
Les maisons de verre
Marissal, Vincent
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) jeudi, 22 juin 2006
Au plus fort de la commission Gomery, en avril 2005, Jean Brault avait affirmé à huis clos avoir versé à un intermédiaire 50 000 $ comptant destinés à la campagne de Jean Charest en 1998. La nouvelle, inconnue du grand public à ce moment, avait néanmoins déclenché une tempête à Québec, au point de faire perdre le sommeil au premier ministre libéral pendant quelques nuits.
"Tu comprends, c'était la psychose commandites à ce moment-là, racontait Jean Charest lors d'une longue conservation, quelques mois plus tard. Tout ce qui était touché de près ou de loin par Gomery et le scandale des commandites était automatiquement jugé coupable de corruption. J'en ai pas dormi, j'ai demandé que l'on fouille partout pour trouver des traces de cet argent, mais il n'y en avait pas."
N'empêche, le mal était fait. Dans l'esprit de bien des Québécois, le Parti libéral du Québec et son chef s'étaient servis eux aussi dans le bar ouvert des commandites. Faudra maintenant ajouter le nom du Parti québécois sur la liste de invités. Le scandale des commandites vient en effet de rattraper le parti souverainiste, qui a fait ses choux gras de la corruption libérale depuis des années.
Plus maintenant. Quand on vit dans une maison de verre, c'est bien connu, on ne lance pas de pierres à son voisin. Le PQ savait visiblement ce qui s'en venait parce qu'il y a un certain temps déjà qu'il a mis une sourdine sur toutes les histoires de commandites.
La condamnation récente de Chuck Guité a mis fin à un chapitre judiciaire du scandale. Les conclusions du rapport Moisan, déposé hier, mettent maintenant fin à un chapitre politique au Québec. Ayant bénéficié lui-même des largesses de l'ancien patron de Groupaction, il sera désormais gênant pour le PQ de tenter de faire des liens entre le scandale des commandites et le Parti libéral du Québec.
Le Bloc avait déjà tiré tout le jus du citron des commandites après avoir fait deux campagnes électorales sur le sujet. Le PQ avait aussi déployé beaucoup d'imagination (et parfois, oui, oui, un peu de démagogie) pour beurrer Jean Charest. Celui qui allait devenir chef du PQ, André Boisclair avait même réclamé l'automne dernier que le Parti libéral du Québec rembourse l'argent sale des commandites.
Piqué à vif, Jean Charest attendait que son adversaire revienne là-dessus en campagne électorale pour contre-attaquer. Argent sale? Et le marché de la cocaïne, c'est de l'argent propre? demandait M. Charest. Je ne veux pas aller là-dedans, mais s'il parle encore de l'argent sale du PLQ, je vais y aller certain. Ce ne sera plus nécessaire.
Le scandale des commandites, comme dans tous les scandales, c'est d'abord une question de perception, une arme dont ne se sont pas privés les souverainistes. Vous prenez le nom d'un parti politique, vous ajoutez le nom de Groupaction ou le mot commandite et le résultat sera immanquablement le même parti politique + argent des commandites = magouilles.
Les dons de Groupaction au Parti québécois étaient connus (le PQ a même déjà remboursé 21 000 $ en 2005). Ce que dit le juge à la retraite Jean Moisan en plus, c'est que le Parti québécois a encaissé en toute connaissance de cause, ce qui est plus embêtant parce que le PQ a plaidé l'ignorance ou la difficulté de vérifier la provenance de tous les dons.
À la décharge du PQ, il faut rappeler que Jean Brault tentait à l'époque d'obtenir le lucratif contrat de publicité de la SAQ, contrat qu'il n'a pas obtenu. Il n'y a donc pas eu retour d'ascenseur au patron de Groupaction.
On pourrait pousser le cynisme jusqu'à dire qu'il était de bonne guerre que le Parti québécois touche une partie des millions dépensés par le gouvernement fédéral contre son option (d'autant que Jean Brault était plutôt souverainiste, selon ceux qui l'ont côtoyé), mais personne ne poussera évidemment le bouchon aussi loin au PQ. Les dirigeants du PQ vont plutôt envoyer un chèque au Receveur général du Canada en espérant que l'on passe à autre chose. Tous les militants du PQ ne sont apparemment pas aussi repentants. Hier, il n'a fallu que quelques minutes après le dépôt du rapport Moisan pour que certains prennent d'assaut les sites de discussion pour accuser le juge de parti pris envers le Parti libéral ou pour démontrer que les 96 000 $ touchés par le PQ sont moins pire que les millions détournés par le Parti libéral du Canada.
Le hic pour ces partisans de la théorie du grand complot fédéraliste, c'est que le PQ a admis avoir reçu de l'argent sale et qu'il a mis cet argent en fiducie pour remboursement. André Boisclair refuse d'admettre les fautes de son parti, mais il a très vite compris que l'argent sale tache toutes les mains dans lesquelles il se retrouve.
En plus de retracer l'argent des commandites dans les livres comptables des partis politiques québécois, le juge Moisan suggère d'amender la loi pour permettre (c'est interdit maintenant) aux entreprises de contribuer aux partis politiques et de hausser, de 3000 à 5000, la contribution maximale des individus.
Minute, minute. À supposer qu'il faille en effet revoir une loi qui fait autorité à travers le monde, ce qui est loin d'être démontré, faut-il le faire parce qu'un fraudeur notoire a réussi à déjouer le système?
Le problème dans la très grise zone de financement des partis politiques, ce n'est pas le cadre légal, c'est la propension des partis, quel qu'ils soient, à sortir de ce cadre.
S'il y a une chose que le scandale des commandites a démontré, c'est bien ça.

Rapport Moisan : Le PQ a sciemment fermé les yeux
Lévesque, Kathleen
Le Devoir jeudi, 22 juin 2006
Les largesses de Groupaction auraient rapporté 96 400 $ au parti entre 1995 et 2000
Le Parti québécois a sciemment fermé les yeux sur le contournement de la Loi sur le financement des partis politiques afin de bénéficier des largesses de l'ancien patron de Groupaction, Jean Brault, récemment reconnu coupable de fraude. Comme l'établit le rapport d'enquête du juge Jean Moisan rendu public hier, le PQ a ainsi reçu 96 400 $ entre 1995 et 2000.
L'enquête menée à la demande du Directeur général des élections du Québec (DGE) a été déclenchée l'automne dernier à la suite des témoignages entendus à la commission Gomery concernant les contributions illégales au Parti québécois et au Parti libéral du Québec. Après avoir convoqué 14 personnes en audition et entendu 42 autres lors de rencontres avec les enquêteurs, le rapport Moisan blâme sévèrement le PQ et blanchit le PLQ.
En réaction à ce rapport incriminant, le chef péquiste, André Boisclair, n'a reconnu aucune faute de la part de sa formation politique, montrant plutôt du doigt les citoyens qui ont fait une contribution au PQ «à même une rétribution de leur entreprise». «Ce ne sont pas des gens du Parti québécois qui ont commis un acte illégal», a-t-il soutenu.
Tout au plus, M. Boisclair a annoncé que le PQ, sans y être obligé a-t-il précisé, remboursera 75 400 $; une somme de 21 000 $ avait déjà été remise au DGE l'an dernier. «Nous ne voulons d'aucune façon être associés à cette firme, à M. Jean Brault et ses acolytes», a-t-il ajouté.
André Boisclair a également affirmé que le PQ n'était pas au courant de cette pratique, qu'il a condamnée par ailleurs. Il a vérifié auprès de Lucien Bouchard, qui était alors le chef du PQ. Du même souffle, il a assuré que ces contributions ne pouvaient être liées à l'obtention de quelque contrat gouvernemental que ce soit.
Le rapport d'enquête démontre le contraire.
Me Michel Hébert, agent officiel du PQ de 1994 à 1998 et connu comme collecteur de fonds du parti, Ginette Boivin, employée du PQ responsable du financement, ainsi que l'homme d'affaires Marcel Melançon, collecteur de fonds pour le PQ à cette époque, ont tous été en rapport avec Jean Brault pour le financement du PQ.
En 1994, M. Melançon avait même donné à Jean Brault un cours de «contributions 101». «Monsieur Melançon lui fit la comparaison suivante. On peut regarder l'avion passer, on ne va nulle part. Pour voyager, il faut acheter un billet. Si on choisit la première classe, on obtient plus de confort qu'en classe économique», peut-on lire dans le rapport.
Prêt à contribuer à la caisse du PQ, M. Brault rencontre également Mme Boivin et Me Hébert à plusieurs reprises. Le juge Moisan n'arrive pas à déterminer si les contributions ont été sollicitées par les dirigeants du PQ ou proposées par Groupaction. Chose certaine, et des documents le prouvent, un montant d'argent devait être versé et «chez Groupaction, il servait de moyen de calcul et de contrôle». Dans une note d'avril 1996, l'entreprise indique avoir versé 23 000 $ et avoir donc un solde de 27 000 $.
L'argent lié au scandale des commandites a atterri dans les coffres du Parti québécois selon un système décrit par le juge Moisan. Il transitait par le personnel de Groupaction qui servait de prête-nom. Jean Brault demandait à ses employés de faire des chèques de 3000 $ au PQ pour lesquels ils étaient remboursés. Ces chèques étaient regroupés et donnés en mains propres à Ginette Boivin, question de permettre à Groupaction de manifester «son intérêt pour les objectifs du parti, sinon sa reconnaissance pour les faveurs obtenues ou à venir».
Mme Boivin et Me Hébert ont minimisé leur rôle auprès du juge Moisan. Ce dernier se permet de douter de leur témoignage. «Personne ne pouvait être dupe», dit-il. Jean Brault recherchait des contrats avec le gouvernement du Québec et certaines sociétés d'État.
Le système a permis au PQ d'engranger 96 400 $ entre 1995 et 2000. «Le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux», tranche Me Moisan.
Selon cette même formule, certains employés de Groupaction ont toutefois choisi de faire un don au Parti libéral du Québec pour un total de 8325 $. «Rien ne permet d'établir que le parti connaissait cette situation», mentionne-t-on dans le rapport. La ministre Monique Jérôme-Forget a assuré que cette somme sera remboursée.
Par ailleurs, Me Moisan exonère complètement le Parti libéral pour une somme de 50 000 $ que Groupaction aurait donnée au Groupe Everest afin de soutenir le PLQ ou la campagne de Jean Charest dans Sherbrooke. Aucune preuve n'est apportée à cet effet. Mme Jérôme-Forget a d'ailleurs réclamé qu'André Boisclair rappelle à l'ordre le député péquiste Jonathan Valois afin qu'il s'excuse pour le salissage à l'endroit de M. Charest.
Pour sa part, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a souligné la gravité de la situation dans laquelle se trouve le PQ. «C'est un premier test pour André Boisclair sur le plan de l'intégrité et sur une question qui requiert de prendre des décisions difficiles. Il n'aura pas le choix d'exclure les gens qui étaient au coeur de l'opération», a fait valoir M. Dumont en conférence de presse. «M. Boisclair doit présenter à la population du Québec des excuses publiques. Un remboursement, c'est bien symbolique. L'élection est faite. Le PQ a gagné des comtés, a vécu des succès électoraux avec de l'argent sale, et ça, ça ne se rembourse pas», a-t-il soutenu.
En regard de cette situation, le rapport Moisan constate que le problème des contributions illégales dépasse largement le dossier documenté de Groupaction.
Le DGE, Me Marcel Blanchet, s'est désolé de la situation. «Une réflexion s'impose», a-t-il indiqué. Me Blanchet entend soumettre le rapport à la discussion au sein du groupe de réflexion qu'il préside et où les trois partis représentés à l'Assemblée nationale siègent. Il refuse toutefois de se prononcer sur les recommandations formulées par Me Moisan.
Ce dernier propose de permettre aux personnes morales (entreprises, syndicats et autres organismes) de contribuer au financement des partis pour un maximum de 15 000 $ par année. Il suggère que le DGE en soit le fiduciaire qui redistribuerait cet argent aux partis au prorata des votes obtenus lors des élections précédentes. «Au plan d'un sain réalisme, il est préférable de permettre des souscriptions corporatives que de fermer pudiquement les yeux sur une réalité évidente et se complaire dans une fausse vertu», écrit Me Moisan.
Aussi, il suggère d'augmenter le plafond des contributions individuelles de 3000 $ à 5000 $ par année, par parti. Les donateurs auraient l'obligation d'indiquer le nom de leur employeur ou de l'entreprise à laquelle ils sont liés afin d'éviter les «contributions déguisées».
La publication de ce rapport coïncidait avec l'adoption, à Ottawa, de la Loi sur la responsabilité, qui resserre encore davantage le financement des partis politiques fédéraux. Le plafond des contributions des particuliers a été ramené de 5400 $ à 1000 $, et les entreprises ont été complètement interdites de financement. Interrogé sur la contradiction entre la direction prise par Ottawa et les recommandations de Me Moisan, le ministre responsable de la loi, John Baird, a déclaré: «Je ne suis pas d'accord avec ce rapport.» «L'expérience du Canada est exactement le contraire, a-t-il expliqué. Si on n'avait pas de limite, on aurait le scandale des commandites. Serait-ce acceptable aujourd'hui qu'une personne donne 25 000 $ ou 100 000 $ à un parti politique?»
Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti

