J’irai encor…

Nora Atalla, Québec
TRIBUNE LIBRE 24 juin 2006

Sous les chapiteaux
blancs et bleus du Québec
les bourgeons de la jeunesse
ont porté les étendards
	de mon pays
	de ma liberté
	de mon parti
j’irai encor voter.

Nous avons tous chanté
la fougue au cœur
les tripes embrasées
avec Leclerc
Dufresne et Vigneault
	sur ma montagne
	sur mes espoirs
	sur les doutes de notre société
j’irai encor voter.

Les feux ont éclaté
dans le firmament
d’un fier Québec
ils ont dessiné
	mon visage
	mon français
	ma nationalité
j’irai encor voter.

Les rapaces ont souillé
mon emblème, mon drapeau
je les ai vus à la télé		le piétiner
le marteler de leurs idées
à la face du monde
ils ont craché
	sur ma vérité
	sur ma culture
	sur mon unicité
j’irai encor voter.

Les vautours doucereux
instigateurs de peur
vendeurs d’assurance
outrancière		capiteuse
faux-cols et doreurs de pilule
	qui passe de travers
	de biais
	à l’envers
à toute force		je les défis
j’irai encor voter.


©Nora Atalla, Québec.

www.nora-atalla.com
www.ecritout.com





Le destin de Lucien Bouchard et l'avenir du Québec - Une carrière politique au sombre bilan

Guy Laforest
Professeur au département de science politique de l'Université Laval
Le Devoir mercredi 7 juin 2006

Premier de deux articles

La publication récente d'un sondage soulignant la forte popularité de Lucien Bouchard ainsi que le bref mais intense débat provoqué par l'idée de son éventuel retour en politique auront révélé l'étroite association entre le destin remarquable de cet homme et la question de l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Je souhaite rappeler dans un premier article quelques dimensions de la trajectoire de M. Bouchard qui me semblent avoir été négligées par les commentateurs. Dans un deuxième temps, j'explorerai une voie qui lui permettrait de réaliser un objectif qui continue de lui tenir à coeur, à savoir contribuer à l'avancement de la société québécoise.

De l'échec de Meech jusqu'au référendum de 1995, cinq petites années auront suffi pour que Lucien Bouchard s'installe parmi les grands leaders politiques du Québec. En mai 1990, il écrit de Paris aux militants péquistes à l'occasion du dixième anniversaire du référendum sur la souveraineté-association. L'accord du Lac-Meech est à l'agonie. Le ministre Bouchard va quitter le cabinet de Brian Mulroney.

En juillet, parallèlement à la crise d'Oka, il se joint à la commission Bélanger-Campeau sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Privé d'une reconnaissance en tant que société distincte, le Québec amorce une réflexion autour de l'idée de sa liberté politique.

Puis, l'histoire s'accélère : fondation du Bloc québécois, référendum d'octobre 1992 sur l'entente de Charlottetown, performance éclatante du Bloc aux élections fédérales de 1993.

Devenu chef de l'opposition officielle au Parlement d'Ottawa, M. Bouchard est frappé à l'automne 1994 par une terrible maladie. Il s'en remet assez vigoureusement pour infléchir l'approche Parizeau dans l'entente du 12 juin 1995 entre le Parti québécois, le Bloc et l'Action démocratique du Québec avant de devenir principal porte-parole du OUI lors du référendum sur la souveraineté-partenariat, vivant alors l'épisode le plus intense de son leadership charismatique. On doit à Lucien Bouchard des discours qui ont fait l'honneur du Québec à l'occasion de ce référendum et, par la suite, la promotion d'une vision noble et pluraliste de la communauté politique québécoise.

Le choix

À la fin de 1995, plusieurs options s'offraient à lui : rejoindre Mario Dumont et l'ADQ, fonder un nouveau parti, prendre la place laissée vacante par Jacques Parizeau au PQ.

Les faits sont connus : invité par Bernard Landry à devenir sans coup férir premier ministre du Québec et président du PQ, M. Bouchard n'a pas résisté à l'appel. Un an après sa maladie, encore sous le choc des émotions référendaires, on peut comprendre son choix. C'est ce que j'appelle le pacte faustien entre le PQ et Bernard Landry d'un côté, M. Bouchard de l'autre. Ce dernier réalisait les plus hautes ambitions politiques, sauvant le PQ tout en renforçant M. Landry dans son rôle de numéro deux du gouvernement et du parti. À quel prix ? Lucien Bouchard devenait chef d'un parti dont il n'aurait jamais le contrôle et auquel il ne parviendrait pas à donner de nouvelles orientations à propos de la recherche de liberté et d'identité dans la trajectoire du Québec.

Fin 2000 : M. Bouchard prend prétexte de l'affaire Michaud pour quitter ses fonctions, deux ans à peine après sa modeste victoire contre les libéraux de Jean Charest. Vraie raison de son départ dans l'espace public : l'impuissance du Québec, et la sienne, à réagir fortement et efficacement à l'offensive du gouvernement Chrétien dans la foulée de la Loi sur la clarté référendaire et, sans doute, une amère déception devant la remontée des libéraux fédéraux au Québec lors des élections de l'automne 2000. La carrière politique de M. Bouchard se terminait sans gloire, sur fond de réduction de la liberté politique et constitutionnelle du Québec.

Trois revers

Commentant sur les ondes de Radio-Canada le sondage effectué par sa maison pour le compte du Devoir, Jean-Marc Léger faisait remarquer que M. Bouchard n'avait jamais subi de défaite électorale, y trouvant une raison à sa popularité actuelle. Pourtant, outre les événements qui ont mené à sa retraite prématurée, la vie politique de M. Bouchard reste associée à trois revers subis par le Québec sur le double terrain de la liberté politique et de l'identité.

Beaucoup l'ont oublié, mais c'est M. Bouchard qui était le procureur du gouvernement Lévesque en 1982 dans le Renvoi sur le droit de veto du Québec, dernier sursaut pour empêcher le rapatriement constitutionnel. L'échec de l'accord du Lac-Meech est aussi celui de M. Bouchard parce qu'il fut membre du cabinet fédéral et parce qu'il a joué un rôle dans le discours prononcé par Brian Mulroney à Sept-Îles en 1984, où ce dernier s'engagea à retrouver une place au Québec dans la maison canadienne, dans l'honneur et l'enthousiasme.

Finalement, en 1995, ce fut l'échec d'une stratégie visant à reconfigurer les relations Québec-Canada sur la base de l'approche de la souveraineté-partenariat.

Au total, le bilan est assez sombre pour le Québec et pour M. Bouchard : un Québec assujetti sans son consentement à une loi fondamentale canadienne, privé de reconnaissance et plus incertain quant à la nature de son identité collective, ne parvenant pas à se rassembler clairement derrière une démarche d'affirmation, un Québec enfin qui voit le Parlement canadien délimiter, à tout le moins pour sa propre gouverne, les conditions d'exercice de son autodétermination.

Sans sous-estimer les succès obtenus par M. Bouchard et son gouvernement du côté de l'assainissement des finances publiques, sans négliger la qualité de l'engagement qu'on retrouve dans le Manifeste des lucides devant les problèmes de la dette et de la démographie, il n'en reste pas moins que l'on rêvait, pour M. Bouchard et pour le Québec, d'un autre destin.

Mais à cet égard, s'il faut être réaliste, il n'est pas nécessaire de tomber dans le pessimisme mélancolique. Les sociétés ont souvent des ressorts insoupçonnés, et les leaders politiques ne sont pas obligés d'avoir dit leur dernier mot à 67 ans (l'âge du général de Gaulle au temps de la fondation de la Ve République).

Comment imaginer un avenir gagnant pour le Québec, dans lequel Lucien Bouchard pourrait jouer un rôle important pour l'avancement de notre société, sans renoncer aux priorités qui sont les siennes dans la vie ? Je vais tenter d'échafauder un scénario semblable dans l'article de demain.

Demain : Un projet de constitution pour faire avancer le Québec





Le destin de Lucien Bouchard et l'avenir du Québec

S'associer à un projet de constitution
pour faire avancer le Québec

Guy Laforest
Professeur au département de science politique de l'Université Laval
Le Devoir jeudi 8 juin 2006

Dernier de deux textes

Lucien Bouchard aura été l'un des leaders politiques les plus populaires de l'histoire du Québec. Un sondage récemment paru dans Le Devoir démontre que l'affection de la population à son égard demeure très forte. Dans l'article d'hier, j'ai rappelé que la carrière de M. Bouchard reste associée à plusieurs échecs du Québec. Cet homme ne veut plus faire de politique active mais souhaite encore contribuer à l'avancement de notre société.

J'estime qu'il y a un projet, cent fois commencé mais jamais complété depuis la Révolution tranquille, qui permettrait à M. Bouchard de donner sa pleine mesure tout en faisant énormément avancer le Québec sur le terrain de la liberté politique et sur celui de la distinction identitaire. Ce projet, c'est celui de doter notre société d'une vraie constitution, officielle et précise, au sein de la fédération canadienne.

Une idée répandue

D'un point de vue technique, le Québec possède déjà une constitution en harmonie avec le droit canadien. Celle-ci est faite de lois, de coutumes, d'arrêts judiciaires et de conventions. C'est donc une constitution informe, dispersée.

Depuis Jean Lesage en 1963, la plupart de nos premiers ministres, de nos gouvernements et de nos partis politiques se sont prononcés en faveur d'un projet de rassemblement de ces divers éléments en un tout cohérent, ordonné et éloquent. Daniel Johnson père, Robert Bourassa et René Lévesque ont sérieusement songé à faire de cette idée une priorité de l'État du Québec. Dans le monde politico-intellectuel, Jacques-Yvan Morin et Daniel Turp au Parti québécois ainsi que Gil Rémillard et Benoît Pelletier au Parti libéral du Québec ont beaucoup écrit à ce sujet.

