Le mur

Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI, L'Action nationale, lundi 22 mai 2006

Il a du cran Stephen Harper. C’est une qualité tellement rare chez les politiciens qu’elle pourrait bien lui valoir de remporter ses prochaines élections. Il a joué d’audace en prenant au mot les partis d’opposition. Il a fait preuve d’un remarquable opportunisme et d’un cynisme consommé. La mission canadienne en Afghanistan risquait de lui empoisonner la vie et surtout, la future campagne électorale ? Il valait mieux se saisir du problème à bras le corps. Et ce fut fait. Tant pis pour la démocratie, tant pis pour les états d’âme.

Un vote serré au terme d’un suspens qui a redonné un peu de fringuant à Bernard Derome et permis à Patrice Roy de nous servir son topo à grand renfort d’effets dramatiques ( comme toujours compassés puisqu’il est question du Ca-na-da ), mais le bulletin de nouvelles de ce mercredi 17 mai ne disait pas l’essentiel : les Québécois ne sont que des figurants dans les « grandes affaires ». Et pourtant le clivage Québec-Canada est toujours aussi net en ce qui concerne les affaires militaires. Le récit des manœuvres de coulisses, les hypothèses sur la nature des tractations, les savants commentaires sur la division des libéraux, tout cela passait à côté de ce qui faisait encore le cœur de la nouvelle sans pour autant paraître dans la mise en scène de l’événement : le Québec venait encore de frapper un mur.

Oui, le Québec.

Le Bloc Québécois a eu beau traduire convenablement l’état de l’opinion publique, la chose est restée ce qu’elle a été : inoffensive. Harper a remporté son pari, son audace a été payante. Le Canada s’enfonce un peu plus allègrement dans la logique de guerre. Il choisit de refaçonner l’ensemble de sa politique étrangère en collant au plus près les volontés américaines. C’est son choix. Mais ce sera notre problème.

Le Québec se trouve donc aspiré dans une spirale dont nul ne peut prédire les vertiges qu’elle lui donnera. Une chose est certaine cependant, les choix du Canada viennent redire très brutalement l’impuissance dans laquelle il est tenu d’accorder son existence à une quelconque présence au monde qui ne soit médiatisée par le choix des autres. Appartenir au Canada, c’est être empêché de se conduire dans le monde.

Les commentateurs ont continué d’ordonner le babillage médiatique autour de la question de la rentabilité électorale d’un tel vote. Nous avons eu droit à une avalanche de spéculations sur la façon dont les Conservateurs pourront s’y prendre pour continuer de courtiser l’électorat québécois plus enclin à la paix et plus méfiant à l’égard de la politique de George Bush. Il ne pouvait y avoir de position québécoise, de point de vue québécois, il n’y en avait que pour des caractéristiques de clientèle. Le Québec n’est qu’un matériau, qu’un segment de l’opinion avec lequel le gouvernement doit composer. La politique internationale du Canada redit plus clairement que jamais notre rôle et notre statut.

La vraie question était pourtant celle de savoir quelle politique nous devrions tenir. Nous, la nation. Telle qu’elle devrait être dans sa normalité, c’est-à-dire posée dans le monde par son État et une politique conduite selon l’intérêt tempéré par les contraintes géostratégiques et sa compréhension de la meilleure manière de le servir dans le système des relations internationales.

Cette affaire afghane donne une idée de la hauteur du mur que le Canada dresse autour du Québec. Nous sommes dans l’impossibilité structurelle d’avoir une politique étrangère. Le Bloc a beau s’échiner, nous ne tiendrons qu’un rôle accessoire. Nous pouvons toujours formuler une doctrine, nous n’aurons jamais droit qu’à des humeurs. Voilà l’effet premier de notre enfermement. Par-delà la question de la guerre, le vote de cette semaine a bien fait voir toute la distance qui sépare la simagrée d’un rôle de porte-valise à l’Unesco d’une véritable présence internationale. Le Québec vassalisé est condamné à rester spectateur du monde.




La Journée des Quelque Chose...