GROUPACTION A VERSÉ ILLÉGALEMENT PRÈS DE 100 000$ AU PARTI : LE PQ A FERMÉ LES YEUX
Chouinard, Tommy
La Presse jeudi, 22 juin 2006
Québec - Le Parti québécois a violé la loi sur le financement des partis politiques en acceptant 96 400 $ de Groupaction tout en sachant fort bien qu'il s'agissait de contributions illégales.
" Le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux ", accuse le juge à la retraite Jean Moisan dans son rapport d'enquête réalisé pour le compte du directeur général des élections et rendu public hier.
Embarrassé, le chef péquiste André Boisclair a paru balayer du revers de la main bon nombre des conclusions incriminantes du rapport Moisan. Rien ne démontre selon lui que les contributions, versées entre 1995 et 2000, étaient approuvées par la direction du PQ.
Il s'engage à rembourser les sommes versées illégalement par Groupaction, dont l'ex-président Jean Brault purge une peine de 30 mois de prison pour fraude à la suite du scandale des commandites.
C'est à la suite des révélations de l'homme d'affaires devant la commission Gomery que le rapport a été commandé.
Chronologie
Le juge à la retraite Jean Moisan dresse une chronologie claire et précise du feuilleton. Ainsi, c'est en 1994 que prend forme le système organisé des "contributions déguisées", raconte Jean Moisan dans son rapport. Le président de Groupaction, Jean Brault, embauche alors un démarcheur expérimenté, Alain Renaud. Cet autre acteur du scandale des commandites connaît bien Ginette Boivin, responsable du financement au PQ.
Alain Renaud rappelle à M. Brault qu'une entreprise ne peut contribuer à un parti en vertu de la loi. Mais il lui apprend que les "contributions déguisées" faites par le biais des employés, qui sont ensuite remboursées par leur employeur, sont "une méthode bien connue et très utilisée". Jean Brault adhère "sans difficulté à ce mode d'action" pourtant illégal, souligne M. Moisan.
La même année, Jean Brault fait la rencontre d'un collecteur de fonds du PQ, Marcel Melançon, qui lui donne un cours de "contributions 101". M. Melançon lui aurait alors dit qu'il est important de contribuer à la caisse du parti au pouvoir pour obtenir des contrats de publicité, pour "voyager en tout confort".
Dans le témoignage qu'il a fait à Jean Moisan, M. Melançon ne nie pas cette rencontre, mais ne se souvient pas d'avoir parlé de contributions politiques. M. Moisan conclut toutefois que M. Brault a bel et bien "appris quelque chose de neuf de son interlocuteur".
Grâce à Alain Renaud, Jean Brault rencontre à plusieurs reprises, à compter de 1996, Ginette Boivin et l'agent officiel du parti à l'époque, Michel Hébert, pour parler affaires. De l'aveu même de Michel Hébert, "s'il y a des appels d'offres sur invitation, il est important (pour une entreprise) d'être connu pour être invité".
"Personne ne pouvait être dupe, souligne Jean Moisan. Boivin et Hébert recherchent du financement pour le parti, Brault recherche des contrats. Il croit à l'influence de Hébert et de Boivin (...). Alors, il contribue généreusement à la connaissance de ses interlocuteurs."
Dès 1996, fort des tuyaux que plusieurs lui ont donnés, Jean Brault invite en effet ses employés à contribuer à la caisse du PQ. Il leur demande de lui remettre des chèques à l'ordre du parti en retour d'un autre chèque du même montant à titre de remboursement de la part de la compagnie. Cette pratique est illégale.
À maintes reprises, Jean Brault ou Alain Renaud remettent en main propre une enveloppe pleine de chèques à Ginette Boivin ou à sa secrétaire, afin de signifier leur "reconnaissance pour les faveurs obtenues ou à venir", précise le rapport Moisan.
Ginette Boivin passe parfois des coups de fil à une assistante de Jean Brault pour savoir si celui-ci a "quelque chose" pour elle. Mme Boivin, qui est toujours à l'emploi du PQ, précise même qu'il faut que ce soit des chèques personnels, et non de la compagnie.
"Mme Boivin ne pouvait faire erreur sur la provenance ultime de l'argent, le processus mis en place", tranche Jean Moisan.
C'est grâce à ce subterfuge que Groupaction a versé illégalement 94600 au PQ, qui les a acceptés en toute connaissance de cause. "Pour 1997, année où le contrat de la SAQ échoit à Groupaction", 27 650¤ sont versées au PQ, illustre le rapport Moisan.
Sévère contre le PQ, Jean Moisan est moins dur envers le Parti libéral. Certes, il constate que Groupaction a versé des contributions illégales totalisant 8325 au PLQ entre 1995 et 2003. Mais dans ce cas, "rien ne prouve que le parti connaissait cette situation", précise-t-il. Le PLQ s'est engagé à rembourser la somme.
Jean Moisan conclut également qu'il n'a "aucune preuve suffisamment solide et convaincante" que le PLQ a reçu 50000 de Groupaction en 1998 pour financer sa campagne électorale, une allégation faite par Jean Brault devant la commission Gomery.
Le premier ministre Jean Charest a témoigné sous serment et a démenti "l'existence de ce fonds secret". Jean Moisan a entendu 66 témoins au cours de son enquête.
Le DGE du Québec, Marcel Blanchet, trouve "extrêmement regrettable" le fait que "trois personnes en autorité au PQ, selon la preuve recueillie, aient transgressé les règles de financement". Aucune poursuite ne peut être intentée contre elles ou contre Groupaction puisque les faits on eu lieu il y a plus de cinq ans.
Marcel Blanchet se dit "heurté et désagréablement surpris" que le subterfuge utilisé par Groupaction pour contourner la loi et financer un parti soit très répandu au Québec comme le soutient Jean Moisan.

Le PQ était au courant que Groupaction lui versait de l'argent illégalement
Jocelyne Richer
La Presse Canadienne mercredi, 21 juin 2006
QUEBEC (PC) - Le scandale des commandites éclabousse à retardement le Parti québécois, qui a reçu illégalement et en toute connaissance de cause, 96 400 $ de Groupaction, selon l'enquête menée par le juge à la retraite Jean Moisan.
"Le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux", écrit Me Moisan, dans un rapport très incriminant préparé pour le compte du Directeur général des élections (DGE) et rendu public mercredi.
Après avoir entendu 66 témoins, dont plusieurs acteurs-clés de la commission Gomery (comme Jean Brault et Charles Guité), le juge en est venu à la conclusion que le Parti québécois a reçu d'importantes sommes d'argent entre 1995 et 2000, grâce à un système organisé de "contributions déguisées", en guise de reconnaissance pour "faveurs obtenues ou à venir".
Il pointe particulièrement du doigt celle qui était responsable du financement et de la cueillette de fonds, Ginette Boivin, - qui est toujours à l'emploi du PQ - et l'ancien agent officiel du parti, puis "argentier" du PQ, Michel Hébert, qui ont rencontré "à plusieurs reprises" Jean Brault, qui purge une peine de 30 mois pour avoir détourné 1,2 million $ de fonds publics fédéraux.
Des chèques de Groupaction ont été remis de main à main à Mme Boivin ou à son personnel, lit-on dans le rapport.
"Personne ne pouvait être dupe", écrit Me Moisan, ni faire erreur "sur la provenance ultime de l'argent".
"C'est vraiment surprenant et désolant", renchérit le Directeur général des élections (DGE), Marcel Blanchet, dans une entrevue téléphonique.
Si l'auteur du rapport de 22 pages se montre très sévère envers le Parti québécois, il exonère de tout blâme le premier ministre et chef du Parti libéral du Québec (PLQ) Jean Charest.
Il en vient à la conclusion qu'"aucune preuve suffisamment solide et convaincante" ne laisse croire que M. Charest a reçu 50 000 $ de Groupaction, pour financer sa campagne, lors de l'élection générale de 1998, contrairement à ce qu'affirmait Jean Brault, durant la commission Gomery.
L'auteur du rapport dit avoir mené une "enquête approfondie" et n'avoir trouvé aucune trace de cette somme dans les coffres du parti.
Par ailleurs, le premier ministre Charest a été amené à témoigner, sous serment, et a démenti "catégoriquement l'existence de ce fonds secret".
Le PLQ a cependant reçu 8325 $ de Groupaction, mais contrairement à ce qui s'est passé au PQ, rien ne prouve que les autorités du parti étaient au courant, selon le juge Moisan.
Comme les infractions remontent à plus de cinq ans, il ne peut y avoir de recours contre ceux qui ont enfreint la loi.
Mais pour éviter de tels dérapages, Me Moisan formule toute une série de recommandations, visant à mieux encadrer le financement des partis politiques.
Les compagnies devraient financer les partis politiques
Ainsi, pour mettre fin aux "contributions déguisées", on devrait permettre aux personnes morales - incluant les compagnies - de contribuer à hauteur de 15 000 $ annuellement au financement des partis politiques, alors qu'actuellement toute contribution autre qu'individuelle est interdite.
Les sommes versées par des personnes morales pourraient être remises à un fiduciaire (par exemple le DGE), qui pourrait par la suite les répartir entre les partis au prorata du nombre de votes obtenu lors du scrutin précédent.
Selon lui, il s'agit simplement de reconnaître un fait: incapables de le faire légalement, les compagnies "utilisent le moyen détourné de dons par leurs employés et de contributions à diverses activités payées par les employés et remboursées par les employeurs".
De plus, le montant maximal des contributions individuelles aux partis politiques devrait passer de 3000 $ à 5000 $, selon lui.
Cependant, toute contribution individuelle devrait être accompagnée d'une déclaration signée attestant que la personne ne sera pas remboursée ou compensée d'aucune façon.
Au total, Me Moisan préconise cependant le maintien du système mixte actuel, soit un financement partagé entre les citoyens et l'Etat.
"Rien ne sert de créer des cadres restrictifs et irréalistes; ils donneront infailliblement ouverture à une gamme de moyens d'en contourner l'application", écrit l'auteur du rapport.
Par ailleurs, un groupe de réflexion formé de députés des trois partis politiques doit remettre d'ici la fin de l'été un rapport sur le financement des partis au DGE. Des propositions d'amendements à la loi devraient suivre.

