
Suicide assisté
Christian Rioux
Le Devoir vendredi 5 mai 2006
Il y a toujours eu quelque chose de suicidaire dans la culture québécoise. Les anthropologues et les psychanalystes le savent depuis longtemps. Les écrivains de chez nous ont longuement décrit cette force que portent les Québécois en eux et qui les pousse parfois à vouloir s'annihiler dans l'immensité du vide, qu'il soit canadien, américain ou international.
Voilà que la chose vient d'être révélée au grand jour et écrite en toutes lettres sous la forme d'un programme d'histoire destiné aux élèves de troisième secondaire.
Il n'y a pas d'autres mots pour décrire un programme qui cherche à noyer autant que possible toute trace de mémoire nationale et qui passe sous silence ce que nos ancêtres ont, à tort ou à raison, considéré jusqu'à récemment comme les événements marquants de leur histoire. C'est ainsi que la Conquête et l'Acte de Québec cèdent le pas à «l'accession à la démocratie dans la colonie britannique», la révolte de 1837 à «la formation de la fédération canadienne» et le Lac-Meech au «développement durable» ou au «réchauffement de la planète». Les auteurs de ce programme poussent le ridicule jusqu'à nommer les Aztèques, les Haïdas et les Maoris plutôt que les Hurons, les Iroquois et les Innus !
En prétendant se tenir loin des idéologies, ce programme baigne pourtant entièrement dans celles du moment : obsession du présent, de l'utilité des connaissances, de la libération de l'individu et de la fuite en avant. Pour nos pédagogues, l'histoire du Québec n'est plus qu'une lente «ouverture sur le monde» s'opposant à tout ce qui peut entraver la libération de l'être. Comme si ces mots répétés à satiété n'étaient pas déjà un jugement péremptoire sur le passé. Voilà pourquoi l'élève n'est jamais amené à s'interroger sur son identité nationale ou sur son appartenance à une collectivité nationale alors qu'on juge par ailleurs de la première importance qu'il s'interroge sur... «ses habitudes de consommation» !
On ne s'étonnera donc pas que les mots «nation québécoise» ne fassent pas partie du programme. Probablement parce qu'ils relèvent de l'idéologie -- l'ancienne, pas la nouvelle ! Pour le nouveau programme, le mot «nation» est un terme péjoratif qui évoque un passé dont il importe de se débarrasser. Les auteurs ne s'en cachent pas. Ils se font même une fierté de rejeter sans autre procès ces pratiques d'autrefois où, disent-ils, «un récit historique» était destiné à «inculquer aux citoyens leur identité nationale», pratique évidemment assimilée à la défense de «l'ordre social et politique établi».
Pour ne pas risquer d'«inculquer» quoi que ce soit aux élèves, on bannira donc systématiquement du programme les mots «nation» et «national». Le mot «mémoire», tenez-vous-le pour dit, sera réservé aux seuls peuples autochtones ! Quant au mot «nationalité», on ne le retrouve que dans la seule citation ouvertement nationaliste (et canadienne) du texte. Elle est de Thomas D'Arcy McGee : «Je vois, dans un avenir rapproché, une grande nationalité délimitée, comme le bouclier d'Achille, par la bande bleue de l'océan [...]. Je vois à l'intérieur de ce bouclier les sommets des montagnes de l'Ouest et la crête des vagues de l'Est.»
***
Les auteurs de ce texte disent s'inspirer de ce qui se fait ailleurs. Un tel degré d'inconscience serait pourtant inimaginable aux États-Unis. Les programmes mis au point par l'université de la Californie (UCLA) et repris dans une trentaine d'États depuis l'appel de George Bush (père) à améliorer l'étude de l'histoire soulignent la nécessité d'«expliquer l'importance des principes de base de la démocratie américaine qui font notre unité comme nation». Dès le primaire, les élèves sont incités à comprendre et à analyser tous les symboles nationaux américains (nchs.ucla.edu/standards/-toc.html). Les programmes français ne craignent pas eux non plus d'affirmer que «les élèves doivent s'approprier une mémoire nationale», affirmation parfaitement hérétique pour nos auteurs québécois. Il n'a pourtant pas échappé aux pédagogues français que cette mémoire n'était en rien contradictoire avec «l'ouverture sur le monde».
Français et Américains savent que l'histoire est une chose lourde à porter : elle impose des devoirs et des responsabilités. Une chose peut-être trop lourde pour les êtres «libres» que nous rêvons d'être. Voilà donc les Québécois devenus des citoyens sans histoire, sans nation et sans passé, qui parlent un espéranto technocratique et bilingue et dont le seul bagage est une charte des droits et une carte d'assurance maladie. Le texte de ce programme est celui d'êtres fatigués de traîner le «sempiternel» boulet de leurs ancêtres, fatigués de ces «sempiternels» débats sans fin qui nous ont fabriqués et nous définissent. Revenons donc aux choses «utiles» comme le pain, le beurre et le recyclage des déchets. À ceux-là qui usent du mot «sempiternel» comme d'une baguette pour taper sur les doigts de tous, on est tenté de rappeler la réflexion de Milan Kundera, qui disait qu'«aucune langue ne connaît de mot comme celui-ci, si désinvolte à l'égard de l'éternité».
Le seul charabia de ce programme bourré de généralités devrait inciter à le mettre définitivement à la poubelle et à en confier la rédaction à l'un ou l'autre de nos meilleurs historiens. Le Québec n'en manque pas. La dégénérescence de la langue y atteint un tel degré que les auteurs ont cru bon d'accompagner leur texte de 22 dessins enfantins où des flèches prétendent remplacer la pensée. À coups de concepts aussi fumeux que le «vivre-ensemble», l'«alphabétisation sociale», les «apprenants», les «compétences transversales», l'«actualisation du potentiel de l'élève» et la «mobilisation des compétences langagières», ce n'est pas le citoyen qu'on forme mais la pensée qui se délite.
Ultime suicide, celui de la langue.
crioux@ledevoir.com

Programme d'histoire - L'avis des professeurs consultés
Collectif*
Le Devoir vendredi 5 mai 2006
Dans le cadre des discussions qui ont cours à propos du programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté du deuxième cycle du secondaire, nous pensons qu'il est important qu'à notre tour nous prenions la parole.
Nous constituons ce qu'on nomme un comité élargi : le groupe d'enseignants d'expérience consultés tout au long du processus d'élaboration du programme. Nous sommes des femmes, des hommes, tous enseignants en histoire, oeuvrant dans des écoles publiques et privées, originaires de toutes les régions du Québec, de milieux anglophone, francophone ou autochtone. Nous sommes des experts de la pratique, nous sommes sur le terrain !
Dès 2003, un appel était lancé auprès de tous les enseignants de toutes les écoles du Québec afin de constituer ce comité élargi. Notre expérience, notre champ d'expertise, la crédibilité dont nous jouissons dans nos milieux respectifs et nos disponibilités ont fait en sorte que nous nous sommes retrouvés à siéger à ce comité. Ce serait faire injure à notre indépendance d'esprit que d'affirmer que cela puisse être attribué à nos opinions ou à nos orientations politiques.
Du bon travail
Depuis le printemps 2004, nous avons été consultés plusieurs fois par année et, à chaque occasion, des documents nous ont été remis en toute confiance. Nous avions même le loisir de consulter les collègues de nos écoles afin qu'à la rencontre suivante notre comité puisse bénéficier d'un plus grand éventail d'opinions.
Nous sommes convaincus d'avoir été écoutés : nos suggestions, nos réserves et nos commentaires ont été pris en compte. Les différentes versions du programme que nous avons eues entre les mains constituent la preuve de la considération qu'on nous a accordée.
Nous n'avons pas hésité à émettre des réticences, des désaccords et des doutes. Nous avons même demandé, en ce qui concerne des points précis du programme, que des experts du domaine soient consultés. Nous avons été écoutés.
Nous pensons avoir effectué un bon travail. Nous sommes convaincus que le programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté permettra entre autres à l'élève :
- d'agir, d'être actif dans son apprentissage;
- de se poser des questions à propos de l'origine de la société dans laquelle il vit, de la considérer dans une perspective historique;
- de répondre aux questions qu'il se pose en se basant sur des faits historiques;
- d'expliquer des réalités du passé, d'en faire ressortir les circonstances, les événements, les actions, les acteurs, etc. Ce sont là des connaissances essentielles et nécessaires au développement des compétences de l'élève (dire que les faits et les dates ne sont plus au programme, c'est le méconnaître ou ne pas en avoir pris connaissance);
- d'explorer les fondements de son identité, de se donner les moyens de participer au devenir de sa société, d'émettre et de fonder son opinion et de comprendre que la vie démocratique s'appuie sur des valeurs et des principes qu'il importe de préserver.
C'est à titre d'enseignants, actifs dans des écoles d'aujourd'hui, que nous avons été sollicités. C'est à ce titre que nous considérons que le programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté permettra à l'élève de relever les défis du XXIe siècle.
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Signataires :
Thérèse Beauregard, Rivière-Bleue
Mario Bissonnette, Vaudreuil-Dorion
Clémence Cossette, Rouyn-Noranda
Stéphane Dorais, Montréal
Caroline Ouellet, Lévis
Fernando Parent, Québec
Dominique Philibert, Nicolet
Anne-Claude Poirier, Chandler
Pierre Pouliot, Saguenay
Michael Rice, Kanesatake

