adversaires: B
Plus de 100 jours après la fin de la dernière campagne électorale, Stephen Harper ne désarme pas. En Ontario, il a pris fait et cause pour son allié conservateur John Tory contre le premier ministre libéral Dalton McGuinty. Au Québec, il utilise systématiquement sa tribune de premier ministre pour pourfendre le Bloc. Son gouvernement pourrait relancer l'affaire des commandites en mettant les tribunaux aux trousses du PLC. Tout cela risque de finir par donner l'impression que le parti au pouvoir met l'appareil de l'État au service de ses objectifs électoralistes: C
En tenant son Conseil des ministres en laisse, M. Harper donne à plusieurs de ses ministres le temps de faire leurs classes. Certains en ont davantage besoin que d'autres. En 100 jours, on a pu constater que le trio ontarien de Jim Flaherty aux Finances, Tony Clement à la Santé et John Baird au Conseil du trésor était nettement plus solide que le quintette québécois. Gordon O'Connor à la Défense est un maillon faible du cabinet. Le recrutement de David Emerson au Commerce international valait son prix politique. Apparemment nommés pour éteindre les feux à l'Environnement et aux Affaires autochtones, Rona Ambrose et Jim Prentice pourraient se brûler à la tâche. En attendant que M. Harper donne à ses ministres l'occasion de se faire voir (et valoir) davantage: B
Décapité, le Parti libéral n'est pas en état de donner du fil à retordre au gouvernement. Dans les circonstances, les efforts de Bill Graham sont plus que vaillants. En règle générale cependant, l'aile parlementaire du PLC est devenue une machine à tuer le temps en attendant d'avoir un chef: C
La vie au Parlement n'a jamais été aussi dure pour le Bloc québécois. Depuis 100 jours, le parti a continué à perdre du terrain dans les intentions de vote au Québec. Le budget fédéral l'a placé en porte-à-faux avec le PQ. Sur un plan plus personnel, Gilles Duceppe, qui était la coqueluche de l'électorat à la même date l'an dernier, a glissé de l'écran radar depuis qu'il a passé son tour à Québec: C
En termes mathématiques, le NPD dispose de la balance du pouvoir au Parlement. Mais la configuration politique de la Chambre ne lui permet pas d'en profiter. Si le NPD veut tirer avantage du désert libéral, il devra se trouver d'autres tribunes et d'autres façons de se faire valoir, faute de quoi il risque de devenir le grand oublié de l'actualité politique de la prochaine année : C+
Au total, après 100 jours au pouvoir, le gouvernement Harper mérite amplement la note de passage, mais il est trop tôt pour prédire s'il franchira avec succès les étapes qui le mèneraient à une majorité au prochain scrutin.
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star. Sa chronique sera de retour dans trois semaines.

L'impopularité du gouvernement Charest sous la loupe des scientifiques
Leduc, Louise
La Presse lundi, 15 mai 2006
L'impopularité du gouvernement Charest est telle qu'elle fera l'objet d'un colloque au plus important congrès scientifique multidisciplinaire de la francophonie, cette semaine à Montréal.
Entre deux conférences sur les nanomatériaux dans les piles à combustible à électrolyte solide et sur la cyclooxygénase-2 constitutive, l'Association francophone pour le savoir (mieux connue sous l'acronyme ACFAS) entreprend dans une démarche de science-réalité de faire le bilan à chaud du gouvernement Charest alors même qu'il est toujours en place.
Dans le programme de l'ACFAS, il est indiqué que ce colloque ne sera pas " polémique " mais qu'il vise à examiner objectivement si les taux élevés d'insatisfaction à l'égard de ce gouvernement sont justifiés.
Même si l'exercice servira de matière première à un livre qui sera publié à l'approche des élections, François Pétry, professeur au département de science politique de l'Université Laval, se défend bien de chercher à orienter l'opinion publique. " En 2003, nous avions aussi publié un ouvrage collectif faisant le bilan du gouvernement péquiste à la lumière des promesses qu'il avait formulées ", dit M. Pétry.
Vu d'ici, le colloque sur le gouvernement libéral, qui aura lieu mercredi, est assez négatif dans sa prémisse- l'impopularité ahurissante du gouvernement Charest- mais pourrait déboucher sur certaines conclusions plus positives.
Ainsi, selon sa propre grille d'analyse, M. Pétry estime à 56 % la proportion de promesses de M. Charest qui se sont matérialisées. Voilà qui n'apparaît pas si mal. Pourtant, les sondages ne mentent pas: ce gouvernement n'est pas apprécié.
Qu'est-ce qui ne va pas, alors? " La communication politique au gouvernement Charest est un vaste désert ", résume M. Pétry en entrevue téléphonique. En d'autres termes, dès lors qu'il s'agit de communiquer leurs orientations ou leurs réussites, Jean Charest et son équipe s'y prennent très mal.
Mais il y a plus problématique encore: il y a les médias qui, selon M. Pétry, s'acharnent sur le gouvernement Charest. " Du mont Orford au Suroît, des épisodes ont été montés en mayonnaise ", estime le politologue. N'y a-t-il pas eu un réel soulèvement populaire dans ces cas? " Oui, mais parfois les médias n'ont pas tant reflété que précédé ces soulèvements ", répond M. Pétry.