Dumont calls for public apology to Quebecers
KEVIN DOUGHERTY, PHILIP AUTHIER of The Gazette contributed to this report, The Gazette
The Montréal Gazette June 22, 2006 Thursday
Refers to report as an ethical test; Liberals deny Brault's claims he gave $50,000 to party in Charest's riding
Treasury Board President Monique Jerome-Forget said yesterday she was "very shaken" when she saw media reports suggesting the Quebec Liberal Party received underhanded financial contributions from Groupaction.
But on reading the Moisan report, she found the judge was blaming the Parti Quebecois for $96,400 that Groupaction illegally gave to the PQ in the years 1995 to 2000.
The Liberals also received $8,325 from Groupaction, but the party was unaware the donations were illegal, the report says.
"We have certainly returned that money," Jerome-Forget said.
And she denied the party ever got the $50,000 Brault told the Gomery commission he paid Groupe Everest founder Claude Boulay, on instructions from Chuck Guite.
Moisan concluded "there was no sufficient, solid and convincing proof" the Liberal Party in Charest's Sherbrooke riding received the money.
Jerome-Forget took it one step farther.
"I can tell you conclusively that neither the Quebec Liberal Party nor Mr. Charest received that $50,000," she told reporters.
Moisan questioned Premier Jean Charest under oath in compiling his report.
"Mr. Charest never saw the colour of that money and he said so under oath," Jerome-Forget said.
She called on PQ MNA Jonathan Valois, who hectored the premier about the $50,000 for weeks, to apologize.
In Montreal, PQ leader Andre Boisclair said the questions were "legitimate," and Valois would not apologize.
In commenting on the report, Jerome-Forget was standing in for Benoit Pelletier, the Liberal minister responsible for the party financing law.
Asked about Moisan's proposals to amend the law, Jerome-Forget said she could not comment, explaining it would be up to Pelletier to say whether Moisan's recommendations would be followed.
Action democratique du Quebec leader Mario Dumont said he found the Moisan report "astonishing," saying the facts it contains will only fuel further public cynicism about the political process.
He called on the PQ to not only return what he called the "dirty" Brault money, but also publicly apologize to the Quebec people for using it in the first place.
He said the two PQ officials involved in the scandal, Ginette Boivin and Michel Hebert, deserve to be fired and never be allowed to hold party financial responsibilities again.
He said the Moisan report represents a first ethical test for Boisclair's leadership because Moisan reveals the PQ was aware of where the money was coming from.
kdougherty@thegazette.canwest.com

Les grincheux
David, Michel
Le Devoir jeudi, 22 juin 2006
Une des choses les plus frustrantes pour un parti d'opposition consiste à se retrouver dans l'obligation de reconnaître que le gouvernement a fait un bon coup, mais c'est encore pire de devoir le faire à répétition.
Devant l'enthousiasme du directeur de Greenpeace Québec, Steven Guilbault, le porte-parole péquiste en matière d'environnement, Stéphan Tremblay, a bien dû reconnaître que le plan de lutte contre les changements climatiques, rendu public la semaine dernière, était à tout le moins «intéressant sur papier».
Son collègue François Legault était déjà moins enclin à donner crédit au gouvernement Charest pour le relèvement de la cote de crédit du Québec, qui n'a pourtant pas été aussi élevée depuis 14 ans. Une bonne nouvelle, a-t-il concédé du bout des lèvres en s'empressant d'ajouter que «le Québec est toujours en queue de peloton».
Même l'ancien ministre péquiste Robert Perreault, aujourd'hui porte-parole du Conseil régional de l'environnement de Montréal, a applaudi à la nouvelle politique du transport collectif, mais il y a des limites au masochisme. Cette fois-ci, le porte-parole péquiste, Serge Deslières, n'y a trouvé aucun mérite. «La montagne a accouché d'une souris», a-t-il décrété, véritable couac dans un concert de louanges.
Cette avalanche de bonnes nouvelles à la toute fin de la session à l'Assemblée nationale semble avoir laissé l'opposition sans voix. Mardi, l'annonce d'une entente sur l'équité salariale, qu'on désespérait de voir un jour, n'a provoqué aucune réaction du côté de l'opposition.
Ce jour-là, le député d'Ungava, Michel Létourneau, a émis un communiqué de presse pour féliciter le leader inuit Johnny Ned Adams, qui a été décoré de l'Ordre du Québec, certainement mérité, mais personne au PQ n'a jugé utile de souligner la réparation d'une injustice aussi fondamentale au sein de la société québécoise.
***
Il est vrai que cette bonne nouvelle tombait plutôt mal pour le PQ. Moins de 24 heures plus tôt, André Boisclair, Louise Harel et Diane Lemieux avaient uni leurs voix pour dénoncer «l'arrogance, l'incompétence et l'improvisation» qui ont marqué l'action du gouvernement au cours des six derniers mois.
On ne demande pas à l'opposition de faire l'éloge du gouvernement, mais il y a certains moments, assez rares, qui commandent de s'élever au-dessus de la partisanerie. Après trois ans de guerre entre le gouvernement Charest et les centrales syndicales, il suffisait d'entendre la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, roucouler aux côtés de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, pour prendre la mesure de l'événement.
Cette question transcende les divergences idéologiques. Il est remarquable que la femme perçue comme étant l'incarnation de la droite au sein du gouvernement ait consacré autant d'énergie à mettre en oeuvre la loi qu'avait marrainée celle qui était la conscience de gauche du gouvernement péquiste, Louise Harel. Dans les circonstances, le silence du PQ avait quelque chose de mesquin.
Il est vrai que le premier ministre a transformé son bilan de fin de session en «show de boucane» au Centre des congrès de Québec, comme s'en est indigné le député adéquiste de Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, mais après le feu d'artifice dont le gouvernement a offert le spectacle depuis une semaine, il y avait de quoi devenir grincheux.
Cette fois-ci, il faut reconnaître que la stratégie des communicateurs qui encombrent le bureau du premier ministre a donné de bons résultats. En prime, M. Charest a eu droit à de belles images en compagnie de personnalités comme Jean Lapointe et Bernard Derome, sourire aux lèvres et médaille de l'Ordre du Québec au cou.
***
Il n'est pas étonnant que le PQ ait senti le besoin de réactiver le dossier du mont Orford, qui a subitement cessé de faire la manchette quotidienne, en réclamant que le vérificateur général du Québec fasse l'évaluation des actifs de Mont Orford inc. pour éviter que le rachat du bail ne contribue à enrichir davantage un promoteur qui pourrait déjà faire fortune avec la construction de condos au pied de la montagne.
Les mauvaises nouvelles voyageant en groupe, la publication du rapport Moisan sur les contraventions à la loi électorale du Québec alléguées devant la commission Gomery vient de rendre le terrain de l'intégrité extrêmement glissant pour le PQ.
Hier, Monique Jérôme-Forget, qu'on voit décidément partout, n'a pas hésité à parler d'un véritable «système de ristournes» qui permettait d'obtenir des contrats du gouvernement péquiste moyennant des contributions illégales à la caisse du parti.
Selon André Boisclair, le simple fait que Groupaction n'ait pas obtenu le renouvellement de ses contrats avec la SAQ prouve bien qu'un tel système n'existait pas, mais l'enquête du juge Moisan démontre à tout le moins qu'on laissait croire à son existence aux éventuels donateurs.
Qui croit M. Boisclair quand il soutient que le parti n'était pas au courant alors que tout se faisait par l'intermédiaire d'une employée permanente et de l'agent officiel du PQ? En tout cas, le juge ne l'a pas cru, et il est fort possible que la population retienne son interprétation plutôt que celle d'un politicien aux abois.
Qui plus est, le juge Moisan a presque blanchi le PLQ et son chef des allégations dont ils avaient aussi été l'objet. Mme Jérôme-Forget n'était peut-être pas très crédible dans le rôle de la vierge offensée, mais les péquistes savent maintenant ce qu'on va leur répondre la prochaine fois qu'ils parleront du mont Orford et des amis de M. Charest au mont Orford.
Toujours prompt sur la gâchette, Mario Dumont a accusé le PQ d'avoir fait campagne avec «l'argent sale» des commandites, mais l'ADQ est plutôt mal placée pour faire la morale à ceux qui contreviennent à la loi sur le financement des partis politiques.
mdavid@ldedevoir.com

