
La souveraineté fait son "temps dur"
Blogue APRÈS TOUT...
Lundi 29 mai 2006
Temps dur: expression carcérale "qui exprime la douleur morale, la dépression, la souffrance". Radio-Canada
La souveraineté est en prison depuis que le Parti québécois a perdu les clefs du pouvoir. Elle ronge son frein depuis avril 2003, elle doute, elle s'interroge. Elle fait son "temps dur".
L'heure des militants
Le Congrès national de juin 2005 a sonné l'heure des militants. Après une "Saison des idées" ayant surtout servi à affûter des couteaux, on a montré la porte aux responsables de la défaite électorale, comme dans les partis traditionnels. Mais comme le Parti québécois n'est pas un parti traditionnel, on en a profité pour stigmatiser tous les politiciens professionnels qui font carrière sous la bannière de la souveraineté.
C'est avec un mépris ouvertement affiché que l'on parle de ceux qui veulent gérer une province. Les conditions gagnantes sont devenues un prétexte à l'inaction. Se conformer à la décision de la Cour suprême, qui statuait que le Canada devait négocier avec le Québec, devenait un reflet de notre aliénation collective. La responsabilité fiscale est disparue de notre horizon de planification en se voyant accolée du seul qualificatif de "lucide".
Les militants, c'est bien connu, n'aiment pas non plus les leaders charismatiques. Ces derniers leur enlèvent de l'influence et de l'importance. C'est pourquoi les militants prônent l'éducation, l'action de terrain, la sensibilisation des électeurs, la prise en charge de soi-même par des citoyens informés. Ils ont bouclé la boucle le 15 novembre 2005 en élisant un chef sans charisme qui n'aura jamais le culot de leur dire qu'il n'y aura pas de 3ème référendum perdant.
La multiplication des options
L'accession du Québec à la souveraineté par le moyen d'un référendum démocratique est devenue une option parmi d'autres. On discute ferme sur les exemples historiques illustrant les différentes méthodes d'accéder à la souveraineté. Si on mentionne les méthodes militaires, c'est pour les rejeter. Le Conseil européen, le Monténégro, les 55 % et les 50 % font la une.
Il y a le projet d'une élection portant sur le rejet de la royauté et la nomination d'un président du Québec. Ce dernier verrait ensuite à prendre les décisions qui s'imposent, compte tenu de la conjoncture que cette nomination aurait créée. Il y a le projet d'une élection où les députés souverainistes, membres d'une coalition ayant recueilli plus de 50 % des votes, déclareraient le pays souverain. Il y a d'autres variantes, aussi.
Intervenant au débat, outre les traditionnels MNQ, SSJB et LAN, il y a maintenant les GQ, IPSO, RIQ, RPS, MIQ, MMF, SPQ, et MES. Se prêtant moins aux logos, il faut mentionner les Porteurs de pays, le Cercle Godin-Miron et le Conseil de la souveraineté. À l'aile gauche, on a Québec solidaire et dans les buts, le Bloc québécois.
Patience dans l'azur
Les hommes de science ont leurs mesures de temps usuelles. Pour les astrophysiciens, ce sont les milliards d'années. Les anthropologues aiment bien les millions d'années, tandis qu'en physique nucléaire on préfère les nano-secondes. Rarement les historiens parlent-ils en saisons ou en années. Les décades et les siècles leur sont plus utiles. J'aimais bien quand Bernard Landry, pressé par le sentiment d'urgence des militants, rappelait qu'il fallait conserver une vision historique de l'évolution du peuple québécois.
Il est vrai que, quand un peuple est unanime ou presque sur une décision donnée, les moyens importent peu, référendum, élection, plébiscite, où tout ce qu'on voudra. Il devient cependant important d'y mettre la forme quand la population est également partagée entre deux options, et même fortement polarisée.
Il est probable que je ne verrai pas l'arrivée de la souveraineté. Et alors ? J'aime mieux que mes enfants la fassent correctement, quand ils seront prêts, avec tous les autres Québécois qui seront prêts à ce moment-là.
En attendant, la souveraineté doit faire son "temps dur".

The Death of Yugoslavia
Wall Street Journal, 23-05-2006
The people of Montenegro (pop. 620,000) on Sunday chose to break up their union with Serbia -- all that was left of Yugoslavia -- and give birth to the Continent's 24th and 25th new nation-states since the end of the Cold War. As long as these decisions are freely, peacefully and constitutionally made, we say the more the merrier.
The break-up party will continue in Kosovo (pop. 2 million), which wants to part ways with Serbia as well. Once that happens the Serbs can at last celebrate their independence from Titoist delusions of grandeur. Elsewhere in Europe, Flanders and Wallonia may follow suit to put Belgium down; Catalonia and the Basque country might split from Spain. Compared to Europe's old but thriving city-states of Liechtenstein, Monaco, Liechtenstein, San Marino and Andorra -- whose populations range from 28,000 to 67,000 -- these possible new arrivals are veritable giants.
Balkanization doesn't deserve its bad name. Throughout history, Europe's microstates have tended to be less bellicose (shrimps don't pick fights), more democratic (government can't be closer to the people) and, with fewer resources to waste, economically savvier. To thrive the Tiny Tims need open trade borders -- thank the EU for that today -- and peace, which now comes courtesy of a U.S.-led NATO.
Montenegro's leaders talk grandly of taking full advantage of this ideal environment for small states. The plan is to join the EU as soon as possible and attract investors with policies inspired by slightly larger Estonia. Seven years ago, when Slobodan Milosevic misruled the rump Yugoslavia, Montenegro's leaders dropped the Serbian dinar and unilaterally adopted an Estonian-style currency board using the deutsch mark, now the euro.
Whether Montenegro's experiment in independence works will be determined by the success of its economy and political governance, not by some wooly notion of Montenegrinism founded on the country's brief monarchy (1878-1918) or its heroic resistance to Ottoman rule. The new country could usefully shed its reputation as a haven for cigarette smugglers and regional Mafiosi vacationing along its idyllic coast.
The mushrooming of new states in Europe has tended, especially after the wars of the early 1990s, to coincide with the spread of freedom on the Continent. May it continue.

Le Monténégro et le Québec
Sylvio Le Blanc, Montréal (Québec)
TRIBUNE LIBRE lundi 29 mai 2006
Ce que je retiens surtout du référendum sur l’indépendance du Monténégro c’est le climat serein dans lequel il s’est tenu. L'Union Européenne avait fait savoir au préalable qu’elle respecterait la décision des Monténégrins, quelle qu’elle soit. De sorte que ceux-ci ont voté en toute confiance, en particulier ceux ayant opté pour le OUI, sachant que l’UE les protégerait contre toutes menaces serbes s’ils l’emportaient. Si le vote s’était tenu dans un climat d’incertitude, peut-être n’aurait-il pas seulement franchi la barre du 50 % au lieu du 55 % exigé.
Ici, bien que tous les partis québécois défendent le principe du 50 % + 1 dans un référendum sur la souveraineté du Québec, c’est le flou déstabilisant à Ottawa, sans compter le différend autour de la question. Ce qui fait que lors d’un prochain référendum, si les conditions sont celles qui prévalaient dans le dernier, beaucoup de Québécois se prononceront dans la crainte que le verdict soit refusé par Ottawa si le OUI l’emporte par une faible marge ou si la question ne lui semble pas claire. Après que les fédéralistes auront déployé tout leur arsenal pour convaincre les Québécois de voter NON, une fois dans l’isoloir, cette crainte en fera forcément pencher plusieurs du côté du NON, la «force» étant du bord d’Ottawa.
Pour qu’un prochain référendum se tienne sereinement, l’idéal serait donc que les forces en présence s’entendent (si oui, la communauté internationale reconnaîtra forcément le processus). Le camp fédéraliste n’aura d’autre choix que d’accepter le 50 % + 1 si la question est sans équivoque, comme celle posée aux Monténégrins : «Souhaitez-vous que la République du Monténégro devienne un État indépendant avec une pleine reconnaissance juridique et internationale?»[1]. Quant à moi, j’espère qu’on aura le courage au prochain référendum de poser une pareille question aux Québécois, sans tergiverser.
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[1] http://www.robert-schuman.org/oee/montenegro/referendum/default.htm