Ce projet était dans l'air au temps de la commission Bélanger-Campeau, à laquelle Lucien Bouchard a participé. Évoquée dans le rapport Allaire en 1991, l'idée a été recommandée par le comité présidé par Jacques Gauthier et adoptée par l'Action démocratique du Québec en juin 2001.

Ces dernières années, il me semble juste de reconnaître les apports du juriste Marc Brière et du politologue Marc Chevrier sur l'urgence et la nécessité d'une réforme procurant une véritable épine dorsale constitutionnelle au Québec.

Une telle constitution, le ministre Benoît Pelletier l'a rappelé lors d'un discours fait à l'Assemblée nationale le 12 mai dernier, pourrait inclure la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, la Charte de la langue française, la Loi électorale et celle sur les consultations populaires, en somme les lois fondamentales représentant les règles de base de notre vie politique.

Que gagnerait le Québec s'il décidait enfin à s'engager sur cette voie ? Selon le sociologue Guy Rocher, en élargissant au maximum l'autonomie politique dont dispose l'État de la nation québécoise dans un texte constitutionnel, on ferait surgir une «personnalité juridique et politique à laquelle pourront se référer tout citoyen et tout éducateur». D'après les juristes Guy Tremblay et Bjarne Melkevik, cela contribuerait à fonder la légitimité nationale du Québec et à revitaliser notre espace public. Pour le politologue Alain-G. Gagnon, l'action de doter le Québec d'une constitution serait également un marqueur identitaire fort. Selon lui, le Québec jouit de la liberté de se désigner comme il le veut, et ce droit «révèle une affirmation identitaire et constitue d'autre part l'acte d'habilitation publique par excellence».

À l'occasion du même colloque où s'exprimait le ministre Pelletier, la juriste Nicole Duplé faisait remarquer que l'intégration de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne dans une véritable constitution pourrait donner de l'éclat à notre communauté politique. Cela s'inscrirait dans une politique de grandeur.

Ai-je tort de penser que nos patriotes les plus reconnus, à commencer par M. Bouchard, devraient se sentir interpellés par une telle idée ?

Dans un discours prononcé à Granby le 7 mai dernier, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, soulignait que la politique autonomiste de l'ADQ, «c'est le Québec qui ne demande pas la permission pour se définir à travers sa propre constitution et sa propre appellation d'État autonome du Québec». Dans le programme adopté en 2005, le PQ, de son côté, réaffirme le besoin d'une constitution pour le Québec.

Dans un document qui porte son nom au PLQ, Benoît Pelletier affirmait qu'il pourrait être opportun de réunir nos principales lois en un vrai document constitutionnel. À peu près à la même époque, les commissions des États généraux sur l'avenir de la langue française et sur la réforme des institutions démocratiques parvenaient à la même conclusion.

L'exemple catalan

Au Québec, depuis deux décennies, on multiplie les discours sur l'identité sans progrès significatifs sur le terrain de la liberté politique. Il est temps de changer de stratégie. Il faut une grande action sur le terrain de la liberté, laquelle aura des effets positifs pour notre identité collective. En somme, le Québec a besoin de charpenter son espace juridique, sa propre constitution, pour consolider et préciser son identité politique.

Dans l'Espagne contemporaine, la Catalogne nous donne l'exemple d'une société qui donne la priorité à la recherche de liberté politique sans négliger la dimension identitaire. Le 18 juin prochain, les Catalans seront consultés par référendum sur l'approbation d'une réforme de leur statut d'autonomie, leur propre constitution interne dans l'État espagnol. Cet exemple devrait inspirer les Québécois et faire réfléchir des gens comme Lucien Bouchard. Il faut prendre le chemin de Barcelone !

Par coïncidence, le Mouvement démocratie et citoyenneté du Québec, animé par Claude Béland, organise les 17 et 18 juin un rendez-vous citoyen dans la capitale nationale sur l'idée d'une constitution pour le Québec d'aujourd'hui. En Australie, en Allemagne comme aux États-Unis, les États membres des régimes fédéraux les plus développés possèdent leur propre constitution.

Après tant de discours et trop de velléités, le temps est venu de passer aux actes sur cette question. L'enjeu fondamental a été résumé par Pierre Vadeboncoeur en une phrase brève et limpide : «Seule la victoire noue.» Le Québec a besoin d'une action gagnante, vigoureuse, pour se solidifier en tant que communauté politique. Il est impératif pour nous tous, selon l'esprit persévérant de Marc Chevrier, de nous projeter dans l'avenir, de laisser un héritage, de transmettre aux enfants du Québec le flambeau d'une constitution.

Si Lucien Bouchard s'associait à ce projet en y donnant sa caution morale et intellectuelle, en jouant un rôle clé dans une commission parlementaire élargie, à la Bélanger-Campeau, ou dans des assemblées citoyennes, il parachèverait la logique de sa carrière politique et ferait avancer la société québécoise de façon considérable.




La réforme du Sénat, angle mort des fédéralistes

Marc Chevrier
qu Professeur au département de science politie de l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir mercredi 7 juin 2006

De prime abord, le projet du gouvernement Harper de permettre la nomination de sénateurs élus procède d'une démarche anticonstitutionnelle. Les pères fondateurs ont délibérément écarté le principe électif au Sénat, pourtant introduit au Conseil législatif dès 1856, pour lui préférer le principe nominatif. En 1980, la Cour suprême a décidé que la réforme en profondeur du Sénat échappe à la compétence du Parlement fédéral. Et la Loi constitutionnelle de 1982 prévoit que la réforme du mode de sélection des sénateurs relève de la procédure générale d'amendement (7/50).

Cela étant, abstraction faite de la légalité de cette initiative, celle-ci met au devant de la scène une question de fond centrale : que la réforme du Sénat se fasse par à-coups ou d'un seul tenant, sous le gouvernement Harper ou sous un autre, le Québec devra y faire face, peut-être plus tôt qu'il ne le croit.

Or l'arrivée des conservateurs au pouvoir a changé la donne.

Le syndrome de la séparation

Sous la gouverne des libéraux fédéraux, le Québec s'était accoutumé à un parti de pouvoir centralisateur, plus prompt à se croire à la tête d'un État presque unitaire qu'à régler les institutions centrales sur les principes du fédéralisme. Le credo fédéraliste libéral se confondait au statu quo institutionnel et au nationalisme canadien; les fédéralistes du Québec avaient alors beau jeu de s'ériger en champions de l'autonomie provinciale.

Voilà que soudain les conservateurs entendent faire du Sénat canadien une institution fédérale comme on en voit aux États-Unis ou en Australie. L'intention est a priori louable : toute fédération qui se respecte possède une chambre qui représente les États fédérés. S'il est une fédération, le Canada devra un jour ou l'autre se doter d'une telle chambre. C'est là toutefois une entreprise à laquelle les fédéralistes québécois sont bien mal préparés.

Depuis 1867, le discours fédéraliste au Québec souffre du syndrome de la «séparation». On oublie souvent que le Québec est né des suites d'une séparation à l'amiable qui garantit à l'ancien Bas-Canada son autonomie et ses institutions distinctes. Longtemps marquée par le traumatisme d'une union législative forcée, l'élite politique québécoise en vint à poser une équivalence entre fédéralisme et autonomie, si bien qu'elle n'a eu de cesse de réclamer son butin de compétences exclusives au gouvernement fédéral, souvent considéré comme un lointain gouvernement impérial dominateur, quoique grand dispensateur d'argent, d'honneurs et de bonnes places.

Toutefois, le fédéralisme ne se borne pas à la garantie de l'autonomie; il suppose aussi la participation des États fédérés aux décisions fédérales, principalement par le truchement d'un sénat créé à cette fin.

Obnubilés par la réclamation de l'autonomie et de la reconnaissance du caractère distinct du Québec, les fédéralistes québécois ont peu réfléchi sur cette autre exigence du fédéralisme. Leur dernière proposition substantielle de réforme du Sénat date du livre beige de Claude Ryan, qui envisageait un Sénat modelé sur l'expérience allemande, c'est-à-dire composé de représentants des gouvernements provinciaux.

Il y a longtemps que ce genre de Sénat ne fait plus rêver les fédéralistes de l'Ouest, acquis à la formule d'un Sénat puissant (efficace), égalitaire et élu. L'accord du Lac-Meech avait tenté de reporter une réforme si pressante, quitte, entre-temps, à ce que les gouvernements provinciaux soumettent une liste de candidats aux postes sénatoriaux. Lors des négociations qui aboutirent à l'accord de Charlottetown, le Québec avait laissé le Canada anglais concocter sans lui une forme de Sénat égalitaire et élu; in extremis, le Québec obtint quelques concessions, sans pouvoir refaire l'ouvrage conçu sans lui.

Plus le temps d'attendre

Le Québec ne pourra pas se permettre une nouvelle fois le luxe de l'attentisme. Lentement mais irrésistiblement, son poids démographique et politique diminue au sein du Canada alors que celui de l'Ouest, aidé par la rente pétrolière, s'accroît.

La réforme constitutionnelle ne pourra rester indéfiniment en suspens, ni le Québec la bloquer au motif, certes légitime, que l'affront de la réforme de 1982 demeure sans juste réparation. Nous savons, depuis le renvoi de la Cour suprême sur la sécession, que n'importe quel gouvernement peut forcer la négociation constitutionnelle sur la base d'une proposition approuvée par référendum. Et si les fédéralistes du Québec le sont vraiment, ils ne peuvent pas se défiler devant la nécessité de fédéraliser le Sénat.

