L'homme d'ailleurs

Michel David
Le Devoir mardi 16 mai 2006

Personne ne peut douter de la sincérité de Lucien Bouchard, quand il dit vouloir passer le plus de temps possible avec ses fils. Les raisons qui l'avaient amené à quitter la politique au début de 2001 sont toujours valables, dit-il.

Sa famille le préoccupait déjà beaucoup à l'époque, mais il y avait d'autres raisons, de nature strictement politiques, sur lesquelles il n'a pas voulu s'étendre dans son point de presse de vendredi dernier, sinon pour dire qu'il était désormais «ailleurs».

On peut penser que ces autres raisons demeurent tout aussi valables. Malgré la nostalgie que l'évocation de son nom suscite, M. Bouchard ne croit sans doute pas plus aujourd'hui qu'il y a cinq ans en sa capacité de mobiliser la population autour du projet souverainiste.

En annonçant sa démission, il s'était désolé de voir les Québécois rester aussi «étonnamment impassibles» devant les attaques fédérales. Depuis son départ, ils ont bien eu un sursaut d'indignation quand le scandale des commandites a éclaté, mais ils ont préféré croire qu'il s'agissait d'un scandale libéral, plutôt qu'un scandale fédéraliste. Stephan Harper n'a eu qu'à montrer patte blanche pour les amadouer.

Il est très possible que, en son for intérieur, M. Bouchard soit toujours souverainiste, même s'il n'a pas voulu le dire. S'il avait accepté d'aborder la question franchement, pour ne pas dire lucidement, ses propos auraient sans doute été plus démoralisants qu'autre chose pour son ancien camp. Son silence n'était pas très difficile à décoder.

Pour le moment, les Québécois semblent eux aussi être ailleurs. Cela ne veut pas dire qu'ils n'en reviendront pas un jour. Par définition, la conjoncture est un phénomène temporaire. Rien n'empêche de travailler à la faire changer, mais on ne sonne pas la charge dans les plus mauvaises conditions.

Hier, Andrée Ferretti m'a gentiment reproché d'avoir trouvé du mérite au Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, qu'un groupe d'«éminents souverainistes» avait publié dans Le Devoir la semaine dernière, parce qu'il me semblait être «l'expression même du bon sens».

«Mais ne faut-il pas se demander s'il ne fut jamais un temps où le bon sens a changé le monde. Peut-on donner un seul exemple historique où cette timide faculté de l'intelligence a renversé les paradigmes d'un savoir établi ou a réorienté radicalement le destin d'un peuple ?» demande Mme Ferretti.

Je reconnais volontiers que «l'indépendance du Québec est un projet révolutionnaire», dont la réalisation peut parfois exiger qu'on sorte des sentiers battus, mais l'histoire foisonne d'exemples de révolutions qui ont échoué parce qu'elles ont été tentées au mauvais moment et avec une préparation insuffisante.

Le programme adopté au congrès péquiste de juin 2005 était le résultat d'un compromis entre Bernard Landry et les impatients de son parti. Pour sauver son leadership, il avait accepté de s'engager dans une démarche que lui-même aurait préférée plus prudente.

Déjà, à l'époque, il était un peu téméraire de tout miser sur un «programme de pays», qui commandait logiquement la tenue d'un référendum dans les plus brefs délais, puisqu'on se refusait désormais à gouverner une province. Dans le climat d'indignation créé par les commandites, la partie pouvait néanmoins sembler jouable.

Un an plus tard, alors que ce scénario apparaît de plus en plus irréaliste, il est presque hallucinant de voir des gens s'entêter à relancer l'idée d'une élection référendaire. Le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES), fort de 600 membres résolus, estime que «sitôt élu, le gouvernement aura toute la légitimité nécessaire pour enclencher le processus qui mène à l'indépendance».

L'exécutif du PQ statuera vendredi sur la requête du MES qui désire se constituer en «club politique» au sein du PQ. André Boisclair a déjà rejeté leur demande, mais il est clair que le débat va se poursuivre. Avec les effets désastreux qu'on peut prévoir sur l'opinion publique.

Dès son élection, le chef du PQ a décidé de jouer à l'autruche et décrété que les militants péquistes ne s'intéressaient plus aux discussions qui les passionnaient depuis près de quarante ans. Il a écarté du revers de la main les propos des «exégètes» signataires du Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, expliquant que «la jeune génération se sent bien loin de tous ces débats».

Je ne sais pas où s'arrête la jeune génération dans l'esprit de M. Boisclair, mais elle semble bien être ailleurs, elle aussi. Selon le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir, c'est dans le groupe des 25-34 ans que l'appui à la souveraineté est le moins élevé.

Certes, l'effet Harper ne durera pas éternellement, mais Jean Charest n'attendra pas qu'il se dissipe pour déclencher des élections. Dès l'automne prochain, si c'est nécessaire. Cela ne laisse pas beaucoup de temps à M. Boisclair pour rectifier le tir. Il est trop tard pour convoquer un congrès spécial ou organiser un vote postal afin de modifier le programme. C'est la plate-forme électorale qui devra traduire un éventuel recentrage.

Le problème ne sera pas de la faire adopter par les instances du parti. À la veille des élections d'avril 2003, Bernard Landry avait fait accepter sans difficulté un texte qui stipulait qu'«un référendum ne sera tenu qu'en accord avec la population et lorsque la perspective d'une victoire apparaîtra clairement à l'horizon». Même Lucien Bouchard n'aurait pas osé rêver d'une phrase pareille.

Encore faudrait-il que les militants reconnaissent la nécessité de se distancier au moins temporairement du programme. Il est douteux que M. Boisclair ait suffisamment d'autorité morale pour les en convaincre et tout ce que M. Bouchard a pu vouloir dire en ne disant rien les a sans doute laissés indifférents.

Qu'en pensent les autres belles-mères du PQ, remarquablement silencieuses depuis quelque temps ? L'actuelle popularité de Stephen Harper, dont le «discours de Québec» l'avait déjà impressionné, a-t-elle inspiré à Jacques Parizeau de nouvelles réflexions sur un programme qu'il trouvait rempli de «conneries» lors de son adoption ? Et Bernard Landry, qui refusait de faire charger la brigade légère au printemps 1995 ? C'est à se demander s'ils n'attendent pas tranquillement que leur jeune successeur se casse la figure.

mdavid@ledevoir.com




Accession à la souveraineté - Y penser avant!

Philippe Navarro, Ex-conseiller au ministère des Relations internationales et à l'opposition officielle de 1998 à 2004
Le Devoir mardi 16 mai 2006

La réaction épidermique du chef du Parti québécois, André Boisclair, au manifeste des nouveaux «lucides» est à pleurer (Le Devoir, 12 mai 2006). En somme: «arrêtez de réfléchir, ça fait peur aux enfants». Pourtant, le texte est d'une cruelle simplicité, d'une inhabituelle limpidité pour le genre: il n'y a parfois de «byzantin» que ce que l'on ne saisit pas.

Supposons que le PQ parvienne à obtenir une victoire référendaire à grands renforts de «souhaits de pays» de gestes «concrets», de slogans brillants, de belles pancartes, d'efforts surhumains, de dévouement sans bornes, de milliers d'heures non facturées. Ça pleure de joie, ça danse dans les rues ! Enfin, le pays !

Voire !

Le lendemain (de veille), 7h30. Vers qui se tournera le chef lorsque l'ambassadeur des États-Unis, au bout du fil, après les «félicitations» d'usage, lui dira «oh, by the way» qu'il n'est pas question de rouvrir l'ALENA ? Vers qui se tournera-t-il, lorsque, à Bruxelles, on lui rappellera, sur un ton clinique, Clarity Act en main, qu'il est «délicat» de briser un État du G7 avec 30 000 voix de majorité ? Vers qui se tournera-t-il lorsque Ottawa soufflera sur les braises partionnistes du West-Island et du Nord-du-Québec ?

Vers son association de comté ? Non, bien sûr. Vers son cabinet ? Passons. Vers son équipe de recherchistes ? Misère ! Vers son aile parlementaire ? Aussi compétent soit-il, ça fait beaucoup de travail pour un seul homme. Vers les ressources de l'État ? On lui rappellera l'évidence : il est déjà trop tard, Monsieur le premier ministre. Il fallait y penser avant. Avant, comme dans «maintenant».

