D'abord s'extraire du Canada

Claude Bariteau, Anthropologue à l'Université Laval et auteur de l'ouvrage Pour sortir de l'impasse référendaire (Éditions des Intouchables, 2005)
Le Devoir mercredi 17 mai 2006

Libre-Opinion: L'avenir de la nation politique québécoise passe par le politique. Gilles Duceppe a raison, comme Gaston Miron qu'il cite, de dire que son choix est d'«être ou ne pas être». Simple province du Canada, le Québec, comme l'a rappelé l'ex-délégué général du Québec à Londres, Daniel Audet, n'existe pas sur la scène internationale. Voilà deux auteurs qui disent clairement les choses.

Pour eux, dans le Canada, l'avenir de cette nation consistera à ne pas être. Dans ce pays, elle n'aura d'espace de manoeuvre que celui qui lui est toléré : seules des formes d'autonomie pourront s'exprimer. Rien de plus. Hors du Canada, cet espace se transforme. Il s'agrandit. La nation québécoise aura alors l'univers de référence que sont les véritables pays et pourra y faire valoir ses valeurs sans les bornes canadiennes. C'est énorme comme différence.

Actuellement, cette nation n'existe pas dans cet univers. En faire le constat ou y aspirer ne change guère les choses. Il faut plus. Pour être dans cet univers et s'y activer, il faut d'abord le penser dans sa logique propre et, surtout, agir en conséquence.

Nous ronronnons

Hélas, au Québec, cette pensée et cet agir ne s'incarnent pas politiquement. Cela provient du fait que la réflexion sur la souveraineté s'est embourbée dans la logique de l'autonomie des nations minorisées plutôt que de s'inspirer de celle des pays devenus indépendants, comme l'y invitait le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). De fait, jusqu'à l'entrée du Bloc québécois (BQ) sur la scène fédérale, la logique de l'autonomie fut dominante peu après la création du Parti québécois (PQ).

Depuis, le BQ, actif au sein d'un État souverain, le Canada, a précisé ce qu'est un pays. Son travail a incité le PQ à revoir son programme sous cet angle. Or le PQ ambitionne toujours de s'activer dans la coquille politique qu'est la province de Québec alors que le BQ, opérant en territoire canadien, ne peut être qu'un simple défenseur des intérêts du Québec.

Il y a là un problème. Avec ces partis, qui se disent pourtant indépendantistes, la conception de l'avenir du peuple québécois ne s'affirme pas dans l'agir politique. De fait, seuls les champs du discours et de l'imaginaire sont investis. L'agir, qui est ce qui compte en cette matière, est neutralisé.

Il en découle que ces deux partis travaillent plus, sans le vouloir, à assurer la survie de la nation politique québécoise, ce qui est le lot des leaders des nations minorisées. Avec le temps, ces partis sont devenus objectivement des soutiens au Canada, ce que Stephen Harper a compris. Il sait qu'il n'a qu'à offrir des pans d'autonomie et une poignée de dollars pour les neutraliser car le pays, qui est leur rêve partagé, n'est qu'un horizon hors de l'agir politique, exception faite le temps d'un référendum aux 15 ans.

Cet état de fait nourrit nos façons de faire dans nombre de dossiers et empêche de nous mobiliser sur l'essentiel. Plutôt que de nous construire en relation avec les autres nations politiques, nous ronronnons d'année en année. Pourtant, nous avons de grands atouts pour nous inscrire dans le monde. Ces dernières années, nous avons mis au point une conception politique de la nation, élaboré une culture institutionnelle qui définit les contours sociaux de notre «vivre ensemble» et entrepris de développer notre économie pour assurer son essor, créer de la richesse et lutter contre les inégalités de toutes sortes.

Or, même si nous sommes si bien préparés, nous demeurons politiquement menottés. C'est d'ailleurs pour cette raison que le chant des sirènes se fait actuellement entendre avec, pour objectif, celui de nous enfermer dans la logique de l'autonomie. Devant cette charge, il faut déployer la logique des pays devenus indépendants. Il nous revient de le faire, sinon le Canada et sa Cour suprême continueront d'éradiquer ce que nous avons préparé.

La voie électorale

Il y a deux façons de procéder. L'une est militaire; l'autre, celle que nous avons choisie, est politique. Ses tenants et aboutissants sont connus. Ils comportent l'affirmation de notre autorité sur le territoire du Québec à la suite d'une décision en ce sens du peuple québécois, des démarches pour sa reconnaissance et le respect, dans l'exercice de notre autorité, des règles reconnues par les États souverains. Dit autrement, cela consiste à nous extraire, comme nation politique, du rapport d'autorité qui nous enferme dans la logique de l'autonomie.

Cette extraction peut se faire politiquement par référendum ou par élection. En 1973, l'élection prévalait; par la suite, ce fut le référendum. Depuis, la tenue d'un référendum étant balisée par une loi canadienne, y recourir, c'est nous soumettre au rapport d'autorité dont nous voulons nous extraire. Ce serait une grave erreur. La voie électorale s'impose donc de nouveau. Elle exige avant tout la transparence du mandat recherché et le soutien majoritaire des électeurs. Dans un contexte où s'affichent plusieurs promoteurs du pays, elle oblige toutefois à des ajustements pour qu'ils se lient de façon originale sur l'essentiel. Ce n'est pas très compliqué si la volonté est là.

Nous en sommes là. Après un long détour dans les méandres du pouvoir provincial et des années d'observation attentive de vrais pays, notamment le Canada, le temps est venu d'investir nos énergies dans l'essentiel. Il nous revient d'arrêter de nous étourdir en tournant encore et encore autour du pot avec, en tête, des rêves de projets de société.

Si nous refusons de mettre le cap sur l'essentiel, personne ne le fera pour nous. Il n'y a pas de destinée qui soit destinée. Il n'y a de destinées que celles que construisent des nations politiques. Si nous ne construisons pas la nôtre, elle sera ce que le Canada, après l'Angleterre, construit depuis des siècles pour la population du Québec : un «non-être».