Or les ténors du Sénat «triple E» ont tendu un beau piège : sous couvert d'une réforme orthodoxe au regard du fédéralisme, c'est un bouleversement de l'équilibre fédératif qu'ils précipitent. En Australie et aux États-Unis, l'élection des sénateurs a renforcé la légitimité du gouvernement fédéral et «nationalisé» la vie publique plutôt que servi la représentation des États fédérés au sein des institutions fédérales. Pour se faire entendre au Congrès, les États américains en sont réduits à jouer le jeu du lobbying.

En fait, des sénateurs élus pour représenter un État provincial tout entier porteraient ombrage à l'autorité des premiers ministres provinciaux, au risque de les supplanter comme représentants des régions du pays. D'ailleurs, c'est ce que veulent les partisans du Sénat «triple E» : rehausser la légitimité du Parlement fédéral, devenu plus sensible aux intérêts régionaux.

De plus, l'égalité des États provinciaux au Sénat entre en contradiction directe avec l'idée selon laquelle le Québec forme une nation distincte. Consacrer cette égalité, c'est achever ce qui avait été commencé en 1982, soit normaliser le Québec en désamorçant ses revendications nationales.

Au fond, les gouvernements Harper et Trudeau, si différents par l'idéologie, se rejoignent en ce que chacun ambitionne de faire du nation-building : Trudeau, en unifiant la société canadienne par une culture des droits constitutionnalisés; Harper, grâce à une chambre fédérale où les débats provinciaux, par la voix de sénateurs plébiscités, sont transformés en questions «nationales».

Sans doute l'élection de sénateurs souverainistes ou autonomistes au Québec freinera-t-elle ce processus de nationalisation, mais ailleurs au Canada, qui le pourra ?

Bien des Québécois se disent qu'il n'y a rien à craindre d'une telle éventualité puisque le Québec marche vers l'indépendance... Soit. Rappelons-nous toutefois que de la même manière que l'échec référendaire de mai 1980 justifia le gouvernement Trudeau d'imposer sa réforme constitutionnelle au Québec affaibli par sa «rébellion démocratique» ratée, un autre échec référendaire donnerait au Canada anglais le prétexte idéal pour réaliser sa réforme du Sénat sans le Québec.

En somme, si rébarbative que puisse paraître la réforme d'une institution aussi vétuste, le Québec doit s'atteler à cette tâche et présenter sa propre vision d'une chambre fédérale. À moins qu'il ne se contente, encore une fois, d'accrocher son wagon à un train qui vient de l'Ouest.




11 SEPTEMBRE 2001 - Amir Khadir n'écarte pas la théorie du complot

Katia Gagnon
La Presse mercredi 07 juin 2006

L'un des deux porte-parole de Québec solidaire, le docteur Amir Khadir, n'écarte pas la théorie voulant que les attentats du 11 septembre aient été le résultat d'un vaste complot. Pour faire la lumière sur les attentats les plus célèbres de l'histoire, une grande enquête internationale devrait d'ailleurs être instituée, croit-il.

«La question se pose: quelle crédibilité faut-il accorder aux théories conspirationnistes? De manière plus directe, les Américains seraient-ils impliqués dans les attentats du 11 septembre? Moi je pense qu'il faut être extrêmement prudent. Et je pense que la prudence primordiale, c'est de ne pas rejeter du revers de la main ces théories-là, de demander une enquête sérieuse et indépendante des pouvoirs publics», a déclaré M. Khadir lors d'une entrevue à La Presse.

Ces théories du complot, dont la plus célèbre est probablement celle du Français Thierry Meyssan, foisonnent depuis les événements de septembre 2001. M. Meyssan, dans un livre devenu un best-seller international, écrivait que les autorités américaines avaient elles-mêmes organisé les événements. D'autres théories conspirationnistes imputent la responsabilité des attentats aux services secrets israéliens.

Ces théories ont fait bien des adeptes au Moyen-Orient, mais également en Occident. Chez nous, le chef du parti municipal Projet-Montréal, Richard Bergeron, écrivait dans un livre récent qu'aucun avion n'avait percuté le Pentagone le 11 septembre 2001. Il qualifiait cet événement «d'acte de banditisme d'État aux proportions titanesques».

Amir Khadir, lui, n'accorde pas nécessairement foi à ces théories du complot. D'ailleurs, si une grande enquête internationale était instituée, elle conclurait probablement que le 11 septembre est bel et bien un acte de terrorisme organisé par Oussama ben Laden, croit-il. «Je pense que ce serait ça, personnellement.»

Mais compte tenu du «lourd passé» des Américains en matière de manipulation de l'opinion, fait-il valoir, ainsi que des conséquences multiples des événements du 11 septembre au plan mondial, une enquête s'impose pour faire toute la lumière sur les attentats.

«Je trouve que c'est un peu léger de taxer ça de théories du complot et de dire que ça n'a aucune crédibilité. Car les enjeux sont immenses, aux plans du contrôle des ressources, des débouchés stratégiques pour les armes. Il est à tout le moins raisonnable de penser qu'il y peut y avoir eu conspiration», explique-t-il.

«Sachant ce qui s'est produit dans le passé, on a le devoir d'aller fouiller», dit le Dr Khadir.

Il donne en exemple l'invasion de la baie des Cochons, à Cuba, au début des années 60. «Avant d'attaquer Cuba, le FBI a considéré l'idée de tuer des Américains dans les rues de Floride pour justifier l'intervention», dit-il. Ce plan, qui aurait été soumis à la présidence américaine, est rapporté par l'essayiste Noam Chomsky dans son dernier ouvrage.

Mais quel genre de conspiration aurait pu mener aux événements du 11 septembre? «Quel est le niveau de manigance et de manipulation? Personne ne le sait. Est-ce que c'est d'avoir bloqué des nouvelles? Est-ce qu'on n'a pas agi, alors qu'on avait été prévenu, pour laisser venir les choses? Est-ce que des antennes bien implantées ont incité à certaines actions? Tout peut être considéré. Mais mon intuition, c'est qu'aucune puissance impériale ne s'infligerait un camouflet de l'ordre du 11 septembre. Alors si on peut démontrer un jour que des lobbies de l'armement, de la sécurité, ou pro-israélien, peuvent avoir trempé dans l'incitation, je ne pense pas que personne aurait pu imaginer que c'est ce genre d'action qui aurait été perpétrée», dit-il.

Mais une chose est sûre, estime le médecin: les Américains ont récolté ce qu'ils ont semé. «Ce qui semble être le point commun des situations qui génèrent le terrorisme, c'est que dans les années 80 et 90, on a connu une situation de blocage politique extrême conjuguée à une humiliation permanente», dit-il. En fait, il s'agit d'un véritable «régime institutionnalisé d'humiliation de tout un pan de l'humanité».

Le parti dont M. Khadir est le porte-parole, Québec solidaire, ne s'est pas prononcé officiellement sur la question du 11 septembre. M. Khadir ne parlait donc qu'en son nom personnel, précise l'autre porte-parole, Françoise David. «Il a exprimé une opinion qui est la sienne. Moi, je n'ai rien à dire, et pour Québec solidaire, ce n'est pas une priorité de discuter du 11 septembre», a-t-elle commenté depuis l'Abitibi, où elle effectue une tournée.




Les théories du complot

Michel C. Auger
La Presse Mardi 06 Juin 2006

Comme tous ceux qui ont écrit sur le sujet, ma boîte de courriel déborde de gens qui ont tous une nouvelle théorie du complot à rapporter sur l’arrestation de présumés terroristes à Toronto.

Il y a certainement des choses qui exigent une certaine prudence dans tout cela, y compris le niveau d’infiltration policière du groupe puisque, selon les journaux de Toronto, ce sont les policiers qui auraient vendu et livré non pas le nitrate d’ammonium, mais une substance inoffensive, aux présumés terroristes.

Mais la plupart des théories du complot que je reçois sont sur un autre mode : c’est le fait que ces arrestations font l’affaire de Stephen Harper, qu’elles tombent tellement bien pour lui et, bien sûr, pour son ami George W. Bush, qui veulent tous deux investir massivement en sécurité.

Malheureusement pour les tenants de cette théorie, ce n'est pas vraiment ce que veut Stephen Harper. Parce que la priorité de M. Harper n’a jamais été d’investir dans les services de sécurité canadiens – même s’il a augmenté le budget de la GRC au dernier budget – mais d’augmenter de façon bien plus importante les dépenses militaires.

Tout au long de la campagne électorale, les conservateurs ont assez lourdement insisté sur le piètre état des équipements des Forces canadiennes et promis des réinvestissements importants.

Si M. Harper se trouve obligé, à cause des arrestations de Toronto, de changer ses plans et d’investir plutôt en sécurité domestique et – par la force des choses – en sécurité additionnelle à la frontière canado-américaine, il ne sera pas nécessairement très heureux.

Et si on veut mettre les Américains dans l’équation, ceux-ci demandent au Canada depuis plus de 30 ans de réinvestir dans leurs forces armées pour être capables d’assumer leurs obligations internationales, en particulier avec l’OTAN. Par contre, l’administration Bush a assez peu d’intérêt dans le nombre de policiers dans les rues de Toronto ou de Montréal.

Stephen Harper a démontré de façon très claire depuis son élection qu’il voulait tenir ses promesses électorales. Or, en matière de sécurité, ses promesses touchaient d’abord et avant tout les Forces armées canadiennes.

Il n’aura sans doute pas le choix que d’augmenter certains budgets touchant la sécurité domestique, que ce soit ceux de la GRC ou du SCRS. Mais ce n’est ni son idée, ni sa priorité. Et, en ce sens, les arrestations de Toronto sont un incident dont il aurait pu se passer.

Et tant pis pour les tenants des diverses théories du complot.




