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De retour dans l'arèneLes souverainistes se sont retrouvés à expliquer pourquoi le renvoi était devenu intéressant LeDroit 24 août 1998
Dans le camp fédéraliste, la victoire n'était pas aussi éclatante que prévu, beaucoup trop équilibrée sans doute aux yeux de certains partisans de la ligne dure contre le Québec, comme le ministre des Affaires constitutionnelles Stéphane Dion, qui a dû admettre que la stratégie du plan B n'était plus de mise dans les circonstances. Mais le plus inattendu s'est aussi produit dans le camp adverse: ce sont les souverainistes, ceux-là mêmes qui trouvaient le renvoi futile, qui se sont retrouvés à expliquer pourquoi il était devenu intéressant, parce que la Cour suprême venait de reconnaître la «légitimité au projet souverainiste». Cette reconnaissance de la légitimité, de même que l'obligation pour le Canada et les provinces de négocier dans le cas d'un Oui, sont des munitions que les péquistes n'attendaient pas voir dans cet avis historique. De toute évidence, l'avis est beaucoup plus équilibré qu'ils ne l'avaient anticipé, même dans le meilleur des scénarios. Encore plus déconcertant, c'est que cet avis, tout en niant au Québec le droit de sécession unilatérale, ne permet pas aux souverainistes de faire porter la prochaine élection générale sur la question constitutionnelle, comme ils l'auraient peut-être souhaité. Mais il y a évidemment un pas que les souverainistes ne feront pas, et c'est de laisser à d'autres le soin de participer à la rédaction d'une question claire et à la définition de ce que veut dire une majorité claire. Et pour les souverainistes, une majorité claire, cela veut dire encore 50% plus un lors d'un référendum. Aussitôt replongés dans l'arène constitutionnelle, les souverainistes reconnaissent que cet avis jette des bases solides pour légitimer leur projet, mais émettent donc des réserves importantes sur la clarté du message. Mais ils pourront toujours arguer que les juges n'avaient qu'à être plus clairs... Dans le camp fédéraliste, on a de toute évidence été surpris, pour ne pas dire déconcerté, par plusieurs passages. Jean Chrétien ne pourra dorénavant plus écarter aussi facilement la menace qui pèsera toujours sur le pays et il devra faire un effort pour ne pas trop serrer la vis contre le Québec. Évidemment, l'élection de Jean Charest lors de la prochaine élection québécoise lui enlèverait une épine au pied, mais M. Chrétien ne pourra toujours remettre à plus tard ce projet de fédéralisme renouvelé. À cet égard, Jean Charest a eu beau soumettre que l'avis nous ramène à la «case départ», encore aurait-il pu y aller avec un peu plus d'audace. Au lieu de minimiser l'importance de cet avis, il aurait dû en profiter pour dire à Jean Chrétien d'une manière non équivoque qu'il doit se relever les manches pour trouver une façon de satisfaire les revendications historiques du Québec. En ce sens, la déclaration de Mario Dumont, le chef de l'Action démocratique du Québec, tranchait avec le reste de la cacophonie de nos élus, parce qu'il a sauté sur la première tribune pour dire que l'avis de la Cour suprême indique la voie d'un fédéralisme renégocié. Et il s'est même permis de faire une proposition qui mérite d'être étudiée. Au lieu de se relancer dans un autre référendum dont personne ne veut, il propose plutôt que l'Assemblée nationale adopte une motion d'appui à un fédéralisme décentralisé qui, tout en étant dans l'esprit de l'avis de la Cour suprême, forcerait le Canada anglais à négocier. L'idée vaut au moins que l'on s'y attarde.
Dans la cour des élus, l'avis n'a pas donné lieu à de vives réactions émotives, ni dans un camp ni dans l'autre, comme on aurait pu s'y attendre. Et si l'avis n'a peut-être encore rien réglé, il
aura jusqu'à maintenant écarté ceux qui venaient souvent mettre de l'huile sur le feu dans le débat constitutionnel en défendant des positions extrêmes, autant dans le camp souverainiste que fédéraliste. Dorénavant, ils risquent d'en débattre avec un peu plus de retenu qu'avant. En ce sens, c'est certes un pas en avant.
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