Un nouveau Robert Bourassa?
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 5 mai 2006
Elle était attendue depuis longtemps, cette nouvelle stratégie énergétique promise par Jean Charest. Le document publié hier met l'accent sur le développement de l'hydroélectricité comme moteur de la croissance économique du Québec au cours de la prochaine décennie. Revient ainsi en force le mythe des Arabes de l'hydroélectricité que pourraient être les Québécois.
En lisant ce document intitulé L'Énergie pour construire le Québec de demain, l'image de Robert Bourassa, le père du grand projet hydroélectrique de la Baie-James des années 70, vient à l'esprit. L'ancien premier ministre aimait dire que le Québec pouvait transformer l'eau en argent en construisant des centrales dont les surplus exportés aux États-Unis produiraient des hydrodollars à l'image des pétrodollars de l'Alberta. À son tour, le premier ministre Charest se fait alchimiste.
Les investissements évoqués hier font rêver. Aux quatre milliards de dollars du projet de dérivation de la Rupert, actuellement à l'étude et dont la construction créerait 18 000 emplois, s'ajouteraient quelque 25 autres milliards pour la mise en chantier, dès 2010, de projets représentant 4500 MW. À la clé, 75 000 emplois.
Ces 4500 MW, le Québec n'en a pas besoin, ni à court ni à moyen terme. La construction des barrages nécessaires à leur production pourrait s'étaler sur les 20 prochaines années s'il ne s'agissait que de répondre à la croissance de la demande intérieure. Par contre, devancer leur réalisation permettrait d'accroître l'exportation d'électricité dont les revenus alimenteraient le Fonds des générations.
Le gouvernement Charest entend amorcer dès maintenant les travaux préliminaires à la réalisation de ces projets, de telle sorte qu'en 2010, un ou plusieurs chantiers pourront être lancés... si, bien sûr, la demande intérieure ou les occasions d'exportation les justifient. Ces occasions, on fera toutefois le nécessaire pour les provoquer, Hydro-Québec ayant le mandat de rechercher des contrats d'exportation à long terme aux États-Unis et en Ontario.
Cette approche rompt avec la pratique des dernières décennies, où la planification de nouveaux barrages devait répondre à la demande intérieure, et les exportations, se limiter aux surplus. On avait toujours refusé de construire des barrages sur la base de contrats d'exportation à long terme car cela comporte plusieurs risques, comme l'a appris à ses dépens Terre-Neuve, qui vend à rabais au Québec l'électricité produite à Churchill Falls. On cherchait plutôt -- ce fut l'approche des gouvernements péquistes -- à «importer» des industries énergivores comme les alumineries pour créer des emplois au Québec.
Le gouvernement Charest soutient qu'il est possible de faire de l'électricité un double levier, aussi bien pour créer des emplois manufacturiers au Québec que pour générer des revenus considérables grâce à l'exportation. On le croirait davantage si, dans ce document, il avait élaboré une stratégie pour «importer» des emplois au Québec. Non, tout l'effort est consacré à justifier la stratégie d'exportation et à en faire ressortir les avantages financiers.
Sur le plan économique, le projet du gouvernement présente plusieurs avantages, notamment la stimulation de la croissance, la création d'emplois sur les chantiers et la création de revenus. Ce sont des choses dont le Québec a besoin. On ne peut pas balayer du revers de la main une telle proposition qui, avant d'être mise en oeuvre, doit être analysée et débattue car elle présente aussi de sérieux risques économiques et environnementaux. Sur ce plan en particulier, les bouleversement que la multiplication de nouveaux barrages provoquera seront considérables. Il appartient au gouvernement de faire la démonstration que les avantages seront plus grands que les inconvénients. Ce document ne la fait pas de façon convaincante.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Harper sera à Québec aujourd'hui
Entente sur l'UNESCO
Antoine Robitaille
Le Devoir vendredi 5 mai 2006
Le Québec aura un représentant permanent au sein de la délégation canadienne
Ottawa voulait une «entente rapide» à propos de la place du Québec à l'UNESCO, il l'a eue: elle sera signée en grande pompe à Québec aujourd'hui. La négociation a toutefois soulevé plusieurs questions de détail qui, dans d'autres pays, se retrouvent souvent dans des textes constitutionnels.
Québec -- Une entente sur la place du Québec à l'UNESCO entre les gouvernements Charest et Harper sera signée en grande pompe à 11h ce matin au Salon rouge de l'Hôtel du Parlement, à Québec, devant le premier ministre Stephen Harper. La présence de ce dernier (sa quatrième rencontre avec Jean Charest depuis son élection et sa deuxième à Québec) a été confirmée par les cabinets des deux premiers ministres à Québec et à Ottawa hier en début de soirée. Mais ceux-ci ont refusé de confirmer l'objet de cette importante annonce.
Toutefois, plusieurs sources confirment qu'il s'agit bel et bien de l'annonce tant attendue au sujet de l'UNESCO. Celle-ci revêt une grande importance alors que le nouveau gouvernement conservateur, dès le lendemain de son élection du 23 janvier dernier, avait promis une «entente rapide» avec le Québec, que le chef conservateur veut séduire pour sortir de son statut de gouvernement minoritaire. Aussi, la volonté politique ne s'est jamais démentie alors qu'Ottawa a présenté ce dossier comme étant prioritaire, tant dans le discours du Trône que dans celui du budget.
Au dire de l'entourage de Jean Charest, c'est Ottawa qui était «pressé» d'honorer la promesse que Stephen Harper avait faite en campagne électorale, le 19 décembre 2005 à Québec. Ces dernières semaines, le Québec, qui avait rendu public en septembre dernier un document sur le rôle du Québec dans les forums internationaux, se permettait de se faire désirer. La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, n'hésitait pas à dire que pour son gouvernement, l'important ne consistait pas à obtenir une entente «rapide» mais plutôt «une bonne entente». Mercredi, en marge de la rencontre entre le premier ministre Jean Charest et le président haïtien René Préval, Mme Gagnon-Tremblay avait confié au Devoir, sourire en coin, que «les négociations allaient à merveille» sur la question de l'UNESCO. «Attendez, attendez», avait-elle dit.
Quelques problèmes
Malgré tout, quelques problèmes ont rendu difficile la conclusion de cette entente. «Le diable est dans les détails», avait d'ailleurs laissé tomber Mme Gagnon-Tremblay il y a trois semaines.
D'abord, la façon dont Stephen Harper avait formulé sa promesse a compliqué les choses : il avait en effet garanti de faire au Québec une place à l'UNESCO «analogue» à celle qu'il a au sein de la Francophonie, soit celle de «gouvernement participant». Ce statut n'étant pas possible à l'UNESCO, MM. Harper et Charest ont dû se rabattre sur une solution de rechange : désigner un représentant québécois au sein de la délégation canadienne, à Paris. Suisse, Belgique, etc. : tous les modèles de participation d'États fédérés à des forums internationaux ont été étudiés au cours des derniers mois. Le Bloc québécois a soutenu que le Québec devait revendiquer un modèle belge, où un désaccord entre les États fédérés entraîne l'abstention de la fédération au forum international.
Où logera le représentant québécois ?
Selon nos informations, il semblait acquis, mercredi, qu'en vertu de l'entente à venir, le Québec pourrait nommer un représentant permanent faisant partie de la délégation canadienne à l'UNESCO. Mais où ce dernier sera-t-il basé ? Dans les bureaux de la délégation canadienne à l'UNESCO, dont l'ambassadeur actuel est l'ancien syndicaliste et député libéral Yvon Charbonneau, ou à la délégation générale du Québec, qui a statut d'ambassade depuis quelque 40 ans ? Selon le critique péquiste Sylvain Simard et plusieurs experts, il serait important, pour le statut international du Québec, que ce représentant soit rattaché à la délégation générale. D'après le juriste André Patry (un des pères de la doctrine Gérin-Lajoie sur les compétences internationales du Québec), qui a d'ailleurs été consulté par Mme Gagnon-Tremblay, le représentant québécois doit «absolument» être à la délégation.
L'entente présentée aujourd'hui réglera bien des détails. «Un "représentant permanent au sein de la délégation", ça veut dire quoi, exactement ?», s'interroge l'ancien ambassadeur du Canada Raymond Chrétien, qui a été en poste notamment à Washington et à Paris et qui est aujourd'hui conseiller stratégique chez Fasken Martineau. «Il y a bien des zones grises comme celle-là. Est-ce que ça va être une entente verbale ? Est-ce que ça va être une lettre ? Ça veut dire quoi, une présence permanente du Québec ? Est-ce que ce représentant sera un ministre, un haut fonctionnaire, un délégué ? Toutes ces petites questions doivent être ficelées, réglées», a dit M. Chrétien, qui a aussi conseillé Mme Gagnon-Tremblay. Dans l'hypothèse où ce serait un haut fonctionnaire, M. Chrétien, qui n'accepte pas la doctrine Gérin-Lajoie, le voit plutôt s'installer dans les bureaux de l'ambassadeur du Canada à l'UNESCO.
Chose certaine, l'entente sur l'UNESCO devrait constituer un précédent important. En Suisse et en Belgique, entre autres, c'est à nul autre endroit que dans la Constitution qu'on détermine la place des États fédérés aux forums internationaux.
Exit Pelletier
Fait à noter : Mme Gagnon-Tremblay a presque réussi à exclure le ministre des Affaires intergouvernementales Benoît Pelletier du processus. Sous le gouvernement des libéraux de Paul Martin, qui avait lui aussi promis au Québec une place à l'UNESCO, Mme Gagnon-Tremblay et M. Pelletier avaient travaillé ensemble pour obtenir une entente avec le fédéral. En vain. Certains, dans les rangs fédéralistes, avaient «traité» M. Pelletier de péquiste et Mme Gagnon-Tremblay n'avait pas rectifié cette déclaration. Depuis l'échec de la rencontre de novembre dernier avec le ministre des Affaires étrangères à l'époque, Pierre Pettigrew, et la ministre Lucienne Robillard, Mme Gagnon-Tremblay a cherché à mener ce dossier seule avec l'aide du premier ministre.
Reste à voir comment cette entente sera reçue au Canada anglais. Dans les rangs libéraux fédéraux, le candidat à la direction du Parti libéral Michael Ignatieff a par exemple critiqué l'idée que le Québec ait une place au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO. Il craignait le précédent. Or, dans le document soumis en septembre par Mme Gagnon-Tremblay, le Québec n'avait pas du tout l'intention de s'arrêter à l'UNESCO.

Quebec UNESCO role set: Arrangement to fall short of Harper pledge
ELIZABETH THOMPSON
The Montréal Gazette May 5, 2006 Friday
OTTAWA - Prime Minister Stephen Harper and Premier Jean Charest will announce a new role for Quebec at the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization when Harper travels to Quebec City today.
The announcement, to be made in the National Assembly's Red Room - generally reserved for moments of historic importance - will mark the first time the federal government has given a province a formal role in an international organization other than the Francophonie.
However, it is expected to fall short of the role that Harper promised Quebec when he delivered a speech in Quebec City last December, which many credit with turning the tide for the Conservatives in Quebec. At the time, Harper promised a role for Quebec similar to the one it plays in the Francophonie, the French-speaking world's equivalent of the Commonwealth. Quebec and New Brunswick are recognized as participating governments in the Francophonie with their own seats, their own vote and the right to speak with their own voices - even if what they have to say contradicts the position of the federal government.
After the election, however, it quickly became apparent that under the rules of UNESCO, only countries can have a seat and a vote - not provinces.
In its Throne Speech, Harper's government pledged to work out a role for Quebec in UNESCO but did not spell out what that role would be.
In recent weeks, discreet negotiations between Quebec's international affairs minister, Monique Gagnon-Tremblay, and federal Foreign Affairs Minister Peter MacKay have revolved around the idea of allowing Quebec to have its own representative at UNESCO's offices.
However, Quebec has maintained that any deal must respect five conditions it set: a full role within the Canadian delegation, access to all information and participation in the drafting of Canada's international positions, the right to express itself with its own voice at conferences, the right to give its consent before Canada signs treaties or accords, and - when Quebec's interests are at stake - the right to express its own positions before international groups.
ethompson@ thegazette.canwest.com

Le Québec aura une voix à l'UNESCO :
Harper et Charest annonceront l'entente aujourd'hui
Chouinard, Tommy; Bellavance, Joël-Denis
La Presse vendredi 5 mai 2006
Québec - Le Québec aura un représentant permanent au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO. Dans une autre manifestation de la lune de miel entre Ottawa et Québec, les premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest annonceront aujourd'hui qu'ils ont conclu une entente pour donner au gouvernement québécois une voix au sein de cette organisation internationale.
Stephen Harper réalisera ainsi l'une de ses plus importantes promesses électorales à l'égard du Québec. Et le chef conservateur en fera l'annonce à Québec, la ville où, le 19 décembre, il a pris cet engagement.
De plus, selon ce qu'a appris La Presse, les jours de l'actuel ambassadeur du Canada à l'UNESCO, Yvon Charbonneau, ancien syndicaliste devenu libéral, sont comptés.
Stephen Harper le remplacera par un fonctionnaire de carrière qui aura le mandat de veiller à ce que l'entente conclue avec Québec soit respectée à la lettre.
À l'issue d'à peine deux mois de négociations, les gouvernements Charest et Harper sont parvenus à s'entendre. Et Québec a obtenu tout ce qu'il voulait, selon les informations obtenues par La Presse.
Cinq requêtes
Le gouvernement Harper a accepté de répondre aux cinq requêtes des libéraux de Jean Charest afin de donner au Québec un rôle plus important au sein de l'UNESCO.
En vertu de cette entente, le Québec aura un statut de membre à part entière au sein de la délégation canadienne et désignera lui-même son représentant. Ce représentant permanent travaillera à Paris, dans les bureaux de l'ambassade du Canada à l'UNESCO.
Yvon Charbonneau sera dégommé rapidement pour éviter tout dérapage dans la mise en oeuvre de l'entente. Les conservateurs avaient critiqué avec virulence sa nomination en mai 2004.
Paul Martin avait offert le poste à Yvon Charbonneau afin qu'il libère sa circonscription d'Honoré-Mercier au profit du président de l'aile québécoise du PLC, Pablo Rodriguez. Un fonctionnaire de carrière sera nommé sous peu ambassadeur à l'UNESCO.
Selon l'entente intervenue au cours des derniers jours, le Québec pourra également participer à l'élaboration de la position canadienne. S'il y a divergence d'opinions, le Canada s'engage à expliquer par écrit à Québec pourquoi il défend une position différente de la sienne.
Le Québec aura le droit de s'exprimer de sa propre voix quand il s'agit de défendre des dossiers qui relèvent de ses compétences. Il donnera son assentiment avant que le Canada ne signe ou ne se déclare lié par un traité ou un accord.
Enfin, lorsqu'il est mis en cause ou que ses intérêts sont en jeu, Québec pourra exprimer ses positions lors des comparutions du Canada devant l'UNESCO.
Cette entente est en tout en point conforme aux demandes formulées par la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, l'automne dernier. Ces demandes font partie du document Le Québec dans les forums internationaux: l'exercice des compétences du Québec à l'égard des organisations et des conférences internationales.
Rappelons que l'UNESCO, une agence des Nations unies, est voué à l'éducation et la culture, ce qui relève des compétences du Québec.
Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Harper avait promis de régler le dossier dans les plus brefs délais. Surpris, Québec était resté prudent devant autant d'empressement.
Mais les émissaires des deux capitales se sont mis rapidement à l'ouvrage. Et Ottawa s'est rallié, à quelques nuances près, à la position défendue par Québec.
Les libéraux de Jean Charest sont aujourd'hui aux anges. Cette entente sur l'UNESCO survient après le dépôt d'un budget fédéral qui prévoit un règlement du déséquilibre fiscal d'ici un an.
Avec cette annonce, Stephen Harper espère bien gagner des points au Québec. Mais les impacts ne sont pas tous positifs. Avant de se rendre à Québec hier soir, Stephen Harper a rencontré son homologue ontarien, Dalton McGuinty, qui lui reproche d'accorder un traitement de faveur au Québec. L'attention portée au Québec agace M. McGuinty, qui appréhende déjà une réforme de la péréquation.
La grogne, qui se manifeste également dans les médias anglophones, risque de s'amplifier.
Lors de sa visite à Québec en mars- la première de la part d'un premier ministre canadien en 20 ans-, Stephen Harper a renoncé à donner au Québec un siège à l'UNESCO comme il l'avait pourtant promis. Pour réaliser cette promesse, il aurait fallu qu'il demande aux Nations unies de modifier ses règles.
Stephen Harper a expliqué que sa promesse vise plutôt à donner au Québec une " voix " à l'UNESCO. Le gouvernement Charest n'avait jamais osé réclamer un siège bien à lui.
Au cours des derniers jours, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a réclamé un droit de veto pour le Québec lorsque ses compétences sont en cause à l'UNESCO. En cas de désaccord, Ottawa devrait selon lui renoncer à prendre position comme le fait la Belgique quand il y a un différend avec les communautés wallonne et flamande.
Qu'est-ce que l'UNESCO ?
L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) est née le 16 novembre 1945.
Son but a été défini comme suit: " Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l'éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d'assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations unies reconnaît à tous les peuples. "
L'UNESCO met en oeuvre des mesures afin de promouvoir une éducation de base pour tous.
Cette organisation a également adopté la Convention sur la diversité culturelle pour laquelle s'est battu le Québec pendant des années.