Un complot qui tombe à point

Hélène Buzzetti
Le Devoir mercredi 7 juin 2006

Ainsi, les jeunes musulmans arrêtés à Toronto ce week-end planifiaient de décapiter Stephen Harper et de prendre en passant quelques otages dans l'édifice du Parlement. Le scénario donne froid dans le dos, mais il fournit aussi au premier ministre conservateur une chance unique de foncer tête baissée avec son programme axé sur la loi et l'ordre en sachant que la population sera davantage prête à le suivre.

Stephen Harper est un premier ministre chanceux. Très chanceux. Autant son passage dans l'opposition aura été ingrat, au point de lui donner l'envie de quitter la politique, autant les planètes s'alignent pour lui depuis qu'il a pris la tête du pays. Avec l'arrestation de 17 présumés terroristes musulmans ce week-end à Toronto, M. Harper hérite d'un atout supplémentaire, un argument pour justifier les actions musclées qu'il a promis d'entreprendre en matière de justice. Un peu comme l'ont fait les Américains avec George W. Bush au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001, la population se ralliera certainement derrière son chef. À plus petite échelle, on s'entend.

Le complot éventé joue en la faveur de M. Harper de trois façons. Primo, il permet au premier ministre conservateur de se faire bien voir des États-Unis. Il est allé jusqu'à dire hier à la Chambre des communes que «les États-Unis sont, en général, beaucoup plus sécuritaires grâce aux politiques de sécurité de ce gouvernement qu'ils ne l'ont été grâce aux politiques de sécurité de l'ancien gouvernement». Simultanément, le premier ministre a pu rabrouer sans crainte les quelques élus américains qui ont osé parler de la «large présence d'al-Qaïda au Canada». Bref, il réussit la quadrature du cercle de se faire bien voir des Américains tout en leur assenant quelques coups qu'apprécie son auditoire canadien.

Secundo, les arrestations à Toronto créent un climat propice à l'acceptation de mesures de sécurité resserrées. En criminologie, on nomme le procédé «governing through crime», ou gouverner à travers la criminalité. Lorsque tout le reste va mal, un gouvernement a toujours la possibilité de se rabattre sur la lutte contre la criminalité, une valeur d'autant plus sûre que cette criminalité, en baisse constante, ne représente pas un défi considérable. Les conservateurs ont promis une série de resserrements du Code criminel envers lesquels la méfiance du public sera d'autant moindre que leur nécessité semblera démontrée : alourdir les peines reliées à l'usage d'armes à feu, augmenter le financement de la GRC, équiper les troupes militaires avec de plus gros avions, etc. Le danger pour l'équipe conservatrice sera de trouver le juste équilibre et de ne pas trop en faire.

Le troisième argument s'inscrit dans la même veine. Le Canada a adopté en décembre 2001 une Loi antiterroriste d'envergure. Une révision statutaire avait débuté l'automne dernier, mais elle s'était interrompue avec le déclenchement des élections. Le comité reprendra ses travaux sous peu. Plusieurs députés de différents partis désiraient suggérer au gouvernement des assouplissements. Le gouvernement pourra désormais tailler en pièces leurs arguments et justifier la conservation de la loi telle quelle.

***

La Loi antiterroriste conférait aux enquêteurs deux nouveaux outils : les arrestations préventives et les audiences d'investigation, par lesquelles ils peuvent contraindre une personne ne faisant l'objet d'aucune accusation à parler de ses relations et de son milieu. Ces deux éléments avaient semé l'émoi chez les défenseurs des droits civils. Après quatre ans d'application, ces dispositions n'ont été utilisées qu'une seule fois : une audience d'investigation dans le cadre de l'enquête sur l'explosion du vol Air India. Bref, comme le déclarait la ministre libérale Anne McLellan devant le comité en novembre dernier, «le fait que l'on recourt rarement à ces dispositions témoigne du discernement avec lequel on applique ces mesures».

L'argument inverse est possible. La Loi antiterroriste n'a d'aucune manière facilité l'arrestation de ce week-end. Les policiers, jusqu'à preuve du contraire, n'ont pas procédé aux détentions préventives ni aux audiences pour monter leur preuve contre les 17 hommes interceptés. Tout au plus les accusations sont-elles déposées en vertu de cette loi. Là encore, les actes reprochés auraient été tout aussi illégaux en vertu du Code criminel d'avant 2001, mais ils débouchent désormais sur des peines plus sévères, pouvant atteindre 14 ans de prison.

***

Il faut se tenir loin des thèses de complot, mais il faut rester suffisamment lucide pour ne pas écarter la possibilité que les policiers aient voulu, grâce à la médiatisation des arrestations de ce week-end, faire une fleur à un gouvernement plus ouvert à leurs requêtes. Il faut quand même se rappeler que l'arrestation en août 2003 de 21 personnes soupçonnées d'appartenir à un réseau terroriste n'avait été apprise qu'une semaine après les faits. (Les accusations de terrorisme se sont révélées un véritable pétard mouillé. Les hommes ont été expulsés.) En outre, font remarquer certains analystes, les policiers ayant pris part à la vente du nitrate d'ammonium au groupe de présumés terroristes contrôlaient en partie le timing.

Penser que la politique est totalement absente dans ce genre d'arrestations spectaculaires relève de la naïveté. Les forces policières de tout acabit poursuivent leur propre plan corporatiste -- certainement bien intentionné -- pour obtenir toujours plus de ressources afin de mener à bien leur mandat de maintenir l'ordre. Lorsque le numéro deux du Service canadien de renseignement sur la sécurité, Jack Hooper, a déclaré devant le comité sénatorial la semaine dernière que des cellules terroristes étaient en activité au Canada et a laissé entendre qu'il ne disposait pas d'assez de ressources pour vérifier tous les immigrants provenant du Pakistan et d'Afghanistan, il savait parfaitement ce qui s'en venait. Les forces de l'ordre ont toujours joué à ce petit jeu avec l'opinion publique pour rappeler leur importance. Avec les conservateurs au pouvoir, il ont enfin un partenaire avec qui danser.

hbuzzetti@ledevoir.com




TOUT VA BIEN

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE mercredi 7 juin 2006

Les souverainistes ont perdu l’initiative.
Robert Laplante

Il y en a qui disent 
que ça va mal au PQ
que des départs sont à prévoir
que Boisclair n’est pas à la hauteur
qu’il va mordre la poussière
que son placard est moins vide que sa coquille
que dans son entourage, Boisclair est surnommé le « fif » à Boisclair
qu’il n’est pas épaulé par les membres de son parti
que les gens des régions sont réticents à voter pour un politicien homosexuel
qu’il a été élu pour ne pas faire l’indépendance
que Charest va remporter les élections.
Il y en a qui disent 
que la souveraineté du Québec
est plus qu’improbable.

Heureusement, il fait beau, il fait chaud.
Les nouveaux bébés sourient au printemps
les filles s’habillent comme Britney Spears
les femmes comme leurs filles
les gars se perdent dans leur accoutrement de joueur de ballon-panier à casquette
les hommes ressortent leurs sandales orthopédiques mais gardent leurs chaussettes.
Tout va bien.
On peut se réveiller le matin
sans avoir en tête l’indépendance du Québec
sans craindre un décollement du cerveau
à force de chercher les mots
pour convaincre.

Maintenant que les dés sont jetés,
on va pouvoir passer à autre chose.
Rénover, redécorer, remeubler,
voir à son petit confort au foyer.
On va renouveler les électroménagers
planter des fleurs, des arbres
installer la piscine hors terre
le parasol incliné au-dessus de la table du jardin.
Le 24 juin, on ira remplir notre panier d’épicerie
à la SAQ de la Petite Italie.
On va dépenser pour se consoler
même si chaque objet acheté 
a contribué à détruire l’environnement
même si chaque objet acheté
a provoqué la mise à pied
d’un travailleur québécois
même si on n’a pas l’argent.

À l’automne, on s’avouera qu’on est tellement bien chez soi.
Home Depot sweet Home Depot.
On a tout pour être heureux.
Pourquoi se séparer du Canada ?

Il y en a qui disent
que l’Indépendance se fera tout de même
que les provinces bien nanties de l’ouest
chercheront à se départir du Québec
qui n’est plus ce qu’il a été.
Il y en a qui disent
que c’est peut-être la meilleure solution.
Il y en a qui disent 
qu’il ne faut pas croire tout ce que l’on dit.





Canadian suspect 'planned to behead the Prime Minister'

Daniel McGrory
The Times 7 June 2006

ONE of the 17 suspects charged with planning a series of bomb attacks in Canada was accused yesterday of a plot to behead the country's Prime Minister, Stephen Harper (Daniel McGrory writes).

The dramatic claim against Steven Vikash Chand, 25, a restaurant worker in Toronto, was made as the suspects made a brief court appearance. The attack on Mr Harper was reportedly to happen when Islamic extremists were to storm the Canadian Parliament and hold politicians hostage.

Mr Chand's lawyer, Gary Batasar, said: "There's an allegation apparently that my client personally indicated that he wanted to behead the Prime Minister of Canada. My client has said nothing about that."

Mr Harper has held talks in recent days with President Bush about the case, which the FBI claims has links to six other countries, including Britain. The charges, which were read out in the Ontario Court of Justice, allege that Mr Chand plotted to hold politicians hostage until they could be exchanged for Muslim prisoners held in jails in Canada and Afghanistan.

Investigators with the Royal Canadian Mounted Police believe that the parliament building in Ottawa was among the targets to be bombed. Police claim that the group had obtained three tons of ammonium nitrate, which is three times the amount used in the bombing of the Oklahoma City federal building in 1995.

Fifteen suspects were brought to court amid tight security in Brampton, west of Toronto. They were all refused bail and remanded in custody for a further five days.