Avoir un pacte

Construire notre destinée commande de nous affranchir du rapport politique qui mine notre cheminement. En cela, l'important sera toujours la volonté de procéder qu'ont les personnes qui veulent fonder l'État souverain et indépendant du Québec. Un pacte entre des partis et des groupes politiques l'engagerait. Il peut se réaliser à brève échéance si ces partis et ces groupes sont d'abord animés à procéder au nom de la nation politique québécoise. Si ce n'est pas le cas, ils contribueront à brider encore et encore le peuple québécois dans la logique de l'autonomie en alimentant le rêve du pays plutôt que l'agir politique pour le fonder.

Un tel pacte aurait un effet mobilisateur déterminant car, enfin, l'essentiel sera au menu dans la logique des peuples qui se sont dotés d'un État indépendant. Avec ce pacte, un soutien à plus de 50 % des voix exprimées en faveur de candidats ayant comme plate-forme commune et prioritaire celle de fonder le pays du Québec mandaterait les parlementaires élus à procéder selon les règles reconnues en la matière : confirmation de la décision du peuple, négociation de la succession des pouvoirs avec le Canada, proclamation de l'indépendance du Québec.

Bien sûr, cela requiert la reconnaissance de l'État indépendant du Québec par le Canada et, ultérieurement, par les autres pays. Les négociations sur la succession se feront dans cette perspective, à défaut desquelles le Québec, comme l'a reconnu la Cour suprême dans son avis sur la sécession du Québec, pourra faire valoir son droit à l'autodétermination externe.




L'histoire sans béquille

Antonin Dupont - Ancien conseiller pédagogique en enseignement de l'histoire au Bureau du perfectionnement de la Commission des écoles catholiques de Montréal (aujourd'hui la CSDM)
Le Devoir mercredi 17 mai 2006

L'enseignement de l'histoire au secondaire n'a pas attendu l'année 2006 pour devenir inclusif et pluriel. Dès 1967, après avoir mis au rancart les ouvrages qui avaient jusque-là servi de véhicules aux connaissances historiques, un nouveau programme a été préparé pour les élèves de l'enseignement secondaire.

On a longtemps reproché aux anciens manuels et programmes de présenter les connaissances historiques sous un angle exclusivement religieux. Il ne faudrait pas qu'aujourd'hui (Dieu nous en préserve !) l'on veuille présenter l'histoire sous un angle civique. L'histoire n'a pas besoin de béquille; elle est capable de marcher seule.

L'histoire non obligatoire !

Vers la fin de la décennie 1960-70, les enseignants avaient en main un programme renouvelé qui faisait une large place à la présence autochtone en Amérique sans négliger pour autant le développement du territoire. À partir d'un survol géographique et un rappel des grandes découvertes, on y retraçait les principales étapes de l'établissement d'une nation jusqu'à son évolution la plus récente, c'est-à-dire presque à la fin du XXe siècle.

On y faisait mention des événements les plus significatifs et on y retrouvait les personnages les plus marquants, de quelque obédience qu'ils aient été. Et, peu importe la période, on y abordait de nombreux aspects culturels. Aucune question n'avait été délibérément occultée et tous les grands moments vécus en Nouvelle-France, dans les deux Canadas et, finalement, sous le régime fédératif y étaient scrupuleusement signalés.

Le hic cependant, c'est qu'on ne faisait aucune obligation d'inscrire l'étude de l'histoire nationale à la grille horaire de l'enseignement secondaire. Ce n'est qu'en 1974, à la suite d'une lutte acharnée de certains responsables de cet enseignement, dont moi-même, et après l'intervention flamboyante de Claude Charron à l'Assemblée nationale du Québec, que la réussite de l'examen d'histoire est devenue une condition sine qua non à l'obtention du diplôme de fin d'études secondaires.

L'histoire dans l'enseignement

Qu'en est-il de la finalité de l'histoire dans l'enseignement secondaire ? Comme toutes les disciplines qu'on y enseigne, l'histoire permet de développer chez l'élève des habiletés intellectuelles. (Doit-on parler de compétences transversales ?) Elle permet d'acquérir une méthode de travail et de favoriser l'organisation de la pensée. À partir de sources, l'élève est amené à vérifier, à critiquer (au sens obvie du terme), à évaluer et à juger.

L'histoire fait appel aux manuscrits, aux imprimés, aux documents visuels et sonores, aux témoignages, et, aujourd'hui, Internet peut être mis à profit comme outil pour les chercheurs. L'enseignant bien avisé a souvent recours à ces appuis et sait exploiter d'autres ressources comme la chronologie, la généalogie, la paléographie et l'archéologie, selon la capacité de ses élèves.

Pourquoi demander à l'histoire de faire de l'éducation civique ? On ne le demande pas aux autres sciences ! La biologie, sous un angle différent, s'intéresse à l'homme «qui est» alors que l'histoire s'intéresse à l'homme «qui a été». On n'a jamais demandé aux enseignants en biologie de parler de citoyenneté.

Il pourrait y avoir des cours spécialement conçus pour l'enseignement du civisme. On a longtemps reproché à l'Église catholique d'essayer d'inféoder les autres disciplines. Il ne faudrait pas tomber dans le même travers !

L'histoire, ses dates, ses héros

Au secondaire, comme à d'autres niveaux, les sciences font appel à la mémoire. La biologie a son lexique, la chimie a ses symboles, la physique et les mathématiques ont leurs formules et l'histoire a ses dates et ses héros, grands ou petits ! Il faut des repères pour se situer, en histoire comme dans la vie. Il est bien évident que l'étude du passé ne comprend pas seulement des millésimes. Mais on ne peut les écarter du cours d'histoire sous prétexte de rendre la tâche plus facile à l'élève.

L'histoire ne doit être au service d'aucune idéologie. Mais si vous vivez dans un espace nordique, vous serez obligé de vous adapter au climat. Ce n'est pas en vous mettant la tête dans la neige que vous réchaufferez le reste du corps.