Se préparer

Affranchir l'État du Québec (il existe déjà), c'est briser le Canada, un pays mondialement respecté, c'est rompre l'équilibre géopolitique d'un continent désormais paranoïaque. Il faut plus que des élans patriotiques, que l'énergie candide de la jeunesse, que les roueries des paqueteurs d'assemblées. Il faut du savoir-faire, de la préparation, de l'expérience.

Or le chef du Parti québécois s'aliène, méthodiquement -- on jurerait à dessein -- ceux qui détiennent les véritables clefs du pays, ceux qu'il nomme, avec un dédain plombé, les «exégètes». Camille Laurin se réincarnerait-il qu'il irait militer ailleurs.

Cette navrante situation est un énième signe de la mort cérébrale de ce parti. Pour faire l'indépendance à moyen terme, il faudra bien plus que revoir le délirant programme de 2005. Il faudra envoyer cette formation rejoindre le Parti canadien, le Parti patriote, le Parti national, l'Union nationale, le RIN, au cimetière des «Patentes» qui ont, l'espace d'une génération, incarné l'idée d'autonomie, sinon d'indépendance. Et ce, dès les prochaines élections.

C'est l'évidence, même si elle est douloureuse : une victoire du PQ n'est plus -- depuis dix déjà ans -- une condition gagnante.




Le Sénégal proteste - Un accueil immérité

Cheikh Tidiane Gadio
Ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Déclaration lue à la première séance plénière de la réunion ministérielle de la francophonie qui se tenait en fin de semaine à Winnipeg
Le Devoir mardi 16 mai 2006

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères du Canada, le gouvernement de la République du Sénégal a appris avec une grande surprise l'incident diplomatique et les traitements irrévérencieux qui ont émaillé le passage à l'aéroport de Toronto de son Excellence M. Abdou Diouf, notre compatriote, ancien président de la République du Sénégal et actuel Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie.

Cet incident grave, aux antipodes des convenances diplomatiques internationales, a heurté la conscience de la communauté internationale en général, celle africaine et sénégalaise en particulier. La personnalité de l'intéressé et son parcours exceptionnel de grand serviteur de l'État expliquent amplement la vague d'indignation qui enfle dans le monde. M. Abdou Diouf, ancien ministre, ancien premier ministre, ancien président de la République du Sénégal pendant 19 ans, est aussi connu et respecté pour avoir travaillé avec un autre homme d'État exceptionnel, S. E. Me Abdoulaye Wade (son successeur à la tête de l'État du Sénégal), à offrir à notre pays et à l'Afrique une alternance démocratique, pacifique, saluée partout dans le monde.

C'est à un tel homme d'État que la Francophonie a fait appel pour restructurer son action et ses objectifs de promotion d'un humanisme francophone universel, bâtisseur de paix, de solidarité, de dignité humaine, de coopération économique renforcée et de bonne gouvernance. C'est aussi à un tel homme d'État qu'a été réservé, en terre canadienne, un accueil immérité et désapprouvé partout dans le monde.

Honneurs rendus à M. Chrétien

Or donc, Monsieur le ministre, le contraste est saisissant entre un tel état de fait, et les honneurs rendus à M. Jean Chrétien, ancien premier ministre du Canada, lors de sa récente visite privée au Sénégal, il y a juste quelques semaines. Par-delà l'ami, le Sénégal était conscient d'accueillir un homme d'État, ancien premier ministre d'un pays spécial dans le coeur des Africains qu'est le Canada.

Monsieur le Ministre, nous aurions relativisé cet incident si -- au lieu de présenter de simples «regrets» -- votre gouvernement avait promptement pris les choses en main pour diligenter une enquête, et si votre premier ministre avait, au nom de votre gouvernement, présenté des excuses sincères et publiques au président Diouf lui-même, à tous les pays membres de l'OIF, au peuple sénégalais et à tous leurs compatriotes africains.

Par amitié et par considération pour votre pays et votre peuple, nous souhaitons vivement que vous alliez dans cette direction (présenter des excuses publiques par la voix la plus autorisée, celle du premier ministre, et clore ainsi ce malheureux incident), car il serait injuste de juger un pays et un peuple sur une action, fût-elle grave et c'est le cas, quand par ailleurs, on connaît des centaines d'actions positives que développe votre pays en direction de notre continent et de la solidarité internationale en général.




L'incident Diouf poursuit Harper

Hélène Buzzetti
Le Devoir mardi 16 mai 2006

L'opposition demande la démission de Josée Verner

Ottawa -- Le premier ministre Stephen Harper a tenté un pas de plus hier pour colmater la brèche diplomatique ouverte par l'accueil cavalier réservé au Secrétaire général de la Francophonie en promettant une «révision» interne pour connaître qui, au juste, a fauté dans cette histoire. Mais l'opposition à la Chambre des communes ne décolère pas et demande maintenant la démission de la ministre Josée Verner. Tout cela sur fond de nouvelles révélations.

Ainsi, le député Denis Coderre, bien branché sur le réseau de la Francophonie pour avoir lui-même occupé ce poste ministériel sous Paul Martin, prétend qu'Abdou Diouf aurait été insulté par une agente de sécurité à l'aéroport de Toronto. Le Secrétaire général, qui tentait de s'éviter une fouille en déclinant son identité, se serait fait répondre «qu'on le renverrait par avion s'il ne se soumettait pas à la fouille corporelle et que, même s'il s'appelait Jacques Chirac, il subirait le même sort», selon M. Coderre. M. Diouf aurait été contraint de retirer ses chaussures et sa ceinture après avoir franchi le portail de détection métallique. Le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie a le statut de chef d'État.

M. Coderre a tenté de faire adopter une motion à la Chambre des communes par laquelle les parlementaires auraient exprimé leurs «plus sincères excuses», mais les députés conservateurs s'y sont opposés. Le premier ministre Stephen Harper, qui s'exprimait pour la première fois sur le sujet, a parlé d'un «incident regrettable». «J'ai demandé une révision des faits et aussi de la procédure pour éviter qu'une telle situation se répète», a-t-il déclaré à la Chambre. Une réponse qui a fait bondir Denis Coderre. «L'orgueil aveugle complètement ce premier ministre. Tout ce qu'il a à faire, c'est de s'excuser.»

M. Harper a téléphoné en fin de journée dimanche à M. Diouf pour lui présenter ses regrets. La conversation, de quelques minutes, s'est très bien déroulée et M. Diouf se serait comporté en «gentleman» en acceptant de laisser les événements derrière lui. En outre, M. Harper a aussi reçu un appel de son homologue québécois, Jean Charest, qui lui a fait connaître son mécontentement. «Le traitement qu'a reçu le Secrétaire général Diouf est inacceptable», a déclaré hier M. Charest sur les ondes de Radio-Canada. «À mes yeux à moi, le gouvernement du Canada a failli au moment où il a été reçu à Toronto.»

Si la différence sémantique entre regret et excuse est négligeable, la différence diplomatique, elle, est obscure. Le ministère des Affaires étrangères, qui s'est réfugié dans le plus complet des mutismes depuis l'éclatement de cette histoire, refuse de préciser la portée respective des deux mots. L'ex-ambassadeur du Canada à Paris, Benoît Bouchard, a déclaré ce week-end sur les ondes de RDI que l'utilisation du mot «excuse» pourrait avoir des implications pour le Canada, mais au moins un autre ex-ambassadeur canadien contacté par Le Devoir, qui refuse d'être nommé, croit plutôt que la différence «n'est pas transcendante».

Verner sous pression

La ministre responsable de la Francophonie, Josée Verner (une des dix élues conservatrices au Québec), essuie de sévères critiques dans ce dossier pour son manque d'expérience politique. Le Bloc québécois, par exemple, ne comprend pas ce qu'elle pouvait avoir de plus important à faire mercredi dernier que d'accueillir le «plus haut fonctionnaire de la Francophonie à l'échelle de la planète» à son arrivée à l'aéroport. La ministre a évité de répondre.

La performance de la ministre «est d'une faiblesse assez évidente, croit le chef bloquiste, Gilles Duceppe. Elle s'exprime très mal. [...] Même en français, je trouve que c'est pénible. Je trouve qu'elle assume mal ses fonctions. Elle lit ses notes de breffage les unes après les autres et même quand ça n'a rien à voir. Assez déplorable.»

Denis Coderre, lui, pense que le premier ministre Stephen Harper devrait effectuer un remaniement ministériel pour retirer à Mme Verner et à Peter MacKay (Affaires étrangères) leurs responsabilités parce que «ça vaut pas cher la tonne». «On a entendu M. Harper donner des coups de pied à des chaises. Est-ce qu'il va donner des coups de pied ailleurs pour faire d'autres sortes de remaniements ?»