Two of the suspects who were arrested were already serving prison sentences for smuggling guns into Canada and did not appear in court yesterday.

A list of charges alleges that 12 men, aged 19 to 43, were participating in a terrorist group. Nine face charges of receiving training from a terrorist group, while four are charged with providing training.

Six of that group are accused of taking part in a plan to "cause an explosion" likely to cause death, injuries and property damage. Three were charged with the illegal importation of guns and ammunition. Police also arrested five teenage suspects, who cannot be named for legal reasons. The charges against the five were not made public.

Lawyers were given an eight-page synopsis of charges against the men and bail hearings were set for June 12. Last night police said that they expected to make more arrests. "We have by no means finished this investigation," Mike McDonell, deputy commissioner for the Royal Canadian Mounted Police, said. "In fact, you might look at it that, really, we are just starting with the arrests. We have a responsibility to follow every lead."

A US official involved in the international investigation said that he believes the Canadian suspects were "pretty far along in terms of attack planning". He alleged that some of the men had been in contact with Islamic extremists in Britain.

Officials say that many of the 17 suspects had been radicalised "in a short period of time". Families and friends of those arrested claim that they have no links to terrorism and say the police have made a mistake.

But Faheem Bukhari, a director of the Muslim Community Centre in Mississaugu, where six of the suspects are from, said: "These were very fun-loving guys, soccer-loving guys.

"Then all of a sudden they were not associating with guys they used to," Mr Bukhari added, referring to the younger suspects.




Canada Confronts Its Shadows Within

Carol J. Williams, Times Staff Writer
Los AngelesTimes June 6, 2006

Suspected terror plot shakes the nation's self-image of openness and security.

MISSISSAUGA, Canada - In a country that celebrates cultural diversity, a suspected terrorist plot has shattered the image that many Canadians have of themselves as more secure, more generous and more likable than their U.S. neighbors.

From Muslim shopkeepers in multicultural neighborhoods such as this one to intellectuals debating social policy in Toronto and Ottawa, Canadians have been forced into a disturbing confrontation with the idea that global terrorism may have found fertile soil within their own boundaries.

"I thought this was a very safe country. That's why we came here from Pakistan," said Anjun Ahmed, a 54-year-old convenience store owner who moved to this thriving Toronto suburb, the fastest-growing in Canada, nearly two years ago from Rawalpindi. "This is very bad. If they [the suspects] were really going to do these things, people will be afraid and won't come here."

The 17 men and youths arrested over the weekend for allegedly plotting to blow up Canadian national landmarks were to be arraigned today on charges including participation in a terrorist group. Three also face weapons-smuggling charges, six have been charged with intent to carry out a bombing on an undisclosed target, and nine stand accused of taking part in a terrorist training course, according to documents filed with the Ontario Court of Justice.

Like the homegrown British extremists who bombed London's transit system in July, Canada's alleged perpetrators of immigrant origin were mostly long-settled citizens whose families had fled poverty and oppression in Somalia, the Middle East, the Indian subcontinent and the Caribbean.

Like the Al Qaeda and Taliban extremists who practiced bomb-making and firearms use at secret camps in Afghanistan before Sept. 11, the Canadian suspects allegedly trained at a clandestine base north of here near remote Lake Simcoe, covering their tracks by dismantling the facility after the sessions in November and December.

And like Timothy McVeigh, whose 1995 bombing in Oklahoma City killed 168 people, the Canadian suspects allegedly had amassed ammonium nitrate - three times as much as McVeigh used in the worst act of domestic terrorism on U.S. soil.

Though the men, means and methods prompted comparison to past attacks, Canadian analysts and observers were saddened and offended that the accused plotters would want to harm their nation.

"Terrorists always try to target peaceful places because it's easier to hit a place where people don't think such things can happen," said Mohsin Ali, a 20-year-old Ryerson University engineering student who came here with his family two years ago from Karachi, Pakistan.

"My children go to college and school here. They don't have problems," said shop owner Ahmed, who invested his life savings in the shop adjacent to the strip-mall mosque where most of the arrested terrorism suspects worshipped. "I'm disappointed."

The attacks have quickly led to acts of anti-Muslim retaliation.

Thirty windows were smashed by vandals early Sunday at the huge International Muslims Organization of Toronto mosque in the Rexdale neighborhood just north of here, an incident its Guyanese founder, Omar Farouk, said Muslims were "hoping and praying was an isolated incident."

"The Canadian people are very loving and kind - equally are the Muslims," said Farouk, whose mosque is attended by nearly 20,000 people and serves as a gathering place for interfaith community events.

The view of Canada as removed from the immigrant frictions and diplomatic strains suffered by its superpower neighbor may be outdated, said Audrey Macklin, a University of Toronto law professor who specializes in immigration, refugee and citizenship affairs.

"There is a desire in Canada to see ourselves as very different from the United States. Whatever we are, we are not the United States," she said, citing the nation's more liberal immigration policy and rejection of go-it-alone military actions. Canada has declined to be part of the U.S.-led forces involved in the war in Iraq.

"We're not a priority target the way the United States is, but that doesn't mean we are protected," she said, adding that Canadians "picture themselves as being thought of as nicer than the United States."

Yet even the best justice system in the world could not eradicate crime, and neither can all acts of extremism be prevented, she said, warning that "no country should be smug enough to think it's immune."

Toronto Mayor David Miller gave voice to his country's collective reluctant realization that vulnerability to extremist violence might be a price paid by an open society unwilling to rein in its rights and freedoms.

"We didn't, as Canadians, expect this, but obviously it is part of modern reality," he told CBC Radio.

David Rudd, president of the Canadian Institute of Strategic Studies, said Canada's liberal immigration policy and generous social spending were laudable. And he brooks no argument from those looking for justification in any disaffection among the alleged would-be bombers, only two of whom are older than 25.

"Certainly the political landscape of this country is very, very amenable to people from foreign countries and non-Anglo-Saxon cultures coming here and living in peace and getting ahead in their lives," said Rudd, applauding the government's emphasis on accepting the cultural individualities of newcomers rather than seeking homogenization.

Unlike the suburban ghettos that have sprung up around major European cities, Canada's nearly 6 million immigrants live scattered throughout the country of 32 million people. They reside primarily in leafy bedroom communities such as Mississauga, a largely immigrant venue but one where Jamaican jerk shops, Arab kebab stands, sushi bars and Indian restaurants stand side by side with burger stands and doughnut shops in suburbs and strip malls. One school of thought gaining traction in explaining why Canada could become a terrorism target for Muslim extremists is its very liberal, consumer-oriented and socially permissive nature, Rudd said.

"To some people, that situation is offensive or degenerate, that women should be allowed to walk down the street wearing a halter top," he said.

Some who espouse radical or ultraconservative views on the practice of Islam come to Canada for its generous welfare and professional opportunities, often quietly harboring resentment of their environment but at times acting on what they see as blasphemous, he said.

Prime Minister Stephen Harper offered a similar explanation to Canadians the day after the country's largest anti-terrorism sweep since the aftermath of Sept. 11.

Canada's focus on Muslim extremism intensified after the 1999 arrest of Algerian national Ahmed Ressam as he attempted to cross from British Columbia into Washington state. Ressam was caught with a carload of explosives and convicted of planning to use them to bomb Los Angeles International Airport on New Year's Eve. He was identified as a member of a Montreal-based terrorist cell with links to Al Qaeda camps in Afghanistan.

Harper, speaking of the new suspected plot, said in a national address: "Their alleged target was Canada, Canadian institutions, the Canadian economy, the Canadian people.

"We are a target because of who we are and how we live, our society, our diversity and our values - values such as freedom, democracy and the rule of law," he said. "The values that make Canada great, values that Canadians cherish."

Special correspondent Jason Chow in Toronto contributed to this report.




Canada faces 'jihad generation'

Rebecca Cook Dube Correspondent of The Christian Science Monitor
Christian Science Monitor June 6, 2006, Tuesday

All 17 people arrested lived in Canada; all but two were under age 26.

Canadians are struggling to understand the threat of "home-grown" terrorism after the arrest of 17 Toronto-area young men in connection with what investigators said were plans to commit massive terrorist attacks in Canada.

The suspects all lived in Canada at the time of arrest; many are longtime residents and citizens. Like the perpetrators of last summer's London bombings, these young Muslims apparently became radicalized not in Al Qaeda training camps abroad but in suburban neighborhoods where they led relatively unremarkable lives.

Such home-grown terrorism is a growing concern, says security analyst John Thompson.

"The cops have a nickname for it - the jihad generation," says Mr. Thompson, president of the Mackenzie Institute, a Toronto think tank.

"These are kids at a transition, between Islamic society and Western society," he adds. "A lot of people will get militarized if they're unsure of their own identity." Plus, Thompson says, "They're just young and stupid. If you're 17, bored, restless, you want to meet girls - hey, be a radical."

Five juveniles were among the 17 males arrested Friday night and early Sunday morning on terrorism charges related to planned attacks with explosives on Canadian targets. The group allegedly bought three tons of ammonium nitrate - 1-1/2 times the estimated amount used to blow up the Alfred P. Murrah Federal Building in Oklahoma City in 1995 - according to Assistant Royal Canadian Mounted Police Commissioner Mike McDonell. Investigators says that the group was inspired by Al Qaeda, but that there is no evidence of a direct link to the organization.

"These individuals were allegedly intent on committing acts of terrorism against their own country and their own people," Prime Minister Stephen Harper said. "As we have said on many occasions, Canada is not immune to the threat of terrorism."

But here in Toronto, a city of 2.5 million people that prides itself on its multiculturalism and tolerance, the arrests came as a shock to many.