Pour la construction du site internet-patriote
Alain Raby
TRIBUNE LIBRE lundi 29 mai 2006
Pour la construction du site : www.lafraternitedespatriotes.org
Chers patriotes,
J`aimerais beaucoup communiquer avec quelqu`un qui pourrait m`aider dans la construction du site www.fraternitedespatriotes.org. Je tiens à aller jusqu`au bout de cette idée.
J`ai un ami qui s`offre à faire le travail .Mais il ne croit pas vraiment à notre idéal et je ne me sens pas à l`aise avec lui pour la construction de ce site internet-patriote.
Je veux travailler ce site avec un indépendantiste convaincu.
Tout ce qu`il faut lui ajouter, après l`avoir simplifié, c`est de permettre à ceux qui veulent organiser la fête ou l`hommage des patriotes qu`ils puissent laisser leurs coordonnées par région et municipalité afin de pouvoir se rencontrer sur la toile et se partager la tâche.
Après nous verrons à l`améliorer s`il y a lieu, ou même regrouper des associations intéressées par le projet...
- BUT : "Instituons" La Fête des patriotes".
Les Québécois aiment la fête. Notre message passera mieux ainsi. Et ce qui plus est, nous inaugurerons, avec cette longue fin de semaine des patriotes, la saison estivale, saison des fêtes et réjouissances.
Merci encore, et droit au but.
Avant d`entreprendre quoi que ce soit avec quelqu`un d`autre j`attends votre réponse.
Patriotiquement vôtre,
Alain Raby
Saint Jean Port Joli. 1-418-598-9318

La péréquation: un droit!
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 29 mai 2006
D'ici aux prochaines élections fédérales, on entendra encore beaucoup parler de déséquilibre fiscal et de péréquation. La semaine dernière, les premiers ministres des deux provinces les plus riches, l'Ontario et l'Alberta, ont manifesté leur agacement à l'idée qu'Ottawa puisse accroître ses transferts aux seules provinces qui profitent déjà du programme de péréquation.
La route sera longue et pénible. Au cours du dernier exercice financier, Ottawa a enregistré un excédent de 12 milliards de dollars, soit quatre milliards de plus que ce qui était prévu dans les documents présentés il y a seulement un mois. Ces chiffres confirment la récurrence d'un déséquilibre entre Ottawa et les provinces. Ce déséquilibre, que l'on dit «vertical», le Conference board a calculé qu'il dépasserait 80 milliards par année dans vingt ans si l'actuel partage de responsabilités et de recettes fiscales était maintenu.
Cela dit, chacun a sa définition de ce déséquilibre. Pour le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, il affecte surtout les Ontariens puisque que ceux-ci versent chaque année entre 18 et 23 milliards de plus à Ottawa que celui-ci ne leur retourne en transferts et en services à la population. Voilà une conception pour le moins étroite des choses. Le jour où un État fédéral devra redonner à chaque classe de contribuables et à chaque province l'équivalent en transferts et en services de ce qu'elle a versé en impôts, l'expression redistribution de la richesse aura perdu tout son sens. Si les Ontariens versent plus d'argent à Ottawa que les autres Canadiens, c'est qu'ils sont plus riches que les autres. Ce n'est que justice.
Trouver une solution au déséquilibre entre Ottawa et les provinces implique donc deux choses : d'abord verser à chaque province, quelle que soit sa richesse, des montants égaux par habitant à titre de contribution fédérale aux programmes dans lesquels Ottawa a choisi de s'impliquer (santé, éducation post-secondaire, infrastructures, etc.); puis contribuer à ce que toutes les provinces aient à peu près la même capacité financière d'offrir une qualité de services essentiels équivalente. Ce dont les provinces canadiennes sont encore loin.
À la suite des dernières ententes sur le financement des soins de santé, Ottawa a haussé ses paiements par habitant aux provinces et a ajouté une clause d'indexation annuelle de 6 % pour l'avenir. En revanche, il n'a toujours pas rétabli les transferts pour l'éducation post-secondaire à un niveau acceptable. Voilà donc le premier point à corriger. Ce avec quoi l'Ontario et l'Alberta seront d'accord, puisqu'il s'agit de versements calculés au prorata de la population, et non de la richesse de chacune.
***
Quant au règlement du déséquilibre horizontal, celui qui désavantage les provinces moins riches par rapport aux autres, plusieurs approches sont possibles.
La formule la plus intéressante est celle d'un transfert de points d'impôt (ou de la TPS, comme le recommandait la commission Séguin), mais dans la mesure où elle est assortie d'un complément de péréquation. Il y a longtemps que les représentants du Québec revendiquent d'Ottawa qu'il concède une partie de son pouvoir de taxation aux provinces. Cela s'est d'ailleurs déjà produit, en 1977, alors qu'Ottawa avait transféré 13,5 points d'impôt aux provinces.
L'avantage pour les provinces vient du fait qu'elles conservent toute leur autonomie décisionnelle et qu'elles ne risquent pas de voir leurs transferts réduits lors d'un changement politique à Ottawa.
En revanche, un point d'impôt sur le revenu n'a pas la même valeur selon que les contribuables d'une province sont riches ou pauvres. Ainsi, les points d'impôt consentis dans les années soixante-dix rapportent aujourd'hui 667 $ par habitant au gouvernement de l'Alberta, mais seulement 472 $ à celui du Québec et 346 $ à celui de l'Île-du-Prince-Édouard. Pour corriger cet écart, un tel transfert doit nécessairement s'accompagner d'une formule supplémentaire de péréquation, ce qui fut le cas, à l'époque.
Malheureusement, à moins d'un fort consensus et d'un rapport de force à l'avantage des provinces, aucun gouvernement fédéral n'acceptera plus d'abandonner une partie de son pouvoir de taxation au profit des provinces.
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Un autre façon pour Ottawa de corriger le déséquilibre entre les provinces consiste à s'en remettre entièrement à la péréquation, ce programme de compétence fédérale exclusive prévu par la Constitution pour que chaque province puisse offrir des services de qualité équivalente.
Ottawa versera cette année 11,5 milliards de dollars à huit provinces sur dix, soit celles dont la capacité de lever des impôts est inférieure à une moyenne nationale calculée sur la richesse de cinq d'entre elles, excluant la plus riche et les plus pauvres.
La somme est importante, mais elle ne représente tout de même que 6 % des dépenses de programmes du fédéral.
Selon la formule qui serait adoptée par le gouvernement Harper après avoir tenté de trouver un consensus bien improbable avec les dix provinces, il pourrait en coûter entre trois et six milliards supplémentaires à Ottawa pour régler ce déséquilibre fiscal entre provinces riches et pauvres.
Malheureusement, les provinces sont loin de s'entendre, et Ottawa devra trancher. L'Ontario juge que c'est elle, la victime de ce déséquilibre avec Ottawa, et certains ténors de la presse torontoise en rajoutent en soutenant que la péréquation nuit à la productivité des provinces prospères et maintient les autres dans leur état de dépendance. À l'inverse, Terre-Neuve ne veut pas que ses revenus du pétrole soient pris en compte dans les calculs pour ne pas subir de réduction dans les paiements d'Ottawa auxquels elle a été habituée.
Selon l'hypothèse retenue, le Québec recevrait moins de péréquation si les ressources pétrolières de l'Ouest sont exclues des calculs comme c'est le cas à l'heure actuelle, ou 2,2 milliards de plus si elles sont inclues en totalité.
On le voit, le dossier est non seulement complexe, mais il est surtout très politique. Le premier ministre Harper a promis de trouver une solution au problème avant les prochaines élections, et il peut le faire. Pour autant qu'il sache naviguer entre les récifs que ne manqueront pas de dresser devant lui tous ceux qui s'opposent à un rééquilibrage de la fiscalité aux profits des provinces moins nanties.
j-rsansfacon@ledevoir.com