Le traitement cavalier réservé à M. Diouf, arrivé à Toronto mercredi dernier afin de participer à une rencontre ministérielle à l'invitation du Canada, a provoqué l'indignation du Sénégal. Dans une déclaration virulente adressée à son homologue Peter MacKay, le ministre des Affaires étrangères sénégalais, Cheikh Tidiane Gadio, l'a qualifié d'«irrévérencieux», «immérité» et d'«incident grave». «La personnalité de l'intéressé et son parcours exceptionnel de grand serviteur de l'État expliquent amplement la vague d'indignation qui enfle dans le monde.» Le ministre a rappelé le «contraste saisissant» entre ce traitement et les «honneurs rendus» à Jean Chrétien lors de sa récente visite privée au Sénégal. «Par-delà l'ami, le Sénégal était conscient d'accueillir un homme d'État, ancien premier ministre d'un pays spécial dans le coeur des Africains qu'est le Canada.»

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille




Pourquoi Harper ne s'excuse pas ?

Stéphane Laporte
Cyberpresse lundi 15 mai 2006

L’ancien président du Sénégal, Abdou Diouf a été fouillé à son arrivée au Canada et son rendez-vous avec le PM a été annulé à la dernière minute. Mais Stephen Harper ne veut pas s’excuser. Il paraît que le gouvernement canadien a fait part de ses regrets auprès de Monsieur Diouf, et c’est en masse. Il importe de comprendre la différence entre des regrets et des excuses.

Admettons que vous donnez un coup de poing sur la gueule de votre voisin. Et que par la suite, vous lui faites part de vos regrets. Vous regrettez quoi ? Que ça lui fasse mal ? D’avoir perdu patience ? D’avoir été obligé de lui faire ça ? Des regrets, c’est vague. Flou. Alors que des excuses, c’est précis. On prend le blâme et on demande pardon.

Admettons maintenant que cette mésaventure soit arrivé à un ancien président des Etats-Unis, au lieu d’un ancien président du Sénégal. George Bush père arrive à la douane. On ouvre ses valises, on l’inspecte, on enfile le gant et on fouille son bush garden. La totale. Puis on annule son rendez-vous sans explications. Pensez-vous que Stephen Harper aurait seulement fait part de ses regrets à l’ex-président !? Non monsieur ! On aurait eu droit à des excuses publiques, à genoux, avec le petit fouet en direct sur CNN. Stephen se serait morfondu, comme il ne s’est jamais morfondu. Il aurait livré des fleurs à Papa Bush, 3 chapeaux de cow-boy, du sirop d’érable, et 10 barils de pétrole. Tout pour se faire pardonner. Mais ce n’est que le secrétaire général de l’organisation internationale de la francophonie, alors Stephen peut faire son macho. Et dire :

Donc la différence entre les regrets et les excuses ? On regrette nos gestes posés envers les plus faibles que nous. On s’excuse de nos gestes posés envers les plus forts que nous. Car on a intérêt à le faire. Bref on s’excuse toujours plus pour notre bien que pour notre mal.





MÉSAVENTURE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'OIF

Le déclenchement d'un détecteur de métal a entraîné la fouille d'Abdou Diouf

Gilles Toupin et Nicolas Bérubé
La Presse mardi 16 mai 2006

C'est après avoir fait sonner un détecteur de métal à l'aéroport Pearson de Toronto que le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), Abdou Diouf, et sa garde rapprochée, se sont vu imposer une fouille par des agents de sécurité.

C'est que qu'a soutenu hier l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), pendant qu'aux Communes, les trois partis de l'opposition déploraient énergiquement l'incident survenu mercredi dernier, et le refus du gouvernement Harper de présenter des excuses officielles à l'ancien président sénégalais.

Selon la porte-parole de l'ACSTA, Irène Marcheterre, M. Diouf a fait déclencher le détecteur de métal avant d'embarquer pour son vol de correspondance. «On lui a demandé de subir une fouille sommaire, et il a refusé. Mais ce n'est pas parce qu'il est VIP qu'il ne doit pas se conformer aux règlements.»

Ce faisant, les agents n'ont pas enfreint la loi puisque les seules personnes exemptes de fouilles douanières sont le premier ministre, la gouverneure générale, le juge en chef de la Cour suprême et les chefs d'État étrangers en exercice.

Aux Communes, le député libéral Denis Coderre a affirmé que M. Diouf a non seulement subi une fouille corporelle, mais qu'il a aussi été la cible de menaces de la part d'une responsable à la sécurité de l'aéroport.

«Le secrétaire général Diouf, malgré son passeport diplomatique, a déclaré en Chambre M. Coderre, a été menacé par une des responsables de la sécurité à l'aéroport de Toronto, et je cite: qu'on le renverrait par avion s'il ne se soumettait pas à la fouille corporelle et que même s'il s'appelait Jacques Chirac, il subirait le même sort.»

L'ancien ministre libéral de la Francophonie a dit aux journalistes à la sortie des Communes qu'il tenait cette information «de sources diplomatiques». «C'est honteux!» a-t-il lancé avant de tenter de déposer une motion afin que le Canada présente des excuses formelles à M. Diouf et au Sénégal. La motion, qui nécessitait le consentement unanime de la Chambre, n'a pu être déposée puisque le Parti conservateur a refusé son consentement.

Au Sénégal, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) a qualifié d'acte de «racisme primaire» la fouille dont a été l'objet l'ancien président sénégalais. Pour l'ONG, Abdou Diouf a été «traité comme un vulgaire immigré à l'aéroport de Toronto». La RADDHO a invité «les autorités de Toronto à faire preuve d'humilité en présentant leurs excuses».

Cette controverse a ajouté hier à l'inconfort du gouvernement Harper, qui ne s'en est tenu jusqu'à présent qu'à exprimer ses «regrets» à M. Diouf, venu au Canada pour participer à Saint-Boniface à la Conférence ministérielle de la francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.

Par ailleurs, La Presse a appris de source sûre que l'incident diplomatique qui s'est produit à l'arrivée de M. Diouf à l'aéroport de Toronto a commencé avec le refus d'un garde du corps du secrétaire général de subir une fouille corporelle. Par la suite, lorsque les douaniers ont voulu obliger M. Diouf à passer à la fouille, ce dernier était tellement bouleversé que ses gardes du corps ont formé un bouclier humain autour de sa personne.

Aux Affaires étrangères, un porte-parole a déclaré à La Presse qu'une équipe du protocole était présente à Toronto pour accueillir M. Diouf mais il a affirmé n'avoir aucun autre détail à fournir.

Interpellé aux Communes par une opposition qui ne comprend toujours pas pourquoi le gouvernement s'obstine à ne pas présenter de véritables excuses à Abdou Diouf et au Sénégal, le premier ministre Stephen Harper a tenté en vain, hier, de persuader la Chambre que l'incident était clos.

«J'ai dit évidemment que cet incident est regrettable et j'ai demandé une révision des faits et aussi de la procédure pour éviter qu'une telle situation se répète. Mais, comme je viens de le dire, M. Diouf a été très satisfait de sa visite et surtout du travail de la ministre de la Coopération internationale et ministre de la Francophonie et des langues officielles (Josée Verner). »

«Je trouve regrettable que l'orgueil aveugle complètement ce premier ministre, a aussitôt répondu Denis Coderre. Tout ce qu'il a à faire, c'est de s'excuser. Ce serait décent de le faire.»

Le principal reproche formulé hier par le PLC, le Bloc québécois et le NPD à la ministre Josée Verner a été celui de ne pas s'être déplacée à Toronto, comme le veut le protocole, pour accueillir «le plus important officier de la francophonie». Denis Coderre a notamment qualifié Mme Verner d'«incompétente» puisque cette dernière, a-t-il dit, «pensait que l'accueil des dignitaires se faisait par téléphone».

La ministre Verner a déclaré la semaine dernière qu'elle avait téléphoné à M. Diouf immédiatement à son arrivée au pays. «Il y a des gens qui ne sont peut-être pas assez compétents pour faire leur travail, a ajouté M. Coderre, alors un bon remaniement ministériel...»

Les libéraux entendent porter l'affaire devant le comité des affaires étrangères de la Chambre des communes, où l'opposition est majoritaire. Un rapport et des recommandations seront ensuite soumis à la Chambre pour être débattus et adoptés.