"That's really disturbing, to think it was a Canadian citizen. How is that for a low blow? It's 'Hello Toronto, wake up,'" says the neighbor of one of the suspects, 25-year-old Steven Vikash Chand. She asked not to be named, fearing repercussions from friends of the arrested man.

Another neighbor, Jack Lovell, says nothing about Chand set off alarm bells on the quiet, suburban street. "I knew him enough to say hi, [and] wave," Mr. Lovell says. "Seemed like nice enough people."

A 2005 Canadian government report on the homegrown terror threat, declassified and obtained by the National Post newspaper under Canada's Access to Information Act, described the paths to radicalism taken by Canadian youth: "

The reasons for this are varied, and include parental influence, the efforts of charismatic spiritual leaders with extremist views, and a general sense of anger at what is seen as Muslim oppression. There does not appear to be a single process that leads to extremism the transformation is highly individual."

By far the oldest Canadian suspect arrested over the weekend - all but two of whom are aged 25 or under - is 43-year-old Qayyum Abdul Jamal, a school bus driver and an active volunteer leader at the Al-Rahman Islamic Centre in Mississauga, a western Toronto suburb. Mr. Jamal's extreme interpretations of Islam alarmed some of the other leaders at the storefront mosque, according to the Toronto Star newspaper. But because he acted as a volunteer caretaker who would always make time to open the doors of the mosque for daily prayer services, the directors relied on him. Jamal was frequently surrounded by young men and teenagers who seemed to hang on his every word, the paper reported.

Sheikh Husain Patel, an imam across town at the Islamic Foundation of Toronto, didn't know Jamal. But he says someone must have led the young suspects into extremism. "They were young kids, and they were taken down this road by someone," Mr. Patel says.

Police have said the Internet played a big role in the suspects' planning, Canada's ambassador to the US Michael Wilson told CNN. According to a report in the Toronto Star newspaper, the plot began in 2004 in a chat room, where anti-Western rhetoric quickly attracted the attention of the Canadian Security Intelligence Service (CSIS), which began monitoring the group.

The official report on the July 7, 2005, London suicide bombings also noted that the Internet is becoming a valuable tool for extremists: "The internet is widely used for propaganda; training (including in weapons and explosives); to claim responsibility for attacks; and for grooming through chatrooms and elsewhere."

And CSIS deputy director of operations Jack Hooper told a Senate committee last week that young Canadians are becoming radicalized through the Internet.

"They are virtually indistinguishable from other youth," Mr. Hooper said. "They blend in very well to our society, they speak our language, and they appear to be, to all intents and purposes, well-assimilated." Many of the Toronto-area suspects - whose parental origins range from Somalia to Egypt to Jamaica - are described by friends and neighbors as normal young adults - some with well-to-do parents, promising careers, and young families.

London authorities are also grappling with a similar lack of outward trouble signs as they try to glean lessons from last summer's bombings. "[The London bombings] case demonstrates the real difficulty for law enforcement agencies and local communities in identifying potential terrorists," the official report on the London attacks said. "All four were open about their strict religious observance but there was little outward sign that this had spilled over into potentially violent extremism."

Patel, the imam, says that violence has no place in Islam, and mainstream Muslims must be more vigilant about protecting young people from getting caught up in violent movements inspired abroad.

"This is a wake-up call, especially for Muslim leaders.... We need to educate people about what Islam stands for" to prevent young people from being vulnerable to radical movements inspired aboard, says Patel.




The attacks that didn't happen


Chicago Tribune June 7, 2006 Wednesday

EDITORIAL - There's no bright-line test to distinguish nonchalance from oblivion. So the sluggish reaction of many Americans to the news of terror planning in the Canadian province of Ontario may qualify as both lame and foolhardy. Tuesday's allegation that one suspect was plotting to storm Canada's parliament and behead officials--including the prime minister--is but one more sensational twist on a troubling drama.

If you've missed the story: Authorities have arrested 17 males--five of them teenagers--and say that an international search for allied terror suspects is very much ongoing. The 17 suspects, evidently inspired by Al Qaeda but not formally tied to that group, allegedly planned a series of explosive attacks on the parliament in Ottawa and on other high-profile targets, likely in Toronto.

Although the details still are unfolding, officials say the men plotted to use three tons of ammonium nitrate fertilizer to fashion massive bombs. That's roughly triple the amount Tim McVeigh and Terry Nichols used in 1995 to collapse much of the Alfred P. Murrah Federal Building in Oklahoma City.

Imagine the destruction if a series of similar blasts occurred today. Imagine the public mourning and recriminations. Instead, these appear to be the attacks that didn't happen.

Canadian authorities reportedly had been tracking the group through e-mail, Internet chat rooms and telephone conversations. The Associated Press quoted an unnamed U.S. official as saying investigators are looking for connections between the detainees and suspected Islamic militants held in the U.S., Britain, Bangladesh, Bosnia, Denmark and Sweden.

How close were any attacks? "It came to a point where our concern for the safety and security of the public far outweighed our appetite for collecting evidence," said Mike McDonell, deputy commissioner for the Royal Canadian Mounted Police.

Add it up and this case has the potential to encompass a perfect confluence of issues--fanatical terror plots, electronic eavesdropping, the presence of enemies within, data mining--related to the war against terrorism now being waged by the U.S. and many other governments.

The lack of any significant North American attack since Sept. 11, 2001, has lulled many Americans into thinking that preparedness, vigilance and resolve are yesterday's necessities. This Canadian case demonstrates the constant nature of the threat facing the U.S. and its allies--and the constant effort needed to preempt it.

Ready as many of us are to condemn government agencies that fumble terror investigations, we tend to fall silent when investigators do foil deadly plots.

If Canadian officials are correct, and if the FBI is right in saying two Georgia men met with some of the Canadians to assess bombing targets, then this takedown is a superb coup.

The lesson in this case for Americans: Yes, it's tempting to yearn for the doe-eyed simplicity of Sept. 10, 2001. Provided we accept the fact that it isn't coming back.




24 heures...

Dubuc, Alain
La Presse Forum, mercredi, 7 juin 2006

La menace terroriste n'aura pas pesé bien longtemps sur le Canada. Il n'aura fallu que 24 heures pour que le pays se découvre une autre menace, tout aussi pressante, celle de l'intolérance.

Sur le coup, l'arrestation de 17 hommes de la région torontoise se réclamant du radicalisme islamiste et le démantèlement d'un réseau terroriste bien de chez nous a provoqué tout un choc. Mais des gestes malheureux à l'encontre de mosquées à Toronto ont rapidement mené bien des gens à se préoccuper davantage de ces débordements contre les communautés musulmanes, jusqu'à vouloir nier la composante religieuse de cette dérive terroriste.

C'est là une expression, poussée jusqu'à l'absurde, de ce trait culturel profondément canadien qu'est le multiculturalisme, que partage totalement le Québec francophone. Où, au nom du respect de toutes les cultures et de toutes les pratiques religieuses, on en vient à banaliser l'indéfendable. Et où la political correctness commence à porter des germes d'autodestruction.

Il ne s'agit pas de minimiser ces gestes anti-musulmans qui ne sont rien d'autre que du racisme. Ces 17 hommes constituent une infime minorité au sein d'une population musulmane qui atteint, au Canada, les trois quarts de million. La quasi-totalité de ces concitoyens musulmans pratiquent une religion issue du même tronc commun que la tradition judéo-chrétienne, vénèrent le même Dieu et défendent les mêmes valeurs. Les débordements criminels sont le fait de petits groupes, auxquels on ne doit pas associer l'ensemble de la communauté musulmane.

Mais il doit exister une telle chose que la hiérarchisation des problèmes. On peut, sans déraper, affirmer que des corps déchiquetés par une bombe posent à une société des problèmes infiniment plus graves que quelques fenêtres brisées. Que la menace du terrorisme, avec ses ravages et sa haine, est infiniment plus destructrice que des débordements d'intolérance qui, au Canada, sont heureusement limités. Le fait de mettre sur le même pied les deux problèmes relève de l'inconscience.

Il doit également exister une telle chose que la réalité des faits. Bien des gens, y compris le chef de la police de Toronto, ont fait des contorsions remarquables pour éviter d'associer directement ou indirectement le réseau terroriste mis au jour à une religion, et ont soigneusement tenté de dénoncer tous les terrorismes, de toutes les origines, pour ne pas avoir à faire un lien avec l'islam.

Et pourtant, c'est quand même une évidence que les jeunes qui ont été arrêtés sont non seulement musulmans, mais qu'ils se réclament de la djihad islamique et qu'ils justifient leurs projets insensés par une interprétation déformée des enseignements de l'islam, qu'ils sont issus des courants fondamentalistes les plus dévots de cette religion, et qu'ils semblent avoir été recrutés près de lieux de prière. À l'heure actuelle, il n'existe pas, à Paris, à Londres, à New York, à Madrid, et maintenant à Toronto, d'autres formes d'extrémisme violent que cette variante islamique. En niant cette réalité, les bonnes âmes n'aident pas la cause du rapprochement, bien au contraire.

L'autre voie d'évitement, c'est la recherche des causes dites profondes qui expliqueraient ce terrorisme: l'oppression, la pauvreté, la réaction à l'injustice, l'exclusion. Aucune de ces explications, qui ont l'avantage de ramener la responsabilité ultime à l'Occident, ne s'applique à ces jeunes résidants canadiens de classe moyenne, qui n'ont pas vécu l'Intifada et qui ne sont pas parqués dans des cités de la banlieue parisienne.

Le seul déclencheur qui semble expliquer leur geste, c'est la colère contre l'oppression de frères musulmans ailleurs dans le monde, en Palestine, en Afghanistan. Une tendance à l'indignation sélective, qui oublie commodément tous les cas où les musulmans sont victimes d'autres musulmans, comme ce fut le cas avec les massacres de civils en Algérie.