Guy Lachapelle, professeur de science politique à l'Université Concordia, entend relever au colloque à quel point il est inhabituel de voir un gouvernement susciter tant d'insatisfaction au moment où l'économie se porte plutôt bien.
" À mon avis, le gouvernement Charest est beaucoup trop près des groupes de pression et beaucoup trop éloigné de la population en général, ce qui fait qu'il accumule les bourdes ", dit M. Lachapelle.
Il a par ailleurs cherché à savoir s'il est vrai, comme l'avancent les commentateurs politiques, que ce gouvernement est le plus impopulaire de l'histoire du Québec. Conclusion: il faut à tout le moins remonter à Adélard Godbout pour retrouver une telle grogne populaire. " Et encore, cette grogne n'était pas constante mais circonstancielle et liée à la crise de la conscription. "
François Pétry relève par contre que cette impopularité est loin d'être exclusive au gouvernement libéral et qu'elle est même dans l'air du temps. " Depuis environ 2000, cette désaffection et ce manque de respect à l'égard des politiciens sont observés dans plusieurs démocraties, qu'il s'agisse de l'Ontario, de la France ou de la Grande-Bretagne. "
Interrogé au sujet de ce colloque sur le bilan du gouvernement Charest, Hugo D'Amours, attaché de presse du premier ministre, s'est réjoui que les travaux des chercheurs de l'Université Laval y soient présentés. " On s'est longtemps fait dire par les commentateurs que nous n'avions pas respecté nos engagements. Or, ces chercheurs démontrent que nous l'avons largement fait. C'est très intéressant. "
Quant à l'impopularité du gouvernement, M. D'Amours y accorde moins d'importance parce que, dit-il, il ne faut jamais se fier aux sondages.
Le colloque sur le gouvernement Jean Charest aura lieu mercredi au pavillon Morrice Hall de l'Université McGill.
Le Congrès de l'ACFAS se poursuit jusqu'à vendredi sur tout le campus de McGill. Toutes les communications s'y feront en français.

Quebec's two-man Liberal race
Lysiane Gagnon
Globe and Mail 15 mai 2006
Since they are the only fluently bilingual candidates other than Stéphane Dion -- the sole Quebecker in the ranks and quite unpopular in the province -- either Michael Ignatieff or Bob Rae is more than likely to be the first choice of Quebec delegates to the Liberal leadership convention. (Joe Volpe pretends to be bilingual, but the French-speaking parliamentary correspondents don't think so.)
Mr. Ignatieff has one immediate advantage over Mr. Rae: His Quebec campaign is being directed by Denis Coderre, the energetic former federal minister who is the best Liberal organizer in the province. Meanwhile, Mr. Rae's chief Quebec organizer is former minister Jacques Saada -- a relatively minor figure in the party. Of course, once Quebeckers start paying attention to the leadership campaign, it will be the personality and policies of the two contenders that will be the defining factors.
For the time being, the Liberal leadership race is going almost unnoticed in Quebec -- and for good reason.
First, most candidates, except Mr. Rae and Mr. Dion, are totally unknown, and those who are not, like Hedy Fry, are not taken seriously. (Ken Dryden's recognition index is high, but largely due to his earlier career as a hockey player.)
Second, the Liberals look like a near-extinct species. According to a recent CROP survey, the Liberal Party of Canada is at an all-time low, with the support of only 15 per cent of Quebeckers -- about the same level as the NDP, which has always been a political nonentity in the province!
Among francophones, the party is in even more dire straits, with 9-per-cent support. If an election were held today, the Liberals would barely be able to cling to a dozen, mostly anglophone, ridings on the Island of Montreal, where they still have 42 per cent of the vote. (But even there, the Conservatives are gaining strength, with 27 per cent of voters leaning their way.)
Instinctively, Quebeckers should feel closer to Bob Rae, a professional politician who knows the issues well and has taken stands popular in Quebec. He was a staunch supporter of the Meech Lake accord, for instance, and he agrees Quebec should have its own seat within the Canadian delegation at UNESCO. Thanks to his political experience, he can easily debate the subtleties of the Canadian federation and balance the needs of the provinces with maintaining a strong central government -- a topic Mr. Ignatieff is still uncomfortable with.
But Mr. Rae's poor record as Ontario premier is a terrible handicap. His name is synonymous with deficits, labour unrest and managerial incompetence. Also, Mr. Rae shares a few things with Jean Chrétien -- his main advisers include the former prime minister's alter ego, Eddie Goldenberg, and his own brother John, who led all of Mr. Chrétien's campaigns. Such close links to the former regime are not assets after 12 years of war between the Chrétien and Martin clans, not to mention the sponsorship scandal that literally killed the Liberal Party in Quebec.
Mr. Ignatieff, on the other hand, comes without baggage -- some would say not enough baggage, since he obviously hasn't read the fine print of politics. On issues affecting Quebec, he contradicted himself many times: first scorning Quebec nationalism, then lauding Quebec's quest for autonomy and so on. And, of course, his former position as a public intellectual commenting on Iraq, torture and the ballistic missile defence shield will hurt him, especially in Quebec, which has turned ferociously anti-American since the start of the Iraq war.
