LES GROS CHARS

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE mercredi 28 juin 2006

La SAQ de la Petite Italie
qui, exceptionnellement, avait le 24 juin dernier 
ouvert ses portes 
afin que les amateurs de sport
puissent lever le coude en l’honneur 
du Grand Prix du Canada
et du Mondial de soccer,
sera fermée le 1er juillet.
Le Canadaday, c’est sacré.

Puisque que les consommateurs ne pourront
en ce jour consommer
quel autre choix auront-ils,
à moins d’avoir à déménager un ami, une sœur, un fils,
que d’assister au traditionnel défilé, 
lequel selon les organisateurs,
« sera le point fort des activités »
avec 40 chars allégoriques, 25 fanfares 
et 20 groupes d’artistes de toutes origines ethniques.
Les gros chars de l’ouest.
Une belle journée de recrutement en perspective
pour les gourous du fédéralisme.

Comment se surprendre de l’attachement
du Québec au Canada ?

Happy Canadaday
et, de 11h à 11h40, 
pour arroser le tout
pluie à boire debout !
Cheers !

 





L'odeur des feuilles mortes

Michel David
Le Devoir mercredi 28 juin 2006

Perspectives - Pas plus qu'une hirondelle ne fait le printemps, un sondage n'est garant de l'avenir, mais quelques autres comme celui de Léger Marketing pourraient bien amener le premier ministre Charest à considérer sérieusement l'hypothèse d'élections générales à l'automne, que certains avaient peut-être exclues un peu vite.

À ce stade-ci, il importe assez peu que le PLQ ait quelques points d'avance sur le PQ ou l'inverse. Les stratèges des deux camps retiendront surtout que l'avalanche de bonnes nouvelles des dernières semaines a finalement réussi à ébranler le mur d'insatisfaction auquel se heurtait le gouvernement depuis plus de deux ans. Même la vente du mont Orford ne semble plus suffire à entretenir l'indignation des électeurs.

Il faut le reconnaître, les libéraux ne nous avaient pas habitués à des manoeuvres aussi bien orchestrées. Hier encore, pour l'annonce de la construction de la nouvelle salle de l'OSM, M. Charest s'est retrouvé aux côtés de Lucien Bouchard, qui a eu de bons mots pour lui. On a sûrement pensé à garder quelques munitions pour la rentrée de septembre.

S'il est vrai que le sondage a été effectué à un moment particulièrement favorable pour les libéraux, alors que les péquistes s'empêtraient dans le rapport Moisan, la remontée du PLQ demeure remarquable. Après un remaniement ministériel manqué et un discours inaugural décevant, le parti semblait voué à une autre session de misère.

Il est nettement trop tôt pour vendre la peau de l'ours. Le PQ avait réussi un rétablissement semblable au début de 2003. Tout le monde était sceptique, y compris ses propres ministres, quand Bernard Landry avait lancé son plan d'action intitulé Horizon 2005. Pourtant, en l'espace de quelques semaines, le PQ avait été propulsé en tête des sondages, alors qu'on ne lui concédait plus qu'une poignée de comtés. Tout s'était ensuite déroulé à merveille... jusqu'à deux semaines des élections.

***

Les bons coups des libéraux laissent tout de même 59 % d'insatisfaits, direz-vous. C'est précisément la grande question que pose encore une fois ce sondage : comment expliquer qu'avec un gouvernement et un premier ministre aussi impopulaires, la lutte demeure aussi serrée ? Quand André Boisclair a été élu chef, en novembre dernier, l'avance du PQ était de 20 points.

Avec 33 % des intentions de vote, il se retrouverait exactement au même niveau qu'aux élections du 14 avril 2003, alors qu'il avait subi sa pire défaite en trente ans. Soit, il y a les six points dont Léger Marketing crédite Québec solidaire, mais il ne faut pas confondre la cause et l'effet.

Les péquistes n'ont jamais voulu faire l'autopsie de la défaite de 2003. Les seuls résultats de la «saison des idées» ont été de forcer la dose de souveraineté dans le programme et de faire une place démesurée à la gauche syndicale dans le parti, sans vraiment se soucier de ce que la population pouvait en penser.

On n'a pas fini de mesurer les conséquences du congrès de juin 2005. Bernard Landry n'était guère aimé, mais on savait de quoi il était capable, qu'il s'agisse du meilleur ou du pire. M. Boisclair en a déçu plusieurs, mais il constitue surtout un gros point d'interrogation pour la population. Si le travail de Mario Dumont est plus apprécié que le sien, alors que l'ADQ ne va nulle part, c'est que son chef a eu tout le temps d'apprivoiser les Québécois, qui se sont habitués à sa présence.

Louise Harel semblait un peu éberluée, hier, à l'idée que la population puisse renouveler sa confiance à un gouvernement qui a manqué systématiquement à ses engagements, mais il ne faut pas sous-estimer la crainte de l'inconnu.

Mme Harel est la première à savoir que M. Boisclair n'était pas prêt à devenir chef de parti, encore moins premier ministre. Cinq minutes avant que Bernard Landry n'annonce sa démission, il se faisait une joie de passer quelques années à Toronto, en attendant qu'une deuxième défaite péquiste consécutive ne lui ouvre la porte. Il plaignait même ses anciens collègues condamnés à voguer dans cette galère qu'était devenu le PQ.

***

L'annonce de la tenue d'élections partielles dans Taillon et Pointe-aux-Trembles ne signifie pas qu'il va pouvoir effectuer sa rentrée parlementaire à la mi-octobre. Il est vrai que l'Assemblée nationale devient usante à la longue pour un chef de l'opposition, mais elle peut aussi être une tribune très utile, si c'est seulement l'affaire de quelques mois. Pourquoi M. Charest l'offrirait-il à son adversaire ?

La saison estivale est généralement bénéfique aux gouvernements. La discrétion qu'elle leur impose a souvent pour effet de faire grimper leur popularité de quelques points. Si, au début de l'automne, le PLQ franchissait la barre des 40 %, la tentation de déclencher des élections générales pourrait devenir très forte. Il n'y a rien comme l'odeur des feuilles mortes !

L'arrivée au pouvoir des conservateurs et les relations amicales entre Jean Charest et Stephen Harper ne sont certainement pas étrangères à la remontée des libéraux. La question est de savoir si la lune de miel va se poursuivre ou si elle va tourner au vinaigre.

Le PQ aura beau se scandaliser de ce flirt avec des gens aux valeurs contraires aux nôtres, les Québécois n'y verront pas d'objection si M. Harper livre la marchandise. En revanche, si les négociations sur le déséquilibre se révèlent aussi hasardeuses que le dit Michel Audet, il serait peut-être plus prudent de ne pas en attendre la conclusion.

mdavid@ledevoir.com




Ce n'est qu'un début

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 28 juin 2006

Les dépenses militaires n'ont jamais eu la cote au Canada, où les achats d'équipement de défense se terminent très souvent en controverses. La pluie de 15 milliards de dollars qui s'abat cette semaine sur les Forces armées canadiennes ne manquera pas de soulever un lot de questions, certaines de nature stratégique, d'autres d'ordre moral.

Pourquoi le gouvernement Harper annonce-t-il en une même semaine des sommes aussi élevées pour du matériel militaire ? La réponse, à entendre le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, est toute simple. Il faut remplacer des équipements logistiques vieillots, voire désuets, dont l'entretien coûte une fortune. Les nouveaux avions, hélicoptères, camions et navires de ravitaillement permettront un déploiement plus facile des troupes au Canada comme à l'étranger. Trop souvent, nous rappellent les militaires, les Forces armées doivent décliner les invitations à participer à des missions de paix, en raison de la vétusté du matériel ou encore de l'absence de d'équipement adéquat.

Rattrapage, donc, que ces nouvelles dépenses, dont il faut convenir de la nécessité, du moins en partie. Si l'on est pour avoir une armée, il faut qu'elle soit à la hauteur des mandats qu'on lui confie, ce qui en l'occurrence est ici le problème que soulèvent les achats projetés. Sont-ce bien 15 milliards en équipement logistique qui sont aujourd'hui nécessaires en regard du rôle qui sera celui des Forces armées ces dix ou vingt prochaines années ? Sont-ce bien 2300 camions logistiques dont les Forces armées ont besoin, comme on l'a annoncé hier au coût de 1,2 milliard ? Est-ce que 1500 camions suffiraient, tout comme deux avions de transport logistique plutôt que quatre, dont on annoncera l'acquisition demain ?

Le blitz de quatre jours qu'effectue le ministre O'Connor pour annoncer la bonne nouvelle aux militaires évite commodément ces questions, qui lui auraient été posées si le Parlement n'avait pas déjà été mis en congé pour l'été. Tout ce que l'on connaît de la vision conservatrice est la détermination arrêtée depuis longtemps par le gouvernement Harper de rattraper le temps perdu et de mettre les dépenses militaires canadienne à niveau avec celles de ses principaux partenaires.

Débattre de façon éclairée de ces questions, devant un comité parlementaire, avec l'état-major des Forces armées serait d'autant plus pertinent que ces achats ne sont qu'un début. Déjà, la marine a dans ses dossiers des projets de construction de nouvelles frégates. Il faudra penser au remplacement des F-18 de l'aviation, à laquelle certains voudraient aussi donner des hélicoptères de combat qui seraient utiles dans des missions comme celle qui nous a conduits en Afghanistan. Les milliards de dollars s'additionneront par dizaines.