Reconnaître la réalité
Descôteaux, Bernard
Le Devoir jeudi, 22 juin 2006
ÉDITORIAL - Interdite par la loi québécoise, la participation des entreprises au financement des partis est une réalité que ces derniers aiment mieux ignorer. Avec le dépôt du rapport du juge à la retraite Jean Moisan sur les dons occultes versés par la firme Groupaction au Parti québécois et au Parti libéral, ils devront cesser de se voiler pudiquement les yeux.
Chargé par le directeur général des élections du Québec, dans la foulée de la commission Gomery, d'enquêter sur les contributions de Groupaction à ces deux partis, Me Jean Moisan est arrivé à une conclusion incontestable: alors qu'il était au pouvoir, le PQ a reçu des dons à hauteur de 96 400 $ de la part de cette entreprise à la recherche de contrats gouvernementaux tandis que le PLQ, alors dans l'opposition, a touché des dons de 8325 $. Ces sommes ont été versées par des employés de Groupaction, qui les a remboursés. Et tout au moins le PQ «connaissait la situation et fermait les yeux», assure l'enquêteur.
Ces sommes versées par l'entreprise de Jean Brault sont relativement insignifiantes comparativement aux millions recueillis chaque année par les partis. Ne minimisons pas pour autant cette affaire. Cette pratique est courante, comme l'a attesté l'ancien directeur général des élections, Pierre-F. Côté. L'intérêt du rapport Moisan réside dans la démonstration qu'il en fait à travers un cas qu'il démonte pièce par pièce.
L'actuel chef du PQ, André Boisclair, persistait hier à fermer les yeux. Jouant les parangons de vertu, il soutenait que son parti n'a jamais toléré ce genre de pratiques et qu'il - le parti - n'était pas au courant de dons versés illégalement. Ne soyons pas naïfs. Certes, les chefs de parti ne savent pas tout ce qui se passe au sein de leurs formations. Mais il y a des gens qui étaient au courant, comme le démontre le rapport Moisan. À titre de chefs de parti, André Boisclair et Jean Charest devraient examiner ce qui se passe chez leurs responsables du financement. Est-il besoin de leur rappeler que les lois doivent être respectées par tous, a priori par ceux qui les font?
Après avoir lu ce rapport, on ne peut douter qu'avec le temps ont été pervertis aussi bien l'esprit que la lettre de la loi sur le financement des partis, adoptée par le gouvernement de René Lévesque en 1977 pour mettre fin aux caisses occultes des partis. Une part de financement occulte persiste toujours. On n'est pas revenu aux années 50 et 60 du siècle dernier, mais il y a encore des gens qui attendent un retour d'ascenseur à la suite de leurs contributions. Me Moisan note qu'en politique comme ailleurs, «l'intérêt est la mesure de l'action».
De tels comportements altèrent la confiance du public envers les partis. Une révision de la loi s'impose, à l'occasion de laquelle il faudra envisager la possibilité de permettre aux entreprises de faire des dons. Il faudra toutefois le faire pour les bonnes raisons. Croire que cela réglerait le problème équivaudrait à s'illusionner. Les dons des entreprises seront limités à des sommes raisonnables qui ne permettront pas d'acheter des faveurs. Subsistera la tentation de camoufler des dons d'entreprises en dons personnels d'employés ou de proches. Pour que ne se perpétuent pas les pratiques aujourd'hui dénoncées, il faudra compter sur «la peur du gendarme» qui, comme le souligne Me Moisan, demeure le moyen le plus efficace d'observance de la loi.
Cela étant, il ne faudrait pas s'interdire d'autoriser les dons des entreprises. On leur demande, à titre de personnes morales, de contribuer au développement de la société québécoise, ce qui leur donne certainement le droit de participer au débat public, y compris en appuyant financièrement un parti politique. La loi telle qu'elle est à l'heure actuelle ne fait que les inciter à faire indirectement ce qu'on leur interdit de faire directement, ce qui, en soi, est malsain.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Le Québec immobile? (1)
Luc Ouimet : Président du Centre de consultation et de concertation (CCC)*
Le Devoir jeudi, 22 juin 2006
Comment réaliser de bons projets socialement acceptés et intégrés dans le milieu
Premier de deux textes
Quelques leaders ont récemment affirmé, à la suite du retrait du projet de casino par Loto-Québec, qu'il est quasi impossible de réaliser de grands projets à cause de l'opposition systématique de tous les groupes d'intérêts (communautaires, environnementaux, patrimoniaux, etc.), souvent subventionnés de surcroît, ce qui mène ainsi à l'immobilisme. La conclusion directe ou évoquée pour sortir de ce marasme: que les décideurs décident et qu'on cesse de permettre aux opposants de s'exprimer; à la limite, qu'ils s'expriment mais qu'on ne les écoute pas.
Ces positions fortes ont eu l'avantage d'entraîner des réactions et des analyses de la part de citoyens, de représentants de groupes, de plusieurs chroniqueurs de nos médias et de certaines émissions d'affaires publiques sur ce thème. Beaucoup de ces réactions ont mis les choses en perspective et apporté des nuances.
Toutes ces interventions soulèvent un certain nombre de questions. Est-ce vrai qu'il est impossible de réaliser des projets au Québec et à Montréal en particulier? Les examens publics des grands projets sont-ils plus exigeants ici qu'ailleurs? Nos mécanismes (procédures d'étude d'impacts et de consultations publiques) répondent-ils aux besoins actuels ou nécessitent-ils des améliorations? Les promoteurs et les gestionnaires doivent-ils développer des habilités d'interaction avec les publics, mieux tenir compte des préoccupations du milieu et élaborer des projets mieux intégrés dans leurs milieux d'insertion?
Dans le cadre de ce bref texte, il est impossible de répondre de façon exhaustive à toutes ces questions, mais il est possible d'indiquer quelques pistes de solution.
Des succès
Répondons immédiatement que selon l'évaluation de notre démocratie, nous avons des attentes d'examens publics et de participation publique, particulièrement lorsque des fonds publics sont requis, lorsque les projets risquent d'affecter l'utilisation du territoire ou la qualité de vie des personnes. Nous exigeons que l'élaboration des projets s'appuient sur des études d'opportunité, de faisabilité, des études d'impacts (y compris la justification, le choix d'options, les mesures d'atténuation ou d'insertion) à partir de la connaissance du milieu récepteur.
Il est aussi de plus en plus suggéré pour les gestionnaires qui veulent être efficaces et gérer les risques d'être en interaction avec le milieu dès les premières étapes de la planification, lorsqu'il est plus facile d'intégrer les préoccupations exprimées et d'y trouver les solutions appropriées. Lorsque les gestionnaires acceptent de relever ce défi, cela résulte en de meilleurs projets, mieux acceptés et appuyés par le milieu. L'expérience démontre que ces processus coûtent moins cher et prennent moins de temps que les projets mal ficelés, mal justifiés et objets de contestations.
De nombreux projets, qui ont subi des examens publics, des consultations publiques ou des approches d'interaction avec le public, ont été acceptés et réalisés avec succès. Nous n'en donnerons ici que quelques exemples:
- la Grande Bibliothèque (consultation sur les fonctions et le choix de site et concertation du milieu);
- le Quartier international de Montréal (élaboré avec les riverains et qui a entraîné de forts investissements privés);
- des développements résidentiels potentiellement problématiques (la relance d'Anjou-sur-le-Lac, Benny Farm, les terrains excédentaires de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine);
- le réaménagement de l'échangeur Dorval près de l'aéroport (élaboré en interaction avec le milieu par le ministère des Transports et ses partenaires, la Ville de Montréal, l'arrondissement Dorval et Aéroports de Montréal).
Peut-être que ces projets n'ont pas été médiatisés parce qu'ils ont été élaborés selon une approche non conflictuelle.
Le casino, un mauvais exemple
Ceux qui ont soulevé le débat ont mal choisi leur exemple pour étayer leur thèse, celui du casino, pour lequel certains ont décliné ses avantages. Comment ne pas se rappeler qu'à la tête d'un groupe de travail, Guy Coulombe, gestionnaire d'expérience, avait conclu:
- qu'il s'agissait d'un avant-projet;
- qu'il fallait faire plusieurs études de préfaisabilité, y compris «la démonstration de sa rentabilité» et les solutions aux problèmes sociaux;
- qu'il fallait entreprendre des activités de dialogue avec le milieu récepteur.
Plutôt que de réaliser ces études obligatoires dans la planification d'un projet, les promoteurs ont préféré retirer leur projet. On ne peut certainement pas rendre responsables de cet abandon les citoyens qui ont posé des questions, reprises par la Ville de Montréal et le comité Coulombe, sur un projet que les promoteurs semblaient pourtant prêts à réaliser à très court terme.
Allons voir ailleurs
Dans des sociétés modernes, développées, qui ont une tradition de vie démocratique, le Québec se démarque-t-il par des démarches plus exigeantes et plus longues qu'ailleurs? L'expérience dans des grandes villes américaines nous démontre que, souvent, les obstacles sont plus nombreux encore. Dans certains cas, il y a la mise en place de mécanismes de médiation longs et complexes. La difficulté à arrêter les décisions quant au projet de remplacement des tours du World Trade Center est éloquente à cet égard.
La France s'est récemment dotée d'une commission nationale du débat public qui encadre les démarches dans le cas de projets d'envergure. Le Québec est donc dans la bonne moyenne.
La tendance à la participation du public est-elle un phénomène passager, une mode et le fait de groupes militants qu'il faut ramener à la raison? Ici aussi, il faut affirmer sans détour que cette nouvelle expression de la démocratie, celle de la participation, répond aux attentes des citoyens, comme le démontrent les études et les sondages réalisés sur cette question.
Notre démocratie est en évolution constante et développe de nouvelles manières de répondre aux défis actuels du partage des ressources et du territoire. Les gens sont plus instruits, mieux informés des enjeux, des méthodes et de leurs droits, y compris celui de questionner et de s'exprimer. Internet devient un outil de recherche et de comparaison puissant. Au syndrome «pas dans ma cour», il faut désormais substituer la question suivante: «Que faites-vous dans ma cour?»
Certains souhaiteraient qu'on revienne à la formule suivante: «On a élu des gens, c'est à eux de décider, et si on n'est pas contents de leurs décisions, on les battra aux prochaines élections», quitte à ce qu'on doive vivre avec les effets négatifs prolongés des décisions prises. Aujourd'hui, la démocratie de participation fait de plus en plus partie des enjeux électoraux, surtout au niveau local. La capacité des équipes politiques d'appliquer véritablement la gouvernance participative fait partie de l'évaluation que les citoyens font des plate-formes électorales proposées. C'est comme si les citoyens disaient aux élus: «Pendant les quatre prochaines années, ne nous oubliez surtout pas, et lorsque vous aurez des décisions importantes affectant durablement notre milieu de vie, venez nous demander notre avis avant la décision.»
Reste maintenant à mettre en place des conditions pratiques pour que cette démocratie de participation soit effective et efficace.
Demain: Des améliorations à apporter aux processus d'examen public et de participation.
* L'auteur a été chef de délégation du chantier sur la démocratie au Sommet de Montréal. Dans le cadre du CCC, il a réalisé des consultations publiques formelles, mené divers programmes d'interaction avec le milieu, dont celui de l'échangeur Dorval, et fourni divers conseils stratégiques à des corps publics comme la Ville de Gatineau sur la gouvernance participative.
Pour suggestions et commentaires: lo@c-consult-concert.qc.ca.