Stratégie énergétique du Québec
De grandes ambitions en hydroélectricité
SRC
vendredi 5 mai 2006
Le gouvernement du Québec a présenté sa nouvelle politique énergétique, jeudi. Et l'hydroélectricité sera le moyen principal pour réaliser ses ambitions, avec 25 milliards de dollars d'investissements en 10 ans.
En conférence de presse, le premier ministre Jean Charest et le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, ont annoncé un plan en cinq grands volets: hydroélectricité, énergie éolienne, efficacité énergétique, nouvelles technologies énergétiques et hydrocarbures.
M. Charest a expliqué que cette politique suit le principe du développement durable, mais participera aussi aux efforts de remboursement de la dette. « C'est la première fois dans l'histoire que nous avons une stratégie de réduction de la dette, et elle met à contribution des ressources hydroélectriques », a déclaré le premier ministre.
Rappelons que Québec a annoncé dans le cadre du dépôt du budget en mars la création du Fonds des générations dont l'objectif est de réduire la dette de la province. Hydro-Québec versera au fonds plus de 3 $ par 1000 kilowatts-heure d'électricité produite à partir de 2007.
Tout en garantissant que le Québec continuerait à offrir l'électricité au plus bas prix en Amérique du Nord, le premier ministre a dit souhaiter que le Québec devienne un exportateur net d'énergie vers les États-Unis.
Le ministre Corbeil a indiqué que Québec lancerait simultanément les analyses d'avant-projet et les études environnementales pour obtenir rapidement les permis de construction nécessaires.
Hydroélectricité
Les projets hydroélectriques mis en branle fourniront à terme 4500 mégawatts de puissance supplémentaire. Ils impliquent des investissements de 25 milliards de dollars et permettront de créer quelque 70 000 emplois, selon les chiffres fournis par le gouvernement. Ils seront d'une ampleur comparable à la deuxième phase de développement de la baie James.
Hydro-Québec investira en effet 3 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années pour aménager les rivières exploitables. Les mégaprojets de La Romaine et Petit-Mécatina, sur la Côte-Nord, le projet d'Eastmain-Rupert, ainsi que d'autres projets dans la baie d'Ungava ont été mentionnés par Jean Charest.
Québec lève aussi le moratoire sur la construction de petites centrales de 50 MW et moins par des communautés régionales ou autochtones. Cela se fera selon des conditions strictes, d'après Jean Charest. « Nous ne ferons pas la promotion du développement de barrages privés, leur contribution n'est pas significative pour nous », a-t-il dit.
Énergie éolienne
Québec prévoit lancer des projets de production de 4000 MW au total, incluant certains projets déjà annoncés. La réalisation d'un bloc de projets totalisant 500 MW sera confiée aux régions et aux communautés autochtones.
Au bout du compte, le gouvernement estime que 10 % de l'énergie produite au Québec proviendra de l'éolien. La création éventuelle de réseaux d'énergie autonomes en couplant l'éolien et le diesel est également sur la table.
Efficacité énergétique
Le gouvernement demandera à l'Agence d'efficacité énergétique d'atteindre des objectifs plus élevés d'ici 2015. L'Agence devra rendre des comptes à la Régie de l'énergie.
Québec souhaite atteindre un objectif de 2,5 milliards de dollars en économie d'énergie d'ici 2015. Pour la première fois, des cibles seront fixées pour les produits pétroliers. Elles permettront, selon le gouvernement, de réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec de 9,4 milliards de tonnes, toujours d'ici 2015.
Nouvelles technologies énergétiques
Québec veut faire la promotion de la production d'énergie géothermique et solaire, ainsi qu'encourager l'utilisation de biodiesel et d'éthanol comme carburants.
Le gouvernement encouragera la mise en place de petits projets innovateurs de production d'énergie, comme des petites génératrices ou des panneaux solaires. Une enveloppe de 40 millions de dollars pourrait éventuellement être disponible à cet effet, selon le ministre Corbeil.
Pour économiser de l'énergie, de nouveaux compteurs « intelligents » tenant compte de la saison et de l'heure de consommation inciteront les Québécois à mieux gérer leur consommation, selon le ministre Corbeil. Le gouvernement entend aussi revoir le code du bâtiment au chapitre de l'isolation et de la circulation d'air, a-t-il poursuivi.
Hydrocarbures
Québec veut relancer l'exploration gazière et pétrolière dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, en suivant les recommandations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Le gouvernement Charest veut aussi négocier avec le fédéral une entente sur les revenus provenant des ressources naturelles, à l'image de celles conclues avec la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador.
La construction de terminaux méthaniers pour l'importation de gaz naturel par voie maritime sera également permise, si les évaluations environnementales sont concluantes. Ces terminaux pourraient servir pour l'exportation de gaz naturel vers les États-Unis, où, par ailleurs, la construction de ports méthaniers est fortement contestée. « Nous agirons selon nos intérêts », a soutenu le premier ministre Charest.
Avec une capacité de 40 000 MW, le Québec est actuellement 4e au monde au chapitre de la production énergétique, surtout hydroélectrique. En 2002, le secteur de l'énergie employait plus de 40 000 personnes, mais sa balance commerciale était toujours déficitaire de 4,4 milliards de dollars, selon les chiffres du ministère. Toutefois, les importations de gaz naturel diminuaient, tandis que les exportations d'électricité augmentaient.
Le premier ministre Charest a mentionné que cette stratégie sera suivie sous peu d'une politique en matière de transport en commun, ainsi que d'une autre sur la réduction des gaz à effet de serre.

Énergie: penser globalement
Dubuc, Alain
La Presse vendredi 5 mai 2006
Le gouvernement Charest a déposé hier sa stratégie énergétique, que l'on attendait depuis longtemps. Elle propose un virage majeur dans la façon dont le Québec doit entrevoir le rôle de l'hydroélectricité, en proposant l'accélération de la production et un choix clair de produire au-delà de nos besoins pour profiter du potentiel d'exportation.
L'enjeu défini par cette stratégie est crucial pour le Québec. Le Québec ne pourra pas vraiment aspirer à la prospérité s'il n'exploite pas à son plein potentiel cette extraordinaire ressource naturelle où il dispose d'avantages comparatifs. C'est certainement là une des voies qui permettra au Québec de créer de la richesse et d'augmenter ses ressources collectives.
Mais on devine que ce virage, avec ses barrages, ses exportations, sa logique économique, suscitera d'intenses réactions, qu'il provoquera une bataille rangée entre les " verts " et les " bleus ". Le défi du gouvernement Charest, mais aussi de tous ceux qui souhaitent le succès du Québec, ce sera de rendre cette stratégie acceptable et honorable et donc de revaloriser l'hydroélectricité comme source d'énergie propre et noble, qu'il faut développer et dont il faut cesser d'avoir honte.
Cela est possible, à condition de penser autrement. Cela ne veut pas dire qu'il faut museler les environnementalistes, qui ont des choses importantes à dire et dont le rôle est essentiel. Mais plutôt qu'il faut débarrasser les débats environnementaux de leur culture localiste, et les inscrire dans une logique planétaire, ou à tout le moins continentale. Cela change radicalement les cadres du débat et cela mène à une toute autre façon de définir les choix du Québec.
La terre est divisée artificiellement en zones administratives et politiques. Mais ces barrières arbitraires perdent leur sens face aux enjeux environnementaux qui nous confrontent. Les émissions de gaz à effets de serre et le réchauffement de la planète ne respectent aucune frontière. L'enjeu est planétaire. Et dans ce cadre, le rôle du développement hydroélectrique prend un sens différent.
La construction de grands barrages n'est pas neutre au plan environnemental, loin de là. Ces grands travaux déplacent des rivières, créent des réservoirs dont l'impact est significatif sur la faune et la flore. Mais ils permettent de produire une énergie propre, renouvelable, séculaire, de loin préférable à d'autres formes de production d'électricité comme le nucléaire, le gaz ou le charbon.
Des pays comme la Finlande doivent recourir au nucléaire, parce qu'ils n'ont pas le choix. Nous, au Québec, sommes bénis des dieux; il faut en profiter. Surtout quand on voit que l'Ontario, pour combler ses besoins en électricité, devra miser encore davantage sur le nucléaire et ne sera sans doute pas capable de s'affranchir du charbon si polluant. Il est évident que des exportations québécoises permettraient de remplacer dans la province voisine des formes d'énergie autrement plus nocives pour la planète. Ce même raisonnement vaut pour nos voisins américains.
Dans ce cadre continental, la production accrue d'hydroélectricité joue un rôle de levier économique, avec ses investissements, ses emplois en région, et les revenus accrûs pour Hydro-Québec qui deviennent des bénéfices collectifs. Mais elle permet également de réduire les gaz à effets de serre et de jouer un rôle positif dans la bataille contre le réchauffement de la planète. C'est donc une stratégie qui concilie la logique économique et la logique environnementale.
Le projet de produire non seulement pour nos besoins mais aussi pour exporter permet aussi de contourner un autre blocage. Dans une perspective localiste, où Hydro-Québec doit justifier ses nouveaux projets par les besoins du Québec, il est possible d'opposer les investissements de la société d'État à d'autres solutions qui permettraient de satisfaire les mêmes besoins, par exemple des éoliennes, dont l'impact environnemental est beaucoup plus neutre, et à plus forte raison grâce à des économies d'énergie.
Mais dans une logique continentale, la question ne se pose plus de la même façon. S'il est souhaitable d'augmenter nos exportations d'électricité, ces alternatives ne s'opposent plus, elles se renforcent. Le Québec sera encore plus gagnant, et le continent aussi, si tout en produisant plus d'hydroélectricité, on exploite également au maximum économique et technique notre potentiel éolien, et si on mise beaucoup plus sur les économies. C'est d'ailleurs ce que propose la stratégie énergétique du gouvernement libéral.
Le concept de développement durable a toutes sortes de définitions, souvent élastiques. Mais d'assurer le développement économique présent en comptant sur des ressources renouvelables et propres, dont l'effet environnemental net est clairement positif, s'inscrit très clairement dans cette approche. Et le défi du gouvernement Charest, ce sera d'abord et avant tout de défendre cette approche avec talent et conviction, et de réussir à en faire un lieu de consensus.
Adubuc@lapresse.ca