Il est vrai qu'en chiffres absolus les dépenses militaires canadiennes ont sensiblement diminué depuis la fin de la guerre froide. Tous les pays de l'OTAN l'ont fait, à commencer par les États-Unis. Selon les données établies par l'Institut international pour la paix de Stockholm (1), elles sont passées, chez nos voisins du sud, de 456 milliards en 1988 à 309 milliards dix ans plus tard, pour revenir à 478 milliards en 2005. Celles du Canada ont suivi le même mouvement, passant de 12,5 milliards à 9 milliards en 1997, pour ne remonter toutefois qu'à 10,6 milliards en 2005, ce qui fait dire à plusieurs analystes que le Canada a marqué le pas. Aujourd'hui, le Canada est néanmoins au 12e rang mondial pour les dépenses militaires, ce qui n'est tout de même pas déshonorant. Faudrait-il suivre les pays qui sont militairement actifs et dépenser autant qu'eux ? À tout le moins, une réflexion s'impose sur nos engagements militaires avant de dire oui.

bdescoteaux@ledevoir.ca

(1) Voir le site Sipri.org. Toutes les données citées sont en dollars américains constants de 2003.




Le multiculturalisme dogmatique à la croisée des chemins

Éric Tremblay, Greenfield Park
Le Devoir mercredi 28 juin 2006

Nous devons choisir entre une ouverture encore plus grande à la diversité et un raffermissement des valeurs conservatrices traditionnelles et protectionnistes

Parallèlement à la montée fulgurante de la religion islamique dans tout le Canada s'est profilée ces dernières années une attention médiatique tout aussi accentuée et singulière à l'endroit de cette religion et de tout ce qui l'entoure.

Il y a quelques années à peine, la plupart des Canadiens ignoraient même ce qu'étaient le djihad, al-Qaïda, la charia et même le Coran. Malgré ce que peuvent en dire leurs critiques les plus sévères, les médias canadiens ont fait un remarquable travail d'information populaire, si bien qu'aujourd'hui, l'islam est plus vivant que jamais dans tout le pays.

Comme nous le savons, depuis une centaine d'années, la société canadienne s'est ouverte à l'immigration de façon progressive et quasi exponentielle. Elle s'est construit une réputation d'envergure à travers le monde pour son hospitalité hors du commun, son sens de la justice et son respect du genre humain. La classe politique et culturelle ne cesse de vanter les mérites d'un multiculturalisme équitable et juste, où chacun est libre en matière de religion, de coutumes, de valeurs, bref de son hétérodoxie culturelle. Finalement, tout le monde semble accepter ce concept quelque peu idéaliste et surtout extrêmement réductionniste.

En effet, cette idéologie, devenue dogmatique au Canada, tend à soustraire l'être humain à ses mécanismes sociaux les plus fondamentaux -- comme le nationalisme ou le sentiment d'appartenance, la peur de l'inconnu, l'appropriation territoriale --, en supposant que la simple désapprobation sociale et, à la limite, une législation dissuasive suffisent à faire du citoyen moyen un être socialement perméable au multiculturalisme et au pluralisme ethnique.

C'est par cette condescendance absolue, héritée de l'extraordinaire progrès scientifique contemporain, que nos dirigeants finissent par croire qu'ils peuvent aisément contrôler et manipuler leurs pairs selon leurs désirs et intérêts.

Malheureusement, la réalité est tout autre. L'être humain est profondément attaché à sa culture et à son histoire; ainsi, toute cette propagande d'ouverture n'effacera jamais les quelque 300 ans d'histoire où le peuple canadien, d'abord sous l'égide britannique, s'est progressivement élevé au statut de nation.

Le véritable Canada

Ces derniers temps, plusieurs Canadiens d'origine musulmane ont dénoncé le comportement des médias et du gouvernement canadiens, qu'ils accusent de «démoniser» le fait musulman. Dans leurs allusions, ils évoquent certains événements récents -- par exemple les caricatures de Mahomet -- et tentent tacitement de rejeter le blâme sur les mécanismes d'intégration de leur terre d'accueil (qu'ils travestissent parfois en «politiques assimilationnistes»), sur l'intolérance latente de sa population et surtout sur la culture occidentale, qu'ils jugent encore trop conservatrice et étroite par rapport à la leur.

Ils n'hésitent d'ailleurs pas à utiliser une terminologie démagogique, évoquant allégrement le racisme ou, pire encore, le fascisme, pour ébranler l'opinion publique.

Dans Le Devoir du 13 juin 2006, un texte intitulé «À la recherche de l'immigrant idéal et sans histoire» est paru en réplique aux déclarations de la députée libérale Fatima Houda-Pepin, texte dans lequel les auteurs allaient jusqu'à remettre en question l'existence même de la lutte contre le terrorisme, la qualifiant de «prétendue guerre contre le terrorisme». Nous pouvions également y lire que si d'éventuels attentats terroristes se produisaient en sol canadien, ce serait le fruit d'un paradoxe entre les valeurs du pays et l'attitude de son gouvernement.

Compte tenu de tout cela, une question s'impose : quelle conception du Canada les nouveaux arrivants ont-ils en tête lorsqu'ils abandonnent famille et amis pour venir s'établir ici ? Quel Canada leur avons-nous vendu pour les encourager à venir s'y installer ?

Si nous leur avons dépeint le Canada comme une «terre d'immigrants», construite et dirigée par une multitude d'ethnies et où les différentes cultures peuvent s'épanouir et coexister sur un pied d'égalité, nous leur avons menti effrontément. Que nous le voulions ou non, le Canada est d'abord et avant tout une nation blanche, anglaise et protestante. Cela, les Québécois le savent pertinemment. Et, comme toute nation humaine qui ne soit pas totalement décadente, les Canadiens d'origine tiennent aux structures politiques, économiques, sociales et culturelles de leur société; ils tiennent à leur identité.

Dans la conjoncture canadienne actuelle, où ils voient leurs communautés de plus en plus envahies par différents groupes ethniques qu'ils ne comprennent pas, les Canadiens d'origine se sentent profondément impuissants devant la lente désintégration de leur culture. Ils en viennent même à remettre en question ce fameux mythe du multiculturalisme et de la tolérance quasi absolue.

En effet, une politique de tolérance outrancière entraîne presque intrinsèquement la dissolution de la culture qui la pratique. Petit à petit, elle verra l'hétérodoxie culturelle ouvrir des brèches dans ses fondations les plus solides; jour après jour, elle se métamorphosera jusqu'à ne plus ressembler à ce qu'elle avait déjà été. Un peuple peut-il véritablement assister et participer à l'évanescence de son identité jusqu'à ne plus s'y reconnaître ?

Trop souvent, dans notre approche de cette question problématique, nous tenons pour acquis l'incommensurable ouverture d'esprit de la population canadienne et oublions par le fait même qu'elle est d'abord et avant tout humaine, animale, sujette aux mêmes comportements protectionnistes, mais à un degré différent, que toute autre société, qu'elle soit occidentale, orientale ou autre.

Dans sa recherche d'une plus grande ouverture sur le monde et dans le but d'accommoder ses nombreuses minorités ethniques, la société canadienne a sacrifié bon nombre d'éléments de sa propre culture et, sans tout à fait s'en rendre compte, elle a progressivement oublié qu'elle y était profondément attachée.

L'heure des choix

Notre société est peut-être à la croisée des chemins. Nous le sentons : l'atmosphère culturelle et politique canadienne est extrêmement tendue et les citoyens, par le truchement de leur gouvernement, devront faire des choix existentiels en ce qui concerne notre approche en matière d'immigration et d'intégration des nouveaux arrivants.

Nous en sommes à un point où nous devons choisir entre une ouverture encore plus grande à la diversité et un raffermissement des valeurs conservatrices traditionnelles et protectionnistes.

Sur ce point, les prochaines élections fédérales seront déterminantes puisque, comme nous avons pu le constater récemment, le gouvernement conservateur de Stephen Harper mise sur ses valeurs traditionnelles pour insuffler à la population un nouveau nationalisme unilatéral et profondément occidental. Les fonds massifs octroyés au ministère de la Défense et la prolongation de la mission en Afghanistan ne sont-ils pas des exemples d'actions politiques qui contribuent à raffermir le sentiment patriotique des Canadiens ?

Et si certains en doutent, pourquoi ne pas conclure de façon plus éloquente avec une citation spectaculaire de Stephen Harper, prononcée au lendemain de l'arrestation des terroristes présumés de Toronto : «Nous sommes ciblés en raison de qui nous sommes et de notre façon de vivre.»




Le PQ n'est plus la force hégémonique qu'il était

Gordon Lefebvre
TRIBUNE LIBRE mercredi 28 juin 2006

La remise en cause du monopole péquiste sur la question nationale est une épreuve salutaire pour l'option indépendantiste.

Cher Bernard,

J'ai relu, récemment, La Grande Alliance, cet essai que tu as publié peu après la défaite électorale du PQ en 2003. Je crois qu'il est encore d'actualité, si on sait interpréter les derniers sondages qui montrent que le PQ stagne à 33%, au même niveau qu'en avril 2003. Je soumets ces quelques commentaires que m'inspire la relecture de ton essai.