As soon as he took charge of Mr. Ignatieff's organization, Mr. Coderre was put on the defensive about the missile shield. His explanation, modelled on Mr. Ignatieff's own arguments, is that as an academic, one writes things one wouldn't write as a politician. This sounds hollow, at best. Does this mean politicians lie? Or that academics don't know what they're writing about?
Finally, can Mr. Ignatieff's eloquence and easy charm -- a vivid contrast with Mr. Rae's style, who comes across as warmly as a brick wall -- woo Quebeckers? We'll see.
lgagnon@lapresse.ca

Le déni
David, Michel
Le Devoir samedi, 13 mai 2006
La définition psychanalytique du déni qu'on trouve dans Le Petit Robert est la suivante: «Refus de reconnaître une réalité dont la perception est traumatisante pour le sujet.»
C'est le phénomène auquel on assiste en ce moment au PQ. On refuse d'envisager la possibilité que l'homosexualité d'André Boisclair puisse constituer un handicap électoral dans certaines régions plus conservatrices du Québec.
Tout le monde sait à quoi s'en tenir au sujet d'Yvon Picotte. Le président de l'ADQ a toujours été un lourdaud, et il en a donné une autre preuve en fin de semaine dernière dans son discours devant le conseil général de son parti.
À son air goguenard, on voyait très bien que ses allusions déplacées à l'orientation sexuelle de M. Boisclair n'avaient rien d'accidentel. Certes, il a fait preuve d'un manque de jugement déplorable, mais ses propos reflétaient aussi les préjugés de son milieu. Si le président du parti s'autorise de telles incartades, qu'en sera-t-il des candidats pendant la prochaine campagne électorale?
Mercredi, mon collègue Robert Dutrisac faisait état dans Le Devoir d'une enquête qualitative effectuée au moyen de focus groups et d'entrevues individuelles par un spécialiste du marketing politique à l'ENAP, Robert Bernier, qui a constaté que l'orientation sexuelle du chef péquiste constitue un «élément négatif» qui pourrait avoir des effets importants dans l'isoloir, surtout en région.
D'ailleurs, les régions n'ont pas le monopole de l'homophobie. Elle est présente à des degrés divers dans bien des quartiers de Montréal ou de Québec. C'est bien triste, mais il s'agit d'une réalité avec laquelle le PQ et son chef devront apprendre à composer, que cela leur plaise ou non. Tout le monde savait à quoi s'en tenir quand il a été plébiscité en novembre dernier.
À l'annonce d'une mauvaise nouvelle, le plus simple consiste à tirer sur le messager. Pendant que son entourage, jouant l'indignation, sermonnait Le Devoir, M. Boisclair a lui-même réagi en faisant un procès d'intention à M. Bernier. Comment un homme qui a été le secrétaire particulier de Guy Saint-Pierre à la lointaine époque où il était ministre de l'Industrie et du Commerce dans le gouvernement Bourassa serait-il capable de la moindre objectivité scientifique?
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Les représentants des organismes qui luttent contre l'homophobie ont été les moins surpris des conclusions de M. Bernier. Plutôt que de demeurer une «cible inactive», ils estiment que M. Boisclair devrait afficher davantage son orientation. Remarquez, il a parfaitement le droit de refuser de militer pour la cause gaie, mais il semble aussi incapable de prononcer le mot «homosexualité» que le mot «cocaïne» l'été dernier.
On peut comprendre qu'il n'ait pas voulu se présenter à l'élection partielle dans Sainte-Marie-Saint-Jacques pour éviter d'être étiqueté comme le député du Village. Il est cependant un peu absurde de s'abstenir d'appuyer officiellement des organismes gais alors que bien des politiciens hétérosexuels le font sans la moindre hésitation.
Bien sûr, le chef du PQ a droit à un minimum d'intimité, mais au chapitre du respect de la vie privée, il y a une énorme différence selon qu'il s'agit d'un simple ministre ou du premier ministre. Jusqu'à présent, tout le monde se fichait éperdument de savoir si M. Boisclair avait un chum. On va plutôt commencer à se demander de quoi il a l'air. Ce voyeurisme est peut-être désolant, mais il est mieux de se faire à l'idée dès maintenant.
Dans une entrevue au Devoir, Daniel Pinard a été particulièrement cinglant. Selon lui, si le chef du PQ n'était pas «l'illustration absolue du vide», on s'intéresserait moins à son orientation sexuelle. On peut apprécier diversement la substance des propos de M. Boisclair, mais il est le premier à reconnaître qu'il laissait les Québécois plutôt indifférents jusqu'à ce qu'il révèle son homosexualité. Même après une dizaine d'années de vie politique, les sondages internes du PQ démontraient qu'il laissait très peu de traces dans l'opinion publique.
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Le professeur Michel Dorais, de l'Université Laval, qui s'est beaucoup intéressé à la condition homosexuelle, croit même qu'il devrait «en faire un plus». Certains n'aimeront jamais M. Boisclair pour des raisons qui n'ont rien à voir avec son orientation sexuelle, mais le courage, sous toutes ses formes, est une qualité qui est toujours valorisée. Inversement, les gens n'aiment pas les coups en bas de la ceinture. Sans le vouloir, Yvon Picotte lui a peut-être rendu service avec ses attaques vulgaires, auxquelles il a réagi stoïquement.
