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Le renvoi en Cour suprême Mgr Turcotte fait son mea-culpaIl maintient que c'est au peuple de décider de son avenir PIERRE O'NEILL
LeDevoir 3-4 janvier 1998
En laissant entendre qu'il remettait en question la légitimité de la Cour suprême dans la cause sur la légalité d'une éventuelle déclaration unilatérale d'indépendance du Québec, en créant l'impression qu'il prenait position dans le débat constitutionnel, l'archevêque de Montréal a provoqué une levée de bouchers au sein de son diocèse. Il a reçu des centaines de lettres de fidèles catholiques anglophones. Il regrette de les avoir ainsi indisposés. Il reconnaît avoir glissé sur «une pelure de banane». En conférence de presse, hier, Mgr Turcotte a néanmoins réitéré sa conviction qu'un jugement de la Cour suprême ne réglera pas le problème. «La crainte que je partage avec d'autres demeure simplement que le recours à ce moyen, dont je reconnais la respectabilité et la légitimité, ne serve qu'à durcir des positions déjà exacerbées.» Sur le droit à l'autodétermination, sa position n'a pas non plus changé. Il ne doute pas un seul instant que c'est à «la population du Québec» qu'il revient de décider de son avenir politique. En cela, il ne fait que réitérer sa solidarité avec les déclarations faites par les évêques du Québec au cours des 20 dernières années. «Je suis très solidaire avec la déclaration qu'ont déjà faite les évêques. C'est qu'en finale, ça reste toujours au peuple à décider de son avenir.» Dans l'entrevue qu'il a accordée au Devoir et qui a été publiée le 29 décembre, le cardinal s'était exprimé sans retenue. Voici la transcription d'un extrait de cet entretien: «La Cour suprême dira ce qu'elle voudra. Même si elle dit qu'on n'a pas le droit de le faire, si le peuple décide de le faire, c'est le peuple qui est souverain. Je suis un démocrate. S'ils veulent s'amuser à se brancher là-dessus en Cour suprême ils peuvent bien le faire, mais si la majorité le décide, je ne vois pas comment un ordre de la Cour suprême pourrait empêcher le peuple de le faire. C'est au peuple de décider et non pas à la Cour suprême de nous dire si on a, ou pas, le droit de décider.» A l'invitation d'un journaliste, Mgr Turcotte a confirmé l'exactitude des propos qui lui ont été attribués. «Je ne reproche pas à M. O'Neill ce qu'il a fait, il a bien fait son métier, il a rapporté des choses. Je ne dis pas qu'il a rapporté des choses fausses, ce n'est pas vrai. C'est vrai que j'ai dit cela, mais les gens l'ont repris et sorti du contexte. Ce n'est pas de sa faute, ce n'est pas de la mienne. C'est vrai que je n'aurais pas dû le dire. C'est difficile à un moment donné de préciser ou tu peux ou ne peux pas aller, surtout dans des débats 'touchy'. Je me suis embarqué dans un sujet dont je n'aurais pas dû parler.» Etonné par l'impact médiatique de l'entrevue, accusé par des fédéralistes de s'être converti à la cause souverainiste, le cardinal a compris qu'il plongé l'Eglise dans l'embarras. Fustigé dans tous les médias anglophones, il n'a pas davantage apprécié que des ténors souverainistes s'empressent de récupérer ses propos pour enrichir leur arsenal. «C'est comme un viol de pensée.» Récupération d'une part et pressions insoutenables d'autre part, Jean-Claude Turcotte a sifflé la fin de la récréation et convoqué la presse pour couper court aux interprétations. Il a voulu qu'il soit bien clair qu'il n'est ni un tenant du NON ni un militant du OUI. «Comme pasteur de l'Église de Montréal et comme homme public, je tiens à affirmer clairement que mon intention n'a jamais été et ne sera jamais de soutenir l'une ou l'autre position politique concernant l'avenir de la Confédération canadienne en général ou du Québec en particulier.» Dans sa mise au point d'hier, le cardinal s'est limité à parler de la «population du Québec», ne faisant plus référence du tout à la notion de peuple, un terme qu'il estime «piégé», considérant la portée et la signification qu'en donnent les anglophones. Mais la mesure de la réaction de la communauté anglophone à son intervention l'amène à se demander s'il n'est «marqué» parce qu'il est un Québécois francophone.
Des regrets qu'il a exprimés, il ne faudrait pas conclure que l'archevêque de Montréal a pris la résolu de ne plus intervenir dans les débats de société. «Je reconnais qu'il ne vient pas aux responsables de l'Église de dicter leurs choix aux citoyens. Dans notre contexte, j'estime que l'ensemble du débat peut bénéficier l'éclairage des valeurs évangéliques.»
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