D'abord colonie française, puis colonie britannique, le Canada a obtenu officiellement son «autonomie» en 1931. Il a donc connu la sujétion et la minorisation et, même aujourd'hui, il vit encore sous les symboles de la Couronne britannique : gouverneur général et lieutenant-gouverneur. En retraçant le passé qu'ont vécu nos ancêtres, ce serait leur faire injure que de ne pas rappeler les luttes qu'ils ont menées pour que nous soyons encore un îlot francophone dans ce territoire immense qu'est l'Amérique du Nord, surtout quand on sait qu'une bonne partie de cet espace a été parcouru par des explorateurs français.

Les élèves ont le droit de connaître tous les faits historiques, et bien mal avisé celui qui voudrait leur présenter une histoire aseptisée.




Chambre à part

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE mercredi 17 mai 2006

Depuis les feux du 11 septembre
les États-Unis
n’ont pour toute politique que celle
de la peur.
Les terroristes sont partout.
Exigeons le passeport, construisons des murs,
traquons l’ennemi en Irak, en Afghanistan
dans le métro, les boîtes à lettres, les aéroports,
aux frontières.

Bush vous protège.

La feuille d’érable étire ses pointes en étoile
pour se coudre à son nouveau drapeau.
Le Canada state vient de voir le jour.

La guerre coûte cher
au-delà de 1000 milliards de dollars, évalue-t-on,
pour l’Irak
Il faut pouvoir assurer la sécurité des citoyens
des pays qui y prennent part.
Cela entraîne des dépenses.
Impossible donc de mettre en application
le protocole de Kyoto lequel, de toute manière,
ne vaut pas un clou.
On ne va pas non plus se perdre
en excuses auprès d’un diplomate sénégalais,
en négociations sur le bois d’œuvre,
en points de presse pour les journalistes,
alors que Ben Laden court toujours.

La guerre et la sécurité
voilà les grands enjeux de ce siècle.

Mais les Québécois qui ont clairement exprimé leur opposition
à l’invasion de l’Irak, à la vente du mont Orford,
au projet de centrale thermique du Suroît
comment pourraient-ils ne pas se dissocier de la politique
états-unienne du Canada state ?

Notre argent servira-t-il à financer
les commandites libérales et
les missions de guerre conservatrices
éternellement ?

Allons-nous laisser notre système de santé,
d’éducation, nos programmes sociaux,
environnementaux, culturels
partir en fumée ?

Une loi sur la responsabilité
ne rend pas un politicien pour autant responsable.
Prenons en mains nos affaires.

Le Québec n’a nul besoin du
Canada state of America.
pour se gouverner.




Lettre ouverte à Gilles Duceppe

Robin Philpot
TRIBUNE LIBRE mercredi 17 mai 2006

Voici une lettre envoyée à plusieurs députés du Bloc Québécois.

Je vous écris pour demander au Bloc Québécois de s'opposer à la motion pour donner carte blanche au Gouvernement Haper en prolongeant la mission canadienne en Afghanistan jusqu'en 2009. La moindre lecture de l'histoire de l'Afghanistan, que ce soit au 19e contre les Britanniques ou au 20e siècle notamment contre l'URSS, démontre qu'il s'agit d'un bourbier dans lequel ni le Canada ni le Québec n'a d'intérêt à s'enfoncer. Les Afghans ont le sens du temps, et ils ont tout le temps du monde. (Une anecdote éclairante: Les soldats canadiens ont confisqué une carabine des rebelles afghans que ceux-ci avaient confisquée des Britanniques quand ils se battaient pour leur libération à la fin du .... 19e siècle.)

La rébellion va aller en s'agrandissant. D'un petit groupe de Talibans, la rébellion va recruter de plus en plus d'Afghans avec le temps. Et la rébellion changera de nature. La population afghane n'aura d'autre choix que de se solidariser avec la rébellion et contre les États-Unis et le Canada. De plus, le Canada n'a aucun pouvoir dans la mission dans le Sud de l'Afghanistan, le Québec encore moins! Nous deviendrons, si ce n'est déjà fait, des porteurs d'eau de l'Administration Bush.

Par ailleurs, le Bloc Québécois ne doit pas se couper de la population québécoise dont l'opposition à l'engagement dans les guerres impériales et lointaines est historique et, à mon sens, très saine. Cette opposition va inéluctablement prendre de l'ampleur. Rappelons aussi que c'est en temps de guerre que le Québec pourra démontrer au monde entier qu'il est "différent" du Canada et qu'il entend exprimer cette différence également en politique étrangère. C'est en temps de guerre impériale d'ailleurs que l'Irlande a réussi à ouvrir la porte à l'indépendance de l'Irlande en 1916. C'était risqué pour les Irlandais, mais l'histoire démontre qu'il valait la peine de prendre ce risque.

Il y a sûrement des risques à voter contre le Gouvernement. Mais, le Bloc Québécois gagnera à prendre des risques.




Fausse route en Afghanistan


Le Droit mercredi, 17 mai 2006

À vous la parole - Alors que les Canadiens continuent de se battre et de mourir en Afghanistan, le premier ministre Stephen Harper déclare que le Canada "ne se défilera pas", malgré le nombre croissant de victimes. Le chef d'état major de la défense, Rick Hellier, affirme de son côté que "le Canada est en Afghanistan pour longtemps... au moins pour dix ans, et sans doute plus." Le ministre canadien des Affaires étrangères, quant à lui, est catégorique : "le Canada ira jusqu'au bout".

Mais pourquoi le Canada est-il en Afghanistan ?

On nous dit que l'Afghanistan était un repaire de terroristes et que, par conséquent, pour protéger le reste du monde, il fallait renverser son gouvernement.