Il devient urgent pour M. Boisclair de mieux se faire connaître des Québécois. C'est à tort qu'il compare sa situation à celle de Robert Bourassa ou de Jacques Parizeau, qui n'ont démontré aucun empressement à faire leur rentrée à l'Assemblée nationale après avoir été élus chefs de leur parti respectif.
Ils étaient l'un et l'autre des personnages familiers, dont la population avait eu tout le loisir de prendre la mesure. On en connaissait les qualités aussi bien que les défauts, les traits de caractère comme les habitudes de vie. Que ce soit l'ambivalence de M. Bourassa ou l'opiniâtreté de M. Parizeau, leur comportement n'a surpris personne quand ils sont devenus - ou redevenus - premiers ministres.
À l'image de ses discours, les contours de M. Boisclair sont encore flous. Il lui faut absolument se définir. L'électorat craint l'inconnu. On n'aime peut-être pas Jean Charest, mais on sait au moins à quoi s'attendre de lui. Le pire tour que le premier ministre pourrait jouer au chef du PQ serait de déclencher des élections générales avant qu'il n'ait eu l'occasion de se faire élire dans une partielle pour profiter de la vitrine offerte par l'Assemblée nationale. D'ailleurs, le premier ministre éprouve beaucoup trop de plaisir à souligner son absence pour avoir envie de faciliter son retour.

Les priorités du ministre
«Tout changement est difficile»
Haroun, Thierry
Le Devoir samedi, 13 mai 2006
Six gestes structurants et quatre priorités noircissent le cahier des charges du Dr Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Un cahier que le ministre Couillard a accepté de rouvrir à la faveur d'un diagnostic qu'il pose sur notre système de soins de santé.
Le fait de dispenser des soins de santé à la population pèse lourd, très lourd sur les finances publiques québécoises; c'est près de 43 % du dernier budget du ministre des Finances, Michel Audet, qui est consacré au seul financement du secteur de la santé et des services sociaux, soit la somme consolidée de 22,1 milliards de dollars. De plus, près des deux tiers de l'augmentation des dépenses gouvernementales au titre du budget Audet sont réservés à ce secteur, c'est-à-dire 1,3 milliard de dollars de plus que l'an dernier, ce qui représente une croissance de 6,3 %.
Cet effort financier des contribuables représente environ 10 % du produit intérieur brut de la province, ce qui se compare avantageusement aux autres provinces canadiennes, à la France et à l'Angleterre, illustre le ministre Couillard. Il note d'autre part que si, sur une base annuelle, nos besoins de croissance au plan du financement du secteur de la santé sont estimés entre 5 et 6 %, la croissance des revenus de l'État québécois, elle, s'établit entre 2 et 3 %. Un casse-tête qui donne le vertige dans une perspective d'avenir si on prend en considération la donne du vieillissement de la population.
Gestes « structurants » et priorités
Cela dit, pas moins de six gestes que le ministre Couillard qualifie de «structurants» ont été posés en matière de santé publique depuis que les libéraux ont été portés au pouvoir, en avril 2003. Premièrement, l'État québécois s'est assuré d'un financement stable du MSSS accompagné d'une «indexation complète pour le développement des services» de santé de manière «à placer le système de santé dans une ambiance où les budgets sont prévisibles et en croissance». Mais voilà, si le règlement sur la question du déséquilibre fiscal devrait apporter «une bouffée d'oxygène» aux finances publiques, à long terme «il nous faudra trouver une solution structurante au financement du réseau de la santé», admet le ministre.
Deuxièmement, l'adoption de la loi 25, qui reconfigure le réseau de la santé et des services sociaux et qui est «probablement la réforme de culture dans notre système de santé qui aura le plus de retentissements dans les années à venir, et à travers laquelle on met en commun sur un territoire donné tous les intervenants de la santé [en leur confiant] une responsabilité de population, et non pas une responsabilité uniquement de service».
Troisièmement, il faut aussi ajouter la loi 30, qui n'est pas étrangère à la grogne syndicale puisque qu'elle vise une restructuration syndicale complète des établissements hospitaliers, pour ne pas dire un chambardement de l'organisation du travail. Une législation qui, selon le ministre, a «allégé les relations de travail dans les établissements de santé, de manière à abaisser le nombre [d'unités] d'accréditation de façon importante de 3600 à 700, soit quatre par établissement». Et ce, dans le but d'adapter le travail des intervenants du MSSS aux réalités respectives des différents établissements répartis à l'échelle du territoire: «Sept-Îles n'a pas la même réalité que le CHUM», note M. Couillard.
Un réseau en devenir
Puis, il y a un autre morceau de taille: le projet de loi 83 adopté avant le congé des Fêtes, «qui est un immense projet de loi dont les composantes sont encore en voie de compréhension et d'analyse et qui aura un impact considérable sur le réseau de la santé».
