The Gazettecloue Ryan et Johnson au pilori

GILLES LESAGE

LeDevoir 7-8 février 1998



The Gazette se déchaîne, aussi bien en éditorial que dans de nombreuses chroniques, contre «l'aveuglement» de Claude Ryan et de Daniel Johnson, au sujet de la Cour suprême et d'une éventuelle sécession du Québec.

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D'entrée de jeu, The Gazette insiste sur deux points fondamentaux. «Premièrement, la règle de droit doit prévaloir, quel que soit le choix du Québec quant à son avenir politique. Ensuite, si le gouvernement du Québec a l'intention d'agir illégalement dans sa poursuite de la souveraineté, les Québécois ont le droit de le savoir.. »

«Mais M. Johnson, chef des forces fédéralistes au Québec, appuie aveuglément la position de l'ancien chef Claude Ryan, qui prétend que la Cour suprême n'a pas à statuer sur une déclaration unilatérale d'indépendance.»

Le Canada n'est pas une prison, mais si le Québec veut s'en séparer, le reste du pays aura son gros mot à dire en ce qui a trait au prix à payer. «Et, en toute vraisemblance, ce prix sera très élevé. Ce qui importe, conclut The Gazette en édito, anonyme, c'est que toute négociation se fasse de manière légale et ordonnée, pas à la suite d'un coup d'État où les garanties constitutionnelles sont disparues.»

Dans cette foulée, les columnists du quotidien montréalais s'en donnent à coeur joie, surtout sur M. Johnson, celui que Don Macpherson appelle «l'homme oublié, forcé de faire la queue du chien de Claude Ryan...» Il n'en revient pas des indignités auxquelles le chef libéral accepte de se soumettre, dans l'espoir de retourner un jour, par défaut, au bunker du gouvernement à Québec.

Dans une chronique précédente, Macpherson note que tout concourt à discréditer M. Johnson, y compris son éloge du premier ministre Bouchard dans la crise du verglas. «Mais le plus grave problème, pire encore que le leadership, c'est que trop d'électeurs francophones sont satisfaits du gouvernement actuel Et ce taux de satisfaction est le principal indicateur de la force du gouvernement en dehors d'une campagne électorale [...] Et les gouvernements québécois obtiennent presque toujours deux mandats. Quel que soit le chef de l'opposition.»

Macpherson déplore par ailleurs que les anciens chefs politiques Jacques Parizeau et Claude Ryan n'aient pas la gentillesse de se retirer gentiment comme le fit Robert Bourassa.

Paul Wells, un autre columnist de The Gazette, consacre aussi deux «colonnes» à poser des questions à M. Ryan et à contester ses prétentions. Il se dit convaincu que les arguments juridiques finiront par prévaloir.

Andrew Coyne, columnist pour la chaîne Southam News, y va plus carrément, qualifiant de cynique et de lâche l'attitude de ceux qui se prétendent les chefs fédéralistes québécois, aussi bien à Ottawa qu'à Québec. «C'est la tragédie du Canada: un pays dont les leaders ne sont même pas capables de se réveiller pour s'opposer à sa destruction, même pas là où ce serait accompli par des actes révolutionnaires. Ai-je dit "cynique'? Disons plutôt nihiliste»

On peut facilement prévoir que la presse de ce cher ROC (reste du Canada...) sera d'humeur aussi belliqueuse, à en juger par le titre du compte rendu (pas de l'édito) de l'avis de l'ancien directeur de ce journal à la Cour suprême, dans The Ottawa Citizen: «Claude Ryan se range avec les séparatistes.»

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