En droit international, cependant, il ne suffit pas d'affirmer qu'un pays est un repaire de terroristes pour justifier son occupation. On pourrait d'ailleurs dresser une longue liste des pays qui ont abrité, bon gré mal gré, des gens qu'on pourrait qualifier de terroristes. Le droit international n'autorise le recours à la force militaire que dans le cas où un pays fait l'objet d'une attaque directe et persistante ou à condition que ce recours soit autorisé par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Or, le Canada n'a jamais été attaqué par l'Afghanistan.

Quant au Conseil de sécurité, les résolutions adoptées à l'ONU au sujet de l'Afghanistan avant l'invasion américaine d'octobre 2001 ne prévoyaient aucunement le recours à la force militaire. Aujourd'hui, les soldats canadiens ne sont pas sous le contrôle de l'ONU, ils ne portent pas un casque bleu, et ils sont placés sous le commandement américain, dans le cadre de l'opération "Enduring Freedom".

Mais nous y sommes pour la bonne cause, nous dit notre gouvernement : pour aider un pays déchiré par la guerre à retrouver la stabilité ; pour apporter la démocratie à un pays qui en a grandement besoin ; et pour favoriser l'émancipation des femmes et des jeunes filles qui ont cruellement souffert sous les Talibans [...]

Si le Canada veut vraiment y jouer un rôle de maintien de la paix, il faut alors que les États-Unis commencent par s'en retirer. Ce n'est qu'à cette condition que le Canada peut envisager, s'il y est invité par les Nations unies, de contribuer à stabiliser ce pays. Participer à une opération militaire conduite par les Américains dans le but de contrôler le pays ne revient pas à maintenir la paix, bien au contraire.

Les menaces proférées par les États-Unis envers l'Iran sont les signes annonciateurs d'une escalade d'événements qui ne peuvent être justifiés sur les plans juridique, moral ou pratique mais dans lesquels le Canada risque de se retrouver irrémédiablement entraîné.




Government faces allegations of racism in search of diplomat


The Montréal Gazette May 17, 2006

OTTAWA - New allegations of racial profiling and international headlines about the body search of a senior diplomat who arrived last week in Canada kept the Conservative government under fire Tuesday, as opposition parties continued to demand a public apology.

A major African human rights group also accused Canadian officials of racially profiling Diouf, who carries a diplomatic passport, the Montreal newspaper la Presse reported.

No cabinet minister was on hand to greet Abdou Diouf, the secretary general of la Francophonie and former Senegal president, when he arrived at the airport in Toronto and was forced to submit to the search. International Co-operation Minister Josee Verner greeted him later with a phone call, waiting several days before meeting him in person at a weekend Francophonie conference in Winnipeg.

''The government is making headlines everywhere in the francophone world for its unacceptable behaviour towards the secretary general of la Francophonie,'' said Bloc Quebecois MP Vivian Barbot, noting that the news has made its way into the pages of major French publications such as le Figaro and le Monde.

In the Commons, Verner would only say that Diouf was satisfied with his welcome from federal and provincial officials in Manitoba for the conference on conflict prevention and human security.

''The minister tells us he was well received in Manitoba, but this incident happened in Toronto,'' said Liberal MP Bernard Patry. ''So for us she must apologize. It's as simple as that.''

Patry added that he didn't consider it to be a case of racial profiling.

''I think it's much more a question of incompetence,'' he said, noting that Diouf had the highest level of security clearance. ''There was incompetence at the Toronto airport, (and) incompetence on the part of the minister who should have been present there.''

Senegal's foreign affairs minister has also asked the Canadian prime minister to issue a formal apology to Diouf. Stephen Harper has ordered a review of the incident to ensure it doesn't happen again, but he and other members of the government have refused to apologize.

Canada is one of the 53 member governments in la Francophonie, an organization of French-speaking nations.




Éloge de la franchise

Dubuc, Alain
La Presse mercredi, 17 mai 2006

La semaine dernière a été difficile, dit- on, pour le chef péquiste André Boisclair, vilipendé par le lobby gai pour son manque de militantisme, confronté par des militants souverainistes de la première heure qui, au nom du réalisme, dénoncent des aspects suicidaires du programme péquiste.

Mais à bien y regarder, ce n'est pas la semaine qui a été éprouvante pour André Boisclair, mais bien les six mois qu'il a passés à la tête du Parti québécois. Le jeune politicien, terriblement populaire au moment de sa victoire, ne fait que s'enfoncer depuis. Selon un récent sondage Léger Marketing, à peine 16 % des Québécois estiment qu'il ferait le meilleur premier ministre, loin derrière Lucien Bouchard, derrière Philippe Couillard, et pas très loin devant Jean Charest avec ses 10 %. Son parti, qui recueillait 50 % des intentions de vote il y a six mois, selon CROP, n'en obtient plus que 36 %.

Cette dégringolade tient à des facteurs conjoncturels sur lesquels M. Boisclair n'a aucun contrôle. La popularité de l'option souverainiste et des partis qui la défendent était une bulle, gonflée par le scandale des commandites. La défaite des libéraux a fait disparaître cet enjeu et la victoire des conservateurs ravive le rêve du beau risque.

Mais les difficultés du PQ tiennent aussi au style de son chef. Ce qui fait du tort à André Boisclair, bien plus que son orientation sexuelle ou que son absence de l'Assemblée nationale, c'est sa stratégie qui va à l'encontre des tendances lourdes du monde politique contemporain.

Nous traversons une période marquée par une crise de confiance des citoyens envers les politiciens, qui s'exprime aussi par une soif de franchise, de clarté et de limpidité. Ce sont ces qualités qui expliquent la victoire électorale de Stephen Harper et, surtout, sa popularité croissance auprès d'électeurs séduits par le " what you see is what you get ".

André Boisclair va très exactement dans le sens contraire. On lui reproche sa langue de bois, ses formules creuses et ses réponses mécaniques. Ça, c'est la forme. Mais M. Boisclair a surtout un problème de fond. Si son message ne passe pas, si le contact est difficile, c'est bien davantage parce qu'un grand nombre de citoyens ne croient pas un mot de ce qu'il dit.