Jusqu'à sa défaite de 2003, le PQ ne s'est pas senti menacé par les petits partis indépendantistes de gauche (PDS et RAP) qui récolteront moins de 1% des suffrages en 1998. Les choses vont changer, au lendemain du 14 avril 2004, lorsque l'Union des forces progressistes (UFP), lancée par Paul Cliche dans Mercier en avril 2001, fera suffisamment de gains pour s'inscrire dans le paysage politique comme un référent indépendantiste à gauche du PQ.

Le processus d'union des forces de gauche, poursuivi par l'UFP et Option citoyenne (OC), jusqu'à leur fusion en février dernier, a donné naissance à Québec solidaire (QS). Ce bond qualitatif de la gauche change la donne politique, car la présence de QS sur la scène rappelle la période où le RIN agissait comme un «parti de nuisance» au parti de la Révolution tranquille.

Le défi devant lequel est placé André Boisclair est très différent de celui que devaient relever les deux premiers ministres qui enclenchèrent, à quinze ans de distance, un référendum sur l'avenir du peuple québécois, René Lévesque et Jacques Parizeau. À leur époque, l'électorat péquiste était en croissance, et le PQ était le seul dépositaire de l'espoir indépendantiste. Ce n'est pas le sort qui attend André Boisclair. Il prend la relève d'un parti qui souffre encore du déficit de crédibilité qui a fait chuter la participation de son électorat au niveau le plus bas de son histoire.

Il importe de voir que cette chute ne s'explique pas seulement par les déceptions que la gouverne du PQ a entraînées chez les souverainistes, surtout après le départ de Jacques Parizeau. La situation nouvelle est attribuable surtout à la force de l'idée de souveraineté qui, depuis une dizaine d'années, déborde les rangs du PQ. Le référendum de 1995 l'a bien montré, avec l'appui au Oui de 49,6% des suffrages, et un taux de participation de 94%, alors que le PQ récoltait 44% des suffrages en 1994 et 43% en 1998, avec un taux de participation moindre.

Le PQ évolue désormais dans un cadre où il doit reconnaître qu'il n'est plus la force hégémonique qu'il était à une certaine époque, et qu'il ne pourra pas, à lui seul, battre le gouvernement Charest. L'idée de souveraineté nationale a gagné une large partie de la mouvance altermondialiste, en particulier le mouvement des femmes engagées dans la Marche mondiale de 2000 et le mouvement de la jeunesse que les manifestations du Sommet des peuples ont politisé en avril 2001. Ce sont ces forces nouvelles qui garnissent présentement les rangs de Québec solidaire.

C'est un nouvel électorat, dont les «sensibilités» de gauche correspondent à un large éventail, que l'on voit émerger, peu à peu, de la «grande noirceur» néo-libérale, un électorat qui trouve dans la souveraineté nationale le cadre totalisant de ses revendications sociales, politiques et culturelles. Ce nouvel électorat va croître rapidement, maintenant qu'un parti politique reflète ses aspirations et fait des gains non équivoques, comme vient de le prouver la percée de la candidate de QS, Manon Massé, lors de l'élection partielle de Sainte-Marie-Saint-Jacques, le 10 avril dernier.

En juin 2005, au terme d'une longue «saison des idées», le PQ s'est refondé. On parle désormais d'un nouveau PQ. Assistons-nous, depuis, à un asséchement doctrinal ou à une effervescence nouvelle? Posons d'abord la question à la relève souverainiste qui s'identifie à André Boisclair.

Cette relève politique incarne-t-elle vraiment l'esprit de résistance nationale qui demeure encore vivace chez nous? Cherche-t-elle à fonder la république ou cherche-t-elle seulement à utiliser le thème de la souveraineté comme appât électoral?

Depuis 1968, en effet, les méandres de la politique ont forcé le PQ à reporter la formation de la Constituante québécoise aux calendes grecques. Pour dissiper le doute sur sa capacité de porter le projet indépendantiste, la relève péquiste doit démontrer qu'elle a bel et bien l'intention de faire aboutir ce projet, une fois au pouvoir, en présentant un projet de loi créant l'Assemblée constituante, de la même manière que le PQ de 1976 promettait de créer la loi sur les référendums.

Trente ans après, ce serait un geste concret qui prouverait la sincérité des nouveaux Péquistes. En politique, être sincère, ce n'est pas seulement parler de ce qu'on désire faire, c'est agir après en avoir parlé. La sincérité n'apparaît que lorsque la volonté s'incarne dans des actes qui engagent notre avenir.

Parler de constituante, c'est poser le problème du Pouvoir dans le nouvel État. C'est parler d'un sujet tabou: la République. Pourquoi ce mot ne vient-il pas spontanément sur les lèvres des souverainistes? Parce qu'en le prononçant, on pose dramatiquement la question de la stratégie pour accéder à l'indépendance. Faire le pays exige une stratégie où l'on détermine maintenant quelle instance va décider de la forme de l'État nouveau: le parti gouvernemental, l'Assemblée nationale ou la Constituante?

Certains constatent qu'il n'y a pas unanimité là-dessus au sein des forces souverainistes. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose? C'est une manifestation du pluralisme qui règne dans le mouvement et, par conséquent, un signe de santé. La remise en cause du monopole péquiste sur la question nationale est une épreuve salutaire pour l'option indépendantiste.

Ce n'est pas, comme certains le croient, un effort de déstabilisation. Au contraire, cette remise en question va de pair avec un élan vers une plus grande authenticité, un plus profond enracinement de l'idée. Une telle remise en cause est nécessaire, parce qu'il y a crispation sur des formules dépassées ou qui n'ont pas été actualisées en fonction d'un contexte nouveau.




Du terrorisme à la paranoïa

Daniel Landry
Le Devoir mercredi, 28 juin 2006

À quoi sert l'histoire? À quoi sert-elle dans ce monde de l'efficacité et de l'information à outrance, dans ce monde qui subit la dictature des nécessités du présent?

Certains répondront à juste titre que l'histoire permet d'apprendre à mieux se connaître, comme individu ou collectivité, à travers les différentes interprétations du passé. Elle permet aux historiens, professionnels ou amateurs, d'acquérir des méthodes de travail extrêmement riches et de développer un esprit critique ouvrant la porte à l'exercice lucide du rôle de citoyen.

Certains ajouteront aussi que l'histoire nous permet d'apprendre de nos erreurs! Est-ce un cliché absurde que de présenter les choses de cette façon? Si l'humanité apprend de ses erreurs, comment expliquer qu'il y ait eu une deuxième guerre mondiale? Comment expliquer que les abus du capitalisme sauvage dans l'Angleterre du XIXe siècle semblent se répéter dans l'Asie du Sud-Est contemporaine? Comment expliquer qu'après le Rwanda, il y ait le Darfour?

Dans le temps du communisme...

C'est le même questionnement qui se pose dans le cas de la guerre au terrorisme officiellement lancée en Occident le 11 septembre 2001. En ce sens, n'y a-t-il pas des parallèles étroits entre la crainte du terrorisme et celle du communisme aux États-Unis au temps de la guerre froide?

Le maccarthysme (1950-53), du nom du sénateur Joseph McCarthy, qui a lancé ce mouvement, visait à lutter contre les activités dites antiaméricaines. Toute personne soupçonnée d'entretenir des liens avec le communisme voyait alors sa carrière ou sa réputation ruinée. Charlie Chaplin est un de ceux qui ont dû s'exiler en Europe à cette période pour fuir cette chasse aux sorcières. L'idée de liberté de pensée était complètement bafouée, comme il semble que ce soit le cas de manière beaucoup plus importante et à l'échelle de tout l'Occident de nos jours.

Loin de moi l'idée de vouloir jouer au négationniste, comme l'a aussi maladroitement fait le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, il y a quelque temps. L'islamisme existe et fait vraiment de nombreuses victimes. Il prend une ampleur considérable, recrutant de nombreux fanatiques en Arabie Saoudite, en Tchétchénie, en Afghanistan, au Pakistan et maintenant en Irak. Il est très improbable, voire impossible, que les attentats du 11 septembre 2001 soient le résultat d'un coup monté états-unien ou occidental.

Cependant, il faut se poser davantage de questions sur les raisons de l'apparition aussi soudaine de cette forme de radicalisme.

Un jeune Afghan

Le terrorisme islamiste se présente d'abord comme une réponse à deux calamités meurtrières: la pauvreté et la guerre. Les leaders islamistes profitent de la vulnérabilité de populations entières pour recruter de nouveaux membres, même des femmes et des enfants. Devant une vie misérable et sans perspective d'avenir, l'islamisme radical, ses projets et sa vision du monde deviennent parfois la lueur d'espoir attendue pendant une vie entière.

Un jeune Afghan de mon âge (26 ans) aura connu la guerre contre l'Union soviétique (1979-89), la prise de pouvoir des talibans appuyés par les États-Unis (1996) et leur chute cinq ans plus tard (sous les bombes états-uniennes cette fois!). Enfin, depuis ce temps, il aura connu l'occupation étrangère.

Quant à un jeune Irakien de mon âge, il aura vécu son premier quart de siècle sous le régime autoritaire de Saddam Hussein et aura connu trois guerres s'étalant sur 12 années en tout. Ne s'agit-il pas là des conditions rêvées pour créer des berceaux du terrorisme?