Mais il sera difficile de combattre ces dérives sans s'attaquer de front au fondamentalisme musulman et à ses variantes idéologiques extrêmes qui professent une haine de l'Occident. Et cela passe entre autres, même si cela heurte les préceptes multiculturels, par une surveillance accrue de certains lieux de culte et de certains hommes de prière.

Cela passe aussi par la prévention, par un renforcement de nos liens avec les communautés musulmanes, pour les épauler en ces périodes de tension, mais aussi pour les appeler à une plus grande vigilance. Ce sont ces communautés qui sont les mieux placées pour déceler les excès de certains prédicateurs, le détournement des mosquées, les changements suspects dans le comportement de jeunes.

Cela devrait enfin nous amener à poursuivre le débat amorcé dans ces pages sur les libertés religieuses. On doit se demander si les concessions aux éléments les plus radicaux de l'islam n'encouragent pas le développement du terreau qui nourrit, surtout chez les jeunes, la tentation terroriste. Adubuc@lapresse.ca




La (trop?) grande séduction

Pratte, André
La Presse mercredi, 7 juin 2006

La veille de la Fête nationale des Québécois, le cabinet Harper se réunira à la Citadelle de Québec. Ce sera la première fois depuis la formation du gouvernement conservateur que le cabinet se retrouvera hors de la région d'Ottawa. La tenue de cette séance exceptionnelle de deux jours est la plus récente fleur de l'opération de séduction lancée par le premier ministre à l'endroit du Québec.

On a vu M. Harper rencontrer à quatre reprises son homologue québécois, Jean Charest; aucun autre premier ministre provincial n'a eu droit à autant d'attention. Chaque rencontre Harper-Charest a été médiatisée. À l'opposé, le premier ministre du Canada a rencontré celui de l'Ontario, en fin de semaine dernière, sans que quiconque de la presse en soit avisé.

Le gouvernement conservateur a réglé à la vitesse de l'éclair l'épineux dossier de la participation du Québec à l'UNESCO. L'entente a été signée en grandes pompes à l'Assemblée nationale.

Depuis son arrivée au pouvoir, M. Harper commence très souvent ses discours et points de presse en français et il ne manque jamais une occasion de vanter les politiques du Québec en général et de Jean Charest en particulier. " S'il existe un modèle pour l'avenir des relations intergouvernementales, je pense qu'il se trouve ici au Québec ", a encore dit le premier ministre, vendredi dernier, devant les maires des villes canadiennes.

Beaucoup de Québécois apprécient ces manifestations de bonne volonté de M. Harper. Le chef conservateur espère qu'ils l'en remercieront en votant en grand nombre pour son parti lors des prochaines élections. C'est de bonne guerre. C'est aussi bon pour le Québec et pour le Canada. Mais M. Harper devrait prendre garde de trop en faire, de courtiser le vote québécois avec tellement d'insistance (d'indécence presque...) qu'il ne provoque une réaction négative dans le reste du pays.

Déjà, des grognements se font entendre de ce côté-là. Ça ne fait que commencer. La vieille perception, commune au Canada anglais, que le Québec est l'enfant gâté du pays sera ravivée si le gouvernement fédéral donne suite aux recommandations du comité d'experts sur la réforme du programme de péréquation, comité dont le rapport a été publié lundi.

Ces recommandations sont fondées sur une démonstration et des principes clairs. Formé sous l'égide du gouvernement Martin, le comité est tout sauf politique. Ses suggestions redonneraient à ce programme-clé de la fédération la cohérence qu'il a perdue, en particulier à la suite de décisions de ce même gouvernement Martin. Mais voilà, il se trouve que le Québec serait de loin la province qui profiterait le plus des changements proposés, recevant 1,6 milliard de plus l'an prochain que sous le système en place. Cela vient du fait que la formule actuelle est relativement désavantageuse pour le Québec. Mais allez expliquer cela aux contribuables de Terre-Neuve (-200 millions) et de Colombie-Britannique (-460 millions)!

Le fédéral doit donc aborder ce dossier avec beaucoup de doigté. Dans ce contexte, il ne faudrait pas que la cour débridée du premier ministre conservateur envers les Québécois en vienne à désavantager le Québec sur les questions de fond. Pour les Québécois, il importe peu que les réunions du cabinet aient lieu à Ottawa, Québec ou Iqaluit. Ce sont les décisions prises qui comptent.




Canadian core values are for all citizens


The Gazette (Montreal) June 7, 2006 Wednesday

EDITORIAL - Perhaps the most disturbing fact of last week's arrests is that most of the 17 people charged with conspiring to wage a war of terror on Canadians were, in fact, Canadians themselves. As one anonymous federal official put it: "Most of them went through the school system here. They're not just off the plane. So there will be some questioning going on."

The questioning should have started long ago. In our commitment to multiculturalism, Canada seems to have lost any sense of what we expect of new citizens. Once they've put in their three years as landed immigrants, becoming a Canadian entails little more than demonstrating a facility in French or English and answering a few risibly simple questions on Canada.

With that and an oath, newcomers inherit an impressive set of rights and privileges, all constitutionally guaranteed. But their duties and responsibilities are left vague and undefined.

That has to change. Citizenship is a reciprocal agreement, and immigrants need to know not just what they're entitled to, but also what's expected of them. Many of them no doubt find the oath of allegiance to the Crown archaic and meaningless, but it entails a very real commitment on their part. It binds them not simply to the woman whose face appears on the $20 bill but to a long tradition of laws, principles and conventions that goes back beyond Magna Carta to the witans of the Saxon kings, and that culminates in the Charter of Rights and Freedoms. And it is important that all Canadians - not just immigrants - understand that.

In the wake of 9/11 and the terrorist attacks in Madrid and London, other countries are wrestling with the same questions. Some go too far. The Netherlands, for example, is considering introducing a compulsory "moral contract" for new arrivals that would test their response to such things as gay intimacy and topless sunbathing. The German state of Baden-Wurttemberg asks citizenship candidates how they would react if their adult son declared that he's a homosexual and would like to live with another man.

Whatever Dutchness or Bavarianism entails, Canadianism does not require adherence to any politically correct (or incorrect) agenda. You don't have to approve of your adult son's sexual orientation to be a Canadian. In fact, you can chuck him out of the house and refuse to have anything more to do with him if you like, and still be a good citizen. Nor should support for medicare, free trade, the military commitment in Afghanistan or any other government policy be a litmus test of loyalty. You don't even have to like hockey, though it helps.

John Ibbitson of the Globe and Mail had it right when he said that Canada already has its "moral contract" - it's the Charter of Rights, the constitution, and the body of common and statutory law that govern us.

But although there's nothing to be learned from the Dutch and the Germans, perhaps Canada could borrow a leaf from Prime Minister Tony Blair's play book. Britain is considering compulsory courses for high school students on how such "core British values" as democracy, freedom of speech, fairness and responsibility developed through history.

Those are our core values, too, though we tend to take them for granted or lose sight of them. Sometimes we even belittle them, in a misguided attempt to be "respectful" of other cultures that might not hold them in such high regard.

We have to end that, and make sure that all citizens - native-born and new arrivals alike - know and understand the principles that undergird our society. Serious, rigorous courses for students and immigrants, perhaps even with tests, make sense. Citizenship should not be taken lightly by anyone.

It is important to remember that those principles do not form a cultural straightjacket, but a remarkably broad and sturdy consensus that has room for plenty of variation, from Hutterite farmers and Benedictine monks to swingers' clubs and Marxist-Leninist think tanks. And nothing excuses rejection of that consensus - not sharia, not war in Iraq or walls in Palestine, not occupation in Afghanistan or cartoons in Denmark.

The vast majority of Canada's immigrants do, in fact, honour the web of law and convention that protects our liberty and our safety, and at the risk of sounding patronizing, we're happy to say that would certainly include nearly all of the two per cent of Canadians who adhere to Islam. Many of them came here specifically in search of those freedoms and those protections.

And it is important that we keep last week's events in perspective. The alleged actions of a handful of angry and misguided young men do not detract from the fact that immigrants of all sorts have not only internalized the Canadian consensus and made it their own, but have shown a remarkable ability to integrate themselves into just about every aspect of Canadian life without sacrificing their own culture and traditions.

A couple of years ago, when the Calgary Flames were making their brave but ultimately unsuccessful run for the Stanley Cup, many Canadian newspapers published a picture above that illustrated the truth of this statement better than 1,000 words. It showed a group of Muslim schoolgirls, all in long dresses and hijabs, holding up a sign that said "Honk if your with the Flames."

Even their grammatical mistake, please note, was typically Canadian.




Boisclair opte pour Pointe-aux-Trembles

Lessard, Denis
La Presse mercredi, 7 juin 2006

Une chicane se dessine pour l'investiture péquiste dans Taillon

Québec - Par dépit, le chef péquiste André Boisclair annoncera dans les prochaines heures qu'il se présentera à l'élection complémentaire dans la circonscription de Pointe-aux-Trembles, laissée vacante par le départ de la députée Nicole Léger.

Et, décision susceptible de cristalliser la mauvaise humeur des militants péquistes, l'ancienne présidente du PQ, Marie Malavoy, annoncera en même temps sa candidature dans Taillon, avec l'approbation tacite du chef. Il s'agira d'un premier test important pour M. Boisclair, dont l'arrivée à la tête du PQ n'a pas soulevé d'enthousiasme, si on en croit les sondages.

Selon les informations obtenues par La Presse, M. Boisclair annoncera qu'il a opté pour Pointe-aux-Trembles à la veille du Conseil national de la fin de semaine, à Saint-Hyacinthe.