Le Québec immobile? (2)
Luc Ouimet : Président du Centre de consultation et de concertation (CCC)*
Le Devoir vendredi 23 juin 2006
Des améliorations à apporter au processus d'examen public et de participation
Dernier de deux textes
Pour être utile et efficace, la participation du public au processus décisionnel suppose qu'elle soit inscrite dans une approche systématique et que tous les acteurs en partagent les objectifs, les modalités et les exigences: les organismes régulateurs des études d'impacts et de l'examen public des projets, les promoteurs qui élaborent leur projet en interaction avec le public, les commissaires qui tiennent des consultations publiques et les décideurs dans la prise en compte des résultats des étapes antérieures et la mise en place des suivis. Il y a ici place à la création et à l'amélioration.
Lançons quelques pistes de solution. Il faut rappeler que tous les mécanismes publics d'examen et de participation n'enlèvent aucunement aux promoteurs et aux décideurs l'initiative et le mot final. Cependant, ils exigent d'eux de s'engager dans ces processus avec honnêteté et transparence.
Des mécanismes d'examen public à créer
On connaît au Québec le rôle joué par la procédure des études d'impacts et le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), dans le cas d'une liste définie et limitée de projets, en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement.
Il faut rappeler que cette liste a été élaborée il y a plus de 25 ans principalement à partir d'une grille d'impacts sur le milieu naturel et selon le potentiel de toxicité et de risques pour la sécurité. Dans les faits, lors des audiences publiques, beaucoup d'autres dimensions ont été abordées : utilisation conflictuelle du territoire, perte de surfaces agricoles, perte d'éléments du patrimoine, impacts visuels, sonores et olfactifs, etc.
Plusieurs évaluations de la procédure québécoise ont été réalisées, conduisant à des recommandations d'améliorations comme celles contenues dans le rapport Lacoste, sans qu'il y ait jamais eu la moindre suite. Jamais non plus les méthodes de travail du BAPE n'ont été réévaluées pour en améliorer la pertinence et la crédibilité. Il y aurait avantage à confier à un comité crédible le soin de procéder à cette évaluation avec la collaboration de tous les acteurs.
Nul ne niera l'apport précieux de la procédure d'évaluation environnementale dans de nombreux dossiers, qu'ils se rendent ou non en audiences publiques, par son caractère exigeant, systématique et la plupart du temps rigoureux. Mais il faut également constater que de nombreux projets importants d'un point de vue économique et social échappent à toute forme d'examen public sérieux, ce qui peut entraîner des dérapages et des insuffisances. Qu'il suffise de mentionner les projets des hôpitaux universitaires (CHUM et CUSM), le déménagement du Casino de Montréal au bassin Peel, la prolongation du métro à Laval, des projets commerciaux, récréatifs ou résidentiels de grande envergure comme le développement Intrawest à Mont-Tremblant, l'établissement d'un réseau de pistes de motoneige et de VTT, etc.
Puisque ces projets ne relèvent pas de la Loi sur la qualité de l'environnement, malgré l'adoption récente du concept de développement durable, il serait nécessaire de créer un nouveau mécanisme d'examen public et d'audiences publiques, léger dans sa facture mais systématique dans ses procédures. Il pourrait être rattaché à l'exécutif et aux membres nommés par l'Assemblée nationale.
Il ne s'agit pas ici d'en définir toutes les modalités de fonctionnement, lesquelles pourraient cependant s'inspirer de celles du BAPE, mais de souligner l'importance de sa création pour combler l'absence d'un tel mécanisme démocratique et éviter des dérapages potentiels dans l'élaboration de tels projets.
Ce nouveau mécanisme devrait indiquer dans ses directives aux promoteurs de projets les éléments pertinents qui devraient être étudiés et soumis à l'attention du public. Pour déterminer ces éléments, il serait souhaitable d'adopter l'approche fédérale du scoping, c'est-à-dire la recherche et l'identification par le public, et non seulement par les représentants des ministères, des enjeux de toute nature soulevés par le projet.
De bonnes pratiques pour des personnes morales
Il est maintenant clair et reconnu qu'il est avantageux pour les promoteurs de choisir volontairement d'entrer en interaction avec le milieu sur un mode bidirectionnel assez tôt dans le processus de façon à tenir compte des intérêts du milieu, à en faciliter l'acceptation sociale et à obtenir les appuis nécessaires. Cette opinion s'appuie sur l'expérience positive vécue par plusieurs promoteurs.
Par ailleurs, il apparaît également de plus en plus certain que l'approche traditionnelle de mise en marché par des spécialistes de l'image, qui ne diffusent qu'une information favorable sans questionnement possible, n'a souvent qu'une faible efficacité, comme les observateurs l'ont constaté dans plusieurs projets.
Cette formule consistant à travailler de concert avec le milieu par les promoteurs, aussi bien publics que privés, devrait être encouragée par les corps publics et les résultats de telles démarches reconnus lors des étapes ultérieures.
Utiliser l'audience publique comme processus d'apprentissage
La première partie de l'audience publique portant sur l'information et le questionnement des études et des caractéristiques du projet, telle que pratiquée par le BAPE, peut s'avérer une formidable occasion d'apprentissage collectif si les commissaires favorisent intelligemment cet objectif et si on utilise efficacement les outils modernes de communication (Internet et télédiffusion par des canaux spécialisés).
En effet, dans la mesure où l'ensemble des acteurs (y compris les médias et les décideurs) suivent en même temps le déroulement de l'examen public, l'information cumulative résultant du jeu des questions (des citoyens, des groupes, des commissaires) et des réponses (des promoteurs, des représentants de ministères ou d'agences publiques), il est possible collectivement de comprendre et d'apprécier le projet, sa valeur, les enjeux soulevés, et d'en tirer les leçons utiles pour la suite.
Déjà, les gouvernements fédéral et québécois utilisent des canaux télévisés pour diffuser la plupart du temps des commissions parlementaires. Il serait vraiment appréciable et utile que le gouvernement du Québec, pour peu qu'il retienne la suggestion précédente d'un nouveau mécanisme d'examen public, chargé d'étudier les grands projets au moyen d'études d'impacts et d'audiences publiques, y greffe la télédiffusion par le canal de l'Assemblée nationale ou par un nouveau canal spécialisé. Ce moyen non seulement permettrait à l'ensemble des intéressés d'évaluer le projet et d'évoluer en même temps mais faciliterait aussi la participation publique en utilisant également les communications par Internet. Cette technologie éprouvée permettrait ainsi de pallier les distances de notre grand territoire et les conditions climatiques difficiles que nous connaissons.
Perspectives
Les bons projets qui ont passé le test de l'examen public démontrent que leur réalisation est possible. Les exigences envers la démocratie de participation risquent d'être permanentes. Personne ne voudra revenir à des formules autoritaires symbolisées autrefois par le «toé, tais-toé !».
Il nous faut cependant mettre en place les ingrédients nécessaires, utiles, efficaces et crédibles pour qu'on réussisse collectivement l'apprentissage constant de la démocratie active et de ses valeurs ajoutées. C'est aussi la position soutenue par plusieurs organismes, dont certains du milieu économique.
Il est intéressant de rappeler ici la position que tenait la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et son comité habitation et développement urbain dans son mémoire déposé à la consultation Tremblay en septembre 2000. Dans sa conclusion, elle estimait «essentiel que les projets importants à Montréal ainsi que dans toute la région métropolitaine fassent l'objet d'un processus de consultation publique» et affirmait qu'«un tel processus de consultation permet d'améliorer les projets et de s'assurer que ces projets respectent l'équilibre urbain, la qualité de vie des citoyens et les besoins économiques bien compris de la collectivité».
***
* L'auteur a été chef de délégation du chantier sur la démocratie au Sommet de Montréal. Dans le cadre du CCC, il a réalisé des consultations publiques formelles, mené divers programmes d'interaction avec le milieu, dont celui de l'échangeur Dorval, et fourni divers conseils stratégiques à des corps publics comme la Ville de Gatineau sur la gouvernance participative. Pour suggestions et commentaires : lo@c-consult-concert.qc.ca.

Modernisation, réingénierie et cie : encore peu de bénéfices
Stéphanie Kennan, Présidente, Bang Marketing
Les Affaires samedi, 24 juin 2006
À la suite à la présentation du deuxième rapport sur la modernisation de l'État et au dépôt du rapport Geoffrion, il est fort à propos de s'interroger sur la performance du gouvernement en matière de reconfiguration étatique. Même si ce thème s'est avéré le moins sexy des engagements électoraux du Parti libéral, il n'en demeure pas moins le plus important.
Concrètement, la "réingénierie" vise à remettre en question et à redéfinir en profondeur les processus de gestion du gouvernement en vue de le restructurer, améliorant ainsi les services, tout en diminuant les coûts.
La modernisation de l'État constitue toutefois un concept abstrait pour la plupart des électeurs, naturellement plus sensibles à des promesses visant la bonification de programmes ou la réduction du fardeau fiscal. Pourtant, la rapidité dans la prestation de services, une expérience-client bonifiée ou une qualité généralement rehaussée des services et de la relation avec le citoyen constituent des avantages indéniables de cette démarche. Qui n'a pas rêvé d'un site Web centralisé pour inscrire ses enfants à la garderie ? D'un service sans attente offert par des préposés souriants aux bureaux de la Société d'assurance automobile du Québec ? D'une réponse en quelques minutes sur les lignes téléphoniques d'Info-Santé ? D'une diminution du fardeau administratif imposé aux entreprises ?
Pincez-vous. Nous n'en sommes pas là. Certains projets mis en place dans le cadre de la réorganisation visaient pourtant directement les services aux citoyens et auraient pu contribuer à redorer le blason de la reconfiguration de l'État.
Entre autres, notons la création d'un service québécois de changement d'adresse (www. adresse.info.gouv.qc.ca). Cette initiative permet à l'usager de joindre six ministères et organismes afin de modifier ses coordonnées. Au moyen d'un formulaire composé de sept étapes de validation, vous pourrez donc avertir le DGE ou la RAMQ de votre changement d'adresse, mais pas le registre des entreprises ou l'aide financière aux études. Et ce, bien sûr, à condition de compléter une multitude de champs spécifiques : numéro d'assurance maladie, numéro de dossier au MESS, montant inscrit à la ligne 199 de votre déclaration de revenus... Misère. À ce compte, mieux vaut attendre de recevoir les sempiternels coupons-réponse et les retourner par la poste un par un.
Certains services proposés par le gouvernment en ligne se montrent plus fonctionnels, comme celui de NetRégie ou de ClicRevenu. D'autres se sont avérés de vrais désastres, comme le service Web et administratif du Régime québécois d'assurance parentale.
Une chose est certaine, après plus de trois ans de pouvoir libéral, les citoyens et les entreprises ne ressentent pas aujourd'hui les bénéfices tangibles de la refonte de l'État dans leur vie, une condition pourtant essentielle à l'obtention d'un soutien populaire à la création d'un nouveau modèle québécois.
Avec seulement 4 000 abonnés au bulletin du gouvernement en ligne, dont 72 % sont des fonctionnaires du Québec, peut-on s'étonner que l'information ne passe pas ? Dans ces conditions et compte tenu du bilan décevant des réalisations qu'il affiche à ce chapitre, il serait difficile en ce moment pour Jean Charest d'utiliser la modernisation de l'État comme argument électoral.
Heureusement, le premier ministre semble démentir la rumeur d'élections à l'automne. Espérons que ce répit permettra à son gouvernement d'accélérer le rythme des changements et de concentre ses efforts sur l'amélioration des services à la population et aux entreprises.
lesaffaires.redaction@transcontinental.ca