On ne badine pas avec les excuses officielles

Giroux, Raymond
Le Soleil mardi, 16 mai 2006

Ottawa - Un pays n'offre pas d'excuses officielles en passant, comme par distraction et sans vraiment y penser. Car des "excuses diplomatiques" entraînent une reconnaissance de responsabilité légale qui peut mener loin, en cas de litige.

Mais "l'affaire Diouf" n'entre de toute évidence pas dans cette catégorie car le secrétaire général de la Francophonie n'a pas l'intention de porter l'affaire plus loin.

Le Sénégal, par contre, a transformé l'accroc protocolaire dont M. Diouf a été victime à Toronto, la semaine dernière, en "un incident grave, aux antipodes des convenances diplomatiques internationales", selon une lettre envoyée à Stephen Harper par son ministre des Affaires étrangères.

La réaction du Canada étonne un expert comme le professeur Alain Prujiner, directeur par intérim de l'Institut québécois des hautes études internationales, à l'Université Laval. "J'ai un peu de mal à comprendre cette attitude car je ne vois pas très bien les difficultés que le gouvernement a à présenter des excuses à M Diouf", a-t-il dit en entrevue au Soleil.

Si le Canada s'excusait parce que des militaires tuaient sans raison des Haïtiens au cours d'une mission, par exemple, "cela donnerait une base juridique pour nous poursuivre", explique-t-il.

"Mais je ne comprends pas pourquoi ils ne présentent pas des excuses pour un traitement anormal, car ils ont reconnu le traitement inapproprié accordé à M. Diouf, ajoute M. Prujiner, d'autant plus qu'il était l'invité du Canada.

"Il y a vraiment eu une incompétence assez grave de la part du ministère. Les ministres responsables des Affaires étrangères et de la Francophonie sont des gens qui n'ont pas beaucoup d'expérience internationale, exprime M. Prujiner, et peut-être ont-ils peur de leur ombre, n'osent rien dire, rien faire.

"C'était un peu déprimant de voir Mme (Josée) Verner patiner aussi maladroitement la première journée, et M. (Peter) MacKay, ensuite, n'a pas été meilleur. C'est peut-être un manque de confiance en soi.

"Peut-être ont-ils pris des avis juridiques qui leur ont dit de ne pas donner d'excuses, mais ils n'ont pas vu que les circonstances du dossier sont telles que cela n'aurait aucune conséquence de ce type.

Soldats tués

Rappelons qu'après le décès de quatre militaires canadiens victimes d'une bombe américaine en mai 2002, en Afghanistan, les États-Unis n'ont pas présenté d'excuses officielles.

Mais le président George W. Bush avait appelé Jean Chrétien pour lui offrir ses sympathies et promettre pleine coopération au cours de l'enquête qui allait suivre - et blâmer les deux membres de l'équipage pour leur erreur. Deux de ses ministres avaient également communiqué avec leurs homologues canadiens tandis que l'ambassadeur Paul Cellucci le faisait en personne, au nom du peuple américain.

Le Canada, cependant, attend toujours des excuses de l'Iran pour le décès de la photojournaliste Zahra Kazemi, en juillet 2003, ou de l'Arabie Saoudite, pour les mauvais traitements subis par William Sampson, libéré le mois suivant après deux ans et demi en prison.

Charest tourne la page

De son côté, même s'il juge "inacceptable" cette façon de faire, le premier ministre du Québec, Jean Charest, ne demandera pas à Ottawa de s'excuser.

"À mon avis, le gouvernement du Canada a failli, a-t-il déclaré. Le traitement qu'a reçu M. Diouf est inacceptable. M. Diouf a été premier ministre du Sénégal et il est le secrétaire général de l'OIF, il aurait dû recevoir un traitement à la hauteur de sa situation."

"Tout ce qui a été dit a été dit et j'espère qu'on en tirera des leçons", a ajouté le premier ministre du Québec.

Il écarte toutefois l'idée de demander au premier ministre Stephen Harper de présenter des excuses officielles au secrétaire général de l'OIF

Avec la Presse canadienne
rgiroux@lesoleil.com




Tempête dans un verre Diouf

Pratte, André
La Presse mardi, 16 mai 2006

Éditorial - Les fonctionnaires des services frontaliers canadiens ont commis une gaffe en soumettant à une fouille le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf. Le gouvernement fédéral a exprimé ses regrets et M. Diouf a ensuite vanté le " remarquable accueil " que lui avaient réservé les autorités fédérales L'affaire aurait dû en rester là. C'était sans compter les politicailleux qui ont décidé d'en faire une crise nationale.

Ce qui s'est passé à l'aéroport de Toronto est regrettable. C'est aussi étonnant, compte tenu du fait qu'une équipe du protocole du ministère des Affaires étrangères était sur place pour accueillir M. Diouf. Pourquoi les diplomates canadiens ne sont-ils pas intervenus?

Cela dit, mettons les choses en perspective: le secrétaire général n'a pas été détenu ou maltraité. Arrivé à Saint-Boniface, où avait lieu la réunion ministérielle de la Francophonie, il a été accueilli avec tous les honneurs dus à son rang. On suppose que l'homme est aujourd'hui remis de ses émotions.

Ce n'est pas le cas du libéral Denis Coderre, qui a déclaré hier aux Communes que comme Canadien et Québécois, il avait " honte ". C'est de s'époumoner ainsi au sujet de cette vétille que le député de Bourassa devrait avoir honte.

Les souverainistes non plus n'en reviennent pas. L'ancien diplomate québécois, Jean-Marc Léger, a écrit dans Le Devoir que cet incident " confirme le véritable sentiment du gouvernement conservateur actuel envers la langue française. " Holà! Un douanier borné fait fouiller un dignitaire étranger et on accuse le premier ministre du Canada de francophobie?

Pourquoi M. Harper devrait-il aller au-delà des regrets et s'excuser si M. Diouf n'en demande pas tant? Avant de conclure que le gouvernement est seul responsable de ce qui est arrivé, ce qui justifierait des excuses formelles, il faudrait savoir ce qui s'est passé exactement à l'aéroport Pearson. Or ni Ottawa ni le principal intéressé n'ont voulu en dire plus.

On soutient aussi que M. Harper a annulé une rencontre prévue avec le secrétaire général. On ne sait pas si cette rencontre avait été confirmée ou simplement évoquée entre Ottawa et le bureau de M. Diouf. Ce qu'on sait, c'est qu'il y avait un entretien prévu entre M. Diouf et la gouverneure générale Michaëlle Jean et que cet entretien a été annulé par le secrétaire général. Faut-il en conclure qu'Abdou Diouf méprise les Canadiens d'origine haïtienne?

Cette " affaire " a quand même eu un bon côté. Sans cela, en effet, la réunion de Saint-Boniface serait passée totalement inaperçue, comme la plupart des activités de la Francophonie...




Le FFI-Québec proteste contre l’indifférence de Harper

François Gauthier, président FFI-Québec
TRIBUNE LIBRE mardi 16 mai 2006

La xénophobie WASP (white anglo-saxon protestant) des agents de sécurité à Toronto est une insulte non seulement à la Francophonie mais aussi à l’Afrique noire. Suite à la fouille corporelle abusive imposée au secrétaire général de la Francophonie à Toronto, le gouvernement canadien n’a fait qu’ajouter la bêtise à l’injure.

Nous rappelons que Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, qui voyage avec un passeport diplomatique, représente plus de 50 pays membres de la Francophonie et a droit aux égards comparables à ceux d’un chef d’État.

À Toronto, au Canada anglais, quand on est francophone ou noir le passeport diplomatique ne semble avoir aucune valeur. Qu’une personnalité aussi haut placée que l’est Abdou Diouf subisse une fouille corporelle pour seul fondement sa langue ou son pays d’origine ou la couleur de sa peau est une honte pour le Canada.

Le FFI-Québec proteste contre l’insulte à la Francophonie par le gouvernement canadien qui ne semble pas comprendre l’importance de l’événement. Les excuses doivent venir du chef d’État et non pas de sous-fifres.

Les tergiversations du premier ministre du Canada Stephen Harper qui devrait présenter lui-même des excuses publiques démontre bien son indifférence profonde envers la francophonie.




In Quebec, Harper Makes Inroads

CHRISTOPHER J. CHIPELLO
The Wall Street Journal May 15, 2006

Prime Minister's Strategy In Usually Liberal Province Could Aid U.S. Relations

MONTREAL -- Canadian Prime Minister Stephen Harper is making surprising inroads in Quebec, a left-leaning province that could become the key to his Conservative Party's effort to win an outright majority in Parliament.