La documentation indique notamment que ce projet de loi prévoit l'ajustement des responsabilités entre les instances locales, les agences de la santé et des services sociaux et le ministre de la Santé et des Services sociaux. À cet égard, les instances locales seront, de manière exclusive, responsables de la définition d'un projet clinique et organisationnel pour le territoire qu'elles desservent, alors que les agences exerceront davantage des fonctions de coordination en matière de financement, d'allocation des ressources humaines et de services spécialisés.
Ce projet de loi assure également la création et la mise en place de réseaux universitaires intégrés de santé dont la mission est de formuler à toute agence concernée ou au ministre, selon le cas, des propositions sur divers sujets, notamment sur l'offre de services dans les domaines d'expertise reconnus aux établissements ayant une désignation universitaire, la formation médicale, la répartition des étudiants des facultés de médecine et la prévention des ruptures de service. Cette législation introduit aussi un processus de certification des résidences pour personnes âgées afin d'assurer aux personnes qui y résident un milieu de vie acceptable et des services de qualité.
Médicaments en attente
Cinquièmement, il y a la politique du médicament, découlant du projet de loi 130 (Le Devoir, 11 mars 2006) et qui s'articule autour de l'accessibilité des médicaments, de l'établissement d'un prix juste et raisonnable, de l'usage optimal du médicament et du maintien d'une industrie pharmaceutique dynamique. La livraison de cette politique promise pour ce printemps pourrait être retardée à l'automne, selon le Dr Couillard, question de ne pas «bâcler» cette pièce législative qui doit faire l'objet d'un large consensus, dit-il.
Enfin, Québec a dévoilé récemment son plan d'informatisation du secteur de la santé de 547 millions de dollars, et ce, avec la participation financière d'Ottawa. Le déploiement d'autant d'initiatives ministérielles ne va pas sans embûches, reconnaît le ministre Couillard, mais «tout changement est difficile».
À ces actions s'ajoutent quatre priorités ministérielles qui ont été établies en 2003 et qui sont demeurées les mêmes depuis, tient à souligner le ministre de la Santé, soit la question de la santé mentale, des personnes âgées en perte d'autonomie, des services de soins de santé aux populations autochtones et de la lutte contre le cancer, un véritable fléau.
Infrastructures et accessibilité
Maintenant, deux autres points ont été portés à l'attention du Dr Couillard: l'accès à un médecin de famille et l'état des infrastructures des établissements de santé. «Notre gouvernement a rehaussé le budget pour le maintien des actifs à 2 % de la valeur du parc immobilier [du réseau de la santé], ce qui correspond aux normes nord-américaines. Il nous faut maintenir notre parc immobilier en bon état de façon à ne pas se retrouver dans des situations qui ont été observées au cours des dernières années [où certains établissements se trouvaient en état] de décrépitude majeure.»
Pour ce faire, Québec assure un financement récurrent aux fins de rénovation et de modernisation des infrastructures, tout en portant une attention particulière au parc immobilier et aux institutions d'enseignement que sont les quatre facultés de médecine: celles des universités de Sherbrooke, Laval, McGill et Montréal. D'ailleurs, le ministre Couillard n'a pas manqué de rappeler le feu vert donné par son gouvernement à la réalisation, en partenariat avec le privé, des hôpitaux universitaires francophone et anglophone, soit le CHUM et le CUSM, en plus des travaux prévus en vue de la modernisation de l'hôpital Sainte-Justine, pour une facture globale estimée à 3,6 milliards. Une sorte de «Baie-James de la santé», lance le ministre Couillard.
La santé, un moteur économique
Dans une perspective plus large, l'ensemble du réseau de la santé et des services sociaux compte pour 11 % de la main-d'oeuvre québécoise. Un chiffre qui fait dire au ministre Couillard que le MSSS jouerait ainsi un véritable rôle de «moteur économique. Regardez la plupart des régions, outre les grands centres urbains, et vous allez constater que, souvent, le plus gros employeur de la région, c'est l'établissement de santé».
Enfin, ce n'est pas la qualité des soins offerts aux patients qui pose problème au Québec, mais bien l'accès à un médecin de famille pour beaucoup de Québécois, admet le Dr Couillard. Un problème qui découle «des erreurs» du passé, selon lui, c'est-à-dire de la mise à la retraite massive du personnel du réseau de la santé à la fin des années 1990, combinée à une diminution des admissions dans les facultés de médecine.
Désormais, dit-il, nos facultés de médecine tournent à plein régime. Les admissions dans ces institutions d'enseignement sont passées de 406 en 1998 à 784 cette année. «On évalue que, en 2015, on aura 3000 médecins de plus "au net" qu'actuellement», fait remarquer Philippe Couillard en concluant que, dans les années à venir, «nous devrons miser sur des services de santé de qualité, sécuritaires et accessibles».

La réingénierie de l'État est devenue bien modeste
Dutrisac, Robert
Le Devoir samedi, 13 mai 2006
Monique Jérôme-Forget rejette les principales recommandations d'un groupe de travail
La deuxième vague d'examen des organismes d'État a conduit à l'abolition de huit entités obscures. Ce dernier exercice de «réingénierie» a produit de bien modestes résultats, d'autant plus que le gouvernement Charest a rejeté les privatisations et les abolitions les plus significatives que vient de suggérer un groupe de travail. Monique Jérôme-Forget n'a pas sorti sa «tronçonneuse».