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE lundi 22 mai 2006

- Tu sais pourquoi tu as congé lundi ?
- Ç’a quelque chose à voir avec les Patriotes.
- C’est qui les Patriotes ?
- Je sais pas.
- Tu n’étudies pas l’histoire à l’école ?
- Oui mais en secondaire 1V, on nous enseigne Rome.
- Aucun professeur n’a parlé des Patriotes ?
- Non.

***

- Tu as congé lundi ? Tu sais pourquoi ?
- C’est à cause… je me rappelle pas. La journée des quelque chose.
- Les Patriotes, ça ne te dit rien ?
- Ça me dit de quoi.
- En secondaire V, vous étudiez quoi ?
- Plein d’affaires.
- Vous parlez du Québec ?
- Oui.
- Les Patriotes, vous en avez parlé ?
- Non. Peut-être la semaine prochaine.

***

- Tu es en quelle année ?
- J’ai fini ma première année de cégep.
- Tu sais que lundi c’est congé ?
- Oui, mais je sais pas au juste pourquoi.
- Les Patriotes, ça te dit quelque chose ?
- C’est genre la guerre des sept jours…
- ?!
- O.K. O.K ! C’est ceux qui se sont révoltés contre les Anglais
mais qui n’étaient pas organisés faque ils ont genre muffé.




La Fête des Patriotes

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE lundi 22 mai 2006

Êtes-vous comme moi, c’est-à-dire tannés d’entendre tous un chacun parler encore de la fête de la reine ou de la fête de Dollard? Voilà 4 ans que le gouvernement péquiste a instauré la Fête des Patriotes mais on dirait que ça prend du temps à faire son chemin dans les esprits. Y en a qui allument pas vite! À RDI, l’autre innocent de lecteur de nouvelles a même commencé son topo par un lapsus : il voulait dire : « la fête de Dollard », mais il a dit : « la fête du Dollar »! Plus cave que ça, tu te frappes la tête sur un mur ou tu te crisses en bas de la tour de Radio-Cadenas! Mais les fédéraleux nous assurent qu’il n’y a pas de contradiction à être Québécois et Canadien en même temps alors je suppose qu’ils trouvent normal de mélanger les noms d’une seule fête. La fête de Dollard (ou du dollar…) pour les uns, la fête de la reine pour les autres, la Fête des Patriotes pour les ceintures fléchées et les nostalgiques et tout le monde est content!

On doit être le seul pays au monde où une telle situation aberrante existe : une Fête qu’on désigne par une kyrielle de noms suivant les tendances! Et que dire de la double identité Québécois-Canadien-en-même-temps: « des fois, je suis Québécois, d’autres fois, je suis Canadien, quand je suis au Québec, je suis Québécois mais quand je vais à l’étranger, je suis Canadien, le Québec, ma province, le Canada, mon pays, etc ». Complètement débile! Faut être perturbé mentalement pour trouver ça normal. Faut souffrir de graves problèmes identitaires pour s’identifier, à la fois, à la nation occupée et à la nation occupante! Les Tibétains sont-ils aussi des Chinois? Les Tchéchènes s’identifient-ils aussi à la nation russe qui occupe leur pays? Mais au pays de la feuille d’érable, c’est normal de s’identifier à deux peuples à la fois, ça fait partie de la « diversité culturelle canadian »! Ridicule…

Pour moi, il n’y a qu’une seule fête, celle des Patriotes. Je ne vois pas l’intérêt de fêter une reine anglaise sous le règne de laquelle nos Patriotes ont été exécutés ou déportés, nos villages détruits et l’Union et la Confédération imposées à notre peuple comme façon de nous réduire en minorité et de nous inféoder. Pire encore, certains colonisés veulent lui ériger une statue à Québec, celle que les combattants du FLQ ont fait sauter en 1963! Y a des coups de pieds dans le cul qui se perdent… et y a des bienpensants qui déchirent leur chemise parce qu’on veut parler d’indépendance à l’école! Faudrait surtout pas que les jeunes se mettent à rêver d’un Québec indépendant…

BONNE FÊTE DES PATRIOTES!