The Conservatives emerged from January's federal election with a minority government -- a fragile situation that typically leads to another election within 18 months or so, depending on how the government and opposition parties play their hands.

Quebec is an unlikely card to play for a Conservative prime minister from Alberta, where many of the party's grassroots supporters were turned off by Ottawa's past efforts to appease Quebec nationalists. Mr. Harper's overture is "like Nixon in China," says Antonia Maioni, director of McGill University's Institute for the Study of Canada.

But if the Quebec strategy pays off -- and early signs are encouraging for the Conservatives -- it could have significant implications for Canada-U.S. relations. A majority government would give Mr. Harper a freer hand to steer Canada rightward, putting the country generally more in sync with the U.S. on issues from defense to taxes. He can already claim a big step forward with the Bush administration on the trade front: Washington and Ottawa last month struck a deal to settle a long-running dispute over Canadian lumber exports, an issue that has clouded relations between the world's two biggest trading partners for years. A rapprochement between Quebec and Ottawa could also damp the chances of Quebec separatists mounting another threat to Canada's national unity in coming years.

In the January election, the Conservative Party -- as expected -- swept the oil-rich western province of Alberta. What was unexpected was the party's modest breakthrough in French-speaking Quebec, home to 23% of Canada's 32 million people. As usual with Canadian minority governments, the Conservatives haven't formed a coalition with any of the opposition parties in Parliament; so the government's survival will depend on its ability to win support from other parties on key issues. Sooner or later, that process breaks down and another election is called. Mr. Harper is trying to strengthen his hand quickly by reaching out to Quebec.

The tactic isn't without precedent. Former Prime Minister Brian Mulroney successfully used it during the 1980s. Mr. Harper's approach is based on one political view that is shared by Alberta and Quebec: that Ottawa should keep out of provincial jurisdictions, such as health care and education, and focus on core federal responsibilities, such as national security and foreign policy.

In particular, Mr. Harper has moved to deliver on two promises he made in Quebec during the election campaign. In unveiling its first budget two weeks ago, the Conservative government vowed to take steps by this fall to redress the federation's so-called fiscal imbalance: Ottawa has been running multibillion-dollar budget surpluses in recent years, while provinces often struggle to cover costs of public services. The provinces want a bigger cut of the tax pie. Quebec autonomists figure that would also mean more leeway to tailor programs to local tastes.

That same week, Mr. Harper and Quebec Premier Jean Charest signed an agreement giving Quebec a formal role within Canada's delegation at the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization.

The Unesco entente illustrates "our vision of open federalism" in which an "autonomous" Quebec can flourish, Mr. Harper said at the ceremony in the Quebec National Assembly building.

Separatist leaders dismissed the pact as little more than window dressing. But other Quebec commentators called it a significant precedent that addresses the province's longstanding demand for an international role in matters such as culture and education.

So far, Mr. Harper's performance is playing well with the Quebec public. The Canadian Press news service last week published a survey by Montreal polling firm Leger Marketing showing support for the Conservative government at 62% across Canada -- and 72% within Quebec. Only in Alberta was support higher, at 77%.

Recent polls also show the Conservatives gaining ground on the separatist Bloc Québécois party among Quebec voters. In the January election, the Bloc, with 41% of the popular vote, won 51 of Quebec's 75 seats in the 308-seat House of Commons in Ottawa. The Conservatives captured 10 seats, with 25% of the vote.

The Liberal Party, which ruled Canada for more than 12 years until January, has seen its support crumble in the province following a graft scandal involving millions of dollars in public funds funneled to Quebec admen with Liberal connections. Now, Mr. Harper appeals to voters' "search for a third voice in Quebec between Liberal federalism and separatism," says Jean-Marc Léger, head of Leger Marketing. But he adds that support for the Conservatives in the province is "not solid" yet -- and could be shaken if, for example, religious-right conservatives in the party grab headlines.

Mr. Harper's political career was launched with the Reform Party, a grassroots movement based in western Canada. Eventually, he helped engineer that movement's merger with the former Progressive Conservative Party, to form the new Conservative Party.

Mr. Mulroney, a Progressive Conservative from Quebec, saw his regional coalition fall apart after efforts to settle constitutional grievances in his home province fueled resentment out West. In the long run, that may also be a big challenge for Mr. Harper, says McGill's Ms. Maioni: "How do you make inroads in Quebec while not alienating your base in western Canada?"

Write to Christopher J. Chipello at chris.chipello@wsj.com




Charest is finding that cutting government is hard to do

Don MacPherson
The Gazette (Montreal) May 16, 2006 Tuesday

The closer the Liberals get to an election, the less likely they are to make hard choices

Your Quebec taxes at work: Did you know the Quebec government has a "hemovigilance" committee? Well, it does. And thanks to Treasury Board chairperson Monique Jerome-Forget, it will continue to have one.

After two years of efforts to "modernize" the Quebec government by reducing its size and cost, Jerome-Forget can hardly be accused of throwing the baby out with the bath water. In fact, some might say she's not even throwing out much of the bath water.

The abolition of the hemovigilance committee, which helps ensure the safety of the province's blood supply system, was recommended by a task force appointed by the Treasury Board chairperson.

The task force, whose report Jerome-Forget made public last week, was made up of administration experts from the public and private sectors. It examined 58 government bodies and recommended whether they should be maintained, modified or abolished.

The members of the task force were hardly right-wing ideologues wildly swinging axes like crazed lumberjacks at the bodies they were examining. Of the 58 bodies they were asked to examine, they recommended the outright abolition of only 13, including the hemovigilance committee.

And it's not as though they said the government doesn't need to be in the business of ensuring the safety of the blood supply. In fact, they didn't even recommend abolition of the blood-safety committee.

Rather, they said the committee, created after the tainted-blood scandal, should be attached to another government body, the Quebec health institute, which oversees other areas of the health system. In fact, the task force said, integrating the committee with the institute would actually strengthen the control of the blood system.

But Jerome-Forget rejected that recommendation, and four of the other 12 for abolitions. The eight abolition recommendations she accepted were for other small bodies.

And since many of their duties and employees will merely be transferred elsewhere in the government, not much money will be saved. Total estimated saving: A few million dollars year, out of the $49 billion the government will spend this year on programs.

The government is saving much more by simply not replacing about half of the employees who leave the civil service. Jerome-Forget estimates these savings now amount to half a billion dollars a year, and will continue to grow.

This was the second time the government has conducted such an examination. Of the 118 bodies examined so far, Jerome-Forget has accepted recommendations for the abolition of 27. A final group of 18 is to be examined next year.

The Charest government is realizing that it underestimated either the need for the bodies it put on its list for examination or the political difficulty of cutting spending, especially as the next election approaches.

Some critics have second-guessed the government for not making deeper spending cuts early in its term to give the voters time to forget them and to allow the government to make good on its promise to cut taxes while still balancing the budget.

But Jerome-Forget was right to reject what she calls the "chainsaw" approach of cutting hastily and blindly. Instead, she has taken the time to identify where cuts could be made while doing as little damage as possible to public services. As it is, services have been affected by the government's freeze on over-all spending except for health and education.

The problem for the government is that there isn't enough time in a four-year term to identify where cuts can be made, then make them early enough for the voters to get over them before the next election. And the closer it gets to the election, the less likely it is to have the will to risk the ire of the voters.

With Quebec City looming as a battleground in the election due next year, it's no surprise that Jerome-Forget rejected the recommendation of this year's task force to abolish Quebec's counterpart to Ottawa's national capital commission.

And don't expect a Liberal government to abolish any of the three language bodies on the list of next year's task force. dmacpher@thegazette.canwest.com




L'approche PPP : des contextes différents

Pierre Lefebvre, Président-directeur général, Agence des partenariats public-privé du Québec.
Le Devoir mardi 16 mai 2006

De récents articles publiés dans Le Devoir se sont intéressés à la situation des partenariats public-privé dans d'autres juridictions, notamment au Royaume-Uni. Le Québec s'est d'ailleurs longuement intéressé aux expériences étrangères et continue de le faire encore aujourd'hui avec comme objectifs d'éviter les erreurs commises et de tirer profit des réussites.

À la lumière de ces textes, il m'est cependant apparu nécessaire de clarifier certains éléments et d'apporter des précisions sur les propos rapportés. Comme la tentation est souvent grande d'appliquer l'expérience étrangère ici, il faut d'abord s'assurer que le contexte soit le même. Or, la situation du système de santé britannique est fort différente de celle du Québec.