Les éminences frenchies
Vastel, Michel
L'Actualité no. Vol: 31 No: 7, 1 mai 2006
Lawrence Cannon est le numéro deux du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Avec une poignée de collègues, le député de Pontiac a tout un contrat à remplir: Colorer le Québec en bleu...
Les hauts fonctionnaires fédéraux, qui savent décoder les moindres gestes de leurs maîtres politiques, ont noté que Stephen Harper était accompagné de Lawrence Cannon lors de sa visite au bureau de Jean Charest, à Québec, le 8 mars dernier. Et c'est Cannon encore que le premier ministre a désigné, à l'ouverture de la session parlementaire, le 4 avril, comme porte-parole de son gouvernement au Québec. Dès la formation du cabinet fédéral, tout le monde a compris que le lieutenant des conservateurs au Québec était le nouveau député de Pontiac.
Le Québécois Brian Mulroney avait l'Albertain Don Mazankowski. L'Albertain Stephen Harper a son Québécois, Lawrence Cannon. Dans la "lettre de mandat" que le premier ministre écrivit à son nouveau ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, le 6 février 2006, une phrase réglait la question de l'organisation du Parti conservateur au Québec: "Vous allez superviser les activités politiques au Québec, en collaboration avec Michael Fortier à Montréal et Josée Verner à Québec."
"Quand je reçois des demandes, mon réflexe est de les envoyer à Lawrence Cannon", confirme le sénateur Pierre-Claude Nolin, président du groupe parlementaire québécois et parrain politique des "bleus du Québec". Les "réflexes", tout comme les "lettres de mandat", sont importants dans l'administration fédérale: ils conditionnent l'attitude des mandarins, disciplinent les organisateurs, motivent les militants.
Quelques semaines après leur victoire du 23 janvier dernier, les conservateurs sont déjà en campagne au Québec. Vainqueurs dans 10 circonscriptions, deuxièmes dans une quarantaine d'autres, ils ont de l'argent et des militants motivés. Leur cible: 50 circonscriptions aux prochaines élections!
"Nous allons rebâtir le Parti conservateur au Québec de façon permanente, dit un proche du premier ministre, plutôt que de dépendre de l'un ou l'autre des partis provinciaux."
Il reste au gouvernement fédéral à tenir ses promesses électorales, à "livrer la marchandise", comme on dit au cabinet du premier ministre. Cela, Stephen Harper s'en occupe personnellement avec Jean Charest, un peu comme le faisait Brian Mulroney avec Robert Bourassa. Et Lawrence Cannon est en communication directe avec Jacques Dupuis, vice-premier ministre, ministre de la Sécurité publique et leader parlementaire du gouvernement à Québec.
La campagne des conservateurs au Québec a en fait commencé le samedi 19 mars 2005. Les conservateurs sont alors en congrès à Montréal. La délégation du Québec fait pitié: à peine 200 délégués sur une possibilité de 750. Mais le pari de Stephen Harper est gagné: le programme du nouveau Parti conservateur du Canada reconnaît le problème du déséquilibre fiscal, s'engage à respecter le partage des compétences entre les deux niveaux de gouvernement, réaffirme son appui au bilinguisme, promet de promouvoir le développement régional, clôt tout débat sur l'avortement.
Lawrence Cannon, alors conseiller municipal de Gatineau, avait déjà rencontré le nouveau chef conservateur à maintes reprises, mais, prudent, refusait de s'engager. "On en reparlera après le congrès de mars", disait-il. À la mi-avril, sa candidature est confirmée dans la circonscription de Pontiac, l'une des mieux organisées du Québec, avec 300 militants prêts à mener une rude bataille.
À l'époque, les partis se préparent pour une campagne en mai. Mais Belinda Stronach déjoue leurs plans.
L'été qui suit est infernal pour Stephen Harper, malgré sa longue tournée de barbecues. Il est même contesté au Québec par quelques anciens candidats. En septembre, il change de chef de cabinet et nomme Lawrence Cannon chef de cabinet adjoint. Cannon prend ainsi la place de Josée Verner, qui, ironie du sort, fut son attachée de presse lorsqu'il était vice-président de l'Assemblée nationale, à la fin des années 1980.
Le changement est important: pendant la campagne électorale de 2004, le Parti conservateur s'était appuyé surtout sur l'Action démocratique. Pour la campagne de 2006, avec Michael Fortier, ancien candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur, et Lawrence Cannon, proche des libéraux du Québec, c'est la coalition arc-en-ciel sur laquelle Brian Mulroney s'était appuyé en 1984 et 1988 qui se reconstitue.
Et comme il y eut, en 1984, le "discours de Sept-Îles" - dans lequel Brian Mulroney promit de rapatrier le Québec dans l'honneur et l'enthousiasme -, il y aura le "discours de Québec", le 19 décembre 2005. "Au lieu de la vieille attitude paternaliste et arrogante pratiquée par les libéraux fédéraux et de l'obstruction aveugle et stérile du Bloc québécois, un gouvernement conservateur va pratiquer un nouveau fédéralisme d'ouverture."
Ce discours marqua un tournant dans la campagne électorale. Mais il fallait encore s'assurer que, dans l'exercice du pouvoir, la collaboration entre les deux gouvernements serait étroite. "Il faut que les Québécois se sentent inclus dans le gouvernement, mais pas de façon paternaliste comme au temps des libéraux", dit l'un des rares Québécois d'influence au cabinet du nouveau premier ministre.
Lawrence Cannon, 58 ans, originaire de Québec, vient de l'aile nationaliste du Parti libéral du Québec et est un grand admirateur de Robert Bourassa, comme Mario Dumont - dont il s'est beaucoup rapproché en 2002. Il a aussi l'avantage d'avoir mené la campagne des fédéralistes en vue d'amener Jean Charest à abandonner le Parti progressiste-conservateur, à Ottawa, pour prendre la direction du Parti libéral du Québec. Bref, Lawrence Cannon est branché.
Stephen Harper s'était beaucoup appuyé sur sa candidate-vedette de la région de Québec, Josée Verner, après son échec électoral de 2004 contre Paul Martin. Il la fit entrer dans son cabinet de chef de l'opposition et lui permit d'assister aux réunions du groupe parlementaire. Mais la jeune femme ne connaissait pas les "bleus du Québec": la greffe ne prit pas.
Depuis sa campagne à la direction du Parti conservateur, en 2003, Stephen Harper s'était aussi fait un nouvel ami, riche à défaut d'être influent, le banquier Michael Fortier. Fortier est toujours resté au Parti conservateur. Il en a d'ailleurs brigué la direction, en 1998, et a été candidat de Joe Clark à Laval, en 2000.
Avec l'élection de Maxime Bernier en Beauce, au scrutin général de janvier 2006, cela commençait à faire beaucoup d'ego autour de Stephen Harper. D'autant que les deux "juniors", Josée Verner et Jean-Pierre Blackburn, ont du mal à respecter les voies hiérarchiques. "Il fallait un "senior" pour encadrer tout ce monde-là", dit un proche du comité de transition chargé d'organiser le nouveau gouvernement conservateur. Le choix s'est vite porté sur Lawrence Cannon.
Peu enclin à déléguer, le premier ministre s'est réservé la présidence du Comité des priorités et de la planification du cabinet fédéral, sorte de conseil restreint où se prennent toutes les décisions importantes. Lawrence Cannon en est le vice-président, ce qui fait de lui une sorte de numéro deux du gouvernement.
"Le premier ministre me fait penser à Robert Bourassa", dit Cannon, toujours fidèle à son mentor politique. Stephen Harper, cérébral, réservé, pas du tout m'as-tu-vu, ne se révèle en effet qu'en privé. Et il y a une empathie naturelle entre les deux hommes, tous deux pères de jeunes enfants. La première fois qu'ils se sont vus, ils ont parlé de... hockey. Le fils du premier ministre joue à Ottawa et celui de son lieutenant, à Gatineau.
"Lawrence Cannon est un homme d'expérience et d'intégrité, qui a déjà laissé sa marque en politique provinciale et municipale, disait Stephen Harper en septembre 2005. Son expérience comme ministre du cabinet provincial au Québec sera un atout précieux pour l'équipe conservatrice. Cela ajoute du poids à notre équipe de direction et nous aidera assurément à bâtir un fédéralisme d'ouverture au Québec."
Cannon n'a jamais aimé les libéraux fédéraux. En 1990, il appuya la candidature de Sheila Copps à la direction du PLC "pour entrer dans la lutte contre Jean Chrétien". Ministre de Robert Bourassa, il a mené de rudes combats contre les libéraux d'Ottawa pour affirmer la compétence du Québec dans le domaine de la câblodistribution. Et il était l'une des figures de proue de la célèbre bataille pour "la souveraineté culturelle". Après la place que Brian Mulroney fit au Québec aux Sommets de la Francophonie, la "voix distincte" que Stephen Harper promet au Québec à l'Unesco représente donc une remarquable continuité pour lui.
Aujourd'hui, le manque de poids manifeste du Québec dans l'appareil bureaucratique est un handicap dont les ministres québécois sont très conscients: ils n'ont pas de relais, ni au cabinet du premier ministre ni au Conseil privé, pour s'assurer que leur influence pénètre tous les rouages de la fonction publique fédérale. Leur pouvoir réside donc surtout dans leurs rapports avec un seul homme, Stephen Harper.
Le premier ministre veut réhabiliter le fédéralisme auprès des Québécois. Avec son équipe de ministres, il n'est pas démuni. Mais il n'a pas beaucoup de temps devant lui non plus. Car d'ici la fin de l'année 2007, il n'a pas un, mais deux gouvernements à sauver: le sien et celui de Jean Charest. Gros contrat...
LE LIEUTENANT, LAWRENCE CANNON
A du sang de politicien dans les veines: son grand-père paternel fut solliciteur général, à Ottawa, dans les années 1920 et son grand-père maternel, ministre de la Défense pendant la guerre.
Adjoint politique de Robert Bourassa avant de devenir son député de La Peltrie, vice-président de l'Assemblée nationale, puis ministre des Communications jusqu'en 1994.
En 2001, conseiller municipal de Gatineau et président de la Société de transport de l'Outaouais.
LE BANQUIER, MICHAEL FORTIER
On le dit riche. Père de cinq enfants, il n'a pas voulu se porter candidat aux élections de janvier 2006.
A joué un grand rôle dans le financement de la campagne.
Très proche de Stephen Harper, il se serait bien vu lieutenant politique du premier ministre au Québec. Mais il n'a pas été élu...
L'AMBITIEUX, MAXIME BERNIER
Joue beaucoup sur son statut de fils d'un député de Brian Mulroney (Gilles). Il se verrait bien parrain des "bleus du Québec", mais était totalement inconnu dans le parti jusqu'à ce qu'il se porte candidat.
Avocat et titulaire d'un baccalauréat en commerce.
Brillant et beau parleur, il a beaucoup impressionné à Ottawa, en particulier les conservateurs de l'Ouest.
L'INCONTOURNABLE, JOSÉE VERNER
Révélation de la campagne de 2004, elle est devenue la porte-parole du Parti conservateur au Québec. Peu douée pour l'organisation, plus proche de l'ADQ que des "bleus" de l'époque Mulroney.
Harper lui a confié trois petits portefeuilles: la Coopération internationale, la Francophonie et les Langues officielles.
Sera le visage du gouvernement dans l'organisation des fêtes du 400e anniversaire de Québec.
L'ENCOMBRANT, JEAN-PIERRE BLACKBURN
Sa victoire dans le bastion souverainiste de Jonquière-Alma et ses neuf années aux Communes à l'époque de Mulroney le destinaient à un ministère.
Celui du Travail est technique, mais l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec l'amènera dans toute la province avec des chèques pour les petites entreprises.
A tendance à vouloir se mêler de tout, comportement très mal vu dans la capitale fédérale.
LE DISCRET, PIERRE-CLAUDE NOLIN
Conseiller de plusieurs ministres de Brian Mulroney. Nommé au Sénat en 1993, organisateur, il a littéralement porté le flambeau pour les "vrais bleus du Québec" jusqu'en 2005.
Lors de la dernière campagne électorale, il a visité une cinquantaine de circonscriptions.
Sorte de parrain politique de la nouvelle génération des conservateurs du Québec.
L'ESSENTIEL, PIERRE COULOMBE
Ancien organisateur de Brian Mulroney dans sa circonscription de la Côte-Nord, proche des libéraux du Québec.
A remplacé l'équipe d'organisateurs de l'ADQ que Josée Verner avait emmenée avec elle.
La surprenante campagne de 2006, c'est lui. Et il est déjà sur le terrain pour rebâtir l'aile québécoise du PC. Il ne vise rien de moins que 50 circonscriptions pour la prochaine fois!

LUCIEN BOUCHARD, SORTEZ DE CE CORPS !
Josée Legault
À tête reposée - Josée Legault - JOURNAL MIR mercredi 3 mai 2006
En démocratie, l’exercice de l’autorité est une affaire périlleuse. Pour Jean Charest, alors qu’il entre dans une année préélectorale cruciale pour sa propre survie politique, cet exercice est devenu incontournable.
Depuis qu’il fut élu en avril 2003, monsieur Charest a dû reculer sur plusieurs fronts, dont le Suroît, le financement complet des écoles privées juives et la construction du CHUM à Outremont.
Et pourtant, sur la privatisation partielle du Mont-Orford – rejetée par 64 % des électeurs – le premier ministre persiste et signe. Les médias en sont bouche bée. Pourquoi diable s’entêter dans un dossier aussi litigieux à un an d’une réélection qui semble incertaine ?
Pis encore, monsieur Charest doit aussi affronter une partie de ses propres militants qui s’opposent au projet de loi récemment présenté par le gouvernement sur la privatisation partielle du Mont-Orford.
Dans un tel contexte, la même question revient : pourquoi diable s’entêter de la sorte ?
***
C’est moi le « boss »
Le caucus et le Conseil des ministres de Jean Charest sont divisés sur certaines questions, dont le Mont-Orford, au point tel que des bruits de grogne pourraient fragiliser le leadership du chef au moment où les troupes libérales devraient être occupées à se serrer les coudes en vue de la prochaine élection.
De toute évidence, l’entêtement de monsieur Charest participe de sa volonté d’asseoir dorénavant son autorité beaucoup plus clairement. Il semble vouloir le faire dans son caucus, son Conseil des ministres et son parti. L’exclusion de Thomas Mulcair en fut le premier indice.
Le choix qu’il a fait de soumettre son projet de loi controversé sur le Mont-Orford à peine deux jours avant le conseil général de son parti – où des militants entendent s’y opposer – en témoigne également.
Ce week-end, à Trois-Rivières, c’est donc à une épreuve de force avec son parti que se livrera monsieur Charest. Ce test de leadership, s’il le remporte, pourrait en effet renforcer son autorité auprès de ses troupes et projeter aux yeux de la population une image de détermination à laquelle Jean Charest ne l’a pas habituée…
Comme il ne se passe plus rien dans les conseils nationaux du PQ, au moins, les observateurs auront de l’action à se mettre sous la dent au conseil général du PLQ…
Jean Charest doit sûrement aussi prendre exemple sur Stephen Harper, lequel grimpe dans les sondages en partie parce qu’on dit de lui qu’il est déterminé et fait ce qu’il a promis de faire.
Évidemment, ce faisant, monsieur Charest prend un risque. Mais c’est un risque calculé. À une année des élections, si son parti venait à lui tenir tête ce week-end sur la question du Mont-Orford, cela équivaudrait à une répudiation de son leadership, voire à une mutinerie.
Un chef ne peut survivre à un tel affront que si ses appuis sont solides dans les sondages. Ce qui est loin d’être le cas du premier ministre actuel. Dans son calcul, monsieur Charest doit s’assurer que les militants de son parti n’iront pas jusqu’à le défier à ce point. Nous verrons cela en fin de semaine.
Pour ce qui est des bras de fer entre un chef et son parti, Jean Charest doit beaucoup s’inspirer ces jours-ci de Lucien Bouchard, son ancien collègue à l’époque du gouvernement conservateur de Brian Mulroney.
Que ce soit à la tête du Bloc ou du Parti Québécois, Bouchard a tenu ses partis d’une main de fer, quitte parfois à leur en casser la colonne vertébrale et à punir durement les dissidents un peu trop récalcitrants.
On se souviendra du congrès du Parti Québécois de novembre 1996 où Bouchard, suite à un vote de confiance qu’il jugeait « insultant » et à des militants déterminés à lui tenir tête en votant pour un renforcement de la « Loi 101 », avait créé une atmosphère de psychodrame faisant croire à sa possible démission.
Ce chantage avait convaincu les militants de reculer sur la question linguistique le lendemain, par crainte de perdre leur chef fraîchement arrivé. Dès ce moment, l’autorité auparavant contestée de Bouchard, fut dorénavant bien assise, et ce, jusqu’à sa propre démission en 2001.
Bien sûr, on ne risque pas d’assister au même genre de psychodrame ce week-end, mais il est clair que le conseil général servira à établir qui est le vrai « boss » du PLQ et du gouvernement…
***
Un homme sûr de lui
Malgré les sondages défavorables, Jean Charest semble être de plus en plus sûr de lui. Son attitude est celle d’un homme déterminé à renforcer son leadership au sein de son gouvernement et de son parti afin de se rendre à la prochaine élection avec des troupes plus unies.
On sent une nouvelle confiance en lui. Le temps dira s’il a raison…
Monsieur Charest semble compter essentiellement sur deux facteurs pour une prochaine victoire électorale : le règlement, même partiel, du déséquilibre fiscal, et la performance jusqu’ici décevante d’André Boisclair.
Charest a trouvé en Harper un formidable allié, dont la popularité augmente au Québec au point de vraisemblablement faire perdre d’autres sièges au Bloc à la prochaine élection fédérale – laquelle risque fortement d’avoir lieu avant l’élection québécoise.
Harper est également, et surtout, celui qui détient la clé du déséquilibre fiscal dont le PQ a fait son principal cheval de bataille depuis des années.
Harper est donc celui qui pourrait transférer au gouvernement Charest quelques milliards de dollars essentiels à l’amélioration des services publics et, peut-être aussi, à une baisse d’impôt… tout juste avant l’élection provinciale.
Quant au PQ, il est clair que Charest opposera le fédéralisme d’ouverture très « profitable » du duo Harper-Charest à l’inexpérience de Boisclair et à l’engagement de tenir un référendum. Que le nouveau parti Québec Solidaire vienne aussi gruger des votes au PQ rentre sûrement dans ses calculs.
La politique n’est évidemment pas une science exacte, et tout peut basculer un matin quelconque de manière imprévisible.
Il n’en reste pas moins que le gouvernement Charest est loin d’être battu alors que le PQ ne peut plus tenir sa victoire pour acquise.
***
L’obsession du déséquilibre fiscal
Lucien Bouchard et Bernard Landry ont voulu faire du déséquilibre fiscal leur obsession – une question pourtant de simple gouvernance provinciale et fédérale-provinciale.
Avec le rapport final de la Commission Séguin, Landry a légué aux fédéralistes du Québec une véritable bible, remplie de recommandations visant à régler le déséquilibre fiscal « à l’intérieur du système fédéral canadien » dans le but d’en améliorer le fonctionnement.
Landry et maintenant, Boisclair, auront beau s’exclamer que la seule solution au déséquilibre fiscal est la souveraineté, ils ont envoyé un message ambiguë et contradictoire avec le rapport Séguin.
Comme Séguin, Charest et Harper ont compris que le déséquilibre fiscal est, en effet, essentiellement une question de gouvernance et que son règlement ne ferait qu’améliorer le fonctionnement de la fédération canadienne.
Mais comme le PQ en a fait une question hautement symbolique et chargée émotivement, Harper et Charest ont aussi compris qu’en le réglant, ils couperaient cette même herbe sous les pieds du PQ et pourraient prétendre que le Québec est maintenant bel et bien rentré dans la grande famille canadienne dans l’« honneur et l’enthousiasme »… et chèque en main !
Si Harper réussit à livrer cette marchandise, le PQ aura donné aux fédéralistes la corde avec laquelle ils pourraient ficeler le PQ et le Bloc pour longtemps.
Ce n’était pourtant qu’une question de temps avant qu’un premier ministre du Québec finisse par avoir un homologue plus « réceptif » à Ottawa. C’est maintenant chose faite.
Voilà ce qui arrive lorsqu’un parti souverainiste s’occupe de tout lorsqu’il gouverne, sauf de sa propre option. Et qu’on ne me serve pas l’argument que toute victoire sur ce front ne peut qu’aider l’option souverainiste en enrichissant le Québec. Je n’y crois pas.
Je crois plutôt que dans un contexte où le PQ a fait du déséquilibre fiscal un puissant symbole, où l’ère est maintenant au « rapprochement » Québec-Ottawa et où le PQ semble s’être donné un chef invisible et inaudible, tout règlement du déséquilibre fiscal sera récupéré par les fédéralistes comme une victoire majeure et un signe de
« respect » envers le Québec.
Michel Tremblay a raison. Depuis le dernier référendum, du déficit zéro au déséquilibre fiscal, le PQ a fait de la souveraineté une question d’argent, et ce fut une erreur. Après avoir tué la question linguistique en la transformant en un dangereux tabou et en taxant de « pure et dure » toute personne souhaitant une « Loi 101 » renforcée, après avoir évacué la nature profondément identitaire et existentielle de son projet par crainte d’indisposer on ne sait plus trop qui ni quoi, le PQ a maintenant tout un défi à relever : retrouver l’âme et la raison d’être de l’indépendance du Québec.
Face aux histoires de peur, le PQ se devait bien sûr de faire la démonstration de la viabilité économique de la souveraineté. Mais non d’aller jouer de manière aussi obsessionnelle dans une question de gouvernance et d’équité fiscale fédérale-provinciale, laquelle, si réglée, améliorerait la fédération canadienne.
Ne reste maintenant à Boisclair qu’à espérer que Harper échouera.