Depuis sa victoire, le chef péquiste affirme et réaffirme son adhésion entière au nouveau programme du PQ et a répété que c'est là le seul manifeste qu'il signerait. Il endosse de façon explicite ses éléments les plus radicaux, l'engagement de tenir un référendum sur la souveraineté très tôt dans un mandat, l'abandon comme priorité du partenariat avec le reste du Canada, l'adoption par l'Assemblée nationale d'une résolution unilatérale au lendemain d'une victoire du OUI. Encore ce week-end, interrogé sur son intention de déclencher rapidement un référendum après une victoire électorale, il répondait: " Bien oui, c'est clair dans mon esprit ".

Il est théoriquement possible qu'André Boisclair soit un radical tenté par cette stratégie dangereuse. Mais les Québécois, qui savent que M. Boisclair n'est pas un pur et dur, qui voient bien que les radicaux du parti se méfient de sa modération, pensent plutôt qu'il n'est pas un kamikaze et qu'il ne cautionnera pas une démarche suicidaire. Les Québécois peuvent donc en déduire que ce répète M. Boisclair n'est pas vrai et qu'il ne fera pas ce qu'il dit.

Plus M. Boisclair attend pour rectifier le tir, plus il se peinture dans le coin. Et de fait, depuis quelque temps, on voit poindre de petites nuances et on évoque de plus en plus le fait que l'éventuelle plate-forme électorale pourrait être différente du programme. Mais cela ne change rien à l'absence de franchise, bien au contraire. C'est une autre façon d'admettre que ce dit actuellement M. Boisclair n'est pas vrai.

On peut bien sûr invoquer des circonstances atténuantes: André Boisclair a hérité d'un programme adopté avant la lutte au leadership et il ne veut pas plonger son parti trop vite dans un autre débat interne déchirant. Le double langage n'est pas un phénomène nouveau au PQ, parce que ses chefs ont sans cesse dû concilier les pressions d'une base militante et les réticences de l'électorat. Mais il n'en reste pas moins que M. Boisclair est le premier chef du PQ à avoir entériné sans réserves le programme du parti. Cela trahit certainement sa faiblesse politique et son absence d'ascendant sur ses troupes.

Mais surtout, les temps ont changé. Les citoyens exigent que leurs politiciens parlent vrai, qu'ils leur donnent l'heure juste. Ils n'ont plus de tolérance pour le double langage et les entorses à la franchise.




Le grand risque

Castonguay, Alec
Le Devoir mercredi, 17 mai 2006

Pour des raisons électorales bien évidentes, les gouvernements libéraux à Ottawa ont toujours fait les beaux yeux à l'Ontario, la province qui fait et défait les gouvernements avec ses 106 sièges. Stephen Harper a plutôt décidé de tout miser sur le Québec. C'est une stratégie risquée puisque les Ontariens sont loin de lui être acquis. Les gains de Harper au Québec pourraient bien être annulés par des défaites en Ontario et ainsi forcer un retour au point de départ.

Affirmer que Toronto et Ottawa ne sont pas sur la même longueur d'onde par les temps qui courent relève de l'euphémisme. En fait, les relations sont tout simplement désastreuses. Et ce n'est pas le plus récent épisode entre Stephen Harper et son homologue Dalton McGuinty qui arrangera les choses.

Les deux hommes se sont discrètement rencontrés dans une chambre d'hôtel au centre-ville de Toronto il y a une dizaine de jours. C'était leur première rencontre depuis les élections fédérales et elle a duré 45 minutes. Probablement pour souligner à quel point il était heureux de discuter avec le premier ministre de la province la plus populeuse du pays, Stephen Harper est entré à l'hôtel par la porte de derrière... avant de ressortir par le même chemin. Aucun point de presse conjoint. Aucune séance de photos.

En fait, si Stephen Harper n'avait pas été sur la même tribune que l'adversaire de Dalton McGuinty quelques minutes plus tard, à vanter le conservateur John Tory comme étant le futur premier ministre de l'Ontario, on aurait pu croire que le premier ministre canadien n'avait jamais mis les pieds à Toronto ce jour-là. McGuinty a bien essayé de calmer le jeu en rencontrant seul les médias à l'issue de la rencontre, mais la gifle était flagrante.

Le lendemain, Stephen Harper était tout sourire à Québec, serrant joyeusement la main de Jean Charest devant les caméras en annonçant la signature de l'entente sur l'UNESCO. Tendez l'autre joue, M. McGuinty...

On l'a déjà dit dans cette chronique, les destins politiques de Stephen Harper et de Jean Charest sont liés. S'ils veulent être réélus, ils doivent tous deux convaincre davantage de Québécois qu'ils sont les hommes de la situation. Évidemment, le fait d'avoir une telle conception de la fédération contribue beaucoup à l'harmonie, tout comme le passé conservateur de M. Charest. Des atouts que McGuinty n'a malheureusement pas.

MM. Harper et Charest se sont rencontrés quatre fois jusqu'à maintenant, dont deux fois lors d'occasions très médiatisées à Québec. Leur première rencontre, quelques jours après l'assermentation des conservateurs à Ottawa, avait duré près de deux heures.

Stephen Harper a la mémoire longue et ne pardonne pas facilement. Il est aussi loyal que rancunier. Or, lors des deux dernières élections fédérales, McGuinty a ouvertement appuyé les troupes libérales de Paul Martin. Harper n'a rien oublié.

Le règlement du déséquilibre fiscal est un autre facteur qui mine les relations entre les deux capitales. Dans son document de négociation avec les provinces, le fédéral exprime clairement sa préférence pour une solution qui passe par une réforme de la péréquation. C'est également la position du Conseil de la fédération... à l'exception de l'Ontario, qui rage de voir cette proposition sur la table, lui qui ne touche aucun dividende de la péréquation.

De façon plus générale, et sans vouloir exagérer les sentiments de Stephen Harper, on peut aussi ajouter que le premier ministre fédéral n'a pas d'empathie particulière pour les Ontariens depuis deux ans. Il semble s'être développé plus d'affection entre lui et les Québécois, qui viennent pourtant à peine de le découvrir, qu'avec les Ontariens.