L'équation est facile à résoudre. Plus les populations se sentent opprimées, plus il devient probable que les effectifs islamistes augmentent.

Selon cette logique, les interventions militaires en Afghanistan et en Irak contribuent beaucoup plus à l'envenimement du problème qu'à son règlement. Selon cette logique, surtout, l'apparition d'une paranoïa collective dans les populations nord-américaines et européennes contribue à l'aggravation du racisme, des préjugés et de l'incompréhension généralisée. Toute personne parlant l'arabe devient alors une menace. Tout musulman devient alors une menace. Et, au Canada entre autres, toute intervention militaire dans «ces pays-là» devient légitime.

Évidemment, analyser les erreurs du passé n'immunise pas contre leur récurrence possible. Qui plus est, analyser les erreurs du passé, c'est en faire une interprétation subjective (donc biaisée) et nécessairement critiquable.

Cependant, l'histoire peut nous éclairer. L'histoire nous démontre à quel point il fut dangereux par le passé de mener quelque chasse aux sorcières que ce soit. À une certaine époque, des gouvernements ont voulu faire croire que de méchants communistes infiltraient le «monde libre» dans le but de le détruire. Aujourd'hui encore, la liberté et la tolérance caractéristiques du Canada sont menacées par les campagnes de peur attisant la paranoïa collective.

N'oublions pas que le mot «terrorisme» signifie «engendrer un climat d'insécurité et de terreur» et que le fait d'adopter une attitude de repli devant la différence, c'est s'avouer vaincu face aux terroristes. Sans nier la gravité du problème du terrorisme international, peut-être faudrait-il s'ouvrir les yeux sur ses causes véritables afin d'agir pour vraiment le combattre.

Daniel Landry : Enseignant en histoire et en sociologie au Collège Laflèche à Trois-Rivières





Arrestations de terroristes présumés

Le test du multiculturalisme et de nos valeurs canadiennes

Mohammed Brihmi
Le Devoir mercredi, 28 juin 2006

Comme plusieurs, j'ai suivi avec appréhension la conférence de presse de la Gendarmerie royale et des autres forces de sécurité du Canada après l'arrestation de 17 jeunes musulmans sur des accusations de terrorisme. Cette situation a déclenché plusieurs questionnements fondamentaux sur des valeurs sociétales qui ne cessent de hanter les membres de la communauté: comment en sommes nous rendus là? Comment l'Islam et notre modèle de société multiculturelle et tolérante peuvent-ils produire ce genre de jeunes extrémistes? Des membres de ma communauté (marocaine ou maghrébine) sont-ils parmi eux?

Ce sentiment est partagé par plusieurs amis et membres de ma communauté. Certains d'entre eux ont communiqué avec moi et ils s'inquiétaient que des personnes d'origine marocaine ou maghrébine puissent se trouver parmi les personnes arrêtées. Le fait que des jeunes d'origine marocaine et maghrébine aient participé aux attentats à caractère terroriste qu'a connus l'Europe après le 11 septembre 2001, particulièrement à Madrid, en Espagne, à Amsterdam, aux Pays-Bas, et à Casablanca, au Maroc, en mai 2003, nous fait craindre des impacts néfastes et redouter l'infiltration de groupuscules extrémistes dans notre communauté au Canada. Nous ne voulons pas faire partie d'une communauté montrée du doigt ou d'une communauté qui a besoin de subir des problèmes additionnels d'intégration.

Une religion de tolérance et de diversité

Ces 17 jeunes arrêtés et accusés de terrorisme ne reflètent en rien l'Islam et la communauté musulmane du Canada, qui se chiffre à près de 750 000 personnes. Ils sont un groupe très isolé et limité qui ne représente pas les points de vue de la grande majorité des musulmans et des Canadiens, qui sont respectueux de leurs voisins, de leur communauté et de leur société.

Il faut souligner que l'Islam n'est pas monolithique. Il est aussi diversifié, multiculturel et multiracial que le Canada. Et comme dans toutes les sociétés et les religions, il existe des extrémistes et des fanatiques en leur sein. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire de rappeler que le phénomène des extrémismes religieux n'est pas un phénomène unique à l'Islam ou inédit dans l'histoire de l'humanité.

Comme musulman, je dénonce avec vigueur l'extrémisme, les discours de haine, le fanatisme et la violence de tout genre et de tout bord. Je le fais comme l'ont fait avant moi la plupart, sinon tous les imams des mosquées et les leaders communautaires, soient-ils musulmans, arabes ou autres.

J'ajoute que le terrorisme est une idéologie intruse, contraire aux préceptes de l'islam, qui est une religion de tolérance et de respect. D'ailleurs, l'islam a toujours consacré le caractère sacré de la vie humaine.

Pas de place pour l'extrémisme

Le terrorisme n'a pas sa place dans notre communauté et dans notre société. Je suis favorable à ce que l'État prenne toutes les mesures nécessaires pour éradiquer ce cancer et assurer la sécurité et la quiétude de tous les citoyens. L'État doit aussi en faire plus pour faciliter l'intégration des jeunes musulmans en éliminant toutes les barrières discriminatoires pour leur pleine participation au marché du travail.

Nous devons aussi être très vigilants afin de ne pas faire d'amalgame en associant toute la communauté musulmane ou arabe aux actes de ce groupe. Je souhaite que ces actes ne contribuent pas à créer des suspicions, des fossés et des murs artificiels entre nos diverses communautés religieuses, ethniques et culturelles et le reste des Canadiens qui s'attachent aux grandes valeurs humaines de paix, de liberté, de tolérance, de progrès et de prospérité.

On doit aussi regretter et dénoncer les gestes de représailles contre des lieux de culte musulmans, des imams et des femmes voilées. Le vandalisme qu'a connu la mosquée de l'organisation musulmane internationale dans le nord de Toronto est un acte répugnant qui ne fait pas honneur à notre société. Les menaces d'attaques contre des imams à Montréal ou ailleurs et les autres actes d'intimidation perpétrés contre des membres de la communauté musulmane sont à condamner. Ces actes sont contraires à nos valeurs canadiennes et ne reflètent en rien le respect du multiculturalisme et de la diversité ethnique et culturelle.

Toutefois, je dois reconnaître que la très grande majorité des Canadiens ne fait pas montre d'attitudes vindicatives ou offensantes. Ils sont plutôt sereins et très corrects.

Je souhaite que le Canada continue à donner l'exemple en offrant un procès équitable aux accusés et que nous continuions tous à faire confiance à notre système, qui garantit l'innocence de toute personne avant qu'elle ne soit jugée et reconnue coupable.

Le plus important, c'est que les citoyens d'origine musulmane ont un rôle positif à jouer dans leur communauté et leur société pour faire connaître les vraies valeurs de l'islam afin de contribuer davantage à la prospérité de notre société dans cette période critique de notre histoire. Comme Canadiens et musulmans, afin que l'extrémisme ne prévale pas, nous devons plus que jamais continuer d'être fiers de notre héritage civilisationnel, de ce que nous sommes et de notre contribution positive à notre pays dans un esprit de partage et d'enrichissement mutuel.

Mohammed Brihmi : Ancien président de l'Association marocaine de Toronto et président de l'Association interculturelle franco-ontarienne, également membre du conseil d'administration du Centre arabe communautaire de Toronto, l'auteur écrit ici à titre personnel.




La francophonie contre le «tout-anglais» à l'ONU

Jean-Louis Turlin
Le Figaro 28 juin 2006

LANGUE de travail avec l'anglais, le français est de moins en moins utilisé en tant que tel au siège new-yorkais des Nations unies. «Cela suffit», a décidé le Groupe des ambassadeurs francophones, qui représente plus de cinquante pays. Réunis sous la présidence de leur collègue français Jean-Marc de La Sablière au siège de la représentation permanente de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Manhattan, ses représentants ont adopté la semaine dernière dix objectifs fixés dans un document manifeste intitulé «Promouvoir la langue française à l'ONU».

Parmi les «revendications» qui sont trop souvent restées des voeux pieux dans le passé : la mise en oeuvre effective des résolutions successives (de 1946, 1968 et 2005) qui instituent et rappellent le régime des deux langues de travail (anglais et français). «Le français a un statut de langue de travail, pas seulement de langue de traduction», explique l'ambassadeur Hervé Cassan, représentant permanent de l'OIF. Et d'expliquer la différence : «Les délégations francophones doivent pouvoir négocier en français sur la base de documents rédigés en français.

Non seulement parce que les traductions arrivent souvent en retard, mais aussi parce que les textes traduits ont par nature tendance à refléter des concepts anglo-saxons.» Sentiment de discrimination Le document manifeste pose également le problème des conditions de recrutement des fonctionnaires car les francophones se sentent souvent victimes de discrimination. Il en va de même pour le personnel des Opérations de maintien de la paix. «La majorité des opérations actuelles se situent dans l'espace francophone», commente Hervé Cassan, en citant notamment la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire, le Sahara occidental ou encore Haïti.

Or, s'insurge-t-il, «seuls 10% des Casques bleus qui y sont déployés sont francophones. Nous avons donc des projets de formation linguistique pour eux.» Le manifeste des ambassadeurs francophones se veut «un coup de pied salutaire» au moment où le Conseil de sécurité s'apprête à débattre de la succession de Kofi Annan, dont le second mandat expire à la fin de l'année : «Il est indispensable que le prochain secrétaire général des Nations unies puisse s'exprimer dans les deux langues», souligne Hervé Cassan. Façon diplomatique de dire qu'il devra aussi pouvoir travailler en français.