A practical man; Canada
The Economist
6 May 2006
The prime minister settles a trade dispute and offers a tax-cutting budget
HIS brusque and bossy manner means that Stephen Harper may never win the affection of Canadians. But after three months as prime minister, the Conservative leader is winning respect as a politician who gets things done. The past few days brought two examples of that. On April 27th, Mr Harper announced a surprise settlement of a protracted trade war with the United States over softwood lumber. Five days later, his finance minister, Jim Flaherty, presented a budget which won applause for lowering taxes without sacrificing fiscal discipline.
To some Canadians, the lumber deal looked like surrender. In 2002, for the fourth time since 1982, the United States levied countervailing duties on exports of wood from Canada, its partner in the North American Free Trade Agreement (NAFTA). The American government has mainly failed to persuade NAFTA (and other) panels of its case that Canada subsidises lumber. It seemed that the battle would be fought to the last lawyer.
But Mr Harper is eager to improve relations with George Bush's government. After a week of talks, both sides agreed a draft deal which in essence returns to the previous regime of managed trade. The Americans will drop the sanctions, and return $4 billion of the $5 billion they have collected in duties. Canada accepted that its share of the American market be capped at 34%. It agreed to impose export taxes and limit shipments if prices in the United States fall much below their current-unusually high-levels.
The previous Liberal government had held out for better terms. But Mr Harper won the grudging acceptance of battle- weary sawmill managers, and the provincial politicians who administer the forests. Some are quietly relieved that the time-consuming and costly dispute may soon be over. The biggest losers are Americans, who will pay more for their houses.
The Conservatives' first budget strikes the same pragmatic note. It contains 29 different tax breaks. These include a campaign promise to shave one percentage point from the sales tax, and a tax credit on public-transport tickets aimed at encouraging commuters to leave their cars at home. Perhaps most importantly, the gap between corporate taxes in Canada and the United States will narrow. Unlike their Republican neighbours to the south, Canada's Tories are determined to maintain their predecessors' record of balanced budgets, stretching back eight years. They promise to rein in government spending, which showed signs of running away under the Liberals. Last year's entire C$8 billion ($7 billion) surplus will go towards paying down the national debt. From now on, C$3 billion will be set aside each year for debt reduction. That would reduce the ratio of public debt to GDP, already the lowest of any of the G7 large industrial economies, to 25% by 2014.
Mr Flaherty could afford this combination of largesse and virtue because Canada is among the chief beneficiaries of the current boom in commodity prices. Corporate profits are at record levels, and the unemployment rate is at a 30-year low. The finance department estimates that income-tax collections will climb by almost a fifth in the three years to 2008. On budget day, the Canadian dollar edged over 90 American cents (see chart)-its highest level for 28 years. That is a challenge for manufacturers. But thanks to oil and minerals exports, Canada is running a big trade surplus with its neighbour .
The strong currency has helped contain inflation even as the economy runs at full tilt. It has also brought relief at the petrol pump, since oil is traded in American dollars. Philip Cross, the chief economist of Statistics Canada, reckons that while Americans are paying over 70% more for gasoline than three years ago, prices in Canada are up by only about a third. The loonie, as Canadians call their dollar, may reach parity with the greenback within the next 18 months, reckons Clément Gignac of the National Bank of Canada. Others take a less rosy view, forecasting a weaker Canadian dollar as the commodities boom runs out of steam.
Though Mr Harper leads a minority government, he should have little trouble pushing through the budget and the softwood lumber deal. He has assuaged the separatist Bloc Québécois by pledging "a new approach" to sharing the federal government's surpluses with the provinces. In a year or so, the prime minister may well call an election at which he will seek a Conservative majority. The Liberals have long tried to paint Mr Harper as a reactionary ideologue. In different ways, with the softwood deal and the budget, he is doing his best to give a rather different impression to the voters, as a practical man of the middle ground.

Le PQ est "dans le trouble", dit Charest
Chouinard, Tommy
La Presse vendredi 5 mai 2006
Québec - Le premier ministre Jean Charest se frotte les mains à la suite du dépôt du budget fédéral. Le règlement possible du déséquilibre fiscal d'ici un an porte à ses yeux un coup dur au Parti québécois et à son plaidoyer en faveur de la souveraineté.
La formation d'André Boisclair " a mis tous ses oeufs dans le même panier ", celui du déséquilibre fiscal, et se retrouvera bientôt à court d'arguments, a plaidé Jean Charest, à la sortie d'une réunion du caucus libéral, hier matin.
Plus tard, lors d'un échange musclé en Chambre, la chef intérimaire de l'opposition officielle, Louise Harel, a dit craindre que Jean Charest accepte de signer une entente au rabais. Le premier ministre refuse de chiffrer ses demandes, a-t-elle déploré.
Jean Charest estime que le choix de la date des prochaines élections générales ne sera pas " lié " au règlement sur le déséquilibre fiscal. Mais il a envoyé des signaux qui démontrent tout le contraire.
" Du côté du Parti québécois, ils sont assez embêtés. Ils ont fait du déséquilibre fiscal une espèce de synonyme avec souveraineté. Si le dossier se règle, Michel Tremblay et Robert Lepage auront eu raison ", a-t-il expliqué.
Selon MM. Lepage et Tremblay, le plaidoyer du mouvement souverainiste repose trop sur l'économie.
Jean Charest a pris un malin plaisir à relever les réactions contradictoires du chef péquiste, André Boisclair, et du chef bloquiste, Gilles Duceppe, au budget conservateur. Le premier l'a taillé en pièces, alors que le second l'a encensé.
" On verra maintenant quel chef choisira Louis Harel. Parlera-t-elle au nom d'André Boisclair ou au nom de Gilles Duceppe? " s'est-il demandé.
Selon le premier ministre, le budget fédéral " marque une étape décisive dans le dossier du déséquilibre fiscal ". Ottawa s'est engagé à lancer les discussions ce printemps, à proposer des pistes de solutions et à tenir une rencontre fédérale-provinciale l'automne prochain. Des mesures concrètes visant à transférer des fonds aux provinces seront présentées dans le prochain budget, au printemps 2007.
Il s'agit d'une déclaration d'intentions, mais elle est précieuse aux yeux de Jean Charest. " C'est un engagement qui est fait devant tous les citoyens. C'est l'étape par laquelle il fallait passer pour arriver à un règlement. Et cette étape-là, on l'attendait. On ne peut pas arriver à un règlement tant que la volonté n'est pas aussi clairement exprimée qu'elle l'est maintenant ", a-t-il expliqué.
D'ores et déjà, Jean Charest a indiqué que la baisse de 1 % de la TPS ne fait pas partie du règlement sur le déséquilibre fiscal. " M. Harper n'a pas fait ça dans le but de donner un espace fiscal au gouvernement du Québec. Peut-être qu'il aurait pu le proposer en prétextant le déséquilibre fiscal, mais il ne l'a jamais fait. Alors nous, on n'a pas l'intention d'augmenter la TVQ pour aller chercher l'espace qui est là ", a-t-il expliqué.
Jean Charest a balayé d'un revers de main les questions portant sur le sondage CROP-La Presse, publié hier, selon lequel le taux d'insatisfaction à l'égard de son gouvernement demeure très élevé (67 %). Son gouvernement a choisi selon lui de faire des changements dont les bénéfices se font sentir davantage à long terme.
En Chambre, Louise Harel a cherché à savoir ce que le gouvernement proposera lors des discussions avec le fédéral sur le déséquilibre fiscal. Elle a rappelé que Jean Charest a plaidé en faveur du transfert de points d'impôt dans le passé.
" Qu'est-ce que le premier ministre a l'ambition d'obtenir pour le Québec? Une entente administrative qui peut être reniée n'importe quand, comme celle sur le financement des services de garde, qui a été déchirée, mise en pièces par son ami M. Harper? Laisser le Québec à la merci d'Ottawa, c'est faire en sorte que le fédéral puisse en tout temps modifier de façon arbitraire et unilatérale quelque entente qui soit. "
Jean Charest a éludé la question. " S'il y a un parti politique qui a fait preuve de faiblesse à l'endroit du fédéral, c'est le Parti québécois ", a-t-il répliqué.

Entente sur l'UNESCO - Une chaise dans un bureau
Francois-Pierre Gauvin, Étudiant au doctorat, Hamilton
TRIBUNE LIBRE vendredi 5 mai 2006
Stephen Harper annoncera aujourd'hui à Québec, en compagnie de Jean Charest, que le Québec aura « une présence permanente au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO, à Paris » (Radio-Canada). Mais avant de sabrer le champagne, on devrait clairement expliquer au peuple québécois de quoi il s’agit.
En fait, les règles de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) ne permettent pas à une province ou à un État fédéré d'y occuper un siège en tant que tel, comme c’est le cas aux Sommets de la francophonie.
Cette annonce signifie tout simplement qu’un représentant du Québec pourra s’asseoir sur une chaise dans le bureau parisien de la délégation canadienne à l’UNESCO. Le Québec ne pourra jamais parler de sa propre voix aux rencontres de l’UNESCO. En effet, Stephen Harper a tenu à rassurer son bon peuple que la délégation canadienne ne parlera que d’une seule voix… One voice under one flag.
Comment les Québécois et les Québécoises pourraient-ils se réjouir d’une simple chaise dans un bureau? Nos aspirations ne sont-elles pas plus grandes? Ne voulons-nous pas une voix à la table des nations, là où les décisions sont prises, là où les nations sont représentées? Qu’arrivera-t-il lorsqu’il y aura dissensions entre le Québec et le reste du Canada sur des enjeux en matière d’éducation et de culture (i.e., des domaines qui relèvent strictement du gouvernement du Québec)? Qu’arrivera-t-il à cette « chaise » lorsqu’il y aura un changement de gouvernement ou une saute d’humeur du gouvernement Harper?
Une chaise dans un bureau, voilà tout. Voilà tout ce qu’on offre au Québec. Cependant, il faut voir la réaction du Canada anglais à cette décision. Toute offre visant à accommoder le Québec ou à reconnaître sa différence crée systématiquement un tollé de protestations au Canada anglais. On nous injure, nous insulte, nous ridiculise. Il suffit de lire le site Internet du Globe and Mail en ce vendredi 5 mai 2006 pour voir que le Quebec bashing est un sport national au Canada.
Je vis en Ontario depuis 3 ans afin de poursuivre mes études. À mon grand bonheur, je serai de retour au Québec en juillet prochain. Cet exil m’a toutefois permis de comprendre l’ampleur du gouffre qui sépare le Québec du reste du Canada. Les Canadiens ont une totale incompréhension du Québec, de son histoire, de sa culture, de sa langue, de ses besoins, de ses préférences et de ses aspirations. Selon eux, toutes les provinces doivent être considérées comme étant égales les unes aux autres. Les Québécois ne forment qu’un groupe ethno-culturel parmi tant d’autres. Leur vision du Canada est celle d’une fédération symétrique from coast to coast. Offrir une chaise au Québec dans le bureau de la délégation canadienne à l’UNESCO est une terrible offense à leurs yeux. Il s’agirait d’un traitement privilégié pour cette bande de braillards et d’enfants gâtés de Québécois.
Je milite pour l’indépendance du Québec, pour que mon peuple puisse enfin avoir le plein contrôle de sa destinée, pour qu’il puisse avoir une voix à la table des nations. Je ne sabre pas le champagne pour une simple chaise dans un bureau. Mes aspirations et les aspirations de mon peuple sont bien plus grandes.