Le peuple des sans-papiers
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE lundi 29 mai 2006
(…) j’ai commencé à haïr les intellectuels parce que,
avec les intellectuels, c’est toujours ainsi,
ça discute et ça ne propose rien de concret à la fin,
ou alors ça propose des discussions
sur les discussions (…)
Alain Mabanckou
Verre Cassé
Québec Solidaire se dote d’un logo :
une loupe qui regarde un petit pois.
Les dirigeants du parti
à direction bicéphale
se disent confiants de ravir
quelques circonscriptions au PQ.
Ils y parviendront sans nul doute car
entre la droite libérale des promoteurs
et la gauche des logements sociaux
le PQ ne réussit guère à camper ses positions
s’il en a.
L’élection de Boisclair
n’a pas produit l’effet escompté.
De nouvelles cartes de membre ont été signées
d’autres n’ont pas été renouvelées.
La caisse est vide.
Qui la renflouera ?
De son côté, la population ne semble guère impressionnée
par les messages publicitaires sporadiques
du jeune chef « charismatique ».
Si le PQ n’adopte pas bientôt
un discours plus mordant
Kyoto, mont Orford, registre des armes à feu,
Afghanistan, CHU unique, réforme scolaire,
enseignement de l’histoire plurielle,
recule du français à Montréal,
enseignement de l’anglais en première année,
les squelettes du placard d’André Boisclair
pourraient bien être ceux des députés d’un parti moribond
et de tout un peuple
de sans-papiers à jamais
privé de son identité.

Un seul précédent comptera
Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI L'Action nationale, 29 mai 2006
Le cas du Monténégro a donné bien des frissons aux inconditionnels du Canada qui s’agitent dans la province de Québec. Presque toute la chorale des pleureuses de Gesca a été mobilisée. Ah cette majorité qualifiée ! Oh cette entente entre les parties sur le libellé de la question ! Ah cette belle discipline pour que la séparation se fasse correctement ! On ne s’en pouvait plus dans les gazettes et sur les blogues.
Les séparatistes devraient comprendre qu’ils ne peuvent lancer le Québec dans une aventure mal balisée…
Comprendre et se sentir coupables, surtout. Les inconditionnels du Canada ont beau se donner bonne bouche en multipliant les déclarations de reconnaissance de la légitimité du projet indépendantiste, il était frappant de voir jusqu’à quel point la tentation était forte cette semaine chez les commentateurs de se mettre à faire un distingo entre la légitimité de l’aspiration à l’indépendance et la démarche projetée dans le programme du PQ. Il serait irréaliste, il faudrait encore reporter les échéances, rehausser le seuil de majorité légitime, mettre des étapes entre les étapes, tergiverser jusqu’à ce que le plomb provincial se change en or sous l’œil bienveillant du Canada et de la communauté internationale.
Outre le fait que les interprétations concernant le cas monténégrin reposaient sur des approximations très grossières, sinon même sur des assertions contraires aux faits (Claude Bariteau a publié sur le sujet un texte fort éclairant sur Vigile.net) ce qui frappait le plus, dans tout le babillage, c’était d’y déceler la totale adhésion à la loi C-20. Ainsi donc, André Pratte (La Presse 24 mai) qui voit dans l’accord des parties au sujet du libellé de la question le plus grand enseignement de l’exercice monténégrin, plaide-t-il à mots à peine couverts pour qu’Ottawa soit mis à contribution lors d’un éventuel prochain référendum. Foin donc du déni du droit du Québec à disposer de lui-même. Ottawa a déjà fixé les règles du jeu et elles ne laissent aucune place au dialogue et à la discussion. Raison de plus pour lui reconnaître un rôle ! Quelle leçon de loyauté au Québec !
André Pratte fait des phrases. Et il pave la voie aux diverses manœuvres qu’autorise cette loi inique pour confisquer la démocratie québécoise et faire dérailler tout exercice qui pourrait ressembler aux négociations auxquelles rêvent les péquistes. Les inconditionnels du Canada n’osent pas le dire ouvertement, mais ils donnent tous les signes laissant entendre qu’ils combattront un résultat démocratiquement exprimé qui ne sera pas d’abord obtenu aux conditions et avec l’assentiment du Canada. C’est ce qui se profilait derrière les ergotages auxquels a donné prise le manifeste des réalistes, c’est ce qui se lisait entre les lignes des commentaires sur le Monténégro : l’indépendance n’est un projet légitime que si elle est posée dans un cadre impossible. On se drape dans des énoncés de principe spécieux pour mieux redire le consentement à l’impuissance.
Le besoin névrotique d’approbation, la démission inavouée devant la nécessité de rompre pour se poser dans l’existence, tout cela nous est continuellement distillé dans cette rhétorique qui fait semblant de ne pas voir que le Canada a déjà statué. C-20 est une manœuvre hypocrite pour voiler un acharnement séculaire, une féroce volonté d’oblitérer. Le déni de notre nation est désormais maquillé dans un légalisme bidon qui ne sert qu’à dresser des embûches semés par un État qui campe sur le refus total de nous considérer comme interlocuteur. Le Canada se sert de C-20 comme d’un simulacre de processus de légitimation de l’approche référendaire péquiste pour mieux retourner contre la nation québécoise une démarche qui aurait pu servir à la faire reconnaître. Il affirme pour mieux nier, se donne des airs vertueux pour réduire avec condescendance et se trouve magnanime d’agir avec une telle bienveillante méthode. Pour paraphraser le titre d’un ouvrage de Jacques T. Godbout, on est en train de nous faire le coup du référendum contre la démocratie.
Ceux-là qui nous font le numéro du pragmatisme négociateur en nous brandissant le respect des lois du Canada comme une condition essentielle à la reconnaissance internationale agitent des épouvantails. Ce sont des imposteurs qui n’osent pas avouer qu’à leurs yeux, il manquera toujours une condition pour que le processus soit acceptable. Quand la perfection sera de ce monde le Québec pourra devenir indépendant.
Les inconditionnels du Canada ne pensent le politique québécois que dans l’interdit du passage à l’acte. Le recours aux arguments de la reconnaissance internationale ne sert en fait qu’à inventer de nouveaux alibis et de nouveaux prétextes. Il n’y a pas de règles prédéterminées en ces matières. Ceux-là qui, ici, s’échinent à trouver dans l’actualité des préceptes qui devraient s’imposer aux Québécois ne font que donner un nouveau répertoire au bon-ententisme et à la soumission.
L’indépendance du Québec ne se fera pas avec l’approbation du Canada. Elle ne se négociera pas. Il faudra rompre et miser sur la force de cette rupture pour aménager les conditions conséquentes de la séparation. Les donneurs de leçon peuvent toujours inventer des chimères, un seul précédent comptera, celui que le peuple du Québec établira pour lui-même dans la façon dont, le moment venu, il choisira de briser le carcan canadian pour s’inscrire à sa manière dans l’espace international.