Ainsi, le système de santé britannique a vécu plusieurs phénomènes qui expliquent sa situation d'aujourd'hui :

- Un modèle de prestation des services de santé où les grands hôpitaux sont en concurrence pour les patients et où leurs revenus sont en conséquence moins prévisibles.

- La construction de nombreux hôpitaux importants au cours des dernières années, dont plus de 60 en mode PPP.

Le résultat de cette politique est que plusieurs hôpitaux, qu'ils aient été construits en PPP ou non, connaissent des difficultés financières. En effet, il y a maintenant trop de grands hôpitaux en Angleterre en proportion du nombre de patients.

En parallèle de ce constat, la philosophie de dispense des services de santé change au Royaume-Uni; les autorités privilégient maintenant les plus petits hôpitaux régionaux (cottage hospitals).

Une adaptation indispensable

On ne se surprendra donc pas que le ministère de la Santé britannique ait reconsidéré récemment tant le nombre de lits de certains grands hôpitaux projetés que le nombre même de ces hôpitaux. Puisque tous les grands hôpitaux en Angleterre étaient prévus en PPP, certains PPP ne se réaliseront pas.

En fait, il est plus exact de dire que certains hôpitaux déjà existants pourraient même fermer. On est loin d'un désaveu des PPP. Il s'agit bien plutôt d'une adaptation indispensable aux réalités issues de la politique d'immobilisations dans le domaine de la santé et de la démographie de ce pays.

Un article du 6 mai en particulier fait référence à un rapport de la firme Price Waterhouse Coopers sur l'hôpital Queen Elizabeth à Londres. Dans l'article, on mentionne que cette firme a désigné le contrat en PPP comme la cause principale des difficultés financières de cet établissement. Or, à la lecture attentive du rapport, on ne retrouve pas cette affirmation, plutôt catégorique. Ce que le rapport mentionne, par contre, c'est que l'hôpital aura de la difficulté à dégager un surplus, car il a des obligations financières fixes et qu'il est en concurrence avec d'autres hôpitaux. Dans un tel contexte, cette situation s'applique également à plusieurs hôpitaux, qu'ils soient en PPP ou non.

De nombreux autres éclaircissements quant à certains éléments soulevés dans ces articles sur les PPP mériteraient d'être fournis, mais je crois l'exemple ci-dessus suffisant pour illustrer à quel point ces dossiers complexes exigent une analyse en profondeur avant de pouvoir en tirer des constats quant à la performance des partenariats public-privé.

Au moment d'écrire ces lignes, le gouvernement du Québec est en train de réaliser de solides dossiers d'affaires pour des composantes spécifiques des projets du CHUM et du CUSM afin d'estimer sérieusement l'existence d'avantages qualitatifs et quantitatifs de procéder en PPP pour ces projets hospitaliers. En procédant avec rigueur, discipline et perspicacité, nous nous assurerons de trouver la meilleure avenue à emprunter pour la réalisation de ces projets majeurs attendus par l'ensemble des québécois.




La pérennité du système de santé: un enjeu financier

Joanne Castonguay
Groupe CIRANO, Extrait du mémoire déposé aujourd'hui devant la commission parlementaire des Affaires sociales en réaction au document Garantir l'accès: un défi d'équité, d'efficience et de qualité sur les services de santé
Claude Castonguay
Groupe CIRANO
Claude Montmarquette
Groupe CIRANO
Le Devoir mardi 16 mai 2006

La question de l'accessibilité aux services de santé est intimement liée à celle du financement de notre système public de santé. À notre avis, le défi de la santé est principalement le financement. Au lieu de mettre l'accent sur les symptômes, nous croyons qu'il faut s'attaquer à la maladie.

Dans le contexte de notre évolution économique et démographique, est-il possible de continuer à développer l'offre de services de santé tout en préservant le modèle actuel de gratuité des services pour tous dans un système public ? Une chose est certaine, c'est que nous devons faire des choix, et surtout accepter que toute solution exigera inévitablement des conciliations.

Les solutions proposées par le gouvernement dans le document Garantir l'accès vont continuer de faire pression sur l'augmentation des coûts de santé. Puisque des fonds supplémentaires devront nécessairement être injectés pour garantir l'accès aux services pour les patients affligés de certaines pathologies, les autres vont forcément souffrir d'une diminution de ressources à moins que les sources de financement n'augmentent. [...]

Nous ne pouvons y échapper, les choix qui s'offrent vont être soumis à de sérieuses contraintes. D'une part, le fardeau fiscal des Québécois est parmi les plus élevés du monde. Son accroissement n'est donc pas souhaitable. D'autre part, le fardeau fiscal des entreprises, lorsque l'on tient compte de l'ensemble des prélèvements, place le Québec dans une position nettement désavantageuse comparé aux autres provinces et aux pays de l'OCDE. Il serait contre-productif d'envisager un accroissement de leur fardeau.

Enfin, nous sommes nettement trop endettés, ce qui entraîne de nombreux problèmes, notamment le problème majeur de l'iniquité intergénérationnelle et celui de l'écart entre les services reçus et les impôts payés, compte tenu de la forte ponction qu'exerce le service de la dette.

La proposition Ménard

Nous avons recensé trois options. Le statu quo n'en est pas une, car, du point de vue des finances publiques, le système de financement actuel ne peut que contribuer à l'aggravation de la situation.

La première option, soit un régime d'assurance contre la perte d'autonomie, provient du rapport Ménard. Ce régime couvrirait un ensemble de services de base liés à la perte d'autonomie. Cette proposition, attrayante de prime abord, comporte de graves lacunes.

En premier lieu, le financement du régime par une contribution obligatoire est l'équivalent d'une nouvelle taxe et aurait comme conséquence d'alourdir le fardeau fiscal des contribuables. Deuxièmement, la couverture de soins non couverts présentement aurait pour effet d'augmenter les dépenses publiques de santé qui sont déjà trop élevées.

Troisièmement, le niveau envisagé des primes ne couvrirait qu'environ 21 % des coûts des soins à domicile d'une personne non autonome. Or, comme le régime serait établi au moment même de l'arrivée massive des naissances d'après-guerre aux âges pendant lesquels la fréquence des pertes d'autonomie augmente rapidement, le régime serait déficitaire dès son établissement.

Quatrièmement, alors que les baby-boomers laissent derrière eux une immense dette publique, qui va peser longtemps et lourdement, les générations montantes seraient appelées à assumer de surcroît la part du lion du nouveau régime d'assurance contre la perte d'autonomie. Cela, alors que nous nous dirigeons à grands pas vers un ratio de deux travailleurs pour chaque personne à la retraite.

Il ne fait aucun doute qu'un tel régime, dont l'établissement aurait pu être justifié il y a deux ou trois décennies, ne ferait qu'aggraver l'état des finances publiques et accentuer le problème de l'iniquité envers les générations montantes.

Régime mixte

Un régime mixte d'assurance des soins primaires couvrant l'ensemble des Québécois constitue la seconde option. L'établissement d'un tel régime, en apportant de nouveaux fonds de sources privées, permettrait le développement de cliniques offrant une large gamme de services ambulatoires. Par contre, la couverture d'un tel régime ne s'appliquerait pas aux soins hospitaliers compte tenu de leur coût élevé, de leur caractère imprévisible et en dehors du contrôle du patient. L'établissement d'un tel régime demanderait que les médecins puissent offrir, dans leurs cliniques, sans se désengager, en plus des soins couverts par la Régie, des soins médicaux couverts par le patient ou par son assureur.

Un régime d'assurance des soins primaires répondrait aux exigences de l'arrêt Chaoulli en levant l'interdiction de recourir à l'assurance privée pour les services de santé. C'est cet aspect qui va à l'encontre de la Charte québécoise des droits et libertés. Autre aspect fondamental, il redonnerait aux patients une réelle liberté de choix.

Malgré les avantages évidents qu'un régime mixte présente, cette option ne peut être retenue. Pour qu'un régime d'assurance des soins primaire puisse avoir une incidence significative sur les finances publiques, il faudrait qu'il soit obligatoire et couvre l'ensemble de la population. La formule du régime mixte, selon laquelle les employés seraient obligatoirement couverts par les régimes d'employeurs et les autres personnes par la composante publique du régime, est la seule plausible. Or, cette option, en apparence simple et efficace, imposerait une nouvelle charge salariale significative à tous les employeurs québécois. Comme les charges salariales sont déjà trop élevées, cette deuxième option ne peut être retenue

Ce qui laisse la voie de l'assurance facultative individuelle. Cette option, malgré ses multiples avantages, ne peut constituer une source supplémentaire significative de financement. Bien qu'il soit difficile de formuler des hypothèses quant au nombre de personnes qui adhéreraient à une telle assurance, tout permet de croire que leur nombre demeurerait limité. L'expérience des pays de l'OCDE va dans ce sens.