Programme d'histoire. L'avis des professeurs consultés
René Marcel Sauvé, géographe, spécialisé en géographie historique, en didactique de la géographie et en géopolitique, auteur de Géopolitique et avenir du Québec
TRIBUNE LIBRE vendredi 5 mai 2006
Permettez quelques questions en réponse à l'avis des professeurs consultés en page A 9 du Devoir d'aujourd'hui.
Commençant par la conclusion, ces enseignants actifs dans les écoles d'aujourd'hui déclarent qu'ils considèrent que le programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté permettra à l'élève de relever les défis du
XXle siècle.
De quelle citoyenneté s'agit-il? Un citoyen se réfère à la Cité, c'est-à-dire à l'État auquel il appartient et à qui il accorde sa confiance et sa loyauté. En partant, donc, il est nécessaire de définir l'État lui-même, sa nécessité, ses causes, ses origines et les principes qui le gouvernent.
Tel doit être le contenu de base d'un tel enseignement, qui doit décider au préalable quel est l'État au Québec et qui est l'État au Québec. À cette fin, l'analogie est nécessaire et exige une connaissance générale de l'histoire d'autres États, anciens et actuels, qui ont marqué l'histoire du monde.
Au cours des anciennes études classiques, l'étude des Cités grecques et romaines, de l'histoire de France et d'Angleterre, nous permettaient de prendre une première conscience des universaux et des certitudes qui caractérisent la vie collective organisée en État, par comparaison avec d'autres vies collectives, telles la famille, le clan, la tribu, l'entreprise et la nation sans État. Toute véritable démocratie exige ces connaissances de base, autrement, elle n'est qu'un mythe.
De plus, pour comprendre l'État, une formation de base en philosophie est nécessaire. D'abord une introduction à l'épistémologie, ne serait-ce que pour discerner entre opinion et certitude. Quant à l'État, entité ontologique avant de devenir juridique, une base en métaphysique s'impose au moins pour apprendre à discerner entre avoir et être.
Le cours classique, en fait un cours secondaire plus poussé et formateur, imposait ces connaissances de base. Il était destiné à une élite. Aujourd'hui, depuis l'avènement de l'ordinateur et de l'Internet, ces études sont exigées par tout le monde ou presque. La quantité massive d'informations disponibles exige une formation en discernement telle qu'il n'y en a jamais eu avant.
L'État est l'instrument privilégié dont disposent les citoyens pour agir collectivement et dans le sens du bien général. Autrement, il est arbitraire et fauteur de conflits et de guerres. Pour agir, la connaissance des grands principes est nécessaire. Sinon, l'agir n'est qu'une mécanique sans objet, aux mains d'individus qui décident pour tous les autres et qui ont intérêt à confondre chez les citoyens la fin et les moyens, l'essentiel et l'accessoire, le permanent et le transitoire. Le medium devient le message. Et l'enseignement une procédure sans contenu.
Dans cette perspective, il serait plus juste de dire que l'enseignement de l'histoire proposé par ces enseignants modernes a pour objet d'initier au civisme, non à la citoyenneté puisque l'objet de la citoyenneté, l'État, est absent de ces cours.
Quant aux défis du XXle siècle, les enseignants ne peuvent manquer de se rendre compte que l'étudiant actuel au niveau secondaire compte des centaines d'heures de télévision et d'Internet, ce que les étudiants des décades précédentes n'avaient pas. L'étudiant actuel ne veut plus de prêchi prêcha. Il sait qu'opinions et options ne mènent nulle part. Il lui faut prendre conscience des universaux et des continuités qui font et défont les pouvoirs établis et par conséquent les États, ce qui exige en partant un exercice intellectuel qui lui permettra de discerner entre opinion et certitude, en passant par l'énoncé de fait, l'hypothèse, la thèse et la synthèse. Féru d'ordinateur et d'Internet, l'étudiant actuel exige beaucoup plus de savoirs que ses prédécesseurs. Le média n'est plus le message mais porteur de contenus redoutables. Et le savoir est dans le discernement.
L'enseignant éducateur civique à la solde d'un pouvoir inféodant et qui cherche à maintenir un ordre de choses risque de provoquer encore plus de désordres qu'il n'en existe actuellement. L'ordre commence avec une tête bien faite, non par l'apprentissage du conformisme, alors que les nouvelles communications provoquent dans le monde actuel et à venir des chambardements dont l'ampleur nous échappe. Or, qui dit communications dit dénominateurs communs. Plus les dénominateurs communs sont universaux et fondés sur des certitudes, plus étendues seront les communications et plus authentiques seront les relations qui vont en résulter. Telle doit être la préoccupation principale des enseignants d'aujourd'hui.

Il n'y a pas que des concombres anglais
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE samedi 6 mai 2006
Le peuple n’avance pas tout seul.
Il faut lui battre le chemin.
Louis Caron
Le Canard de bois
Charest parvient à semer la grogne
jusque dans son camp.
Couillard ne rendrait pas le parti plus populaire.
Exaspérés par Charest
les Québécois ne perçoivent pas davantage Boisclair
dans le rôle de jeune premier ministre.
Les députés du PQ, du Bloc, les ex-députés et ex-ministres
qui ont accordé leur appui au jeune chef
ont commis une erreur.
Ils ont le devoir
de le reconnaître et de présenter une solution de rechange
avant que le parti ne se désintègre
complètement.
Duceppe a mené une campagne terne
qui s’est soldée par une claque conservatrice.
En appuyant le budget Harper
il invalide la présence du Bloc à Ottawa.
Il est temps de rentrer au bercail
de signifier aux Québécois que désormais
c’est au Québec que ça se passe.
Remplacer Boisclair par Duceppe
témoignerait de cette volonté
de tourner la page.
Afin de tirer bénéfice du dégoût libéral
les péquistes doivent agir vite.
Boisclair ne peut rester à la tête du PQ.
Lors des prochaines élections
c’est toute la population du Québec qui s’exprimera.
Les sondages sont clairs :
Ni Charest, ni Boisclair.
Pour atteindre la cible
corrigeons le tir.

Souveraineté énergétique
Francis Déry, Montréal
TRIBUNE LIBRE samedi 6 mai 2006
Monsieur Dubuc,
Je suis un environnementaliste de coeur. Je ne suis pourtant pas contre
le harnachement des rivières. Je pense qu'il y a d'autres moyens d'atteindre
l'indépendance énergétique ... et de se servir de cette richesse pour
favoriser l'environnement sur le plan global tout en y tirant un profit
pour notre collectivité. Là où je diverge avec Jean Charest et vous,
c'est qu'avant d'aller développer de nouvelles rivières (il y en a de moins
en moins) et de renégocier avec les nations autochtones, il est préférable
d'inciter les québécois à couper dans les dépenses inutiles d'énergie.
Et il y en a beaucoup. On doit se débarrasser de cette mentalité
d'abondance des ressources hydroélectriques. Sans cela, la demande
locale ira toujours rejoindre l'offre disponible, nous privant ainsi des
bénéfices de l'exportation.
Que faire si on a des surplus fermes. Il y a la possibilité d'exporter.
Mais pour exporter, il faut une permission des nations cris. Ils ont bien
précisé dans les ententes antérieures qu'ils ne permettaient les barrages
que pour rencontrer les besoins énergétiques du Québec. Nous avons
jonglé avec les mots de l'entente pour justifier l'exportation des surplus
qui sont devenus des contrats fermes par la suite. Les Cris sont avec
raison devenus méfiants de tout ce qui est de Québec. C'est pourquoi,
avant de recommencer à négocier avec les premières nations, il est
préférable de développer des filières plus locales, tel l'éolien, qui ne
nécessite pas la construction de barrages ou de réduire notre propre
consommation énergétique en repensant les infrastructures économiques
et en changeant les comportements typiques. Dans ces deux cas,
nous pourrions disposer de ressources énergétiques exportables sans
permission prérequise de la part des premières nations.
Mais pourquoi exporter si on peut aider globalement en substituant
l'énergie propre à des énergies fossiles importées pour une consommation
locale. Je rêve de voir le Québec muni d'un ensemble de système de
transport collectif basé sur l'électricité (métros, tramways, skytrains,
trains interurbains). Les liaisons aériennes régionales ne seront plus
rentables avec la tecnologie actuelle. Remplaçons les avions par des
zeppelins pour le régional. En coupant cette dépendance au pétrole,
on s'assura d'un terme d'échange énergétique positif. Et là, les Cris
ne pourront s'opposer aux barrages sur la base que nous cherchons à exporter.
Aussi, je suis pour la hausse des tarifs d'électricité et la production à
petite échelle. De forts taux inciteront les citoyen à y voir à leur
consommation et les entreprises à revoir leurs processus énergivores.
La production à petite échelle, je ne la vois pas entre les mains d'une
PPP qui bénéficiera au privé, mais de coopératives régionales qui voudront
affranchir leur région des tarif élevés d'Hydro Québec. Ces coopératives
pourront gérer des parc éoliens ou de ressources alternatives durables
à fin de fournir des tarifs préférentiels à ses membres. L'expertise
pour former les membres coopérants pourra venir d'Hydro-Québec.
Le réseau des coopératives de producteurs d'électricité pourra être à l'ossature
énergétique du Québec, ce qu'est le réseau des Caisses Populaires à son
ossature financière.
Sur ce, je vous salue,
Francis Déry
Montréal