L'un des dix objectifs du manifeste spécifie d'ailleurs que l'attention du nouveau patron de l'ONU sera attirée sur «les manquements aux règles de parité linguistique». Y compris les siens éventuels sans doute.




La petite embellie

Auger, Michel C.
Le Soleil mercredi, 28 juin 2006

On peut se concentrer sur les divergences entre les deux grandes maisons de sondage québécoises ou on peut voir leurs points communs qui sont, au fond, bien plus nombreux. Ce qui est indiscutable, c'est qu'il y a, actuellement, une petite embellie pour le Parti libéral du Québec. Les deux mots sont importants : il y a bel et bien une embellie, mais elle reste petite.

On dit souvent que ce qui importe dans les sondages, ce n'est pas la photo instantanée que la tendance. Or, la seule tendance lourde qui soit très claire depuis l'élection d'André Boisclair comme chef du PQ, c'est que les intentions de vote pour son parti sont passées d'environ la moitié des voix à seulement un tiers. De 50 % à seulement 33 %.

Cet hiver, malgré la baisse du PQ, les libéraux n'ont pas vraiment connu de progression. Mais depuis deux mois, il est clair qu'ils ont commencé à faire bouger l'aiguille. Depuis ce Conseil général du PLQ, au début de mai à Trois-Rivières, en fait, quand le Parti a appuyé son chef à la quasi-unanimité sur la question du mont Orford.

M. Charest en a fait, à toutes fins utiles, une question de confiance, avec le résultat que les libéraux ont envoyé le signal qu'ils n'allaient pas changer de chef avant la prochaine élection et qu'ils seraient derrière Jean Charest, avec ses défauts et ses qualités.

Depuis ce temps, le gouvernement a eu pas mal plus de bonnes nouvelles à annoncer que de mauvais coups à défendre : de la cote de crédit du Québec, qui a été revue à la hausse, au règlement de l'équité salariale, sans oublier les politiques sur les gaz à effet de serre et sur le transport en commun.

Ça ne veut pas dire que les Québécois ont tourné la page - le sondage de Léger Marketing montre, par exemple, que des quatre lois adoptées sous le bâillon à la fin de la session parlementaire, seule la privatisation des hippodromes emporte l'appui d'une majorité - , mais ils semblent prêts à donner au gouvernement Charest une autre chance de les convaincre. Il y a quelques semaines encore, on aurait pu penser que la cause était entendue et qu'il n'aurait même pas cette chance.

Il y a donc une embellie pour le PLQ, mais les chiffres des deux sondages sont encore loin de montrer une zone de confort suffisante pour que le premier ministre Charest puisse déclencher des élections à l'automne.

Même dans l'hypothèse la plus optimiste, celle de Léger Marketing, le PLQ n'a que cinq points d'avance sur le PQ. Ce qui est trop peu si on tient compte de la marge d'erreur et du vote massif des non-francophones, qui fait que le PLQ doit avoir cinq points d'avance sur le PQ pour obtenir une majorité de sièges.

De même, quand on regarde les résultats détaillés du sondage CROP, on constate que chez les électeurs francophones, avant répartition des indécis, le PQ mène avec 35 % contre 19 % seulement au PLQ et 15 % à l'ADQ.

C'est loin d'être le genre de chiffres qui peuvent inciter un premier ministre libéral à déclencher des élections. Il y a bien une tendance vers le PLQ, mais il lui faudra de bien meilleurs chiffres que cela à la rentrée de l'automne pour donner à M. Charest la chance d'aller aux urnes avec une chance raisonnable de gagner.

Mais si les bonnes nouvelles sont mitigées pour les libéraux, ils peuvent se consoler en se disant qu'il n'y a que de mauvaises nouvelles pour leurs adversaires péquistes.

Au PQ, la seule question qui se pose maintenant est de savoir si André Boisclair peut arrêter cette glissade à la faveur de son élection partielle dans Pointe-aux-Trembles et de son éventuelle entrée à l'Assemblée nationale.

Un des principaux problèmes du chef péquiste cet hiver et ce printemps a été qu'il n'a pas été visible, ayant choisi de ne profiter ni de la tribune de l'Assemblée nationale, ni des médias nationaux. Il doit maintenant utiliser l'été et l'automne pour se présenter de nouveau aux Québécois. Pas dans l'abstrait, mais comme celui que l'on comparera à Jean Charest pour savoir s'il ferait un meilleur premier ministre.

Mais avec des chefs mal aimés et qui sont tous deux moins populaires que leur parti, il ne faudra pas se surprendre de voir d'autres grandes variations dans les sondages d'ici aux élections. Cela ressemble fort à l'atmosphère qui régnait dans l'année qui a précédé l'élection d'avril 2003, quand les trois partis se sont retrouvés, tour à tour, en tête des sondages.

Ce n'est pas que l'électorat québécois soit particulièrement instable ou volatil. Ce serait plutôt qu'il est insatisfait des choix qui s'offrent à lui.

Pour joindre notre chroniqueur : mcauger@lesoleil.com




Charest takes poll lead over PQ

KEVIN DOUGHERTY, The Gazette; CP contributed to this report
The Gazette (Montreal) June 28, 2006 Wednesday

'He is playing his cards better, except for Orford,' analyst says

A poll that gives Jean Charest's Quebec Liberals the lead over the Parti Quebecois for the first time in two years could herald a fall election, says a Universite du Quebec a Montreal political scientist.

"I think they are ready," Alain-G. Gagnon said in a telephone interview, adding Charest "seems to be in charge."

Gagnon thinks Charest could wait until 2007, but with signs of a deteriorating economy next year, a fall election might make sense."He is playing his cards better, except for Orford," he said.

The poll was conducted by Leger Marketing for Le Journal de Montreal.

The Charest government's dissatisfaction rating has been near 70 per cent, but in this poll, dissatisfaction fell to 59 per cent.

The ADQ's Mario Dumont remains the most popular leader with a 46-per-cent satisfaction rating, ahead of the PQ's Andre Boisclair with 43 per cent and Charest at 35 per cent.

Leger Marketing president Jean-Marc Leger said the poll was conducted June 22-25, just after a series of positive announcements by the Charest government. They included plans to reduce greenhouse gases and give public transit a boost, as well as a settlement on the long-standing pay-equity issue.

The poll, published yesterday, surveyed 1,000 people and has a margin of error of 3.1 percentage points, 19 times out of 20.

In Montreal for a news conference about a new concert hall for the Montreal Symphony Orchestra, Charest said he "felt great" when he woke up to the poll results. He didn't appear to be in a hurry to call an election, however, noting he has until as late as 2008 to send Quebecers to the polls .

Quebec is doing better, he added, and his government has been working hard to improve the province's situation.

But Leger said Charest's lead is still fragile and he thinks the premier will wait until the fiscal imbalance is resolved with Prime Minister Stephen Harper to call an election.

Charest said last week he expects the resolution will come in the Harper government's February 2007 budget. But if there won't be as much money as the provinces are expecting, as federal Finance Minister Jim Flaherty suggested at meeting yesterday with his provincial counterparts, Leger said Charest might be tempted to call a fall vote.

Leger said non-francophones, who have been cool to Charest, are coming back to the Liberals. But among francophone voters, the PQ is still ahead with 38 per cent of voting intentions to 29 per cent for the Liberals.

Universite de Montreal political scientist Louis Massicotte said the province's electoral system, with a high concentration of Liberal voters in a limited number of ridings, distorts election results sufficiently that the Liberals need a seven-percentage-point lead just to break even with the PQ.

Gagnon said Massicotte may be right, but there is a new factor in this poll. Quebec solidaire, with six per cent of the vote and a new platform that puts social and environmental issues ahead of the PQ's sovereignty goal, could hurt the PQ, Gagnon said.

Charest's Liberals and Boisclair's PQ are fighting for the same middle ground, he explained. Quebec Solidaire could woo PQ voters who want something new.

Nicolas Girard, Boisclair's chief organizer, said yesterday that Quebec Solidaire is a Montreal phenomenon and the PQ is counting on rallying all "progressive and sovereignist" voters.

He noted Charest remains the least popular leader and dissatisfaction with his government remains high."The Parti Quebecois is the only alternative," Girard said.

kdougherty@thegazette.canwest.com

Party Support in Quebec

Liberal Party 37 per cent
Parti Quebecois 33 per cent
Action democratique 17 per cent
Quebec solidaire 6 per cent

Source: Leger Marketing poll




L'ultime statut

Roy, Mario
La Presse mercredi, 28 juin 2006

Éditorial - Les Innus réclament 11 milliards pour les torts qui leur ont été causés il y a près d'un demi-siècle par la construction de 13 barrages, dont Manic 5. Victimes de l'Histoire, les 3000 autochtones de Pessamit ont alors vu leur territoire ancestral défiguré et leur mode de vie chamboulé. Au point où, entre 2001 et 2005, beaucoup ont dû délaisser leurs activités traditionnelles pour construire la centrale de Toulmustouc, près de Manicouagan. Celle-ci a été inaugurée, il y a moins d'un an, par le premier ministre Jean Charest et Raphaël Picard, chef du Conseil des Innus...