Patronat et société
Michel Venne
Le Devoir lundi 29 mai 2006
Avis aux membres du Conseil du patronat du Québec (CPQ) qui ne l'auraient pas remarqué, votre nouveau président, Michel Kelly-Gagnon, a entrepris en votre nom un nouveau combat. Il invite le gouvernement à «couper leurs subventions» aux groupes communautaires qui contestent des politiques et des projets.
S'il se défend bien de vouloir «brimer la liberté d'expression de qui que ce soit», M. Kelly-Gagnon suggère néanmoins, dans une lettre ouverte publiée samedi, d'en enlever les moyens aux organismes qui, chaque jour, sont les témoins privilégiés et tentent de pallier les ratés du système économique et les lacunes des services publics.
Bravo aux «organismes charitables [sic !] qui soutiennent les gens dans le besoin», écrit-il, tant que ces mêmes organismes restent silencieux lorsqu'un projet ou une politique risque, à leurs yeux, d'aggraver la situation des populations démunies. Traitez les conséquences de la misère, mais, surtout, n'en dénoncez pas les causes.
Dans un projet de lettre ouverte, éventé par un journaliste de La Presse, sur l'abandon du projet de déménagement du casino à proximité d'un quartier populaire de Montréal, M. Kelly-Gagnon dénonçait les «professionnels de la contestation». Il reprochait au gouvernement d'être «incapable de prendre des décisions économiques sensées» à cause de l'influence «excessive» des groupes communautaires qui détourneraient leurs subventions pour faire de «l'activisme politique».
La lettre a paru le 18 mai dans une version expurgée de ses outrances, mais M. Kelly-Gagnon a repris ces critiques lors d'entrevues à la télévision et dans sa lettre d'explications publiée dans La Presse de samedi. Il promet de continuer à intervenir sur ce sujet. Les chefs d'entreprise membres du CPQ approuvent-ils cette nouvelle croisade ?
***
Lorsqu'il a été nommé à la tête du CPQ, M. Kelly-Gagnon avait annoncé ses couleurs. «Ce serait mon style de faire des coups d'éclat», dit-il à la revue Commerce. Les patrons «devraient se montrer plus fermes» à l'endroit des syndicats. Il vitupérait contre «les forces qui s'opposent au changement». Il souhaitait «mettre plus d'importance sur les relations publiques» et recommandait au patronat de ne pas craindre de proposer des projets «politiquement irréalistes», même si c'est au prix de «se faire expulser de la tribu». Avocat et communicateur (il n'a pas de formation en économie même s'il en parle comme s'il était un spécialiste), il préfère l'affrontement (qu'il appelle le «choc des idées»).
Personne n'est contre le débat public. Mais son approche marque une rupture avec la longue tradition de concertation et d'alliance entre les classes sociales qui a permis au Québec de se développer harmonieusement au cours des cinquante dernières années.
Lorsqu'il prit sa retraite après 28 années à la présidence du Conseil du patronat, en 1997, Ghislain Dufour s'était réjoui de voir les chefs d'entreprise participer plus volontiers aux débats publics. La garde montante de Québec inc. étant elle-même issue et intégrée à la communauté francophone, les patrons comprenaient la société et partageaient ses valeurs. Les patrons appuyaient désormais l'économie sociale et avaient appris à dialoguer avec les syndicats. La concertation, «ce n'est pas artificiel», disait M. Dufour dans une entrevue qu'il m'avait accordée. «Ce qui va marcher dans une société, ajoutait-il, c'est ce sur quoi les gens s'entendent.»
Les milieux économiques et sociaux ne sont plus étanches, et c'est un acquis pour le Québec. Les syndicats investissent dans des entreprises au moyen des fonds de travailleurs. Le Cirque du soleil, qui était lié au projet de casino, a lui-même vu le jour grâce au soutien financier de la Caisse d'économie solidaire (associée de près aux mouvements sociaux) à l'époque où aucun capitaliste ne faisait confiance à Guy Laliberté. Et les organismes communautaires sont désormais des agents de développement économique local, d'innovation sociale et d'éducation à la citoyenneté. Le nouveau patron des patrons semble ignorer cette réalité.
M. Kelly-Gagnon adhère, lui, aux préceptes véhiculés par un réseau de think tanks conservateurs (dont fait partie l'Institut économique de Montréal que M. Kelly-Gagnon présidait jusqu'à sa récente nomination au CPQ). Ces think tanks se citent mutuellement, souvent au mépris de ce que nous apprend la recherche scientifique, pour renforcer un discours ultralibéral, faisant fi de l'importance de vivre en communauté. Le discours idéologique qu'il défend, désormais au nom des patrons, n'est malheureusement pas propice à la concertation. Le lien de confiance avec les autres acteurs de la société sera difficile à rétablir et favorisera une radicalisation des opposants.
***
Paradoxalement, les hauts dirigeants des plus grandes entreprises au monde prennent conscience, au contraire, de l'importance de tenir compte des mouvements sociaux dans leurs plans stratégiques, selon un sondage publié par le cabinet conseil mondial McKinsey et compagnie (auprès de 4328 cadres supérieurs d'entreprises réparties dans 116 pays).
Le «contrat social» liant les entreprises et la société est en pleine évolution, et les entreprises doivent s'en rendre compte, écrivent les analystes du McKinsey Quarterly. Les mouvements sociaux savent mobiliser l'opinion publique, et les attentes envers les entreprises sont grandes. Il leur faut désormais adopter des comportements responsables envers l'environnement, les droits de la personne et la qualité des emplois. En outre, ajoutent-ils, les changements sociaux comportent sans doute des risques, mais créent de nouveaux besoins et ouvrent de nouveaux marchés (les technologies environnementales en sont un bon exemple).
Pour réduire les risques et saisir les occasions, que doivent faire les patrons, selon McKinsey ? Ils doivent miser sur la transparence, l'éthique, la communication et... le dialogue avec les mouvements sociaux... Se braquer ne fait avancer personne.
michel.venne@inm.qc.ca

Pas à pas
Dufresne, Denis
La Tribune (Sherbrooke, Qc) lundi, 29 mai 2006
En dépit de moyens financiers modestes, la nouvelle Politique internationale du Québec a le mérite d'avoir des objectifs clairs et témoigne de la volonté du gouvernement d'accentuer ses actions et son influence à l'étranger.
Cela s'imposait.
La dernière politique internationale du Québec remontait à 1991. Le monde a bien changé depuis, avec l'émergence de nouvelles puissances économiques comme la Chine et l'Inde, le rôle grandissant des institutions internationales et l'importance pour les États d'affirmer leur identité culturelle.
En tant qu'entité francophone non-souveraine en Amérique du Nord, le Québec ne peut demeurer passif s'il veut maintenir sa prospérité économique via les domaines où il excelle (transports, nouveaux médias, biotechnologies, etc.), assurer son rayonnement culturel et défendre ses intérêts.
Un bémol toutefois: le plan d'action proposé par la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, ne bénéficie que de crédits additionnels de 20 millions $ sur trois ans, qui s'ajouteront aux 350 millions $ dépensés annuellement par les différents ministères dans leurs actions internationales.
Le Québec a-t-il les moyens de ses ambitions?
En revanche, le plan d'action corrige une erreur du passé en augmentant le nombre de bureaux et de délégations du Québec à l'étranger, notamment en Inde, en Chine, au Brésil et aux États-Unis.
Il y a 10 ans, le gouvernement du Parti québécois avait fermé une douzaine de délégations et de bureaux dans le cadre de sa lutte au déficit.
Au strict plan économique, le Québec n'a tout simplement pas le choix en 2006 d'être présent là où les choses se passent.
Il faut toutefois souhaiter que la présence accentuée du Québec dans les marchés émergents ne se traduise pas par des délocalisations d'entreprises d'ici vers des pays à faibles coûts de main-d'Suvre.
La volonté de Québec de donner priorité au savoir, à l'innovation et de faciliter l'intégration des travailleurs immigrants qualifiés est également un bon pas en avant.
Autre initiative très valable: la nouvelle politique prévoit aider les régions à élaborer leurs plans d'affaires pour développer leurs créneaux et soutenir l'établissement de liens avec d'autres villes ou régions du monde.
De telles mesures sont susceptibles de permettre à une ville comme Sherbrooke de mieux se faire connaître à l'étranger et de développer encore davantage les secteurs où elle se démarque, la santé et l'environnement, par exemple.
Il faut toutefois déplorer que le manque de moyens financiers empêche le Québec d'être plus présent en Afrique et dans les pays du Maghreb, notamment. Des choix ont visiblement dû être faits, mais les liens de solidarité et les échanges avec ces pays, dont plusieurs sont francophones, risquent d'en pâtir.
Au plan philosophique, la nouvelle politique n'a rien de révolutionnaire.
Elle s'inscrit en droite ligne avec les initiatives des gouvernements précédents en matière internationale. Elle réaffirme que le Québec peut jouer un rôle sur la scène internationale dans les domaines de sa compétence, défendre ses valeurs et ses intérêts, en collaboration avec Ottawa.
Dans le cadre fédéral actuel, seule la pratique dira si le Québec pourra exercer davantage son influence sur ce qui se dit et se décide ailleurs, s'il pourra un jour avoir sa place au sein des grandes institutions internationales comme l'Organisation mondiale du commerce et l'Organisation mondiale de la santé.