Nos amis les Canadians
Mathilde François
TRIBUNE LIBRE samedi 6 mai 2006
Ou le gouvernement Charest comme cinquième colonne de l'État québécois
Le passé a vaincu l'avenir
Heine, au lendemain de la Bataille de Waterloo
Je suis tout simplement consternée par les redites sans étayages rationnels solides, pour l'essentiel, des trois textes de Messieurs Jean-François Cardin (Didactique de l'Histoire, Université Laval), Jocelyn Létourneau (Département d'Histoire, Université Laval) et Christian Laville (Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage, Université Laval) publiés dans les récentes éditions du Devoir.
Tant de mots et d'affirmations déclamatoires, puis de lieux communs interchangeables et redondants (à croire qu'il s'agit de papiers rédigés par une seule et même plume, on aurait d'ailleurs une idée d'icelle le cas échéant) pour tenter de légitimer une didactique de l'Histoire nationale qui nivelle les faits et les sens, dans un but d'asepsie sociale généralisée, relève tout à la fois de l'aberration mentale, de la cécité scientifique et de la malhonnêteté intellectuelle. Et c'est sans compter, plus ponctuellement, l'«usage» plutôt répugnant par nos compères du texte de M. Antoine Robitaille à titre de repoussoir afin, manifestement, de noyer le poisson - rouge, il va presque sans dire - décidément pourri de la tête à la caudale. Bref, tirons sur l'ambulance : on oubliera vite le crime qui est à l'origine de l'état critique dans lequel se trouve la victime que ledit véhicule transportait en toute urgence vers les lumières du débat public.
D'entrée de jeu, une question surgit spontanément à l'esprit : si le journaliste du Devoir n'avait informé la population de ce projet fort avancé (le gouvernement Charest est actuellement en pourparler avec le milieu de l'édition en vue de la publication de l'«ouvrage» pour l'année scolaire 2007: c'est dire combien ce travail systématique d'oubliance du passé et d'oblitération des événements gênants pour un esprit d'obédience canadian first and foremost, car c'est bien ce dont il s'agit, est d'ores et déjà ficelé à la virgule près) - projet au reste élaboré en catimini, comme il est devenu coutumier au sein de cette administration aux manières qui chaque jour un peu plus nous ramènent à la gouvernance autocratique et autoritaire de type duplessiste -, si M. Robitaille, dis-je, n'avait accompli son boulot comme il se doit depuis les quartiers généraux du quatrième pouvoir, qu'en aurait-il été à terme de cette infâme entreprise de noyautage idéologique de l'esprit de l'écolier et de l'étudiant? Donnions-nous alors tout naturellement sur une génération d'enfants sacrifiée (une autre) à la vision étriquée, lamineuse, partisane et force endoctrinante de nos Pierre Pettigrew et Marc Garneau d'hier et de demain??? Et pour le service desquels grands esprits, incidemment, nos amis Létourneau, Cardin et Laville n'hésitent pas, on le voit, à brader une probité intellectuelle - présumée, usurpée ou secrètement espérée, c'est selon - qui désormais ne saurait plus tromper quiconque.
Et tout ceci avec l'aval - que dis-je ? l'appui et le soutien indéfectible - de l'État québécois lui-même. Car enfin, M. Jean-Marc Fournier, ministre de l'Éducation, affirme d'un côté de la bouche ne pas avoir lu le manuel préconisé dont il est pourtant l'imputable instigateur, pendant que, aux commissures des lèvres de l'autre extrémité, on le rappelait à l'instant, il discute de sa publication et de sa distribution dans les plus brefs délais. Mais alors, est-ce là mensonge inqualifiable, M. le ministre, ou incompétence rédhibitoire fondue dans une volonté concertée d'embrigadement des consciences à la faveur des «outils pédagogiques» de l'amnésie et de l'ignorance volontaire qui, comme on le sait depuis Staline et Mao, pour le moins, constituent les deux mamelles juteuses de l'atonie collective.
Question subsidiaire (mais, on s'en doute un peu, grandement interpellante) : Le premier ministre Jean Charest cherche-t-il à la fin à anéantir ab ovo jusqu'au tout dernier réflexe de résistance (l'arme maîtresse de la dignité humaine) dans la conscience éponge et vulnérable des enfants, par ailleurs en confiance totale, pour ainsi dire par définition, à l'égard des maîtres en salle de classe...? En clair : sommes-nous bel et bien un peuple de pied en cap, monsieur Charest, ou bien un vague cheptel bien engrossé à offrir tout jovialement, le moment venu, aux intérêts d'un autre peuple (pas mieux ou pire que le nôtre, certes, mais autre).
Aussi, de la proverbiale arrogance pompeuse de ce Jocelyn Létourneau («Rectifications...!», clame-t-il : Pensez droit, pensez comme moi, quoi. Un petit dédommagement monétaire dans les six chiffres pour atteinte à la réputation, avec ça...?) aux assertions d'un ridicule désarmant de Jean-François Cardin («[...] à partir de ce moment, les versions subséquentes des programmes d'histoire nationale sont devenues beaucoup moins axées sur les aspects conflictuels et divisifs car ils devaient pouvoir être enseignées autant par un prof francophone nationaliste du Lac-Saint-Jean que par un prof anglophone fédéraliste de Pointe-Claire»! C'est bien vilain, n'trouvez pas, M. Cardin, puisque l'on est ici dans la caricature du «chacun son Histoire», de passer outre aux propriétaires vietnamiens de dépanneurs, aux chauffeurs haïtiens de taxi et aux mafiosi russes de la traite des blanches), par le détour des clichés, lapalissades, truismes et autres boursouflures verbales de Christian Laville (par exemple, pour sa «défense» celui-ci écrit: «Il reste que personne n'enseigne l'histoire sans faits historiques. S'ils ne sont pas tous énumérés dans le programme, les enseignants les connaissent et sauront employer ceux nécessaires à leur mission. D'ailleurs, il est plus que probable que les contenus non mentionnés dans le programme en seront.» Or depuis quand, cher ami, en Histoire l'accessoire et l'arbitraire font foi de l'essentiel, de l'explicatif et du déterminant...?), je comprends d'abord, et peut-être surtout, que l'Université Laval semble éprouver grande difficulté, à tout le moins en certaines Facultés, à dénicher un personnel enseignant crédible et de qualité.
Dans le prolongement militantiste des Monique et Max Nemni (Science Po), des Annette Paquot (Linguistique, de www.vigile.net/ds-Qc-monde/docs/01-12-13-gaumond-terrorisme.html à www.ledevoir.com/dossiers/353/73519.html?353, par www.vigile.net/pol/101jlg/paquot.html) et autres Patrice Garant (Droit, www.ledevoir.com/dossiers/304/106868.html?304), l'Université Laval serait-elle donc - forme de McGill University en Capitale - parvenue (à son insu ?) à jumeler de manière systématique Science, d'une part, et Propagande canadienne, d'autre part, comme elle parvint par ailleurs à réaliser, dans une tout autre dimension de son univers «intellectuel», le croisement (du moins dans ses cartons) entre Campus universitaire et transnationale de l'alimentation...?
Dans la mouvance du professeur Jocelyn Létourneau et de ses ouailles consentantes et bien apprivoisées sous la chape d'une vision politique du Québec que ne renieraient pas les Stéphane Dion, les Alain Dubuc et les Denis Coderre de ce merveilleux bilingue pays (de Gaspé à Val d'Or, surtout), où tout le monde est content d'être content de vivre dans le cadre rassurant d'une Histoire lisse et sans aspérités, il est à se demander, et sérieusement, si l'Équipe qui fait actuellement office de gouvernement à l'Assemblée nationale ne constitue pas en soi la cinquième colonne de l'État québécois lui-même.
M. Charest, je pense avec Chateaubriand que l'ambition dont on n'a pas les talents est un crime.

Les lapins, les dinosaures et les éléphants
Pierre Cloutier
TRIBUNE LIBRE samedi 6 mai 2006
Dans leur dernier livre intitulé Revolutionnary Wealth, Knoff, New-York, les époux Heidi et Alvin Toffler donnent la liste des institutions les plus et les moins performantes avec l'émergence de la révolution de l'information. Se servant d'une analogie avec 9 voitures roulant sur une autoroute, ils les classent ainsi:
CEUX QUI ONT LE PIED SUR L'ACCÉLERATEUR:
1 - 100 milles à l'heure: les entreprises privées qui doivent s'adapter constamment au marché et à la mondialisation;
2 - 90 milles à l'heure: la société civile, c'est-à-dire la plupart des groupes de pression organisés à l'intérieur de la société;
CEUX QUI ONT LE PIED SUR L'ACCÉLÉRATEUR ET SUR LES FREINS EN MÊME TEMPS
3 - 60 milles à l'heure: la famille éclatée;
4 - 30 milles à l'heure: les syndicats, produits de la révolution industrielle, ère qui cède sa place à la révolution de l'information et du savoir;
LES DINOSAURES ET LES ÉLÉPHANTS
CEUX QUI RALENTISSENT LE TRAFIC
5 - 25 milles à l'heure: Les bureaucraties gouvernementales
6 - 10 milles à l'heure: le merveilleux monde de l'éducation;
Comment, disent les Toffler, peut-on former des élèves dans une institution qui va à 10 milles à l'heure pour les préparer à travailler dans des entreprises qui roulent à 100 milles à l'heure?
7 - 5 milles à l'heure: les bureaucraties internationales: ONU, OMC, FMI etc.;
CEUX QUI OBSTRUENT LA CIRCULATION
8 - 3 milles à l'heure: les partis politiques
9 - 1 mille à l'heure: la loi, c'est-à-dire l'organisation judiciaire et la législation.
Les partis politiques traditionnels - et je le dis sans me gêner - sont des partis de dinosaures, constitués d'une petite élite de politiciens professionnels, en conflits d'intérêts permanents entre leurs intérêts personnels (rester au pouvoir) et servir les intérêts du peuple. C'est un monde fermé, restreint, replié sur lui-même, où le succès repose sur la durée, le secret, le complot et où la démocratie est une façade et une illusion.
La plupart des politiciens professionnels passent le 3/4 de leur temps en relations publiques et en campagne de financement, incapables qu'ils sont de répondre de plus en plus aux demandes pressantes de leurs électeurs. Avec l'émergence de la société du savoir et de l'information où la vitesse foudroie tout le monde, ces pressions deviennent exponentielles et les décisions se prennent de plus en plus par leurs adjoints qui eux, ne sont pas élus.
Quant au Parti québécois, je doute de plus en plus que ses décideurs veuillent vraiment accéder à l'indépendance nationale.
La souveraineté est devenue un mythe pour militants naifs et elle est utilisée comme mantra pour apaiser les radicaux.
À quand la création d'un Parti indépendantiste non traditionnel, moderne, adapté aux nouvelles conditions de l'économie de l'information et du savoir, non centré sur la gouvernance provinciale et dont l'unique objectif serait l'accession à l'indépendance nationale?
Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra?
Un indépendantiste et un patriote écoeuré
Pierre Cloutier

Quand attentisme devient absentéisme !
Dany Bergeron
TRIBUNE LIBRE samedi 6 mai 2006
Mais où diable Boisclair peut-il se cacher? Derrière le tout dernier programme du Parti Québécois me direz-vous. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas pour rien qu’on entend la voix des critiques s’élever pour se plaindre d’avoir de la difficulté à débusquer ce chef à la langue de bois, langage qui lui sert si bien de camouflage dans ce jeu vieux comme le monde.
Mais quel champion alors! Encore se croit-il à l’abri de tout débat d’idées qui remettrait en cause les règles du jeu insidieusement adoptées, adoption non étrangère à l’influence de Claude Morin en 1974. Ces règles du jeu, factices par expérience et par exemples, suite aux défaites référendaires de 1980 et 1995, ont entraîné nos gouvernements dans le piège dit de la « bonne gouverne ». Mais attention, les militants du Parti Québécois par le truchement de ses instances supérieures et de son intelligentsia clairvoyante ont bel et bien constaté que l’objectif louable de « bien gouverner », tel que promu par le parti jusqu’à la défaite de 2003, était loin de nous garantir les conditions gagnantes tant recherchées par les disciples de Lucien Bouchard. Au contraire, avec la défaite électorale de 2003, on a semblé comprendre le besoin impérieux d’agir rapidement. Il fallait combler un vide entretenu par nos gouvernements depuis les défaites référendaires.
La pression était trop forte pour qu’on éloigne davantage la carotte référendaire au bout du bâton du pèlerin. Mais en fait, ce qu’il ne faut pas perdre de vue, ce n’est pas le référendum, mais bien la souveraineté accomplie! Pourtant, le débat a brillamment été étouffé au point d’entendre dire qu’il n’y a pas eu de saison des idées, mais plutôt une saison décidée. Il a d’ailleurs été décidé que le Parti Québécois, s’il est reporté au pouvoir, va, implicitement, continuer à gouverner Québec, la province, et qu’il allait tenir précipitamment, soit le plus tôt possible, un référendum sur la souveraineté du Québec, une souveraineté justement loin d’être accomplie par un simple résultat référendaire.
Une course à la chefferie s’en est suivie. Il fallait faire rupture avec l’image de stagnation associée, à tort bien souvent, à la « vieille génération » de politiciens. L’image véhiculée, concentrée même par les médias, l’emportait sur le débat de fond. Certaines personnes, un peu naïves à mon avis, allaient jusqu’à s’indigner de la volonté de poursuivre une saison des idées qui, selon eux, se devait d’être close sans appel, alors que la raison d’être même de la course à la chefferie en découlait. En voulant faire peau neuve, on s’est retrouvé à défendre les mêmes vieux os.
C’est alors là que le bât blesse. Nous avons certes besoin d’unité, mais nous devons éviter de se rendre aveugle. Le Parti Québécois, au lieu de montrer qu’il a appris la leçon de la défaite électorale de 2003, semble déterminé, par la voix de son nouveau capitaine, à accélérer le navire, tel le Titanic, droit dans un champ d’iceberg. Mais bien sûr, les élections approchent et on invite les membres du parti et ultimement la population à se réjouir de l’élan supposé nous porter en terre promise. Je dirais même que nous assistons à la formation d’un véritable Ordre du Temple Boisclair. Les fidèles font fi des avertissements provenant de souverainistes qui ne sont à leurs yeux que des traîtres à la solde des fédéralistes. On accuse ceux qui pourtant souhaitent que le parti ne coule pas. On voudrait refuser la formation d’un nouveau club politique au sein du PQ qui permettrait une cohésion sans laquelle toute une aile du parti s’enfuirait sur des radeaux de sauvetage.
Nous voulons porter la réflexion qui se doit sur la défaite électorale de 2003. Nous voulons mettre au clair la véritable volonté du peuple derrière sa déception de l’attentisme. Ce que le peuple du Québec veut, à majorité absolue et soutenue, ce sont des actions concrètes qui le rendent fier et déterminé. À force de voir les gouvernements provinciaux se plaindre du déséquilibre fiscal, on porte à croire que le Québec est complètement impuissant et soumis. Pourtant, il a tout le pouvoir démocratique de poser des gestes dans l’intérêt des Québécoises et des Québécois, telle que l’adoption de la loi 101 à l’époque. Aujourd’hui, on nous demande de faire confiance à un chef qui, au lieu de prendre l’initiative de proposer une véritable gouverne nationale, s’il est élu, devrait vraisemblablement se cacher derrière le programme et qui explicite, par son discours si menu, son intention de laisser au fédéral la responsabilité de régler le déséquilibre fiscal et de ne pas gouverner, mais gérer la province. Peu importe que le délai entre l’élection et le référendum proposé soit court ou long, c’est totalement l’attitude qui vient d’être décrite à laquelle on aura droit si rien ne change d’ici-là.
Maintenant c’est à se demander s’il y a un pilote dans l’avion. Car au lieu d’avoir trouvé une solution convenable à l’attentisme, on a plutôt l’impression d’assister à un absentéisme déconcertant dans les combats de l’actualité. Peur de se mouiller? Peut-être trop confortable dans sa position… Nous finirons peut-être par oublier le joueur dans sa cachette pour jouer avec ceux qui répondent davantage à nos intérêts. D’ailleurs on a bien l’impression que le gouvernement fédéral actuel joue le jeu de plus belle. Mais il reste encore du temps pour changer son fusil d’épaule, la réflexion est relancée. Espérons que les principaux intéressés dans les instances décisionnelles du Parti Québécois sauront être à l’écoute du peuple.
Et en terminant, rappelez-vous toujours cette citation de Pierre Bourgault :
« Ce qu’il faut dire et qu’on ne dit pas assez, c’est que, même si la fédération canadienne était ‹ payante ›, il faudrait quand même faire l’indépendance du Québec. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il vaut mieux gérer ses propres affaires que de les laisser gérer par les autres. Il en va des peuples comme des individus. »

Entente sur l'UNESCO - Infantilisation institutionnalisée du Québec
Éric Tremblay, Avocat et fervent indépendantiste
TRIBUNE LIBRE samedi 6 mai 2006
La signature de l'accord Harper-Charest à propos de la place du Québec à l'UNESCO démontre éloquemment l'impossibilité pour notre peuple à parler de sa propre voix sur la scène internationale. De plus, cette entente insipide souligne le caractère foncièrement colonisé de notre Roi-nègre national Charest. Ce dernier se vante d'avoir apposé sa signature sur un document niant la liberté de parole du peuple québécois à la table des nations libres. Faut le faire! Harper ne pouvait pas en demander tant.
Selon nos deux dirigeants ultrafédéralistes néoconservateurs, cet accord prouve les bienfaits produits par le fédéralisme d'ouverture. Le Québec a sa place au sein du Canada. Une société spécifique minoritaire dans le grand ensemble national canadien. Évidemment, cela implique que le futur représentant du Québec à l'UNESCO fera partie intégrante de la délégation canadienne permanente afin de mieux le contrôler. Telle la relation enfant / parent, le fédéral l'écoutera, mais décidera à sa place.
Cette mascarade médiatique ne sert qu'à mieux jeter de la poudre aux yeux des Québécois. Que l'on se le tienne pour dit: les Québécois ne forment pas une nation selon le Canada. Le Québec, n'étant pas un pays souverain, demeure donc inféodé à l'autorité suprême du Canada. Son assemblée législative, bien que portant l'épithète "nationale", doit se soumettre aux volontés de l'Empereur canadien. Sa voix sur la scène internationale ne peut donc qu'être subordonnée à la volonté omnipotente d'Ottawa. Voilà le prix de la dépendance au Canada.
Tout le monde est content, tout le monde il est gentil! Le peuple québécois doit accepter son statut minoritaire. Après tout, les bons Anglais nous ont conquis pour notre plus grand bien. Nous devons accepter l'ensemble des conditions imposées par nos conquérants, même s'il fallait qu'elles mènent à notre disparition complète. La plèbe sait reconnaître l'autorité et la puissance du souverain.
À quoi pourrait bien nous servir l'indépendance? Nous sommes bien dans ce fabuleux pays qu'est le Canada. Pourquoi voudrions-nous parler en notre nom au monde entier? À quoi ça sert? Ça changerait rien à notre confort.
Vive l'indifférence!