Contribution individuelle directe

Du point de vue de la recherche de nouvelles sources de financement, il ne reste en définitive qu'une troisième option, soit celle d'une contribution individuelle directe de la part des usagers. L'introduction de tels frais ferait participer directement l'individu au financement.

À titre d'exemple, si une contribution individuelle de 25 $ avait été exigée en 2005 pour chaque visite auprès d'un généraliste, cette source de financement aurait signifié l'équivalent d'une augmentation de 785 millions de dollars des budgets de la santé. Compte tenu du fait que notre système public de santé est sous-capitalisé en regard des autres provinces, il s'agirait là d'un apport tout à fait justifié.

Outre l'aspect financier, la responsabilisation des usagers à l'endroit de ce service essentiel constitue le principal argument en faveur d'une contribution des usagers. D'ailleurs, la littérature démontre que les frais d'utilisation réduisent la demande superflue de soins. Par contre, selon certaines études, ils auraient pour effet de réduire également la demande nécessaire.

Heureusement, suivant l'exemple des pays de l'OCDE, il serait possible d'introduire diverses modalités pour minimiser les effets potentiellement négatifs, telles une contribution maximale, une réduction ou l'élimination des contributions pour les personnes à plus faibles revenus et un crédit d'impôt. Lors de l'introduction de l'assurance médicament en 1995, certains ont affirmé que les contributions des usagers auraient un effet négatif significatif sur la consommation de médicaments. Non seulement cela ne s'est pas produit, mais les Québécois sont devenus les plus grands consommateurs de médicaments au Canada.

L'introduction d'une contribution des usagers aurait pour effet de dégager du budget de la santé des sommes qui pourraient être allouées à des fins prioritaires telles que, par exemple, les soins à domicile pour les personnes en perte d'autonomie. Elle n'aurait aucun impact négatif sur la fiscalité des particuliers et des entreprises. En obligeant les baby-boomers à contribuer au financement de leurs services de santé, elle aurait un effet positif sur l'iniquité intergénérationnelle résultant de la dette publique.

L'introduction de frais modérateurs ne serait pas une première sous le ciel québécois. En effet, nous payons déjà de nombreux services diagnostiques et autres soins non couverts par l'assurance maladie et nous assumons une coassurance sous l'assurance médicament. De plus, les résultats d'un récent sondage indiquent que plus de 60 % des Québécois accepteraient de payer pour un problème qui les préoccupe afin d'obtenir un rendez-vous dans une clinique privée.

Si la somme des avantages et des désavantages des frais modérateurs était négative, ils auraient depuis longtemps été éliminés des régimes publics des pays de l'OCDE où ils sont la norme. En somme, compte tenu qu'il n'existe pas de solution parfaite, les frais modérateurs constituent un moyen de contribuer de façon durable au problème de l'écart croissant entre les coûts du système de santé et la capacité du gouvernement de les assumer.




Le test Kyoto

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mardi 16 mai 2006

En se rendant à Bonn pour présider la rencontre des signataires du protocole de Kyoto, la ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, a provoqué l'ire des environnementalistes qui reprochent au gouvernement Harper de renier la signature du Canada. En affirmant que le Canada sera incapable d'atteindre la cible fixée par l'entente, le gouvernement Harper fait le pari, risqué, qu'une majorité de Canadiens lui pardonnera lors des prochaines élections.

Chaque fois qu'on leur pose la question, les Canadiens se disent d'accord avec l'engagement de leur gouvernement dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Pourtant, dans les faits, bien malin qui peut percevoir quelque signe concret de leur adhésion personnelle ou collective aux mesures indispensables à la réduction des gaz à effet de serre (GES). À la fois grands producteurs et grands consommateurs d'énergie, les citoyens de ce pays se distinguent peu de leurs voisins américains. D'ailleurs, notre bilan le montre bien : au lieu de diminuer, nos émissions de GES ont augmenté de 27 % depuis 1990, et cette contre-performance se poursuit.

Le précédent gouvernement libéral avait présenté un plan de plusieurs milliards destiné à corriger la situation d'ici à 2012. Un plan fort critiqué, très coûteux et dont l'essentiel des efforts devait être assumé par les contribuables eux-mêmes, par leurs impôts.

En prenant le pouvoir, les conservateurs ont mis de côté la plupart des mesures proposées par les libéraux, notamment le volet le plus populaire, celui de l'isolation des maisons. Ils promettent maintenant un nouveau programme pour l'automne, non coercitif, il va de soi, et conçu pour ne déplaire à aucune industrie, surtout pas l'industrie pétrolière de l'Ouest. Tout au plus contiendra-t-il quelques mesures budgétaires d'aide aux entreprises qui recourront à des technologies moins polluantes. Dans les faits, ce gouvernement a donc d'ores et déjà rejeté Kyoto même s'il refuse de l'admettre avec franchise.

Hier, à Bonn, la ministre canadienne, Rona Ambrose, a présidé la rencontre des signataires du protocole, mais c'est aux côtés des pays qui refusent de s'engager, dont les États-Unis, qu'elle aurait dû siéger. Le gouvernement Harper ne peut pas jouer ainsi sur les deux tableaux sans mettre en cause la crédibilité du Canada. Il lui faut se brancher : ou il respecte la signature canadienne au bas du protocole, ou il se retire de la table des signataires pour faire front commun avec le président Bush. Mais, alors, il devra défendre sa position devant l'ensemble des Canadiens et devant la Chambre des communes, même si rien ne l'y oblige, comme l'ont fait les libéraux, en décembre 2002.

Les conservateurs savent qu'une majorité de Canadiens appuient Kyoto, en principe du moins. Pour le moment, l'équipe Harper tente de gagner du temps... mais, pendant ce temps, le Canada prend toujours plus de retard.

Au cours des prochains mois, les environnementalistes, les partis d'opposition et les pays qui ont ratifié le protocole tenteront de forcer la main du gouvernement en s'appuyant sur les sondages favorables au respect de la signature canadienne.

De leur côté, l'industrie, l'Alberta et le gouvernement conservateur lui-même tenteront de convaincre les électeurs qu'il ne sert à rien de dépenser des milliards de fonds publics pour poursuivre des objectifs inaccessibles. Bien malin qui peut prévoir de quelle côté penchera la balance de l'opinion publique, mais ce qui est probable, c'est que l'adhésion du Canada au protocole de Kyoto, comme la présence des militaires canadiens en Afghanistan, sera toujours un thème chaud lors de la prochaine campagne électorale fédérale.

j-rsansfacon@ledevoir.com




Ni l'un ni l'autre

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE mardi 16 mai 2006

Pas de retour en politique pour Lucien Bouchard.
Bonne nouvelle.
Mais le malaise demeure
car somme toute
comment le duo virtuel Dumont-Bouchard
a-t-il pu susciter un tel engouement ?
De toute évidence,
Boisclair ne fait pas l’affaire.

Un soldat sans armée peut-il remporter la guerre ?

Qui financera la triste parade ?

Les Québécois écoutent Boisclair
et entendent Boisclair.

Le Québec possède sa propre voix
qui n’est pas celle des moulins à paroles creuses.

Le peuple suivra celui qui
saura dire que
si les arbres tiennent debout
c’est qu’ils ont des racines
qu’ils nous incombent
de cultiver là où nos ancêtres ont défriché
de parler, de chanter, d’écrire notre langue.
Le peuple suivra celui qui
trouvera les mots du cœur
pour le toucher.

Celui-ci n’est pas celui-là.




Le gouvernement Harper doit être renversé

Éric Tremblay, Avocat et fervent indépendantiste
TRIBUNE LIBRE mardi 16 mai 2006

Le temps de la couardise et des calculs politiques est terminé. Le Bloc québécois doit s’assumer et voter contre le prolongement de la mission de l’armée canadienne en Afghanistan. Les libéraux et néo-démocrates devront suivre.

Si le Bloc défend vraiment les intérêts des Québécois à Ottawa, alors qu’il le démontre clairement en défaisant le gouvernement du sous-fifre de Bush. Les Québécois n’appuient pas cette guerre impériale en Afghanistan. Harper se fout éperdument de la position de notre nation. Nous ne sommes pas un peuple de guerriers à la solde du gouvernement états-unien. Pourquoi des soldats québécois continueraient la sale besogne du criminel de guerre Bush? Pourquoi devrions-nous accepter la mort de nos concitoyens soldats de sa Majestée afin de satisfaire l’obsession sécuritaire schizophrénique d’un président cow-boy? Le Québec ferait-il partie du 51e État des États-Unis?