Soyons francs. La substance de l'affaire est de nature commerciale. Et celle-ci va sans doute se régler dans plusieurs années avec l'aide d'une pléthore d'avocats redoublant d'effets de toge devant la Cour supérieure, ou la Cour d'appel, ou la Cour suprême.

Tout cela est dans l'ordre des choses. Compatible avec le système capitaliste voulant que la confirmation d'un droit amène un droit à la compensation.

Rien à redire.

Cependant, devant les magistrats, devant les médias qui seront obséquieusement complaisants et devant l'opinion internationale qui sera brutalement " conscientisée ", ce ne sont pas les arguments économiques qui seront évoqués.

Ce sera le statut de victimes des Innus.

Ceux-ci sont en effet les " Tibétains du Canada ", comme le veut le titre d'un ouvrage publié en 1999, et dont l'un des auteurs a reçu, il y a un mois, le prestigieux prix Pierre-Savard pour une autre de ses oeuvres: " Un mode de vie éteint: le Canada et l'anéantissement des Innus ".

Il est exact que les autochtones des deux Amérique, y compris les Innus, ont été brutalisés, repoussés, parqués et même exterminés par les Européens et leur descendance, de la fin du XVe siècle à nos jours. C'est ce qu'on appelle une conquête, réalité historique qui n'est pas inconnue au bataillon chez les Canadiens français...

Mais justement: quel peuple n'a pas d'une façon ou d'une autre été malmené par l'Histoire? Et jusqu'où faut-il remonter, et quels arguments ancestraux est-il juste d'invoquer, s'il est question de réparer les torts?

Par exemple, les Chinois du Canada (pas les mêmes que ceux impliqués dans l'occupation du Tibet) recevront eux aussi des dédommagements: il y a un siècle, 81 000 d'entre eux ont payé une taxe pour entrer au pays. Ce qui, incontestablement, en fait des victimes.

C'est aussi le cas des Japonais internés pendant la guerre, qui ont reçu compensation. Font maintenant la queue devant le tiroir-caisse les communautés ukrainienne, italienne, allemande, juive, sikhe, croate et quelques autres. Selon des chiffres obtenus par le Winnipeg Free Press, Ottawa devra plus que doubler l'enveloppe de 25 millions déjà prévue pour cette vaste entreprise de correction historique. Ceci dit sous toutes réserves. Car, à ces communautés, qui ont toutes d'excellentes raisons de revendiquer l'ultime statut de victimes, pourraient s'en ajouter d'autres. Ainsi, 60 % des citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean seraient plus ou moins des Métis... et ceux-ci, victimes de l'Histoire, réclament réparation! Au fait, pourquoi pas?

Ce n'est d'ailleurs pas une spécificité canadienne.

Aux États-Unis, des entreprises comme ADN Tribes et Ethnoancestry offrent un test d'ADN peu coûteux permettant à tous (lire: aux Blancs de souche européenne) d'identifier la moindre trace dans leur sang d'appartenance génétique à une minorité quelconque. Ce qui permet alors " d'adopter une nouvelle ethnicité et de réclamer les privilèges qui vont en général de pair avec celle-ci ", a observé le New York Times.

Qui ne voit pas un brin de folie dans tout cela est déjà mort d'une overdose de rectitude politique.




PM's Quebec honeymoon is over

EDITORIAL
The Gazette (Montreal) June 28, 2006 Wednesday

The sun was shining on Saturday as Prime Minister Stephen Harper, from the picturesque vantage point of a park in St. Joseph de Beauce, wished Quebecers "une bonne fete nationale." Church bells rang, promptly at noon, as he spoke. Whether the timing was accidental or not, Harper used the sound of the bells to joke, "Even God is happy I am here today."

Whatever God's feelings might have been, the feelings of Quebec nationalists soon spilled out over the province's airwaves, television screens and newspapers. They were considerably less positive than those Harper ascribed to the lord. Nationalists were, they said, angry and insulted.

Poor Harper. He went to all the trouble of holding the first federal cabinet meeting in Quebec since the 1950s, albeit within the thick stone walls of the Citadelle, a 19th-century British fortress. He travelled to the Beauce to shake hands and pose for pictures with small-town Quebecers, whom he congratulated on their work ethic and attachment to "family values."

A bilingual, non-francophone prime minister working the crowds on Quebec's special day. What could go wrong? Everything. Nationalists took the photo ops Harper hoped would sway the hearts and minds of ordinary Quebecers and picked them apart, image by image.

There was no fleur-de-lis flying in St. Joseph de Beauce on the fete nationale, for starters. Nationalists didn't like the symbolism of the Citadelle, either. To them, it looked a whole lot like scared federalists barricading themselves inside stone walls.

But the real problem - and not just for nationalists, but for Quebecers from a gamut of political leanings - was Harper's refusal to call Quebec a "nation." Asked if Quebec is a nation, Harper said he did not want to have "a semantic debate that doesn't serve any purpose."

And there, dear reader, is where Harper ran into politics, Quebec-style. The real thing, this time. No more honeymoon period. Harper might have been better off staying in Ottawa over the St. Jean Baptiste holiday weekend, but sooner or later he was going to be backed into a corner by Quebec nationalists.

Calling Quebec a nation is a risky business, as Harper doubtless knows. Acknowledging Quebec's uniqueness could fuel the flames of separation. If the prime minister were to formally recognize that Quebecers form a separate people, it could be construed as suggesting this is a people in need of a country of their own. Quebec-is-a-nation is not a message that would go down well in the rest of Canada, either. Voters from British Columbia to Newfoundland could decide that, whatever Harper might mean by "open federalism," he is not a strong defender of a united Canada.

That majority Parliament he wants so badly? Forget it. Canadians want a united country. They won't vote for a prime minister or a party that might not be up to the job of holding the federation together. This is not a linguistics debate. It is bare-knuckle politics. Every player in Quebec knows the rules. Harper received his lesson last weekend.




Either Kyoto or not Kyoto

Preston Manning, a former federal leader of the Official Opposition, is president of the Manning Centre for Building Democracy.
The Globe and Mail June 28, 2006 Wednesday

Canadians tend to avoid either/or choices. But we need to revisit a fork in the environmental road, says PRESTON MANNING, and choose a new path

Should Canada completely abandon or revise its commitments made under the Kyoto accord?

Or should we take a fundamentally different approach to dealing with the environmental effects of burning hydrocarbons?

As a general rule, Canadians prefer to avoid "either/or" decisions altogether. We are tempted to follow the advice of that great American philosopher Yogi Berra who said, "When you come to a fork in the road, take it!"

A wiser course would be to heed the advice of British author C.S. Lewis. Mr. Lewis observed that in the real world, we simply cannot avoid "either/or" situations. It is folly, he wrote, to believe that, granted enough skill, patience and time, some way of embracing both alternatives can ever be found.

According to Mr. Lewis, we live in a world where every road, after a few miles, forks into two, and each of those into two again. At each fork, we must make a decision. We cannot pursue both roads simultaneously, and if it becomes apparent that we have chosen the wrong road, we should not continue to go down it, expecting that some adjustment or future development will somehow turn it into the right road. Having chosen the wrong road, said Mr. Lewis, there is only one corrective action possible, and that is to go back to the fork where the error was made and proceed from there in a different direction.

So, how might this advice apply to handling the Kyoto accord and its aftermath? In 1996-97, I was a member of Parliament when the Chrétien government indicated it was prepared to sign an international accord (Kyoto) dealing with the control of greenhouse gas emissions. Even to this day, many sincere people, particularly in the science community, believe this was an honest effort to come to grips with a serious environmental concern. But those of us who were on the parliamentary scene at the time (including Stephen Harper and many members of the current government) got a distinctly different impression.

The impression we got from firsthand observation was that the Chrétien administration (at the highest levels) never had any serious intention of actually implementing Kyoto. If it had intended to do so, it would have first secured the support of the provinces and the private sector, since without their co-operation implementation of Kyoto's provisions was not constitutionally, administratively, financially or technically possible.

The Chrétien administration (especially at the political level) made no serious effort to secure such co-operation, nor did it make any serious effort to calculate the real costs of implementing Kyoto.

So, what was the government's intention at the political level?

Apparently it was to go to Kyoto, present itself to the world and to Canadians as a good green fellow, get the requisite photo-op while signing the treaty, return home to accolades and applause, and when the public found out the Kyoto targets would not, and could not, be met, to blame the provinces and the private sector.

Unethical, you say? Of course. But remember this was the government whose ethical standards permitted the public deceptions implicit in the sponsorship scandal.

But how, you might ask, could the administration have possibly pulled the wool over the eyes of so many of its own backbenchers (the majority from Ontario) on the Kyoto issue? By telling them the bulk of the costs of compliance with Kyoto would be borne by Alberta, Canada's biggest hydrocarbon producer.

Apparently, none of these members, in a moment of scientific insight, rose in caucus to light a match and demonstrate to the enlightenment of those assembled that it is the province that burns the hydrocarbons (and Ontario is Canada's biggest hydrocarbon consumer) that is equally or even more complicit in the production of greenhouse gases. Years later, when this basic scientific fact finally did dawn on some of those members, what, then, was their first reaction? It was to argue Ontario's auto industry should be exempted from the Kyoto provisions. Is it any wonder many of us exposed to such duplicity became cynical about the federal government's purported commitment to Kyoto?