L'ouragan Lucien
Michel David
Le Devoir samedi 6 mai 2006
«On comprend tous que je suis en face d'un carrefour personnel dans ma vie [...]. Je sens la pression très forte, je la vois, je la perçois, elle est constante. Il y a des intérêts fondamentaux en jeu. J'aurai à résoudre tout cela.» Dixit Lucien Bouchard.
C'était le 2 novembre 1995. Deux jours plus tôt, Jacques Parizeau avait annoncé sa démission et tous les yeux s'étaient immédiatement tournés vers le chef du Bloc québécois, qui venait de mener le Québec au bord de la terre promise.
L'appel était d'autant plus irrésistible qu'après des années d'impuissance forcée à Ottawa, le nouveau Moïse aurait automatiquement droit au poste de premier ministre. Certes, il lui faudrait également assumer la direction du PQ, mais M. Bouchard ne mesurait pas encore à quel point cela pouvait être pénible.
La question se poserait dans des termes bien différents aujourd'hui. Il lui faudrait passer le test d'élections générales pour redevenir le chef du gouvernement, mais le sondage Léger Marketing dont Le Devoir publie aujourd'hui les résultats laisse croire qu'elles tiendraient davantage du plébiscite.
Avec le mode de scrutin actuel, un nouveau parti qu'il formerait avec Mario Dumont ferait une véritable razzia de comtés. Surtout, M. Bouchard n'aurait plus à composer avec cet insupportable parti qu'est devenu le PQ. C'est plutôt tentant, non ?
Depuis plusieurs années, des rumeurs sur son éventuel retour resurgissent périodiquement. Il a beau laisser savoir qu'un retour en politique est exclu, que ses occupations professionnelles actuelles lui plaisent et que ses deux fils adolescents constituent sa grande priorité, les rumeurs persistent.
En réalité, elles ressemblent davantage à un appel à celui qui apparaît comme l'homme de la situation. Le Québec traverse en ce moment une véritable crise de leadership. Au moment où deux électeurs sur trois souhaitent le départ du premier ministre Jean Charest, il n'est pas normal que le PQ ait autant de difficultés à distancer les libéraux. De toute évidence, André Boisclair n'est pas considéré comme une solution de rechange valable. Au mieux, il laisse indifférente la population. Elle est manifestement à la recherche d'un vrai chef, et M. Bouchard en était un. Aux yeux de certains, il l'était même un peu trop.
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Même avant sa démission, l'ancien premier ministre était déjà tenu pour un conservateur, et le manifeste Pour un Québec lucide n'a rien fait pour lui donner une image plus progressiste. Ceux qui souhaitent son retour viennent pourtant de tous les horizons. C'est le cas de la majorité des péquistes (55 %), des adéquistes (57 %) et même des partisans de Québec solidaire (51 %). Les libéraux y sont un peu moins favorables (40 %), sans doute parce qu'il redeviendrait un adversaire trop redoutable.
Il y a peut-être plus de nostalgiques chez les souverainistes (57 %), mais il y en a tout de même un nombre impressionnant chez les fédéralistes (46 %). D'ailleurs, il y a autant de fédéralistes (42 %) que de souverainistes (41 %) qui voteraient pour son parti. Ou bien ils ne croient pas qu'il veuille vraiment réaliser la souveraineté, ou bien ils pensent qu'à tout prendre, il vaut mieux que ce soit lui qui le fasse. Dans un cas comme dans l'autre, ils auraient au moins l'assurance qu'une main ferme tiendrait la barre.
Bien sûr, il ne s'agit que d'un sondage, mais je n'ai aucun souvenir d'un homme politique québécois dont le retour aurait été susceptible de bouleverser l'échiquier politique à ce point. Un véritable ouragan. En comparaison, l'accession de Philippe Couillard à la tête du PLQ n'aurait qu'un effet neutre malgré la grande popularité dont jouit le ministre de la Santé.
L'ouragan Lucien pourrait causer de terribles dommages. Le PQ et le PLQ seraient presque ravalés au rang de tiers partis. La marginalisation des «purs et durs» dont il rêvait à l'époque où il dirigeait le PQ serait enfin chose faite. Quant à André Boisclair, il ne lui resterait plus qu'à demander l'asile à son ancien chef ou à s'informer s'il y a toujours un poste disponible pour lui à Toronto.
Au point où il en est, Mario Dumont, qui en est rendu à courtiser les maires défusionnistes, ne devrait pas faire d'histoire. Devenir le second de M. Bouchard serait même inespéré. Au reste, ces deux-là se sont toujours bien entendus. Quant aux adéquistes, bon nombre sont en réalité des «orphelins de Bouchard», et ils seraient sans doute ravis de retrouver leur père.
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Robert Lepage déplorait que, depuis le départ de M. Bouchard, plus personne n'incarnait la souveraineté. Même s'il est toujours souverainiste, il ne faudrait toutefois pas compter sur lui pour replonger le Québec dans un référendum à brève échéance. Au mieux, ce serait un retour aux «conditions gagnantes».
Les militants péquistes ont toujours reproché à M. Bouchard un attentisme qu'ils assimilaient à de la tiédeur, mais comment lui reprocher d'avoir refusé d'engager un combat qu'en son for intérieur il ne croyait pas être en mesure de gagner ?
S'il revenait aux affaires de l'État, il pourrait difficilement ignorer que 70 % des Québécois sont satisfaits du gouvernement Harper. Ils sont à tout le moins curieux d'explorer les possibilités du «fédéralisme d'ouverture».
Même si M. Bouchard croit toujours que la souveraineté est la meilleure solution, il déciderait sans doute de jouer le jeu. Après la décevante victoire péquiste de 1998, il avait été tenté de reprendre à son compte le projet de «paix constitutionnelle» de Mario Dumont, largement inspiré du rapport Allaire.
Si le Canada anglais rejetait une entente de ce genre, le camp souverainiste pourrait retrouver un rapport de force analogue à celui de l'après-Meech. Dès lors, tout redeviendrait possible.
Ceux qui craignent la tourmente constitutionnelle peuvent se rassurer : il y a peu de risques que l'ouragan Lucien frappe nos côtes.
mdavid@ledevoir.com

Crise de leadership
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 6 mai 2006
Le Québec n'a pas toujours eu des leaders inspirants. À côté des Honoré Mercier, Jean Lesage et René Lévesque, il y a eu des Alexandre Taschereau, Jean-Jacques Bertrand et Robert Bourassa, qui furent davantage des gestionnaires que de grands leaders. Aujourd'hui, les Québécois aimeraient retrouver un premier ministre qui soit de la première catégorie.
Ce désir des Québécois ressort des résultats du sondage réalisé par la maison Léger Marketing pour Le Devoir. Le seul homme politique qui trouve grâce à leurs yeux est Lucien Bouchard. Ils ont confiance en lui et souhaitent vivement son retour aux affaires publiques.
Un tel sondage s'imposait car la confiance qu'ont les Québécois envers leurs leaders actuels est à la baisse. L'avenir politique de chacun d'eux est au centre de toutes les conversations. Dans le cas de Jean Charest, l'insatisfaction s'est installée dès le début de son mandat. Ni André Boisclair ni Mario Dumont n'arrivent à profiter de son impopularité. L'Action démocratique stagne alors que le Parti québécois voit ses intentions de vote fondre. De 47 % qu'elles étaient au moment où M. Boisclair en est devenu le chef, elles ne sont plus qu'à 38 % aujourd'hui.
Au Parti libéral, le nom de Philippe Couillard est souvent avancé comme pouvant prendre la relève du premier ministre. Au PQ, plusieurs ne cachent pas la déception que représente M. Boisclair, pour qui ils ont pourtant voté le 15 novembre dernier. Quant à l'Action démocratique, les rumeurs d'un passage de M. Dumont sur la scène fédérale avec les conservateurs persistent.
Le reproche adressé à ces trois chefs est le même : leur incapacité à mobiliser leurs concitoyens autour d'un projet porteur. Le dramaturge Robert Lepage n'avait pas dit autre chose dans son commentaire à propos du déclin du sentiment souverainiste, soulignant que plus personne n'incarnait le projet de souveraineté comme le faisait Lucien Bouchard lorsqu'il était chef du Bloc québécois, puis du Parti québécois.
Ce constat, qui visait André Boisclair, peut s'appliquer à Jean Charest, quoiqu'à l'inverse. Le chef libéral est bon communicateur, comme il l'a prouvé à quelques reprises. Son problème est plutôt de n'avoir pas de projet à proposer qui puisse donner le sentiment aux Québécois d'avancer. Pas même un accord du Lac-Meech, version années 2000. La privatisation d'une partie du parc du Mont-Orford n'est évidemment pas de cet ordre-là.
Depuis le début de la Révolution tranquille, le Québec a fait des progrès remarquables, sur le plan tant économique que politique. Les Québécois n'ont jamais été unanimes au sujet du projet à adopter, mais ils ont toujours partagé une même volonté d'aller de l'avant. Depuis quelques années, un doute semble toutefois les assaillir. Il y a quatre ans, ils étaient ainsi animés par un vif désir de changement sur lequel Jean Charest s'est appuyé pour remporter les élections. Ce qu'ils ont vu de son leadership depuis lors les a profondément déçus. Ce qu'ils voient d'André Boisclair ne les convainc pas qu'il saurait faire mieux, d'où leur réflexe de regarder ailleurs pour trouver un leader qui soit à la fois rassurant et inspirant.
L'ancien premier ministre Lucien Bouchard pourrait jouer ce rôle. On connaît ses qualités, et il n'y a aucun doute qu'il saurait redonner du lustre à la politique québécoise. Le goût de la politique ne l'a jamais quitté et il s'est donné une tribune au cours des derniers mois avec le «manifeste des lucides». Est-il en réserve de la république ? Il ne faut pas pour autant conclure qu'il accepterait de revenir à l'action politique. Il est assez fin politique pour comprendre que la popularité que lui accorde ce sondage est en grande partie d'ordre nostalgique. Mais l'observation qui a été faite par Léger Marketing alimentera certainement la réflexion de tous ceux qui aimeraient que le Québec soit dirigé par un homme capable de proposer une vision stimulante de son avenir.
bdescoteaux@ledevoir.ca

UNESCO : enfoncer une porte ouverte!
Michel Vastel
Blogue de l'auteur - samedi 6 mai 2006
J’avais raison d’exprimer un sain scepticisme hier matin après la fuite savamment organisée pour les journaux du Québec. Les manchettes étaient belles. L’Accord «historique». Mais tout cela n’est que de la poudre aux yeux…
Bien sûr, on a senti, tant dans les déclarations de Stephen Harper et de Jean Charest, que dans les termes de l’Accord lui-même, cette «ouverture» qui permet de décrisper les relations Québec-Canada. Mais dans les faits qu’y a-t-il?
La présence d’un diplomate du Québec dans les bureaux canadiens de l'UNESCO, même s’il bénéficie d’un statut diplomatique, ne donne aucun privilège supplémentaire au Québec, sinon de savoir ce qui s'y passe et d’exprimer l’opinion de son gouvernement aux diplomates canadiens. C’est une sécurité supplémentaire mais si les ministres ou les sous-ministres des Affaires étrangères à Ottawa, et ceux des Relations internationales à Québec, se parlaient régulièrement, cela aurait le même effet.
Si le Québec obtient un petit privilège, le Canada ne se lie par aucune nouvelle obligation. En cas de désaccord, le Canada pourra se comporter comme il l’entend plutôt que de s’abstenir, et le Québec n’aura aucun moyen de faire connaître sa «voix distincte».
Il faudra surtout que l’on explique aux Québécois comment il se fait qu’il y ait six membres associés à l’UNESCO, dont la toute petite île de Tokélaou dans le Pacifique, sorte de Protectorat de la Nouvelle-Zélande, qui compte 1362 habitants. Il y a aussi Macao que la Chine laisse siéger . Il y a aussi quatre petites îles des Antilles qui jouissent du statut de Membres associés dans des organisations onusiennes. Pourquoi le Québec n'est-il pas au moins «Membre associé» comme il est gouvernement participant dans les institutions de la francophonie?
Stephen Harper et Jean Charest ont tout à fait le droit d’exploiter le nouveau climat d’ouverture qui règne dans leurs relations. C’est même rafraîchissant. Mais ils en ont fait trop hier.
La promesse du chef conserv