Les Casques bleus canadiens: une espèce en voie de disparition
Charles Létourneau; Justin Massie
Le Devoir lundi, 29 mai 2006
Le 29 mai marque la Journée internationale des Casques bleus, décrétée par l'ONU il y a trois ans. Le Canada a de quoi fêter l'événement. Plus de 100 000 Canadiens ont servi, à un moment ou à un autre depuis plus de 50 ans, dans le cadre d'opérations de maintien de la paix des Nations unies.
Cependant, depuis plus de 15 ans, une confusion croissante se constate au sein de la population canadienne quant au rôle des Forces canadiennes (FC) sur la scène internationale. Une majorité de Canadiens s'opposent à un rôle musclé de leurs forces armées et préfèrent qu'elles opèrent sous un mandat de l'ONU, alors que l'engagement international du Canada s'effectue de plus en plus sans mandat onusien et au sein d'opérations de combat. Le Canada se situe aujourd'hui au 50e rang des pays contributeurs de Casques bleus, loin derrière le Pakistan et le Bangladesh.
Cette confusion culmine actuellement avec l'engagement en Afghanistan. Un sondage du Strategic Counsel effectué en mars dernier révèle qu'environ 70 % des Canadiens pensent que la mission des FC à Kandahar est le maintien de la paix (76 % au Québec), alors qu'il s'agit d'une mission de guerre, dont l'objectif est de contrer les insurgés talibans liés à al-Qaïda.
D'où vient cette confusion? Les dirigeants politiques ont systématiquement entretenu une image des FC qui contraste avec la réalité. Ils ont justifié des interventions militaires canadiennes sous des principes d'aide humanitaire et de maintien de la paix, alors que ces rôles ne représentent qu'une infime proportion de leurs tâches.
Une ambiguïté entretenue
À l'époque de la guerre froide, les militaires se déployaient entre des parties belligérantes pour superviser un accord de cessez-le-feu préalablement négocié. Ils n'ouvraient le feu qu'en situation de légitime défense. En 1990, 10 % des Casques bleus mondiaux provenaient du Canada. Leur travail était apprécié par la communauté internationale, et la population canadienne approuvait massivement ce rôle.
Les années 1990 ont marqué le début d'un schisme entre la croyance populaire et la réalité. Pendant que les militaires se déployaient de moins en moins dans des opérations de maintien de la paix, les gouvernements canadiens ont tout de même justifié leurs interventions de cette manière. Ce fut le cas pour les opérations en Somalie et en ex-Yougoslavie.
Plusieurs éléments différenciaient cependant ces missions de celles qui avaient eu lieu auparavant: les militaires appuyaient dorénavant une faction et avaient l'autorisation d'ouvrir le feu pour imposer leur mandat. Malgré ces différences flagrantes, le premier ministre Brian Mulroney affirma qu'il s'agissait d'opérations de maintien de la paix.
Jean Chrétien utilisa la même stratégie. Il qualifia les missions des militaires canadiens en Bosnie (1995-2004) comme étant du maintien de la paix, alors que ce n'était pas le cas. Il utilisa la même rhétorique pour expliquer l'engagement du Canada en Afghanistan en octobre 2001, alors que les FC avaient pour mandat de parcourir les montagnes afghanes pour combattre les talibans.
Paul Martin accrut également l'ambiguïté autour du rôle des militaires canadiens. Il prit la décision de retirer les militaires de Kaboul, où ils opéraient sous l'égide de l'OTAN, pour les déplacer à Kandahar, dans le cadre de l'opération Enduring Freedom dirigée par les États-Unis. M. Martin expliqua que le rôle des FC consistait à «reconstruire» l'Afghanistan, à porter la paix et à «faciliter la réforme du secteur de la sécurité». Ces euphémismes ne permirent pas aux Canadiens de comprendre que leur pays était désormais engagé, à Kandahar, dans des opérations de combat contre les insurgés afghans.
La confusion persiste
Malgré les efforts du gouvernement Harper en vue d'expliquer aux Canadiens les «vrais enjeux» de la mission à Kandahar, l'ambiguïté demeure. Les visites respectives du premier ministre et du ministre des Affaires étrangères en Afghanistan, les débats historiques à la Chambre des communes, le vote controversé du 17 mai et l'importante couverture médiatique des derniers mois n'ont pas suffi à éclairer les Canadiens quant au nouveau rôle de leur pays. Non seulement la mission est-elle toujours incomprise, mais 54 % des Canadiens s'opposent dorénavant au maintien des troupes en Afghanistan.
L'écart croissant entre ce que les Canadiens veulent que leur pays joue comme rôle et celui véritablement effectué par le Canada ne cesse de croître. Environ 169 militaires canadiens sont actuellement engagés au sein d'opérations de paix de l'ONU, comparativement aux 2300 soldats déployés au sein de l'opération antiterroriste en Afghanistan. Harper a tout récemment mis fin à la contribution canadienne aux forces des Nations unies sur le plateau du Golan, en Syrie, et les ressources militaires limitées du Canada ne permettront pas un engagement substantiel au Darfour, où une crise humanitaire persiste depuis plusieurs années.
Alors que les gouvernements confèrent depuis les 15 dernières années un nouveau rôle aux militaires canadiens sur la scène internationale, la population n'en connaît toujours pas la nature exacte. À en croire les décisions des dirigeants politiques, et non pas leurs discours, les Canadiens ne doivent pas espérer voir leurs militaires effectuer du maintien de la paix dans les années à venir. La lutte contre le terrorisme constitue désormais le nouveau rôle - plus offensif et plus guerrier - des Forces armées canadiennes sur la scène internationale.
Les auteurs sont chercheurs à la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes de l'Université du Québec à Montréal et associés au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix de l'Université de Montréal.