Let's be frank about terrorism in Canada
Martin Collacott, Special to the National Post
National Post June 22, 2006 Thursday
Last week our envoy in Washington, Michael Wilson, told Americans they should not be unduly worried about threats of terrorism on the Canadian side of the border -- that we have things under control. While it is the task of the ambassador to project a positive image and get the best deals he can for Canada, the message must be credible to be effective. Unfortunately, the one Wilson delivered was tainted with the same kind of denial of the seriousness of our situation that undermined attempts by the previous Liberal government to convince the United States that reports of terrorist activity in Canada had been exaggerated.
It is understandable that our government should try to persuade the United States to ease up on planned passport requirements for Canadians and Americans crossing the border. If successful in this regard, the Conservatives will strengthen their image as a party that has more influence and can do a better job of advancing Canadian interests in Washington than were the Liberals. But regrettably, our government leaders continue to misread some of the reaction we get from the U.S. regarding our efforts to deal with these threats.
In their public statements, senior American officials almost always focus on the progress Canada is making, and the excellent co-operation that exists between our two countries. However, as I noted in my Fraser Institute paper on terrorism earlier this year, the feedback we get through other channels is much less laudatory -- and we should be taking it seriously as a more accurate measure of where our relationship is going, particularly with regard to the toughening of controls by the United States along our border.
There is no substitute for frank acknowledgement of the extent of the problems we face in dealing with terrorism on our soil. The Americans know in detail what we are doing well and what we are not doing well. It is all out there in the public domain -- more often than not in the form of statements from our own officials. A case in point was the revelation on Monday by the head of the Canadian Border Security Agency that in the first six months of this year, 300 cars drove into Canada from the United States without being screened and that the police were only about to catch up with 70 of them to determine if they were a security threat.
One of the most persistent and knowledgeable critics of Canada's inadequate response to the threat of terrorism has been Colin Kenny, chairman of the Senate Committee on National Security. Although a Liberal appointee, Kenny has never hesitated to tell whatever government is in office just how much remains to be done to protect Canadians.
In recent weeks, Kenny and his committee have heard no lack of evidence that Canada and its borders are far from secure. On May 29, for example, a senior CSIS official told them in response to a question about the number of terrorist threats CSIS has identified that there were basically 350 high-level targets and around 50 to 60 organizational targets. These figures hardly suggest that we should feel unduly confident about the current situation being fully under control; nor should the admission by the same official that his organization did not have sufficient resources to carry out adequate security screening of the tens of thousands of immigrants who have come to Canada since 2001 from Afghanistan and Pakistan, both hotbeds for Islamic fundamentalism.
Commenting in the Post last Thursday on Ottawa's reaction to the arrests of 17 terrorist suspects in Toronto, Kenny observed that "the essence of responses from the top was that the fact that arrests were made should reassure Canadians that everything is under control -- so calm down." He went on to state: "The public does not need calming. The public needs the truth. The truth is that it is probably going to take a decade to get up to speed on monitoring and countering the potential threats at our airports and sea ports, along our borders, and in the neighbourhoods likely to incubate terrorist threats."
As Kenny points out, while the present government inherited many of our security problems, it is has the responsibility for repairing the current mess. Overall, the Conservatives have done a fairly impressive job of pursuing the fight against terror. But they should now be prepared to admit that we still have a long way to go and start outlining the steps that need to be taken.
Slipping back into the state of denial that all too frequently characterized the Liberal approach -- particularly in it dealings with Washington -- will do little more than erode our credibility.
- Martin Collacott is a Senior Fellow at the Fraser Institute in Vancouver. He is a former Canadian ambassador in Asia and the Middle East, and coordinated counter-terrorism policy for the Department of Foreign Affairs.

Parti québécois : Les trois «mousquetaires» proposent de lier l'environnement à la souveraineté
Robitaille, Antoine
Le Devoir jeudi, 22 juin 2006
Québec - C'est pour faire la promotion de l'environnement et non plus uniquement celle de la langue ou de l'identité québécoise que le Québec doit faire la souveraineté. C'est ce qu'a affirmé hier le député de Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay, alors que le groupe de trois jeunes élus péquistes baptisés «les mousquetaires» - dont il fait partie - rendait public un rapport intitulé La révolution verte et bleue. Ce texte fait suite à une des cinq tournées thématiques commandées par le chef André Boisclair à différents groupes de députés à travers le Québec de mars à mai.
Après un circuit similaire en 2004, M. Tremblay, accompagné comme aujourd'hui de ses collègues Jonathan Valois (Joliette) et Alexandre Bourdeau (Berthier), avait créé un certain émoi puisqu'il avait constaté qu'aux yeux de nombreux jeunes, la souveraineté apparaissait «dépassée, désuète et vétuste». Dans ce second rapport, les «mousquetaires» écrivent d'ailleurs fièrement que leur premier coup d'éclat a porté: «Lors de son dernier congrès, les membres du Parti québécois nous ont appuyé [sic] et ont actualisé le programme.»
Une mission
Mais il faut aller plus loin, croient M. Tremblay et ses mousquetaires: le Québec doit devenir pays pour se faire le «missionnaire» du développement durable. «Le premier ministre du Québec, ou le président de la République, lorsqu'il va aller à l'ONU ou à l'OMC, bien sûr fera la promotion du Québec, de la culture francophone, de la culture québécoise, de la paix dans le monde. Mais est-ce que le pays du Québec ne pourrait pas surtout devenir un outil de militantisme international pour dire à l'ensemble du monde: "un instant, on ne peut plus se développer de cette façon-là"?», s'interrogeait-il hier en entretien avec Le Devoir.
Dans leur rapport, les mousquetaires le disent en ces termes: «La révolution bleue [la souveraineté] devient le passage pour réaliser la révolution verte, et la révolution verte devient la marque de commerce de la révolution bleue.»
La mentalité selon laquelle l'environnement est une entrave au développement économique doit être mise à la poubelle, estiment les trois élus. Bien qu'il respecte l'ancien chef Bernard Landry, M. Tremblay estime que ce dernier n'a pas raison lorsqu'il dit craindre le «nonisme» (l'habitude de dire non) des militants de tout acabit. «Et à chaque fois qu'une activité humaine va toucher le moindre végétal ou apeurer le moindre animal et qu'on l'arrête, on va arrêter nos sociétés!», avait déclaré l'ancien premier ministre à l'émission Le Point de Radio-Canada. M. Tremblay estime que s'il pouvait s'asseoir une heure avec M. Landry pour lui expliquer la «vision» des mousquetaires, il le convaincrait. «L'environnement doit être vu comme une opportunité et une source de richesse», insiste-t-il. Le développement durable aurait aussi l'avantage de rénover un discours de gauche devenu «vieillot», écrivent les élus dans leur rapport.
D'ailleurs, au cours de leur tournée, les trois compères - qui se disent animés du «désir d'aller au fond des choses» - ont été mis en contact avec les «multiples initiatives» écologiques adoptées par les Québécois, «ce peuple innovateur, de patenteux», voué à inventer des solutions vertes, croit le député.

La Fête nationale du Québec 2006 : Le Québec à l'affiche
Proulx, Mélissa
Voir no. Vol: 20 NO: 25 jeudi, 22 juin 2006
C'est coiffée du thème À notre image que la Fête nationale du Québec sera célébrée partout en province, en rendant ses lettres de noblesse au cinéma québécois. Rencontre avec deux femmes de tête et de coeur...
Avec une demi-douzaine de films à son actif, une panoplie de rôles au théâtre et une autre dizaine à la télévision dont le plus marquant demeure Sylvie dans Un gars, une fille , Sylvie Léonard s'est fait une joie d'accepter le rôle de porte-parole de la Fête nationale 2006, y voyant un gage de "confiance, de complicité et de crédibilité". "J'ai beaucoup plus accepté en tant que citoyenne qu'en tant qu'actrice. Quand je me prononce pour de la bonne télévision, pour le cinéma, je parle en tant qu'actrice et spectatrice, mais ici, disons que c'est la citoyenne québécoise qui parle", explique d'entrée de jeu la comédienne, à qui le thème À notre image colle à la peau. "On associe souvent la Fête nationale à la chanson, à la musique, à la poésie... Et là, de faire un clin d'oeil au cinéma québécois, c'était à propos puisqu'il va bien. Il y a beaucoup de créateurs, une grande diversité, et de le souligner comme tel dans un cadre où la culture est à l'honneur, c'est tout à fait indiqué."
Pour le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), coordonnateur de la Fête depuis 1984, le choix de Sylvie Léonard comme porte-parole allait de soi. "On voulait quelqu'un qui avait contribué au cinéma, bien entendu, mais aussi quelqu'un qui soit capable d'aller vers le public, d'avoir quelque chose à raconter aux gens et ça, ça dépasse l'expérience d'artiste. On aimait aussi sa prise de position par rapport à son identité québécoise et à l'évolution de la société québécoise", note la présidente du MNQ, Chantale Trottier-Turcot.
Le CInéma, à notre image
En plus de saluer les artistes et artisans du cinéma québécois, le MNQ veut aussi souligner sa créativité, son audace et son rayonnement à l'étranger. "Je crois que la culture représente toujours, quelque part, qui nous sommes, parce que les artistes sont ceux qui mettent en avant un peu de notre identité, de nos réflexions, de nos remises en question, commence Sylvie Léonard. On ne dit pas que le cinéma est à notre image seulement par rapport au box office, mais par rapport à tout ce qui s'écrit. Et cette forme d'art a pris un essor plus grand ces dernières années; en même temps ça nous représente, en même temps il y a quelque chose d'universel puisque nos films s'exportent plus que jamais."
Flash-backs
Avec la thématique et la nouvelle facture visuelle de la Fête nationale 2006, le MNQ souhaite surtout honorer les films dans leur intégrité plutôt que de mettre à l'avant-plan des réalisateurs ou des acteurs. Il englobe ainsi tous les artisans du film et accorde aussi une attention privilégiée aux fondations du cinéma d'ici. "Avant qu'on ne donne au cinéma québécois autant de mérite qu'au cinéma français ou américain, il y a eu de très bons films au Québec qui ont été boudés... Autant on aimait notre télévision québécoise, autant on était méfiant envers le cinéma québécois. On voulait donc souligner cette évolution, cette appropriation de leur cinéma par les Québécois et cette fierté qui s'est développée aussi", explique Chantale Trottier-Turcot, pour qui les films piliers ont été La Vie heureuse de Léopold Z, Les Mâles, ainsi que La Guerre des tuques, Bach et Bottine et Cruising Bar pour la génération de ses enfants.
Quant à Sylvie Léonard, le film J.A. Martin photographe a été le premier à marquer son imaginaire avec Mourir à tue-tête, qu'elle juge "insupportable, mais remarquablement bien joué": "J'assistais à la rencontre avec le médium, avec la photographie du cinéma... mais aussi à la présence du comédien. Longtemps, on a donné dans le documentaire avec les films qui venaient de l'ONF et tout ça. Il y a eu beaucoup de résistance aussi de la part de certains réalisateurs qui ne voyaient pas le comédien comme un allié ou comme 'nécessaire'. Ensuite, il y a eu Michel Brault avec Les Ordres, et on a assisté à la rencontre entre la réalisation et les comédiens, que l'on voit de plus en plus aujourd'hui. Je pense par exemple en ce moment à Jean-François Pouliot qui tourne avec Marc Béland, c'est formidable, c'est un de nos plus grands acteurs."
Quoi qu'il en soit, les deux cinéphiles s'entendent pour voir en Gaz Bar Blues le film le plus "touchant" des dernières années. "Le cinéma, c'est pas le pop-corn et les machines, c'est un lieu privilégié, sacré, où on assiste à une oeuvre, où on fait communion avec un univers et, idéalement, où on est poussé à réfléchir. Il ne faut jamais oublier ça", tient à rappeler Sylvie Léonard.
"C'est la Fête!"
Le soir du 23 juin, toutes les têtes se riveront aux plaines d'Abraham, où Sylvie Léonard prononcera son discours diffusé en direct dans toutes les fêtes de quartier du Québec. "Il y a beaucoup de gens qui me disent que ça va être mon plus gros public; même dans les grandes salles au théâtre, je n'ai jamais joué devant autant de personnes! (rires) Mais quand je relis mon discours et que je le réécris, je reviens toujours à la raison fondamentale pour laquelle je fais ça!" exprime Sylvie Léonard, dont l'allocution portera majoritairement sur la protection de la langue française, son sujet de prédilection.
Ainsi, les 23 et 24 juin prochains, plus de 750 sites aux quatre coins du Québec s'animeront pour la Fête nationale avec des activités de toutes sortes. "Je suis contente de constater que la thématique de cette année suscite l'emballement", explique Chantale Trottier-Turcot, qui a accompagné Sylvie Léonard dans la tournée des régions pour les conférences de presse. "Nous avons produit une compilation de musiques de film que certaines régions utiliseront pour accompagner leurs feux d'artifice. Il y a des régions qui organisent des concours amateurs de chansons de films québécois, certaines régions proposent même de se déguiser en personnages connus du cinéma québécois gageons qu'il y aura beaucoup d'Elvis Gratton! Il y aura aussi des défilés avec chars allégoriques... en plus des concerts musicaux, évidemment."
Sur le site officiel de la Fête nationale, on a aussi lancé un concours national qui pose cette question: "Quel est le meilleur film québécois de tous les temps pour vous?" Plus de 10 000 $ en prix attendent les participants. Pour connaître l'horaire des festivités de votre région, visitez le site de la Fête nationale du Québec au www.fetenationale.qc.ca.