L'ancienne circonscription de Nicole Léger restait un second choix pour M. Boisclair, qui espérait se présenter dans la circonscription plus urbaine d'Hochelaga-Maisonneuve. Celle qui y est députée depuis 25 ans, Louise Harel, lui avait laissé entendre, directement, qu'elle songeait à la retraite. C'est pourquoi, rappelle-t-on, M. Boisclair avait ouvertement parlé de " candidates " dans les circonscriptions de Pointe-aux-Trembles et de Taillon- que venait de libérer Pauline Marois. Et lui, il comptait bien atterrir ailleurs, dans une circonscription au profil plus proche de son ancien fief, Gouin.

Depuis, Mme Harel s'est ravisée, confient des sources au PQ, jugeant qu'on lui avait ouvert avec trop d'empressement la porte de sortie. Sentant le vent tourner, M. Boisclair avait déjà il y a un mois signalé à la direction du PQ dans Pointe-aux-Trembles qu'elle devrait attendre à la fin de l'été pour une assemblée de mise en candidature. Avec sa décision, plus rien n'empêche la tenue d'une assemblée d'investiture dans l'ancienne circonscription du regretté Michel Bourdon.

Les signes envoyés par Mme Harel expliquent le long moment d'hésitation de M. Boisclair. Il y a désormais près de trois mois que Mme Léger a annoncé son intention de partir le 1er juin.

Turbulences dans Taillon

L'atterrissage d'André Boisclair se fera en douceur dans Pointe-aux-Trembles, mais il en ira tout autrement dans Taillon, que les dirigeants du PQ veulent donner à Marie Malavoy, ancienne ministre de Jacques Parizeau, longtemps première vice-présidente du PQ.

Cet atterrissage de Mme Malavoy, qui a rencontré la direction péquiste dans Taillon cette semaine, cause déjà du mécontentement chez des militants, qui ont téléphoné à La Presse pour manifester leur déception. Car, depuis des mois, Dominique Ollivier, ancienne employée politique d'André Boisclair actuellement au cabinet de Gilles Duceppe, se préparait à se porter candidate dans cette circonscription acquise au Parti québécois.

" Je trouve cela dommage, parce que c'est M. Boisclair lui-même qui en mars dernier m'avait incitée à me porter candidate dans Taillon ", a dit simplement Mme Ollivier, jointe hier. Même si Mme Malavoy se présente, Dominique Ollivier restera sur les rangs. Déjà, cette ancienne employée du cabinet de M. Boisclair avait été mise de côté par son ancien patron quand le temps était venu de trouver un candidat pour Gouin. M. Boisclair, comme Pauline Marois d'ailleurs, avait appuyé Nicolas Girard. Louise Harel était restée derrière Mme Ollivier.

Mme Malavoy annoncera son intention juste avant le Conseil national, confie-t-on chez les dirigeants du PQ. Mme Ollivier compte annoncer qu'elle briguera aussi l'investiture, le 13 juin, date de son anniversaire de naissance.




Les temps ont changé

René Marcel Sauvé, géographe, spécialisé dans l'étude des États et auteur de Géopolitique et avenir du Québec.
TRIBUNE LIBRE mercredi 7 juin 2006

Harper n'a pas reconnu le Québec comme le foyer national d'un peuple et l'assise de son État naturel. C'était au passé. Le présent est autre chose et je ne crois pas qu'Harper vive d'idées fixes. Il ne me fait pas cette impression.

Les temps ont changé et les temps changent très vite maintenant.

Avec l'échec magistral des commandites, ni Harper ni personne d'autre au Canada anglais ne peut ignorer le FAIT FONDAMENTAL QUE NOUS, QUÉBÉCOIS, SOMMES ALLÉS BEAUCOUP PLUS LOIN QUE LA "SOCIÉTÉ DISTINCTE".

Nous avons bel et bien fait du Québec notre foyer national et l'assise de notre État naturel aux possibilités optimales. Personne ne peut plus le nier. La preuve est là sur place, au terme de 400 ans de travail.

Si Harper se présente aux fêtes du 24 juin, c'est parce qu'implicitement et explicitement, il le reconnaît mais ne peut l'écrire ni l'exprimer autrement que par un geste symbolique et c'est dans ce sens que nous devons le voir et exploiter la situation pour faire avancer nos véritables statuts, de fait comme de droit: Le Québec est notre foyer national, (The home of a people, comme l'avait déjà déclaré Lester B. Pearson) et l'assise de notre propre État, naturel, apte et capable d'agir comme tel.

Nous serions naïfs et bêtes de ne pas exploiter cette situation qui nous est offerte.

Prenez comme exemple le cas de dame Michaëlle Jean et de son mari, deux "séparatistes" notoires mais que les spéculations sans fondements solides ont réduit à ne plus savoir ce qu'ils sont au juste.

La Reine en a été informée mais elle avait un précédent que j'ai soulevé dans un article qui a été publié au Devoir: le cas de l'acteur écossais Sean Connery, (James Bond), séparatiste notoire, partisan de l'indépendance de l'Écosse, qui a fait cadeau de plus d'un million de livres ou d'euros au Scottish National Party, et qui a été fait chevalier par la Reine elle-même, au château de Holyrood en Écosse par dessus le marché. La Reine ne portait ni tiare ni couronne à cette cérémonie. Elle le faisait en son titre personnel de femme libre malgré sa fonction.

Le précédent de Sean Connery a servi à Michaëlle Jean et son mari. La Reine a reconnu sans histoire sa nomination comme Gouverneure Générale du Canada. Elle sait que le poste ne représente plus ce qu'il représentait. Elle le sait mieux que les Québécois les plus séparatisses et les plus enragés mais elle sait que c'est tout ce qu'elle peut faire dans sa position. Les temps ont changé et comme la Reine n'est pas une idiote, elle s'adapte comme elle le peut et sait jusqu'où elle peut aller dans chaque circonstance. Autrement, elle aurait perdu sa place depuis longtemps.

Il y a des choses qu'on ne peut pas affirmer en public autrement que par des gestes et des signes. Pour beaucoup de monde, à l'esprit réduit et qui vivent de déclarations simplistes et provocantes, il faut que tout soit dit par des mots qui disent tout et ni disent finalement rien.

En politique, les politiciens les plus compétents ont souvent beaucoup de difficultés à se faire comprendre.

Exemple: Lucien Bouchard, que des morons n'ont pas cessé d'interpréter à leur manière et de chercher à détruire. Sous les pressions déprimantes des idiots, des morons et des imbéciles dont se repaissent les journaux jaunes, l'homme et la femme doués d'intelligence, qui savent qu'ils ne peuvent que suggérer, non proposer, finissent par craquer. L'imbécillité a toujours été plus forte que l'intelligence, qui finit par se faire valoir à long terme et en position de faiblesse. Autrement, elle est l'inertie: elle n 'est pas l'intelligence.

L'essentiel, il faut que le discours de circonstance de Harper dise clairement qu'il est honoré de se joindre à la FÊTE NATIONALE DES QUÉBÉCOIS.

S'il le fait, ce ne sera pas le temps de crier ni se tirer en l'air, mais de comprendre que quelque chose d'important vient de changer dans ce qu'on appelle communément fédération canadienne. Par rapport à l'État unitaire et arbitraire des libéraux, ce sera le signe d'un déplacement réel des rapports de forces dans l'espace continental canadien. Pour le reste, Harper ne peut faire autrement que s'accomoder avec la politique mise en place ad vitam aeternam par la clique.

Si Harper peut voir les signes des temps, à nous d'en faire autant. Il faut savoir lire entre les lignes.




Mr. Pratte, pourquoi alors tenir autant au Canada?

Frédéric Labrie
TRIBUNE LIBRE mercredi 7 juin 2006

Dans son édito de ce mercredi, André Pratte met en garde Stephen Harper de ne pas trop courtiser le Québec sous peine de s’attirer l’antipathie de son électorat naturel de l’ouest canadian. Je me demande comment M. l’éditorialiste gescatien peut honnêtement rester fédéraliste après un tel aveu.

En réalité, il vient de concéder que le Québec ne sera jamais à sa place dans le Canada en prétendant qu’un premier ministre, malgré que celui-ci refuse de reconnaître l’existence même du peuple québécois et qu’il fut un des plus farouches opposants aux accords de Meech et Charlottetown, puisse éveiller les foudres du Canada anglais (quel pléonasme) en venant passer son 24 juin à Québec.

Malgré que M. Pratte considère comme une remarquable avancée le fait de réchauffer un siège de sous-fifre à l’Unesco, cette entente, annoncée avec tambours et trompettes, n’en demeure pas moins la négation d’une doctrine Gérin-Lajoie à laquelle, jusque-là, aucun gouvernement québécois n’avait renoncée. Or, il semble que d'ors et déjà, Harper serait trop généreux… S’il est vrai que les miettes qui ont jusqu’ici été « concédées » au Québec peuvent irriter le Rest of Canada, quelle leçon devrait naturellement tirer notre powercorporatien s’il possédait une once d’honnêteté intellectuelle? À décrire le recul monumental de l’entente sur la sugétion du Québec au Canada à l’Unesco comme une avancée spectaculaire, ce n’est pas étonnant de le voir continuer de croire que le peuple québécois devrait se sentir chez lui au sein d’une fédération qui voudrait bien le voir disparaître… Un bel exemple de double pensée orwellienne!

Tant qu’à avoir des voisins comme ça, j’aime autant mieux qu’ils restent dans leur cour ! Qu’André Desmarais-Pratte se rassure, le 24 juin prochain, il y aura bien quelques méchants séparatistes pour indiquer à Stephen Harper qu’il n’est pas le bienvenu et permettre aux red-neck de l’en apprécier davantage! Et ce sera rétablir le bon sens auquel le journal « La Paresse » ne saurait honnêtement prétendre depuis longtemps…