Tellement péquiste...
Auger, Michel C.
Le Soleil lundi, 29 mai 2006
André Boisclair veut demander au conseil national de son parti, dans deux semaines, de réduire ou même supprimer les subventions aux écoles privées qui sélectionnent les étudiants qu'ils reçoivent. Ce serait au coeur du programme du Parti québécois en matière d'éducation pour la prochaine campagne électorale.
Le problème, c'est que l'approche choisie est si révélatrice des solutions typiquement péquistes à tous les problèmes que ça relève presque de la caricature. C'est presque trop péquiste, même pour le PQ.
D'abord, la question des écoles privées est un vieux problème dans la société québécoise, mais elle n'est pas vue comme étant la plus pressante, même dans le monde de l'éducation. Au cours de la course au leadership de l'automne dernier, par exemple, M. Boisclair disait que sa priorité en éducation serait plutôt le financement des études postsecondaires.
Sur la question du financement des écoles privées, il avait mentionné que même si le programme du PQ adopté en juin dernier prévoyait une baisse substantielle des subventions au secteur privé, il n'allait "pas toucher à ça avant un référendum". Bref, c'est un problème réel, mais ce n'est pas une urgence. Alors pourquoi en faire l'élément dont on parlera le plus dans le programme péquiste en éducation ?
C'est aussi une solution typiquement péquiste parce qu'elle démontre une volonté de régler un problème d'un seul trait de plume, depuis Québec plutôt que sur le terrain. Une solution qui est donc imposée de façon bureaucratique depuis le ministère à Québec. Une solution "mur à mur" qui laisse les autorités locales se débrouiller avec les problèmes de mise en application de ladite politique.
Parce que si l'idée de base est sans doute bonne, le diable est dans les détails. Le critique péquiste en matière d'éducation, Camil Bouchard, disait la semaine dernière que "plus une école impose des problèmes de sélection importants au moment de l'inscription, moins elle serait subventionnée par l'État et vice-versa".
Voilà précisément le genre de politique qui finit dans un cauchemar bureaucratique. Que fait-on d'une école qui a des examens d'admission, mais qui se donne un quota d'enfants en difficulté d'apprentissage ? Que fait-on d'un élève surdoué, mais qui vient d'arriver au pays et qui a des difficultés (temporaires) avec le français ? Que fait-on des écoles publiques qui, dans les faits, sélectionnent les élèves, soit à cause de leur vocation particulière (musique, danse, etc.) ou qui offrent des programmes enrichis ?
Ce sont juste des exemples, mais ça donne une idée du défi que constituerait la rédaction des règlements qui accompagneraient une telle politique. M. Bouchard disait vouloir éviter la création d'un système d'éducation à deux vitesses, il va vite se rendre compte qu'il va créer un système à vitesses multiples et variables.
Et, bien sûr, le PQ se trouvera, par une telle politique, à ouvrir toute grande la boîte de Pandore des écoles privées qui sélectionnent leurs élèves en fonction de la religion. Que ce soient les catholiques traditionalistes, la communauté juive ou des groupes plus nouvellement arrivés, il y a toute une série de droits acquis et de privilèges consentis il y a très longtemps qu'il serait très malaisé de vouloir bousculer en pleine campagne électorale.
Mais le principal problème pour le PQ avec cette politique touche son rapport avec la classe moyenne, celle-là même qui a permis aux conservateurs de faire une percée à la dernière élection fédérale. Celle qui a de plus en plus de mal à se reconnaître dans un parti qui est prêt à perdre 10 000 voix sur sa droite pour en préserver un seul sur sa gauche.
Il y a longtemps que la classe moyenne a décidé de voter avec ses pieds en matière d'éducation, particulièrement au secondaire. On peut le déplorer, mais c'est un fait incontestable. Les généreuses subventions de l'État québécois aux écoles privées sont largement considérées comme l'un des derniers avantages qui restent aux parents qui ne sont pas nécessairement très fortunés, mais qui paient beaucoup d'impôts sans avoir l'impression de recevoir des services en retour.
Le problème posé par les écoles qui choisissent leurs élèves n'est pas sans fondement. Il n'est pas très difficile de bien figurer dans un classement - aussi connu que biaisé - quand on peut sélectionner la crème. Mais ce n'est ni le problème le plus urgent en éducation au Québec, ni celui dont la solution s'explique le mieux en campagne électorale.
Tout cela nous donne une solution si typiquement péquiste : on tentera de régler le problème par une seule intervention de l'État depuis Québec, en oubliant combien de problèmes cela pourrait causer sur le terrain. Pas étonnant que Jean Charest refuse de commenter sur le fond : il n'aura qu'à souligner la confusion que tout cela va engendrer.

The jolt from Montenegro
LYSIANE GAGNON
The Globe and Mail May 29, 2006 Monday
Call it the Montenegro syndrome. What happened last week in the tiny ex-Yugoslav republic is sending shock waves through the Quebec sovereigntist ranks.
In a referendum on splitting from Serbia, Montenegrins voted 55.4 per cent in favour of independence. This was a razor-thin victory for the separatists, since the threshold needed for the result to stand was 55 per cent - a clear break from the traditional rule that the majority needed for separation is 50 per cent plus one vote. This was the rule by which the Yes and No camps played in Quebec's two referendums on sovereignty.
Mind you, no country ever won its independence with such a small majority at the polls (support usually hovers around 90 per cent). But the "50 plus 1" formula had always been regarded as the conventional rule until it was challenged by the federal Clarity Act, which states that Parliament would negotiate with a secessionist province only if the support for the breakup were deemed substantial.
Actually, the Canadian law served as a model for the Montenegrin vote. The 55-per-cent threshold was the compromise that the secessionists accepted so that the other side would agree to a referendum. Then the European Union declared that it would recognize the new state only if it received the support of at least 55 per cent of the population. This is not exactly a legal precedent, but it establishes a new convention and it gives credence to the Clarity Act.
Quebec sovereigntists are now faced with the possibility that the international community would refuse to recognize a Yes vote if it didn't meet the Montenegrin standard. What's worse for them is that the conventional rule is now being challenged on their home turf.
A group of veteran sovereigntists, two of whom were close advisers to Parti Québécois founder René Lévesque, recently published a manifesto calling for a more "realistic" approach. "Quebec will become independent," they say, "only if this is the clearly expressed will of a sufficient majority of Quebeckers. A majority of 50 per cent plus one is fine in principle but not in practice. The result would be so contested that the situation would become intolerable."
This manifesto sounds like a twin of the Clarity Act, which calls for a clear question and a substantial majority. (The laughter you hear in the background is from Jean Chrétien and Stéphane Dion, who were both vilified by Quebec nationalists for daring to spell out the conditions under which secession could be negotiable.)
One wonders why it took so long for sovereigntists to say aloud what they've been whispering ever since 1995, when they lost the referendum by a few thousand votes. Since then, many sovereigntists concede in private that the reverse result (a razor-thin victory in favour of a breakup) would have been catastrophic, especially considering that the referendum question, which promised a "partnership" with Canada, was ambiguous and misleading. The division and anger would have quickly led to anarchy.
In any case, when polled on the issue, a majority of Quebeckers go over the Montenegrin standard and opt for a threshold between 55 per cent and 60 per cent for secession. (After all, why should it be easier to break up a country than to build a garage in a housing co-op, a project that requires the support of two-thirds of the owners?)
But the sensible approach of the "manifesto of the realists" has been squarely rejected by PQ Leader André Boisclair, who accused its authors of playing with words. For now, Mr. Boisclair is clinging to the radical program adopted at the party's last convention, like a man whistling in the dark.
lgagnon@lapresse.ca