N'amalgamez pas la direction du PQ au mouvement indépendantiste!
Pierre-Luc Bégin et Patrick Bourgeois
Le Québécois jeudi 22 juin 2006
On apprend, ce mercredi 21 juin 2006, qu'à la suite de l'enquête du Directeur général des élections (DGE) sur les allégations de Jean Brault à l'effet que le PQ aurait bénéficié (quoique pour de faibles montants) de sommes versées illégalement à la caisse du parti par Groupaction, le juge Jean Moisan, chargé de l'enquête, conclut que « le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux ». C'est ce qu'il écrit dans son rapport rendu public ce mercredi. Or, on peut s'attendre à ce que les fédéralistes, engloutis jusqu'à la moelle dans l'auge à purin des commandites, tentent de faire les gorges chaudes de cette affaire et veuillent accoler les agissements possibles de la haute direction péquiste à l'ensemble du mouvement indépendantiste. Chez Gesca et Radio-Canada, le bal est déjà parti, d'ailleurs. Halte là!
Si la haute direction péquiste est toujours prompte à se dissocier des militants dits « purzédurs » qui ne suivent pas la doxa officielle du parti (rappelons-nous l'Affaire Michaëlle Jean et Parlons souveraineté à l'école, notamment), c'est maintenant aux militants indépendantistes de dire qu'ils ne voudront pas être associés aux agissements douteux des carriéristes et des politiciens professionnels qui s'incrustent au Parti Québécois, surtout à sa tête, si la conclusion de Moisan s'avérait exacte.
En effet, les militants du Parti Québécois et les militants indépendantistes en général sont des militants intègres qui travaillent à la sueur de leur front pas loin de 365 jours par année pour recueillir, souvent de porte en porte, de modestes contributions provenant d'indépendantistes sincères et qui font les finances (modestes également) du mouvement indépendantiste. Pis encore, plus souvent qu'autrement, les militants indépendantistes, particulièrement les « purzédurs », pigent dans leurs propres poches et leurs maigres salaires pour faire vivre, sans subvention aucune, différentes organisations de promotion de notre libération. C'est d'ailleurs ainsi, en bonne partie, que nous vîmes à bout de mettre sur pied un journal, une maison d'édition, une bière souverainiste et une radio Internet. Que le courage, la générosité et l'abnégation des militants de terrain pour l'indépendance ne soient pas entachés par les agissements supposés de quelques rémunérés de la cause, plus habitués aux sièges confortables de la « permanence » et les banquettes de l'Assemblée nationale qu'à la neige plein les bottes pour recueillir courageusement des dons les soirs d'hiver.
Le mouvement indépendantiste est un mouvement intègre et qu'on ne vienne surtout pas salir ce mouvement bâti sur des idéaux démocratiques que les militants se font forts de respecter parce qu'à la permanence du parti certains carriéristes ont peut-être fauté. Or, par leur faute présumée, on peut penser que l'ensemble du mouvement indépendantiste sera l'objet d'une campagne de salissage menée par les fédéralistes qui sauteront sur l'occasion. C'est désolant.
Les commandites constituèrent un programme fédéral pour noyer l'identité québécoise et imposer le Canada au Québec à travers lequel les amis du régime canadien s'en sont mis plein les poches. Les indépendantistes peuvent-ils être associés à une telle saloperie? Les militants indépendantistes rejettent ce système et n'y auraient jamais mis un doigt.
Face à une telle situation, un seul constat s'impose : les militants indépendantistes ont depuis trop longtemps laissé le destin de notre mouvement national de libération dans les mains de quelques professionnels de la politique et autres carriéristes assoiffés par une seule chose, c'est-à-dire leur profit personnel et leur montée en grade dans l'appareil de rémunération pour la cause qu'est devenue la permanence du PQ. Cela laisse place à tous les doutes.
Il est temps que les militants indépendantistes se réapproprient leur parti, celui qu'ils ont fondé, et qu'ils ne souffrent jamais plus de la naïveté qui a permis qu'ils se le fassent subtiliser et qu'on ne doute jamais de leur volonté, de leur capacité et de leur intégrité.
Nous ne sommes pas un parti comme les autres!

Enjoy a worry-free summer
Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday June 22, 2006
If you’re a Quebec separatist you’ll have been fascinated lately by news stories about the Montenegro and Catalonia separatist or autonomist movements. If not, but you wondered whether you should pay attention to what happened there to help you figure out where our local sovereigntists may be going, relax. It’s OK to enjoy your summer without giving it any thought whatsoever. Heck, you can even refrain from worrying about the Quebec separatist movement; this thing sure ain’t going anywhere.
Not to suggest that the beast is finally dead. Despite Parti Québécois leader André Boisclair’s recent softening of his party’s official position on the absolute necessity of holding the next referendum as soon as possible, the movement is never completely dead or completely alive. But nothing special is happening right now, despite what you may hear from the usual (and usually ill-informed) suspects.
It is not true, for instance, that the Montenegro example is a serious nail in the Quebec separatist coffin. (Montenegro. It’s north of Albania.) Recently at a fancy dinner someone involved in national politics made exactly that suggestion and I almost choked on my coulis. Even if the PQ resolved to agree that Quebec, like Montenegro, should require a 55-per-cent Yes vote on a clear and simple question about true and complete independence, not some confusing partnership thingy, in order to serve the divorce papers on the federal government, it wouldn’t change a thing. Because as Mark Steyn recently wrote in the Western Standard, “It turns out Quebec truly is a distinct society: it has the most inept secession movement of any jurisdiction on the planet.”
He’s right, you know. Whereas Montenegro succeeded last month in getting that 55-per-cent vote and becoming independent and Catalonia won its own “autonomist” referendum by a decisive 74 per cent, Quebec sovereigntists just want to play country without any of the risks and – more importantly – financial costs of actual countryhood. Hey, it’s kept them in business comfortably since before I was born, they’re not about to upset their little routine. That includes never winning a referendum, no matter how you define it in terms of question clarity, voter turnout or necessary majority.
In theory, the PQ could somehow manage to get a squeaker 50.3-per-cent Yes by tricking voters with another of its long, convoluted questions. But most countries would probably ignore the result and so would the federal government. Whereas if it asked a short, simple question about clear-cut separation from Canada, it would be lucky to get 30 per cent. You can see why I laughed at my tablemate’s suggestion; that coffin lid is so full of nails no more will fit. And if it weren’t, does anybody seriously think having some wonk whimper “What about Montenegro? Huh?” would halt a decisive Quebec rush for the exit?
As for Catalonia, for once I agree with Mr. Boisclair, who said there was not much there to “inspire” Quebec. Catalonia is one of the most prosperous of Spain’s regions, not an economic basket case like Quebec, and far less autonomous within Spain than Quebec is within Canada. And its voters just agreed to a new constitutional framework that means Catalonia will, said the Citizen news story, get “a much bigger slice of tax revenues collected in Catalonia, a say in the appointment of judges and prosecutors to courts run from Madrid and, critically, an indirect proclamation of Catalonia as a ‘nation.’” The last bit is the only part that really interests the PQ. Both Mr. Boisclair and long-time péquiste Jean-Pierre Charbonneau told the media is was now up to Stephen Harper to recognize Quebec as a nation, something they say he has never had the guts to do.
Uh, guys? What about that time, two years ago almost to the day, when Mr. Harper said if Quebec’s National Assembly proclaims that Quebec is a nation – which it did, unanimously, in 2003 – “I can recognize this reality”? Doesn’t that count? Maybe, if only there wasn’t this giant conspiracy to keep Mr. Harper’s views on Quebec’s status as a nation completely secret by, ahem, printing them on the front page of La Presse.
The thing is, the sovereigntists are interested in talk, not action. So they talk about talk and if it doesn’t work they talk about it some more. Or again. As Mr. Boisclair explained, “There is no partisan debate in Quebec on the existence of the Quebec nation. The challenge is not for us to recognize it by referendum. The challenge is for the federal government to do something”.
So there, you see, nothing to worry about. Toss those Montenegro clippings and enjoy your long, lazy, summer days.