Québec - La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, rejette les principales recommandations portant sur la privatisation ou l'abolition d'organismes d'État et émanant d'un groupe de travail présidé par l'ancien sous-ministre François Geoffrion.
Au cours d'une conférence de presse hier, Mme Jérôme-Forget a dévoilé la deuxième vague d'examen des organismes d'État, qui vise 58 entités alors que la première vague, l'an dernier, avait porté sur 60 organismes. La présidente du Conseil du trésor a aussi fourni la réponse du gouvernement aux recommandations du groupe de travail.
Ainsi, le gouvernement n'a pas l'intention, pour l'heure, de privatiser, sous la forme d'organismes sans but lucratif, les trois grands musées d'État (le Musée d'art contemporain de Montréal, le Musée de la civilisation et le Musée national des beaux-arts du Québec), comme le recommande le rapport. Cette option n'est toutefois pas entièrement écartée. Ce sera à la direction des musées et à la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, de trancher la question, a mentionné la ministre.
Le gouvernement n'a pas non plus l'intention de vendre l'auberge Fort-Prével et certains centres touristiques et campings gérés par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) ni de céder au secteur privé l'exploitation du parc de la Chute-Montmorency, de la Station Duchesnay et du Gîte du Mont-Albert. La SEPAQ devra toutefois éviter toutes nouvelles activités touristiques.
Il n'est pas question, comme le recommande le groupe de travail, d'abolir la Commission de la Capitale nationale, le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), qui emploie 250 personnes, a rappelé Mme Jérôme-Forget, la Société d'habitation du Québec et le Conseil des services essentiels.
De même, l'exploitation des immeubles de la Société immobilière du Québec (SIQ) ne sera pas confiée au secteur privé, une possibilité que le gouvernement a longuement analysée.
Dans les faits, en excluant notamment les organismes touchant les autochtones, il ne reste plus que 18 organismes à examiner pour clore ce grand exercice de «réingénierie» qui aboutit encore cette année à des résultats de faible portée. «Certains d'entre vous auraient probablement souhaité une tronçonneuse, une large tronçonneuse», a dit Mme Jérôme-Forget. «Ceux qui pensaient ça ne me connaissaient pas. J'ai fait ma vie dans la fonction publique.» Il ne fallait donc pas s'attendre à une «démarche que je dirais cavalière», a-t-elle ajouté.
On est très loin de l'ambitieuse «réingénierie» que faisait miroiter le premier ministre Jean Charest au début de son mandat. La présidente du Conseil du trésor a rappelé que la décision de ne pourvoir que la moitié des postes libérés par les employés de l'État qui prennent leur retraite avait tout de même permis à l'État de faire une économie annuelle de 500 millions.
Ce dernier exercice de «réingénierie» se solde par l'abolition de huit organismes obscurs dont les budgets réunis représentent cinq millions de dollars par année. Mais toute cette somme ne sera pas économisée puisque certaines activités et les employés de ces organismes seront intégrés à des ministères. Il s'agit de quelques millions tout au plus, selon le secrétaire du Conseil du trésor, Luc Meunier.

Feu la réingénierie
Auger, Michel C.
Le Soleil lundi, 15 mai 2006
C'était une conférence de presse tout ce qu'il y a de plus ordinaire pour donner la réponse du gouvernement à un autre des rapports qu'il avait commandés. Mais c'était, en réalité, l'enterrement d'une autre des promesses électorales du gouvernement Charest, celle qui s'est d'abord appelée "réinventer le Québec" et qui est devenue la "réingénierie de l'État".
Vendredi dernier, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget a, en quelque sorte, sonné le glas de la réingénierie, en publiant sa réponse au rapport Geoffrion, du nom de l'ancien sous-ministre chargé d'examiner un certain nombre d'organismes gouvernementaux que l'on pourrait, soit privatiser, soit abolir. Il s'agissait d'un second examen, le premier ayant donné lieu à l'abolition de huit petits organismes gouvernementaux.
À la fin du second exercice, la ministre Jérôme-Forget propose donc d'abolir huit autres organismes tous plus inconnus les uns que les autres, comme le Centre de référence des directeurs généraux et des cadres.
En fait, comme elle l'avait fait pour le premier rapport, Mme Jérôme-Forget se trouve à rejeter la plupart des recommandations du rapport Geoffrion, y compris - l'ironie n'échappera à personne - celle de confier au secteur privé les auberges, campings et autres établissements se trouvant à l'intérieur de certains parcs nationaux, comme l'Auberge du Mont-Albert. C'est parce que la SEPAQ "est très bien gérée", a pris soin d'ajouter Mme Jérôme-Forget. Avec juste un peu d'imagination, on lui demanderait de reprendre la gestion du centre de ski à Orford, qui semble voué aux déficits dans le secteur privé...
Mais, trêve d'ironie. Force est de constater que le gouvernement Charest est loin d'avoir réalisé ses promesses de diminuer la taille de l'État, ce qui était l'un des engagements majeurs de la dernière campagne électorale.