Equalization program needs rethinking
EDITORIAL
The Gazette (Montreal) May 29, 2006 Monday
Ralph Klein knows he was talking nonsense when he threatened last week to pull out of the federal government's equalization program.
He knows his government does not now actually "participate" in equalization - although Alberta taxpayers do, individually - and therefore cannot stop participating. He knows that equalization doesn't need provincial-government support, approval or participation, any more than does, as one expert noted, Canadian military presence in Afghanistan.
He knows, too, that equalization is in the constitution, and therefore not optional. Article 36, ponderous but limpid, explains why the re-writers of the constitution, some 20 years ago, thought equalization worth entrenching:
"Parliament and the government of Canada are committed to the principle of making equalization payments to ensure that provincial governments have sufficient revenues to provide reasonably comparable levels of public services at reasonably comparable levels of taxation."
So what was Klein up to with his blustery speech? He's not running for office - in fact he's a lame duck, given a hearty handshake and a gold watch by his party last month in a secret leadership ballot, well before he was ready to leave. Now Klein, 63, is playing out the string until October, when a replacement will take over Alberta's natural governing party, the Progressive Conservatives.
Was Klein just grandstanding, out of boredom or concern for his record, or in an effort to keep his name before the public? He is surely aware that Albertans will rally behind anyone willing to shake a fist at "the east." But there is more than puffery in Klein's stern words.
Equalization, like so many government projects noble in purpose, is a dog's breakfast in practice. And when it is renegotiated, the rest of the country will not willingly let Alberta pretend it does not have oil money in bulging bags jamming every closet.
Equalization is socialism: "from each according to his ability; to each according to his needs." And it's a bureaucratic program: full of shaky assumptions, unfair practices, and out-dated "facts." The whole notion of "poor province" is increasingly useless in a country where Newfoundland has oil revenue and Quebec, while moaning about a "fiscal imbalance," keeps adding generous social programs even Albertans don't have.
Some rethinking of equalization is due, and overdue, and this at a time when Prime Minister Stephen Harper is preparing to do something - nobody knows yet quite what - about the so-called "fiscal imbalance."
It remains to be seen if Harper's approach to this Gordian knot will be to seek a comprehensive deal. He might try that, in a bid to put federal-provincial financial arrangements on a comprehensive and stable new foundation.
This would demand a lot of compromise all around, and a certain amount of magnanimity on the part of wealthy provinces. Ontario in the days of Bill Davis and David Peterson provided that kind of leadership.
If Klein is inclined to stand like a lion over its kill, roaring to warn off the jackals, then it's just as well that he's leaving. On this whole issue, Alberta's next premier would be wise to begin by keeping his mouth closed and his ears open, and not the other way around.

Québec solidaire et le PQ à couteaux tirés
Salvet, Jean-Marc
Le Soleil lundi, 29 mai 2006
L'organisateur en chef du Parti québécois, Nicolas Girard, rejette toute forme d'alliance avec Québec solidaire (QS), le parti de gauche qui vient de se lancer sur le sentier électoral.
"Il y aura des candidats du Parti québécois dans toutes les circonscriptions du Québec", a assuré, hier, Nicolas Girard, qui est également député de Gouin.
Notant que la jeune formation n'aura probablement pas de candidats dans chacune des 125 circonscriptions, ce proche collaborateur d'André Boisclair invite plutôt les membres et les sympathisants de QS à "joindre la grande famille" péquiste.
C'est la deuxième fois en quatre mois que le PQ ferme la porte à une entente stratégique avec QS. Elle est désormais verrouillée.
Quelques heures avant cette seconde et dernière fin de non-recevoir, Amir Khadir, l'une des deux têtes d'affiche des solidaires, avait expliqué qu'il demeurait ouvert au dialogue avec le PQ (ainsi qu'avec les Verts) pour autant qu'un éventuel "pacte" permette à son parti d'entrer à l'Assemblée nationale.
Traduction : "laissez-nous deux ou trois circonscriptions dans lesquelles nous aurions des chances de l'emporter et nos candidats n'affronteront pas les vôtres dans certaines où vous avez perdu par moins de 1000 voix".
Malgré cette main tendue, sans doute par pure forme, par Amir Khadir et Françoise David, les relations sont tendues entre les deux formations "souverainistes et progressistes". Quand M. Khadir martèle "qu'André Boisclair est le fils spirituel ou le digne héritier de Lucien Bouchard et de Bernard Landry", ce n'est pas un compliment que l'on entend dans sa voix. Pour lui, il est clair que le PQ n'aura que lui-même à blâmer s'il perd le prochain scrutin.
Rabaska, Orford et le zoo
Mais ce sont surtout les "politiques de droite" des libéraux de Jean Charest qui ont été charcutées lors de ce premier conseil national de Québec solidaire, qui s'est conclu hier à Québec : la politique énergétique, mise sur pied "pour réaliser des profits le plus vite possible", mais aussi le projet de port méthanier à Beaumont et la privatisation d'une partie du parc du Mont-Orford. Des dossiers qui illustrent "l'autocratisme de ce gouvernement", a soutenu M. Khadir.
Les 130 délégués ont d'ailleurs donné leur appui au mouvement d'opposition au projet Rabaska, ainsi qu'au groupe qui milite en faveur de la réouverture du zoo de Québec.
"Dérive sécuritaire"
Dans le discours de clôture qu'ils ont prononcé en duo, Françoise David et Amir Khadir ont décrié la "dérive sécuritaire" des gouvernements Harper et Charest. Mme David en veut pour preuve la prolongation de la mission canadienne en Afghanistan, qui fait le jeu de Washington, selon elle, ainsi que la décision de Québec de créer un Centre de gestion de l'information et de la sécurité, "une mini CIA québécoise".
"Ce n'est pas de cette sorte de sécurité que le peuple a besoin. Il a besoin de sécurité alimentaire, de sécurité du revenu, de sécurité écologique et environnementale."
Cela dit, il faudra attendre encore plusieurs mois avant de savoir de quelle façon ces souhaits se concrétiseront. Si tout va bien, les propositions que présentera Québec solidaire lors de la prochaine campagne électorale seront adoptées lors d'un congrès en novembre. Ce sera "25 propositions concrètes pour les 1000 premiers jours d'un gouvernement solidaire", promet-on.
jmsalvet@lesoleil.com

Still dreaming the bilingual dream
Antonia Maioni
The Toronto Star May 27, 2006
But speaking French still doesn't matter outside Quebec, says Antonia Maioni
At 18, in the wake of the first Quebec referendum, I decided I would learn French.
My formidable high-school French teacher, Soeur Hachette, had made sure that I could conjugate verbs with finesse, but otherwise I was a typical pre-Bill 101 English-speaking Montrealer who rarely if ever had to speak la langue de Molière.
So, I applied for a special bursary, the Queen Elizabeth Silver Jubilee Award for Study in a Second Official Language, no less, to travel to Quebec City and enrol at Laval University. I figured since I hadn't been able to become bilingual in Montreal, maybe I stood a better chance out there.
I plunged into a degree program in political science just as the constitutional debates were at their apogee. I discovered what Quebec looked, felt and sounded like outside of my English-speaking experience in Montreal. It was culture shock, and the second-language part was the least of it.
Still, I became fluent in French and literate in Quebec politics. Mastering that "Second Official Language" had unlocked a whole new world. I felt, for a brief, shining moment, like a poster girl for the cosmopolitan, bilingual and multicultural Canadian dream.
Then, I moved to Ottawa and reality hit: Bilingualism did not matter outside of Quebec, not even in Canada's capital, except for translators and French instructors (careers which several nice people suggested I should pursue).
I attended a graduate school where the language requirement was any foreign language, including French. While my fellow graduate students lined up for the federal bureaucracy — where, presumably, they made good use of both translation and French instruction — I did what any disillusioned Canadian would do: I moved to the U.S. There, at least in my Chicago neighbourhood, bilingualism was de facto even if it wasn't de jure.
When I returned to Canada, post-Meech Lake and all that, some things had changed. Montreal was bilingual, for starters, and speaking French actually mattered. Then, I moved to Ottawa, again, and reality hit: Bilingualism still did not matter outside of Quebec. I taught in French at a bilingual university but it was an artificial life; away from that ivory tower, I hardly used a word of French.
It's a little strange that now, back in Montreal, I work in one of the few institutions in Quebec that functions primarily in English. But it offers a good vantage point from which to observe the two language communities in Quebec and Canada.
Last week, the federal Commissioner of Official Languages was on campus to report that the "vitality" of minority languages in Canada depended on their relevance within a community; in other words, a language has to be alive to survive. Here, that vitality surely exists for the English language, and much of it is due to the vibrant exchange between French- and English-language groups.
Still, I am amazed that people can arrive in Montreal without understanding the language situation, or believe they will just "pick up" French, the way you pick up tomatoes at the market. Yes, it is possible to function in Montreal in English, but without the French language, Quebec's cultural and political markers are difficult to grasp. Outside of Montreal, they become impossible to decipher.
I doubt many French-speaking Quebecers have such illusions about the rest of Canada.
One of my little boys, hockey-mad as only a 7-year-old can be, recently announced that if he wasn't drafted by the Habs, he'd want to play for a team like the Canucks. (It's the cool uniform.) When I pointed out that he would have to speak English in Vancouver, not French, as he does in school, he rolled his eyes, "But it's in Canada — of course everyone speaks French!" Maybe some kids in Quebec will be led by Stephen Harper into believing that Canada outside Quebec is bilingual. But Harper may be the exception that proves the rule. And, let's face it, speaking French is still a requirement for his job, at least for now.
But apart from aspiring to be prime minister, there are few reasons why the French language is of importance to most English-speaking Canadians.
In his new book, Sorry, I Don't Speak French, Graham Fraser muses that Canada would be that much stronger if there were more of a rapport between the two linguistic communities, and especially if English speakers could better appreciate how important language is in understanding the psyche of their French-speaking concitoyens. It would be, except that, for most people, there has to be more of a payoff than that.
In Montreal, bilingualism has become de facto because French is a working requirement; and there is a growing realization that English is an important tool as a second language as well. Although the statistics are well known, they bear repeating: More than 40 per cent of Quebec residents are officially bilingual (more than 50 per cent in Montreal) compared to only 10 per cent in the rest of Canada. And, almost 9 per cent of Quebecers (22 per cent of Montrealers) can add fluency in a third language to that, double the Canadian average.
As long as English continues to be the main lingua franca in Canada, the French language will remain mostly irrelevant outside Quebec. Ironically, it is in Quebec, and more precisely in Montreal, that the bilingual and multicultural Canadian dream still has a shot at survival.
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Antonia Maioni is director of the McGill Institute for the Study of Canada.

