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Les astuces de la majorité qualifiéeLeur position est empreinte de cynisme, car ils savent très bien que de telles majorités sont inatteignables dans les sociétés pluralistes et quelles ne sont pas souhaitables, car elles supposent un unanimisme quils seront les premiers à dénoncer comme tribal.
Denis Monière 17 septembre 1998 Texte publié dans LeDevoir du 21 septembre 1998
Fidèle à son obsession de faire souffrir les Québécois, le ministre Dion cherche à multiplier les embûches sur la route de lémancipation nationale. Sil faut en croire ses raisonnements étriqués, un OUI à la souveraineté ne doit pas avoir la même valeur quun NON. Si une majorité de 50% plus un vote était suffisante pour adhérer à la fédération canadienne comme ce fut le cas pour Terre-Neuve ou encore pour valider les résultats des trois référendums précédents, il nen va pas de même pour le prochain référendum où cette fois-là, les souverainistes devront réunir une majorité qualifiée. Jean Chrétien a même laissé entendre quil faudrait placer la barre à 66% pour que le fédéral reconnaisse la validité du résultat et négocie. Les fédéralistes veulent ainsi se donner une marge de sécurité, car ils sentent que leurs arguments fondés sur la menace, la peur et le chantage font long feu auprès de lopinion publique québécoise. Ils ne comptent plus sur le débat démocratique pour convaincre les Québécois de demeurer Canadiens. Ils misent plutôt sur des artifices comptables qui donneront une prime au statu quo. Ils poussent à labsurde la logique du deux poids deux mesures puisquils estimeront avoir gagné le référendum si le NON lemporte avec 50% plus un, mais ils reconnaîtront la volonté légitime des Québécois de changer de régime politique que si le OUI obtient plus des deux tiers des suffrages. En déséquilibrant les chances de succès au référendum, ils nient le sens même de la démocratie qui est dassurer un mode de participation juste et équitable des citoyens aux choix collectifs. Leur position est empreinte de cynisme, car ils savent très bien que de telles majorités sont inatteignables dans les sociétés pluralistes et quelles ne sont pas souhaitables, car elles supposent un unanimisme quils seront les premiers à dénoncer comme tribal. Cette mauvaise foi ne peut que déconsidérer le processus démocratique et le vote comme outil de changement politique. Pour un vrai démocrate, légalité du vote de chaque citoyen est la seule règle acceptable et celle-ci commande lexigence de la majorité absolue. Cest le modèle qui est dailleurs en vigueur presque partout lorsquil sagit de consultation populaire au suffrage universel. La règle de la majorité qualifiée existe, certes, mais elle est restreinte dans son application aux décision prises non pas directement par les citoyens mais par des représentants qui votent dans le cadre dorganisation. Les fédéralistes ont présenté une version plus subtile de leur astuce en proposant la règle de la majorité plus un des électeurs inscrits. Cette règle respecte en apparence légalité des votes, mais elles est aussi pernicieuse et injuste que la précédente, car elle donne un poids politique indu aux abstentionnistes en les mettant tous sur le plateau du camp du NON. Ce ne seraient pas uniquement les électeurs qui décideraient de lavenir politique du Québec, mais aussi ceux qui ne vont pas voter. Autrement dit, un vote pour le OUI néquivaudrait pas un vote pour le NON, car tous les abstentionnistes seront comptés comme des NON, le nombre de vote nécessaire pour constituer une majorité absolue étant calculé à partir du nombre total de personnes inscrites sur les listes électorales, peu importe quelles participent ou non au référendum. Pour mieux illustrer les effets pervers de cette règle, examinons quelques scénarios. Supposons que la population québécoise qui exprime une opinion se partage en deux parts égales, que tous les fédéralistes décident de ne pas aller voter et que le OUI remporte 100% des suffrages exprimés, à partir de ce résultat, il serait toujours impossible de satisfaire lexigence de la majorité qualifiée. On peut aussi imaginer un autre scénario tout aussi démentiel. Il pourrait y avoir un taux de participation électorale de 94%, le OUI pourrait remporter 53% des suffrages et le NON 48%, mais ce résultat ne changerait rien au statut du Québec. On nose imaginer ce quune telle absurdité engendrerait comme tensions sociales. Le Québec serait maintenu dans le Canada contre son gré par une astuce comptable. Bel avenir en perspective. "Pauvre Canada", comme disait la Vierge éplorée aux enfants de Fatima.
Lorsquon change les règles du jeu pour gagner à tout prix, on ouvre une boîte de Pandore. La seule attitude responsable est de sen tenir à la règle de la majorité absolue. Ce qui était valable hier, le sera demain. Vouloir imposer une nouvelle règle exigeant la majorité qualifiée est une forme de discrimination politique à lendroit des souverainistes.
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