La ministre a expliqué qu'il ne fallait pas s'étonner qu'elle n'ait pas passé la tronçonneuse, elle qui a passé presque toute sa vie professionnelle dans le secteur public. Sans doute, mais cela n'explique pas qu'après trois ans de gouvernement libéral, il y ait eu si peu de mouvement quant à une promesse aussi fondamentale.
En fait, force est de constater que le Parti québécois - souvent décrit comme le parti qui voulait créer un programme gouvernemental dans absolument tous les secteurs d'activité - avait fait mieux à son époque avec les suites qu'il avait données au rapport Facal.
Les libéraux ont même refusé d'abolir certaines des créations du Parti québécois qu'ils avaient décriées à l'époque. Comme la Commission de la capitale nationale, qui est maintenant considérée par Mme Jérôme-Forget comme un "levier important".
En fait, puisqu'on est sur le point d'entrer en période électorale, la simple logique politique devrait faire en sorte que la période des abolitions d'organismes soit maintenant pratiquement terminée. Bref, la réduction de la taille de l'État sera pour une autre fois.
Et si la taille de l'État n'a pas beaucoup changé, depuis l'arrivée au pouvoir de Jean Charest, que dire de la manière de faire les choses, dont le PLQ avait également fait un engagement central de sa plate-forme électorale.
Ainsi, on a beaucoup, beaucoup, parlé des partenariats privé-public, les fameux PPP. On a créé un secrétariat sur la question, mais trois ans après l'élection, les Québécois n'ont pas encore vu ne serait-ce qu'un poste de pesée routière qui ait été construit en PPP. On sait que le gouvernement songe à construire une autoroute et des hôpitaux de cette manière, mais on n'a pas encore vu sortir de terre ne serait-ce qu'un petit projet qui aurait permis de démontrer que les PPP étaient vraiment la voie de l'avenir.
En fait, cela soulève plus d'inquiétudes qu'autre chose. Quand on sait qu'on veut construire les hôpitaux universitaires de Montréal en PPP, on est en droit de se demander s'il est bien sage que ce soient des mégaprojets qui servent de coup d'essai.
Ce n'est pas pour rien que l'insatisfaction envers le gouvernement Charest est aussi élevée. Même dans les milieux d'affaires, qui devraient être sa base politique, on ne le dit pas tout haut, mais on trouve que le gouvernement n'a pas fait grand-chose. En fait de grands changements souhaités par les milieux d'affaires, on ne retrouve guère que l'abolition de l'article 45 du Code du travail sur la sous-traitance et la réduction du nombre d'accréditations syndicales dans les hôpitaux.
Les baisses d'impôt promises ne se sont jamais matérialisées et la réduction de la taille de la fonction publique, même si elle est bien réelle, est venue essentiellement de départs volontaires et de l'attrition plutôt que de politiques du gouvernement.
Mais quand un gouvernement dépense tout son capital politique sur des dossiers mineurs comme le Mont-Orford, on ne se surprendra pas qu'il enterre sans plus de cérémonies des pans entiers de sa plateforme électorale.

Nouvelles règles du commerce
Jury, Pierre
Le Droit samedi, 13 mai 2006
Le gouvernement du Québec annonce qu'il outrepasse le processus régulier des appels d'offres pour doter le métro de Montréal de nouveaux wagons : tout le monde applaudit. Mais n'y a-t-il pas là matière à réflexion ? Certes. Il s'agit, en fait, d'une méthode d'approvisionnement qui remet en question les manières de fonctionner des dernières décennies, du moins dans notre coin du monde. Nous y voyons même là une remise en question des fondations même de la mondialisation, mantra du tournant du millénaire.
L'achat de 336 voitures de métro n'est pas une mince affaire : avec une valeur de 735 millions $, plus un autre 500 millions $ de plus pour tous les frais afférents, le contrat du métro de Montréal est l'un des plus importants qui se disputeront cette année dans l'industrie du transport en commun dans le monde. Ici et ailleurs, c'est un contrat qui sera noté, scruté.
Et voilà que le gouvernement met au rancart la méthode d'attribution du contrat. Non seulement il n'y aura pas d'appel d'offres, mais on fonctionnera plutôt de gré à gré entre la Société de transport de Montréal et Bombardier Transport. Avec, pour se donner bonne conscience, une firme d'experts-conseils pour épier le tout, ainsi que la possibilité de recourir à un appel d'offres traditionnel dans 16 mois, si les deux parties ne s'entendent pas.
La mondialisation nous a d'abord enseigné que seul le prix comptait dans une transaction. Que le bas prix était loi, pour reprendre un slogan des magasins Zellers.
De fait, lorsqu'Ottawa a dévoilé ses plans pour le nouveau tronçon de 725 millions $ du train léger, le consortium Siemens-PCL/Dufferin l'a emporté parce qu'il était le plus bas soumissionnaire. Un point c'est tout. La grille d'analyse et d'évaluation des soumissions se veut limpide et juridiquement inattaquable. Au mieux consent-on à accorder quelques points pour un volet canadien au projet, comme la conception de certaines composantes, l'assemblage ou un contrat d'entretien. À Ottawa, cela n'a pas suffi pour faire gagner Bombardier, qui aurait fini à quelques dizaines de millions $ derrière Siemens.