It's still English for Quebec immigrants
SEAN GORDON
The Toronto Star May 27, 2006
Despite language laws, learning French shunned - Government hopes to boost French among new arrivals
MONTREAL—The phenomenon has perplexed demographers for decades, and now the Quebec government is sending people into the field to finally solve the riddle of why more immigrants aren't learning French.
For the first time, the Conseil supérieur de la langue française (CSLF) is making the rounds of the province's immigrant communities to better target the government's policy of teaching French to new arrivals.
The Conseil supérieur is the top-level policy arm of Quebec's language bureaucracy and advises the government on steps that need to be taken to protect French. The better-known Office de la langue française and the Commission de la protection de la langue française enforce the provincial language law.
Despite significant progress since the enactment of language laws in the 1970s, statistics show roughly twice as many immigrants have gravitated toward English rather than to French — a process tied to what is known as language transfer.
And despite intensive efforts aimed at francisation, roughly four in 10 immigrants still don't end up following government-sponsored French courses.
There are myriad theories as to why that is, but they mostly rely on anecdotal evidence, something the CSLF would like to change.
"We want to analyze the way we offer courses and to see in what measure we are addressing the needs. We want to look at the situation and see where the problems are.... It would be useful and important to go and see what's happening," says Pierre Georgeault, the agency's director of research.
"For some immigrants, the integration has gone quite well, for others, there has been more difficulty."
And so the organization has hired researchers to go and meet community leaders to sound them out on a variety of questions. Their report is due in the fall.
Provincial statistics show that Quebec opens its doors to roughly 45,000 immigrants annually, compared to a national total of more than 260,000.
Representatives from several minority groups contacted by the Toronto Star greeted news of the effort with bemusement and, in some cases, suspicion.
In the decades since the implementation of Bill 101, the province's language law, some groups have felt unfairly targeted by inspectors who visit employers to make sure business is done in French.
Despite the close attention, many immigrants say they can live without speaking the majority language, largely because they interact with members of their own community first and foremost.
"We adapt, we get by. People are flourishing in their businesses. I can tell you of a photographer, or someone who works for Asian Television Network, we can get along fairly easily without speaking French," says Naeem Bhatty, executive director of the Pakistani Association of Quebec, which says it represents the province's roughly 20,000 Pakistani Canadians.
Bhatty's experience illustrates several facets of what the Quebec government considers a persistent and vexing problem.
He immigrated to Montreal 30 years ago and even today speaks limited French, even though his wife and children have learned to speak it fluently. Bhatty's older brother, who married a francophone, speaks French at home, even if the brothers communicate either in Urdu or in English.
And Bhatty's son, who is studying commerce at McGill University — where the language of instruction is English — isn't closing the door to moving to English Canada after graduation.
"He has a friend, a schoolmate who went to school in French with him and who says `I don't use my French, I'm moving to Alberta,'" Bhatty says.
Speak to leaders of the Chinese, Indian and Filipino communities — which are among the province's largest minority groups — and the story is much the same: Whereas second-generation immigrants subjected to the schooling requirements of Bill 101 typically learn French, their parents often don't.
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`We adapt, we get by. People are flourishing in their businesses'
Naeem Bhatty, who speaks limited French
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But the Quebec government has also focused more clearly in recent years on attracting immigrants from French-speaking countries in Europe, Africa and the Caribbean.
Government officials say that shift is thwarting the historical "language transfer" toward English among immigrants whose mother tongue is neither English nor French.
However, figures compiled by noted University of Ottawa mathematician and demographer Charles Castonguay — who has done extensive research at the provincial government's behest — show that despite the progress, more immigrants learn English than French.
The statistics show substantial gains for French since 1991, but Castonguay argues the resurgence is due to changes in methodology and is "largely artificial."
Despite the presence of Bill 101 and other measures, English remains the more popular second language among immigrants in both percentage and real terms.
"The substitution of English in place of French and the substitution of French in favour of English most often end up favouring English," Castonguay says in a 2005 report prepared for the government.
Georgeault agrees with Castonguay's analysis — but only to a point.
He says there's a generational component to immigration, and that the large migrations from places like Italy, Greece and South Asia in the 1950s, '60s and '70s have tapered off in favour of arrivals from countries like Vietnam and other Francophonie members.
In the former case, as many as 80 per cent took English as their second language; in the latter, 75 per cent use French.
"Whereas the proportion of French to English speakers among immigrants used to be 20 per cent/80 per cent, now it is 46 per cent/54 per cent. And that is a separate issue from the language of work, which is overwhelmingly French in Quebec," Georgeault says.
The question of language transfer and francisation are prickly topics in Quebec, and are a flashpoint, especially among nationalist politicians.
Some members of the Parti Québécois pushed the former PQ government to forbid the children of immigrants to attend English-language schools, even at the junior college level, a proposal that was ultimately shelved.
Language is never far from the surface in PQ debates, and party officials privately muse that plans to further tighten some language requirements could benefit the party in the next provincial election, expected next year.
Quebec law stipulates that any company with more than 50 employees must obtain a francisation certificate and undertake to help its workers learn French, but a majority of businesses in the province — and most of the stereotypically immigrant businesses like restaurants and corner stores — have only a handful of workers and are exempt.
To meet the legal requirement, the government offers a complicated patchwork of language training.
Some is arranged in public schools and colleges by the provincial immigration department, other courses are funded through the Conseil, still others are given in private schools.
To further complicate matters, the vast majority of immigrants to Quebec settle in Montreal — the official figure hovers around 80 per cent — and there is a healthy percentage of those people who relocate to English-speaking Canada within five years.
The provincial Liberals, who enjoy broad support among allophones in the province, are keenly sensitive to issues affecting immigrants.
To that end, the government recently announced a series of policies aimed at making it easier for immigrants to transfer their professional qualifications — a plan that even won grudging plaudits this week from former PQ premier Bernard Landry.
He said immigrants will play a key role in attenuating the effects of Quebec's rapidly aging population, and that "it's about time" more foreign credentials were recognized.