La GRC a voté pour Stephen Harper et a gagné ses élections
Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 194, 22 juin 2006
Le premier ministre Harper s’invite à la Citadelle de Québec pour notre Fête nationale. Au cours de l’été, les recruteurs de l’armée canadienne seront présents dans tous les festivals, partout sur le territoire québécois. À l’automne, ils seront omniprésents dans nos institutions d’enseignement. Bientôt, les soldats québécois du Royal 22e Régiment quitteront leur base de Valcartier pour l’Afghanistan et certains reviendront dans des cercueils entourés de l’unifolié. Jusqu’ici lointaine et abstraite, la guerre prendra bientôt une forme plus concrète et s’introduira subrepticement dans nos vies.
La guerre est en train de devenir l’axe autour duquel s’articule la vie politique canadienne. La guerre est l’enjeu principal de la course à la chefferie du Parti libéral canadien. D’un côté, il y a les faucons, Scott Brison et surtout le favori Michael Ignatieff, et de l’autre, tous les autres candidats et candidates. Le général «ex-casque bleu » Roméo Dallaire vient de se jeter officiellement dans la mêlée en appuyant la candidature de Michael Ignatieff. Un long métrage, avec Roy Dupuis en vedette, viendra fort opportunément lui offrir une nouvelle tribune pour justifier l’engagement du Canada en Afghanistan.
Le véritable programme de Harper : la guerre
La guerre constitue le seul véritable programme du gouvernement de Stephen Harper. Ses cinq soi-disant priorités ne sont là que pour meubler l’espace médiatique et se verront rapidement occultées par les considérations militaires. Déjà, le premier ministre Harper a averti Jean Charest et le Québec de ne pas s’attendre aux milliards espérés pour le règlement du déséquilibre fiscal. Un nouveau joueur aux appétits insatiables vient de s’introduire sans y avoir été invité dans la ronde de la péréquation : le budget militaire.
Peu de gens savent que Stephen Harper vient d’une famille à la culture militariste. Son père a publié deux livres sur les emblèmes militaires du Canada et a été consultant pour la Défense nationale. Hier, Stephen Harper était un chaud partisan de la participation du Canada à la guerre en Irak et il a laissé entendre que, demain, il sera aux côtés de George W. Bush si les États-Unis agressent l’Iran.
Le premier ministre Harper n’a pas caché son intention de redéfinir l’identité canadienne autour des pouvoirs spécifiques du gouvernement fédéral que sont la Politique étrangère, la Défense et l’Armée. Son ambition avouée est que le Canada reprenne sa position historique au sein de l’alliance anglo-saxonne. Jadis, c’était sous la direction de la Grande-Bretagne; aujourd’hui, c’est sous celle des États-Unis.
Harper refera-t-il le coup fourré de Borden?
Le grand défi de Stephen Harper est de composer avec une situation de gouvernement minoritaire et une opinion publique hostile aux guerres impériales, particulièrement au Québec. Le vote de ce printemps sur le prolongement de la mission en Afghanistan lui a démontré qu’il pouvait diviser le caucus libéral et considérer même la possibilité d’un gouvernement de coalition avec des libéraux dirigés par Michael Ignatieff. Stephen Harper s’inspire du coup fourré du premier ministre conservateur Robert Borden qui avait fractionné en 1917, lors du vote sur la conscription, le Parti libéral de Sir Wilfrid Laurier en deux ailes, les loyaux et les déloyaux, pour éventuellement former un gouvernement de coalition avec les libéraux pro-conscription.
Le premier ministre Harper cherche également à faire basculer l’opinion publique en appui à la mission en Afghanistan. Pour ce faire, il peut compter sur les bons offices de la GRC et du SCRS comme le laisse entrevoir la nébuleuse affaire de l’arrestation des membres d’une ou deux cellules terroristes à Toronto. Avons-nous affaire à un vrai complot terroriste ou à une mise en scène policière ?
Chose certaine, les présumés terroristes avaient été infiltrés par la police et étaient à tout le moins d’un amateurisme à faire pleurer. La manipulation policière et politique ne peut être exclue, d’autant plus que le voile se lève sur les accointances entre les services policiers et le Parti conservateur. En effet, la GRC a joué un rôle non négligeable dans la victoire électorale des Conservateurs avec l’affaire des fiducies de revenu.
La GRC vote pour Harper
Rappelons les faits. Le 23 novembre dernier, soit cinq jours avant le vote de confiance qui allait provoquer la chute du gouvernement Martin, le ministre des Finances Ralph Goodale annonçait après la fermeture des marchés qu’Ottawa n’imposerait pas - contrairement à ce qu’on avait laissé entendre auparavant - de nouvelles taxes ou restrictions sur les fiducies de revenu.
Les recherchistes du NPD notèrent une hausse soudaine et importante de la valeur des plus importantes fiducies de revenu quelques heures avant la décision du ministre Goodale et soupçonnèrent un délit d’initiés. Le NPD déposa une plainte auprès de l’unité de la GRC chargé de surveiller les activités boursières et demanda une enquête. Habituellement, la réponse de la GRC ne parvient que des mois plus tard et est négative, même si la GRC ouvre une enquête. Pour des raisons évidentes, la GRC n’annonce jamais publiquement la tenue d’une enquête.
Cette fois-ci, ce fut différent. La GRC télécopia sa réponse au bureau de la députée néo-démocrate le 23 décembre en disant qu’elle ouvrait une enquête criminelle. Les bureaux de la députée étaient fermés pour le congé de Noël. Mais la GRC tenait tant à ce que sa réponse soit connue qu’elle téléphona le 28 décembre aux bureaux de Winnipeg de la députée pour lui signaler qu’une importante télécopie l’attendait à son bureau d’Ottawa. La suite est connue. Le NPD rendit l’affaire publique et les Conservateurs demandèrent la démission de Ralph Goodale.
L’analyse des sondages démontre que c’est précisément à partir de ce moment que les Conservateurs devancèrent les Libéraux dans les intentions de vote et l’analyse ultérieure des résultats électoraux révèle que cet événement est le principal facteur explicatif du changement d’opinion de l’électorat au Canada anglais. L’affaire Goodale a joué au Canada anglais pour le Parti libéral le rôle du scandale des commandites au Québec. La GRC a voté pour Stephen Harper et a gagné ses élections.
Le premier budget du gouvernement Harper renvoie l’ascenseur avec 160 millions de dollars supplémentaires à la GRC pour le recrutement de nouveaux agents pour la lutte contre le terrorisme. Et, bien entendu, par le plus grand des hasards, le démantèlement des présumées cellules terroristes de Toronto se produit au moment où la Chambre des communes débat de la pertinence de reconduire les lois antiterroristes et que la Cour suprême se penche sur la constitutionnalité des certificats de sécurité.
Nul besoin de complot terroriste pour paralyser les leaders souverainistes
On ne peut évidemment exclure la possibilité que des actes terroristes soient commis par des partisans de groupes islamistes. Al-qaeda a sans doute des disciples au Canada qui, intoxiqués par le discours de certaines écoles coraniques, croient à la légitimité de leur lutte et au bien-fondé des actions terroristes.
Ce n’est pas la première fois au cours de l’histoire que le terrorisme connaît des heures de gloire. Mais, souvent spectaculaires, elles ont toujours été éphémères. Action d’un petit groupe d’individus, le terrorisme débouche inévitablement sur un cul-de-sac politique. Dans le cas présent, il sert de justification aux mesures répressives de l’État, à l’augmentation des budgets militaires et à la mission militaire en Afghanistan.
Que les complots terroristes soient l’oeuvre de la police ou de fanatiques religieux, le résultat est le même : paralyser les forces progressistes. Mais, à voir le peu d’empressement des forces souverainistes et progressistes au Québec à se faire les porte-parole de l’immense opposition populaire au déploiement des forces canadiennes en Afghanistan - plus de 70% de la population selon les derniers sondages - l’organisation même d’un faux complot terroriste apparaît superflu.
Les médias se sont déchaînés contre l’introduction du manuel Parlons de souveraineté à l’école, mais personne ne proteste contre la présence des agents recruteurs de l’armée dans nos institutions d’enseignement. Le pacifisme figure en tête de liste de la Déclaration de principes du Parti Québécois, mais ce thème ne fait pas partie du discours de ses dirigeants, ni d’ailleurs de ceux du Bloc Québécois. Stephen Harper a beau déclaré que le Canada est en guerre et que nous serons en Afghanistan pour les dix, voire les vingt prochaines années, nous feignons d’ignorer la question.
Pourtant, l’opposition à la guerre en Irak a démontré l’énorme potentiel mobilisateur du pacifisme au sein de la population québécoise. L’opposition à la guerre transcende les divisions linguistiques et ethniques et la perspective d’un Québec indépendant pacifiste rallierait une majorité de francophones, de membres des communautés ethniques et, même, de bon nombre d’anglophones, autrement opposés à l’indépendance du Québec.
Mais notre élite politique et intellectuelle préfère ronronner sur l’éternel débat sur les relations fédérales-provinciales, le déséquilibre fiscal et la stratégie référendaire.
Mais la guerre nous rattrapera.

Raciste, dites-vous?
Franco Nuovo
Journal de Montréal 22/06/2006
J’ai rien à dire sur Madonna. Rien. En dépit de la folie que suscite son passage. De toute façon, d’autres s’en chargent et vous saurez tout, tout, tout, pas sur le zizi comme dans la chanson de Perret, mais sur la Madone. Non, je veux vous parler d’autre chose. O.K., c’est moins sexy! Pis?
Si on en croit le Maclean’s, la Société Saint-Jean-Baptiste serait devenue un nid d’extrémistes de droite, de skinheads, d’anciens felquistes, d’ex-lepenistes, de néonazis, de racistes de tout acabit, alouette… Hey! Hey! Un peu de calme, camarades! Faut pas exagérer.
On rigole, ou quoi? La campagne de dénigrement bien appuyée par le Maclean’s et qui a pris son envol il y a déjà quelques semaines — parce que c’est bien à cela que ça ressemble — fait référence à un rassemblement de la SSJB organisé le 1er avril et où auraient été aperçus une poignée de skins perdus dans une foule, des xénophobes notoires, un des fondateurs du FLQ, Raymond Villeneuve, Cédric Tremblay, condamné pour avoir vandalisé l’hôtel de ville de Baie D’Urfé, un certain Moïse Thériault, qui véhicule des propos xénophobes dans Internet, etc.
***
Cette histoire est ridicule. D’abord parce la SSJB n’est pas un mouvement d’extrême droite, comme on tente de nous le faire croire ici, même si une poignée d’illuminés assistent à l’occasion ou régulièrement à certains de ses rassemblements. D’ailleurs, on peut aussi se poser la question: N’y a-t-il que des gens au comportement irréprochable dans les regroupements du PLC ou du PLQ ou du PQ ou du PC ou même dans les églises?
Et pendant qu’on y est, comment une organisation comme la SSJB peut-elle empêcher un ex-felquiste, un skin ou un néonazi d’assister à une manifestation publique s’ils ne se transforment pas en agitateurs?
Il existe dans ce pays, je vous le rappelle, une charte qui protège les droits et les libertés des individus; leurs droits et libertés de penser, d’aller et venir comme bon leur semble tant qu’ils ne troublent pas l’ordre public ou n’incitent pas à la violence ou à la haine.
b
L’équation est donc un peu simpliste. La présence de quelques personnes peut-être indésirables ne peut ternir l’image d’une société qui, depuis plus de 150 ans, lutte démocratiquement pour le maintien et l’épanouissement de la vie française en Amérique. Une société à qui on doit quand même quelques grandes institutions telles l’École des beaux-arts, celle des Hautes Études commerciales, le Monument-National, la Société nationale de fiducie, etc. Une société créatrice des grands défilés.
***
Raciste, la SSJB, dites-vous? Arrêtez. Peut-on dire de l’ancien président, Guy Bouthillier, qu’il est raciste? Et l’actuel, Jean Dorion, qui a vécu au Japon pendant de nombreuses années et qui a épousé une Japonaise, peut-on dire de lui qu’il est raciste? Peut-on parler d’une société xénophobe quand elle nomme Luck Mervil patriote de l’année, ou Louise Laurin, qui a consacré toute sa vie à l’intégration des enfants d’immigrants, ou encore une Chilienne d’origine, Carmen Sabbagh, etc.
Non, tout ça n’est que de la foutaise, parce qu’en plus de défendre les intérêts supérieurs du Québec et des Québécois, et la langue française, bien sûr, la SSJB a beaucoup travaillé, surtout au cours des dernières décennies, dans ses manifestations et dans l’organisation des défilés de la fête nationale, aux rapprochements interethniques, refusant même de se mêler des débats autour du port du voile ou du kirpan pour justement garder son rôle de rassembleur.
On peut dire ce qu’on veut et faire les procès d’intention que l’on veut, reste que le parcours de la Société Saint-Jean-Baptiste est exemplaire à bien des points de vue. Et que ce n’est certes pas la présence de quelques indésirables qui pourra éclabousser le travail accompli et les acquis.
Bon, Madonna maintenant? Con, hein? Mais je n’ai toujours rien à dire. Demain peut-être. J’ai dit peut-être.