Lettre ouverte à Gilles Duceppe

Marc Laviolette, Président
Pierre Dubuc, Secrétaire
SPQ-libre 16 mai 2006

Chers amis du Bloc Québécois,

Le SPQ Libre a toujours cru que les soi-disant « cinq objectifs prioritaires » du gouvernement conservateur se dissiperaient rapidement pour faire place à l'essentiel du programme politique de Stephen Harper : la guerre en Afghanistan et bientôt, peut-être, en Iran aux côtés de George W. Bush. Nous ne pensions toutefois pas qu'il nous donnerait si rapidement raison.

En soumettant, prématurément, à la Chambre des communes une résolution pour prolonger de deux ans la présence militaire canadienne en Afghanistan, M. Harper agit comme s'il était à la tête d'un gouvernement majoritaire, escomptant que l'opposition n'osera pas, à ce moment-ci, précipiter le pays en élections.

M. Harper fait preuve d'un manque total de fair-play politique en profitant du fait que le Parti libéral est en pleine course à la chefferie. Mais, doit-on s'attendre à un minimum de fair-play d'un homme et d'un parti qui n'ont aucun respect pour les institutions démocratiques de leur pays, qui boycottent les médias et cautionnent le mépris et le racisme des autorités douanières à l'égard du Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf.

Nous avons compris et accepté que, sur l'adoption du budget, le Bloc n'avait pas d'autre choix que de voter avec le gouvernement Harper. Renverser le gouvernement sur cette question aurait conduit à un désastre électoral au Québec. Mais, cette fois-ci, la situation est différente. Plus de 70 % de la population québécoise est opposée à la guerre en Afghanistan.

Si le Bloc donne son appui au gouvernement Harper, le NPD de Jack Layton, qui a déjà annoncé son intention de voter contre la résolution, fera une importante percée au Québec. Le jour où les sondages indiqueront l'émigration d'une partie substantielle du vote bloquiste vers le NPD et la division du vote de l'opposition au Québec, Stephen Harper trouvera le prétexte voulu pour déclencher immédiatement des élections.

Le Bloc doit voter contre la résolution sur l'Afghanistan et nous croyons qu'il doit aller jusqu'à tendre la main aux Denis Coderre, Stéphane Dion et autre députés libéraux du Québec - et du reste du Canada - et leur proposer de faire cause commune pour renverser le gouvernement sur cette question fondamentale.

Cher Gilles Duceppe et députés du Bloc Québécois,

Vous répétez, avec raison, sur toutes les tribunes que le seul programme du Bloc à Ottawa est de défendre les intérêts du Québec. Sur la question de la guerre et de la paix - la plus importante en politique - vous connaissez le sentiment profond du peuple québécois, tel qu'il s'est exprimé historiquement lors de la guerre des Boers et des deux grandes guerres mondiales. Les Québécoises et les Québécois sont de façon irréductible contre les guerres qu'ils jugent impérialistes. Et ils ont compris que cette guerre en Afghanistan n'est pas une guerre de libération, mais bien une guerre d'agression au profit des intérêts pétroliers qui en mènent si large au sein de l'administration Bush et du gouvernement Harper.

Lors du déclenchement de la guerre contre l'Irak, le peuple du Québec a surmonté toutes ses divisions linguistiques et ethniques pour descendre dans la rue et exprimer d'une seule voix son opposition à la guerre. Un mouvement similaire est en gestation contre la guerre en Afghanistan et le Bloc doit être cette voix du Québec pacifiste à Ottawa. Et si le gouvernement Harper est renversé, nous nous engageons à être tous et toutes présents sur le terrain en campagne électorale pour chasser à tout jamais les Conservateurs du Québec.

Faites parvenir vos commentaires à
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Référendum sur l'indépendance du Monténégro

Les médias canadiens étaient déboussolés hier...