So, where has this path led? To a situation where Canada has failed to live up to an international commitment and where some non-signatories to Kyoto, like Australia, actually have a better record in reducing greenhouse gas emissions than Canada. It has led to millions of Canadians mistakenly thinking the responsibility for failure to comply with Kyoto lies with the provinces and private sector, rather than with the federal government that unilaterally negotiated and signed it. It has led to a cynical disillusionment on the part of many Canadian parliamentarians, some now in government, concerning anything related to the terms and conditions of Kyoto as negotiated by the previous administration.

Such a situation is not only detrimental to Canada's international reputation, but has delayed, by at least a decade, any serious national discussion about the climate-change issue and what Canada's response should be.

The remedy is not, as the Harper government has realized, to continue down the same road, hoping the passage of time or some revised federal commitment to an unworkable agreement will somehow produce a better result. The remedy is to go back to the fork in the road where the error was first made - to the point where the federal government decided to proceed unilaterally, rather than in partnership with the provinces and private sector, to address the environmental consequences of hydrocarbon combustion - and proceed from there to hammer out a new and better co-operative approach.

This is my understanding of the road the new Environment Minister is endeavouring to map out and follow. The first step is to get back to that pivotal fork in the road.





ÉLECTIONS PROVINCIALES

La lutte s'annonce serrée

Morissette, Nathaëlle
La Presse mercredi, 28 juin 2006

Les sondages se suivent mais ne se ressemblent pas. Alors qu'un récent coup de sonde réalisé par Léger Marketing révélait que le Parti libéral du Québec était en avance sur le Parti québécois dans les intentions de vote, une enquête de la maison CROP tend plutôt à démontrer que les troupes d'André Boisclair surpassent le PLQ.

Si les résultats des deux sondages diffèrent, ils permettent néanmoins de tirer la même conclusion: la prochaine lutte électorale s'annonce serrée car l'écart entre les deux partis se rétrécit, estiment les experts.

Les résultats d'un sondage CROP-La Presse, réalisé entre le 12 et 25 juin auprès de quelque 1000 personnes, démontre que, après répartition des indécis, les péquistes sont toujours en tête dans les intentions de vote avec 35% des appuis contre 32% pour le PLQ. L'ADQ de Mario Dumont obtient 16% des intentions de vote alors que Québec solidaire en récolte 7%. L'écart entre les deux grands partis tend à rétrécir puisque le dernier sondage CROP réalisé en avril accordait 36% des intentions de vote au PQ contre 29% pour le parti de Jean Charest.

Or, selon un sondage Léger Marketing publié hier, les libéraux de Jean Charest, après répartition des indécis, dominent par quatre points sur les péquistes, récoltant 37% des intentions de vote contre 33% pour le PQ. L'Action démocratique du Québec obtient 17% des appuis contre 6% pour Québec solidaire. L'enquête a été menée entre le 22 et le 25 juin auprès de 1000 répondants.

En dépit de la différence des résultats des sondages réalisés par Léger Marketing et CROP, la diminution de l'écart entre libéraux et péquistes est bien visible, estime Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke. "Dans les deux cas, il y a une convergence: l'écart se rétrécit et le Parti québécois perd des points, note M. Guay. Aux prochaines élections, on peut donc s'attendre à une lutte plus forte, plus compétitive. Ça démontre que l'électorat est profondément volatil."

Ce point de vue est également partagé par le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. "La tendance, pour nous, c'est que les libéraux grimpent."

Mais comment expliquer que les deux maisons de sondages n'obtiennent pas les mêmes résultats? Le moment où ont été réalisés les sondages peut influencer les résultats obtenus, souligne Jean-Herman Guay. Il mentionne que l'enquête de Léger Marketing a débuté le lendemain du dépôt du rapport Moisan qui a révélé que le Parti québécois avait violé la loi sur le financement des partis en acceptant 96 400 de Groupaction, ce qui a peut-être nui aux troupes d'André Boisclair lors du sondage réalisé par cette maison.

Sa collègue Caroline Patsias, professeur adjointe au département de sciences politiques de l'Université de Sherbrooke, abonde dans ce sens. Elle rappelle aussi que l'enquête de la maison CROP, qui s'est échelonnée sur 13 jours, a été menée alors que le gouvernement Charest imposait un bâillon à l'Assemblée nationale pour faire adopter à toute vapeur quatre projets de loi, dont la rémunération des médecins spécialistes et la privatisation partielle d'une partie du parc du Mont-Orford. "L'imposition du bâillon a peut-être influencé les répondants", mentionne Caroline Patsias. Cette fois-ci, le PQ a peut-être été favorisé, estime-t-elle.

M. Léger rappelle que les bonnes nouvelles annoncées par le Parti libéral, dont l'entente sur l'équité salariale, ont été faites à la veille du début de l'enquête menée par Léger Marketing. De plus, les méthodes de sondages varient d'une maison à l'autre, ce qui peut expliquer la différence des résultats, estime-t-il. "Tout dépend de la façon dont le questionnaire a été bâti."

Satisfaction

Par ailleurs, selon le sondage CROP, 31% des gens interrogés se disent très insatisfaits de la performance du gouvernement Charest, 35% sont plutôt insatisfaits, 27% se sont dits plutôt satisfaits, 5% sont très satisfaits alors que 2% ont refusé de répondre. Chez les francophones, 32% des répondants se disent très insatisfaits contre 22% chez les non-francophones.




Le Québec est une nation pour Michael Ignatieff

Jannard, Maurice
La Presse mercredi, 28 juin 2006

Devant plus d'une centaine de partisans de la Rive-Sud, un des candidats favoris à la direction du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, a soutenu hier que le Québec forme une nation, et s'est dit prêt à établir un nouveau partage des responsabilités entre le fédéral et les provinces, s'il devient premier ministre.

"C'est une évidence que le Québec forme une nation", a déclaré le candidat, reprenant un thème qui fait l'objet de plusieurs débats depuis quelques jours. L'aspirant évoque notamment la langue française et l'attachement historique des Québécois à leur territoire.

Ces propos ont été très bien accueillis par les militants libéraux de la Montérégie. Dans l'assistance, on retrouvait plusieurs de ses collaborateurs du Québec, dont les députés Pablo Rodriguez et Denis Coderre.

Cependant, M. Ignatieff a ajouté qu'il y a près de 5000 nations sur le globe et que l'on compte 200 États seulement. "Toutes les nations n'ont pas besoin d'un État", a-t-il souligné. Pour lui, la reconnaissance du peuple québécois n'empêche pas le principe de l'égalité qui prévaut entre les 10 provinces.

Plus tard, devant les journalistes, le député d'Etobicoke-Lakeshore, en Ontario, a dit qu'il serait souhaitable que le Québec soit intégré dans la Constitution canadienne.

"Il faut reconnaître la spécificité du Québec, a-t-il repris en réponse aux questions des journalistes. Il faut rentrer le Québec dans la Constitution canadienne parce que la légitimité fédérale est toujours en question. Il faut un découpage des responsabilités fédérales et provinciales plus clair, avec moins d'ingérences fédérales."

Contrairement à ce qui a été rapporté parfois, Michael Ignatieff s'est affiché clairement en faveur du protocole de Kyoto. Les plus grands pollueurs doivent payer le plus de taxes tandis que ceux qui polluent le moins doivent bénéficier d'une réduction d'impôt. Cette déclaration a également reçu beaucoup d'applaudissements.




Investissements: la catastrophe québécoise

Dubuc, Alain
La Presse mercredi, 28 juin 2006

Un des outils essentiels pour améliorer le niveau de vie et la performance économique, c'est l'investissement, et en particulier celui des entreprises. C'est le nerf de la guerre. Ces dépenses de capital, pour les structures, les machines, les équipements, le matériel informatique permettent aux entreprises de faire plus et mieux, d'augmenter la productivité des travailleurs, de mieux résister à la concurrence et, au bout d'un certain temps, d'élever le niveau de vie.

Dans ce domaine pourtant stratégique, notre performance est tout à fait lamentable. Si le Québec ne corrige pas le tir, il se dirige tout droit vers la catastrophe. Et le mot n'est pas trop fort.

C'est ce que montre une étude de l'Institut de recherche C. D. Howe, intitulée Canadian workers need better tools, (" Les travailleurs canadiens ont besoin de meilleurs outils "). Les résultats saisissants obtenus en comparant l'investissement des entreprises par travailleur, présentés dans le tableau ci-contre, montrent bien à quel point le Québec est mal en point, en se classant à l'avant-dernier rang au Canada.

Que disent ces chiffres? Premièrement, que le Québec est dans le peloton de queue canadien. Avec des investissements de 6091 $ par travailleur en 2006, le Québec est bien en dessous la moyenne canadienne, qui est de 9821 $, un écart de 38 %. Il est vrai que ce retard s'explique en partie par le niveau colossal d'investissement dans les provinces productrices de pétrole, l'Alberta, Terre-Neuve et la Saskatchewan.

Mais cela n'explique pas pourquoi le Québec est devancé par une foule de provinces qui ne profitent pas de la manne pétrolière, à commencer par l'Ontario, et qu'il se retrouve au neuvième rang, tout juste devant l'Île-du-Prince Édouard, ce bastion du développement industriel, que nous ne réussissons à dépasser que de 2 %.

