«« réforme des institutions

C'est la nouvelle position de Guy Bertrand

La souveraineté avant la réforme des institutions

Tristan Péloquin
La Presse Le mardi 8 octobre 2002



L'avocat constitutionnaliste Guy Bertrand, récemment reconverti à la souveraineté du Québec, croit que la réforme des institutions démocratiques qu'entend entreprendre le gouvernement Landry est «illusoire», tant et aussi longtemps que le Québec n'est pas souverain.

Il déposera d'ailleurs un mémoire sur la question dans le cadre de la commission parlementaire sur la réforme des institutions, en novembre.

«Ça ne donne rien, dans le cadre actuel, de changer le rôle de ces institutions tant que la nation québécoise n'a pas davantage de pouvoirs, a déclaré M. Bertrand lors d'un entretien avec La Presse. S'il n'y a pas de réforme du statut du Québec, rien ne pourra être réglé. Le Québec demeure après tout une oeuvre inachevée, malgré l'échec des deux référendums.»

Affirmant avoir réfléchi sur les confédérations d'un peu partout dans le monde, Guy Bertrand en est cependant arrivé à la conclusion que cette souveraineté devra se faire dans le cadre d'une confédération renouvelée. «Le lien identitaire que nous entretenons avec le Canada est trop fort pour que nous le renions complètement. On ne peut pas faire caca dans notre nid!»

Selon l'avocat, l'épanouissement du Québec se trouve plutôt dans une confédération semblable à l'Union européenne, où chaque nation est indépendante politiquement, mais lègue une partie de sa souveraineté à un État supérieur.

Guy Bertrand, un des fondateurs du PQ, n'en est pas à sa première polémique quant à ses positions sur la question nationale. Ardent souverainiste pendant plus de 25 ans, il s'est par la suite converti au fédéralisme et a entrepris, peu de temps après le référendum de 1995, une croisade juridique contre le droit du Québec à déclarer unilatéralement sa souveraineté. Il a cependant changé son fusil d'épaule en mars 2002, affirmant que les Québécois «veulent rester Canadiens dans un Québec souverain».

Interviewé dimanche par l'animatrice Christiane Charrette, il a répondu que ses nombreux changements de position étaient tout à fait normaux, compte tenu de l'approche philosophique avec laquelle il travaille. «Le droit et la politique ne sont pas des sciences exactes, a-t-il déclaré. Je ne suis pas borné (et) j'ai essayé de briser le mur de mon ignorance.»