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L'affaire Libman et le jugement de la Cour suprême sur la loi référendaire québécoise Une occasion unique pour Lucien BouchardQue le premier ministre rive une fois pour toutes leur clou aux tenants du plan BGUY BOUTHILLIER
Président de la Société LeDevoir 17 octobre 1997
Surtout, cette loi est capitale pour nous. Car c'est elle qui doit nous mener à l'indépendance. Nos ennemis le savent: les deux fronts sont intimement liés; combattre l'une, c'est combattre l'autre. Robert Libman l'a compris d'instinct. Mais, depuis le 9 octobre, la question n'est plus de savoir si cette loi est belle et bonne: cela, nous le savons par tous ces partis politiques qui ont par trois fois joué le jeu sous l'empire de cette loi. La question n'est même pas de savoir si cette loi, toute bonne qu'elle est, serait perfectible. La question toute crue devant laquelle nous nous trouvons maintenant, c'est de savoir qui décide de ce qui est bon ou pas: les dirigeants d'Ottawa, par leur Cour suprême interposée, ou les hommes et les femmes du Québec, par leur Assemblée nationale élue. Tout l'effort actuel d'Ottawa et de son plan B est là: arriver à imposer l'idée que c'est la Cour suprême qui est le vrai meneur de jeu et qui déterminera par conséquent quelles règles s'imposeront à la démocratie québécoise lorsque celle-ci exprimera sa volonté de s'autodéterminer. Cette question, tout le monde en attend la réponse en 1998. Plus précisément: tout le monde s'attend à ce qu'en 1998 la Cour suprême s'arroge le droit de nous créer des embûches, et du même souffle attend aussi de Lucien Bouchard qu'il rive son clou à cette cour au nom de la démocratie québécoise. Mais l'affaire vient de se précipiter. Car ce jugement, ce n'est pas seulement l'acte I d'un drame qui se prolongera jusqu'à l'année 1998: c'est le préambule qui annonce déjà l'issue, c'est un banc d'essai, le test des volontés. L'affaire, on le voit, est de taille. L'adversaire aussi. Les juges de la Cour suprême sont habiles, en effet, à prendre le ton qu'il faut pour se donner l'allure qui plaît. Ils connaissent aussi la technique de l'artichaut: effeuiller un à un, et compter sur la mentalité du «Y a rien là», technique qui a fait ses preuves dans l'affaire de la loi 101. Quelques louanges ici, quelques bons conseils là, de quoi s'introduire subrepticement, un pas ici, un pas là. Déjà, certains se sont laissé prendre. Tel prof de droit, telle journaliste, d'autres encore, soyons-en sûrs. «C'est un détail, qu'un simple amendement viendra corriger.» Oui, bien sûr, c'est une voie qui s'ouvre devant nous. C'est en tout cas celle que nous indique la Cour suprême, qui invite le Québec à se mouler sur la forme qui est définie là-haut. S'y engager, c'est consacrer aujourd'hui la Cour suprême maître du jeu. Après ça, qui pourrait se dédire?
Certains évoquent l'opinion internationale. Mais cette opinion n'a trouvé à redire ni en 1980, ni en 1992, ni en 1995. Au fait, y a-t-il vraiment une opinion internationale sur cette affaire? N'y a-t-il pas plus simplement une opinion canadienne-anglaise qui, de bouche à oreille et de média à média, circule hors de nos frontières pour ébranler nos dirigeants politiques? M. Bouchard le sait bien: il n'a jamais autant composé avec cette supposée opinion internationale (rappelons-nous l'épisode du miroir), ce qui n'a pas fait taire la calomnie à son égard. Et ce n'est pas un paradoxe. Plus on cède, plus l'adversaire continuera à nous faire céder. Et si le gouvernement cédait aujourd'hui, tout le monde comprendrait qu'il cédera demain encore. Tout le monde, y compris les indépendantistes et ceux qui se sont ralliés au OUI en octobre 1995. Quelle belle occasion le jugement de la Cour suprême vient d'offrir à M. Bouchard de nous faire savoir de quel bois il entend se chauffer dans l'affrontement qui l'opposera l'an prochain aux stratèges du plan B.
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