M. Harper savait très bien que la construction de son parti au Québec serait une tâche longue et ardue. En revanche, l'Ontario est une terre beaucoup plus fertile pour la droite, qui a déjà été au pouvoir à Toronto. En 2004, puis en 2006, il a compté sur cette province pour accéder au pouvoir à Ottawa. À deux reprises, elle n'a pas répondu à l'appel.

En janvier dernier, sans ses dix sièges au Québec, le chef conservateur aurait été dans une position très délicate aux Communes puisque l'Ontario, comme prévu, n'a pas bougé. Et malgré la meilleure campagne électorale fédérale depuis des lustres, les conservateurs ont dû se battre jusqu'à leur dernier souffle pour convaincre les Ontariens de leur faire confiance. Les libéraux ont beau avoir mené une campagne désastreuse, M. Harper a soutiré de peine et de misère 16 circonscriptions de plus dans cette province, et ce, avec plusieurs batailles très serrées. En 2004, le PC a récolté 31,5 % des voix en Ontario, alors qu'en 2006, il en a reçu 35,1 %. Rien pour écrire à sa mère.

Cette méfiance viscérale des Ontariens envers Harper ne semble pas avoir disparu depuis sa prise du pouvoir à Ottawa. Le dernier sondage Léger Marketing, dévoilé le 9 mai, tend à montrer que les conservateurs récoltent plus d'intentions de vote que les résultats du 23 janvier dans toutes les provinces du pays... sauf en Ontario, où la baisse est de 1,1 %.

Alors que 62 % des citoyens du pays se disent satisfaits des 100 premiers jours du gouvernement conservateur (72 % au Québec et 77 % en Alberta), ils ne sont que 54 % en Ontario. Cette province est aussi la seule à croire que Harper ne tiendra pas ses promesses (43 % contre 42 %). Le plus faible taux de satisfaction envers le premier budget Flaherty? En Ontario, encore une fois.

Dalton McGuinty n'est peut-être pas le premier ministre ontarien le plus populaire de l'histoire mais il parle encore au nom de ses concitoyens. Il ne faudrait pas beaucoup d'autres maladresses à l'image de la rencontre Harper-McGuinty pour que les Ontariens se remettent à penser que le chef conservateur est le défenseur de toutes les provinces sauf la leur.

Harper a beau vouloir séduire le Québec, il devra faire bien attention de ne pas trop jouer avec le feu dans ses relations avec Toronto. Un gain de 15 sièges au Québec et une perte de la même ampleur en Ontario, c'est si vite arrivé...




Le PQ accuse Harper de nuire à la réputation du Canada

Chouinard, Tommy
La Presse mercredi, 17 mai 2006

Québec - Le Parti québécois s'inquiète de la réputation du Canada à l'étranger. Selon lui, la fouille imposée au secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf, et le refus d'Ottawa de respecter les objectifs du protocole de Kyoto entachent l'image du pays.

Dans une sortie surprenante hier à l'Assemblée nationale, où l'on se serait cru à la Chambre des communes, la formation souverainiste a reproché au gouvernement Harper de salir la réputation du Canada.

Les débats, acrimonieux, entre l'opposition péquiste et le gouvernement Charest, ont porté uniquement sur des dossiers mettant en cause Ottawa et le premier ministre canadien Stephen Harper.

Le PQ accuse le premier ministre Jean Charest de défendre " les intérêts électoralistes de son ami " Harper plutôt que ceux du Québec. Le premier ministre estime de son côté que les questions de l'opposition sont " dirigées d'Ottawa par Gilles Duceppe ", le chef du Bloc québécois.

L'accueil réservé à Abdou Diouf " entache la réputation du Canada ", a affirmé la chef intérimaire de l'opposition officielle, Louise Harel.

Mercredi dernier, l'ancien président sénégalais a été soumis à une fouille à son arrivée à l'aéroport Pearson de Toronto.

La leader parlementaire du PQ, Diane Lemieux, a renchéri en condamnant les déclarations de la ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, selon qui les objectifs de Kyoto sont " irréalistes " et " inatteignables ". Mme Ambrose préside la conférence sur les changements climatiques à Bonn, en Allemagne, et les négociations entourant le protocole de Kyoto.

" Actuellement, l'image du Canada à l'étranger, c'est que c'est un pays irresponsable. (...) En quelques jours seulement, deux incidents importants ont entaché la réputation du Canada et, par le fait même, du Québec ", a lancé Diane Lemieux.

Le PQ a réclamé l'adoption d'une motion pour que " l'Assemblée nationale exprime son profond regret " à Abdou Diouf " pour le traitement inexcusable survenu lors de son arrivée au Canada ".

Jean Charest a balayé cette motion d'un revers de main. Le premier ministre a plaidé qu'il a déjà fait savoir à Stephen Harper que l'accueil réservé à M. Diouf est " inacceptable ". Lors d'un entretien téléphonique lundi, M. Diouf a affirmé que l'incident était clos, a-t-il ajouté.

Le PQ est revenu à la charge en demandant qu'une autre motion soit adoptée, cette fois pour demander à Ottawa de respecter Kyoto. Cette motion avait déjà été déposée par la ministre des Relations internationale, Monique Gagnon-Tremblay, alors que les libéraux de Paul Martin étaient au pouvoir. Elle n'avait jamais été soumise au vote. Hier, le gouvernement Charest a refusé de débattre de cette motion.

" On a appuyé Kyoto, on continue d'appuyer Kyoto, et en plus on fait des gestes pour appuyer Kyoto ", a répondu le ministre de l'Environnement, Claude Béchard, qui a demandé une rencontre avec son homologue fédérale.

Le PQ demande au gouvernement Charest de cesser d'être " subordonné " et " obéissant " à l'égard d'Ottawa. Diane Lemieux a accusé Jean Charest de défendre " les intérêts électoralistes de son ami Stephen Harper ", mais pas ceux du Québec.