Claude Bariteau, auteur de « Pour sortir de l’impasse référendaire », aux éditions Les Intouchables
TRIBUNE LIBRE lundi 22 mai 2006

En ce jour commémoratif des Patriotes, les Monténégrins viennent de choisir de devenir un pays indépendant. Depuis 2002, ils avaient acquis le droit de se prononcer sur leur avenir. Pour faire éventuellement une demande d'intégration à l'Union Européenne, cet organisme, qui n'est pas les Nations Unies, avait demandé un soutien de 55 % sur une base de 50 % de la participation au référendum qui se déroulerait sous la surveillance d'un groupe indépendant reconnu à la fois par les pro et les contre l'indépendance. Ce pourcentage demandé était un cas d'exception, très mal présenté au Québec. L'exception découlait de plusieurs facteurs, notamment la situation du Monténégro après les guerres en en-Yougoslavie et la faible participation aux élections. Par ailleurs, le Monténégro a déjà été un État indépendant et les Monténégrins ont une langue et une religion identiques à celles des Serbes.

Si vous avez suivi ce cas, les médias canadiens du Québec, exception faite du Devoir, ont fait des choux gras de ce pourcentage et donné peu d'informations claires sur ce cas d'exception bien documenté par les journalistes européens. Ces derniers ont aussi rappelé justement que le président du Monténégro, pro-indépendance, considérait qu'il s'agissait d'une exigence comportant des zones grises.

En effet, 55 % de 50 % donne un soutien de 27,5 % de l'ensemble de la population. Cela aurait pu être interprété comme le seuil pour devenir un état indépendant de telle sorte qu'un support à 28 % résultant d'une participation de 70 % de la population impliquait que 40 % des votes suffisait pour devenir indépendant. Le Québec, dans cette perspective aurait eu des pourcentages au-delà de 28 % en 1980 et en 1995, soit respectivement 33 % et 47 %. Par ailleurs, au-delà d'une participation de 50 % de la population, le pourcentage de 55 % devenait une aberration. Ce seuil de 50 % avait été convenu tout simplement parce que la population du Monténégro ne participait pas beaucoup aux élections. Or, voilà qu'elle a participé à plus de 77 % et le résultat obtenu est de 56,3 % des votes exprimés. Voilà pourquoi, une heure après les bureaux de scrutin fermés, le président du Monténégro, qui savait que la participation était de 77 %, a déclaré la victoire. Une telle participation donnait un soutien de 43 % de l'ensemble de la population. Dans son esprit, avec 77 %, l'exigence de 55 % devenait farfelue et il entendait faire valoir son point auprès, non pas des Nations Unies, mais de l'Union Européenne. Pour lui, un tel pourcentage de participation faisait sauter l'exigence de 55 %, car le 50 % + 1 devenait la norme.

Les médias canadiens étaient déboussolés hier. Ils le seront encore plus aujourd'hui et ils martèleront le 55 %. Ce 55 %, dans le contexte québécois, n'a pas de sens sauf si les membres de l'ALÉNA l'exigent pour que le Québec y adhère, ce qui ne saurait être le cas puisque notre économie y est intégrée. Ce n'était pas le cas de l'économie du Monténégro, entité qui avait déjà l'Euro comme monnaie, possédait ses propres douanes et agissait militairement en entente mutuelle avec la Serbie, chacune des entités ayant son armée.

Que tirer de tout cela? Deux ou trois points importants.

Le premier est le pourcentage reconnu. Les thèses de certains canadiens à l'effet qu'il faudrait plus de 50 % des personnes inscrites sur les listes viennent de sauter. Ces thèses sont celles de Dion et de Brière.

Le deuxième est l'exigence de 55 %. Cette exigence n'a pas été mise de l'avant pour que le Monténégro devienne indépendant mais pour son adhésion éventuelle à l'UE, ce qui est différent. Avec un pourcentage de plus de 50 % sur base de 50% du vote exprimé, le Monténégro devenait indépendant. Seule son adhésion à l'UE devenait problématique. Elle aurait pu être néanmoins négociée avec une participation de 60 % par exemple. Puis, les Monténégrins pouvaient toujours réaliser un autre référendum pour devenir membre de l'UE.

Le troisième est que les opposants au pourcentage de plus de 50 % des votes exprimés viennent de perdre un de leurs arguments pour faire peur.

Passez une bonne journée. J'ai seulement hâte de fêter l'indépendance plutôt que de commémorer des défaites.