Québec vient de faire voler dans un coup d'éclat en prétextant sans le dire que la pondération consentie aux firmes locales ne suffisait pas. Elle a préféré se terrer derrière certaines justifications qui risquent de ne pas tenir la route, ou à tout le moins, de faire l'objet de contestations plus ou moins musclées. L'Accord sur les marchés publics de l'Organisation mondiale du commerce parlant d'"obligations pour les États", Québec a expliqué qu'elle n'est pas un État, mais une province. Au plan national, Québec se défend aussi parce que Bombardier est le seul manufacturier du genre.
Ce que le gouvernement de Jean Charest vient d'annoncer, en réalité, c'est qu'elle ferait fi des règles avancées par les défenseurs de la mondialisation et du libre marché. À quelque part, il était temps que ce message passe. La mondialisation a ses mérites, mais ses effets retors aussi. Par souci d'équité, elle favorise les pays à main-d'oeuvre à bon marché : à ce titre, on trouvera toujours meilleure aubaine ailleurs. Aujourd'hui, c'est l'Asie. Demain, quand l'Asie sera devenue trop chère, ce sera l'Afrique ou l'Amérique du sud.
Deux des éléments clefs du commerce équitable sont le juste prix et l'achat local. Chaque bien ou service a son juste prix qui convient à l'acheteur et au vendeur. Poussé à l'extrême, il devient inutile de faire des efforts surhumains pour rogner cinq cents du prix de la bouteille de shampooing ou du poulet à rôtir. Mais c'est ce que la mondialisation nous enseigne à faire. Elle sous-estime aussi les coûts environnementaux du transport, néglige la comptabilisation multipliée des retombées économiques des achats locaux, qui font vivre nos communautés environnantes. Il existera évidemment toujours des biens et services qu'il nous faudra importer, entre autres pour des raisons de climat et d'expertise. Mais en mettant une forte prime sur l'encouragement à une entreprise locale - multinationale comme Bombardier, ou non -, le Québec commence à mettre en place de nouvelles règles du jeu dans le commerce international. Il était temps.

Le Parti Québécois n’est plus un mouvement.
Le défi d’André Boisclair …
Serge Héroux
TRIBUNE LIBRE lundi 15 mai 2006
La semaine dernière, on a parlé de souveraineté lucide et d’élection référendaire. Ces débats doivent exister. Toutefois, ces débats n’ont pas leur place au Parti Québécois autant d’un côté que de l’autre. Pourquoi ? Parce que le Parti Québécois, depuis 1974 et surtout depuis 1976, n’est plus un mouvement mais un parti politique traditionnel avec un programme, des statuts, un passé gouvernemental et dont la souveraineté n’est qu’un élément du programme et non une fin en soi.
Il est évident que cet objectif transcende tous les autres. N’en demeure pas moins que le PQ a gouverné sans faire la souveraineté depuis 30 ans. En fait, le programme remet la responsabilité de faire du Québec un pays à ses commettants. Le peuple doit choisir quel régime le gouvernement du Parti Québécois sera fait : un pays ou une province. En aucun temps, on ne mentionne de se retirer. Un peu comme Daniel Johnson père, « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement l’indépendance. »
Ces choix ont été faits bien avant qu’André Boisclair, tout comme moi d’ailleurs, n’ayons droit de cité ou de voter. Un parti politique n’est que très rarement un initiateur de ferveur populaire surtout pas en ce moment avec la popularité qu’ils ont dans l’opinion publique. Malgré le fait que je trouve une telle constatation désolante et dommage pour ces gens courageux qui exercent cette profession, elle n’en demeure pas moins vraie.
Le fait d’avoir un passé de pouvoir l’empêche tout autant d’atteindre cet objectif de mobilisation. Lorsqu’on gouverne, on fait des choix et ces choix nécessairement ne plairont pas à tous. Aucune organisation, aucun débat interne, aucune position avant-gardiste ne pourront échapper à ce passé. Le Parti n’est plus le mouvement mais l’outil pour atteindre cet objectif. À ce titre, André Boisclair fait un excellent travail. À ce titre, il est le seul de tous les chefs du PQ à avoir compris la nouvelle réalité. Assez facile de comprendre l’animosité que certains peuvent lui porter. Pour un vrai chef de parti, son objectif est de profiter des problèmes de ses adversaires pour mettre l’accent sur son propre programme, ses propres solutions. Pour un leader de mouvement populaire, c’est de prendre des actions (manifs, rédactions de collectifs, mémoires) et ramener tout à son objectif de base. Il ne peut y aller à la pièce.
Le vrai défi d’André Boisclair, s’il veut arriver gagnant à un prochain référendum, c’est d’encourager les mobilisations, les regroupements, les coalitions toutes externes au Parti qui réclameront des positions plus extrêmes. De cette façon, le Parti et son chef ne se font que l’écho d’une volonté populaire. Il doit agir comme un catalyseur. Le Parti, lui, au contraire de la société civile, se doit d’être cohérent, solidaire et organiser et à l’écoute de tout ce qui peut le pousser vers son objectif.