La volonté de Harper de prolonger de deux ans l’effort de guerre canadien en Afghanistan s’ajoute à longue liste de raisons justifiant le renversement du gouvernement conservateur. Depuis son élection, Harper ne cesse d’adopter des politiques qui bafouent les valeurs profondes des Québécois.

En voici un sommaire:

1) Le gouvernement Harper se désengage de Kyoto afin de favoriser le lobby pétrolier. Rona Ambrose, ministre de l’Environnement issue de l’Alberta, mine la crédibilité du Canada sur la scène internationale en présidant la conférence de Bonn où elle affirme que la vaste majorité des gouvernements de la planète ont perdu leur temps depuis 15 ans. Le Canada ne pourra pas rencontrer les objectifs de Kyoto. Ambrose s’en fout. Les intérêts des pétrolières priment sur la qualité de l’environnement. Depuis sa prise du pouvoir le gouvernement Harper a éliminé une douzaine de programmes environnementaux. Les efforts du Québec ne sont pas reconnus et son gouvernement perd de l’argent.

2) À la suite de l’élection du Hamas en Palestine, le gouvernement Harper fut le premier gouvernement occidental à couper son aide financière à l’Autorité palestinienne. Résultat : les conditions de vie des Palestiniens se sont rapidement dégradées alimentant ainsi l’instabilité de la région et la sécurité des populations locales.

3) Le gouvernement Harper veut abolir le Registre des armes à feu afin de satisfaire l’ouest canadien. Bien qu’ayant coûté cher, ce programme répond aux exigences des autorités policières et des différents spécialistes étudiant la criminalité.

4) Le gouvernement Harper veut réformer le Code criminel afin d’alourdir les peines et éliminer la possibilité pour un juge d’imposer une peine à purger dans la communauté. Résultat : la population carcérale va augmenter considérablement et les efforts de réhabilitation seront minés. Pourtant tous les criminologues s’entendent pour affirmer que la criminalité diminue constamment depuis une vingtaine d’années. Au Québec, la société privilégie les efforts de réhabilitation contrairement à l’aspect strictement punitif. L’incarcération doit demeurer l’exception. Les statistiques des vingt dernières années donnent raison au Québec où le taux de récidives est le plus bas en Amérique.

5) Le gouvernement Harper augmente substantiellement le budget de la Défense afin de recruter des milliers de soldats supplémentaires. Nul ne peut douter que ces nouveaux soldats iront participer à l’effort de guerre de nos voisins du sud. Plus de Québécois serviront de chair à canon. Conformément à cette obsession sécuritaire, Harper veut augmenter les effectifs des différents corps policiers. Pourtant la criminalité est en baisse. Cette volonté ne peut que conduire à plus de répression.

6) Le gouvernement Harper a signé une entente sur le bois d’œuvre avec l’administration Bush qui entérine explicitement le vol de plus de 1 milliard de dollars subit par notre industrie forestière. Harper nous a démontré éloquemment sa soumission à l’Empereur Bush. Même attitude concernant le passeport obligatoire pour traverser la frontière états-unienne.

7) Le gouvernement Harper met fin au programme canadien des garderies. Le Québec recevra moins d’argent que promis par le gouvernement précédent afin de financer son système de CPE.

8) Harper se félicite d’avoir conclu une entente avec son ami Charest sur la place du Québec à l’UNESCO. Cet accord infantilise le Québec. Le peuple québécois ne peut parler en son propre nom sur la scène internationale. Harper officialise notre subordination et notre sujétion. Vive le fédéralisme d’ouverture!

Comme nous pouvons le constater, les raisons de renverser le gouvernement Harper sont nombreuses. Le Bloc doit prendre ses responsabilités et agir conformément aux intérêts et valeurs des Québécois. S’il refuse de faire tomber le gouvernement conservateur minoritaire, Duceppe fera la preuve de l’inutilité de la présence de sa formation politique à Ottawa.




LA VEILLÉE DES PATRIOTES:
HOMMAGE À RAYMOND LÉVESQUE

Les Artistes pour l'Indépendance
TRIBUNE LIBRE mardi 16 mai 2006

L'organisme appelée API, les Artistes Pour l'Indépendance, présidé par le comédien Denis Trudel, annonce qu'il participera à sa façon aux commémoration de la Fête des Patriotes de 1837-38, lundi le 22 mai 2006. Par ce geste, les Artistes Pour l'Indépendance entendent rendre hommage à ceux qui se sont battus pour la liberté et la démocratie en terre de Québec afin de rappeler que leur combat est encore mené partout à travers le monde et qu'il correspond à ce qu'il y a de plus légitime et d'universel dans le désir des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Les participants seront donc convié la veille de ce congé férié soit Dimanche le 21 mai à 19h au bar LA PLACE À COTÉ, 4571, rue Papineau, Montréal. Le spectacle portera pour thème LA VEILLÉE DES PATRIOTES: HOMMAGE À RAYMOND LÉVESQUE. Il s'agit d'un évenement festif intergénérationnelle qui sera teinté de l'esprit de ce pionnier de la chanson engagée. Raymond Lévesque qui sera présent recevra le prix Hector-Édouard Fabre, par l'Association des Descendants des Patriotes.

Les invités qui participeront au spectacle sont Marie-Marine Lévesque (fille de Raymond Lévesque) Mathieu Mathieu (finaliste aux Francouvertes 2006), Anne-Marie Gélinas (fille de l'auteur-compositeur-interprête Marc Gélinas), Éric Landry (ex Maelstrom,) Pierrick Jasmin (gagnant de CEGEP en spectacle 2000), la formation Trad Exx-Traddition entrecoupés d'orateurs tels que: le cinéaste Pierre Falardeau, le conseiller municipal de Delorimier et chef de Projet Montréal Richard Bergeron, l'ex-président de la SSJB-M, Gilles Rhéaume, le président du RPS, Benoît Roy, Le conseiller général François St-Louis, ainsi que plusieurs autres invités surprises!

De plus le spectacle sera animé exceptionnellement par le journaliste Patriote et fondateur de la Société Saint-Jean Baptiste, Monsieur Ludger Duvernay !

Les billets du spectacle sont en vente au coût de 15$. On peut se les procurer aux endroits suivants:

La Place à Coté 4571, rue Papineau, Montréal,
Le 6305 rue St-Denis, Montréal,
le 82 Sherbrooke Ouest, Montréal.
Information : Martin Lamontagne 514-652-9280

Historique du collectif des Artistes Pour l'Indépendance

Le collectif API est né en l'an 2001 de l'initiative du président actuel, le comédien Denis Trudel. Leur première activité fut le mois des indépendances qui s'est tenue au café-théâtre l'Apparté, rue Saint-Denis.

La journée du 15 février dernier s'était d'ailleurs terminée par un spectacle organisé par l'API, au cours duquel étaient intervenus les groupes La vesse du loup, Loco Locass, La résistance, les Zapartistes ainsi que Pierre Falardeau et Luc Picard.

Avec l'aide de Martin Lamontagne, un militant indépendantiste féru de culture engagée et instigateur des Compilations musicale Québec Libre 1 et 2, le collectif entend recruter ses membres dans le circuit professionnel et faire une grande place à la relève.

Martin Lamontagne est également secrétaire à la Section René-Lévesque de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. L'API entend également faire mentir tous ceux et celles qui tentent de faire croire au peuple Québécois qu'il ne veut pas entendre parler de souveraineté!

Il tient à rappeler que les artistes représentent bien le peuple qui les soutient, et que leurs voix sont historiquement porteuses de changement dans la société québécoise. Estimant qu'il n'est pas de la seule responsabilité des partis politiques de débattre de la question constitutionnelle, l'API tient à prendre une part active dans ce débat pour remettre la question à l'ordre du jour.

La liberté n'est pas une fleur qui se quémande, c'est une fleur qui se prend!

Renseignements historiques sur la rébellion de 1837-38

www.Vigile.net Portail souverainiste

www.mndp.qc.ca Maison nationale des patriotes

http://cgi.cvm.qc.ca/glaporte/ Site dédié au patriote : vous y trouverez tous les textes, discours, proclamations royales et récits des événements nécessaires à la compréhension de la rébellion de 1837-38.