Le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, a reproché à Mme Lemieux de se livrer à des " effets de toge ", " d'avoir les baguettes en l'air mais pas de contenu ". " Quand la leader de l'opposition va-t-elle cesser pour des raisons partisanes d'insulter tout un chacun dans cette Chambre? Qu'elle soit donc digne de son poste ", a-t-il dit.





À tête reposée - Josée Legault

LE DÉBUT DES GRANDES MANŒUVRES

Josée Legault
Journal MIR mercredi 17 mai 2006

Dès que j’ai lu le manifeste des « réalistes », je me suis dit voilà, c’est le début des grandes manœuvres et du grand recul. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’on assiste au PQ à la même valse hésitation qui a précédé toutes les élections générales, sauf celles de 1976 et 1994, sur la décision de s’engager ou non à tenir un référendum s’il est élu.

Pour se sortir d’un engagement que la plupart des chefs du Parti Québécois ont vu comme un douloureux boulet à traîner, plusieurs manœuvres y sont passées. En 1981, René Lévesque disait vouloir négocier le rapatriement de la Constitution. En 1985, Pierre-Marc Johnson fantasmait sur l’affirmation nationale.

En 1998, Lucien Bouchard misait sur ses conditions gagnantes. En 2003, Bernard Landry optait pour la promesse de ne pas tenir de référendum sans avoir l’assurance morale de gagner, allant même jusqu’à inclure le concept d’« union confédérale » dans la plateforme électorale sans consultation ni débat préalables dans son parti.

Aujourd’hui, André Boisclair a beau dire qu’il trouve le programme du PQ tout simplement « fantastique », il tentera bien, lui aussi, le moment venu, de s’aménager ce que les chefs péquistes appellent leur marge de manœuvre stratégique.

* * *

Un coup de pouce superbement « réaliste »
Et voilà qu’est venu le premier coup de pouce pour Boisclair. Le 11 mai, Le Devoir publiait un manifeste disant présenter une « approche réaliste de la souveraineté ».

Au-delà de l’attaque en règle des huit signataires contre certains « sophismes » chez les souverainistes, le manifeste vise dans les faits à passer deux messages.

1. Le PQ ne doit pas s’engager à tenir un référendum, à moins que la victoire ne soit assurée.

2. Si référendum il y a un jour, il ne doit y avoir aucune déclaration d’indépendance. Le Québec devra plutôt suivre la voie tracée par l’avis de la Cour suprême sur la sécession et négocier avec le reste du Canada pendant une période non déterminée.

Les signataires se font ici l’écho de ce qui se discute dans les hautes sphères du PQ depuis des années.

Si Bernard Landry a accepté d’inclure dans le programme adopté en juin 2005 l’engagement de tenir un référendum « le plus tôt possible » dans le mandat, c’était essentiellement pour tenter de renforcer son vote de confiance en paraissant plus déterminé qu’il ne l’avait été en 2003.

Mais la formule lui laissait quand même cette fameuse marge de manœuvre stratégique – « le plus tôt possible » pouvait dire aussi qu’à l’intérieur d’un mandat, le « possible » pouvait aussi devenir « impossible ». À chaque point de presse, il répétait d’ailleurs aux médias que « chaque mot de cette formule avait son sens », nous invitant ensuite à consulter un dictionnaire s’il le fallait…

Mais depuis, les militants du PQ, la population et les médias en sont venus à comprendre cette formule comme un VRAI engagement. D’où maintenant la nécessité, à l’aube d’une prochaine élection, d’aider le chef à s’en sortir.

Pour le moment, Boisclair se dit « à l’aise » avec le programme, mais mon petit doigt me dit qu’avec l’aide des « réalistes » et d’autres pressions du genre qui viendront d’ici les élections, il finira bien, lui aussi, par trouver à temps pour la campagne électorale, sa propre version des conditions gagnantes ou de l’assurance morale de gagner…

* * *

Des mots et des hommes…
En passant, je ne cesserai jamais de m’étonner de la facilité avec laquelle au Québec les mots définissent les positions sur la question nationale avant même qu’on puisse avoir le temps de les expliquer ou de les comprendre.

Cela s’appelle du conditionnement et de la manipulation de l’opinion publique. Accolez une des étiquettes suivantes : « modérée, lucide, pragmatique ou réaliste », et voilà que ces idées passent pour du gros bon sens empreint de sollicitude et de tolérance.

Aussitôt l’étiquette de gros bon sens apposée, toute opposition à cesdites idées est immédiatement étiquetée de leur contraire, soit de « radicale, de pure et dure, de dogmatique, d’orthodoxe ou de suicidaire ».

Comme quoi, les mots ne sont jamais gratuits au Québec.

* * *

Le pire des sophismes
Rappelons donc les deux messages principaux des « réalistes » :

1. Le PQ ne doit pas s’engager à tenir un référendum, à moins que la victoire ne soit assurée.

2. Si référendum il y a, il ne doit y avoir aucune déclaration d’indépendance, mais une négociation avec le reste du Canada, telle que suggérée par l’avis de la Cour suprême sur la sécession.

Leur premier message est, dans les faits, le pire sophisme qui domine le mouvement souverainiste depuis des lunes. Comment peut-on croire que dans une société démocratique – surtout face à un adversaire de taille, déterminé et souvent malhonnête –, une victoire puisse être assurée d’avance ?

Postuler qu’aucun référendum ne doit être tenu à moins que sa victoire soit dans le sac équivaut à dire deux choses. Premièrement, qu’il n’y aura plus jamais de référendum. Deuxièmement, qu’une campagne référendaire, incluant ce qui la précède, n’aurait donc AUCUNE influence sur l’opinion publique. Ce qui est un non-sens, voire un postulat carrément antidémocratique.

Le camp du OUI pourrait très bien enclencher une campagne avec le vent dans les voiles et terminer dans le 36e dessous. Tout comme l’inverse serait aussi possible.