Cela n'explique pas non plus pourquoi l'écart avec l'Ontario s'élargit. Il y a dix ans, en 1996, l'investissement par travailleur au Québec était inférieur de 19 % à celui de l'Ontario, ce qui, en gros, correspondait à l'écart du niveau de vie entre les deux provinces. Le retard a grimpé à 28 %, en 2006, ce qui n'augure rien de bon.

Et ces comparaisons intracanadiennes ne sont qu'une partie du problème. Car, pendant que le Québec se laisse devancer par le Canada, celui-ci est en perte de vitesse face au reste du monde. À la fin des années 90, l'investissement par travailleur au Canada était dans la moyenne des pays de l'OCDE. Ces pays industrialisés dépassent maintenant le Canada de 13 %. Et par rapport aux États-Unis, qui était de 10 % il y a dix ans, il est maintenant passé à 25 %.

Cette double dynamique fait que le Québec, à l'échelle du monde, n'est tout simplement pas dans la course. Le niveau d'investissement par travailleur au Québec n'équivaut qu'à 54 % de celui des pays de l'OCDE, 6091 $ contre 11 237 $, et il n'atteint que 47 % du niveau américain. Cela signifie, qu'en gros, les pays industrialisés investissent à chaque année deux fois plus que le Québec.

Ça n'a pas toujours été comme cela. La situation s'est détériorée. L'investissement n'a progressé au Québec que de 17,5 % dans la dernière décennie, contre 32 % en Ontario, 47 % au Canada, 50 % dans les pays de l'OCDE et de 56 % aux É.- U. Comment peut-on espérer que les entreprises établies ici puissent concurrencer efficacement le reste du monde, avec moins de moyens et une force de frappe qui, progressivement, s'affaiblit?

On pourrait bien sûr chercher des responsabilités politiques, mais l'examen de ce médiocre progrès de l'investissement montre plutôt qu'il s'agit d'un bel effort collectif. Une bonne année, en 2000, sous l'administration du gouvernement péquiste, suivie d'un effondrement entre 2001 et 2003, un autre beau sursaut en 2004 avec les libéraux, suivi d'une baisse en 2005 et 2006.

Les causes de ce retard sont multiples. Une structure industrielle qui compte encore des secteurs en perte de vitesse, des PME qui n'investissent pas assez. Le taux de change défavorable qui a longtemps découragé les investissements.

Mais il y a aussi des facteurs structurels, des raisons qui font que le Québec a du mal à attirer des entreprises étrangères ou à inciter les entreprises déjà établies ici à investir davantage ou à ne pas aller investir ailleurs, que ce soit le cadre réglementaire, la souplesse du marché du travail ou la fiscalité.

Les auteurs de l'étude du C. D. Howe, Bill Robson et Danielle Goldfarb, dans un texte d'opinion publié plus tôt ce mois-ci dans la page forum de La Presse Affaires, notaient: " sans compter le fait que le Québec a un taux d'impôt effectif sur l'investissement qui est parmi les plus élevés au monde "?

Croyez-vous au hasard? Pas moi.

Adubuc@lapresse.ca




Profond désaccord

Collectif
La Presse mercredi 21 juin 2006

Si le Canada veut réellement conserver sa crédibilité internationale comme promoteur d’intervention non offensive dans les conflits internationaux, il doit se retirer d’Afghanistan et réaffirmer son rôle de leader dans les véritables missions de paix.

Le texte est cosigné par Éric Perreault, Odette Belval, Karine Boivin, André Dubois, Sylvie Lessard, Christian Rajotte et Annick Corriveau et s’expriment au nom de la Coalition pour une action citoyenne solidaire (COACS).

Monsieur le Premier ministre Stephen Harper,

La Coalition pour une action citoyenne solidaire (COACS) désire vous faire part de son profond désaccord avec la nouvelle orientation militaire canadienne, particulièrement en Afghanistan où le Canada semble s’être soumis au cadre stratégique du gouvernement Bush.

La mission canadienne en Afghanistan, présentée d’abord comme une mission de «reconstruction», est maintenant devenue clairement une mission pour contrer la rébellion, une mission de combat qui engendre plus de violence et de souffrance pour le peuple afghan. L’arrimage de plus en plus marqué entre la politique internationale et militaire du Canada et celle des États-Unis suscite beaucoup d’inquiétude et d’opposition au sein de la population québécoise et canadienne. Il nous apparaît important de vous rappeler que la population du Québec s’oppose, dans une proportion de 70 % au prolongement de cette présence militaire. Il en va de même pour l’ensemble de la population canadienne qui s’y oppose aussi majoritairement.

Malgré les beaux discours sur l’aide à la reconstruction de la société afghane ou sur la guerre «contre le terrorisme», nous découvrons que notre présence en Afghanistan relève d’abord d’une stratégie de conquête et d’occupation à des fins géopolitiques et économiques d’un tout autre ordre.

Agissons-nous encore au nom de la démocratie et de la paix ?

Tout d’abord, on ne peut pas imposer par les armes un système démocratique que nous croyons être le meilleur, surtout à un pays totalement différent du nôtre sur les plans politiques et culturels. De plus, le gouvernement d’Hamid Karzai «parrainé» par les Etats-Unis regroupe des factions de l’Alliance du Nord qui sont réputés être parmi les pires violeurs des droits humains de l’histoire de ce pays. Selon un rapport de l’Association révolutionnaire des femmes d’Afghanistan, la situation des femmes était pire sous le contrôle de l’Alliance du Nord que du temps des Talibans.

L’opération Enduring freedom (Liberté immuable) aura ainsi permis de changer un régime totalitaire, celui des talibans, pour un autre tout aussi, si non plus, oppressant et étouffant pour les Afghans. À l’heure actuelle, de 20 à 25 % des membres du Parlement afghan seraient des seigneurs de la guerre impliqués dans le narcotrafic. Depuis l’invasion dirigée par les Etats-Unis en 2001, la production d’opium a augmenté énormément dans ce pays et représente maintenant près de 60 % de son PIB.

Qu’elles soient de l’ex-URSS ou des États-Unis, les interventions de pays étrangers en sol afghan durant les 30 dernières années n’ont jamais été motivées par les intérêts du peuple afghan et ont, au contraire, détérioré les conditions de vie des citoyens de ce pays. Le Canada fait aujourd’hui la guerre aux côtés de ceux qui ont été armés par les États-Unis il y a cinq ans, contre ceux (les talibans) que les États-Unis ont armé il y a 10 ans.

Guerre au terrorisme ?... Vraiment ?

Selon une étude sur le terrorisme réalisée par un ancien agent de la CIA, les auteurs présumés de la majorité des attentats reliés à al-Qaïda ne s’avéraient pas être de pauvres paysans d’Afghanistan mais plutôt de petits bourgeois résidant en Europe, souvent diplômés universitaires. La tentation sera grande pour récupérer l’arrestation récente de présumés terroristes à Toronto afin de mieux faire accepter l’engagement de plus en plus important du Canada dans cette supposée guerre au terrorisme, mais nous ne serons dupes!

Selon nous, la participation canadienne à cette guerre états-unienne de conquête de l’Asie centrale représente une menace beaucoup plus grande à notre sécurité que le retrait du Canada de l’Afghanistan. Chaque personne tuée au cours de cette guerre nourrira encore plus la haine et le désir de vengeance

Au nom de quels intérêts faisons-nous cette guerre ?

L’Afghanistan représente la porte d’entrée d’une immense région qui regorge de pétrole et de gaz naturel. Des compagnies pétrolières et gazières canadiennes telles Buried Hill Energy et Thermo Design Engineering Ltd ont de lucratifs contrats reliés au pipeline Trans-Afghan et les négociations ayant mené à la signature de tels contrats en 2002 impliquent des cabinets d’avocats spécialisés étroitement liés à plusieurs politiciens fédéraux dont M. Jean Chrétien. Il est tout à fait justifié de questionner l’importance de cette «Canadian-Connection» dans notre engagement militaire en Afghanistan.

De toute évidence, nous sommes actuellement sous le commandement d’un pays qui vise ultimement à prendre le contrôle de l’Asie centrale. Ainsi, le gouvernement du Canada dévoile actuellement ses visées coloniales et, malheureusement, aucun débat n’a vraiment eu lieu à la Chambre des communes et au sein de la population à ce sujet.

Dans le contexte actuel de tension politique entre les États-Unis et l’Iran, nous craignons que le Canada se retrouve irrémédiablement entraîné dans des actions militaires de plus grande envergure dans cette partie du monde.

Selon la COACS, si le Canada veut réellement conserver sa crédibilité internationale comme promoteur d’intervention non offensive dans les conflits internationaux, il doit se retirer d’Afghanistan et réaffirmer son rôle de leader dans les véritables missions de paix.

Enfin, pour mieux comprendre la situation, il est parfois sage d’essayer de se mettre dans la peau des autres. Ainsi, croyez-vous que le simple citoyen canadien considérerait comme un libérateur un pays étranger qui entrerait au Canada en tuant et blessant des milliers d’innocents (les «dommages collatéraux»), paverait la voie à 200 criminels vers la Chambre des communes, les gouvernements provinciaux et municipaux et courtiserait ensuite ses petits amis au parlement afin d’installer ses bases militaires pour des décennies au mépris de la souveraineté de notre pays ?