Alors, qui sont ces apprentis sorciers, incluant les chefs récents du PQ, qui font croire à leurs militants, et à la population que rien n’est possible sans une victoire assurée d’avance ? Ce postulat fallacieux leur servirait-il d’excuse pour ne rien faire ?

Quant au second message du manifeste, il ne tient pas du « réalisme », mais du pathologique, du délire ou de l’aveuglement volontaire. Je m’explique.

L’avis de la Cour suprême sur la sécession affirme que si un référendum est gagné avec une question claire et une majorité claire – sans pour autant définir celles-ci – suivrait ensuite un processus de négociation entre le gouvernement du Québec, celui du Canada ainsi que ceux des autres provinces. On semble par contre avoir oublié que la Cour disait aussi que même la question des frontières devra faire partie de ces négos…

Ce qui veut dire que le Québec ne pourrait devenir souverain – mais avec quelles frontières ? - qu’en négociant avec tous ces autres gouvernements aux intérêts disparates et parfois contradictoires, un AMENDEMENT À LA CONSTITUTION DU CANADA qui reconnaîtrait cette sécession.

Que ceux et celles qui croient, comme les « réalistes », que le reste du Canada acceptera un tel marché lèvent la main ! Bon, je vois que vous êtes peu nombreux.

Bref, le reste du Canada pourrait fort bien rencontrer la condition émise par la Cour suprême de « négocier de bonne foi », tout en accouchant d’un fédéralisme renouvelé plutôt que d’une indépendance claire et nette.

Et voilà la vraie différence entre la position défendue par ce qu’on appelle la proposition Parizeau-Laplante et celle des « réalistes », laquelle est probablement aussi celle de Boisclair dans les faits.

Jacques Parizeau et Robert Laplante proposaient que le prochain référendum soit exécutoire, qu’il soit le point d’arrivée du processus d’indépendance et non son point de départ. Tandis que les « réalistes » et la direction du PQ le voient toujours comme consultatif, comme la première étape vers une négociation avec le reste du Canada sans que l’on sache à quoi cela nous mènerait.

La différence entre ces deux approches n’est pas que sémantique. Elle porte sur le fond des choses.

Récapitulons : sous des apparences de réalisme et de pragmatisme, ce manifeste tente surtout de mettre la table à une éventuelle édulcoration de l’engagement de tenir un référendum dans un premier mandat. Et pour ce faire, il ressort le postulat antidémocratique que tout vote doit être précédé d’une garantie de victoire et repousse toute déclaration d’indépendance même si le référendum était gagné.

* * *

Laisser les militants militer
Derrière l’initiative des « réalistes », on retrouve aussi un autre coup de pouce pour Boisclair. Il y a ici une volonté de dénoncer et de marginaliser le MES (Mouvement pour une élection sur la souveraineté).

Le MES aurait plus de 500 membres et jouirait d’une certaine popularité auprès de la base militante du PQ, surtout les plus jeunes. Il a donc demandé d’être reconnu par le PQ comme « club politique » comme ce fut le cas pour le SPQLibre.

Leur position est un amalgame de Parizeau-Laplante et du programme originel du PQ. La semaine dernière, Boisclair a rejeté toute reconnaissance du MES comme club politique avant même que l’exécutif national de son parti ait pu en débattre. Il taxait aussi tout nouveau débat sur l’accession à la souveraineté de « byzantin » parce que portant « sur des virgules et des traits d’union ».

Pour le chef, de tels débats ne diraient rien à ce qu’il appelle la « jeune génération », et à laquelle il dit s’identifier. Pourtant, le MES semble être composé dans sa grande majorité de militants péquistes dans la vingtaine et le début trentaine…

Les militants péquistes ont vécu douloureusement l’intransigeance de Lucien Bouchard qui faisait de tout désaccord idéologique un geste de déloyauté méritant punition. Boisclair, s’il reprend cette attitude, commettrait une grave erreur.

Tout chef a bien entendu le droit d’être en désaccord avec certains de ses militants. Mais l’inverse est tout aussi vrai dans un parti qui se prétend être un parti « de base » et « d’idées ». Ce que Boisclair appelle des débats de virgules et de traits d’union touchent en fait à la raison d’être du PQ – son option première. Si ses militants ne peuvent plus en débattre, il n’y aura plus de raison de militer.

Les militants de ce parti sont souvent caricaturés comme des radicaux et des purs et durs. Mais ils ne le sont pas que dans les médias. Ils l’ont aussi été, et le sont encore, par chacun des chefs du PQ, à l’exception de Parizeau. C’est un genre de mépris qui, disons, n’aide pas beaucoup à établir un sain dialogue au sein d’une formation politique…

Pourtant, ces militants donnent de leur temps, de leur énergie et même de leur propre argent pour faire avancer la cause en laquelle ils croient. Eux, ne reçoivent pas de salaire du parti. Le chef qui en reçoit un, et un généreux, pourrait au moins avoir la grâce de laisser militer les militants.

La militance ne constitue pas qu’à lever des fonds et lécher des enveloppes. Elle peut aussi inclure la pensée et les débats. C’est ce qui s’appelle de l’action politique.

* * *

Quelle illusion ?
Mais que personne n’ait trop d’illusions. Boisclair a raison lorsqu’il rappelle que, de toute façon, à peu près rien de ce qui est arrivé avant le dernier référendum n’était dans le programme du PQ de l’époque. Il n’y avait ni virage vers le partenariat imposé par Bouchard, ni alliance avec Mario Dumont.

En filigrane de cette observation en apparence anodine se cache la réalité suivante : nonobstant les arguments ou manifestes de toutes sortes, la tenue ou non d’un référendum, sa question si référendum il y a, le processus qui suivrait un OUI et l’objectif réel en bout de ligne, tout sera du ressort exclusif du chef, de son entourage et des apparatchiks.

Le moment venu, qu’il y ait ou non référendum, le programme actuel du PQ ira rejoindre les précédents dans la corbeille à papier personnelle du chef du moment.